La chair du limier : Stéphane Belmont

Titre : La chair du limier

Auteur : Stéphane Belmont
Édition : Les Nouveaux auteurs Polar Historique (2012)

Résumé :
Paris. Juillet 1888. Un monstre sans visage éventre et mutile deux « fleurs de trottoir »dans le quartier Mouffetard, sans provoquer la moindre réaction des autorités.

Seul à pressentir, dans ce carnage, les prémisses d’une macabre série, l’inspecteur Jean Roche, adepte de nouvelles méthodes d’investigation criminelle, décide de mener son enquête, au nez et à la barbe de sa hiérarchie.

Une traque impitoyable s’engage alors entre le policier et le sanguinaire, du ventre de Paris jusqu’aux bas-fonds de Londres.

Critique :
Parfois, il est bon de persévérer… Je parle de moi et de la lecture de ce roman, pas de Jack L’Éventreur qui aurait fait ses armes à Paris (et ailleurs) avant d’aller à Londres.

Le postulat de départ est intéressant et ce roman n’a pas eu le prix Histoire par hasard car il est bien documenté, même si la scène du départ aurait pu se dérouler de nos jours (l’inspecteur qui fait de la course à pied).

Si le contexte historique est bien fourni sans pour autant déborder sur le récit en lui-même, j’ai ramé dans le début du roman, tant les situations et les dialogues me semblaient plats, sans saveur, sans profondeur.

Ajoutons à cela des personnages un peu fades ou caricaturaux, dont le pire fut l’inspecteur Roche, personnage principal, que j’ai détesté et qui n’est jamais remonté dans mon estime.

Roche est un gros égoïste ! Il le remarquera lui-même… Se disputant avec ses quelques rares amis (qui reviennent ensuite, les cons), il est toujours borderline, têtu, bougon, se morfondant sur son passé et ses erreurs, mais les reproduisant encore et toujours.

Non, franchement pas sympathique pour deux sous et malgré le fait qu’il aime être à la pointe des progrès de la science criminelle, pour le reste, c’est un bourrin à la limite de la caricature du flic torturé alcoolo qu’on croise un peu trop souvent en littérature et qui s’affranchi de toutes les règles. Harry Hole a plus d’épaisseur et de sympathie.

L’inspecteur Roche, lorsqu’il ira enquêter aux côtés de l’inspecteurs Abberline de Scotland Yard se paiera même le luxe de causer anglais sans accent… Heu ? Il a eu une nurse anglaise ou quoi ? Qu’il ait appris l’anglais lorsqu’il se battait aux côtés des Anglais en Chine, je le concède volontiers, mais sans accent ? Non.

Initialement sélectionné pour le Mois Anglais, j’ai dû le mettre de côté car il faut avoir dépasser la moitié du récit pour enfin mettre les pieds à Londres. Si l’enquête a pris son temps à Paris, on va aller un peu plus vite à Londres, Roche continuant de n’en faire qu’à sa tête, tabassant même un médecin ou assommant un flic pour pouvoir faire ce qu’il lui plait dans son enquête. T’es lourd, Roche !

Ce que je retiendrai de bon pour ce roman sera son contexte historique qui était très bien fait sans jamais devenir long et ennuyeux. On nous parle de médecine légale, d’anthropologie physique, de cadavres exposés à la morgue, du Bertillonnage, des empreintes digitales auxquelles peu de gens croient, de photographie… Instructif sans jamais être rébarbatif.

Le choix du langage aussi était une bonne chose car nos policiers parlent un mélange de français et d’argot, sans non plus en inonder le texte comme dans « Touchez pas au grisbi ». Pas besoin de chercher les mots dans le dico « Français-Argot », vous comprendrez tout.

Heureusement que les mauvaises impressions de platitude des dialogues du départ se sont estompées ensuite.

Les décors étaient grandeur nature car l’auteur a réussi, grâce à ses description bien ciblées, à nous donner la sensation que nous arpentions Paris ou Londres.

Hélas, les personnages ne m’ont pas vraiment emballé, surtout l’inspecteur Roche qui m’a profondément énervée et j’ai failli reposer le roman au tout début car j’avais trouvé les dialogues fort creux, sans saveur, sans émotions, sans épices…

Ma persévérance a payée, même si cette lecture restera avec l’étiquette « déception » affichée dessus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°294.

Le magicien de Whitechapel – Tome 2 – Vivre pour l’éternité : André Benn

Titre : Le magicien de Whitechapel – Tome 2 – Vivre pour l’éternité

Scénariste : André Benn
Dessinateur : André Benn

Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
Dans ce tome 2, l’illusionniste Jerrold Piccobello a les meilleurs tours dans son sac : l’immortalité et la compagnie du Diable !

Voyages en Europe par les chemins des cimetières, répétitions dans la chambre 69 des Enfers et, clou du spectacle, représentation à l’occasion du Jubilé de la Reine Victoria !

Mais chaque pièce a son revers, même si elle est truquée, et le maître des illusions sera toujours le Diable…

Critique :
Lorsque j’avais lu le premier tome, en juin 2019, ma curiosité avait été titillée et même si je n’avais pas d’affinités pour les dessins, je voulais lire la suite afin de savoir. J’ai mis un an à le faire.

Là, pour ma chronique, je suis bien embêtée car j’ai trouvé le scénario plat, qui partait dans tous les sens et l’immortalité de Jerod rend le récit sans suspense.

Effectivement, lorsqu’après un pacte avec le diable vous devenez immortel, faut se creuser la tête pour éviter de tourner en rond dans le récit.

Pourtant, lorsque j’ai lu les premières planches, même si je ne suis toujours pas fan des dessins, la suite me plaisait.

Jerod Piccobello testait son immortalité, découvrait, en compagnie du Diable, les raccourcis via les galeries souterraines de cimetières et jouait cinq lignes à une demi-mondaine. Et puis, c’est parti en… En ce que vous voulez !

