Astérix– Tome 18 – Astérix chez les Helvètes : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix– Tome 18 – Astérix chez les Helvètes

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1970/2014)

Résumé :
Gracchus Garovirus, gouverneur de Condate (Rennes), s’enrichit sur le dos de Rome : il garde pour lui la quasi totalité des impôts collectés dans sa province et organise aux frais de l’Empereur des orgies mémorables.

Aussi, lorsque le questeur Claudius Malosinus vient examiner ses comptes au nom de César, il s’empresse de l’empoisonner.

Pour se sortir de ce mauvais pas, Malosinus fait appel à Panoramix et ses recettes miracles. Toujours prêt à secourir un malade, même romain, le druide a cependant besoin d’une fleur des montagnes très rare, l’étoile d’argent (Edelweiss). Une nouvelle mission s’engage pour Astérix et Obélix, jusqu’au pays des coucous, des banques et du fromage fondu !

Critique :
— Alors, Obélix, l’Helvétie c’est comment ?
— Plat !

Oui, si vous posez la question à Obélix, c’est ce qu’il vous répondra et il n’aura pas tort puisqu’il a loupé toute la partie de l’escalade dans la montagne et la redescente  sportive qu’Astérix fit.

Pas de chance, Obélix avait bu un plein chaudron d’hydromel et a fait une grosse sieste au moment où on allait grimper la montagne.

Cet album fait partie des mes préférés (ils sont nombreux) car j’avais adoré le personnage du questeur Claudius Malosinus et les petites finauderies de Panoramix pour protéger son patient romain des envies mortifères de Gracchus Garovirus, sorte de Balkany romain amateur d’orgies.

— Mon cuisinier, justement, a préparé du boudin d’ours et des cous farcis de girafe… Je crois qu’il reste aussi des tripes de sanglier frites dans de la graisse d’ urus.
— Avec du miel ?!

Une fois de plus, les clichés sont de sorties pour leur voyage chez nos amis Helvètes, sans pour autant être méchants puisque le but est de nous faire rire avec la manière dont nous voyons les autres.

Ainsi donc, nous aurons l’inviolabilité des coffres Suisse, pardon, Helvètes, leur manie de la propreté, leur exactitude, le fromage et un petit côté « on ne s’en fait pas », « tranquille ».

[Zurix] — Mais où vous cacher ?
[Petisuix] — J’avais pensé à l’un de tes coffres dans la cave…
[Zurix] — Il faudrait ouvrir un compte.
[Astérix] — Pour nous cacher dans un coffre ?
[Zurix] — Ce que vous mettez dans le coffre ne me concerne pas. La discrétion est totale ; pour moi, vous ne serez que deux numéros anonymes. Vous prenez un coffre chacun ou un compte à deux signatures ?

[Petisuix] — Bonjour, Zurix. Je viens chercher les Gaulois.
[Zurix] —Emmène-les loin d’ici ! Ils m’ont déshonorés ! Ils m’ont obligé à mentir au sujet de l’inviolabilité de mon établissement ! J’en ai ras la marmite à fondue des Gaulois !
[Petisuix] — Du calme, Zurix. Moi, ils m’ont obligé à salir mon auberge.
[Zurix] — Ce sont des choses comme ça qui poussent à la neutralité.

— Leur manie de la propreté !… Une orgie, ça doit être sale !… Cessez de frotter, par Jupiter !

On pourra citer comme thèmes importants le fait de soigner tout le monde, même un Romain, que l’on soit Gaulois ou Helvète, ainsi que le fait de ne pas dénoncer nos deux Gaulois, même au prix de la propreté de son auberge, sans oublier la corruption et les élus qui se servent dans la caisse.

— Vous…vous me tapez dessus et vous me soignez ensuite ?
— C’est une vocation : nous secourons tous les belligérants quelle que soit leur nationalité… 

De l’humour, comme toujours, au programme, du fin, du très fin qui se mange sans faim, comme le coup du demi-chef et le gimmik récurent avec le pont détruit que les Romains ont reconstruit et qu’il faudrait prévenir les gens avec une pancarte afin qu’ils ne traversent plus à la nage.

On voit bien que nous sommes en Suisse, ce tome (qui n’est pas de Savoie) est riche, bourré de pépites, d’humour en or brut et de rythme aussi trépidant que des banquiers au salon du billet vert.

Malgré les années, il ne prend pas une ride, il est toujours d’actualité et c’est un vrai plaisir de que de relire une fois de plus (je ne les compte plus).

Et puis, le final est excellent ! Car juste avant le banquet, on mettra les chose au poing… au point !

[Romaine] — Ah, divin Diplodocus, comme tu as des idées amusantes !
[Diplodocus] — Il le faut bien dans ce pays sévère… J’ai essayé d’organiser des jeux du cirque, mais les bêtes étaient tellement bien nourries qu’elles ne voulaient même pas goûter aux condamnés !

— Ils ont des éléphants !
— Mais non ils chantent imbécile.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°153.

Le consentement : Vanessa Springora


Titre : Le consentement

Auteur : Vanessa Springora
Édition : Grasset (02/01/2020)

Résumé :
Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse.

Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir.

Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque.

Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables.

Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.

« Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Critique :
Je vais être honnête avec vous, je ne savais même pas qui était Gabriel Matzneff (G.M) avant d’entendre parler de cette affaire de pédophilie.

Affaire que j’avais suivie de loin en m’abstenant d’aller ajouter mon grain de sel dans les débats.

Puisque l’auteure venait à La Grande Librairie, je me suis plantée dans mon canapé et j’en ai pris plein ma gueule. Le lendemain, le roman était sur ma table et fut de suite entamé.

