Un long moment de silence : Paul Colize

Titre : Un long moment de silence                                 big_5

Auteur : Paul Colize
Édition : Manufacture de livres (2013) / Folio Poche (2014)

Résumé :
1920, Wladyslaw ouvre sa pharmacie à Lwów.
1948, trois jeunes Italiens attendent la sortie des élèves du Brooklyn College devant leur coupé Hudson rouge.
1952, un homme poursuit une fillette sur le parking enneigé de l’aéroport de Stuttgart.
1989, une femme prend trop vite une courbe du Ring de Bruxelles.
2012, Stanislas déshabille une femme qu’il connaît à peine.

POLAR - Grand_Place_11Critique : 
Ce roman possède ce que j’appellerai le « double effet Kisscool » (celui que seuls les anciens connaissent)… Tout comme le célèbre bonbon, j’ai eu droit à deux explosions : un « bang » en lisant la solution et un « triple bang » dans la gueule en lisant les dernières lignes.

Il y a deux récits dans ce roman. Le premier concerne Stanislas Kervyn qui voudrait savoir pourquoi on a commis un attentat au fusil mitrailleur, à l’aéroport du Caire, en 1954, fauchant son père puisqu’il faisait partie des 21 victimes innocentes. Savoir aussi qui l’a commandité, qui était visé dans la foule…

Bref, il a grandi avec une place manquante, celle de son père, il avait des questions, il a enquêté, écrit un livre et quand il pensait que tout était terminé, un vieil homme vient tout remettre en question.

Le second récit concerne un jeune homme, Nathan Katz qui a survécu aux terribles « 186 marches » du camp de Mauthausen. Arrivé à New-York, il va s’engager, avec un groupe, à traquer les anciens nazis et à les éliminer.

Quel était le point commun entre ces deux histoires qui à un moment donné, sont en alternance ? Durant toute ma lecture, je me suis posée la question et j’ai tenté de trouver la solution, bien que Yvan, ici présent, m’ait dit que je ne la trouverais jamais… Il avait bien raison.

Si la solution de l’affaire m’a fait pousser un « ah oui, j’y avais pas pensé, joli ! », le mot de l’auteur à la fin m’a filé un coup de poing dans l’estomac.

Encore un auteur qui pourra se vanter d’avoir réussi à me laisser muette, offrant ainsi à mon homme un long moment de silence.

L’auteur a réussi le pari fou de tenir son lecteur en haleine (sans courses poursuites), avec un quatrième de couverture qui ne dévoile rien de l’histoire et qui ne donne pas envie d’aller voir plus loin.

Niveau personnages, fallait oser aussi nous pondre un type aussi détestable que Stanislas Kervyn : égocentrique, mal poli, en guerre avec la terre entière, égoïste, tyrannique, colérique et j’en passe. Je veux bien qu’il a perdu son père dans l’attentat alors qu’il n’avait qu’un an, mais en vouloir au monde entier ne changera rien.

Stanislas a aussi un problème avec les femmes parce qu’il ne leur « fait pas l’amour » mais il les baise à la hussarde, à la brutale, par devant, par derrière, il s’en moque. Pour lui, elle ne sont rien.

Nathan Katz, par contre, est un jeune homme sympathique, bien que sa manière d’agir ne soit pas toujours très « kasher » (« catho » n’ira pas dans ce cas-ci).  Il aura au moins le mérite de nous faire réfléchir aux notions de « vengeance » et de « pardon », ainsi que sur l’imbécilité des guerres.

Le récit, l’histoire, les personnages, tout est profond et bien travaillé.

Pas de temps mort, les chapitres, courts, s’enchainent et les deux histoires s’alternent, le présent faisant suite au passé, nous abandonnant toujours à un moment où l’on voudrait poursuivre, avant de se rejoindre pour l’explication finale à laquelle je n’avais pas pensé.

Deux romans de mon concitoyen lus et deux réussites ! Chapeau bas, monsieur Colize.

Ses derniers mots me trottent encore dans la tête…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)BIBLIO - Pedigree PALCHALLENGE - US CHALLENGE - Ma PAL Fond au soleil

Le camp des morts : Craig Johnson [Walt Longmire 2]

Titre : Le camp des morts                                   big_4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2010)

Résumé :
Lorsque Mari Baroja est empoisonnée à la maison de retraite de Durant, Wyoming, le shérif Walt Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il se plonge alors dans le passé mystérieux de cette femme et dans celui de son mentor, le shérif Lucian Connally à la poigne légendaire.

Tandis que l’histoire douloureuse de la victime trouve peu à peu une résonance dans le présent, d’autres meurtres se mettent sur le chemin des deux shérifs. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, son adjointe au langage fleuri et un nouveau venu séduisant, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Le Camp des morts, le second volet des aventures de Walt Longmire, nous emmène au cœur d’une violence qui se terre dans les paysages magnifiques du Wyoming. Et hisse Craig Johnson au niveau des plus grands.

Critique :
Tout comme le bon vin, les romans mettant en scène le shérif Walt Longmire bonifient au fur et à mesure des chais !

Le premier était déjà un bon cru, mais le deuxième le dépasse d’une grande longueur en bouche tout en dégageant un bouquet des plus fleuri, avec des notes de poudre de fusil, de sang et de cadavres.

Une vieille dame décède à la maison de retraite de Durant, Wyoming et l’ancien shérif Connaly certifie à son successeur, Walt Longmire, que Mari Baroja a été empoisonnée !

Et c’est parti pour un tour dans le passé, une remontée de 50 ans en arrière, rien que ça !

Une plongée dans le passé de l’ancien shérif, quelques exhumations de cadavres des placards, des agressions à la pelle, une famille basque qui a de gros intérêt dans l’extraction du méthane, pendant que dehors, la neige se déchaine. Walt va avoir du pain sur la planche.

Puisqu’il y a de la neige, l’enquête prendra son temps, sans que j’ai ressenti la moindre longueur, de plus, nous avons droit à quelques rebondissements entre les agressions et autres meurtres qui se déroulent dans la ville, à croire que le nouveau shérif attire les cadavres comme une bouse de vache attire les mouches.

La galerie de personnages est toujours haute en couleur, surtout les deux assistantes de Walt, Ruby et Vic, son ami indien Henry Standing Bear, son ex-patron qui a un caractère de dogue affamé, sans oublier l’arrivée d’un p’tit nouveau adjoint qui me plait bien, hormis qu’il a un nom à coucher dehors.

Il avait vingt-huit ans,il mesurait un mètre 75, pesait 83 kilos et avait des cheveux et des yeux bruns. Il était apparemment doué en langues; il parlait espagnol, portugais; français et allemand. Il faudrait que je me renseigne sur son niveau en cheyenne et en crow.

Le shérif a des blessures, comme tout le monde, mais on ne tombe pas dans le cliché du flic alcoolo et plus dépressif qu’un rat crevé.

