L’ordre des choses : Frank Wheeler Jr.

Titre : L’ordre des choses

Auteur : Frank Wheeler Jr.
Édition : Série Noire Gallimard (14/11/2016)

Résumé :
Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 -, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.

Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites.

Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables…

Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang.

Critique :
♫ Black is black ♪ comme le chantait si bien Los Bravos… et ces paroles sont parfaites pour illustrer l’atmosphère de ce roman noir qui ne se décline pas en 50 nuances de « grey » (gris) mais en 50 nuances de black (noir).

Ces 50 nuances de black allant du noir serré au noir sombre, en passant par le noir profond comme le trou d’une tombe creusée en pleine nuit dans un coin perdu du Nebraska, afin d’y enterrer une personne qui dérange l’ordre.

Conseil d’ami, ce roman noir n’est pas fait pour les personnes sensibles ou possédant un sens de la justice aigu, car ici, les gens nuisibles qui menacent l’ordre sont appelés des animaux et doivent être ou enfermé en cage ou muselé… Pour toujours ! Si vous voyez ce que je veux dire…

— On est au milieu du trou du cul de la cambrousse, frangin. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Certes, bien qu’étant pour une justice équitable, je ferme volontiers les yeux (dans un roman) quand on élimine les trafiquants de drogues et toute la racaille qui tourne autour comme des mouches autour d’une merde bien fraiche…

MAIS… (ben oui, il y a tout de même un « mais) le problème est que le shérif Earl Haack Jr qui élimine cette racaille de trafiquants et tout ce petit monde, est une raclure lui aussi. D’accord, il les élimine pour faire régner l’ordre dans sa ville, comme son père shérif avant lui, mais c’est aussi surtout pour mettre la main sur une partie de leur trafic.

— Devenir un caïd dans ce business, c’est comme se dessiner une cible dans le dos.

Sa philosophie est que puisqu’on ne peut lutter contre les narcos-trafiquants, autant aller dans le même sens qu’eux et se remplir les poches par la même occasion, tout en maintenant l’ordre dans la ville. D’une pierre deux coups.

Si on est intelligent et observateur, en bossant à la Brigade des stupéfiants, au niveau fédéral ou local, on apprend une chose très vite… Rien ne pourra jamais arrêter le trafic. Ceux qui acceptent cette évidence font un choix. Ils peuvent se résigner à pointer et à compter les heures avant la retraite, ou bien ils peuvent en profiter.

L’écriture est âpre, sans concession, les personnages sont plus dans les nuances de gris sombre ou de noir que d’une autre couleur, ne cherchez pas de rédemption, il n’y en aura pas, ou très peu. Même pas un personnage à sauver du lot !

Ce que les gens ne disent pas, en général, c’est qu’il est très difficile de commettre un homicide, quelles que soient les circonstances. Même en cas de légitime défense, il y a une résistance naturelle à l’acte de tuer.

Et pourquoi on a besoin de fusils de chasse ? Il n’en avait pas la moindre idée. La balistique. Il est impossible de faire des études balistiques avec des cartouches de fusil de chasse. Ça ne laisse quasiment aucun indice.

Autant j’avais ressenti de l’empathie pour le shérif Corey dans « Pottsville, 1280 habitants » de Jim Thompson, autant je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec le shérif Earl Haack Jr, ni avec sa femme, ni avec sa troupe d’éliminateurs de premier ordre.

L’ordre dans la ville et non le chaos… Le shérif Earl applique l’adage de son père, et on peut dire qu’il l’applique avec zèle, créant pour finir du chaos en voulant mettre le l’ordre.

Un roman noir âpre, des personnages qu’on n’aimerait pas croiser ou boire un verre avec eux, une écriture au cordeau, une analyse d’une société qui tranche dans le lard, des morts à la pelle, des balles qui sifflent, tout le monde qui surveille tout le monde, une guerre larvée pour prendre le pouvoir et le contrôle du marché, bref, une OPA qui n’est pas publique et qui aura tout du RIP inscrit sur votre tombe anonyme.

Un roman noir sombre, qui possède un rythme propre à lui, assez agité sur le final, et très giclant de sang avant, un roman noir rural, sauvage, des personnages énigmatiques, dangereux comme des crotales enragés.

Un roman noir intense et violent.

— Tu sais ce qui se passera quand il tombera, n’est-ce pas ?
— La nature a horreur du vide.
— Hein ?
— Un truc que j’ai appris à l’université. Je veux dire, une fois que le chef n’est plus là, les autres vont se battre pour prendre sa place. Une putain de foutue guerre entre les parties concernées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

 

La Malédiction de la maison Foskett – Les enquêtes de Middleton & Grice – T2 : M.R.C. Kasasian

Titre : La Malédiction de la maison Foskett – Les enquêtes de Middleton & Grice – T2

Auteur : M.R.C. Kasasian
Édition : City Editions (08/03/2017)

Résumé (par Ida) :
March Middleton, après la disparition de son père, médecin militaire, a quitté et vendu la demeure familiale qu’elle ne pouvait entretenir faute de revenus, ne disposant que d’un « maigre héritage » (qui aurait suffit pour nourrir correctement une famille nombreuse de l’Est End… mais pour vivre comme une lady), a été accueillie par son parrain qui a bien voulu devenir son tuteur.

Il s’agit de Sydney Grice, l’insupportable, pédant et arrogant « détective personnel » connu du tout Londres et que consulte régulièrement le Prince de Galle lorsqu’il s’est mis dans une situation embarrassante avec des femmes de petite vertu.

Après avoir résolu ensemble une première enquête (cf le billet de Belette sur « Petits Meurtes à Mangle Street »), l’improbable duo reçoit la visite d’un monsieur qui sollicite son aide.

Un groupe de personnes fortunées sans héritiers a décidé de créer une société dont le principe est transmettre après leur décès les biens de tous ses membres au dernier des vivants.

Afin d’éviter que les membres de l’étrange société ne se trucident les uns les autres pour rafler la mise, Grice est sollicité afin de retrouver les éventuels assassins qui seraient alors probablement pendus par la justice et ainsi exclus du bénéfice éventuel de la succession.

Or, à peine leur a-t-il exposé son marché que le client s’effondre raide mort dans le fauteuil de March Middleton, visiblement empoisonné au cyanure après avoir bu le thé apporté par Molly, la gentille mais pas très futée domestique de Grice, que celui-ci s’amuse régulièrement à insulter sans qu’elle ne s’en rende compte et l’en remercie presque à chaque fois.

Parviendront-ils à éviter aux autres membres de cette société d’héritiers mutuels de passer prématurément de vie à trépas ? Et qui est donc ce Docteur Berry, femme médecin aussi jolie qu’intelligente, que Grice pourtant célibataire endurci et inaccessible à la romance, semble trouver fascinante ?

