Les enquêtes de Middleton et Grice – Tome 2 – La malédiction de la maison Foskett : M. R. C. Kasasian [LC avec Bianca]

Titre : Les enquêtes de Middleton et Grice – Tome 2 – La malédiction de la maison Foskett

Auteur : M. R. C. Kasasian
Édition : City (22/03/2017)
Édition Originale : The Curse of the House of Foskett (2015)
Traducteurs : Martine Desoille et Francine Tolron

Résumé :
Sa dernière enquête a mené un homme innocent à la potence,,. Autant dire que le détective Sydney Grice n’est plus vraiment en odeur de sainteté à Londres. Boudé par ses clients, le « plus grand détective de tout l’empire britannique » dépérit.

March Middelton, son excentrique acolyte du « sexe faible », commence à sérieusement s’inquiéter. Jusqu’à ce qu’un individu, membre de l’effrayant « Club du dernier survivant », fasse appel aux services de Sydney… et ait l’impudence de passer de vie à trépas dans son salon ! Les deux détectives sont bien obligés d’enquêter sur cette mort soudaine et particulièrement suspecte.

Quel est donc ce club de gentlemen où le jeu est de réussir à rester en vie tout en éliminant les autres ? Les indices entraînent Grice et March dans les recoins les plus sombres du Londres victorien, jusqu’à la maison maudite de la baronne Foskett…

Critique :
Si Sydney Grice est un détective privé, pardon, détective personnel et a des airs de Sherlock Holmes, il est surtout imbuvable à un niveau jamais égalé.

Toute personne normalement constituée (et surtout les femmes) auront mille fois envie de lui foutre le pied au cul ou mieux, entre les jambes, tiens, ça lui apprendra.

Non, il n’a pas la main baladeuse, jamais de la vie, lui défaille d’indignation à la vue d’un mollet féminin découvert.

Mais il a un égo surdimensionné et ses répliques acides envers sa pupille, March Middelton sont drôles, cyniques mais donnent tout de même envie de le baffer un bon coup.

Un petit voyage dans le temps, dans l’époque victorienne, où l’air empestait les fumées d’usines et où les miasmes se baladaient impunément puisqu’en ce temps-là, le principe des microbes et autres virus n’étaient pas encore tout à fait accepté.

L’enquête est tortueuse à souhait, je n’ai pas vu venir le vent, je n’ai pas réussi à faire des déductions intelligentes et Sydney Grice dira que c’est à cause de mon cerveau de femme qui est plus petit que celui des homme. Et ma main, tu la veux dans ta gueule, mon cher Sydney ?

Imbuvable, je vous disais ! Mais que voulez-vous, il est attachiant au possible et s’il n’avait pas ce caractère hautain et à chier, on s’amuserait moins.

Sa mauvaise foi aussi donne envie de le baffer et March a bien du mérite à supporter un tuteur tel que lui, sa bonne aussi, même si cette dernière ne brille pas par son esprit, ni sa cuisine, ni son efficacité…

Les clins d’œil à Holmes sont nombreux, avec un groupe de rouquin, une escarboucle et une malédiction où un homme fut dévoré par des chiens… Baskerville, sors de ce corps.

Le final est assez copieux dans sa résolution, il vaut mieux se concentrer et bien resituer tout ce petit monde d’assassinés de différentes manières, pas toujours très propres, je l’avoue, mais il y en a un qui n’a pas volé sa mort violente et horrible. La SPA a envoyé des remerciements à l’assassin.

Une lecture qui nous entraîne dans les bas-fonds de Londres, qui nous fait respirer un air impur au possible, côtoyer des conducteurs de fiacre maltraitant leurs chevaux, arpenter les rues dans tous les sens, voir des cadavres en pagaille se faire dégommer sous nos yeux…

On verra aussi March boire de l’alcool et fumer, sous le regard désapprobateur de son tuteur, le tout avec des dialogues bourré de gouaille, de répliques vachardes et méchantes, le tout sous l’œil unique de Sydney qui est encore plus cynique que le Docteur House.

Une lecture plaisir, une lecture qui fait sourire et qui dépayse, sans se prendre la tête, autrement dit, LC réussie avec ma copinaute Bianca.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

 

Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu : Alejandro Jodorowsky et Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (23/10/2013)

Résumé :
Revenu de guerre, Machiavel profite de se ressourcer au bordel de Madame Imperia pour conter les campagnes victorieuses de Jules II.

Campagnes militaires puis amoureuses puisque Michel- Ange a accepté le chantier de la Sixtine et de partager la couche du Saint-Père en compagnie de son rival Raphaël.

Mais dans l’ombre, une autre bataille a commencé : les cardinaux veulent organiser le prochain conclave…

Critique :
Chateaubriand avait dit, en parlant de Talleyrand et de Fouché que c’était « le vice appuyé sur le bras du crime »…

S’il avait vu le pape Jules II en compagnie de Machiavel,  il aurait dit que c’était le vice appuyé sur le bras de la perfidie.

Cachez cette bédé qu’un catho pur jus ne saurait voir. Je n’ose imaginer la tête que ferait une des tantes un peu coincée de mon paternel si elle tombait sur pareille bédé…

On a du sang et des complots, des assassinats, des kidnapping, des demandes de rançons, des magouilles… Jusque là, rien de très horrifiant pour les coincés du culte.

Mais on a aussi du cul, des nichons, de la baise, de la sodomie, du stupre et de la fornication. Bon, rien de nouveau non plus, c’est Sodome et Gomorrhe et cette histoire se trouve dans l’Ancien Testament (ma préférée).

