Retour à Oakpine : Ron Carlson

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Titre : Retour à Oakpine

Auteur : Ron Carlson
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
La petite ville d’Oakpine, au cœur des magnifiques paysages du Wyoming, offre une vie paisible à ses habitants. Et c’est à cela qu’aspire Jimmy, 50 ans, atteint du sida.

Devenu un écrivain renommé à New York, il souhaite désormais retrouver sa ville natale pour y passer les derniers mois de sa vie, et renouer avec ses parents.

Il découvre que le destin vient de réunir à Oakpine ses trois meilleurs amis d’enfance : Craig, Frank et Mason. Chacun a fait son chemin, construit une vie, mais tous se trouvent aujourd’hui à un tournant de leur existence.

Petit à petit, au gré de ces retrouvailles, les quatre hommes vont se rendre compte que leur amitié est la meilleure arme pour effacer les fantômes du passé et affronter les obstacles du présent.

Avec pour décor des images lumineuses et émouvantes de l’Ouest américain, Ron Carlson dépeint toute l’humanité de ses personnages et offre un portrait bouleversant de l’amitié, dans un nouveau roman qui confirme son infini talent à sonder les âmes.

wyomingCritique : 
♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire… ♪

Oui, voilà comment on pourrait résumer ce roman qui ne comporte pas de meurtres, de cadavres ou de tout autre ingrédients qui font monter mon plaisir habituellement.

Ici, c’est une vieille histoire d’amitié entre 4 garçons qui, après la mort du frère aîné de l’un d’eux, se sont séparés, chacun sa route, chacun son destin…

Et puis, un jour, l’un d’eux fait son grand retour à Oakpine : malade du SIDA, Jimmy s’en revient chez ses parents qu’il avait quitté un peu brutalement lorsqu’il était jeune et son père refuse toujours de lui adresser la parole.

Lorsqu’il entendit la voix de son père, il sentit quelque chose se déchirer dans son cœur, comme une feuille de papier qu’on déchire, qu’on déchire lentement, la page d’un livre, mais la déchirure était si ancienne.

Puis, quelques jours auparavant, c’est Mason, avocat, un autre du groupe qui est revenu pour vendre la maison de ses parents… Lui aussi a des vieilles blessures mal refermées et l’impression qu’il est passé à côté des choses essentielles de la vie.

C’est fou comme les grandes amitiés de notre jeunesse résistent souvent peu au passage à l’âge adulte.

Craig, Frank, Jimmy et Mason. De vieux potes qui répétaient dans le garage de l’un, chacun a suivi sa route et ils se sont un peu perdu de vue, totalement, même, pour certains. Ne sont resté à Oakpine que Craig et Frank.

L’écriture est belle, sans pour autant être pompeuse ou « pompante ». Elle est joyeuse, gaie, triste parfois, remplie de souvenirs que ces gamins ont partagés un jour dans cette petite ville du beau Wyoming.

Traversant les magnifiques mesas dans les étranges lueurs du jour naissant pour franchir la frontière du Wyoming, Mason sut que c’était précisément ce qu’il cherchait : un changement, une fin, un nouveau chapitre de sa vieille existence. Il commencerait par un mois de travail sur une vieille maison. Il n’était pas perdu. Ce n’était pas une quête ; c’était un voyage empreint de gravité.

La plume de l’auteur vous prend par la main afin de vous montrer cette belle et vieille amitié qui renaît tout doucement de ses cendres, tel le Phoenix, il vous parlera aussi de l’amour qui peut aussi prendre des tournants inattendus ainsi que des espoirs que certains avaient en sortant de Terminale et qui se sont mués en désillusions.

Ce roman n’est pas à lire en espérant qu’il se passera un truc de fou, c’est juste l’histoire de 4 mecs, de leur famille, leurs enfants (quand ils en ont) qui aspirent, eux aussi, à une autre vie, comme leurs parents en leurs temps; ces 4 garçons dans le vent qui, un jour, montèrent leur groupe de musique sans jamais se prendre pour les Rolling Stones.

Ces garçons, qui, comme nous en sortant de notre dernière année, la Terminale (ou la Rétho, en Belgique), avaient de grands projets, de grandes ambitions et qui sont passé à côté de bien des choses.

