Astérix – Tome 23 – Obélix et compagnie : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 23 – Obélix et compagnie

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1976)

Résumé :
Puisqu’il est impossible de soumettre les Irréductibles Gaulois à la paix romaine par l’usage de la force, Caius Saugrenus, jeune conseiller de César, propose de faire d’eux des décadents, plus préoccupés par l’argent que par les combats contre les Romains.

Envoyé en mission au camp de Babaorum, Saugrenus achète au prix fort les menhirs d’Obélix. Pour répondre à la demande, celui-ci se lance dans la production de masse et devient bientôt l’homme le plus riche et le plus important du village. La jalousie s’installe et les Gaulois n’ont plus entre eux que des rapports régis par l’appât du gain. Les Romains passent des journées tranquilles, le plan démoniaque ourdi par Saugrenus est un succès. Ou du moins le croient-ils…

Critique :
Dommage que à l’école, le prof d’économie n’ait pas utilisé cet album pour nous expliquer la loi du marché…

Gamine, je ne comprenais pas la portée capitaliste de cet album, il me faisait rire pour le cadeau d’anniversaire d’Obélix, l’absurdité de ses vêtements, pour Idéfix qui lui faisait la tronche, pour les répliques des romains, rien de plus.

Moi y en avais rien compris ! Ni remarqué que le jeune Caïus Saugrenus, sorti de La Nouvelle École d’Affranchis ou E.N.A pour les intimes était la représentation d’un Chirac jeune.

La loi de l’offre et de la demande n’auront plus aucun secret pour vous après la lecture de cet album !

Lorsque l’offre de menhirs est supérieure à la demande, il faut que les entreprises  (obélix et Cie) baissent leurs prix, afin qu’elles puissent écouler tous leurs produits… A contrario, si la demande est supérieure à l’offre, il faut que les entreprises augmentent leurs prix…

— Si toi pas pouvoir faire plus de menhirs, moi y en a donner moins de sesterces. Toi, y en a compris ?

Comment vaincre les Gaulois ? Il suffit de les diviser car pour régner, il faut diviser, c’est bien connu et toujours appliqué. Pour les diviser, il faut apporter la jalousie, l’envie, la cupidité… Toujours d’application !

En leur achetant des menhirs, Chirac, heu, Saugrenus, va apporter la zizanie dans le village rien qu’en demandant qu’Obélix lui fabrique plus de menhirs et en montant les prix à chaque fois, sous le regard d’un Obélix qui n’y comprend rien… Mais les autres villageois vont vite comprendre où se trouvent leur intérêt…

Cétautomatix : —Tu veux dire qu’ils n’achetent plus TES menhirs !
Ordralfabétix : —Pourquoi MES menhirs je vous prie ?
Cétautomatix : — Parce que mes menhirs à moi ne sentent pas le poisson faisandé….

Dans cet album, vous aurez un cours sur la production de menhirs, sa publicité, sur la concurrence, la dévaluation des prix, l’inflations des prix, les revendications salariales, sur le cours du sesterce et sur le fait de produire romain à Rome !

Alors qu’habituellement, nos Gaulois résolvent leur problèmes seuls à grands coups sur les romains ou en chassant l’intrus, ici, ils n’auront même pas besoin de lever le petit doigt pour que le système, qui a été poussé à son paroxysme, s’effondre, faisant ainsi passer notre énarque fraîchement émoulu pour le responsable de tous les maux de Rome (devait y avoir un message caché que ceux de l’époque ont compris).

Une aventure pleine d’humour, de situations cocasses et une belle leçon d’économie, sur le capitalisme et sur la division des peuples pour mieux les asservir. Faites du commerce, pas la guerre.

Astérix : — Tous nos copains sont pleins de sesterces ; que vont-ils en faire ?
Panoramix : — Pas grand-chose… J’ai appris qu’il y a une grande crise à Rome, due à je ne sais quoi. Toujours est-il que le sesterce est dévalué.
Astérix : — Eh ?
Panoramix : — Le sesterce y en a plus rien valoir du tout !

PS : album lu bien avant le décès du dessinateur Uderzo. Mais j’ai un retard énorme dans le post de mes chroniques, ou alors, c’est parce que je chronique plus vite que l’ombre de mes doigts sur le clavier. En tout cas, merci à Uderzo pour tous ses dessins.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°200.

Tu mourras moins bête – Tome 3 – Science un jour, science toujours ! : Marion Montaigne

Titre : Tu mourras moins bête – Tome 3 – Science un jour, science toujours !

Auteur : Marion Montaigne
Édition : Delcourt (17/09/2014)

Résumé :
Enfin ! Le Prof Moustache revient pour nous expliquer les affres de la science que nous subissons au quotidien. Comment comprendre le Big Bang quand on ignore que mettre du papier toilette sur la lunette des toilettes est inutile ?!