N’empêche que voir un pape qui se vautre dans la fornication à tour de bras (même si ce n’est pas avec ça qu’il prend son pied), ça pourrait choquer les grenouilles de bénitier.

On risque aussi de choquer les férus d’Histoire car il est impossible de restituer ce Pape Terrible dans la chronologie des guerres d’Italie.

Le scénariste est Jodorowsky ne s’embarrasse pas de ces détails et vous débite l’Histoire à sa sauce, donc, ne prenez surtout pas cette saga pour argent comptant, même si, dans l’Histoire, la vraie, ce genre de pape a forcément dû exister. Allez hop, me voici excommuniée à vie.

Apprécions ce volume pour les scènes d’action, pour les leçons dispensée par Machiavel, tandis qu’il s’enfonce dans de grosse matrones, apprécions les dessins, les couleurs et le récit couillu car il illustre très bien les guerres de pouvoir et tout ce qui va avec.

Mais gaffe à ne pas en faire trop non plus… Trop de scènes de cul tuent les scènes de cul ! On a beau savoir que le Pape Terrible est friand de jolis petits culs et des fricandelles boulettes qui vont avec, mais de grâce, ne perdons pas une partie de notre temps à le voir le tich en l’air !

Anybref, même si cette saga s’affranchi de l’Histoire, elle nous dépeint un personnage abject mais fascinant dans sa manière d’arriver à faire marcher les autres sur sa musique.

Jules II est cynique, sadique, voleur, manipulateur, dépravé, se prenant pour Dieu mais c’est un manipulateur hors-paire (de couill** – elle était trop tentante) et un stratège généralissime, mais le prix à payer, pour les autres, est exorbitant car sanglant.

Si Jules II est un salopard de première, il a de la concurrence car tous les cardinaux qui gravitent autour de lui ne pensent, eux-aussi, qu’au pouvoir, à l’argent et au cul. Ce sont de biens mauvais serviteurs de Dieu et ils sont aussi croyant qu’un chat, un chien, un cheval…

Malgré ses défauts, jusqu’à présent, j’ai apprécié cette saga impertinente et je me demande bien comment les auteurs vont nous la terminer.

PS : lu en septembre 2017 et je n’avais pas fait de fiche critique. Maintenant que j’avais enfin mis la main sur le tome 4, il m’a fallu revenir sur le 3, afin de me le remettre en mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°199.

Les disparus de Saint-Agil : Pierre Véry

Titre : Les disparus de Saint-Agil

Auteur : Pierre Véry
Édition : Folio Junior (2007)

Résumé :
Le dortoir de la pension Saint-Agil Mathieu, n° 95 pour ses amis, ne dort pas. Le surveillant général aux allures d’espion n’est pas en vue: vite, Mathieu gagne la salle de sciences où veille le squelette Martin.

C’est là le repaire de la bande des Chiche-Capon dont il fait partie avec le n° 22 et le N° 7. Tous les trésors sont cachés là. Dont un gros cahier témoin de leurs secrets.

Alors que Mathieu s’apprête à y inscrire quelques lignes, un léger crissement lui fait dresser la tête, avant de le précipiter vers le dortoir… Le lendemain, le n° 95 disparaît, premier des étranges événements qui allaient troubler la calme pension Saint-Agil.

Critique :
Quelle idée m’a prise de lire de la littérature jeunesse ?

Après deux lectures assez costaudes niveau violences, puisque l’une était sur les guerres entre catho et huguenots et l’autre sur une vengeance contre des membres du gang des Mara Salvatrucha, j’avais besoin d’un peu de douceur dans ce monde de brute.

En plus, on parlait de ce roman dans « Le polar pour les Nuls » et ma curiosité m’a poussée à le lire.

Ma curiosité à été récompensée car même si nous étions dans de la littérature jeunesse, l’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles ou des mous du cerveau.

D’ailleurs, malgré ma grande expérience, je n’ai même pas vu venir le coupable !

1914, dans un pensionnat français, à la veille de la Première Guerre Mondiale, mais ça, les gosses ne s’en doutent pas encore, juste quelques adultes qui le craignent.

Nos gosses, eux, ont d’autres préoccupations et pour certains du groupe des Chiche-Capon (Mathieu Sorgues, Philippe Macroy et André Baume), c’est l’Amérique, l’Amérique, ils veulent la voir, et ils l’auront. Même si ça risque d’être difficile de faire le mur car l’univers est quasi carcéral, dans ce pensionnat.

Puis, N°95 disparaît… Mathieu Sorgues. Putain, il serait déjà parti pour l’Amérique ?? Puis un accident mortel à lieu dans les escaliers, puis un autre élève disparaît, puis encore un autre. Il y a quelque chose de pourri à Saint-Agil !

Du mystère, une ambiance collège des temps passés bien restituée, des garçons insouciants, des profs comme on n’en voit plus, des surveillants qui ont tout des matons de prison, du suspense, une enquête menée par un véritable Sherlock Holmes en culottes courtes, des déductions et des fausses-pistes.

