Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur : Harper Lee

Titre : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur                                  big_5

Auteur : Harper Lee
Édition : Livre de Poche (2006)
Première publication : To Kill a Mockingbird (11 juillet 1960)

Résumé :
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

Petit Plus : Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, a connu un tel succès. Mais comment est-il devenu un livre culte dans le monde entier ?

C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.

Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

LC réalisée en partenariat avec Bianca, La tête dans mes livres, Isabelle, Lydie et ses livres et Catherine.

Critique : 
Pour ce roman, j’ai fait honneur à mon deuxième pseudo qui est « Cannibal Lecteur » car j’ai dévoré ce roman en presque une seule journée.

Mais lundi 07/09, il était tard, il me restait une petite centaine de pages à lire et je devais me lever tôt. Ce fut donc avec regret que j’ai posé le roman, juste à la fin du procès, l’âme en peine à l’idée de ne pas le terminer de suite, le cœur lourd en sachant qu’il serait bientôt fini.

Qu’est-ce qui a fait que j’ai bouffé, avalé, dévoré, cannibalisé ce roman ? Tout ce qui est dedans était appétissant… et tout en étant simple, c’était un récit complexe. J’vous explique.

Le récit se passe dans la petite ville de Maycomb (fictive) en Alabama, au cœur de l’Amérique sudiste très raciste et remplie de préjugés. Les années 30, c’est toute une époque, notamment celle de la récession économique.

La petite ville de Maycomb a tout du trou du cul de l’Alabama, toutes les familles se connaissent et il fut un temps où tout le monde se reproduisait entre eux, ce qui donne des familles liées à plusieurs degrés, bien souvent.

Malgré tout, il y a des classes dans la ville. Selon votre nom de famille, vous êtes en haut du panier, au milieu, dans le fond du panier ou encore plus bas, si vous être noir. Et on est prié de ne pas se mélanger entre classes, s’il vous plait !

— Pourquoi, Tatie ? C’est des gens bien.
Elle me jeta un regard par-dessus ses lunettes qu’elle portait pendant ses travaux d’aiguille :
— Jean Louise, je ne doute pas un instant que se soient des gens bien, cependant, ils ne sont pas de notre milieu.

Les gens de couleurs sont appelés « Nègres » par ces charmantes personnes et ont moins de droit qu’un chien galeux. D’ailleurs, ils n’en n’ont même pas, de droits, et leur parole vaut moins que celle d’un Blanc au tribunal.

Il y a quelque chose dans notre monde qui fait perdre la tête aux hommes. Ils ne pourraient pas être justes s’ils essayaient. Dans nos tribunaux, quand c’est la parole d’un homme blanc contre celle d’un Noir, c’est toujours le Blanc qui gagne. C’est affreux à dire mais c’est comme ça.

Ambiance « Amérique rurale sudiste et raciste » assurée et j’aime lire ce genre de portrait de celle qui a, parfois, un peu trop tendance à donner des leçons aux autres.

C’est Scout Finch (Jean-Louise, de son véritable prénom) qui nous raconte cette histoire qui va se dérouler sur un peu plus de 3 ans. La simplicité du récit vient du fait que c’est une petite fille qui a presque 6 ans qui nous le narre.

La complexité vient du fait qu’au début du roman, Scout nous dit qu’elle se souvient de tout, donc, elle est plus âgée lorsqu’elle prend la plume pour nous conter cette partie de sa vie. C’est pour cela que la narration est tout de même différente de celle d’une gamine de 6 ans.

Malgré tout, dans son récit, Scout Finch se montre toute innocente, ne sachant pas toujours de quoi les grands parlent, surtout quand les femmes parlent de leurs « périodes ».

Il y a de l’innocence dans le récit, celle d’une petite fille qui ne désire que peu de choses : porter des salopettes, ne pas aller à l’école et suivre son grand frère, Jem (Jeremy) partout et jouer toutes les vacances avec Dill, un petit garçon étrange, à l’imagination bien développée.

Si le début du roman est tout doux avec les trois enfants qui sont intrigués par un de leur voisin Boo Radley qui vit reclus chez lui et tentent par tous les moyens de savoir s’il est vivant ou non, la suite deviendra plus sombre, plus profonde, plus émotionnelle.

Le père des enfants, Atticus Finch est chargé de défendre Tom Robinson, un Noir accusé du viol d’une Blanche et c’est là que le récit prend de l’ampleur.

Le racisme des habitants de la ville est un racisme crasse, bête et méchant, limite risible si ce n’était pas aussi grave.

—Jem, demandai-je, c’est quoi un métis ?
— Un enfant à moitié blanc, à moitié noir. Tu en as vu, Scout. Tu sais, ce petit rouquin aux cheveux frisés qui livre chez l’épicier. Il est à moitié blanc. Ils sont très tristes.
— Pourquoi tristes ?
— Parce qu’ils n’appartiennent à aucune communauté. Les gens de couleur n’en veulent pas parce qu’ils sont à moitié blancs; les Blancs n’en veulent pas parce qu’ils sont de couleur; alors ils sont entre les deux, c’est-à-dire nulle part.

Pour eux, défendre un Nègre est honteux, être l’ami d’un Nègre encore plus et les enfants Finch vont en voir de toutes les couleurs à cause de la défense que leur père doit assurer pour Tom Robinson.

Ici, tout le monde a été biberonné au racisme, enfants comme adultes perdent tout sens commun et nous entrainent dans des situations qui m’ont fait froid dans le dos parce qu’il suffirait de peu pour qu’on le revive en 2015. N’allons pas croire que nous serions différents… Rien de plus stupide qu’une foule.

Le récit du procès m’a fait couler la sueur froide dans le dos, j’ai eu mal ma gueule devant tant de bêtise humaine, devant tant de préjugés. Ça me prend aussi devant les infos…

— Je voudrais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage. C’est savoir que tu pars battu d’avance, et malgré cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout.

— Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.

Tout le roman est profond, émotionnellement fort, mais le procès et l’après-verdict le seront encore plus.

Tuer un oiseau moqueur est un péché, tout comme accuser un innocent et le condamner. C’est nier l’évidence la plus flagrante, c’est ne pas vouloir voir, c’est condamner à cause d’une couleur de peau et se moquer de la Justice.

Un roman qui m’a pris aux tripes, un roman dont la plume, simple et complexe, vous entrainera dans le Deep South, le Sud profond, dans tout ce qu’il a de plus laid, mais dans tout ce qu’il a de plus beau aussi.

Même dans l’obscurité, il y a toujours un peu de lumière. Oui, il y a de la philosophie de vie, dans ces pages et ce serait bête de passer à côté.

— On va gagner Atticus ?
— Non, ma chérie.
— Alors pourquoi…
— Ce n’est pas parce qu’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner.

— D’abord, Scout, un petit truc pour que tout se passe mieux entre les autres, quels qu’ils soient, et toi : Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue …
— Pardon ?
— … tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n’essaieras pas de te mettre à sa place.

Une lecture marquante, lecture que j’aurais dû faire depuis longtemps et qui me donne envie de proposer d’ajouter une sixième étoile chez Babelio.

Un roman très grand… à faire lire aux petits esprits, mais pas sûr qu’ils comprendront le message. Non, comprendraient pas !

— Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « Le Mois Américain » chez Titine, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix Pulitzer en 1961) et le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre.

BILAN - Coup de coeur
CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Cujo : Stephen King [LC avec Stelphique – Intro]

Au départ, on devait se faire un Dieu Grec en septembre. Petit problème avec ce Dieu Grec, c’est qu’il n’est pas américain et que Titine m’aurait tapé sur les doigts avec ce bô gosse… sa beauté n’y aurait fait, il n’était pas américain, son roman ne se passait pas en Amérique non plus, à moins que d’arriver à lui faire croire que le 93 est dans le Bronx.

Alors, quel Américain pour notre LC mensuelle ?? Le King, bien entendu !! Non, pas le chanteur, l’auteur ! Un parfait american (staffordshire ? ça fait côté anglais).

Tekel… heu, tel quel, le roman me fait peur depuis des lustres. Ce Saint-Bernard qui, au lieu de sauver des vies en haute montagne avec son petit tonnelet d’alcool, dévore les gens ??

Ce gentil toutou qui devient méchant ? Et pas de tonnelet d’alcool à son collier pour me remonter le moral ?? Même les clichés foutent le camp, ma bonne dame…

Bon, heureusement que le King n’a pas choisi un cocker, avec son regard triste, ça aurait foiré !

[Mot de Stelphique] ….J’adooooooooooooore les cokers moi!!!!!mdr Tout trognon avec es yeux qui tombent et leurs oreilles qui frisent…..^^ mdr

La Mouche du coche : Donald Westlake

Titre : La Mouche du coche                                      big_4

Auteur : Donald Westlake
Édition : Payot et Rivages (2004) pour la nouvelle traduction intégral
Première publication : The Busy Body (1966)
Publié en français sous : Les Cordons du poêle – Série noire n°1068 (1966)

Résumé :
Aloysius Eugene Engel est entré dans la mafia pour suivre les traces de son père et en révolte contre sa mère qui voulait lui faire faire des études.

Par accident, il est devenu le bras droit du caïd Nick Rovito. Ce qui implique des besognes souvent terre à terre, comme porter le cercueil d’un collègue nommé Charlie.

Mais la journée n’est pas finie que Nick ordonne à Aloysius d’aller déterrer Charlie. En effet, ce dernier a été enseveli avec sa veste bleue, dont les coutures regorgent… d’héroïne !

Violer un cimetière en pleine nuit n’est pas une partie de plaisir. D’autant plus que le cercueil est vide et que le cadavre s’est envolé…

Petit Plus : Publié à la Série noire sous le titre Les cordons du poêle dans une version tronquée, ce cocktail d’action et d’humour est aujourd’hui disponible dans une traduction révisée et complétée.

Critique : 
Lire un Westlake est toujours un plaisir, même si ce n’est pas un avec le cambrioleur malchanceux Dortmunder.

