Basil, détective privé – The Great Mouse Detective : Disney [1986]

Basil, détective privé (The Great Mouse Detective), ou Basil, le grand détective des souris au Québec, est le 33ème long-métrage d’animation et le 26ème « Classique d’animation » des studios Disney, sorti en 1986.

Il est inspiré de la série de romans Basil of Baker Street de Eve Titus et Paul Galdone parus entre 1958 et 1982, eux-mêmes basés sur le personnage de Sherlock Holmes créé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887.

Synopsis :

Une nuit de l’année 1897, alors que l’inventeur Mr Flaversham célèbre l’anniversaire de sa fille Olivia, une horrible créature proche de la chauve-souris interrompt la fête et kidnappe l’inventeur.

Terrorisée, Olivia part chercher de l’aide auprès du célèbre détective Basil. Elle rencontre sur le chemin de Baker Street le Docteur David Q. Dawson, médecin militaire de retour d’Afghanistan.

Après avoir entendu son récit, Basil ne semble pas très intéressé jusqu’au moment où il comprend que l’auteur de l’enlèvement ne peut être que Fidget, la chauve-souris, stupide mais fidèle serviteur, du professeur Ratigan.

Ce dernier est un rat cruel et démoniaque, régnant sur les bas quartiers de Londres et qui n’a pour but que de renverser la Reine des Souris au Palais de Buckingham. Basil décide alors de mener l’enquête contre son ennemi de toujours pour sauver Mr Flaversham.

Ce que j’en ai pensé :
Honte à moi, nous étions en 2010 et je n’avais jamais vu ce classique de Disney alors que je suis une fan de Sherlock Holmes !

C’était Norah, avec qui je discutais via MP qui m’avait fait remarquer que c’était pas croyable que je ne l’ai jamais vu, alors qu’elle, bien plus jeune que moi, l’avais déjà vu 36 fois au moins.

À l’époque, j’avais mis ma culture holmésienne à jour et visionné le dessin animé et comme elle, je ne m’en lasse pas de le revoir.

Le Mois Anglais est une bonne excuse pour le revoir et en faire une chronique.

Je n’ai jamais compris comment j’avais pu louper ce dessin animé de Disney alors que ma grand-mère m’avait emmené voir le sombre « Taram et le chaudron magique »… Qui fut un bide chez Disney !

Je ne comprends pas comment ce classique qu’est Basil détective privé, est moins connu que certains navets genre Arielle…

Anybref, revenons à notre détective qui est une souris et qui a son trou au 221b Baker Street, chez un certain Sherlock Holmes, doublé par Basil Rathbone !

Comment est-ce possible, me direz-vous, sachant que l’acteur est décédé en 1967 !

Si l’acteur interprète, ici une fois de plus, le personnage qui l’a rendu célèbre – Sherlock Holmes – c’est grâce à d’un extrait sonore d’un de ses films. C’est aussi en son honneur que le héros du dessin animé se prénomme « Basil ».

On trouve également dans ce film de nombreuses références aux livres de Conan Doyle : le chien Toby (Le Signe des Quatre), le violon, le buste de Holmes sur une étagère (La Maison Vide), les nombreux déguisements de Basil…

Basil, c’est LE dessin animé où Disney renoua avec les souris et l’anthropomorphisme, puisque l’on savait bien, chez eux, que les souris, ça marchaient pluto bien (jeu de mot foireux avec le nom du chien de Mickey)…

Voilà un dessin animé qui mériterait qu’on parle plus de lui car il est bourré de rebondissements et possède un niveau graphique en avance sur son temps car la scène de l’horloge dans la Tour de Londres est la première à combiner de façon aussi importante des images de synthèse et une animation traditionnelle dans un long-métrage d’animation,  les 54 pièces et rouages de Big Ben ayant été générées par ordinateur.

Si les rouages de l’horloge de Big Ben ont été créés par ordinateur, les personnages, eux, ont été fait à la main et ensuite intégrés dans le décor. Ce qui donne lieu à une scène à couper le souffle.

De même, les animateurs sont parvenus à effectuer un « mouvement de caméra » qui suit le professeur Ratigan tout en tournant autour de lui.

Ce mouvement de caméra était fréquent dans les films avec des acteurs humains, mais n’avait jamais pu être utilisé dans l’animation jusqu’alors.

Ainsi, les studios Disney ont mêlé technologies et techniques traditionnelles pour donner un résultat dynamique, plein de vie et d’une esthétique sans pareille.

Sans oublier que l’on est face à une enquête bien réalisée, bien écrite, une excellente intrigue, du suspense, et une histoire assez complexe tout de même pour des bambins.

D’un côté, le Méchant Ratigan est un rat criminel qui veut qu’on le traite comme une souris (cette information est plus claire en version anglaise qu’en version française) et de l’autre, on a Basil, ce détective marginal excentrique qui ne supporte pas l’échec.

Quant à Dawson, c’est un médecin altruiste qui cherche toujours à bien faire le bien et à aider…

Pas d’ennui devant ce dessin animé, ça virevolte de partout, ça enquête, ça complote à tout va, le Grand Méchant Ratigan est une réussite à lui tout seul et vous savez tout comme moi que lorsque le méchant est réussi, le reste l’est aussi !

Au cas où vous ne le sauriez pas, le personnage de Ratigan est inspiré par l’acteur Vincent Price qui lui donne aussi sa voix en version originale.

Cet usage d’un acteur pour concevoir un personnage avait été fortement critiqué à la sortie du film Le Livre de la jungle (1967). Comme quoi, tout change avec le temps !

En tout cas, j’adore ce dessin animé et si vous ne l’avez jamais vu, c’est le moment où jamais de remettre votre culture à jour !

Et ne prenez pas l’excuse que c’est un Disney !

Cet animé n’a rien de gnangnan, que du contraire, et peut avoir deux lectures : celles pour vos bambins innocents et celle pour les adultes car dans ce Disney, on a tendance à être politiquement incorrect car il y a des coups de feu, de l’alcool, des cigarettes et des pipes, sans oublier que dans la VO-STFR, Ratigan qui dit à Olivia de « fermer sa grande gueule » (ce passage offensant a été redoublé pour le DVD/K7 français, et désormais il lui ordonne juste de se taire)…

Sans parler du passage avec la chanteuse de cabaret sexy…

Un enfant, ne comprendra pas tout ce qui se cache derrière cette simple phrase : « Laissez-moi vous gâter »…

Oui, j’adore ce Disney !

