Marshal Bass – Tome 2 – Meurtres en famille : Darko Macan & Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 2 – Meurtres en famille

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (04/10/2017)

Résumé :
Pour sa deuxième enquête, notre héros est confronté à une famille pratiquant le meurtre… en famille ! Bébés momifiés, course à pied dans des étendues arides et moult coups de feu dans cette aventure haute en couleur !

La vie dans le western était impitoyable pour beaucoup, à tel point que le meurtre y était considéré comme un business comme un autre.

Sur la piste d’un tueur en série, Marshal Bass y est alors confronté et se met en tête qu’il faut éradiquer le crime.

Cependant ce qui aurait dû être un cas plutôt simple va très mal tourner. Car quoi de pire que de tomber amoureux de la fille des assassins…

Critique :
Quoi de plus merveilleux que le travail en famille ? Papa, maman et les deux enfants, garçon et fille, travaillent de concert et de conserve.

La vie est bourrée d’ironie et comme elle a envie de se marrer de temps en temps, elle place un tueur en série sur le chemin de notre sympathique famille qui se coupe en quatre pour… assassiner des gens et les détrousser !

Si vous aimez La Petite Maison Dans La Prairie, passez votre chemin, c’est L’Auberge Rouge version far-west.

Une fois de plus, nous sommes plongés dans un western qui ne fait pas dans la dentelle car il explore la noirceur des Hommes (et des Femmes). Et pas que celle des assassins détrousseurs.

Même notre Marshal River Bass monte en puissance dans ce tome puisqu’il retire sa veste de bon père de famille qui a accepté ce boulot de marshal pour nourrir ses gosses…

Ah, notre personnage principal n’est pas aussi bon qu’on a essayé de nous faire croire, et c’est tant mieux. De plus, Bass aussi envie de se taper la jeune fille qu’il pourchasse pour meurtres, qui elle-même était désirée par son frère… Ça devient cochon, là !

Mais bon, les chats ne font pas des chiens et là, seuls ceux qui ont lu l’album comprendront mon insinuation. On patauge dans le glauque. Yes !

Je ne suis toujours pas fan des dessins des visages, mais les décors sont magnifiques, grandeurs nature, plein de couleurs et comme dans le premier tome, la double page vaut le coup d’œil poussé afin de remarquer tous les petits détails.

Le scénario est grinçant, ironique, noir, violent et le croque-mort va avoir du boulot. J’espère qu’il fait des prix de groupe…

Pour les enfants, privilégiez les aventures de Lucky Luke et pour les adultes à qui on ne la fait plus, présentez-leur les deux premiers tomes du Marshal River Bass. C’est violent, en effet, mais moins que le premier tome de la série Bouncer (Jodorowsky).

Heureusement qu’il y a un peu d’humour, ce qui fait diminuer la tension artérielle après quelques scènes macabres et violentes.

Les albums du Marshal River Bass ont du punch, de bons scénarios, de la violence, des flingues, des morts violentes, des lynchages, bref, ce qui fait que l’Ouest est l’Ouest et pas un monde de Bisounours.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°64] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Blueberry – Tome 10 – Général « tête jaune » : Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 10 – Général « tête jaune »

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1971)

Résumé :
Malgré la promesse de Blueberry faite à Sitting Bull, le général Allister dit « Tête Jaune » compte bel et bien mener campagne contre les Sioux et les Cheyennes dans l’hiver des Collines Noires.

Publié en 1971, c’est le dernier du cycle du cheval de fer (quatre tomes)

Critique :
Higway to hell…

En référence à la chanson de AC/DC et au « GO TO HELL ! » expédié par le général Allister à Blueberry qui lui répondra, avec cynisme : « Nous y sommes déjà, sir ».

S’ils n’étaient pas sur une autoroute (anachronisme) c’était vraiment le chemin pour l’enfer que le 7ème de cavalerie a emprunté.

Cet album, je déteste le relire. Attention, n’allez pas croire que Charlier ait loupé son scénario, que du contraire, il est très bon, c’est juste que cet album est terrible…

Dans le tome précédent, Blueberry avait obtenu un armistice avec les Sioux, donnant sa parole (et le général Dodge aussi) pour que de vraies négociations aient lieu, promettant que les camps d’hiver ne seraient pas attaqué par les Longs-Couteaux alors que les guerriers étaient à la chasse.

