Les fantômes de Manhattan : R. J. Ellory

Titre : Les fantômes de Manhattan

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (07/06/2018)
Édition Originale : Ghostheart (2004)
Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
Annie O’Neill, 31 ans, est une jeune fille discrète. Elle tient une petite librairie en plein cœur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu’elle.

Son existence est bouleversée par la visite d’un nommé Forrester, qui se présente comme un très bon ami de ses parents, qu’elle n’a pratiquement pas connus. L’homme est venu lui remettre un manuscrit.

Celui-ci raconte l’histoire d’un certain Haim Kruszwica, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, devenu ensuite une des grandes figures du banditisme new-yorkais.

Quel rapport avec l’histoire intime d’Annie ? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité ?

Lorsqu’elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu’elle a pu imaginer.

Critique :
Annie O’Neill n’est pas parente avec Jack O’Neill, fondateur de la marque de vêtements pour surfeurs du même nom…

Pourtant, on peut dire que cette libraire effacée va se prendre une sacrée vague dans sa vie qui était aussi calme et paisible qu’un lac et que ce ne sera pas toujours facile pour elle de garder l’équilibre afin de ne pas boire la tasse.

Étrange… C’est le premier mot qui est venu à mon esprit en commençant la lecture du dernier Ellory car je ne savais absolument pas où il allait m’emmener, vu que je n’avais pas relu le résumé et que les chroniques des copinautes avaient été consultées en diagonale.

De plus, le récit commençait doucement et j’ai eu un peu de mal à m’installer dans le roman de cet auteur que j’apprécie pourtant grandement. Ce n’est qu’au moment où l’histoire dans l’histoire a commencé que ma lecture est devenue addictive, intéressante et captivante.

Moi qui pensait que Ellory aurait pu nous raconter l’annuaire téléphonique et nous passionner tout de même, et bien, je révise en partie mon jugement suite à ce livre. Sans rancune parce que ce début soporifique était nécessaire pour lancer l’intrigue avant de nous hameçonner et puis nous harponner.

À la décharge de l’auteur, je viens d’apprendre que c’était en fait son deuxième roman et qu’on venait seulement de l’éditer dans la langue de Molière, 14 ans plus tard…

Ceci explique sans doute cela dans le fait que j’ai ressenti moins d’émotions dans cette histoire que dans certains autres romans de l’auteur (Papillon de Nuit, Les Neufs Cercles, Mauvaises Étoile), sauf lors du récit que le vieux Forrester apporte, chapitre par chapitre, à Annie, pour qu’elle le lise. Là, émotions fortes. Violentes.

Personnage intéressant que cette Annie qui vivait une vie pépère, qui ne sait plus quoi penser de ce récit qu’on lui donne à lire, sans compter tout ce qui va lui arriver et chambouler sa vie en profondeur, la faisant passer de femme effacée en dragon prêt à tout, limite Agatha Raisin en colère (ou en chaleur), même si elle geint un peu trop à certains moments et qu’on aurait bien envie de la secouer énergiquement.

Il y a une belle évolution dans ce personnage, et dans les autres aussi, notamment le « chat » (vous comprendrez si vous l’avez lu) qui va faire un gros travail sur lui même, ainsi que chez les personnages secondaires qui vont, eux aussi, se révéler au fil des pages, prenant plus de place, évoluant, changeant, nous donnant ensuite une autre donne que celle du départ.

Si je devais résumer ce livre, je dirais que « La connaissance des livres enrichi les gens » ou « Lire est excellent pour votre santé, quelle qu’elle soit (mangez, bougez) » car le salut viendra des livres et ceux qui ne les aiment pas comme Annie les aime ne comprendront jamais quelle richesse culturelle ils ont eu dans leurs mains.

Un roman en demi-teinte pour certains passages, hautement émotionnel pour d’autres, une histoire dans l’histoire qui mériterait, à elle seule, de faire l’objet d’un roman car elle a un potentiel explosif et nous parle de l’Amérique sombre, des personnages auxquels on s’attache, même si on rêve parfois de les secouer.

Un roman où l’auteur fera preuve de talent de couturier pour rassembler tous les bouts épars de son récit et en faire une belle redingote, un roman qui, après quelques errements dans les premiers chapitres (qui sont longs et soporifiques), va tout doucement s’imposer à nous au point que, une fois passé la moitié du récit, on n’ait plus envie de le lâcher.

Un final extraordinaire, magnifique, génialissime qui m’a fait sourire jusqu’aux oreilles et même si je m’étais douté d’une chose, je n’avais pas vu les autres. Pan dans ma gueule.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

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Jesse le héros : Lawrence Millman

Titre : Jesse le héros

Auteur : Lawrence Millman
Édition : Sonatine (15/03/2018)
Édition Originale : Hero Jesse (1982)
Traducteur : Claro

Résumé :
1968, Hollinsford, New Hampshire. Élevé par son père, Jesse a toujours été un outsider au comportement inquiétant, rejeté par les autres enfants du village. Avec l’adolescence, les choses ne s’arrangent pas.