Walt a beaucoup d’humour et les bons mots parsèment le récit. L’écriture de Craig Johnson est une que j’apprécie beaucoup, sans chichis mais une plume qui me fait sourire.

— Vos savez, on entend des choses à Sheridan sur cet endroit qu’on dit si arriéré, mais jusqu’à maintenant je n’y croyais pas vraiment.
— Eh bien, je suis heureux que nous soyons à la hauteur de toutes les attentes.

**

— Non, ça aurait été du vol, et au Bureau du Shérif, nous essayons de nous abstenir de ce genre de choses.

**

— La boîte de Métamucil a disparu.
— Tu plaisantes ?
— Non, je ne plaisante pas et ils ont une crise de chiasse généralisée ici, genre : on dirait que quelqu’un a volé un des Manuscrits de la mer Morte.

Un récit qui vous entraîne dans le Wyoming profond, au fin fond du trou du cul de l’Amérique, dans une ville où j’ai plaisir à poser mes valises pour suivre les pérégrinations de Walt et de son chien, qui, comme celui du lieutenant Columbo, n’a pas de nom !

L’enquête est bien tournée et je vous conseille de vous baisser parce que parfois, les balles vont siffler comme au far-west.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

Les cafards – Une enquête de l’inspecteur Harry Hole : Jo Nesbø

Titre : Les cafards – Une enquête de l’inspecteur Harry Hole

Auteur : Jo Nesbø                                            big_3-5
Édition : Folio Policier (2006)

Résumé :
Un somptueux couteau thaïlandais enduit de graisse norvégienne est retrouvé planté dans le dos d’un ambassadeur scandinave.

L’homme est mort dans une chambre de passe à Bangkok. Près de lui, une valise au contenu sulfureux de quoi nuire, de quoi faire très mal…

A peine revenu d’Australie, Harry Hole repart pour l’Asie, ses usages millénaires, ses secrets et sa criminalité dont il ignore tout.

Toujours aussi cynique, intimement blessé, l’inspecteur venu d’Oslo va se heurter de plein fouet à cette culture ancestrale en pleine mutation. Un tueur local monstrueux le traque sans relâche.

L’affaire se complique au-delà de la raison. Bangkok reste une ville à part.

Un mystère pour celui qui s’y arrête.

Hole ira jusqu’au bout, au plus profond du cœur d’un homme, jusqu’à l’invraisemblable…

Critique :
Et bien, avec ce deuxième tome de Jo Nesbø, je viens de me réconcilier avec l’auteur ainsi qu’avec son inspecteur Harry Hole !

Si le premier ne m’avait pas convaincu à 100%, c’était en raison de l’amour immodéré qu’avait l’inspecteur Harry pour les boissons alcoolisées et qui faisait de lui une éponge imbibée, mais pas Bob (en Belgique, « Bob », c’est celui qui ne boit pas et qui reconduit ses potes avant d’être l’éponge du même nom). Ça le rendait chiant et très con.

Ici, bien qu’il ait continué de se biturer grave après ses heures de service à la police d’Oslo, il deviendra sobre comme un moineau une fois sur l’enquête Thaïlandaise.

« Il ne buvait pas pendant le service. Pas encore. Même s’il l’avait déjà fait, et même si le docteur Aune prétendait que chaque fissure prend naissance là où la précédente s’est arrêtée ».

Oui, l’ambassadeur de Norvège en poste à Bangkok s’est fait poignarder dans le dos pas un couteau thaïlandais enduit de graisse norvégienne… et dans son attaché-caisse, des photos compromettantes avec un homme adulte en train de faire des choses interdites avec un garçon mineur d’âge.

Harry Hole sobre, ça va beaucoup mieux, il fait des erreurs, mais il n’est plus le crétin fini qu’il était lors de son enquête en Australie.

Bon point aussi, le récit est plus captivant que le premier, l’auteur passant plus de temps à nous parler de l’enquête qu’à nous jouer le guide du voyageur comme il le fit en Australie.

On apprend des choses sur la Thaïlande, mais le pan « roman policier » est majoritaire sur le côté « guide du routard historique ». C’est bien simple, je n’ai pas vu le temps passer ni les pages se tourner.

Par contre, l’appellation « thriller » noté sur la couverture est usurpée. Nous ne sommes pas dans un thriller où l’on court dans tous les sens, mais dans un roman policier, tout simplement.

Harry est toujours aussi « je broie du noir du matin au soir » mais il semble moins s’apitoyer sur lui-même et le personnage de l’inspecteur gagne des galons dans mon estime. Son cynisme me plaît toujours aussi bien.

— Parle-moi un peu du trafic des filles, dit Harry.
— Il est à peu près aussi dense que la circulation.

— Tu ne dois pas sous-estimer la part d’irrationnel dans la nature humaine…
— Quand tu vises un clou et que tu te tapes sur le pouce, qu’est-ce que tu balances contre le mur ?
— Le marteau ?
— Bien, ca fait quel effet, d’être un marteau ?

J’ai bien aimé comment l’auteur a mené son histoire, sans tout dévoiler, cachant bien ses fausses pistes, ses vraies et mettant à notre disposition une palette de personnages assez bien colorés, le tout imbibé de culture thaïlandaise sans tomber dans l’excès.

Une enquête pas facile pour Harry qui devra ménager la chèvre et le chou, le pédophile et la diplomatie, manier la politique de la langue de bois et tenter de résoudre cette affaire assez obscure.

Un bon polar qui m’a fait passer un agréable moment de lecture dans la chaleur étouffante de la ville de Bangkok en proie au tourisme sexuel.

— Ils [les américains] les amenaient par avion de Saïgon, pour les permissions de deux jours. Aujourd’hui il n’y aurait pas d’industrie du sexe ici sans l’intervention de l’armée américaine. L’une des rues, ici, a même reçu officiellement le nom de Soi Cowboy.
— Alors pourquoi ne restaient-ils pas là-bas ? Ici, c’est pratiquement la cambrousse…
— Les soldats qui souffraient le plus du mal du pays voulaient par-dessus tout baiser à l’américaine, c’est-à-dire dans des voitures ou des chambres de motel. Ils avaient même la bière américaine dans les minis-bars des chambres.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Une terre d’ombre : Ron Rash

Titre : Une terre d’ombre                                          big_5

Auteur : Ron Rash
Édition : du Seuil (2014)

Résumé :
Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent.

Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière.

Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent.

L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.

La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.

Petit plus : Après « Le Monde à l’endroit » (Seuil, 2012), « Une terre d’ombre » prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.

Critique : 
Il est des livres que l’on dévore, voulant à tout prix découvrir l’entièreté de l’histoire, respirant à peine… tout en se disant que lorsqu’il sera terminé, on en sera peinée.

Ce fut le cas ici. Dévoré en un jour, incapable de le lâcher, mais triste de l’avoir terminé, triste de quitter certains personnages tout en ayant envie d’en passer d’autre à la broche à rôti.