Ce deuxième volet nous permettra également de mieux découvrir les petits secrets privés de nos personnages évoqués en filigrane dans leur aventure précédente, et de nous rendre compte que… March n’est peut être pas si incapable d’attirer les attentions d’un homme…

Critique (par Ida) :
Dès le départ quelques allusions à certaines affaires célèbres du canon holmésien, que l’auteur via March attribue à Grice, vient nous rappeler que ce ne serait pas Holmes qui a servit de modèle à Grice, mais Grice qui aurait été le modèle dont Conan Doyle se serait inspiré pour créer son personnage légendaire.

Mouais… Permettez moi de n’adhérer que légèrement à ce subterfuge, car c’est Grice qui est la caricature des défauts attribués à Holmes !

Et c’est une caricature trop caricaturale à mon goût. Il est franchement insupportable ce type ! Odieux ! Rabaissant constamment les gens dès qu’il ouvre la bouche. Une saillie ironique de temps à autre aurait largement suffit…

Là c’est tellement fréquent que ça frise la pathologie et laisserait supposer paradoxalement qu’un tel déballage constant d’attaques au narcissisme des autres est révélateur d’un être à l’estime de soi extrêmement fragilisée…

Ce qui ne va pas très bien avec la stabilité mentale et le sang froid dont Grice peut faire preuve par ailleurs. Il est horripilant et j’avoue que ça en devient lassant. Très lassant même.

Ce travers de Grice met en valeur en revanche les côtés sympathique de March Middleton. Pour faire face à un olibrius de cet acabit, il faut manifestement avoir un caractère bien trempé et beaucoup d’esprit. Elle fait heureusement preuve d’un sens de la répartie désopilant, pour notre plus grand plaisir.

Cela étant elle aussi est un personnage trop atypique pour son époque et la modernité de son caractère peu soumis aux normes bourgeoises de l’ère victorienne a quelque chose d’un peu anachronique. Mais sans cette anachronisme, les épouses Pitt, Ross et notre March nous auraient-elle autant plu ? J’en doute !

L’atmosphère du Londres victorien, ses inégalités sociales, ses rues transformées en fossés fangeux où lords et mendiants se croisent, sont bien au rendez-vous.

La complexité de l’intrigue me laisse malgré tout ambivalente. En effet… Il ne faut pas que les intrigues soient trop simples, sinon on s’ennuie. Mais là elle me paraît parfois très alambiquée, de multiples fils s’y entrecroisant, avec ses histoires parallèles… Trop d’infos tue l’info… Et je m’y suis un peu perdue !

Par ailleurs sur la fin, la narration semble souffrir aussi parfois de quelques longueurs, cassant le rythme du dénouement.

En outre… certains éléments de l’histoire que je ne vous révèlerai évidemment pas me semblent assez peu crédibles (voire franchement pas du tout pour qui a quelques notions basiques en rapport avec les champs de savoir scientifiques mis en avant – pour les autres ça peut passer cela étant), tout comme certaines coïncidences « qui font bien les choses lorsqu’il s’agit de se tirer d’un mauvais pas » sont un peu trop nombreuses à mon goût.

Dans un roman qui doit mettre en valeur l’esprit rationnel et scientifique du héros je trouve que c’est un peu décalé. On devrait pouvoir compter plus sur son cerveau que sur les coups de bols dans un tel roman !

J’hésitais dans ma cotation « Sherlock »… Je serais bien allée jusqu’à quatre pour l’impression générale du roman… Mais le côté pénible du personnage de Grice est à la longue très fatiguant et l’abus de ressors peu crédibles pour alimenter le scénario me font revoir ma note à la baisse.

On en restera à trois car même si je deviens exigeante, on passe malgré tout un bon moment, un léger sourire sur les lèvres d’un bout à l’autre, en voyant comment March remet avec art ce malotru de Grice à sa place !

Nous rappelons à notre aimable clientèle que la dame Ida n’est pas rémunérée pour ses chroniques !

Dusk : Sébastien Bouchery

Titre : Dusk

Auteur : Sébastien Bouchery
Édition : Fleur sauvage éditions (25/08/2016)

Résumé :
Nebraska, 19ème siècle. De redoutables limiers partent affronter l’hiver glacial pour neutraliser l’assassin d’une fillette.

Mais ils devront, tour à tour, affronter leurs passés tumultueux, ainsi qu’un second prédateur… Un tueur en série qui laisse, dans son sillage, un nombre inquiétant de cadavres…

Jouant avec les codes des thrillers actuels, Sebastien Bouchery revisite l’univers du western avec des personnages hauts en couleur et une intrigue aussi riche que palpitante.

Critique :
Autant j’adore les romans policiers et les romans noirs, autant j’ai aussi un gros faible pour les bons westerns !

Attention, je parle ici de bons westerns, de la crème des westerns. Le tout dans une ambiance noire comme un café serré.

La crème du western qui se mélange harmonieusement avec un roman noir et sombre comme la raie d’un mineur occupé à creuser une galerie au fond d’une mine à minuit par une nuit sans lune…

Mettez le pied à l’étrier et munissez-vous d’une chaude peau de mouton parce que, une fois de plus, on va chevaucher dans le froid et la neige. À la poursuite, non pas du diamant vert ou d’Octobre Rouge, mais d’un assassin d’enfants. Un pédophile surnommé Le Sprinkler… Je ne verrai plus ces dispositifs de la même manière, moi.

— Ça caille, hein, Bow’ ?
— J’ai les roustons qui ont rétréci. Ils collent à mon calbar comme les mouches collent aux aisselles de la mère Dagonard, ma voisine.

— Le Sprinkler  ? répéta Ron en plissant les yeux.
— Oui, c’est le nom que lui ont donné les élégants bien-pensants de Lincoln. En rapport avec les us et coutumes pédérastes de notre homme.
— J’ignorais qu’il fallait donner un nom à tout, même aux sauvageries les plus perverses, commenta Brittle.
— Il faut toujours donner un nom aux choses, monsieur Brittle. Chez nous, on gratte énormément de papier. Et pour déterminer chaque élément d’un puzzle, il faut automatiquement lui apposer un nom.

L’auteur a beau être français, à mon avis, on a dû le biberonner aux westerns lorsqu’il était bébé car il nous offre une ambiance qui a tout d’un western mis en scène par un américain.

Les 7 mercenaires…. Pardon, je voulais dire, les 7 cavaliers à la poursuite du pédophile sont tous aussi différents que l’on peut l’être car entre deux anciennes légendes de l’Ouest et de la Guerre de Sécession (des vieux ronchons), un shérif et ses deux adjoints (un qui bégaye et un adepte de la zenitude), une femme qui n’a pas froid aux yeux (mais possède une forte poitrine) et un journaliste trouillard, on aurait pu se casser la gueule.

Tous ont une densité, une présence incroyable, on s’y attache, chacun ayant ses secrets, ses non-dits, ses envies, ses rêves et Sébastien Bouchery nous offre donc des personnages avec des nuances de gris.

Et quelques nuances de jaune ou de brun car les sous-vêtements ne devaient pas être blanc de chez blanc après un tel périple.