On l’accuse aujourd’hui d’avoir violé une jeune fille, on le menace d’un placement en institution spécialisée. Mais tout ce qui préoccupe Jesse, ce sont les images du Vietnam, qu’il suit obsessionnellement à la télévision, celles de cette guerre où est parti son frère Jeff, qu’il idolâtre.

Lorsque celui-ci, démobilisé, revient au pays, rien ne se passe comme Jesse l’espérait. Et c’est pour notre héros le début d’une escalade meurtrière à la noirceur extrême.

Entre le Holden Caulfield de L’Attrape-cœur et le Patrick Bateman d’American Psycho, Jesse est difficile à situer.

Est-il la victime d’un handicap mental, d’un contexte familial perturbé, d’une société où fleurissent les images violentes, ou bien un tueur en série sans empathie, capable d’éliminer ses contemporains aussi facilement que ces rats sur lesquels il aime tirer ?

Lawrence Millman nous abandonne entre ces hypothèses perturbantes, jusqu’aux dernières pages du livre et leur étonnante conclusion.

Un chef-d’œuvre du noir enfin extirpé de l’oubli.

Critique :
Que voilà un roman bien sombre, bien glauque, bien dérangeant ! Un roman noir que l’on lit jusqu’au bout avec une certaine fébrilité, en se disant « Put*** de put*** de put***, dites-moi que je rêve, dites-moi que tout ceci n’est pas vrai ! ».

Jesse est un adolescent attardé élevé par son père, la mère étant morte à la naissance.

Il a un frère aîné qui est parti au Vietnam et les images de la guerre qu’il voit à la télévision le fascinent un peu trop.

Sans compter que notre Jesse a le manche qui le démanche, alors il le frotte souvent et parfois, il ne demande pas l’autorisation à la fille pour le lui mettre dedans… Jesse pose problème pour la communauté, mais son père ne veut pas le placer.

Difficile de s’attacher à Jesse ! D’habitude, ce genre de personnage recueille toute mon empathie, mais là, mon empathie est partie et j’ai même envoyé ma conscience faire un tour lorsque je suis arrivée dans le dernier tiers du roman tant on plonge dans la noirceur et les comportements plus que dérangeants.

Si Jesse a encore l’excuse de ne pas avoir l’eau et le gaz à tous les étages, certains adultes ne bénéficient pas de ces circonstances atténuantes et cela rend leurs comportements encore plus immonde et immoral que chez Jesse.

D’ailleurs, comment voulez-vous qu’un ado attardé se comporte correctement quand des pères font des enfants à leur fille, boivent comme des trous, sont violents et que environnement social n’est pas bio mais toxique à mort ?

Roman noir, je vous le disais et la dimension sociale, bien que peu détaillée, ne laisse aucun doute sur le niveau auquel nous nous trouvons : fort bas sur l’échelle sociétale.

L’auteur ne s’embarrasse pas de tirets cadratins ou de guillemets pour ses dialogues, je pensais que j’allais bloquer dessus (comme souvent), mais non, les dialogues sont passés tout seuls et même les multiples « Son père dit » ne m’ont pas gêné dans ma lecture, ce qui veut dire que le niveau du roman était fort élevé pour que ce genre de détails importants ne m’importunent pas.

Un roman noir qui ne met pas de gants pour vous livrer une histoire assez sordide, quand on y pense bien, une histoire dont on se dit que non, on va se réveiller…

Un roman noir aux personnages violents de par leurs comportements, leurs paroles, leurs intolérances, aux personnages tendres car le père de Jesse fait ce qu’il peut pour son gamin, un personnage principal – Jesse – qui ne possède pas d’empathie et qui vit sa vie comme dans un rêve où les fantasmes de sexe et de morts violentes sont omniprésents.

Psychologiquement parlant, ceci est un roman marquant de par sa noirceur. Les faits qui se déroulent dans ces pages laisseront le lecteur abasourdi par tant de déchéance humaine, l’auteur franchissant la ligne rouge allégrement, jouant sans cesse avec la limite du tolérable, vous empêchant tout simplement de refermer le livre avant sa conclusion finale qui m’a laissée pantoise.

Put***, quel roman noir ! Une peinture sans concession d’une partie de l’Amérique des années 1960, en pleine guerre du Vietnam, bourré de petits esprits comme il en existe encore tant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) – Dernière chronique de cette édition 2017/2018.

 

Hunter : Roy Braverman

Titre : Hunter

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie Thriller (16/05/2018)

Résumé :
Si vous croisez sa route, ne vous arrêtez surtout pas.

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps.

Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues.

Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son oeuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus.

Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues.

Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger.

Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore.

Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Critique :
Si vous avez des envies de neige, si la montagne vous gagne et que le soleil vous réchauffe trop la couenne, un conseil, évitez à tout pris le patelin de Pilgrim’s Rest !

Non seulement, Pilgrim’s Rest, c’est le trou du cul du trou du cul de l’anus des Appalaches, mais en plus, il y fait plus dangereux s’arrêter que dans villes les plus dangereuses du monde, sans compter que certains habitants ont des esprits plus petits que la bistouquette d’une moule fossilisée  et plus étroit que… le chas d’une aiguille (vous avez eu peur, hein ?).

— Freeman, il dit vrai ? s’alarme Denise.
— Il voudrait bien que ça soit vrai, rien que pour avoir le plaisir de flinguer un nègre, ce gros cul-terreux de nuque rouge…

Dix-neuf résidents l’hiver à Pilgrim’s Rest, mais vingt en ce moment avec ce foutu nègre.

Pourtant, c’est apparemment la destination de Freeman (pas Morgan, même s’il a la même couleur de peau) et celle de Hunter (pas Rick Hunter le flic de la série), tueur en série qui s’est échappé du couloir de la mort. Freeman veut lui faire la peau et accessoirement lui faire dire où il a enterré sa fille, disparue il y presque 15 ans.

C’est l’hiver, la neige tombe dru et les températures vous gèlent tout ce qui dépasse, s’il dépasse encore un truc… Quand je vous dis qu’il ne fait pas bon s’arrêter à Pilgrim’s Rest, je ne vous ment pas !

Pourtant, le voyage, s’il fut éprouvant, valait la peine d’être effectué parce qu’il était des plus adrénalitiques (j’invente des mots, et alors ?) !

Si je devais résumer ce roman, je dirais que c’est une sorte de ©Kinder Surprise avec une coquille d’oeuf en véritable chocolat digne de cette appellation et des surprises dans la surprise générale. Un Kinder Surprise qui aurait été croisé avec une matriochka, en quelque sorte…

L’avantage c’est que tu ne dois pas attendre minuit pour la première surprise, ni le premier coup d’adrénaline. Ensuite, tu apprends des choses que les protagonistes du roman ne savent pas et hop, bardaf, une surprise dans la surprise.

Mieux que le Kinder, je te le dis ! Avec, en prime, des sueurs froides, du sexe (y’en a qui n’ont pas froid au cul), de la violence, des crimes, des énigmes, du mystère, du suspense, une enquête de dingue, un ancien flic têtu et borné, un shérif qui a la gâchette facile, un commando, un agent du FBI crétin et du serial killer que tu sauras plus pour finir qui vient de tuer qui…

Serres les fesses, ami lecteur ou lectrice, tu sauras tout au fur et à mesure, même parfois avant les flics à tel point que tu auras envie de leur gueuler la solution, tant ceux du FBI ne sont pas les plus dégourdis, surtout le mec !

— Écoutez Marvelias, j’en ai plein le dos de vos allusions et de vos insultes de chefaillon colérique. De toute ma carrière, je n’ai jamais participé à une opération aussi merdique. Vous êtes la caricature de l’agent qui se croit spécial. Spécial que dalle, oui. Spécial en foirage, spécial en connerie, spécial en mort des autres. Vous arrivez à tenir la liste des morts par la faute de votre incompétence depuis les dernières quarante-huit heures ?

Avant d’oublier, il y a aussi une touche d’humour un peu décalé, comme je l’aime et ça fait vraiment un souffle de chaud sur tout ce froid. Ou alors, ça donnera un coup encore plus froid à ceux qui y sont imperméables…

— Bon, dit Delesteros après un court silence. Ça m’a l’air d’être un tout petit patelin ici. Si on nous voit parler plus longtemps tous les deux, on va finir par s’imaginer des choses et ça va jaser. Alors à demain matin. Vous faites partie du briefing.

Une écriture sèche, rapide, sans temps mort, avec des pointes d’humour ou de sexe dans toute cette violence, un côté un peu surjoué à l’américaine, qui ne dénote pas du tout dans cette ambiance survoltée tant on a l’impression que le roman a été écrit par un amerloque pur jus ayant enclenché le bouton « sadisme envers le lecteur » pour écrire ce roman qu’on a pas envie de lâcher avant la fin.

Après ça, tu as envie d’un peu de calme et c’est l’heure de se revoir un petit Julie Lescaut bien tranquille ou même, un Derrick, juste pour calmer le jeu et le cardiofréquencemètre qui vient de piquer un sprint et faire redescendre votre tension.

— Ça fait un sacré bail que je n’ai pas vu un homme nu d’aussi près, sourit-elle en le regardant sans gêne aucune.
— Je ne suis pas certain que trois heures de marinade dans l’eau tiède soient des plus flatteurs pour ma virilité, essaye-t-il de plaisanter.

Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

Mon désir le plus ardent : Pete Fromm

Titre : Mon désir le plus ardent

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister (05/04/2018)
Édition Originale : If Not for This (2014)
Traducteur : Juliane Nivelt

Résumé :
Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait.

À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon.

Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon désir le plus ardent est le portrait d’un couple ancré dans le temps présent qui affronte avec courage et humour les épreuves de la vie.

Avec sa voix pleine d’énergie, tout à la fois drôle et romantique, Pete Fromm nous offre une histoire d’amour inoubliable.

Critique :
Pourquoi dire, lors de la cérémonie du mariage « Je le veux » alors que « C’est mon désir le plus ardent » est foutrement plus beau ?

Pourquoi se marier de manière conventionnelle alors qu’on peut le faire sur les berges de la Buffalo Fork (non, pas les berges du ravin !) et ensuite se faire une lune de miel sur la rivière ?

Lorsque j’ai commencé à lire ce roman, je n’avais pas lu le résumé et je me suis demandé qui était cette femme avachie sur une chaise roulante qui avait l’air d’avoir 110 ans, surtout que le chapitre suivant, je me retrouvais avec des jeunes qui venaient de s’envoyer en l’air…

Le rapport (pas le sexuel), je l’ai vite compris, mais je me suis laissée porter par les flots à la fois tumultueux et doux de cette histoire d’amour comme on en voit peu en littérature (« Nos âmes la nuit » de Kent Haruf m’avait fait le même effet).

Maddy et Dalton sont un jeune couple non conventionnel, épris de la nature sauvage et surtout des rivières que l’on descend. Maddy et Dalton, c’est le couple improbable, celui que l’on pense trop jeune pour arriver à s’en sortir, ceux que l’on dit qu’ils vont casser rapidement.

Pourtant, si Dalt a l’air un peu fantasque, un peu doux rêveur, qu’il ne veut pas toujours voir ce que Maddy essaie de lui faire comprendre, on peut dire que ce jeune homme a non seulement des couilles, mais aussi du cœur parce que peu de maris auraient fait ce que lui a fait : rester avec son épouse malade.

Pour certains, un SP, c’est génial car c’est un livre gratuit envoyé par un quelconque Service Presse d’une quelconque maison d’édition. Mais pour Maddy, SP veut dire Sclérose en Plaques, et là, on ne rigole plus.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou le récit neuneu à la guimauve, Pete Fromm nous entraîne dans le quotidien pas facile de ce jeune couple qui tire le diable par la queue, alors que Maddy et Dalton auraient plus envie de jouer à la bêbête à deux dos…

Maddy est une battante, elle ne se laisse jamais aller, préférant s’enfermer toute seule dans sa maladie plutôt que de se lamenter devant les autres, préférant même que son mari ne prenne pas de disposition pour faire face à la dégénérescence qui ne manquera pas de se produire au fil du temps.

Un livre beau, profond, lumineux, malgré la maladie, malgré leurs soucis, sans jamais sombrer dans voyeurisme, Maddy va nous raconter son quotidien avec la SP et ses soucis avec l’assurance santé qu’elle ne possède pas…

Même dans le final bouleversant, l’auteur ne choisit jamais la solution de la facilité qui consisterait à sombrer dans le voyeurisme de bas étage juste pour faire pleurer les lecteurs.

C’est beau, c’est poignant, c’est bien écrit, c’est bourré d’espoir, d’amour, de vie pas facile et de courage.

J’ai terminé cette lecture avec le coeur en larmes et les yeux en vrac… Ou le contraire.

Montana – Une aventure de Tex : Gianfranco Manfredi & Giulio De Vita

Titre : Montana

Scénariste : Gianfranco Manfredi
Dessinateur : Giulio De Vita

Édition : Le Lombard (avril 2018)

Résumé :
En route pour rendre visite à un ami, Tex Willer découvre les lieux d’un carnage. Une tribu indienne au complet a été massacrée par le redoutable Tirrell et ses hommes de main, trafiquants de fourrure.

Refusant de laisser un tel crime impuni, Tex décide de les traquer.

Critique :
Ceci est un véritable western, il en a la couleur et le goût, avec même un goût de l’enfance lorsque je dévorais les petits périodiques « Rodeo » que je trouvais au kilo, dans les brocantes (mais jamais dans l’ordre, bordel de dieu).

Vous savez, ces petits magazines en noir et blanc, bourré de p’tits Mickeys et datant de la génération précédente, celle de nos parents.

J’avais un faible pour les western (pas qu’eux, mais ceci n’est pas le sujet).

Tex Willer, j’ai dû lire ses aventures dans un de mes nombreux « Rodeo » et si ce n’était pas lui, c’était un héros lui ressemblant comme deux balles d’un même révolver.

Tex est un cow-boy sans peur et sans reproches, aussi habile de ses six-coups que Lucky Luke (Tex est de 48, Luke de 46), toujours prêt à aider les gens « bien » et à faire justice lui-même.