Le général Allister, mourant d’envie de s’illustrer quelque part et n’ayant pas eu l’occasion durant la guerre de Sécession, décide d’aller « casser du sioux » afin repousser définitivement la menace.

Blueberry est enrôlé de force et forcé d’assister à la chronique d’un massacre annoncé, des deux côtés.

Steelfingers avait décroché la palme du méchant le plus machiavélique, sadique du la saga, mais Allister décrochera celle du plus entêté, du plus menteur, du plus enragé, de la plus mauvaise fois et de celui qui manque, finalement, de cou…rage (restons polie).

Le général Allister, qui a un peu des airs de Custer, on aurait envie de lui faire subir le supplice des fourmis rouges, de le pendre, de l’écarteler, de le guillotiner, de le brûler, de le découper en morceaux et de les jeter aux quatre vents après l’avoir fait piétiner par un troupeau de bisons en furie.

Ce général de MesDeux rêve d’honneur mais s’attaque, en traître, à un camp rempli de femmes, d’enfants, de vieillards et de quelques guerriers. Facile… Mais les Indiens sont cent fois plus brillants que lui.

Allister est un salopard qui n’hésite pas à sacrifier ses propres soldats, sans leur dire, bien entendu, leur demandant de tenir la passe et en ne respectant pas sa parole de venir les secourir. Un salopard, je me tue à vous le dire !

Et je râlerai toujours car, à la fin de l’album, il n’est même pas puni, pas de justice pour lui et ce fils de sa mère n’a même pas de conscience, pas de cœur non plus et encore moins de cou… rage (restons polie, restons polie, c’est un sans couilles).

Les dessins illustrent bien les combats, la difficulté de chevaucher dans la neige, les paysages magnifiques des Black Hills qui nous entourent et que nous ne savourons pas tant le récit est haletant, bourré de suspense, de violences, de combats, des ruses de Blueberry pour tenter de sauver le régiment qui, sans lui, aurait péri en entier.

Cet album est glaçant jusqu’à la moelle car ce genre d’individu a existé. Non pas Allister en tant que tel, mais des militaires comme lui, entêté jusqu’au boutisme, prêt à faire mourir tout le monde pour s’en sortir lui, prêt à entraîner son régiment dans sa folie, à la poursuite de ses chimères, tel un capitaine Achab pourchassant Moby Dick sans aucun discernement et n’écoutant pas la voix de la raison qui est celle de Blueberry.

Un tel personnage est intemporel et tous les pays peuvent se targuer d’en avoir eu un à la tête d’un groupe armé, tuant des gens désarmés.

Une fois de plus, encore un album relevé pour le duo Charlier/Giraud, les deux maestros aux commandes de cette série qui ne vieillit pas, qui est intemporelle, elle aussi, car les sujets traités sont toujours d’actualité : génocides, guerres, spoliations, racisme, magouilles, gaspillage des ressources naturelles, recherche du pouvoir, recherche des honneurs à n’importe quel prix, mensonges, traîtrises et j’en oublie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°63] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Marshal Bass – Tome 1 – Black & White : Darko Macan & Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 1 – Black & White

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey
Coloriste : Desko

Édition : Delcourt Néopolis (07/06/2017)

Résumé :
Arizona, 1875. Un gang d’esclaves affranchis, dirigé par un mystérieux Milord, terrorise tout un état.

River Bass, premier afro-américain de l’US Marshal Service, est le seul à pouvoir l’infiltrer. Il a accepté l’étoile pour le respect et l’égalité, mais il ne sera confronté qu’à la cruauté du monde.

Bass sera démasqué par le gang infiltré et son combat pour la justice s’arrête là. Commence alors celui pour sa vie…

Critique :
Le western est revenu à la mode, tant mieux pour ceux et celles qui adorent ça, dont moi…

Depuis sa sortie, je lorgnais sur cette nouvelle série et puis, je suis passée à autre chose parce que je ne peux pas tout acheter en neuf. Là, ayant pu les acheter en seconde main et je ne me suis pas privée.

Le pitch est pour le moins original puisqu’il met en scène un U.S Marshall Noir, à une époque où les Noirs n’avaient aucun droits et étaient toujours susceptibles de se faire pendre à toute branche d’arbre.

Sa mission, s’il l’accepte ? Infiltrer un gang de Noirs qui braquent les banques et tuent.

Quand on met en scène un tel personnage, il faut tout de même lui donner un peu d’épaisseur et faire en sorte que le lecteur en sache un peu plus sur ce nouveau personnage.