Le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Watchmen – Intégrale : Alan Moore & Dave Gibbons

Titre : Watchmen – Intégrale

Scénariste : Alan Moore (Anglais)
Dessinateur : Dave Gibbons (Anglais)
Traduction : Jean-Patrick Manchette

Édition : Delcourt (1998) / Panini Comics (2009) / Urban Comics (collection DC Essentiels – 2012) avec traduction originale du romancier Jean-Patrick Manchette

Résumé :
1985. Deux inspecteurs de police tentent de comprendre ce qui a amené un sexagénaire bodybuildé à traverser la baie vitrée de son appartement et à s’écraser une dizaine d’étages plus bas. Ayant conclu à l’assassinat d’un homme ayant certaines relations haut placées, les policiers quittent la scène de crime.

Un personnage masqué arrive alors sur les lieux : Rorschach. Celui-ci, appelant la victime « Le Comédien », suppose qu’il a été assassiné non pour ce qu’il avait fait ou faisait, mais parce qu’il était un super-héros.

Rorschach fait alors le tour de ses anciens collègues afin de les tenir au courant de ses conclusions et de les mettre en garde.

Critique :
La satyre de Juvénal « Quis custodiet ipsos custodes ? » (Qui garde les gardiens eux-mêmes ?) est devenue « Who watches the watchmen ? » et symbolise bien la remise en cause de la légitimité des Super-Héros à faire régner l’ordre.

Comment vous parler de ce comics en restant simple ? Et sans rien oublier ? Impossible…

Déjà que je devrai sans doute la relire plusieurs fois avant d’arriver à appréhender tous les détails qui se cachent dans les dessins, avant de saisir la profondeur des propos et de comprendre la richesse de l’histoire, et l’histoire dans l’histoire.

Watchmen met en scène des super-héros sans pouvoirs, des super-héros comme on n’a pas l’habitude de voir.

Oui, on a affaire à des hommes ou femmes qui se déguisent comme au bal costumé, qui tentent de faire régner l’ordre mais où aucun ne s’est fait mordre par une araignée irradiée et où personne ne vient de la planète Krypton.

Le seul qui a les pouvoirs d’un dieu, c’est le Dr Manhattan (Jonathan Osterman) car cet homme a  été désintégré, mais s’est reconstitué petit à petit avant de réapparaître dans le monde réel. Il est omnipotent, omniscient, et immortel, et aux services des États-Unis.

En plus de nous proposer un univers de super-héros revisités, Alan Moore nous offre un uchronie où les États-Unis ont gagné la guerre du Vietnam et où Nixon vient d’être réélu pour la 4ème fois d’affilée (le scandale du Watergate a été évité et on a changé le XXIIème amendement de la Constitution des États-Unis).

Ironiquement, il n’y a plus de comic de super-héros, le genre préféré des lecteurs étant devenu les bandes dessinées de pirates, dont nous aurons un aperçu dans l’histoire, mais je vous en reparlerai plus bas.

Pour le reste, c’est comme dans la réalité avec la guerre froide entre les américains et les russes et des menaces de Troisième Guerre Mondiale. Bienvenue en 1985…

Si au départ les dessins ne m’ont pas vraiment attirés, j’ai vite réalisé que je devais être super attentive à tout ce qui se passait dans la case, aussi bien dans les dessins que dans les textes car ils sont tous, au niveau des détails, d’une richesse époustouflante et je sais que je pourrai reprendre la bédé d’ici quelques temps et encore y découvrir des choses.

La richesse ne se trouve pas que là car les personnages des Super-Héros sont eux aussi riches en détails qui les rendent réalistes, humains, car ils sont porteurs de tous nos défauts.

Leurs complexités fait que personne n’est ni tout blanc, ni tout noir, et que ceux qui ont l’air sympa peuvent être des brutes épaisses mais animées d’un désir de vérité, et que ceux qui ont du sang de la multitude sur les mains ne sont peut-être pas à blâmer…

Là, vous serez le seul juge, car dans ce comics, on ne définit pas qui sont les méchants et qui sont les gentils et tout dépend du point de vue duquel on se place (celui de Rorschach ou ceux de Ozymandias et du Dr Manhattan).

Divisé en douze épisodes comme autant de chiffres sur le cadran d’une montre, chaque chapitre se rapproche un peu plus de minuit et le sang descend de plus en plus sur l’horloge.

Tache de sang que l’on retrouvera en forme de symbole d’aiguille d’horloge sur le smiley tombé dans le caniveau après la chute du 10ème étage faite par Le Comédien, défenestré violemment.

Le diable se cache dans les détails et dans ce comics, c’est vérifié à chaque page, à chaque dessin, dans chaque retour vers le passé pour tenter de nous expliquer le tout et de nous faire voir l’intégralité de la trame qui est loin d’être simple.

Là où l’on atteint le summum du summum, c’est dans le chapitre 5 (Terrible symétrie) où le lecteur attentif remarquera que ce chapitre est construit comme un palindrome, la première page faisant écho à la dernière, que ce soit sur le thème, la mise en page ou les personnages mis en image. Fortiche le scénariste !

Palindrome dont la page centrale est une scène d’action qui reproduit les motifs symétriques et toujours changeants du masque de Rorschach (son nom vient du test du même nom). J’avoue que si je n’avais pas fait des recherches sur le comics, je ne l’aurais pas remarqué…

Plus haut, je vous parlais de pirates… Et c’est là que l’on applaudit aussi le soucis du détail du scénario et sa recherche car par l’entremise d’un lecteur assidu, on se retrouve même à lire deux comics en même temps, Alan Moore ayant réussi à glisser au cœur de sa narration, et parallèlement à celle-ci, une histoire de pirates !

Et les bandeaux-titres dévolus au récit de pirates s’accordent très bien avec l’autre récit consacré à nos Super-Héros et leurs interrogations car ce récit de pirates nous explique, de par les péripéties de son personnage principal, que la compréhension de la réalité dépend de la personne qui la regarde.