New-York, années 60. Nous voici dans une Organisation qui a tout de la Mafia…

Alyosius Engel est devenu le bras droit du patron de l’organisation, Nick Rovito. C’est un peu par accident qu’Al est devenu le bras droit parce qu’il a tout du bras gauche.

Voilà que notre pauvre Al est chargé par son boss d’aller déterrer le corps d’un membre de l’organisation, Charlie Brody. Pourquoi ? Parce que ce passeur a été enterré dans son complet bleu, celui dont les doublures contiennent pour 250.000$ de Blanche !

Pas de bol, le cercueil est vide ! Plus de corps, plus de complet, plus de Blanche et les emmerdes vont commencer pour ce pauvre Al qui va avoir des journées fort chargées !

Si vous aimez l’humour noir et les situations cocasses, ce roman est fait pour vous car Al Engel a tout d’un Dortmunder : il ne tue pas, il lui arrive des tas de trucs, il se retrouve dans des situations qu’il n’a pas voulu et à l’impression que tout va de travers.

Il a beau être un truand, Al est un personnage que l’on aime d’entrée de jeu. Le pauvre, il a été un peu trop étouffé par sa mère, limite castratrice et s’il a tout fait pour entrer dans l’Organisation, c’était pour faire plaisir à son père et aller contre sa mère. Maintenant, la voilà toute fière que son gamin soit un homme important de l’Organisation.

Al Engel a beau n’avoir rien d’un Sherlock Holmes lorsqu’il mène son enquête sur le cercueil vide, il arrivera tout de même à remonter la piste du cadavre et du gros soucis qui lui est tombé dessus en prime.

La plume de Westlake fait mouche, une fois de plus, nous donnant des petits traits d’humour durant le déroulement du récit et nous proposant des personnages bien campés.

De plus, c’est une version non caviardée que nous propose Payot & Rivages, au contraire de la version de la Série Noire qui était tronquée (et parue sous le titre de « Les cordons du poêle »).

Tout ça pour vous dire que c’était un pur moment de jouissance littéraire. Comme toujours avec Westlake.

La minute de culture : Autrefois, tenir les cordons du poêle, c’était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil. Car le « poêle », entre autres significations, désigne aussi le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil pendant les cérémonies funèbres. Il disposait auparavant de cordons généralement cousus aux coins et sur les bords, cordons qui, alors que le cercueil était amené à l’autel pour la cérémonie funèbre, étaient tenus par des proches ou membres de la famille, ou des personnes de haut rang, selon le défunt.

Aujourd’hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu’ils tiennent les cordons du poêle.

La mouche du coche désigne quelqu’un qui s’agite beaucoup sans rendre de réels services ou qui est empressé inutilement.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Arizona Tom : Norman Ginzberg

Titre : Arizona Tom                                                                       big_3

Auteur : Norman Ginzberg
Édition : Livre de Poche (2015)

Résumé :
À la fin de sa vie, Ocean Miller revient sur son itinéraire improbable de shérif : il raconte d’abord comment, lui, Juif d’Europe centrale, né sur un paquebot qui ralliait l’Amérique, a atterri dans une bourgade perdue d’Arizona.

Puis il se souvient de l’affaire la plus marquante de sa carrière, celle de Tom, sourd-muet de douze ans à peine, qui a débarqué à Brewsterville en traînant un cadavre dépecé sur ses talons.

Pour le maire et ses acolytes, le garçon est assurément coupable du meurtre.

Mais pour Miller, sur le déclin et porté sur le bourbon, l’innocence de ce petit bonhomme ne fait aucun doute. Pour sauver Tom de la potence, et prouver qu’il a encore un rôle à jouer, Miller se lance dans une enquête haletante pour débusquer le tueur.

La rumeur d’un coffre rempli d’or enterré en plein désert le mènera de pièges sanglants en aventures poussiéreuses jusqu à découvrir l’identité des véritables coupables.

2963171349_1_3_aW61hS5qCritique : 
Ocean Miller, 55 ans, est le shérif d’une petite bourgade paumée non loin du désert de Mojave, au fin fond du trou du cul de l’Arizona.

Brewsterville, que ça s’appelle, ce cloaque qui devait être desservi par le chemin de fer mais qui ne le fut pas.

Niveau représentant de la loi et de l’ordre, ce shérif ne fait pas peur. Il boit, monte une vieille carne de cheval et peut-être émotif au possible.

Ah, il a aussi besoin de se décharger son colt personnel plusieurs fois par semaine, chez une dame de sa connaissance.

Bref, on peut dire qu’Ocean ne fait pas de vagues. Il est shérif comme d’autres sont croquemorts. Parce qu’il faut bien exercer un métier et manger.

Je suis le shérif de ce bled. Un shérif placide et discret, ni bégueule ni fiérot. Pas un de ces paltoquets qui bombent le torse devant les voleurs de poule, une main sur l’étoile, l’autre sur la crosse de leur colt. Je suis shérif comme d’autres sont putains ou croquemorts, parce qu’il en faut.

Il faut un shérif, et c’est moi qui m’y colle. Le monde tient debout parce qu’il y a des putes qui évitent aux vachers priapiques de devenir mabouls, des croquemorts pour empêcher que les humeurs des cadavres ne nous empoisonnent l’air et des shérifs pour retenir ce petit monde tout de guingois de passer cul par-dessus tête.

Son enquête ? Trouver qui a tué et démembré le cadavre que tirait un jeune garçon, sourd et muet, prénommé Tom.

Ce ne sera pas de tout repos parce que la bourgade voit dans le jeune gamin malicieux le coupable idéal.

Tout en menant son enquête et en ayant troqué sa vieille carne de jument contre un hongre fringant, Ocean Miller nous raconte sa vie, nous fait rencontrer des personnages haut en couleur, nous explique les injustices commises envers les indiens et nous montre les braves habitants de son trou du cul d’Arizona faire un caca nerveux lorsque ces mêmes indiens spoliés demandent à manger.

Je vous ferai grâce de ma jeunesse. Pas tant par pudeur, surtout parce que ma mémoire est défaillante.

Ceci est un western, mais un western qui fout en l’air les codes habituels, avec un shérif qui a plus l’air d’une épave échouée dans l’Océan et qui, à chaque sourire du gosse, est prêt à fondre en larmes.

Maniant l’humour et les bons mots, ce roman se lit rapidement, le sourire aux lèvres.

« À quoi bon se justifier auprès d’un fumier qui aurait été capable de partager son souper avec une confrérie de scorpions ? »

Au menu de cette enquête sous un cagnard d’enfer : des bagarres, des balles qui sifflent, des coups de couteaux dans le dos, des lâchetés et autres traitrises et coups bas, des putes, un saloon qui sert des boissons alcoolisées, des bons petits citoyens avec le cul serré, des illuminés qui vivent reclus, des tueurs, des salauds, quelques indiens hualapais qui crèvent la dalle, sans oublier un hypothétique trésor.

Ça bouge, l’histoire connaîtra des rebondissements, la plume est drôle, sans pour autant vous faire hurler de rire, mais on sent aussi la critique envers un gouvernement qui ne tint jamais ses promesses envers les indiens.

Y’a du cynisme et des vérités, dans ce roman western qui ne fait rien comme les autres.

Mon nouveau cheval ne supportait pas de se tenir derrière ma vieille jument. Pour lui, comme pour beaucoup de types par ici, la place du mâle est devant la femelle. Toujours.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014CHALLENGE - XIXè siècleCHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Le Bon, la Brute et le Truand – Il buono, il brutto, il cattivo : Sergio Leone [FILMS]

wE2g8D1fzX1KaGxkc1VJrMFWMN8Vous parler de « Il était une fois dans l’Ouest » et ne pas causer du film « Le bon, la brute et le truand » (The Good, the Bad and the Ugly), ça ne se fait pas ! Puisque je suis dans ma passe western, autant dégainer le six coups et faire les chose dans les règles de l’art.

Charles Branson n’avait pas beaucoup de conversation dans « Il était une fois »… Clint Eastwood aussi ! Pour ces deux personnages, tout passe par quelques mots, quelques gestes, quelques regards. Tout est dans leur apparence et il se dégagent d’eux quelque chose de bestial mais aussi de tendre (en plus de l’odeur du bourrin qui leur colle aux frusques).

Bref, on les craint, mais on les aime.

Avec ce film, je remplirais des tas de challenge parce que Le Bon, la Brute et le Truand  est un film germano-hispano-italien (et il se passe aux États-Unis), réalisé par Sergio Leone (of course) et sorti en 1966.

Ce n’est pas n’importe quel western non plus. Il fait partie des plus célèbres westerns de l’histoire du cinéma et, excusez du peu, il est considéré comme la quintessence du style « western spaghetti » (ça t’en bouche un coin, hein !).

Si je ne l’avais pas sorti pour le Mois Américain de septembre, il aurait été parfait pour le Mois Italien d’octobre !

Avec lui, Sergio Leone va conclure (dans le foin ? Non !) sa fameuse Trilogie du dollar (également appelée Trilogie de l’homme sans nom) et, pour éviter de se répéter, notre ami va augmenter les protagonistes.

De deux personnages, habituellement, on passera à trois pour ce film : Clint Eastwood et Lee Van Cleef, qui se partageaient déjà la vedette dans « Et pour quelques dollars de plus » se voient adjoindre le truand Eli Wallach dans ce troisième film.

Je vous avoue que sans Wiki pour me dire que celui-ci est en fait le troisième opus d’une trilogie, je ne l’aurais jamais su et, ma foi, je m’en fichais un peu.

Ça ne gâche rien de  préférer « The good, the bad… » aux deux autres (« Et pour quelques dollars de plus » est mon second préféré dans la Trilogie alors que « Pour une poignée de dollars » qui est le tout premier, je ne l’aime pas du tout).

