Les Nuits de Reykjavik : Arnaldur Indriðason

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Titre : Les Nuits de Reykjavik

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié (2015) / Points (2016)

Résumé :
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques…

Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes.

On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville.

Petit Plus : On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commisaire Marion Briem.

En racontant la première affaire d’Erlendur, le policier que les lecteurs connaissent depuis les premiers livres de l’auteur, Arnaldur Indridason dépasse le thriller et écrit aussi un excellent roman contemporain sur la douleur et la nostalgie.

51wBgUH+IgL._SX301_BO1,204,203,200_Critique : 
Ça devient une habitude, dans les romans d’Arnaldur Indriðason, que les cadavres soient trouvés par des enfants qui jouent car dans « La femme en vert » c’était pareil.

Bon, dans l’autre roman, c’était un morceau d’os humain, ici, c’est tout le corps noyé d’un SDF que les gamins trouvent, en jouant au radeau de la méduse dans l’eau des anciennes tourbières.

Les garçons tapotèrent l’anorak vert qui tournoya à la surface de l’eau, puis décrivit un arc de cercle avant de couler. S’aidant de leurs bâtons, ils le firent remonter et furent saisis d’effroi.

Quel choc j’ai eu de découvrir mon cher commissaire Erlendur Sveinsson à l’époque où il était un simple flic travaillant de nuit, dans les années 70 (1974)… « Erlendur, simple flic », ça ferait un bon titre de film.

Notre vieil ami est jeune et bien moins bougon et ours mal léché que lorsqu’il prendra de la bouteille et du galon, malgré tout, un trait de caractère est déjà bien présent : il ne lâche rien et piétine toutes les règles imposées aux policiers.

– Vous devriez passer nous voir à la Criminelle si vous avez envie d’un peu de changement, déclara Marion. J’ai parcouru les rapports que vous nous avez remis sur Hannibal et Oddny. J’ai pu constater que ça ne vous gênait pas d’enfreindre toutes les règles que nous nous imposons au sein de la police.

Erlendur étant un simple flic de proximité, il n’a pas à enquêter sur la mort du clochard Hannibal puisque son domaine d’action c’est les tapages nocturnes, les bagarres, les cambriolages, les accidents de la route…

Mais c’est plus fort que lui, il veut savoir ce qu’il lui est arrivé, si c’est un meurtre déguisé en accident ou pas…

Pourquoi ? Parce qu’il avait croisé souvent la route de ce laissé-pour-compte, qu’il est curieux et qu’il avait trouvé que cette affaire avait été enterrée trop vite par ses collègues de la Criminelle car ils avaient une affaire de disparition sur les bras et qu’elle était plus importante que la mort d’un clochard.

Erlendur se demandait si la manque de zèle de ses collègues tenait au statut social de la victime, s’ils ne considéraient pas en fin de compte qu’il ne s’était tien passé de notable, si ce n’est que depuis il y avait un clochard de moins dans les rues.

Têtu et tenace, notre pas-encore-commissaire va remonter patiemment et méticuleusement la piste du SDF durant ses journées de récupération, à titre personnel et se rendre compte que… Non, je ne dirai rien de plus !

Lire les romans d’Arnaldur Indriðason c’est plonger la tête la première dans ce beau pays qui est l’Islande, mais pas du côté de la carte postale touristique, non, dans ces mauvais quartiers, entrant chez les gens et découvrant leur noirceur : drogues, viols, femmes battues, disparitions, meurtres… Que des joyeusetés, en fait.

L’auteur nous parle des disparitions mystérieuses de personnes, ceux qui, un jour, ont pris la route du travail, de la maison, de l’école et n’y sont jamais arrivés. Disparus, on ne les a jamais retrouvés, comme si la terre les avait englouti. Couché Fox Mulder ! Pas de vérité ailleurs, ici, ni d’aliens.

Il pensa à cette maison du quartier Ouest devant laquelle il lui arrivait de passer quand revenait l’obséder l’histoire de la jeune fille disparue sans laisser de traces alors qu’elle se rendait à l’Ecole ménagère.
Il était évident qu’il s’intéressait aux disparitions. Au phénomène en soi, mais aussi au sort de ceux qu’on ne revoyait jamais et à ceux qui restaient.
Il avait conscience que cette obsession plongeait ses racines dans le drame qu’il avait vécu dans sa chair sur les hautes landes des fjords de l’Est et dans ses lectures sur les gens qui se perdaient dans la nature et les épreuves qu’ils enduraient en sillonnant ce pays âpre et impitoyable.

Sans jamais avoir une plume ennuyeuse, l’auteur nous parle de son pays au travers des pérégrinations de notre Erlendur et nous ballade durant son enquête, nous entrainant sur des pistes qui peuvent se révéler être fausses ou dans des maisons qui cachent de vilaines choses derrière leurs façades.

Avec Erlendur, la résolution du crime passerait même pour sommaire tant le contexte social de l’Islande est important.

Mais rassurez-vous, l’auteur ne sacrifie ni l’un, ni l’autre et donne tout son talent aussi bien pour nous servir une enquête simple (mais jamais simpliste) avec une résolution plausible tout en nous mitonnant un portrait de son pays aux petits oignons.

Un roman qui se lit tout seul, découvrant, émerveillée, les premiers pas de Erlendur dans la police, moins bougon que d’habitude, encore célibataire et sans ses problèmes avec ses deux enfants (pas encore nés), mais déjà un homme soucieux, taciturne, mélancolique, solitaire et sans cesse hanté par les fantômes de son enfance.

Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d’une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres: ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu’elle blessait et terrifiait. Lui-même n’était pas un oiseau nocturne, il lui avait fallu du temps pour consentir à quitter le jour et à entrer dans la nuit, mais maintenant qu’il avait franchi cette frontière, il ne s’en trouvait pas plus mal. C’était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues enfin désertes et silencieuses, on n’entendait plus que le vent et le moteur de leur voiture.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (351 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Enfants de poussière : Craig Johnson [Walt Longmire 4]

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Titre : Enfants de poussière – Walt Longmire 4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2014)

Résumé :
Le comté d’Absaroka, dans le Wyoming, est le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé d’Amérique.

Aussi, y découvrir en bordure de route le corps d’une jeune Asiatique étranglée est-il plutôt déconcertant.

Le coupable paraît pourtant tout désigné quand on trouve, à proximité des lieux du crime, un colosse indien frappé de mutisme en possession du sac à main de la jeune femme.

Mais le shérif Walt Longmire n’est pas du genre à boucler son enquête à la va-vite.

D’autant que le sac de la victime recèle une autre surprise : une vieille photo de Walt prise quarante ans plus tôt, et qui le renvoie à sa première affaire alors qu’il était enquêteur chez les marines, en pleine guerre du Vietnam.

Petit Plus : Enfants de poussière entremêle passé et présent au gré de deux enquêtes aux échos inattendus.

Ce nouveau volet des aventures du shérif Longmire et de son ami de toujours l’Indien Henry Standing Bear, nous entraîne à un rythme haletant des boîtes de nuit de Saïgon aux villes fantômes du Wyoming.

article-2303845-1909A80B000005DC-692_470x610Critique : 
Retrouver Walt Longmire, shérif  du comté d’Absaroka (Wyoming) et toute son équipe, chien compris, c’est comme retrouver de vieux amis.

Avant d’entrer dans le Wyoming, j’avais enfilé ma doudoune, mes gants, mon bonnet, une écharpe… et merde, c’est le mois de juillet ! Allez hop, à poil !

Notre shérif Longmire est bien ennuyé, lui qui voulait passer du temps avec sa fille convalescente, le voilà avec le cadavre d’une jeune vietnamienne retrouvée étranglée à proximité de l’autoroute.

Un suspect ? Oui ! Et de taille !

Les enquêtes de Walt Longmire et de sa fine équipe n’ont rien de « trépidantes », on ne court pas dans tous les sens car ici, on n’est pas dans 24h chrono !

