Grizzly : Nan Aurousseau

Titre : Grizzly

Auteur : Nan Aurousseau
Édition : Buchet/Chastel (06/05/2021)

Résumé :
Après des années de totale galère, Dan et Jon, deux vieux potes, ont décidé de s’associer. Depuis trois ans, leur camp installé en haute altitude dans les Rocheuses propose aux touristes un lieu exceptionnel et sauvage. Là, trek, randonnée, pêche, safari photos sont au programme.

Un client riche et inconscient a décidé, malgré une tempête de neige qui se prépare, de prendre des photos d’un énorme grizzly qui rôde dans le coin. À reculons, Dan part avec lui à la recherche de l’ours. Le client, malgré les injonctions de Dan, s’approche trop près de l’animal et se fait tuer.

La tempête se déchaîne et Dan se retrouve avec un cadavre sur les bras. Un mécanisme étrange s’enclenche dans son cerveau : il faut absolument se débarrasser du corps pour avoir la paix. Alors que le scénario qu’il échafaude est parfait, Dan, à la dernière minute, ne résiste pas à voler la montre du mort. Un objet de luxe qui le fascine.

À partir de là, les emmerdes vont s’accumuler…

Critique :
Dan, 57 ans, a loupé le coche : il a passé les 50 ans et il n’a pas encore sa montre de prestige !

Qu’à cela ne tienne, le possesseur d’une superbe montre vient justement d’avoir une confrontation violente avec une ourse et Dan en profite pour lui chiper sa superbe montre…

Et de cacher le corps, par la même occasion, pour éviter les ennuis et la mauvaise publicité.

Non, pour une fois, le 4ème de couverture n’était pas trop bavard, dès la première ligne, on se retrouve avec le client mortellement blessé par l’ourse. Comme dans Columbo, on sait ce qu’il s’est passé, mais on ne sait pas comment toute cette histoire va se terminer !

Ce roman est tout simplement déjanté, fou, burlesque, sombre, sanglant. Bref, en un mot, il est jouissif !

Impossible de savoir quelle direction va prendre l’histoire ! Le suspense est entier et tout se déroulera en huis-clos, durant une tempête de neige et on ira de surprises en surprises.

Partant d’un simple accident, d’une imbécilité commise par un citadin qui voulait LA photo avec une ourse, tout va s’enchaîner de manière inattendue, tout en restant logique, comme lorsqu’un domino tombe et entraîne les suivants dans une cascade.

Dan a retiré la pièce maîtresse d’un mikado, avec application (qu’il pense), mais cela a fragilisé toute la construction. Avec les délires Dan, qui possède une imagination folle, on va assister à cette pièce macabre, mais drôle (ou le contraire), jusqu’à la conclusion, impuissant devant les faits qui se déroulent sous nos yeux. Le tout pour notre plus grand plaisir.

Comment les personnages en sont arrivés là ? À cause d’une photo, d’une ourse pas contente, d’une tempête de neige, de la jalousie, d’une imagination débridée, d’une bite, de partie de jambes en l’air, de deux flics et d’un voisin vieux et puant…

Un roman court, intense, jouissif, avec un suspense maîtrisé, des personnages dont on saura peu de choses (pas besoin d’en savoir plus, ils se suffisent à eux-mêmes). Un excellent moment de lecture avec ce pauvre Dan et toutes les merdes qui vont lui arriver suite à ce vol d’une montre valant le prix d’un rein.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°79] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°90].

Le dernier chant : Sonja Delzongle

Titre : Le dernier chant

Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël Sueurs froides (31/03/2021)

Résumé :
Et si les animaux n’étaient que de malheureuses sentinelles…

C’est le bruit, qui tue. Le dernier chant. Il apporte la mort. Telle est la prédiction de la vieille Innu devant l’immense cimetière qu’est devenu le fleuve Saint-Laurent en ce matin d’août 2021. À perte de vue, des marsouins, des bélugas, quelques orques, flottent le ventre en l’air. Une hécatombe sans précédent.

Deux mois après, dans une réserve du Congo, les gorilles succombent eux aussi à un mal inexpliqué. Et, chose stupéfiante, les survivants, prostrés semblent pleurer…

Quel lien entre ces phénomènes qui se multiplient dans le monde ? A qui profite la disparition de ces êtres vivants ? C’est ce que se demande Shan, chercheuse à l’Institut de virologie de Grenoble, en découvrant le dossier déposé sur son bureau par un stagiaire.

La voilà décidée à mener l’enquête, seule. Mais déjà, des yeux la surveillent, quoi qu’elle fasse, où qu’elle s’envole… Et à l’approche de la vérité, Shan mettra en jeu non seulement ses convictions, mais aussi sa propre vie.

Critique :
Voilà un roman dont il ne me sera pas facile de faire la chronique car j’ai vécu des émotions intenses durant ma lecture et va falloir faire passer dans ma chronique.

A contrario, certaines petites choses ont eu tendance à moins bien passer durant ma lecture…

Commençons par le positif : les émotions ressenties durant la lecture ! Elles furent intenses, surtout au départ, avec les décès inexpliqués de plusieurs mammifères, dont des baleines et des gorilles. Ça vous prend aux tripes car l’autrice arrive à vous décrire cette hécatombe sans pour autant en faire des tonnes.

C’est un polar écologique d’anticipation, mais on se doute qu’il ne faudra pas attendre des centaines d’années pour arriver à ce genre d’extinctions de masse… La date butoir est plus proche qu’on ne le pense. Je dirais même plus, ça a commencé depuis longtemps !

