Parmi les tombes : Tim Powers

Parmi les tombesTitre : Parmi les tombes

Auteur : Tim Powers
Édition : Bragelonne (2013)
Édition Originale : Hide Me Among the Graves (2012)
Traduction : Maxime Le Dain

Résumé :
Londres, 1862.
Une ancienne prostituée nommée Adelaïde frappe à la porte de John Crawford, dont elle a croisé la route autrefois. La fillette née de leur brève union aurait survécu mais son âme est prisonnière d’un spectre vampirique.

Ce monstre assoiffé de sang n’est autre que John Polidori, jadis médecin de Lord Byron, le scandaleux poète. Le passé de Crawford et d’Adelaïde est lié au monde des ombres, faisant de leur enfant un trophée convoité par l’esprit maléfique.

Déterminé à sauver sa fille, le couple maudit s’allie à la poétesse Christina Rossetti et à son frère, le peintre Dante Gabriel Rossetti, eux aussi tourmentés par Polidori depuis l’enfance.

Chacun devra choisir entre la banalité d’une existence humaine et l’immortalité sacrilège ?

Critique :
Le mythe des vampires est aussi vieux que le Monde… Powers le reprend à sa sauce mais j’ai eu du mal à avaler sa cuisine.

Non, Rachel, pas frapper ! Je sais combien Tim Powers compte à tes yeux, mais là, c’était tellement lent, tellement bourré de détails en tout genre, de récit qui partait dans tous les sens que mon assiette est repartie remplie en cuisine.

Autant où « Les voies d’Anubis » étaient punchy et restait cohérent et génial à lire, ici, j’ai eu tendance à piquer du nez souvent et à zapper des pages entières.

L’époque victorienne aurait pu être intéressante mais je suis passée à côté, me demandant souvent où l’auteur voulait en venir dans son récit.

Les personnages étaient sympathiques mais ils n’ont jamais été assez forts pour tirer le récit vers le haut afin de le rendre intéressant et dynamique.

Je ne le saurai sans doute jamais et tant pis pour moi. Faisant un bon dans le temps, j’ai sauté une énorme partie du récit pour aller directement aux dernières pages car je n’en pouvais plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°295 (ma dernière chronique pour ce challenge avant de passer au nouveau).

La chair du limier : Stéphane Belmont

Titre : La chair du limier

Auteur : Stéphane Belmont
Édition : Les Nouveaux auteurs Polar Historique (2012)

Résumé :
Paris. Juillet 1888. Un monstre sans visage éventre et mutile deux « fleurs de trottoir »dans le quartier Mouffetard, sans provoquer la moindre réaction des autorités.

Seul à pressentir, dans ce carnage, les prémisses d’une macabre série, l’inspecteur Jean Roche, adepte de nouvelles méthodes d’investigation criminelle, décide de mener son enquête, au nez et à la barbe de sa hiérarchie.

Une traque impitoyable s’engage alors entre le policier et le sanguinaire, du ventre de Paris jusqu’aux bas-fonds de Londres.

Critique :
Parfois, il est bon de persévérer… Je parle de moi et de la lecture de ce roman, pas de Jack L’Éventreur qui aurait fait ses armes à Paris (et ailleurs) avant d’aller à Londres.

Le postulat de départ est intéressant et ce roman n’a pas eu le prix Histoire par hasard car il est bien documenté, même si la scène du départ aurait pu se dérouler de nos jours (l’inspecteur qui fait de la course à pied).

Si le contexte historique est bien fourni sans pour autant déborder sur le récit en lui-même, j’ai ramé dans le début du roman, tant les situations et les dialogues me semblaient plats, sans saveur, sans profondeur.

Ajoutons à cela des personnages un peu fades ou caricaturaux, dont le pire fut l’inspecteur Roche, personnage principal, que j’ai détesté et qui n’est jamais remonté dans mon estime.

Roche est un gros égoïste ! Il le remarquera lui-même… Se disputant avec ses quelques rares amis (qui reviennent ensuite, les cons), il est toujours borderline, têtu, bougon, se morfondant sur son passé et ses erreurs, mais les reproduisant encore et toujours.

Non, franchement pas sympathique pour deux sous et malgré le fait qu’il aime être à la pointe des progrès de la science criminelle, pour le reste, c’est un bourrin à la limite de la caricature du flic torturé alcoolo qu’on croise un peu trop souvent en littérature et qui s’affranchi de toutes les règles. Harry Hole a plus d’épaisseur et de sympathie.

L’inspecteur Roche, lorsqu’il ira enquêter aux côtés de l’inspecteurs Abberline de Scotland Yard se paiera même le luxe de causer anglais sans accent… Heu ? Il a eu une nurse anglaise ou quoi ? Qu’il ait appris l’anglais lorsqu’il se battait aux côtés des Anglais en Chine, je le concède volontiers, mais sans accent ? Non.

Initialement sélectionné pour le Mois Anglais, j’ai dû le mettre de côté car il faut avoir dépasser la moitié du récit pour enfin mettre les pieds à Londres. Si l’enquête a pris son temps à Paris, on va aller un peu plus vite à Londres, Roche continuant de n’en faire qu’à sa tête, tabassant même un médecin ou assommant un flic pour pouvoir faire ce qu’il lui plait dans son enquête. T’es lourd, Roche !

Ce que je retiendrai de bon pour ce roman sera son contexte historique qui était très bien fait sans jamais devenir long et ennuyeux. On nous parle de médecine légale, d’anthropologie physique, de cadavres exposés à la morgue, du Bertillonnage, des empreintes digitales auxquelles peu de gens croient, de photographie… Instructif sans jamais être rébarbatif.