— Oui messieurs, je fais partie de l’expédition.
— Comment ça ? Mais… mais nous allons chevaucher des journées entières, dormir sous la pluie, chier et pisser dans la nature…

Durant cette chevauchée dure, impitoyable, sanglante, notre scénariste a su éviter tous les pièges, tous les écueils, tous les clichés éculés et véhiculé par le genre. En fait, on a des clichés, mais mis en scène de manière à ne pas ressembler à des gros clichés bien gras enrichis à l’huile de palme.

Sa seule entorse sera pour Miss Hobblehorn, la femme qui n’a pas froid aux yeux ni aux miches, qui est une jolie brune à forte poitrine. Mais malgré sa « bravitude », elle nous prouvera aussi qu’elle peut avoir le trouillomètre à -10 !

Quand aux autres, ils n’ont rien de super héros et ont mal aux fesses après une longue chevauchée, comme tout le monde.

Kenny Bowens mesurait un mètre soixante-dix tout au plus, grinçait de toutes les articulations lorsque le temps virait à l’humide, et flattait souvent une bedaine bien avancée sous laquelle il peinait à attacher son ceinturon les matins.

— Bow’, comment tu vas, vieux coyote décati ?
— Mieux que toi si j’en juge par ta poigne de fillette anémiée.

— Allez Stab’, je te rejoins. Si t’as besoin d’une échelle pour grimper sur ton bourricot, y en a une contre la grange.

— J’ai l’impression qu’on m’a bourré du bois sec dans le cul toute la nuit tellement ça craque.

Pas d’embêtements, des secrets, des mystères, deux tueurs fous à arrêter et, cerise sur le gâteau, un politicien véreux comme pas possible ! Oubliez les magouilles de nos politiciens, celui-ci les surclassent tout et mériterait 8 pages dans le Canard Enchaîné tant il est pourri de chez pourri.

Tout en galopant dans la neige et en se caillant les miches, l’auteur en profite aussi pour nous donner quelques anecdotes amusantes sur le Jack Daniel, les nouvelles techniques d’investigations et pour nous faire réviser notre historie des États-Unis en passant en revue ce qu’elle a de plus sombre. Hé, c’est pas l’île aux enfants, ici ! Et le Rêve Américain, il est aux abonnés absents.

Il avait fui le rêve américain comme on tente d’échapper à la peste. L’Eldorado, la terre promise que convoitaient les immigrants n’avaient jamais existé. Pour lutter contre les politiques d’austérité, nombre d’immigrants avaient formé des communautés aussi incontrôlables que venimeuses. Les gangs avaient commencé à gangrener la ville et les ouvriers devaient composer avec patrons, politiques nouvelles et misère sociale.

— D’après ce que je sais, le shérif a mis à contribution ses adjoints et ceux de la ville voisine pour garder au frais la scène de crime.
— Ah oui, c’est vrai. Les nouvelles techniques d’investigation. On touche à rien et on déplace surtout pas le corps.
— Il commence même à se créer de nouveaux métiers autour de l’étude des cadavres. Tu y crois, toi ?

C’est sombre, sur fond blanc puisqu’il neige, on a quelques notes d’humour, des flingues qui crachent des balles, des morts, des blessés, de l’amûr (un peu), des dialogues qui ont de la pèche et des personnages qui se dévoileront au fil de la chevauché fantastique.

— Si ma vue continue de baisser à cette cadence, l’année prochaine je serai obligé d’aller pisser avec une loupe.
— Tu le faisais pas déjà ?
Stabler lui accorda la victoire d’une mise en boîte bien placée, et rit.

— Je commence à devenir miro, j’ai mal partout chaque fois que je me gratte le dos, et j’ai de plus en plus de mal à dresser la tente, si tu vois ce que je veux dire…

Quand au final, il est grandiose, l’auteur étant à l’aise aussi bien avec les scènes de fusillades comme avec celles plus tendres, celles remplies d’humour ou plus cyniques, comme avec celles plus « coup de poing dans ta gueule » avant de te coller le coup de pied dans le plexus.

— C’est juste que nous connaissons tous le pedigree des politiciens. Ils sont prêts à décimer tous les serpents à sonnette du désert sur de simples promesses. Mais une fois qu’ils sont élus, c’est tout juste s’ils ont le temps de dire bonjour à leurs administrés.

Sans oublier les deux mondes qui se croisent et se télescopent : l’Amérique profonde des cavaliers, des fermiers et celle des politiciens orgueilleux. Celle qui manie encore le colt et celle des gratte-papiers… L’avantage étant que nous ayons des bas de plafond des deux côtés.

— Ici, on gratte pas le papier. On fait respecter la loi, les mains dans la boue et les pieds dans la merde.

Que demander de plus ??

Ok, ce serait encore plus super avec des images sur grand écran pour encore mieux en profiter et une musique d’Ennio Morricone !

— Je préférerais un Jack Daniel’s.
— Un Jack quoi ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
— Un bourbon américain.
— Le bourbon américain, ça n’existe pas, voyons ! Je veux dire, le vrai. D’où sort donc votre piquette ?
— D’une distillerie de Lynchburg, dans le Tennessee.
— Ah, et depuis quand elle existe, cette distillerie ?
— Elle a été fondée cette année, par monsieur Jack Daniel.
Hagan partit dans un rire hilare. Il passa une main dans sa chevelure épaisse et leva le bras pour commander une tournée.
— Monsieur Stillman, je vous pensais plus fin connaisseur. Un homme de votre qualité, allons ! Le tord-boyau dont vous faites l’apologie ne connaitra jamais le succès. Je ne donne pas un an avant que votre distillerie ne ferme ses portes.
— Si vous le dites.
— C’est du bon sens monsieur Stillman, juste du bon sens, dit Hagan en se tapotant le crâne du bout des doigts.

PS : j’ai relevé quelques grosses fautes d’orthographe, dans cette version… Les cavaliers « descellent » leur chevaux et bien entendu, ils les « scellent ». Heu, « sceller » avec un « c » parle d’apposer un sceau, le cavalier, lui, il se contente de « seller » son canasson.

— Vous n’avez plus qu’à les desceller et récupérer vos affaires pour la nuit…

Il s’était ensuite rendu jusqu’à l’écurie et avait scellé son cheval.

Idem avec « dote » écrit de cette manière à la place de « dot ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Ciel rouge : Luke Short

Titre : Ciel rouge

Auteur : Luke Short
Édition : Actes Sud – Collection L’Ouest, le vrai (2016)
Édition originale : Blood On The Moon (1943)

Résumé :
La cupidité oppose deux hommes, et la fille de l’un d’eux aime celui qui s’apprête à escroquer son père.

Sur fond d’élevage de bétail et de répression d’Indiens croupissant dans des réserves dépourvues de bonnes terres, Luke Short compose un western efficace et exemplaire qui a été adapté par Robert Wise sous le même titre.

