2. Le Roman Noir Américain dans la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard : La traduction

II. Traduction à la con…

Et encore, je pèse mes mots lorsque je dis « traduction à la con »… on pourrait dire aussi « à l’emporte pièce », à la « mord-moi-le-noeud ».

Vous ne me croyez pas ? Petit exemple tiré du livre de Jean-Bernard Pouy, « 1280 âmes » et faisant référence au roman noir de Jim Thompson « 1275 âmes » dans sa traduction française alors que sa V.O avait pour titre « Pop. 1280 »

— Vous connaissez Jim Thompson, bien sûr.
— Quand même…
— Et le numéro 1000 de la Série Noire.
— « 1275 âmes ». Un chef d’œuvre.
— Traduit par Marcel Duhamel himself. Titre anglais ?
— « Pop 1280 ».
— Voilà le problème. Soi-disant que ça sonnait mieux. Mais avec des conneries comme ça, lors de cette traduction, cinq personnes ont disparu, cinq habitants de la bourgade de Pottsville.
— Ploucville, comme disait Duhamel.
— Ça me taraude. Ça m’empêche de considérer cette littérature, la noire, comme parfaite, un truc comme ça. J’aimerais que vous me les retrouviez, ces passés à l’as, pour raison signifiante. Je vous en garderais une éternelle reconnaissance.

Et oui, le roman de Jim Thompson, après traduction, perdait 5 habitants que le personnage de J-B Pouy se fera un plaisir de nous retrouver dans son roman « 1280 âmes » (chronique ICI).

Lorsqu’ils commencèrent à traduire dans les années 50 (et jusqu’à peu), les maisons d’éditions ne faisaient pas dans la dentelle et n’ont jamais hésité à grignoter sur les coûts de traduction des romans policiers, considéré comme un sous-genre (y’a qu’à voir la tête de votre famille lorsque vous leur annoncez que vous ne lisez QUE des polars).

En 1945, lorsque nait la « Série Noire », le but est de toucher un large public, donc il faut réduire les coûts ! Puisque de toute façon, le roman policier est truc pour les classes sociales d’en bas, populaires, faut le faire pas cher et qui dit « pas cher », dit économie sur tout.

Alors qui va casquer en premier ? Le traducteur, c’est élémentaire, mon cher lecteur.

Allez monsieur le traducteur, bâclez le travail, je vous en prie ! De plus, si comme beaucoup vous n’êtes pas trop spécialiste de la langue de Shakespeare « version Lincoln », sûr que vous allez accumuler les erreurs, les non-sens, les conneries et les traductions brutes de décoffrage, à l’emporte pièce.

De plus, les traductions étaient bien trop « libres », la violence de l’écrit étant détournée au profit de traits d’humour. Moi, ça me scie !

Certains romans furent carrément tronqués pour de vulgaires problèmes de format. En effet, le livre devait avoir 254 pages maximum.

Pratique : avec le même format, on peut « groupir » différents volumes pour les envoyer ensemble à l’impression, ce qui diminue encore plus la facture.

— Heu, c’est trop long, chef, je fais quoi ? [voix du soldat Pithiviers]
— Coupe dedans ! Enlève des pages, licencie des passages, débite les mots, vire-les, dynamite-les, disperse-les, ventile-les, éparpille-les par petits bouts façon puzzle !
— Mais où je coupe, chef ?
— Dans les monologues, dans les descriptions trop longues, dans les passages spychologiques,… psychologiques. Fais tomber les séquences les plus littéraires, celles qui ne sont pas vitales pour l’intrigue.

L’ennui dans leurs traductions à la con, c’est que non content d’accumuler les approximations, ça nuit à la qualité du texte initial.

La richesse du chef-d’œuvre ? On s’en tamponne, merci bien.

Ils ont fait pire en traduisant les textes de William Irish, faisant de ses textes – qui avait une langue brutale – « un discours de vieilles dames qui prennent le thé » (dixit François Guérif, éditeur de Rivages).

Pareil dans les textes de Chandler qui furent coupé comme du jambon chez votre charcutier. Exit les séquences les plus littéraires, parfois un chapitre tout entier, des phrases, des paragraphes entiers, une réplique, de nouveaux 8 lignes…

Et quand bien même ce fut fait avec du bon sens, cela a porté sur que Chandler tenait le plus.

Donald Westlake frôla sans doute la crise cardiaque en découvrant à la BiLiPo (Bibliothque des littératures policières) les exemplaires originaux de ses livres, le tout énergiquement raturés par les traducteurs qui avaient sabordé des passages entiers.

Il a récupéré de suite ses droits et à chargé un autre traducteur (François Guérif) de faire retraduire l’ensemble de ses romans.

Dans « L’échappée » de Jim Thompson : le dénouement ambigu est passé à la trappe. Sans doute voulaient-ils économiser une feuille de papier…

La maison d’édition « Rivages », en 2012, a enfin proposé la version intégrale et certains se rendirent compte que la fin du film « Guet-Apens », adapté du livre « L’échappée » par Sam Peckinpah, qui avait fait hurler les critiques à cause de sa fin presque « happy-end » (alors que dans le bouquin, elle était terrible) était bien la bonne.

Ce n’était pas l’adaptation ciné qui était fausse, mais la première traduction !!

Depuis que Westlake a repris en main ses textes et les a refait traduire, les autres auteurs furent aussi retraduit.

De grands noms tels que Thompson, Elmore Leonard, Shirley Jackson… sont de nouveau sur le marché avec leurs textes intégraux.

François Guérif le dit lui-même que pas un livre n’échappa à la terrible découpe sanguinaire de l’époque.

La Série Noire ne fut pas la seule à la faire, Le Masque fit pareil (je me souviens d’horribles traductions des recueils de Sherlock Holmes qui firent quelques colonnes dans le journal « Le Monde » à l’époque – ICI) ainsi que Fleuve Noir (limité à 212 pages).

Justement, en parlant de Guérif, il détonna lorsqu’il arriva avec sa collection « Red Label » chez Hachette : rien n’était coupé.

Certains ont dû en chier des pendules parce que pour eux un polar ne devait pas être trop long à lire et facile à lire

— Hé oh, nous prenez pas pour des caves ou des branques, hein !

Tiens, puisque l’on parle d’argot… voilà aussi un autre problème après les coupe à la Jack The Ripper… Le changement de langage, de mots.

Oui, fallait que du langage argotique ressemblant à du mauvais « Tontons Flingueurs ».

Partout, partout, de l’argot de France qui nuit à la beauté du texte original. Dashiell Hammet en fit les frais dans « Moisson rouge ».

