Le Bureau des Affaires Occultes – 02 – Le Fantôme du Vicaire : Éric Fouassier [Par Dame Ida, créature inquiétante qui hante les coins sombres des bibliothèques]

Titre : Le Bureau des Affaires Occultes – 02 – Le Fantôme du Vicaire

Auteur : Éric Fouassier
Édition : Albin Michel (22/04/2022)

Résumé :
Valentin Verne, inspecteur en charge du Bureau des Affaires Occultes, doit résoudre une nouvelle affaire : un médium aurait recours au spiritisme et à de mystérieux pouvoirs extralucides pour ramener à la vie de la fille de Ferdinand d’Orval, un noble très fortuné. Tables tournantes, étranges apparitions, incarnations inexplicables… Mystification ou réalité ?

Des bas-fonds parisiens aux salons de la haute société, des espions de Vidocq aux troublants mystères du spiritisme, l’auteur nous entraîne dans un polar crépusculaire et addictif.

L’avis de Dame Ida :
Un peu lapidaire le résumé Babelio, non ? Oui, Valentin est appelé par une jolie aristobourge qui s’inquiète de voir son mari tomber sous la coupe d’un médium prétendant le mettre en contact avec sa fille défunte qu’il avait eu d’un précédent mariage…

Oui Valentin ne croit pas plus que cette dame à ces âneries et est prêt à venir démontrer l’escroquerie…

D’autant qu’en ces périodes de changements politiques instables, les préfets de police changent tous les quatre matins et qu’à chaque fois c’est la pérennité du bureau des affaires occultes qui se trouve menacée si Valentin de montre pas d’édifiants résultats.

Qui plus est, ce bureau serait d’autant plus facile à fermer qu’il en est le seul inspecteur, et que l’adjoint qu’on vient de lui donner, malgré son implication, ne représente pas une équipe pléthorique difficile à réaffecter en cas de fermeture du service.

Cette nouvelle affaire est donc cruciale, mais… Elle n’est pas la seule qui occupera Valentin, toujours décidé à retrouver le Vicaire, religieux dévoyé machiavélique à l’âme noire et nauséabonde avec qui il a quelques comptes personnels à régler depuis le volume précédent. Et croyez-moi, ça le préoccupera bien plus que son affaire de médium, tout au long du livre.

Ben oui ! D’où vient le titre du roman à votre avis ? Aucun rapport avec ce qui semble à première vue n’être qu’ un abus de faiblesse et de crédulité de la part d’un médium supposé escroc.

Dame Belette ne vous l’avait-elle pas dit dans son billet concernant le premier Opus des Enquêtes de Valentin Verne ?

Ne vous avait-elle pas fait part de ses regrets de ne pas avoir eu d’éclaircissements sur ce fameux Vicaire dont l’ombre planait déjà dans le premier volume, mais qui n’avait pas été récompensé selon ses mérites par la fraîche caresse de sa nuque par le couperet de la Veuve au petit matin en place publique comme on le faisait à l’époque?

Une belle époque où l’on savait vivre et où faute de télévision et d’internet, on savait proposer d’édifiants spectacles pour distraire la population qui se levait tôt ; ou surtout qui se couchait plus que tard puisque le public des exécutions capitales était surtout composé de fêtards noctambules qui après une nuit blanche venaient terminer « joyeusement » leur fiesta par une petite décapitation avant d’aller se coucher… on savait s’amuser y a pas à dire !

Et ben voilà ! Vous saurez tout ! Enfin presque… Car si vous vous êtes déjà approprié l’atmosphère du premier volet, vous vous doutez bien que le monstrueux homme d’Eglise pour à qui la soutane ne sert que de raison sociale et de couverture à défaut d’être une véritable vocation, gardera une petite part de mystère.

Je ne peux hélas vous en dire trop à ce sujet car il me faudrait cruellement spoiler et ôter à ce roman toute sa substantifique moelle. On dira juste qu’avec toutes les affaires qui agite l’Église Catholique en ce moment… ce vicaire là en rajoute une sacrée couche.

Je souscris aux bémols jadis posés par Belette, et je commencerai par eux pour pouvoir en terminer sur la note très positive que ce roman mérite.

Oui, on va finir par le savoir que Valentin est beau, bien fichu et pété de thunes… Et on le saura aussi que sa copine Aglaé, actrice (qui manque toutefois d’un peu de profondeur psychologique, je trouve) est également trèèèèès belle… Et qu’elle est étrangement vertueuse si l’on considère la vie des actrices de l’époque qui en réalité n’étaient pas autre chose que des cocottes (prostituées de luxe ayant un métier officiel à côté pour donner le change) …

Si le personnage d’Aglaé n’a pas beaucoup de profondeur psychologique, pour celui de Valentin c’est autre chose. Déjà il s’appelle Verne. Comme Jules. L’auteur a décidé d’en faire un adepte des vérités scientifiques bien décidées à faire sortir le monde d’une vision enchantée où l’occulte flirte avec l’obscurantisme.

Car oui, tandis que le positivisme de la fin du XIXe siècle et la science mettaient la religion à mal, les « brillants esprits » de l’époque se cherchaient des théories fantastiques alternatives pour offrir un peu de sursis à l’âme et aux forces de l’esprit.

Valentin est l’incarnation des idéaux de son époque qui voyait en la science la clé de l’édification universelle… Et l’affaire de spiritisme sur laquelle il devra travailler est quant à elle l’expression des résistance des vestiges de la « pensée magique » de cette époque face à la science.

Et puis sans vouloir spoiler pour celles et ceux qui auraient manqué le premier volume (je recommande fortement de lire les livres dans l’ordre !!!), Valentin a bien morflé dans sa jeunesse et il en paye encore lourdement le prix… Et sa chérie aussi indirectement.