Ma main à couper que j’ai oublié de vous parler de tas de choses hyper importantes, que j’ai loupé des tas de choses vachement importantes aussi dans les dessins ou dans les pages de documents écrits insérés à la fin de chaque chapitre, écrits issus de l’univers des Watchmen, dans les articles de journaux, dans les longs passages du journal intime de l’un des personnages,…

Watchmen est plus qu’un comics : c’est une histoire dense, un récit complexe, profond, rempli de détails, de choses pertinentes, d’analyses cyniques de notre société et des gens qui la composent, une analyse sans concession de la société contemporaine, des personnages principaux riches et réalistes, des personnages secondaires qui auront leur importance aussi…

C’est une œuvre de philosophie, porteuse de messages, bourrée d’astuces scénaristiques qui montre, une fois de plus, le génie d’Allan Moore.

Anybref, ce n’est pas qu’une simple histoire de Super-Héros qui mettent leurs slips sur leurs collants !!

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Astérix – Tome 8 – Astérix chez les Bretons : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 8 – Astérix chez les Bretons

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1965 pour l’édition originale)

Résumé :
Tout commence par l’invasion de la Bretagne par les légions de César… Très vite, toute la Bretagne est occupée… Toute ? Non ! car un village résiste encore à l’envahisseur. Un petit village dans le Cantium…

Dans le village, la situation est grave… Mais Jolitorax est le germain cousin d’Astérix ! Il va donc entreprendre la traversée de la manche pour demander de l’aide à Astérix…

Astérix et Obélix acceptent avec joie d’aider Jolitorax et retourne en Bretagne avec un tonneau de potion magique…

Critique :
Je devais avoir dans les 12-13 ans lorsque j’ai découvert les aventures d’Astérix le Gaulois, et ce n’était – pour une fois – pas chez nous car mon paternel n’a jamais été pas un fan du petit Gaulois, alors que ma mère et moi, oui.

Je les empruntais à mon oncle. Maintenant, je les possède tous (sauf les derniers).

Pour commencer en douceur le Mois Anglais, quoi de mieux que votre Astérix national qui s’en va faire un tour chez ses voisins d’en face, dans ce qui se nommait encore la Bretagne, avant de devenir l’Angleterre (puis la Grande-Bretagne) !

De plus, il fait partie de mes albums préférés (avec Astérix en Corse mais il n’y a pas de challenge pour Le Mois Corse).

Évidemment, du haut de mes 13 ans, je lisais ses aventures au premier degré, incapable que j’étais de comprendre le second, celui qui ne s’adressait qu’aux adultes.

C’est toujours un plaisir pour moi de lire la collection complète des albums, mais maintenant que je suis adulte (si, si, je vous jure, depuis un certain temps, même), je peux dorénavant accéder aux finesses de ces albums à double lecture.

Goscinny nous rappelle d’ailleurs que les Bretons sont les descendants de tribus en provenance de Gaule, qu’ils sont, en fait, des cousins pas si éloignés que cela des Gaulois et qu’ils parlent la même langue, le gaulois.

Ce qu’il y avait de bien avec le scénariste génial qu’était Goscinny, c’est qu’en plus de ses jeux de mots recherchés et fins, de ses calembours magnifiques, des anachronismes sur lesquels les aventures d’Astérix sont souvent basées, des personnages célèbres qui se retrouvèrent croqués dans les albums, des noms hilarants des personnages, des pirates coulés, c’est que Goscinny se cassait aussi le cul pour que le langage des autres peuplades soit le résultat des clichés tout en étant réaliste.

Pour les Bretons, il a pastiché systématiquement toutes les tendances syntaxiques propres à l’anglais, avant de les traduire, mot-à-mot, en français. Simple, mais génial (Hergé, lui, utilisait les patois de Bruxelles ou de Wallonie, dans ses albums).

« Secouons-nous les mains » = « Let’s shake hands »

« Je dis » = « I say » (que les Bretons de l’album placent à tout bout de champ dans leurs phrases)

« Je pense qu’il va être l’heure, n’est-il pas ? » = « It’s going to be about time, isn’t it ? »

Les mauvais esprits diront que tous les clichés sur les anglais sont présents dans l’album, et si cela est vrai, c’est ce qu’il y a de plus hilarant. Et que les chagrins esprits aillent se faire voir. Je dis.

Voir des bardes de Liverpool qui ressemblent aux Beatles, marcher (oups) sur le gazon le mieux entretenu au monde, découvrir la Tour de Londinium accueillant les retrouvailles agitées d’Astérix et Obélix, assister à un match de rugby des V nations avant l’heure, rire devant une légion entière de Romains ivres de vin et faire passer le tout avec de la cervoise tiède tout en mangeant du bouilli sanglier à la sauce menthe, ça n’a pas de prix, je dis.

Sans oublier l’invention du thé…

Moi, je peux le relire 1.000 fois et je me marre toujours autant, découvrant souvent des petits détails qui avaient échappés à mes yeux brouillés de larmes de rire.

Quel morceau de chance, quand même, d’avoir pu, dans ma vie, lire pareil album avec les aventures du gaulois petit ! Parce que si mon jardin est plus petit que Rome, mon pilum est plus solide que votre sternum !

Au fait, si comme moi vous avez cherché (ou vous cherchez encore) le calembour qui se cache derrière le nom de Cassivellaunos, chef breton qui apparaît à la page 6, ne cherchez plus, il n’y a pas de calembour dans son nom car ce personnage a réellement existé et il était le chef suprême des Bretons.

En revanche, Zebigbos est un vrai calembour, lui !

Vous reprendrez bien un nuage de lait dans votre eau chaude ?

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

[SÉRIES] Downton Abbey – Saison 1 – La série qui te down du British

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La première saison de Downton Abbey se déroule sur la période s’étendant du naufrage du Titanic, le 15 avril 1912, jusqu’à la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Empire allemand, le 4 août 1914, et donc au début de la Première Guerre mondiale.

Comment ça commence ? Tout simplement par le naufrage du Titanic en avril 1912 – rassurez-vous, Céline Dion ne chante pas et vous ne reverrez pas le beau Jack couler, mort de froid – anybref, le comte de Grantham et son épouse Cora apprennent que les deux héritiers potentiels de la demeure de Downton, le cousin germain du comte et son fils Patrick, sont morts lors du naufrage du Titanic.