Dès ouverture de la bédé, j’ai été conquise par le dessin : que ce soit pour les paysages désertiques du Montana ou pour les personnages, le trait est précis et nous ne sommes pas dans de la bédé « gros nez ».

Les paysages sont magnifiques, grandioses, battus par les vent et lorsque tombera la neige (non, Adamo, ne chante pas dans nos têtes), cela deviendra encore plus majestueux. Tout est blanc de désespoir, triste certitude, le froid et l’absence, cet odieux silence, blanche solitude ♫ (pas pu m’en empêcher !)

L’histoire est assez classique : des salopards d’Hommes Blancs ont massacré des Indiens, afin de les voler, autrement dit, du grand classique qui existe toujours dans la réalité, avec d’autres personnages. L’Homme est envieux, c’est bien connu.

On a beau avoir la couleur dans cette bédé, j’ai vraiment eu l’impression de replonger dans ces petits formats que je dévorais à l’époque : l’ambiance y était la même, le héros sans peur, ses amis de véritables amis, même si ici son pote est un peu lourd, voleur et couillon. Quant aux Méchants, et bien, ils l’étaient de manière unilatérale sans que rien ne vienne plaider pour eux.

C’est là que mon bémol va se pointer pour se ficher dans l’album comme un furoncle mal placé : cette histoire aurait mérité d’être publiée sur deux albums afin de creuser un peu plus les personnages, surtout celui du Méchant qui puait le manichéisme comme on sent le fauve après une chevauchée de 30 jours sans prendre un bain.

Un peu de nuance n’aurait pas fait de tort au type. Je ne dis pas qu’il faut lui trouver des circonstances atténuantes pour les massacres qu’il commet, mais on aurait pu l’étoffer un peu, cela aurait donné plus de profondeur à l’histoire.

Maintenant, dans leur hommage au personnage de Tex Willer, je ne sais pas si les auteurs ont voulu respecter le cahier des charges de ce qui se faisait à l’époque, avec des méchants pu ou pas développés et un manichéisme assumé.

Si c’est le cas, l’album s’inscrit donc dans ce qui était traditionnel pour ces petits formats de l’époque. Par contre, si leur but était de changer un peu l’original, là, ils ont loupé un truc avec les Méchants.

N’allez pas croire que je n’ai pas aimé ma lecture ! J’ai dévoré l’album, qui a eu un goût de trop peu, et 20 pages de plus ne m’aurait pas dérangé.

D’ailleurs, si les auteurs ont la bonne idée de poursuivre les aventures de Tex, je serai de la partie, juchée sur mon fidèle divan, afin de les lire confortablement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Mais ? Il a piqué la tenue de Lucky Luke, le Tex Willer !

Oh, un de mes petits albums !

Jenny : Fabrice Colin

Titre : Jenny

Auteur : Fabrice Colin
Édition : Sonatine (10/11/2016)

Résumé :
Cayucos, Californie. Dans une villa au bord du Pacifique, un homme désespéré remplit un cahier noir. Dans sa cave, ligotée, une femme obèse, à peine consciente. Avant de la tuer, l’homme veut raconter son histoire.

Quelques mois plus tôt… Un an après la disparition de sa femme, le chroniqueur Bradley Hayden est détruit. Il s’étourdit dans des liaisons sans lendemain via un site de rencontres.

Un jour se présente une femme qui ne correspond en rien à la description qu’elle a faite d’elle. Jenny, 300 livres, QI redoutable, lui montre une vidéo de son épouse. April est en vie. Obéis-moi en tout, et elle le restera.

Dès lors, Bradley est contraint de suivre Jenny dans une épopée meurtrière.

Critique :
Ces derniers temps, dans mes lectures, soit c’est du très bon, soit c’est du mitigé, limite ennuyant… Et pourtant, je n’avais pas sélectionné des tocards mais des bêtes de compet.

Et bien, j’ai dû louper quelques chose d’important dans ces romans parce que celui-ci va rejoindre ma pile des « à donner » et va être oublié en deux temps trois mouvements.

Je ne suis même pas sûre d’arriver à m’en souvenir assez longtemps que pour réaliser cette petite chronique.

Ici, c’est le style assez confus du récit et le fait que je n’ai ressenti aucune empathie ou sympathie pour les différents personnages.

Comme si j’avais survolé le récit du haut de la stratosphère… Déjà, le début m’a semblé long et ennuyeux. Une fois son épouse, April, disparue, je pensais que j’allais enfin m’immiscer dans le roman, et rien n’en fut.

Après plusieurs essais désastreux, j’ai terminé le récit en le survolant, en mode pilotage automatique, ne redescendant sur terre que lorsqu’il y avait des faits importants, mais malgré cela, je me sentais perdue dans ce récit cacophonique, ne sachant plus où était le vrai du faux, soupirant devant la violence de certaines scènes et j’ai terminé ma lecture en roue libre jusqu’au final, qui ne m’a pas fait tomber de ma chaise (alors qu’il aurait dû).