Mettons les choses au point pour ceux ou celles qui ne sauraient pas, ce roman n’est pas un pamphlet de haine, ni un règlement de compte, ni un roman de plus sur l’horreur qu’est la pédophilie.

Non, c’est différent, mais c’est fort, horriblement fort et, je l’espère, libérateur pour l’auteure et pour toutes celles qui furent victimes de ce pédocriminel qui se vantait de n’en forcer aucune puisqu’il avait toujours le consentement des adolescentes de moins de 16, de moins de 15 ans, parfois de 14 ans à peine. Pour les garçons de Manille, c’était encore plus jeune.

Non, l’auteure ne règle pas ses comptes, elle raconte simplement les faits, sans minimiser ce qu’il s’est passé. Elle  donne sa version des faits, puisque son prédateur ne s’est pas privé pour l’insérer dans ses abjects livres où il décrivait ses crimes sexuels par le menu, sans que les romans ne portent l’étiquette « fiction » mais celle de « journaux ». On ne peut pas dire que personne ne savait…

Enfermer le prédateur, le chasseur de petits garçons et de petites filles dans un livre, le prendre à son propre jeu, à son propre piège. Il a dû lui en falloir du courage, car il faut toujours plus de courage aux victimes qu’aux coupables.

G.M, c’est un pédocriminel pervers narcissique… Il manipule les filles, il manipule les gens, utilise les mots comme des armes, les sentiments aussi et se donne toujours de l’importance puisqu’il est un auteur célèbre et un amant magnifique (c’est lui qui le dit, pas moi !!). Bref, il donne envie de vomir.

Mais ce qui rend encore plus malade, c’est que la Société n’ait rien fait et ait laissé faire, comme si, le fait qu’il soit un auteur célèbre et que les filles mineures soient « consentantes » aient constitué un passe-droit et non une violation de la loi, en plus de celle des gamines.

Le monde littéraire savait mais tolérait les penchants de G.M, les flics ne voyaient même pas la gamine qu’était Vanessa, à côté de G.M, pourtant… Les passants faisaient bien leurs regards désapprobateurs, mais passaient ensuite leur chemin, comme les passants qui passent savent si bien le faire. J’en fais partie aussi.

Non, à 14 ans on n’est pas adulte, non, à cet âge-là, on ne pense pas correctement, on est un peu folle (j’ai eu 14 ans moi aussi), on est nombriliste, les adultes sont des gens qui ne comprennent rien (surtout les parents et les profs) et si la Loi ne nous donne pas la capacité légale de signer certains contrats, j’estime que le législateur devrait protéger aussi les mineurs de ces adultes qui veulent s’amuser en ayant des relations déplacées avec eux.

À 14 ans, il n’y a pas de « consentement » qui tienne, à 15 ans non plus… Ce sont des vies détruites à tout jamais. Mais les politiciens ont pinaillé sur ce fameux « et si il y a consentement ? » et n’ont rien produit de concret. Ce roman va peut-être faire bouger les choses, je l’espère en tout cas.

220 pages qui se lisent d’une traite, sous apnée car on voit Vanessa courir à sa perte et on aimerait la retenir, l’empêcher de tomber sous la coupe de ce pervers narcissique pédocriminel manipulateur mais on sait déjà qu’il est trop tard puisque cela à eu lieu il y a plus de 30 ans, dans ces années 80 que j’aimais.

Un livre choc, fort, pudique, bourré d’émotions mais sans vouloir faire pleurer dans les chaumières car l’auteure ne veut plus être victimisée, ni être une coupable car le coupable, c’est l’adulte qui l’a chassée, qui l’a prédatée, qui a abusé d’elle, et on se fout pas mal qu’elle ait donné son consentement car pour moi, consentement il n’y avait pas, en raison de son jeune âge.

Il lui en a fallu du courage pour vivre après ça, pour reprendre pied, pour remonter à la surface respirer, et réapprendre à vivre, alors que ce pédocriminel de G.M. continuait de publier des livres, d’agir au nez de tout le monde, de se victimiser, de rendre les autres (notamment l’auteure) coupable, de regarder de haut les rares personnes qui s’indignaient des actes de G.M. (l’auteure Denise Bombardier a eu ce courage, mais tout le monde s’en foutait sur le plateau de Bernard Pivot).

J’aimerais vous dire plus sur ce livre qui m’a tordu les tripes, sur ce livre qui montre les failles de la Justice, vous parler des émotions ressenties, mais les mots me manquent ou alors je vais écrire une chronique de 36 pages.

Je ne direz qu’une seule chose : lisez-le ! Pour comprendre… Parce que comprendre ne veut pas dire pardonner. Mais pour se prémunir, il faut connaître les méthodes de chasse des pédocriminels.

Et faisons en sorte que le législateur se prononce enfin sur une interdiction des relations entre majeurs et mineur(e)s de moins de 16 ans. Point barre.

Madame Springora, je salue le courage qu’il vous a fallu pour écrire ce livre et pour votre intervention sur le plateau de La Grande Librairie, ainsi que les intervenants qui ont tenté d’éclairer un peu le monde sur le pourquoi du comment la justice, les flics et personne (ou si peu) n’avaient bougé.

Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1971)

Résumé :
Jules César n’en démord pas : il faut mettre au pas les Irréductibles Gaulois ! Et puisque ces guerriers impénitents refusent d’adhérer à la civilisation romaine, elle s’imposera à eux, de gré ou de force.

C’est dans cette optique que l’architecte Anglaigus est chargé de bâtir autour du village gaulois une ville romaine nouvelle, « Le Domaine des dieux ».

Isolant les Gaulois, elle ne leur laissera plus d’autre choix que s’intégrer ou disparaître.

