Le cri : Nicolas Beuglet

Titre : Le cri

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : Xo Editions (08/09/2016)

Résumé :
Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre…

Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ? Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ?

Critique :
♫ Et j’ai crié, crié-é ♪ Non, rien à voir avec la disparition d’une certaine Aline sur une plage, j’ai juste crié de plaisir à la lecture de ce thriller hautement addictif.

Ce que je pensais être un polar whodunit classique avec un crime mystérieux à résoudre en interrogeant le majordome et le jardinier s’est en fait révélé un thriller rythmé qui m’a emmené de Norvège à Paris avant de filer droit vers les États-Unis.

Tout comme moi, lorsque l’inspectrice Sarah Geringën, fraichement plaquée par son mari, est appelée pour ce qui a tout l’air d’un suicide à l’hôpital psychiatrique de Gaustad à Oslo, elle ne s’imaginait pas non plus vivre une telle aventure palpitante et courir partout avec un certain Christopher, rencontré dans le cadre de son enquête en France.

Je tire mon chapeau aux deux personnages principaux, qui, en plus d’être sympathiques, ont couru comme des fous en prenant très peu de repos, sans quasi manger, boire, ni uriner.

Effectivement, on n’avait pas de temps à perdre à les envoyer aux chiottes ou à les faire manger, lorsqu’il y a plusieurs énigmes à résoudre et que le temps joue contre nous, un peu comme dans 24h chrono, on en oublie les besoins élémentaires.

Ceci n’est pas une critique en soi, juste une parenthèse amusante qui pourrait lancer le débat sur les personnages de romans qui ne vont jamais aux chiottes et qui ont cette chance que tout s’arrange alors que nous, dans la vraie vie, on a déjà du mal à faire comprendre un truc tout simple à notre fournisseur d’énergie (ou autre, comme l’administration) !

Ne voulant pas vous dévoiler trop de choses afin de vous garder vierge de tout, je vous dirai juste que ce thriller possède aussi une partie consacrée à la science des plus intéressantes et de l’ésotérisme à dose homéopathique.

L’auteur nous parle de faits réels, avérés tout en développant des théories de plus intéressantes, qui pourraient être vraies. Étant donné que nous ne savons rien sur ce qui nous attend après la vie, ces théories n’ont rien d’impossibles puisqu’elles ne sont pas improbables.

Les personnages, bien qu’étant parfois surhumains et super résistants, sont sympathiques, tourmentés, avec leurs blessures secrètes, leur passé sombre, des vils secrets dans leur vie dont ils n’ont même pas conscience, le tout les rendant sympathique à mes yeux.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce thriller, c’est que l’auteur ne charge pas les différentes religions de tous les maux de la Terre. Au moins un qui a compris que c’était l’Homme qui était le responsable de toutes les exactions ou violences commises en leur nom ou en celui d’un Dieu, qu’il existe ou non.

Un thriller pour ceux qui cherchent du rythme, qui ont envie d’une lecture addictive, avec de la science et un un brin d’ésotérisme, sans sombrer dans un Da Vinci Code dopé à l’EPO car ici, nous restons dans le réalisme pour bien des faits et même lorsqu’on extrapole, ça reste du domaine du plausible (mais non vérifiable pour le moment).

Un thriller qui m’a fait passer un excellent moment de lecture, la rendant addictive comme j’aime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

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Un cri søus la glace : Camilla Grebe

Titre : Un cri søus la glace

Auteur : Camilla Grebe
Édition : Calmann-Lévy (01/02/2017)

Résumé :
Emma, jeune Suédoise, cache un secret : Jesper, le grand patron qui dirige l’empire dans lequel elle travaille, lui a demandé sa main. Il ne veut cependant pas qu’elle ébruite la nouvelle.

Deux mois plus tard, Jesper disparait sans laisser de traces et l’on retrouve dans sa superbe maison le cadavre d’une femme, la tête tranchée, que personne ne parvient à identifier.

Peter, policier émérite, et Hanne, profileuse de talent, sont mis en tandem pour enquêter. Seul hic, ils ne se sont pas reparlés depuis leur rupture amoureuse dix ans plus tôt. Et Hanne a aussi un secret : elle vient d’apprendre que ses jours sont comptés.

Critique :
♫ Je suis malaaa-de, complètement malaa-de ♪ Comme quand mes parents se soulaient le soir et qu’ils me laissaient seule, avec mon désespoir ♪

Voilà le genre de chanson qu’aurait pu fredonner Emma, une des trois voix de ce polar venu du froid.

Notre Emma, comme dans la chanson de Lama, est malade de désespoir parce que son amoureux, Jesper, l’a plantée pour leur repas de fiançailles, et en plus, le salaud lui avait emprunté 100.000 couronnes la dernière fois !

Quand on est un connard prétentieux d’esclavagiste fini, on le reste ! Notre petite Emma aurait dû tenir compte du passé sulfureux de cet homme et du fait qu’il était son boss !

Non mais attends, là, Emma ! Tu lui prêtes une grosse de fric pour ne pas que le petit chou doive aller à la banque chercher du liquide pour payer des ouvriers au noir ? Non mais, allo quoi ? Tu es bête Emma !! Là, je l’aurais giflée, l’Emma !

Mais revenons à nos moutons… Entre les récits angoissants de la pauvre Emma, nous aurons ceux du policier Peter, le type qui ne sait prendre aucun engagements, qui les fuit, même, et qui, niveau responsabilité, à laissé sa place. Un flic torturé par son passé et ses erreurs, un portrait plus que réussi, mais un mec qu’on aurait envie de boxer car niveau procrastination, difficile de faire pire que lui.