Cela étant… j’ajouterais volontiers un petit bémol supplémentaire, lorsqu’il est question des difficultés que rencontrent les tourtereaux qui se tournent autour en peinant à conclure.

OK, repousser le moment de conclure est aussi un artifice très pratique pour l’écrivain qui veut bien faire monter le désir chez ses lecteurs en même temps qu’il diffère la satisfaction de celui pouvant exister entre ses personnages…

OK, avec ce que Valentin a vécu on peut comprendre que ce soit un peu compliqué…

OK, cette complication est parfaitement crédible… Mais… elle aurait pu être un peu mieux décrite ou développée sur le plan psychologique.

Le voile de pudeur qui permet de ne pas entrer dans les détails peut certes rester crédible vu l’époque dans laquelle l’action se déroule, mais peut-être l’auteur aurait-il pu aller plus loin ?

Mais on ne se crispera pas là-dessus car le mieux est parfois l’ennemi du bien et se hasarder sur les sables mouvants de la psychologie est souvent très casse-gueule pour les auteurs car c’est un sujet difficile à maîtriser assez pour être crédible et éviter le ridicule.

Je reconnais aussi que ce bémol dans le bémol devient carrément sibyllin pour qui n’a pas lu le livre. Donc lisez-le et vous comprendrez. En dire plus serait du divulgâchage en règle. Notamment pour celles et ceux qui n’auraient pas encore lu le premier opus.

Et loin de moi l’intention de gâcher la lecture de ce roman bien écrit, bien construit, divertissant et très bien documenté. L’intrigue s’enracine dans l’Histoire avec beaucoup d’adresse et de talent, nous faisant rencontrer au passage quelques personnages ayant réellement existé et ce, sans jamais faire outrage à ce que l’Histoire nous a transmis d’eux.

Les explications contextuelles sont amenées sans pesanteur aucune, sans jamais paraître artificielle, les scènes de la vie quotidienne se mêlent aux passages descriptifs et aux intrigues de manière vivante et authentique.

Faire du polar historique est un art difficile. Il faut maîtriser divers sujets : l’organisation de la police à l’époque, les mœurs de l’époque, le langage populaire des brigands de l’époque, le contexte politique, économique, les courants artistiques, culturels etc.

Et Monsieur Fouassier a manifestement très très très bien travaillé son sujet. On le sent tout au long de ce livre qui devient une véritable machine à remonter le temps, et les notes de bas-de-page et les références annoncées en fin de livre viennent compléter ce constat.

Les deux intrigues traitées en parallèle sont glauques et retorses. L’auteur cherche à les rendre complexe évidemment, mais les habitués des romans policiers pourront cependant voir parfois vers où il nous conduit quant à la résolution des intrigues.

D’ailleurs je dois avouer que mon intuition m’avait déjà permis d’anticiper quelques coups de théâtres dans l’affaire du Vicaire, et de deviner dès les premiers chapitres, voire dès sa présentation initiale, l’identité de la personne responsable des drames accompagnant l’intrigue du médium.

À moins que je ne sois médium moi-même ? Je vais songer à une reconversion professionnelle un de ces jours… Il paraît que ça gagne bien…

Le jeu de piste angoissant que le Vicaire « proposera » (lui laissait il le choix ?) à Valentin nous demandera en revanche d’être plus patients puisque les éléments nous seront distillés qu’au fur et à mesure de la progression de notre héros dans sa quête (à ce niveau là ce n’est plus une simple enquête) où les découvertes macabres et douloureuses se suivent, faisant monter le niveau d’angoisse peu à peu.

Le suspense est bien ménagé, chaque fin de chapitre nous laissant sur notre faim et nous encourageant à lire le suivant, le degré d’action et de tension montant crescendo lors de la lecture.

Résultat… Je me suis couchée toujours plus tard que prévu pendant les quelques jours qu’a duré ma lecture…

Voilà pourquoi je n’étais pas en forme au boulot ces derniers jours ! C’est à cause du Sieur Fouassier Madame la Cheffe de Sévice !

Et si le Sieur Fouassier finit par nous laisser un peu sur notre faim lors des dernières pages, c’est je l’espère pour nous éprouver notre désir de retrouver ses personnages pour un troisième volume qui est déjà virtuellement dans ma PAL avant même qu’il ne paraisse.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que l’auteur projette de reprendre sa plume…

 

Harry Potter ‭–‬ 06 ‭–‬ Harry Potter et le prince de sang-mêlé ‭:‬ J.K. Rowling [LC avec Bianca]

Titre : Harry Potter ‭–‬ 06 ‭–‬ Harry Potter et le prince de sang-mêlé

Auteur : J.K. Rowling
Édition : Folio Junior (2017) – 752 pages
Édition Originale : Harry Potter, book 6: Harry Potter and the Half-Blood Prince (2005)
Traduction : Jean-François Ménard

Résumé :
Dans un monde de plus en plus inquiétant, Harry se prépare à retrouver Ron et Hermione.

Bientôt, ce sera la rentrée à Poudlard, avec les autres étudiants de sixième année. Mais pourquoi Dumbledore vient-il en personne chercher Harry chez les Dursley ?

Dans quels extraordinaires voyages au cœur de la mémoire va-t-il l’entraîner ?

Critique :
Ma relecture de la saga Harry Potter se poursuit et cela m’aura appris plusieurs choses : mon tome préféré est toujours « Le Prisonnier d’Azkaban ».

Ensuite, j’ai mieux compris le comportement d’ado chiant de Harry dans « La Coupe De Feu » (nous avons tous et toutes été des ados chiants).

Quant à « L’ordre du Phoenix », que j’avais moyennement apprécié lors de sa lecture, est passé maintenant dans ceux que j’ai adorés.