La patron de Gallemister en fit aussi l’amère découverte avec les livres de Ross MacDonald, un des grands fondateurs du roman noir américain avec Chandler et Hammett : dans les romans traduits qu’il avait acquis et les originaux, c’était le jour et la nuit.

Dans la V.F, dès la première page, il manquait la moitié du texte et le style d’écriture avait été aplati, affadi.

Allez hop, on retraduit tout et correctement, s’il vous plaît, sans caviarder des passages.

Mais pourquoi tant de haine et de découpes ??

À l’époque, on pensait avec dédain qu’il ne fallait pas dérouter le lecteur, le perturber, alors, on coupait l’ironie, les digressions, les monologues intérieurs… bref, on demandait au texte de MacDonald de fermer sa gueule…

On pourrait croire que ça ne sert plus à rien de retraduire des livres qui ont déjà été vendus… et bien si !

Malgré les dizaines de milliers d’ouvrages vendus par Westlke, on a encore bien vendu ses retraductions en texte intégral parce que lors des retraductions, on retrouve des passages entiers qui ont été gommé de l’œuvre !

Ça peut aussi permettre à d’autres, des plus jeunes, de découvrir des romans noirs dans toute leur beauté de texte.

Toutes ses découpes sont dommageables parce que si la « Série Noire » a implanté le polar noir en France, elle l’a aussi enfermé dans des clichés en transformant des textes grandioses en daube bas de gamme.

Ce qui a pour conséquence de cloisonner les romans noirs dans la rayon « polars de gare », chez les « vite lu, vite oublié », comme si les auteurs de Noir n’étaient pas des écrivains, mais des scribouillards du dimanche après-midi.

Guérif comprend qu’ils furent obligé de cloisonner les textes dans les années 50, mais ce qui l’agace prodigieusement c’est que ces textes mal traduits soient toujours en vente en 2014 !

En 1980, quand Westlake s’est rendu compte de l’horreur pratiquée dans ses textes, on ne pouvait plus utiliser l’excuse des impératifs économique de l’après-guerre.

Tiens, au fait, Marlowe a été aussi retraduit, sauf que les traductions réalisées par Boris Vian n’ont pas été revues

Hors, Vian était un fantaisiste qui changeait tout ce qui ne lui plaisait pas…

Vian serait-il plus important que le texte original de Chandler ? Si on l’avait fait avec un écrivain majeur, tout le monde aurait hurlé, mais ici, ce sont des polars et ils ont encore mauvaise presse…

ENFIN… Last but not least… Nos amis Hammett et Chandler ont enfin été retraduits correctement dans les années 2000 (plus que temps, non ??) et grâce aux maisons Rivages et Gallmeister, les auteurs de romans noirs ont pu bénéficier d’un travail de qualité qui rend justice à leurs textes initiaux.

Maintenant, je peux prouver que les auteurs que je lis sont des grands écrivains, na !

Malheureusement, d’autres grands auteurs ont encore leurs textes caviardés qui dorment dans des rayons et pire encore, des auteurs ne sont plus traduits à partir de leur langue d’origine, mais de leur traduction en anglais.

Sachant qu’aucune traduction ne sera jamais fidèle à 100%, le fait de traduire la traduction enlève un peu plus à l’œuvre originale.

Quand je vous disais « traduction à la con » !!

Sources : Articles du magazine « Le Monde – Hors-Série – Polar, Le Triomphe Du Mauvais Genre » N°40H

[Comanche] – Furie rebelle – Hermann & Greg (Tome 6)

Titre : Furie rebelle                                                              big_3-5

Scénariste : Greg
Dessinateur : Hermann
Édition : Lombard (1976)

Résumé :
Red Dust est désormais Shérif adjoint de la ville. Alors qu’il s’apprête à accueillir un photographe renommé, il doit arrêter deux Indiens ivres qui semaient le trouble dans la ville. Cela n’augure rien de bon…

Au même moment, Comanche vient au secours du ranch des Stuart, attaqué par des Indiens.

Il semble que Feu Solitaire soit décidé à reprendre le combat. Il a été rejoint par d’autres rebelles et veut récupérer les territoires de ses ancêtres…

Critique : 
Red Dust porte l’étoile d’assistant shérif et son plus gros travail est d’arrêter deux indiens qui avaient trop forcé sur « L’eau-de-feu ». Et c’est tout ??

Normal, avec Dust comme assistant shérif, les voyous évitent Grennstone Falls. Sa réputation dépasse les frontières de la ville.

Si vous pensez que ce tome va être tranquillos, accrochez-vous à l’album parce que ça va déménager !

Des indiens dissidents se sont regroupés sous le commandement de Feu-Solitaire, un des fils du chef indien Trois-Bâtons, que l’on avait croisé dans l’album « Les guerriers du désespoir ». L’aîné des fils du Grand Chef, Cheval-Debout, avait succédé à son père dans le tribu des Cheyennes et l’autre frère, Tache-de-Lune, ne voulant pas choisir, était venu s’établir au ranch « 666 ».

Sur fond de pillages menés par des indiens dissidents, aiguillonnés par la haine que Feu-Solitaire voue aux Blancs, cet album est très émouvant. Ce sont trois frères qui étaient unis et que ne le sont plus, l’un ayant le cerveau trop près du scalp et un caractère bouillonnant, ne voulant pas reculer devant l’envahisseur Blanc et ayant dans l’esprit de récupérer les territoires de ses ancêtres.

L’autre, le chef, il sait que si l’armée entre en jeu, c’est toute la nation Cheyennes qui sera exterminées.

Quant à Tache-De-Lune, qui choisir ? Ses nouveaux amis du « Triple-Six », son frère qui commande la nation Cheyenne ou son excité d’autre frangin ?

L’armée, n’en parlons pas, ils n’ont jamais rien compris aux Indiens et à leur fonctionnement : c’est à Cheval-Debout d’arrêter son frère, pas à l’armée. De plus, ils arriveraient trop tard. Déjà que la petite patrouille ne sait pas comment voyager discrètement…

— Avec vos bourrins ferrés à l’ordonnance, vos flingots en faisceau, votre tambouille offert au vent et le choix de cette cuvette sans recul, je suppose que le manuel du parfait mort-pour-la-patrie a été respecté de bout en bout.

En tout cas, toute cette agitation et ce conflit fera un beau reportage photo pour le journaliste Dan Morgan du « Boston Examiner », sans compter que cet homme est venu avec un ballon pour photographier tout depuis le ciel.