Anybref, cette première partie est intense et bourrée de suspense, de mystères, à tel point que je me demandais comment l’autrice allait se dépatouiller de tout cela dans le final du roman : de manière folle ou en restant les pieds sur terre ? Ouf, elle n’a pas suivi le chant des mauvaises sirènes…

L’avantage de ce polar écologique, c’est qu’en plus d’être addictif, bien écrit, il vous envoie vous coucher moins bête qu’avant, vous pousse à des réflexions et donne matière à réfléchir sur notre mode de vie toujours plus fou, exagéré, bourré de gaspillage, de douleurs animales, de foutage des ressources de la planète en l’air…

Les personnages croisés sont bien campés, bien typés, j’ai apprécié celui de Shan, la scientifique, qui est un personnage fort complexe et rempli de fêlures : débarquée de son pays en France, ce ne fut pas rose tout les jours, les Blancs ayant tendance au dénigrement des autres.

Pourtant, Shan, qui est intelligente, aura parfois un comportement un peu imbécile : se ruer sur des évidences un peu trop grosses, faire confiance à des gens qu’elle ne connait pas, discute avec un Deadbot sans y voir malice et fait du quad deux jours après sa sortie de l’hôpital (non, je ne crois qu’après ÇA, il soit indiqué de faire du quad, mais je ne suis pas médecin). Les HPI ne sont pas toujours les plus intelligents…

Dans le récit, qui à un moment donné vire vers quelques théories complotistes (les personnages pensent ce qu’ils veulent, pas obligé de les croire sur parole), l’autrice nous parle du « covirus », nous rappelant ce que nous avons vécu, mais sans aller plus loin. Il semble d’ailleurs terminé puisque personne ne porte de masque et que tout le monde vit l’un sur l’autre (la vie d’avant !). Alors, pourquoi en parler ? On aurait pu le bazarder de l’équation.

Détail sans importance, je vous l’accorde. Là où le bât a blessé grave sa mère (je parle d’jeun’s), c’est dans le final, version Zorro qui arrive pile au bon moment, sorte de deus ex machina qui n’arrive que dans les romans ou les films (dans la vie réelle, cours toujours) et dans le fait que les Grands Méchants ont tout des stéréotypes des méchants croisés dans des films drôles et débiles : zéro crédibilité ! Dommage.

Si le départ avait été correctement amorcé, bourré d’émotions en tout genre, de mystères, de suspense, de questionnements, ça se détériore un peu dans la seconde partie.

Les théories complotistes viennent se mélanger avec d’autres théories abordées dans le  récit, le rendant chaotique. Cela donne l’impression que l’autrice veut trop en faire, trop mettre de sujets différents dans son récit, on s’éparpille un peu au lieu de ce concentrer sur ce qui nous avait fait mener l’enquête du début.

N’allez pas croire que ces bémols ont gâchés ma lecture, le positif l’emportera sur les points négatifs. Le récit est entraînant et diaboliquement efficace.

Que faisons-nous subir à la Terre et aux animaux ? La Terre nous survivra, elle a connu pire que les virus que sont les Humains.

Mais nous ? Survivrons-nous alors qu’on se tire des balles dans les pieds, qu’on (nous) scie les branches sur lesquelles nous sommes assis ? Il me restera des questions sans réponse… Un jour, on le saura et il sera trop tard…

Un thriller écologique qui apporte des émotions, des questionnements et qui est terriblement addictif. À découvrir, malgré ses petits défauts…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°77] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°89].

Les soeurs de Montmorts : Jérôme Loubry

Titre : Les soeurs de Montmorts

Auteur : Jérôme Loubry
Édition : Calmann-Lévy (25/08/2021)

Résumé :
Novembre 2021. Julien Perrault vient d’être nommé chef de la police de Montmorts, village isolé desservi par une unique route. Alors qu’il s’imaginait atterrir au bout du monde, il découvre un endroit cossu, aux rues d’une propreté immaculée, et équipé d’un système de surveillance dernier cri.

Mais quelque chose détonne dans cette atmosphère trop calme.

Est-ce la silhouette menaçante de la montagne des Morts qui surplombe le village ? Les voix et les superstitions qui hantent les habitants ? Les décès violents qui jalonnent l’histoire des lieux ?

Critique :
Julien Perrault, flic, est allé chercher le calme dans le trou du cul de la France : Montmorts.

Là, il se dit qu’il va être pépère tranquille dans ce commissariat dont l’affaire la plus importante est un habitant qui cherche à la biblio un livre qui n’existe pas, d’un auteur qui n’existe pas et qui traite la bibliothécaire de salope.

Lui comme moi, nous nous attendions à débarquer dans un village peuplé de bouseux, sans électricité, sans wifi, avec des routes qui datent des guerres napoléoniennes et nous en avons été pour nos frais : le village est pimpant, bien pourvu, loin des décors collant habituellement aux idées que l’on se fait d’un trou perdu.

Pourtant, notre flic va passer une journée en enfer, ne sachant plus où donner de la tête, tel un John McClane (les muscles et les explosions en moins) ne sachant pas ce qu’il va lui arriver ensuite car il n’a pas lu le scénario, tout en se disant que s’il avait été au 36 Quai des Orfèvres, il aurait passé des journées plus paisibles !

Ce roman policier surfe allégrement avec le fantastique, limite surnaturel et jusqu’à l’explication finale, on se demande bien ce qui a pu arriver à certains habitants de Montmorts pour avoir le cerveau vidé de la sorte.