Je me demandais donc ce qui allait ressortir de la relecture du tome 6, un tome important puisque l’avant-dernier…

À l’époque, je l’avais dévoré dès sa sortie, voulant tout savoir, me demandant bien qui pouvait être ce Prince de Sang-Mêlé, ce qu’était un horcruxe, pestant sur les autres qui n’écoutaient pas Harry qui leur disait que Malfoy mijotait des trucs louches et vouant aux gémonies Rogue, tout comme Harry.

Et puis, dans la bataille finale, ma gorge s’était serrée et des vilaines poussières dans mes yeux les avaient fait couler. Cet instant-là, cette scène-là, c’est comme si l’autrice avait pris une batte de base-ball et m’avait frappé en plein ventre. Rowling venait de me tuer…

J’avais hurlé de rage, fâchée contre tous ceux qui n’avaient pas écouté, une fois de plus, les mises en garde de Harry (tel Cassandre, condamné à ne jamais être cru), quant à Rogue, je l’avais traité de fils de femme de petite vertu et de tout un tas de nom d’oiseaux que je n’oserais jamais répéter ici.

Déjà que tout au long de ma découverte de la saga, j’avais souhaité à Rogue moult sorts, dont le pire étant celui du « Loréal Paskeje Levobien » afin de rendre ses cheveux brillants et non gras.

Lors de ma relecture, tout a changé, rien n’était le même : fini le mystère autour du livre des potions ayant appartenu au « Prince de Sang-Mêlé », fini les émotions de tristesse, de chagrin, lors de la perte d’un personnage, puisque « je le savais » et que j’avais connaissance aussi du « pourquoi ». Fini d’insulter la pauvre mère de Rogue de prostituée et par là même, son rejeton de : « fils de ».

Maintenant que je savais ce que je savais, j’ai relu ce tome avec un autre esprit et au lieu de me braquer sur certains personnages que je détestais (Malefoy et Rogue), je les ai vus sous un autre jour, celui de ce qu’ils étaient vraiment.

Ok, Malefoy reste un sale gamin de merde qui se la joue, qui se la pète, qui crâne et qui n’a rien dans le bide. Toujours envie de lui en foutre une sur la gueule. Pour Rogue, c’était différent (sauf pour ses cheveux gras – Beurk).

En règle générale, je ne fais jamais de relectures (sauf exceptions) : toutes les perceptions changent, comme les émotions, les ressentis, ce que l’on pensait des personnages…

Si dans ce tome, Harry semble être un emmerdeur, contestant tous les ordres ou ce que les autres lui répondent, je trouve qu’en fait, il n’en est rien (moi aussi je sais contester).

Il soupçonne certains de fomenter des trucs pas nets, il sait que Voldemort est puissant, il sait aussi surtout que personne ne l’écoutait lorsqu’il disait qu’il était de retour. Faire l’autruche est tellement plus facile pour tout le monde. Hélas, on ne croit jamais les porteurs de mauvaises nouvelles ou ceux qui voient des dangers arriver.

Moi, j’ai toujours fait confiance à Harry, mais à l’époque où j’avais lu ce nouveau roman, j’aurais dû aussi faire confiance à la sagacité de Dumbledore. Hélas, les événements auxquels j’avais assisté de visu m’avaient fait craindre qu’il n’avait pas mis sa confiance dans de bonnes mains.

Une fois à Poudlard, tout s’enchaîne, sans pour autant filer à la vitesse d’un balai « Éclair de Feu ». Rowling nous décrit la vie à Poudlard, qui à repris et si Ron était enchanté d’avoir plus de temps libre entre les cours pour se la couler douce (on dirait un peu moi), il n’en fut rien, vu la tonne de devoirs que les élèves de 6è auront à rendre.

Dans la saga HP, il y a plusieurs choses appréciables : les tomes montent en puissance, suivant l’âge des lecteurs des premiers jours.

Les personnages ne sont pas figés, ils sont ambivalents, ambigus (certains), ils peuvent, de temps en temps, nous exaspérer, mais ils restent réalistes, notamment en grandissant et en prenant de l’âge. Nous aussi nous changions très vite, à ces âges-là. Les sentiments amoureux commençaient à arriver, avec leur cortège de crétineries, de serments pour la vie et de jalousie quant l’être aimé discutait avec d’autres personnes.

Les références à notre monde sont aussi très bien faite, notamment avec ce ministère qui ne se bouge pas trop le cul, mettant sa tête dans le sable, accusant Harry d’être un fanfaron, un menteur, alors qu’il avait raison (moi, ça me met toujours en rage d’être traitée de menteuse ou accusée à tort).

Puis, comme tous les gouvernements, ensuite, ils viennent vers vous, la bouche en cul de poule, minaudant pour vous demander des services. Va à la merde ! Harry a eu raison de les envoyer chier, avec plus de formes, bien entendu.

Voldemort est un vrai tyran, un dictateur, qui, comme eux, s’entourent, en vrac, de personnes fortes, de celles qui veulent être protégées en appartenant à un groupe « fort ». N’ayant aucun ami, aucune personne de confiance, parce que le tyran est un parano, se créant bien souvent lui-même les ennemis qui le mettront au sol.

Oui, on peut dire ce que l’on veut, mais cette saga est bien faite, réfléchie, intelligente et contrairement à ce que pourraient penser des illuminés qui sont contre la magie, Harry Potter, ce n’est pas des romans où l’on se jette des sorts à la gueule durant 600 pages. Non, c’est plus profond que ça. Mais pour le savoir, il faut les lire.

Si je ne fais jamais de relecture des livres que j’ai adoré (hormis ceux d’Agatha Christie et de Conan Doyle – les exceptions), relire la saga d’Harry Potter, en sachant tout, en connaissant les véritables raisons de certains, est tout de même bénéfique, car maintenant, j’ai une autre vision de ces gens.

Les émotions ne sont plus les mêmes, elles ne sont plus « brutes de décoffrage », puisque « je sais ». Tout comme pour les mystères, qui n’existent plus maintenant.