Les Crawley n’ont eu que trois filles, Lady Mary, Lady Edith et Lady Sybil, or seul un héritier mâle peut hériter du domaine, qui est soumis à un « entail fee tail male ».

Oui, pour l’égalité des sexes, vous repasserez, mesdames, nous avons peu de droits, sauf celui de fermer notre gueule et de se taire.

Le nouvel héritier est ainsi un arrière petit cousin, Matthew Crawley, un avocat vivant avec sa mère Isobel. Une sacrée bonne femme, sa mère ! Elle ne s’en laisse pas compter. On lui demande de ne rien dire, mais elle, elle ouvre sa gueule et n’a pas peur. Une femme avec des couilles….

Non mais franchement, t’imagines le brol avec ce putain d’entail fee tail male ? Si le comte de Grantham avait acheté le domaine avec son fric gagné personnellement, il aurait pu le donner en héritage à ses filles, mais puisqu’il est « tributaire » de ce domaine, qu’il l’a reçu en héritage de sa lignée d’ancêtres mâles, ça ne peut pas revenir à une de ses filles, mais à des lointains cousins, fortune comprise.

Oui, mais, sa fortune, elle lui vient de son épouse, américaine… Moi, ça me foutrait les boules que tout mon fric passe à un lointain cousin de mon Chouchou (même si je suis morte) alors que je n’aurais rien pu donner à mes propres filles.

Heureusement, je n’ai pas d’enfants et pas de fortune personnelle, hormis mes livres… Là, pas touche.

Alors, en partant de ce postulat qui veut que le comte de Grantham doive trouver un autre héritier dans ses petits cousins, la série nous fait découvrir les coulisses des cuisines d’une manoir, avec son lot de valet, de cuisinière, de bonnes, de larbins, ainsi que la vie « culs bordés de nouilles » d’une famille noble qui a du pognon grâce à l’épouse américaine.

Va pas croire que ça vole pas haut, les bisbrouilles sont hautement bien travaillées, les personnages aussi, et si tu en as pris certains en grippe, il peut se révéler plus sympa que tu ne le pensais et vice-versa.

Ah, que j’apprécie le valet personnel du comte, Bates, le majordome Carson, la bonne Anna, miss Hugues, la chef des femmes et même la cuisinière, Madame Patmore !

Et les deux méchants, les empêcheurs de tourner en rond, les jaloux, les comploteurs, ils sont odieux, détestables, surtout Thomas avec sa belle petite gueule. Quant à O’Brien, elle va commettre un acte odieux pour lequel sa conscience risque de la tourmenter.

Notre petite famille de noble a trois filles donc (Mary, Sybil et Edith), dont deux sont plus jolies que l’autre (Edith), toujours laissée un peu sur le côté… Et niveau saloperies, elles ne sont pas en reste non plus, notre Edith et notre Mary.

Surtout que Mary… Ouh, je ne dirai rien de plus, mais… Non, je ne dirai rien !

Niveaux décors et toilettes (je parle de fringues, pas de chiottes), tu en prends plein la vue et même si ce genre de chiffons ne m’irait pas, je bave tout de même devant leurs belles toilettes somptueuses.

Alors certes, ça n’a pas un rythme trépidant comme un 24h Chrono, mais on s’en moque parce que le rythme n’est pas important, c’est tout le reste qui est vecteur d’orgasmes :

  • Le scénario,
  • Les personnages travaillés,
  • Les intrigues,
  • Les chipoteries de Mary niveau mec à épouser,
  • Le côté so british,
  • La comtesse douairière Miss Minerva McGonagall (Maggie Smith), pardon, Violet Crawley – j’adore son rôle de vieille femme qui ne veut pas voir le progrès et qui a du mal à vivre avec son temps,
  • Les décors et les toilettes,
  • La société edwardienne qu’on passe au peigne fin,
  • La place de la femme dans la société de l’époque,
  • Les envies des uns à continuer de servir et celles des autres à monter dans  la société
  • La Grande Guerre qui va changer la donne
  • Les différentes positions des gens face à la guerre et face aux hommes qui n’y sont pas…

Bref, il y a tout un tas d’excellentes choses dans cette série que je regrette de ne pas avoir pris le temps de regarder plus vite !

Avantage, c’est que je peux m’enquiller toute la série sans devoir attendre, et puisque je n’ai pas été lire les forums qui en parlaient, je suis vierge de tout ! Y’a plus que de ça que je suis vierge, quasi.

Alors, si vous ne l’avez pas encore vue, faites comme moi, il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour découvrir une série qui n’a plus à faire ses preuves et qui a été encensée par la critiques et les blogs.

PS : Non, Dorothée, je te jure que je n’ai pas oublié de me faire les 12 saisons de la série Supernatural… J’ai tout pompé, c’est déjà un grand point…

Étoile 5

BILAN LECTURE - Veux la suite t'excites pas

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Vicious : La série qui est plus que joyeuse car elle est gay !

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Vicious est une sitcom britannique en 14 épisodes (2 saisons) de 23 minutes diffusée du 29 avril 2013 (saison 1) au 19 mai 2016 (saison 2) sur ITV.

Elle est produite par Gary Janetti, le producteur de la série « Will & Grace ».

La série a pour acteurs principaux Ian McKellen et Derek Jacobi, qui jouent respectivement Freddie et Stuart, deux hommes gays vivant ensemble depuis 48 ans, mais en proie à une relation piquante d’amour-haine.

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Freddie et Stuart

Synopsis :
Freddie et Stuart sont deux hommes qui vivent ensemble dans leur appartement de Covent Garden depuis près 50 ans.

Freddie était un acteur et Stuart travaillait dans un bar lorsqu’ils se sont rencontrés, mais leurs carrières touchent à leur fin et leur vie consiste maintenant à recevoir fréquemment des invités, à s’assurer que leur vieux chien Balthazar respire toujours et à se lancer des insultes piquantes.

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Distribution :
Ian McKellen : Freddie Thornhill
Derek Jacobi : Stuart Bixby
Iwan Rheon : Ash Weston
Frances de la Tour : Violet Crosby
Marcia Warren : Penelope
Philip Voss : Mason

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Vous êtes un peu raplapla du moral ? Ça va pas fort dans votre vie ou dans celle de vos proches ? Vous voudriez penser à autre chose en riant aux éclats ?