Auraient-ils tous regardé une chaîne de télé qui proposerait plus que du temps de cerveau à une boisson pétillante ? Nul ne le sait, mais j’ai eu beau faire fumer mes méninges, imaginer tout et n’importe quoi, je n’ai jamais réussi à trouver avant que l’auteur ne me foute le nez dedans.

L’auteur n’a pas peur de jouer avec ses lecteurs, de les entraîner là où l’on ne s’y attend pas, de nous mettre le cerveau à néant, de nous faire danser selon son tempo à lui et de laisser planer le doute, jusqu’au bout, sur côté surnaturel ou non de son récit.

Il m’aura juste manqué un petit quelque chose : durant tout mon récit, je ne me suis attachée à aucun personnage, ils auraient pu tous mourir sans que cela m’en touche une (de corde sensible). Dommage, cela aurait été un petit plus bien agréable que de vibrer en ayant peur pour leur vie.

Au moins, l’auteur a préféré donner plus de présence, d’épaisseur au village de Montmorts, faisant de lui un personnage à part entière, un protagoniste muet, mais bien présent et qui nous offre quelques atmosphères bien angoissantes de par ses lieux étranges er rempli de superstition ou d’anciens faits guère reluisants.

L’auteur a réussi à bien doser le  rythme de son récit, sans qu’il ne soit trop rapide ou trop lent, sans perte de régime, relançant la machine du mystère et du suspense sans trop en faire (et ça marche !), me donnant envie d’arriver au bout pour enfin savoir tout sur tout !

Il n’a pas succombé aux sirènes des actions rocambolesques dans le but de tenir son public en haleine, même si, durant le roman, nous aurons quelques scènes de folie, mais pas dans le but d’en rajouter, tout s’expliquera à la fin.

Si vous en avez marre de vous faire manipuler par les banquiers, assureurs, politiciens et autre prometteurs de beaux jours, venez vous faire manipuler par Jérôme Loubry : ça vous coûtera moins cher. Au moins, vous aurez le plaisir de dire, avec un grand sourire : putain, il m’a bien eu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°69].

Devenir quelqu’un : Willy Vlautin

Titre : Devenir quelqu’un

Auteur : Willy Vlautin
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (03/02/2021)
Édition Originale : Don’t skip out on me (2018)
Traduction : Hélène Fournier

Résumé :
A vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches.

Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain…

Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise.

Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?

Critique :
Tout le monde, un jour, à voulu être quelqu’un… Quelqu’un qui compte, quelqu’un dont on se souvienne, quelqu’un d’autre…

Tout le monde a voulu, un jour, prouver qu’il/elle était quelqu’un, capable de se débrouiller seul, de faire ses preuves et d’aller au bout de ses rêves.

♫ J’irai au bout de mes rêves ♫ Où la raison s’achève ♪ comme le chantait JJG.

Le rêve de Horace Hopper est de devenir champion de boxe. Il est persuadé que s’il le veut, qu’à force d’entrainement, il y arrivera et il n’écoute pas la voix de la raison d’Eldon Reese, son employeur et père de substitution. Le voici parti pour la grande ville, lui qui a vécu dans les montagnes du Nevada.

Ce roman met en scène le parcours initiatique d’un jeune homme dont toute sa vie ne fut qu’une vie de merde : abandonné à sa grand-mère par sa mère, son père était déjà foutu le camp bien avant, cible des autres à l’école, métissé Indien, il se rêve Mexicain et refuse ses origines. Vu sa fiche, on aurait pou croire que quelqu’un lui en voulait pour lui avoir déjà fait subir toutes ces emmerdes.

L’histoire a un goût de déjà-lu ou de déjà-vu : un gamin maltraité par la vie et les Hommes, venant de la rase campagne, qui part à la ville pour réaliser son rêve de devenir champion de boxe alors qu’il part d’une feuille à peine écrite dans ce sport.

Il est innocent, le gamin, on le sent bien et les autre aussi le perçoive. Lâché dans la jungle, il essaiera de s’en sortir du mieux qu’il peut… Le rêve Américain, ce vieux mythe, lui semble à sa portée et notre jeune homme fera comme bien d’autres avant lui : lâcher la proie pour l’ombre.

Horace est hanté par ses échecs passés, pensant qu’il n’a rien fait de bien dans sa vie, même si Eldon Reese, le vieux rancher qui l’a recueilli avec son épouse, lui dit le contraire.

Le récit ne s’encombre pas du superflu, Horace boxe dans les poids plumes et le récit est expurgé de ce qui pourrait lui donner du gras. On se doutera qu’il y a des combats de boxe truqués, des magouilles, des choses louches, des sommes d’argent gardées par ceux qui n’y avaient pas droit et qu’on a manipulé Horace, mais sans que jamais les choses soient dites noir sur blanc.

On croisera de la misère humaine, aussi, mais sans jamais approfondir le sujet, ces rencontres n’étant que de celles que l’on fait parfois sur la route de notre vie. À peine rencontrée, aussitôt oubliée.

Mêlant adroitement les passages où Horace tente de devenir boxeur et se prend des coups dans la tronche avec ceux de la vie du couple Reese sur son ranch, on se rend compte que la vie est ironique : Horace va chercher loin une carrière alors qu’il aurait pu être un rancher et les Reese, sans Horace, ne savent plus s’en sortir avec leurs moutons. Il était utile à quelqu’un et ce crétin est parti.