Pas sûr que les habitants de cette cité nouvelle apprécient le voisinage du « Village des fous »…

Critique :
♫ Promenons-nous dans les bois tant que les architectes romains n’y sont pas ♪ Si les romains y étaient, Idefix les mordrait ♪

Depuis cet album, tout le monde sait qu’Idéfix hurle à la mort quand on déracine un arbre et qu’il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.

J’ai beau chercher mais lorsqu’on parle des albums d’Astérix de l’ère Goscinny, je n’arrive pas à en trouver un que je n’aime pas.

Petite, j’en avais, mais c’était parce que je les comprenais pas vraiment…

Dans cet album jouissif qui nous parle d’écologie, d’invasion passive et d’urbanisme sauvage, on joue à domicile.

Puisque Rome veut urbaniser sans concession nos Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, on va leur apporter de force la civilisation ! Enfin, on va essayer…

Noyer une populace donnée dans une autre, plus importante… Une riche idée, n’est-il pas ? Elle fonctionne, on le sait. On perd une partie de son authenticité quand une minorité est noyée dans une majorité. On se romanise, on se civilise.

Et si on ne veut pas ? Alors, on résiste ! Mais pas facile de résister aux Romains quand il y a la liberté des esclaves en jeu. On voudrait continuer ad vitam æternam de faire repousser les arbres grâce à des glands magiques mais on ne respecterait pas les droits de ces derniers à qui on a promis la liberté une fois le chantier terminé.

— Vous nous empêchez de devenir des hommes libres, en nous empêchant d’achever le travail.

Pas évident non plus le dialogue social lorsqu’il y a contestation et autant nos esclaves que les légionnaires ont des revendications, même s’ils n’ont pas encore de ronds-points pour les faire valoir… Pourtant, tout le monde tourne en rond puisque les demandes des uns (les légionnaires) ne rencontrent jamais les accords des autres (leurs supérieurs).

Ça donnerait envie de CGT par les fenêtres (jeu de mot qui a déjà été fait depuis longtemps par Coluche).

Nos Gaulois sont toujours les mêmes et représentent bien la populace et sa manière d’agir : non on ne veut pas des Romains près de chez nous, mais quand ils viennent acheter des produits au village, le cours du poisson pas frais monte plus vite que son odeur de marée.

De l’humour, toujours de l’humour et des calembours ! La recette fonctionne toujours, le duo est rodé, les personnages bien en place avec leurs caractéristiques qui leur sont propres.

Mais au-delà du rire, ou dans le rire, on a aussi de la réflexion sur le fait de faire travailler plus les esclaves puisqu’on refait pousser la forêt… Sur le fait aussi que c’est le travail qui va les rendre libre… Sur le fait aussi qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils n’ont pas un autre job puisqu’ils sont esclaves de leur travail (et des Romains).

Un excellent album, avec de la profondeur et des sujets qui sont toujours d’actualité, car rien n’a changé, une fois de plus.

Un album qui fera rire les plus grands car ils comprendront mieux les subtilités des jeux de mots, les références à la vie réelle, le cynisme et les tacles du scénariste là où un enfant ne verra que les gags visuels.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°149.

Elfes – Tome 25 – Vengeance noire : Christophe Arleston, Dana Dimat & Stefania Aquaro

Titre : Elfes – Tome 25 – Vengeance noire

Scénariste : Christophe Arleston (Marc Hadrien)
Dessinateur : Dana Dimat & Stefania Aquaro (coloriste)

Édition : Soleil (19/06/2019)

Résumé :
À Slurce, de jeunes recrues suivent les apprentissages des mestres pour devenir des mercenaires efficaces et impitoyables. Des épreuves qui feront d’eux les êtres les plus redoutés des Terres d’Arran.

Tandis qu’un groupe de novices affronte les labyrinthes piégés de la forteresse, un vol de dragons largue des rochers et attaque le sanctuaire des elfes noirs.

Tous les mestres s’interrogent : d’où vient cette armée, qui la dirige et dans quel but ?

Critique :
Enfin, le retour de mon Gaw’yn préféré en mode assassin vénère et plus en mode fleur bleue dont j’avais craint qu’il ne finisse, dans le tome 20.

Tome 20 qui nous avait laissé dans un grand suspense avec le départ de mon Elfe Noir pour une vengeance, ce qui le faisait revenir à son statut d’assassin.

C’est ainsi que j’aime ce personnage : impitoyable !

À la citadelle de Slurce, on forme la fine fleur des assassins et pour y arriver, s’il faut tueur l’autre, on le fait sans état d’âme.

Un jour, la moitié d’une classe a été mise à mort par l’autre moitié, ceux qui voulaient survivre… Comme ça, vous savez qu’à Slurce, on ne se fait pas de copains, pas de copines.

Gaw’yn a mené une véritable quête pour trouver le moyen de survivre à la malédiction qui touche les Elfes Noirs et est prêt à tout pour mettre fin à son ordre, à ses mestres et aux abominations qui sont cachées dans les grottes.

Si pour moi les dessins des tomes 5 et 10, exécutés par Ma Yi, étaient les plus beaux, je ne peux pas cracher sur ceux-ci car ils ont un excellent rendu et mettent bien en valeur les décors et les techniques de combats des jeunes recrues de Slurce.

Une fois de plus, nous plongerons dans l’âme noire et sans pitié des apprentis assassins où ce ne sont pas toujours les plus forts qui gagnent, mais les plus rusés, les plus fourbes, les plus salauds, les plus dénués d’émotions et de sentiments.

Whu’yn, Moer’yn et Kart’yn, les disciples de Varh’yn, l’ancien mestre de Gaw’yn qui est déchu pour n’avoir pas su le tuer en feront le constat lorsqu’on les lâchera dans un labyrinthe des plus retors où un seul peut sortir victorieux.