Le choix du langage aussi était une bonne chose car nos policiers parlent un mélange de français et d’argot, sans non plus en inonder le texte comme dans « Touchez pas au grisbi ». Pas besoin de chercher les mots dans le dico « Français-Argot », vous comprendrez tout.

Heureusement que les mauvaises impressions de platitude des dialogues du départ se sont estompées ensuite.

Les décors étaient grandeur nature car l’auteur a réussi, grâce à ses description bien ciblées, à nous donner la sensation que nous arpentions Paris ou Londres.

Hélas, les personnages ne m’ont pas vraiment emballé, surtout l’inspecteur Roche qui m’a profondément énervée et j’ai failli reposer le roman au tout début car j’avais trouvé les dialogues fort creux, sans saveur, sans émotions, sans épices…

Ma persévérance a payée, même si cette lecture restera avec l’étiquette « déception » affichée dessus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°294.

Les mystères de Whitechapel – Tome 1 – Terreur sur Londres : Frédéric Marniquet et Philippe Chanoinat

Titre : Les mystères de Whitechapel – Tome 1 – Terreur sur Londres

Scénariste : Philippe Chanoinat
Dessinateur : Frédéric Marniquet

Édition : Hugo et Compagnie (11/06/2009)

Résumé :
En ce début du XXe siècle, sir Henry Chapman, détective privé, ancien inspecteur de Scotland Yard et élève du grand Sherlock Holmes, est sollicité pour une enquête d’un genre particulier : depuis quelques temps, une mystérieuse secte semble être à l’origine d’une série de meurtres à Londres, touchant les anciens membres d’une expédition au cachemire où aurait été découvert un sarcophage bien troublant qui semble intéresser également l’opus dei et un personnage terrifiant. qui règne sur la pègre de Londres…

Critique :
Le récit commence dans les montagnes du Cachemire, puis, sans souffrir du jet-lag, on rejoint le Cambridgeshire, où Holmes rend visite à un ancien inspecteur du Yard, sir Henry Chapman, laissant les moines du Cachemire là où ils sont…

Holmes est affublé d’une horrible veste de tweed qui ne lui va pas du tout et il a un caractère de cochon, traitant Watson d’apothicaire, disant que s’il préfère son existence de charlatan, grand bien lui fasse et donnant à son épouse les termes d’harpie acariâtre…

Mais quelle mauvaise éducation ! Ce n’est pas du Holmes, ça. Certes, le mariage de Watson l’a dépité, mais là, on dépasse toutes les bornes des limites. Bon, continuons et ronchonnons sur un autre sujet que Holmes.

Dès le commencement de la lecture, la patte du dessinateur est reconnaissable : petits nuages blancs devant les personnages pour symboliser la buée, neige qui tombe mais rien ne se fixe dans les décors, petits postillons blancs au-dessus des têtes pour accentuer l’étonnement,… Je suis en terrain connu.

Un détail dans la mise en page m’a dérouté. En principe, on lit de gauche à droite…

J’étais toujours à la première page, aux deux dernières rangées de cette planche et, en passant d’une case à l’autre, j’ai eu l’horrible sensation que l’on avait oublié d’insérer une scène. Brutalement, on se retrouvait avec l’Anglais mort et plus loin, avec son guide qui tirait dessus… Heu ? Allo ?

Un puzzle pour les lecteurs ? Abus de guinness ? Non, juste un changement de sens de lecture de cases une fois que l’on arrive en bas de la planche : faut lire de haut en bas !

Depuis quand utilise-t-on ce procédé alors que les cases sont toutes de mêmes dimensions et que leur disposition n’impliquent pas de passer par une lecture de haut en bas ??

Si l’une des vignettes avait été plus large, comme illustré ci-dessous, c’est normal, on le fait instinctivement…

Ici, c’est normal de passer en lecture de haut en bas car la case du milieu est plus grande que les autres.

On recommencera le même procédé pour les pages suivantes (pas toutes, ouf) :  dès les deux dernières rangées, fallait lire de haut en bas… Déroutant !

Anybref… Il y a du mystère et des meurtres, mais attention, ceci n’est pas une enquête de Sherlock Holmes, qu’on voit brièvement au début, mais d’un disciple qu’il a formé, sir Henry Chapman, ancien inspecteur au Yard et pourvu d’une cervelle.

Comme dans « La marque de Kâli » (lue mais pas encore critiquée), les crimes qui ont lieu en Angleterre sont de la main d’un assassin portant un turban et les assassinés ont tous vécu aux Indes (sujet inépuisable) à un moment donné.

Comme toujours, on a une bonne vieille malédiction en provenance des Indes. Jusque là, ça allait plus ou moins pour le scénario (la mise en page, elle, était vouée aux gémonies depuis la première page).

Par contre, j’ai sauté hors de mon fauteuil de bureau lorsque j’ai lu, dans un bandeau, que 5 prostituées avaient été tuée par Jack l’Éventreur en 1884… Heu… 1888 ! La faute est grave. Tellement énorme que je suis restée bloquée dessus durant un long moment, à tel point que le nom de pub a fait tilt ensuite (The hound of Baskerville).

L’enquête progressait bien, sir Henry Chapman n’est pas Holmes mais il se débrouillait bien et avait déjà soulevé des points importants que les hommes du Yard n’avait pas vu, tout pressés qu’ils étaient de coller ces horribles meurtres à un Hindou.

Puis j’ai commencé à hausser un sourcil… J’avais eu des soupçons, vu « quelle » institution semblait être impliquée dans tout ça, mais là, j’aurai aimé échapper à ce truc qui marche mille fois mieux avec Indiana Jones qu’avec un disciple de Holmes.