C’est plus qu’un roman sur l’amitié qui a tout de même perduré, malgré le temps, ce sont aussi des personnages empreints d’une humanité, des gens qui, même sans s’identifier à eux (j’ai jamais joué de la musique dans un groupe), arrivent à vous faire sentir bien dans leurs pages.

Venant d’un petit patelin, moi aussi je me suis exilée ailleurs parce qu’il n’y avait aucun avenir à rester là, tout comme beaucoup de jeunes d’Oakpine firent et feront. La désertion sociale, ça me connait…

C’est un beau roman, c’est une belle histoire…

Ou comment passer un moment de grâce dans un roman…

Étoile 4,5

Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

(Article écrit avant les attentats qui ont eu lieu, ce matin, dans ma ville de Bruxelles).

Enfants de poussière : Craig Johnson [Walt Longmire 4]

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Titre : Enfants de poussière – Walt Longmire 4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2014)

Résumé :
Le comté d’Absaroka, dans le Wyoming, est le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé d’Amérique.

Aussi, y découvrir en bordure de route le corps d’une jeune Asiatique étranglée est-il plutôt déconcertant.

Le coupable paraît pourtant tout désigné quand on trouve, à proximité des lieux du crime, un colosse indien frappé de mutisme en possession du sac à main de la jeune femme.

Mais le shérif Walt Longmire n’est pas du genre à boucler son enquête à la va-vite.

D’autant que le sac de la victime recèle une autre surprise : une vieille photo de Walt prise quarante ans plus tôt, et qui le renvoie à sa première affaire alors qu’il était enquêteur chez les marines, en pleine guerre du Vietnam.

Petit Plus : Enfants de poussière entremêle passé et présent au gré de deux enquêtes aux échos inattendus.

Ce nouveau volet des aventures du shérif Longmire et de son ami de toujours l’Indien Henry Standing Bear, nous entraîne à un rythme haletant des boîtes de nuit de Saïgon aux villes fantômes du Wyoming.

article-2303845-1909A80B000005DC-692_470x610Critique : 
Retrouver Walt Longmire, shérif  du comté d’Absaroka (Wyoming) et toute son équipe, chien compris, c’est comme retrouver de vieux amis.

Avant d’entrer dans le Wyoming, j’avais enfilé ma doudoune, mes gants, mon bonnet, une écharpe… et merde, c’est le mois de juillet ! Allez hop, à poil !

Notre shérif Longmire est bien ennuyé, lui qui voulait passer du temps avec sa fille convalescente, le voilà avec le cadavre d’une jeune vietnamienne retrouvée étranglée à proximité de l’autoroute.

Un suspect ? Oui ! Et de taille !

Les enquêtes de Walt Longmire et de sa fine équipe n’ont rien de « trépidantes », on ne court pas dans tous les sens car ici, on n’est pas dans 24h chrono !

Pourtant, un indien a dû jeter un sort aux pages du livre car il m’était impossible de poser le roman. « Allez, encore un chapitre et puis j’arrête… Allez, encore deux paragraphes… » Résultat, en une journée, il a été dévoré.

Les personnages sont bien travaillés, on prend plaisir à les voir évoluer, s’interroger,… L’équipe qui entoure le shérif n’est pas en reste et c’est vraiment une bande de copains dont je prend plaisir à retrouver à chaque roman. L’Ours étant mon chouchou avec le jeune basque.

Je pensai à mon effrayante adjointe originaire de Philadelphie, au fait qu’elle pouvait tirer, boire et jurer davantage que tous les flics que je connaissais, et au fait qu’elle représentait en ce moment même notre comté à l’Académie de police du Wyoming.

Dans ce roman, le passé et présent s’entremêlent au gré de deux enquêtes : celle au Wyoming, de nos jours, et celle que mena un jour Walt Longmire, alors jeune inspecteur des Marines, au Vietnam. Deux enquêtes à résoudre et ce ne fut pas aussi facile qu’on pourrait le penser.

— Autant chercher une petite bite dans une botte de foin vietnamienne.

Très addictif les chapitres consacrés à la guerre du Vietnam et à l’enquête sur un trafic de drogues. Au début, je me demandais où cela allait nous mener, mais l’auteur connait son job sur le bout des doigts et il nous raccrochera les wagons à la fin de son récit.