Tout le monde est suspect, les théories les plus folles peuvent être échafaudées, surtout avec tout ce qu’on raconte dans les journaux, les espions pourraient déjà être dans la place…

Et puis, qu’est-ce qui se passe, non pas dans cette putain de boite de cassoulet, mais dans la salle des Sciences Naturelles qui a été choisie par nos compères pour être le siège de leur rassemblements nocturnes ? Si seulement le squelette Martin pouvait parler, il dirait peut-être ce qui a poussé nos gamins à disparaître les uns après les autres…

Nous sommes dans de la littérature jeunesse, mais en 1935, Pierre Very a écrit de la grande littérature jeunesse, avec des dialogues percutants, bien écrits, simples sans être simplistes, nous proposant une galerie de personnages étoffés, parfois à la limite de la caricature mais sans jamais y sombrer.

C’est frais, cocasse, amusant, bourré de mystère et de suspense, des embrouilles pour le plus grand plaisir des lecteurs, de la naïveté (à cette époque, vous pensez bien…), de l’amitié, de la débrouille.

Ajoutons à cela une atmosphère sombre car dans peu de temps la guerre sera déclarée, le tout dans une certaine excitation puisque tout le monde pense encore que ce conflit ne durera pas plus de 3 mois…

Bref, un petit cocktail policier à siroter sans modération.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°193.

 

Santa muerte : Gabino Iglesias

Titre : Santa muerte

Auteur : Gabino Iglesias
Édition : Sonatine (20/02/2020)
Édition Originale : Zero Saints (2015)
Traducteur : Pierre Szczeciner

Résumé :
Santa Muerte, protegeme…

Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ».

Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoué qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer, lui trancher les doigts et les donner à manger à… une chose, avant de lui couper la tête. Le message est clair. Ici, c’est chez eux.

Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et il a soif de vengeance.

Avec l’aide d’une prêtresse Santeria, d’un chanteur portoricain cinglé et d’un tueur à gage russe, il est prêt à déchaîner l’enfer.

C’est le début d’une odyssée survoltée, mystique et punk, infusée de magie yoruba, foutrement intense et délicieusement flippante.

Critique :
Au premier abord, on pourrait classer ce roman noir dans la catégorie des romans « barrés » ou « frappadingue » tant il est déjanté, a des relents de fantastique et des saints inconnus de ton calendrier catholique, orthodoxe et tout ce que tu veux.

Et en effet, ce ne serait pas une erreur de classement car si on le regarde en gros, c’est de l’action pure, de la violence, des drogues, des armes à feu et une histoire de vengeance vieille comme le monde.

Pas de la vengeance raffinée à la Monte-Cristo, mais de celle au Beretta, au Desert Eagle et à l’Uzi (à ne pas confondre avec de l’ouzo).

Pourtant, dans le fond, il n’y a pas que ça…

Ce n’est pas que l’histoire d’une vengeance, car au travers de l’histoire de Fernando, immigré clandestin mexicain, dealer de toutes sorte de drogues et videur de boite, c’est aussi celle de tous les clandestins qui tentent de passer la frontière pour vivre le rêve Américain, ou tout simplement, essayer de sortir de la misère ou échapper à des tueurs ou quitter un pays exsangue.

Fernando a beau être un revendeur et le type qui rapporte le fric à Guillermo, le dealer en chef, il mène une vie rangée, tranquille, sans faire de vague et en priant beaucoup  la Santa muerte…

Notre personnage principal n’ a rien d’un dur, d’un salaud. Il pourrait même chanter ♫ Je ne suis pas un héros ♪.

En un mot, il est réaliste, un presque monsieur-tout-le-monde, qui sait se servir des armes, car s’il n’a rien d’un ange, il n’a pas non plus les cojones pour s’attaquer à plus fort que lui.

Pourtant, il va devoir aller se greffer de suite une solide paire de cojones car ceux qui ont tué son boss et Consuelo, sa mère de substitution, prêtresse de la Santería, ce sont des MS13…  Mara Salvatrucha, pour ceux qui ne pigent pas et qui n’ont pas encore fait des traces de freinage dans leurs slips ou culottes !

Un roman noir qui est intense, court, ne te laisse pas le temps de reprendre ton souffle et te fera croiser la route de personnages (Le Russe et El Principe) dont tu ne sais pas trop s’il vaut mieux ne jamais les croiser ou alors, si les avoir pour potes, pourrait t’aider si un jour tu veux dézinguer des membres du terrible gang des MS-13…

Un barrio noir qui mélange habillement la violence, l’humour, l’amitié, la vengeance, les drogues et autres cachetons favoris du Docteur House. Sans oublier les cierges, les bougies, les neuvaines et les prières à des tas de saints.

Après ma prière, j’ai allumé une bougie supplémentaire pour San Lázaro et une autre pour Changó en me disant qu’il valait mieux assurer mes arrières. Je n’avais pas de pommes, mais il me restait au frigo un peu de lait, du fromage et une part de pizza. J’ai aussi ouvert le placard sous l’évier pour y prendre ma meilleure bouteille de rhum, celle que je réservais à la Santa Muerte, et j’en ai rempli un verre. J’ai tout déposé devant mes deux statues et j’ai promis à Changó que je lui rapporterais deux sacs de pommes s’il me venait en aide.

Donc, si tu veux lire ce petit roman qui pulse, ami lecteur, amie lectrice, n’oublie pas ton chapelet, un gros cierge, tes offrandes à la Santa Muerte ou autre saint(e) qui a tes faveurs, tes balles à têtes creuses, de l’eau bénite (parce qu’on ne sait jamais), une grosse paire de cojones et des flingues !