Pourtant, un indien a dû jeter un sort aux pages du livre car il m’était impossible de poser le roman. « Allez, encore un chapitre et puis j’arrête… Allez, encore deux paragraphes… » Résultat, en une journée, il a été dévoré.

Les personnages sont bien travaillés, on prend plaisir à les voir évoluer, s’interroger,… L’équipe qui entoure le shérif n’est pas en reste et c’est vraiment une bande de copains dont je prend plaisir à retrouver à chaque roman. L’Ours étant mon chouchou avec le jeune basque.

Je pensai à mon effrayante adjointe originaire de Philadelphie, au fait qu’elle pouvait tirer, boire et jurer davantage que tous les flics que je connaissais, et au fait qu’elle représentait en ce moment même notre comté à l’Académie de police du Wyoming.

Dans ce roman, le passé et présent s’entremêlent au gré de deux enquêtes : celle au Wyoming, de nos jours, et celle que mena un jour Walt Longmire, alors jeune inspecteur des Marines, au Vietnam. Deux enquêtes à résoudre et ce ne fut pas aussi facile qu’on pourrait le penser.

— Autant chercher une petite bite dans une botte de foin vietnamienne.

Très addictif les chapitres consacrés à la guerre du Vietnam et à l’enquête sur un trafic de drogues. Au début, je me demandais où cela allait nous mener, mais l’auteur connait son job sur le bout des doigts et il nous raccrochera les wagons à la fin de son récit.

— Écoute, ce pays est infesté de drogue, et une grande partie de cette merde vient de notre propre CIA. Il y a du bhanj qui pousse partout, de l’opium dans la montagne et l’héroïne ma thuyi est l’industrie artisanale de choix, par ici. (Il leva sa bière et cogna la mienne.) T’as plus qu’à choisir ton poison. Tiens, mate un peu.

Les guerres ont toujours été des saloperies et celle du Vietnam ne fait pas exception à la règle.

On les avait enroulés dans des ponchos en plastique parce que l’armée avait épuisé son stock de sacs mortuaires. Elle avait aussi épuisé son stock de nourriture, de munitions et de médicaments – les morts étaient l’une des rares choses qui semblaient toujours se trouver en abondance.

En peu de chapitres, l’auteur nous fait vivre au travers des récits les combats féroces et barbares qui eurent lieu, nous parle des gradés qui manquèrent de couilles, de parole, de discernement, qui se cachèrent (courage, fuyons !) et punirent ensuite ceux qui en avaient eu deux (de paires de cojones), tout en faisant enquêter son jeune inspecteur.

Durant l’enquête dans le présent, on jouera au chat et à la souris pour terminer sur une page glauque de l’Histoire car là où il y a de la misère humaine, il y aura toujours des gens sans scrupules pour en profiter et se faire du fric sur le dos des autres.

— Ils ont été exploités par les Vietnamiens, les communistes, les Français, et maintenant, ils le sont par nous. Et lorsque cette guerre criminelle sera terminée, je peux te certifier que ce seront eux qui paieront le prix fort.

Encore une enquête rondement menée par notre shérif préféré, Walt Longmire, de l’Histoire avec un grand I, des Indiens, de l’humour, des fines réparties, de l’amitié, et une plume qui m’entraine toujours dans un autre monde, celui de Walt et de son équipe.

Grand Esprit, garde-moi de critiquer mon voisin tant que je n’ai pas marché une heure durant dans ses mocassins.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (371 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

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Dans son ombre : Gerald Seymour

 

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Titre : Dans son ombre

Auteur : Gerald Seymour
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :
Londres, 2001 : Joey Cann se tient devant une maison qu’il a vue des centaines de fois sur des photos, dans des dossiers, dans des rapports, celle d’Albert William Packer, un richissime homme d’affaires soupçonné de diriger la mafia londonienne.

Joey est membre de l’Église, un service des douanes britanniques qui vient de subir un cuisant revers.

Après trois ans de surveillance, un budget de cinq millions de livres, un procès retentissant, Packer, qui a été emprisonné pendant des mois, vient en effet d’être libéré suite à l’étrange défection d’un témoin clé. Si l’enquête est officiellement close, Cann s’est malgré tout juré de ne jamais renoncer.

Désormais, il sera dans l’ombre de sa cible, en permanence. Un homme retrouvé mort à Sarajevo va bientôt forcer Packer à sortir de son antre pour gagner la Bosnie.

C’est sur ce terrain inattendu, dans un pays durement éprouvé par la guerre, que Cann, accompagné de Maggie Bolton, une experte en surveillance, va tenter de le piéger.

mafiaCritique :
« Captivant de la première à la dernière ligne, c’est le genre de livre qui vous fait perdre toute notion de l’heure. » (selon The New York Times).

« Pas si captivant que ça, je trouve, trop long au départ mais addictif sur les 200 dernières pages » (dixit Belette2911)

Mais je ne suis pas le New-York Times, moi, et ma critique ne fera sûrement pas vendre plus parce que je n’ai pas du tout perdu la notion de l’heure ou celle du temps, lors de ma lecture. Que du contraire ! Heureusement que ça passe mieux après les 150 premières pages.

Mister (Albert William Packer) est un mafioso, dans sa version anglaise. Notre homme est distingué, sûr de lui, self-made man, rempli de self-control, toujours prompt à riposter envers ceux qui ne jouent pas le jeu ou veulent le doubler, imbu de lui-même…

Un vrai Napoléon du crime qui n’a jamais connu de défaite et qui vole d’Austerlitz en Iéna (de victoire en victoire, quoi).

Le voilà qui vient de sortir parfaitement libre de son procès, laissant son adversaire – le service des douanes britanniques – tenter de digérer ce cuisant revers. Trois ans de travail réduit à néant sur défection d’un témoin.

Au départ, même si Mister fait « truand chic et impitoyable », j’ai trouvé qu’il avait le charisme d’une amibe desséchée.

Bon, après, j’ai révisé mon jugement, son côté amibe a disparu et j’ai vu une hyène en costume cravate, mais malgré tout, il lui manquait la flamboyance des vrais Grands Méchants. Même si c’est un vrai salopard, il lui manquait un truc pour en faire un Méchant inoubliable.

Joey Cann – l’autre personnage principal – faisait partie des douanes, il était archiviste, autrement dit, une chiure de mouche, mais lui, il ne veut pas laisser tomber l’affaire.

Alors, il va suivre Mister lors de son périple à Sarajevo, là où il veut étendre son domaine d’action. Dans sa mission, Joey sera aidé par Maggie Bolton, un agent féminin qui en connait un sacré bout sur la ville. Si Joey est un néophyte, elle, c’est une pro !

Un chef d’équipe avait dit d’elle un jour : « Elle pourrait coller une sonde dans le cul d’un crocodile et il ne s’apercevrait même pas qu’on est en train de lui chatouiller les sphincters ».

Passant tour à tour du côté de la loi (Cann et les autres) à celui des truands (Mister et son équipe); de Londres à Sarajevo; de 2001 (époque où l’action se déroule) à 1992, lors de la guerre en Yougoslavie, on ne pourra pas se plaindre que l’auteur ne nous ait pas fait varier les plaisirs, les protagonistes, les lieux ou les époques.

Ce sont ces passages sur la vie à Sarajevo, avant, pendant et après la guerre, qui m’a captivé et fait perdre la notion du temps. Certes, on se demande, au départ, ce que la guerre et la pose des mines dans les champs aura avoir avec le roman, mais les explications viendront en temps utile (fin du livre).

La question que tout le monde se pose est « Est-ce que Sarajevo sera le Waterloo de Mister ? Ou tout simplement une version de la « retraite – la queue entre les jambes – de Russie » comme pour le véritable Napoléon.

— Vous savez ce qui me tracasse ? Je veux dire, ce qui m’empêche vraiment de dormir ? C’est qu’un jour, vous vouliez aller trop loin – je veux dire – que vous fassiez un pas de trop. Voilà ce qui me tracasse…

Joey Cann peut-il le faire tomber ? Can(n) he do it ? Le loser peut-il venir à bout du winner ? Réponse dans le roman.