Plusieurs fois j’ai eu envie de colles des baffes à Horace, que j’ai trouvé mou du genou à certains moments, quand il doutait et parfois, je l’ai trouvé trop timoré lorsqu’il voulait prouver à tout le monde et avant tout à lui, qu’il allait devenir quelqu’un. Hors il était déjà devenu quelqu’un…

Il m’aura manqué de l’empathie pour Horace, mais il me pardonnera sans doute, lui qui sait encaisser les coups mieux que personne, au sens propre comme au sens figuré et qui, quand il les rend, le fait avec une force énorme. Toute sa vie fut ainsi.

En fait, le personnage le plus important, le plus empathique, ce sera Eldon Reese, le vieux rancher qui a pris Horace sous son aile, qui sera ce qui se rapprochera le plus du père pour Horace et qui n’a pas réussi à le retenir parce que le gamin se sent indigne de son amour. Horace, t’es con, tu sais !

Un roman sombre que la quête d’identité, sur la non acceptance de ce que l’on est, le refus de ses origines ancestrales et la volonté de prouver que l’on peut devenir quelqu’un, quelque soit le prix à payer.

C’est le combat de Horace contre ses démons intérieurs, contre ses origines, contre le monde entier, ce sont les coups qu’il a encaissé durant toute sa courte vie (il n’a que 21 ans) et la possibilité qu’il a de les rendre, même si ce n’est pas aux bonnes personnes puisqu’il est sur un ring et que ce n’est pas la vraie vie, ce qu’il se passe dessus.

C’est l’histoire éternelle d’une personne qui ne se sentait pas digne de recevoir l’amour des gens qui l’avaient recueilli, d’un jeune homme qui n’avait pas compris tout ce qu’il avait déjà accompli, qu’il pouvait être fier de son parcours, qu’il était devenu quelqu’un, même s’il ne le savait pas, même s’il ne voulait pas l’entendre.

La dernière phrase est terrible et elle m’a cassée en deux…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°66].

Blacksad – Tome 5 – Amarillo : Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido

Titre : Blacksad – Tome 5 – Amarillo

Scénariste : Juan Diaz Canales
Dessinateur : Juanjo Guarnido

Édition : Dargaud (2013)

Résumé :
Weekly doit quitter La Nouvelle-Orléans ; il y laisse John qui préfère rester pour chercher du travail sur place.

Par chance, celui-ci croise justement un riche Texan qui lui propose de ramener sa voiture chez lui : un boulot simple et bien payé !

Critique :
Blacksad décide de rester à la Nouvelle-Orléans et son pote Weekly le quitte à regret.

Moi aussi j’ai regardé partir Weekly avec regrets car c’est un personnage que j’apprécie beaucoup.

Heureusement, les auteurs vont m’en sortir un nouveau de leur poche : Neal, un avocat éditeur avec une belle tête d’hyène et une gueule sympathique.

Dommage que sa collaboration avec notre chat détective s’arrêtera à ce tome…

Ce récit commence comme des vacances pour notre Blacksad, un peu à la manière du Corniaud, le voici chargé de reconduire la Cadillac d’un riche Texan à Tulsa. Voilà un boulot pépère et bien payé. Notre chat roule, la pédale douce.

Oui mais, tel un Hercule Poirot sur lequel pleuvent les meurtres lorsqu’il prend des vacances, les emmerdes, volant en escadrille (et non en espadrilles), lui tombent dessus sans qu’il sache vraiment comment faire pour gérer tout ça.

Plusieurs choses resteront sans réponses dans ce cinquième tome : comment le riche texan réagira t-il en découvrant sa superbe bagnole cabossée de partout et puant le macchabée ? Pourquoi Chad, le beau lion et écrivain talentueux sur le retour et son pote Le Bison, poète qui se prend pas pour de la merde, ont-ils volé une moto et ensuite la bagnole de Blacksad ? La villa vue au départ leur appartenait-elle ou l’avaient-ils squattée ? Que deviendra le rouleau aux chiottes ? Mystères…

Si ce tome n’est pas mou du genou, si les dessins sont toujours magnifiquement exécutés, si les expressions faciales sont toujours superbes et d’une finesse que j’apprécie, si les couleurs sont chatoyantes, j’ai tout de même eu l’impression que notre détective félin se laisse emmener plutôt que de mener la danse.

Les personnages, même secondaires, ont une importance capitale et ceux de Neal l’avocat gouailleur et de Chad, l’auteur a succès qui doute, sont des portraits magnifiques et plein de profondeur.

Notre incursion dans le monde impitoyable du cirque ne nous donnera pas envie d’aller acheter un billet, mais cela permettra à Blacksad de nous montrer qu’il a encore de la ressource et de faire connaissance avec sa frangine.

Road movie les poils au vent, ce cinquième tome n’a pas la force des trois premiers, même s’il reste d’excellente facture et supérieur à bien d’autres bédés. Malgré tout, ces avalanches de situations alambiquées semblent n’être là que pour meubler un peu.

Pourtant, j’ai passé un bon moment avec mon Blacksad, un peu comme si nous étions en vacances et qu’il nous arrivait des bricoles amusantes, avant qu’elles ne deviennent franchement dangereuse pour notre santé.

À noter que le final est très beau… Fallait avoir des couilles, Chad, et tu les as eues.

