Voyage au bout de l’enfance : Rachid Benzine

Titre : Voyage au bout de l’enfance

Auteur : Rachid Benzine
Édition : Seuil Cadre rouge (07/01/2022)

Résumé :
Fabien est un petit garçon heureux qui aime, le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie.

Ce roman poignant et d’une grande humanité raconte le cauchemar éveillé d’un enfant lucide, courageux et aimant qui va affronter l’horreur.

Critique :
C’est ce qu’on peut appeler une lecture bouleversante, bourrée d’émotions fortes et remplie de tristesse.

Comme quoi, on peut faire un roman court, mais intense. Comme quoi on peut, en 96 pages, nous montrer une partie de l’horreur du régime islamique de Daesh, ainsi que l’inhumanité des camps de réfugiés.

Sans trop de préambules, l’auteur nous plonge directement dans la vie d’un couple de français qui se sont convertis à l’Islam et sont ensuite parti en Syrie, combattre pour Daesh et pour vivre dans ce qu’ils pensent être le paradis sur Terre pour les musulmans.

Las, je pense que même l’Enfer est mieux que ce qu’ils découvrent au fur et à mesure. Le problème est qu’ils ont un enfant, Fabien, devenu Farid, qui lui, n’a rien demandé. Notre garçon aime le foot et surtout la poésie. Lui, tout ce qu’il voudrait, c’est revenir en France, retrouver ses grands-parents, ses copains et son prof, Monsieur Tannier.

Hélas, l’État Islamique veut faire de lui un assassin, un enfant soldat, un égorgeur, un tueur, un parfait soldat du Djihad et au pire, un martyr qui se fera sauter avec une ceinture d’explosifs.

Ce court roman montre combien il est facile d’embrigader les gens, de leur mentir, ou tout simplement de leur laisser se faire un film tout seuls, pensant dur comme fer que là où il vont aller, ils seront mieux, qu’ils seront respectés, compris, qu’ils pourront vivre leur nouvelle foi de la meilleure manière qu’il soit.

Faux et archi faux, sauf si vous avez vraiment l’âme d’un assassin et que cela vous fait kiffer d’égorger du mécréant, de les assassiner, de les torturer…

Raconté du point de vue du petit Fabien/Farid, qui va passer quelques années chez les fous furieux de Daesh et ensuite, finir dans un camp de réfugiés, ce petit roman est encore plus intense, puisque raconté à hauteur des yeux d’un enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui se raccroche à la poésie pour ne pas sombrer.

Si les passages chez Daesh sont violents, horribles et inhumains, l’auteur fait en sorte de ne pas sombrer dans le pathos inutile, racontant simplement ce qu’il en est chez eux, le traitement réservé aux femmes devenues veuves et aux enfants, que l’on endoctrine.

Les passages consacré à la vie dans un camp de réfugiés sont tout aussi violents, rempli d’inhumanité, de délations, de privations, de manque d’hygiène, de tortures, mais jamais l’auteur ne fait l’erreur de surdoser l’indicible, sans pour autant nous édulcorer ses propos.

L’équilibre est parfait, ni trop, ni trop peu. Le résultat est que votre âme se liquéfie, que votre coeur se brise en pensant à tous ces enfants de nos pays qui sont toujours enfermés là-bas, nos populations (et nos dirigeants), ne voulant pas qu’ils reviennent, puisqu’ils sont partis.

Oui, mais ce sont des enfants, personne ne leur a demandé leur avis, personne ne s’est soucié d’eux. Les laisser mariner dans de telles conditions, dans de tels endroits, les abandonnant à leur triste sort, c’est peut-être prendre le risque que leurs convictions, celles qu’on leur a enfoncé de force dans le crâne, ne s’ancrent un peu plus, faisant d’eux, ensuite, des parfaits petits terroristes, ivres de vengeance.

Un roman poignant, court et intense. On pourrait trouver qu’il est trop court, j’aurais aimé en apprendre plus, surtout avec la plume de cet auteur qui est allé visiter des camps, qui sait de quoi il parle.

Un petit concentré d’émotions fortes qui m’a brouillé la vue à bien des moments.

Captain America – Un Homme Hors Du Temps : Mark Waid et Jorge Molina

Titre : Captain America – Un Homme Hors Du Temps

Scénariste : Mark Waid
Dessinateur : Jorge Molina 🇲🇽
Édition Originale : Captain America : Man out of time
Traduction : Thomas Davier

Édition : Panini – 100% Marvel (2012)

Résumé :
Plusieurs décennies après sa mort présumée durant la Deuxième Guerre mondiale, Captain America refait surface dans une Amérique qu’il reconnaît à peine.

Ébranlé par les changements et la disparition de son ancien acolyte Bucky, la Légende Vivante remonte le temps pour tenter de sauver ce dernier.

Mais afin de préserver le continuum temporel, les Vengeurs doivent empêcher le héros à la bannière étoilée de modifier l’histoire…

Critique :
Le Cap est resté prisonnier des glaces, avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale et il est réveillé de nos jours, au XXIème siècle.

L’écart entre les deux époques est énorme, si cela nous arrivait, comme lui, nous serions dépassé par ce que l’on voit.