Mais bon, je laisse couler, le Méchant avait des airs de Moriarty sans être lui et ça faisait du bien d’en avoir un autre qui ressemblait à un gentleman. Là où tout s’est effondré, c’est dans le final… Non, non, non. Faut pas pousser bobonne dans les orties, surtout quand elle est en string.

Restons dans du terre à terre, dans des crimes normaux sans touche ésotérique ou… [No Spolier]. Là, on a touché le fond de la piscine, sans petit pull bleu marine…

On avait bien commencé, scénaristiquement parlant, et puis ça a fait pchiiiitttt avec le côté ésotérique vers laquelle l’affaire a basculé et la touche fantastique qui était de trop.

Si cette personne était bien celle que Holmes pensait qu’elle était, toutes ces simagrées étaient inutiles puisque omnisciente de par sa nature.

Mais ceci n’est que mon avis, il y a à boire et à manger pour tous les lecteurs/trices et certains y trouveront peut-être leur compte et leur plaisir. Moi pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°281 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Moriarty – Tome 7 : Ryôsuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 7

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana Dark (29/05/2020)
Édition V.O : Yûkoku no Moriarty, book 7 (2018)

Résumé :
La suite des aventures des frères Moriarty, qui proposent leurs services aux pauvres qui souhaitent se venger d’injustices commises par des riches.

Critique :
Après chaque nouveau titre, je me dis que là maintenant, c’est assez, j’arrête de lire cette série, mais hélas, ma curiosité est trop forte et je suis toujours tentée d’aller voir jusqu’où va le n’importe quoi dans ce nouveau tome.

Masochisme littéraire ? Curiosité ? Collectionnite aiguë ? Sans aucun doute, un mélange des trois.

Niveau n’importe quoi, j’ai été régalée. Je n’ai rien contre le fait que des auteurs fassent des petits clins d’œil à des films ou des séries, mais là, c’est abusé grave.

J’avais déjà trouvé, dans un précédent tome, que nous n’étions plus dans le clin d’œil aux films de James Bond mais dans la copie grossière et là, on touche encore plus le fond du fond avec un nouveau personnage qui fait son entrée et qui se nomme, je vous le donne en mille : James Bond !

Et ce personnage nouveau qui intègre l’équipe de Moriarty qui n’est autre qu’une femme bien connue qui a recoupé ses cheveux et qui va nous la jouer ♫ comme un garçon ♪ Oui, Irene Adler est James Bond… On touche le fond.

Une fois de plus, les personnages n’ont pas un langage très victorien car on se retrouve avec des mots d’argots tels que « cave » (sot, niais, qu’on peut duper facilement. Provient du latin), j’ai relevé le mot « fric »… C’est victorien, ces termes ?

Je ne sais pas si c’est de la faute du traducteur qui francise les termes d’argot anglais comme on le fit dans les traductions de la Série Noire avec l’américain ou si le scénariste utilise, dans la V.O, des mots tiré de l’argot contemporain japonais… Pourtant, dans le manga, il est mentionné un conseiller pour la langue anglaise.

On revisite les meurtres de Whitechapel et si la théorie proposée pourrait tenir la route (on n’est plus à une près), c’est ensuite que ça devient un peu foutraque avec l’ancien maître des Moriarty qui va courir durant 1h (à son âge, il n’y a plus de vieillesse) dans les rues de Whitechapel, poursuivi par des policiers et le comité de vigilance, le temps que Moriarty William découvre les complotistes, l’homme étant aidé par Moran et… James Bond.

Les visages aux mentons pointus se ressemblent un peu tous et je me demande toujours comment ils arrivent à voir avec tout ces cheveux qui pendouillent devant leur yeux… Jamais décoiffés, en plus !

Là où ça devient plus fort que le Roquefort, c’est quand on voit le fabricant du fusil à air comprimé, l’aveugle Von Herder (canonique) courir sur les toits sans se casser la gueule ; un vieux soldat sur le retour qui tient le rythme de la course à pied durant 1 heure ; un Moran qui ne rate aucun coup de feu longue distance, sans lunette de visée ; un James Bond/Adler, jambe presque collée au torse pour frapper un adversaire du pied (JCVD sors de ce corps), sans échauffement (aie j’ai mal pour lui/elle)… Trop c’est trop.

Les prostituées de Whitechapel de ce manga sont toutes poupoupidou… Rien à voir avec les épaves qui circulaient en ces temps-là et proposaient leurs charmes fanés aux ouvriers, marins ou à ceux qui voulaient s’encanailler… Je ne dirais pas que le mangaka nous propose des gravures de mode mais nous n’en sommes pas loin… Une réalité de plus bafouée.

Le sommet est atteint dans une scène improbable où James Bond shoote dans une pièce de monnaie vers le bas, Moran la voir, comprend de suite où l’autre veut en venir et le voilà qui tire vers cette pièce afin que sa balle la pousse dans le canon d’une mitrailleuse Gatling afin de l’enrayer… Restons dans le réalisme ou alors, basculons franchement dans le fantastique, à la Black Butler.

Le point positif est que l’on voit très peu Holmes (jamais je n’aurais cru dire ça un jour), donc, mon énervement est resté dirigé sur la bande à Momo au lieu de se déverser sur mon détective préféré qui est une véritable tête-à-claque dans ce manga, impoli, mal élevé, sale gosse. Bref, à baffer.

J’aurais dû arrêter cette série depuis quelques tomes déjà, car à chaque fois on s’enfonce plus profondément dans le n’importe quoi qu’une botte de persil ne le ferait dans du beurre mou au soleil. À un moment donné, le persil ne pourra pas s’enfoncer au-delà tandis que dans le manga, c’est sans fond.