N’oublions pas dans tout cela notre Hanne, une profileuse qui a bien des soucis avec sa mémoire et dans son couple à cause de son mari un peu trop égocentrique et qui aime commander et diriger la vie de sa femme.

Trois portraits différents, trois personnes pour nous raconter l’enquête sur la tête coupée retrouvée dans une maison, comme il y a dix ans déjà. Oui, il y a un coupeur de tête qui sévit dans la région de Stockholm, va falloir faire gaffe à la nôtre !

Si au départ j’ai trouvé que le roman mettait un peu de temps à décoller, au bout d’un moment, j’ai commencé à y prendre goût et à ne plus le lâcher sur la fin car l’addiction avait fait son boulot.

L’auteur ne s’est pas contentée de nous présenter une enquête mystérieuse sur une mort violente, non, elle a aussi soigné ses personnages, leur psychologie, elle les a introduits dans le contexte, nous a parlé de leurs problèmes personnels, les rendant réels et elle a ajouté un touche d’angoisse avec les mésaventures d’Emma et de son patron, Jesper Orre, directeur-esclavagiste d’une chaine de magasins de prêt-à-porter.

Sans révolutionner l’affaire, elle nous offre un polar glaçant, au sens propre comme au figuré et nous tient en haleine sur le final qui est plus que surprenant et bien réussi.

De quoi mettre des glaçons dans son mojito et de le savourer sans modération (le roman, pas l’alcool !! Autrement dit, « Mangez bougez »… et lisez !!).

Et méfiez-vous de tout…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

Selfies : Jussi Adler-Olsen

Titre : Selfies

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (29/03/2017)

Résumé :
En raison de ses échecs répétés, l’existence du département V est menacée.

Rose doit montrer que le service vaut encore quelque chose, mais elle se retrouve internée, en proie aux fantômes d’un passé violent.

D’un autre côté, de nombreux crimes ont lieu à Copenhague.

Carl, Assad et Gordon devront empêcher les nouveaux crimes en préparation.

Critique :
Jamais je n’ai encore réussi à lire un roman de cet auteur à mon aise, en m’immergeant doucement dans son récit, en dégustant lentement ses phrases…

Non, depuis le début, je me jette sur ses romans comme un cannibale affamé sur un morceau de viande humaine !

Je VEUX savoir ce qu’il va arriver, alors je dévore le roman à une vitesse folle et ensuite, tel un junkie en manque, je traine mon ennui durant quelques jours, triste à l’idée d’avoir quitté si vite mes copains du Département V.

Une fois de plus c’est ce qu’il s’est produit et me voilà avec le coeur en berne jusqu’au prochain, le tome 8.

Pourtant, on ne peut pas dire que l’écriture de Jussi Adler-Olsen soit exceptionnelle. Nous sommes loin d’un prix d’écriture, pas de tournures de phrases savantes, rien de compliqué pour l’esprit et à la fin, tout est toujours très clair dans la résolution du ou des meurtres.

Alors pourquoi tant d’amour pour ses romans mettant en scène le fameux Département V ?

Sans doute parce que l’auteur a créé une équipe atypique, avec un commissaire Carl Mørk qui préfère mettre ses pieds sur le bureau que de bosser (moins maintenant) et avec un aidant au passé mystérieux et trouble, qui nous cause toujours de ses chameaux, j’ai nomme Assad le Syrien.

Ajoutons à cela une Rose qui est souvent perturbée et à laquelle on s’attache immanquablement et un grand échalas du nom de Gordon, que l’on déteste d’entrée de jeu avant qu’il ne nous révèle tout son potentiel caché.

La force de ses romans tient dans ses personnages qui, au fil des romans, sont devenus des amis que l’on apprécie de retrouver, des personnages dont les secrets nous sont dévoilés peu à peu, et qui, bien souvent, rajoutent du mystère en levant les coins du voile.

De plus, il y a de souvent des notes d’humour dans les dialogues, dans les expressions erronées d’Assad, ses proverbes avec ses chers chameaux, dans les métaphore utilisée pour illustrer les pensées des personnages. On se bidonne pas, mais on a souvent un pouffement de rire qui nous échappe.

Mogens hocha lentement la tête, avec l’air d’un homme qu’on a fait débander au moment où il allait jouir.

Le type avait dû faire un stage au gouvernement pour apprendre l’art de se débarrasser des bâtons merdeux !

Les enquêtes sont souvent complexes, aux multiples ramifications, et celle-ci ne fait pas exception. De plus, l’auteur plonge souvent dans le passé trouble et pas très reluisant de son pays, le Danemark, nous montrant que oui, il y a quelque chose de pourri au royaume.

Pourtant, j’ai ressenti moins d’émotions fortes dans celui-ci, contrairement à « Dossier 64 » ou à « L’effet papillon » (« Miséricorde » était rempli d’émotions aussi, tout comme « Profanation ») car le sujet de traité s’y prêtait moins (si je puis dire), mais j’avoue que mon petit cœur a tremblé à bien des moments pour un personnage en ballotage et suite aux révélations sur son passé qui fut loin d’être paisible et heureux…

Le sujet traité ici est un fait bien connu de nos sociétés : les centres d’aides sociales. Rien de reluisant dans ces lieux inhumains et personne n’aurait envie d’aller y faire la file pour mendier de l’argent. Le sujet est fort.