L’épisode de Jerod et de sa poule, en Enfer, en compagnie de toutes les maîtresses du Diable est d’un goût limite et n’apporte rien à l’histoire. Entre nous, je me fiche de connaître les pratiques sexuelles du Diable, la taille de sa queue et sa dureté.

Quand au spectacle final pour le jubilé de Victoria, j’ai trouvé ça glauque.

Le tome 3 ne mettra pas un an à être lu, il ne le sera jamais, c’est encore plus simple. Rien ne justifie que j’aille au-delà de ce tome.

La série « Lincoln » parlait elle aussi d’immortalité, mais elle était drôle et n’a jamais tourné en rond comme ici.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°293.

 

 

 

Burton & Swinburne – T01 – L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack : Mark Hodder

Titre : Burton & Swinburne – T01 – L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack

Auteur : Mark Hodder
Édition : Bragelonne Steampunk (2013)
Édition Originale : Burton & Swinburne, book 1: The Strange Affair of Spring Heeled Jack (2010)
Traduction :

Résumé :
Londres,1861

Sir Richard Francis Burton
Un grand explorateur et un érudit de talent. Sa réputation a été salie et sa carrière ruinée. Il est dans de sales draps.

Algernon Charles Swinburne
Un jeune poète prometteur et avide de sensations fortes, disciple du marquis de Sade. Le cognac causera sa perte. C’est le cadet de ses soucis.

Les deux hommes sont au cœur d’un empire déchiré par les conflits. D’extraordinaires machines envahissent un monde soumis à des lois des plus répressives. Tandis que certains défendent une société fondée sur le génie créateur, d’autres repoussent les limites de la conscience en ayant recours aux drogues, à la magie et à l’anarchie.

Lorsque des loups-garous terrorisent l’East End londonien et que des jeunes filles deviennent la proie d’une effroyable créature nommée Spring Heeled Jack, le duo n’a plus d’autre choix que d’agir. Au plus vite.

Tous deux se trouvent confrontés à l’un des événements les plus décisifs de cette époque. Mais la pire de leurs découvertes pourrait bien provoquer la fin du monde tel qu’ils le connaissent…

Quand une poignée d’hommes change l’Histoire, l’Histoire change tous les autres.

Critique :
Ça, c’est du steampunk digne de ce nom ! Moi qui me plaignais de ne pas avoir eu mon compte avec « Cuits à point », voilà que ce roman m’en offre à toutes les pages.

Des machines volantes, des fiacres à vapeur, des chevaux démesurés, un smog noir comme de la suie, des lévriers qui portent le courrier, des perroquets qui délivrent des messages vocaux (ils ajoutent aussi des insultes allant de bouffon à va enfiler une chèvre)…

Ce Londres n’est pas ordinaire car il est sous la coupe des Technologistes, des Libertins, des Débauchés et des Eugénistes.

Les Technologistes vous inventent des tas d’appareils aussi fous les uns que les autres (la chaise volante, des vélos vapeurs) et les Eugénistes jouent à science sans conscience en créant des monstruosités mi-animale, mi-homme ou en changeant la nature des animaux (les perroquets qui délivrent des messages). Je me contenterai du Chat Spoussière qui semble être une invention magnifique.

Économisez l’huile de coude avec le CHAT SPOUSSIÈRE. Ce magnifique animal d’intérieur au long pelage est un compagnon affectueux, conçu pour satisfaire vos besoins. Il se comporte comme le ferait n’importe quel félin domestique, MAIS EN PLUS Quatre fois par jour, votre Chat Spoussière arpentera les moindres recoins du sol de votre maison et son long pelage de conception unique ramassera poussière et saleté. L’animal se léchera ensuite afin de se nettoyer et il digérera toutes les impuretés absorbées. LE CHAT SPOUSSIÈRE GARDE VOS SOLS IMMACULÉS ! Disponible en blanc, noir, tigré, gris-bleu ou écaille de tortue. De nouveaux coloris sont en préparation.

La première partie du récit (et la troisième) est consacrée au récit de Sir Richard Francis Burton et de l’enquête complètement folle (et super dangereuse) qu’il va mener seul, traquant Spring Helled Jack, avant de s’adjoindre les services de Algernon Swinburne, disciple du marquis de Sade (fessez-le, il adore ça. Fouettez-lui les fesses et il sera aux anges) et totalement barré.

Les duos, ça marche ou ça foire et dans ce cas-ci, ça marche du tonnerre de dieu. D’ailleurs, j’ai regretté que l’on n’ait pas droit à plus de Swinburne car ce personnage est décalé, drôle, fou, déjanté.

Le grand inconnu observa Burton.
— Nom de nom ! vous revenez de la guerre ? Vous êtes tombé dans un escalier ?
— En effet, intervint Swinburne en croisant les jambes. Dans l’escalier d’un bordel.
— Dieu du ciel !
— Ils l’ont jeté dehors, poursuivit le poète. Ils ont prétendu qu’il avait des goûts trop exotiques.
— Ér… Érotiques ? bafouilla l’homme.
— Non. Exotiques. Je suis certain que vous connaissez la signification de ce mot.
Swinburne fit un bruit qui évoquait le sifflement d’une canne dans l’air.
— Euh… bien sûr. Bien sûr que je le connais.
Burton esquissa un sourire féroce. On aurait dit le diable en personne.
— Algy, espèce d’idiot ! souffla-t-il.
L’inconnu se racla la gorge une, deux puis trois fois avant de reprendre la parole.
— Éro… je veux dire exotique, hein ? Ça alors ! Ben, dites donc ! Taïaut !
— Connaissez-vous le Kama Sutra de Vatsyayana17 ? lui demanda Swinburne.
— Le… euh… Ka… Kama…
— C’est un ouvrage qui vous guide à travers l’art de faire l’amour. Ce monsieur vient d’en entreprendre la traduction à partir de l’original écrit en sanscrit.
— La… la… l’art de f…
L’homme déglutit avec un bruit de gorge.