De l’action, des combats, du sang, une vengeance à la hauteur de ses ambitions, mais pas que… Gaw’yn a changé au fil des tomes, il a évolué, réfléchi et il sait ce qu’il veut.

Maintenant, aura-t-il l’aide nécessaire pour arriver à ce qu’il veut faire ? Ça, je ne vous le dirai pas et comme vous, je le saurai au prochain épisode.

Le scénariste Arleston (qui ne publie plus sous son pseudo) a su donner une autre direction à la saga des Elfes Noirs et j’espère que la quête de notre Gaw’yn ne va pas tourner en eau de boudin mais se terminer avec une vraie fin avant que tout ne sombre, maintenant que les zombies ne sont plus là.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°148.

 

Astérix – Tome 13 – Astérix et le chaudron : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 13 – Astérix et le chaudron

Scénariste : Albert Uderzo
Dessinateur : René Goscinny

Édition : Dargaud (1969)

Résumé :
Réputé pour son courage et sa probité, Astérix se voit chargé de veiller personnellement sur un chaudron rempli de sesterces confié par Moralélastix, chef gaulois d’un village voisin désireux d’échapper à l’impôt romain.

Pendant la nuit, des voleurs s’introduisent dans sa hutte et dérobent le chaudron. Par sa faute, le village est déshonoré. Astérix doit partir, il est banni. Accompagné d’Obélix, qui ne peut se résoudre à laisser son ami, Astérix s’engage dans une épreuve inédite : gagner sa vie pour remplir à nouveau le chaudron de sesterces !

Critique :
Il faut savoir que cet album faisait partie de ceux que je n’aimais pas, lorsque j’étais jeune (je parle de mes 10/12 ans) et qu’il m’a fallu du temps pour y revenir, le relire et le comprendre, un peu comme avec « Le bouclier Arverne ».

Oh, j’avais ri avec les déboires d’Astérix pour remplir un chaudron (qui avait contenu de la soupe à l’oignon) de Sesterces mais je n’avais pas capté les trois quarts de l’album et du message qui était distillé.

De prime abord, il n’est pas pour les enfants, la plupart des jeux de mots et des situations leurs passeront au-dessus de la tête.

Ce qui m’avait choqué, à l’époque (et qui me choque toujours), c’est le bannissement d’Astérix du village. D’accord, il a fait une faute et l’argent confié par un autre chef gaulois a été volé, mais sans même mener une enquête, on le banni du village avec ordre de ne pas y revenir sans le chaudron rempli d’argent.

— Retourne dans le village, Obélix. Tu n’as pas à me suivre ; je suis banni.
— Tu es banni ? Eh bien nous bannirons ensemble !
— MON OBÉLIX !
— Tu croyais vraiment que j’allais te laisser bannir tout seul ? Mais sans Idéfix et moi, tu ne bannirais pas loin !

On banni Astérix ? Non mais allo quoi ? C’est violent pour un gosse de voir pareille chose, d’apprendre que votre village, les vôtres, vos amis, les gens que vous côtoyez tous les jours, ceux avec qui vous luttez encore et toujours contre l’envahisseur romain, vous foutent à la porte du village…

Traumatisant pour un gosse qui découvre cela la première fois. On se pose des questions… En plus de ne pas comprendre grand chose, cet album me donnait toujours le cafard de voir Astérix mis à la porte. Une raison de plus de ne pas aimer cet album.

Et pourtant… Il y en a des thèmes intéressants dans cet album que j’ai compris une fois adulte, notamment le paiement ou pas de l’impôt et l’intelligence avec l’envahisseur.

— Un jour, un collecteur d’impôts est venu… Depuis, nous sommes dispensés d’impôts ! […]
— Et il n’est jamais revenu ?
— Jamais ! Donc, pas de revenu, pas d’impôts !

Goscinny règlait des comptes dans cet album et c’est bien plus tard que j’ai appris que la date de sortie de l’album (1969) coïncidait avec la sortie de Morris de chez Dupuis, pour une affaire de sous aussi (les albums qu’il voulait en cartonné et que Dupuis publiait en format souple). Goscinny était avec Morris pour le cow-boy le plus rapide de l’Ouest.

La critique du monde du business est acide, caustique, même si le tout est tempéré par de l’humour et des situations cocasses, telle que la chute des prix de la quatorzaine de sangliers et par Obélix qui a quelques réflexions tout à fait appropriées, même s’il n’a rien compris à leur mission.

— C’est bête de jeter de la bonne soupe à l’oignon pour la remplacer par des sesterces !
— Mais Obélix avec des sesterces on peut acheter de la soupe à l’oignon !
— Ben justement ! Ce n’était pas la peine de jeter la soupe à l’oignon qui était déjà dans le chaudron !

— Si on racontait nos aventures aux gens ? Peut-être qu’ils nous paieraient pour les entendre ?
— Je ne m’y connais pas en affaire, mais je peux te dire que ça, ça ne rapportera jamais d’argent !
— Pourtant on appellerait ça: « Les aventures d’Obelix le gaulois » et …
— Ah, tais-toi…

L’acide coule aussi à flot envers ceux qui n’assume pas leur collaboration avec l’ennemi, ceux qui disent, la main sur le cœur, que non, ils ne pactisent pas avec l’envahisseur mais qui, dans le dos de tout le monde, leur lèche les bottes et tente de rouler les autres dans la farine.

Un excellent album qui frappe sous la ceinture, qui est caustique, amer, truffé de jeux de mots. Un album où Astérix va devoir faire quelque chose qu’il ne sait pas faire : gagner de l’argent.