Bougez plus, arrêtez vos cachetons et filez visionner la série britannique « Vicious » (en VOSTFR pour bien faire) !

De quoi ça cause ? De la vie d’un couple d’homosexuels de plus de 70 ans qui vivent dans leur appart de Covent Garden !

D’un côté, vous avez Gandalf (Ian McKellen) qui vit depuis 48 ans avec le Frère Cadfael (Derek Jacobi).

Leur meilleure amie, un peu nymphomane sur les bords, est Olympe Maxime (Frances de la Tour) qu’on a vu dans Harry Potter et la Coupe de feu et leur nouveau voisin est…. Oh mon dieu, tous aux abris, c’est Ramsay Bolton (Iwan Rheon), le sadique de GOT !

Pardon, je recommence !

Freddie Thornhill (Ian McKellen) vit depuis 48 ans avec Stuart Bixby (Derek Jacobi), leur amie est une espèce de nymphomane du nom de Violet Crosby (Frances de la Tour).

Leur quotidien change lorsque emménage un nouveau voisin jeune et beau : Ash Weston (Iwan Rheon, le méchant sadique de GOT).

Deux saisons, 7 épisodes par saison, des épisodes de 23 minutes, peu de décors (le salon et la cuisine essentiellement), peu de personnages (6, essentiellement) des rires comme dans la série Friends et l’impression d’être au théâtre.

Je vous jure que si vous avez le moral dans les chaussettes, vous oublierez tout durant 23 minutes de pur bonheur jubilatoire !

Ian McKellen et Derek Jacobi sont parfait dans leurs rôles de vieux homosexuels, leur gestuelle étant parfaite, le petit doigt juste comme il faut, les mimiques, la démarche, sans pour autant virer à la Zaza Napoli.

C’est so british et les entendre avec leur véritable voix est encore meilleur, je trouve. Ce serait une hérésie pour moi de visionner cette série en français. Je lis vite, les sous-titres ne sont pas un soucis pour moi.

Et là où je m’éclate, c’est dans les répliques qui fusent et qui volent bas entre ce couple qui s’aime mais qui s’envoie les pots plutôt que les fleurs.

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Genre, pour leur anniversaire de vie commune, Stuart demande à Freddie ce qu’il va lui offrir :
— Cela fait 48 ans que je te supporte… Le voilà mon cadeau d’anniversaire. Et le tien ?
— Une concession mortuaire ! Et j’espère que tu l’utiliseras dès ce soir !

Oui, leurs répliques volent bas, ça fuse, entre eux ou avec leur amie un peu obsédée par trouver le grand amour, Violet.

Ajoutons à cela Penelope qui ne sait jamais où elle est, qui est à côté de ses pompes, Alzheimer en force, mais qui, pas de chance, se souvient et dit à voix haute ce qu’elle n’aurait pas dû se souvenir !

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Et puis, voir Iwan Rheon (Ash, le jeune et nouveau voisin d’en haut) dans un rôle comique et pas de sadique de la pire espèce, et bien, ça soulage !

Heureusement que je  ne l’ai pas vu en premier dans ce rôle, il aurait été moins convaincant dans celui de Ramsay Bolton dans la série GOT…. Non, il jouait trop bien le sadique !!

Franchement, je suis contente que le blog « Le cinéma avec un grand A » en ait parlé, cela a éveillé ma curiosité, je suis allée sur le Net, j’ai commis un acte répréhensible (pas en Belgique !) et j’ai visionné la première saison avec délectation.

Il y a des petits gimmick que l’on retrouve au fil des épisodes et le fameux « You remember our friend, Violet ? ».

Des dialogues drôles, cyniques, méchants, qui volent bas, un couple qui se lance des horreurs à la tête mais qui s’aime, des amis un peu encombrants, des répliques à se pisser dessus de rire, de l’humour noir : le bonheur total !

Oui, je me suis marée durant les 7 premiers épisodes, je n’en pouvais plus !

D’ailleurs, pour l’épisode 7 de la saison 1, celui de Noël, je pleurais de rire en me tenant les côtes, tellement elles me faisaient mal à force de hurler de rire et je suis montée me coucher en pouffant toujours de rire et avec une douleur en dessous du bras, la même que celle qui arrive quand on éternue trop fort ou que l’on tousse trop violemment (au niveau du nichon).

Dommage qu’il y ait si peu d’épisodes et si peu de saison (2)…

PS : visionné toute la saison 2 et j’ai de nouveau bien ri ! Excellente série, hélas trop courte…

Étoile 5

Un extrait, mais sans les sous-titres, hélas ! Mais cela vous donnera un aperçu des personnages et du jeu des acteurs !

Ici avec le gimmick « Tu te souviens de notre amie, Violet ? »

BILAN - I'm Happy Agnès

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Le garçon : Marcus Malte

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Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

Étoile 5

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Là où les lumières se perdent : David Joy

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Titre : Là où les lumières se perdent

Auteur : David Joy
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
L’histoire sombre, déchirante et sauvage d’un jeune homme en quête de rédemption.

Caroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui fait peur, un nom qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est presque une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charly McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable.

Amoureux de son amie d’enfance, Maggie Jenkins, Jacob préfère garder ses distances. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter, régler les affaires de son père de la façon la plus expéditive qui soit.

Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve confronté à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer pour ses actes ou bien suivre la voie paternelle ?

Alors que le filet judiciaire se resserre autour de lui, Jacob a encore l’espoir de sauver son âme pour mener une vie normale avec Maggie. Mais cela ne pourra se faire sans qu’il affronte son père, bien décidé à le retenir près de lui.

where-all-light-tends-to-goCritique :
« Au loin, là où regardait l’Indien, le soleil se couchait sur l’éternité. Et c’était cette promesse d’éternité qui pouvait pousser un homme à faire le grand saut. »

Appalaches, du côté de la Caroline du Nord, dans un trou perdu, non loin d’une ville…

Jacob McNeely, 18 ans, est le fils Charly McNeely, baron local de la drogue bleue, la cristal meth.

Son avenir à lui est déjà  tout tracé, pas de boite privée, pas de science po, pas de ENA, pas de H.E.C…

Et dans le pire des cas, s’il ne travaille pas pour la boîte de papa, c’est dans la gueule qu’il s’en prendra.