Si Burton a tout d’un Bud Spencer pour la carrure et le maniement des poings, dans le rôle de Swinburne, je verrai bien le mignon Q de James Bond : Ben Whishaw, même si sa chevelure n’est pas rousse.

La deuxième partie du récit est de Spring Helled Jack et va apporter les éclairages nécessaires aux énigmes qui parsème la première partie.

Là, on va tout comprendre. Entrer dans les pensées de Spring Helled Jack, connaître le mobile de toutes ces agressions de jeunes filles, nous donnera de l’empathie pour ce personnage qui a sombré du côté super obscur de la Force.

Pas de manichéisme, tout le monde n’est pas tout blanc ou tout noir et nous avons une multitude de nuances dans les personnages.

N’oublions pas que la plupart des personnages de ce roman ne sont pas fictifs mais ont réellement existé (Burton, Swinburne, Oscar Wilde, John Hanning Speke, Laurence Oliphant, Richard Monckton Milnes, Isambard Kingdom Brunel, Florence Nightingale et Henry de La Poer Beresford), même si ce qui leur arrive dans ce roman est fictif.

Ce roman de steampunk fantastique et uchronique (ben oui, Victoria a régné sur l’Angleterre et n’est pas morte assassinée) est tout simplement DÉJANTÉ ! Tout en étant parfaitement maîtrisé, le scénario est bourré de rebondissements, de questionnements, de mystère, de suspense, d’aller et retour dans la ligne du temps et jamais on ne se perd.

La société victorienne qui ne l’est pas (Victoria est morte jeune, assassinée à la JFK, suivez nom d’une pipe) est décrite dans ses moindres recoins. Mention spéciale à la fumée noire qui salope tout et qu’on ne voudrait pas respirer…

Nous avons beau être à l’ère des machines à vapeur, des fauteuils volants, des loups-garous et des chats aspirateur, pour le reste, elle est telle que nous la connaissons avec son clivage entre les classes sociales, ses quartiers pauvres, son Whitechapel, ses coins mal famés, ses enfants qui bossent dur, ses pubs, les confrérie selon les métiers.

Oui, c’est un roman déjanté, fou, atypique mais tout est à sa place et si on se laisse entraîner dans ce monde de machines à vapeur, de loups-garous et autres trucs louches, je vous garantis que le plaisir littéraire sera au rendez-vous et que ces 504 pages seront vite dévorées sans que vous voyez le temps passer.

Chaque fois que nous sommes confrontés à un choix, ce qui arrive chaque minute de chaque jour, nous prenons une décision et nous en subissons les conséquences dans le futur. Mais que deviennent les choix que nous avons écartés ? Sont-ils comparables à des portes restées closes ? Mènent-ils à des avenirs parallèles ? Dans quelle mesure notre présent serait-il différent si nous pouvions, une fois seulement, revenir en arrière et ouvrir la porte A au lieu de la porte B ?
(Henry de La Poer Beresford)

— La société ne veut pas d’hommes en harmonie avec leur nature profonde, mais des citoyens modelés selon ses désirs. Des esclaves obéissants.

— Dieu du ciel ! cette affaire est vraiment trop étrange ! Que s’est-il passé dans le bois ?
— Il m’a raconté des choses sans queue ni tête. Il a dit que j’appartenais à l’époque victorienne.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
— Je n’en ai pas la moindre idée, mais je suppose qu’il y a un lien avec le nom de notre défunte reine. Il a dit que si nous l’empêchions de faire ce qu’il à faire, tout resterait ainsi. Il a dit qu’il avait besoin de réparer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°291 et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°23]

Moriarty – Le chien des d’Urberville : Kim Newman

Titre : Moriarty – Le chien des d’Urberville

Auteur : Kim Newman
Édition : Bragelonne (2015) / Livre de Poche (2017)
Édition Originale : Professor Moriarty – The Hound of the D’Urbervilles (2011)
Traducteur : Leslie Damant-Jeandel

Résumé :
Imaginez les jumeaux maléfiques de Sherlock Holmes et du docteur Watson, et vous obtiendrez le redoutable duo formé par le professeur James Moriarty, serpent rusé d’une intelligence remarquable, aussi cruel qu’imprévisible, et le colonel Moran, violent et libertin.

Ensemble, ils règnent sur Londres en maîtres du crime, défiant police et hors-la-loi.

Quelle que soit leur mission, du meurtre au cambriolage de haut vol, Moriarty et Moran accueillent un flot de visiteurs malfaisants, dont une certaine Irène Adler…

Critique :
Vous prenez la rencontre mythique entre Holmes et Watson, par l’entremise de Stamford, mais en version « Moriarty/Moran » et vous comprendrez que ce que vous tenez entre vos mains est inhabituel.

Vous lirez « Une étude en rouge », avec une partie des protagonistes du roman, l’histoire sera différente, avec des similitudes, mais adaptée pour le duo maléfique.

Irene Adler n’est plus La Femme, mais La Salope et le chien des Baskerville est rouge sang, et c’est devenu celui des d’Urberville…

Là j’en entends déjà qui grognent que reprendre les histoires déjà écrites, connues et juste la mettre à la sauce Moriarty/Moran, c’est facile.

Et bien non, ce n’est pas vraiment ainsi que cela se déroule car l’auteur a tout de même pris la peine de modifier les scénarios et même carrément toute l’histoire, comme dans celle qui concerne des Martiens et qui ne parlera qu’en filigrane de John Clay et de la succursale Coburg de la Banque de la City…

En lisant les carnets du colonel Moran, on se rend compte de plusieurs choses : il a de l’humour, est un utilisateur de femmes, un fanfaron (au lit et on ne peut vérifier ses dires) et en plus d’être une fine gâchette, c’est un aventurier.