Comme nous ne sommes pas dans le film « Les visiteurs », les auteurs ne sont pas partis sur une base comique, même si le Cap aura quelques réflexions « amusantes » vu qu’il ne sait pas à quoi sert un ordinateur, ni que le président Roosevelt est décédé, que d’autres lui ont succédé, ni que l’on n’a plus besoin d’une chambre noire pour dupliquer une photo… Le décalage est énorme, c’est amusant, mais pas à se taper sur les cuisses, ce n’est pas le but.

Au départ, pas besoin de connaître la vie du Cap sur le bout des doigts, avoir vu les films aide assez bien et l’auteur retrace vite fait, bien fait, la disparition de Bucky, son meilleur ami.

Sans être une experte, j’ai compris tout et il n’y a eu que quelques passages que je n’ai pas capté, n’ayant pas lu toute la bio des Avengers ou du Cap. Wiki m’a expliqué qui était le Rick (Rick Jones).

Le plus important sont le fond du scénario : on ne se contentera pas de regarder le Captain écouter Tony Stark lui montrer ce que l’Amérique a fait de mieux dans les technologies, sur le premier pas sur la lune…

L’auteur n’en est pas resté là, il nous montrera aussi la face sombre de son pays, avec l’omniprésence des armes à feu, les guerres perdues, le trafic de drogue, d’êtres humains, l’immigration clandestine, ce que certains sont prêts à faire pour rester aux States, la lutte pour les droits civiques,… Ouf, pas de manichéisme !

Les dessins sont agréables pour les yeux, les couleurs assez sombre, mais dans l’ensemble, nous sommes face à un bel album. L’épisode avec Kang donnera du rythme au récit, lui apportant quelques bastons et de l’action.

Kang est un Voyageur du Temps et le Captain est, quant à lui, un homme Hors du Temps, puisqu’il est resté bloqué en 1945, le laissant en décalage total avec les autres qui ont vu les changements survenir au fil du temps.

Notre Captain a beau être hors du temps, en porte-à-faux avec la société qu’il vient de découvrir, il n’en reste pas moins un homme plein de ressources, avec des neurones et malgré tout, il réussira à en tirer profit, à revenir plus fort, en meneur des Avengers à leur faire comprendre que l’union fait la force.

Un très bon comics, avec un scénario qui ne manquait pas d’intelligence, évitant le manichéisme des Américains sauveurs du Monde, qui était plaisant à lire et qui ne me donne qu’une seule envie : poursuivre ma découverte de l’univers du Captain America !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°189] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Mexique).

Apache Junction – Tome 1 – Les loups au crépuscule : Peter Nuyten

Titre : Apache Junction – Tome 1 – Les loups au crépuscule

Scénariste : Peter Nuyten
Dessinateur : Peter Nuyten

Édition : BD must (01/09/2017)

Résumé :
1875, après la mort de Cochise, les Chiricahuas menés par le chef Black Wolf s’échappent de la réserve de San Carlos. Poursuivis par l’armée US comme par les Féderales mexicains, ils convoitent une cargaison d’armes.

Réalisé par Peter Nuyten dans un style très proche du Blueberry de Jean Giraud, Apache Junction est un western superbement dessiné et bien documenté en 3 albums qui forment un récit complet.

Critique :
C’est par le plus grand des hasards que j’avais appris l’existence de cette série western en trois volumes.

Ni une, ni deux, lorsque je suis tombée dessus en librairie, je l’ai ajoutée à mon panier et je me suis empressée de la lire.

La première chose qui frappe (aie), c’est le style des dessins : assez proche d’un Blueberry, période Apache.

Le personnage principal, Roy Clinton (le courrier de Fort Apache), a des petits airs de Blueberry, le nez cassé en moins (et pas la tête de Belmondo). Il pourrait être son cousin.

En plus d’être gâté par de beaux dessins réalistes (les décors sont détaillés aussi, magnifiques), le lecteur ne sera pas en manque de lecture, que ce soit dans les explications de départ (resituer le conflit entre l’armée US et les Apaches) ou dans les phylactères.

L’auteur ne propose pas un scénario binaire avec les gentils soldats, les gentils colons et les vilains Indiens. Non, non, pas de ça dans cette bédé ! Les colons ne sont pas d’une seule teinte et les Apaches non plus, chacun se battant pour sa terre, pour sa famille, pour son peuple ou pour le fric (les Blancs).

Roy Clinton est même réaliste, il sait que les Indiens ne font pas confiance aux Blancs parce que ces derniers les ont trop souvent trompés au fil du temps. Il n’est pas au point de tenir avec eux, mais il les comprend, tout en faisant ce qu’il faut pour rester en vie. On peut comprendre les revendications des autres et tenir à sa vie, c’est normal.

Il y a peu d’action dans ces pages, une grande partie étant l’attente dans la ferme de l’attaque (ou pas) par les Apaches et les soldats du fort qui, d’un autre côté, sont sur la piste de ces mêmes Apaches.

Malgré tout, il y a beaucoup de tension durant ces 40 pages et vu la biographie de fin de bédé, on remarque que l’auteur a fait des recherches sur le sujet afin de ne pas raconter de bêtises.

Il y a de la profondeur dans ce scénario, du suspense, des secrets inavoués (que l’on connaîtra avant la fin de ce premier tome) et notre ami Roy Clinton en a un fameux à nous avouer.