Robert Mitchum et Barbara Bel Geddes tiennent les rôles principaux dans ce film, considéré comme l’un des meilleurs westerns noirs.

Critique :
Prenez un shaker et mettez-y une bonne dose de western avec un zeste de policier et deux doigts de roman noir et secouez bien.

Servez-le sans glace, sec, et dégustez sans modération.

Voilà comment je pourrais résumer ce western policier noir ou ce policier western noir.

D’ailleurs, en lisant ce western, vous aurez un bon plan pour gagner du fric facilement avec une magouille bien ficelée.

Certes, il vous faudra un troupeau de vaches, une réserve indienne, un représentant local du Bureau des affaires indiennes véreux, un exploiteur, un gros éleveur de vaches, des cow-boys et des colons qui ne veulent pas de vaches pâturant sur les terres qu’ils ont squatté à l’éleveur puisque celui-ci n’a pas mis de barbelés sur la prairie.

Un vieux thème récurent dans le western car reflet de l’Histoire des États-Unis que ces guerres entre ranchers et squatters, entre les éleveurs et les colons et entre ceux qui veulent introduire des moutons et ceux qui ne voyait que par les vaches.

Si vous êtes sensible à la poésie d’une description de paysage ou de climat bienveillant, il va falloir vous munir d’une épaisse peau de mouton, d’un long manteau étanche car l’auteur va vous balancer dans ses pages un climat aride par le froid, la pluie, la neige, le tout au service d’une atmosphère des plus oppressante, d’une nature hostile et d’un sol guère accuillant.

Ce fut dans un triste endroit, un pitoyable endroit, parmi les trembles épars et détrempés, que Jim Garry établit son campement à la tombée de la nuit. Mais il n’avait pas d’autre choix, ses deux chevaux et lui étaient trop épuisés pour descendre jusqu’à la forêt. […] Il retira ses bottes, les enfila la semelle vers le haut sur des piquets plantés près du feu, puis réchauffa ses pieds à demi gelés. […] Les branches des trembles s’entrechoquaient dans le vent. Des filets de pluie froide ruisselaient dans son dos sous sa peau de mouton mais il restait assis, hébété de fatigue.

Dès le départ, vous êtes dans le bain et déjà votre campement est piétiné par un troupeau de bovins en fuite. Puis on sera menacé d’une arme, questionné subtilement et enfin on pourra reprendre sa route vers son destin.

Ne cherchez pas le personnage central, le héros, celui que l’on voit surgir dès le départ car ici, c’est assez obscur, on ne sait même pas si Jim Garry, le cavalier solitaire, est dans le camp des gentils ou des méchants car dans ce roman, point de dichotomie, tout le monde ayant un bon côté et un sombre, même si certains possèdent en eux plus de sombritude que les autres.

Comme dans tous les bons romans westerns qui volent plus haut que ceux de la sous-gare de Trifouillis-Les-Oies, en plus d’un scénario béton, les personnages sont travaillés avec peu de mots, ni tout blanc, ni tout à fait noir et la rédemption se taille une belle part dans les pages de ce western noir.

Si les femmes sont assez fortes et n’ont pas froid aux yeux, les hommes auront tous l’occasion de se racheter, libre à eux de changer de cap et de faire en sorte de se faire pardonner leur péchés (pour certains), ou leurs erreurs pour d’autres.

Rien n’est figé et c’est ce qui ajoute une touche de réalisme à ce western noir et serré comme un café et aussi sec qu’un whisky sans glace.

Un western qui nous parle de la possession du sol, de la propriété des terres dans ce pays où certains voulaient le libre accès au territoire dans son ensemble et sans la moindre restriction, de l’importance de l’eau, de l’obligation de protéger son bien contre les intempéries, les exactions des hors-la-loi.

Un western que la Série Noire n’aurait pas renié car il était sombre comme elle aimait, un western qui vole plus haut que ceux écrits pour un public de masse, un western sur fond de magouille, de mépris pour les indiens parqués dans des réserves, de rédemption, de traitrise et d’amour, sans que cela vire à l’eau de rose.

Un vrai café noir additionné d’un bon whisky. Des comme lui, j’en redemande jusqu’à l’ivresse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Héloïse, ouille ! : Jean Teulé

Titre : Héloïse, ouille !

Auteur : Jean Teulé
Édition : Julliard (05/03/2015)

Intro (par Ida) :
C’est avec sa prose enlevée, piquante et poétique que Jean Teulé, écrivain qui aime à revisiter l’histoire à travers certaines de ses grandes figures romanesques, nous livre ici sa vision du couple mythique formé par la belle Héloïse et le docte Abélard.

Couple mythique… qui a bel et bien existé cela étant, et qui est passé à la postérité grâce à la correspondance quelque peu salée qu’il a laissé derrière lui, laissant supposer que l’amour courtois dont ils seraient les précurseurs, n’a absolument rien de platonique.

Ce qui n’a visiblement pas échappé à Jean Teulé !

Résumé (par Ida) :
Nièce d’un Chanoine dont l’histoire dit qu’il avait ses entrées à la cour de France, Héloïse est une belle jeune femme d’une exceptionnelle érudition.

Son oncle décide de parfaire son éducation en la confiant au Maître à penser de l’époque, celui aux cours desquels on se presse dans les universités, Jean Abélard.

Bien que sortant du couvent d’Argenteuil, Dame Héloïse est une femme libre qui a déjà vu le loup et sa meute… Et pas qu’un peu.

Ce qu’Abélard découvrira rapidement en croyant l’avoir initiée à d’autres savoir nettement moins académiques.

Et bien oui, que voulez-vous ! Un homme dans la force de l’âge et une jeune femme d’une beauté exceptionnelle enfermés dans une pièce toute la sainte journée… N’était-il pas un brin naïf et imprudent l’Oncle Chanoine ?

Alors… et bien ça fornique dans tous les sens…

Jusqu’au jour où le pot aux roses sera découvert et où les amours du couple se trouveront alors quelque peu contrariées…

Je n’en dirai pas davantage, vous laissant découvrir ce roman qui a sa manière toute particulière tente de nous rendre compte du mythe et de ses vérités.

Critique (encore Ida – MDR :
Si vous n’avez pas aimé 50 nuance de Grey, probablement n’aimerez vous pas ce livre-là !

Certes Teulé sait écrire et rendre poétique ce qui sous la plume d’un autre sombrerait dans la trivialité.

Certes, Teulé a ce talent qui lui permet de retranscrire dans la langue de notre époque, la langue magnifique des autres époques qu’il nous fait visiter et dans lesquelles il nous guide avec délice…

Mais… Teulé… et bien… il aime le cul ! Il aime la bite ! Le sexe et le stupre ! Et si vous ne l’avez pas compris en tournant la dernière page de ce livre… et bien c’est que vous n’avez rien compris de la délectation complaisante avec laquelle il nous décrit longuement les ébats des deux amants.