Ces émotions importantes pour moi sont différentes ou absentes et cela m’a permis de me concentrer sur d’autres détails, sur d’autres choses, de voir le récit autrement, un peu comme quand je relis un Hercule Poirot et que je me souviens de l’identité du coupable : à ce moment-là, on voit les indices laissés pas l’autrice, on comprend où l’on s’est fait berner et la lecture est différente.

C’est la même histoire, mais ce n’est plus tout à fait la même non plus…

Une relecture que j’ai bien fait de refaire. Une LC de plus réussie avec Bianca, qui préfère le tome 6 au 5…

#MoisAnglais2022</a

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°2XX], Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book) et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Shi – Cycle 1 – Tome 3 – Revenge ! : José Homs et Zidrou

Titre : Shi – Cycle 1 – Tome 3 – Revenge !

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : José Homs

Édition : Dargaud (2018)

Résumé :
Janvier 1852. Les photos prises dans la maison close ont été récupérées et leurs nouveaux possesseurs n’hésitent pas à s’en servir pour faire chanter les principaux concernés, leur extorquant ainsi d’importantes sommes d’argent qui serviront à de « nobles » desseins.

Quant à Jennifer, elle a été déclarée morte, brûlée dans l’incendie qu’elle aurait elle-même provoqué. Mais il n’en est rien. Personne ne peut arrêter la vengeance une fois qu’elle est en marche.

Plus de place pour la pitié en ce monde. Jay et Kita l’ont bien compris et se salir les mains ne les dérange plus.

Ne restent derrière elles que les cadavres de ceux qui ont eu le malheur de se mettre en travers de leur chemin et l’idéogramme « Shi », symbole de leur haine envers la société.

Critique :
Les hommes de la haute ont été s’amuser au lupanar, ne se contentant pas de relations « plan-plan », mais demandant des plaisirs à la carte, comme se faire fouetter, jouer au chien, avoir des relations avec des gamines impubères, se faire pisser dessus, se faire enfoncer un canon dans le cul…

Ils n’ont jamais vu le petit trou (oups) dans une toile, permettant de prendre des photos, appelées encore daguerréotype (à une époque où l’appareil photo était super rare et pas inclus dans n’importe quel smartphone bas de gamme – je précise pour les plus jeunes qui ne s’imaginent pas ça possible).

Lorsque l’on possède dans ses mains de pareilles photos, c’est assurément une main gagnante et on peut alors leur demander n’importe quoi. L’ancêtre du Revenge Porn, en quelque sorte…

Si je ne cautionne pas les revenge porn, ici, je suis plus tolérante et cela me fait même doucement ricaner (oui, le chantage, ce n’est pas bien, c’est mal).

Les auteurs continuent de nous parler de la ville de Londres, qui, bien qu’étant arpentée par des chevaux et non des voitures, n’en est pas moins extrêmement polluée : vingt-cinq mille chevaux à nourrir et cent tonnes de crottin à ramasser. Après, il faut s’en débarrasser, de la merde, comme de celles des vaches qui donnent le lait super frais aux gens friqués…

Bref, en 1852, Londres est une arche à la dérive. C’est aux pauvres, que l’on exige qu’ils mettent la main à la poche, les riches, les nantis, les hommes au pouvoir peuvent assassiner un pauvre, ce n’est pas grave du tout et une gamine résume bien ce qu’elle pense de tout cela : Dieu est du côté de ceux qui boivent le thé à 17h, la bouche en cul d’poule.

Dans les bas-fonds, il n’est pas recommandé d’aller s’y promener, si vous êtes un richard, car à pas d’âge, les gosses se promènent avec des armes pour attaquer, voler,…

Le ton est toujours empreint de cynisme et j’aime ça. Les auteurs sont lucides, ils ne se privent pas de taper sous la ceinture. Le ton utilisé par les personnages est grinçant, non dénué d’humour, parfois.

Les vengeances de nos deux femmes se mettent en place, on sait maintenant qui fait du chantage aux « galipetteurs », afin d’obtenir de l’argent et pourquoi ; des secrets sont levés ; des révélations sont faites et une horrible trahison termine ce tome 3. Et merde, je n’ai pas le tome 4 sous la main, ce qui me frustre !

L’élément fantastique n’est pas présent dans cet opus, les légendes japonaises autour des Dieux le sont, par contre. C’est de ces légendes, autour des différents dieux, qui sont exploitées par les auteurs et le tout s’incorpore bien dans le récit, pour le moment.

Par contre, cette fois-ci, pas de bond dans le temps pour arriver à notre époque, il faudra attendre pour connaître la suite des mésaventures du marchand de mines anti-personnel.

Un troisième tome qui continue dans la bonne lignée du premier avec un scénario original,  à tiroir et des dialogues soignés.

Le rythme est rapide, sans pour autant que l’on perde pied, les personnages sont tous bien distincts les uns des autres, ils acquièrent un peu plus de profondeur, sans jamais sombrer dans le manichéisme.

Les dessins sont toujours bien exécutés, maîtrisés et les couleurs sont parfaites. Bref, rien à redire, si ce n’est : vivement que je lise le tome 4 !

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°253], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Miss Endicott – T01 : Jean-Christophe Derrien et Xavier Fourquemin

Titre : Miss Endicott – T01

Scénariste : Jean-Christophe Derrien
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Le Lombard – Signé (2007)

Résumé :
Officiellement, Prudence Endicott est revenue à Londres pour y enterrer sa mère et occuper un poste de gouvernante.

Mais, les femmes de la famille ont leurs petits secrets et Prudence a reçu en héritage la lourde tâche de devenir la nouvelle « conciliatrice » de la capitale anglaise.