Une belle découverte d’une bédé western dont je ne connaissais pas l’existence (merci au site Bedetheque), que j’ai eu du mal à trouver en librairie et qui coûtait plus cher que les autres. Bon, ça valait le coup ! Maintenant, il me faut acheter les deux autres…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°183], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 40 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°109], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Pays-Bas).

La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse : Svetlana Alexievitch

Titre : La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse

Auteur : Svetlana Alexievitch
Édition : J’ai Lu (05/10/2016)
Édition Originale : Tchernobylskaïa molitva (1996)
Traduction : Galia Ackerman et Pierre Lorrain

Résumé :
« Des bribes de conversations me reviennent en mémoire… Quelqu’un m’exhorte :
— Vous ne devez pas

 oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main ! »

Tchernobyl. Ce mot évoque dorénavant une catastrophe écologique majeure.

Mais que savons-nous du drame humain, quotidien, qui a suivi l’explosion de la centrale nucléaire ?

Svetlana Alexievitch nous fait entrevoir un monde bouleversant : celui des survivants, à qui elle cède la parole. L’évènement prend alors une toute autre dimension.

Pour la première fois, écoutons les voix suppliciées de Tchernobyl.

Critique :
Le premier témoignage m’a déjà foutu par terre : c’était celui de l’épouse d’un des pompiers envoyés sur la catastrophe au tout début.

On les a appelé pour un incendie, ils sont partis le cœur tranquille, pensant n’avoir affaire qu’à un simple feu qu’ils maîtriseraient facilement. Il n’en était rien, mais ils ne le savaient point.

Partis sans protection, ils revinrent ensuite sous totale contamination.

Quatorze jours, c’est le délai maximum de votre existence après avoir été soumis à des radiations comme ils le furent.

L’épouse d’un est allée à l’hôpital, s’est occupée de son mari, qui avait été transformé en mini centrale nucléaire. La dégradation du corps est horrible. Son amour était immense, peu de femmes seraient restées auprès de leur mari. Hélas, le prix à payer était le plus fort. L’épouse était enceinte de 6 mois… Je n’en dirai pas plus.

Ce roman est composé de multiples témoignages, que ce soit ceux des habitants, des soldats, des liquidateurs, des témoins, des déplacés… Tous ces témoignages sont ceux et celles des suppliciées de Tchernobyl.

Ceci n’est pas une fiction, rien n’est romancé, ce sont des témoignages bruts. Les gens racontent, se souviennent et chaque récit semble plus glaçant que le précédent.

Ces villages vidés de tous leurs habitants, où sont resté uniquement les animaux domestiques. Tout ces gens qui pensaient revenir ensuite et qui sont parti avec le minimum…

Certains sont revenus, en douce, pour cultiver leur jardin, reprendre leurs affaires. Ou voler ce que les militaires enterraient, les objets contaminés… Sans penser qu’ils allaient se contaminer encore plus.

Les dirigeants ont sacrifiés les populations et les liquidateurs envoyés sur le toit pour enlever le graphite, sans protection.

Parfois, on leur en donnait, mais puisque les chefs minimisaient les effets et payaient bien, les hommes y sont allés, le cœur léger, les tire-au-flanc étant très mal vu, chez eux. Ils avaient une autre mentalité, ils servaient la patrie, ils obéissaient et surtout, la vodka coulait à flot, alors, il ne pouvait rien leur arriver de grave !

Avec le recul et les maladies arrivant, bien des soldats ou des liquidateurs, comprendront les risques qu’on leur a fait prendre au mépris de tout danger. Les roubles qu’on leur donnait en plus, les salaires triples, ne valaient pas les conséquences qu’ils ont subis ensuite.

Il fallait ne rien dire, mettre une chape de plomb sur l’incident (un incident, rien de plus) et brosser les merdes sous les tapis. C’est ce qu’ils ont fait et on devrait les en remercier, car ils ont pris des risques énormes pour les autres.

Le problème étant que la radioactivité, ça ne se voit pas, ça n’a pas d’odeur, alors, comment y croire ? Comment arriver à comprendre qu’il ne faut pas manger les fruits de son verger, cultiver sa terre ou boire le lait de sa vache ?

Les différents témoignages sont bouleversants, ils sont bruts de décoffrage, ils expriment la souffrance, l’incompréhension, les départs pour d’autres lieux, la perte de tout, ainsi que l’exclusion par les autres, puisqu’ils venaient de la zone.

Durant ma lecture, l’émotion m’a souvent submergée, me forçant à faire des pauses et à lire autre chose, afin de ne pas sombrer totalement.

Ceci n’est pas un roman, ni une fiction, ce sont des portraits de gens réels, de personnes fracassées, arrachées à leurs terres, à leurs vies. Des gens que l’on a sacrifié, des vies que l’on a considérées comme sans valeur. Des victimes à qui on a jamais donné la parole.

Ce sont aussi des soldats (liquidateurs) qui ont été envoyés en première ligne, sans connaître vraiment les risques et certains, même en les connaissant, on tout donné, afin d’épargner des vies. Des liquidateurs qui ne savaient pas qu’ils étaient déjà morts, à force de respirer et de manger des röntgens.

Dame Ida va encore me traiter de « Glauque-trotter » et elle n’aura pas tort…

Pourtant, je ne regrette pas d’avoir osé lire ce recueil de témoignages afin de savoir, de rendre un hommage silencieux à ces femmes, à ces hommes, ces enfants, morts ou déplacés, ces gens à qui on n’a rien voulu dire. À ces gens dont on ne parle jamais.