États-Unis, 1918. Sur le Vieux Continent, celle que l’on nomme déjà la Der des Der bat toujours son plein, remplissant les fosses communes, dressant les hommes l’un contre l’autre, éveillant des haines contre l’ennemi : le boche, le casque à pointe, le teuton…

Laurel Shelton et son frère Hank vivent dans une petite ferme isolée au fond d’un vallon tellement encaissé que le soleil ne luit que quelques heures en été. Rien ne pousse, ou si peu. Pour eux, la vie n’est pas facile, surtout que Hank a laissé une main dans les tranchées en France.

Pour les habitants de Mars Hill, cette terre est maudite et ceux qui y vivent aussi. Surtout que Laurel porte une tache de naissance un peu disgracieuse et que tous la croient sorcière et se signent presque à son passage. Bref, le frère et la sœur sont des bannis, des exclus, des parias et on verse du sel à l’entrée de leur domaine.

Bienvenue à « Préjugés Hill » où les habitants de la ville ont des esprits aussi étroits que le chas d’une aiguille et la plupart sont rempli d’amertume.

Entre le sergent recruteur qui se fait regarder de travers parce qu’il n’est pas allé casser du boche, ceux qui se gaussent de lui mais n’ont pas eu les couilles de traverser l’océan pour mater les casques à pointes, ceux qui en sont revenus et déclarent que ce n’est qu’une vaste boucherie pour gagner quelques arpents de boues et cette haine de l’Allemand qui tout doucement s’installe.

La vie misérable de Laurel avait l’air toute tracée jusqu’à ce qu’elle croise Walter, un jeune homme mal en point, muet et jouant de la flûte comme un dieu. Entre eux va se développer quelques chose de fort, de beau…

Ami du trépidant, va t’amuser dans un thriller ou revisionne l’intégrale de « 24h chrono » parce que ici, l’action est peu présente, mais ce n’est pas ce que l’on cherche dans un roman de Ron Rash.

Nous sommes face à un récit râpeux comme un vieux vin, long en bouche et avec des senteurs douces et sucrées de miel. Oui, dans toute cette misère, l’auteur nous construit une histoire d’amour qui ne tournera pas à la guimauve, évitant la mièvrerie et émerveillant son lecteur.

Amis du tragique, bonjour. N’étant pas dans un Harlequin, vous vous doutez que la tragédie nous guette.

L’imbécilité de l’homme qui craint ce qu’il ne connait pas, qui a besoin d’un bouc émissaire pour expurger ses propres fautes, qui veut jouer au dur parce qu’il veut montrer qu’il en a dans le froc et se faire un boche, puisqu’il n’est pas allé le faire sur le front en Europe.

Vous me direz que nous sommes un siècle plus tôt, dans un coin des Appalaches en Caroline-du-Sud, qu’il est donc normal d’avoir l’esprit plus étroit que le cul d’une pucelle qui subirait les assauts d’un troll… (étroit pour le troll, bien entendu !)

Oui, mais le problème est que l’être humain traine cette tare depuis la nuit des temps et que si un conflit revenait sur notre continent, beaucoup se comporteraient comme les habitants aussi bêtes que méchants de la ville de Mars « Préjugés » Hill.

On traquerait l’ennemi, se moquant bien qu’il soit vieux et inoffensif puisqu’il est moins dangereux de s’attaquer à lui qu’à un bataillon de militaires armés ! Oui, l’homme est un peu couard…

Un roman tout en finesse, sans mièvrerie, une écriture qui claque comme un coup de fusil dans la nuit et une manière de dénoncer les dommages collatéraux d’une guerre qui se déroule pourtant de l’autre côté de l’océan, sur l’accueil haineux des étrangers sur le sol du pays, sur la folie des hommes et les superstitions bêtes (qui survivent toujours en 2014 !).

Un roman aussi sombre que le vallon qu’il décrit, aussi dur et sans pitié que lui mais traversé aussi par des rayons de soleil avant que l’obscurité ne reprenne ses droits.

La nuit est tombée sur le vallon et on referme le livre avec une étrange sensation dans la gorge, comme si un nœud s’y était installé.

Merci Laurel, Hank, Walter et Slidell…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

La nuit du chasseur : Davis Grubb

Titre : La nuit du chasseur                                  big_5

Auteur : Davis Grubb
Édition : Série Noire Gallimard / Folio

Résumé :
« Pendi, pendu, pendant ! Vois ce qu’a fait celui qui pend. Pendu, pendi, pendant ! Vois le voleur se balançant ! ».

C’était la chanson que chantaient les enfants : tous les enfants du débarcadère de Cresap sauf, bien entendu John et Pearl.

Car leur père qui s’était promis de ne plus voir des gamins mourant de faim a fini au bout d’une corde. Et parce qu’il a planqué un magot, ses orphelins vont croiser la route meurtrière de Prêcheur. Son charme. Sa si belle voix. Sa violence cachée…

John, neuf ans, devra se défendre seul et protéger sa sœur. Il devra résister au charme immonde du Mal, être plus fort que sa naïve mère, que les odieux voisins…

Il devra fuir pour survivre, pour tenir sa promesse…

Critique : 
Il est des livres terrifiants, ceux qui vous font dresser les cheveux et qui vous malmènent le palpitant sans avoir besoin de vous sortir des monstres du placard, des vampires de tombes sinistres ou des cadavres sanguinolents et torturés.

Tout l’art de foutre la trouille se trouve dans l’atmosphère de ce roman : sombre, plombée, angoissante, étouffante, oppressante. Ce combat psychologique entre un homme (un magnifique salaud) et un enfant qui gardera les lèvres scellées…

Que lui veut-il ? Faisons un bref retour en arrière.

La crise de 1929 fut terrible. Tout le monde garde en mémoire ces banquiers se défenestrant ou ces gens jetés sur les routes, ces familles Joad partant en quête d’une hypothétique vie meilleure en Californie.

Les années qui suivirent furent dures pour tous et parce qu’il ne voulait pas voir ses enfants souffrir de la faim et parce qu’il voulait leur offrir une vie meilleure, Ben Harper a braqué la banque, dérobant 10.000$ et tuant les deux caissiers.

Les hommes en bleus (pas des membres de l’UMP) sont venus l’arrêter devant ses enfants mais avant cela, il avait eu le temps de cacher le magot, faisant jurer à John et à la petite Pearl de ne jamais rien dire et de garder le secret.

Ces incommensurables imbécilités qui furent de voler et de faire jurer le silence sur sa planque à deux enfants de 9 et 5 ans seront complétées par la pire autre connerie qu’il pouvait faire…

Attendant sa pendaison, Ben Harper se vantera devant un autre détenu que l’argent existe toujours, un homme qui se présente comme un homme de Dieu et nommé le Prêcheur, Robert Mitchum pour le cinéma.