Moriarty est bien présent, avec sa toile criminelle, son rire qui tue les pigeons aux alentours, son dodelinement de tête tel un cobra et son ego démesuré.

Évidemment, lorsqu’on suit des histoires présentées par des méchants, ils considèrent les gentils comme des crétins, des petits lapinous juste bon à tirer à la sortie du terrier.

Anybref, tout allait bien dans le meilleur des mondes pour moi, les références aux enquêtes de Holmes étaient présents, mais détournées et bien détournées.

Hélas, parce qu’il y en a un, à un moment donné, le bel édifice s’est écroulé, les histoires qui étaient amusantes, bien présentées ont commencé à devenir laborieuses pour les 3 dernières et c’est avec la lenteur d’un escargot que je les ai terminées, sautant allègrement des paragraphes entiers pour terminer le livre.

Quelle disparité de niveau entre les premières histoires et les 3 dernières ! Entre celles bourrées d’humour, de petites phrases humoristiques ou cyniques du colonel Moran, on passe à des histoires poussives dont on à l’impression qu’on les a tirées en longueur pour remplir le roman.

Le pire fut pour la dernière histoire qui concerne le dernier problème où on a l’impression que l’auteur s’est cassé le cul pour nous offrir une aventure soporifique, chiante, lourde et loin de ce que l’on aurait pu espérer en la suivant du point de vue de Moriarty et du Colonel Moran.

Le début était prometteur et l’auteur n’a pas su conclure avec panache puisqu’il a débandé à la moitié de l’ouvrage ce qui est plus rageant que le contraire (commencer mou et finir en beauté) car j’avais l’espoir de le terminer avec bien plus d’étoiles dans les yeux et dans sa cotation.

PS : c’est le coeur gros que je dis au revoir au Mois Anglais édition 2020 car ceci était ma dernière fiche. Merci aux organisatrices qui peuvent maintenant aller se reposer, je vais entrer en hibernation ! mdr

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°290, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°22] et le Challenge Pavévasion – Saison 2 chez Mez Brizées [Lecture N°05 – 704 pages en version LP].

Cuits à point : Élodie Serrano

Titre : Cuits à point

Auteur : Élodie Serrano
Édition : ActuSF Bad Wolf (21/02/2020)

Résumé :
Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels.

Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Critique :
Gauthier Guillet, français pédant, imbu de lui même et Anna Cargali, la veuve italienne qui est son associée (même s’il l’oublie souvent), sont des démystificateurs.

Quésaco ? En fait, nos deux associés parcourent la France pour démystifier des phénomènes surnaturels.

Vous avez des fantômes chez vous ? Un esprit frappeur ? Une goule ? Allez hop, l’entreprise Guillet-Cargali va venir régler tout ça.

Attention, pas à la manière de « S.O.S Fantômes » ou de « Aux frontière du réel » car les fantômes, les esprits frappeurs, bref, le surnaturel, ça n’existe pas (désolé Mulder) !

C’est pour cela qu’on les appelle des démystificateurs. Faut pas le prendre pour des cons et leur faire prendre une escroquerie pour des esprits frappeurs. Non, la vérité n’est pas ailleurs.

Là, ils sont appelé à Londres par la chambre des Lords car il y règne une température peu habituelle : c’est la canicule alors que nous sommes en hiver ! Oui, il y a un phénomène bizarre dans la ville de Sherlock Holmes.

Maintenant, cette température est-il surnaturelle comme le pense Anton Lloyd, le démystificateur Anglais ou provoquée par une machine comme le soutient Gauthier ?

Anton Lloyd a tout d’un Fox Mulder : il croit au surnaturel, aux sorcières, aux dragons, aux farfadets… Le surnaturel, il l’a croisé dans son métier. Gauthier nous la jouera pire que Scully puisque, même face au surnaturel, il continue de jurer que c’est faux, jusqu’au boutisme.

Du steampunk, je n’en lis pas assez, alors que j’apprécie l’univers, quand il est bien décrit et qu’on a profusion de machines à vapeur.

Hélas, je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être dans un univers steampunk, comme j’avais pu le ressentir dans « Les enquêtes extraordinaires de Newbury & Hobbes – Les revenants de Whitechapel ». Hormis quelques allusions à des dirigeables ou à une machinerie sous Londres qui augmenterait la température, pour le reste, nous étions plus face un univers fantastique que steampunk.

Si l’histoire ne manque ni de rythme, ni d’action, si les scènes sont très visuelles, c’est l’épaisseur des personnages qui a souffert du format en 283 pages. Tous manque un peu d’approfondissement et leur caractère reste immuable au fil des pages.

Gauthier est têtu comme une mule et d’une mauvaise foi qui frise l’imbécillité, sans oublier le fait qu’il considère sa partenaire de boulot comme tout homme de l’époque victorienne considérait les femmes. Bref, il est détestable, bougon et n’évolue guère.

Anna, Anton et sa nièce Maggie sont plus sympathiques mais trop légers, ils ne nous marqueront pas durablement. Ils sont presque des caricatures. Anton, en opposition à Gauthier, est très permissif et ouvert d’esprit mais très fade. Idem au niveau des deux personnages féminins qui veulent toutes les deux échapper au dictat masculin de l’époque et réussissent à le faire.

L’intrigue est assez légère, facile à lire, possède du suspense et du mystère, mais il s’effondre à la moitié du roman, lorsque nos personnages découvrent l’origine du réchauffement climatique de Londres et là, nous basculons alors en action pure et en couse-poursuite très visuelles.

Lorsque le vin est tiré, il faut le boire et ici, il faut tenter de canaliser le gros problème climatique, si je puis dire.