Le nom de « Centre d’action sociale » avait déjà cet effet sur elle alors qu’il était relativement neutre. Des noms comme « Chambre des supplices », « Comptoir de mendicité » ou « Guichet des humiliations » auraient été plus justes. Mais dans la fonction publique, on n’appelait pas les choses par leur vrai nom.

Mais au lieu de se concentrer sur des gens qui crèvent vraiment de misère et qui galèrent pour s’en sortir, l’auteur nous présente une belle brochette de pétasses bimbos qui préfèrent, non pas l’amour en mer, mais se la couler douce en vivant sur le dos de la société plutôt que de bosser.

Ça change toute la donne, non ?? Elles, on aurait vraiment envie de leur coller des grandes paires de claques, mais pas de les plaindre.

Pas de temps mort, j’ai avalé ce roman en une soirée et une partie de mon samedi, c’est vous dire combien il m’a captivé.

On se serait cru dans un vieux film avec Sherlock Holmes et le docteur Watson.

— Ce garçon est un rêve éveillé. Il est divin. Tellement soigné et sexy et incroyablement imaginatif au lit. Fort et endurant, dominateur comme un étalon. Tu verrais comment… »
Carl le stoppa net, levant les paumes vers Morten en un geste de défense. « Merci, épargne-moi la suite. Je crois que je peux me faire une idée. »

J’ai été soufflée en voyant comment nos pétasses bimbos voulaient régler leurs problèmes d’argent et comment une autre personne voulait remédier aux problèmes de ses pétasses prétentieuses qui n’en foutent pas une. My god, encore une belle brochette de personnages réussis.

Alors, je ne sais pas si le petit oiseau va sortir durant le selfie, mais souriez tout de même, on ne sait jamais… Bien que parfois, entre ces pages, on ait tendance à rire jaune.

Vivement le prochain tome !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

Block 46 : Johana Gustawsson

Titre : Block 46

Auteur : Johana Gustawsson
Édition : Bragelonne (23/10/2015)

Résumé :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Critique :
Cela faisait quelques temps que ce roman traînait sur mes étagères, comme des tas d’autres, mais Yvan a su se montrer persuasif pour que je le sorte de suite de ma terrible PAL (avec des menaces, oui – MDR).

Un thriller qui mélange des scènes de crimes sorties toutes droit du cerveau dérangé d’un serial killer et des scènes tirées du camp de concentration de Buchenwald, ça ne court pas les rues.

Le mélange est osé, fallait-il encore que la sauce prenne ! Que ce mélange des deux donne une symphonie sans couacs ou fausses notes qui déchireraient les tympans.

Avant tout, je signale aux âmes sensibles qu’elles peuvent lire ma chronique, mais peut-être pas le roman… Sauf si elles veulent défaillir !

Autant j’ai aimé la justesse des récits dans le camp de concentration (l’auteur, sans édulcorer le récit, ne sombre pas dans du gore gratuit), autant j’ai aimé les scènes de crimes bien gores, elles, autant j’ai eu du mal avec les personnages féminins que sont Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, et Emily Roy, la profileuse.

Oui, au départ, je ne les sentais pas… Aucune empathie pour elles, ni pour Emily qui avait tout d’une frofileuse dure et antipathique, ni pour Alexis qui avait le passé de Stéphane Bourgoin en version féminine (son compagnon tué par un serial killer et elle qui écrit des livres sur eux) et à laquelle je n’accrochais vraiment pas.

Ça commençait mal entre nous… Mais je ne suis pas du genre à baisser les bras pour si peu et bien m’en pris parce que j’ai appris à apprécier les personnages féminins au fur et à mesure de ma lecture  !

L’écriture est agréable, facile à lire, sans fioritures, elle coule toute seule et une fois qu’on est entré dans le roman, on n’a plus envie de le lâcher, à tel point que j’ai lu dans mon lit avant de m’endormir (chose que je fais JAMAIS), à la lampe de poche pour ne pas déranger Chouchou.

Nom de dieu, on peut dire que l’auteur a su jouer avec mes nerfs et me pondant une enquête addictive et où je me suis prise quelques coups dans le plexus. Et j’adore ça.

Comme je le disais, si les personnages féminins ne m’emballaient pas tant que ça au départ, les personnages masculins, eux, oui car je les trouvais plus réalistes, surtout le flic macho et crétin congénital. Un réussite, celui-là, du genre qu’on aurait envie d’encastrer dans le mur.

L’auteur a su jouer avec mes nerfs, le suspense, le mystère, le glauque, le sang, les cadavres et le récit d’un rescapé de Buchenwald et au final, la symphonie était réussie.

De plus, même si certains passages sont durs, éprouvants, horribles car ils ont traits à ce que l’Homme a de plus sombre en lui, jamais l’auteur ne sombrera dans le glauque gratuit. Ce qu’elle nous raconte est véridique (Buchenwald) et fait toujours aussi froid dans le dos (sauf pour les nazis nostalgiques, bien entendu).

Un thriller au mélange étonnant mais réussi, une symphonie sur l’Homme qui, dans le pire, reste incontestablement le meilleur ! Hélas…

PS : ce roman se déroulant pour moitié à Londres et pour l’autre en Suède, je couvre plusieurs challenges littéraires, ce qui double mon plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

La Montagne rouge : Olivier Truc

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Titre : La Montagne rouge

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Une pluie continue épuise les hommes et les bêtes.

Alors que les éleveurs du clan Balva procèdent à l’abattage annuel des rennes, des ossements humains sont retrouvés dans l’enclos, au pied de la Montagne rouge.