Maintenant, sans attendre des années, je vais passer au nouveau tome qui vient de sortir. Parfois, découvrir des séries sur le tard, ça a du bon.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°62], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°86] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

À vol d’oiseau – Walt Longmire 08 : Craig Johnson

Titre : À vol d’oiseau – Walt Longmire 08

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister Noire (2016) / Points (2018)
Édition Originale : As the crow flies (2012)
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
Le shérif Walt Longmire doit mener à bien une affaire des plus importantes : marier sa fille unique, Cady. Mais pendant les préparatifs de la cérémonie Walt et son ami Henry Standing Bear sont les témoins d’un étrange suicide. Audrey Plain Feather s’est jetée de la falaise avec son fils dans les bras.

Si l’enfant est miraculeusement sain et sauf, il apparaît rapidement que cette mort est un meurtre déguisé. Walt se retrouve aux prises avec la nouvelle chef de la police tribale, la très belle et très zélée Lolo Long, et pour compliquer encore leurs relations, le FBI débarque en force pour suivre l’affaire.

Une chasse à l’homme s’engage, qui mènera le shérif au plus profond de la réserve indienne avec pour guides un mystérieux corbeau et la sagesse des anciens.

Critique :
Le shérif Walt Longmire est face à une situation importante, la plus difficile de sa carrière, la plus dangereuse, aussi : trouver un autre endroit que la réserve indienne pour marier sa fille Cady !

Déjà qu’elle va être en pétard de ne plus pouvoir faire la cérémonie où elle voulait… Longmire a les chocottes et il est à la recherche d’un autre endroit super chouette, avec son ami, Henry Standing Bear, La Nation Cheyenne.

À croire que les gens attendent que le shérif soit dans les parages, occupé à un truc super important, pour se donner la mort devant lui… Suicide, accident ou meurtre ? Va falloir démêler ça !

Lire une enquête de Walt Longmire, c’est retrouver toute une bande de vieux amis, des potes, c’est aussi mener l’enquête à son aise, sans courir, en prenant son temps.

L’auteur ne se contente pas de nous offrir un polar whodunit classique, il en profite aussi pour nous parler des réserves indiennes, de leurs occupants, des soucis qu’ils ont. C’est aussi l’occasion de lire du nature writing car les décors prennent une place importante dans ces récits. Le voyage vaut la peine, le lire, c’est le vivre.

Pour ce huitième opus (oups, j’ai sauté le 7), notre shérif du comté d’Absaroka, Wyoming, va passer la frontière et enquêter au Montana, avec une policière aux méthodes expéditives et musclées : Lolo Long de la police tribale. Un cas à elle toute seule. Ses adjoints habituels seront donc en retrait, hormis son chien.

Lors des enquêtes de Longmire, on ne voit pas le sang couler, ou si peu, ça reste sobre, même si nous aurons plusieurs morts et quelques mystères à éclaircir.

Les fausses pistes, les suspects, les mensonges, les omissions, les chausse-trappes, tout est présent pour nous tenir en haleine durant les 430 pages de la version poche, sans pour autant que cela tourne au remake de 24h chrono. On ne perd pas son temps, mais on sait le prendre aussi.

Une fois de plus, j’ai passé un bon moment lecture avec mon vieil ami le shérif Longmire et son ami l’Ours, le Cheyenne qui conduit un tas de ferraille qui semble ne s’en prendre qu’à ceux qui le dénigre, comme Longmire.

C’est frais, agréable, les dialogues ne manquent jamais d’humour, le récit ne manque jamais d’un soupçon de roman noir puisqu’il nous montre aussi les conditions de vie des Amérindiens dans les réserves : leur recours aux chèques d’allocations, leurs écoles pourries, la scolarité la plus médiocre des États-Unis, l’alcool, la débrouille…

Sans jamais être péjoratif, l’auteur nous les montre tels qu’ils sont et dans ces pauvres ères, on trouve toujours des êtres plus lumineux que d’autres.

Toujours un plaisir à lire ! Bon, faudra maintenant que je répare mon oubli et que me rue sur le 7ème épisode, parce que même si on peut les lire indépendamment les uns des autres, le faire dans le bon ordre est toujours mieux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°61].

Orcs et Gobelins – Tome 14 – Shaaka : Sylvain Cordurié et Jean-Charles Poupard

Titre : Orcs et Gobelins – Tome 14 – Shaaka

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Jean-Charles Poupard

Édition : Soleil (08/09/2021)

Résumé :
Longtemps, Shaaka a œuvré pour le Margrave Egilon. Mais lassée de risquer sa peau, elle a quitté son employeur. Jusqu’au jour où Egilon vient la trouver.

Pour s’emparer d’un gisement d’or en Ourann, il a fait empoisonner des points d’eau et a causé la mort de nombreux orcs, s’attirant les foudres d’un orc légendaire.

Pour sauver sa fille, il veut que Shaaka lui fasse quitter l’île d’Enghien.

Critique :
Cet album, je l’attendais impatiemment car il y avait une orc sur la couverture et, jusqu’à présent, si dans les univers Elfes et Nains, nous avions des femmes bien présentes, avec des rôles importants, il n’en était rien dans l’univers des Orcs & Gobelins.

Vu la race, il est difficile de faire dans la dentelle ou la finesse puisque nos culs verts sont spécialisés dans la baston.

Enfin, c’est surtout les Orcs qui aiment la castagne et les guerres, avec les gobelins, on a plus de marge…

Notre héroïne Orc, Shaaka, ne va pas déroger à la règle : elle est badass, a du muscle, sait se battre et est pourvue d’une forte poitrine. Messieurs, la faite pas chier, vous la trouverez et ça fera mal.