Là, on ne peut pas dire que les auteurs nous ait donné du grain à moudre et on termine l’album en sachant peu de choses sur River Bass, sinon qu’il est marié, a une sacrée marmaille et aime faire l’amour à sa femme. Ah oui, j’oubliais, il tire vite et bien aussi.

À mon humble avis (même si on ne me demande pas), cette histoire aurait mérité de s’étaler sur deux albums afin de lui donner plus de corps, plus de profondeur et ne pas se retrouver avec un récit qui se termine en bain de sang et de manière un peu trop simple, trop facile.

Il aurait été intéressant de suivre plus longtemps Bass dans sa mission d’infiltration afin de savoir si le chef de gang avaient d’autres motivations que celle de se faire plein de fric (il aurait pu vouloir déstabiliser une ville, un réseau de banques, le pays,…).

Les dessins sont spéciaux, j’ai eu un peu de mal au départ et ensuite, je m’y suis faite. Certaines couleurs sont très belles pour les yeux et la double planche du braquage est très réaliste et bourré de détails entre le gang qui s’enfui et les braves gens qui s’interposent pour les stopper.

Quant aux dialogues, ils ne sont pas dépourvus d’humour et d’un brin de cynisme.

Un western violent, sanglant, rempli de cadavres qui n’est pas pour les amateurs de western version Petite Maison Dans La Prairie. Si vous cherchez de la tendresse et des bonnes actions, va falloir changer de saloon.

J’aurais aimé plus de profondeurs, moins de manichéisme, plus de détails sur le passé de Bass mais comme j’ai apprécié ma lecture, je vais continuer la série. Qui sait, j’en saurais peut-être plus sur le Marshall dans les tomes suivants.

Une bande dessinée inspirée d’une histoire vraie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°61] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Blueberry – Tome 09 – La piste des Sioux : Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 09 – La piste des Sioux

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1971)

Résumé :
Capturé par les indiens, Blueberry est torturé afin qu’il livre l’endroit où l’argent de l’Union Pacific a été enterré. Plus il tiendra, plus la résistance aura le temps de se préparer.

Critique :
Blueberry, c’est LE mec qui chope toutes les emmerdes possibles et inimaginables à cent kilomètres à la ronde !

La preuve une fois de plus avec cet album où il se sort d’un guêpier pour retomber dans un autre, puis un autre… La poisse est son amie.

Blueberry, c’est aussi l’Histoire de l’Ouest de manière plus réaliste que Lucky Luke ou Jerry Spring, plus violente, aussi.

Les dessins de Giraud sont toujours des petits bijoux, remplis de détails et les décors ne sont pas négligés.

Dans ce tome, Blueberry ne va pas se reposer, ses deux amis Red Neck et MacClure non plus. Que ferait notre lieutenant sans eux ? Parfois ça lui ferait moins d’ennuis…

Ce tome emprunte une voie plus positive puisque la langue droite de Blueberry et celle du Général Dodge promettent aux Indiens de ne pas aller massacrer leurs femmes et papooses lorsqu’ils seront à la chasse au bison.

Enfin, se dit-on, du happy end dans l’air avec l’arrêt des massacres d’Indiens… Et puis saloperie, on voit apparaître cet enfoiré d’enfant de pute de Général Allister, un salopard qui râle de ne pas avoir de décorations durant la guerre civile et qui pense qu’un bon Indien est un Indien mort et que la parole de Dodge, il va se torcher avec.

Steelfingers était un salopard fini et Allister peut aller lui donner la main.

Une fois de plus, un excellent tome des aventures de Blueberry mais qui annonce avec horreur le tome suivant, que je déteste, que je crains de relire car le Général Allister est un bel enfant de salaud d’assassin, une couille molle qui s’attaque au plus faibles afin de faire mousser.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°57] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Blueberry – Tome 08 – L’homme au poing d’acier : Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 08 – L’homme au poing d’acier

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1974)

Résumé :
Le général Dodge est certain que parmi ses proches, se terre un espion empêchant le chantier de l’Union Pacific de progresser. Il charge Blueberry de le débusquer.

Critique :
James Bond avait pour ennemi Jaws, l’homme à la mâchoire d’acier et Blueberry a Jethro Steelfingers, l’homme au poing d’acier.

Et Steelfingers est cent fois plus méchant et machiavélique que Jaws (qui fait chaton à côté).