Tout cela pour vous dire qu’on ne perd rien en le regardant tout seul et puis, comble du comble, ce troisième volet est en fait une sorte de retour en arrière (sans la DeLorean), une sorte de préquelle…

Mais gardez à l’esprit que les acteurs Eastwood et Van Cleef n’ont pas les mêmes rôles dans les deux films, hormis Eastwood qui joue toujours l’Homme sans nom.

 

 

Dans ce film, une nouveauté par rapport aux deux autres : la guerre de Sécession est en toile de fond.

Voilà pourquoi il s’agit, chronologiquement parlant, d’un retour en arrière par rapport aux deux autres films de la trilogie. Vous suivez toujours ou vous avez besoin d’aspirines ??

Clint Eastwood (la constante qui lie les trois films) ne se présente pas dans sa tenue habituelle : au lieu d’un poncho, il porte un long manteau (aussi appelé cache-poussière) ; ce n’est qu’à la fin du film qu’il endosse ce vêtement, adoptant l’apparence extérieure du personnage des deux premiers films et matérialisant, selon l’idée de Leone, l’aspect cyclique de la trilogie.

Résumé : Pendant la Guerre de Sécession, trois hommes, préférant s’intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d’un coffre contenant 200 000 dollars en pièces d’or volés à l’armée sudiste.

Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, tandis que Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale qui sert de cache.

Chacun a besoin de l’autre. Mais un troisième homme entre dans la course : Sentenza, une brute qui n’hésite pas à massacrer femmes et enfants pour parvenir à ses fins.

Ce que j’en pense : C’est le genre de film que j’adore regarder à intervalles réguliers, surtout lorsque je suis fatiguée, pas en forme, que je suis rentrée tard du kiné, que la journée à été mauvaise ou que le travail m’a tuer (la faute est là exprès).

Pourquoi regarder une nouveauté alors que j’ai des valeurs sûres pour me distraire, le tout accompagné d’une bande-son qui me donne des frissons avec des acteurs magnifiques qui ne sont pas manichéens.

Le Bond (Blondin), joué par Clint Eastwood n’est pas dénué de noirceur. Il est l’homme sans nom, un chasseur de primes flegmatique, un homme arrogant mais grandiose. S’exprimant à l’aide de phrases tellement courtes qu’elles en sont laconiques. Il ne peut pas être tout à fait bon puisque c’est un as de la gâchette. Bref, voilà un personnage soigné dans les moindres détails. Et comme moi, il fume le cigare !

La présence du cigare de Blondin est un symbole très important dans le film. Blondin en a un à la bouche dans presque toutes les scènes et le rallume continuellement. Le cigare devient même un élément clé de l’action à quelques occasions (la poursuite en suivant la piste des cigares toujours plus fraîchement fumés, l’allumage de la mèche du canon et de celle des explosifs, etc.).

Eastwood incarne un personnage qui aurait fait un excellent méchant, il avait tout pour ça : des expression sombres et pensives, des yeux à demi-fermés, visage fermé, taciturne, ironique… Mais durant tout le film il est le cul entre deux chaises, oscillant sans cesse entre le chasseur de primes et le bandit.

Bref, une vraie réussite que ce personnage de Blondin et qui hisse ce western à un niveau de tragédie grecque ou shakespearienne. Non, non, les z’amis, nous ne sommes pas dans un bête film, c’est plus profond que cela.

Notre Bond Blondin est en compétition avec Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez (Tuco pour les intimes) « Le truand », un bandit comique, maladroit et volubile, recherché par les autorités. Il est joué par Eli Wallach.

Lui et Blondin n’ont rien en commun… mais malgré tout, il devront faire cause commune car Tuco a appris d’un soldat en train d’agoniser (Bill Carson) le nom du fameux cimetière où est enterré l’or, mais il ne connaît pas le nom de la tombe ; seul Blondin le sait.

Cette situation les force tous les deux à devenir compagnons de voyage. Les voilà donc contraints de travailler ensemble et de se secourir à tour de rôle. Leur relation est celle d’une amitié-haine. C’est Tuco qui lui donnera le fameux surnom « Blondin ».

Le troisième homme, la Brute, c’est Sentenza (Angel Eyes dans la version américaine), joué par Lee Van Cleef. C’est un mercenaire insensible et sans pitié. Il n’hésite pas à éliminer froidement tous ceux qu’il rencontre dans sa course au trésor.

Lui, c’est la crapule finie, loin de son rôle d’homme vengeant la mort de sa sœur dans « Et pour quelques dollars de plus ». Ça fait du bien de voir des acteurs changer de rôle… Lee a la gueule de l’emploi pour le méchant, mais le pauvre ne savait pas monter à cheval, tout comme Eli Wallach… Un comble dans un western !! mdr

Tout tourne autour de ces trois hommes, sans compter la guerre de Sécession qui s’invite dans la danse et qui nous montre tout l’imbécilité d’une guerre dans les morts envoyés au combat pour un foutu pont ou pour un endroit qui a tout de la crotte de mouche sur une carte.

— Je n’ai jamais vu tant de gens mourir… si mal [dixit Blondin en voyant les soldats mourir]

Leone disait : « la véritable histoire des États-Unis a été construite dans une violence que ni la littérature ni le cinéma n’ont su révéler comme ils l’auraient dû. Personnellement je tends toujours à mettre en contraste la version officielle des évènements – sans doute parce que j’ai grandi sous le fascisme. J’ai vu en personne comme on peut manipuler l’histoire. Pour cette raison, je doute toujours de ce qui est annoncé. Pour moi, c’est maintenant un réflexe ».

Oui, la guerre est le quatrième personnage. Elle nous est montrée furtivement dans les images de combat, lors du générique de début, qui vient insidieusement s’immiscer dans les péripéties et interagir avec elles : après la colonne de soldats dont l’arrêt démasque le bruit des éperons, c’est un boulet de canon qui fracasse la pièce où Tuco allait obliger Blondin à se pendre ; Blondin est de nouveau sauvé dans le désert par l’irruption du chariot sudiste ; enfin dans la rue de la ville abandonnée, les explosions donnent l’avantage à Blondin et Tuco dans leur duel contre la bande de Sentenza.

La convergence entre la chasse au trésor et la toile de fond guerrière est complète lorsque Blondin et Tuco sont bloqués par la bataille pour le pont de Branston.

Ici, pas de flashbacks, juste une narration qui vous entraine dans une poursuite infernale à la recherche d’un trésor enterré par des Confédérés et des personnages qui ne sont ni tout blanc, ni tout noir. Sans oublier les retournements de situations !

Il y a aussi tout les petits détails qui me font toujours sourire comme si je les découvrais pour la première fois : celle de l’officier vêtu du gris sudiste qui dévoile soudain un uniforme bleu nordiste en secouant la poussière qui le recouvre.

La méthode de construction du film est aussi un plus : il y a l’apparition d’éléments nouveaux qui étaient hors-champ, introduits subitement dans le plan en cours ou bien dévoilés par l’élargissement du cadrage et qui fait évoluer, voire basculer, le déroulement des événements.

Par exemple, dans la séquence du cimetière, on cadre sur Tuco qui creuse frénétiquement la tombe qu’il a enfin trouvée, le plan s’élargit et l’ombre de Blondin apparaît ainsi qu’une pelle tandis qu’il lance à Tuco : « Avec ça, ce serait plus facile ».

Les rapports de force basculent une seconde fois quelques instants plus tard, lorsqu’une autre pelle surgit dans le plan, lancée par Sentenza avec ces mots : « À deux, vous creuserez plus vite ». Putain, en peu de temps, tout est renversé et votre cœur fait des bons !

Votre cœur aura aussi des soucis pour la scène du duel à trois et du cimetière de Sad Hill. Une arène faite de pierres avec des tombes pour seuls spectateurs. Leone voulait un cimetière avec une sorte d’arène, ça n’existait pas, alors on l’a fait !

Le responsable espagnol des effets pyrotechniques, qui s’était occupé de la construction et de la destruction du pont, a prêté 250 soldats qui ont construit, en deux jours, le type de cimetière voulu, avec 10 000 tombes.

Un duel à trois… faut le faire ! Et on a inventé le néologisme triel (triello en italien) pour parler de cette chose peu courante.

Durant les plus longues minutes pour votre rythme cardiaque, vous verrez sur votre écran des plans fixes des trois hommes.

Ensuite, on passe au panoramiques sur fond de centaines de tombes lorsque chacun prend sa place dans l’arène. Caméras sur les mains près des révolvers, les yeux de Tuco qui bougent dans tous les sens, ceux de Sentanza qui ne bougent pas, Blondin qui mâchouille son cigare.

Puis, les plans seront de plus en plus serrés et rapides, scrutant le moindre signe des acteurs, un rictus, un mouvement des yeux ou du doigt, dans un montage qui fera école auprès de la génération suivante, le tout sur une musique d’Ennio Morricone qui vous fera couler la sueur dans le dos.

Les trois premiers gros plans sur les acteurs demandèrent une journée complète de travail, pour que le spectateur ait l’impression de regarder un ballet.

Niveau musique, celle de la course dans le cimetière est magnifique. Déjà la fuite de Tuco à cheval est contrecarrée par le cigare de Blondin et un canon…

À propos du tournage au cimetière, le scénographe et costumier Carlo Leva raconte : « Pour Le Bon, la Brute et le Truand, Carlo Simi me demanda de trouver un endroit adapté pour tourner la scène finale située dans un cimetière en temps de guerre […]. Nous étions en Espagne ».

« À proximité de Burgos, je découvris un petit plateau au milieu des pâturages pour les animaux d’un village. Je parlai au maire. Il accepta de déplacer les troupeaux et de nous laisser utiliser le terrain pour le tournage, à condition que nous remettions les lieux dans l’état où nous les avions trouvés ».

« Avec l’aide des soldats espagnols et avec une charrue, je préparai le terrain afin de pouvoir y installer 8 000 tombes, faites avec la terre trouvée sur place et mélangée à de la paille et de la sciure. Et les monticules, nous les avons élevés un par un en utilisant un cercueil vide, de la même façon que les enfants font des châteaux de sable sur la plage avec un seau vide ». Lorsqu’il vit le résultat, Sergio Leone fut enthousiasmé par notre « travail macabre ».