Beaucoup de violence, de balles perdues ou qui ont fait mouche, mais aussi beaucoup d’émotion dans ce très bel album.

Ces deux Cheyennes étaient fils de « Trois-Bâtons », le chef légendaire. C’était le troisième, « Cheval-Debout » qui détenait le terrible pouvoir de la justice indienne. Il lui avait, ce jour-là, donné l’une de ses dernières victoires, la plus amère. Et dans la nuit, les tambours du triomphe se turent comme les clameurs de guerre. La dernière révolte était morte, et même Dan Morgan renoncerait à la chanter….

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur (oui, chez moi !) et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.

1. Le Roman Noir Américain dans la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard : Histoire

— Au fait, tu le bois comment, ton policier ?

— Noir, sans lait et sans sucre, merci…

I. Le roman noir américain : Histoire et traduction

L’histoire du polar noir est pour aujourd’hui; la traduction sera pour l’article suivant.

1. Histoire du Polar :

Les amateurs de Roman Policier ou de Polars ont peut-être succombé un jour aux fameux « Romans Noirs » de la « Série Noire » des éditions Gallimard ou aux autres « Noirs », ceux que l’ont nomme « Hardboiled » (littéralement « durs à cuire »), car type de littérature trouve son origine en Amérique…

Même si vous n’êtes jamais allé du côté obscur de la Force, je suppose que vous avez tous vu, au moins une fois, ces fameuses couvertures jaunes et noires de la collection « Série Noire ».

Les romans « noirs » étaient souvent considérés comme « littérature au rabais » et ils ne traitent, à priori, que d’énigme policière ou d’aventures de truands de deuxième zone.

Un pur produit 100% américain, le roman noir ? Peut-être pas tant que ça… mais la Série Noire de chez Gallimard leur doit beaucoup.

Avant de vous parler des problèmes de traduction et des découpages brutaux que l’on fit dans ses textes (partie II), je vous tout d’abord vous parler un peu de ce qu’est un roman noir.

1.2 Définition :

J’ai souvent « lu » que des personnes qualifiait un roman qu’elles venaient de lire de « roman noir » et lorsque vous demandiez quel titre elles avaient lu, je voyais fleurir des titres appartenant à des Chattam, des Thilliez et autres auteurs de thrillers ou de romans policiers « classiques ».

Si l’une ou l’autre personne leur signifiait qu’elle ne voyait pas ce qui qualifiait ces romans de « noir », il lui était répondu que le roman était « sombre, dur »…

Non, ces livres n’étaient pas des romans noirs et le fait d’avoir de la violence ou un récit « dur » n’en fait pas des romans dits « noirs ».

Alors, qu’est-ce qui fait qu’un roman est noir ou pas ??

— La réalité sociale présente dans le roman…

Autrement dit, c’est un roman policier qui donne une vision réaliste des conditions sociales et de la criminalité.

Il met lui aussi en scène l’univers du crime mais il insiste sur la critique de la société. Un genre en plein essor aux États-Unis dans les années 1950.

Le roman noir peut être à la fois considéré comme un sous-genre ou une sous-catégorie appartenant au roman policier et qui regrouperait le roman d’énigme et le roman à suspense, mais aussi comme un genre à part entière possédant ses propres critères génériques.

Dès lors, le roman noir désigne aujourd’hui un roman policier inscrit dans une réalité sociale précise, porteur d’un discours critique, voire contestataire.

Le roman noir, tout en étant un roman détective, se fixe ses propres frontières en s’opposant au roman d’énigme, car le drame se situe dans un univers moins conventionnel et moins ludique (non, vous ne devez pas chercher QUI a tué).

En anglais, on parle aussi d’hardboiled novel… Et ce n’est pas à mettre entre toutes les mains car pour peu que vous soyez habitué à des romans policiers classiques, vous risquez d’être dépaysé !

Sur fond de prohibition, la question n’est plus tant de savoir « qui a tué ? » mais « pourquoi ? ». Le climat est à la violence de la pègre et à la corruption.

Le crime et l’enquête qu’il déclenche ne disparaissent pas, mais le détective devient un révélateur.

C’est un homme de terrain, souvent cynique et désenchanté, malmené par les aléas de sa quête.

Dès lors, le roman noir s’ancre fermement dans une réalité sociale et politique et rend compte de la violence qui y sévit.

Les pages de ces romans dégagent une forte odeur de poudre, de sang et de bourbon « single malt ».

C’est le début le la série des détectives légendaires.

Et comme ils disent sur le site de Gallimard à propos de la Série Noire  (en abrégé) :

Amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes, tu oublies ! Ton compte, tu ne  trouveras pas.

Optimiste, va voir ailleurs. Ici, tu entre dans ce que l’humain a de plus sombre.

L’immoralité y est chez elle, tout autant que les beaux sentiments. L’esprit en est rarement conformiste.

Amateur de justice, tu y croiseras des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent.

Ici, il n’y a pas vraiment un détective sympathique ou « déducteur » pour résoudre le mystère. Parfois, il n’y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout.

Mais alors, il y a quoi dans le roman noir ?…

De l’action, de l’angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre.

Les états d’âmes se traduisent par des gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront se livrer à la gymnastique inverse.

Il y a aussi de l’amour — préférablement bestial — de la passion désordonnée, de la haine sans merci.

Bref, le but est fort simple : vous empêcher de dormir.

« Joli programme, n’est-il pas ?? »

1.2 Histoire :

Je vous signalais plus haut que le roman noir n’était pas à 100% amerloque car parmi les précurseurs français du genre, on peut citer Balzac : « Une ténébreuse affaire » (1843) ou Eugène Sue et ses « Mystères de Paris » (1842-1843), mais Émile Zola pourrait peut-être s’en réclamer aussi pour « L’Assommoir », voire « Thérèse Raquin ».

Les racines du roman noir sont donc parfois liées à celles du roman policier qui débuteraient au XIXè siècle.

Le genre naît véritablement aux États-Unis dans les années 1920, avec des auteurs, notamment Dashiell Hammett, qui écrivent des romans avec pour ambition de rendre compte de la réalité sociétale du pays : gangstérisme, corruption politique et policière, toute-puissance de l’argent, utilisation ostensible de la violence, crimes organisés et terreau mafieux…

Dashiel Hammet apparaît comme le représentant de cette littérature populaire naissante appelée « hard-boiled » (« durs à cuire »), dont il créa l’école avec Carroll John Daly.

Ces auteurs publient leurs textes dans des magazines populaires et peu coûteux, surnommés les dime magazines (un dime = 10 cents) ou les pulp magazines (du nom de la pulpe de papier de piètre qualité qui sert à l’impression).

