Branle-bas au 87 : Ed McBain

Titre : Branle-bas au 87                                               big_3

Auteur : Ed McBain
Édition : Collection Série Noire (n° 2484) Gallimard / Carré noir /Folio n°273

Première parution en 1974 / Nouvelle édition revue et augmentée par Anne-Judith Descombey en 1998

Résumé :
Avec la découverte d’un charnier où gisent six cadavres, on peut dire que les inspecteurs du 87ème commissariat sont particulièrement gâtés.

Carella, Kling, Meyer Meyer et les autres flics ont aussi sur les bras une guerre que se livrent différents gangs de jeunes.

Et là, ça dépasse tout, car, pour imposer une paix durable dans la rue, un certain Randall Nesbitt, un mec complètement givré mais bourré de principes, déclenche un carnage en règle.

Critique : 
Ville d’Isola, 3h du mat, dehors, il fait un froid de canard et pourtant, les flics du 87ème district sont là, à battre le pavé de leurs semelles, frigorifiés, leur petit gris étant rentré depuis longtemps dans la coquille.

Une tranchée dans un chantier et dedans, 6 cadavres raides morts et nus comme au jour de leur naissance. 5 adultes et un bébé…

Ed McBain doit être le roi des surprises car alors que nous en étions à l’enquête préliminaire (déterminer les noms des cadavres et comprendre pourquoi ils se trouvaient là), voilà que nous nous trouvons face à la déposition d’un certain Randall Nesbitt, président d’un « club » et qui avoue être à l’origine du carnage.

Là je vous jure que ça m’en a bouché un coin ! J’ai même pensé durant quelques secondes à une entourloupe d’un éditeur particulièrement sadique qui aurait inséré un chapitre de fin au début. Mais non, c’est un truc de l’auteur.

Vous vous dites « Quel est le plaisir de lire un roman dont on a déjà le nom du coupable ? ». Je vous dirais qu’on a tous regardé avec plaisir les enquêtes du lieutenant Columbo… On avait beau savoir QUI, on voulait comprendre COMMENT Columbo allait le démasquer.

Ici, malgré les chapitres où Nesbitt raconte l’affaire, nous suivons tout de même les policiers qui remontent toute la filière.

Les policiers du 87ème district nous font partager leurs pensées, leur vie, et on a l’impression qu’ils sont nos collègues de travail avec lesquels on va partager un café à la machine.

L’autre bon côté du livre est le fait que Nesbitt est un mec complètement givré, bourré de principes, possédant un langage correct, mais cet homme est d’une froideur absolue qui vous glace les sangs.

Sans parler qu’il est d’une mauvaise foi à vous renverser de votre chaise. Le bébé tué ? Pas responsable, monsieur ! Si ça se trouve, c’est une balle perdue tirée d’un des futurs cadavres qui a tué le môme…

— […] Chingo s’est mit à les canarder, il ne voulait pas toucher le bébé, bien sûr, mais ces choses-là, ça arrive. En pleine action, il y a souvent des accidents. Le bébé était innocent et personne ne voulait buter un bébé innocent. C’est arrivé, tout simplement. D’ailleurs, Chingo dit que le négro a sorti son feu au moment où Chingo défouraillait et c’est peut-être bien des balles perdues de son propre flingue qui ont tué le môme, va savoir… C’est peut-être bien lui qui a tué son propre bébé. Il a vu Chingo avec un feu à la main, il a sorti le sien pour se défendre et il y a eu des balles perdues.

— Le bébé, c’était juste un accident, on aurait sans doute essayé de descendre Atkins dans la rue. Il était pas prévu qu’on descende un innocent. […] D’aileurs, comme je vous l’ai déjà dit, Chingo pense que c’est peut-être une balle perdue tirée par Atkins lui-même qui a tué le môme.

Nesbitt possède ce talent qu’on certain pour vous faire dresser les sourcils devant tant de bêtises assénées comme des vérités. Pour avoir la paix, monsieur déclenche la guerre… effectivement, si le clan A et B son décimés, la paix va régner dans le quartier !

Dans ce roman où les balles voleront et les grenades exploseront, vous aurez tout de même le temps de croiser presque toutes les différentes couches de la société américaine.

Je terminerai par une citation d’Einstein qui résume bien : « La paix ne peut être maintenue par la force : elle ne peut être obtenue que par la compréhension mutuelle ». Médite bien dessus, Nesbitt. Si tu es capables de raisonner, bien entendu, ce dont je doute.

Einstein disait aussi : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, le « Mois Américain » chez Titine et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Bilan Livresque : Août 2014

Le mois daoût peut regarder le mois de juillet sans rougir !

Son score est le même : 13 livres lus et 1 manga, même si toutes les chroniques ne sont pas terminées.

Tout d’abord, j’ai commencé le mois par une réconciliation avec l’inspecteur norvégien Harry Hole qui m’avait fortement déçu lors de la lecture du premier tome.  Il n’en fut pas de même pour le deuxième « Les Cafards » de Jo Nesbø (ICI). Harry arrête la boisson et enquête un peu plus sérieusement sur l’affaire qui l’a envoyé en Thaïlande.

J’ai encore mieux aimé le second tome lu des aventures du shérif Walt Longmire ! Un très grand moment de lecture passé avec « Le Camp des morts » de Craig Johnson (ICI). Un récit qui vous entraîne dans le Wyoming profond, au fin fond du trou du cul de l’Amérique, dans une ville où j’ai plaisir à poser mes valises pour suivre les pérégrinations de Walt.

Il m’avait été recommandé chaudement par Yvan qui m’avait signalé, en live, que je ne devinerais jamais la fin. Il avait raison, j’ai pris un coup de pied au cul avec « Un long moment de silence » de mon concitoyen Paul Colize (ICI). « Double effet Kisscool » garantit.

« Baiser d’adieu » de Gurthie (ICI) m’a transporté à Édimbourg. Là, si on a besoin d’emprunter de l’argent, on va trouver Cooper. Et si on ne rembourse pas à temps, on reçoit la visite de Joe Hope et de sa batte de base-ball.

Mitigée avec « Et ne cherche pas à savoir » de Marc Behm. Il y a du très bon, dans ce livre, mais certains passages m’ont un peu dérangé (ICI).

Coup de coeur avec « Né sous les coups » de Martyn Waites (ICI). Ce roman jongle avec deux périodes, celle de 1984 et 2001,nous faisant changer d’époque mais avec les mêmes personnages, sans savoir ce qui s’est passé pour eux pendant ces 17 ans (on le saura à la fin). Un roman aussi noir que l’anthracite mais au bout du tunnel, il y a souvent de la lumière…

Dommage que la traduction des Série Noire n’ait jamais été exécutée de manière correcte et que les textes originaux étaient coupés ou réécrit… Cela a dû enlever une partie de l’écriture de Peter Cheney dans son roman « Cet homme est dangereux », publié en 1946 chez Gallimard (ICI). Malgré tout, un bon moment passé avec tout ce petit monde de la truanderie, chacun s’amusant à planter le couteau dans le dos de l’autre. Les bons mots sont légion et les métaphores bien tournées (de l’auteur ? de la traduction ?).