Une lecture de plus à oublier, sans pour autant mettre l’auteur de côté car j’ai envie de le découvrir sur un autre roman et là, qui sait, peut-être l’étincelle tant espérée arrivera.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

 

La faucheuse – Tome 1 : Neal Shusterman

Titre : La faucheuse – Tome 1

Auteur : Neal Shusterman
Édition : Robert Laffont (16/02/2017)
Édition Originale : Arc of the Scythe – Book 1 – Scythe (2016)
Traducteur : Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2017

Résumé :
Les commandements du Faucheur : Tu tueras. Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation. Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue. Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté. « MidAmérique, milieu du 3e millénaire.

Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel.

Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et, bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.

Critique :
Imaginez un monde où plus personne ne meurt… Les maladies n’existent plus, les crimes non plus.

Et si par le plus grand des malheurs, vous passiez sous les roues d’un trente tonnes, des ambudrones (les robots ambulanciers) vous enverront de suite en résurrection !

Comptez 4 jours si l’accident était grave.

Ben comment on va mourir, alors ?? Tout simplement grâce aux Faucheurs qui, sans l’aide d’une faux, vous glaneront et vous enverront, pour de bon, six pieds sous terre.

Aucune arme ou manière n’est prohibée pour vous glaner (tuer). On leur demande juste de respecter des quotas, de ne pas cibler des groupes particuliers, d’avoir de l’empathie et de ne pas vous faire souffrir.

Vous voulez savoir ? C’était jubilatoire cette lecture où la Mort n’existe plus, où des êtres supérieurs doivent la donner et où les gens, alors qu’ils ont accès au Thunderhead (sorte de Wiki puissance 1.000 avec une A.I), préfèrent regarder des hologrammes de chats. Tiens, on dirait notre société !

Les personnages sont bien traités, travaillés, ambigus, même si certains méchants sont vraiment des méchants et que rien ne pourra plaider en leur faveur.

Malgré ce petit manichéisme, j’ai apprécié que nos deux ados soient des jeunes pleins de perspicacités, de ruses, sachant jouer avec les règles et les retourner dans la figure de certains. Ils m’ont été sympathique tout de suite.

L’auteur nous dépeint une société qui a tout de la société parfaite : plus de guerres, plus de chômage, plus de maladies graves, l’immortalité (quasi) et pourtant, on dirait que sous le vernis de la perfection se dissimule quelques imperfections.

En effet, comment arriver à jouir pleinement de la vie quand la mort est quasi inexistante et que vous pouvez rajeunir si vous en avez marre de vos soixante ans ?

De plus, comment être sûr que certains Faucheurs ne prennent pas leur pied en donnant la mort et n’abusent pas de leurs prérogatives, façon petit tyran ?

Pas de temps mort dans ce roman qui ne conviendra peut-être pas au plus jeunes car certaines scènes de massacres sont assez violentes, du suspense, du mystère, de la compétition, un suicide suspect et une société de faucheurs gangrénée par l’envie de pouvoir de certains.

Un roman difficile à lâcher, une véritable tuerie au niveau du scénario que de ses personnages, ainsi que dans la structure et l’élaboration de son récit avec le poil à gratter qui parsème la description de la nouvelle société.

Un final super qui vous laisse devant deux choix : poursuivre l’aventure avec le tome 2 ou vous arrêter là.

Moi je continue, en espérant que le deuxième tome soit aussi brillant que le premier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°31 – Les Hommes Dansants – lire un livre appartenant au genre « Jeunesse »).

Les étoiles s’éteignent à l’aube : Richard Wagamese

Titre : Les étoiles s’éteignent à l’aube

Auteur : Richard Wagamese
Édition : Zoe – Écrits d’Ailleurs (2016)
Édition Originale : Medicine Walk (2014)
Traducteur : Christine Raguet

Résumé :
Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme.

Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier.

S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes.

Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour.

Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

Critique :
Mais quel beau voyage je viens de faire, les amis ! Un beau mais un dur voyage. Un voyage éprouvant, émouvant, un voyage qui se veut une sorte de rédemption.

Franklin Starlight a 16 ans, il travaille dur à la ferme du vieil homme.

Cet homme n’est pas son père et niveau paternel, Franck est le fils d’une éponge imbibée d’alcool, incapable de rester sobre plus de quelques heures, incapable de parler à son fils, incapable de lui apprendre des choses, comme le vieil homme l’a fait.

Pourtant, Eldon Starlight, ce père qui a tout d’un père indigne, appelle son fils car il se sent mourir. Il lui demande de l’emmener dans un endroit pour y mourir comme un guerrier, lui qui est un indien sang-mêlé.