De l’hygiène aux araignées en passant par les régimes, les poneys ou les testicules, Marion Montaigne donne les réponses essentielles à toutes nos questions existentielles !

Critique :
Le professeur Moustache a l’art et la manière de m’apprendre des choses intéressantes tout en me faisant pouffer de rire.

Mais le fait de vulgariser la science et de nous la présenter en dessins, avec humour, contribue à faire en sorte que je retienne plus facilement les choses.

Maintenant, je sais pourquoi un coup dans les roubignoles fait si mal aux mecs, le fonctionnement des règles, comment perdre mon gras sans perdre trop de fric et sur le fait que les planches des WC sont plus propres que les sacs à main des femmes…

Ce n’était pas un soucis pour moi, je n’ai jamais emballé ma planche de WC d’une tonne de PQ !

Maintenant, je sais tout du poux, les morpions, les myiases et autres saloperies dont il ne faut pas aller voir la tronche sur Google Image ! Pire que le plus terrible des films d’horreur.

C’est fortement documenté, le Professeur Moustache, alias Marion Montaigne, sait de quoi elle nous cause et elle va droit au but, sélectionnant le plus important, le plus drôle, bref, ce que nous pouvons retenir sans problèmes.

Last but not least, si les dessins ne sont pas les plus beaux, ils sont rigolos, ont le soucis du détail et me donnent un sourire jusqu’au oreilles, ce qui m’évitera de perdre de l’argent pour me faire tirer les plis.

Un excellent moment de lecture, de culture, de rire et si on n’a pas trop envie d’aller se rouler dans nos draps bourrés d’acariens dont on respire les déjections en tout genre… Beurk, âmes sensibles, s’abstenir !

En tout cas, lorsqu’on s’endort dans tous ces cadavres d’acariens, c’est moins bête qu’avant !

Les Cactus – Tome 1 : Jérôme de Warzée

Titre : Les Cactus – Tome 1

Auteur : Jérôme de Warzée
Édition : Luc Pire (13/11/2017)

Résumé :
C’est le 1er septembre 2010, le jour même de ses 40 ans, que Jérôme de Warzée distille sa première chronique sur les ondes de Vivacité.

Chaque matin, il brocarde tour à tour ces « froucheleurs » de politiciens, ces « barakis » de supporters et ces « Ménapiens extrémiss », tentant l’équilibre entre écriture polysémique et vitriolée mais toujours au second degré, sarcasmes, jeux de mots et vérités.

Cet ouvrage renferme quelques-uns de ses textes, savamment ordonnancés dans un brol absurde que Magritte lui-même aurait légendé: « Ceci n’est pas un livre ».

Critique :
Si le Belge lambda connait une grande partie de la politique française, de son côté, le français ne connait pas grand-chose de la soupe belgo-belge.

Le Belge a eu accès au Bêbête show, aux Guignols (quand ils étaient en clair), à Thierry Le Luron, Laurent Gerra, Canteloup, au Canard Enchaîné aussi, bref, on est bien renseigné.

Pas de bol, nos émissions humoristiques ne s’exportent pas et donc, vous êtes vierge de tout savoir sur nos cumulards à nous, sur ceux qui feraient passer François Fillon et sa Pénélope pour des petits joueurs, de ceux qui doivent encore apprendre.

Publifin, Stephane Moreau, Nethys, ça ne vous dit rien ? Non, mais croyez-moi, le Moreau pourrait aller discuter avec vos Balkany et échanger des bons plans de magouilles en tout genre.

Personne en France ne sourira ironiquement si je prends une voix de fausset et que je dis que j’ai le coeur qui saigne (Elio Di Rupo, gauche caviar, les chômeurs lui disent merci – ironie), personne chez vous ne connait les misères du décret inscriptions, ni des fameux cours « de rien », chers à notre Joëlle, celle qui a aussi laissé fuiter les questions des examens…

Les tunnels bruxellois, ça n’inspire pas les Français… Le Bruxellois, lui, les maudit, quand ils sont fermés à longueur d’année, parce que « en travaux » (Lady Di, chez nous, elle ne serait pas morte dans un tunnel : impossible !), le Ring, bouché toute la journée, ça ne vous fera pas rire. En plus, vous avez le périph aussi… Là vous comprenez mieux, non ?

Anybref, voilà un super livre drôle que je vendrai pas à vous, public français qui me lisez, ni aux autres francophones. Les histoires sont belges, de la tête au pied et Jérôme de Warzée a réuni dans ce recueil la quintessence de ses Cactus quotidien, sur la radio Viva Cité.

De Warzée, avec son ton pince-sans-rire… En lisant quelques-unes des chroniques tous les matins (ça fait du bien au moral), j’avais l’avantage d’entendre sa voix dans ma tête, ses intonations, ses haussements de sourcils et je riais deux fois plus.