Certes, Héloïse et Abélard, précurseurs de l’amour courtois de par leur correspondance passée à la postérité sont devenus ensuite le couple iconique des amoureux contrariés qui ont à leur suite alimenté la littérature !

Certes, il convient de ne pas confondre amour courtois et amour platonique (sa mère !)… Mais tout de même !

S’attendait-on à trouver là un kamasutra médiéval ???

Au bout d’un moment c’est assez répétitif sur le fond et ça fatigue ! D’ailleurs je dois avouer que dans certains de ses autres romans, son recours trop systématique aux passages érotiques m’avait d’autant plus lassée qu’il n’apportait rien à l’affaire…

Là, le sujet s’y prêtait certes davantage… Et Teulé s’est lâché. Mais trop c’est trop !

D’ailleurs retirez les passages ayant trait à la gaudriole de ce texte, que le livre s’en trouverait considérablement aminci !

Voilà un livre que je ne laisserai pour rien au monde traîner dans mon salon de peur que ma belle-mère ne fasse une attaque en tentant de le lire, ou que mes ados ne me le piquent pour ricaner avec leurs copains sur ce que leur mère lit !

Bref… Un livre à ne pas laisser entre toutes les mains !

PS : Oui, Ida rédige quelques articles pour mon blog, mais je ne la paie toujours pas, ni en argent, ni en nature, ni en thé, ni en bouffe, ni en rien ! Juste mes respect et mes salutations distinguées !

Le brouillard tombe sur Deptford : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Titre : Le brouillard tombe sur Deptford [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (04/05/2017)

Intro (par Ida): Une bourgeoise est retrouvée le crâne défoncé et accessoirement morte dans un terrain vague et forcément immonde du quartier de Deptford.

Ce n’est pas ce soir que l’inspecteur Benjamin Ross et son adjoint Moriss pourront rentrer chez eux, après une longue journée passé à Cambridge pour une autre affaire !!!

Parce que le chef de la police de Deptford soi-disant en sous-effectif avait d’autant plus besoin que quelqu’un se coltine ce boulot à sa place qu’il promettait d’être délicat et casse-gueule…

Ne croyez pas que son épouse, Lizzie Martin épouse Ross soit en reste… Ann Granger a fait ce qu’il fallait pour que l’un et l’autre courent après le même lièvre comme à l’accoutumée.

Résumé (par Ida) :
Or donc Ben Ross qui se réjouissait de pouvoir enfin rentrer dîner avec sa femme après sa longue journée de procédure à Cambridge, se voit réquisitionné au moment de partir pour aller sur les lieux de la découverte d’un cadavre, celui d’une femme bien nourrie, bien habillée gisant dans la boue d’un terrain vague.

Un peu plus tôt dans la journée Lizzie était allée prendre le thé avec son obèse tante Parry que son médecin a refilé à un confrère pour qu’il la mette au régime. Un véritable drame victorien au cours de laquelle, Lizzie va croiser la fiancée d’un neveu de Tante Parry, devenu représentant à la Chambre…

Or le frère de la dite fiancée semble s’enfoncer dans de sombres affaires de dettes de jeux qui risquent d’embarrasser la réputation de son futur époux qui doit rester sans tâche.

Et dieu sait qu’avoir un beau-frère qui a des dettes de jeux est le genre de scandale qui doit contraindre un homme politique à la démission…

La fiancée implore l’aide de Lizzie pour convaincre son frère d’aller humblement demander de l’aide à leur père afin qu’il règle ses dettes et que son frère cesse de lorgner sur son héritage…

Or, le lendemain, la bonne d’une certaine usurière de Deptford vient annoncer la disparition de celle-ci au poste de police, et reconnaît de cadavre la veille comme celui de sa patronne… et le frère de la fiancée du neveu de tante Perry comme le dernier visiteur de sa maîtresse !

Évidemment le gandin proteste de son innocence ! Et voilà, bingo la boucle est bouclée !

Voici Lizzie et Ben à nouveau réunis dans une ténébreuse affaire. L’un devant trouver le coupable d’un meurtre et l’autre veiller à protéger la fiancée du neveu de sa marraine d’un scandale qui pourrait empêcher le mariage tant attendu !

Critique (réalisée par Ida) :
J’ai eu un drôle de pré-sentiment en découvrant le volume, ou tu du moins le titre de celui-ci. En effet, j’étais habituée à des titres plus mystérieux et poétiques de la part de l’auteur.

Depuis « Un intérêt particulier pour les morts », et avec « La curiosité est un défaut mortel », j’avais toujours apprécié l’originalité des titres des romans de cette série.

Et là… Ce titre qui relève de la simple banalité d’un communiqué météo m’a paru tomber un peu à plat…Bof…

Je n’allais pas m’arrêter à si peu ! Les aventures de Lizzie et Ben, personnages sympathiques, dans une atmosphère victorienne par ailleurs toujours bien rendue par l’auteur devaient suffirent à mon ravissement…

La magie a presque opéré cette fois ci encore… Oui… je dis bien presque.

Parce que cette fois ci le roman me semble pécher quelque peu…

D’une part, parce qu’il peine à se mettre en route. L’intrigue n’est clairement posée qu’au terme du premier tiers du roman, ce qui dans un roman de 260 pages confine à un démarrage plutôt poussif.

Et généralement qui dit démarrage longuet dit souvent dénouement (proportionnellement) précipité…

Ensuite… Une chose m’a profondément gênée.

Ce roman a un parfum de déjà lu assez entêtant qui vous assaille dès les trente premières pages et reste là, bien tenace, jusqu’à ce l’affaire soit déjà très avancée, c’est à dire suffisamment pour que soient définitivement écartés les soupçons de plagiat que ne pouvait manquer d’avoir une lectrice de la série d’Anne Perry mettant en scène le couple Pitt, lui-même également composé d’une jeune femme de bonne famille mariée à un inspecteur de la police londonienne.

Car en effet, l’une des premières aventures du duo Pitt d’Anne Perry porte justement sur une affaire de meurtre d’usurier qui aime à faire chanter ses clients, dont un proche du couple…

Et si le fait qu’Ann Granger se soit inspirée d’Anne Perry pour créer un duo assez similaire échappait au parfum du plagiat parce que sa narration y était plus légère, je trouve extrêmement maladroit qu’Ann Granger ait également réutilisé comme intrigue de roman, une intrigue déjà utilisée par Anne Perry pour son jeune couple victorien.

Je dois avouer que cela m’a profondément perturbée et dérangée pendant toute ma lecture.

Si le Londres victorien est toujours au rendez-vous, et si Lizzie et Ben me sont toujours aussi sympathiques…

C’est leur créatrice qui l’est aujourd’hui nettement moins à mes yeux.

Si elle veut faire du couple Ross une copie du couple Pitt… le mieux serait tout de même qu’elle évite de leur écrire des aventures qui se ressemblent ne serait-ce qu’un peu ! Elle évolue avec ce couple là, sur une crête instable qui mériterait plus de prudence.