Plusieurs écrivains se bornent à exploiter les ingrédients bassement commerciaux de cette littérature destinée avant tout aux jeunes hommes (sexe, alcool, violence), mais les meilleurs suivent les traces de Hammett pour détourner les conventions du genre à des fins subversives de dénonciation du capitalisme, de la corruption policière et de la collusion entre le pouvoir politique et la pègre : W.R. Burnett, Jonathan Latimer, Raymond Chandler, Howard Fast, Ross Macdonald, Jim Thompson, Chester Himes, William P. McGivern, Fredric Brown…

Avec Dashiell Hammett, on entre de plein fouet dans cet univers réaliste et un peu glauque. Ici on ne fait plus appel à l’intelligence du lecteur mais à son cran et à ses tripes.

On est dans l’action, loin des salons du roman à énigme. Les rues sont dangereuses, les meublés crasseux, les arrières salles enfumées et les personnages troubles. 

Chez Hammett, la vengeance s’exerce et le coupable trouve souvent la mort, révélant ainsi une critique acerbe des institutions américaines (ce qui lui vaudra même d’être emprisonné par MC Carty).

1.3. Décollage ! :

Le roman noir connaîtra véritablement son essor qu’après la Seconde Guerre mondiale.

En Amérique ?? Non, en France !

Juin 1944… Marcel Duhamel, traducteur de Steinbeck ou d’Hemingway (entre autres) et agent pour Gallimard, sort de chez Marcel Achard avec trois bouquins que ce dernier vient de lui confier : « This man is dangerous » et « Poison Ivy » de Peter Cheyney, et « No orchids for miss Blandish » d’un certain James Hadley Chase.

Cet homme ne le sait pas encore, mais il tient sous le bras les trois premiers romans d’une longue saga qui va profondément et durablement marquer la littérature.

C’est en 1945 que la mythique collection « Série Noire » verra vraiment le jour.

À ce jour, plus de 2800 titres parus… si quelqu’un a dans l’idée d’en faire collection, il devra avoir une grande bibliothèque !

Les deux premiers titres appartiennent à Peter Cheyney avec « La Môme vert-de-gris » (titre français de « Poison Ivy ») et « Cet homme est dangereux » (septembre 1945).

Si un lecteur les possède dans sa biblio en première édition, je suis intéressée contre un don moyennant paiement en espèces…

Lors de la Libération, on découvre le jazz, les cigarettes blondes, les bas nylon, les capotes, les chewing-gum… On découvre ♪ l’Amérique ♫

Collection encore anecdotique à cette lointaine époque…

La populace est en liesse et attirée par tout ce qui vient du Nouveau-Monde et est un peu blasée de ses Hercule Poirot ou autre Rouletabille.

La « Série noire » est vite devenue LA référence… Ou comment voir le monde au travers du polar.

S’ils ont commencé par traduire des romans policiers américains, les fondateurs sont ensuite passé aux romans français, avant de s’engager dans une littérature noire sans frontière.

Une future mythique collection venait de naître et personne n’aurait parié un franc que soixante ans plus tard, elle se composerait de plus de 2 800 romans (dont plusieurs quintaux de chef-d’œuvres !) et hanterait les nuits blanches de centaines de milliers de lecteurs.

Les débuts furent difficiles et tenaient plus du bricolage que d’autre chose.

C’est Marcel Duhamel qui se trouvera au four et au moulin (occupé par mille autres activités) et la « Série noire » s’offrira un long tour de chauffe,  ne publiant que six titres en trois ans, malgré des chiffres de vente plus qu’honorables et un enthousiasme sans cesse croissant.

Leur signature ? Un langage populaire, l’emploi de l’argot, des univers glauques dépeignant un monde austère et froid…

En un mot, ces romans rompent avec le style feutré et « aristocratique » du roman à énigme du début du siècle, genre ceux de la grande dame qu’était Agatha Christie.

Ici, pas de meurtres dans des châteaux, pas de majordome ou de Colonel Moutarde tuant le docteur Lenoir avec le chandelier dans la véranda…

Un seul problème dans tous ces romans… LA TRADUCTION à la mord-moi l’zob !

(Mais cet article, c’est pour demain).

1.4 Auteurs de Noirs Français :

Dans le domaine francophone, les grands représentants du genre sont Jean Amila ou Léo Malet (avec son personnage de Nestor Burma).

À partir des années septante, des auteurs comme Jean-Patrick Manchette, Frédéric H. Fajardie ou Tonino Benacquista témoignent encore de l’influence du roman noir américain. Les œuvres de ces auteurs sont parfois qualifiées de « néo-polars ».

Dans cette catégorie du roman noir, il faudrait sans doute aussi citer l’auteur algérien Yasmina Khadra ou le Sénégalais Abasse Ndione.

Sources : Article basé sur des infos de Wiki, sur les notes se trouvant sur le site de chez Gallimard additionné de quelques furetages sur le Net au gré de mes ballades.

Challenge « Le mois Américain » chez Titine.

[Comanche] – Le Désert sans lumière : Hermann & Greg (Tome 5)

Titre : Comanche – Tome 5 – Le Désert sans lumière          big_3-5

Scénariste : Herman
Dessinateur : Greg
Édition : Le Lombard (1976)

Résumé :
Après avoir purgé vingt mois de détention au bagne à casser du caillou pour avoir tué l’assassin Dobbs, Red Dust rentre chez lui au Triple 6.

Diminué physiquement et semble-t-il moralement, il doit se plier aux exigences du shérif local et éviter de faire des vagues sous peine de retourner en prison.

A la stupeur de tous ses amis, Red semble se résigner à sa nouvelle vie sans arme. Mais, un nouveau danger menace Greenstone Falls; il s’appelle Shotgun Marlowe.

Réputé pour semer la mort partout où il passe, ce fléau vivant va s’abattre sur cette ville qui compte peu de téméraires. Le shérif Wallace réquisitionne de fait Red.

Critique : 
Hé oui, faire justice sois-même et éliminer de la vermine nuisible et malfaisante, ça ne donne pas droit à une médaille ! Red Dust en a fait l’amère expérience après avoir tué l’aîné des frères Dobbs, un assassin qui avait laissé une longue trace de cadavres derrière lui.

Mais ses amis ne sont pas restés les bras croisés et on fait des pétitions pour réclamer la libération de Dust. Cela fait déjà 20 mois qu’il casse des cailloux lorsque l’on lui apprend que ses amis ont eu gain de cause : il est libre, mais en conditionnelle !