Les anciens se souviennent que « Love-Love » était le surnom donné à Marlène Jobert par Charles Bronson dans « Le passager de la pluie ».

Ici, nous avons « Love-Hate » : les mains du Prêcheur Harry Powell sont tatouées au niveau des phalanges. Sur la droite, le mot « LOVE » et sur la gauche, celle dont il dit que ce fut la main avec laquelle Caïn tua Abel : « HATE ».

Cette dualité qui habite le Prêcheur a plus tendance à basculer du côté obscur de la Force, heu, de la haine.

Portant le masque de la gentillesse et de l’Amour Divin, Harry Powell est prêt à tout pour mettre la main sur le pactole. Il a du charme, c’est un beau parleur, un bon prêcheur et les femmes l’aiment bien.

Toutes les femmes ? Oui ! Ne reste pour lui résister que le petit John, neuf ans, qui a très bien compris que cet homme ne vise qu’une chose : la magot de son père.

Le petit John sait pourquoi Powell veut s’introduire dans la maison, il sait très bien pourquoi il séduit sa mère… Il sait qu’il doit garder le silence et protéger sa sœur au péril de sa vie, s’il le faut. Le plus mature dans tous les adultes qui l’entourent, c’est John, neuf ans ! Sa mère, elle, est bête à manger du foin.

Les scènes entre le Prêcheur et John sont des moments fort pour le petit cœur fragile du lecteur. Cet homme est d’une cupidité qui fait froid dans le dos, le tout camouflé derrière sa foi intransigeante et ses belles paroles sur le péché, le tout enrobé de paroles doucereuses et mielleuses.

Il sut presque aussitôt que Prêcheur était là où bien avait été là un instant auparavant, car il y avait son odeur dans l’air silencieux et c’était, à ses narines, comme l’odeur de l’épouvante.

Un huis clos qui vous oppressera et un  Méchant qui renverrait presque l’infirmière Annie Wilkes (Misery) au rayon des gentils.

Heureusement que dans tous ces crétins bêlant devant le Prêcheur, il y en aura d’autre pour se dresser devant lui.

Pas de temps mort, une ambiance à vous glacer les sangs, des personnages forts, un style qui frappe et une lecture qui vous laisse groggy, mais heureuse.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Brunswick Gardens : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 18]

Titre : Brunswick Gardens                            big_3

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Alors que la bataille fait rage entre les tenants de l’évolution des espèces de Darwin et l’Église anglicane, une jeune femme, Unity Bellwood, est engagée par un pasteur, le révérend Ramsay Parementer, afin de l’aider à traduire des textes anciens.

Cette jeune femme, féministe convaincue, prêche également pour la théorie de Darwin.

Or, après une âpre dispute avec le pasteur, elle tombe dans l’escalier et se brise la nuque…

L’enquête étant délicate, elle est confiée à Thomas Pitt qui se rend aussitôt au manoir de Brunswick Gardens, ou vit le pasteur avec ses trois enfants et Dominic Corde, un vicaire, qui se trouve être également le beau-frère de Charlotte et Thomas Pitt.

Tout accable Ramsay, et pourtant Thomas a du mal à croire à sa culpabilité. Plusieurs nouveaux incidents viendront obscurcir l’affaire, avant qu’un coup de théâtre de dernière minute ne dévoile enfin l’identité du meurtrier.

Critique : 
1891… Suite à une chute mortelle dans les escaliers de Unity Bellwood, l’assistante du révérend Ramsay Parementer, Pitt est appelé à faire toute la lumière sur cette triste affaire dans laquelle le révérend semble impliquée, la jeune fille ayant crié « Non, non, révérend » avant de se rompre le cou en bas des marches.

Une fois de plus, il va devoir marcher sur des œufs afin de ne pas inculper le révérend si celui-ci s’avérait finalement innocent comme il le dit.

Je dois avouer que j’ai eu bien du mal avec les cent premières pages… Toutes les considérations religieuses étalées dans les pages et le mini huis-clos entre toute la famille : le fils catho, les deux filles non-conformistes, le père révérend qui avait la tête ailleurs, la mère et le vicaire vivant avec eux.

Mais en m’accrochant, je me suis fait violence et je n’ai pas sauté de pages. Une fois passé ce cap, le reste défile tout seul et j’ai pris plaisir à ma lecture, bien que j’aie deviné assez vite qui était coupable…

Une fois que j’avais éliminé l’impossible, ce qui restait, aussi improbable que ce soit, devait être la vérité… Bingo pour le nom, mais erreur pour le mobile et la manière de faire.

Notre morte, Unity Bellwood était une femme libre, une féministe et grande militante des théories de Darwin.

Toute la maisonnée est suspecte : personne n’est venu de l’extérieur et les idées modernes de la jeune femme lui avaient valu de nombreuses inimitiés dans la maison, hormis avec Tryphena.

Une bonne idée que de nous avoir ressortit le beauf à Charlotte, Dominic Corde, le veuf de sa sœur Sarah (voir le premier tome « le meurtre de Callender Square »). De « personnage détestable » il est devenu beaucoup plus intéressant à suivre. Une belle évolution.

Comme toujours, la palette de personnages est bien fournie et travaillée. On aurait envie d’en brûler quelques uns sur un bûcher… Quant à d’autres, on aimerait les croiser dans le roman suivant pour voir s’ils ont pu conclure dans le foin. Pardon, « concrétiser leur amour naissant ».

Ce roman aborde les questions de la place de la femme dans la société victorienne, de son non-droit de vote, du jugement de son intellect face aux hommes (on s’en prend plein la gueule, mesdames !), il fera aussi la part belle à la « religion anglicane vs religion catho » et à Darwin.

— Elle n’aurait jamais dû avoir le droit de se pencher sur des sujets théologiques aussi sérieux. […] Ce n’est pas fait pour les femmes. De pas leur constitution, elles sont incapables de comprendre. Ce ne sont pas des questions qui font appel aux sentiments mais à l’esprit pur, à la raison, débarrassée des émotions et des préjugés.

— Je crois vous l’avoir déjà expliqué, dit-il avec aigreur. Les femmes sont, de par leur nature, inaptes aux graves questions intellectuelles. Miss Bellwood ne faisait pas exception à la règle. Elle avait l’esprit vif, saisissait aisément les faits, s’en souvenait aussi bien que n’importe qui, mais la compréhension profonde lui échappait.

Petit bémol… Dans le roman, les personnages réduisent Darwin à la théorie selon laquelle l’homme descendrait du singe : ce qui est faux.

Premièrement, on ne descend pas du singe, merci bien, je n’ai rien avoir avec les primates et même si on partage 98,5% de notre ADN avec le chimpanzé, nos tendons de la cheville n’ont rien en commun (pour ne citer que cela). Hé ho, je suis un être humain, pas un numéro et encore moins un singe.