C’est parce qu’on me l’avait prêté que j’ai lu de suite « Quatre racines blanches » de Jacques Saussey (ICI). Allez, un petit voyage au Québec, sous la neige qui commence à tomber. Roman policier « classique » additionné de la triste réalité des bandes urbaines, des gangs, des yakusa, le tout sur fond de réserve indienne, véritable zone de non-droit, ce roman est un récit détonnant qui se lit très vite et facilement.

Autre coup de coeur avec « Smoky » de Will James (ICI). Une merveilleuse histoire d’amour entre un homme et un cheval, Smoky est aussi un incomparable témoignage des traditions de l’Ouest américain. Une belle lecture qui me laisse avec une grande douleur dans la mâchoire…

Petit piochage dans la PAL Noire grâce aux lectures communes chez Bianca. Hop, on exhume « Bedford square » de Anne Perry (ICI). L’honneur, la réputation… vaste programme pour ce roman ! Roman court, sans temps mort, qui fait la part belle à des personnages que j’apprécie beaucoup et où on se creuse les méninges en se demandant qui est le « blackmailer » et pourquoi il fait chanter 6 hommes haut placés qui n’ont pas l’air d’avoir de rapports entre eux.

Une page sombre de l’histoire de l’Irlande catho est évoquée dans « Le martyre des Magdalènes – Une enquête de Jack Taylor » de Ken Bruen (ICI).  Jack Taylor est un ancien flic viré pour abus de la boisson et qui n’a qu’une envie, c’est qu’on lui foute la paix. Mais le voilà chargé de retrouver « L’Ange des Magdalènes », ces institutions qui s’occupaient des filles-mères. Un roman noir qui m’a fait découvrir un autre univers, celui de l’Irlande.

Puisqu’en étais aux bonnes résolutions qui me poussent à découvrir des auteurs méconnus (mais possédés dans ma PAL), je me suis attaquée à un autre auteur de romans noirs, Ed McBain, avec son « Branle-bas au 87 » (ICI). Dans le genre déroutant, on ne fait pas mieux ! Alors que vous suivez l’enquête, bardaf, vous avez le coupable qui passe à table et vous raconte tout, étalé sur plusieurs chapitres ! Un truc de fou mais ça passe.

Commencé ce 31 août mais pas encore fini, j’ai sorti de ma « Pedigree PAL » ce roman d’Harry Crews, auteur que j’avais déjà découvert dans « Nu dans le jardin d’Eden ». Ici, c’est un autre roman mettant en scène des « monstres » avec « La malédiction du gitan » (EN COURS).

Il était temps que j’achète le tome 5 de City Hall afin de savoir. Je vous en dirai plus le mois prochain.

Bilan Livresque Août : 13 livres et un manga

  1. Les Cafards : Jo Nesbo
  2. Camp des morts (le) : Craig Johnson
  3. Un long moment de silence : Paul Colize
  4. Baiser d’adieu : Gurthie
  5. Et ne cherche pas à savoir : Marc Behm
  6. Né sous les coups : Martyn Waites
  7. Cet homme est dangereux : Peter Cheney
  8. Quatre racines blanches : Jacques Saussey
  9. Smoky : Will James
  10. Bedford square : Anne Perry (PAL Noire)
  11. Le martyre des Magdalènes – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen
  12. Branle-bas au 87 : Ed McBain
  13. La malédiction du gitan : Harry Crews (EN COURS)
  14. City Hall 5 : Lapeyre et Guerin

Le martyre des Magdalènes – Une enquête de Jack Taylor : Ken Bruen [NUM et Papier]

Titre : Le martyre des Magdalènes : Une enquête de Jack Taylor

Auteur : Ken Bruen                                                                              big_3-5
Édition : Gallimard (2008)

Résumé :
Lessivé, rincé par sa dernière enquête, Jack Taylor tente d’en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness au comptoir de son pub préféré. Alors qu’il répète à qui veut bien l’entendre qu’on ne l’y reprendra plus, Jack est sommé par un caïd local de retrouver « l’ange des Magdalènes ».

Contraint et forcé d’accepter afin de s’acquitter d’une dette d’honneur, Jack se retrouve au cœur d’un fait divers des années 1960, et croise bientôt les fantômes des « Magdalènes », des filles-mères reniées par leurs familles, exploitées dans des couvents catholiques où elles lavaient leurs péchés en travaillant comme blanchisseuses.

Hanté par ses échecs passés, poursuivi par une police locale qui lui cherche constamment des crosses, Jack va tenter de retrouver cet « ange », une mystérieuse femme qui serait venue en aide à ces pauvres filles mises au ban de la société.

Cependant, comme l’alcool, la vérité est bien souvent trompeuse. Gare au retour de flamme. Ce qui s’annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix.

Le martyre de Jack Taylor ne fait que commencer…

Critique : 
Si vous trouvez que le commissaire Erlendur est trop hanté par ses souvenirs, si vous pensiez qu’un flic ne pouvait pas être plus imbibé que l’inspecteur Harry Hole ou le privé Matt Scudder et qu’on ne pouvait pas faire plus torturé que le sergent sans nom qui enquêtait sur la mort de Dora Suarez, et bien, c’est que vous n’avez pas encore fait connaissance avec Jack Taylor…

Ancien guarda (flic), Jack Taylor s’est fait virer pour abus de substances illicites, dont l’alcool et la Guiness. Le savoir-faire des brasseurs n’était pas dégusté avec sagesse. Sans parler d’une petite « snifette » de temps à autre. Là, il vit dans un petit hôtel.

« Les alcooliques sont presque toujours des gens charmants. Ils sont bien obligés car ils doivent se faire de nouveaux amis en permanence. Ils consument les précédents ».

Alors qu’il fait briquer le zinc d’un pub avec ses manches (comprenez qu’il y est accoudé), un truand lui demande d’éponger sa dette en retrouvant « l’ange des Magdalènes », celle qui aurai sauvé des jeunes filles, dont la mère du truand.

Magdalènes ? Quoi t’est-ce ?? Pour ceux qui ne le sauraient pas, dans l’Irlande catho, les « Maisons des Magdalènes » étaient des charmantes institutions, tout ce qui a de plus légales, où des charmantes bonnes sœurs avaient la mission de purifier les filles mères ou toutes autres pécheresses. Amen.

Afin d’expliquer à ces gamines que ce qu’elles avaient fait était « mal », on leur donnait comme mission de s’occuper de la lessive, le tout dans des conditions de travail qui ferait défaillir le plus zen des syndicaliste. L’église – bénie soit-elle – se faisant bien entendu rétribuer pour ce service, les clients occultant les sévices reçus par ces filles.

Comme on se fichait pas mal de la cause qui avait planté un polichinelle dans le tiroir de ses jeunes filles – viol familial ou autre – on leur faisait payer leur ignominie afin de laver plus blanc que blanc leurs péchés imaginaires. La dernière de ces maisons a fermé dans les années 1990. Ite missa est… Circulez, y’a plus rien à voir !