Et puis, malgré le fait que j’avais 10 ans lors de la catastrophe, il ne m’en restait aucun souvenir, comme si ma mémoire avait tout oublié. On ne peut pas oublier.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Biélorussie).

Le Messie du Darfour : Abdelaziz Baraka Sakin

Titre : Le Messie du Darfour

Auteur : Abdelaziz Baraka Sakin
Édition : Zulma (2016)
Édition Originale : Masīḥ Dārfūr (2012)
Traduction : Xavier Luffin

Résumé :
« C’était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s’appeler Abderahman. »

Avec son prénom d’homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le cœur grand, qui l’a recueillie en lui demandant de ne plus jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout.

C’est un jour de marché qu’elle rencontre Shikiri, enrôlé de force dans l’armée avec son ami Ibrahim. Ni une, ni deux, Abderahman en fait joyeusement son mari. Et lui demande de l’aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix.

Formidable épopée d’une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d’aventure et de guerre, une histoire d’amitié et de vengeance qui donne la part belle à l’humour et à la magie du roman.

Critique :
♫ Pour vouloir la belle musique ♪ Soudan mon Soudan ♫ Pour un air démocratique ♪ On t’casse les dents ♫

À la lecture de ce roman, on comprend que l’auteur ait dit l’avoir écrit afin d’expulser sa peur de la guerre…

Cette lecture, je la dois à ma copinaute Rachel. Voulant découvrir l’auteur avant notre LC, j’ai tenté le coup avec ce roman inclassable et bizarre et ça a matché entre nous.

Pourtant, ce n’était pas gagné ! Déjà, il y a peu de dialogues, l’auteur écrivant les paroles des personnages en les intégrant dans le récit. Habituellement, je déteste ça, ça me pompe l’air.

Là, il m’a fallu un certain temps avant de me rendre compte que les dialogues étaient quasi inexistants. Un bon point si je ne l’ai pas remarqué de suite, cela veut dire qu’ils étaient bien intégrés au texte.

Le récit semble suivre une ligne bien à lui, pas vraiment de fil rouge entre les récits, si ce n’est qu’ils sont arrivés à des personnages du récit, à des époques différentes et qu’ils permettent d’éclairer la situation politique du Soudan, ainsi que les années de guerre, les massacres, les exactions des rebelles, les différentes ethnies, la situation géopolitique du pays, l’antagonisme entre les Noirs et les Arabes, le racisme, l’esclavagisme…

Le Darfour est complexe, faut pas croire que vous comprendrez tout de cette région après avoir lu le roman, mais cela vous éclairera un peu. Sachez que cet auteur s’est exilé et que ses écrits sont interdits au Soudan. Là-bas, ils circulaient sous le manteau.

Dans ce roman, il n’y a pas de choses joyeuses, certains passages sont assez durs, violents et l’on donnerait bien n’importe quoi pour que jamais cela ne nous arrive. Malgré la dureté de ces scènes, l’auteur évite le voyeurisme et le pathos.

L’écriture de l’auteur est belle, c’est un excellent conteur, même si, de temps en temps, on ne sait pas trop où il va nous conduire, ni ce que cache la partie avec le messie. Cette partie-là est un peu plus mystique. Plus déroutante.

Mon bémol sera que ce roman donne l’impression que l’auteur n’est pas allé au fond des choses, qu’il a lancé beaucoup de pistes, sans jamais aller les terminer, ou les explorer un peu plus.

Cela donne une impression d’avoir survolé les choses, les faits, l’Histoire du Soudan et que le tout n’a pas été achevé… Dommage, il y avait tant à nous apprendre.

Bizarrement, malgré ce bémol, j’ai apprécié ma lecture (oui je sais, cherchez pas docteur) et que je compte bien découvrir l’autre roman de cet auteur.

À vous de voir si vous l’ajouterez à votre wish ou si vous passerez votre chemin. Pour ma part, je ne suis pas mécontente d’avoir ajouté un auteur soudanais à mon planisphère. J’ai trop peu d’auteurs africains dans mes biblio et je tente de corriger cela, lentement, mais sûrement.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Soudan).

Dressé pour tuer ‭–‬ 02 ‭–‬ Une enquête de Drongo, ex-agent du KGB : Tchinguiz Abdoullaïev

Titre : Dressé pour tuer ‭–‬ 02 ‭–‬ Une enquête de Drongo, ex-agent du KGB

Auteur : Tchinguiz Abdoullaïev
Édition : De l’Aube – Noire (2015)
Édition Originale : День гнева (1999)
Traduction : Robert Giraud

Résumé :
Une mystérieuse série d’attentats vise un ­ministre du gouvernement russe. Le contre-espionnage hésite à faire appel au fameux privé Drongo, ex-agent du KGB, car ce serait reconnaître qu’il ne maîtrise pas la situation.

Le laissera-t-on ­remonter la filière du complot jusqu’au sommet ? Et où se situe ce sommet, dans un État miné par les intrigues et la corruption et où, par conséquent, tout le monde a tendance à soupçonner tout le monde ?