Deuxièmement, Darwin n’a jamais dit ça… je le pensais aussi (avec horreur) à un moment, jusqu’à ce qu’on me remette dans la bonne direction.

Alors, mauvaises connaissances de l’auteur ou juste la transcription de ce que les gens pensaient à l’époque, puisque les critiques, hostiles à Darwin, avaient tiré cette théorie qui n’était pas exprimée…

Pour info, dans « L’Origine des espèces », Darwin ne parlait pas des origines de l’homme. Le public a confondu les idées exprimées dans le livre de Darwin avec celles de Lamarck, qui cinquante ans auparavant avait avancé cette idée, sans que cela fasse scandale.

Je pencherais pour une vision de la pensée telle qu’elle était à l’époque : déjà amalgamée de choses fausses et fort réduite. Vous pensez ce que vous voulez, mais moi, je n’ai rien à voir avec le singe !

Bref, un tome un peu chiant au départ, mais plus instructif et plus « chaud » ensuite, car les repas familiaux seront haut en couleurs et en noms d’oiseaux ! Sans parler de la solution de l’affaire…

Le côté huis-clos m’a bien plu aussi (celui après la page 100), ainsi que les incursions de Pitt dans le passé trouble de son beau-frère. Par contre, Charlotte est un peu moins présente.

L’avantage, avec cette collection, c’est que l’on en apprend plus sur la société victorienne et ça me plaît.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), du Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Dossier 64 : Jussi Adler-Olsen

Titre : Dossier 64                                                       big_5

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Copenhague. Une brutale agression dans les quartiers chauds de Vesterbro incite Rose à rouvrir un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée.

Cédant à ses pressions, le Département V exhume une affaire macabre datant des années 50, dont les ravages dévoilent le visage d’une société danoise loin d’être exemplaire…

Petit plus : À l’origine d’un véritable phénomène d’addiction chez les lecteurs, les enquêtes du Département V ont fait de Jussi Adler-Olsen, Grand Prix policier des lectrices de Elle et Prix polar des lecteurs du Livre de poche, une figure incontournable du thriller scandinave.

La nouvelle enquête du trio formé par l’inspecteur Mørck et ses assistants Assad et Rose fait monter la tension d’un cran en nous plongeant dans le sombre passé politique du Danemark.

Critique : 
Westeros a été le théâtre d’une brutale agression. Une tenancière d’agence d’escort girls s’est faite « saudecaustiquée » le visage. C’est à cause – ou grâce à ça – qu’un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée en 87 va atterrir sur le bureau de l’inspecteur Carl Mørck.

Westeros ? Heu, George R.R Martin se serait-il associé avec Jussi Adler-Olsen dans ce roman ? Oh pardon, mes yeux m’ont joué des tours, il s’agit de la ville de « Vesterbro ». J’ai eu le même soucis avec le personnage de Viggo Mogensen que mon esprit traduisait en « Viggo Mortensen », le bel Aragorn, alors que le personnage était plus que détestable

Mais revenons à notre cold case… Râlant un peu, soupirant beaucoup, comme à son habitude, Carl va la trouve très mauvaise en voyant débarquer son ancien collègue, Børge Bak, qui va utiliser le chantage et les sous-entendus pour amener son ancienne tête de turc à trouver le coupable de l’arrosage « soudecaustien » de sa sœur. Hé, on peut avoir été flic tout en ayant une sœur dans les milieux chauds.

Que ceux qui cherchent du trépidant passent leur chemin ! Chez Adler-Olsen, on prend son temps de poser les bases, de faire de réguliers passages dans le temps passé afin de nous raconter l’histoire. Ici, ce sera celle de Nete Hermansen, son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte.

C’est ce que j’aime dans ses romans : l’habile mélange entre le passé et le présent; le mélange subtil entre l’enquête sur un cold case, sur des faits criminels contemporains, sans oublier le fil rouge de l’enquête sur la bavure qui valu à Mørck de perdre ses 2 collègues, il y a quelques temps et une Histoire avec un grand H.

Au départ, on ne sait pas comment tout cela va se goupiller, mais petit à petit l’histoire se tricote, ne se dévoilant que tout doucement, vous donnant même un coup de pied dans le derrière à la fin. Quel plaisir.

L’écriture est simple mais à cent lieue de « gnangnan », saupoudrée d’humour ou de bons mots. 600 pages bouffées en même pas trois jours, dont une journée qui a vu 350 pages dévorées comme pour rire.

— Assad, ma chère victime innocente d’une grippe carabinée. Voudrais-tu avoir l’obligeance de venir tousser à la face de connard ici présent ? Prends bien ta respiration avant, surtout.

Les personnages sont haut en couleur, surtout Assad dont nous en découvrons un peu plus au fur et à mesure. Rose est un peu chtarbée et Carl a souvent des soucis dans sa vie de tous les jours, avec son ex-femme, sa maîtresse et ses locataires…

L’équipe de nos trois compères du « Département V » a eu du mal pour trouver ses marques, ça se fritte encore un peu, mais on sent bien qu’il y a de l’amitié entre ces trois là, même si on doit forcer le destin pour que certain s’en rende compte.

Ce roman, en plus d’être une enquête policière, c’est aussi une incursion dans les pages sombres de l’Histoire du Danemark, ce temps où l’on internait et stérilisait les femmes dites « de mauvaise vie » ou d’un niveau social qui dérangeait certaines personnes à la recherche d’une race pure. Oui, la bête est morte, mais les idées, elles, elles ne meurent jamais !

— Elles étaient maltraitées, elles travaillaient dur. Elles étaient menées à la baguette et brutalisées quotidiennement par un personnel sans qualification qui considérait ces filles, ainsi qu’on les appelait là-bas, comme des êtres inférieurs. Elles étaient surveillées nuit et jour. Il y avait des cellules on l’on mettait à l’isolement celles qui refusaient de marcher au pas. Elles pouvaient y rester des jours et des jours. Si l’une de ces filles nourrissait quelque espoir de partir un jour de Sprogø, il fallait de toute façon qu’elle accepte d’abord d’être stérilisée. Stérilisée de force ! On leur enlevait tout, Carl ! Excision et hystérectomie ! 

La politique et ses travers n’est jamais loin et on a froid dans le dos parce que les idées prônées par ce parti le sont aussi par d’autres partis européens. Dites d’une autre manière, mais si la forme change, le fond, lui ne change pas !

Lorsque l’on repose ce livre, l’ombre de Nete Hermansen reste présente dans la pièce et on a envie de lui crier que « Oui, Nete, tu étais une bonne fille » mais que c’est ce putain de système additionné des putains d’idées de merde de certains qui se pensaient plus « pur » que les autres, qui l’ont poussée dans le trou.  Nete, c’était une victime et on en a fait une coupable des maux de la société.