En tout cas, Joey est tenace, n’a pas peur de Mister et sera comme un moustique qui vous tourne autour mais que vous ne pouvez pas écraser au vu de tous, de peur qu’ils pensent que vous perdez votre sang-froid légendaire.

Là où le roman devient addictif, c’est dans le duel final… Ne vous attendez pas à un duel à la Clint Eastwood dans « The good, the bad and the ugly », mais notre Joey aura tout du salopard dans ce duel, bien que je ne puisse le blâmer.

— Tu vois, Nasir, je m’en fiche de descendre plus bas que terre avec lui, et de devoir me battre encore plus salement que lui. Il perd, je gagne. Ce que je veux, c’est le tenir dans ma main et l’écraser. Il a toujours gagné, et j’ai toujours perdu, mais pas ici. Tu comprends ça, Nasir ?

On sent le travail du journaliste dans la plume de l’auteur car tout y est bien détaillé et nous donne l’impression d’être plongé jusqu’au coup dans cette ville où règne toujours la misère et la corruption. Gros tacle aussi sur notre Société à nous, sur ceux qui sont allé pour « aider » et tir à boulets rouges sur ce que le côté salaud du genre humain.

— Est-ce que nous aurions pu faire ça ? bredouilla Joey. Est-ce que nous aurions fait ces choses dans les camps, vous et moi ?
— Bien sûr que nous l’aurions fait, répliqua-t-elle d’une voix lasse. C’est une question d’environnement, d’instinct de survie, de propagande. C’est ce vieux truc de vouloir avilir son ennemi. Gratte sous la peau de n’importe qui et tu trouveras un abcès de bestialité. Quand la haine tourne à l’obsession, quand on veut écraser l’autre, prouver sa suprématie, n’importe lequel d’entre nous peut se retrouver à agir de cette façon.

— Ils ont impliqué le maximum de gens dans le nettoyage et les massacres, de manière que la faute soit collective. Créer une culpabilité collective, ça a été un des grands talents de leurs leaders. Le second point très habile, ça a été de détruire l’héritage de ceux qu’ils avaient forcés à partir. Mais n’oublie jamais une chose : il n’y a pas eu de saint parmi les seigneurs de guerre, d’un côté comme de l’autre, aucun, seulement des pécheurs.

Même celui qui voudrait rester loin de la corruption, rester propre, clean, tombera dedans un jour. Pas le choix. Enfin, si : marche avec nous ou crève ! C’est vicieux, mais c’est ainsi.

— Je ne pensais pas que j’avais un prix, dit le juge. Je vous le dis, priez votre Dieu pour ne jamais avoir à boire dans la coupe du diable.

Un roman qui est loin d’un John Le Carré comme indiqué, il ne me marquera pas mon esprit – hormis pour ses passages sur la pourriture de guerre qui eut lieu entre 1992 et 1996 – bien que j’ai tout de même passé un bon moment avec lui sur la fin, ce qui m’a consolé du départ laborieux.

Malgré tout, vu ce qui était noté en 4ème de couverture, j’avais espéré bien mieux que ce que je viens de lire… Dont un Grand Méchant plus « charismatique », pas pour l’aimer, mais pour frissonner à mort du début à la fin.

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (581 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Tijuana city blues : Gabriel Trujillo Muñoz

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Titre : Tijuana city blues

Auteur : Gabriel Trujillo Muñoz
Édition : Gallimard (2010)

Résumé :
Toujours risqué, d’avoir des ouvriers chez soi, surtout quand on vit à Mexico. Aussi, quand Miguel Àngel Morgado, avocat qui s’est officiellement consacré à la défense des droits de l’homme, en voit arriver un en larmes, il se dit que pour une fois…

Mais le charpentier nommé Blondie a appris qu’il travaille en fait pour le plus privé des privés, et lui demande de retrouver son père, disparu depuis 1951.

Une enquête historique, se dit encore Morgado, car le disparu est le dernier ami resté fidèle à l’écrivain Willliam S. Burroughs, quand celui-ci est sorti de taule après avoir logé une balle dans la tête de sa femme, Joan.

C’est par Burroughs que le père de Blondie a été envoyé avec un paquet suspect à Tijuana, d’où il n’est jamais revenu.

largeCritique : 
Vous avez décidé de visiter le Mexique et la ville de Tijuana ? Pas besoin de vous farcir des tonnes de prospectus, ce petit roman d’un peu plus de 100 pages fera l’affaire.

Bon, après lecture, vous aurez peut-être – tout comme moi – décidé d’abandonner le voyage !

Miguel Àngel Morgado est un avocat et le voici engagé par un charpentier (qui ne prénomme pas Joseph) pour retrouver la trace de son père, un américain mystérieusement disparu en 1951 lors de la fusillade dans la cantina El Tecolote à Tijuana.

Est-il toujours vivant ou non ? Et si oui, pourquoi cet homme bien n’a-t-il plus donné signe de vie à sa fiancée mexicaine qui avait un polichinelle dans le tiroir ?

La quête de ce paternel disparu mystérieusement de la circulation – comme si c’était Copperfield – mènera l’avocat dans la ville de Tijuana pour une confrontation avec la vérité toute nue et sans l’éclat du bronzage.

Une lecture qui se termine vite, sans temps mort, l’intrigue étant aisée à suivre sans pour autre être simpliste.

L’enquête était correcte, le dépaysement était total, et j’ai savouré les petites répliques acides entre l’avocat, mexicain, et le gars du FBI, américain jusqu’aux bout des ongles.

Et prends-toi dans la gueule, gars du FBI, que les yankees considèrent le Mexique comme un lieu de défoulement et un super réservoir pour obtenir des travailleurs à bas prix ou des prostiputes.

Mais attention, le gars du FBI a de la réplique ! Et prends-toi dans les dents que les Mexicains ne sont pas des anges non plus avec les autres.

— Arrêtons, Morgado. Je sus venu avec le drapeau blanc, des intentions pacifiques.
— C’est ce que vous avez dit à Géronimo et tu sais ce qui est arrivé.
— Et c’est ce que vous dites, vous, les mexicains, aux Indiens du Chipas, et tu sais ce qu’il leur arrive, répliqua Harry. Rien ne vous sert de leçon, à vous non plus. À toi moins qu’à tout autre. Je me trompe ?

Le seul bémol est la petitesse du roman (oui, parfois, la taille est importante).

La plume de Muñoz est un plaisir à suivre et j’aurais bien poursuivit l’Histoire de la ville, de ses vices et de ses délices, bien en sécurité dans mon divan que j’étais.

Vu les personnages, les approfondir ne leur auraient pas fait de tort, que du contraire, cela aurait donné encore plus de corps au récit.

Hélas, en 100 pages, l’auteur doit aller à l’essentiel et c’est bien dommage parce qu’il y avait matière là à nous écrire un bon 300 pages sans soucis. Plus si affinités.

Pas de regret d’avoir découvert « ce saisissant portrait du Mexique » comme l’écrivait Le Monde.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (109 pages – 2104 pages lues sur le Challenge).

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Sans pitié, ni remords : Nicolas Lebel [LC avec Stelphique]

Sans pitié ni remords - Nicolas Lebel [NUM]

Titre : Sans pitié, ni remords

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout (2015)

Résumé :
9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel.

Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d’un notaire qui lui remet, comme « héritage », une enveloppe contenant un diamant brut.

Il s’agit de l’un des yeux d’une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la « Police de l’Art ».

Merlicht prend un congé et son équipe se retrouve sous le commandement du capitaine Cuvier, un type imbuvable aux multiples casseroles, quand les inspecteurs Latour et Dossantos sont appelés sur la scène de l’apparent suicide d’un retraité.

Fleurs-du-mal_titelCritique (Stelphique est en-dessous) : 
Bon, faudrait pas que ça devienne une habitude de prendre mon pied avec le capitaine Mehrlicht ! Ça commence à bien faire ces coups de cœur pour ses aventures. Heureusement que sa tabagie n’aura aucune incidence sur mes poumons.