Durant toute l’aventure, il va courir derrière, sans jamais le rattraper et se rendre compte que la potion magique ne lui est pas d’une grande aide pour gagner des sous et remplir son chaudron qui n’est jamais que la métaphore d’une dette à apurer.

Gosse, je n’avais pas très bien compris le final où il était question de l’argent qui ne devrait pas avoir d’odeur mais qui là, en avait une. Ce n’est que plus tard que ça a fait tilt dans mon petit cerveau. C’était un perfide, Moralélastix.

Une fois de plus, un excellent album ! Mais ce n’est pas un scoop que de dire cela puisque toute la collection scénarisée par Goscinny est excellente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°147.

Département V – Tome 08 – Victime 2117 : Jussi Adler-Olsen

Titre : Département V – Tome 08 – Victime 2117

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (02/01/2020)
Édition Originale : Offer 2117 (2019)
Traducteur : Caroline Berg

Résumé :
Le journal en parle comme de la « victime 2117 » : une réfugiée qui, comme les deux mille cent seize autres qui l’ont précédée cette année, a péri en Méditerranée dans sa tentative désespérée de rejoindre l’Europe.

Mais pour Assad, qui œuvre dans l’ombre du Département V de Copenhague depuis dix ans, cette mort est loin d’être anonyme. Elle le relie à son passé et fait resurgir de douloureux souvenirs.

Il est temps pour lui d’en finir avec les secrets et de révéler à Carl Mørck et à son équipe d’où il vient et qui il est. Au risque d’entraîner le Département V dans l’œil du cyclone.

Qui est Assad ? Victime 2117 est la réponse. Cette enquête est son histoire.

Critique :
Enfin, nous allions tout savoir sur la passé de Assad, le personnage le plus pittoresque et le plus énigmatique de la littérature policière nordique (et de la littérature policière tout court).

Alors oui, je voulais savoir et au plus vite ! Mais j’avais aussi la trouille…

Est-ce qu’après nous avoir appris son histoire, notre Assad nous sortirait encore des proverbes avec des chameaux ???

Le mystère est enfin levé et je n’ai été surprise qu’à moitié.

Malgré tout, j’ai souffert avec Assad pendant qu’il nous racontait sa vie, avec pudeur, avec émotions et en sensibilité. Bouleversant. Oublions les Bisounours, vous voulez bien.

J’apprécie les policiers qui sont réalistes mais aussi qui prennent leur ancrage dans l’Histoire glauque d’un pays ou d’un fait de société contemporain. Les migrants en sont un. Le terrorisme aussi, hélas.

L’auteur a pris soin d’en parler sans faire gîter la barque plus à bâbord qu’à tribord et, sans trop s’épancher sur le problème, a réussi à faire passer son message. Pas de morale à deux balles, pas d’épanchements inutiles, pas de blablas pour ne rien dire, avec Adler-Olsen, c’est clair, net, concis. Emballé c’est pesé.

Le Département V, pour moi, c’est une équipe que j’apprécie, que je retrouve toujours avec bonheur, dont j’aime les différents membres et retrouver Rose fut une douleur (elle avait tout de même trinqué dans le tome précédent) tout en étant un plaisir puisqu’une éclosion est toujours possible, avec elle.

Alternant plusieurs affaires qui vont s’entremêler tout en étant différentes, l’auteur jongle avec ses personnages, qu’il a toujours pris soin d’étoffer et de faire évoluer, les différents pays et les différentes enquêtes, le tout avec un art consommé car la chronologie n’en souffre pas, le rythme du récit non plus.

Une fois qu’on a ouvert le roman, on a du mal à le lâcher, on se dit « encore un chapitre » car on veut tout savoir sur notre Assad, on voudrait aussi savoir comment les policiers vont arriver à résoudre son affaire, qui a des ramifications internationales.

Une fois de plus, Jussi Adler-Olsen ne se contente pas de nous écrire une simple enquête policière mais il va plus loin. Il fait partie de ces auteurs pour qui la littérature policière n’est pas qu’un simple whodunit et qui insère dans leurs enquêtes des faits de sociétés ou de l’Histoire, donnant à ses romans une autre dimension, une saveur particulière, un goût de reviens-y (et de réalisme, toujours).

Oui, la littérature nordique a encore de beaux jours devant elle car elle possède de grands auteurs qui ne se contentent pas de dormir sur leurs lauriers mais qui, à chaque fois, relancent la machine du succès en proposant des personnages bien travaillés, profonds, attachants, des scénarios qui tiennent le route tout en explorant les travers des sociétés contemporaines avec humour mâtiné de cynisme.

Un grand cru de plus pour l’auteur et je vais me jeter sur le suivant, dès qu’il sera paru (2021, sans doute, sinon, 2022). Faudra que l’auteur se sorte les fesses de ses mains (les lecteurs comprendront) pour rester à la hauteur de ce qu’il nous a toujours servi.

Heureusement que le chameau est patient devant la fontaine qui se remplit doucement…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

Nains – Tome 16 – Tala de la Forge : Nicolas Jarry et Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 16 – Tala de la Forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (23/10/2019)

Résumé :
Tala est une soeur de la loge de Vaha. Depuis la nuit des temps, sa loge protège les terres d’Arran en conservant en sa citadelle les runes oubliées des nains, qui autrefois menèrent le monde au bord de sa destruction.

La guerrière rentre d’un périple de plusieurs lunes qui l’a menée jusqu’à la cité d’Ardërum-Draz, à la recherche de la rune divine d’Immortalité.

Des cinq soeurs qui sont parties, seule Eti et elle ont survécu. Car ce qu’elles avaient oublié, c’est que tout trésor a son gardien.