Critique :
Russie, dans les années 90… Un attentat est perpétré contre le ministre des finances. Ce sont des pros et celui qui est à la tête de ses assassins est un ancien liquidateur que l’on a fait évader de prison.

Dans ce polar, les liquidateurs sont les hommes dressés à tuer les cibles qu’on leur désignait. Pas le genre qui laisse des traces, pas le genre de type à se laisser prendre facilement.

L’intrigue de ce polar noir est concentrée sur trois journées, mais quelles journées ! Elles seront longues, pour les personnages. Hautement stressante et super dangereuses. Certains ont intérêt à ce que le ministre des finances ne présente pas le budget au vote. Il est l’homme à abattre.

Il a fallu attendre le tiers du roman avant de voir débouler ce bon vieux Drongo. Dans la ligne du temps, on fait appel à lui le soir du premier jour, mais il y avait tellement de choses à dire pour ce premier jour, que ça a mis plus de 130 pages.

Si, comme moi, cela ne vous dérange pas d’apprendre des choses sur la politique Russe des années 90, alors le temps passera agréablement.

Par contre, si vous y être réfractaire, vaut mieux aller voir ailleurs car de la politique, il va en être question à tous les étages et vous en boufferez à tous les râteliers !

Amoureuse de la Russie comme de l’Angleterre (pas de leurs travers, je vous rassure), appréciant la politique lorsqu’elle est bien décrite dans les livres, je n’ai pas trouvé le temps long, même si Drongo me manquait. Son esprit, son intelligence, son amour des livres, ses déductions… Bref, tout ce qui fait son charme, m’a manqué durant le premier tiers.

Une fois qu’il entre dans la dance, le rythme augmente un peu, sans jamais devenir 24h chrono, bien que, vu les détails des journées, on s’en approchait un peu. Avec le côté Die Hard pour les bombes et autres attentats.

Sans jamais aller trop loin, l’auteur est resté du côté du réalisme. J’ai apprécié ce voyage dans le temps, dans la Russie des années 90, sans Internet et avec peu de téléphones portables. Les personnages ne sombrent jamais dans le manichéisme et sont tous très réalistes.

Une enquête qui ne va pas à cent à l’heure, qui prend le temps de poser les bases, de parler de la politique, de la situation de la Russie dans les années 90, de son passé trouble et pas brillant, de ses cadavres dans les placards, de corruption…

Un polar à réserver aux lecteurs/lectrices qui aiment qu’une enquête prenne son temps, même si elle ne dure que 3 jours et qui ne sont pas réfractaires à la politique.

Drongo est un ex-agent du KGB qui mériterait d’être mieux connu car c’est un personnage très intéressant.

PS : je viens de me rendre compte que ce billet était le 3.000ème de posté sur le blog depuis septembre 2012. Waw, ça en fait des conneries d’écrites par moi, tout ça ! PTDR

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°153], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°35] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Azerbaïdjan).

Batman vs Deathstroke : Christopher Priest, Carlo Pagulayan, Ed Benes et Roberto Viacava

Titre : Batman vs Deathstroke

Scénariste : Christopher Priest
Dessinateurs : Carlo Pagulayan, Ed Benes et Roberto Viacava

Édition : Urban Comics DC Rebirth (2019) / Urban Comics Editions (2021)

Résumé :
Au cours d’une enquête sur le vol de documents illégaux, Batman apprend une terrible nouvelle : Damian ne serait pas son véritable fils. Les tests ADN semblent indiquer qu’un autre redoutable combattant serait son géniteur : Deathstroke, l’exterminateur !

Décontenancé par cette révélation, le Chevalier Noir va devoir retrouver Slade Wilson et le forcer à avouer la vérité sur ce retournement de situation.

Critique :
Damian, je ne suis pas ton père ! Damian, ton père est un autre que moi…

Ah, les tests ADN ! Quel bordel ils peuvent foutre dans les vies des gens. Ici, un test ADN indique que Damian, le fils de Batman, ne serait pas son fils, mais celui de Deathstroke. La bombe !

Je connais une femme qui est heureuse qu’on ait prouvé que l’amant de sa mère était bien son père biologique… Il est un ancien roi qui ne fut sans doute pas content que ses dénégations soient mises à mal, la preuve affichée noir sur blanc : il était son père.

Bref, ça doit la foutre mal aux réunions de famille, ce genre de test. Pour moi, c’était l’occasion de découvrir un album de Batman pour pas cher (4,90€) et de faire la connaissance avec Slade Wilson, dit Deathstroke, celui qui a inspiré Deadpool (Wade Wilson).

De Deathstroke, je ne connaissais rien, de Batman, un peu plus. Tous les deux sont des combattants hors pair et cet antagonisme sur leur paternité supposée ou non, va les faire s’affronter dans quelques combats très esthétiques.

J’aurais dû prévoir des aspirines car la vie familiale et privée de Deathstroke est des plus complexe, digne d’une série américaine des années 80. Entre son ex-femme, ses divers enfants, les vivants et le décédé, ses anciennes conquêtes, j’ai parfois perdu pied.

Pas facile non plus de replacer dans le fil de l’histoire les interventions de Robin sur son passé, sur ses griefs contre Batman… J’avoue avoir dû faire quelques allers-retours afin de tout bien intégrer. Les ellipses ne m’ont pas facilitées la tâche non plus.