Après la moitié du mois de février à bouffer de la littérature anglaise, j’ai eu une envie folle de cuisine française et plus particulièrement des cuisses de Kermit la grenouille (mehrlicht) avec du beurre et de l’ail.

Le prologue annonce déjà que le plat sera corsé… Un pointage laser sur le torse avant de nous faire remonter le temps et de tout nous expliquer…

Quelques notes de tristesse pour un enterrement, quelques bons mots et puis on repart ensuite dans une nouvelle enquête avec le capitaine qui remplacera Mehrlicht durant ses congés : Cuvier…

— J’ai pas mon arme de service. T’aurais pas un flingue à me prêter? C’est pour un prêtricide… Je vais lui greffer un aller simple en plomb pour l’au-delà, un billet première classe Paris-saint-Pierre sans correspondance. Et histoire qu’il soit en règle pendant le voyage, je vais lui poinçonner la chasuble au six-coups. Après, on jette le corps dans le trou, ni vu ni connu…

Cuvier, c’est le champion du monde qu’on aimerait avoir avec soi à un dîner de cons. Il est imbu de lui-même, con, crétin, bourré d’aprioris sur tout le monde, surtout sur les personnes qui ne sont pas « made in France »…

Cuvier, c’est le con de compétition. Un maître con. Un cinquième dan. On se bouscule à sa porte pour suivre son enseignement. Si des gens organisent vraiment des dîners de cons, lui, il bouffe à l’œil tous les soirs !

Un personnage qu’on aurait envie de tuer s’il n’avait pas cette manière bien spéciale d’utiliser les expressions populaires. Alors, je suis restée indulgente avec ce connard de Cuvier, me disant qu’il devait être issu d’un accouplement entre le footballeur Ribéry et le cycliste Virenque, vu sa manière éloquente de parler.

— Mais patron, on ne va pas se laisser rouler dans le panneau. Elle va cracher à table, je vous le dis.

La dernière enquête de l’équipe de Mehrlicht est toujours bourré d’humour, de cynisme, de bons mots, de boulets rouge tiré à bout portant sur certains comportement de notre société – Mehrlicht et sa gouaille se prêtant bien à ces emportements dont je partage les vues.

Du mystère avec des énigmes à résoudre (bravo au cerveau tordu qui l’a pondu), un psychopathe à la gâchette facile, des cadavres qui se ramassent à la pelle, du Baudelaire, de la culture, des Gitanes fumées, du bon vin…

Un roman avec Mehrlicht, c’est aussi des personnages que l’on prend plaisir à retrouver, travaillés, avec leurs histoires, leur passé; un récit que l’on ne lâche que parce qu’on y est obligé (putain, fait chier le boss à être dans les parages) et de l’adrénaline dans toutes les pages, surtout les finales.

Mehrlicht, c’est comme un vin en provenance d’un pays méconnu : on se méfie, on grimace devant la bouteille aux teintes verdâtres qui ne paie pas de mine et on l’ouvre avec l’œil torve.

Mais une fois vidé dans le verre, la belle robe grenat nous épate et une fois en bouche, il vous aguiche les papilles avec ses notes de fumée et son goût qui tel des gravats, roulent dans le fond du palais avant de vous exploser la bouche.

Un roman avec le capitaine Mehrlicht c’est comme ce vin qui vient de vous surprendre et dont vous n’avez qu’une seule envie : vider la bouteille et vous enivrer avec.

PS : dans les remerciements de l’auteur vis-à-vis des blogueurs, j’en connaissais quelques uns, ça m’a fait plaisir de retrouver leurs noms à la fin du livre. Et puis, j’ai éclaté de rire avec l’adresse e-mail pour celui qui voulait insulter l’auteur… PTDR !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (384 pages – 2708 pages lues sur le Challenge).

Pourquoi je l’ai choisi :
Il fallait bien qu’on continue de se marrer en duo, et avec plaisir, sur le troisième opus !

Synopsis :
9 novembre, cimetière du Montparnasse. Le capitaine Mehrlicht assiste, en compagnie de son équipe, aux obsèques de son meilleur ami, Jacques Morel. Quelques heures plus tard, il se retrouve dans le bureau d’un notaire qui lui remet, comme « héritage », une enveloppe contenant un diamant brut. Il s’agit de l’un des yeux d’une statue africaine, le Gardien des Esprits, dérobée dix ans auparavant lors du déménagement du Musée des arts africains et océaniens, que Jacques avait supervisé, et recherchée depuis par la « Police de l’Art ».

Merlicht prend un congé et son équipe se retrouve sous le commandement du capitaine Cuvier, un type imbuvable aux multiples casseroles, quand les inspecteurs Latour et Dossantos sont appelés sur la scène de l’apparent suicide d’un retraité. Quelques heures plus tard, ils assistent impuissants à la défenestration d’une femme qui, se sentant menacée, avait demandé la protection de la police.

Les deux « suicidés » avaient un point commun : ils travaillaient ensemble au MAOO lors de son déménagement. Ces événements marquent le début de 48 heures de folie qui vont entraîner Mehrlicht et son équipe dans une course contre la montre, sur la piste de meurtriers dont la cruauté et la détermination trouvent leur origine dans leur passé de légionnaires. Une enquête sous haute tension, dans laquelle débordent la fureur et les échos des conflits qui bouleversent le monde en ce début de XXIe siècle.

Ce que j’ai ressenti :
« Ça fait quel bruit, le désespoir ? »

J’avoue avoir eu un peu de mal avec celui ci, surtout au départ… Je m’explique un peu, déjà pour moi les flics, ça ne part pas en vacances, « flic un jour, flic toujours » ou quelque chose comme ça…

Oui je sais je suis un peu dure, mais en fait je veux dire, Mehrlicht ne DOIT pas partir en vacances, parce que sinon, nous pauvres lecteurs assidus ,comment allons nous faire sans lui, sans sa lumière ( ben oui, il n’y a que moi qui la voit ou quoi ? Si, si, regardez bien les grenouilles c’est charmant, surtout si on l’embrasse….), ses bons mots et sa jovialité ????!!!! Oui elle m’a manqué sa joie, mais bon, forcement quand on perd un ami, ça vous fiche un peu le bourdon.

Alors peut être que j’étais trop triste en fait, comme lui, et du coup, mon moral en a pris un  coup. Et puis aussi moi le trafic d’Art, ça me passe un peu au dessus, parce que j’ai du mal à comprendre un tel engouement (caché/pas caché/ œuvre hors de prix/ convoitise malsaine…..).

Après, j’ai retrouvé mon plaisir sur la seconde partie du roman. Baudelaire, étant mon poète préféré, quel bonheur de le voir mettre ainsi à l’honneur, et sur une chasse au trésor, faite de jeux de mots et de rimes !

C’est vraiment la touche « Charme » de cet opus. On a eu Victor Hugo, mais là, avec juste CE poète là, c’est la classe !!!! Lebel aussi se défend bien aussi aux imbroglios de mots et grandes tirades idéalistes. Il me régale cet auteur !!!!

Je trouve qu’en faisant un hommage aux plus grands auteurs, il se révèle lui aussi, et nous prouve qu’il sait manier d’une main de maitre, sans rien envier à ses prédécesseurs, la langue française et cette poésie des mots. Je crois que je lui demanderai de m’encadrer sa grande envolée passionnée de Mehrlicht . Non mais, quelle ferveur !!!! J’en suis encore admirative, déjà, dans son précédent livre, j’avais été scotchée par la scène du Chaudron, mais bon celle ci l’égale !!!!! Merci donc Monsieur Lebel, d’être un auteur de thriller mais pas que…..