Si le décor de Londres passe parfois un peu à la trappe, les conditions sociales qui régissaient la population sont présentes, notamment avec la séparation des classes, la place de la femme dans la société (aux fourneaux, à la rue ou dans un salon de thé et on est priée de faire des gosses), le prolétariat prié de bosser alors que le patronat est déconnecté de la réalité de travail, les Lords de la chambre qui sont des vendus.

Bon, pas de quoi en faire un roman noir, mais au moins, c’était présent !

C’est un roman plus fantastique que steampunk, avec de l’action, qui se lit assez vite, facilement, auquel je reprocherai des personnages un peu trop caricaturaux, manquant de profondeur, n’évoluant guère au fil de l’aventure. Toutes les bourdes qu’on pouvait faire, ils les ont faites et la chambre des Lords fera la suite.

Un roman sympathique à lire juste pour le plaisir de se détendre l’esprit, ce qui, de temps en temps, fait énormément de bien. Une sorte de pause rafraîchissante, sans prise de tête, de quoi passer un après-midi avec les doigts de pieds en éventail. Il se lit très vite mais hélas, s’oubliera vite aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°287, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°20].

Jack l’Éventreur, les morts : André-François Ruaud et Julien Bétan

Titre : Jack l’Éventreur, les morts

Auteurs : André-François Ruaud et Julien Bétan
Édition : Les Moutons Electriques La bibliothèque rouge (2014)

Résumé :
D’août à décembre 1888, une série de meurtres de femmes ensanglanta l’East End de Londres. Bientôt, la presse s’empara du sujet et des lettres d’origine suspecte revendiquèrent les crimes au nom de Jack l’Éventreur. Un mythe était né.

Stupéfiant paradoxe que celui de crimes bien réels mais commis par un criminel fictif !

Jack l’Éventreur hante l’imaginaire, croisant la route de Sherlock Holmes et de l’Homme-éléphant, fructifiant dans la fiction policière comme au cinéma.

Plus de 125 ans après les crimes de Whitechapel, une plongée minutieuse dans les terreurs du Londres victorien, sur les traces d’une des plus grandes figures du Mal.

Critique :
Des théories sur l’identité de Jack The Ripper, j’en ai lu de toutes les sortes : des farfelues, des capillotractées, des dirigées, des plus sérieuses, des intéressantes, des intrigantes, des complotistes, des abusées, des holmésiennes…

Mais celle d’un criminel appartenant à la légende urbaine, on ne me l’avait pas encore faite !

Les auteurs, avant de nous parler des crimes vont nous faire visiter Londres, mais attention, pas celle des jolies cartes postales, pas celle des beaux quartiers : l’East End, le négatif du West End.

La misère, la crasse, le dénuement, la pauvreté, les conditions de travail inhumaines, bref, l’East End. On ajoutera une dose de smog, celui qui puait fort et qui tua bien des gens et le décor plus vrai que nature est planté.

Notons que les nuits des différents meurtres, il n’y avait pas de brouillard ! Ni de haut-de-forme dans les témoignages…

Petit inconvénient lorsque, sur le même mois, on a lu « London Noir », « Sherlock Holmes une vie » et qu’on enchaîne avec « Jack L’Éventreur, les morts », c’est qu’on retrouve des redites. Oui, des copiés-collés qui se trouvaient dans les autres ouvrages, notamment dans celui consacré à Londres ou Holmes.

Pas de plagiat puisque c’est le même auteur, mais ça donne cette horrible impression de déjà-lu. Bon, voyons le bon côté de la chose, à force de lire les même infos, je pourrais les retenir dans ma mémoire passoire.

C’est une étude complète et copieuse que les auteurs nous proposent car ils ne se contentent pas d’égrainer les dates, les lieux, noms des victimes mais ils dissèquent aussi la société victorienne et Londres.

L’autopsie est puante mais ça vaut le coup d’y mettre son nez afin de ne pas aller se coucher bête. Beaucoup de sujets passeront sur la table : les docks, la politique, les débuts de la police (son Histoire), le climat, l’industrie, la prostitution, la misère, le tueur au torse, la presse qui cherche le scoop…

Pour ceux qui aiment voir le Londres victorien sous un autre visage que celui du thé et des scones, c’est le pied.

Ensuite, maintenant que le décor est planté et que vous en savez plus sur l’East End, on va commencer à vous parler des victimes de 1888 en commençant par Emma Smith, juste avant Martha Tabram. Il est à noter qu’elles ne font pas partie des victimes canoniques mais il faut en tenir compte quand même.

Notez aussi que les auteurs ne vous proposeront pas un nom à la fin de leur ouvrage ! Mais le florilège des suspects est bien présent et les théories loufoques et farfelues seront passées au crible rapidement.

Leur but est de faire la biographie d’une grande figure populaire mythique, en dégageant les grands faites d’une vie de la gangue de la fiction. En essayant, comme pour leur autres ouvrages, de révéler une présence derrière le mythe littéraire, ils n’ont pu découvrir qu’une terrifiante absence.

Une fois de plus, c’est un ouvrage copieux qui se lit sur plusieurs jours, mais pas de trop car c’est addictif, sans pour autant avoir un scénario puisqu’il s’agit d’une étude. Peut-être devrait-il publier « Comment rendre des études intéressantes et addictives pour les lecteurs » pour en inspirer certains.

Un excellent ouvrage qui traînait depuis trop longtemps sur mes étagères et une fois de plus, shame on me car là, cet ouvrage va dans le trio de tête, aux côtés du « Le livre rouge de Jack L’éventreur » de Bourgouin (la polémique sur l’auteur et ses mensonges et un autre débat) et de « Jack l’éventreur démasqué – L’enquête définitive » de Sophie Herfort (la partie Historique consacrée aux meurtres, pour sa théorie, on valide ou pas).