Durant ce voyage éprouvant, on va faire la connaissance d’un homme que l’on a pas envie d’apprécier, un homme dont on aimerait lui botter le cul. Non, rien de rien, Eldon n’a rien pour le sauver.

Et pourtant… Pourtant (♫) on va commencer à apprécier le personnage au fil des histoires qu’il va raconter à Franck, durant leur périple dans la forêt profonde où il y a des grosses bêtes sauvages et pas de téléphone.

Eldon va raconter une partie de sa vie à son fils, Franck va se souvenir de tous les rendez-vous manqué avec son père, quant à nous, et bien, on va les écouter avec attention car ici, la terre est rude et ses habitants aussi.

Le travail ne court pas les rues, on est mal payé, on doit suer toute la journée, alors les hommes boivent et reboivent encore, ils boivent à la santé de la Colombie britannique (Canada, on est loin d’Amsterdam, je sais).

L’histoire d’Eldon est touchante, âpre, il lui faudra du courage pour la raconter à ce fils qu’il n’a pas voulu, à ce fils à qui il a promis des tas de choses, mais qu’une bouteille a fait tout oublier.

J’ai vu venir le pourquoi du comment, et j’avais bien trouvé, mais cela n’a pas empêché l’émotion de monter, même si le récit est tout en pudeur, porté par une écriture tout en sobriété (le contraire d’Eldon), tout en finesse, tout en poésie et en récit de survie dans ses montagnes hostiles.

Un très beau roman dont j’aimerais vous en dire plus mais que je ne peux pas, et que je ne saurai pas, car tout est à l’intérieur de mon cœur.

 

Parmi les loups et les bandits : Atticus Lish

Titre : Parmi les loups et les bandits

Auteur : Atticus Lish
Édition : Buchet-Chastel (18/08/2016)
Édition Originale : Preparation for the next life (2014)
Traducteur : Céline Leroy

Résumé :
C’est dans un New York spectral, encore en proie aux secousses de l’après-11 Septembre, que s’amorce l’improbable histoire de Zou Lei, une clandestine chinoise d’origine ouïghoure errant de petits boulots en rafles, et de Brad Skinner, un vétéran de la guerre d’Irak meurtri par les vicissitudes des combats.

Ensemble, ils arpentent le Queens et cherchent un refuge, un havre, au sens propre comme figuré. L’amour fou de ses outlaws modernes les mènera au pire, mais avant, Lish prend le soin de nous décrire magistralement cette Amérique d’en bas, aliénée, sans cesse confinée alors même qu’elle est condamnée à errer dans les rues.

Il nous livre l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui font le corps organique de la grande ville : clandestins, main-d’œuvre sous-payée, chair à canon, achevant sous nos yeux les derniers vestiges du rêve américain.

Critique :
Vu son résumé, vu ses prix gagnés, vu ce que j’en avais lu sur certains blogs, ce livre partait favori dès le départ.

L’auteur allait nous parler de l’Amérique d’en bas, des clandestins, des gens exploités, des immigrés clandestins prêts à tout pour avoir un peu de sous.

Les premières foulées de ce jeune cheval furent excellentes, la misère décrite était d’un réalisme confondant.

Hélas, au bout de quelques pages magnifiques, il a commencé à boiter.

De mon côté, je renâclais, et ce qui nous pendait au nez arriva à la page 120 : le cheval ne franchi jamais la ligne d’arrivée et termina sa course dans ma pile « à donner » plus vite qu’il n’était sorti de ma pile à lire.

La raison de cette course inachevée et de la mise au rebut ? Le style brouillon du récit et la sensation de cacophonie, notamment par le non usage des guillemets ou des tirets cadratins lors des dialogues.

Je ne sais pas si c’est un nouveau genre, si c’est une ancienne mode qui revient au galop, mais j’ai énormément de mal avec ce genre de narration qui me donne l’impression de ne rien suivre, d’être perdue et donne au récit l’impression qu’il est brut de décoffrage, comme si on lisait un brouillon, une ébauche à corriger.

Et là, ça fait un peu trop souvent que je tombe sur ces absences de signes distincts pour les dialogues, la coupe déborde et ça me donne envie de ruer dans les brancards.

Quand au récit brouillon, il s’est fait ressentir lorsque Brad Skinner, vétéran de la guerre d’Irak, revenu avec des troubles post-traumatique, commence à nous raconter ce qu’il a vécu en Irak.

C’est le genre de récit qui me fait saliver, non pas que j’aime les guerres, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais voulant toujours en apprendre un peu plus, je suis souvent à l’affut de récits fait par des vétérans, par des troufions, des petits, ceux qu’on envoie au casse-pipe, ceux qui peuvent nous la raconter de l’intérieur.

Là, ce fut la cata du à cette narration qui donne au récit une sensation de foutoir immense et au lieu de me gorger de ses souvenirs d’Irak, je m’y suis emmerdée profond. J’ai même sauté des lignes !