« (…)J’ai une tête de grenouille, on me le dit depuis tout petit, j’ai des idées sur tout, et pas que des bonnes, j’ai un caractère de sanglier alcoolique, mais j’ai pas la bêtise d’être raciste. Je vois plus grand, j’ai plus d’ambition, c’est tout… »

En règle générale, j’ai beaucoup aimé ce troisième roman, parce que c’est toujours un régal de retrouver ses personnages hauts en couleurs (Le vert de Mehrlicht, Le Bleu rougeoyant de Dossantos, le rose bonbon de Latour), on s’attache, on vie avec eux leurs plus belles émotions, leurs coup de gueule comme leurs larmes amères, et c’est cela qui fait la force de cette saga, ce noyau de personnalités qui nous fait vibrer !!! On se demande à quand le prochain ???!!!!!

En bref, ça ne sera pas mon préféré de cette trilogie de par son thème qui m’a moins passionnée, mais néanmoins, au niveau de l’émotion et du STYLE on a quand même un petit bijou de mots.

Meilleurs Moments du livre :

  • La scène de Merhlicht pour sa défense contre cette accusation de racisme. D’ailleurs les scènes où le téléphone sonne donne quelques jolies situations cocasses.
  • Les citations de Baudelaire.
  • Dans les remerciements, l’auteur rend grâce (aussi) aux bloggueurs!!!! Quelle gentille attention, j’ai trouvé que c’était vraiment sympa de sa part, et puis, j’en ai reconnu des prénoms . 😉

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 8/10

BILAN - LC réussie - OK

index LC

Delirium tremens – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen

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Titre : Delirium tremens – Une enquête de Jack Taylor

Auteur : Ken Bruen
Édition : Gallimard (2006)

Résumé :
Il n’y a pas de détectives privés en Irlande. Les habitants ne le supporteraient pas. Le concept frôle de trop près l’image haïe du mouchard. Jack Taylor le sait.

Viré pour avoir écrasé sciemment son poing sur le visage d’un ministre, cet ancien flic a gardé sa veste de fonction et s’est installé dans un pub de Galway.

Son bureau donne sur le comptoir. Il est chez lui, règle des broutilles, sirote des cafés noyés au brandy et les oublie à l’aide de Guinness. Il est fragile et dangereux.

Une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans le supplie d’enquêter. « On l’a noyée » sont les mots qu’elle a entendus au téléphone, prononcés par un homme qui savait.

De quoi ne plus dormir. Surtout si d’autres gamines ont subi le même sort. Surtout si la police classe tous les dossiers un par un…

kh1Critique : 
Un roman de Jack Taylor, on ne le lit pas, on ne le dévore pas : on le boit. Cul-sec ! Avec un peu d’eau à la rigueur, mais sans glaçons.

Jack Taylor, ancien de la Garda Síochána (Gardiens de la paix, en Irlande), a réussi à se faire licencier de cette institution (un véritable exploit) et depuis, il est devenu un espèce de détective privé imbibé d’alcool.

Il est quasiment impossible de se faire renvoyer de la Garda Siochana. Il faut vraiment y mettre du sien. Tant que vous ne devenez pas un objet de honte, ils sont prêts à tolérer presque n’importe quoi. J’avais atteint la limite. Plusieurs
Mises en garde
Avertissements
Dernières chances
Sursis
Et je ne m’améliorais toujours pas. Je ne dessoulais pas non plus. Ne vous méprenez pas : les gardai et l’alcool entretiennent une vieille relation, presque amoureuse. A vrai dire, un garda abstinent est considéré avec méfiance, quand ce n’est pas avec une totale dérision, à l’intérieur et à l’extérieur de la police

Ok, pour ce qui est de l’alcool, non, non, rien n’à changé ! Il se pochetronnait déjà sévère du temps qu’il était à la Garda.

Jack Taylor n’a rien d’un Sherlock Holmes – loin de là – et pourtant, je l’aime bien. Limite un anti-héros vu le nombre de pages où il est dans le cirage le plus total. Même une éponge est moins imbibée que lui, c’est dire.

Jack Taylor est un détective atypique, comme il n’en existe pas deux dans la littérature, un privé bordeline toujours en pleine révolte sur tout le monde (sa mère notamment) et en train de regretter son père qui lui offrit sa première carte de bibliothèque. Sa seule constante dans son alcoolémie furent les livres.

Mon père adorait lire ; il parlait toujours du pouvoir du livre. Après sa mort, un type m’a arrêté dans la rue et m’a dit : « Ton père, c’était une vraie pute avec les bouquins. » — J’aurais dû faire graver ça sur sa tombe. Ça lui aurait fait plaisir.

Il y a toujours eu des livres. Au cours de ma vie dissolue, ils ont été la seule constante.

Sa vie est une véritable soulographie, il se détruit à petit feu – et ça fait mal de voir qu’un alcoolo ne retient jamais les leçons du passé – et malgré tout, j’adore suivre ses enquêtes.

Jack Taylor résoudre une enquête ?? Oui, il y arrivera, avec un peu de chance et avec l’aide d’autres personnes (mais pas avec celle de la dive bouteille).

Ici, c’est une mère qui ne croit pas au suicide de sa fille de seize ans (retrouvée noyée) qui l’engage, alors qu’il est assis à sa table de pub préféré. Alors, notre Jack va réouvrir l’enquête et on dirait que ça ne plait pas à tout le monde…

Durant ses « enquêtes », Jack nous raconte ses souvenirs, son enfance, son Irlande, sa ville de Galway, son pub préféré, celui tenu par le vieux grincheux de Sean.

Aucune décoration au bar. Deux crosses de hurling sont croisées au-dessus d’un miroir tacheté. Plus haut encore, il y a un triple cadre. On y voit un pape, saint Patrick et John F. Kennedy. JFK est au centre. Les saints irlandais. Autrefois, le pape occupait le poste de centre, mais après le concile du Vatican, il s’est fait virer. Maintenant, il s’accroche à l’aie gauche. Position précaire.

On peut critiquer Jack et son alcoolisme galopant, mais contrairement à ses compatriotes sobres lui au moins a de l’empathie et de la sympathie pour les clochards de tout poil qui vivent en marge de la société, exclus qu’ils sont.

Par contre, des amis, il n’en a pas beaucoup et certains ont même tendance à le tirer vers le bas…

— Fragile ! Cet arnaqueur ? Il serait capable de construire un nid dans ton oreille et de te faire payer le loyer.

L’écriture de Bruen, c’est de la poésie cynique, noire, vacharde. Et j’en redemande. Lire Bruen, c’est lire de l’Irlande et la respirer à plein poumons.

Je descendais Forster Street quand une averse éclata. Le genre de pluie qui vous en veut.

Je ne sais s’il trempe sa plume dans de l’alcool à 90° ou dans un encrier rempli d’amertume, mais il nous brosse un portrait de son pays peu flatteur, mais l’ambiance est là.

En réalité, le temps ne passe pas. C’est nous qui passons.

La pluie de Galway est capable de noyer presque toutes les prétentions.

À sa manière de planter des mots comme ça, l’un en dessous de l’autre, ça me fait penser à celle de Michael Mention, comme si Mention s’en était inspirée.

Un roman noir qui se boit plus vite qu’une Guiness… C’est drôle, incisif, bourré de répliques acerbes, des citations comme s’il en pleuvait, des références aux grands noms du Roman Noir, de la chanson, le tout mitonné aux petits oignons dans des chapitres et des phrases courtes qui donnent du rythme au roman.

C’est toute l’histoire de ma vie : les hordes se dirigent vers la plage, moi je vais au cimetière.

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (384 pages – 2215 pages lues sur le Challenge).

rat-a-week1-copieMois du Polar - Février - Sharon

Sherlock Holmes – Incident at Victoria Falls [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 7/52]

Incident at Victoria Falls est un téléfilm britannique réalisé par Bill Corcoran, diffusé en 1992 au Canada et aux États-Unis

Incident at Victoria Falls est le second volet d’une série de deux téléfilms mettant en scène Christopher Lee et Patrick MacNee dans les rôles respectifs de Sherlock Holmes et du Docteur Watson, après Sherlock Holmes and the Leading Lady (1991).