Sérieusement, si ces bonnes sœurs méritent le peloton d’exécution et la damnation éternelle dans les flammes de l’Enfer, Jack Taylor aussi. Parce que niveau « enquête », il est à fouetter ! Je dirais même qu’il n’en a rien à branler, malgré le fait que son truand psychotique de client ait failli lui coller des traces de freinage dans le slip en lui donnant des frayeurs à coups de roulette russe. Non, ça le fera pas se remuer plus que ça…

De plus, Jack s’est vu confier une autre enquête sur une veuve qui aurait tué son mari. L’enquête étant demandée par le beau-fils. Là aussi, rien à battre, il continue de s’imbiber grave et décide que la veuve est innocente.

Il est dit dans une critique qu’on ne suit pas Jack pour ses enquêtes et c’est bien vrai. Non, on suit ses aventures dans les brumes de l’alcool et du brouillard de poudre blanche pour tout autre chose. Les ambiances… les mots d’irlandais, sa nonchalance, ses pensées, ses bons mots, son je-m’en-foutisme, sa manière de se mettre la terre entière sur le dos, son manque de morale absolue.

— Je vous emmerde, Jack Taylor. Vous êtes un individu méprisable.

La quête du savoir est semblable à un joli petit cul dont vous savez pertinemment que vous ne devriez pas essayer de vous le faire, à la fin, vous essayez quand même.

Comment enjoint-on à un homme de partir, en termes vulgaires ? Dégage, tire-toi, fous le camp, taille la route etc. Tous très efficaces. Mais rien ne vaut l’expression classique utilisée pour de vrai par Spike o’Donnell ( l’un des frères O’Donnell, de Chicago, la seule petite bande qui ait dit aux gangsters de Capone d’aller se faire voir et qui en ait réchappé). Ce qu’il a dit, c’était : fais toi rare.

Je m’attendais à avoir plus de passages sur les Magdalènes, mais l’auteur n’a inclus que quelques courts chapitres, sans trop développer, tout en arrivant à vous coller des sueurs froides. Écriture sobre, mais percutante, pour ces passages.

On frémit devant quelques sévices admonestés par ces femmes frustrées, qui n’avaient pas choisi les voies de Dieu par vocation ou alors, n’avaient rien compris au message initial. Et puis, le pouvoir, ça grise et ça fait jouir !

Si j’ai eu un peu de mal au départ en découvrant Jack, il a réussi à m’étonner sur la fin. Bon, il a fallu qu’il lâche un peu la bouteille et se bourre de médocs qui lui auraient fait gagner le Tour de France, s’il avait décidé de le courir.

Par contre, j’ai bien aimé le fait que Jack Taylor, grand lecteur, nous livre ses opinions et ses coups de cœur sur tel ou tel auteur. Mieux, le roman est truffé de citations, de clins d’œil ou de pensées sur ses auteurs favoris qui sont tout de même : Robin Cook, David Peace, James Ellroy ou Edward Bunker. Du lourd.

Au travers des bouteilles sombres de Guiness, la réalité est souvent trouble, Jack va s’en rendre compte. De plus, toutes les vérités ne sont pas bonnes à être exhumées.

Une enquête qui doit presque se résoudre sans l’aide de Jack, mais une fois que son euro est tombé, là, il y va à fond la caisse et la morale, il vous la fourre où je pense !

Un roman noir qui m’a fait découvrir un autre univers, celui de l’Irlande. Voilà un auteur que je vais suivre de très près.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015) et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

Bedford Square : Anne Perry

Titre : Bedford Square                                       big_3-5

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Shocking ! Le général Balantyne ne décolère pas contre cet inconnu qui a eu le mauvais goût de venir mourir sur son perron de Bedford Square.

Pour Thomas Pitt, chargé de l’enquête, l’existence d’un lien entre la victime et le vieux militaire ne fait cependant aucun doute, mais pour le découvrir il va lui falloir explorer les arcanes de la haute société victorienne.

Et lorsqu’il s’agit de s’introduire dans ce milieu huppé, aucune aide ne lui est plus précieuse que celles de sa femme, l’intrépide Charlotte, de son amie Lady Vespasia, et de l’indispensable bonne Gracie.

Ensemble, ils vont peu à peu découvrir l’odieux chantage dont étaient victimes six des personnages les plus influents du royaume et qui menaçait leur bien le plus cher dans cette société impitoyable : leur réputation.

Critique : 
L’honneur, la réputation… vaste programme pour ce roman d’Anne Perry ! Warren Buffett a dit « Il faut 20 ans pour construire une réputation et cinq minute pour la détruire ».

On peut comprendre que dans l’Angleterre de la reine Victoria, une certaine partie de la population tienne à leur réputation comme d’autre à la prunelle de leurs yeux.  Je parle bien entendu de l’Angleterre du haut.

Imaginez, vous êtes un général à la retraite et un bête type a eu la brillante idée de venir rendre son dernier soupir sur votre perron ! Déjà que votre nom fut entaché il y a quelques années, il n’en faut pas plus au général Balantyne pour se dire que ces derniers jours sont vraiment des JDM !

Ce tome, bien au-dessus du précédent, fait la part belle à Charlotte et à tante Vespasia, pour laquelle j’ai une tendresse toute particulière. Honneur aussi à l’inspecteur Tellman, qui, de personnage détestable que j’avais envie d’étrangler lorsque Pitt est devenu commissaire dans « Le Bourreau de Hyde Park » devient un personnage qui évolue dans le bon sens au fil des tomes.

Un meurtre étrange et dans l’ombre, un étrange maître-chanteur qui ne demande pas d’argent, pas de services, mais qui terrorise des hommes hauts placés en les menaçant de révéler des choses qui détruiraient leurs réputations.

Voilà donc Charlotte ♫ Avec l’ami Bill Balantyne, Sauvé de justesse des crocodiles ♪ qui va enquêter dans le but de l’aider, car elle a de l’amitié pour lui. Et vous savez que quand Charlotte décide d’enquêter, elle y va franco !

Un roman court, sans temps mort, qui fait la part belle à des personnages que j’apprécie beaucoup (mais sans Emily, la sœur de Charlotte) où on se creuse les méninges en se demandant qui est le « blackmailer » et pourquoi il fait chanter 6 hommes haut placés qui n’ont pas l’air d’avoir de rapports entre eux.

Comme je vous le disais, l’honneur et la réputation de ces personnages haut placés sont au centre de l’intrigue (et d’autres choses que je ne dévoilerai pas) et l’auteur nous fait bien comprendre que ce n’était pas rien, à cette époque, de perdre son honneur aux yeux des autres.

Tout le paradoxe étant que si on nie, les gens ne croiront pas, quand bien même on apporterait une preuve. Une fois que les gens ont jasé, le mal est fait.

Roman tendu aussi car les victimes de chantage commence à suspecter tout le monde…

Si dans le dernier opus j’avais deviné qui était coupable, il n’en fut rien ici et je m’en suis prise un bien costaud lors de la révélation.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), du Challenge « Polar Historique » de Sharon, du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Smoky : Will James

Titre : Smoky                                                                       big_5

Auteur : Will James
Édition : Actes Sud (2013)

Résumé :
Smoky évoque la vie d’un cheval dans les grands espaces du Nord-Ouest américain, au début du XXe siècle.