De Warzée, c’est de la chronique politique qui pique, comme un cactus, qui est cynique, ironique, qui exagère parfois un peu, mais bon, c’est ainsi que ça marche aussi, l’humour, en le poussant à son maximum, en allant aussi loin que l’on peut.

L’avantage aussi, de lire les chroniques, c’est qu’on peut se gargariser des jeux de mots, les relire, les faire tourner dans sa tête et ne rien rater parce qu’en radio, ça va souvent trop vite et on a parfois ce que je nomme « les allemands qui brouillent les lignes », comme le disait mon grand-oncle, jamais à court d’humour quand on l’empêchait d’écouter la télé.

Anybref, lire ou écouter les Cactus de De Warzée, c’est du plaisir en barre, du rire garantit, de l’humour fin, réservé à un « Public fin » (oh le jeux de mot) et à lire sans retard, car j’ai honte de dire que cela faisait 2 ans que j’avais ce recueil dans ma PAL.

Rassurez-vous, les affaires citées dans ces pages n’ont pas pris une ride et ça fait toujours du bien de se les remettre en tête et de s’esclaffer, par les temps qui courent (ou les virus), même si ça n’immunisera jamais contre le virus de la connerie humaine.

Et pour vous faire rire, je vous ai inclus un Cactus tout frais de Jérôme et des sketch déguisés de Kody, qui nous fait rire à la télé, dans « Le grand cactus ». J’ai sélectionné les personnages français qu’il a interprété…

Le PQ nouvelle religion ?  Jérôme de Warzée y répond sur FB

Kody en Général De Gaule 

Kody en Fabrice Luchini

Kody en Michel Drucker

Pénélope et François Fillon

Entre la Première Ministre et l’ancien Premier Ministre…

Ainsi parlait ma mère : Rachid Benzine

Titre : Ainsi parlait ma mère

Auteur : Rachid Benzine
Édition : Seuil – Cadre rouge (02/01/2020)

Résumé :
« Vous vous demandez sans doute ce que je fais dans la chambre de ma mère. Moi, le professeur de lettres de l’Université catholique de Louvain. Qui n’a jamais trouvé à se marier. Attendant, un livre à la main, le réveil possible de sa génitrice. Une maman fatiguée, lassée, ravinée par la vie et ses aléas.

« La Peau de chagrin », de Balzac, c’est le titre de cet ouvrage. Une édition ancienne, usée jusqu’à en effacer l’encre par endroits.

Ma mère ne sait pas lire. Elle aurait pu porter son intérêt sur des centaines de milliers d’autres ouvrages. Alors pourquoi celui-là ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais su. Elle ne le sait pas elle-même.

Mais c’est bien celui-ci dont elle me demande la lecture à chaque moment de la journée où elle se sent disponible, où elle a besoin d’être apaisée, où elle a envie tout simplement de profiter un peu de la vie. Et de son fils. »

Critique :
Une fois de plus, j’ai décidé de lire ce roman à cause de « La Grande Librairie » (très dangereux pour la PAL cette émission).

L’auteur avait déjà apporté des émotions sur le plateau, sans pour autant sortir les mouchoirs, mais on sentait qu’il aimait sa mère, malgré le fait qu’il avait eu honte de son accent berbère fort prononcé.

Comme il l’avait si bien sur le plateau « Ce sont les autres qui nous font ressentir la honte ».

Oui, la honte ne vient pas des parents mais de ce que les autres disent d’eux et les enfants sont souvent cruels, méchants, bêtes et aiment faire mal, surtout quand ils voient que leur persiflages ont touché leur cible et l’ont blessée.

Sans être un roman autobiographique, on se doute que l’auteur a puisé dans son vécu en mettant en scène un fils au chevet de sa mère et en nous racontant l’enfance de cet homme, devant cette femme, sa mère, qu’il a méprisé, parfois, lui qui était lettré alors que sa pauvre mère ne savait ni lire ni écrire.

Les enfants sont tous cruels et ont souvent tendance à mépriser leurs parents, surtout si ceux ci sont issus de l’immigration et restent, toute leur vie, cantonnés aux classes sociales d’en bas, regardée de haut par toute personne qui a un peu plus que ceux qui n’ont rien.

C’est avec justesse que l’auteur nous parle justement de l’immigration et des boulots mal payés que leurs parents ont dû faire pour que leurs enfants ne manquent de rien, ou du moins, qu’ils n’aient pas le ventre vide.

Mais l’enfant ne s’en rendra compte des sacrifices de ses parents qu’une fois devenu adulte.

Il y a de la pudeur, des émotions contenues, des émotions qui coulent, une gorge qui se serre… Celle du lecteur qui ne peut rester de marbre devant une si belle déclaration d’amour d’un fils à sa mère qui part doucement.

Sardou a chanté les questionnements du personnage principal, ce fils qui n’imagine pas que sa mère ait pu comprendre certains passages olé-olé du livre « La peau de chagrin » de Balzac, qui n’imagine même pas que sa mère ait pu avoir du plaisir à faire l’amour… Sujet tabou pour le fils et pour tout les enfants une fois devenu grands.