Le voici de retour à Greenstone Falls, au ranch du Triple Six… qui a bien grandi et a engagé du monde.

Ce tome va nous plonger en plein dans la déchéance de Red Dust qui, de « dur » est passé à celui de « faible » aux yeux d’une partie de la populace. Il est surveillé de toute part par un jeune flic car au moindre faux pas, à la moindre goutte d’alcool bue, au moindre coup de feu tiré, il repartira au bagne.

— Pas de problème avec le libéré sur parole du « Triple-Six », patron. Je lui ai fait sa petite leçon dès la descente du train. Il filera doux, c’est le genre ex-mustang bien maté, devenu cheval de bât. Bon exemple pour les jeunots de la ville, d’ailleurs. En voyant ce qui reste de ce Dust, ils auront un peu moins de jouer les affranchis.
— Vous avez vu tout ça d’un coup d’œil, hein, Davis ? Vous êtes très fort…
— On apprend ça à l’école fédérale, shérif. Il y a un cours de psychologie criminelle. Les types sont classés par catégorie.

Alors, certains en profitent puisque Red ne peut pas répliquer.

Le scénariste nous démontrera la faiblesse de certains, qui, sachant que le chien a une muselière ou est enchaîné, en profitent pour le provoquer, sachant qu’il ne pourra pas répliquer. C’est très lâche et ils n’en sortiront pas grandis, Red Dust oui.

Pourtant, parmi tous ces fiers paons, pas un n’aurait osé s’attaquer à un seul des frères Dobbs il y a deux ans. À ce moment, ils faisaient tous des traces de freinage dans leur sous-vêtements.

Et si ces grandes gueules n’avaient rien à craindre de Dust, puisque muselé et sans armes, ils détalleront comme des lapins apeurés lorsque Shotgun Marlowe entrera dans la ville.

Encore un tome assez violent car vous vous doutez bien qu’avec un nom pareil, Shotgun n’est pas le nouvel épicier du coin mais un distributeur de plomb dans le corps…

Petite pique aussi à ces jeunes flics qui, parce qu’ils ont tout appris sur les bancs de l’école sur les « profils du suspect » pensent en savoir plus.

— Cours de droit ! Cours de psychologie ! Cours de criminologie ! Ces braves petits ont tant gratté de porte-plume que leurs doigts n’ont plus la force d’appuyer sur une détente…

La rédemption de Red Dust ne sera pas facile, mais heureusement, il y a encore des flics avec du plomb dans la cervelle !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur (oui, chez moi !) et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.

Jerry Spring – Tome 2 – Yucca ranch : Jijé

Titre : Jerry Spring – Tome 2 – Yucca ranch                      big_2

Scénariste : Jijé
Dessinateur : Jijé
Édition : Dupuis (1955)

Résumé :
Martha Fenton a été enlevée et son père n’a d’autre recours que de vendre le ranch familial pour payer la rançon exigée par les ravisseurs.

Ainsi dépossédés, il ne reste donc plus pour eux d’autre choix que de partir vers la Californie.

Au cours de ce périlleux voyage, accompagnés de Jerry, ils devront traverser les territoires de tribus indiennes sur le pied de guerre. Avant peut-être de pouvoir récupérer leur bien…

Critique : 
Pancho s’emmerdait sans son copain Jerry, alors, il s’est lancé à sa poursuite. Si son cheval n’avait pas mis le pied dans un terrier, se faisant ainsi une entorse, jamais ils n’auraient vécu cette aventure !

Quoi de mieux qu’une jeune fille enlevée contre rançon ? Afin de la délivrer, le père devra se résoudre à vendre le « Yucca Ranch »…

Mais Jerry Spring est un petit Sherlock Holmes en herbe et lui, il a retrouvé la fille, la sauvant même des griffes des méchants qui ne comptaient pas le rendre !

Dommage que dès le départ nous ayons une indication sur l’instigateur de tout cela… La fille valait-elle un tel prix ? Non, mais elle avait trouvé du pétrole sur les terres du ranch…

L’auteur se trouvant sans doute à court d’histoire une fois que la belle fut délivrée et le ranch vendu, il nous entraine alors dans un récit assez mouvementé jusqu’en Californie, Pancho et Jerry étant les guides de la petite caravane composée du père, de la fille, du fils et du beau-frère.

Niveau personnages, ils sont conventionnels, à savoir que les bandits sont de vrais bandits et les bons, de vrais « bons », même pas un peu « brute » et encore moins « truands » !

Un album qui ne casse pas trois pattes à un canard mais qui est agréable à lire car on ne s’ennuie pas, on se fait poursuivre par des indiens Kiowas, ensuite des Navajos et au final, on résout toute l’affaire en arrêtant le méchant, qui, une fois de plus, se confesse en regrettant tout alors qu’il à l’article de la mort…

Comme dans l’album précédent, très moralisateur pour les jeunes lecteurs, faisant passer le message que « les bandits, c’est pas des gentils, en plus, ils se trahissent l’un l’autre ! ».

Challenge « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur, « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2014), « Polar Historique » de Sharon et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.

[Comanche] – Le Ciel est rouge sur Laramie – Hermann & Greg (Tome 4)

Titre : Comanche – Tome 4 – Le Ciel est rouge sur Laramie             big_3

Scénariste : Hermann
Dessinateur : Greg
Édition : Le Lombard (1975)

Résumé :
Red Dust est sur la piste de Russ Dobbs comme il l’a promis au prêcheur Braggshaw avant qu’il ne meure.

La piste de Dobs est rouge, rouge sang. Les morts sont nombreux.

Dust doit impérativement mettre un terme à tout cela et empêcher Dobbs de continuer ce massacre.

Critique : 
« C’est une chasse », que dis-je, « c’est une traque, une poursuite infernale » à laquelle Red Dust va se livrer sur une bête fauve qui faut arrêter avant qu’elle ne commette un massacre de plus…

Sauf que le fauve, le prédateur, Celui-que-l-on-doit-arrêter, est un être humain.

L’aîné des frères Dobs s’est enfui, laissant derrière lui les cadavres fumants ou froids de ses 4 frères, tués par les gars du Triple 6 en légitime défense et ce bandit sème les macchabées sur sa route.

Red s’est juré de l’éliminer et patiemment, remontant sa piste, il lui colle aux basques, sachant que se sera lui ou Dobs qui y laissera sa peau.

Il est dit que celui qui cherche vengeance doit creuser deux tombes, une pour son ennemi et une pour lui.