Oui, l’avenir de Jacob semble tracé : fils d’une mère junkie accro à la meth et d’un père qui en vend, il sait que jamais il n’ira ailleurs que dans ces montagnes. Son avenir est inscrit dans ses gènes et son avenir est sans lumière.

C’était idiot de croire que je pourrais un jour me tirer de ces collines. C’était idiot de croire que je pourrais si aisément laisser derrière moi la vie dans laquelle j’étais né. Certains sont destinés à de grandes choses, à des endroits lointains, et ainsi de suite. Mais d’autres sont englués dans un lieu et vivront le peu de vie qu’on leur accordera jusqu’à n’être qu’un cadavre de plus enterré sous le sol inégal.

Si on ne choisit pas ses parents ou sa famille, on peut choisir ses amies et Jacob a toujours eu des vues sur la jolie Maggie, son amie d’enfance, celle qui le comprend, celle qui pourrait être sa bouée de sauvetage, celle qui pourrait l’aider à sortir de toute cette merde dans laquelle il doit surnager.

Les gens comme moi étaient enchainés à cet endroit, mais Maggie était sans entraves. Elle s’était enfuie d’ici à l’instant où ses yeux avaient regardé au loin. Si j’avais eu un rêve, ça avait été qu’elle m’emmène avec elle. Mais les rêves étaient absurdes pour les personnes comme moi. On finit toujours par se réveiller.Une telle fille ne pouvait pas rester. Pas éternellement, et certainement pas longtemps.

Nous sommes dans un roman noir, un roman « rural noir » car il nous emporte dans l’Amérique profonde, dans une Amérique où règne la violence, dans une ville ou tout le monde est corrompu, surtout les flics qui mangent dans la main du père McNeely car il leur refile des biftons qui mettent du beurre dans leurs fins de mois (qui sont toujours dures).

Oui, ici, black is black, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Élevé par un père dur et sans amour, cherchant toujours les rares fois où il a été fier de lui, Jacob sait que s’il ne fait rien, le milieu de bouffera, lui qui n’a pas l’étoffe de son père.

Mais comment faire pour se détacher de se père ? Freud aurait dit que couper le cordon n’était pas suffisant, il faut aussi tuer le père…

Ici, il y a de la violence, de la misère humaine dans le sens où Jacob a reçu peu d’amour ou de marques de tendresse de ses parents, pourtant, dans le fond, il les aime.

Ici, le sang coule, les hommes sont des brutes, des corrompus, ici, on règle ses comptes à coup de révolvers et on finit dans le lac avec un peu de malchance.

Ici, ce n’est pas mourir qui est difficile, c’est vivre ! Et il n’y a pas grand-monde pour chanter « Je veux vivre ».

En l’espace de quelque brèves minutes, mourir était devenu simple. C’était de vivre que j’avais peur.

Mais si le sang a coulé abondamment, il y a eu aussi une vallée de larmes : celles de Jacob, celles de Maggie et les miennes.

Parce que oui, même si Jacob n’est pas un ange, même s’il est violent à certains moments, que c’est un buveur, un fumeur de Winston et de beuh, c’est aussi un garçon qui a manqué de tout, mais qui peut tout vous donner s’il vous aime.

Oui, j’ai aimé Jacob et le quitter en refermant le livre fut une torture, même si, dans le fond, il est toujours dans ma tête, ce gamin.

Un roman noir qui m’a pris aux tripes, qui est allé droit dans mon cœur, droit dans mon sternum, comme un coup de poing.

Je savais tout ça depuis que j’étais gamin. C’était ma réalité : la souffrance, la honte et tout ce qui s’ensuivait. Attendre la mort était donc une chose que je connaissais depuis longtemps et ce n’était pas la mort qui me rongeait. C’était l’attente.

Un récit magnifique, une plume sans concession, des personnages attachants (Jacob, Maggie), le tout donnant un récit poignant, émouvant, humain, déchirant que tu termineras par un grand cri car, tel un loup, tu hurleras ta douleur à la fin du roman.

PS : les plus mélomanes auront reconnu le détournement des paroles de « Auteuil, Neuilly, Passy » des Inconnus, une phrase de « Né Quelque Part » de Maxime Le Forestier et le titre d’une chanson de Faudel « Je veux vivre ».

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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Une mort qui en vaut la peine : Donald Ray Pollock

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Titre : Une mort qui en vaut la peine

Auteur : Donald Ray Pollock
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
1917, quelque part entre la Géorgie et l’Alabama.

Trois frères, Cane, Cob et Chimney Jewett, vivent sous la férule d’un père obsédé par la religion. À sa mort, inspirés par un roman à trois sous, ils sont bien décidés à survivre en braquant des banques.

Ils se retrouvent poursuivis par les autorités et une réputation effroyable, mais la vérité est plus complexe que la légende.

the-heavenly-tableCritique :
— La vie, c’est une culotte de misère : on trime comme des malades et qu’est-ce qu’on obtient en retour, hein ? Que dalle ! On crève de faim et le richard qui nous emploie se fout de notre gueule.

Non, non, non, ceci n’est pas tiré d’un discours syndicaliste juste avant de partir en grève, ceci est juste l’amer constat sur la vie que pourraient se faire les trois frères Jewett : Cane, l’aîné; Cob le second et un peu simplet sur les bords; et Chimney, le cadet, le plus teigneux.

Alors, quand papa casse sa pipe et qu’ils savent qu’ils n’arriveront jamais à défricher dans les temps le terrain que le richard du coin leur a demandé de faire, ils décident de changer de vie, de boulot, le tout sans passer par la case Pôle Emploi, bien entendu.

S’ils l’avaient fait, on leur aurait sans doute dit que « Braqueurs de banques en 1917 » n’était sans doute pas un métier d’avenir et qu’il fallait en tout cas une solide expérience. Mais s’ils les avaient écouté, on n’aurait pas eu droit à ce roman et épais.

Voilà ma came préférée : un putain d’excellent roman noir américain qui me fait le plaisir de me montrer plusieurs destinées, plusieurs vies, qui se croisent, qui s’entrecroisent, pour le meilleur ou… pour le pire.