PS : je n’ai pas pu découvrir pourquoi dans les autres ouvrages, l’auteur transformait le nom de Mary-Ann Nichols en Mary-Ann Nicholson.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°271 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Les Moutons Electriques Hélios (2018) – 176 pages (version poche)

 

Jack l’Éventreur, le secret de Clifford Harrington : Patrice Dumas

Titre : Jack l’Éventreur, le secret de Clifford Harrington

Auteur : Patrice Dumas
Édition : Autoédité (07/08/2019)

Résumé :
En 1888, Clifford Harrington, sergent de la police londonienne, enquêta secrètement sur les meurtres de Whitechapel. La révélation de son journal, caché pendant plus d’un siècle, balaye toutes les théories.

Jack l’Éventreur, le secret de Clifford Harrington, n’est pas un énième livre consacré à l’affaire sordide qui enflamma Londres à la fin du XIXe siècle…

Il est le seul à avoir été écrit au moment des faits.

Suivez l’enquête de Clifford Harrington, jeune sergent dont les conclusions, en 1888, firent vaciller Scotland Yard.

Critique :
Encore un Xème roman fiction sur Jack The Ripper, pourrait-on dire.

Effectivement, il en existe une pléthore, de toutes les qualités littéraires que l’on peut imaginer.

Sans être dans le haut du panier, ce polar fiction sort pourtant du lot et au regard de tout ce que j’ai lu comme romans fictions sur Jack, celui-ci est dans le peloton de tête.

Une écriture qui n’essaie pas de faire de l’humour, pas d’utilisations de phrases neuneu, mais un texte fluide, simple, sans chichis, juste comme il faut.

Une intrigue qui commence en 1934, à une vente aux enchères et le jeune journaliste Ewan McNamara y acquiert une bibliothèque fin XIXème et dans la partie basse se trouvent des livres, dont un manuscrit datant de 1888, écrit par le sergent Sergent Clifford Harrington de la fameuse Division H de Whitechapel…

Une bibliothèque fin XIXe, en bon état. En haut, un rayonnage avec quatre tablettes ; en dessous, un rangement fermé par deux portes ornées de motifs floraux en bois de rose, citronnier, et ébène. Les livres figurant dans la partie basse sont cédés avec le lot. Estimation : de 20 à 30 guinées.

Le récit du sergent est tellement intéressant que j’en ai oublié totalement que c’était le jeune Ewan qui lisait ce manuscrit au coin du feu. Lorsqu’on est revenue en 1934, mon jet lag fut violent.

L’auteur réussi la gageure de « transplaner » son lecteur en 1888, dans les bas-fonds de Whitechapel, au cœur des crimes sordides. Une flopée de personnages historiques se pressent dans ces pages mais c’est le sergent Harrington qui sera le plus important.

Le récit de son enquête sur les crimes est prenant. À un moment donné, j’ai pensé que l’auteur voulait faire de l’augmentation de pages en consacrant une partie du récit à l’enquête du sergent Harrington sur le meurtre du prêteur sur gages, Samuel Boyd.

Aucun rapport dans l’affaire de Jack mais l’enquête était intéressante, bien faite. Puis, en avançant dans ma lecture, je me suis rendue compte que (shame on me) cette enquête n’était pas là « juste » pour augmenter les pages du roman. Au temps pour moi.

Par contre, désolée monsieur l’auteur, mais mon esprit est pervers et c’était trop facile, trop visible de deviner l’identité de Jack…

Si je n’ai pas deviné l’identité du coupable pour le meurtre de Samuel Boyd, en ce qui concerne l’identité de Jack, j’avais hésité entre deux personnes, puis une phrase m’a mise sur la voie et j’ai de suite trouvé qui c’était. Mince, ça gâche le plaisir.

Un bémol, j’ai trouvé le mobile que le coupable sert au sergent un peu léger (je préfère l’hypothèse de crimes « juste pour tuer » pour Jack), la théorie avancée par l’auteur n’est pas sans fondement, est logique et ma foi, pourquoi pas ?

Avant, j’aurais sans doute refusé cette théorie (Scotland Yard en rit, lui) mais au fur et à mesure de ce que je lis sur les meurtres de Whitechapel, elle devient une hypothèse sensée (mais pas qu’elle). En revanche, carton rouge sur le brouillard ajouté car j’ai toujours lu qu’il n’y en avait jamais eu, les nuits des crimes de Jack.

— J’étais passé une demi-heure avant, à l’endroit où j’ai découvert le cadavre, sans croiser personne. Il n’y avait pas âme qui vive dans le secteur. Il faut dire qu’avec le brouillard, on n’y voyait goutte.

On ne révolutionnera pas la fiction sur Jack The Ripper (la réalité la dépassera toujours) mais au moins, l’auteur a respecté les faits, les lieux, les personnages réels tout en créant d’autres qui étaient attachants.

Son hypothèse sur l’assassin n’est pas dénuée de sens et elle permet d’expliquer le pourquoi du comment on ne l’a jamais attrapé malgré que tout Whitechapel était à sa recherche.

Pour ma part, j’en ai une autre que j’apprécie beaucoup et qui pourrait expliquer aussi certaines choses.

Un roman qui se lit d’une seule traite, avec une tasse de thé ou un whisky…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°268 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Une histoire illustrée de Sherlock Holmes – T04 – La vallée de la peur : Ian Edginton et Ian Culbard

Titre : Une histoire illustrée de Sherlock Holmes – T4 – La vallée de la peur

Scénariste : Ian Edginton
Dessinateur : Ian Culbard

Édition : Akileos (30/05/2011)

Résumé :
Sherlock Holmes est intrigué et troublé par la réception d’un message inquiétant : M. Douglas de Birlstone House est en danger.

Avant qu’il ne puisse agir, une nouvelle choquante arrive. Douglas a été trouvé mort, le visage effacé par un fusil de chasse. Scotland Yard est perplexe.

S’agit-il d’un cas de suicide ou d’un assassinat ?