L’histoire continue et elle monte en intensité : le camp est entouré d’Indiens sur le sentier de la guerre, tout ça à cause des exactions que Steelfingers a faites pour favoriser la compagnie de chemin de fer pour laquelle il travaille vraiment, à savoir,  la Central Pacific.

Blueberry va-t-il arriver à sauver tout le monde ou va-t-il se foutre un peu plus dans la merde ? Si on connait le personnage, on a déjà la réponse… Si Lucky Luke triomphe toujours, on sait qu’il n’en est rien dans la réalité et les auteurs n’ont jamais épargné notre lieutenant à la barbe mal rasée.

Dans cet album, tous les sales coups sous la ceinture sont permis pour faire échouer la ligne de chemin de fer de l’Union Pacific car il y a un marché à rafler et quand il s’agit de business, tous les coups de pute sont permis.

Les dessins de Giraud sont toujours superbes, foisonnants de détails sur la vie en ces temps-là et les décors sont grandeurs nature.

Le scénario n’est pas à la ramasse avec Charlier et Steelfingers continue dans les saloperies à faire pour foutre le bordel, ment comme il respire, manipule tout le monde… Au rayon des Méchants, il est tête de gondole !

Pas de temps mort, de l’action, du suspense, des emmerdes comme s’il en pleuvait pour Blueberry et ses deux acolytes, Red Neck et Jimmy MacClure (que j’adore) pendant que le camp du chemin de fer est assiégé.

Rien à redire, Blueberry, c’est de la toute bonne came western !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°54] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

L’aventurier du Rio Grande : Tom Lea

Titre : L’aventurier du Rio Grande

Auteur : Tom Lea
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (10/06/2015)
Édition Originale : The Wonderful Country (1952)
Traduction : Arthur Lochmann

Résumé :
Martin Brady, jeune Américain, se cache depuis son adolescence au Mexique après avoir tué l’assassin de son père.

Pistolero au service de deux frères mexicains riches et voyous, sa vie bascule quand une blessure le retient à Puerto, ville américaine (Texas) jouxtant le Mexique.

Au moment où les luttes de pouvoir des deux côtés de la frontière se déchaîneront, Brady, éternel étranger, sera tiraillé entre les belligérants et aura des décisions importantes à prendre.

Un roman juste, quasi historique sur les deux cultures qui s’affrontent, riche en suspens et en émotion, mais aussi enchanteur par ses descriptions de paysages époustouflants.

Critique :
Martin Brady est un déraciné, étranger au Mexique et étranger aux États-Unis. Toujours le cul entre deux chaises, sans vraiment savoir où est son peuple et où se trouve sa terre.

Martin est un Américain, pourtant, mais après la mort de son père, il est passé au Mexique  car il avait été recueilli par une famille là-bas.

Après 14 ans passé au Mexique, il a tout d’un homme de là-bas et au départ, les Américains le prennent pour un mexicain.

Pour sa part, Martin Brady n’était pas certain d’avoir envie de voir des gringos. Mais il savait qu’il en verrait ce jour-là. Tout au long de cette remontée vers le nord, vingt-six jours de route avec les bœufs et le lourd minerai – et bien avant encore –, il avait pensé au moment où il se retrouverait à nouveau de l’autre côté du fleuve. Il y avait pensé pendant des années. Quand le patrón lui avait dit d’emmener le minerai dans le Nord, il n’avait pas renâclé. Il voulait savoir à quoi ça ressemblait. Maintenant, il y était presque.

Ce roman alterne les moments calmes, propices à notre Martin Brady pour se livrer à de l’introspection (il vient de se casser la jambe) et des moments Aventures avec un grand A.

Cherchant une paix intérieure qu’il ne trouve pas, notre homme, à la fois peone, pistoleros, vacher, vaquero, cow-boys, homme à tout faire pour le clan des Castro (Cipriano & Marcos), notre hombre offre son amitié et ses états d’âme à son bel étalon noir andalou, Làgrimas (« Larme » en mexicain).

Tom Lea nous décrit superbement bien ces terres où le vent souffle, charriant de la poussière et du sable, ces terres hostiles, désertiques, où les Apaches font des incursions meurtrières.

Les paysages, tels qu’il les décrit, donnent la sensation au lecteur d’y être et de chevaucher au côté des Tuniques Bleues ou de notre pistoleros qui a tout du ténébreux sans pour autant être une brute sanguinaire assoiffée de sang.