Ensuite, le coeur n’y était plus et vu ma pile à lire himalayesque  (néologisme gratos), je n’ai plus envie de perdre mon temps dans des livres auxquels je n’accroche pas (sauf en cas de Lecture Commune). Je passe donc mon tour et j’en prends un autre de suite.

Quand on tombe de cheval, faut remonter de suite, alors, je remonte toujours en selle avec un autre mustang et celui que je viens de prendre est bien mieux que celui-ci.

Maintenant, ce n’est que mon avis personnel, d’autres l’ont aimé, et tant mieux pour eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

La colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : La colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (2016) / France loisirs (2014)
Édition Originale : The Kitchen House (2010)
Traducteur : Marie-Axelle de la Rochefoucauld

Résumé :
À 6 ans, Lavinia, orpheline irlandaise, se retrouve esclave dans une plantation de Virginie : un destin bouleversant à travers une époque semée de violences et de passions…

En 1791, Lavinia perd ses parents au cours de la traversée les emmenant en Amérique. Devenue la propriété du capitaine du navire, elle est envoyée sur sa plantation et placée sous la responsabilité d’une jeune métisse, Belle.

Mais c’est Marna Mae, une femme généreuse et courageuse, qui prendra la fillette sous son aile. Car Belle a bien d’autres soucis : cachant le secret de ses origines, elle vit sans cesse sous la menace de la maîtresse du domaine.

Écartelée entre deux mondes, témoin des crimes incessants commis envers les esclaves, Lavinia parviendra-t-elle à trouver sa place ? Car si la fillette fait de la communauté noire sa famille, sa couleur de peau lui réserve une autre destinée.

Critique :
Moins bien traité que des bêtes, moins de droits que des animaux, une existence qui n’existe pas, aux yeux de leurs propriétaires. Ils sont là pour les servir jusqu’à leur mort, à trimer, suer, mourir à la tâche ou sous les coups de fouet.

Taillable et corvéable à merci. Tel le serf ployant sous le joug du seigneur au Moyen-Âge.

Voilà les conditions de vie des Noirs durant la période d’esclavage.

Il est un fait que me doutais bien cette lecture n’aurait rien à voir avec « La petite maison dans la prairie »…

Malgré tout, à certains moments, j’ai eu le cœur serré et les tripes nouées en découvrant une infime partie de ce que les esclaves Noirs ont endurés durant cette période.

Et je ne vous parlerai même pas des Droits de la Femme Blanche qui n’existaient pas non plus, même si, en ces temps-là, valait mieux être une riche femme Blanche qu’une pauvre femme Noire.

Je vous le dis de suite, ce fut une découverte magnifique et ce livre entre direct dans mes coups de cœur de l’année tant il est prenant, tant ses personnages sont réalistes, tant son scénario est bien agencé, mêlant à la fois l’Histoire et les émotions à l’état brut.

Le récit est narré par deux personnages : Lavinia, la petite fille Blanche de 6 ans qui a perdu ses parents et qui a été achetée par le capitaine du navire qui les transportait, et par Belle, une des esclaves qui travaille aux dépendances.

Notre petite Lavinia va grandir, sans jamais arriver à comprendre la différence entre le statut des maîtres Blancs et des esclaves Noirs puisqu’elle a été élevée par les esclaves et qu’elle se sent Noire, alors qu’elle est Blanche. Son statut, de par cette simple petite différence, est bien plus haut que celui de ceux qu’elle considère comme sa famille.

Véritable épopée qui ira jusqu’en 1810, le récit est un de ceux qui, une fois commencé, est difficile à lâcher tant on veut savoir ce qu’il va arriver à nos personnages pour lesquels on ressent direct une véritable sympathie.

Je vous avoue qu’à certains moments, j’aurais aimé moins de violences, moins de larmes, moins de serrement de cœur… Mais si l’auteur avait pris cette voie, son roman aurait perdu de son réalisme car, avec un sujet aussi fort que l’esclavage, il est difficile de faire du sirupeux et un récit Bisounours aurait fait perdre toute crédulité au récit.

« La colline aux esclaves » est un roman fort, profond, bourré d’émotions en tout genre, de personnages grandioses, d’humanité, de méchants sadiques qui profitent de leur pouvoir, de parents Blancs qui ne s’occupent guère de leurs enfants, qui les confie à des précepteurs et ensuite, ça tourne mal…

Un roman bouleversant, captivant, émouvant, des personnages qui, après chaque épreuve, puisent dans leur courage pour se relever, parce qu’ils n’ont pas le choix, mais aussi afin de pouvoir aider les autres, leur famille et continuer d’avancer tous ensemble.

Une page de l’Histoire qu’il ne faut jamais oublier, un roman qu’il faut lire parce que ses personnages font partie de ceux qui resteront en nous.

Une très belle LC en compagnie de Bianca, qui, pour ce titre, est totalement au diapason avec moi.