Impossible pour moi de noter les qualités intrinsèques de ce roman. Pas de cotation « sherlocks » aujourd’hui…

Juste un carton rouge. Parce que là, il y a faute… Et pas qu’un peu.

PS : La tenancière du blog rappelle à ses aimables abonnés ou autres, que l’inestimable Ida n’est pas rémunérée pour la rédaction de ses chroniques littéraires chez Cannibal Lecteur. Ni en argent, ni en nature, ni en poste de travail hautement rémunéré pour ne rien faire !!

Colza mécanique : Karin Brunk Holmqvist

Titre : Colza mécanique

Auteur : Karin Brunk Holmqvist
Édition : Mirobole (20/04/2017)

Résumé :
Restés célibataires, les deux frères Henning et Albert, 68 et 73 ans, habitent une petite maison à la lisière d’un village en pleine campagne suédoise.

Leur paisible routine est brisée net lorsque la maison d’à côté est transformée en centre de désintoxication pour femmes alcooliques.

Puis quand, à la suite d’un malentendu, des médias à l’imagination fertile prennent le champ de colza voisin pour un lieu de débarquement extraterrestre.

Des jeunes femmes vulnérables d’un côté, des journalistes en délire de l’autre…

Propulsés au rang de superstars, les deux vieux garçons vont devoir garder la tête froide.

Critique :
Comment est-ce possible de passer un excellent moment de lecture dans un roman où il ne passe pas grand-chose, surtout durant les 100 premières pages où nous faisons connaissance avec les deux personnages principaux que sont les deux frères Andersson : Henning et Albert, respectivement 68 et 73 ans ??

Sans doute le côté satyre sociale, l’humour, la finesse des différents portraits brossés dans ces 251 pages.

On ressent bien le côté rural de ce petit village de Suède, avec son épicière toujours en train de râler sur tout et de colporter des ragots, elle qui est si crédule.

Du côté de nos deux papys célibataires, c’est pas l’hygiène qui prime, mais l’humour et les relations tranquilles avec le châtelain du coin, auquel ils donnent un petit coup de main dès qu’il a besoin d’eux.

Après cette installation de nos compères et de leur vie tranquille dans ce petit village, ça va bouger un peu avec l’ouverture d’un centre de désintoxication pour femmes alcooliques et l’apparition d’un crop circle dans un champ de colza, comme si un engin extra-terrestre s’y était posé ! Mulder, rapplique vite !!

Quand tout le monde court dans tous les sens et devient un peu zinzin, seuls nos deux frères conservent leur flegme, voulant juste être en paix et pouvoir pisser dehors tranquille.

J’ai aimé le côté philosophique de ces deux vieux qui vivent chichement, dans un total dénuement, presque, mais qui ne demande rien de plus que du tabac à chiquer et de la nourriture simple. Et surtout, de partir ensemble pour le grand voyage car si un frère partait avant l’autre, ce serait une catastrophe pour le survivant.

Un roman qui ne possède pas un rythme haletant, dans lequel il ne se passe rien d’exceptionnel, mais un roman qui fleure bon la campagne suédoise et le feel-good car des papets de la sorte, on aimerait en croiser plus sur sa route.

Prévoyez tout de même les lingettes désinfectantes, ici, on se cure les ongles avec la fourchette avant de la piquer dans la viande….

Une belle petite leçon de vie de la part de deux vieux qui vivent avec le minimum alors que nous, il nous fait le maximum pour survivre.

Un vrai plaisir de lecture qui fait du bien par où il passe et qui se lit tranquille, avec un ou deux mojitos dans la main.

On dit « Merci qui ?? » On dit merci aux éditions Mirobole !!

Fleur de tonnerre : Jean Teulé

Titre : Fleur de tonnerre

Auteur : Jean Teulé
Édition : Julliard (2013) / Presse Pocket

Résumé :
Ce fut une enfant adorable, une jeune fille charmante, une femme compatissante et dévouée. Elle a traversé la Bretagne de part en part, tuant avec détermination tous ceux qui croisèrent son chemin: les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants et même les nourrissons.

Elle s’appelait Hélène Jégado, et le bourreau qui lui trancha la tête le 26 février 1852 sur la place du Champs-de-Mars de Rennes ne sut jamais qu’il venait d’exécuter la plus terrifiante meurtrière de tous les temps.

Critique (par Ida) :
Le 26 février 1852, le couperet de la guillotine se chargeait de débarrasser le beau pays de France de sa première sérial killeuse historiquement identifiée.

Stéphane Bourgouin et ses sociopathes made in USA peuvent aller se rhabiller ! À côté d’elle c’est de la gnognotte !!!

Jean Teulé, romancier piqué d’histoire vient en effet nous présenter dans ce petit roman au verbe enlevé et piquant, le parcours de la trop discrète Hélène Jévago, qui passa totalement inaperçu en des temps politiquement troublés et où le choléra faisait tellement de victimes que ses méfaits purent rester longtemps perdus dans l’ombre de l’épidémie.

Née le 17 juin 1803 dans un village paumé du fin fond de la Bretagne, où l’on ne parlait point encore le français, et où les mythes locaux comme celui de l’Ankou, sorte d’ange de la mort squelettique qui venait chercher les âmes avec son chariot qui couine et dont les grincements annonçaient les prochains trépas…

Élevée par ses tantes dont une mourra curieusement, grandissant dans un milieu frustre, privée très jeune de sa mère, elle apprendra la cuisine et partira gagner sa vie comme domestique dans les maisons bourgeoises…

Jouant de malchance, les membres des familles qu’elle sert et qui apprécient ses fameuses soupes aux herbes et ses terribles gâteaux à l’angélique disparaissaient les uns après les autres dans d’horribles souffrances digestives tandis que la belle Hélène les assistaient dans leurs derniers moments avec un rare dévouement faisant l’admiration de tous.

L’ennui c’est qu’une fois que toute la maisonnée est partie poursuivre tranquillement son éternité au cimetière…

Hélène qui aime aussi pas mal le vin et faucher de petits objets à ses victimes, se retrouve sans emploi et doit changer de maison…

Et là voici partie à travers la Bretagne, décimant des familles entières sur son passage avant de se faire coincer par un qui pro quo absurde après des années de longs et loyaux sévices (la faute est volontaire) !

Sur 97 tentatives de meurtres qui lui seront reprochées, elle n’en aurait réussies « qu’une » soixantaine, et seulement cinq de ses assassinats pourront lui être reprochés devant les tribunaux, les autres étant trop anciens et donc prescrits.

Jean Teulé accompagnera Hélène par son récit jusqu’aux assises et sur l’échafaud, nous racontant la petite histoire imbriquée dans la grande.

Son style dynamique, et plein d’humour restitue avec habileté le profil psychologique que l’on peut imaginer à ce personnage particulier de tueuse probablement psychotique, et qu’il parvient même à nous rendre attachante.