Or, le clan est opposé à un groupement de forestiers et de fermiers dans un procès exceptionnel à la Cour suprême de Stockholm. L’enjeu – le droit à la terre – est déterminant pour tous les éleveurs de rennes du pays : qui était là le premier ?

ob_90356d_olivier-truc-la-montagne-rouge-carteCritique :
Durant l’abatage de leurs rennes, les éleveurs sont tombés sur un squelette… Ben elle est où, sa tête ??

Le cavalier sans tête aurait-il quitté Sleepy Hollow pour le pays Sapmi ou bien serait-ce l’œuvre d’un règlement de compte à O.K Corral ?

Pour une fois, Klemet et Nina, les agents de la patrouille P9, ont affaire à un corps qui reposerait là depuis plus de 300 ans. Pas vraiment une affaire où on va se casser le cul et les méninges, a priori.

Et bien, détrompez-vous ! Ce squelette sans tête pourrait peut-être résoudre bien des problèmes de territoire, ce perpétuel conflit entre les Suédois et les Sami : qui était là le premier ??

Et quand on sait que l’État Suédois a tout faire pour spolier les Sami de leur territoire, leur faisant signer des papiers qu’ils étaient incapables de lire, qu’on les a traité comme des sous-hommes, des sous-merde, on se dit que l’État est un sacré fils de… sa mère, mais qu’accuser l’État revient à n’accuser personne en chair et en os.

Si ce tome prend plus de temps à se mettre en place, est lent de par son enquête qui ne sait pas trop dans quel sens elle doit aller, il est profond de par les thèmes qu’il exploite et grâce à sa brochette de personnages bien travaillés et dont certains sont plus attachants que d’autres.

Entre ces éleveurs de rennes, Sami, qui veulent que leurs bêtes puissent paître le lichen partout, entre ces forestiers qui eux veulent couper le bois et se foutent des bestioles des autres, entre les policiers qui ne savent plus à quel saint se vouer, entre ces archéologues et universitaires dont certains sont d’un racisme crasse, avec ce procureur un peu zinzin et ces vieilles dames qui arpentent la ville avec leurs pointes d’acier, on a une belle palette de personnages tourmentés, tracassés, jovials, au passé mystérieux.

Même nos policiers sont affectés par ce climat délétère, surtout Nango Klemet qui est tiraillé entre ses origines Sami, considéré comme un collabo chez les siens et comme un sous-homme chez les Suédois ou les Norvégiens car d’origine Sami.

Quand à Nina, ses soucis avec son père qui perd la boule font d’elle une personne aigre et souvent agressive envers Klemet. Ils sont torturés, nos policiers.

De plus, durant l’enquête et les tiraillements de nos deux enquêteurs préférés, nous aurons droit aux pages sombres de la Suède, des pages très sombres, même. À se demander si ce pays que nous admirons n’est pas qu’une belle façade cachant des horreurs… On a planqué la merde dans un joli bas de soie.

Au lieu de nous livrer un truc indigeste, l’auteur a choisi de nous expliquer tout cela aux travers de différents portraits, distillant les infos à son aise, faisant monter le suspense, les questions, le mystère, l’horreur. Tout le monde n’étant pas toujours ce qu’il veut nous faire croire, ici.

Dans ces pages, il y a des relents de racisme, de nazisme, d’eugénisme, du rejet de l’autre que l’on considère comme un frein à l’expansion du pays, de l’autre dont on a tout volé, tout pris, tout spolié et que l’on se permet encore de conspuer.

Ça se lit avec un arrière goût métallique dans la gorge car on sait que ceci n’est pas de la fiction, hélas.

Ceci n’est pas qu’un roman policier, loin de là ! Comme ces deux romans précédant, Olivier Truc va plus loin qu’un Whodunit, plus loin qu’un thriller, plus loin qu’un polar : il entre dans le roman noir, explore le contexte social, l’Histoire d’un pays et nous en sort ses plus belles horreurs, celles qui furent commises avec le sentiment du devoir accompli et d’avoir agit pour le bien de tous.

Un excellent roman noir qui ne vous laissera pas indifférent(e), sauf si vous êtes comme certains personnages abominables qui fraient dans ces pages…

Ne laissez pas passer ce roman où le travail de recherche est phénoménal et où un auteur donne la voix à ceux qui n’en ont pas, ou si peu.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie Saison 2 (2017) chez Chroniques Littéraires.

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Soleil de nuit : Jo Nesbø

Titre : Soleil de nuit

Auteur : Jo Nesbø
Édition : Gallimard (2016)

Résumé :
Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d’Oslo, Jon Hansen, succombe un jour à la tentation.

L’argent proposé par un homme qu’il est chargé de liquider permettrait peut-être de payer un traitement expérimental pour sa petite fille, atteinte de leucémie. En vain.

Trouvant refuge dans un village isolé du Finnmark, et alors qu’il est persuadé d’avoir tout perdu, Jon croise la route de Lea (dont le mari violent vient de disparaître en mer) et de son fils Knut.

Une rédemption est-elle possible ? Peut-on trahir impunément le Pêcheur ?

Critique : 
♫ J’irais bien refaire un tour du côté de chez Sames ♪ Relire mon premier roman qui me donnait rendez-vous… Chez les rennes ♫

Un récit qui se passe dans le grand Nord, au Finnmark, du côté de chez les Sames, moi, je ne refuse pas le voyage ! Mais promis, j’arrête de chanter.

Si le précédent opus de Jo Nesbø ne m’avait pas emballé, celui a eu l’effet inverse et m’a emmené loin dans le Finnmark, dans un petit village, sorte de trou du cul de la Norvège, en haut, à droite, collé à la Russie.