Prière à la Santa Muerte – Jour 3
Ô, Mort toute-puissante, reine des Ténèbres et de l’Au-Delà, Dieu t’a accordé l’immortalité et je t’implore avec toute la ferveur que renferme mon cœur de diriger contre mes ennemis le pouvoir que tu détiens sur l’ensemble des mortels. Qu’ils ne puissent avaler le moindre repas, qu’ils ne puissent s’asseoir à aucune table, qu’ils ne puissent trouver le sommeil ni connaître la tranquillité. Qu’aucun de leurs desseins néfastes ne se réalise. Santa Muerte, Dame blanche adorée, je te demande de forcer mes ennemis à s’incliner devant toi, vaincus, et de les contraindre à l’humilité. Je te supplie de m’accorder la force de les écraser. Qu’ils rampent à mes pieds et me voient comme le bras armé de ta justice divine et éternelle. Je te supplie, ô Santa Muerte, reine de mon cœur, de m’accorder les faveurs que je te demande par cette novena. Je te supplie de m’accorder ton aide afin d’annihiler Indio et ses hommes, ces vermines qui ont fait couler le sang des innocents. Que ta volonté soit faite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°192.

Astérix – Tome 18 – Les lauriers de César : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 18 – Les lauriers de César

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1972)

Résumé :
Rabattre une fois pour toutes le caquet de son beau-frère Homéopatix : voilà ce dont rêve depuis longtemps Abraracourcix. Au cours d’une soirée bien arrosée chez ce lutécien arrogant, le chef gaulois promet de servir à son ennemi intime un ragoût parfumé avec la couronne des lauriers de César.

Et bien sûr, ce sont Astérix et Obélix qui pâtissent des caprices de leur chef ! Les voilà donc à Rome pour tenter de mener à bien cette mission impossible : ramener au Village les lauriers de César !

Critique :
L’alcool nuit gravement à l’intelligence, pousse les gens à faire n’importe quoi et le savoir-faire des brasseurs doit se déguster avec sagesse. Farpaitement !

Rassurez-vous, je ne suis pas de la ligue anti-alccolique, ni pour vous faire la morale !

Juste pour vous dire que si Abraracourcix avait moins bu et s’il n’avait pas détesté autant Homéopatix, son beauf, les lauriers de César ne seraient pas l’enjeu de cet album.

Obélix devrait moins boire aussi, mais lui, c’est toujours drôle.

Si cet album brille moins par ses jeux de mots, il reste néanmoins de bonne facture, notamment avec ce petit retour en arrière effectué dès le départ par Astérix pour nous expliquer ce que lui et Obélix font à Rome.

Leur mission, assez compliquée, qui est de voler les lauriers de César, les fera devenir des esclaves de luxe, des noceurs, des cuisiniers horribles mais au moins, Astérix inventera la recette qui élimine la gueule de bois de suite.

On a de l’aventure, des péripéties en tout genre, des tentatives loupées, des bibelots de luxe, de la trahison, un défi, de la jalousie et de la délation, le tout assaisonné de baffes, même si Obélix ne peut pas en donner de trop.

De bonne facture, même s’il n’est pas mon préféré, il me fait toujours rire, surtout la scène de beuverie entre les deux beaufs et leur ton qui monte, qui monte… Jusqu’au défi fou, juste parce qu’on est jaloux de la réussite de Homéopatix, le frère de Bonnemine…

Rire, c’est le principal, non ? Farpaitement !

Bonnemine : — Je vous ai apporté un coquillage de chez nous… Abraracourcix voulait vous apporter un menhir, comme d’habitude.
Homéopatix : — Mon pauvre Abraracourcix, qu’est-ce que tu veux que j’en fasse de tes menhirs ?
Abraracourcix : — Tu veux que je te dise ?

— Ils sont beaux, ils sont beaux mes esclaves !
— Qui veut des Goths ? Qui veut des Goths tout frais !
— Suivez mes Thraces ! Suivez mes Thraces !

— En tout cas je n’ai peut-être pas ton d’or mais moi j’ai la gloire !
— Et la gloire, mon cher beau-frère, ça paie les sabots de boeuf ?
— La gloire, ça paie plus que des saboeufs de bot… que les sobafs de … que cette cochonnerie !
— Venez dans mon village toi et Galantine et je vous ferait manger quelque chose que ton or ne pourrait pas payer ! Hips !
— Et quel est donc ce mets raffiné ?
— Il s’agit d’un ragoût… mais d’un ragoût parfumé avec des lauriers …
— AVEC LA COURONNE DE LAURIERS DE CÉSAR ! HIPS !
— Ne l’écoute pas … Il a trop bu.
— Laisse, Bonemine… laisse, il est amusant.
— Amusant, Hein ?… Hips !… Eh tu bien tu verras ! j’enverrai mes hommes à Rome chercher la couronne de lauriers de César,et elle parfumera le ragoût que je t’offrirai dans mon village !
— FARPAITEMENT ! MACHIN A RAISON HIPS !
—  ? ! ?
— LAISSE-MOI, ASTÉRIX ! NOUS IRONS CHERCHER LA COURONNE DE LAURIERS DE CÉSAR À ROME ! FARPAITEMENT !
— DANS MES BRAS OBÉLIX !
— Homéopatix !
— NON ! NON ! PUISQUE TON MANIEUR DE GLAIVE EST MALIN, J’ACCEPTE SON INVITATION !
— MAIS J’AI SA PAROLE QU’IL S’AGIRA VRAIMENT DE LA COURONNE DE LAURIERS DE JULES CÉSAR !
— FARPAITEMENT !
— Et… chère Bonemine vous avez acheté des choses intéressantes à Lutèce ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°190.