Bref, pour tout cela ce film reste pour moi un chef-d’œuvre dans son genre !! Loin des western gentillets pour la famille, un film que l’on regarde à différentes époques de sa vie et qui nous raconte toujours plus au fur et à mesure que l’on comprend mieux les choses.

Enfant, on le voit comme un divertissement amusant, adulte, on voit la violence de la construction des États-Unis, l’absurdité des guerres, la folie de l’or qui ne mène à rien de bon. Enfant, on voit Blondin comme un gentil, adulte, on saisit mieux les nuances. Bref, c’est à chaque fois une découverte pour moi,  comme l’est « Once upon a time in the west ».

Extasy of gold version grand orchestre… magnifique ! Et sous les fiches techniques et d’acteurs, il y a quelques anecdotes du film.

Fiche technique :

  • Titre original : Il buono, il brutto, il cattivo
  • Titre international : The Good, the Bad and the Ugly
  • Titre français : Le Bon, la Brute et le Truand
  • Réalisation : Sergio Leone
  • Scénario : Luciano Vincenzoni, Sergio Leone, Agenore Incrocci et Furio Scarpelli
  • Décors : Carlo Simi
  • Costumes : Antonelli et Carlo Simi
  • Photographie : Tonino Delli Colli
  • Montage : Eugenio Alabiso et Nino Baragli
  • Musique : Ennio Morricone
  • Budget : 1 200 000 dollars US
  • Pays d’origine :  Italie Espagne et  Allemagne de l’Ouest
  • Langue originale : italien
  • Format : Couleurs – 35 mm – 2,35:1 (Techniscope) – son Mono
  • Genre : western spaghetti
  • Durée : 161 minutes / 178 minutes (version longue, 2002)
  • Dates de sortie :
    •  Italie : 23 décembre 1966
    •  France : 8 mars 1968

Distribution :

  • Clint Eastwood (VF : Jacques Deschamps) : Blondin, « le Bon » (il Biondo dans la version italienne, Blondie dans la version américaine)
  • Lee Van Cleef (VF : Georges Atlas) : Sentenza, « la Brute » (Angel Eyes dans la version américaine)
  • Eli Wallach (VF : Claude Bertrand4) : Tuco Benedicto Pacifico Juan Maria Ramirez, « le Truand »
  • Aldo Giuffrè (VF : André Valmy) : le capitaine alcoolique
  • Luigi Pistilli (VF : René Bériard) : le père Pablo Ramirez
  • Rada Rassimov (VF : Anne Carrère) : Maria
  • Mario Brega : le caporal Wallace
  • Antonio Molino Rojo (VF : Roger Rudel) : le capitaine Harper
  • Antonio Casale : Bill Carson dit Jackson
  • Antonio Casas : Stevens

Anecdotes ou choses à savoir pour briller en société :

Leone est aussi inspiré par une vieille histoire à propos de la guerre : « Je voulais montrer l’imbécillité humaine picaresque de même que la réalité de la guerre. J’avais lu quelque part que 120 000 personnes moururent dans les camps sudistes comme à Andersonville, mais je ne voyais nulle part de référence aux morts dans les camps de prisonniers nordistes. On entend toujours parler des atrocités commises par les perdants, jamais de celles de gagnants ».

Il montre un camp nordiste où la musique couvre les cris des torturés… on pense aux camps de concentration nazis, avec leurs orchestres juifs. Cela ne plut pas aux Américains, pour qui la guerre civile est un sujet quasi tabou.

Mais « la véritable histoire des États-Unis a été construite dans une violence que ni la littérature ni le cinéma n’ont su révéler comme ils l’auraient dû. Personnellement je tends toujours à mettre en contraste la version officielle des évènements – sans doute parce que j’ai grandi sous le fascisme. J’ai vu en personne comme on peut manipuler l’histoire. Pour cette raison, je doute toujours de ce qui est annoncé. Pour moi, c’est maintenant un réflexe. »

Le camp de prisonniers où sont conduits Blondin et Tuco est basé sur les bas-reliefs en acier d’Andersonville, réalisés en août 1864, alors que 35 000 prisonniers s’y trouvaient.

De plus, les scènes extérieures s’inspirèrent des archives photographiques de Mathew Brady. Van Cleef raconte à ce sujet : « Le camp de prisonniers construit par Sergio était très simple : seulement quelques cabanes et des palissades. Et il était surpeuplé, mais il donnait l’impression que durant la guerre civile, les choses devaient être exactement comme cela. C’était comme les images que j’avais vu d’Andersonville… Vraiment comme une photographie de Brady. »

À propos de la documentation recherchée pour le film, Leone raconte : « Les auteurs américains dépendent trop des autres scénaristes et n’approfondissent pas suffisamment leur propre histoire.

« En préparant le film, je découvris que durant la guerre civile, il n’y eut qu’une seule bataille au Texas, visant la propriété des mines d’or de l’État. Le but de la bataille était d’empêcher le nord (ou le sud) de contrôler ces mines. Donc, pendant que j’étais à Washington, je tentais de trouver quelques informations sur cet évènement.

Le bibliothécaire de la bibliothèque du Congrès (la plus grande du monde), me répondit : « Je crois que vous vous trompez. Le Texas, dites-vous ? Il doit s’agir d’une erreur. En Amérique personne n’a jamais livré de bataille pour des mines d’or et de toute façon la guerre civile n’a jamais eu lieu au Texas. Revenez dans deux ou trois jours, je ferai quelques recherches d’ici là. Mais je suis certain que c’est une erreur ».

Eh bien, j’y suis retourné après deux ou trois jours et ce type me regardait comme s’il avait vu un fantôme.

Il me dit : « J’ai ici huit livres et ils font tous référence à cet évènement. Comment diable avez-vous fait pour le savoir ? Vous ne lisez que l’italien, comment avez-vous pu le découvrir ? Maintenant, je comprends pourquoi vous les Italiens faites des films si extraordinaires. Je travaille ici depuis vingt ans et pas un seul réalisateur américain ne s’est jamais préoccupé de venir s’informer sur l’histoire de l’Ouest ».

Leone a inséré dans le scénario son point de vue personnel : la façon dont Blondin et Tuco perçoivent la guerre est la sienne. La phrase écœurée de Blondin qui commente la bataille du pont : « Je n’ai jamais vu tant de gens mourir… si mal » synthétise ce que Leone voulait transmettre.

De plus, par la bouche du capitaine nordiste, il dénonce l’absurdité de l’enjeu de la bataille décidée en haut lieu (« une crotte de mouche sur une carte ») et prononce une diatribe cynique sur l’alcool, refuge du soldat, qui sera censurée dans la version italienne.

Enfin, Leone modifie sa mise en scène pour la bataille, et abandonne son illustration habituelle de la violence pour une prise de vue quasi documentaire, sans héroïsme, en une série de travellings cadrés de loin.

Le scénario fait l’objet d’une novélisation sous le titre éponyme par Joe Millard (Série noire N°1254).

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année »chez Lukea Livre et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014 CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

[FILMS] Certains l’aiment chaud – Some Like It Hot : Billy Wilder

Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot) est un film américain de Billy Wilder sorti en 1959. Et j’aime ce réalisateur pour deux choses : la première, pour ce film et l’autre pour avoir réalisé « La vie privée de Sherlock Holmes ».

Il est classé premier par l’AFI dans la liste des films américains les plus drôles du XXe siècle, devant Tootsie et Dr Folamour. Je suis tout à fait d’accord parce que je me marre toujours devant le burlesque de ce film, pissant de rire devant Tony Curtis et Jack Lemmon déguisé en femmes pour échapper à la mafia.

Je me le réserve souvent pour des moments plus déprimant car ce film a l’art de me sortir de mon marasme, de me faire oublier tout les soucis, les problèmes. Bref, comme les « Despicable Me », c’est un film pour lequel j’ai une tendresse particulière.

La première fois que je l’avais vu, c’était au cours d’un zapping réalisé par mon père, il y a trèèèès longtemps. Il avait reconnu le film et avait arrêté de zapper, me disant de venir voir le film parce que j’allais me marrer.

Hélas, j’avais raté tout le début et mon paternel avait dû me raconter pourquoi nos deux hommes devaient se déguiser en femmes et intégrer un orchestre pour se cacher.

Mais j’avais compris le jeu de mot entre le titre du film et un vieux spectacle de Michel Leeb « Certains Leeb Show ».

Si j’ai ri ? Affirmatif !! Oh, pas à m’en briser les côtes, mais assez pour me mettre les larmes aux yeux avec les dialogues au petit poil, les quiproquos ou les situations burlesques qui ne manquent pas de naître lorsque deux hommes se déguisent en femmes.

À la sortie du film, le public rit tellement qu’on n’entend pas la moitié des dialogues. «Je serai peut-être le premier à mettre des sous-titres anglais dans un film en ­anglais», suggère Billy Wilder, ravi.

Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai pu enfin le voir tout entier. Nous étions en 2002, les lecteurs DVD commençaient à se démocratiser niveau prix et des petits malins pouvaient nous fournir des copies de film sur des DVD gravés. Un collègue l’avait fait pour moi. Maintenant, j’ai le vrai DVD, parce qu’un film culte, ça se possède en vrai !!

Le titre, il vient d’où ??

Junior (Tony Curtis déguisé) lui demande : Does that mean you play that very fast music… jazz ? (– Ça signifie que vous jouez cette musique très rapide… du jazz ?)
Sugar (Monroe) dans une moue troublante : Yeah. Real hot ! (– Ouais. Et c’est très chaud !)
Junior :  I guess some like it hot… (– J’imagine que certains l’aiment chaud…)

Le pitch ?? Chicago de 1929, en pleine prohibition. Rien que ça, j’adore déjà !