Le principe est simple : résoudre les problèmes des gens ! Même s’il faut pour cela défier le peuple des Oubliés qui règnent sur le Londres souterrain…

Critique :
Ce n’est pas ma première aventure avec le dessinateur Xavier Fourquemin. Ses dessins sont reconnaissables, j’ai retrouvé des traits de personnages découverts dans ses autres séries.

Bien des hommes ont des longs nez fins et des mentons en pointes. Cela aurait pu être dérangeant, mais ça ne le fut pas.

La ville de Londres est bien représentée, même si on ne la reconnaît pas de prime abord.

Miss Endicott est une conciliatrice, sorte de détective privé avant l’heure, sillonnera la ville pour résoudre les mystères que les gens sont venus lui soumettre.

Si les mystères que la première personne lui apporte semble bénin, il cache en réalité un problème bien plus conséquent qui entraînera notre miss Endicott dans une ville sous la ville. Les décors sont ceux des bas-fonds, à la Dikens ou à la Jack London dans « Le peuple des abysses ». C’est le royaume des Oubliés.

Les dialogues sont amusants, miss Endicott ne manquant pas de répartie, qu’elle soit verbale ou kung-fuesque. Non, elle ne jouera pas à un Van Damme croisé avec un Bruce Lee, mais elle sait se battre, sans arriver au niveau d’une Uma Thurman dans Kill Bill.

Miss Endicott est pleine de malice, tout comme le vieil homme ronchon qui tient la boutique lorsqu’elle joue à la gouvernante (il bossait déjà avant avec sa mère) et qui se retrouve obligé de faire le ménage, maintenant.

Le scénario apporte un peu de fraîcheur avec cette jeune dame qui joue à la conciliatrice la nuit et à la gouvernante le jour. C’est amusant, agréable à lire, on ne s’y ennuie pas une seule seconde et les dessins fourmille de détails.

Il n’est pas aisé de mettre en scène une héroïne qui a du courage (sans trop virer dans les exagérations), qui est sympathique, qui a des failles, alors, j’apprécie toujours de trouver une bédé qui en met une à l’honneur. Par certaines actions, elle m’a fait penser à Mary Poppins (son parapluie).

Ce premier volet (un diptyque) est une belle découverte et je n’espère qu’une seule chose, que le second soit de la même trempe, surtout après un final qui m’a laissé pantoise.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°246], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 77 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Les Aventures de Philip et Francis – Tome 3 – S.O.S. Météo : Nicolas Barral et Pierre Veys

Titre : Les Aventures de Philip et Francis – Tome 3 – S.O.S. Météo

Scénariste : Pierre Veys
Dessinateur : Nicolas Barral

Édition : Dargaud (2014)

Résumé :
Tout le monde le sait : le professeur Mortimer est gentil. Très gentil. Un peu trop, même. Ce qui fait que beaucoup de ses proches en abusent largement. Le capitaine Blake s’impose chez Mortimer avec un sans-gêne assumé.

Nasir, le fidèle serviteur, tient tête à son maître, et ose même évoquer le hideux concept d’augmentation de ses gages. Les commerçants indélicats le traitent avec mépris. Les voyous du quartier le martyrisent et l’humilient depuis des années…

Mais cela a assez duré ! Grâce à une terrible invention scientifique, notre charmant professeur va se transformer en une créature monstrueuse ! Prisonnier de ses instincts criminels incontrôlables, Mortimer va-t-il devenir l’ennemi public numéro un ?

Critique :
Ayant envie de rire un coup, j’ai attrapé le dernier album des Aventures désopilantes de Philip et Francis, pastiche de Blake et Mortimer où les deux personnages sont moins guindés que dans l’original. Quoique…

Le pauvre Francis Blake s’est disputé avec sa maman et il débarque pour dormir la nuit chez son vieil ami Philip Mortimer, qui voit son ami s’imposer chez lui et y foutre le bordel. Et même pire !

Le problème de Mortimer, c’est qu’il n’a pas d’autorité et qu’on lui dirait bien d’aller s’en acheter une paire au magasin du coin, en essayant de ne pas se faire voler les courses par les voyous du quartier.

L’art du pastiche est difficile, il faut faire rire en détournant les codes des personnages appartenant à une série connue, le tout sans en faire trop, en gardant un subtil équilibre avec le burlesque afin d’éviter d’en mettre de trop.

Le premier tome m’avait conquise, le deuxième était moins bon, par contre, le troisième, il est réussi aussi ! J’ai souri et j’ai ri de voir les détournements que les auteurs avaient fait avec les clichés anglais, sans pour autant en faire trop.

C’est bien mis en scène, c’est drôle, amusant et voir Mortimer devenir un méchant autoritaire était jubilatoire. Les autres personnages ne sont pas en reste et c’est tout l’album qui est un plaisir à lire, tant le burlesque était bien utilisé.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°243], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Miss Marple (BD) – Tome 1 – Un cadavre dans la bibliothèque : Olivier Dauger, Dominique Ziegler et Agatha Christie

Titre : Miss Marple (BD) – Tome 1 – Un cadavre dans la bibliothèque

Scénaristes : Dominique Ziegler (d’après Agatha Christie)
Dessinateur : Olivier Dauger

Édition : Paquet – Agatha Christie (29/11/2017)

Résumé :
Le cadavre étranglé d’une femme inconnue est découvert au petit matin sur le tapis de la bibliothèque de la demeure du colonel Arthur Bantry et de son épouse Dolly.

Celle-ci fait immédiatement appel au bon sens de son amie Jane Marple, pour dénouer un écheveau encore plus compliqué qu’il n’y paraît au premier abord.

Critique :
Qu’est-ce que je l’aurai vu, ce cadavre dans la bibliothèque !

D’abord en série télé, avec Miss Marple, puis à nouveau dans une autre série, celle des Petits Meurtres d’Agatha Christie (Un cadavre sur l’oreiller) et maintenant, en bédé !