Jon Hansen, le personnage principal et narrateur, est devenu le recouvreur de dette – et liquidateur – du Pêcheur, un gros trafiquant de drogue déguisé en honnête marchand de poisson. S’il est frais son poisson ? Je ne sais pas… Mais je ne le lui demanderai pas !

Cet Ordralphabétix d’Oslo n’aime pas qu’on le roule, qu’on le baise, qu’on lui chie dans les bottes et vu que Jon a merdé grave parce que c’est ce qu’il vient de faire, notre marchand de poisson frais lui envoie son nouveau liquidateur.

Le récit n’est pas linéaire dans le temps : Jon nous raconte son histoire en faisant des aller-retour entre le passé et le présent, nous racontant sa petit vie, son ancien job, son nouveau et ce n’est qu’au fur et à mesure de son récit que nous aurons une parfaite vue d’ensemble.

Sa lutte pour échapper au tueur, sa cavale qui a tout lieu d’être sans issue et son échouage dans un village peuplé de bigots læstadien et de Sames athées. Un plaisir à lire.

Huis clos, humour, voie sans issue, Histoire (avec un grand H) du Finnmark au travers de son peuple, les Sames et de ceux qui ont vécu la guerre – certains ayant dû supporter les Allemands avant de devoir se farcir les Russes – des personnages attachants et une plume qui vous emporte pour un voyage au pays du soleil de minuit.

Oui, je me suis attachée à ce petit truand de Jon, à Léa, cette femme læstadienne qui a vécu en suivant le Verbe, prêché par son père et qui a épousé un homme brutal. Oui j’ai adoré aussi Knut, ce gamin de 10 ans, farceur et amitieux.

Oui, j’ai tremblé aussi et ce n’était pas de froid.

Une histoire passionnante, en quelques 224 pages, même si j’aurais aimé encore en lire plus sur cette région et sur ce peuple que j’avais découvert dans les romans d’Olivier Truk.

Une histoire qui vous happe pour un tour au pays des rennes et qui ne vous redéposera qu’une fois la dernière page tournée. J’ai encore plané un peu ensuite. Même si le scénario n’avait rien d’original, le tout était bien présenté et j’ai dévoré la chose.

Et le tout sans histoire d’amour guimauve ! Il y a de l’amour dans ces pages, mais ce n’est pas mielleux tout collant.

Étoile 4Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires.
CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie

Le Lagon Noir : Arnaldur Indriðason

Lagon noir - Arnaldur Indridason

Titre : Le Lagon Noir

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Reykjavík, 1979. Le corps d’un homme vient d’être repêché dans le lagon bleu, qui n’est pas encore aussi touristique qu’aujourd’hui. La victime serait tombée d’une très grande hauteur, peut-être a-t-elle été jetée d’un avion.

En découvrant qu’il s’agit d’un ingénieur qui travaille à la base américaine de Keflavik, l’attention de la police se tourne vers de mystérieux vols secrets effectués entre le Groenland et l’Islande.

Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’un officier de la base.

En parallèle, Erlendur travaille sur une vieille affaire non résolue : une jeune fille disparue sur le chemin de l’école, quarante ans plus tôt.

Petit Plus : Erlendur a trente ans et vient de divorcer. Le personnage est plus jeune, plus ouvert et bien moins désillusionné et sombre que dans l’avenir que nous lui connaissons. Il travaille depuis peu à la brigade d’enquêtes criminelles sous les ordres de Marion Briem et ne cache pas ses positions contre la présence américaine sur le sol islandais.

Indridason construit un univers particulier, un personnage littéraire de plus en plus complexe ; peu à peu le roman noir est absorbé par la littérature et la qualité de l’écriture.

blue-lagoon-islandeCritique : 
Erlendur… de toi je suis les enquêtes et ce, quelque soit l’époque à laquelle elles se déroulent.

Soit contemporainement, lorsque tu es un commissaire bougon, soit celles des années 70, quand tu étais un simple flic et puis un jeune enquêteur à la criminelle.

Direction l’époque où je tétais encore le sein de ma mère pour une double enquête : une mort suspecte et une disparition vieille de 25 ans.

Ceux qui ont lu les enquêtes de Erlendur savent combien il est obsédé par les disparitions non résolues, combien ça le ronge, combien il dévore tout ce qu’il trouve sur le sujet. Et en Islande, les disparitions sont légions.

Alors, tout en enquêtant avec Marion Briem, sa « chef », il mènera aussi son enquête personnelle sur cette disparition.

Ce que j’apprécie fortement chez l’auteur, c’est qu’au travers des enquêtes de son policier, il nous parle aussi de son pays en long et en large. Que ce soit au niveau des paysages, des landes désertiques, sauvages et arides, du climat, du contexte social de misère, de politique ou de cuisine.

– Évidemment, les boutiques étaient vides à cette époque. Le rationnement a duré des années.

–  Et ces baraquements n’étaient pas confortables, n’est-ce pas ? demanda Erlendur.
– Pas confortables ? ! Je ne vous le fais pas dire. Certains étaient un peu mieux que d’autres, mais ceux que j’ai connus n’étaient pas dignes d’accueillir des êtres humains.

Erlandur et Marion s’installèrent à une table isolée. Le plat du jour était de la raie faisandée à la graisse de mouton fondue. Marion craignait que l’odeur du poisson, un mélange de moisissure et d’urine, n’imprègne ses vêtements. Erlandur ne s’en souciait guère et demanda à ce qu’on lui serve une bonne portion de raie bien aspergée de graisse […].