Le scénario est classique : un riche seigneur a voulu encore être plus riche, pour cela, fallait virer les Orcs qui se trouvaient sur les territoires et ce crétin n’a rien trouvé de mieux que d’aller faire empoisonner leurs sources.

Les Orcs qui veulent lui expliquer qu’on ne fait pas ce genre de saloperie, ce ne sont pas des enfants de coeur, loin de là. Et le seigneur de confier sa chieuse de fille à notre Orc Shaaka.

Un tandem disparate, ça marche toujours (au cinéma ou ailleurs), surtout si on a l’un des deux qui sait se battre, s’orienter, survivre dehors et pas l’autre qui a pété toute sa vie dans de la soie.

Surtout si l’une d’elle fut de nombreuses années aux ordres d’un seigneur et que l’autre est la vilaine fifille un peu trop gâtée par son pôpa et qui se pense supérieure aux Orcs puisque ceux-ci n’ont que le goût du meurtre dans le sang, oubliant que son père tua bien des êtres vivants pour augmenter sa richesse.

— Ta race a le goût du meurtre dans le sang !
— Si on va par là, la tienne aussi. Même si vos crocs sont moins apparents et que vos manières font parfois illusions.

Non, non, nous ne tomberons pas dans le registre de l’humour, ce tandem-ci, ce ne sont pas « Les compères » mais plus « Les fugitifs », sans les conneries de Pierre Richard, bien entendu. Ici, on est dans une chasse à l’Orc et à la fille du seigneur, tous les coups sont permis, tortures comprises.

Je ne suis pas déçue de ma lecture, même si elle restait conventionnelle dans l’ensemble (avec quelques surprises tout de même), mais j’avoue que pour la première héroïne Orcs de la saga, j’aurais préféré quelque chose de plus fin qu’une guerrière badass devant se coltiner le pur produit du capitalisme seigneurial des terres d’Arran.

Par contre, il y a un bel équilibre entre les Gentils qui ne le sont pas vraiment et les Méchants qui ne sont que les justiciers envoyés par les Orcs pour venger les familles mortes suite à l’empoisonnement des points d’eau.

Ce sont des machines à tuer, certes, mais la vengeance est leur but et on ne peut les blâmer. Quant à nos deux femmes, humaine et Orc, elles ne sont pas des philanthropes non plus et les fabricants d’armes qui les aideront encore moins, mais pas plus salauds que d’autres, ne faisant que vendre un produit demandé.

Oui, j’aurais aimé une autre histoire, mais celle-ci me convient tout de même car l’équilibre des goûts est atteint et le manichéisme n’est pas de mise dans ce récit. À noter qu’il y a tout de même une morale à cette histoire et que j’ai apprécié grandement le final.

On reste donc dans du bon avec ce nouvel album.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°60] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Pasakukoo : Roy Braverman

Titre : Pasakukoo

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo Poche (03/06/2021)

Résumé :
LE SUSPENSE D’ÉTÉ « DICKERIEN » DE ROY BRAVERMAN

Lac Pasakukoo, dans le Maine des été indiens. Le corps noyé d’une jeune romancière prometteuse, égérie annoncée d’une nouvelle génération d’écrivains.

De chaque côté du lac, la résidence de deux auteurs à succès, meilleurs ennemis du monde. Un shérif qui ne les aime pas, et un village où aucun secret ne résiste à la douceur de vivre apparente.

Un avocat noir et théâtral qui débarque. Une secrétaire à faire pâlir Venus en personne. Un assistant littéraire appliqué et ambitieux.

Un manuscrit dont la seule existence fait frémir les familles les plus puissantes de la région.

Des mots qui deviennent des armes, et des pages blanches des linceuls. Et soudain, une série de violences qui se déchaînent entre les rancœurs d’hier et les menaces de demain.

Critique :
Benjamin Dempsey est un auteur… Rien que son nom de famille me fait penser à celui du docteur Mamour (Grey’s Anatomy).

Bien que je n’ai jamais vu plus de 60 minutes de la série, je connais la p’tite gueule d’amour de l’acteur Patrick Dempsey. Il y a pire pour commencer une lecture que de se l’imaginer en écrivain tombeur de ces dames…

La chose qui m’avait fait peur, c’était le bandeau-titre du résumé : LE SUSPENSE D’ÉTÉ « DICKERIEN ». En instant, j’ai pensé revivre le cauchemar des platitudes lancées par le romancier Harry Quebert dans « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » (de Joël Dicker) quand il se pâmait d’amûr pour sa Nola.

Il n’en était rien ! Ouf, j’ai échappée aux platitudes de deux amoureux transits et j’ai passé un moment de folie dans ce roman où le suspense règne en maître incontesté et ou les multiples événements et personnages louches, viennent gonfler le récit, tant et si bien qu’on se demande ce qu’il va se passer quand tout va se rejoindre et exploser.

Attention, lecture jouissive, tant par le choix des personnages, travaillés sans avoir besoin d’en faire trop, par des dialogues savoureux, des passes d’armes avec des avocats bien drôles et cyniques, un cours sur la longueur du sexe masculin et une noirceur de récit qui ne se remarque pas tout de suite, tant on a un petit sourire aux lèvres.

Des polars et thrillers, j’en ai lu des tonnes et de temps en temps, il est agréable d’en lire un qui sort du lot de par sa construction et son scénario. Déjà que l’on ne sait pas quel personnage nous parle en entrée de chapitre, comme en aparté, il faudra arriver à la fin pour comprendre qui était-ce.