Critique :
J’adore lorsque Nicolas Jarry met en scène des bavettes, dans la saga Nains parce que bien souvent, nous sommes face à des Naines qui en ont dans le cerveau et en dans la culotte, qu’elle soit en dentelle ou non.

Petit aparté : existe-t-il une étude complète sur le types de sous-vêtements que portent les Nains et les Naines dans les Terres d’Arran ??

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à notre guerrière Tala qui porte la cartographe de leur Loge, Eti, inanimée, dans un froid de gueux et un blizzard à ne pas mettre un Yéti dehors.

Le scénariste aurait pu commencer par le commencement et nous dérouler leur périple par le commencement, mais cela n’aurait pas eu le même impact, pas eu la même saveur.

En utilisant la vieille technique des flash-back, toujours à bon escient, et toujours par petits morceaux, il nous permet ainsi de ne pas en découvrir trop dès le départ, aiguisant par là notre appétit et nous attirant avec ses petits morceaux de pain dans la trame démente de son histoire.

Démente mais cohérente, comme toujours. Une fois de plus, les Classiques sont de sorties comme l’amitié, l’envie, le pouvoir à n’importe quel prix (si un carriériste lit l’album, il avalera de travers), la vie éternelle, les complots, les magouilles, la magie noire (tiens, elle est étrangère à notre Monde, celle-là) et le sacrifice de sa vie pour autrui.

La Loge de Vaha est une loge composée uniquement de Naines, ce qui donne l’occasion à l’auteur a sortir tous les poncifs qu’un Mâle, qui se croit supérieur, peut sortir à une Naine lorsque celle-ci vit au milieu d’autres Naines… Comme dans notre société humaine.

La société des Nains est très virile, très machiste, très phallocrate et pense que la place de la femme est derrière ses fourneaux à s’occuper des chiards et que dans cette Loge de Vaha, toutes les filles se broutent le nénuphar comme si chez les guerriers Nains, on  se suçait le pieutard l’un l’autre.

Anybref, ce qui fait la force de cet album, en plus des superbes dessins de notre habitué de la saga « de la Forge », ce sont les personnages : profonds, détaillés, forts, qui marquent, bourrés de mystères et qui peuvent surprendre au moment où l’on ne s’y attend pas.

Mais aussi les guest star qui viennent montrer leur renifloir, comme Ulrog, le frère de Jorun et fils tout deux de Redwin, ZE guerrier OF THE Nains.

Ce sont aussi les classiques tels que ceux qui veulent vivre éternellement, qui veulent donner la force à leur ordre et qui, pour ça, n’hésiteront pas à tuer, mutiler, torturer, et plus, si affinités, pour arriver à leur but personnel.

C’est aussi l’Elfe Blanc qui use de magie noire et qui nous suit à la trace comme l’odeur d’une merde de chien lorsqu’on a marché dedans, les sales monstres aux grandes dents en plus…

Est-ce que Tala arrivera à comprendre ce qui lui arrive et ce qui s’est passé à un moment donné de leur quête pour cette Rune d’immortalité ? Va falloir être le détective de sa propre mémoire pour y arriver…. Mais Tala est fortiche.

Tala, c’est aussi l’amûr, l’amitié, la rage, le don de soi, les mystères, le suspense, le souffle de la grande aventure et quelques secrets dévoilés qui font lever la tête des habitués de la saga, tel un paparazzi qui flairerait le bon scoop.

Une fois de plus, un putain d’excellent album, à placer dans mes préférés, dans ceux qui m’ont fait vibrer un max et apportés une sacré dose d’émotions fortes.

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°142.

 

Astérix – Tome 07 – Le Combat des chefs : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 7 – Le Combat des chefs

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : dargaud (1966)

Résumé :
Les Romains ont un plan : ils vont demander à un chef de village gallo-romain de défier, lors d’un combat des chefs, Abraracourcix. Tout ce qu’ils ont à faire est de capturer Panoramix avant le combat pour priver son chef de potion magique.

Les Romains parviennent à enlever Panoramix, mais Astérix et Obélix interviennent aussitôt. Ce dernier lance un menhir qui tombe sur le druide.

Panoramix perd la mémoire et la raison. Et c’est à ce moment-là que le chef gallo-romain Aplusbégalix arrive pour défier Abraracourcix.

Critique :
Gosse, j’adorais le combat des chefs car il était déjanté, bourré de choses folles et d’images très colorées.

Je riais comme une folle devant les druides amnésiques s’amusant avec leurs potions, avec Panoramix faisant passer un pauvre romain par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, hurlant de rire lui-même en se roulant au sol…

Je reprenais de plus belle avec toujours ce même soldat romain qu’on avait envoyé en tant qu’espion et qui sentait le poisson.

Le hibou qui l’accompagnait me faisait pisser de rire aussi. Bref, c’était une lecture bidonnante et je ne m’en suis jamais lassée.

Ça, c’était quand j’étais gosse et que je ne voyais que le premier degré de l’histoire, dont les gags très visuels et pas ce qu’il y avait derrière toute cette aventure rocambolesque.

Mon avis en tant qu’adulte ? Je me bidonne toujours devant les jeux de mots, les calembours, les druides qui ont pris un coup de menhir, le pauvre roman dans son arbre, sentant le poisson. Le côté graphique des gags me plait toujours autant.

Par contre, ce que je vois en plus, c’est la pique envers ceux qui, un jour, pactisèrent avec l’envahisseur, voulurent être plus Romains que les Romains quitte, pour cela, à faire des travaux inutiles pour prouver leur Romainitude (néologisme gratuit) et qui, mégalo jusqu’au bout des doigts, auraient bien aimé être calife à la place du calife. Heu, César à la place de César !