Un corbillard est poursuivi par un véhicule de police. Des tirs s’échangent. Il arrive à s’échapper afin d’aller livrer son précieux chargement d’alcool de contrebande. La police fait une descente dans le tripot clandestin, dont deux musiciens, Joe le saxophoniste (Tony Curtis) et Jerry le contrebassiste (Jack Lemmon), arrivent à s’enfuir.

Le lendemain, alors qu’ils vont chercher une voiture pour se rendre à leur nouvel engagement, ils sont témoins d’une tuerie entre bandes rivales de la Mafia.

Afin d’échapper aux représailles, ils se font enrôler dans un orchestre composé uniquement de femmes et doivent donc se travestir en conséquence.

Elles, puisque désormais ils se nomment Joséphine et Daphné, partent en train pour la Floride. Elles font la connaissance de Sugar Kane (Marilyn Monroe), la chanteuse de la troupe Sweet Sue and her society syncopators.

Joséphine/Tony Curtis déguisé en Junior, fils de la Shell va tenter de séduire Sugar/Monroe tandis que cette pauvre Daphné/Jack Lemmon va subir les assauts endiablés d’un milliardaire nommé Osgood Fielding III.

Lorsque la caméra passera de Tony Curtis/Junior en train de se faire embrasser par Monroe et faisant semblant de ne rien ressentir, aux scènes de danse endiablée entre Daphné et Osgood, le contraste est total et jouissif !

Entre deux qui ont l’air calme et les deux autres qui ont la fièvre au corps et celle du samedi soir, le changement est total. Le pire, c’est que notre Daphné/Lemmon a l’air de trouver du plaisir à danser… comme s’il avait oublié qu’il n’était pas vraiment une femme.

Malgré le fait que je n’ai jamais eu d’attirance pour l’actrice que fut Monroe, ses minauderies dans le film ne sont pas inutiles et vont très bien avec le personnage qu’elle joue.

Si le début du film est plus sérieux que le reste (on ne rit pas tout à fait dans les scènes du début), ensuite, une fois l’orchestre intégré, les situations comiques n’en finissent plus, sans pour autant devenir lourdes, et le spectateur risque les crampes aux zygomatiques tant tout est fait pour vous faire rire avec finesse.

Et puis, les dialogues, ils sont somptueux.

Daphné : « We can’t get married at all » (– Nous ne pouvons pas nous marier du tout)
Osgood : « Why not ? » (– Pourquoi ?)
Daphné : « Well, in the first place, I’m not a natural blonde ! ». (– Et bien, pour commencer, je ne suis pas une vraie blonde)
Osgood : « Doesn’t matter… » (– Pas d’importances…)
Daphné : « I smoke. I smoke all the time. ». (– Je fume. Je fume comme un sapeur)
Osgood : « I don’t care. » (– Ça m’est égal)
Daphné : « I have a terrible past. For three years now, I’ve been living with a saxophone player. » (– Mon passé n’est pas bon. Je vis depuis trois ans au moins avec un joueur de saxophone)
Osgood : « I forgive you. » (– Je vous pardonne)
Daphné : « I can never have children » (– Hélas, je ne peux pas avoir d’enfants)
Osgood : « We can adopt some » (– Nous en adopterons)
Daphné en ôtant sa perruque : « You don’t understand, Osgood, I’m a man! » (– Vous ne comprenez pas, Osgood, je suis un homme !)
Osgood : « Well… nobody’s perfect ! » (– Eh bien… personne n’est parfait !)

Une valeur sûre, une fois de plus, en matière de vieux films en noir et blanc ! La certitude de passer un bon moment télé et de dérouiller ses zygomatiques.

Fiche technique :

  • Titre original : Some Like It Hot
  • Titre français : Certains l’aiment chaud
  • Réalisation : Billy Wilder
  • Scénario : Billy Wilder et I. A. L. Diamond, d’après une histoire de Robert Thoeren et Michael Logan
  • Musique : Adolph Deutsch
  • Décors : Edward G. Boyle
  • Costumes : Bert Henrikson et Orry-Kelly pour les robes de Marilyn Monroe
  • Coiffures : Alice Monte et Agnes Flanagan
  • Maquillage : Emile LaVigne
  • Photographie : Charles Lang Jr.
  • Effets spéciaux : Milt Rice
  • Son : Fred Lau
  • Montage : Arthur P. Schmidt ; Eve Newman (musique)
  • Production : Doane Harrison, I. A. L. Diamond et Billy Wilder
  • Budget : 2 883 848 $
  • Pays : États-Unis
  • Langue : anglais
  • Format : noir et blanc – 1,66:1 – mono (Westrex Recording System) – 35 mm
  • Genre : comédie
  • Durée : 1h56
  • Dates de sortie :
    •  États-Unis : 29 mars 1959
    •  France : 9 septembre 1959 (Paris), 25 septembre 1959 (sortie nationale)

Distribution :

  • Marilyn Monroe (VF : Claire Guibert) : Sugar Kane Kowalczyk (VF : Alouette)
  • Tony Curtis (VF : Jean-Claude Michel) : Joe / Joséphine / Junior
  • Jack Lemmon (VF : Roger Carel, Roger Rudel {voix féminine}) : Jerry / Géraldine / Daphné
  • George Raft (VF : Jean Martinelli) : « Spats » Colombo
  • Joe E. Brown (VF : Fred Pasquali) : Osgood Fielding III
  • Pat O’Brien (VF : René Blancard) : Mulligan
  • Nehemiah Persoff (VF : Frédéric O’Brady) : le Petit Bonaparte
  • Joan Shawlee (VF : Danièle Roy) : Sue
  • Billy Gray : Sig Poliakoff
  • George E. Stone : Toothpick Charlie
  • Dave Barry : monsieur Beinstock
  • Mike Mazurki, Harry Wilson : hommes de main
  • Barbara Drew (VF : Raymonde Devarennes) : Nellie
  • Beverly Wills : Dolores
  • Edward G. Robinson Jr. (VF : Serge Sauvion) : Johnny Paradise
  • Tito Vuolo (non crédité) : Mozzarella

Récompenses :

  • Oscar 1960 des meilleurs costumes pour un film en noir et blanc remporté par Orry-Kelly
  • BAFTA 1960 du meilleur comédien étranger pour Jack Lemmon
  • Golden Globes 1960 :
    • Meilleure comédie ;
    • Meilleur acteur dans une comédie pour Jack Lemmon.
    • Meilleure actrice dans une comédie pour Marilyn Monroe.
  • Writers Guild of America (association des scénaristes américains) : prix du meilleur scénario de comédie pour Billy Wilder et I.A.L. Diamond.
  • Laurel Awards 1960 : deuxième prix de la meilleure actrice de l’année dans une comédie pour Marilyn Monroe

Anecdotes sur le film (piquées ici), racontées par Tony Curtis dans un livre :

Tony Curtis, qui consacre un livre à la comédie de Billy Wilder, dévoile les coulisses d’un tournage mouvementé avec Marilyn Monroe.

Trop élégant. Tony ­Curtis attend la page 56 pour nous dire qu’il a couché avec Marilyn. C’était avant. Avant quoi ? Le tournage de Certains l’aiment chaud, dont l’acteur dévoile les coulisses avec un mélange de malice, de franchise et de vivacité, dans le livre de souvenirs qu’il consacre au film. Ce ne fut pas une partie de plaisir. Coupable : Norma Jean Baker.

La star blond platine s’était éloignée des projecteurs, avait vécu à New York, avait été envoûtée par les sortilèges de l’Actors Studio. Cela posait un problème au metteur en scène, à Billy Wilder: «Si elle veut vraiment étudier, c’est dans une école d’ingénieurs qu’elle devrait s’inscrire, pour apprendre à arriver à l’heure.» La star a pour habitude, quand elle se montre, d’avoir des heures de retard, de se mettre à dos toute l’équipe. Il n’est pas rare que les prises atteignent la soixantaine. Tony Curtis et Jack Lemmon, maquillés et grimpés sur talons hauts, sont au bord de la crise.

Pourtant, cette pagaille allait donner une des meilleures comédies de toute l’histoire.

Au départ, personne n’y croyait. Deux musiciens contraints de se déguiser en femmes pour échapper à des gangsters:pour certains, le désastre était garanti. Le scénario n’était pas fini.

La fameuse réplique finale ­(«Nobody’s perfect») était là, faute de mieux.

Dans un premier temps, le réalisateur avait songé à Bob Hope et ­Danny Kaye, trop âgés pour les rôles. Il avait même été question de Sinatra, mais on renonça très vite à demander au crooner de se peinturlurer de rouge à lèvres.

Bizarre, attendrissante, imprévisible Marilyn :

 Marilyn fait des caprices. Elle est accompagnée de la redoutable Paula Strasberg, que l’équipe surnomme «The Bat» (la chauve-souris) et qui ne se déplace jamais sans son parapluie.

Dans sa loge, l’actrice lit Rilke et Walt Whitman. Son thermos ne contient certainement pas de café. Elle grossit, n’a pas prévenu qu’elle était enceinte. À l’Hotel del Coronado, elle passe une nuit avec Curtis, qui est marié à Janet Leigh et bientôt papa. Elle s’empresse de raconter l’aventure à l’ombrageux Arthur Miller qui n’avait pas besoin de ça pour tirer une tête de six pieds de long. La situation ne s’arrange pas quand elle persuade Tony Curtis que l’enfant est de lui. Une fausse couche, une de plus, interrompra les rumeurs.

Curtis décrit de l’intérieur l’usine à rêves qu’était le Hollywood de 1958. Les ego se percutent. Les apparitions à l’écran sont mesurées à la seconde près. Il n’y en a que pour Marilyn. Wilder commence à ne plus pouvoir la supporter. Elle est bizarre, attendrissante, imprévisible. Son égoïsme est sans bornes.

Certains jours, Curtis se retient de l’étrangler. Durant une scène de baiser, elle l’embrasse pour de bon et il a du mal à cacher une émotion très mascu­line.