Ici, ce sont les yankees qui ont une base sur l’île et qui traitent les autochtones comme des parias, des êtres inférieurs.

L’homme fixa longuement Marion en se demandant sans doute comment se dépêtrer de cette calamité autochtone.

Tout cela avait provoqué des querelles enflammées concernant la présence d’une armée étrangère sur le sol national, et cela durait depuis la signature de l’accord de défense avec les États-Unis, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Se faire traiter de parasite dans son propre pays, ça donne envie de s’exclamer, tel le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot « Elle est forte, CELLE-LÀ ! ».

– C’est vous qui passez votre temps à vider les distributeurs de notre immeuble ?
– Je n’y ai jamais touché, c’est la première fois que je viens ici.
– Vous êtes tous les mêmes, fichus Islandais ! Espèce de parasites !

Mais soyons correct, certains islandais ont profité aussi du marché noir et de la présence des américains. Erlendur, qui, en plus d’être un homme réservé qui a du mal avec les conventions sociales, déteste l’armée ! Enquêter chez eux ne sera pas sans heurts.

– On regarde l’armée de travers et on lui trouve tous les défauts, mais ça ne pose aucun problème de s’enrichir sur son dos, s’étonna-t-il en allumant une cigarette.

— C’est normal que vous soyez choqué, reconnut Erlendur, désireux de témoigner une forme d’empathie à son interlocuteur.

– Vous croyez que les menaces d’un petit flic local de votre espèce nous impressionnent ? Ce périmètre est sous contrôle américain et vos menaces n’ont aucun pouvoir.

On ne s’embête jamais avec Erlendur, les deux enquêtes s’alternent, les questions sans réponses s’enchainent, la tension monte, le suspense aussi et la plume d’Indriðason est toujours acérée et pique juste où il faut, comme un moustique.

Une seule chose m’a chagrinée : dans le précédent tome, sa copine lui proposait d’emménager avec lui et ici, 5 ans plus tard, on le retrouve divorcé avec interdiction de voir ses enfants.

Il était en pleine forme. Tous les collègues avaient remarqué qu’il avait eu une passe assez sombre récemment. Marion pensait que c’était sans doute lié à ce qui se disait au bureau, mais que personne ne mentionnait en présence de l’intéressé : il avait divorcé.

Cela m’a chagriné parce que j’aurais aimer entrer un peu plus dans sa vie de couple, savoir tout ce qu’il y avait eu entre lui et sa femme entre la mise en ménage et le divorce, j’aurais aimé voir naître ses enfants.

Une fois de plus j’ai passé un excellent moment lecture avec mon cher Erlendur, ce policier plus entêté qu’un troupeau de bourriques, aussi collant qu’un Columbo (sans la réplique de « ma femme ») et aussi perspicace qu’un Sherlock Holmes qui serait réservé et peu expansif.

Erlendur, c’est aussi un policier taciturne avec sa vie privée et qui est hanté par les disparitions comme il me hante depuis que j’ai fait sa connaissance littéraire.

Buté, il faisait preuve d’une indépendance hors norme, n’éprouvait jamais le besoin de faire part de ses sentiments et passait son temps plongé dans son étrange passion, les récits de disparitions.

– Ce n’est peut-être pas forcément… peut-être pas uniquement la question de ceux qui meurent ou qui se perdent, mais plutôt…
– Oui ?
– … plutôt de ceux qui restent, ceux qui doivent lutter contre les questions laissées en suspens. C’est peut-être ça qui est le plus intéressant.

Lire un roman d’Indriðason c’est prendre un billet direct pour l’Islande : pas un low-cost mais un première classe.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie

Les Nuits de Reykjavik : Arnaldur Indriðason

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Titre : Les Nuits de Reykjavik

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié (2015) / Points (2016)

Résumé :
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques…

Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes.

On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville.

Petit Plus : On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commisaire Marion Briem.

En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie.

51wBgUH+IgL._SX301_BO1,204,203,200_Critique : 
Ça devient une habitude, dans les romans d’Arnaldur Indriðason, que les cadavres soient trouvés par des enfants qui jouent car dans « La femme en vert » c’était pareil.

Bon, dans l’autre roman, c’était un morceau d’os humain, ici, c’est tout le corps noyé d’un SDF que les gamins trouvent, en jouant au radeau de la méduse dans l’eau des anciennes tourbières.

Les garçons tapotèrent l’anorak vert qui tournoya à la surface de l’eau, puis décrivit un arc de cercle avant de couler. S’aidant de leurs bâtons, ils le firent remonter et furent saisis d’effroi.

Quel choc j’ai eu de découvrir mon cher commissaire Erlendur Sveinsson à l’époque où il était un simple flic travaillant de nuit, dans les années 70 (1974)… « Erlendur, simple flic », ça ferait un bon titre de film.

Notre vieil ami est jeune et bien moins bougon et ours mal léché que lorsqu’il prendra de la bouteille et du galon, malgré tout, un trait de caractère est déjà bien présent : il ne lâche rien et piétine toutes les règles imposées aux policiers.

– Vous devriez passer nous voir à la Criminelle si vous avez envie d’un peu de changement, déclara Marion. J’ai parcouru les rapports que vous nous avez remis sur Hannibal et Oddny. J’ai pu constater que ça ne vous gênait pas d’enfreindre toutes les règles que nous nous imposons au sein de la police.