Pour Holmes la réponse ne fait aucun doute quand il reconnaît la carte de visite de son ennemi juré: le professeur James Moriarty…

Critique :
On a beau me dire que « The valley of fear » est un roman noir, entre lui et moi, ce ne sera jamais le grand amour.

La preuve en est que c’est le roman canonique que j’ai le moins relu !

Lu une première fois lorsque je l’avais acheté (j’avais 12/13 ans) et relu pour les besoins du Mois Anglais de Juin 2013 (j’avais la trentaine).

Et entre les deux ? Le néant !

Pourquoi ce désamour du roman ?

Pour plusieurs choses dont l’une est cette absence de logique totale chez Conan Doyle.

Souvenez-vous, dans « The Final Problem », Holmes parlait à Watson du Napoléon du crime : Moriarty. Watson le découvrait en même temps que nous car il n’avait jamais eu vent de l’existence de Moriarty, le génie du mal.

Puis, Holmes se battit avec Moriarty aux chutes de Reichenbach et ils y moururent tous les deux, avant que l’on apprenne que Holmes n’avait pas chu dans les chutes.

Chronologiquement parlant, « The Final Problem » se déroule APRÈS « The valley of fear » (même si l’ordre de parution est inversé).

Là où le bât blesse, c’est que ici, dans « The valley of fear », Watson connait Moriarty, alors que dans « The Final Problem » qui se déroule après, c’est pour lui un inconnu. Donc, avant tu le connais et ensuite, tu l’connais plus ?? Alzheimer mon cher Watson ?

Conan Doyle, en voulant légitimer son Grand Méchant Moriarty que nous avions si peu vu dans « The Final Problem », s’est pris les pieds dans le tapis en nous donnant l’impression que Watson souffrait d’amnésie lorsque Holmes lui en parla dans « The Final Problem » puisque notre brave docteur ne le connaissait point, alors qu’il était sensé en avoir entendu parler dans « The valley of fear » !!!

Vous suivez toujours ?

Pire, dans « The valley of fear », Holmes nous parle qu’il y a la patte de Moriarty dans le meurtre qu’il est chargé de résoudre mais ensuite, on ne verra même pas l’ombre de l’ombre de la main du chien de Moriarty ! On en parlera un peu à la fin du roman, à la va-vite, Holmes reconnaissant la méthode du Napoléon du crime pour se débarrasser d’une personne.

Hé oh ? On ne se foutrait pas un peu du monde, là ?? Le 4ème t’annonce monts et merveilles et ensuite, ça fait pchitttttt…. On te parle de Moriarty et tu ne le vois pas ? On te balance son nom à la fin, comme si dans le feu de l’écriture, Conan Doyle avait oublié de le mettre en scène et, remarquant cela en posant le mot « FIN », avait vite gribouillé pour qu’on parle un peu de lui.

Donc oui, lors de ma première lecture, j’avais été déçue de ne pas avoir eu plus de Moriarty et je m’étais collée une migraine carabinée en tentant de comprendre le pourquoi de l’erreur.

En ce temps-là, pas d’Internet ou de SSHF pour nous parler des erreurs de Conan Doyle… Maintenant, on rigole, on les traque, ça donne un goût d’authenticité aux récits de Watson, comme s’il avait voulu nous cacher des choses…

Malgré ces bémols, la résolution du crime par Holmes est magistrale, excellente et brillante ! Mais ensuite, une fois de plus, nous avons un personnage qui nous parle de son passé, en Amérique et qui est responsable de la suite d’événements qui viennent d’avoir lieu.

Je ne suis toujours pas fan des dessins de Ian Culbard (ben oui, faut bien parler de la bédé car c’est elle que j’ai découverte) mais ça va mieux que pour le premier tome, même si Watson a toujours un air tristounet et le policier un air ahuri.

La preuve avec un extrait de « The Final Problem » :

— Vous n’avez probablement jamais entendu parler du Pr Moriarty ?
— Jamais ! dis-je.
— C’est bien là ce qu’il y a de merveilleux et de génial chez cet homme ! s’écria-t-il. Il règne sur Londres et personne n’a entendu parler de lui. C’est ce qui fait de lui le criminel des criminels. Je n’hésite pas à vous déclarer, Watson, en toute sincérité, que, si je pouvais réduire ce Moriarty à l’impuissance et délivrer de lui la société, je considérerais que ma carrière a atteint son apogée et que je serais tout prêt à adopter un genre de vie plus calme. […]

Hors, dans « La vallée de la peur », publiée APRÈS « Le dernier problème » mais se passant AVANT, Watson connaît Moriarty !

La preuve avec un extrait de « The valley of fear » :

— Vous m’avez entendu parler du professeur Moriarty ?
— Le célèbre criminel scientifique, qui est aussi connu des chevaliers d’industrie…
—Vous allez me faire rougir, Watson ! murmura Holmes d’un ton désapprobateur.
— J’allais dire : « Qu’il est inconnu du grand public. »

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°265 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Une histoire illustrée de Sherlock Holmes – T03 – Le signe des quatre : Ian Culbard & Ian Edginton

Titre : Une histoire illustrée de Sherlock Holmes – T03 – Le signe des quatre

Scénariste : Ian Edginton
Dessinateur : Ian Culbard

Édition : Akileos (2010)

Résumé :
Mary Morstan, fille d’un officier dans l’armée des Indes aujourd’hui disparu, a un rendez-vous mystérieux. Inquiète, elle demande à Sherlock Holmes de l’accompagner. Ils vont être entraînés dans une aventure au coeur de l’Inde des maharajahs et de la rébellion des Cipayes.