À l’ombre du baron : Fabienne Josaphat

Titre : À l’ombre du baron

Auteur : Fabienne Josaphat
Édition : Calmann-Lévy (15/03/2017)
Édition Originale : Dancing in the Baron’s shadow (2016)
Traducteur : Marie-France de Paloméra

Résumé :
Et vous, qu’auriez-vous fait ?

Haïti, 1965. François Duvalier, alias « Papa Doc » ou « Baron Samedi », fait régner la terreur sur le pays avec ses tontons macoutes.

Bravant le danger, Raymond L’Éveillé, chauffeur de taxi, prend malgré tout le risque d’aider un journaliste poursuivi par la milice en le faisant monter dans sa Datsun dans le centre de Port-au-Prince, imprudence que sa femme lui fait payer en menaçant aussitôt de le quitter avec leurs deux enfants.

Et quand il apprend peu de temps après que son frère cadet, professeur de droit respecté, a été conduit à la prison de Fort Dimanche où l’attend l’exécution, Raymond est au pied du mur et son dilemme des plus cruels : laisser mourir son frère ou tenter de le sauver au risque de tout perdre ?

Critique :
À la question posée « Et vous, qu’auriez-vous fait ? » j’avoue franchement que j’aurais fait dans mes culottes et sans doute appliqué le vieil adage qu’est « Courage, fuyons »…

Franchement, je le dis sans honte car il fallait avoir une sacrée paire de couilles et ne pas trop réfléchir aux conséquences que pouvait avoir une telle action sur sa famille.

Et là, je parle pour les deux frères L’Éveillé, Raymond et Nicola qui ont osé braver la dictature, chacun à leur manière, risquant leur vie et celle de leur famille.

Raymond, c’est un chauffeur de taxi qui osa embarquer une famille menacée par les tontons macoutes et semer cette milice.

Son petit frère, Nicola, est ce prof de droit qui osait parler de censure à ses élèves et qui gardait chez lui un livre explosif sur les assassinats commandés par leur président, Duvalier, dit Papa Doc ou le Baron.

Il ne fait pas bon vivre à Haïti dans les années 60 (et après non plus) et cette lecture m’a affranchi sur la dictature qui régnait sur cette île que nous penserions paradisiaque. Dictature qui continua ensuite avec le fiston de Papa Doc.

Ceci est un roman noir, la misère s’étale sous nos yeux, les gosses ont faim, il y a des restrictions sur l’eau, faut la payer, et cher, tout le monde a peur et le mot communisme ne doit pas être prononcé, comme si ce mot allait contaminer toute l’île, telle la peste au Moyen-Âge !

Ce roman est poignant, il révolte l’Humain qui est en nous car voir ce peuple crouler sous les mauvais traitements, survivre comme ils peuvent et voir leur famille emprisonnées, assassinées, vivant dans des conditions qu’aucun animal ne voudrait et contraire aux plus élémentaires droits de l’Homme.

Tout oppose les deux frères L’Éveillé. Raymond vit dans la pauvreté, tire le diable par la queue afin que sa famille ne manque de rien, même si elle manque quand même de tout. Nicola, de par son statut, a de l’argent, est un petit bourgeois et regarde tout le monde de haut, surtout son frère. Il se sent supérieur.

L’écriture de l’auteure va droit au but, elle ne s’embarrasse pas de métaphores et appelle un chat un chat, autrement dit, un milicien c’est un milicien et n’a rien à voir avec un Bisounours.

La cruauté dont ces miliciens font preuve donne des sueurs froides car ces tontons macoutes ne sont jamais que des gens comme ceux qu’ils maltraitent, avant, ils étaient bouchers, boulangers, des gens normaux. Puis un dictateur est arrivé, la pauvreté s’est installée et ces gens normaux, afin de sortir de la misère, sont devenus ces êtres cruels que l’on ne voudrait jamais croiser dans sa vie.

Les conditions de détentions horribles ne vous seront pas épargnées et l’auteur nous y plonge d’une manière plus que réaliste, nous présentant d’autres prisonniers, nous montrant comment un Homme peut être un loup pour l’Homme, comment l’Humanité fiche très vite le camp en ces lieux.

Mais elle ne fera pas que de vous parler de misère et de conditions inhumaines dans les prisons, elle vous offre aussi l’ambiance haïtienne, même si ce n’est pas celle des cartes postales pour touristes. Le dépaysement est total.

Un roman noir bien écrit, court mais intense, avec des personnages attachants, des trahisons d’amis et des aides de gens que l’on ne connait pas vraiment. Un roman qui nous plonge dans un pan méconnu de cette petite île qui est attenante à la République Dominicaine.

Une lecture qui ne laisse pas insensible et qui nous montre quelle chance nous avons de vivre dans nos pays démocratiques, même si tout n’est pas toujours rose. Mais nous, au moins, nous ne risquons rien si nous nous moquons de nos dirigeants, qu’ils soient président, premier ministre ou roi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°00].

À l’ombre des loups : Alvydas Šlepikas

Titre : À l’ombre des loups

Auteur : Alvydas Šlepikas
Édition : Flammarion (08/01/2020)
Édition Originale : Mano vardas – Marytė (2011)
Traducteur : Marija-Elena Baceviciute

Résumé :
Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale.

Dépossédés de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que désolation.

Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver à se nourrir : malgré la menace omniprésente des soldats russes, certains enfants décident d’entamer le périlleux voyage.

La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Slepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes.