Dans une Amérique qui oscille entre grand banditisme, laxisme ou culs-bénis, l’épopée sanglante de Dobs nous fera rencontrer quelques spécimens des plus représentatifs de ce jeune pays qui voulu rayer les anciens habitants afin d’avoir une histoire vierge.

Quête éperdue de vengeance, réflexions sur la justice personnelle ou le manque de justice tout court, cet album dans les tons ocres est une manière pour Red Dust de se donner un but, lui qui manie le six-coups aussi bien qu’un bandit de grand-chemin.

Ici, les méchants n’ont même pas le quart d’une once pour les racheter et ils sont juste bon à flinguer avant de mettre à la fosse commune ou à laisser leurs os blanchir au soleil.

Violent, sanglant, des innocents perdront la vie suite au laxisme de l’armée qui ne régla jamais le compte des frères Dobs…

Mais une fois la vengeance accomplie, que reste-t-il ?

Une fois de plus, du grand Herman et Greg…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.

Justice blanche, misère noire : Donald Goines [NUM]

Titre : Justice blanche, misère noire                    big_4

Auteur : Donald Goines
Édition : Gallimard (2001)
Première publication : White Man’s Justice, Black Man’s Grief (1973)

Résumé :
Chester Hines est un Noir de Detroit jadis jugé pour meurtre et acquitté. Au volant de sa vieille Ford déglinguée, il grille un feu et se fait arrêter par la police. Comme il est déjà fiché, l’inspection est minutieuse et un flic découvre un pistolet dans la voiture.

Arrêté, Chester est incarcéré en attendant son jugement. Dans sa cellule, les détenus noirs font la loi et abusent sexuellement des Blancs, ce qui ne lui plaît guère. Jusqu’au jour où un maton décide d’intervenir et fait sanctionner plusieurs prisonniers sous l’accusation de sodomie.

Bientôt jugé et condamné à une lourde peine, Chester n’est pas au bout de son calvaire…

Petit plus : Noir de Detroit, proxénète, dealer, trafiquant et consommateur de drogue plusieurs fois emprisonné, Donald Goines a écrit une douzaine de romans au style épuré et d’un indéniable réalisme.

Le présent roman, publié en 1973, est une impitoyable description de l’univers carcéral, des brimades sordides endurées par les détenus les plus faibles et des rapports de domination racistes qui se trouvent inversés en prison.

C’est aussi un virulent pamphlet à propos du système de libération sous caution qui bafoue les droits des plus pauvres et singulièrement ceux de la communauté noire.

Critique : 
— Hé, man, si t’es à la recherche d’un récit trépidant avec des courses-poursuites, faudra que t’ailles voir ailleurs si j’y suis. Ici, tu mets les pieds dans un huis-clos sordide.

« Si ça te plaît pas, t’as qu’à demander à ton baveux commis d’office de te faire sortir de ce trou à rat. Mais n’oublie pas, man, si t’es pas un Blanchot, compte pas trop dessus. T’as pas la bonne couleur, man ! »

— Tout Noir qui n’est pas totalement dénué de connaissance est bien conscient que la démocratie, la liberté et la justice qui sont vantées dans les tribunaux ne sont qu’une façade. […] Un Noir est coupable jusqu’à ce qu’il prouve son innocence, et même alors on le trouve coupable à cause de sa couleur de peau. Alors pourquoi vous vous mettez en tête que ces flics puissent être différents ?

Bienvenue dans la prison du comté où les détenus attendent l’audience qui les déclarera coupable ou non du délit qui leur est reproché. Les cellules peuvent contenir 14 détenus mais elles sont occupées par une vingtaine d’hommes, ceux en trop dormant à même le sol.

La bouffe ? Dégueulasse ! Le café ? Amer. Le sucre ? Faut payer, comme pour tout le reste. La douche est au milieu de tout et les chiottes aussi. Que vous vous laviez ou que vous vous soulagiez, ce sera aux yeux de tout le monde.

Et pour peu que vous soyez un Blanc perdu avec quelques autres au milieu des Noirs et que votre petit cul soit à leur goût, vous n’échapperez pas à la perte de votre virilité par introduction d’un membre vigoureux dans votre fondement.

Un Blanc était obligé de se battre s’il voulait sauver son trou du cul.

Ne cherchez pas à vous évader, durant tout le récit, vous serez enfermé avec ces hommes et vous entrerez dans un véritable huis-clos oppressant où le plus fort mange à sa faim et le plus faible non.

Les garçons blancs se faisaient sodomiser et on leur piquait leur bouffe et leur argent. Ça se passait dans tous les blocs.

Si dehors, les Blancs sont les plus forts, dans la prison du comté, ce sont les Noirs ont le pouvoir sur les Blancs.

— Je vais faire payer à ces culs blancs les trois siècles de douleur qu’ils nous ont causés.

Le titre du livre résume bien toute l’injustice du système carcéral américain : la justice y est pour les Blancs, pas pour les Noirs. Un Blanc qui vole et qui tire purgera moins qu’un Noir qui vole sans faire usage d’une arme.

Triste constat que l’auteur nous rappellera souvent, dans ce livre : un accusé blanc a beaucoup plus de chance de faire moins d’années de prison qu’un Noir, quel que soit le délit, et y compris pour des délits moindres que ceux commis par des Noirs.

Idem en ce qui concernait les cautions, fixées à des montants exorbitants pour les prévenus Noirs, montants que les accusés ne récupéreront jamais, même s’ils sont jugés innocents.

D’abord, les Blancs sortaient sous caution beaucoup plus vite. Soit leurs amis réussissaient à trouver l’argent, soit leur caution n’était pas aussi élevée que celle de la majorité des Noirs. Quoiqu’il en soit, tout Blanchot assez malchanceux pour passer quelque temps dans la prison du comté vivait une expérience qu’il n’oublierait jamais. La perte de la virilité n’était qu’un début. La perte de sa vie était une probabilité non négligeable.

Pire, le jour de leur jugement, le juge a déjà lu leur dossier et décidé des peines qu’il leur infligera à chacun.

Chester Hines y est détenu, en attente de son jugement et il s’est lié d’amitié avec Willie Brown. C’est à deux qu’ils vont tenter de survivre à l’enfer.

L’homme a des principes : il ne sera pas un bourreau des Blancs, tout comme il n’a jamais accepté d’en être leur victime.

Avec un style propre à lui et un langage très argotique et fort cru, Goines aborde à travers les thématiques propres à la prison : l’homosexualité, le viol, la survie alimentaire, les comportements hiérarchiques, l’amitié, la trahison…

Rien n’est épargné au lecteur. Ici, tout n’est que noirceur. On s’en prend plein la gueule et on se dit qu’on n’aimerait pas se retrouver à leur place !