Toujours avec pudeur, toujours avec émotion, drôlerie, l’auteur nous parle de ce fils au chevet de sa mère, qui se souvient des moments les plus beaux de leur vie, mais aussi des humiliations qu’elle a subie, qu’elle a encaissée sans rien dire.

Une déclaration d’amour d’un fils à sa mère qui a tout donné pour ses cinq fils, pour qu’ils ne manquent de rien après le décès de leur père.

Mais pas que… L’auteur, avec juste les mots qu’il faut, nous parle aussi de l’exil et de la douleur qu’il procure, des exclusions, des injustices sociales, des hontes enfantines envers les parents qui ne sont pas comme les autres, qui sont illettrés ou peu instruits, de ces enfants qui réussissent leur vie professionnelle et le décalage qu’il y a ensuite entre leurs parents et eux.

Une belle lecture, bien que trop courte car je n’aurais pas dit non à passer un peu plus de temps avec le personnage principal et sa maman, fan de Dacha Distel.

« Je n’imaginais pas les cheveux de ma mère,
Autrement que gris-blanc.
Avant d’avoir connu cette fille aux yeux clairs,
Qu’elle était à vingt ans.
Je n’aurais jamais cru que ma mère,
Ait su faire un enfant ». 

Au soleil redouté : Michel Bussi [LC Bianca]

Titre : Au soleil redouté

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (06/02/2020)

Résumé :
Au cœur des Marquises, l’archipel le plus isolé du monde, où planent les âmes de Brel et de Gauguin, cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best-sellers.

Le rêve de leur vie serait-il, pour chacune d’elles, à portée de main ? Au plus profond de la forêt tropicale, d’étranges statues veillent, l’ombre d’un tatoueur rôde.

Et plein soleil dans les eaux bleues du Pacifique, une disparition transforme le séjour en jeu… meurtrier ?

Enfer ou paradis ? Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons, de toutes les manipulations, où chacun peut mentir… et mourir.

Yann, flic déboussolé, et Maïma, ado futée, trouveront-ils lequel des hôtes de la pension Au soleil redouté… est venu pour tuer ?

Critique :
Michel Bussi est un petit filou ! Le genre de petit filou que j’adore parce que j’aime quand on me surprend de cette manière (en littérature ou dans un film).

Un politicien vous ferait la même chose que vous seriez ulcéré qu’il vous ai… Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Allez hop, direction Les Marquises, celles où Jacques Brel est enterré, loin des flamingants (on l’espère). Je dois être abonnée au coin, moi, parce que ces derniers temps, j’ai augmenté mon empreinte carbone en allant en Polynésie Française.

Les décors sont plantés, l’ambiance est affichée, les personnages présentés et de suite on rentre dans le vif du sujet avec des questionnements, du mystère, un retour en arrière très bref de deux jours et ensuite, l’auteur déroule son intrigue.

Une île, 5 femmes qui ont gagné un concours de nouvelles, Pierre-Yves François, l’auteur à succès (un procès à ses parents pour ses initiales PYF), le mari de l’une des gagnantes, la fille d’une autre des participantes et les voilà réunies sous les cocotiers pour concocter un roman dans un atelier d’écriture.

Il y a plus merdique comme endroit pour écrire, que Les Marquises… Moi je serais pour… Pourtant, on a l’impression de se retrouver sur l’île d’Agatha Christie, celle du roman Dix Petits Nègres avec tout ces gens qui tombent comme des mouches.

Bussi a l’intelligence de ne pas sombrer dans les clichés de l’île merveilleuse, version reportage pour faire rêver ou affiches d’agences de voyages.

Non, non, il nous parle de ses habitants, des dégâts que firent le gros Colon, qui se comporte comme un trou de cul et vient déverser sa merde chez les autres, piller les ressources, ou bien décimer une population avec ses virus qui sont mortels pour ceux qui n’y sont pas habitués.

Covid 19 fait parent pauvre face à l’hécatombe que firent les maladies de l’Homme Blanc. Sans pour autant verser dans le polar Azur Noir, l’auteur nous donne un bel aperçu, paysager et humain, de ce que sont Les Marquises.

Le tout est parfaitement incorporé dans l’histoire et cela ne nuit jamais au suspense, au mystère, à l’enquête, à l’intrigue.

Durant tout le roman, j’ai cherché le nom du coupable et si je l’avais bien trouvé, plus au PYFomètre (j’ai pas pu résister) qu’aux déductions, il me manquait le mobile et pire que tout, je n’avais pas vu que…

J’aurais dû le lire à la chandeleur, ainsi, j’aurais su ce que ça fait aux crêpes de se faire retourner dans la poêle.

Un excellent polar, sous le soleil des Marquises exactement, mais ne serait-ce pas le soleil de Satan qui a tendance à faire mourir un peu trop de gens. L’empreinte carbone du retour sera plus légère qu’à l’aller, sûr.