— Écoute, ce pays est infesté de drogue, et une grande partie de cette merde vient de notre propre CIA. Il y a du bhanj qui pousse partout, de l’opium dans la montagne et l’héroïne ma thuyi est l’industrie artisanale de choix, par ici. (Il leva sa bière et cogna la mienne.) T’as plus qu’à choisir ton poison. Tiens, mate un peu.

Les guerres ont toujours été des saloperies et celle du Vietnam ne fait pas exception à la règle.

On les avait enroulés dans des ponchos en plastique parce que l’armée avait épuisé son stock de sacs mortuaires. Elle avait aussi épuisé son stock de nourriture, de munitions et de médicaments – les morts étaient l’une des rares choses qui semblaient toujours se trouver en abondance.

En peu de chapitres, l’auteur nous fait vivre au travers des récits les combats féroces et barbares qui eurent lieu, nous parle des gradés qui manquèrent de couilles, de parole, de discernement, qui se cachèrent (courage, fuyons !) et punirent ensuite ceux qui en avaient eu deux (de paires de cojones), tout en faisant enquêter son jeune inspecteur.

Durant l’enquête dans le présent, on jouera au chat et à la souris pour terminer sur une page glauque de l’Histoire car là où il y a de la misère humaine, il y aura toujours des gens sans scrupules pour en profiter et se faire du fric sur le dos des autres.

— Ils ont été exploités par les Vietnamiens, les communistes, les Français, et maintenant, ils le sont par nous. Et lorsque cette guerre criminelle sera terminée, je peux te certifier que ce seront eux qui paieront le prix fort.

Encore une enquête rondement menée par notre shérif préféré, Walt Longmire, de l’Histoire avec un grand I, des Indiens, de l’humour, des fines réparties, de l’amitié, et une plume qui m’entraine toujours dans un autre monde, celui de Walt et de son équipe.

Grand Esprit, garde-moi de critiquer mon voisin tant que je n’ai pas marché une heure durant dans ses mocassins.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (371 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

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Cry Father : Benjamin Whitmer

Cry Father - Benjamin Whitmer

Titre : Cry Father

Auteur : Benjamin Whitmer
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :
Depuis qu’il a perdu son fils, Patterson Wells parcourt les zones sinistrées de l’Amérique pour en déblayer les décombres. Le reste du temps, il se réfugie dans sa cabane perdue près de Denver.

Là, il boit et tente d’oublier le poids des souvenirs ou la bagarre de la veille dans un bar. Mais ses rêves de sérénité vont se volatiliser lorsqu’il fera la rencontre du fils de son meilleur ami, Junior, un dealer avec un penchant certain pour la bagarre.

Les deux hommes vont se prendre d’amitié l’un pour l’autre et être peu à peu entraînés dans une spirale de violence.

18775358Critique : 
Il est des gens qui ont une propension à se détruire de l’intérieur et de l’extérieur, brûlant la chandelle par tous les bouts et cherchant misère à tous les coins de bar.

Patterson Wells, déblayeur de décombres aux États-Unis en est un et son plus sérieux concurrent est Junior, le fils de son ami Henry, ancien champion de foutage en l’air de sa life.

« Pike » était déjà fort sombre mais pour « Cry Father », on vient de franchir encore un pallier dans la noirceur de certains personnages.

Vous êtes prévenu, ici, on ne vous apportera pas la lumière !

Patterson Wells n’est pas le genre de gars dont on chercherait la compagnie pour faire la fête. Le moral en berne depuis la mort de son fils, il ressasse cette perte au point qu’elle l’entraine vers le fond, dans l’abîme.

Sa vie est remplie de rouille et il la soigne à coup d’alcool ou avec d’autre substances ressemblant au bicarbonate du tonton qui toussait. Pour lui, la solitude est une vieille copine.

Le pire, c’est que lorsque son gamin était en vie, il ne s’en occupait pas des masses, trop occupé qu’il était à bosser comme un dingue, à faire les 35h en deux jours et à écluser pire qu’un régiment en goguette.

On peut dire que c’est cette propension à foutre leur vie en l’air – à l’aide d’alcool, de drogues et de bagarres – qui a réuni Patterson et Junior, bien que ce dernier fasse aussi dans le crystal meth (pas la fabrication, il n’est pas Heisenberg !).