Malgré leur passé sombre, ces hommes ne méritent pas un traitement aussi inhumain de la part des gardiens car ces hommes n’ont pas encore été jugés « coupables » des délits qui leur sont reprochés ! Tellement inhumain qu’ils furent tous content d’être transféré à la prison de Jackson, après leur condamnation, c’est vous dire.

Un grand roman noir, véritable pamphlet sur le système carcéral totalement inhumain ainsi que sur l’injustice flagrante qu’il régnait dans les années 70. Un brûlot virulent sur le système des libérations sous cautions. Le pays n’en sortira pas grandi.

Les tribunaux sont surchargés, et le droit qui garantit au citoyen une audience ou un jugement rapides est bafoué, en premier lieu à cause de l’énorme quantité d’affaires que les tribunaux doivent traiter. Il arrive que des gens (dont une bonne partie sont ensuite innocentés des faits ayant conduit à leur arrestation) passent plus d’un an dans une prison de comté parce qu’ils ne sont pas en mesure de réunir les fonds nécessaires à leur caution. Et ceux qui ont la chance de trouver ces sommes ne les récupéreront jamais, même si en fin de compte leur affaire se solde par un non-lieu ou s’ils sont acquittés à leur procès !

Les Noirs sont conscients de cet abus, car ce sont eux, dans une très large majorité, qui en font les frais, et ce en permanence. Mais les Noirs n’ont pas les moyens de remédier à cette situation. Aucun de nos leaders noirs (ou plutôt de nos prétendus « leaders noirs ») ne semble vouloir affronter les municipalités sur ce terrain. Peut-être ont-ils peur d’offenser leurs amis blancs.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur et le Challenge « Le Mois Américain » chez Titine.

Chevauchée avec le diable : Daniel Woodrell

Chevauchée avec le diable - Woodrell
Titre : Chevauchée avec le diable                          big_3-5

Auteur : Daniel Woodrell
Édition : Payot et Rivages (2002)

Résumé :
1860. la guerre de sécession fait rage. les armées régulières des fédéraux et des confédérés s’affrontent a l’Est, mais a l’Ouest, dans les étendues sauvages du Kansas et du Missouri, des hommes se réclament de leur propre drapeau.

À seize ans, Jake Roedel et son frère de sang Jack Bull Chiles rejoignent l’une des troupes rebelles sécessionnistes. ils font l’apprentissage d’une vie qui leur semble héroïque, une vie ou la violence la plus inhumaine est si fréquente qu’elle parait presque acceptable.

Durant ces quatre années de guerre, Jake fera la découverte de la loyauté et de la trahison, et, quand naîtra la profonde amitié le liant a un « nègre », de la mort et de l’amour.

« Chevauchée avec le diable » est le récit flamboyant d’un voyage initiatique au sein du conflit qui déchira les États-Unis. Il nous fait découvrir un aspect peu connu de cette guerre civile et met en scène des passions et des émotions complètement intemporelles.

Critique : 
1860… La guerre de Sécession n’est pas encore officiellement déclarée que déjà des hors-la-loi se réclament de leur propre drapeau.

Restez bien scotché au fond de votre selle, parce que vous allez suivre ceux que l’ont nomme les Bushwhacker durant quelques années.

Des quoi ? Des Bushwhacker. C’était le surnom donné aux malfaiteurs qui se réclamaient plutôt des thèses sudistes et étaient des pro-esclavagistes (au contraire des Jayhawkers qui se réclamaient plutôt des thèses nordistes et anti-esclavagistes).

Jake Roedel, Hollandais d’origine, 16 ans et toutes ses dents, fait partie de cette bande de rebelles sécessionnistes, accompagné de son frère de sang, Jack Bull Chiles.

Ces hommes ne veulent pas endosser l’uniforme des Sudistes, ni appartenir à une armée régulière. Eux, tout ce qu’ils veulent, c’est que l’envahisseur Yankee foute le camp de leur pays, et ils sont prêt à tout pour ça.

Nous allons les suivre durant quatre années, quatre années faites de pillages, de pendaisons d’émigrés, de raids contre les fédéraux, de repos durant l’hiver, de crimes gratuits, et j’en passe.

Pourtant, malgré ce climat de violence, j’ai trouvé le récit assez « sobre », si je puis me permettre, bien que la mise à sac de la ville de Lawrence par eux, additionnés des troupes de Quantrill, soit un véritable massacre.

Les personnages ont tous un petit quelque chose qui les rend humain à certains moments. Jake « Dutchy » Roedel n’est qu’un gamin qui a pris les armes. Lui et son frère de sang baignent tellement dans la violence qu’elle fait partie de leur quotidien, qu’elle est devenue acceptable. Pour eux, ils sont héroïque.

Bizarrement, ils ont beau être des pro-esclavagistes, il y a tout de même un nègre (ceci n’est pas un terme péjoratif de ma part) dans leur troupe de sanguinaires : Holt, qui se bat avec eux.

— Ce que je sais, c’est qu’il y avait tous ces nègres morts à Lawrence. Je n’arrive pas à les chasser de mon esprit.
— Il y avait beaucoup de morts à Lawrence, dis-je.
— Il n’ont pas épargné un seul nègre.
— Ils ne voulaient épargner personne, Holt.
— Jake, voici ce que je pense de ces hommes : les nègres et les Hollandais sont leur cible favorite. Pourquoi est-ce qu’on était avec eux ?
— Et bien, pour arrêter les agresseurs Yankee.
— Mais on ne les a pas arrêtés.
— Non.
— Et ils t’ont tiré dessus, et ils m’ont tiré dessus.
— C’était une affaire d’hommes, répliquais-je. Les affaires d’hommes n’ont rien à voir avec la guerre.

Et c’est là que certains personnages prennent toute leur dimension pour évoluer vers un mieux : Jake, petit à petit, va sympathiser avec Holt.

C’est le massacre dans la ville de Lawrence qui va ouvrir les yeux de Jake sur toute cette folie. Mais le réveil sera brutal pour lui.

D’un style agréable et facile à lire, ce roman a la bonne idée de nous raconter la guerre de Sécession vue d’un autre angle, une version peu connue mais qui mériterait de plus amples développements de la part des Historiens. À noter aussi qu’il y a des personnages ayant réellement existé ainsi que des faits réels, dans le roman.

La violence est présente dans les pages, elle y est souvent gratuite, les exactions des uns entraînant des réponses plus musclées des autres.