Si je continue, c’est un peu par masochisme, pour le plaisir de pousser des soupirs d’exaspération toutes les 3 pages et surtout, parce que maintenant que j’ai commencé, je boirai le calice jusqu’à la lie. Bon, ok, je suis surtout curieuse de voir où tout ce truc va nous emmener.

Oui, je veux toucher les abysses de profondeur du n’importe quoi. Le tome 8 fera peut-être encore pire. Chouette ! (ironie)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°275 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Dickens & Dickens – Tome 2 – Jeux de miroir : Rodolphe et Griffo

Titre : Dickens & Dickens – Tome 2 – Jeux de miroir

Scénariste : Rodolphe
Dessinateur : Griffo

Édition : Vents d’Ouest (16/08/2017)

Résumé :
Londres, 1852. C’est dans les bas-fonds de la capitale victorienne, où les mauvaises rencontres sont fréquentes, que Charles Dickens fait la connaissance de son double.

Si le premier est un écrivain respectable débattant dans les salons parfumés des beaux quartiers ; le second est une brute épaisse s’encanaillant dans les pires bouges des faubourgs.

Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, et pourtant ils n’ont rien en commun.

Mais en se fréquentant, les deux hommes apprennent peu à peu chacun sur eux-mêmes. L’un ne tarde pas à prendre la place de l’autre. Et inversement.

Dickens & Dickens, comme les deux faces d’une même pièce.

Critique :
Pour ce second tome, direction les bordels et les fumeries d’opium où Charles Dickens va découvrir les joies de la pipe (c’était indécent, à cette époque, la fellation) et du sexe.

Notre homme avait une vie assez monotone, niveau cul, avec son épouse… Le lit ne devait pas couiner souvent et madame n’avait jamais grimpé aux rideaux. La jouissance féminine n’était pas à l’ordre du jour.

Justement, pendant que je vous parle et que Dickens se fait turluter le membre par des langues expertes, son épouse découvre elle aussi les joies du sexe et de la petite-mort en compagnie du double de Charles (sans savoir que c’est le double).

Bon, si elle veut le même programme avec le vrai, elle risque la déception !

Si le cinéma a souvent exploité le côté « 24h (ou plus) dans le corps de… » (Freaky friday) où deux personnes échangeaient, suite à une malédiction, leurs corps (ou leurs esprits), ici, puisque nous sommes face à un double parfait, Charlie (le double) vit la vie de Charles (le vrai) et ce dernier a la sensation qu’il n’existe plus car son double est meilleur en bien des choses (hormis l’écriture).

Voir le vrai Dickens devenir une épave a quelque chose de pathétique. On entre en symbiose avec lui et on se demande comment on réagirait si un double, non content de prendre notre vie, la rendait lumineuse devant les autres, prenant une place auprès de notre épouse, nos amis, collègues de travail, que nous n’avons jamais su acquérir.

La question que l’on se pose, durant cette suite, c’est comment Charles va-t-il se débarrasser de la personnalité encombrante de Charlie ou qui des deux va supplanter l’autre ? Charles pourrait tuer son double ou son double prendre définitivement la place de Charles.

La douche glacée arrive au dénouement… Quoi ? Tout ça pour ça ? Monter un pareil scénario avec un double, entraîner les lecteurs/trices dans le Londres de Dickens, dans les maisons closes, dans les fumeries d’opium, tout ça pour en arriver là ? Un dénouement aussi simple, facile ?

Une série qui était partie sur des chapeaux de roues, innovante, bien dessinée, bien scénarisée, avec un parfum de mystère, de fantastique, d’ambiance à la Edgar Allan Poe et bardaf, l’embardée sur le final. Le truc qui tourne en eau de boudin.

Tout était super et quelques cases, quelques dialogues ont tout foutu en l’air, faisant écrouler de suite la belle cotation que je m’apprêtais à lui coller. La déception est à la hauteur du plaisir que j’avais pris à lire la première partie. La résolution a tout niqué, tiens, pour parler comme Charlie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°274 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ? : Benoit Chavaneau

Titre : Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ?

Auteur : Benoit Chavaneau
Édition : Ravet-Anceau (22/08/2016)

Résumé :
Agitation sur les berges de la Tamise où un sac poubelle renfermant les restes d’un corps démembré a été retrouvé.

Dépêché sur place par Scotland Yard, l’élégant inspecteur Shelley rencontre avec surprise sa nouvelle équipière : la Française Marie Altbauer, consultante stagiaire en martyrologie. Après un échange volcanique, l’enquête débute. Le médecin légiste est formel, la victime a été disséquée vivante.

La coupe est précise voire professionnelle. Selon Altbauer, ce geste vise à l’humiliation ultime du supplicié. Peu après, un deuxième puzzle humain est déniché près du Millenium de Londres.

La tuerie fait planer le spectre de Jack l’Éventreur au-dessus de la capitale anglaise. Il est temps pour la spécialiste d’établir le profil de bourreau.

Et de l’empêcher de recommencer.

Critique :
Lorsque dans la préface vous tombez sur un message rempli de promesses fait par l’auteur, je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis accrochée de suite et je paie pour voir (le message de la préface est à la fin de ma chronique)

Comme au poker, une fois l’argent posé sur la table, le joueur adverse m’a dévoilé son jeu et durant la partie, j’ai eu l’impression de voir de l’esbroufe et pas un beau jeu.

La main était riche de cartes fortes, mais mal utilisées.

Dans certains cas, je pars en cuisine avec mon bouquin tant il est intéressant mais là, durant une partie de ma lecture, j’ai pensé à ma lessive qui tournait, à la liste des courses, à regarder si la lessive n’était pas sèche au fil (entre temps, je l’ai mis sécher), à vérifier que ce n’était pas l’heure du repas du chat…

Soyons généreuse et commençons pas les bons côtés… On y apprend des tas de choses sur les techniques de tortures (Ida, reste avec nous) dans l’Histoire et certains m’ont fait crisper les orteils (le nerf dentaire) tant c’était affreux… Niveau martyrologie, il y a de quoi meubler les futurs repas en famille, le jour où l’on pourra réunir des grandes tables.

Problème ? La manière dont tout ce savoir est amené est maladroite et énervante puisqu’on dirait que la stagiaire à Scotland Yard, Socket (Marie Altbauer de son vrai nom) nous la joue à la Hermione Granger ou Lisa Simpson, avec moins de grâce qu’elles. Socket est énervante, mal calibrée en tant que personnage et son duo avec l’inspecteur Shelley, un espèce de dandy mal embouché, marche très mal.

On est loin des duos atypiques de Linley/Havers qui marchait si bien dans les romans d’Elizabeth George, malgré leurs différences de classe. Ici, c’est loupé sur toute la ligne, de plus, le Shelley pique une crise de nerf à un moment donné pour une connerie et c’est lui qui aurait mérité un blâme. Nous saurons ensuite le pourquoi du comment, mais en plus d’être un peu glauque, ça me semble surfait.

Et puis, on a un autre récit, celui de l’inspectrice Rachel Porter, sans que l’on sache ce qu’il advient, à ce moment là, de notre Socket et du chieur Shelley, qui bossent pourtant à Scotland Yard et qui ont croisé Rachel dans la partie avant.

Avec Rachel, ça a passé un peu mieux, même si je n’ai jamais vibré pour la plume de l’auteur, malgré ses feintes à deux balles, qui m’ont exaspérées (alors que dans d’autres récits, comme les Chroniques de St Mary’s, ça passe sans soucis).

Un récit que j’ai apprécié, c’est celui attribué au Jack The Ripper de 1888. En effet, la théorie est plausible, cela aurait pu se dérouler de la sorte et cela expliquerait les différences entre les assassinats des prostituées. Leur reproduction de nos jours est sans doute plus rocambolesque et beaucoup trop longue, ce qui donne des creux dans le rythme de l’histoire.

Arrivée à la fin, lorsque l’on fait la somme de tous les récits (celui non loin du parc Kruger, en début de roman, celui de Soket et Shelley et le dernier vécu par Rachel), on a enfin l’explication de tout ces crimes, les mobiles…

Ouf, il était temps de tirer un trait sur tout cela, même si je reste avec des questions sans réponses, notamment quand au pourquoi de Janus, son rôle exact, son degré d’implication, tout cela est un peu flou. En poussant son cerveau dans les tours, on se doute, mais sans qu’on ait une certitude.

Il y avait du bon, dans ce roman, mais à force de vouloir y faire entrer trop de choses, en brossant des personnages un peu par-dessus la jambe, sans les approfondir, sans leur donner une épaisseur, en les faisant agir comme des idiots sans cerveau ou des imbéciles dédaigneux, en faisant d’eux des caricatures, il n’y aucun attachement avec eux, zéro empathie et on lit le roman d’un oeil distrait, avec le cerveau qui gambade ailleurs.

Dommage, il y avait des bons ingrédients qui auraient mérité une cuisine plus précise, plus respectueuse des produits, avec une cuisson à une température différente pour ne pas dénaturer les quelques aliments nobles qui se trouvaient sur la table.

Si on a un morceau de foie gras, on ne le traite pas de la même manière qu’un Big Mac de chez MacDo, sinon, cette petite perle se retrouvera gâchée sous une sauce épaisse, écœurante et qui n’a pas de goût.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°257 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il y a des sujets qui sont pour l’auteur de romans noirs comme les figures imposées du patinage artistique : le double salto, double axel… Jack l’Éventreur est de celles-ci pour l’auteur de thrillers. Et Dieu sait qu’elle fut pratiquée ! Des centaines d’essais et de romans ont été écrits sur le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Pour autant, à quelques exceptions près, il faut reconnaître que la majeure partie de ces ouvrages se sont contentés d’éclairer et de suréclairer les mêmes questions, les mêmes thèmes, dans toutes les couleurs mais sous le même réverbère. 

C’est pourquoi j’ai souhaité prendre le parti absolument inverse. Aller fouiller dans l’ombre, dans le plus obscur des tripes de Jack. Je voulais écrire un roman qui serait avant tout l’expression contemporaine d’un mode opératoire.

Pour ce faire, je suis donc retourné aux sources, dans les archives historiques, dans les dossiers d’autopsies manuscrits, les rapports de police, dans les plans d’urbanisme de 1888… pendant près de trois ans.

J’ai ouvert grand les yeux dans l’ombre. Et j’ai réfléchi… Et j’ai trouvé des choses imprévisibles, inattendues. Ces trouvailles m’imposaient d’écrire non pas un mais deux romans, comme autant de métaphores narratives de la même réalité historique. Bienvenue dans le côté obscur des Jacks…

 

M.O.R.I.A.R.T.Y – T02 – Empire mécanique (2/2) : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Stevan Subic

Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – T02 – Empire mécanique (deuxième partie)

Scénaristes : Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Stevan Subic

Édition : Delcourt – Néopolis (05/06/2019)

Résumé :
Londres, 1899. Le professeur Moriarty lance une attaque sans précédent à l’aide des Hyde Men.

Ces monstres, nés du sérum maléfique créé par le docteur Jekyll, dévastent les beaux quartiers, affrontent l’armée et parviennent à entrer dans le palais royal.

Mycroft et le jeune Winston Churchill se lancent dans la bataille tandis qu’Holmes, prisonnier de son plus farouche ennemi et sous la garde de la cruelle Li Mei, doit faire preuve de la plus grande imagination pour s’évader.

Critique :
1899… Londres est attaquée, Londres est envahie.

La reine Victoria a donc 80 ans et dans les cases, je la vois courir comme une jeune fille… Comme quoi, la peur, ça donne des ailes !

Moriarty a de grands projets, dont celui d’anéantir Londres et l’Angleterre en lançant des Hyde Men sur mon cher Big Ben (entre autre).

Holmes disparaît et seuls les lecteurs sauront où il se trouve…

Beaucoup d’action, de rythme, d’aventures dans ce second tome mais ça va tellement dans tous les sens qu’il faut s’accrocher.

Voir un Sherlock Holmes avec des automates, des chars d’assaut et tout ce qui fait le charme du steampunk, est toujours un peu difficile pour moi.

Autant je me suis habituée à un Sherlock version années 2000, autant j’ai du mal avec la version victorienne de Holmes dans un monde de machines à vapeur steampunk. Mais bon, j’y arrive avec le temps.

Deux questions se posent pour moi, à l’issue de cet album : comment cela se fesse-t-il que Mycroft, pourtant plus doué pour l’observation que Sherlock, n’ait pas remarqué ce qui avait sous les yeux alors que moi, j’avais déjà compris que cette personne était un automate ??? On a la vue qui baisse, Mycroft ?

Pourquoi cette série se nomme-t-elle « Moriarty » alors que ce dernier est peu présent ?

Les dessins sont toujours peu avenants pour les visages, toujours striés de noir et on les distingue mal.

Le premier album était le meilleur, à mon sens, ici, on retombe une fois de plus dans un Méchant qui veut dominer une ville, un pays, le monde (biffez la mention inutile)… c’est lassant et Sherlock Holmes n’est pas non plus un Indiana Jones ou un Belmondo qui grimpe partout, fait des cascades…

L’univers du fantastique peut se marier avec Holmes, mais il faut bien choisir son scénario afin de ne pas le noyer dans une profusions d’événements et par la même occasion, perdre le lecteur en même temps.

À noter que la fin laisse la possibilité d’une suite. Pas sûre que je serai au rendez-vous…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°252 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Le manuscrit de Grenade : Marianne Leconte

Titre : Le manuscrit de Grenade

Auteur : Marianne Leconte
Édition : Pygmalion Fantasy (16/02/2011)

Résumé :
1491, Andalousie.
Sous le règne implacable des rois catholiques d’Espagne, il ne fait pas bon être juif ou musulman…

Condamnée pour sorcellerie, une femme se tord dans les flammes du bûcher. Elle laisse à sa fille, la rousse Myrin, une prophétie aux mots énigmatiques et une pierre de lune aux étranges pouvoirs…

Traquée par le Grand Inquisiteur Jimenez et ses hommes, Myrin se lance dans une fuite éperdue sur les routes d’une Espagne ensanglantée par la Reconquista, en compagnie de Pedro, un musulman converti, et d’Isabelle, jeune noble catholique promise au couvent.

Au terme de leur périlleux voyage, Grenade la légendaire, dernière cité maure qui résiste encore aux assauts des armées chrétiennes…

Critique :
Classé en fantasy, ce polar historique a tout du fantastique  et peu de la fantasy puisque nous sommes dans notre Monde.

La touche fantastique est donnée par la magie. Attention, pas la magie à la Harry Potter ! Personne ne vous lancera un Adava Kadavra

Par contre, nous avons des Doués, c’est-à-dire des personnes qui possèdent un Don et en cette époque de l’Inquisition, il ne fait pas bon appartenir à cette catégorie, comme il n’est pas bon d’être Juif, Musulman ou accusé de sorcellerie.

De l’action, de l’aventure version Indiana Jones fatigué, une quête, une touche d’ésotérisme, des guerres de religion, un manuscrit à retrouver et une énigme vite résolue.

Sans être mauvais, ce roman historico-fantastique aurait gagné de la profondeur s’il y avait eu plus de pages pour mieux développer les personnages, qui sont attachants mais trop faiblement esquissés, pour approfondir leurs différents voyages afin de rejoindre la ville de Grenade, leur donner plus de fil à retordre durant leur périple, plus de péripéties…

Là, on a l’impression que tout s’est fait les doigts dans le nez avec une rapidité qui rendrait vert de jalousie le professeur Langdon du Da Vinci Code. La résolution et la fin de la quête étaient trop facile, trop rapide, trop « on ne s’en sort pas encore si mal malgré tout ce qui est lancé à nos miches ».

On me dira que si l’art est difficile, la critique est aisée… En effet, lorsque l’auteur n’épargne pas ses personnages et les fait mourir quasi tous (G.R.R Martin), on pleure, on gémit, on le supplierait même d’en épargner.

Si l’auteur en fait voir de toutes les couleurs à ses personnages, les maltraite un peu trop souvent pour finir par un happy end (Ken Follet, Di Fulvio), on râle car on trouve que pour en arriver là, il aurait peu leur épargner quelques malheurs au lieu de tenter de nous tirer des larmes à chaque chapitre.

Si un personnage tombe dans moult embuscades et s’en sort à chaque fois avec peu d’égratignures (« Le Hussard » de Giono ou dans les romans de Christian Jacq), on trouvera ça pas très réaliste et vachement redondant, lassant.

L’exercice est périlleux et trouver le juste équilibre n’est pas facile. Oui, dans la quête, il leur arrivera des accidents « graves » durant leur périple, mais tout le monde s’en sort toujours par une pirouette, par le hasard qui fait bien les choses, par un bandit qui s’attache à Isabeau, déguisée en mec (et qui a des érections sans comprendre pourquoi – la preuve que la bite des hommes a un cerveau), par un tour de magie…

Même la résolution de l’énigme, de la prophétie, se déroule très vite… Heu, personne n’avait jamais trouvé la grotte depuis le temps ? Vu la vitesse à laquelle notre groupe y parvient, elle ne devait pas être cachée très fort…

Quant à l’énigme, elle sera résolue fissa, sans qu’il y ait d’erreur de lieu. Pas si hermétique que ça, cette arcane mystérieuse… Messieurs Indiana Jones et Langdon, vous pouvez allez vous rhabiller !

Anybref, ce roman a du bon, il m’aurait sans doute plu lorsque j’étais jeune, à la recherche d’histoire se terminant bien, de personnages/héros à qui il n’arrive pas trop de bricoles et qui s’en sortent quasi toujours des différents traquenard (le genre de choses qui fonctionnent parfaitement bien dans les bédés comme Lucky Luke, Astérix, Lanfeust,…).

À mon âge, avec mon bagage littéraire, ce n’est plus vraiment ma came. L’auteur qui succombe aux facilités de l’intrigue, ça me fend le cœur et me gâche mon plaisir littéraire.

Ça me fait presque de la peine de lui coller une cotation sévère car s’il y a un domaine dans lequel ce polar historico-ésotérico-fantastique a brillé, c’est dans celui du dépaysement, de l’évasion, de l’aventure.

Malgré mes bémols, malgré ma critique sévère, il a fait son job de m’emmener ailleurs et le soleil d’Andalousie a réchauffé mes épaules.

Comme quoi, il en manquait vraiment peu (pour être heureux ♪) pour passer d’un roman mitigé, trop survolé, cédant trop vite aux facilités à un roman profond avec des personnages forts.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°228 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 16].

 

La frontière sud : José Luis Muñoz

Titre : La frontière sud

Auteur : José Luis Muñoz
Édition : Actes Sud Actes noirs (02/09/2015)
Édition Originale : La frontera sur (2010)
Traduction : Alexandra Carrasco

Résumé :
Mike Demon (déjà aperçu dans Babylone Vegas) est vendeur d’assurances. Il mène une existence de bon Américain moyen tout en s’offrant des escapades amoureuses ou sexuelles lors de ses tournées.

À Tijuana, il promet à la prostituée sublime dont il est tombé follement amoureux de lui faire passer la frontière.

C’est sans compter Fred Vargas, un flic mexicain violent et véreux, qui fait chanter les bons pères de famille yankee venus s’encanailler de l’autre côté de la frontière…

Une double intrigue menée de main de maître pour un western noir sursaturé de violence et de sexe.

Critique :
Ce roman noir, c’est le film Pretty Woman en version glauque, poisseuse, sombre, violente, à la western, le tout assaisonné de poudre blanche, sursaturé de sperme à gogo et de sexe.

Mike Demon est comme le Belzébuth de la « Salsa du démon » (Grand Orchestre du Splendid) : il est en rut !

Qu’on lui enfonce du bromure en suppositoire dans le fion, ça lui fera les pieds, tiens !

Ce n’est pas de la bigoterie mais de l’énervement car bon sang, aucune leçon ne lui sert et il retombe toujours dans sa folie sexuelle avec n’importe quel trou féminin (le tout sans trop de respect, c’est du sexe bestial).

Ne chercher pas une morale dans ces pages, il n’y en a pas. Mike ne tirera aucune leçon de ses mésaventures, pire, il s’enfoncera dans le vice encore plus avant de basculer dans une autre catégorie, sans même ressentir du remord ou de la culpabilité.

Pour Mike, le sexe des femmes se nomme l’enfer parce que Satan l’habite (je vous offre le jeu de mot). Son épouse est moins portée sur la chose que lui et donc, monsieur la fourre dans tous les trous féminins qui ne sont pas ceux de son épouse.

De l’autre côté de la frontière, à Tijuana, il y a Carmela, la soeur de Ruben, drogué branleur et tueur à gage à ses heures. Une scène de ce roman m’a donné envie de vomir car on dépasse en glauquitude la relation Cersei/Jaime. Oui, c’est possible.

Malheureusement, il y a trop de passages à vide dans ce roman, trop de longueurs afin de présenter les personnages et de les placer dans leurs décors, leur boulot, leur vie.

La partie consacrée à l’autre côté de la frontière, à Tijuana, est hyper violente, sordide, donnant des sueurs froides avec les exécutions, les viols, la misère, la prostitution (pas toujours de son plein gré), les crimes, la drogue, les chantages, enlèvements et j’en oublie sans doute.

Fred Vargas est encore plus immonde que Mike. Non, je ne parle pas de l’auteure Fred Vargas mais de son homonyme, un flic mexicain violent et véreux qui adore faire chanter les américains friqués qui viennent avec Popaul visiter les petites femmes de Tijuana, dans tous les sens du terme. Et ça ne chante pas à The Voice !

Impossible pour moi de m’attacher à un personnage, si ce n’est cette pauvre Carmela qui est mal tombée avec son frangin libidineux et Mike Demon qui est un beau parleur, mais rien de plus.

Les ambiances sont poisseuses de sperme car ça baise à tous les étages, ça y pue la sueur, le sang, les morts, la corruption… L’auteur nous a mis la tête dedans et le goût restera coincé dans les narines, même à la fin de la lecture.

Malheureusement, trop de longs passages ennuyeux (ceci n’est que mon avis) que j’ai survolé tant je n’accrochais pas à ce roman noir, ce western survolté où la violence et le sexe se côtoient ad nauseum.

Pour la prostituée drôle, amusante et le loverboy sexy qui tient ses promesses avec un beau happy end sur une musique magique, choisissez Pretty Woman, une valeur sûre !

Une fois de plus, je dirai : au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°227 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 15].

 

 

Le Hussard sur le toit : Jean Giono

Titre : Le Hussard sur le toit

Auteur : Jean Giono
Édition : Folio (1995)

Résumé :
Le hussard sur le toit : avec son allure de comptine, ce titre intrigue.

Pourquoi sur le toit ? Qu’a-t-il fallu pour l’amener là ? Rien moins qu’une épidémie de choléra, qui ravage la Provence vers 1830, et les menées révolutionnaires des carbonari piémontais.

Le Hussard est d’abord un roman d’aventures : Angelo Pardi, jeune colonel de hussards exilé en France, est chargé d’une mission mystérieuse. Il veut retrouver Giuseppe, carbonaro comme lui, qui vit à Manosque.

Mais le choléra sévit : les routes sont barrées, les villes barricadées, on met les voyageurs en quarantaine, on soupçonne Angelo d’avoir empoisonné les fontaines !

Seul refuge découvert par hasard, les toits de Manosque !

Entre ciel et terre, il observe les agitations funèbres des humains, contemple la splendeur des paysages et devient ami avec un chat.

Critique :
Hé oui, c’est tout moi, ça ! On est en pleine épidémie de covid19 et moi, je ne trouve rien de mieux que de lire un roman qui parle d’épidémie de choléra…

Niveau puissance mortelle, choléra est un serial-killer qui vous fera sortir une espèce de bave blanche de la bouche, comme si vous recrachiez votre riz au lait.

Je sais, c’est pas très frais… L’auteur a réussi à nous donner l’impression que les cadavres nous entourent et que partout où se pose notre regard, un cadavre ou plus y jonche.

Autre chose qui m’a frappée, c’est la manière dont les gens réagissent à cette maladie qui les frappent sournoisement : hormis le PQ et les réseaux sociaux, on dirait nous face au covid 19…

Les remèdes miracles qui fleurissent, du genre de ceux qui devraient nous faire lever un sourcil de scepticisme (ail, eau de mer, soleil,…), les théories du complot sont de sortie (eau empoisonnée par le gouvernement), les gens qui fuient pour aller voir ailleurs si le choléra leur lâchera les baskets, les hausses des prix, les magouilles, la quarantaine à la va-comme-je-te-pousse, les gens qui prennent les armes, l’égoïsme et la violence qui sort par toutes les pores de la peau.

Alors que je suis indulgente avec les gens qui ont vécu des grandes épidémies aux siècles derniers parce qu’ils étaient dans l’ignorance la plus totale, autant je suis moins indulgente avec mes contemporains qui courent fou, tels des poulets sans tête pour se gaver de papier chiotte, de pâtes, de riz et de patates (bonjour les repas équilibrés).

Bref, en ce qui concerne la description du genre humain et de ses travers, on est dans le réalisme le plus total, surtout que je peux constater tout cela de visu.

Les gens intelligents ou ceux qui me connaissent bien (le cumul est permis) sentent venir l’oignon, la couille dans le potage…

Bon sang, les dialogues ! Mais quelle théâtralité, nom d’une pipe. Autant où il y avait du réalisme dans le comportement des gens, autant il n’y en avait pas dans les dialogues et aussi dans la manière d’agir du personnage principal, Angelo Pardi.

Dans l’adversité, on a les égoïstes et ceux qui donnent de leur personne, je suis d’accord et heureusement, d’ailleurs. Mais là, notre Angelo, il en fait trop. Et trop is te veel. On peut aider son prochain, mais face au choléra, désolée, mais je n’ai pas trop envie de chipoter aux cadavres ou d’essayer de sauver des vies.

La chance peut frapper une fois à la porte et vous faire éviter cette saloperie alors que vous venez de traverser un territoire rongé par le choléra, de chipoter à des malades, de boire au goulot de la bouteille d’un autre… Oui, une fois… Pas toutes les fois !

On a une redondance de ce genre d’aventures hautement dangereuses et notre Angelo, tel un Super Man immunisé contre la kryptonite, s’en sors toujours sans le moindre symptôme. À la fin, ça devient lassant et irréaliste.

Il ne manquait pas beaucoup à Angelo pour qu’il devienne un personnage auquel on s’accroche, qui marque, qui laisse une trace. Idem pour Pauline, je l’ai appréciée, mais je vais l’oublier aussi sec car elle n’a pas été marquante pour moi. Dommage.

L’autre point qui m’a ennuyé, c’est qu’on a souvent des grandes réflexions philosophiques qui ont eu tendance à me faire piquer du nez et sauter des pages, la mention spéciale allant aux deux derniers personnages rencontrés qui m’ont saoulé.

Un roman que je voulais lire en cette période de confinement (même si nous ne sommes pas autant confinés que nos voisins français) pour cause de virus virulent, un roman qui m’a donné quelques sueurs froides, malgré le beau soleil, qui m’a fait constater que ♫ non, non, rien n’a changé ♪ (hormis le papier à s’essuyer le fessier) dans la nature humaine…

Un roman qui m’a laissée froide dans ses dialogues, qui m’a fait soupirer dans ses grands moments de lyrisme ou de philosophie. Les personnages principaux de Angelo et Pauline sont fades, manquant de relief, de caractère et j’ai souvent eu envie de baffer Angelo.

Le mot de la fin sera pour Jacques Brel : Au suivant !