Si j’avais en horreur les équations, j’ai toujours gardé le personnage d’Aplusbégalix dans mes préférés, même s’il veut vivre comme les Romains, être Romain, vit comme un Romain et prendre la place d’un autre chef gaulois…

Aplusbégalix exprime bien cette cupidité humaine, lui qui voudrait, après avoir gagné le commandement du village d’Abraracourcix, régner sur l’Empire Romain.

Aplubégalix est aussi la personnification des gens qui se sentent forts devant des faibles mais qui deviennent vert de peur face à un chef gavé de potion magique.

Beaucoup d’humour dans cet album qui n’a pas pris une ride et qui nous raconte, avec talent et drôlerie, les magouilles qui peuvent y avoir pour prendre la place d’un autre, les rêves de gloire de certains qui se voient déjà en haut de l’affiche, oubliant que ceux qui y sont ne laisseront jamais leur place et le danger du lancer de menhir !

Un album où l’on démontre que la force brute n’est pas gagnante à chaque fois car il faut aussi compter avec la ruse et l’endurance…

Un album qui plaira aux plus jeunes comme aux moins jeunes, anybref, un album qui fera rire de 7 à 77 ans même si les lecteurs âgés auront des raisons en plus de rire que les plus jeunes !

— Par Jupiter !!! Que vous est-il arrivé ?
— Ben…nous avons croisé deux gaulois…
— Il faut dire qu’ils avaient un chien avec eux…
— Et deux sangliers !
— Ils étaient cinq, quoi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°140.

La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments : Margaret Atwood [LC avec Bianca]

Titre : La servante écarlate – Tome 2 – Les testaments

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont – Pavillons (10/10/2019)
Édition Originale : The Testaments (2019)
Traducteur : Michèle Albaret-Maastsch

Résumé :
Quinze ans après les événements de La Servante écarlate, le régime théocratique de la République de Galaad a toujours la mainmise sur le pouvoir, mais des signes ne trompent pas : il est en train de pourrir de l’intérieur.

A cet instant crucial, les vies de trois femmes radicalement différentes convergent, avec des conséquences potentiellement explosives.

Deux d’entre elles ont grandi de part et d’autre de la frontière : l’une à Galaad, comme la fille privilégiée d’un Commandant de haut rang, et l’autre au Canada, où elle participe à des manifestations contre Galaad tout en suivant sur le petit écran les horreurs dont le régime se rend coupable.

Aux voix de ces deux jeunes femmes appartenant à la première génération à avoir grandi sous cet ordre nouveau se mêle une troisième, celle d’un des bourreaux du régime, dont le pouvoir repose sur les secrets qu’elle a recueillis sans scrupules pour un usage impitoyable.

Et ce sont ces secrets depuis longtemps enfouis qui vont réunir ces trois femmes, forçant chacune à s’accepter et à accepter de défendre ses convictions profondes.

Critique :
Le monde décrit dans La Servante Écarlate n’était pas de la petite bière, nous étions loin du pays des Bisounours…

Pourtant, malgré le fait que nous étions dans une dystopie, il y avait des relents de déjà-vécu quelque part dans le Monde ou quelque part dans le passé.

Il fait froid dans le dos, ce roman, car nos sociétés pourraient basculer dans ce cauchemar très vite, sans que l’on s’en rende compte et sans que l’on sache y faire quelque chose.

Sans oublier que certaines sociétés sont dans ce puritanisme religieux…

Puritains quand ça les arrange, bien entendu ! On oblige les autres au puritanisme, mais si on gratte sous la croûte de pudibonderies, on trouvera de la saloperie.

Quand à la religion, elle a bon dos et ne sert qu’à justifier certaines règles, certains comportements, qu’ils soient machistes, phallocratiques, misogynes ou qu’ils transforment la femme en vache reproductrice. Une tyrannie doit reposer sur quelque chose et la religion est souvent la bonne excuse.

Bien souvent, les suites sont moins bonnes que le premier tome, mais ici, ce n’est pas le cas, j’ai même trouvé la suite meilleure que le premier opus !

En tout cas, niveau froid dans le dos, j’ai eu ma dose pour quelques temps. J’ai comme une envie de me jeter sur des Petzi ou des Martine, c’est vous dire combien j’ai flippé ma race.

Dans le monde décrit brillamment par l »auteure, les femmes n’ont aucun droit, si ce n’est celui de fermer sa gueule et de jouer aux juments reproductrices, ou aux vaches gestantes. Au choix… Mais elles n’ont pas toujours le choix de l’étalon (ou du taureau).

Le taux de fécondité ayant fortement baissé, il faut bien perpétuer la race Humaine avec celles qui savent encore tomber enceinte et donc… Les Servantes Écarlates sont comme des vaches qu’on engrosse pour prendre le veau. L’enfant, pardon.

Trois personnages marquants vont nous raconter leur vie dans cette suite : une Tante, une jeune fille habitant le Canada (donc libre) et une fille d’un Commandeur, habitant Galaad (Gilead dans la traduction précédente, mais ça ne m’a pas dérangé).

Nous sommes 15 ans après la premier tome, donc, le récit n’est pas linéaire et ne vous attendez pas à retrouver Defred aux commandes de la narration.

J’ai trouvé que donner la parole à une Tante qui avait connu la démocratie, qui avait assisté à le chute de la société, qui avait été dans un camp et qui en était sortie en abandonnant une partie de son âme, était une riche idée. Nous avons vu la naissance de Galaad d’une autre manière et compris que si ça arrivait chez nous, cela se passerait de la même manière : sans quasi de résistance.