Il y a des faux-semblants, des fausses-vraies amitiés, des chausses-trappes et des beaux salopards, dans ces pages, sans que l’on sache tout de suite qui est vraiment le pire : Dempsey, l’écrivain besogneux, Ackerman son voisin d’en face, auteurs de best-seller qui passe sa vie à faire des fêtes ? La jeune fille que l’on retrouvera morte dans le lac ? Le frère qui baise avec sa soeur ? Le sherif qui en veut à Dempsey parce qu’il a baisé sa femme et sa fille ?

Ce thriller polar est addictif, on n’a aucune envie de le lâcher avant la fin, il fait sourire, on pourrait penser que c’est un roman drôle, mais en fait, il est comme le lac Pasakukoo : plus profond que l’on ne se l’imagine et plus sombre qu’il ne laisse paraître.

Dans le fond, si on remue la vase, on verra sortir des murènes et autres monstres des profondeurs comme la course au succès, les conditions de la femme, le racisme, l’envie, la jalousie, le pouvoir, l’argent facile, la société qui s’érige en juge, les erreurs qui vous suivent et s’ajoutent aux autres, la justice pas toujours juste, les gens qui font la pluie et le beau temps à Wall Street, les richesses qui ne sont jamais honnêtes, les coups bas des éditeurs, les émissions de télé orientées, les avocats pas toujours nets, faire le buzz pour vendre plus, les flics ripoux, l’argent qui pense acheter tout…

Pasakukoo est un roman parfait pour les vacances, sans que ce soit péjoratif de le considérer ainsi. Il est parfait parce qu’il remonte le moral, parce qu’il m’a reboostée après quelques lectures en demi-teinte ou loupées, parce qu’il a une morale et que malgré sa complexité, il ne devient jamais lourd ou incompréhensible.

Pasakukko, ou comment passer un bon moment de lecture tout en allant plus loin qu’un simple whodunit. La finesse des personnages et du scénario m’ont enchanté. Et puis, dans cette histoire, rien n’est comme on pourrait le penser. Se faire trimbaler par un auteru, c’est toujours agréable.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°59].

Les Tambours du dieu noir suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire : Phenderson Djèli Clark

Titre : Les Tambours du dieu noir suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire

Auteur : Phenderson Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (15/04/2021)
Édition Originale : The Black God’s Drums (2018)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace

La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises.

Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.

Le Caire. 1912. Depuis une cinquantaine d’années, les djinns vivent parmi les hommes et, grâce à leur génie mécanique, l’Égypte nouvelle s’est imposée parmi les puissants. Ce qui ne va pas sans complications…

Pour preuve l’étrange affaire du djinn du Caire, que se voit confier Fatma el-Sha’arawi – agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles – quand un djinn majeur est retrouvé mort. Suicide ? Trop évident. C’est une machination diabolique que Fatma va mettre au jour.

Critique :
137 pages, pas une de plus et en 137 pages, l’auteur arrive à produire deux novellas d’excellente facture, à m’emporter dans une Nouvelle-Orléans steampunk et puis à me transporter au Caire, tout aussi steampunk, les djinns en plus.

Sans avoir besoin d’en faire trop ou d’en rajouter, l’auteur arrive sans mal à donner le contenance qu’il faut à ses personnages, à ses univers et produire deux scénarios bien mystérieux et addictifs.

Le premier récit uchronique, se déroulant à La Nouvelle-Orléans, nous met face à une Guerre de Sécession qui n’a pas cessé mais où l’esclavage a déjà été aboli dans cette ville indépendante.

L’héroïne, une jeune fille d’à peine 13 ans (Jacqueline, surnommée « LaVrille »), avait assez d’épaisseur pour prendre la plus grande partie de l’histoire sur ses épaules, n’en déléguant que peu à La Capitaine avec laquelle elle va vivre une histoire qui ne sera pas banale.

C’est un univers riche, peuplé de dieux, de magie vaudou, de confédérés dans la brume et de parlé créole. Celui-ci, écrit de manière phonétique, est parfois à lire à voix basse pour être mieux compris. Lorsque la capitaine parle de « dèd », il faut y lire « dead ». Rassurez-vous, pas besoin du dictionnaire Djadja (Aya Nakamura) pour comprendre.

Et dans cette Uchronie, c’est Napoléon qui a perdu face à Toussaint Louverture. Les Caraïbes sont des îles libres. Mais elles ont payé un lourd tribu suite à l’utilisation des Tambours du Dieu Noir.

En peu de pages, je me suis attachée à cette gamine débrouillarde qui vit avec la présence d’une déesse dans sa tête et qui bénéficie de ses visions. C’est une uchronie remplie de suspense, de mystère et d’une enquête dans la ville des Morts… J’ai adoré et le final n’est pas expédié, au moins.

La seconde, tout aussi uchronique, m’a envoyé sous la chaleur sèche du Caire, en compagnie de l’enquêtrice Fatma el-Sha’arawi, une agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles (sur une carte de visite, ça en jette).

Dans une ville musulmane, une femme qui s’habille comme les colons anglais (pantalon, chapeau melon et canne en métal) fait naître toute sorte de commentaires de la part d’une société patriarcale à fond. « Du temps de mon grand-père… » comme lui rappelle souvent son collègue. Mais on n’y est plus, du temps de ton papy, vieux coincé.