À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

Critique :
Autant parfois où je me plains de roman qui ont trop de longueurs, autant je peux en trouver d’autres bien trop court. Surtout lorsque le récit prend à la gorge, qu’il possède des personnages auxquels on s’attache et dont on aimerait savoir ce qu’il va advenir d’eux ensuite…

Les récits de guerre sont toujours intéressants pour moi dans le sens où je voudrais en savoir plus, explorer la noirceur humaine, qu’elle soit le fait de militaires et concerne des exterminations de masse ou qu’elles soient le fait de gens ordinaires qui ont eu peur des Autres et n’ont pas répondu à leur appel à l’aide.

Je jugerai plus durement le soldat qui fait usage de la force de ses armes à feu face à des civils désarmés que lorsqu’une personne lambda a eu la trouille d’ouvrir sa porte car elle ne savait pas si les gens implorant de l’aide derrière étaient animés de bonnes intentions ou si l’aide qu’elle leur donnerai ne se retournerait pas contre elle.

Dans le confort de son salon, le ventre et le frigo remplis, il est facile de dire que nous aurions agit mieux que les personnages qui se trouvent devant nous, dans ces pages, eux qui ne possèdent que peu de nourriture, eux qui ont peur des soldats, de la menace du Goulag…

Ce roman prend son lecteur aux tripes car il nous fait entrer dans le quotidien d’une famille allemande, celle d’Éva, juste après la défaite, lorsque les soldats Russes font payer aux civils tout ce que les soldats Allemands ont fait subir aux leurs durant leur avancée en Russie. Je ne cautionne ni l’un, ni l’autre.

Le quotidien de ces familles , c’est la famine, la misère, le froid, les privations et les humiliations. Certaines mères vont même jusqu’à proposer certains de leurs enfants à la vente pour obtenir de quoi manger en échange, afin de nourrir les autres, plus jeunes. Ou à se jeter avec leurs enfants dans le fleuve Niémen, afin d’échapper aux privations.

C’est cru, c’est violent et lorsque je lis ce genre de récit, je suis heureuse de ne pas avoir vécu cela. M’imaginer à leur place me serre les entrailles car j’ai remarqué que l’on devenait vite indifférent aux autres, lorsque l’on avait le ventre vide depuis des lustres et que l’on vivait entouré de cadavres.

Je me suis attachée à Éva, à tante Lotte, aux enfants et j’aurais aimé savoir ce qu’il va leur advenir mais le mot « fin » est venu trop tôt, me laissant dans le doute, dans l’angoisse, dans des idées sombres quand à leur avenir.

Une fiction historique basée sur des faits réels, qui explore un pan méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, de ces enfants-loups, ces Wolfskinder qui, en 1946, ont été envoyés par leurs mères en Lituanie, afin de tenter de récupérer de la nourriture pour leur famille, ou dans l’espoir qu’ils y seraient en sécurité.

Émouvant, poignant, glacial, une écriture qui ne masque pas les douleurs des gens, leur condition de vie inhumaine et innommable, sans pour autant chercher le glauque.

Une plume qui nous offre un récit basé sur la réalité, une réalité qui n’est pas belle à voir et qui transformera certains de ces enfants en bête féroce car pour survivre, il faut être le plus fort.

Magnifique mais trop, trop court ! Beaucoup trop court.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°183 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°28].

Spirou et Fantasio – Tome 27 – L’Ankou : Fournier

Titre : Spirou et Fantasio – Tome 27 – L’Ankou

Scénariste : Fournier
Dessinateur : Fournier

Édition : Dupuis (1977)

Résumé :
Que font Spirou et Fantasio s’ils reçoivent une invitation à un congrès de magiciens, à Saint-Herbot, dans les monts d’Arrée, à la pointe ouest de la Bretagne ? Rien.

Que font les mêmes si l’invitation est signée Ororéa ? Ils s’y précipitent !

Évidemment, la Bretagne est terre de mystères et d’aventures. Nos deux amis ne tardent pas à rencontrer les uns et les autres.

D’abord, en la personne de l’Ankou, personnage sorti tout droit des vieilles légendes bretonnes. Pour une raison inconnue, ce valet de la mort (sa profession officielle) prend fait et cause pour les saboteurs de la centrale nucléaire de Nestavel.

Des saboteurs passant pour des militants écologistes, mais qui se révèlent être de dangereux trafiquants de matières nucléaires.

Critique :
Des rares bédés de l’ère Fournier que j’avais lue il y a un peu plus de 15 ans, seule L’Ankou avait tiré son épingle du jeu et obtenu mes faveurs.

À la relecture, mon sentiment est le même, j’ai apprécié cette aventure loufoque, fantastique et un brin écolo baba-cool puisque Fournier, au travers de l’Ankou, semble nous dire que  les centrales nucléaires, c’est dangereux.

L’Ankou, l’annonciateur de la mort dans les légendes bretonnes, a peur que la présence d’une centrale nucléaire n’augmente son travail en déclenchant des morts en cascade.

Remettons la bédé dans son contexte de 1977 et même si le nucléaire n’a pas tué en France, on ne peut pas dire non plus qu’il est sans danger.

Tchernobyl nous l’a appris à nos dépends et on ne sait toujours pas comment se débarrasser des déchets, autrement qu’en les enfouissant dans le sol, à la manière d’un chien planquant son os. Juste que les os sont vachement moins nocifs que les déchets nucléaires…

Malgré tout, si le message de l’auteur est réducteur, il se veut drôle mais aussi flippant car l’Ankou a une sale tête et sa manière de surgir, quand on ne l’attend pas, est angoissante. Sauf pour Fantasio qui le prend pour un hurluberlu !