Particulièrement sauvage, il craint les hommes plus que tout.

Mais sa route croisera celle de Clint, un cow-boy qui saura gagner sa confiance et fera de lui l’un des meilleurs chevaux de ranch de l’époque.

Jusqu’au jour où Smoky est volé…

Petit plus : Merveilleuse histoire d’amour entre un homme et un cheval, Smoky est aussi un incomparable témoignage des traditions de l’Ouest américain.

Longtemps avant que la parole des nouveaux maîtres se soit fait entendre, Will James démontrait déjà à quel point la patience, le respect et l’amour permettent d’obtenir le meilleur d’un cheval.

Ce livre est un “classique” pour les amoureux des chevaux aux États-Unis. Publié pour la première fois en 1926, il a connu un succès immédiat et a toujours été édité depuis. Il n’a jamais été traduit en français jusqu’à ce jour.

L’une des plus belles histoires jamais racontées sur les chevaux.

Critique : 
Il est des chevaux qui vous marquent plus que d’autres, des chevaux qu’on oublie jamais. On a beau en avoir monté beaucoup, en avoir croisé des tas, et pourtant, comme le dit si bien Buck Brannaman : « Il y en a un, un jour, qui croise notre route, (…) ce cheval est unique ».

Ceux qui sortent du lot ne sont pas les plus gentils ou les plus faciles. Que du contraire, ce sont souvent les plus dangereux et les plus difficiles à monter qui ont toute notre attention, notre affection… Je vous le confirme. Celui que j’ai le plus aimé fut celui qui me mit par terre et qui manqua de me tuer plusieurs fois, mais jamais par méchanceté.

Ce qui est arrivé à Clint, débourreur professionnel de chevaux dans le ranch « Rocking R » lorsqu’il aperçu le cheval gris souris dans le corral, bon nombre de cavaliers l’ont ressentit. On le voit et on sait que c’est CE cheval là.

Clint est un débourreur qui sait qu’il ne faut pas « briser » un cheval, mais se faire accepter par lui. Ses méthodes sont douces, mais fermes et, entre lui et le cheval, naît tout doucement une amitié profonde. Tout dans le respect.

Le cheval gris souris sur lequel il a jeté son dévolu est baptisé Smoky, mais le lecteur le savait déjà puisqu’il a eu le bonheur de suivre le cheval depuis sa naissance jusqu’à son arrivée parmi les hommes du ranch, à l’âge de cinq ans afin d’être travaillé (même s’il y est déjà venu vers ses 6 mois, pour le marquage).

Petite particularité du récit, l’histoire de la vie du cheval est racontée de son point de vue, mais pas à la première personne. Ce petit artifice du narrateur donne un résultat plus que convaincant car l’auteur s’y connaissait en matière de chevaux, de leur mode de vie, il les avait vécu à leurs côtés et travaillé avec eux toute sa vie.

De plus, le roman est agrémenté par des dessins de l’auteur. Très bien fait, d’ailleurs !

Bien avant les nouvelles méthodes de dressage prônée par de grands cavaliers western, le cow-boy Clint sait que, grâce à sa patience et à sa douceur, il parviendra à ses fins avec Smoky.

Durant 5 ans, il va participer aux roundups (rassemblements des bêtes), monté sur Smoky à qui il apprend le métier. Et le cheval apprend vite, il aime ça et a confiance en son cavalier. Uniquement monté par Clint car il ne tolère personne d’autre. Smoky est un « one-man horse », « le cheval d’un seul homme ».

Si la première partie du texte qui voit grandir Smoky au milieu du troupeau est agréable à lire, la deuxième partie l’est tout autant car on voit le cheval progresser, sans que le récit soit monotone pour autant. Ça se dévore tout seul en une après-midi, d’un coup (290 pages).

Le pire survient lorsque Smoky est volé. Cette partie du récit est plus violente, elle fait mal au coeur du lecteur car Smoky devient une véritable machine à tuer. En perdant son cavalier et on tombant sur un homme sans pitié, quelques chose s’est cassé en lui.

La soumission du cheval, tout à la fin, est particulièrement poignante. J’en ai eu les larmes aux yeux.

Roman de grands espaces, il est plus à conseiller aux amoureux des chevaux, à ceux qui aiment les récit de « nature writing » ou les récits dans le genre de « L’appel de la forêt », « Croc-Blanc »… Pour les lecteurs incultes en matière de chevaux, il y a un petite glossaire à la fin pour mes mots que vous ne connaitriez pas.

Moi je l’ai dévoré avec un état d’esprit que peu auront car Smoky m’a fait penser au cheval qui m’a le plus marqué dans ma vie de cavalière.

C’était mon préféré, celui à qui j’ai tout appris, celui qui ne demandait qu’a apprendre de nouvelles figures, alors que les autres râlaient ferme dès qu’on leur demandait de placer leur tête.

C’était aussi le plus « chaud » en ballade, étant donné que c’était un entier (étalon non reproducteur). Le plus agressif avec les autres mâles, castrés ou non, le plus fougueux, le plus violent, celui qui a failli m’envoyer rejoindre mon Créateur, mais aussi celui qui arrivait au triple galop lorsque j’entrais dans la prairie.

Celui qui m’a laissé le plus grand vide lors de son départ vers d’autres pâturages, ceux qui sont éternels… Comme Clint, j’ai souffert de ce vide, mais Clint, lui, il a retrouvé son Smoky, moi, je n’en retrouverai jamais des comme lui.

Une belle lecture qui me laisse avec une grande douleur dans la mâchoire…

Quelques images plus bas pour que vous puissiez admirer la souplesse des chevaux de monte western.

Le « Challenge US » chez Noctembule,  le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

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Quatre racines blanches : Jacques Saussey

Titre : Quatre racines blanches                           big_3-5

Auteur : Jacques Saussey
Édition: Les Nouveaux Auteurs (2012) / Livre de Poche (2014)

Résumé :
Daniel Magne, officier de police à Paris, est en voyage professionnel au Québec. Il représente la France dans un congrès qui va se tenir à Montréal et qui rassemblera les polices des pays francophones.

Seul témoin du meurtre d’un de ses collègues canadiens et de l’enlèvement d’une femme, il est sollicité par l’inspecteur-chef Anatole Lachance de la Sûreté du Québec pour l’aider à identifier les assassins.

Peu après, le corps supplicié de l’inconnue est découvert à l’entrée de la réserve mohawk de Kanawaghe sur la rive du Saint-Laurent.

Avec sa coéquipière et compagne Lisa Heslin qui l’a rejoint, Magne se lance dans une enquête hors juridiction particulièrement délicate et périlleuse. Sans le savoir, ils viennent de mettre les pieds sur le territoire de l’un des criminels les plus dangereux du Canada.

Critique :
Câlisse de Crisse ! Tabarnak !  Oui, je suis en train de « sacrer » (jurer) en québecois.

Pourquoi ? À cause de l’excellente lecture que je viens de faire et qui se déroulait au Québec, à l’orée de l’automne, la neige commençant déjà à tomber, nous gelant les chnolles… Les gosses, quoi !