1. Résumé :
En 1910, Sherlock Holmes, sur le point de partir à la retraite, est contacté par son frère Mycroft pour remplir une mission d’importance pour le roi Edward. Ce dernier lui apprend que L’Étoile d’Afrique, un diamant précieux, doit être ramenée en Angleterre depuis la colonie du Cap où elle a été trouvée par des colons.

Le transport étant risqué à cause de revendications sur sa propriété, Holmes est chargé de protéger le joyau en l’échangeant contre une réplique alors qu’il gardera discrètement le vrai diamant avec lui pendant le trajet.

2. Distribution :

  • Christopher Lee : Sherlock Holmes
  • Patrick MacNee : Docteur Watson
  • Jenny Seagrove : Lillie Langtry
  • Joss Ackland : Édouard VII du Royaume-Uni
  • Claude Akins : Theodore Roosevelt
  • Steven Gurney : Guglielmo Marconi

Ce que j’en ai pensé :
Christopher Lee avait joué dans des Sherlock Holmes, il avait eu le rôle de Mycroft Holmes, mais il n’a eu que deux fois le rôle du détective. Ce téléfilm est l’un d’eux.

C’est un Sherlock Holmes proche de la retraite que l’histoire nous montre, un Sherlock Holmes qui voudrait bien se retirer et s’occuper d’abeilles mais qui doit, sur demande expresse de son frère, venir en aide au Roi. Holmes save the king !

L’Étoile d’Afrique, un diamant précieux de la taille du Youkounkoun dans le film « Le Corniaud » (de Gérard Oury) doit être ramenée en Angleterre depuis la colonie du Cap où elle a été trouvée par des colons.

Trouvée ? Oui mais avant, elle avait pas été un peu volée, cette Étoile (des neige ♫) ?

Le voilà donc quittant les brumes londonienne pour aller se dorer la pipe – pardon, enquêter et protéger le diamant – en Afrique du Sud. Mais ça, il ne va pas le chanter sur tous les toits non plus !

Notre détective londonien est accompagné du fidèle Watson, qui, sous les traits de Patrick MacNee de « Chapeau Melon et Bottes de Cuir », n’a pas le rôle d’un Watson avec un cerveau. Dommage. Emma Peel devait lui manquer, sans doute.

Malgré ses « Oooh » sur un air d’un qui vient de débarquer (ou de comprendre), il offre cependant un compagnon correct pour le grand détective, mais niveau lumière, on repassera.

Le réalisateur n’a pas compris le rôle d’un Watson et nous les a mis en veilleuses, ses lumières !

[Même si Holmes disant, dans les récits de Conan Doyle, que Watson n’était pas une lumière mais un conducteur de lumière, signifiant par là ce que la perplexité de Watson et ses interrogations sur une affaire peuvent mettre son ami sur la piste de la vérité.]

— En vérité, Watson, vous vous surpassez, fit Holmes, en reculant sa chaise pour allumer une cigarette. Je dois avouer que, dans tous les rapports que vous avez bien voulu rédiger sur mes humbles travaux, vous ne vous êtes pas assez rendu justice. Vous n’êtes peut-être pas lumineux par vous-même; mais je vous tiens pour un excellent conducteur de lumière. Il existe des gens qui, sans avoir du génie, possèdent le talent de le stimuler chez autrui. Je confesse, mon cher ami, que je suis votre obligé.[The Hound of the Baskervilles]

Anybref (©Meloé) ! Bienvenue au Cap… Ici, le racisme est latent, Afrique du Sud évidemment… Donc, si quelque chose disparaît, d’office c’est le gamin noir qui est entré dans le compartiment pour jeter un coup d’œil. Je ne vous apprendrai rien et découvrir autre chose n’aurait pas été conforme à la réalité.

Si Watson n’a rien d’une lumière dans ce film, le policier sur place est, lui, totalement à l’ouest ! Un véritable crétin patenté, un connard de la plus belle espèce, le genre de mec qui était absent le jour de la distribution des cerveaux. Et on ne repassera pas avec les plats pour un second service !

Il est tellement bête que ça en devient lourd alors qu’on aurait pu faire dans le léger et le comique avec un enquêteur sans matière grise et petites cellules de la même couleur. Holmes ne se privera pas de le faire aller… et de se foutre de sa gueule. Mais toujours en gentleman !

Holmes est assez conforme à l’original, il n’est pas surhumain, il se trompe, fait des erreurs, joue avec tout le monde et à la fin, la question que je me suis posée c’est « Est-ce qu’il avait remis le vrai diamant ou la copie, dans le coffre ?? ».

Les personnages qui gravitent autour de Holmes dans l’hôtel et dans le train sont tous bien typés, chacun bien reconnaissable des autres. Pas de risque de les confondre.

Entre le chaud-lapin (photo), la princesse Hindoue, le riche Grec, la blondasse de service, l’actrice de théâtre, un ancien président des États-Unis ou l’Italien inventeur, on se demande bien QUI a volé le diamant !

À un moment donné, j’ai ri lorsque le directeur de l’hôtel, Stanley Bullard, qui a lu les aventures écrites par Watson, lui fait remarquer que son récit Wisteria Lodge se situe en 1892 en plein « Grand Hiatus » et que cela est impossible.

Et il a raison, moi-même l’avais remarqué (et je ne suis pas la seule !!). Watson lui bredouillera qu’il est obligé de modifier des dates afin de conserver secret certains faits ou identités.

Autre référence en la personne du dénommé Raffles qui est un personnage de roman policier créé en 1890 par Ernest William Hornung, le beau-frère de Sir Arthur Conan Doyle. On reste en famille…

Dans ce film, on découvre aussi que l’ancien premier homme du pays de la bannière étoilée utilise une caméra et voir le résultat de ses prises de vue sur un écran improvisé, devant tout le monde médusé, avait comme un parfum de nostalgie.

J’aime bien découvrir les « premières fois » d’objets qui nous sont maintenant usuels.

Quand on voit d’où nous sommes parti et où nous sommes arrivé, on se demande bien si maintenant, on n’est pas un peu trop enclin à sortir le smartphone pour filmer tout et n’importe quoi… Mais ceci est un autre débat !

Téléfilm holmésien en deux parties qui se regarde avec plaisir, une tasse de thé à la main.

Ne cherchez pas l’action à tout pris, elle n’est pas vraiment là, nous ne sommes pas dans un thriller mais dans une enquête du grand Sherlock Holmes.

Pas un chef-d’œuvre à inscrire dans les annales, mais un film correct que j’ai apprécié regarder (il m’en reste encore assez bien de films holmésiens à voir !).

Et puis, Sherlock Holmes en Afrique du Sud, ça nous change des brumes londoniennes !!

Étoile 3,5

« A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.

La moisson des innocents : Dan Waddell

Moisson des innocents, la - Dan Waddell [NUM]

Titre : La moisson des innocents

Auteur : Dan Waddell
Édition : Rouergue Noir (2014)

Résumé :
Ils furent deux enfants assassins, condamnés pour avoir battu à mort un vieil homme sans défense. Deux garçons maudits qui ont purgé leur peine et se construisent une vie d’adulte sous une nouvelle identité.

Dieu sait comment, un justicier a retrouvé leur trace et décidé de leur infliger les affres de l’enfer.

L’inspecteur Forster revient sur la scène du passé, qui est non seulement celle du crime mais celle de ses propres souvenirs.

Avec une habileté machiavélique, Dan Waddell nous emporte dans l’Angleterre profonde où il faudra démasquer bien des mémoires pour faire surgir la vérité.

miners-67742_640Critique : 
— Oh my God, they killed Kenny !
— You bastards !

Putain, ils ont tué Kenny, ces enfoirés ! Et vous comprendrez plus loin le pourquoi de cette introduction non conventionnelle.

Pour une fois, j’ai commencé par le tome 3 des enquêtes de l’inspecteur Foster, mais ce ne fut pas un soucis, loin de là.