Après la prise, quelqu’un lui dit : «Hé Tony ! Ça fait quoi d’embrasser Marilyn?» Réponse : «Tu crois que c’est comment, mec ? Comme d’embrasser Hitler ?» Heureusement qu’il s’entend bien avec Jack Lemmon à qui Marilyn chipe la robe qui lui était destinée. Elle tente de masquer ses formes qui s’arrondissent, tout en dévoilant sa poitrine en douce dès que la caméra ronronne. Elle n’est jamais contente de sa prestation.

Avant chaque séquence, elle se tord les doigts, secoue ses mains, lance à Paula Strasberg des regards inquiets. Curtis, brave gars néanmoins, n’en peut plus. «L’idée de se remémorer la fois où votre sœur vous a piqué votre sandwich au beurre de cacahuète pour jouer la colère, c’est de la connerie.»

N’empêche, Monroe attrape formidablement la lumière. Wilder est obligé d’en convenir, malgré toutes les journées perdues (« Pour la faire jouer, c’était comme arracher une dent»). Compensation : «J’ai eu le temps de lire Guerre et Paix, Les Misérables et même Hawaï, de James Michener.»

Curtis brosse le portrait d’une femme, d’un milieu, d’une époque. La femme est à la dérive. Le milieu allie cynisme et talent, coups de gueule et embrassades. L’époque ne reviendra plus.

Curtis imite l’accent de Cary Grant, a des soucis avec son épouse, ne soupçonne pas qu’il va entrer dans la légende.

À la sortie du film, le public rit tellement qu’on n’entend pas la moitié des dialogues. «Je serai peut-être le premier à mettre des sous-titres anglais dans un film en ­anglais», suggère Billy Wilder, ravi.

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

3 Heures 10 pour Yuma – Intégrale des nouvelles Western – Tome 2 : Elmore Leonard

ACH002094384.1367364257.580x580Titre : 3h10 pour Yuma – Intégrale des nouvelles Western –  T2  big_3-5

Auteur : Elmore Leonard
Édition : Payot et Rivages (2008)

Résumé : Dans les déserts d’Arizona se croisent toutes sortes de tribus, dont les plus sauvages et les plus étranges ne sont pas forcément celles que l’on croit : apaches, bien sûr, mais aussi mexicains, bandits de grand chemin, soldats en uniforme ou de fortune.

Tous, à leur manière, écument cet ouest âpre et grandiose en quête d’argent, de nourriture, d’alcool, de bétail ou simplement d’avenir. Après médecine apache, rivages poursuit la publication de l’intégrale des nouvelles western d’Elmore Leonard.

48951Critique :
Me voici une nouvelle fois de plus plongée dans du western, chevauchant dans le couchant sur mon fidèle destrier, mon colt balançant élégamment contre ma cuisse ferme et garantie sans cellulite ou peau d’orange.

Pour la première nouvelle, celle qui donne le titre au recueil, oubliez le film avec le beau Christian Bale et le terrifiant Russel Crowe.

Le film est tiré de la nouvelle, mais vu que cette dernière fait 20 pages à tout casser, vous vous doutez bien qu’entre elle et le film, il y a eu des ajouts.

Pourtant, toute l’intensité est concentrée dans cette vingtaine de pages, les dialogues sont acérés, sans blablas inutiles.

Tout comme dans « Contrée indiennes » de Dorothy Marie Johnson, en peu de pages, l’auteur arrive à vous donner la situation, vous présenter les personnages en peu de mots et déblatérer son récit.

Ici, pas de gras non plus sur les histoires, c’est brut de décoffrage, en peu de mots, il t’en dit beaucoup même si, souvent, tu en aurais voulu un peu plus. C’est comme un nectar, pour le savourer, tu dois être rationné.

J’ai convoyé un bandit, j’ai tué des bisons, les ai dépecés, tanné leur pelisse, j’ai tiré sur des bandits, chevauché dans les grands espaces, bu du whisky à même la gourde, j’ai bouffé de la poussière et je suis toute contente.

Oui, il est possible, en peu de pages ou de mots, de dire beaucoup de chose et Elmore Leonard y excelle aussi, même si j’ai plus vibré avec « Contrée indienne ».

Malgré tout, j’y ai passé un super moment car malgré la concision des récits, la profondeur des personnages y était, l’ambiance et l’atmosphère western était présente.

Bandits, truands, âmes nobles, vengeance, poussière, chevauchées, vaches, balles qui sifflent… Tout est là.

À réserver tout de même à des lecteurs qui aiment le western et l’Ouest Américain dans tout ce qu’il a de trouble et de sombre.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année »chez Lukea Livre et « Le Mois Américain » chez Titine.

Prod DB © Relativity Media / DR 3H10 POUR YUMA (3:10 TO YUMA) de James Mangold 2007 USA avec Christian Bale et Ben Petry et Logan Lerman remake, western,

La cavale de l’étranger : David Bell

Titre : La cavale de l’étranger                            big_2

Auteur : David Bell
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé : Jusqu’à sa mort, le père de Don Kurtwood avait la réputation d’être un homme sans histoire: époux fidèle, père aimant et lecteur compulsif. Le jour de ses funérailles, un vendeur de livres rares, Lou Caledonia, se présente à Don.

Il en sait beaucoup sur M. Kurtwood, et il doit en parler. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Mais à son arrivée à la boutique, c’est un cadavre que Don découvre.

Quelles révélations s’apprêtait à faire Lou Caledonia? Comment expliquer que Don en sache si peu sur son père?

imagesCritique :
Comment bourrer le Challenge du « Mois Américain » de fiches afin de pourrir la vie de son administratrice préférée ?

En choisissant des romans guère épais pardi !! De ceux qui se lisent en quelques heures à peine.

La couverture m’avait attirée. De loin, on aurait dit la photo d’une mesa dans le désert américain (l’image du haut). De près, on remarque les quatre bras d’une antique machine à écrire coincé sur une feuille.

Le résumé était intéressant : un homme est mort, il était travailleur, fidèle, homme sans histoires, en fait. Par contre, son fils ne savait que peu de chose sur lui. Juste qu’il aimait lire les best-sellers… Un vrai lecteur compulsif.

Cette quête d’un fils qui aimerait en savoir plus sur son père, ce fils qui enquête dans le but de retrouver le… Ah ben, non, je peux pas vous le dire, ça ! Cela restera un secret, ce qu’il cherchait de son père. Z’avez qu’à le lire (ou me payer et je balance tout).

Les personnages sont bien campés, on les apprécie, tout va bien. Bon, là où le bât blesse, c’est pour le coupable du meurtre. Le mobile a tout du capillotractage.

Je passe, je me remets à suive la quête, voulant en savoir plus sur le papounet et sa vie d’antan et puis boum, c’est fini. The End. J’ai secoué le roman, dans l’espoir qu’une autre page allait tomber, mais que dalle. Quand il n’y en a plus, ben y’en a pu !

Je suis donc mitigée. Trop court, pas assez développé dans le final, le lecteur reste avec des questions sans réponses et à l’impression de s’être fait un peu avoir sur les bords.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

Le roi en jaune : Robert William Chambers

Titre : Le roi en jaune

Auteur : Robert William Chambers
Édition : Le Livre de Poche (2014)

Résumé : De Paris à New York, de jeunes artistes voient leur vie bouleversée par un étrange livre interdit, Le Roi en jaune. À travers celui-ci, c’est un univers de folie et de cauchemar qui fait irruption dans notre monde : celui de Hastur et de Carcosa, celui sur lequel règne le terrifiant Roi en jaune.

Publié pour la première fois en 1895, Le Roi en jaune est un chef-d’œuvre du fantastique décadent, salué par les plus grand critiques, et qui a exercé une profonde influence sur des auteurs aussi importants que H-P Lovecraft et Marion Zimmer Bradley. Il est aujourd’hui édité en français dans sa forme originale pour la première fois.

Critique :
On disait de ce roman qu’il avait exercé une profonde influence sur Lovercraft, le bandeau-titre disait « le livre culte qui a insipré la série « True Detective », un autre affichait « le livre qui rend fou » puisque tout ceux qui ont lu le fameux livre sont devenus fous…

Ce devait être vrai puisque Hildred Castaigne, le personnage de la première nouvelle est fou à lier – bien qu’il dise qu’il ne le soit pas et que son comportement ait l’air normal en société.

Oui, j’ai aimé la première nouvelle, « Restaurateur de Réputations ». La tension était palpable, les personnages bien barrés, là, j’étais enchantée.

Ensuite, pour la suivante, je fus comme la chanson de Mylène – Micotton – Farmer : désenchantée ! J’ai soupiré, je n’avançais plus, tout me semblait fade, insipide et je cherchais à comprendre ce qui avait bien pu ficher la trouille à Lovercraft !

Ou c’est une fausse accroche ou je suis passée à côté parce que dès la 3ème nouvelle, je me suis endormie comme un bébé après le rot.

Je peux donc dire que pour s’endormir, ce livre est parfait ! Vos paupières se feront lourdes, vos yeux se fermeront et en quelques minutes, vous ronflerez de tout votre soûl !

Pourtant, d’après Chambers, dès que quelqu’un lit, intégralement ou non, cette fameuse pièce de théâtre « The King In Yellow », il/elle devient à jamais obsédé par son héros et son univers.

Tu parles, Charles ! Pour moi, c’est loupé… Il n’y a que les personnages des nouvelles qui deviennent zinzins. Le lecteur, lui, il soupirera d’ennui sur les nouvelles.

Peut-être que l’ancienne version, celle avec la couverture superbement macabre de chez Marabout, j’aurais frissonné ou passé un bon moment. Qui sait ??