Voilà un roman que je n’aurais pas acheté si un vent favorable ne me l’avait pas déposé sous mon nez… Une connaissance qui me certifia que je passerais un bon moment de lecture tout en me refilant ce roman. Puisque j’avais promis de le lire vite, j’ai évité de le laisser traîner trop longtemps sur ma pile… Lu en une journée (480 pages).

Daniel Magne est un flic parisien et s’il se trouve au Québec, c’est en raison d’un colloque entre poulets francophones. Alors qu’il allait boire un verre avec un policier autochtone, ils assistent à un enlèvement d’une femme. Bardaf, voilà que le collègue du pays de Céline Dion se fait abattre comme un orignal au champ de tir, par le ravisseur.

Deux jours plus tard, la femme enlevée est retrouvée éparpillée aux limites de la réserve des indiens Mohawk de Kanawaghe.

Le tueur lui a fait une ordonnance, et une sévère. Comme Raoul Volfoni (« Les Tontons flingueurs »), il ne correctionne plus : il ventile, il disperse… Cette femme, il nous l’a éparpillé par petits bouts, façon puzzle quasi.

— Comment est-elle ?
— En morceaux…

Pourquoi tant de hargne sur ses phalanges ? Pourquoi l’avoir enlevée ? Qui ? Comment ? Les flics québecois vont pouvoir « sacrer » à coups de « câlisse de crisse » afin de résoudre l’affaire, aidé par un Daniel Magne remonté à balles de guerre et par sa copine qui vient de le rejoindre.

Rien à dire, le récit bouge et on n’a pas le temps de bayer (et non « bâiller ») aux corneilles car il y a du rythme, des retournements et l’alternance de chapitres nous permettant de découvrir les différents protagonistes de l’histoire.

On peut donc passer d’un chapitre plus « doux » à un plus trash avec le tueur, un membre d’un gang… L’avantage étant que si le lecteur avait trouvé la réaction des indiens Mohawk un peu violente à la vue des flics à l’entrée de leur territoire, il comprendra un peu plus loin pourquoi ces gens haïssent l’homme Blanc !

— Les Européens sont alors arrivés sur notre terre. Ils se sont déversés par milliers sur les rives du fleuve, chaque jour plus nombreux, chaque jour plus affamés de possessions. Ils sont venus avec leurs vices et leurs armes, avec leur cupidité et leurs mensonges, et ils ont mis la guerre dans le cœur des miens. Là où ils ne se battaient pas, ils ont donné des couvertures infestés de maladies à des femmes et à des enfants pour tuer silencieusement ce peuple qui était là depuis la nuit des temps, ce peuple qui les gênait, ce peuple qui n’était pas immunisé contre leurs microbes venus d’au-delà de l’océan.

Si j’ai parfois trouvé les personnages de Daniel Magne et de sa copine Lisa un peu lisse ou « too much » à certains moments, je me suis tout de même attachée à eux. Malgré tout, je trouve que les autres personnages étaient mieux construits que les deux principaux.

Le Méchant est particulièrement sadique, un vrai fils de pitoune.

Le langage québecois est présent, mais pas de quoi vous importuner durant votre lecture. Une fine dose pour vous dépayser et vous vous imaginez déjà là-bas, certains étant même explicité en note de bas de page. Amusant, bon nombre de noms de famille sont en « La » : Lafleur, Lacouture, Lachance (mais pas de « Latronche En Biais »), ajoutant de l’exotisme à la lecture…

Mélangeant le roman policier « classique » avec la triste réalité des bandes urbaines, des gangs, des yakusa, le tout sur fond de réserve indienne, véritable zone de non-droit possédant ses propres lois, sa propre police ethnique, ses coutumes sans compter une sacré dose d’omerta, ce roman est un récit détonnant qui se lit très vite et facilement.

Plus qu’un simple roman policier : un roman mettant en avant-plan les erreurs des Blancs et des conséquences qui en découlent encore maintenant, sans oublier la cupidité de certains, prêt à tous les trafics pour obtenir plus d’argent.

Ça fait froid dans le dos…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix des lecteurs, sélection 2014) et le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

Cet homme est dangereux : Peter Cheney

Titre : Cet homme est dangereux                          big_2-5

Auteur : Peter Cheney
Édition : Série Noire (1945)

Résumé :
Et maintenant que je vous présente Miranda Van Zelden — la beauté faite femme. C’te môme est l’héritière de dix-sept millions de dollars — ça vous la coupe, hein ?

En plus, c’est la reine des tordues, et le plus chouette bout de femme dont puisse rêver un homme d’affaires surmené, le soir, à son bureau… souple comme une panthère et un châssis à bousiller des noces de diamant.

C’est vraiment une pitié qu’une môme comme elle aille fréquenter des boîtes louches.

Critique : 
Au rayon des nouveautés de septembre, il y a le tout nouveau Peter Cheney, cuvée 1945 ! Ça vous en bouche un coin, je sais, j’ai toujours une guerre d’avance sur tout le monde.

Non contentent d’être la nouveauté de l’année 45, c’est aussi le mythique numéro 2 de la collection « Série Noire », même si, niveau chronologie, il se déroule avant « La môme vert de gris », le numéro 1 de la collection. Bien que, à cette époque là, les numéros n’étaient pas inscrits sur la couverture.

Conseil, commencez par cet opus-ci d’abord afin de ne pas vous faire gâcher la surprise que l’auteur nous réserve aux 8 dixième du roman. Surprise qui fut fichue en l’air suite aux premiers paragraphes lus dans « La môme… ».

Alors, qu’avons-nous là au menu ? Des histoires de gangsters et une tentative d’enlèvement sur une belle jeune fille et riche héritière qui plus est.

Comme vous le savez, les gangsters, ça s’associent ensemble, mais c’est toujours dans le but de gruger l’autre, de le rouler, de le doubler et à la fin, on se retrouve avec une soupe de sales types qui se plaignent d’avoir été roulé (avant d’avoir eu le temps de rouler l’autre) et qui veulent se venger en roulant l’adversaire…

Le héros n’est pas un flic, mais un bandit, lui aussi, bien que le lecteur risque de le trouver sympa, quand bien même il descende des truands dans le dos. Je n’en dirai pas plus.

Lemmy Caution, puisque c’est lui le héros, est à l’inverse de la chanson de Sting « A Englishman in New-York » car dans le livre, c’est « A American-man in London ». Et oui, le personnage de Lemmy, américain (au contraire de l’auteur) et il va vivre ses aventures trépidantes dans le Londres des années 30 (livre paru en 36 en Angleterre, quand je vous dis que je suis à la pointe des nouveautés).

Et le style dans tout cela ? Pas facile à lire au départ à cause d’une profusion de personnages et lecture rendue ardue par la profusion d’argot français, alors que Lemmy, dans la V.O parle en slang américain (argot américain)…

Comme l’impression que le texte n’est pas super travaillé dans ses dialogues…

Pendant qu’on est là, j’annonce à Larry que son frère s’est fait buter, et ça lui plaît pas plus que ça, à tel point qu’il brûle de partir de suite pour en descendre un ou deux. Je lui dis de pas s’en faire, qu’avant peu on aura nettoyé tous ces zèbres là, et proprement.