Une heure avant le jour, le vent se leva et balaya le désert, déplaçant le sable, changeant les formes des dunes sous les sombres mesquites. Il soufflait sur les plateaux nus, depuis les derniers rochers au sommet des montagnes jusqu’au fleuve qui, dans le fond du désert, s’écoulait vers le sud par un col dont les flancs à pic enserraient son cours. Sous le col, le vent suivait l’eau jusque dans une vallée où il rencontrait les habitations d’une ville isolée qui dormait encore entre les arbres et les champs labourés.

Pour nous parler de la politique, qu’elle soit du côté des Américains ou des Mexicains, l’auteur donne la parole à des personnages secondaires, des piliers de bar, des alcooliques, des gens pratiquant la radio cancan, des militaires, des paysans ou des éleveurs.

Tout était dit, il n’en fallait pas plus pour comprendre le bordel qu’il y avait au Mexique avec la prise de pouvoir des Castro brothers. Heu, des Castro hermanos !

Ce western est lent, presque paresseux dans sa première partie, et pourtant, je n’ai pas ressenti de l’ennui tant le panel des personnages était large, bien fait, apportant chacun une pierre à l’édifice de cette petite ville frontalière qu’est Puerto, nous la faisant vivre de l’intérieur comme si nous étions.

Ce western se déguste lentement, sans précipitations, car il nous montre un homme tiraillé entre deux cultures, entre deux peuples, un homme qui a bossé pour les mauvaises personnes, qui aimerait se poser un peu et quand enfin ça arrive, bardaf, il doit repartir sur les routes car tel est son devoir.

Un western assez introspectif dans sa première partie, un personnage principal tourmenté, attachant, sympathique, déraciné, un homme de parole et d’honneur qui ne sait pas encore où est sa place, qui est à la recherche d’une certaine paix intérieure et qui nous fait voir son monde, des deux côtés de la frontière, à travers de son regard désabusé.

Pour se coucher moins bête : Ce roman a été adapté au cinéma (1959) par Robert Parrish, avec Robert Mitchum dans le rôle titre. Il n’avait pas été épargné par les critiques et le réalisateur avait ajouté une histoire d’amour dans le film.

PS : par contre, monsieur Tom Lea, il y a une chose dont vous auriez pu m’épargner à la fin de votre beau western… Désolé, mais ÇA NE SE FAIT PAS !!!! (j’en pleure encore). Si vous n’étiez déjà point décédé, vous auriez fini sur ma kill-list avec les Norek, Minier et autres auteurs qui…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°51], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°28].

 

Walter Appleduck – Tome 1 – Cow-boy stagiaire : Fabcaro et Fabrice Erre

Titre : Walter Appleduck – Tome 1 – Cow-boy stagiaire

Scénariste : Fabcaro
Dessinateur : Fabrice Erre

Édition : Dupuis (Février 2019)

Résumé :
Walter Appleduck est un jeune homme cultivé, poli et bien éduqué qui fait un « master cowboy ». Le shérif de DirtyOldTown et son adjoint Billy ont accepté de le prendre en stage pour lui apprendre les rudiments du métier.

Critique :
Le panneau à l’entrée de la ville de DirtyOldTown est clair et net : « Étranger, ici on n’aime pas trop les étrangers ».

Pourtant, vous auriez tort de passer votre chemin car la ville de DirtyOldTown vaut le détour, surtout ses habitants.

D’accord, le shérif ne fout rien, on s’évade facilement de la prison, Rascal Joe vous le dira et son adjoint, Billy est l’archétype du type rustre, macho, grossier, misogyne, violent, alcoolique, bas du front, xénophobe, arriéré, fermé, ethnocentré, opportuniste, conservateur et aux idées dangereusement fascisantes. Dixit Miss Rigby que Billy drague comme un manche.

Mais nom d’un colt chargé, qu’est-ce qu’on se marre avec l’adjoint Billy ! Parce que même si c’est un xénophobe bas de plafond, il fait rire tellement il est crétin.

J’avais découvert cette bédé dans l’hebdo Spirou et j’avais déjà ri. La relire m’a fait encore plus rire car j’ai remarqué des tas de petits détails dans les dessins que je n’avais pas aperçu lors de ma première lecture.

Fabrice Erre, le dessinateur, a le sens du détail. Par contre, son trait à lui, c’est les gros yeux, l’absence de coudes (il ne sait pas les dessiner) qui donne des bras tout mous et les doigts aussi, quant aux chevaux, on ne va pas en parler car je n’ai jamais vu un équidé galoper de la sorte.