Une adaptation cinématographique de ce petit roman qui se lit d’une traite, est sortie au cours de l’année 2017… Et je me dois de la voir.

En attendant… Une chose est certaine, ce livre ravira les habitués du Cannibale Lecteur: une recette qui sent l’arsenique et rassemble tous les ingrédients que l’on aime : écriture qui dépote, sérial killeuse…

Et surtout… Histoire vraie ! Un bijou incontournable.

Mémoires de Fanny Hill – Femme de plaisir : John Cleland

Titre : Mémoires de Fanny Hill – Femme de plaisir

Auteur : John Cleland
Édition : Gallimard (1976) / Pocket (2009)
Date de publication originale : 21 novembre 1748

Résumé :
Fanny Hill est aujourd’hui considéré comme le plus grand livre érotique anglais de l’âge d’or du libertinage.

Le personnage clé de Fanny Hill est en effet inspiré de Fanny Murray, prostituée de dix-sept ans qui était l’idole des aristocrates londoniens, tant son zèle au travail la consacrait de loin, chaque mois, meilleure employée de toutes les « maisons » britanniques.

Sous la plume de Cleland, elle raconte ses expériences, décrivant son arrivée dans la capitale, son initiation dans un établissement fameux, puis sa spécialisation dans les orgies les plus débauchées.

Ce faisant, elle délivre des conseils sur la manière de bien se conduire dans un lieu de plaisir ! L’audace du récit est telle que ce n’est qu’en 1963 que la Grande-Bretagne en autorisa vraiment la publication.

Guillaume Apollinaire a livré la première édition très érudite de Fanny Hill, à qui il a donné ses vraies lettres de noblesse littéraire.

Il en a livré les passages les plus compromettants… mais en notes de bas de page…

Voici donc la première édition intégrale, non expurgée, publiée en français d’un véritable chef-d’ oeuvre. Gageons qu’il met encore aisément le rose aux joues.

Critique :
J’ai comme l’impression que bons nombres de mes abonnés auront sursauté en découvrant la couverture choisie par moi-même pour illustrer ma chronique…

Je supputerais même que certaines en ont recraché leur café sur le clavier du PC, que d’autres en auront avalé leur mojitos de travers ou que même, d’autres plus prudes, auront reclapé en vitesse le clapet de leur PC portable de peur que leur époux ne pensent qu’elles fréquentassent un blog porno.

J’aurais pu, j’aurais dû, certainement, choisir en image de tête l’édition Presse Pocket, plus sobre, mais cela n’aurait pas été moi.

À lire ainsi l’arrière du livre (on commence où on veut, après tout), on pourrait croire que l’on va lire tout un récit érotique, plus long que ceux insérés dans les magazines placés en hauteur dans les librairies.

Je vous en prie, refermez vos bouches béantes, posez vos deux mains sur la table et ouvrez grands vos esgourdes (et vos jambes ensuite si ça vous chante, tout cela ne nous regarde pas).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si je puis me permettre, nous avons plus de 100 pages (sur 220) d’introduction aux mémoires de cette Fanny Hill…

Oui, ça donne les plus longs préliminaires de l’histoire du livre érotique, sans aucun doute !

J’en entends déjà certain(e)s murmurer « On n’a qu’à les sauter et aller de suite au Saint-Graal » et il est vrai qu’il serait tentant de les balancer et d’entrer de suite dans le vif du sujet.

Il n’est sans doute pas conseillé de commencer l’ascension du Mont de Vénus de suite car cette longue introduction de Guillaume Apollinaire nous éclaire, en partie, sur le fonctionnement des bordels londoniens à l’époque du 18ème siècle (années 1700 pour les ignares) en se basant sur les écrits du sieur Casanova, excusez du peu.

Avec un style empesé, lourd et fastidieux, l’introduction nous contera des tas de petites histoires de bordels (appelés sérails), mais aussi des tas de petites mésaventures arrivées à des jeunes filles qui, après avoir été grugées, finirent dans la profession de putes ensuite car une fois que la dèche fut venue, elles n’avaient pas d’autres solutions pour subvenir à leur besoin.

C’est long, je l’avoue, assez fastidieux par moment car écrit d’une manière que n’avons pas l’habitude de lire, les tournures de phrases n’étant pas celles auxquelles nous sommes habités, sans compter que nous avons aussi de longues énumérations de tarifs en tout genre, le tout sans que des mots grivois soient écrits puisque tout est suggéré.

Enfin, certaines choses apprises dans cette longue mise en bouche pourraient vous donner matière de discussions au prochain repas familial…

De plus, ces longs préliminaires vous préparent bien à l’arrivée du gros morceau que John Cleland, l’auteur, va vous proposer. On peut dire que ces préliminaires vous passent la vaseline en plus de préparer à l’arriver de la pièce principale.

Vous ne pourrez pas dire que vous n’aviez pas été prévenu des mœurs dissolues de certains, du manque d’hygiène et des orgies sexuelles qui avaient lieu dans ces maisons closes.

Last but not least, après deux longues lettres de Fanny Hill, nous arrivons dans le saint des seins ! Ou dans le sein des saints… car la petiote va nous raconter son arrivée en ville après le décès de ses parents et sa découvert du corps humain féminin et surtout masculin.

Ne cherchez pas des mots grivois dans ses récits, ni même des mots ordinaires comme « sexe, pénis, verge, vagin, fesses, testicules, éjaculer, sperme, forniquer, baiser,… » car tout est sous forme de métaphore et à vous d’imaginer ce que l’on sous-entend comme partie du corps ou comme besogne par ces jolies phrases.

[…] il tira l’engin ordinaire de ces sortes d’assauts et le poussa de toutes ses forces, croyant le lancer dans une voie déjà frayée.

Cependant son athlète, levant fièrement la tête, reparut dans tout son éclat.

Je me hâtai donc, pour être de moitié dans le bonheur de mon jeune homme, de placer sous moi un coussin qui servit à élever mes reins, et dans la position la plus avantageuse, j’offris à Will le séjour des béatitudes où il s’insinua.

En 2017, c’est sans doute trop gentillet que pour nous faire rougir ou nous émoustiller (quoique…), mais à l’époque, ce texte était jugé sulfureux et fut interdit de publication en Grande-Bretagne jusqu’en 1963.

Son phénix étant ressuscité se percha au centre de la forêt enchantée qui décore de ses ombrages la région des béatitudes. Je sentis derechef une émotion si vive qu’il n’y avait que la pluie salutaire dont la nature bienfaisante arrose ces climats favorisés qui pût me sauver de l’embrasement.

Un comble alors qu’on parlait de ce qu’il se passait chez eux, dans leurs bordels, avec leurs péripatéticiennes, et que c’était leurs mœurs dissolues qui y étaient décrites !

À cette époque, les rues de Londres étaient, le soir, pleines de filous et de filles. La dépravation des Londoniens était à son comble.

Ceci expliquant peut-être cela… Il n’est jamais agréable que le monde sache les horreurs qui se commettaient à cette époque chez les très distingués anglais. Shocking !