Petite enquête car j’ai peine à croire que le grand Peter Cheney puisse écrire de la sorte, utilisant des termes d’argot qui n’ont rien à voir avec le folklore américain ou anglais.

La traduction est de… Marcel Duhamel, l’ancien agent et traducteur de la Série Noire chez Gallimard. Déjà, ça pue l’oignon ! Sur le quatrième de couverture, il est noté « Texte intégral Série Noire » et là je crie « Bingo, le texte a sans aucun doute été caviardé ».

Gagné, on est bien face à une traduction à la « mord-moi l’fion » ! (pour la rime).

Il faut savoir qu’à l’époque (et jusque pas encore si longtemps que ça), les traductions chez Série Noire était à l’emporte-pièce : on caviardait le texte original (on le censurait), on tranchait dans les romans originaux pour que tous les romans traduits ne dépassent pas les 254 pages.

Des véritables Jack The Ripper chez Série Noire ! Coupe de chapitres, phrases éliminés, paragraphes entiers passés à la trappe, style d’écriture de l’auteur remanié et changé pour mettre de l’argot français et faire en sorte que le lecteur ne se fasse pas péter une neurone lors de sa lecture.

Oui, le roman policier était le parent pauvre, nous étions après la guerre et fallait économiser…

Et c’est là que le bât blesse : toute la richesse d’écriture de Cheney a dû être effacée pour un style à la sous tonton-flingueurs (comme ils le firent durant des années).

Si Cheney voyait son texte traduit, m’est avis qu’il retomberait mort et grosse catastrophe, « Rivages » ne l’a pas retraduit en texte intégral.

Ah que je haïs ces coupes dans les textes ! Ils perdent toute leur essence.

Malgré tout, un bon moment passé avec tout ce petit monde de la truanderie, chacun s’amusant à planter le couteau dans le dos de l’autre. Les bons mots sont légion et les métaphores bien tournées (de l’auteur ? de la traduction ?).

Price est aussi mort que du pâté de cochon.

— T’es marqué, tu le sais très bien, et il va te nettoyer tout de suite. D’ici demain soir tu vas être en train de chanter des hymnes là-haut avec assez de plomb dans le corps pour avoir l’air d’une réclame de fabrique de munitions.

« Quand il en a terminé, tout le monde s’imagine que c’est moi qu’ai appris son métier à Al Capone, et dans le tribunal, les gens me regardent en se demandant si je vais pas leur sortir une mitraillette par le trou d’oreille ».

Mais j’aurais aimé lire le texte en V.O sous titrée pour voir ce qui était passé à la trappe et quels dialogues ils avaient changé. Tout cela ne m’empêchera pas de lire la suite.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.

Né sous les coups : Martyn Waites

Titre : Né sous les coups                                            big_5

Auteur : Martyn Waites
Édition : Payot et Rivages (2013)

Résumé :
1984 : Margaret Thatcher est au pouvoir, les mineurs sont en grève. « Deux tribus partent en guerre », pour reprendre un tube célèbre.

À Coldwell, cité minière du Nord, les mineurs ont lutté quasiment jusqu’à la mort, mais ça n’a pas suffi : manipulant l’opinion, recourant à la violence policière, les Tories avaient, à l’époque, méthodiquement cassé les reins du mouvement ouvrier.

Pour les vaincus, le prix de la défaite sera exorbitant : vingt ans plus tard, Coldwell est une ville sinistrée, gangrenée par tous les fléaux sociaux.

Histoire d’un affrontement impitoyable aux conséquences dévastatrices, histoire de criminels qui prospèrent sur la misère, histoires d’amour contrariées, tragiques, mais aussi poignantes, Né sous les coups est la fresque de tout un monde mis à terre qui lutte pour survivre sur deux générations, baignant dans la musique anglaise des années 70 et 80.

Critique : 
Tout comme le chantait Renaud, moi aussi je me changerais bien en chien, et comme réverbère quotidien, je m’offrirais Madame Thatcher. Et je ne serai pas la seule à aller me soulager sur sa tombe, je le sais.

Pourquoi est-ce que je parle de Miss Maggie dans ma chronique ? Parce qu’il est question de son gouvernement dans ce roman noir social.

Ce fut une lecture  dure, âpre, une lecture qui me marquera profondément, un roman dont j’ai dévoré les 200 dernières pages sans pause, restant épuisée à la fin de ma lecture à cause de ma course effrénée dans les rues de la ville, les flics à mes trousses, leurs matraques me chatouillant les côtes et fracassant le sommet de mon crâne, j’ai sauté par-dessus les haies, les chiens policiers à mes trousses, les policiers montés m’ont coursé dans les rues, je me suis faite plaquer contre le mur par les destriers rendu fous par leurs cavaliers, les chevaux redevenant des machines de guerre pour la cause.

Le rapport de force se trouva inversé. Les mineurs étaient quelques centaines, les policiers cinq mille.
Ils attendirent le départ des caméras de télévision, puis ils chargèrent.
La police montée. Les chiens policiers. Ils attaquèrent tout le monde, sans distinction. Quiconque avait un lien avec la grève, homme ou femme, jeune ou vieux, était une cible légitime. Les matraques antiémeutes furent réutilisées pour la première fois depuis dix ans. La dernière fois qu’elles l’avaient été, elles avaient causé la mort d’un manifestant antinazi.
Les gens se firent bastonner, piétiner, mordre.

Il ne faisait pas bon être mineur gréviste en 1984…

« 1984 » n’est pas qu’un roman célèbre d’Orwell… C’est en 1984 que l’Angleterre est entrée dans les temps modernes tels que nous les connaissons. C’est en mai 1984 que la bombe à retardement à été enclenchée et que le compte à rebours fut lancé dans un sinistre « tic-tac ».

Une seul nom : Margaret Thatcher, dite « la dame de fer ». Elle a été réélue pour un second mandat, les gens n’ayant aucune autre alternative crédible. La dame de fer s’est attaqué aux mineurs et les mines ont fermés, entrainant des combats, des tabassages en règle de mineurs et la mort des villes qui vivaient du charbon, pourtant rentable. Les grévistes n’ont pas eu le soutien de la population…

Le succès de ces opérations modifia les mentalités des membres du gouvernement. Il autorisa à penser l’impensable. S’ils pouvaient faire ça impunément, alors ils pouvaient se permettre tout et n’importe quoi.
Les gens ne diraient rien si les mineurs se faisaient démolir. Ils auraient trop peur de perdre leur propre boulot.
On pouvait faire tout et n’importe quoi sans avoir rien à craindre.

Ce roman jongle avec deux périodes, celle de 1984, nommée « avant » et 2001, nommée « maintenant », nous faisant changer d’époque mais avec les mêmes personnages, sans savoir ce qui s’est passé pour eux pendant ces 17 ans (on le saura à la fin).