Cet album ne se déroule pas de manière linéaire et il faut rester concentré, comme le lait du même nom.

N’ayant pas non plus de grandes connaissances de l’univers de Batman (je connais le principal), je me suis parfois perdue dans les différents Robin qui l’ont épaulé.

Toutes ces choses m’ont un peu empêché de profiter pleinement de cette lecture, obligée que j’étais de faire des pauses, de revenir en arrière, de réfléchir.

Non, ce n’était pas une lecture facile, mais au moins, j’en ai eu pour mon argent ! Les dialogues n’étaient pas de pacotille, il y avait de l’action, du suspense, des mystères, le tout porté par des dessins superbes, dont ceux des combats entre Batman et Deathstroke.

Néanmoins, c’est un album à réserver aux fans de comics, de Batman ou de Deathstroke. Vu la complexité des personnages et des multiples intrigues, il faudra que je le relise plus tard, pour le plaisir et pour tenter de comprendre plus.

Avant, je réviserai mon « Petit Deathstroke sans peine ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°149] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°31].

Les Princes de Sambalpur – Wyndham et Banerjee 02 : Abir Mukherjee

Titre : Les Princes de Sambalpur – Wyndham et Banerjee 02

Auteur : Abir Mukherjee
Éditions : Liana Lévi (2020) / Folio Policier (2021)
Édition Originale : A Necessary Evil (2017)
Traduction : Fanchita Gonzalez Batlle

Résumé :
Échouer à prévenir l’assassinat d’un prince n’est pas un fait d’armes dont peuvent s’enorgueillir le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee, de la police de Calcutta.

Piqués au vif par cet échec, l’inspecteur et son adjoint décident de suivre la piste des mystérieuses missives reçues par le prince jusqu’à Sambalpur, petit royaume de l’Orissa, célèbre pour ses mines de diamants.

Le vieux maharajah, entouré de ses femmes, et de dizaines de concubines et enfants, paraît très affecté par la mort de son fils aîné, et prêt à accepter leur aide.

D’omelettes trop pimentées pour les papilles anglaises au culte de l’étrange Dieu Jagannath, en passant par une chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee seront initiés aux mœurs locales.

Mais il leur sera plus compliqué de pénétrer au cœur du zenana, le harem du maharajah, où un certain confinement n’empêche pas toutes sortes de rumeurs de circuler.

Au-delà du suspense, une plongée au cœur des petits royaumes de l’Inde traditionnelle des années 1920, et une subtile analyse de l’impossible coexistence entre Britanniques et Indiens.

Critique :
Un petit tour en Inde, ça vous dit ?

Dans l’Inde de 1920, je précise, encore et toujours sous la domination britannique…

Votre mission ? Avec l’aide du capitaine Wyndham et de sergent Banerjee, de la police de Calcutta, vous devrez protéger le prince héritier de Sambalpur.

Bande de moules, on l’a assassiné sous vos yeux et vous n’avez rien su faire ! Le capitaine Wyndham aurait-il trop forcé sur l’opium ou pas assez pour louper cette mission ?

Une fois de plus, l’enquête sur l’assassinat du prince héritier n’est qu’un prétexte pour nous introduire dans la société Hindoue de 1920, régie par des castes (encore et toujours) imperméables : si vous naissez dans la mauvaise caste, n’espérez pas grimper à la force du poignet ou par votre intelligence, vous êtes condamné à y rester à vie (et vos enfants aussi).

La société coloniale anglaise en prend plein son grade aussi et se fera rhabiller pour l’hiver. Les sujets de sa Majesté restent des racistes purs et durs, considérant tout ce qui n’est pas anglais comme des barbares sans éducation. Ils se croient les maîtres à bord, en pays conquis, dictant aux autres ce qu’ils doivent faire et les jugeant beaucoup (alors qu’en Angleterre, c’est pas mieux).

Ils rouspètent sur la cuisine épicée des Hindous, sont tolérants envers un anglais qui fait tchikiboum avec une indigène, mais ça leur défrise la moustache (et le reste) si un Hindou voulait épouser une Anglaise. Un Hindou faisant tchikiboum avec une blanche, c’est mal vu aussi… Bref, eux peuvent tout faire, tout se permettre, pas les autres.

Si l’auteur égratigne les Anglais et l’Inde, les maharadjahs ne seront pas épargnés non plus, dont celui de Sambalpur qui possède trois épouses officielles et 126 concubines…

Enfin, je n’ai pas été compter ses concubines et plusieurs ont bougées pendant le recensement. Ce mec a aussi un troupeau d’enfants, issu de sa vigueur boursière (enfin, je suppose, je n’ai pas vérifié sa vigueur, ni sa semence).

Là aussi il y a des règles à respecter et tout sahib qu’il est, notre capitaine fumeur d’opium, devra les respecter durant son enquête. Lui qui est réfractaire aux ordres, il va devoir marcher sur des œufs afin de résoudre cette enquête épineuse où bien des mobiles sont présents (fanatisme religieux, assassinat politique, meurtre familial ?).

Avec une pointe d’humour, l’auteur dissèque cette société avec brio et finalement, l’enquête devient un peu secondaire. Quelques longueurs monotones ont pointée le bout de leur nez durant ma lecture, rien de rébarbatif, heureusement.

Il n’aurait pas fallu une enquête plus longue en pages, sinon je pense que j’aurais un peu décroché.