Une mention spéciale à l’éditrice, Servane Astine, qui, à mon avis, est la cousine du capitaine Merlicht tant elle est suinte d’arrogance et surtout de bons mots !

Une fois de plus, c’est une LC réussie avec Bianca et je soulignerai aussi qu’elle avait terminé sa lecture avant moi. Pour son avis, prenez un billet en première classe pour les Marquises !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°195.

Tu mourras moins bête – Tome 4 – Professeur Moustache étale sa science ! : Marion Montaigne

Titre : Tu mourras moins bête – Tome 4 – Professeur Moustache étale sa science !

Scénariste : Marion Montaigne
Dessinateur : Marion Montaigne

Édition : Delcourt (09/09/2015)

Résumé :
Des sujets aussi variés que l’espace, la pâtée pour chien ou la vitesse de chute de Gandalf ! Mais aussi, des notes made in prof Moustache sur les absurdités cinématographiques ou bibliques.

À quoi ressemblerait Interstellar si c’était un film réaliste ? Peut-on survivre comme Jonas, dans un estomac géant ?

Pourquoi Dark Vador est-il si méchant ?! Réponses dans ce tome 4 explosif !

Critique :
Monsieur le Juge, je vous le jure, je me suis couchée moins bête et je mourrai moins bête aussi, sauf si j’ai Alzheimer et que j’oublie tout au moment de casser ma pipe.

Dommage, j’aurais eu de quoi faire rire les occupants du boulevard des allongés (©Frédéric Dard).

M’en fiche, tiens, je viens de me marrer un bon coup en découvrant pour la première fois cette bédé de vulgarisation scientifique.

Mais pas que de la science !

Le livre nous parle aussi des films et de leurs incohérences (je ne verrai plus la scène avec le Balrog de la même manière), des dinosaures et j’en passe (mon dieu, déjà Alzheimer !).

Deveniez ce qui m’a fait le plus rire ? Les pages sur les flatulences (j’ai 6 ans d’âge mental, moi) et celle sur la reproduction des dinosaures. Le scatologique et le phallique. Je n’ai pas dépassé ces stades là. Freud, si tu m’entends, reste où tu es !

Attention, je me suis bien amusée aussi avec la vie de merde de Darth Vader, avec la rentabilité des vols spatiaux, le film Interstellar, le voyage temporel, les pâtées pour chiens et Jonas dans le ventre de la baleine.

C’est bien fichu, c’est drôle, amusant, même si les dessins ne sont pas des œuvres d’art, mais ils ne m’ont pas fait pleurer les yeux.

Quand aux dialogues, je me suis bidonnée avec les petits détails, les répliques ou les pensées des autres personnages qui gravitent autour du professeur Moustache.

Une tablette de chocolat à savourer sans modération car ça ne fait pas grossir et le rire est bon pour la santé.

Hunter – Tome 03 – Freeman : Roy Braverman

Titre : Hunter – Tome 03 – Freeman

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie Thriller (05/02/2020)

Résumé :
Puissant comme un ouragan sur le bayou
Épicé comme un jambalaya créole
Enivrant comme un Ramos Gin Fizz
Endiablé comme un air de zydeco
Envoûtant comme le parfum des belles-de-nuit
Sensuel comme La Nouvelle-Orléans
Noir comme un roman de James Lee Burke

Patterson, en Louisiane. Deux millions de dollars disparaissent. Pendant un ouragan d’une rare violence. Dans la maison du boss de la mafia locale.

La traque commence. Elle va faire se croiser et s’affronter un « parrain » amateur de cocktails, un fabuleux tandem de flics que tout oppose mais dont chacun poursuit une quête personnelle, une serveuse qui aime trop l’un des deux flics, le FBI, Freeman et sa fille Louise (celle-là même qui avait été retenue prisonnière quatorze ans dans un trou perdu des Appalaches dans « Hunter »), un collecteur de dettes arménien, et tout ce que La Nouvelle-Orléans compte de faune interlope, d’indics et de petites frappes…

Cela pourrait être le début de beaucoup de polars. Sauf que c’est au coeur du bayou, et que c’est Roy Braverman qui est aux manettes.

Et que la traque va être bercée par le rythme envoûtant de la zydeco, imprégnée des senteurs de la cuisine cajun, caressée par les parfums sensuels de la flore de Louisiane, et rendue plus haletante encore par la menace des crocs acérés des alligators…

Critique :
Voilà un roman noir qui sent bon l’Amérique, comme s’il avait été cuisiné par un grand chef de là-bas alors qu’il l’a été mitonné par un frenchie à la mode cajun.

Louisiane… J’ai débarqué en plein ouragan (pas Katrina), alors qu’en Belgique, les tempêtes Ciara et Dennis s’en donnaient à cœur joie, ajoutant une atmosphère réaliste à cette fin du monde qui régnait dans le roman de l’auteur.