Chaque année, la jeune Mary Morstan, dont le père, officier dans l’armée des Indes, a disparu voilà longtemps, reçoit par la poste le présent d une perle. Le jour où une lettre lui fixe un mystérieux rendez-vous, elle demande au célèbre Sherlock Holmes de l y accompagner…

Cependant que le bon Dr Watson est conquis par le charme de la jeune fille, nous nous enfonçons dans une des plus ténébreuses énigmes qui se soient offertes à la sagacité du détective.

L’Inde des maharajahs, le fort d’Agra cerné par la rébellion des Cipayes, le bagne des îles Andaman sont les décors de l extraordinaire aventure qu il va reconstituer, et qui trouvera sa conclusion dans le brouillard de la Tamise…

Une des plus inoubliables aventures de Sherlock Holmes, publiée pour la première fois en 1889.

Critique :
Lorsque j’avais découvert ce roman, je devais avoir dans les 11/12 ans, guère plus et il m’avait fasciné de par son côté aventures exotiques, prisons, pacte, trésor et par le côté pirate à la John Silver (jambe de bois) pour le personnage de Jonathan Small.

Ce roman m’avait touché par son romantisme : Watson et Mary amoureux, se tenant la main, dans la jardin de chez Sholto…

Mon coeur de midinette n’avait pas résisté et ça m’avait donné des étincelles dans les yeux.

Presque 30 ans plus tard (on ne calcule pas, merci !), ce souvenir de lecture et les émotions ressenties sont toujours vivaces, cachées dans un recoin de ma mémoire. On est fleur bleue quand on est gosse.

L’histoire de cette bédé est celle du roman, avec quelques détails en moins, format oblige mais vu qu’on se trouve dans une bédé de 123 pages, ça laisse de la place pour que l’essentiel soit présent, tout en donnant un nouveau souffle à l’histoire qui pourrait attirer les lecteurs/trices qui n’ont pas envie de lire un gros roman, ou qui sait, de les pousser à lire un truc sans images !

Je ne serai jamais fan des dessins, de ce menton plongeant de Holmes, carré, ce regard un peu vide de Watson, mais on s’habitue et je n’ai plus tiqué comme pour le premier tome.

Les couleurs dans les tons gris, kakis, assez sombres et elles conviennent bien à l’atmosphère de mystère de l’histoire, celle qui n’aurait jamais été écrite sans l’intervention de Joseph Marshall Stoddard du Lippincott’s. Alléluia pour lui !

C’est plein de suspense, de romantisme pudibond, de serments sacrés, de vengeance, de trésor, de piste à suivre, de mystère, de crime sordide, de policier obtus qui pense tout résoudre sans l’aide de Holmes…

On a de l’aventure, une course-poursuite sur la Tamise et un trésor à retrouver, sans oublier une histoire exotique, loin de l’Angleterre, qui nous sera contée à la fin, afin de dissiper tous les mystères et d’expliquer le pourquoi du comment…

Malgré le fait que je ne suis pas fan des dessins, j’ai apprécié cette enquête, que je connaissais toujours, mais dont le format bédé en 123 pages permet de ne pas saborder des passages importants ou de donner l’impression que tout est précipité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°263 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

M.O.R.I.A.R.T.Y – T02 – Empire mécanique (2/2) : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Stevan Subic

Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – T02 – Empire mécanique (deuxième partie)

Scénaristes : Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Stevan Subic

Édition : Delcourt – Néopolis (05/06/2019)

Résumé :
Londres, 1899. Le professeur Moriarty lance une attaque sans précédent à l’aide des Hyde Men.

Ces monstres, nés du sérum maléfique créé par le docteur Jekyll, dévastent les beaux quartiers, affrontent l’armée et parviennent à entrer dans le palais royal.

Mycroft et le jeune Winston Churchill se lancent dans la bataille tandis qu’Holmes, prisonnier de son plus farouche ennemi et sous la garde de la cruelle Li Mei, doit faire preuve de la plus grande imagination pour s’évader.

Critique :
1899… Londres est attaquée, Londres est envahie.

La reine Victoria a donc 80 ans et dans les cases, je la vois courir comme une jeune fille… Comme quoi, la peur, ça donne des ailes !

Moriarty a de grands projets, dont celui d’anéantir Londres et l’Angleterre en lançant des Hyde Men sur mon cher Big Ben (entre autre).

Holmes disparaît et seuls les lecteurs sauront où il se trouve…

Beaucoup d’action, de rythme, d’aventures dans ce second tome mais ça va tellement dans tous les sens qu’il faut s’accrocher.

Voir un Sherlock Holmes avec des automates, des chars d’assaut et tout ce qui fait le charme du steampunk, est toujours un peu difficile pour moi.

Autant je me suis habituée à un Sherlock version années 2000, autant j’ai du mal avec la version victorienne de Holmes dans un monde de machines à vapeur steampunk. Mais bon, j’y arrive avec le temps.

Deux questions se posent pour moi, à l’issue de cet album : comment cela se fesse-t-il que Mycroft, pourtant plus doué pour l’observation que Sherlock, n’ait pas remarqué ce qui avait sous les yeux alors que moi, j’avais déjà compris que cette personne était un automate ??? On a la vue qui baisse, Mycroft ?

Pourquoi cette série se nomme-t-elle « Moriarty » alors que ce dernier est peu présent ?

Les dessins sont toujours peu avenants pour les visages, toujours striés de noir et on les distingue mal.

Le premier album était le meilleur, à mon sens, ici, on retombe une fois de plus dans un Méchant qui veut dominer une ville, un pays, le monde (biffez la mention inutile)… c’est lassant et Sherlock Holmes n’est pas non plus un Indiana Jones ou un Belmondo qui grimpe partout, fait des cascades…

L’univers du fantastique peut se marier avec Holmes, mais il faut bien choisir son scénario afin de ne pas le noyer dans une profusions d’événements et par la même occasion, perdre le lecteur en même temps.

À noter que la fin laisse la possibilité d’une suite. Pas sûre que je serai au rendez-vous…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°252 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).