Tous les personnages possèdent un pedigree certain, assez lourd, généralement, et on est souvent face à des bouseux qui n’ont jamais été plus loin que le bout de leur patelin ou face à d’autres qui se sentent plus élevés que le commun des bouseux.

Même si l’ignorance de certaines personnes du coin ne l’étonnait pas, il se demandait à présent si Ellsworth ne serait pas en train de le charrier. Ignorer où se situe un pays étranger était une chose, mais confondre un océan gigantesque avec un coin de pêche de la municipalité de Huntington en était une autre. Même ce barjot de Jimmy Beulah, le prédicateur, l’un des hommes les plus rétrogrades que Slater ait jamais rencontrés, avait une notion rudimentaire de l’immensité de la terre – quoique la croyant toujours aussi plate qu’une crêpe.

L’écriture de Pollock est sans concession lorsqu’il nous parle des gens, du pays, de leur vie et il nous dresse un portrait brut du Nord de cette Amérique qui vient d’entrer dans le conflit de celle que l’on appelera – erronément – La Der Des Der.

L’auteur a même réussi à me faire aimer ce trio de jeunes mecs qui se sont rêvés braqueurs de banque après avoir un peu trop lu l’unique roman des aventures du hors-la-loi Bloody Bill Bucket. Parfois, les lectures, ça n’a pas que du bon.

La veille au soir, […], Cane avait lu à ses frères un extrait de « La Vie et les aventures de Bloody Bill Bucket », un roman de gare en lambeaux, aux pages gondolées, qui chantait les exploits criminels d’un ancien soldat confédéré semant la terreur dans tout l’Ouest après s’être converti au braquage de banque. À la suite de quoi les songes de Chimney avaient été peuplés de fusillades dans des plaines désertiques brûlées par le soleil et de foufounes au goût de miel.

Certes, du trio, j’ai apprécié Cane, l’aîné, celui qui a le  plus de plomb dans la cervelle, le littéraire, ce grand frère dévoué qui regarde à son second, Cob, le pas très futé, le simplet, le gourmand. Cob, je l’ai plus qu’adoré.

Chimney, par contre, c’est une tête brûlée, un mec qui veut en découdre avec tout le monde, baiser des femmes, braquer des banques, baiser, braquer, baiser… et qui à cause de son caractère belliqueux sera l’instrument de biens des ennuis.

Ce que j’aime, chez Pollock, c’est qu’un battement d’aile de papillon, ou le sifflement des balles de révolver, peuvent déclencher, 100 pages plus loin, un tsunami d’événements que tu n’aurais pas vu venir (ou pas oser voir venir).

À une époque où le dernier Tireur a rendu les armes, à une époque où la Frontière est révolue, à une époque où les Temps modernes font leur entrée avec la voiture, nos trois jeunes nous font revivre une épopée digne du far-west, digne d’un western de Sam Peckinpah qui se serait accoquiné avec Tarantino, nous donnant une longue chevauchée à travers les terres désolées de l’Alabama et de l’Ohio.

Ce soir-là, à l’instant où Sugar estimait avoir assez marché pour la journée, trois hommes à cheval, crasseux et mal rasés, lui apparurent au détour d’un virage, serrant la bride à leurs montures pour s’arrêter à quelques pas de lui. Deux d’entre eux portaient des chapeaux de cow-boys et des salopettes tandis que le troisième était vêtu d’une redingote poussiéreuse et d’un pantalon noir. Un morceau de chemise blanche ensanglantée était noué autour de la cuisse du plus corpulent. Des fusils dépassaient de leurs selles et ils avaient à la ceinture des étuis garnis de revolvers. Aux yeux de Sugar, on aurait dite des êtres malencontreusement échappés du passé et qui cherchaient un moyen d’y retourner. Ce n’aurait pas été la première fois que quelqu’un se serait retrouvé prisonnier d ‘une époque qui ne lui convenait pas.

C’est du brutal, sans concession, sans lumières (enfin, presque sans), les personnages sont tous bien travaillés en peu de mot, la plupart sont des frappadingues, hauts en couleurs, maltraités par la vie, paranoïaques, alcoolos, ignares et j’en passe !

Un roman d’une force incroyable qui, comme un ouragan, a tout dévasté dans mon cœur, ne laissant que des ruines pour mon plus grand plaisir de lectrice. Une fois de plus, j’ai sondé des âmes aussi noires et aussi puantes (pour certaines) que le fond des latrines que Jasper inspecte.

Un roman qui se dévore d’un coup, le souffle court, tant il est bourré d’humour grinçant, de mots crus, de violence, le tout sur fond de misère humaine.

Un roman dont toutes les pièces s’emboitent à la fin, nous donnant un puzzle reconstitué et une vue d’ensemble sur tout le roman.

Un roman qui m’a pris aux tripes, qui m’a fait frissonner de peur pour certains personnages et que je quitte avec regret.

De plus, nombre de ces mêmes contribuables se nourrissaient six jours par semaine de chou frisé et de pain de maïs, de sorte qu’un pourcentage important d’entre eux considérait le braquage d’une banque comme une juste riposte au système qui contribuait à les maintenir dans la misère.

Étoile 5

Le Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires (576 pages) et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteurrat-a-week-le-marathon-de-lepouvante-2016

 

Rafael, derniers jours : Gregory Mcdonald

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Titre : Rafael, derniers jours

Auteur : Gregory Mcdonald
Édition : 10-18 (2005)

Résumé :
Il est illettré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il survit près d’une décharge publique, quelque part dans le sud-ouest des États-Unis.

Mais l’Amérique ne l’a pas tout à fait oublié. Un inconnu, producteur de snuff films, lui propose un marché : sa vie contre trente mille dollars. Il s’appelle Rafael, et il n’a plus que trois jours à vivre…

Avec ce roman, Gregory Mcdonald n’a pas seulement sondé le cœur de la misère humaine, il lui a aussi donné un visage et une dignité.

the-brave-1997Critique :
♫ 4 consonnes et 3 voyelles, c’est le prénom de Rafael ♪

Oui, je sais, c’est pas terrible de commencer sa chronique de cette manière, mais c’est le seul truc que j’ai trouvé pour faire baisser la pression après avoir terminé la lecture – d’une traite (d’humains ?) – de ce roman.

Depuis le temps qu’il traine dans ma PAL, depuis le temps que je pose ma main dessus mais que je la retire, comme si les pages étaient brûlantes.