Heureusement pour moi, je ne me suis pas prise un crocodile dans la gueule… Le zoo d’Anvers et Pairi Daiza avaient dû lester leurs sauriens de sacs à main remplis de monnaie.

L’ambiance et le ton était donné et je m’y suis coulée comme un vieil alligator dans son bayou, me vautrant dans la boue poisseuse de ce roman qui clôt une trilogie dont les romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre.

Mais quitte faire les choses biens, autant faire les trois dans l’ordre et prendre son plaisir car la galerie de personnages vaut son pesant d’or, certains sortant même du lot car j’ai un faible pour Mardiros, le collecteur de dettes arménien.

Entre nous, si ce dernier roman porte le nom de Freeman, le policier qui avait tout mis en oeuvre pour retrouver sa fille Louise dans le premier tome, il n’est pas vraiment le personnage principal pour moi.

Le roman aurait d’ailleurs pu se nommer Zach Beauregard ou Doug Howard vu qu’ils sont plus présent dans ces pages que notre Freeman.

Mais je pinaille sur des détails ! Voilà un roman qui foisonne de petites histoires, d’enquêtes dans l’enquête, de petites tranches de vies, de bataille des polices, de FBI, bref, il y a la dedans de la vie qui grouille, tels des asticots sur un cadavre.

Oui, c’est glauque et poisseux, les morts ne sont pas décédés de leur belle mort, on a un cadavre de gosse, on a de la misère sociale, de la misère tout court, des gosses qui savent qu’ils ne s’en sortiront pas, des flics corrompus, un malfrat qui fait sa loi, bref, tous les ingrédients d’un roman noir…

Une excellente cuisine de tous les ingrédients d’un roman noir, le tout assaisonné de sauce cajun bien épicée, de morceau de gators dans l’assiette, de cocktails en tout genre, de personnages hors-norme, atypiques, d’une dose d’humour, de balles qui sifflent, de salopards de bandits mais aussi de gens riches qui se pensent au-dessus des lois.

Dans ce roman, tout peut arriver, rien n’est assuré, les trahisons peuvent surgir de partout, tel un alligator attendant que vous passiez dans les hautes herbes, les coups-bas pareils, mais parfois, on pense qu’on vient de se prendre un poignard dans le dos et c’était un sacré coup de main.

Ce roman noir, c’est la Louisiane comme si vous y étiez et je ne risque pas d’aller passer mes vacances là bas, sauf à y aller avec Air Braverman, filiale de Air Manook.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°179 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°24].

 

Notre mère la guerre – Tome 04 – Requiem : Kriss & Maël

Titre : Notre mère la guerre – Tome 04 – Requiem

Scénariste : Kriss
Dessinateur : Maël

Édition : Futuropolis (04/10/2012)

Résumé :
En septembre 1917, remis de ses blessures, le lieutenant Vialatte apprend deux nouvelles d’importance : Eva, l’amour de sa vie, travaille comme interprète à la Croix-Rouge.

Par ses fonctions, elle est en contact avec les camps de prisonniers français en Allemagne.

Et c’est par elle que Vialatte découvre que Peyrac, porté disparu en 1915, a été fait prisonnier et qu’il est bien vivant. Vialatte, avec l’aide de Janvier, reprend donc son enquête, pour découvrir enfin le nom du ou des coupables de l’assassinat des trois jeunes femmes sur le front.

Où l’on apprendra comment Peyrac fut mis à la tête d’une unité de gamins, de fortes têtes repris de justice, puis après la mort de ces derniers, comment il se retrouva prisonnier en Allemagne.

Vivant donc, mais mal en point, en proie à des délires cauchemardesques…

Critique :
Ce dernier album clôt l’enquête de Vialatte, qui, pour le moment, patauge toujours dans la boue et n’a pas réussi à prouver l’implication de l’unité du caporal Peyrac dans les meurtres des 4 jeunes filles dont on avait retrouvé les corps non loin des premières lignes du front.

Petit retour en arrière pour nous présenter un peu plus en détail le fameux caporal Peyrac, celui qui devait diriger une unité de jeunes gamins pré-pubères qui venait d’une maison de redressement.

Alternant les passages se déroulant sur le front à ceux se déroulant ailleurs, les auteurs nous livrent enfin le QUI et surtout, le POURQUOI de ces quatre crimes. J’avais eu beau chercher, je n’avais pas trouvé.

Il règne, dans ce dernier album, des sentiments de colère et d’incompréhension chez les soldats. Tout le monde en a marre de cette guerre, de ces morts et de cette France, qui, au travers des lettres des épouses, dit à ses soldats qu’il faut lui faire honneur, qu’il faut avoir du courage et se battre. Facile lorsqu’on n’est pas au front…

Les dessins, dans des tons camaïeux de gris et de sépia collent à l’ambiance sombre et terne du front et de la série. La guerre de tranchée est bien représentée, on voit la boue, elle colle aux godillots, elle pénètre dans les vêtements et génère le froid.