— Tss ??? « Attardées mentales », railla Rose.
— C’est ce qu’on prétendait, bien sûr. Et elles l’étaient sans doute au regard des tests d’intelligence ridicules et primitifs que leur faisaient passer les psychiatres.

Au fait, vous n’auriez pas un « Petzi » à me prêter ? J’ai besoin d’un peu de douceur après toute cette littérature sombre.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires, « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude – Tome 1 : François Pardeilhan

Titre : La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude – Tome 1

Auteur : François Pardeilhan
Édition : Le Patient Résidant (2009)

Résumé :
Avant ces révélations, on ne savait rien de la jeunesse du plus célèbre limier d’Angleterre. La première aventure de Sherlock Holmes, relatée avec tant de brio par Sir Arthur Conan Doyle, commence par la rencontre du docteur Watson avec le détective alors que celui-ci est déjà établi.

Deux autres aventures parlent d’exploits isolés à l’époque universitaire du jeune anglais mais nous n’avons aucun renseignement sur l’origine de ce prodige.

Comment a-t-il acquis sa fameuse méthode d’observation ? Était-ce un don ou le fruit d’un travail acharné ? Quels événements ont pu initier ses facultés hors du commun ? Par quelles circonstances a-t-il pu forger son tempérament exceptionnel ?

Quelles ont été les rencontres qui ont influencé son parcours ? Autant d’interrogations qui seront révélées dans ces passionnantes nouvelles, en amont de l’œuvre d’Arthur Conan Doyle.

Elles éclairent une partie inconnue de la vie de ce personnage légendaire tout en annonçant le futur maître de l’investigation.

30 septembre 1868 : le jeune Sherlock Holmes arrive à Pau pour recouvrer la santé.

Au pied des Pyrénées, dans une ville sous l’influence du tourisme britannique, au travers d’aventures dignes d’un futur détective hors du commun, il rencontrera des personnages hauts en couleur qui ont marqué l’histoire de Pau.

Qu’ils soient écrivain, docteur, montagnard, magistrat, notable ou commissaire, aucun ne restera indifférent au passage de ce jeune Anglais, pour la plus grande gloire de Pau.

Critique : 
Année 68… Non, pas celle qui consacra le moi de mai, mais celle de 1868 qui vit Sherlock Holmes, jeune garçon, débarquer à Pau pour se refaire une santé.

À cette époque, le duo Chevalier et Laspales n’avait pas encore rédigé leur fameux sketch « Le train pour Pau » et il était donc très facile pour des anglais d’arriver dans la ville du Béarn puisque les trains – couchettes ou pas – s’y arrêtaient.

Sherlock est un jeune garçon de 14 ans possédant une santé pulmonaire fragile et un médecin a conseillé à ses parents d’aller lui faire respirer le bon air pur de la ville de Pau et de ses Pyrénées.

Ce sera l’occasion pour le jeune homme de faire ses toutes premières armes et de mettre au point sa future méthode de travail tout en résolvant quelques petits mystères.

De l’enfance ou la jeunesse de Holmes, nous ne savons rien, Conan Doyle, son père littéraire nous l’ayant présenté lors de sa rencontre avec le docteur Watson et de leur installation à Baker Street, dans le roman « Une étude en rouge », publié en 1887.

Sherlock Holmes aurait entamé ses activités en 1878, à 24 ans, selon les holmésiens. Sa collaboration avec Watson commencerait en 1881 ou en 1882.

Mais avant ça ?? Rien, silence radio (hormis une affaire ancienne que Holmes avait raconté à Watson – Le Gloria Scott) !

L’auteur de la collection « La jeunesse de Sherlock Holmes » a donc remédié à ça tout en se basant sur les travaux de William S. Baring-Gould (pas toujours rigoureux !) qui disait que Holmes avait séjourné à Pau durant sa jeunesse.

Comment Holmes a-t-il eu sa babouche persane, celle dans laquelle il stocke son tabac ? La peau d’ours devant la cheminée, elle vient d’où ? Sa science de l’escrime et de l’art martial Bartitsu (orthographié « Baritsu » par Conan Doyle), comment lui furent-elles apprises ?

L’auteur, à sa manière, nous donnera des réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisantes.

3 petites enquêtes fort simples dans ce roman (paru aussi sous la dénomination « La jeunesse de Sherlock Holmes – Tome I » aux Éditions « Pin à Crochets ») qui fait plus la part belle au jeune Sherlock et à sa découverte de la ville de Pau (on apprend des tas de choses sur la ville de Pau, sur sa géographie, sur son histoire,… Instructif !), ses promenades, sa rando dans les Pyrénées et son entrée à l’école.

Les enquêtes sont plus accessoires qu’autre chose, mais ce fut un véritable plaisir pour moi de me plonger dans cette jeunesse fictive de Holmes, qui, tout compte fait, pourrait être tout à fait réelle.

L’auteur prend son temps pour nous présenter le jeune Sherlock et c’est très plaisant de voir l’homme qu’il va devenir, élaborant ses futures méthodes et sa manière de faire. C’est tout son apprentissage dans ce premier tome et dans les suivants.

À découvrir !

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), au Challenge « Victorien » chez Arieste, au Challenge Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, au « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Autre cover dans une autre maison d’édition (Le Pin à Crochet):

Trois mille chevaux vapeur : Antonin Varenne

Titre : Trois mille chevaux vapeur                                  big_5

Auteur : Antonin Varenne
Édition:  Albin Michel (2014)

Résumé :
Birmanie, 1852. Arthur Bowman, sergent le la Compagnie des Indes orientales est choisi pour accomplir une mission secrète durant la 2e guerre anglo-birmane. Mais l’expédition tourne mal et les hommes sont capturés et torturés pendant plusieurs mois. Seuls dix d’entre eux en sortiront vivants.

Londres, 1858. Alors qu’il se noie dans l’opium et l’alcool, luttant avec ses fantômes, Bowman découvre dans les égouts le cadavre d’un homme mutilé. La victime semble avoir subi les mêmes sévices que ceux qu’il a endurés dans la jungle birmane.

Persuadé que le coupable est l’un de ses anciens compagnons de captivité, Bowman décide de partir à sa recherche. Une quête qui s’achèvera douze ans plus tard, en 1864, sur les rives d’un autre continent.

À l’Ouest. Où une autre guerre a éclaté. Le chemin qui le mènera à la vérité sera aussi celui de sa rédemption.

Walden qui fait ses oreilles méchantes ?

Critique :
1852, Madras, Birmanie… Nous partîmes 15 mille, mais pas un prompt renfort, nous ne fûmes plus que dix élus à monter sur le Sea Runner. 30 en arrivant à la jonque qui devait nous mener en mission, mais elle s’échoua sur la berge…

Par mon commandement, mes hommes se mirent en joue et nous vainquîmes la jonque ennemie, mais deux autres survinrent. Prisonniers, nous ne fûmes que 10 à survivre aux tortures lorsqu’en 1853, les Birmans libérèrent les prisonniers britanniques dont nous faisions partie.