En effet, il m’a fallu une petite seconde pour plonger dans le roman et dans la vie de cet inspecteur. En fait, c’est comme si je l’avais toujours connu.

L’inspecteur Foster a ses blessures bien enfouies, il nous en parlera à l’occasion, durant son enquête. Pour le reste, il ne fait pas trop de bruit, il  est tenace et quand il tient un os, tel le pitbull, il ne le lâchera plus comme il le fit il y a 20 ans, lors de cette sordide affaire avec Kenny… Oui, Kenny !

Les premières blessures à l’âme sont toujours les plus profondes.

C’était une sordide affaire, celle d’y a 20 ans : Kenny Chester, un vieil homme, héros de la mine, se fit tabasser à mort par deux jeunes gamins de 10 ans. « Putain, ils ont tué Kenny, ces enfoirés ! » Condamnés, ils furent, dix ans plus tard, relâchés et pourvu d’une nouvelle identité.

Et 20 ans après, Foster se trouve devant les cadavres des gamins criminels devenus adultes. Qui a balancé leurs nouvelles identités ? Qui a obtenu sa vengeance ?

Mais quand la nouvelle de la liste disparue sortirait… Et dans la mesure où les personnes au courant étaient soit des flics, soit des pontes du ministère de l’Intérieur, deux des catégories professionnelles les plus poreuses, ce n’était qu’une question de temps.

Son enquête ne sera pas facile : tout le monde est content de la mort des deux anciens meurtriers et personne ne veut que l’on remue la merde. L’inspecteur Foster aura fort à faire pour résoudre tout ça, vu les inimités qu’il a avec certaines personnes bien considérées de son ancienne ville.

Sans user de métaphores, de grandes envolées lyriques, de phrases complexes et ampoulées, l’auteur nous plonge dans l’atmosphère « campagnarde » de la ville de Mackington (dans le Northumberland, le Nord) au-dessus de laquelle flotte une chape de plomb.

— L’affaire Kenny Chester.
Il sourit.
— Vous avez une mémoire impressionnante.
Elle laissa échapper un petit rire.
— Par ici, on n’est pas près d’oublier cet été-là.

Tous les clichés qu’on lui avait rapportés à propos du Nord avant qu’il n’y aille, le froid, les hivers sombres et la pluie, mais aussi le sens de la communauté, l’amitié, la chaleur humaine, tout s’était révélé vrai. Londres ne lui avait pas manqué une seule seconde.

Ici, personne n’a oublié l’affaire et tout le monde a rêvé de vengeance, surtout dans la famille de Kenny Chester. Lui qui était presque un Dieu a eu sa famille quasi canonisée après son meurtre affreux.

Après la mort de Kenny, Barry et sa famille avaient été canonisés par la presse qui avait loué leur dignité et leur retenue, citées comme des exemples de ce qu’il y a de mieux dans la nature humaine. Leur famille soudée contrastait avec les foyers brisés qui avaient engendré Dibb et Schofield.

Pas besoin non plus d’une pléthore de paragraphes pour décrire l’état de la ville et des gens après la fermeture des mines par la Tatcher : misère sociale, plus de boulot, jeunes sans avenir, alcool, drogues, moitié des commerces qui ont fermé, une population auparavant ouverte qui s’est repliée sur elle et plus de partage entre les habitants.

— Quand le puits a fermé, l’héroïne est devenue un véritable fléau par ici, particulièrement dans les années 1990. Les mômes n’avaient rien d’autre à faire. Pas de travail, pas de futur.

— Depuis, plus rien n’a été pareil ici. Entre ça et la fermeture du puits, le village a perdu son âme. Avant, les gens discutaient dans la rue, passaient chez les uns, chez les autres pour une tasse de thé. Le pub et le foyer communal étaient prospères et cette rue était pleine de commerces. Plus maintenant. Les gens communiquent moins, ils sont moins confiants.

On a bien compris en peu de mot la merde que la miss Maggie a foutu.

Nous sommes ici face à un roman noir plus sombre que dans la raie des fesses d’un mineur occupé au fond de sa mine, à minuit, par une nuit sans lune.

Tu penses que tu as atteint la veine la plus sordide de la mine, mais non, t’as encore rien vu ! On peut toujours creuser plus profond dans la saloperie humaine. Je m’en doutais un peu, d’ailleurs…

Le poids du passé est lourd et il a tendance à t’entraîner au fond de cette mine sombre et une fois qu’on en ressort, on respire un grand coup l’air frais, tout en frissonnant de ce que l’on vient de lire.

Une saloperie d’excellent roman noir, une enquête qui m’a laissée sur les genoux, même sans avoir fait de courses-poursuites, des personnages principaux que l’on a envie de revoir et un final haletant rempli de surprise et d’horreur.

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (310 pages – 1831 pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur

Mois du Polar - Février - Sharon rat-a-week1-copieCHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigé

Une affaire de sang – Une aventure inédite de Sherlock Holmes : Bonnie MacBird

Une affaire de sang - Bonnie MacBird

Titre : Une affaire de sang – Une aventure inédite de Sherlock Holmes

Auteur : Bonnie MacBird
Édition : City Éditions (2016)

Résumé :
Londres, 1888. Sherlock Holmes est déprimé après une enquête désastreuse. Même son fidèle Watson ne parvient pas à le sortir de la léthargie dans laquelle l’enquêteur de choc s’enfonce.

Jusqu’au moment où une lettre lui parvient depuis la France. Elle est signée de Mademoiselle La Victoire, une star de cabaret, qui a besoin de l’aide de Holmes. Le fils illégitime qu’elle a eu avec un lord anglais vient en effet d’être enlevé.

À Paris, Holmes découvre que cet enlèvement n’est que la partie émergée d’une affaire tentaculaire. Une inestimable statue a été dérobée et des enfants employés dans une usine de soie disparaissent les uns après les autres.

Les indices conduisent à un seul et même homme qui semble intouchable. Et extrêmement dangereux….

0306Critique : 
1888. Londres et Sherlock Holmes se remettent péniblement des meurtres atroces de Jack The Ripper, à la différence que Holmes le fait avec de la cocaïne et s’enfonce de plus en plus dans la léthargie.

L’abattement du grand détective est complet. Tellement complet qu’il se fiche pas mal du vol de la déesse de la Victoire trouvée à Marseille et qu’il a réussi à foutre le feu dans son appart !

Watson ne sait plus à quel saint se vouer…

Heureusement, une missive originale vient de tomber dans les mains du grand détective. Ouf, sauvé ! Il veut bien s’en occuper, de cette affaire d’enlèvement, le voilà même qui vient de se reconnecter et de repartir comme en 40 !

Allez, Watson, the game is afoot ! On oublie le vol de la déesse de la victoire, la fameuse Nikê, et on s’occupe de la disparition du gamin de la demoiselle.

Après une brève visite à Paris pour rencontrer sa cliente, la jolie Mademoiselle La Victoire, chanteuse de son état; vite, une visite au cabaret du Chat Noir, à Montmartre et quelques bourre-pifs; hop, une rencontre avec Toulouse-Lautrec et un espèce détective du dimanche qui se prétend être le descendant direct de Vidoq…

Purée, on commence sur les chapeaux de roues – sans aller trop vite non plus – avec cette traversée de Manche pour une petite visite à Paris qui sera toujours Paris.

J’ai aimé l’ambiance enfumée des cabarets, mais je me plaindrai du service car on m’a servi une fée verte (absinthe) et non le mojito commandé ! Mdr

Allez, on reprend le chemin inverse après notre petite enquête dans la ville lumière et voilà nos amis qui reviennent en Angleterre pour la suite de leur affaire.

Direction le Lancashire, ses campagnes isolées, ses petits villages sinistres et les horreurs qui y ont lieu à l’insu de tous. Tout bon holmésien le sait !

Du rythme, du dépaysement, deux enquêtes qui bougent, qui ont l’air différentes mais peut-être pas tant que ça, de l’action, des déguisements en tout genre, des déductions et un Sherlock Holmes en difficulté, parfois. Il est humain, aussi.