Dommage… Ce roman avait tout pour plaire dès le départ : une accroche intrigante, une couverture rigide, du papier tellement doux qu’il n’irriterait pas vos petites fesses roses de bébé si d’emblée, vous l’utilisiez à autre chose que la lecture et le calage d’un meuble…

Bref, ça ressemble furieusement à une accroche publicitaire pour ceux et celles qui ont vu True Detective… Et je me suis laissée avoir ! La peine n’est pas grande, il venait d’une bouquinerie et ne m’a pas ruiné.

Pour terminer, le Chambers que je préfère, c’est Sidney, celui de la série Grantchester.

Quant au roman, il donnera une touche colorée dans la biblio à défaut de m’avoir fait passer un bon moment lecture.

Mais pour la sieste, je vous le recommande !! Un truc de fou de tomber endormie aussi vite alors que je n’avais pas sommeil !

« Le Mois Américain » chez Titine.

Il était une fois dans l’Ouest – Once Upon A Time In The West [FILMS]

Pour moi, ce film reste un film culte avec « Le bon, la brute et le truand » ou « Et pour quelques dollars de plus ». Ce sont des films que je ne me lasse pas de regarder, dont certaines scènes sont gravées dans ma mémoire jusqu’à ce qu’Alzheimer nous sépare…

La musique joue aussi un rôle important dans ces films et le talent d’Enio Morricone n’y est pas étranger. La bande originale resta très longtemps en tête des hit-parades. Dans ma tête, l’Homme à l’harmonica joue souvent et me donne toujours des frissons.

La musique était jouée sur le plateau pendant le tournage durant le tournage afin de mieux imprégner les acteurs. Cette partition légendaire a obtenu un succès discographique de la même ampleur que le film qu’elle accompagnait, demeurant classée dans les hit-parades français pendant plus de trois ans.

Pour le Challenge du Mois Américain 2015, je vais vous parler de « Il était une fois dans l’Ouest » (C’era una volta il West en italien dans le texte) qui est un film de Sergio Leone sorti en 1968.

Comme je vous le disais (et je le pensais), ce film est considéré comme le chef-d’œuvre du western spaghetti avec « Le Bon, la Brute et le Truand ». Il a permis aussi un renouveau du western. Ce qui n’est pas rien, avouez !

En 2009, le film est entré dans le National Film Registry pour conservation à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis.

Il était une fois dans l’Ouest est un film dont l’action se passe lors de la conquête de l’Ouest américain. Il évoque l’âpre rivalité des intérêts pour l’appropriation des terres que traverse la construction du chemin de fer et met en scène différents personnages représentatifs des westerns classiques pour mieux les détourner.

Ainsi, le film se trouve être le pont au départ improbable entre western américain et western spaghetti.

Sergio Leone en fait une œuvre imposante et personnelle, ce qui serait la raison de son échec commercial aux États-Unis (où le film fut amputé de plusieurs scènes à sa sortie), contrairement à l‘Europe qui lui a fait un triomphe.

Certains spécialistes du cinéma ont également avancé que ce rejet du public américain était dû au refus de voir Henry Fonda dans un rôle de tueur d’enfant. Henry joue une crapule embauchée par le patron du chemin de fer pour hâter sa construction, à n’importe quel prix, même celui de morts innocents.

J’avoue que voir les beaux yeux bleus de Fonda, dans lesquels je me noierais bien, avoir un rôle aussi immonde, peut traumatiser l’Américain. Moi, je m’en suis remise, ce n’est qu’un rôle.

C’est la belle Claudia Cardinale qui hérita du rôle d’une jeune veuve au grand cœur, seul personnage féminin du film (et que tous les hommes aimeraient se faire) Jason Robards celui de l’aventurier sans scrupule qui trouvera la rédemption.

Charles Bronson interprète un vengeur silencieux… Bronson n’est pas un loquace dans ce film, ses regards parlant mieux que tout le reste.

Ce film, le premier volet de la trilogie Il était une fois…, permet à Leone de revisiter le mythe de l’Ouest américain et, au nom d’un plus grand souci de réalisme, de lui rendre une vérité altérée par les conventions du cinéma américain.

Leone s’est toujours étonné, entre autres reproches qu’il adressait aux westerns classiques, qu’on ne montre pas, par exemple, la réalité de l’impact d’une balle qui faisait un trou énorme dans le corps de la victime.

Ou encore qu’on atténue la violence extrême de cette époque qui voyait pourtant un tueur exhiber les oreilles coupées de ses ennemis pour imposer le respect (voir William Quantrill).

C’est cependant dans un cercle final, l’arène de la vie, que Leone réunit et enferme ses personnages essentiels et exprime le moment de vérité du film qui se conclut, de façon la plus classique, par le duel inhérent à tout western.

Mais bon, je vous dirai ce que j’en ai pensé un peu plus bas, après la fiche technique et la distribution.

Sans oublier des petites anecdotes du tournage et les quelques petits anachronisme du film.

Résumé : Alors qu’il prépare une fête pour sa femme, Bet McBain est tué avec ses trois enfants. Jill McBain hérite alors des terres de son mari, terres que convoite Morton, le commanditaire du crime (celles-ci ont de la valeur maintenant que le chemin de fer doit y passer). Mais les soupçons se portent sur un aventurier, Cheyenne…

Fiche technique :

  • Titre : Il était une fois dans l’Ouest
  • Titre original : C’era una volta il West
  • Titre anglais : Once Upon a Time in the West
  • Réalisation : Sergio Leone
  • Scénario : Dario Argento, Bernardo Bertolucci, Sergio Donati, Sergio Leone
  • Photographie : Tonino Delli Colli
  • Musique : Ennio Morricone, bande originale du film
  • Production : Fulvio Morsella
  • Distribution : Paramount C.I.C.
  • Pays d’origine :  Italie et  États-Unis
  • Langue originale : tourné en anglais, post-synchronisé en italien.
  • Format : Couleurs Technicolor – 2,35:1 (Techniscope) – 35 mm
  • Budget : $5 000 000 (estimation)
  • Genre : drame, western
  • Durée : 180 minutes
  • Film interdit aux moins de 13 ans à sa sortie en France, en accord parental de nos jours.
  • Dates de sortie :
    •  Italie : 21 décembre 1968
    •  États-Unis : 28 mai 1969
    •  Royaume-Uni : 6 juin 1969
    •  France : 27 août 1969

Distribution :

  • Charles Bronson (VF : Claude Bertrand) : L’homme à l’Harmonica
  • Claudia Cardinale (VF : Michelle Bardollet) : Jill McBain
  • Henry Fonda (VF : Raymond Loyer) : Frank
  • Jason Robards (VF : René Arrieu) : Manuel Gutierrez dit « le Cheyenne »
  • Gabriele Ferzetti (VF : Jean-Henri Chambois) : Morton (patron du chemin de fer)
  • Frank Wolff (VF : Henri Poirier) : Peter McBain
  • Lionel Stander (VF : Gérard Darrieu) : Le barman
  • Keenan Wynn (VF : Louis Arbessier) : Le shérif de Flagstone
  • Paolo Stoppa (VF : Jean Clarieux) : Sam, le cocher
  • Jack Elam (VF : Pierre Collet) : Snaky (membre du gang de Frank)
  • Woody Strode : Stony (membre du gang de Frank)
  • Al Mulloch : Knuckles (membre du gang de Frank)
  • John Frederick : Jim (membre du gang de Frank)
  • Aldo Berti (VF : André Valmy) : Un joueur de poker (membre du gang de Frank)
  • Benito Stefanelli : Un joueur de poker (membre du gang de Frank)
  • Michael Harvey : Le lieutenant de Frank jouant au poker
  • Aldo Sambrell (VF : Gérard Hernandez) : Le lieutenant de Cheyenne
  • Enzo Santaniello : Timmy McBain (l’enfant assassiné par Frank)
  • Gaetano Santaniello (VF : Patrick Dewaere) : Patrick McBain
  • Simonetta Santaniello : Maureen McBain

Ce que j’en pense : Mais que du bien ! Ce film est révolutionnaire pour des tas de petits trucs qui sont toujours ancrés dans ma mémoire.

Ne parlons que de l’intro du film… Une gare perdue au fin fond d’une ville qui a tout du trou du cul de l’Amérique. Un quai branlant et dessus, trois tueurs qui attendent le train…

Tous trois sont vêtus de longs manteaux poussiéreux (« long dusty coats«  en amerloque dans le texte).

Qu’attendent-ils ? Le train ? Oui… le train qui amène un mystérieux joueur d’harmonica.

Nos trois tueurs sont envoyés par Frank (Henry Fonda) et ils attendent à la gare sous la chaleur.

Là où la scène devient culte c’est qu’elle fait 11 minutes et que le seul dialogue est le chef de gare dans la 1ère minute. Le reste ne sera que des gros plans sur des regards, des craquements de doigts entendus, la mouche tournant autour de Snaky (Jack Elam, dont le strabisme sert magnifiquement la scène), les gouttes d’eau tombant sur le chapeau ou encore la roue grinçante de l’éolienne.

Voilà une des plus longues scènes de silence du cinéma. Cette séquence constituera aussi le plus long générique de l’histoire du cinéma. Magnifique !

Anecdote : Leone aurait aimé la faire jouer, cette scène, pas les trois protagonistes de « Le bon, la brute et le truand » (à savoir : Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood). Je vous en dis plus en bas, dans les anecdotes sur les acteurs.

Un film magnifique, en effet. Pourtant, nous sommes aussi face à un film ultra violent… La pauvre Jill McBain (Caludia Cardinale) qui, descendant du train à Flagstone, ne trouve personne pour venir l’accueillir… et pour cause, l’homme qu’elle avait épousée à La Nouvelle-Orléans est mort, abattu comme un chien avec ses trois enfants par Franck et ses tueurs.

Dans le but faire accuser du meurtre un dénommé Cheyenne (Jason Robards), Franck et sa bande s’était vêtu de cache-poussière. Pour bien signer le forfait et en rajouter un peu, il en laisse un morceau sur les lieux de son quadruple meurtre.