Le récit est fort, puissant, intense, horrible… Il m’a donné froid dans le dos. Entrer ainsi dans le fonctionnement de Galaad et voir le lavage de cerveau m’a donné envie de vomir. Voir le système de l’intérieur, voir sa corruption, sa corrosion, son hypocrisie, son manichéisme, m’a collé la nausée tant tout était réaliste et possible.

Mon seul bémol sera pour la fin qui est un peu trop précipitée à mon goût. Bianca l’a trouvée elle aussi un peu trop rapide, mais malgré ce léger point critique, tout le reste est dans le haut du panier littéraire.

Une dystopie à l’écriture fine, caustique, réaliste. Une tyrannie basée sur des mensonges, sur religion dont les écrits sont détournés pour servir les intérêts de quelques-uns et pas du bien commun.

Des personnages forts, énigmatiques, profonds et qui évolueront au fil des pages. Un monde décrit qui fait froid dans le dos et où la lecture et l’écriture sont devenus dangereux, interdits et réservés à quelques personnes triées sur le volet.

Anybref, une fois de plus, une LC réussie avec Bianca et nous sommes sur la même longueur d’ondes. Et si vous suivez le lien, vous en aurez la preuve !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°134.

De bonnes raisons de mourir : Morgan Audic

Titre : De bonnes raisons de mourir

Auteur : Morgan Audic
Édition : Albin Michel (02/05/2019)

Résumé :
Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée.

Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…

Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Critique :
J’aurais peut-être dû relire le résumé avant de commencer le roman, moi… Nous sommes à Pripiat…

Pripiat ? Ce nom éveille un écho en moi…

Tout à coup, les sirènes d’alerte retentissent dans mon crâne : je suis dans la ville fantôme, à quelques kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl et je n’ai pas de compteur Geiger avec moi, ni aucune protection.

Irradiée j’ai été.

Ce thriller m’a irradié, en effet. Un thriller qui mélange allègrement le roman policier, le roman d’action, d’espionnage, de roman noir, d’écologie, de guerre civile, de conflits entre peuple frères et de folie Humaine.

La recette est excellente, imparable, on dévore le roman même si, parfois, devant certains comportements, on a envie de vomir.

M’emmener en Russie dans un roman, c’est déjà me conquérir une fois, mais me faire passer la frontière Ukrainienne pour me déposer en zone d’exclusion, me parler un peu de politique, de conditions sociales, de l’ex-URSS et de l’accident d’avril 1986, c’est m’offrir des pralines délicates sur un plateau en or massif. Je me suis régalée.

Ne me demandez pas ce que je faisais le 26 avril, nuit de la catastrophe, je n’en ai plus aucun souvenir ! Trop jeune pour m’en souvenir et sans doute plus intéressée par les dessins animés que l’actualité, même brûlante.

L’auteur a mis les petits plats dans les grands, a soigné ses personnages, a soigné sa mise en scène, a soigné les décors à tel point que j’avais l’impression d’être à Pripiat, ce qui m’a fait flipper grave quand même.

D’ailleurs, j’ose le dire, durant toute ma lecture, j’ai flippé, mes tripes se sont serrées, j’ai eu mal au coeur, même si j’ai pris mon pied littéraire. Hélas, tout n’est pas que fiction et penser à quoi nous avons échappé alors que d’autres n’avaient pas d’échappatoires ou n’ont même pas survécu, ça fait froid dans le dos.

La plume est caustique, amère, le constat est sans fard, non maquillé et tout en suivant les enquêtes d’Alexandre Rybalko et de Melnyk, l’auteur nous dresse un portrait au vitriol de la Russie et de l’ex-URSS. Pas en mettant en cause le pays ou ses habitants (bien que certains…), mais ses différents dirigeants qui se sont succédé et qui ont foutu la vérole à tous les niveaux.

Anybref, la plume de l’auteur sait très bien vous expliquer les petits travers de l’Homme, les corruptions, les magouilles, les secrets bien gardés, les bassesses et tout ça tourne toujours autour du pouvoir et surtout de l’argent.

Glaçant… Oui, le roman est glaçant, tout en étant magnifique. Rien ne nous est épargné et l’auteur à l’art et la manière de nous faire comprendre la noirceur humaine, même si on la connait déjà.

Un thriller roman noir dur, froid, âpre, intelligent et des plus instructifs. Le dosage entre la politique, la psychologie, l’écologie, l’enquête, la corruption, le passé et le présent est savamment dosé et aucun ingrédients ne prend le dessus sur les autres.

En fait, c’est plus qu’un simple thriller, plus qu’un simple polar, plus qu’un simple roman noir, plus qu’un roman historique. C’est tout ça à la fois et c’est bien plus encore.

Sortez vos compteurs Geiger et aventurez-vous dans la zone d’exclusion en retenant votre souffle afin de ne pas soulever trop de poussières radioactives…

Avec amertume, il se dit que le monde se souvenait de dictateurs, de joueurs de foot brésiliens et d’artistes peignant des carrés blancs sur fond blanc, mais que personne ne pouvait donner le nom d’un seul de ces hommes qui avaient sauvé l’Europe d’un cataclysme nucléaire sans précédent. Qui connaissait Alexeï Ananenko, Valeri Bespalov et Boris Baranov ? Qui savaient qu’ils s’étaient portés volontaires pour plonger dans le bassin inondé sous le réacteur 4, pour activer ses pompes et le vider de son eau avant que le cœur en fusion ne l’atteigne ? Qui savait que si le magna d’uranium et de graphite s’était déversé dans le bassin, il se serait produit une explosion de plusieurs mégatonnes qui auraient rendu inhabitable une bonne partie de l’Europe ? Qui le savait ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°133.