Du fantastique, des légendes, du nucléaire et de l’humour, de l’humour et encore de l’humour ! Spip m’a fait trop rire avec ses réflexions sur sa malheureuse rencontre avec un rasoir électrique.

Ses expressions faciales étaient des plus maîtrisées et moi, j’adore lorsque les auteurs lui donne une place dans les aventures de nos amis.

De l’action aussi, même si on aurait mieux aimé voir Spirou en Turbotraction plutôt que dans une vieille Renault 5 rouge. Mais bon, la magnifique Turbo n’aurait sans doute pas aimé le traitement qu’on a infligé à la Renault…

L’humour est aussi présent avec notre quatre magiciens, dont Itoh Kata, le maître de la disparition et ses autres copains, tous plus fous l’un que l’autre.

Il y a au moins une aventure de Spirou, scénarisée par Fournier, que j’apprécie et c’est celle-ci qui mélange habillement l’humour, l’action, le mystère, le suspense, les légendes, le folklore, le fantastique et le militantisme écolo, réducteur, certes, mais bon, nous sommes dans des albums pour tout public et de par la présence de l’Ankou, il devait être flippant pour les petits enfants de l’époque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°180 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°25].

Trilogie de la crise – 02 – Le justicier d’Athènes : Petros Markaris

Titre : Trilogie de la crise – 02 – Le justicier d’Athènes

Auteur : Petros Markaris
Édition : Points Policier (2014)
Édition Originale : Pereosi (2011)
Traducteur : Michel Volkovitch

Résumé :
Tandis que chaque jour, Athènes, paralysée par des manifestations, menace de s’embraser, un tueur sème la mort antique.

Mais en ciblant de riches fraudeurs fiscaux, d’assassin il devient héros populaire.

Le stopper, c’est l’ériger en martyr ; le laisser libre, c’est voir la liste de cadavres s’allonger. En bon flic, Charitos se doit de l’arrêter. En bon citoyen…

Critique :
Après la Sicile du commissaire Montalbano, direction la Grèce du commissaire Kostas Charitos !

Attention, c’est la Grèce en 2011, celle en pleine crise économique.

Crise que nous allons étudier de l’intérieur, que nous allons vivre en tentant de nous frayer un chemin dans la ville d’Athènes remplie de manifestants tous les jours, des protestataires en tout genre.

La Grèce qui voit son peuple crever car malgré les diplômes, malgré le travail, les gens ont bien du mal à joindre les deux bouts, tant ils sont mal payés et qu’on leur sucre toutes les primes.

C’est todi li p’tit qu’on spotche (c’est toujours le petit qu’on écrase) et ceux qui crèvent la gueule ouverte, ce sont les petites gens, les gens normaux, pas ceux d’en haut, bien entendu.

Lire un Kostas Charitos, c’est entrer de plain-pied dans la misère humaine dans ce qu’elle a de plus humiliante, de plus détestable car voir des jeunes diplômés, des BAC+ beaucoup d’années, devoir bosser pour pas un rond ou ne pas trouver du boulot, c’est toujours rageant.

Leurs ancêtres avaient été Gastarbeiter (travailleurs invités) et avaient dû s’exiler pour trouver du boulot et voilà que les jeunes doivent remettre ça : partir ou crever. Mais ce sont les diplômés qui partent, plus les ouvriers peu qualifiés.

Ça fait la deuxième fois que j’ai envie d’embrasser le criminel dans les romans de Petros Markaris puisque dans le premier, on y assassinait des banquiers véreux et dans celui-ci, des gros fraudeurs du fisc, de ceux qui ont profité du système pour s’en mettre plein les fouilles et qui n’ont payé qu’une misère en impôts car ils n’ont pas déclaré tous leurs revenus.

Désolé, mais je n’ai ressenti aucune émotion à voir des fraudeurs de ce haut niveau se faire assassiner… Par contre, dans les suicides provoqués par la crise, on se retrouve face à des moments poignants car certains avaient la vie devant eux, mais les perspectives n’étant pas belles, ils ont préféré la mort avant de tomber sur des jours encore pire.

Kosta Charitos n’est pas un commissaire comme les autres. Il est lent, ringard et chiant, comme le résume si bien un journaliste, ami à lui. Il a une vie de famille dont on prend plaisir à suivre les péripéties au cours du récit, car elles illustrent bien les problèmes que rencontrent la majeure partie des familles en Grèce.

Kosta n’est pas alcoolo ou dépressif, non, c’est un homme ordinaire, un homme et un policier patient, tenace, humain (très), qui ne reste jamais insensible aux souffrances de ses concitoyens et capable d’avoir de la sympathie pour l’assassin que son devoir lui impose d’arrêter.

Lire une enquête de Kosta Charitos, c’est plonger dans les eaux troubles, c’est assister à la déliquescence de l’État Grec, de la société grecque toute entière, c’est arpenter les coulisses puantes du pouvoir (gaffe en marchant de pas poser le pied dedans), c’est dénoncer les magouilles des riches et parler de la misère et de l’angoisse des petites gens.

Bref, c’est foutre un coup de pied dans la fourmilière, l’exposer en pleine lumière et tenter de nous faire comprendre la crise Grecque d’une autre manière en nous la faisant vivre de l’intérieur.

Une fois de plus, c’était brillant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°173 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°18].