Face à la mort inexplicable et spectaculaire d’un djinn dans un quartier huppé de la capitale égyptienne, notre enquêtrice va devoir faire travailler son cerveau et bien s’entourer, si elle veut comprendre les morts tout aussi inexplicables qui vont suivre et le recrudescence des goules dans certains quartiers pauvres.

Ce que j’ai apprécié, dans ces univers uchroniques, c’est que ce sont les femmes qui sont les héroïnes, elles qui sont mises à l’honneur. Sans être des Tomb Raider sous anabolisants ou autres stéroïdes, elles utilisent leur cerveau, leurs connaissances, leur potentiel, n’hésitant pas à travailler en équipe.

L’univers de l’auteur est riche, malgré le peu de pages et on n’a aucun mal à y adhérer. Gaffe ensuite à ne pas se tromper et à penser que Napoléon a bien quitté les Caraïbes à grand renfort de coups de pieds dans le cul !

Deux novellas uchronique que j’ai pris plaisir à découvrir, tant le scénario, l’univers, les personnages, étaient bien étoffés, sans pour autant que l’auteur ait besoin d’en faire trop. En plus, il met bien les femmes en valeur, ce qui ne gâche rien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°57].

Les femmes n’ont pas d’histoire : Amy Jo Burns

Titre : Les femmes n’ont pas d’histoire

Auteur : Amy Jo Burns
Édition : Sonatine (18/02/2021)
Édition Originale : Shiner (2020)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Dans cette région désolée des Appalaches que l’on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C’est un pays d’hommes déchus où l’alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n’ont pas d’histoire.

Élevée dans l’ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé.

Jusqu’au jour où un accident lui donne l’occasion de reprendre sa vie en main.

Ce premier roman inoubliable, qui dépeint la lutte de deux générations de femmes pour devenir elles-mêmes dans un pays en pleine désolation, annonce la naissance d’une auteure au talent époustouflant.

Un récit d’émancipation vibrant de beauté et de rage.

Critique :
Les Appalaches… Je n’y ai jamais mis les pieds mais j’ai l’impression de les connaître par coeur, tant je les ai découvertes au travers de la littérature.

Pas avec de la littérature joyeuse, mais au travers de la Noire, celle qui parle de conditions sociales miséreuses, de gens qui boivent, qui distillent leur alcool, qui se droguent, qui vivent chichement, certains étant à la limite des hommes des bois tellement ils vivent dans un isolement quasi total.

Ici, le patriarcat fait loi. Comme partout ailleurs, vous me direz… Oui, mais ici, c’est pire qu’ailleurs !

Comparées aux femmes qui vivent là-bas, nous sommes des reines pourvues de multiples droits car celles du livre n’ont souvent que le droit de la fermer et de se taire, tout en pondant des chiards et en s’occupant de leurs maris, pauvres petits gamins qui ont besoin d’une mère pour essuyer leur merde.

Dans ce récit, on se prend la ruralité de plein fouet. Et la religion dans la gueule. Les gens vont à l’église le dimanche et certains pratiquent encore le culte avec des serpents.

Bizarrement, même si les femmes sont résignées, ce ne sont pourtant pas des femmes faibles, sans volonté. Elles auraient voulu changer de vie, mais les montagnes des Appalaches ne leur ont pas permis de se libérer et celles qui voulaient foutre le camp se retrouvent mariées avec des enfants, vivant dans un mobile-home ou dans une cabane en rondins.

Ce qui marque le plus, dans ce roman noir profond, c’est la puissance des personnages, qu’ils soient adultes ou adolescente, comme Wren, la fille du manipulateur de serpent qui la garde dans sa cabane, perdue au fond des bois, régnant tel un dictateur sur ce petit territoire et sur deux sujets : son épouse et sa fille.

Malgré le fait que je ne me sois pas vraiment attachée à Wren, malgré le fait que le récit soit assez lent, qu’il n’y ait pas vraiment d’action, j’ai apprécié cette lecture en apnée, cette descente dans l’intimité de deux familles où les hommes ne foutent pas grand-chose et où ce sont les femmes qui portent tout à bout de bras.

Dans d’autres romans, je me serais ennuyée, mais ici, jamais. L’atmosphère est oppressante, sans jamais l’être trop et la construction du récit est intelligente. Si la première partie concerne le récit vu aux travers des yeux de Wren, les parties suivantes seront pour les récits de sa mère, Ruby et de sa meilleure amie, Ivy, avant de passer à Flynn, le moonshiner (il distille de l’alcool).

Ces différentes trames temporelles apportent un éclairage intéressant sur le récit, nous apporte des réponses sur le pourquoi ses deux femmes sont restées sur ces collines boisées, sur leur vie d’avant et d’après, leurs rêves…

Un roman puissant, sans pathos aucun, avec des personnages tout en nuance, désespérés, perdus, cherchant leur voie dans cette Rust Belt qui ne fait de cadeau à personne et n’offre pas du travail à tous. Alors on boit pour oublier, parce que c’est plus simple de se laisser porter par la vie, que d’être acteur de la sienne.

Un roman noir porté par une belle écriture, simple, sans fioritures, trempée dans une encre très sombre, décrivant ces vies fracassées, cette Nature imposante, cette société où le fait de naître femme vous condamne déjà à être ce les hommes voudront que vous soyez et ne vous laissera aucune opportunité de changer de vie (à moins qu’une bite ne vous pousse).

Une histoire ancrée dans un réalisme qui fait frissonner car nous avons beau être dans une fiction, elle n’est guère éloignée de la réalité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°49].