1858. Arthur Bowman est rentré depuis 5 ans à Londres, cassé, traumatisé, hanté par une armée de fantômes qu’il tente de noyer dans l’alcool. Surveillant à la brigade de la Tamise, il regarde la ville suffoquer sous l’odeur pestilentielle qui la ronge.

Les chaleurs des derniers mois ont fait descendre le niveau de la Tamise et les déchets s’y accumulent : merde, cadavres de bêtes en provenance des abattoirs et tutti quanti. Franchement, n’éditez jamais ce roman en odorama, on le fuirait tant ça y fouette dans ces passages !

« Fin juin, la température avait continué de grimper et la Tamise s’était épaissie au point de devenir une lente coulée de lave putride.

Les déchets des usines, déversés dans les mêmes égouts ou directement sur les berges, s’accumulaient en nappes noires et grasses. Les rejets des abattoirs flottaient à la surface du fleuve solidifié.

Des carcasses de vaches et de moutons, engluées dans la boue, passaient lentement devant le nouveau Parlement de Westminster.

Les pattes des squelettes pointaient en l’air comme sur un champs de bataille abandonné et des corbeaux venaient s’y percher.

Il fallait une demi-journée pour que les cornes d’un bœuf, à l’horizon du pont du Lambeth, passent sous les fenêtres de la Chambre des Lords et disparaissent sous le pont de Waterloo. On prétendait qu’à certains endroits on pouvait traverser le fleuve à pied.

Le 2 juillet, la chaleur fut sans égale et la ville tout entière recouverte par l’odeur d’un gigantesque cadavre ».

Londres crève, Londres pue, Londres à soif mais Londres survit !

« Si l’enfer avait une odeur, elle ne pouvait pas être différente de celle-là et l’idée faisait son chemin: Londres se changeait bel et bien en enfer, il y avait derrière cette peine divine une raison enfouie, un péché monstrueux ».

C’est un meurtre horrible qui va faire bouger l’ancien sergent Bowman de la torpeur dans laquelle il se complaisait : ce corps, comme passé à la moulinette, il est persuadé que c’est un de ses anciens hommes qui l’a torturé. Ils étaient dix à s’en être sorti…

Menant son enquête afin de retrouver les 9, il élimine les incapables, les décédés, le fou, l’emprisonné et le suicidé. Lorsque sa liste ne comporte plus que deux noms, il apprend qu’un est parti et que l’autre est pasteur.

Bowman n’hésitera pas à traverser l’océan à destination de l’Amérique pour suivre la piste de son homme lorsqu’il lira qu’un meurtre semblable à celui des égouts de Londres à eu lieu dans une ville américaine.

Là, on peut dire que ce roman vous fait vivre l’aventure avec un grand « A ». Un Triple « A » même : Aventure, Action, Amérique.

Réunissant un peu tous les genres, mélangeant le roman de guerre avec du polar historique et trempant le tout dans du western et de l’aventure intérieure, ce roman entre dans 7 de mes challenges littéraires.

Un superbe voyage sur trois continents, passant de la Birmanie à Londres puis New-York et ensuite sur les plaines désertiques de cette jeune nation en construction que sont les États-Unis. Le portrait n’est pas flatteur, mais il est réaliste.

— Les États-Unis ne sont pas une jeune nation, mais un commerce d’êtres humains florissant. Ceux qui débattent aujourd’hui à Washington de l’émancipation des esclaves sont les propriétaires des usines où travaillent ces femmes. Ce sont eux qui font tirer sur les ouvriers. Dans le Sud, un Blanc qui tue un Nègre ne va pas en prison, mais un Blanc qui aide un esclave en fuite ira moisir dans une cellule pendant longtemps. Les pauvres sont trop nombreux, on ne doit pas les laisser se réunir.

— Les Blancs ont inventé en Amérique un pays sans passé pour avoir une vie nouvelle. Mais cette terre a une mémoire. C’est pour ça qu’ils nous tuent [les indiens], pour l’effacer. Qu’est-ce que tu en penses ?
— Ce que j’en pense ? Que c’est la même saloperie partout où je suis allé.

L’écriture est magique, elle vous scotche aux pages qui défilent plus vite que le vapeur Persia sur l’océan, celui qui possède un moteur de trois mille chevaux vapeur et qui vous fait la traversée en 9 jours et quelques heures (sans croiser d’iceberg, lui).

Pas de bâillement, pas de décrochement de la mâchoire, pas de « Hé, c’est du chiqué » car tout est bien dosé, bien écrit, bien pensé, bien dosé et les personnages secondaires sont bien travaillés. Un pensée émue pour les Fitzpatrick.

L’aventure est une véritable épopée, vous traverserez les states sur votre mustang, suivant la piste sanglante du criminel, mangeant sur le pouce une tambouille de haricots ou de lard, bivouaquant à la belle étoile, chassant, dépeçant et buvant des les rivières, avant de vous saouler dans un bar quelconque.

Ce roman, c’est aussi des galops furieux durant des heures et des heures qui m’ont cassé le dos, mis les reins en compote et collé des hémorroïdes au cul tellement la selle était peu confortable et que mon Arthur Bowman cravachait comme un fou.

L’ex-sergent Bowman… un sacré mec ! Bougon, grognon, un meneur d’homme, pas un tendre, mais tout de même… sous sa carapace, là, bien au fond, il saura s’émouvoir. Et nous émouvoir de par ses blessures profondes dans l’âme.

Bowman, c’est un boxeur. Cent fois mis au tapis, cent fois il se relèvera et repartira au combat, encore plus enragé qu’avant. Jusqu’au K.O final, mais il ne renonce jamais.

— Pour votre malheur, Bowman, vous avez survécu à des choses qu’un homme normal n’aurait pas supportées. Vous auriez dû vous tuer depuis longtemps, mais si vous ne l’avez pas fait, c’est qu’il y a en vous quelque chose de plus fort que ce dont vous avez été victime.

La traque est intense, rude, il est seul avec Walden, son mustang, seul avec lui-même et ses fantômes. Seul avec ses armes et ses pensées noires. Seul sur la piste…

Un livre qui restera gravé dans ma mémoire, tel un mustang marqué au fer rouge sur la cuisse : à vie.

Un anti-héros avec qui j’ai voyagé sans m’ennuyer une seule seconde, un homme qui m’a ému, émerveillé, emballé et avec qui j’aurais encore fait un bout de chemin.

À tel point que ce matin, alors que je continuais mon roman sur la jeunesse de Sherlock Holmes à Pau entamé la veille (j’étais p 40) dans la foulée de « Trois mille chevaux vapeur »  je me suis dit « Mais pourquoi Bowman va-t-il à la biblio municipale ? Il n’y en a pas dans l’Ouest sauvage ! » quand je me suis souvenue que le roman était terminé et que j’étais dans un autre où les biblio municipales sont présentes.