Erlendur étant un simple flic de proximité, il n’a pas à enquêter sur la mort du clochard Hannibal puisque son domaine d’action c’est les tapages nocturnes, les bagarres, les cambriolages, les accidents de la route…

Mais c’est plus fort que lui, il veut savoir ce qu’il lui est arrivé, si c’est un meurtre déguisé en accident ou pas…

Pourquoi ? Parce qu’il avait croisé souvent la route de ce laissé-pour-compte, qu’il est curieux et qu’il avait trouvé que cette affaire avait été enterrée trop vite par ses collègues de la Criminelle car ils avaient une affaire de disparition sur les bras et qu’elle était plus importante que la mort d’un clochard.

Erlendur se demandait si la manque de zèle de ses collègues tenait au statut social de la victime, s’ils ne considéraient pas en fin de compte qu’il ne s’était tien passé de notable, si ce n’est que depuis il y avait un clochard de moins dans les rues.

Têtu et tenace, notre pas-encore-commissaire va remonter patiemment et méticuleusement la piste du SDF durant ses journées de récupération, à titre personnel et se rendre compte que… Non, je ne dirai rien de plus !

Lire les romans d’Arnaldur Indriðason c’est plonger la tête la première dans ce beau pays qui est l’Islande, mais pas du côté de la carte postale touristique, non, dans ces mauvais quartiers, entrant chez les gens et découvrant leur noirceur : drogues, viols, femmes battues, disparitions, meurtres… Que des joyeusetés, en fait.

L’auteur nous parle des disparitions mystérieuses de personnes, ceux qui, un jour, ont pris la route du travail, de la maison, de l’école et n’y sont jamais arrivés. Disparus, on ne les a jamais retrouvés, comme si la terre les avait englouti. Couché Fox Mulder ! Pas de vérité ailleurs, ici, ni d’aliens.

Il pensa à cette maison du quartier Ouest devant laquelle il lui arrivait de passer quand revenait l’obséder l’histoire de la jeune fille disparue sans laisser de traces alors qu’elle se rendait à l’Ecole ménagère.
Il était évident qu’il s’intéressait aux disparitions. Au phénomène en soi, mais aussi au sort de ceux qu’on ne revoyait jamais et à ceux qui restaient.
Il avait conscience que cette obsession plongeait ses racines dans le drame qu’il avait vécu dans sa chair sur les hautes landes des fjords de l’Est et dans ses lectures sur les gens qui se perdaient dans la nature et les épreuves qu’ils enduraient en sillonnant ce pays âpre et impitoyable.

Sans jamais avoir une plume ennuyeuse, l’auteur nous parle de son pays au travers des pérégrinations de notre Erlendur et nous ballade durant son enquête, nous entrainant sur des pistes qui peuvent se révéler être fausses ou dans des maisons qui cachent de vilaines choses derrière leurs façades.

Avec Erlendur, la résolution du crime passerait même pour sommaire tant le contexte social de l’Islande est important.

Mais rassurez-vous, l’auteur ne sacrifie ni l’un, ni l’autre et donne tout son talent aussi bien pour nous servir une enquête simple (mais jamais simpliste) avec une résolution plausible tout en nous mitonnant un portrait de son pays aux petits oignons.

Un roman qui se lit tout seul, découvrant, émerveillée, les premiers pas de Erlendur dans la police, moins bougon que d’habitude, encore célibataire et sans ses problèmes avec ses deux enfants (pas encore nés), mais déjà un homme soucieux, taciturne, mélancolique, solitaire et sans cesse hanté par les fantômes de son enfance.

Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d’une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres: ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu’elle blessait et terrifiait. Lui-même n’était pas un oiseau nocturne, il lui avait fallu du temps pour consentir à quitter le jour et à entrer dans la nuit, mais maintenant qu’il avait franchi cette frontière, il ne s’en trouvait pas plus mal. C’était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues enfin désertes et silencieuses, on n’entendait plus que le vent et le moteur de leur voiture.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (351 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Promesse – Département V – Jussi Adler-Olsen

Titre : Promesse – Département V

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
Bornholm, une île danoise de la mer baltique, fin des années 1990. Le cadavre d’une jeune fille est retrouvé dans un arbre, son vélo broyé au bord de la route. Aucune trace du chauffard : affaire classée.

Sauf pour un inspecteur de la police locale qui finit dix-sept ans plus tard par demander l’aide de l’inspecteur Carl Mørck. Avant de se tirer une balle dans la tête.

À l’initiative de Rose, l’assistante du flegmatique Mørck, l’insolite trio du Département V en charge des cold cases débarque sur l’île de Bornholm. En remuant le passé, ils prennent le risque de réveiller de vieux démons…

Critique : 
Lire le dernier Adler-Olsen, c’est comme revoir des amis très chers chez soi, des amis que l’on ne verrait qu’une fois par an.

Alors, on est partagé entre la hâte de les retrouver tout de suite ou l’envie de faire trainer les choses pour ne pas que le plaisir finisse si vite et devoir attendre 1 an avant de les retrouver…

Notre trio – quatuor en comptant Gordon – est toujours aussi frappadingue.

Entre le vice-commissaire Carl Mørk qui ne demande qu’à poser ses pieds sur le bureau pour une sieste; son adjoint Assad, le ténébreux et mystérieux syrien avide de citations sur les camélidés et Rose la… pétillante (veux pas risquer de perdre ma vie en écrivant qu’elle est plus barrée que les 2 autres), on peut dire que l’équipe est originale et sors des sentiers rabattus des équipes de flics.

Mais le vent de Sibérie était une tiède brise comparé au regard glacial de Rose.