Il ne me restera plus qu’à lire le roman original, la seule version que je n’ai pas encore découverte.

Quel intérêt de lire en bédé un récit que l’on a déjà vu adapté deux fois à la télé ? Aucun, puisque je me souviens encore du pourquoi et du comment. Juste le plaisir de voir ce que les auteurs en ont fait en l’adaptant dans un format court.

Les dessins ont un petit air rétro qui sied bien à l’époque où est censée se dérouler cette enquête et j’ai apprécié la vue plongeante, comme si je regardais la scène avec le cadavre dans la biblio, assise sur le plus haut rayonnage.

Les personnages sont anglais jusqu’au bout des ongles, notamment le couple qui a un cadavre dans sa biblio, menaçant la bonne de licenciement parce qu’ils ne la croient pas.

Le policier plus âgé considère la musique des Beatles est une musique de sauvage, le plus jeune, l’inspecteur Flem, interpelle Miss Marple en disant « La vieille » puis se lamentera sur les hippies qui sont riches et la jeunesse qui fout le camp. Les bons vieux préjugés sont toujours bien là !

Miss Marple est une charmante petite dame, d’un certain âge, que les autres pensent inoffensive (si ils savaient!).

L’intrigue est bien respectée, les 66 pages aident aussi à être plus précis dans les détails et à ne pas devoir trancher dans les choses importantes. J’ai apprécié les duels entre Miss Marple et le jeune inspecteur Finch, leurs regards noirs qu’ils se sont lancés à un moment donné. Les quelques traits d’humour proférés par Miss Marple ajouterons une pincée de sel à ce récit.

Voilà une adaptation très bien réalisée, tout s’enchaîne, il ne manque rien de l’essentiel, Miss Marple prendra bien le temps de tout nous expliquer à la fin, clairement.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°234], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages), Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Suisse) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Shi ‭– T‬ome 1 ‭–‬ Au commencement était la colère.. : José Homs et Zidrou

Titre : Shi ‭– T‬ome 1 ‭–‬ Au commencement était la colère..

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : José Homs

Édition : Dargaud (20/01/2017)

Résumé :
Pour cacher un scandale qui pourrait nuire à la prestigieuse Exposition universelle, le cadavre d’un nourrisson est enterré dans les jardins du lieu qui accueille cet événement.

Deux femmes, une noble anglaise et une Japonaise, la mère de l’enfant, partent en croisade contre l’Empire britannique pour élucider ce crime. Entre société secrète et manipulation corruptrice, les deux jeunes femmes que rien ne lie vont s’unir pour exposer la face cachée d’une machination infernale.

Critique :
Je n’avais jamais entendu parler de cette série bédé et c’est en fouillant les bacs de la biblio que je suis tombée dessus. Je l’ai donc empruntée.

Zidrou, je le connaissais de la série humoristique « Tamara », donc, c’était une bonne idée de la découvrir au scénario d’une bédé qui va dans le registre dramatique.

On commence par un instant karma ou, comment se sentir dans la peau d’une personne qui a perdu un membre, qu’il soit de sa famille ou un membre de son corps.

En effet, Lionel Barrington, président d’une société qui fabrique des mines anti-personnel (40.000 personnes employées dans le monde, ça lui donne un certain poids) a été acquitté : il n’est pas responsable de la mort d’un gamin qui a sauté sur une de ses mines anti-personnel. Il est content, le petit monsieur dans son costume, jusqu’à ce que… Boum badaboum, big boum badaboum…

Ensuite, nous nous retrouvons à Londres, en 1851 ! Heu, qui a utilisé la DeLorean de Doc ? Trois jeunes filles se font courser par des hommes et des chiens, dans la neige. Le rapport avec le début de l’album ? Comme si j’allais vous le dire !

La première chose que j’ai apprécié, dans cette bédé, ce sont les dessins. Réalistes, corrects, ils ne m’ont pas fait grimacer. Les coloris étaient agréables aussi. Sombre lors de la course-poursuite dans un Londres des bas-fonds, jaune éclatant lors de l’expo universelle.

La mise en page était dynamique, faite de grandes cases ou de toutes petites, afin d’accentuer le focus sur un détail important (comme le fait de poser le pied sur une mine).

Lors de l’expo, nous ferons la connaissance de Jennifer Winterfield, une jeune fille de bonne famille, passionnée de photographie (daguerréotypes) et bien plus ouverte d’esprit que les membres de sa famille.

Quel sera son rapport avec le mec qui vend des mines, à notre époque et les trois filles courant sur les toits pour échapper aux flics, c’est tout le suspense que je ne dévoilerai pas (je vous l’ai déjà dit).

Dans ce premier album, on va de surprise en surprise, sans pour autant que ce soit des effets de manche juste pour l’esbroufe. Tout est bien calculé et sans jamais verser dans l’exagération.

Un premier tome qui m’a séduit, autant par ses dessins que son scénario, par ses personnages féminins, de par le Londres victorien qui est mis en scène, avec son expo universelle, ses asiles, les préjugés des gens…

Bref, tous ces petits détails qui nous immerge de suite dans un Londres de l’époque, avec la mentalité de l’époque et tous les travers de la société.

Petit bonus, pas besoin d’attendre la suite pour avoir l’explication de ce qui unit les deux récits, celui dans l’Angleterre victorienne et le contemporain.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°223], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Condor : Caryl Ferey

Titre : Condor

Auteur : Caryl Ferey
Édition : Gallimard Série noire (2016) / Folio Policier (2018)

Résumé :
Condor, c’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans le désert minéral d’Atacama…

Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…

Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…

Critique :
Avec l’agence de voyage « Caryl Férey », je suis allée en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, en Argentine, en Colombie, en Sibérie et maintenant, je suis allée au Chili.