Ailleurs, je hurlerais, mais pas dans une bédé humoristique qui utilise tous les codes du western tels que les duels, les attaques de banques, de diligence, des Indiens, l’arrivée du télégraphe, la poursuite d’un hors-la-loi tout en les détournant pour les mettre parfois à la sauce moderne.

Le pauvre Walter Appelduck qui vient en tant que stagiaire va découvrir un monde qu’il ne suspectait pas… Lui qui rêvait d’authenticité pour sa thèse, il va souvent être surpris et les lecteurs aussi, pour notre plus grand plaisir.

Détourner les clichés des western pour en faire une critique acide et drôle de notre société, fallait y arriver. Pari réussi pour ce duo qui m’a fait rire devant tant de situations folles, délirantes, dingues, drôles, le tout à la sauce un peu acide car c’est traité de manière intelligente, même sous couvert d’humour bête.

Le fait d’avoir des références de notre monde dans celui du far-west, comme le magazine people Cowser, les émojis dans les télégrammes, une cuisine équipée ou autre ne choque pas.

Anybref, voilà une bande dessinée intelligente, drôle, caustique, qui, tout en respectant les codes western les détourne pour tacler notre société de consommation, l’égalité des sexes, les préjugés, le racisme, la politique, la liberté de presse, la privatisation des sociétés, le travail non payé…

Rions de nos travers et faisons-le intelligemment. Une bédé qui, malgré ses dessins « gros nez », vole beaucoup plus haut qu’on ne pourrait le penser, au premier abord.

Le Shérif : — Que se passe-t-il ?!
Le conducteur du convoi : — Le convoi a été attaqué par des Indiens ! Alors qu’on passait tranquillement au milieu de leur village en écrasant tout…
Le Shérif : — Saletés de bougnoules à plumes !
Walter : — C’est un peu raciste de dire ça, non ?
Le Shérif : — Hein ? Mais non je suis pas raciste.. J’ai même un ami qui a des poules avec des plumes… Non vraiment, c’est pas mon genre…
Walter : — Ah, ben vous me rassurez, parce que les Indiens sont des êtres humains à la culture ancestrale foisonnante qui, pour être différente de la nôtre, n’en est pas moins riche et variée !…
Le Shérif : — « Des êtres humains », hu hu hu…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°50] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

L’agent Indien : Dan O’Brien

Titre : L’agent Indien

Auteur : Dan O’Brien
Édition : Points (2010)
Édition Originale : The Indian Agent (2004)
Traduction : Aline Weil

Résumé :
Après l’assassinat en 1877 du chef de guerre des derniers Sioux rebelles Crazy Horse, Washington décide de nommer dans le Dakota du Sud le jeune docteur Valentine McGillycuddy comme agent indien de l’agence des Sioux oglalas, bientôt rebaptisée réserve de Pine Ridge.

L’homme, honnête et sans détours, va connaître les pires années de sa carrière au service du gouvernement. Ses nouvelles fonctions vont le confronter au chef oglala Red Cloud, une forte personnalité, retors, autoritaire, à l’esprit insaisissable et dont le pouvoir et l’ascendant sur les siens, que les Blancs pensaient briser après son enfermement dans la réserve, demeurent plus fort, que jamais.

Dans un style envoûtant, convaincant de par l’exactitude des faits, l’authenticité des personnages, O’Brien décrit minutieusement les circonstances de la politique et des tensions des premiers jours de la réserve, au moment où McGillycuddy, le fonctionnaire qui fit l’objet du plus grand nombre d’enquêtes en Amérique, presse les Sioux d’adopter une économie agricole.

Le jeune agent va en effet devoir affronter, outre la corruption et les prébendes, une opposition larvée, parfois rude et menaçante qui va pendant plusieurs années le mettre dans une position difficile vis-à-vis de ses collègues du bureau de Pine Ridge, des rares Indiens qui se sont mis de son côté, et du gouvernement dont l’un des enjeux des prochaines élections présidentielles concerne la politique du ministère de la Guerre quant à l’administration des réserves indiennes et notamment l’aigu problème sioux que pose Red Cloud à Washington.

Le face-à-face entre les deux hommes restera unique dans l’histoire d’un agent de réserve et son dénouement s’achèvera dans un déchirement qui incarnera à jamais le terrible symbole de la tragédie des Grandes Plaines d’Amérique.