Au début, on ne comprend pas pourquoi McBain est venu construire une ferme dans ce trou perdu. Mais au fur et à mesure de l’enquête, on comprendra pourquoi il s’est établit là et pourquoi il avait tout le matériel pour construire une gare !

McBain a construit sa maison près de la seule source d’eau du coin et vu que le chemin de fer va passer non loin, il devra faire halte pour reprendre de l’eau, d’où un potentiel bénéfice.

Intelligent, le McBain, mais il est tombé sur des margoulins sans âmes et sans conscience qui voulaient ce qu’il avait. À n’importe quel prix, même celui du sang parce que l’odeur des dollars attire les salauds comme une merde attire les mouches.

La construction de la ligne de chemin de fer symbolise en fait le passage entre les deux époques car le train va relier non seulement deux espaces, l’Est et l’Ouest, mais aussi deux époques, celui des pionniers du Far West qui s’efface peu à peu devant celui de la civilisation moderne.

Le propos de Leone se veut prophétique. L’Amérique fondée sur la conquête et la survie se transforme ainsi en une Amérique fondée sur la loi et l’égalité des droits.

Le Grand Méchant du film est Morton, l’employeur de Franck le tueur. Morton est atteint d’une tuberculose des os, infirmité qui le rend fragile face à des hommes déterminés tels que Franck. Morton se déplace dans son train spécial, que pour lui. Un méchant qui ne se salit jamais les mains puisque le sang qui coule l’est de par son homme à tout faire, Franck. Lui, il ne fait que donner les ordres. Pour moi, il est aussi salaud que Franck.

Ce que j’aime aussi dans le film, en plus de l’ambiance, des silences, des dialogues taillés au cordeau, ce sont les flash-back que Harmonica (Branson) revoit…

Nous, spectateurs, devrons attendre la fin du film pour comprendre l’origine de son harmonica et le but de sa vengeance envers Franck. la scène finale du duel et l’entièreté du flash-back vous font dresser les poils sur les bras. Franck était vraiment un homme sans foi ni loi.

L’amitié distante entre Harmonica et Cheyenne est aussi un point fort du film. Notre Charles Branson l’avait croisé, lui et sa bande, dans une auberge sur le chemin de Sweetwater.

Il l’avait même pris pour un membre de la bande de Frank à cause des cache-poussière qu’il portait, lui et ses sbires. Cheyenne avait démenti que les tueurs aient été envoyés par lui.

C’est Harmonica qui avait expliqué à Cheyenne que Jill perdrait ses droits sur Sweetwater si la gare n’est pas construite quand le train arriverait. Cheyenne mit alors ses hommes au travail pour construire les bâtiments à partir des matériaux disponibles achetés par Mc Bain.

Les dernières images sont belles aussi. Harmonica, vengé, s’éloigne de la nouvelle gare construite, emportant avec lui Cheyenne, mortellement blessé, pendant que Claudia Cardinale sert de l’eau aux ouvriers du chemin de fer.

Jill, elle, était prête à tout pour survivre. Ce sera la seule à réussir le passage entre l’ancien et le nouveau monde. Cette séquence finale, qui la montre donnant de l’eau aux ouvriers, signifie la fidélité à ses origines, car elle choisit les ouvriers exploités et humiliés comme elle. Tout en prouvant son adaptabilité puisque nous sommes face à des ouvriers construisant l’avenir. Oui, le personnage féminin de Jill est d’une importance capitale dans ce film. J’aime le côté battant de Jill.

Lors de mon premier visionnage, il y a fort fort longtemps, j’avais espéré une historie d’amour entre Jill et Harmonica, mais ces deux là ne sont pas de la même trempe du tout. Elle veut vivre dans son temps et passer à la modernité, lui ne rêve que de solitude et il devra partir loin, très loin, pour la retrouver, l’Ouest étant en train de se conquérir à vitesse grand V.

Ce qui donne aussi tout le poids au film, c’est la manière dont il est filmé : nous avons souvent de fréquentes plongées ou contre-plongées, des caméras placées sous des angles insolites qui allongent les silhouettes ou remplit l’écran d’yeux présentés en très gros plans.

Les combats sont filmés en deux temps comme autant de ballets : d’abord, une lente montée de l’attente qui accroît la tension avant que l’exaspération des nerfs n’explose dans les coups de feu.

L’un des intérêts du scénario, écrit, entre autres, par Bernardo Bertolucci et Dario Argento, est d’en montrer les répercussions sur les personnages eux-mêmes qui n’ont d’autre choix que de disparaître ou de s’adapter.

Trois d’entre eux ne s’intègrent pas et sont appelés à s’effacer.

C’est d’abord Frank, hors-la-loi, chef de bande et rebelle à toute légalité, qui représente une époque révolue car, désormais, la loi se généralise.

Le bandit généreux, Cheyenne, dont le romantisme n’a plus sa place dans une société devenue mercantile, disparaît également.

C’est enfin Harmonica dont le mode de vie fondé sur le sens de la justice et le goût pour la solitude ne peut s’accommoder d’un monde de plus en plus organisé et fondé sur la collectivité.

On songe, à son propos, au beau mouvement de caméra qui, par un travelling circulaire, donne à voir, en un plan de plus en plus général, le chantier du chemin de fer, puis les dizaines d’ouvriers au travail et le personnage d’Harmonica qui s’y fond comme s’il disparaissait en tant qu’individu, comme s’il s’agissait de la fin de l’individu.

Putain, quel grand film ! Sans en faire trop il dit tout. Le jeu des acteurs est superbe, les scènes, les décors, tout est transcendé. Mais je perds toute objectivité lorsque je parle de ce monument du cinéma western.

Acteurs :

  • Sergio Leone, qui avait essayé d’engager Charles Bronson dans les films Pour une poignée de dollars et Le Bon, la Brute et le Truand, obtint enfin son accord pour interpréter Harmonica, un Mexicain obnubilé par le désir de venger son frère assassiné par Frank.
  • Pour le rôle de Frank, Leone tenait absolument à Henry Fonda, en contre-emploi des rôles de braves types honnêtes, nobles et positifs qui firent sa renommée : il joue ici un tueur ignoble n’hésitant pas à massacrer des innocents et des enfants et crachant à tout bout de champ. Eli Wallach, qui interprétait Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand, persuada Fonda d’accepter le rôle. Ce dernier se fit projeter tous les films de Leone, qu’il ne connaissait pas, avant de se décider. Au tout début du tournage, Leone, voyant Fonda avec des lentilles de couleur marron et une moustache, voulut immédiatement le remplacer. Mais après avoir été maquillé et habillé, celui-ci convainquit le réalisateur sans avoir dit un seul mot. Sa performance est remarquable, car né en 1905, il avait 63 ans lors du tournage du film, dans lequel il semble beaucoup plus jeune, surtout dans le flash-back final qui révèle le motif de la vengeance d’Harmonica.
  • C’est à Robert Hossein qu’on proposa d’abord le rôle de Morton avant de le confier à Gabriele Ferzetti.
  • Le premier jour, Jason Robards jouant Cheyenne, arriva complètement ivre. Sergio Leone menaça de l’exclure du tournage s’il recommençait. Par la suite, il ne causa pas de problèmes, sauf le jour de l’annonce de l’assassinat de Robert « Bobby » Kennedy (le frère cadet de JFK). Il obligea alors Leone à arrêter le tournage pour le reste de la journée.
  • Pour la scène d’ouverture avec les trois tueurs (Stony, Snaky et Knuckles), Sergio Leone désirait, en forme de clin d’œil, les faire jouer par les trois protagonistes du Bon, la brute et le truand : Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood. Mais ce dernier, dont la notoriété commençait à grandir, refusa car son personnage mourrait dès le début du film. L’un de ces gredins est joué par Jack Elam, second couteau dont le strabisme sert admirablement la scène. L’acteur noir est Woody Strode, devenu célèbre dans le monde du western pour avoir joué le Sergent noir de John Ford. Le dernier larron, Al Mulock, a interprété un chasseur de primes manchot dans Le Bon, la Brute et le Truand.

Tournage :

  • Le tournage s’est déroulé d’avril à juillet 1968.
  • Le film a été tourné à Monument Valley en Arizona, dans la région de Moab dans l’Utah ainsi qu’à La Calahorra et à Tabernas (à Western Leone) en Andalousie.
  • Les scènes d’intérieur de l’établissement de Lionel Stander, situé dans Monument Valley, ont été filmées à Rome aux studios de Cinecitta. Lorsque les hommes de Cheyenne y pénètrent, on aperçoit un nuage de poussière rouge. Celle-ci a été apportée de Monument Valley afin de donner plus de réalisme à la scène.
  • La demeure des McBain est le reste du décor d’un village médiéval construit pour le film Falstaff d’Orson Welles en 1965 dans la région d’Alméria. Leone l’a racheté puis restauré.
  • Dans ce film, Claudia Cardinale et Paolo Stoppa font la plus « longue » randonnée de buggy de l’histoire du cinéma. Elle commence en Espagne, passe par Monument Valley dans l’Utah et se termine à la ferme des McBain en Espagne.

Anachronismes ou petites erreurs :

  • Lors de la préparation de la fête du mariage, la fille de McBain chante quelques lignes de Danny Boy, une chanson écrite en 1910.
  • Le conducteur qui emmène Claudia cardinale à la ferme cite Charles E. Stenton, « La Fayette nous voilà » (1917).
  • À l’arrivée de Jill, le cadran de l’horloge de la gare est montré à deux reprises : visiblement dans un plan il est neuf, dans un autre il est abîmé.
  • Lorsqu’Harmonica rencontre Jill dans le ranch McBain, il a une estafilade à la pommette gauche. Le lendemain lorsqu’il va à la rencontre de Franck, sa pommette est intacte.
  • Dans la scène de la pendaison, Franck met un harmonica écrasé sur la tranche dans la bouche d’Harmonica. Dans les plans suivants le même harmonica est intact, pour apparaître de nouveau écrasé (par les dents qui le serrent) au moment où Harmonica tombe à terre.

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain » chez Titine.