 

Sherlock Holmes et le complot de Mayerling : Nicole Boeglin [LC avec Bianca]

Titre : Sherlock Holmes et le complot de Mayerling

Auteur : Nicole Boeglin
Édition : City (08/01/2020)

Résumé :
En cet hiver 1889, une jeune femme se présente au 221B Baker Street. La dame de compagnie de l’impératrice Sissi vient, dans la plus grande discrétion, requérir l’aide de Sherlock Holmes.

En effet, le fils de l’impératrice a été retrouvé mort dans le pavillon de chasse de la propriété de Mayerling.

L’enquête officielle a conclu au suicide. Un peu vite. Holmes et Watson découvrent rapidement des indices pour le moins suspects.

Qui est cette jeune femme retrouvée morte aux côtés du prince et que l’on a enterrée en secret ? Et pourquoi un tableau a-t-il été volé au moment du meurtre ? La mort du prince n’est que la partie émergée d’une vaste affaire.

Sherlock va devoir faire appel à toutes ses capacités de déduction pour en démêler les fils.

rodolpheCritique :
Le fameux drame de Mayerling, je le connaissais, mais à force de faire entrer des choses dans ma petite mansarde qui me sert de cervelle, cette affaire, ce mystère en était sorti.

Accident ? Suicide ? Assassinat ?

C’est comme pour Elvis Presley, Marilyn Monroe, Lady Di, JFK,… tout le monde a un avis mais personne ne connait la vérité, même si on va parfois la chercher trop loin.

Les seuls qui savent, ce sont ceux qui ont organisé et maquillé les crimes, si crimes il y a eu. De toute façon, on gagne plus à laisser planer le doute et le parfum de scandale.

Pour les cancres du fond qui n’ont rien su de ce drame, je résume brièvement pour que vous fassiez vos dikkenek devant Stéphane Bern : l’archiduc héritier d’Autriche Rodolphe (marié à la princesse Stéphanie de Belgique) est le fils de l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche et de l’impératrice Romy Schneider… Pardon, de l’impératrice Élisabeth, dite « Sissi ».

Rodolphe est retrouvé mort en compagnie de sa maîtresse, Marie Vetsera, une jeune fille mineure (17 ans), dans son pavillon de chasse de Mayerling. Le suicide semble évident, mais… En ce qui concerne les potins, Rodolphe avait la chaude-pisse et il a rendu Steph’ stérile (mais ils avaient eu le temps d’avoir une fille).

Sherlock Holmes et John Watson sont mandatés par Sissi pour enquêter sur la mort de son fils, le fameux Rodolphe, ce qui fait que nous allons aller nous balader dans la cour impériale et dans les petits salons feutrés. Tenue correcte exigée !

Bon, un mauvais point pour le fait que l’auteure qualifie Léopold II de roi de Belgique ! Hérésie anarchique ! En Belgique, depuis Léopold Ier, les rois chez nous sont ceux DES Belges et jamais DE Belgique !

Autrement dit, nos souverains sont les rois du peuple mais pas du territoire. Même Wikiki le sait. Pour sa punition, obligée de manger une couque de Dinant SANS pouvoir la tremper dans une jatte de café. Mhouhahaha (sadisme pur).

J’ai crispé un peu mes ongles sur la table lorsque Watson désigne Holmes par son prénom, dans le récit, là, c’est le l’hérésie canonique, mais je ne l’obligerai pas l’auteure à me faire une dissertation sur la politique dite « du gaufrier » en Belgique en punition.

Anybref, j’ai pris mon pied en lisant ce roman ! Holmes et Watson sont canoniques, bien dans leurs rôles et l’enquête n’est pas évidente pour Holmes puisque tout à quasi disparu, été nettoyé, repeint… Comme Watson, je n’ai rien vu venir et pourtant, c’était élémentaire, les petits indices avaient été semés, mais si j’ai lu, je n’ai pas observé.

Le roman se divise en deux parties : nous avons le récit de Watson qui est entrecoupé d’un récit plus contemporain (1990) et épistolaire (les lettres entre Lilly et Tania) et qui se déroule donc à l’époque où les gsm n’existaient pas et où la poste faisait son boulot car les lettres arrivaient super vite (une lettre écrite le 8 juin 1991 et postée à Bangor, Angleterre a dû être envoyée par pigeon express puisque le 11 juin, à Vienne, Lilly pouvait répondre à Tania). Ce n’était pas la Poste Belge, assurément !

Entre nous, les récits épistolaires, je déteste ça, mais là, ça se mariait bien au récit et c’était la meilleure manière de faire, je trouve. Ça a ajouté du mystère car au départ, on ne savait pas qui était Lilly et Tania, celle qui enquêtait sur le drame de Mayerling.

Pour le journaliste Eliott, j’ai vite compris qui il était, mais l’auteure nous le révélera sans doute dans le prochain épisode car il y aura une suite et ça, c’est une super bonne nouvelle car j’ai bien envie de retrouver tout ce petit monde dans une suite.

Un roman policier historique qui a les pieds ancrés dans deux époques, un drame historique que l’auteure résout d’une manière réaliste, qui tient la route, une utilisation des personnages de Holmes/Watson bien mise en scène et une enquête qui se lit d’une traite, tant c’est passionnant.

Une LC que nous attendions avec impatience, Bianca et moi, pourtant, le plaisir ne fut pas tout à fait au rendez-vous pour ma copinaute. Si elle a adoré la partie avec Holmes & Watson, elle a trouvé la partie contemporaine plus chiante et n’a pas adhéré au format épistolaire.

Pourquoi le roi des Belges ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°172 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°17].