Critique :
Ce roman historique parle d’une réalité que l’auteur a romancée.

Valentine McGillycuddy a réellement existé et il se destinait à une carrière de médecin dans l’armée.

Mais le gouvernement lui proposa d’occuper le poste d’agent dans la toute nouvelle réserve de Pine Ridge où étaient stationnés les Sioux et notamment Red Cloud.

Pas le poste le plus facile. Pourtant, Valentine est un homme honnête et droit, pas un magouilleur comme le furent bon nombre d’agent Indien chargé de l’intendance des réserves.

Ce roman nous plonge dans une partie de l’Histoire des États-Unis, pas la plus glorieuse puisqu’elle concerne des êtres humains placés dans des réserves et sommés de ne pas en partir, tant pis si les conditions de vie y sont misérables et à l’opposé de leur mode de vie.

Nous sommes dans un contexte pas facile non plus : Crazy Horse a été assassiné, Sitting Bull résiste encore toujours et Red Cloud est dans la réserve de Pine Ridge et ses rapports avec Valentine sont de l’ordre du bras de fer car si notre homme est incorruptible, il a l’idée folle de transformer les Indiens en brave petits fermiers cultivant leur terres.

Passer de chasseurs-cueilleurs à agriculteurs, ça ne se fait pas en quelques jours et il est difficile de faire plier des gens contre leur gré.

Ce roman, je voulais le découvrir depuis longtemps, hélas, je n’ai pas vraiment vibré avec l’écriture de l’auteur, le récit a été long et laborieux et pour ce qui est des émotions ressenties, ce ne fut pas le feu d’artifice, ni même un pétard, sauf mouillé.

Un comble vu que je me trouvais confrontée à un peuple qui crève de misère, privé de son moyen de subsistance qu’est le bison, vu comme des sauvages par les Blancs ou, au mieux, comme des enfants. Peuple qu’on a placé sur des terres infertiles, sauvages, ou rien ne pousse et où il fut défait de sa dignité. Les vibrations auraient dû être telluriques. Et rien…

Je retiendrai de cette lecture le fonctionnement des réserves, la corruption, les détournements des rations, la famine, l’indignité et le bras de fer entre deux hommes fiers, que tout oppose, notamment la vision des choses puisqu’ils ont chacun un idéal  et leur propre vision du futur indien.

Personne n’est tout à fait bon, personne n’est tout à fait méchant, mais chacun prêche pour sa chapelle et son peuple. Sans jamais prendre parti pour l’un ou pour l’autre, l’auteur nous livre un récit où les manigances politiques, culturelles et les coups-bas sont monnaie courante entre des adversaires.

Ce qui aurait dû être pour moi, une magnifique immersion dans les coulisses des réserves, du pouvoir politique des Blancs et des Indiens, s’est soldé par une déception littéraire. Et pour la nation Indienne, elle s’est soldée par le massacre du 29 décembre 1890, à Wounded Knee (Dakota du Sud).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°45] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Blueberry – Tome 07 – Le cheval de fer : Jean-Michel Charlier et Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 07 – Le cheval de fer

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1986)

Résumé :
Une compagnie voulant construire une ligne de chemin de fer traversant le pays est confrontée à la menace des tribus Sioux et Cheyenne.

Critique :
Ça ne vous dit rien, cette histoire de deux compagnies de train rivales, d’un côté l’Union Pacific et de l’autre, la Central Pacific, qui se sont lancées dans un gigantesque chantier : relier l’ouest à l’Est en train !

Pour cela, il faut construire par une voie ferrée d’un côté à l’autre du pays.

Mais oui, c’est l’album 9 de Lucky Luke : Des rails sur la prairie !

Sauf que ne sommes pas chez le héros qui tire plus vite que son ombre mais chez Blueberry et que lui, sa spécialité, c’est se foutre dans les emmerdes jusqu’au cou !

L’Union Pacific est dirigée par le général Dodge (celui qui cassa la nez de Blueberry dans « Double jeu ») et il fait appel à Blueberry car le général craint les attaques que pourraient mener les Cheyennes et les Sioux car ils se préparent à entrer sur leurs territoires de chasse.

C’est un album aux dessins superbes de Giraud foisonne de détails de ce qu’était la vie en ce temps-là (1866) lors de la construction d’une voie de chemin de fer de cette ampleur : saloons, tripots, prostituées, travailleurs dépensant leur solde en alcool et haine du Peau-Rouge.