Toute la bêtise de la guerre qui, du jour au lendemain, peut vous faire passer d’homme loyal à « traitre » aux yeux des autres.

La guerre est synonyme de perte, mais la capitulation est synonyme de dévastation.

La rédemption est toujours possible et c’est sur cette note un peu plus positive que j’ai mis pied à terre, rangeant mes colts au fond de mes fontes et conduisant mon cheval à l’écurie pour un repos bien mérité après cette folle chevauchée qui m’a entrainée loin dans les terres du Missouri et du Kansas.

Une bien belle lecture passionnante, mélangeant les folles chevauchées avec des moments plus calmes.

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et le Challenge « Le Mois Américain » chez Titine.

Vous l’avez reconnu ?? Son sourire n’appartient qu’à lui…

[Comanche] – Les Loups du Wyoming – Hermann & Greg (Tome 3)

Titre : Comanche – Tome 3 – Les Loups du Wyoming          big_3

Scénariste : Hermann
Dessinateur : Greg
Édition : Le Lombard (1974)

Résumé :
Septembre et midi sur le Wyoming, une diligence est attaquée par des bandits, les frères Dobbs.

A son bord, un révérend et un coffre contenant les fonds de l’Union des éleveurs. Sauvé par les hommes du ranch « Triple-six », le cocher leur explique qu’il servait d’appât aux bandits, les fonds étant transportés par le shérif de Greenstone Falls, un ivrogne notoire.

Comanche, comprenant la gravité de la situation, décide d’escorter Pharaon Colorado mais pour cela, il faut le retrouver avant les frères Dobbs.

Ils entament donc les recherches par groupe de deux, Red Dust faisant équipe avec le révérend, chose qu’il n’apprécie guère. D’abord opposés, les deux hommes apprennent à s’apprécier.

Critique : 
Les frères Dobbs… une fiéffé fratrie d’êtres malfaisants qu’il aurait fallu étouffer dans l’oeuf dès le départ. Bandits vivant dans un petit bois, il faudrait l’armée pour les déloger à coup de canon et le cadet a déjà un casier judiciaire plus long qu’une journée sans lecture.

Ils terrorisent la région et plus moyen de faire transiter de l’argent par la diligence, et à cette époque, Western Union n’était pas encore présent.

Alors faut ruser : charger l’argent et ensuite de donner à un cavalier qui n’attire pas l’attention sur lui : Pharaon Colorado, le plus assoiffé alcoolo de tout le Wyoming !

Pharaon Colorado, qui, niveau descente, n’a rien à envier au célèbre Mc Clure de la série Blueberry !

Heu, c’était peut-être pas une si bonne idée, tout compte fait… reconnaîtra le conducteur de la diligence, obligeant Comanche et son personnel, aidé d’un prêcheur au six-coups, à retrouver où Pharaon s’est encore perdu dans sa soulographie.

Quant aux frères Dobbs, s’ils sont des abrutis, ce n’est pas le cas de l’ainé qui a tout compris. Il fallait bien qu’un de ces salopards aie un peu de cervelle.

Récit encore plus violent que les deux précédents, on verra s’affronter les méchants contre les bons, et tout le monde en prendra pour son grade…

Les balles sifflent, les hommes s’écroulent, le sang coulent, le tout sans que cela émeuve les poursuivants.

Apparition du Prêcheur, un as de la gâchette comme Red Dust, mais qui ne fera pas long feu. Par contre, sa mort va entraîner notre héros durant de longs albums !

Un récit pas pour les tits n’enfants !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.

[Comanche] – Les Guerriers du désespoir – Hermann & Greg (Tome 2)

Titre : Comanche – Tome 2 – Les Guerriers du désespoir        big_3

Scénariste : Hermann
Dessinateur : Greg
Édition : Le Lombard (1973)

Résumé :
C’est au moment où le domaine du Triple 6 se prépare à livrer tout un convoi de bœufs pour les hommes du rail qui travaillent à proximité, que « Cheval Debout » et quelques guerriers Cheyennes viennent revendiquer la viande qui leur fait défaut.

Afin d’éviter une effusion de sang dans la région, Comanche et Red Dust décident de rencontrer « Trois Bâtons » le sachem pour négocier une trêve dans leur révolte.

A l’issue du grand conseil, il est convenu que sous trois jours, Red Dust doit rencontrer le Commissaire aux Affaires Indiennes à Arrow Creek pour lui faire part de l’état de famine des Cheyennes et revenir avec la nourriture promise par le traité.

En cas d’échec, Comanche sera exécutée. Malheureusement, cette mission est l’occasion pour certain de régler les comptes avec le Triple 6 et d’enflammer la région.

Critique : 
Ben voilà, tout va pour le mieux au Triple 6 ! Le chemin de fer avance, Comanche a renfloué ses caisses, les bêtes livrées maigrichonnes se sont remplumées et ils doivent livrer du bétail sur pieds aux travailleurs qui construisent le chemin de fer.

Oui, mais, y’a un os… chez les Indiens, on crève la dalle ! Le commissaire aux affaires indiennes s’est fait la belle avec la caisse et les indiens, parqués dans leur réserves de merde où la terre inculte ne leur donnera jamais rien, en sont réduits à sucer leur pouce.

Ils ne le suceront pas longtemps, puisque le Triple 6 a du bétail, ils débarquent en force pour leur prendre. Les amis du 666 ont les boules, pour une fois qu’ils s’en sortaient, tu penses !

Album rempli de suspense, sur fond de guerres indiennes qui pourraient reprendre et mettre le pays à feu et à sang si Red Dust ne revient pas à temps avec de la boustifaille pour nos indiens, à couteaux tirés entre eux, puisque les deux cadets ne sont pas toujours d’accord avec les décisions prisent par leur aîné, chef de la tribu, le tout sous le regard fatigué du patriarche.

Dans cet album, les auteurs ont décidés de montrer toute l’imbécilité de certains Blancs qui pensent qu’un bon indien est un indien mort… mais aussi du machisme des indiens envers les femmes, la colère des plus jeunes qui en ont marre de la résignation des anciens.

La fourberie et la vengeance auront pour conséquence de mettre le feu aux poudres… La stupidité et la cupidité humaine sont au centre de cette aventure et nos personnages favoris vont en faire les frais.

Dessins et scénarios toujours au top, une dimension tragique en plus. Non, non, pas question de roupiller au Triple 6 !

Encore un très bel album de cette série dont je ne me lasse jamais.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), « Le mois Américain » chez Titine, Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez Cannibal Lecteur (oui, chez moi !) et le « Marathon Bédé » chez Chroniques Littéraires.