Le duo formé par le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee fonctionne toujours bien, par contre, ils n’ont pas vraiment évolués depuis le tome précédent, ce qui est dommage. Le sergent Banerjee devrait s’affirmer un peu plus.

Voilà donc un polar historique qui plonge ses lecteurs dans l’Inde des années 20, qui ne se prive d’égratigner un peu tout le monde, les piquants gentiment ou plus profondément et qui met en scène deux cultures diamétralement opposées (le choc des nations) où l’un est l’oppresseur, qui voudrait continuer d’oppresser (et s’enrichir), et l’autre, qui est l’opprimé et qui en a marre de l’être.

C’est bien mené, bien écrit et tout n’est pas aussi simple que le capitaine Wyndham le voudrait.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°139], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°21] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Écosse).

Retour de flammes – Tome 1 – Premier rendez-vous : Laurent Galandon et Alicia Grande

Titre : Retour de flammes – Tome 1 – Premier rendez-vous

Scénariste : Laurent Galandon
Dessinateur : Alicia Grande

Édition : Glénat (05/02/2020)

Résumé :
Le cinéma est une arme de guerre. Paris, sous l’Occupation, septembre 1941. Un incendie dans le cinéma Le Concordia détruit la pellicule d’un film de propagande nazi.

Chargé de résoudre l’affaire, le commissaire français Engelbert Lange découvre sur les lieux qu’il est surveillé par la Gestapo.

Car c’est la deuxième fois qu’un acte similaire est perpétré dans la capitale, les autorités allemandes prennent donc la chose très au sérieux : la piste terroriste est privilégiée. Son enquête va conduire Lange dans le monde du 7e Art. Il va découvrir l’intensité créatrice et le vent de liberté qui subsistent dans un Paris sous tension.

Mais entre la pression de ses supérieurs et celle de l’occupant, il va surtout devoir rendre des comptes… et voir resurgir de vieux démons.

À travers ce polar historique bien ficelé et dessiné par la prometteuse Alicia Grande, Laurent Galandon nous fait arpenter les rues d’un Paris occupé où le cinéma peut aussi bien servir à contester le pouvoir qu’à le maintenir.

Une enquête en deux volumes.

Critique :
Dans le film « La cité de la peur », un mystérieux assassin tuait les projectionnistes qui projetaient le film « Red is dead », un film d’horreur nanardesque. C’était délicieusement décalé.

Ici, c’est différent : un mystérieux type détruit des films de propagande nazi. Nous ne sommes pas dans une comédie, mais en 1941, sous l’Occupation.

Un agent de la police secrète allemande demande au commissaire Lange d’éponger cette affaire avant qu’il n’y ait des fuites et que les gens évitent les cinémas et ses merveilleux films allemands ! C’est de l’ironie de ma part, bien entendu, ce n’en est pas du fridolin qui cherche surtout un coupable Juif.

Le graphisme est très beau, les dessins sont réalistes, coloriés dans des tons pastels, assez clairs. Bref, c’est un bel objet.

Comme le commissaire Lange, nous sommes des néophytes en matière de cinéma des années 40, heureusement, en même temps qu’une personne le renseignera, nous pourrons en apprendre plus de notre côté et se coucher moins bête.

Le scénariste a fait du bon boulot en amenant des détails de la vie à Paris sous l’occupation et les infos sur le cinéma de l’époque de manière subtile, intégrant le tout dans son scénario, dans les dialogues, sans que cela ressemble à un cours. Alicia Grande, la dessinatrice, a bien restitué le tout en images.

Bien des sujets seront mis en lumière dans ce premier album, les uns s’imbriquant dans les autres à la manière des briques de couleurs célèbres, le tout formant une toile cohérente. De plus, notre commissaire n’enquêtera pas que sur le pyromane des bobines de propagandes. Il y a du crime mystérieux aussi.

Les personnages ne sont pas figés, chacun a ses petits secrets, ses bizarreries. Le commissaire décroche le pompon (mais je ne dirai rien de plus), son adjoint, l’inspecteur Goujon fera fort lui aussi, sa voisine Clothilde n’est pas en reste non plus…

Des mystères, des enquêtes qui doivent se faire avec délicatesse pour ne pas froisser les copains des dignitaires nazis et où le mot « collaboration » peut prendre plusieurs sens, bon comme mauvais.

Le résultat est que le premier tome est instructif tout en étant addictif. Nous sommes face à des enquêtes dont les mystères sont aussi épais qu’une bottine allemande et avec des personnages qui nous cachent bien des petits secrets inavouables…

Bien des personnages connus se retrouveront croqués dans ce premier album, dont Tino Rossi qui ne chantait pas « petit papa Noël » à la table des officiers allemands ou le réalisateur Clouzot qui ne faisait qu’une seule prise puisque les mètres de pellicule étaient comptés, ainsi que Danielle Darrieux et Fernandel chez Maxim’s.

Une bande dessinée sur une période sombre de l’Histoire et ce ne sont pas les projecteurs du cinéma qui vont lui donner de la lumière, vu que le régime de Vichy a créé le C.O.I.C (Comité d’Organisation de l’Industrie Cinématographique) afin de contrôler la production cinématographique…

Sans compter qu’il fallait correspondre aux exigences de Goebbels qui voulait que les français se contentent de films creux, de sornettes légères, de films inconsistants, comme les producteurs de films faisaient déjà puisque soumis à la censure vichyste.