Mon seul bémol sera pour les dialogues en allemand qui ne sont pas traduits. Ce n’est sans doute rien d’important, mais une petite traduction dans la case ou en fin de page n’aurait pas nuit à la chose.

Un dernier album qui termine, magistralement, une enquête longue et laborieuse, où les indices n’étaient pas légions, où les scènes de crimes se détérioraient très vite, rendant la tâche du lieutenant Vialatte plus difficile.

Une belle saga consacrée à la Première Guerre Mondiale, qui a exploré les tranchés, l’âme et les pensées des soldats, mais aussi celle des français moyens, ceux qui se trouvaient à l’arrière (pour des raisons X) et qui regardaient les soldats avec regard où se mélangeait l’admiration mais aussi la peur de se faire salir par eux.

On peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°174 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°19].

Jusqu’au dernier : Jérôme Félix & Paul Gastine


Titre : Jusqu’au dernier

Scénariste : Jérôme Félix
Dessinateur : Paul Gastine

Édition : Bamboo Edition (30/10/2019)

Résumé :
L’époque des cow-boys tire à sa fin. Bientôt, ce sont les trains qui mèneront les vaches jusqu’aux abattoirs de Chicago.

Accompagné de Benett, un jeune simplet, Russell a décidé de raccrocher ses éperons pour devenir fermier dans le Montana. En route, ils font halte à Sundance.

Au petit matin, on retrouve Benett mort. Le maire préfère penser à un accident plutôt qu’à l’éventualité d’avoir un assassin parmi ses concitoyens et chasse Russell de son village.

Mais le vieux cow-boy revient à la tête d’une bande d’Outlaws pour exiger la vérité sur la mort de Benett…

Critique :
Le western a toujours été mon dada et je suis gâtée au niveau films, séries ou bédés. Problème : comment se démarquer des autres western ?

En proposant une bédé qui en respecte les codes mais qui surfe sur du moins habituel : la fin des convoyeurs de vaches suite à l’arrivée des gares et du chemin de fer un peu partout.

La fin d’une époque. Le début d’une nouvelle ère.

La première chose qui frappe, dans ce one-shot, ce sont les dessins. Ils déchirent leur race !

Les détails sont présents, affinés, bien dessinés et les couleurs sont somptueuses, mettant en valeur les paysages grandeur nature traversés par nos cow-boys et leur troupeau.

Le Monde change et si les gens ne changent pas avec, ne s’adaptent pas, ne montent pas dans le train, ils finiront sans boulot, les poches vides. A contrario, certains se sont déjà adaptés et ils ressemblent soit à des esclaves pataugeant dans la merde et sous les ordres d’un patron infâme, soit il font hors-la-loi.

À Sundance, soit la ville paie pour avoir le chemin de fer, soit elle le laisse passer et elle crèvera à petit feu. Il faut aussi qu’elle ait une réputation sans taches, que la ville et ses habitants soient plus pur que la Vierge Marie elle-même.

Dans ce western, le feu est mis aux poudres à la mort de Benett, le jeune gamin adopté par Russell. Crime ou accident ? L’un où l’autre, ça met Russell dans une rage folle et ses exigences sont simples : qu’on lui livre l’assassin sinon il mettra la petite ville à feu et à sang.

Le battement d’ailes de papillon qui a eu lieu lors de la mort de Benett, alors que Russell et son adjoint Kirby vidaient leur colt auprès de deux femmes, va déclencher un tsunami dont chaque vague sera plus forte que la précédente et noiera tout.

Violent, âpre, sombre. Le titre n’aurait pas pu être mieux trouvé car il correspond bien à l’album.

J’ai vibré, j’ai serré les fesses, j’ai supplié le scénariste de me donner la fin que je souhaitais, la plus belle, mais il m’a répondu que nous étions dans un western sombre, pas dans un Lucky-Luke et qu’il fallait payer les conséquences de ses actes, de sa folie, de son entêtement, comme on doit payer ses impôts.

Putain, la facture était salée, horrible, elle fait mal au bide car on voit tous les événements s’enchaîner comme s’ils étaient pris dans un engrenage super bien huilé. Le pan de votre robe s’est pris dedans et la machine voit broie, vous et tous les autres dans votre entourage.

Un western crépusculaire, comme un glas qui sonne dans le lointain, annonçant la mort des cow-boys, la mort des convois et l’urgence d’obtenir la gare dans sa ville.

Qui ne dit mot consent… Après ça, j’étais sur les rotules. Bien plus réaliste de la nature Humaine que mon happy end désiré. Normal, personne n’est tout à fait un innocent, ou un gentil, hormis Benett.