Les personnages de Holmes et Watson sont bien campés, ce ne sont pas les originaux, mais ils y ressemblent fort. Quant à Mycroft, il reste fidèle à lui même, tirant les ficelles depuis le Diogenes Club.

Le reste des personnages est bien décrit aussi, que se soit la demoiselle La Victoire ou le fameux – fumeux ? – descendant de Vidoq qui a tout d’une grande gueule – grand parleur, petit faiseur (ça nous rappelle certains politiciens, non ?).

L’aristocrate auquel Holmes va devoir se frotter a tout d’un taré de collectionneur – et il l’est ! – mais son personnage n’est pas figé, et c’est encore mieux. Sera-t-il pire ? Je ne puis vous le dire…

Si le format des nouvelles vont mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes que les romans, ici, ce n’est pas le cas : cette affaire lui va comme un gant ! On part d’un point et on arrive à un autre par un chemin non prévu, ce qui rend les choses plus piquantes.

On croit que tout est terminé et ben non, il y en reste sous le coude et hop, ça rebondit.

Bref, 296 pages de plaisir à l’état brut qui ont fouetté mes plaisirs de lecture. Oui, fouetté… les lecteurs du roman seront les seuls à comprendre ce private joke.

Un roman qui plaira aux holmésiens comme aux novices. Une belle aventure, des rebondissements et des personnages au poil (mais pas à poil).

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (296 pages – 1521 pages lues sur le Challenge).

CHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigérat-a-week1-copieMois du Polar - Février - Sharon

Disparu en mer : Graham Hurley

Disparu en mer - Hurley

Titre : Disparu en mer

Auteur : Graham Hurley
Édition : Gallimard – Folio Policier (2004)

Résumé :
La police de Portsmouth ne sait plus où donner de la tête : délinquance galopante des banlieues démunies, trafic de drogue solidement incrusté, dégradations diverses dans le quartier huppé de Port Solent, occupent à temps plus que complet des effectifs nettement insuffisants.

Aussi quand la fille de Stewart Maloney vient signaler la disparition de son père, personne ne s’alarme vraiment.

L’inspecteur Faraday décide de mener l’enquête tandis qu’un voilier engagé dans une course perd plusieurs de ses hommes au cours d’une terrible tempête.

2d27feaa4459320bf457d282dbb3e81bCritique : 
Faraday… Ce nom me dit quelque chose… Ça parlait d’une cage et cela n’avait malheureusement rien à voir avec un spectacle classé X.

Au temps pour moi, le Faraday d’ici n’a rien à voir avec l’électricité et la fameuse cage… C’est un inspecteur de police à Portsmouth.

Son rôle n’est pas de résoudre des meurtres, mais les vols et les incivilités qui règnent dans la ville côtière.

Notre inspecteur est veuf, cultivé, sa passion est l’ornithologie, c’est pas un stressé, il pourrait monter en grade mais il s’en moque. Faraday  est aussi le père d’un grand garçon de 22 ans, sourd, muet, et qui veut voler de ses propres ailes, maintenant.

— Parfait, déclara Bevan avec un hochement de tête. C’est bien ce que je leur ai répondu. Je leur ai dit que vous étiez un loustic retors et difficile à manœuvrer et que vous étiez bien là où vous étiez. C’est justement le genre de truc qu’ils ne comprennent pas. Ils s’accommodent fort bien de la malhonnêteté et de l’incompétence, mais ils sont largués avec les types dans votre genre. Ils y voient tout de suite un manque d’ambition et ça, c’est une chose qui les dépasse. Vous connaissez le onzième commandement ? Sois le meilleur. Hardi, petit, et te mouche pas du coude. »

Oubliez les courses-poursuites haletantes, vous seriez frustré. Mais si vous cherchez un roman policier plus profond, avec des personnages bien détaillés, bien présentés, avec leurs défauts, leurs qualités, leurs soucis, leur vie de famille compliquée, ou pas, des journalistes retors, des flics ripoux ou véreux, un brin de cynisme, et bien, vous avez ouvert le bon roman !

— Je peux défendre chacun de ces articles, lança-t-elle avec fougue.
— Non, vous ne pouvez pas, ma jolie. Et vous savez pourquoi ? Parce que ces histoires ne sont pas vraies. Les gens de votre espèce n’aiment que les gros titres, pas la réalité, pas la merde dont nous écopons. Vous voulez de l’émotion et du sensationnel. Vous voulez des veuves et des orphelins. Quand vous n’en trouvez pas, vous vous rabattez sur nous. Vous péchez par imprudence et paresse, et vous n’avez pas la moindre idée des dégâts que vous occasionnez.

Si, dès le départ, on plonge dans le vif du sujet avec une petite fille qui vient déclarer la disparition de son papa, il faudra dépasser la page 100 avant que ce dossier n’arrive sur la table de Faraday.

Attention, on ne peindra pas la girafe en attendant, nous bosserons sur un trafic de drogue, arrêterons des dealer, un meurtrier, négocierons avec des indics et interrogerons des suspects.

Le mouchard était à l’inspecteur de police ce que le chien est à l’aveugle.

Pas eu le temps de m’ennuyer durant ma lecture, j’ai dévoré le roman en deux jours à peine, tant je voulais savoir ce qui s’était passé. De plus, j’ai apprécié les personnages, ni tout blanc, ni tout noir, mais réalistes.

Rendons justice à la plume de l’auteur : ce n’est pas du Mozart, ni du Bach, mais il sait plonger son lecteur dans l’ambiance marine avec des termes propre à la navigation, sans compter ses descriptions entre les habitants des quartiers chics et ceux des ghettos qui souffrent de la crise et tirent le diable par la queue. Les distinctions sont flagrantes.

La plupart des mouchards de Winter seraient morts d’embolie mondaine en franchissant la porte. [En parlant d’un bar chic]

Faraday s’étonna tout haut de la violence des contrastes sociaux. Ça faisait des millions et des millions de livres sterling, tous ces voiliers et ces cabin-cruisers amarrés à une encablure d’un des quartiers les plus défavorisés du Royaume-Uni. Des boutiques de bibelots vendaient des bouquets de fleurs séchées à 60 livres pièce quand à cinq cents mètres de là des gosses n’avaient pas les moyens de se payer une paire de souliers neufs.

On ne file pas à 20 nœuds durant cette affaire, mais on prend l’air du large et la vitesse de croisière est bonne car les vents sont avec nous et la plume de l’auteur glisse sur les pages comme la coque d’un voilier sur les vagues.

De l’avis de certains de ses collègues, Winter avait élevé la duplicité et l’habileté verbales à une forme d’art, enregistrant une série de résultats stupéfiants, mais Faraday n’en considérait pas moins le bonhomme comme une insulte au métier et la preuve vivante du danger de corruption guettant la fonction policière.

Quant à la pêche au coupable, ce ne sera pas une partie de plaisir, notre inspecteur devra souvent relancer sa ligne, les budgets pour la police étant réduit à peau de zob !

— Malheureusement, il ne s’agit pas de la vérité, mais d’argent.

Et puis, si Faraday a un petit coup de mou dans les voiles, il a la sagacité et la ténacité d’un Columbo, ce qui fait qu’on reprendra vite du vent dans les voiles.

Quand on croit que tout est plié, ça rebondit ! Un coup de barre ? Faraday et ça repart !

Un roman agréable, pas ennuyeux, des personnages bien balancés, des décors grandeur nature, une atmosphère particulière, du réalisme mariné dans du cynisme… Je songe bien vite à remonter sur le pont avec l’inspecteur Faraday !

— Éliminez ce qui est vraiment impossible, dit-il à Bevan, et c’est dans tout le foutoir restant que vous trouverez la vérité.
— Éliminez ce qui est vraiment impossible, répéta-t-il en grognant, et il ne vous restera rien du tout.
— Vous m’avez accordé sept jours, monsieur, lui rappela Faraday. 

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (432 pages – 1225 pages lues sur le Challenge).

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