Une belle découverte, une fois de plus et je m’en vais de ce pas lire le second tome (c’est un diptyque) afin de découvrir ce qu’il se cache derrière tous ces mystères…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°138], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°20], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages), et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Espagne).

 

L’eau rouge : Jurica Pavičić

Titre : L’eau rouge

Auteur : Jurica Pavičić
Édition : Agullo Noir (11/03/2021)
Édition Originale : Crvena voda (2017)
Traduction : Olivier Lannuzel

Résumé :
Croatie, 1989. Dans un bourg de la côte dalmate, Silva, 17 ans, disparaît durant la fête des pêcheurs. L’enquête menée par Gorki Sain fait émerger un portrait complexe de cette jeune fille qui prenait et revendait de la drogue.

Quand le régime de Tito s’effondre, l’inspecteur est poussé à la démission et l’affaire classée. Seule la famille de Silva poursuit obstinément les recherches.

À travers ce drame intime et la quête de la vérité par la famille, L’Eau rouge déploie dans une grande fresque les bouleversements de la société croate : chute du communisme, guerre de 1991 à 1995, effondrement de l’économie et de l’industrie, statut des vétérans de guerre, explosion de l’industrie touristique et spéculation foncière, investissements étrangers et corruption…

Ou comment les traumatismes de l’Histoire forgent les destins individuels.

Critique :
Il est des rendez-vous littéraire que l’on loupe. Pour plusieurs raisons : pas le bon moment, pas le bon état s’esprit, roman qui ne nous correspond pas ou tout simplement, roman où l’on s’ennuie un peu.

Ce n’est pas la première fois que, dans roman policier, les crimes, disparitions (ou autres) ne sont qu’un prétexte pour nous parler du pays, de son Histoire, de son peuple, des misères qui les frappe…

Cela ne m’a jamais dérangé, que du contraire, j’apprécie puisque c’est l’occasion de découvrir un pays, une culture, autrement.

Dans ce polar qui n’en est pas vraiment un, l’auteur met en scène la Yougoslavie avant la guerre, du temps où elle ne faisait qu’un seul pays. En 1989, une disparition a eu lieu dans le petit village de Misto (côte dalmate, sur la mer Adriatique) : Silva est allée à une soirée et elle n’est jamais revenue.

Les recherches ont lieu, on ne la retrouve pas, puis la guerre éclate et il y a un changement radical ensuite puisque le pays va se diviser en plusieurs. Tout a changé, plus rien n’est le même et le village de Misto va se muer en station balnéaire. Le communisme n’est plus, place au capitalisme qui laisse bien des travailleurs sur le carreau suite aux fermetures d’usines.

Du suspense, il y en aura peu, l’enquête policière tournera vite à rien. Si comme moi, vous cherchez un roman policier pur et dur, passez votre chemin. Pire, la solution finale semblera tout droit sortie d’un chapeau, même si j’avais deviné, me trompant de peu (oui, je ferais une mauvaise enquêtrice !).

En fait, ce roman est plus à découvrir pour la psychologie des personnages et l’éclatement total d’une famille, celle de la disparue. Tout comme le pays, elle s’est divisée, il y a eu des mots et sans la disparition, sans les erreurs, le destin de certaines personnes n’auraient pas été le même.

Avec des « Si », on mettrait Paris en bouteille et si ma tante en avait eu, on l’aurait appelée mon oncle. L’enquêteur Gorki Šain le comprendra à la fin, lorsque la lumière se fera dans son esprit. Beaucoup trop de « Si » qui ont changé toute la donne, qui ont changé des vies, des destins… Ce fut le moment le plus émouvant du roman, de voir à quoi nos vies tiennent…

De cette lecture comateuse, je retiendrai pourtant l’écriture de l’auteur, ses belles descriptions de ce petit village de Yougoslavie, de ses habitants, avant et après la chute du régime de Tito, leur misère, les entreprises sans scrupules qui veulent transformer leur côte en station balnéaire, cette arrivée massive de touristes…

Un des avantages de ce récit, c’est qu’il donnera la parole aux personnages les plus importants. Cette chorale de voix permet de mieux appréhender leurs caractères, leurs complexités, leurs pensées, leurs désirs, leurs états d’âmes…

Je retiendrai aussi les portraits fracassés, des personnages en proie à des sentiments différents selon leur positionnement par rapport à Silva : le père qui renonce, la mère qui se morfond, le fils qui cherche sans renoncer, l’enquêteur hanté par cette enquête non résolue, un accusé qui veut se racheter durant la guerre, l’ancien petit ami qui se détruit,…

Leur seul point commun est d’avoir loupé leur vie depuis la disparition de Silva. Paraît que 6 croix peuvent changer votre vie, en porter une aussi… Une disparition et votre futur imaginé/souhaité disparaît, devient un autre, un futur merdique.

Si ce roman policier est endormant et loin d’être trépidant, au moins, les portraits sont bien ciselés du côté psychologique. Ceci est un roman noir sans possibilité d’y déposer un sucre pour l’adoucir.

Hélas, la rencontre entre lui et moi a foirée… Dommage, je voulais le lire depuis longtemps.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°137], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°19] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Croatie).