Et elles le sont, brûlantes ! Si je le sais, c’est parce que j’ai lu les chroniques de mes collègues Babeliotes.

J’ai terminé ma lecture avec l’envie de hurler, avec les tripes nouées, avec le cœur au bord des lèvres et les larmes au bord des yeux.

La descente aux Enfers est vertigineuse et pourtant, elle ne fait que 180 pages… Mais on sombre dans une telle noirceur humaine, dans du tellement abject, qu’on ne peut en ressortir que lessivé, groggy, mal dans sa peau et avec juste une envie, se refaire toute sa collection de Super Picsou pour tenir le coup.

Dans le fameux chapitre 3, celui dont l’auteur prévient du caractère pouvant choquer les âmes sensibles, j’ai posé le livre quelques minutes lorsque le vieux sadique a parlé d’énucléation, puis j’ai repris ma lecture ensuite, le cœur battant à cause du malaise.

Au final, je ne sais pas ce qui m’a fait le plus mal : la naïveté touchante de Rafael, le programme de ce qu’on compte lui faire durant le snuff movie ou le fait qu’il se fasse baiser jusqu’au trognon avec les 30.000$ que sa famille ne recevra jamais pour sa vie qu’il va leur donner.

Un peu des 3 sans doute. J’avais toujours envie de hurler,  à chaque page, à chaque ligne qui décrit la misère dans laquelle vivent ces gens et qui n’est pas de la fiction, même dans nos pays sois-disant évolués et civilisés.

Quand à la réalité des snuff movies, elle est encore plus abjecte, plus dégoutante car se dire qu’il y a des gens qui aiment regarder ça et qu’il en existe capable de tourner ce genre de films… J’en ai les poils qui se hérissent de dégoût.

180 pages qui vous essorent, qui vous donnent envie de pleurer devant cette misère crasse, devant ces gens qui essaient de s’en sortir, mais c’est trop dur, alors ils se complaisent là où ils sont, sachant que de toute façon ils sont perdus pour notre société.

Un portrait émouvant, pudique, beau, dur, et ces derniers jours qui vous donnent envie de lui hurler de ne pas se présenter à l’entrepôt, de fuir, de vivre… De ne pas être si naïf, si confiant.

Un magnifique et sombre roman qui restera gravé dans ma chair et dans mon esprit.

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

BILAN - Coup de coeur

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag

Maus – Intégrale : Art Spiegelman

Maus - Intégrale

Titre : Maus – Intégrale

Scénariste : Art Spiegelman
Dessinateur : Art Spiegelman

Édition :Flammarion (1998)

Résumé :
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.

Maus, auquel l’auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d’incompréhension.

Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l’est aussi par son audience.

Petit Plus : Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l’œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des amateurs de BD en apportant la preuve de la capacité du genre à s’emparer des thèmes les plus ardus.

Ce volume comprend « Mon père saigne l’histoire » et « C’est là que mes ennuis ont commencé ».

Maus04Critique :
Voilà un album que je voulais découvrir depuis longtemps mais je n’osais pas, ayant trop lu sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale…

Peur aussi de ne retrouver qu’une resucée de ce que je connaissais déjà (tout en sachant que l’on ne saura jamais tout).

Peur de replonger dans les cauchemars qui naquirent lors d’anciennes lectures qui furent traumatisantes, peur de me redemander « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? » et peur en imaginant que tout pourrait recommencer un jour…

Mes craintes étaient justifiées ET injustifiées…

Injustifiées car l’auteur réussi un tour de force en nous parlant avec justesse d’un épisode terrible de notre époque tout en lui donnant une autre vision, si je puis m’exprimer de la sorte.

Par autre vision, j’entends bien entendu le fait qu’il ait dessiné les nazis sous les traits de chats et les juifs sous les traits de souris, ce qui donne au récit une autre dimension, sans en enlever l’horreur, mais avec une autre approche puisqu’il raconte l’histoire d’un fils (l’auteur), arrachant le récit de la bouche de son père, rescapé d’un camp.

Un récit dans le récit qui permet de reprendre un peu d’oxygène dans cette enquête qui est terriblement émouvante mais qui jamais ne sombre dans le pathos.

Vladek, le père d’Artie est un personnage à part, un homme qui a gardé ses manies de tout récupérer qu’il avait acquises au camp, ainsi que celle de faire des économies de tout. Il est exaspérant, son fils en à marre et ne sait plus comment faire avec lui.

Le récit du père comprendra sa rencontre avec la future mère d’Artie, la montée du nazisme, les privations, la spoliation, les séparations, les soi-disant « mise au vert » des plus âgés…

Quand aux craintes, elles furent justifiées dans le sens où on a beau connaître l’Histoire, on la redécouvre toujours sous un autre jour, avec tout son cortège d’horreurs, dont celui de devenir bien souvent égoïste, de ne penser qu’à sauver sa peau et de laisser tomber ses anciens amis, ses voisins, ses membres de sa famille…

Malgré tout, certains font preuve de courage et d’abnégation pour aider les autres ou bien peuvent évoluer dans le bon ou le mauvais sens durant les années de privation (d’où mon éternelle question sur ce que moi j’aurais fait moi, sur mon comportement en de pareilles circonstances)…

Tout cela est bien décrit dans cet album et le fait d’utiliser l’anthropomorphisme donne une certaine atmosphère au récit et le rend encore plus fort, je trouve.

L’auteur nous raconte l’histoire de son père, sans fustiger les uns, sans excuser les autres. Son père explique, il excuse même certains, leur pardonnant leurs abandon. C’est grand…

Et au travers de l’histoire que Vladek raconte à son fils, c’est aussi une histoire vraie qui se déroule sous nos yeux, celle des horreurs qui ont eu lieu, cette déshumanisation d’un peuple et de million d’êtres humains qui ne s’en sont pas sorti.

Une histoire forte, émouvante, un autre regard, et une mise en image de l’indicible. Un album que je relirai dans quelques temps afin de bien n’imprégner du récit et de vérifier que je n’ai rien raté.

« Zahkor » ! (souviens-toi, en hébreu) parce que ce genre d’horreur s’est encore déroulée après (Staline, Mao, dans un autre registre) et continuera encore et encore.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Pulitzer – 1992) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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