Le Diable était même tapis dans le coin, il avait les cheveux gominés et il a poussé tout le monde sur le chemin de l’enfer à coup de petites phrases bien plus assassines que toutes les balles de colt.

Cet album était un one-shot, il fait 70 pages en grand format car il aurait été impossible de condenser tout ça dans un 48 pages habituel, malgré tout, une suite ne  serait pas une mauvaise idée afin de savoir ce que va devenir Tom : un justicier ou un taiseux ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°167, le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°12] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Et toujours les Forêts : Sandrine Collette

Titre : Et toujours les Forêts

Auteur : Sandrine Collette
Édition : JC Lattès (02/01/2020)

Résumé :
Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance.

Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin.

Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien.

Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts.

Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Critique :
Ça commence comme dans un rural noir…

Une fille, enceinte, ne veut pas du gosse, nommé Corentin.

Elle le confie à gauche, à droite, le gamin est ballotté, pas aimé par sa mère et puis, comme mue par une décision soudaine de se débarrasser du mioche encombrant, elle le balance chez l’arrière-grand-mère du pauvre moutard et basta, elle se casse.

Le gamin grandit au bled, auprès d’une vieille femme.

Oui, ça commençait comme un bon vieux rural noir et puis boum, la Chose a eu lieu. La Chose ? L’apocalypse, rien de moins.

De ce qui a généré l’apocalypse, nous n’en saurons rien, mais les conséquences nous serons divulguées : Paris s’éveille sans personne de vivant, ou si peu. À la Vilette, on ne on tranchera plus le lard et les boulangers ne feront plus des bâtards…

Tous les gens sont morts, à Paris et ailleurs aussi. Ceux de la France d’en bas, de celle d’en haut, du milieu, le président, les politiciens, les touristes ne regagneront pas leurs cars… Les animaux sont morts, les arbres aussi, les plantes… Mais Corentin est vivant !

L’auteure s’est concentrée sur son personnage, sur sa longue marche pour retourner au bled, aux Forêts, près d’Augustine. À quoi bon perdre son temps à accuser l’un ou l’autre de la catastrophe, de toute façon, il n’y a plus personne ou presque à traîner en justice, alors…

Les signes étaient là, tout le monde les a entendu, vu, constaté, mais quand c’est trop tard, c’est trop tard. Comme Corentin, j’aurais pillé les magasins pour choper des conserves, de l’eau, des bottines de marche et j’aurais tracé la route.

Mais moi, j’aurais été faire un tour dans une armurerie pour prendre des armes… Oui, j’y ai pensé de suite en découvrant avec Corentin l’ampleur du désastre. Et oui, je m’en serais servie afin d’assurer ma survie. J’aurais sans doute descendu des innocents, donc, en cas d’apocalypse, évitez de croiser ma route…

Percutant, c’est le mot. J’ai commencé l’année en force, moi. Jusqu’à présent, l’auteure ne m’a jamais déçue et s’est toujours renouvelée, changeant ses romans tout en gardant ce qui fait leur âme : les personnages attachants et réalistes. Des récits forts, glaçants, prenants aux tripes.

Les phrases sont courtes, les dialogues parfois noyé dans le récit, sur la fin, lorsqu’on est redevenu un homme des bois, un survivant.

Ce n’est même pas dérangeant car ce style va comme un gant au récit, comme si on le vivait, comme si on nous le racontait avec l’urgence, au coin du feu, avant de reprendre la route.

Le récit est sombre, sans édulcorant, sans une larmiche de crème pour adoucir l’affaire. Impossible de lâcher le récit car si les romans post-apocalypses sont légions, celui est différent des autres. Je pense même qu’il n’y en aura jamais deux pareils, même si le fond est semblable : résilience, survie et retour à l’ère de nos ancêtres qui n’avaient pas l’électricité. Retour à l’âge des Bêtes Humaines.

Un huis-clos angoissant, un retour aux âges sombres, comme après l’extinction des Dinosaures (pour ceux qui s’en souviennent), un ciel si bas qu’un canal s’est pendu, une Nature si carbonisée qu’on ne pourrait plus se pendre à une branche, un paysage qui donne envie de se flinguer (si on a fait un tour à l’armurerie), mais toujours cette envie de vivre, de survivre, parce que c’est plus fort que nous.

Bon, on ne pourra pas dire après qu’on n’a pas été prévenu…

Prochain roman de l’auteure pour surprendre ses lecteurs ? Un Oui-Oui ? Un Martine ? La vie sexuelle d’un président normal ? Moi, je suis impatiente de voir parce qu’après ça… Oufti, ça déchire sa race !

♫ La tour Eiffel a fondu sur pied
L’Arc de Triomphe est liquéfié ♪
♪ Et l’Obélisque est liquidée ♪
Pas différence entre la nuit et la journée
Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille ♪ (1)

(1) Mes excuses à Jacques Dutronc, la Vielle Canaille, pour l’emprunt et le traficotage de sa chanson.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°155.