1984, dans la ville minière de Coldwell, près de Newcastle… Nous sommes  en compagnie de  Tony, un jeune footballeur professionnel qui a du potentiel; de Louise qui cherche l’amour; de Tommy, une jeune brute, bras droit et gauche d’un caïd de la pègre locale; Mick un mineur syndicaliste qui aime la dive bouteille et Stephen Larkin, un journaliste idéaliste.

Tout ce petit monde évolue alors que les mineurs se lancent dans leur ultime combat, certains étant plus impliqués que d’autre.

2001… de la ville de Coldwell en état de siège en 1984 à celle décrépite et moribonde, tout a changé et ♪ « non, non, rien n’a changé » ♫.

Si la révolte semble être morte sous les coups de matraque donné en 1984, la résignation qui a engourdi les mineurs continue de faire son œuvre en 2001. La ville est morte et seule la pègre fait son beurre en vendant de l’herbe.

Ce roman nous montre la manipulation des masses par les médias qui, avec un reportage, peut faire passer le clan A pour des brutes et le clan B pour des victimes. Ici, ce furent les mineurs qui se firent passer pour des brutes sanguinaires et les poulets pour des pôvres petits. Démagogie, quand tu nous tiens.

Le gouvernement Thatcher voulait détruire la classe ouvrière et seuls les mineurs se sont révoltés… Le reste du monde ne comprenait rien et s’en fichait. Ce n’était pas son combat et de toute façon, les médias étaient instrumentalisées, les gens manipulés et les mineurs esseulés.

Les personnages de ce roman sont multiples, certains plus attachants que d’autres. Multiples, mais travaillés ! Ils ont leurs contradictions, ils ont des idéaux, des espoirs de vie meilleure, des envies, du courage mélangé à une part de lâcheté. Et les pire ne sont pas toujours les caïds… N’est-ce pas, Keith ?

Martyn Waites nous balance sans ménagements au milieu de cette population fracassée, moribonde, en état de mort clinique quasi. Il nous jette parmi cette population dépossédée de son travail, privée de son droit à faire bouillir la marmite, amputé de leur fierté et de la solidarité entre camarades mineurs.

Ils n’ont plus rien et ne peuvent léguer à leurs enfants que le malheur, le renoncement à tout et la haine de soi.

Pour eux et pour la génération suivante commence une longue et pénible descente aux Enfers, une descente bien plus dégradante que celle qui les transformait en rats qui grattaient la terre pour en extraire les pépites noires.

L’échec ne naît pas de la révolte mais de la résignation…

Un roman aussi noir que l’anthracite mais au bout du tunnel, il y a souvent de la lumière…

Photo d’illustration : Ce face-à-face à la mine d’Orgreave, près de Sheffield, a été l’un des tournants de la grève des mineurs de 1984-1985. La police a empêché les manifestants de fermer l’usine et ce fut le début d’une longue et douloureuse débâcle, jusqu’à la défaite finale.

Il y a eu d’autres batailles sanglantes après celle-ci, mais le fait que les mineurs n’aient pu obtenir le soutien d’autres ouvriers lors de la bataille d’Orgreave les a dégoûté et isolé. Bien que les grévistes aient recueilli des dons d’argent importants, la tactique du gouvernement Thatcher — anticiper en stockant du charbon et envoyer des troupes de briseurs de grève remplacer les manifestants — s’est révélée efficace et a marqué la fin de l’époque des puissants syndicats.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

Et ne cherche pas à savoir : Marc Behm

Titre : Et ne cherche pas à savoir                            big_2-5

Auteur : Marc Behm
Édition: Payot et Rivages (1996)

Résumé :
A l’aéroport, Lucy achète « Moby Dick » et une bouteille de scotch. De quoi tuer le temps avant de prendre livraison d’un client. Lucy collecte les âmes pour Lucifer.

À la morgue, le Dr Hegel remercie « le piqueur », un serial-killer qui a déjà poignardé onze victimes avec un pic à glace, de lui envoyer sur sa table de dissection de superbes jeunes femmes.

Au cimetière, Véronique Hegel converse avec sa mère, enterrée depuis des années.

Quant à Walter Gösta, il se planque. Son délai terrestre a expiré, mais il refuse d’honorer son contrat. Lucy est à sa recherche.

Le sens de tout ça ? « Ne cherche pas à savoir. De toute façon, qu’est-ce que signifient la vie, la mort, toutes ces foutaises ? »

Un serial-killer, un ange de l’enfer, un médecin nécrophile, un cadavre en fuite, des damnés qui croient échapper à leur destin en s’aspergeant d’eau bénite…

Ce sont quelques-uns des personnages de ce thriller de Marc Behm, l’auteur inclassable et génial de La Reine de la nuit, Mortelle randonnée, Trouille et A côté de la plaque. « La grâce behmienne est indicible.

Critique : 
Walter Gösta avait un gros soucis : il n’arrivait pas à faire durcir son petit oiseau… Quelque soit le moyen utilisé, son instrument restait tout pantelant. Embêtant.

Passa alors un homme qui lui proposa un petit contrat. Il suffisait d’apposer sa signature en bas du papier et il avait la garantie de pouvoir baiser comme un malade durant les dix prochaines années.

Pour baiser, il a baisé, mais tout à un prix et c’est son âme qu’il a vendue en échange de dix années de folie sexuelle. Et Lucy est là pour récupérer le dû. C’est son boulot de les faire trépasser à la date et l’heure prévue dans le contrat.

Voilà une lecture qui me laisse avec un sentiment mitigé, n’arrivant pas coter ce roman burlesque. Pourtant, habituellement, le burlesque, ça passe bien, chez moi. N’avais-je pas l’esprit à ça en entamant ma lecture ? Sans doute.

Composé de chapitres extrêmement courts, ce roman se lit assez vite. Particularité des chapitres ? Ils donnent tous la paroles aux différents protagonistes, ce qui peut vous faire perdre la tête à un moment donné.

Niveau personnages, ils sont tous plus tarés les uns que les autres. Entre le médecin légiste qui a des relations sexuelles avec les jolies femmes assassinées par le tueur en série « Le Piqueur »; Véronique, son épouse, qui parle à voix haute à sa mère morte; le District Attorney,  jumeau du légiste, qui a commis des bourdes dans son travail; Ken, le travelo et sa sœur, Bess, qui est capable de raconter des histoires délirantes dès qu’elle croise quelqu’un; Nan Corey, le fliquette qui marche de l’autre côté du trottoir; Buzz, le camé; Tibère, le croco du légiste, qui vit dans la piscine…

Devant moi s’étendait une immense piscine. Ça, c’était une découverte ! L’eau était irrésistible, aussi invitante qu’un parfum aromatique. Je me déshabillai prestement et piquai une tête.
Je fis rapidement trois longueurs de bassin, puis je plongeai et touchai le fond.
Tapi dans un coin du grand bassin, il y avait un crocodile. Un très grand crocodile.
Il tourna la tête vers moi, la gueule ouverte.

Et je ne vous parle pas de tout le reste des personnages qui vont interagir, c’est encore plus fou que ce dont je vient de vous parler.

Les dialogues sont assez crus, mais ils m’ont souvent fait sourire de par leur drôlerie ou leur cynisme.