Assad secoua la tête, l’air désolé. Il ne devait pas y avoir de dicton de dromadaire qui convienne à la situation.

Un cold case qui va les entrainer sur des pistes plus froides que la libido d’une nonne morte il y a 600 ans, des indices plus maigres qu’un moineau qui mange pas et cette horrible sensation qu’ils sont dans une impasse et qu’ils n’arriveront pas à faire la lumière sur cet accident qui eut lieu vers 1999.

Servi par une écriture qui fait mouche et un scénario tip-top composé de l’enquête et des moments de vie, notre équipe va remonter la piste cahin-caha, entrainant le lecteur avec lui pour arriver à un final inattendu et à cent lieues de ce que je pensais. L’auteur m’a encore bien berné.

— Tu es drôlement pâle aujourd’hui, Rose. Mais au moins on avance, comme le chameau dit au dromadaire qui se plaignait de son cavalier qui lui donnait des coups de cravache.

Ce que j’aime, avec cette équipe, c’est qu’au fil de leurs enquêtes, on en apprend un petit peu plus sur eux et je dois dire qu’il y a des secrets assez chaud boulette dedans ! Mais je ne sais pas encore tout… Déjà que le cousin a lancé un pavé dans la mer suivit par un hypnotiseur… Ça promet pour la suite.

Mon seul bémol sera pour le manque d’émotions… Ici, nous sommes face à un excellent cold case, certes, mais qui n’explore pas une partie sombre du Danemark.

Le frère de Merete m’avait émue dans le premier, j’avais frémi de dégoût devant les frasque des étudiants dans le 2ème, les femmes de l’asile m’avaient fait mal au cœur dans le 4ème (pas lu le 3ème) et Marco du 5ème tome m’avait mis de l’eau dans les yeux.

Ici, nous avons une enquête, excellente et qui réserve son lot de surprise, mais je n’ai pas sorti les kleenex comme d’habitude.

Un trio hors norme, des personnages bien calibrés, une enquête palpitante, un pied dans deux époques, une piste froide mais qui se réchauffe au fil des pages, de l’humour, des dictons sur les chameaux ou les dromadaires, du cynisme, du suspense, un final survolté (mdr), des références à Holmes et l’envie de retrouver mes amis du Département V l’année prochaine.

— Élémentaire, mon cher Watson. Si vous me permettez, répliqua Rose.

Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour imaginer ce qui s’était passé cette nuit, et s’en amuser.

Avec le côté sombre du Danemark et l’émotion, je l’espère, parce que l’auteur est doué pour me coller une crasse dans l’œil.

Parce que, comme disait le dromadaire au chameau : l’humidité de l’œil, c’est important.

— Vous avez déjà marché contre le vent derrière un chameau qui a la colique, chef ? demanda Assad après avoir reniflé l’air ambiant.

— Ouh là là ! gémit Assad en voyant l’étendue du désastre. Vous ne connaissez pas le dicton, chef, alors : Un homme avisé ne pisse pas contre le vent.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires.

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Du Sang Sur la Glace : Jo Nesbø

Titre : Du Sang Sur la Glace                                                      big_2

Auteur : Jo Nesbø
Édition : Gallimard Série Noire (2015)

Résumé :
Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.

Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo.

Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.

C’est la jeune épouse – infidèle – de son boss. Et il est chargé de la tuer…

Critique : 
En lisant une critique sur ce roman, j’avais vu qu’un des commentateurs signalait que le livre lui était tombé des mains, et ce n’était pas un compliment.

Non, il ne m’est pas tombé des mains, mais j’ai baillé, somnolé durant ma lecture et failli le refermer avant d’arriver au bout. Il ne fait que 150 pages, c’est vous dire si j’ai passé un moment en enfer.

Pourtant, le pitch avait l’air génial : un tueur à gages, Olav, auquel son patron lui demande d’expédier (tuer) un client. Rien de neuf sauf que le client est la femme du boss.  Et que ce dadais d’Olav va en tomber amoureux.

Il avait pourtant bien commencé, ce petit roman : un tueur à gage pour qui on sent qu’on va avoir de l’affection, le genre de mec qui n’a rien d’un Jason Statham survitaminé et qui nous raconte sa petite histoire, avec une touche d’humour noir parsemé un peu partout.

Ajoutons deux trafiquants de drogue dans la ville d’Oslo dont chacun crierait bien que l’un des deux est de trop dans la ville. Ou que la ville est trop petite pour eux deux. Bref, on sent que l’on s’asseoir sur un baril de poudre, mèche allumée.

L’utilisation d’Olav comme narrateur était bien trouvée, ça permet quelques surprises qui m’ont plus, même si une était téléphonée. Pour l’autre, j’ai été eue.

Où est le problème ? Où le bât a-t-il blessé dans tout cela ?

La manière de raconter est soporifique au possible ! J’ai juste arrêté de bailler durant quelques scènes, pendant quelques paragraphes et bien que ne faisant que 150 pages, j’ai sauté des lignes !

On est loin d’un Dashiell Hammett et de son célèbre « Moisson Rouge ». Loin des autres grands du polar Noir aussi.

Malgré les quelques surprises cachées dans le récit, il ne m’a pas emporté dans la ville d’Oslo, je me suis ennuyée la plupart du temps et je n’ai pas retrouvé l’âme des grands romans Noirs que j’aime.

Les ingrédient sont peut-être là, mais ça manque furieusement de sel.

Une déception pour moi qui apprécie cet auteur.BILAN - Minion tasse dépité - OKChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie