Les Dernières heures : Minette Walters [LC avec Bianca]

Titre : Les Dernières heures

Auteur : Minette Walters
Édition : Pocket (28/04/2021) – 752 pages
Édition Originale : The Last Hours (2017)
Traduction : Odile Demange

Résumé :
Mois de juin de l’an 1348 : une épidémie monstrueuse s’abat sur le Dorset et décime peu à peu les habitants. Nobles et serfs meurent par milliers dans d’atroces souffrances.

Quand la pestilence frappe Develish, Lady Anne a l’audace de nommer un esclave comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

Bientôt, les stocks de vivres s’amenuisent et des tensions montent car l’isolement s’éternise. Les villageois craignent pour leur sécurité lorsqu’un événement terrible menace le fragile équilibre.

Les gens de Develish sont en vie, mais pour combien de temps encore ? Et que decouvriront-ils quand le temps sera venu pour eux de passer les douves ?

Critique :
♫ Confinés ♪ On était tout le monde confiné ♪ À voir nos existences s’arrêter ♪  À s’emmerder en se demandant pourquoi ♪ La peste est là ♪

♫ Confinés ♪ Inutile de fuir ou de lutter ♪ C’est écrit dans notre destinée ♪ Vous ne pourrez pas y échapper ♫ C’est gravé… ♪

♪ L’avenir ♪ Malgré nous est totalement plombé ♪ Tous nos désirs de liberté inespérés ♪ Limités, terminés ♫ (*)

Angleterre, 1348… La peste vient de faire une entrée remarquée, exterminant des populations entières dans des petits villages, n’épargnant ni les riches, ni les serfs.

Les conditions d’hygiène de l’époque étaient déplorables, puisque l’on vidait les pots de chambre dans des ruisseaux, sur le seuil de sa maison, que l’on déféquait dans les champs ou que l’on se soulageait là où l’on se trouvait.

Pourtant, à Develish, on est un peu plus propre qu’ailleurs, un peu plus intelligent aussi, plus éveillés, tout ça grâce aux conseils éclairés de Lady Anne. C’est d’ailleurs d’elle que va émaner l’ordre de se retrancher sur le domaine et de n’y laisser entrer quiconque.

Ça vous dirait un p’tit confinement de derrière les fagots ? De voir comment ça se déroule, lorsqu’on ne peut sortir du domaine où l’on s’est retranché ? Et qu’en 1348, Netflix n’existait pas, l’Internet non plus, la télé encore moins, la littérature était pauvre et réservée à ceux qui savaient lire (ils sont peu nombreux), pas de tuto sur You Tube pour apprendre la zumba, la guitare sans peine ou le macramé.

En 1348, pas question de se tourner les pouces, il faut consolider les murs, creuser des latrines, surveiller les réserves de bouffe parce que le supermarché du coin n’a pas encore été inventé. Faudra aussi occuper ses serfs, une fois que le boulot sera terminé et qu’ils ne pourront, aux champs, retourner.

Je ne suis pas exempte de reproches envers ce roman historique, notamment en ce qui concerne les personnages, un peu trop tranchés à mon goût, limite des caricatures, sans aucune nuances ou alors, quand ils en ont, c’est à la grosse louche, comme Thaddeus, le bâtard qui a appris à lire, qui est intelligent, beau mec, calme, pondéré, qui ne possède pas son cerveau dans sa queue et qui, parfois, alors qu’il est paré de toutes les vertus, réagit de manière bizarre, alors qui si un autre avait fait de même, il l’aurait raillé.

Lady Anne est une sainte femme, on la canoniserait bien de son vivant : elle est intelligente, elle sait lire, est instruite, rusée, subtile, est aimée de ses serfs, leur a inculqué des idées de libertés, est à deux doigts d’inventer le socialisme (le vrai) avant l’heure, a donné des conseils sexuels aux femmes et n’hésite pas à remettre en question les dictats de l’Église.

Or nous sommes en 1348, ne l’oublions pas. L’Église a la puissance de croiseurs de combats. Les messages de lady Anne sont beaux, porteurs d’espoir, elle est humaine, réfléchie, ce qu’elle dit est vérité, mais on plonge à fond dans la caricature non réaliste vu l’époque. Elle pourrait le penser mais le dire… Oups.

A contrario, sa fille, Eleanore, est aussi bête que méchante (mais sans faire rire, comme le ferait un Joe Dalton), stupide, bornée, débile, mauvaise foi comme ce n’est pas possible de l’être (Fillon en jupons et en pire). Sans doute a t-elle trop regardé des Disney, car elle se prend pour une grande princesse, la chérie de son papounet d’amour (un débile, crétin, aviné, concupiscent, la totale) et refuse d’ouvrir les yeux quand son monde s’écroule.

On pourrait la comprendre, les certitudes et les illusions qui s’envolent, ça fait mal. Devoir ouvrir les yeux sur son avenir, qui part en couilles, demande du courage, s’inventer un monde imaginaire et accuser les autres de tous les maux peut aider à passer des caps difficiles.

Le problème est que rien ne vient atténuer son portrait et qu’elle s’enfoncera de plus en plus dans ses mensonges, dans sa réalité tronquée, alternée, dans sa haine, son mépris des autres, ses contradictions, à tel point qu’être aussi stupide n’est pas réaliste (un peroxydé blond a fait de même et c’était trèèèès lourd) car c’est le grand écart entre les deux personnages et là, trop is te veel (trop c’est trop).

On a juste envie de balancer la fille dans les douves et ensuite, après repêchage, de la foutre dans les latrines remplies et de déféquer dessus. Il y a des baffes qui se perdent, parfois.

Autant la mère est parée de toutes les vertus (un Christ au féminin) autant sa fille est parée de toutes les tares de la terre et de tous ses défauts (sauf qu’elle est bêêêlle et qu’elle le sait).

Le rythme du roman n’est pas trépidant non plus, il prend le temps de se mettre en place, sans pour autant en profiter pour éclairer le lecteur sur le côté historique (ou si peu). Nous sommes en 1348, il y a la peste, la guerre de Cent Ans, l’auteure aurait pu ancrer un peu plus son récit dans l’Histoire, nous apporter des détails, mais là, c’est assez pauvre.

Si on prenait la tension du récit, on serait dans la chute de tension totale. Votre palpitant ne risque pas grand-chose durant votre lecture.

Le récit n’offrira guère de péripéties aux lecteurs, hormis quand certains iront nous la jouer « En balade », bien que ça ressemble plus à une escapade du Club des Cinq, version enfants gâtés et pleurnichards (pendant une épidémie de peste, d’accord), qu’autre chose. Quelques moments plus intenses que d’autres, mais pas de quoi vous donner de la tachycardie. Le suspense était parti en vacances, sans aucun doute.

Puisque j’en suis à rhabiller le roman pour l’hiver, j’ajouterai qu’il manquait d’émotions, n’ayant pas réussi à me faire vibrer avec son histoire de confinement (qui se passe presque mieux que celui imposé par nos gouvernants), d’épidémie de peste, ni avec ses différents personnages trop parés de toutes les vertus, opposés à d’autres parés de tous les défauts du monde. Ils étaient trop lisses, sans aspérités, sans rien pour équilibrer les portraits.

Avec Ken Follet ou Kate Moss, ça passe, mais ici, ça coince un peu aux emmanchures.

Pourtant, malgré cette volée de bois vert que je viens de lancer sur ce roman (qui en plus possède une suite, argh !!!), je l’ai avalé en deux jours, sans sauter de pages (juste quelques lignes quand je me faisais chier).

Non pas par pur masochisme, n’exagérons pas, c’est juste que je voulais savoir comment tout cela allait se terminer (j’en suis pour mes frais, la suite au prochain épisode), si, à un moment donné, la peste de Eleanore allait ouvrir les yeux et arrêter de répandre ses bubons fielleux sur tout le monde. Et parce que, malgré ma critique sévère, je ne me suis pas trop emmerdée en lisant ce roman… Paradoxe, quand tu nous tiens.

Un roman historique qui aurait pu être un roman noir, mais qui a loupé le coche, qui aurait pu apporter un peu plus de détails sur la vie dans l’Angleterre de 1348 et qui est passé à côté de sa mission, où la Guerre de Cent Ans n’est nullement mentionnée, un roman où les personnages auraient pu être plus équilibrés, moins fades, moins caricaturés à l’extrême, mais qui a failli à ce principe là aussi.

Un roman mettant en scène la peste noire sans que cette dernière soir l’héroïne du récit, où le confinement de toute une population dans l’enceinte du château semble plus facile que ce que nous avons vécu en mars 2020 (avec nos technologies pour nous divertir)…

Sans oublier un manque flagrant de rythme, d’émotions, l’impossibilité pour le récit de vraiment prendre son envol afin d’emporter son lecteur. Le plat avait l’air super mais au final, il manquait de corps (oups) et l’équilibre des goûts n’était pas là. Dommage.

Bianca, ma copinaute de LC, a pensé la même chose que moi de cette lecture (voyez sa chronique). Nous sommes déçues de concert. La pauvre a mis plus de temps que moi à en venir à bout. Ma motivation était que, une fois celui-ci terminé, j’allais pouvoir retourner à mon « Gengis Khan – Tome 03 » qui lui était addictif à fond.

(*) Parodie de la chanson « Destinée » de Guy Marchand (merci à lui, encore une fois, car je lui emprunte souvent sa chanson).

Lu l’édition Pocket faisant 725 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°305], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°58], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Golden dogs – Tome 4 – Quatre : Stephen Desberg et Griffo

Titre : Golden dogs – Tome 4 – Quatre

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Griffo

Édition : Le Lombard (2014)

Résumé :
Ils étaient quatre, deux filles et deux garçons. Voleurs, escrocs, faussaires, ils unirent leurs talents pour devenir ensemble les plus célèbres voleurs de Londres.

Critique :
Aaaaah, j’allais enfin savoir, tout savoir sur la personne des Golden Dogs qui avait trahi les siens et piqué le pognon. Toutes les pistes étant ouvertes, cela pouvait être deux personnages différents qui avaient fait chacun une saloperie.

Alors que d’autres n’auraient plus eu confiance dans les membres du groupe, nos Dogs avaient remonté leur bande dans le tome 3 et ici, nous devions avoir la conclusion de ce fameux casse dont on nous avait parlé.

Le début est tonitruant, on revient à la flamboyance de nos Golden Dogs du début, c’est brillant, très brillant, même. Magnifique ! On apprend aussi le nom du personnage qui les a donné au juge, ce n’est pas vraiment un aveu, c’est dit du bout des lèvres.

Mais attend un peu, là ? Que ce personnage trahisse à ce moment-là, c’est compréhensible, cela sert le plan pour le casse et aide à faire tomber un ennemi dans le panneau, pour moi, ce n’est pas une trahison comme celle des premiers tomes. Était-ce la même personne aussi ?

Si oui, pourquoi ? Cela n’avait pas de sens que ce personnage trahisse les autres au début. Et puis, le vol du pognon, c’était cette même personne là aussi ? Là, je reste avec un goût de trop eu en bouche, sans compter que l’on ne sait pas vraiment pourquoi Lucrèce était logée chez cet autre personnage, sans être prisonnière. Quel était leur lien ? L’assassinat de l’épouse de celui-ci ? Vraiment ? Mystère.

Anybref, ça partait en fanfare, en feu d’artifice d’apothéose et à un moment donné, le soufflé est retombé, le récit a débandé et c’est parti en capilotade (pour rester polie et ne pas dire « parti en couilles »).

Il n’est pas facile de clore correctement une série, d’offrir un final digne de ce nom à ses lecteurs, mais là, ça sent le bâclé !

Orwood  recherchait éperdument l’esprit de sa bien-aimée morte, je n’ai rien contre, c’est son droit, mais quand il s’obstine à vouloir qu’elle fasse, tel Lazare, ressuscitant de sa tombe, je trouve que ça devient risible et cela gâche vraiment toute une partie de l’album alors qu’on aurait pu le consacrer à autre chose de plus pertinent.

C’est frustrée que je termine cette saga qui avait tout pour me plaire, qui avait bien commencé avant de perdre du poil de la bête dans le tome 2 et de remonter vaillamment dans le 3 avant de s’écraser au sol après un départ formidable de ce tome 4. Anybref, c’est bancal.

Il restera des questions sans réponses, des doutes et une fin d’album qui laisse la porte ouvert à d’autres aventures, même si cette série est terminée.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°297], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°50], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages) et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (07/09/2016)

Résumé :
Après avoir soumis dans le sang et dans l’horreur l’empire inca, Pizarro fonde Lima.

Le bâtard, analphabète, trépidant et ambitieux, se retrouve à la tête d’un territoire immense sur lequel il règne sans partage avec ses quatre frères.

Mais les rivalités et les haines auront, cependant raison, de son astre sans précédent…

Critique :
Bon, pour une fois, je vais la faire courte, très courte : dans ce dernier tome, la boucle est bouclée…

On revient aux faits qui se déroulaient dans le premier tome, à savoir l’attaque contre Pizarro et sa fuite.

Oui, la boucle est bouclée, mais sans jamais avoir réussi à m’esbaudir, à m’étonner, à me subjuguer.

Les dessins étaient très agréables, de bonne facture, les couleurs pareilles, mais le scénario manquait de corps, d’esprit, de profondeur.

Les auteurs m’ont raconté une histoire qui ne m’a jamais fait vibrer et pourtant, j’avais espoir qu’à un moment, après le premier tome, qu’ils redressent la barre et approfondissent les personnages, les situations, le scénario.

Ben non ! Bon, ben, tant pis alors…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°255], et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 46 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Les irréguliers de Baker Street [SÉRIES] – Saison 1 (2020) – Par Dame Ida, envoyée spéciale victorienne

Synopsis :
Bienvenue dans le Londres du XIXe siècle, où les Irréguliers, un gang de jeunes marginaux, élucident des crimes surnaturels pour le compte du Dr Watson et de son mystérieux associé, Sherlock Holmes.

L’avis de Dame Ida : Bon… Ces irréguliers là n’ont rien à voir avec les 4 tout en s’en inspirant… Mais s’ils sont 4 c’est deux filles et deux garçons…. Dont une asiatique et un black.

On est bien dans cette manie actuelle de la parité et l’inclusivité des personnes racisées. Comme dans les Chroniques de Bridgerton où on te collait des zaristos racisés alors que ça ne correspond pas à la réalité de l’époque. Certes dans l’Est End, on pouvait avoir des personnes « non blanches »…

Mais… Tout de même… cette relecture de plus en plus fréquente de la représentation raciale qui altère la réalité historique m’irrite profondément. Je suis contre le racisme, et contre la faim dans le monde comme Miss France…

Mais pas trop d’accord pour qu’on nous fasse croire que les personnes racisées avaient tel ou tel statut qu’elles n’avaient certainement pas dans la réalité de l’époque de référence.

Je ne cautionne pas l’esclavagisme et la ségrégation, et aucune discrimination mais je ne cautionne pas non une réécriture faussée de l’histoire qui justement les efface sous prétexte d’égalitarisme et de visibilité des minorités.

Car en effaçant les réalités douloureuses de l’histoire, on efface aussi la réalité des souffrances que ces horreurs ont causé. Si on continue comme ça on va finir par voir des chevaliers musulmans autour de la table ronde et des juifs dans l’armée nazie !

N’oublions pas le rôle de la télévision et du cinéma sur l’éducation des foules. Beaucoup de jeunes qui n’écoutent que distraitement leurs cours d’histoire-géo et s’empressent de les oublier après le contrôle… découvrent l’histoire à travers ce que les films et les séries en présentent.

Ces films « en costumes », situées dans une époque clairement datée de l’histoire mais présentant un tissu social qui n’avait rien à voir avec celui de l’époque en question contribue à une opération de désinformation de la population et à entretenir celle-ci dans une méconnaissance de son histoire.

Or, comme disait l’autre (qui n’était pas psychanalyste mais un psychanalyste n’aurait pas dit mieux!)… Ignorer son histoire nous expose au risque de la répéter. Et nous présenter une histoire qui occulte les clivages raciaux et sociaux du passé au nom de la volonté louable d’offrir une visibilité des minorités, ne peut qu’entraîner une confusion dans les esprits des personnes les moins favorisées dans leur capacités à accéder aux réalités de la culture et de l’histoire.

Même Watson est black ou au moins métis!!! Je n’aurais rien eu contre si ça avait été dans une adaptation du XXe ou XXIe siècle… Mais pas pendant l’ère victorienne où les femmes des meilleurs milieux ne pouvaient même pas entrer à l’université.

Croyez vous qu’il y aurait eu des personnes de couleur assez riches pour faire des études à cette époque, et qu’on les ait autorisées à entrer à Oxford ou Cambridge dans une société de classe aux frontières hermétiques ???

Passons sur Mrs Hudson qui, ici, n’est pas la sympathique proprio du 221B mais une marchande de sommeil qui possède carrément tout le quartier et n’hésiterait pas à expulser ses mauvais payeurs.

Et évidemment, cerise sur le pompon, Baker Street  (à l’ouest de Londres et pas si loin que ça de Buckingham) est à un jet de pierre de la cathédrale St Paul et des fenêtres du 221B on voit les bouges ressemblant à ceux de l’est end !

Et à 38mn du début on a aperçu juste les pieds d’un Holmes allongé sur un divan avec bien évidemment une pipe à opium à ses pieds… Watson et Holmes (qui reste invisible) surpris en pleine scène de ménage (je vois gros comme une maison qu’au fil de la série on va jouer avec l’ambiguïté et laisser entendre qu’ils sont amants)…

Et une altesse royale, fils de la Victoria fait le mur pour aller copiner avec une fille de la bande… Ben voyons ! C’est vrai que les crasseuses en guenilles (et en pantalon !!! des filles en pantalons qui ne cachent pas leurs cheveux… normal à l’époque) c’est tout ce qu’il faut pour séduire un prince pressé de s’encanailler !

Bref, les puristes en seront pour leurs frais. Et c’est dommage parce que c’est pas si mal au niveau de l’histoire qui inclut des éléments fantastiques. ça aurait pu le faire.

Cette série aurait pu se trouver son propre style.. si elle n’avait pas accumulé tant de travers.

Bref cette série peut se regarder avec plaisir si on n’a pas lu les 4 de Baker Street… Et si on ne connaît rien à la géographie londonienne… si on ne tient pas trop au respect du canon notamment concernant les personnages de Holmes, Watson et Mrs Hudson !!!

Et si on n’est pas allergique avec la mode sévissant actuellement dans les séries consistant à nier les réalités historiques des clivages raciaux et sociaux de l’époque où l’on situe l’action pour sacrifier à une volonté de visibilité des minorités racisées, certes compréhensible mais historiquement trompeuse.

Ne négligeons pas l’impact des fictions grand public sur la culture générale des masses qu’on peut ici plonger dans la confusion sous prétexte de les rendre plus tolérantes et ouvertes aux diversités.

Dénoncer les clivages en démontrant leur cruauté et leur arbitraire me semblerait tout aussi efficace et plus proche de la réalité.

Ce sont évidemment là des conditions que je ne remplis pas et j’avoue que ça pèse lourdement dans mon appréciation alors que la série a pourtant de bons côtés et ses points d’originalité qui permet de ne pas trop y voir un plagiat de notre bédé préférée.

PS : Cannibal Lecteur est un peu moins chaude pour regarder cette série qui n’est historiquement pas réaliste. L’élément fantastique ne me dérange pas, mais restons dans les réalités historiques au moins…

Ce que la presse en pense : pas que du bien…

Un journaliste du Hollywood Reporter qualifie de “création calibrée pour l’algorithme Netflix : une série apparemment produite ou acquise non pas tant parce qu’elle est fondée sur un concept fort, mais parce qu’à l’évidence on peut la faire entrer dans toutes les catégories de la plateforme”. (Le courrier International)

Une série en huit longs chapitres, plongeant dans un Londres victorien fantasmé grâce à des intrigues fantastiques aussi nombreuses que bancales.

À part son nom très évocateur, repris effrontément au canon holmésien, certainement dans l’unique but d’attirer quelques clics rémunérateurs, il n’y a que de maigres points d’accroche qui rapprochent réellement les enquêtes des Irréguliers de Baker Street à celle de Sherlock et de son cher Watson.

En fait, outre les noms de deux fameux lurons enquêteurs, de Mycroft (évacué de l’intrigue aussi rapidement qu’il y avait été intégré) et du 221 B Baker Street, il ne reste à peu près rien de l’œuvre bien connue d’Arthur Conan Doyle.

De la vivacité d’esprit agaçante du célèbre détective, ne subsiste plus qu’un esprit fumeux, endormi par les vapeurs des drogues ingurgitées à longueur de journée pour oublier son amour perdu, disparu dans un portail interdimensionel lors d’une enquête foireuse, son auto-flagellation légendaire née d’avoir abandonné ses filles (adoptive et naturelle), ainsi qu’une queue de cheval, dans les flashbacks, une tête rasée et quelques tatouages dignes des meilleurs punks à chien.

Après moult teasing étouffe-chrétien, on en viendrait presque à regretter les premiers épisodes, certes dénués de Sherlock, mais n’abîmant pas son image au point d’en faire ce chien rampant sans cervelle. […]

Le résultat, ce sont malheureusement des dialogues d’une pauvreté à pleureur, des interactions et physiques entre les personnages incompréhensibles de fausseté et des interprétations qui ne font pas dans la demi-mesure. Difficile de ne pas décrocher de la série dans ces conditions.

Les Irréguliers de Baker Street est un pur produit Netflix : une série qui manque de logique, de vision, d’originalité et de talent, qui met à mal un des personnages les plus connus de la pop culture et qui restera en mémoire pour la laideur de certains choix. (Écran Large)

Sherlock Holmes et le mystère des reliques de Saint-Martin de Tours : Jean-Noël Delétang

Titre : Sherlock Holmes et le mystère des reliques de Saint-Martin de Tours

Auteur : Jean-Noël Delétang
Édition : La geste (01/10/2020)

Résumé :
Savez-vous que Sherlock Holmes a séjourné en Touraine en 1902, accompagnant son fidèle ami le docteur Watson venu régler une question d’héritage ?

Le plus célèbre des enquêteurs se retrouve mêlé bien malgré lui à une enquête face au commissaire Courtel…

Trafic de reliques, mort suspecte du sacristain de Saint-Martin sur le chantier de la nouvelle basilique, fin tragique de Fritz l’éléphant…

Que de faits étranges et sombres qui vont mettre à rude épreuve les talents de Holmes !

Substituant pour l’occasion le vouvray au whisky et la PJ à Scotland Yard, l’auteur nous entraîne à Tours, au début du XXe siècle et rend hommage, avec ce pastiche, au prodigieux créateur que fut Sir Arthur Conan Doyle.

Critique :
Tout le monde l’a chanté sur tous les toits et sur tous les tons : à mort les 4ème de couverture qui résument tout un livre, qui déflorent l’affaire, qui sont trop bavards, qui en disent trop (les pires ceux qui promettent trop, mais ici, ce n’est pas le cas)…

Merde alors, où est le plaisir de découvrir les faits si on nous dit tout dès le départ ?

Oui, je sais, on ne devrait pas les lire avant de commencer le roman, mais bon, j’aime quand même savoir, avant d’acheter un livre, s’il va m’intéresser.

Le gros de l’affaire était défloré, je commence ma lecture avant de piler net devant un truc qui m’a fait penser que l’abus du café portait à conséquence sur la lecture : Watson, arrivant au 221b, dis, en entrant « C’est moi, Charles ! ».

CHARLES ????? Bordel de nom d’une pipe, pourquoi lui changer son prénom ? Son père littéraire lui a donné celui de John, même si sa femme, un jour, le prénomma James (Conan Doyle avait envie de donner matière à réflexion aux futurs holmésiens). Pourquoi en faire un Charles tout au long du roman ????

Un pastiche, c’est raconter une histoire à la manière de, mais de là à changer le prénom alors que notre docteur ne doit pas faire une infiltration de gang, je n’en vois pas la raison.

Plus loin, j’ai frôlé l’apoplexie avec nos deux amis qui s’interpellent par leurs prénoms… Et viens-y que je te donne du Sherlock et du… Charles (argh). Pardon, je ne m’y fait pas du tout à ce nouveau prénom !

Nous sommes en 1902, les Anglais ont peut-être décoincé le balai brosse mais nos deux personnages sont des vieux de vieille, pas des djeun’s de 20 ans et c’est limite de l’hérésie de les faire utiliser leurs prénoms au lieu des traditionnels Holmes ou Watson. Sous coup d’une émotion forte, je dirais « ok », mais là, non !

Watson a de la famille en France, bon, c’est nouveau, mais dans un pastiche, on peut ajouter des faits, des choses… Là, je ne dis rien. Que Watson connaisse le français parce qu’il a passé ses vacances à Tours, pas de soucis.

Là où le bât blesse à mort, c’est quand Holmes nous apprend que pour le français, il n’a que le niveau scolaire et que Watson va devoir l’aider… ARGH ! Et sa grand-mère française, elle pue ? Watson a toujours dit que le français de Holmes était excellent et le voici qui perd sa langue…

Ce roman policier, c’est Top Chef à Tours ! Que le commissaire Montalbano nous fasse profiter de la gastronomie sicilienne, c’est habituel, mais que dans une aventure de Holmes, on ait droit à la description des petits-dej, des dîners, des soupers (oui, je le dis à la Belge) et que pendant son enquête, Holmes pense à manger et à avoir un bon coup de fourchette, ça passe plus difficilement.

Si on ne devait garder que les pages de l’enquête, il ne nous resterait que la taille d’une nouvelle holmésienne. Mais bon, ce n’est pas avec cette enquête qu’il va se fouler les cellules grises. Même le lecteur sait déjà quels trafics se passent dans la ville de Tours et si Holmes a lu le 4ème de couverture…

Autre bizarrerie dans ce roman, c’est qu’en 1902, madame Watson soit toujours vivante alors que dans le canon holmésien, on ne parle plus d’elle après le hiatus de Holmes (1891-1894). De l’avis général, madame Watson est morte entre 1891 et 1894. Bon, c’est un choix de l’auteur, il me dérange moins que les autres, mais doit être souligné.

Mais le pire, dans ce roman, c’est que l’on se retrouve avec un Sherlock Holmes sympathique au possible ! Nous sommes loin du détective qui pouvait être imbuvable dans le canon holmésien, ou même dans la série de la BBC, même celle de la Granada. Eux ont respecté le personnage et son caractère bien à lui.

C’est un Holmes sans relief que j’ai suivi, fadasse, sans épices. Il est le reflet de ce que l’auteur a voulu faire, de tel qu’il l’imagine dans sa tête (et c’est son droit), mais le présenter de la sorte, c’est un parti pris énorme et qui ne paye pas car si le plat présenté est inhabituel, il est aussi sans saveur et trop doux pour le palais des fans du détective. Ça manquait de goût !

Son Sherlock Holmes n’est pas celui que j’apprécie depuis plus de 30 ans, qui m’a fait découvrir mon premier vrai roman policier (autre que Le Club des Cinq). Si Conan Doyla l’avait présenté ainsi, pas sûr qu’il aurait du succès.

Ici, nous sommes face à une sorte de commissaire Montalbano anglais, buvant (avec modération) et faisant bonne chère à tous les repas, bref, c’est un costume qui ne lui sied guère car il lui manque la verve du sicilien et son caractère un peu rêche.

Lisez ce roman comme un mémoire à la gastronomie tourangelle, à son architecture, à son Histoire, mais pas comme un pastiche holmésien, ni même comme une enquête qui va vous décoiffer !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°205] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°31].

Sherlock Holmes et le mystère de la Chambre Jaune : Le Griot

Titre : Sherlock Holmes et le mystère de la Chambre Jaune

Auteur : Le Griot
Édition : Auto édition (08/07/2019)

Résumé :
Le célèbre locataire du 221b Baker Street à Londres, se penche sur le Mystère de la Chambre Jaune, vingt ans après les faits. Ses conclusions vont remettre en cause tout ce que l’on croyait savoir sur cette intrigue.

Le véritable rôle de Gaston Leroux, la double identité de Rouletabille, pourquoi Ballmeyer n’est pas cet agresseur pervers et violent décrit dans le roman paru en 1907 et comment Moriarty se retrouve une fois encore impliqué dans un crime de sang.

Avec le docteur Watson et Peter Rolling, un reporter américain détaché à Paris par l’Associated Press, ils vont nous dévoiler les dessous d’une histoire qui allait potentiellement changer le destin de l’Europe à la veille du premier conflit mondial.

La Chambre Jaune n’a pas révélé tous ses secrets, Sherlock Holmes entre en piste !

Critique :
Sherlock Holmes résolvant le mystère de la chambre jaune, pourquoi pas ?

Même si le mystère avait été résolu par Rouletabille et que je me souvenais toujours du final du roman de Gaston Leroux.

Mais je n’ai rien contre une réécriture de la solution finale, si l’auteur me prouve par A+B que la solution d’origine est entachée de non-sens ou d’erreurs, un peu à la manière de Pierre Bayard révise les grands enquêtes littéraires.

Oui, mais faut que ça tienne la route !  Condition essentielle pour que je valide.

Ici, je ne suis pas convaincue et j’ai même eu la désagréable sensation que Holmes ne faisait que de la figuration tant la majorité du récit est composé de Watson lui détaillant les faits qu’il vient de lire dans le journal qui revient sur cette affaire mystérieuse, 20 ans après et raconte comment le journaliste Boitabille avait résolu ce meurtre en chambre close.

Heureusement que ce roman est assez court parce que sinon, j’aurais eu l’impression de relire le roman de Gaston Leroux.  Bien entendu, si vous ne l’avez jamais lu, ces précisions sont primordiales, essentielles, même, mais j’aurais préféré avoir plus de Holmes et moins de Gaston Leroux.

Niveau action, c’est très calme, tout se passant dans le salon du 221B Baker Street, Holmes faisant preuve de son talent de déduction en résolvant ce mystère dont il estime que la solution proposée n’est pas la bonne et il va nous donner sa version à lui.

Comme je vous le disais, je resterai dubitative devant la solution proposée car Holmes fait intervenir un coupable qui ne s’y trouve pas d’origine et c’est là que le bât blesse : était-il nécessaire de l’inclure dans tout ça ? Pour moi, non, mais ceci reste une opinion personnelle (comme toujours, d’ailleurs).

À vous de vous faire votre opinion, mais en ce qui me concerne, ce fut mitigé ! Dommage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°194], Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°20], Le Challenge A Year in England [Lecture N°04] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 4 – Citrinitas, l’oeuvre au jaune : Alejandro Jodorowsky et Jérémy

Titre : Les Chevaliers d’Héliopolis – Tome 4 – Citrinitas, l’oeuvre au jaune

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (15/01/2020)

Résumé :
Il ne deviendra jamais le roi de France. L’Alchimie lui réserve un plus grand destin. 1888.

Au refuge des Chevaliers d’Héliopolis, Asiamar, âgé de cent-dix ans, se prépare à accomplir le dernier rituel de son initiation : Citrinitas, l’œuvre au jaune, qui lui permettra de retrouver sa jeunesse et de vivre mille ans.

Il est désormais temps pour lui de connaître également le secret des Chevaliers gardé par leur maître.

Car celui-ci a besoin de la puissance de tous ses disciples pour sauver l’humanité.

Mais avant cela, il charge Asiamar d’une mission : affronter la dernière grande menace de leur ordre. Un mutant tueur de femmes qui sévit dans les nuits embrumées de Londres, la capitale du monde moderne : Jack l’Éventreur !

Critique :
Soyons sympa, les dessins de Jérémy sont toujours aussi beaux à regarder, les couleurs sont chatoyantes et j’ai passé un bon moment de lecture sans me prendre la tête.

Les débuts étaient prometteurs : Londres, 1888…

Si en voyant ça, j’ai imité le cri du loup de Tex Avery, ensuite, j’ai eu l’impression que tout partait en capilotade, pour ne pas dire en couilles (je resterai polie, hein).

Autant je ne connais pas bien l’Histoire de vos p’tits Louis numérotés (je ne vois donc pas toutes les libertés prises par l’auteur), autant sur Jack The Ripper je suis plus cultivée (vous m’excuserez) et donc, voir les prostituées assassinées dans des coins reculés de parcs, ça m’a fait crier à l’hérésie.

De son côté, Asiamar notre chevalier hermaphrodite passe au dernier niveau, celui du jaune et Fuxi, le maître des chevaliers lui explique l’origine de leur groupe. Petit mot à ceux qui ont lu le tome 4 : vous ne trouvez pas qu’il a des petits airs du personnage Petit-Coeur dans Dragon Ball, le Fuxi ??

Petite crise mais Asiamar gère assez vite sa déception et est ensuite envoyé affronter l’assassin qui terrorise tout Londres… La rencontre à lieu et boum… Mais qui a enclenché le turbo dans cet album ??

Le soucis c’est que tout va trop vite, bien trop vite ! On tombe amoureux des deux côtés rien qu’en un regard et viens-y que je te donne mon âme, mon sang, mon coeur, mon cul (ok, là je ne dirai rien sur la vitesse) et que tout se fasse dans un déchirement qui ferait passer Roméo et Juliette pour des couillons au niveau des promesses.

Comme si ça ne suffisait pas, comme le scénariste déjanté qu’est Jodorowsky doit tout caser en un seul album, on accélère là où on aurait dû prendre son temps et on atermoie durant des cases et des cases sur Asiamar qui aimheu la femme qu’il a croisé car c’est son âmheu, son coeur, sa vie… Bref, fû d’amûr il est.

Et vas-y que ça galope encore plus vite pour terminer avant le mot fin… On aime aussi vite qu’on pardonne et qu’on arrête d’haïr. Le trop lent côtoie le trop rapide, le trop expliqué, trop détaillé côtoie l’expéditif.

Alors oui, à la fin, on sait que tout est résolu, on a fait le tour de la question, le lecteur ne restera pas sur sa faim à la fin, mais ce fut expédié à la vitesse d’une météorite poussée par des réacteurs super-puissant.

Nous avons une morale à la fin, elle nous fait honneur, mais bon, je la trouve un peu surfaite, limite bancale. Heureusement, les personnages sont super intelligents et le principal concerné, Fuxi, a compris. La lumière fut dans son cerveau super prodigieux alors que n’importe qui aurait pu lui expliquer facilement…

Ce quatrième tome aurait dû être exécuté en deux, cela aurait permis à l’auteur d’aller plus doucement, de ne pas résoudre tous les problèmes rapidement, facilement, de faire aller son scénario à la vitesse de l’éclair et de donner l’impression qu’on termine vite avant de passer à autre chose.

Un partage en deux tomes ne m’aurait pas donné l’impression que les auteurs faisaient un tome supplémentaire afin de se faire du fric sur le dos des lecteurs (comme certains le firent sans honte).

Une saga en dents de scie, avec des hauts et des bas et une conclusion un peu trop rapide à mon goût. Maintenant, si on fait abstraction de tout ça, on passe en moment de lecture détente sans se prendre la tête…

À vous de voir ce que vous désirez lorsque vous ouvrez une bédé au moment X. Là, je voulais autre chose….

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°111].

La jeunesse de Blueberry – Tome 21 – Le convoi des bannis : Corteggiani et Blanc-Dumont

Titre : La jeunesse de Blueberry – Tome 21 – Le convoi des bannis

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
21e album de La Jeunesse de Blueberry : une nouvelle aventure qui se déroule durant la guerre de Sécession.

Alors que Blueberry est transféré dans un pénitencier sudiste, le train qui le transporte est pris dans une embuscade.

Notre héros parvient à s’échapper et trouve refuge dans un village hors du temps et de la guerre.

Malheureusement, le feu et les larmes ne sont jamais bien loin, et la guerre de Sécession va bientôt rattraper ce hameau tranquille.

Critique :
Depuis que Giraud et Charlier ne sont plus aux commandes du spin off consacré à la jeunesse de Blueberry, soit ça part en carabistouilles (restons polie) soit ça reste dans de l’ultra classique.

Les pères de Blueberry étaient dans le classique aussi, avec des retours aux sources, mais au moins, leurs scénarios étaient plus relevés, moins conventionnels que ce que je viens de lire.

Conventionnel ne veut pas dire merdique mais j’espérais tout de même avoir autre chose que du réchauffé.

Comme je prends la fin de la série bien après tout le monde, je n’ai pas dû attendre 3 ans entre l’album consacré à la bataille de Gettysburg et sa suite.

Dans l’album précédent, notre lieutenant après s’être réfugié dans une maison pour échapper aux tirs sudistes se faisait cueillir ensuite, avec son sergent, par les Reb et les voici dans un train en tant que prisonniers.

Première question : qui est le fameux convoi des bannis ? Le wagon avec une dizaine de prisonniers nordistes ? J’ai des doutes… Alors serait-ce le convoi des pillards déguisés en Sudistes qui seraient visé par le terme de « bannis » ? Bof… Jamais l’auteur ne nous apprendra de quoi ou de où ces hommes ont été bannis ! Mais bon…

Ces derniers albums, il me semble que Blueberry tombe souvent dans des communautés ultra religieuses… Cet album n’y déroge pas et on se retrouve une fois de plus chez des culs bénis qui refusent la violence mais n’hésitent pas à vous fouetter pour expier le Mal qui est en vous. Les grands croyants sont souvent bourrés de contradictions.

En soi, cet album n’est pas mauvais, mais il est conventionnel et réchauffé : une communauté qui vit à l’écart de tout, des pillards qui arrivent, qui flinguent à tout va, le tout, sur fond de vengeance, pour ne pas changer.

Certains visages des personnages avaient tout droit l’air de sortir de « La planète des singes », l’ancien film vu leur dents qui ressortaient ou leurs airs simiesques. Hormis ces détails, les dessins de Blanc-Dumont sont bien exécutés et les coloris sont agréables pour les yeux, surtout après avoir lu « Wanted »…

Mais c’est trop du déjà-vu et Blueberry m’a habitué à autre chose que des aventures qui semblent là juste pour ajouter des albums avant de terminer enfin ce spin-off commencé par Charlier et Giraud en 1975 et qui devait faire la jonction avec le premier album de Blueberry « Fort Navajo » qui commence après la fin de la guerre de Sécession.

Où les auteurs changent leur fusil d’épaule en nous proposant du plus relevé ou alors, on arrête là et on ne continue plus le massacre.

Ma cote est sévère car j’ai eu l’habitude d’avoir de l’excellence et là, je suis très déçue…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°86] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

La mort du petit cœur : Daniel Woodrell

Titre : La mort du petit cœur

Auteur : Daniel Woodrell
Édition : Rivages Noir (2002/2018)
Édition Originale : The Death of Sweet Mister (2001)
Traduction : Frank Reichert

Résumé :
Shuggie Atkins est un adolescent solitaire et obèse. Sa mère l’appelle son « petit cœur ». Son père le traite de « gros lard » et le force à s’introduire au domicile de grands malades pour y voler les « drogues » qui leur sont prescrites.

Shuggie accepte, pour l’amour de cette mère qui ne cesse de le provoquer sexuellement sans avoir l’air de s’en rendre compte.

Tout cela est supportable jusqu’au jour où Jimmy Vin Pearce, un grand et bel homme, surgit dans le paysage au volant d’une magnifique T-Bird…

Critique :
On pourrait renommer ce roman en « Chronique d’un anéantissement programmé d’un ado ».

Effectivement, ce roman noir est poisseux, il colle aux doigts, il est toxique, il est glauque, tout en restant assez pudique, sans sombrer dans le pathos et sans jamais porter de jugement.

La famille Atkins, ce serait du pain béni pour les services sociaux et tout ceux qui étudient les cassos car là, on est tombé chez des champions du monde !

Entre Red, le père qui traite son fils (si c’est bien son fils) Shuggi de gros lard et qui l’envoie cambrioler des maisons pour y voler des médocs et Glenda, sa mère, chargée de l’entretien du cimetière et qui ferait bander les morts tant elle joue de ses charmes avec tout le monde, même envers son fils… Quand je vous dis que c’est glauque !

Une fois de plus, les ingrédients étaient réunis pour me faire passer un bon moment avec ce roman noir bien serré, plus serré que le string de Glenda quand Red y fourre sa main.

L’Amérique profonde, l’univers particulier des Orzaks et un récit vu au travers des yeux d’un ado de 13 ans, un peu à la manière de « Un bikini de diamant » sauf que Shuggie n’est pas un innocent et qu’il a un regard cynique et sans illusions aucune sur le monde qui l’entoure.

Bardaf, encore une lecture où je suis passée à côté de tout ! Malgré le caractère ironique du récit, malgré le côté oppressant, malgré le comique de certaines situations (même elles ne prêtent pas à rire, dans le fond), je n’ai pas réussi à m’accrocher aux personnages et j’ai survolé la fin du roman, n’arrivant plus à me concentrer sur le récit.

Dommage parce que Woodrell est un auteur que je connais, dont j’apprécie les ambiances, la mise en scène des pauvres Blancs et qui m’avait fait vibrer avec ses autres romans (Un feu d’origine inconnue / Un hiver de glaceChevauchée avec le diable).

Il en fallait bien un qui au lieu de me coller aux doigts me tombe des mains.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°68] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Wanted – Tome 2 – Le canyon de La Muerte : Thierry Girod et Simon Rocca

Titre : Wanted – Tome 2 – Le canyon de La Muerte

Scénariste : Simon Rocca
Dessinateur : Thierry Girod

Édition : Soleil Productions (1996/2001)

Résumé :
Des plus moches métiers de l’ouest américain, « bounty-hunter » (chasseur de primes) est sans doute le pire. Faut-il être impitoyable pour l’exercer…

À cet exercice, l’homme solitaire au visage ravagé par une cicatrice en forme de “W”, que tous connaissent sous le sobriquet de Wanted, est sans nul doute le plus redoutable.

Pourtant, son cœur de pierre ne s’émeut-il pas en sauvant la vie du jeune métis Yaqui-Jed que d’odieux chasseurs de scalps “les frères Bull” ont laissé pour mort après avoir massacré et scalpé tous les siens ?

À travers l’ouest en proie à la guerre de sécession, au massacre des Indiens Navajos par les milices de Kit Carson, à la guerre Apache… il va aider Jed à se venger et à retrouver le trésor accumulé par les pillages des Bull…

Critique :
Wanted est une série 100% western, qui utilise tous les codes du western de manière ultra-classique, sans nouveautés et avec des dessins pas géniaux.

On ne parlera même pas des couleurs, ça risquerait de plomber l’ambiance… Elles sont à chier.

J’avais relu la saga en 2015 mais je n’avais chroniqué que « Les frères Bull », tome 1 de cette série qui en comptera 6.

La série Durango jouait elle aussi dans le western classique à 100% mais la mise en scène donnait un souffle nouveau, ici, ce n’est pas la cas.

J’avais plus d’indulgence avec la série lorsque je l’ai commencée, vers 1995. Maintenant, j’en vois tous les défauts et le tome 2 ne remonte pas dans mon estime.

Une histoire de vengeance, c’est classique mais ça marche toujours. Vengeance contre qui ? Contre des salopards qui scalpent de paisibles Hopis (femmes et enfants compris) pour toucher la prime « Navajos » parce qu’ils n’ont pas les couilles d’aller chercher les scalps sur la tête de ces terribles Navajos… Et non content de tuer des innocents, ces salopards violent. Yaqui Jed veut leur peau après la mort de sa femme et ses gosses.

Tout ceci se trouvait dans le premier tome. Dans cette suite, nous avons toujours Yaqui Jed, notre métis Indien qui ressemble à Rahan en quête de vengeance, aidé par le chasseur de primes surnommé Wanted, qui y va les pieds de plombs mais qui y va quand même.

Ce que je reproche à ce deuxième tome, c’est d’être bordélique et d’aller dans tous les sens, quitte à perdre le lecteur au passage.

Comme dans « Le bon, la brute et le truand », nous avons notre chasseur de primes et le métis qui se retrouvent au milieu de la guerre de Sécession, coincés dans l’affrontement entre deux beaux-frères (véridique !) : le confédéré Henry Hopkins Sibley contre son beauf, l’unioniste Edward Canby qui est accompagné par les troupes du célèbre Kit Carson.

Ajoutons à cela les guerres Indiennes et nous avons un brol pas possible de conflits en tous genre qui semblent n’être là que pour faire durer l’histoire de vengeance un peu plus longtemps.

Je reprocherai aussi un manque de profondeur des personnages. Tout cela ressemble à de la caricature, à des images d’Épinal, à du bon gros western spaghetti où la sauce est si lourde qu’on a du mal à avaler et encore plus à digérer.

Sans le Mois Américain, je n’aurais pas relu cette saga, mais comme je n’avais chroniqué que le premier tome, j’ai eu envie de poursuivre et bien mal m’en pris… J’aurais dû relire ma propre chronique avant de commencer la relecture du tome 1.

La lie du vin étant tirée, je vais terminer le cycle de la vengeance et je passerai à du bien meilleur, comme du Blueberry, ou même du Lucky Luke et du Jerry Spring.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°58] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.