Junior n’a pas envie de quitter la I-25 à Walsenburg. Il sniffe sa cocaïne directement dans le flacon, maintenant. En buvant du café de station-service noyé de bourbon. Tout est bon pour rester éveillé. Il sait qu’il ne devrait pas rallonger son trajet. Surtout pas pour faire route sur la San Luis Valley. Mais quand tu restes suffisamment longtemps sans dormir et que tu carbures à la cocaïne et aux vapeurs d’essence, tes mains font plus ou moins ce qu’elles veulent.

L’écriture est aride, cherchez pas de traces de bonheur, vous n’en trouverez pas, pour la rédemption, vous repasserez aussi. Ici, tout est noir, sombre, rouillé, tout n’est que vies en lambeaux pour ces deux âmes en perdition qui se télescopent un jour.

Comme dans Pike, on se trouve face à des pères qui n’assument pas, qui sont incapables de montrer leur affection ou de protéger leurs gosses, qui sombrent dans la violence, fréquentent assidument les bars et se laissent entrainer vers le fond de la piscine alors qu’il leur suffirait de lâcher le poids qui les y entraine.

À croire qu’ils aiment ça, la haine d’eux-mêmes.

Il est presque impossible d’évaluer les blessures que les jeunes hommes blessés sont capables de s’infliger. Passant leurs nuits à boire, prenant toutes les drogues qu’ils peuvent se payer, pataugeant dans le type de conversations circulaires et sans fin que seuls les jeunes hommes blessés peuvent supporter. Des conversations à tel point saturées d’auto-apitoiement et de haine de soi qu’elles ne peuvent s’achever que par imposition soudaine de la force physique.

Pas de jugement de la part de l’auteur, ses personnages sont libres, majeurs, vaccinés (je crois) et s’ils se foutent eux-mêmes dedans, on ne peut s’empêcher d’avoir mal pour eux (surtout pour Patterson), d’avoir les tripes nouées en les voyant presque se mettre le canon du révolver dans la bouche (métaphore).

La vie ne leur a pas fait de cadeau mais ils n’ont pas fait grand-chose pour garder la tête hors de l’eau non plus. Ici, les introspections sont hard.

Un roman fort sombre, sans fard, sans pincettes, sans concession, une écriture tout, sauf froide, et qui décrit, crûment, la VDM de certaines personnes dans les environs de Denver.

Les après-midi chaudes où le rouleau de puanteur d’huile et de charogne vient submerger la zone, vous avez l’impression que vous allez mourir étouffé dans une conduite d’égout. On appelle ça la grande puanteur, et la rumeur dit qu’on peut s’y faire avec le temps. La rumeur dit aussi que parmi les résidents de troisième génération certains prétendraient ne plus la remarquer du tout. Mais il y a très peu de résidents de troisième génération.

Comme le disait Raoul Volfoni « Faut r’connaître… c’est du brutal ! ».

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et « Une année avec Gallmeister : les 10 ans » chez LeaTouchBook.

L’enfer de Church street : Jake Hinkson

Titre : L’enfer de Church street

Auteur : Jake Hinkson
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :
Alors qu’il est victime d’un braquage sur un parking, Geoffrey Webb propose à l’agresseur de lui donner tout ce qu’il veut à condition qu’ils partagent ensemble cinq heures en voiture jusqu’à Little Rock dans l’Arkansas. Webb a quelque chose à dire et a besoin de se confesser, même avec un forcené.

Critique : 
Encore un petit Noir savoureux que je viens de déguster. Avec une légère goutte de lait tout de même.

Oui, j’ai honte de l’avouer mais j’ai failli pouffer de rire quand la vie de Geoffrey Webb a basculé dans l’horreur, à Church Street.

Oui, j’ai vraiment honte… C’est horrible, j’en ai conscience mais ce petit salaud m’a fait rire devant toute l’horreur de la scène. Tout ça à cause de sa bite qu’il n’a pas su contenir dans son pantalon…

Webb pourra dire ce qu’il veut, accuser un autre d’être plus sordide que lui, c’était entièrement de sa faute… Et moi, je riais en imaginant la tête de l’Autre quand il se rendrait compte que Webb était un fou furieux dans le fond.