— Et vlan ! Je me suis retrouvée ronde comme une montgolfière. Sur le moment, j’ai cru que c’était une tumeur. Quand j’ai appris que ce n’était pas ça, j’ai été tellement soulagée que j’ai décidé de mettre bas le petit salopard.
— Diantre ! Où est-il maintenant ce paquet d’amour ?
— Aucune idée. Et, comme le disait Rhett Butler à Scarlett O’Hara : « Franchement, ma chère, je m’en tamponne le coquillard ».

Sans compter que dans ce roman, tout le monde, ou presque, à couché avec tout le monde. Hommes et femmes, femmes ensembles, hommes entre eux. Ajoutons à cela de l’inceste entre neveu et tante, frère et sœur, ainsi que de la pédophilie et de la nécrophilie et nous aurons fait quasi le tour.

[Le légiste] : — Encore une ! Youpi ! […]
Elle gisait sur la table aussi désirable qu’un mannequin posant en couverture de Vogue. Manteau de vison, boucles d’oreilles en or, visage exquis !
Son nom était écrit sur l’étiquette d’identification :
« FIFI ». Était-ce donc canaille !
— Allez, Fifi, fais voir ton mimi !
Je tremblais. Je bavais presque d’excitation. Quelle déesse ! Ooooooooh ! C’était la plus jolie de toutes jusqu’à présent. En comparaison, les autres avaient été des laiderons. J’étais impatient de m’allonger sur elle. Rhaaaaah ! Youpiii !
J’ouvris son manteau, relevai sa jupe, baissai fébrilement sa petite culotte…
Elle avait un pénis !

Vaut mieux pas le laisser traîner sur une table à proximité des enfants car le sexe est omniprésent dans les pages. C’est bien simple, des tas d’hommes ouvrent leurs braguettes et sortent leur truc dès qu’ils voient une femme, même les flics.

Ce roman est un délire permanent, vous l’avez sans doute compris. D’habitude, j’adore ce genre de récit mais ici, il a coincé un peu à certains moments (les passages avec l’éléphant, le fantôme et les rats).

Pourtant, on ne s’ennuie pas une seule minute, c’est limite du vaudeville, surtout les passages avec la cavale de Bess et Buzz et le cadavre dont il voudraient bien se débarrasser.

Mais… certains passages étaient trop « exagérés » et j’ai coincé à ce niveau là.

Tout ça ne m’empêchera pas de me pencher sur les autres titres de Marc Behm, je vous rassure de suite.

En tout cas, si vous êtes déprimés, ce genre de roman fou vous remettra à flots.

Par contre, ne signez jamais rien en échange de votre hypostase ! N’essayez pas non plus de vous soustraire à votre chasseur. Quand bien même il ne vous retrouverait pas, votre contrat étant terminé, tout redeviendra comme avant, comme Walter Gösta a pu le constater :

Ma queue est aussi molle qu’une tresse. J’ai beau la pistonner, elle refuse de durcir. Je l’ai arrosée d’eau bénite, mais elle s’est ratatinée encore plus.
Je suis redevenu comme avant. Les photos de Playboy et de Penthouse ne me font aucun effet. Tous ces nénés, ces culs et ces chattes me laissent froid.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Baiser d’adieu : Allan Guthrie

Titre : Baiser d’adieu                                        big_3

Auteur : Allan Guthrie
Édition : Le Masque (2010)

Résumé :
À Édimbourg, lorsqu’on a besoin d’emprunter de l’argent, on va trouver Cooper. Et si on ne rembourse pas à temps, on reçoit la visite de Joe Hope et de sa batte de base-ball.

Mais maintenant, c’est au tour de Joe d’avoir des problèmes : sa fille adolescente a été retrouvée morte. Un suicide, à première vue, mais il a ses doutes sur la question. Puis sa femme alcoolique est assassinée.

Et il est arrêté pour meurtre. Seulement, pour une fois, Joe est innocent, et apparemment la victime d’un coup monté.

Aidé par un avocat commis d’office mais généreux, et de quelques camarades qui comptent parmi les vrais durs de durs du pays – dont une prostituée au grand cœur – Joe va essayer de découvrir qui l’a mis dans ce mauvais pas, et de se faire justice. À sa manière.

Critique :
Tout le monde le sait, à force de dormir avec les chiens, on se réveille avec des puces ! Joe Hope aurait dû s’en douter.

Lui, dans son travail, il ne connaît pas la crise. Chargé de tabasser à coups de batte de baseball les mauvais payeurs ou les récalcitrants pour le compte de Cooper, son usurier d’employeur dans la riante ville d’Édimbourg, on ne peut pas dire qu’il se soit beaucoup occupé de sa petite famille.

Alors, lorsqu’il apprend que sa fille – qui ne vivait plus chez eux – s’est suicidée, il ne comprend pas pourquoi et frôle même la mauvaise foi. C’est vrai quoi, si sa fille avait des soucis, elle n’avait qu’à venir lui en parler.

— Et lui parler de quoi ? Je ne savais pas, moi, qu’elle voulait parler. Elle m’a jamais rien dit.
— T’as jamais posé la question, lui rétorqua Ruth.
— Mais je savais pas, moi. Putain de merde ! Je savais pas que quelque chose n’allait pas. Pourquoi j’aurais posé la question ?
— Mais putain, si seulement t’avais fait un peu attention, elle serait peut-être pas morte.

Niveau personnage principal, Joe Hope mérite des baffes en raison de sa réaction assez « froide » lorsqu’il apprend le suicide de sa fille, pensant plus à aller casser la gueule du cousin de sa femme qui devait veiller sur sa fille plutôt que de se remettre en question.

Le meurtre de sa femme ne lui causera pas le moindre chagrin, mais le voilà sous une inculpation de meurtre !

Le côté enquête n’est pas très important, tout lecteur un peu éveillé comprenant vite qui a tué l’épouse et qui est visé dans le carnet de la fille. Tout le sel étant dans la manière dont Joe va arriver à prouver qu’il n’est pas coupable mais victime d’un coup monte, aidé seulement par trois bras cassés : le cousin de sa femme (qui a de l’embonpoint), une prostituée et son jeune avocat commis d’office.

Bien que le quatrième de couverture parle de « quelques camarades qui comptent parmi les vrais durs de durs du pays », faut se lever de bonne heure pour les croiser parce qu’ils ne s’y trouvent pas. Sauf si l’on considère un écrivain et un jeune avocat comme des durs de durs… mais il y a peu d’espoir.

Du cynisme, de l’humour, des dialogues qui font souvent mouche, de la rage qui palpite sous les pages et dans les phrases, et un final qui fait monter l’adrénaline.

Émotion aussi lorsqu’il se rend compte, en lisant le journal intime de sa fille, que ce qui n’avait été qu’une banale journée pour lui (la chute des météores), elle avait compté énormément pour sa petite fille. Elle aimait son père et guettait le moindre signe aimant de sa part.

Un bon roman noir à lire en sirotant du thé car il est anglais, mais sans le kilt, bien que nous soyons en Écosse.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (finaliste du Gumshoe Awards et du Shamus), « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.