Le scénario n’est pas en reste avec Charlier qui développe une histoire aux ramifications politiques et qui n’auraient pas déplu à Machiavel puisque Jethro Steelfingers divise pour faire régner puisqu’il roule pour la concurrence, à savoir, la Central Pacific (mais personne ne le sait).

La propagande est une fois de plus aux avants postes et comme d’autres l’ont fait avant lui et après lui, les fauteurs de troubles agissent dans l’ombre pour que les Indiens croient que ce sont les hommes du rail qui ont fait fuir les troupeaux de bisons et massacré leurs femmes et papoose dans leurs camps.

La colère gronde et les hommes du chemin de fer veulent bouffer du Rouge car le racisme est lui aussi de la partie. L’Homme Blanc a la langue fourchue comme celle du serpent et ils ont beau avoir touché la plume, les Blancs ne respectent pas ensuite leurs propres traités, méprisant les Indiens et remangeant leur parole.

Plus sombre et moins drôle que la version de Morris (Lucky Luke), les auteurs ont au moins le mérite de ne pas jouer sur les clichés concernant les Indiens en les transformant en alcooliques un peu benêts.

Les dessins sont réalistes et on a de quoi s’occuper avec les dialogues ou les explications de Charlier qui prend le temps de planter son décor et de nous raconter l’Histoire.

À noter que cet album est le premier d’un nouveau cycle qui en comptera 4 et que notre lieutenant Blueberry va encore cumuler les emmerdes plus vite que Jimmy MacClure ne collectionne les cuites au whisky !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°44]et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Six-coups – Tome 2 – Les marchands de plomb : Anne-Claire Thibault-Jouvray et Jérôme Jouvray

Titre : Six-coups – Tome 2 – Les marchands de plomb

Scénaristes : Anne-Claire Thibault-Jouvray et Jérôme Jouvray
Dessinateur : Jérôme Jouvray

Édition : Dupuis (2020)

Résumé :
Pauvre Eliot, déjà que son père le shérif l’oblige à porter un revolver du haut de ses 10 ans, le voici maintenant nommé adjoint et affublé d’une étoile.

Dans une ville où la moindre embrouille de saloon finit en duel, l’arrivée de monsieur Johnson met le feu aux poudres.

Ce riche armurier sans scrupules alimente la peur pour vendre sa camelote jusqu’à armer les enfants à l’école.

Une comédie western à la fois décalée et engagée pour réfléchir sur le problème des armes et de la violence.

Critique :
Comment parler du danger des armes à feu de manière amusante ?

Cette bédé y est arrivée avec brio, avec humour et sans que le lecteur ne s’embête car il y a du rythme et intelligent.

Les lobbys des armes sont prêts à tout pour vous en vendre et les auteurs nous le prouvent d’une manière très drôle, très simple, mais si juste.

Pas de manichéisme dans les deux camps (les pro et les contre), tout le monde aura la parole et pourra y aller de sa petite phrase assassine ou encourageante sur ce qu’il/elle pense des armes à feu.

Ce deuxième tome met en avant les femmes, ces épouses qui, pour leurs hommes doivent rester à leurs fourneaux et ne pas faire de vagues, ne pas se mêler des armes et surtout, ne pas gêner le commerce de monsieur Johnson qui vend des armes pour tout le monde et qui n’hésite pas à corrompre le maire ou le shérif.

Un récit dynamique, où le pauvre Eliot ne sait plus trop où donner de la tête, lui qui, à 10 ans, est obligé de porter un revolver parce que père, le shérif, l’oblige et qui, maintenant, est devenu adjoint et doit récupérer Albert le braqueur qui tente de s’évader…

C’est une bédé jeunesse mais qui aborde des thèmes pour les adultes là où les enfants ne verront que du burlesque. Double lecture.

Si vous voulez vous amuser un peu avec le marketing sauvage, les malversations, la corruption, le séduction, les magouilles afin de vous pousser à acheter des armes, les pendaisons publiques, la justice qui fait n’importe quoi, le shérif qui n’écoute jamais son fils, le women power, le tout sur un ton jamais moralisateur, n’hésitez plus !

Une chouette bédé western pour les plus jeunes mais pas que puisque les adultes peuvent la lire car sous le couvert du burlesque et de l’humour, les messages sont intelligents et bien mis en scène.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°43] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.