Oui, j’ai aimé le voyage dans l’Arkansas, la ballade vers Little Rock avec Webb et son agresseur – auquel il raconte sa vie – m’a entrainé dans un autre monde, celui des Baptiste, que je n’ai pas l’intention de fréquenter. Pas besoin d’intermédiaires entre moi et Lui (si vous voyez de Qui je parle).

Oui, j’ai pris du plaisir avec son récit, même si je n’ai pas frémi devant toute sa noirceur et le nombre de morts. À force, on devient blindé, vous m’excuserez. Il aurait passé un chat dans un micro-ondes que là j’aurais eu les poils qui se seraient hérissés.

Mais ici, non, je jubilais littéralement. Va p’têt falloir que je consulte, moi.

Par contre, je n’aurais pas voulu habiter Church Street pour tout l’or du monde, quand bien même j’ai pris du bon temps avec ses habitants dont certains avaient l’âme et le cœur plus noir que le trou de cul d’un mineur occupé à creuser une galerie au fond d’une mine, à minuit par une nuit sans lune. ♫ Black is black ♪

— Nous ne sommes pas vraiment dans la petite maison dans la prairie, Frère Webb.

Je n’ai jamais aimé la bigoterie et dans ce roman, elle s’en prend plein la gueule.

L’écriture est sèche, elle claque comme un coup de fusil dans ta gueule, elle est remplie de cynisme et charge à fond l’hypocrisie de certains croyants qui pensent laver plus blanc que blanc ou être plus croyant que Jésus-Christ lui-même.

Pourtant, la fautive n’est pas la religion mais la manière dont on s’en sert et dont on impose certaines choses aux autres.

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage… J’espère que l’auteur l’a compris au moins.

Un petit roman noir jouissif, cynique, sans une once de lumière et où personne n’est à sauver non plus. Malgré tout, j’ai eu de l’empathie pour ce bon gros Geoffrey – amateur de branlette et de porno – qui m’a fait passer un très bon moment de lecture.

Je marquai une pause dans l’étude de mon plan parce que le porno avait atteint un point crucial, et j’atteignis un point crucial en même temps que lui. J’allai à la salle de bain me nettoyer et retournai sur mon lit.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

Corrosion : Jon Bassoff

Titre : Corrosion

Auteur : Jon Bassoff
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Un vétéran d’Irak au visage mutilé tombe en panne au milieu de nulle part et se dirige droit vers le premier bar. Peu après, un homme entre avec une femme, puis la passe à tabac.

L’ancien soldat défiguré s’interpose, et ils repartent ensemble, elle et lui. C’était son idée, à elle. Comme de confier ensuite au vétéran le montant de l’assurance-vie de son mari qui la bat.

Ce qu’elle n’avait pas réalisé, c’était qu’à partir de là, elle était déjà morte.

Critique : 
Qui a éteint la lumière ? Parce que ce roman est noir de chez noir. Il n’y a d’ailleurs personne à sauver dans ses pages.

Si la corrosion désigne l’altération d’un matériau par réaction chimique avec un oxydant, ici, il est question que de corrosion de l’âme des gens, de leur cœur, de leur esprit.

Et quand la corrosion lente commence, on ne l’arrête plus.

Le début nous présente Joseph Downs, un vétéran d’Irak, le visage mutilé par la guerre… Mais il n’a pas que ça de mutilé, son âme aussi l’est.

Dans cette histoire, tout n’est que noirceur, crasses, ténèbres et j’en passe. C’est noir de chez noir et même pas un petit peu blanc.

J’ai eu un peu de mal au début, avec la narration inhabituelle des dialogues : pas de tirets cadratins, pas d’ouverture de guillemets mais des dialogues plaqués sans rien sur la feuille, au milieu des autres phrases.

Le deuxième récit est encore plus noir que le premier (j’aurais pas cru ça possible) et la corrosion de l’âme de Benton Faulks se réalisera sous nos yeux horrifiés, pétrifiés, avant que le récit ne revienne ensuite dans sa troisième partie sur Joseph Downs.

C’est à ce moment là que l’ultime corrosion sera atteinte. Comme quoi, c’est toujours possible de faire pire que le précédent.

Un roman noir de chez noir mais qui ne m’a pas fait battre le cœur. J’ai frémi, j’ai été horrifiée mais pas conquise à cent pour sang.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

Étoile 3,5