C’est vous dire si Bowman m’a marqué ! Dommage que c’était son dernier coup d’archet… His Last Bow(man).

Réclamation : pourquoi, à un moment donné – p554 – ce roman se termine ?? L’auteur ne pouvait-il pas encore ajouter 200 pages juste pour mon plaisir personnel ? Quel est l’imbécile qui a inventé le mot « Fin » à des romans de cette trempe là ??

Un gros coup de cœur pour ce roman sombre, mais lumineux.

« Je ne crois pas au fond nous ayons lu trop de livres. Seulement nous vivons entourés de gens qui n’en n’ont pas lu assez, aussi incultes que cette terre. Si nous avons été naïfs, c’était en croyant des hommes d’affaires, plus qu’à nos idées ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, Challenge « Victorien » chez Arieste, le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore,  « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence ».

1280 âmes : Jean-Bernard Pouy

Titre : 1280 âmes                                                       big_3-5

Auteur : Jean-Bernard Pouy
Édition : du Seuil (2000) / Points (2000)

Résumé :
Si Pierre de Gondol est le plus petit libraire de Paris, sa connaissance de la littérature tous azimut est considérable.

C’est ainsi qu’un matin, l’un de ses clients, dérouté par la lecture d’un célèbre roman de Jim Thompson, vient lui demander où sont passés les cinq personnes oubliées dans la traduction de ce texte qui, en anglais, se nomme Pop 1280 et, en français, 1275 âmes.

Pierre va alors se transformer en détective littéraire, pour retrouver dans d’autres livres, mais aussi en effectuant le voyage jusqu’aux Etats-Unis, la trace de ces étranges disparus.

Une enquête littéraire haute en couleurs, qui revisite les grands textes tout en posant sur l’Amérique un regard débarrassé de bien des clichés.

Critique : 
La preuve qu’on peut avoir la plus petite mais être efficace quand même… Voyez plutôt : Pierre de Gondol possède la plus petite librairie de Paris – What did you think ?? – mais c’est un librairie efficace car sa connaissance en littérature est considérable et tous azimut.

Dans son 12m², il ne possède que des livres rares, des incunables, des signés… Sa clientèle ? Des amoureux pervers polymorphes du livre !

« Mes clients : des amoureux pervers polymorphes du livre et de l’écrit en général. Une race en voie de disparition, disent les gazettes. Le dernier carré. Mais de tels dingues que, pour abattre, faudrait envoyer l’armée ».

Ses clients, des érudits tout comme lui, aime lui poser des questions, des énigmes… Jusqu’au jour où un lui parle du roman de Jim Thompson « Pop. 1280 » et traduit par Marcel Duhamel « 1275 âmes » (le N°1000 !)… Soit-disant que ça sonnait mieux !

Pour un Belge qui dira « Mille deux cent septante-cinq âmes », oui, mais le français ira par un autre chemin, nous donnant un « Mille deux cent soixante-quinze âmes »… Faut déjà additionner !

Alors, elles sont où, ces 5 âmes perdues ?? Et c’étaient quels personnages qui sont passé dans les limbes lors de la traduction ?

– Vous connaissez Jim Thompson, bien sûr.
– Quand même…
– Et le numéro 1000 de la Série Noire.
– 1275 âmes. Un chef d’œuvre.
– Traduit par Marcel Duhamel himself. Titre anglais ?
– Pop 1280.
– Voilà le problème. Soi-disant que ça sonnait mieux. Mais avec des conneries comme ça, lors de cette traduction, cinq personnes ont disparu, cinq habitants de la bourgade de Pottsville.
– Ploucville, comme disait Duhamel.
– Ça me taraude. Ça m’empêche de considérer cette littérature, la noire, comme parfaite, un truc comme ça. J’aimerais que vous me les retrouviez, ces passés à l’as, pour raison signifiante. Je vous en garderais une éternelle reconnaissance.

Pour ceux qui ne le saurait pas encore, la mythique « Série Noire », qui importait et traduisait des romans « noirs » américains, n’était pas toujours regardante dans ses traductions et sabrait de bon cœur dans le texte original afin qu’il « colle » avec le nombre de pages prévu.

Véritable enquête, ce petit roman nous emporte dans Paris et ensuite, aux États-Unis, dans son trou du cul parfois, pour un périple où les références culturelles, littéraires et cinématographiques vont se bousculer au portillon et être très utile pour l’enquête.

Parce que Pottsville, la ville du roman avec le shérif Nick Corey, elle n’existe pas ! Alors, il faut aussi mener une enquête avec des cartes afin de trouver une petite ville du début du siècle, avec une rivière capable d’emporter des corps, un chemin de fer et une rue qui donne sur la rivière…

Notre libraire est un érudit, ses références culturelles sont nombreuses, son enquête est sérieuse et c’est un véritable plaisir que de se détendre avec ce roman, surtout si on a lu « 1275 âmes ».

L’auteur nous parlera aussi des nombreuses adaptations cinématographiques qui furent faites des romans de Thompson, ainsi que des passages coupés dans le roman, dont deux pages importantes au début et manquantes dans la traduction.

Mélangeant la culture avec l’humour, les 166 pages défilent sans que l’on s’ennuie une seconde et je vous avoue que j’ai souri très souvent des bons mots de Gondol qui ne se prend pas la tête… la tête de Gondol ! Déjà que son surnom est « Épictète »…

Si j’ai sorti rapidement ce livre acheté la semaine dernière, c’est suite à une question d’un membre de Babelio, au sujet de « 1275 âmes » et qui voulait savoir de qui Buck parlait-il en disant à Nick Corey « Tu dois te prendre pour l’Autre. Celui qu’a la même initiale que toi ».

J’ai apparemment trouvé la solution puisque confirmée dans « 1280 âmes ».

À lire si vous voulez en savoir plus sur « 1275 âmes » ou tout simplement pour boire un super bouillon de culture, additionné de bons mots ou de métaphores, tout en voyageant en Oklahoma avec notre libraire érudit et vous détendre après des lectures sombres.

« Mon interlocuteur était autant scotché sur son siège qu’un Malien dans l’avion du retour. »

« Le lendemain, je me suis levé avec, dans la tête, une scie, un air idiot, un truc de pub, « Le soleil vient de se lever, encore une belle journée, l’ami Ricoré… » Va savoir pourquoi…
Moi, le café, c’est sacré. Et, contrairement à la majorité coincée de nouvelops, j’aime bien le robusta. Mais va expliquer ça à des arabicomaniaques branchés sur le Costa-Rica. « 

« Bizarrement on s’en fout. Car au niveau des probabilités, on a autant de chances de se prendre un astéroïde sur la tronche que de mettre un singe devant une machine à écrire et qu’il se mette à taper, par hasard, la première phrase de La Divine Comédie. »

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),  « Challenge US » chez Noctembule et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.