Tous ces voyages ont été éprouvants pour le cœur, épuisants pour les tripes, violents…

Je suis toujours sortie lessivée de ces lectures et malgré l’âme en berne, j’y reviens à chaque fois (en laissant passer un délai afin de me remettre de mes émotions).

Le Chili ne fera pas partie de ma destination de vacances (pardon, ma Rachel), car ce que j’en ai vu, heu, lu, m’a vacciné pour le restant de mes jours.

Le condor n’est pas un titre décerné au type le plus con du mois, mais à un prédateur des Andes, une sorte de charognard qui n’hésite pas à s’attaquer au plus faible, n’attendant pas qu’il soit trépassé, comme tout bon charognard. En toute impunité, bien entendu.

Le condor reste un animal, incapable de faire la différence entre le Bien et le Mal. La Nature est cruelle, ou pas puisqu’elle est incapable d’avoir connaissance de sa cruauté.

L’Homme oui ! Lorsque des puissants mangent sur le dos des plus faibles, le prenant le peu qu’ils ont, faisant tout pour qu’ils restent dans leur misère, traficotant de la drogue et autres saloperies afin de devenir encore plus riches, assassinant les gêneurs, les opposants, ceux qui ne se laissent pas faire, léchant le cul du dictateur afin d’avoir encore plus de puissance, de fric…

Eux ce sont pires que des charognards, ce sont des assassins et nommer leur plan « Condor » était une belle référence à l’animal, même si lui est innocent dans l’affaire. Les sales bestioles que sont la NSA, la CIA et la DEA ne sont pas innocentes, elles, que du contraire.

L’auteur frappe fort, sous la ceinture, là où ça fait mal et il pourrait encore taper plus fort, le crier plus fort, parce que personne n’écoute, personne ne veut entendre, tant que c’est loin de son jardin.

Attention, les sales idées, les plans merdiques, les dictatures, ce sont des concepts et des idées qui s’exportent bien. Et certains sont prêts à tout afin de rester là où ils sont, c’est-à-dire au sommet de la pyramide, là où le fric coule à flot, où la corruption n’est pas un gros mot et où les emmerdeurs finissent au terminus de Saint-Pierre (ou au terminus tout court).

Le récit est porté par des personnages que j’ai apprécié, qui étaient travaillés, pas des anges, ni des redresseurs de torts à la super-héros, mais des gens qui se bougent le cul, qui essaient.

Stefano, le projectionniste (ancien du MIR), Gabriella, la Mapuche, vidéaste passionnée et Estebàn (sans Tao, ni Zia), le fils de famille riche, avocat des causes perdues ont ajouté leur part à ce récit déjà flamboyant. C’est terrible, on n’en sort pas indemne, comme toujours avec ce diable de Caryl.

C’est documenté (l’auteur passe toujours du temps sur place et y revient ensuite, une fois la trame rédigée (merci Le 1 Spécial Polars Étrangers).

On commence doucement, lentement, sans avoir l’air d’y toucher et puis, successivement, l’auteur ajoute ses ingrédients (pimentés, ne manquant jamais de sel, de goût), ouvre les placards de l’Histoire et en sort une partie de ses squelettes.

La dictature, les Chicago Boys, les privatisations à tout va, le libéralisme effréné, l’assassinat d’Allende (coup d’état du 11 septembre 1973), la surexploitation des sous-sols, même dans les zones protégées, les trafics de drogues, Nixon…

Bref, le plat est copieux, bien servi, mais nous n’auriez pas eu envie de faire partie des gens qui ont vécus ces années horribles. Ni d’y vivre maintenant, dans des bidonvilles ou autre endroits où règne la misère, pendant que d’autres nagent dans le fric.

Les romans de Caryl Férey sont souvent brutaux, ils envoient du lourd, du très lourd et ils sont toujours bien fait (jusqu’à présent), car la violence n’est pas gratuite, juste pour faire bien, elle est juste celle qui existe (ou à existé), qui est la triste réalité de certains pays où l’on peut se faire assassiner en toute impunité et où personne n’a envie d’aller déposer plainte chez les poulets du coin.

Encore un roman coup de poing… Mais c’est un coup de poing comme je les aime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°214] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°38).

La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada : Bernard Swysen et Marco Paulo

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Marco Paulo

Édition : Dupuis (10/05/2019)

Résumé :
En 1474, Isabelle de Castille devient enfin reine, après bien des péripéties. Elle a épousé quelques années auparavant Ferdinand, héritier de la couronne d’Aragon dont il héritera en 1479.

À eux deux, ils réunifient ainsi l’Espagne et deviennent « les rois catholiques ». À eux deux seulement ? Non. Dans leur ombre agit un moine bénédictin particulièrement austère et dévot : Tomas de Torquemada.

Issu d’une famille de juifs convertis quelques générations auparavant, il est convaincu que les royaumes de Castille et d’Aragon doivent être sauvés des hérétiques. Il y consacrera sa longue vie.

Véritable stratège politique, il va réussir par l’intermédiaire royal à récupérer les pleins pouvoirs de la part de l’Église catholique sur les tribunaux de l’Inquisition. Il les unifiera dès lors et en deviendra le chef suprême durant quinze ans.

Premier Grand Inquisiteur espagnol, ombre noire du pouvoir, il va donner une dimension brutale et violente aux jugements et persécutera les juifs espagnols sans relâche.

Sous sa gouvernance, l’Inquisition aura un pouvoir sans précédent. Il mourra à 77 ans après avoir rédigé le Code de l’inquisiteur qui sera utilisé durant des années. Il serait responsable de 2 000 exécutions et de 100 000 cas examinés au cours de sa carrière.

Cet ouvrage, préfacé par Jean-Pierre Dedieu (historien spécialiste de l’Histoire de l’Espagne et de l’Inquisition espagnole) , propose un regard pimenté et vrai sur ce personnage historique.

Critique :
Cette bédé commence par une introduction, afin d’éclairer un peu le futur lecteur sur ce que fut l’Inquisition et ce n’est pas une chose simple à expliquer, même pour les historiens.

Au départ, elle n’était pas celle que nous pensons connaître, tous et toutes.

Ces informations de départ sont plus que nécessaires afin de remettre l’église au milieu du village et de mettre fin à des légendes, des exagérations et autres calembredaines que l’on raconte.

Attention, l’Inquisition Espagnole n’était pas un ange non plus ! Comme dans les régimes totalitaires, les inquisiteurs avaient les moyens de vous faire parler, de vous condamner pour des broutilles, de vous faire avouer tout et n’importe quoi, ainsi que d’aller dans l’absurde pour condamner encore plus de monde… Ben oui : « si tu ne l’as pas fait, tu aurais pu le faire »… Même les morts ne sont pas à l’abri de la folie religieuse et purificatrice de Torquemada.

La bande dessinée utilise des dessins assez humoristiques pour nous narrer la vie du petit Tomás de Torquemada, né en 1420 à Valladolid ou Torrequemada (la tour brûlée), dans le royaume de Castille.

On ne peut pas dire qu’il nous inspire de la sympathie, ce gamin, même bébé, tant sa tronche donne envie de partir loin de lui. Il fait la gueule, passe son temps à l’église, il ne rit jamais, ne joue jamais avec les autres enfants, il déteste les friandises… Il est tout simplement sinistre !

Il y a de l’humour dans cette bédé historico-biographique, mais pas que… Oui, on sourit souvent, mais dans le fond, on grince aussi des dents devant la foi de Torquemada qui tourne au fanatisme pur et dur, devant les tortures, les illogismes, les exactions…

Le moindre péché devient un péché mortel et il voudrait purifier l’Espagne des Juifs, Musulmans et des conversos, ces convertis à la foi catholique, mais qui continue de pratiquer leur ancienne foi.

Les dialogues sont caustiques, cyniques, l’humour pratiqué est noir. Il est bien dit aussi que le fait de chasser tous les Juifs d’Espagne (par un décret qui ne fut abrogé qu’en 1967) a considérablement appauvri l’Espagne, enrichissant la France, l’Angleterre, Rome, la Turquie, grâce à l’arrivée des migrants Juifs.

Voilà donc une bédé qui allie, avec équilibre, l’humour et l’Histoire, la légèreté de ton et l’indicible, le tout avec du cynisme. J’aime ça. On est tout à fait capable de faire passer des messages importants, de parler de choses graves, tout en les enrobant d’humour noir ou d’ironie. J’ai toujours trouvé cela plus percutant.

Que l’on ne s’y trompe pas : si l’auteur donne l’impression de rire de tout cela, il n’en est rien. La pilule passe juste autrement. Les exactions commises par l’Inquisition Espagnole ne furent ni les premières, ni les dernières, hélas. Ce genre de comportements, totalement iniques, reviennent régulièrement, à d’autres endroits de la planète.

J’ai maintenant envie de découvrir les autres bédés de cette saga, consacrée aux méchants de l’Histoire.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°26).

Mafalda – 04 – La bande à Mafalda : Quino

Titre : Mafalda – 04 – La bande à Mafalda

Scénariste : Quino 🇦🇷
Dessinateur : Quino
Traduction : Josette et Anne-Marie Meunier

Édition : Glénat (1981 / 2010)

Résumé :
On ne présente plus Mafalda, petite fille vive qui découvre la vie, ses joies, ses absurdités et ses horreurs. À travers l’éveil d’un enfant Quino nous livre sa réflexion sur le monde et sur l’étrange animal qui le peuple : l’être humain.

Critique :
Un coup de barre ? Mafalda et ça repart !

Ou pas, parce que si l’on rit des réflexions de la gamine, vu leur pertinence, même à l’heure actuelle, c’est parfois plus des piques qu’autre chose.

Non, non, rien n’a changé !

Mafalda était déjà éclairée à l’époque et depuis, les problèmes sont toujours les mêmes, notamment avec les risques nucléaires puisque nous sommes en pleine Guerre Froide.

Ses amis ajoutent du piment à ses réflexions, à sa vie. Le blond Miguelito, avec ses cheveux en bataille, ses envies d’être trompettiste, ses réflexions pleines de bon sens et sa mère qui lui crie dessus. L’orgueil ne quitte jamais Susanita, qui ne rêve que de mariage, d’enfants, de richesse, le tout en étant égoïste, bien entendu.

Le capitaliste est toujours Manolito. Il parle business, fait de la pub pour l’épicerie de son père, déteste les Beatles et n’est pas intelligent. Le rêveur, c’est Felipe, qui aime se déguiser en cow-boys et faire des mots croisés.

Comme les enfants, ils aiment les vacances, pleurent à la rentrée des classes, n’aiment pas l’école, la soupe, écoutent les disques des Beatles (sauf Manolito), jouent au parc et parlent du monde, du quartier, de leurs rêves d’adultes ou de gosses.

Ils abordent aussi la politique, la société, l’économie. Du haut de leur âge (5 ou 6 ans), ils sont totalement décalés et on aurait presque envie de leur dire de jouer sans s’inquiéter de la santé du Monde, qu’il sera temps pour eux de faire du mauvais sang une fois adulte.

Lire un album de Mafalda, c’est faire un bon dans le temps. Le petit goût rétro qui s’échappe des gags a tout de même encore un goût de présent, comme s’ils étaient intemporels.

Le Monde et l’Homme ne changent pas, Mafalda est donc toujours aussi pertinente, toujours aussi lucide, caustique, de nos jours, qu’elle ne l’était à son époque (1964 à 1973 pour l’Argentine).

Un plaisir à lire, mais les adultes comprendront mieux que les jeunes enfants…

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°03) et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).