Dans un coin de la salle était le pot à pisser, où chacun se soulageait sans vergogne, et comme l’on tenait le plus souvent les fenêtres fermées, les vapeurs de l’urine, se mêlant aux vapeurs de l’alcool et du vin, rendaient l’atmosphère irrespirable pour d’autres que des Anglais.

Une lecture plaisante à partir de la page 100, instructive dans ses premières pages (50) et redondante et laborieuse entre la page 50 et la 100.

À lire afin de savoir comment vivait la société en ces temps là… ou pour mettre à jour son catalogue de métaphores sexuelles et pouvoir en parler devant les enfants sans dire que l’on a envie de faire une petite lessive. Zut, monsieur l’a faite à la main !!

Ses doigts en se jouant s’exerçaient à tresser les tendres scions de cette charmante mousse, que la nature a fait croître autant pour l’ornement que pour l’utilité.

Tandis que le drôle se débraillait, mes yeux eurent le loisir de faire la revue des plus énormes choses qu’il soit possible de voir et qu’il n’est pas aisé de définir. Qu’on se représente une paire de cuisses courtes et grosses, d’un volume inconcevable, terminée en haut par une horrible échancrure, hérissée d’un buisson épais de crin noir et blanc, on n’en aura encore qu’une idée imparfaite. Le héros produisit au grand jour cette merveilleuse et superbe pièce qui m’avait été inconnue jusqu’alors et dont le coup d’œil sympathique me fit sentir des chatouillements presque aussi délectables que si j’eusse dû réellement en jouir. 

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda (dernier article).

Maurice : E. M. Forster

Titre : Maurice

Auteur : Edward Morgan Forster
Édition : 10-18 (2006)
Édition originale : Maurice (Edward Arnold Publishers Ltd) Écrit vers 1913, mais publié seulement en 1971

Résumé :
Dès son plus jeune âge, Maurice Hall est hanté par des rêves dont il s’explique mal la nature étrange et mélancolique.

Contrairement à « Howards End », « Avec vue sur l’Arno » et « Route des Indes », plongées dans la conscience féminine, ce roman publié à titre posthume retrace le parcours initiatique d’un jeune homme, Maurice (James Wilby dans l’adaptation de James Ivory), jalonné de ses rencontres avec Clive (Hugh Grant), étudiant comme lui à Cambridge, puis Alec, garde-chasse de ce dernier.

Éveil à la conscience (amorcé à Cambridge, lieu du bonheur et de la tolérance pour Forster), Maurice est le récit de la lente progression du héros vers une véritable connaissance de soi.

Au-delà de l’histoire d’amour et de la prise de conscience homosexuelle, Maurice se distingue des autres romans de Forster par son caractère plus intimiste et par la forme plus radicale que revêt l’expression de la liberté individuelle.

Placée sous le signe de la gradation, cette œuvre est peuplée de personnages qui sont aux autres autant d’étapes vers l’accomplissement de soi.

Maurice, jeune homme médiocre, devient par la grâce d’une liberté conquise de haute lutte contre lui-même un véritable héros forsterien.

Critique :
L’amour qui n’ose pas dire son nom… Ou l’homosexualité dans les très sélectes universités anglaises.

Maurice a mis du temps pour comprendre qu’il marchait de l’autre côté du trottoir ! Il a fallu qu’il entre à Cambridge pour enfin ouvrir les yeux sur ses préférences sexuelles.

Oui, sa préférence à lui, ce sont les jeunes garçons de son âge dont un camarade d’université qui deviendra son compagnon, même si jamais rien n’est affiché.

En ce temps-là (1910), en Angleterre, l’amour entre hommes était toujours considérée comme un crime et passible de peine de prison tandis qu’en France, le code Napoléon avait déjà rendu la chose « légale ».

Pour vous dire la bêtise humaine : si l’homosexualité masculine était punissable, celle entre les femmes pas car le législateur ne l’avait pas prise en compte. Paraîtrait que la reine Victoria avait trouvé tellement répugnant qu’elle avait jugé la chose impossible. Mais je n’ai aucune preuve de ses dires non plus.

Pas facile de vivre son homosexualité dans l’univers conformiste et répressif de l’Angleterre édouardienne !

Maurice n’appartient pas à l’aristocratie proprement dite, mais nous évoluons dans les milieux bourgeois, les milieux où on ne se mélange pas entre classes, où les domestiques sont priés de rester à leur place, où il faut sauvegarder les apparences, quoiqu’il arrive.

Cette société bourgeoise anglaise est régie par des règles désuètes, vieillottes, bourrée de morale chrétienne, tout le monde était enfermé dans un carcan plus serré qu’un corset taille XS porté par le troll Hébus de la série fantasy Lanfeust !

Franchement, j’ai eu très envie d’en baffer plus d’un et plus d’une, dans ce roman riche en apprentissage de la vie chez les bourgeois, qui, comme le chantait si bien Jacques Brel ♫ Les bourgeois c’est comme les cochons Plus ça devient vieux plus ça devient bête ♫

Nous suivrons le récit du jeune Maurice, de ses 14 ans à ses 24 ans, passant d’un enfant effacé, paresseux, dans les jupons de maman, à un étudiant du collège effacé, paresseux, puis, enfin la chenille deviendra papillon avec Maurice amoureux d’un camarade, filant le parfait amour, mais sans le consommer !

Ah ben oui, messieurs dames ! L’amour entre hommes était plus toléré s’il était platonique. Se chipoter la chose, mon dieu, vous n’y pensez pas ! Nos deux amants s’aiment mais ne s’astiquent pas le manche mutuellement, aucun ne jouant avec la batte de criquet de l’autre.

Entre nous, bourré d’hormones qu’ils devaient l’être à 19-20 ans, je me demande comment ils ont fait pour ne pas succomber à la bêbête à deux dos.

James Wilby & Hugh Grant

Maurice est un personnage qui va évoluer au fil des pages, passant de chenille pataude effacée à papillon flamboyant d’amour, avant de virer tyran avec sa mère et ses deux petites sœurs.

Si la première histoire d’amour a tout d’une folie entre deux jeunes gens, la seconde histoire d’amour, celle qui sera le moins développée dans le livre, est pour moi la plus importante, la plus mûre, celle où Maurice aura le plus de couilles, ou il sera le plus touchant et où il prendra encore plus de risques en transgressant toutes les règles de l’époque, notamment le mélange des classes.

Un livre que j’ai tardé à lire, reportant sans cesse la lecture au fil des Mois Anglais et là, je suis contente d’avoir pris le taureau par les cornes car c’est une œuvre majeure en ce qu’elle nous parle des difficultés de vivre son homosexualité et des carcans empesés de la bourgeoisie anglaise.

Sans compter que le roman nous laisse avec moult question : Clive a-t-il vraiment changé de bord où a-t-il eu peur des conséquences à long terme de cet amour interdit ? Maurice avait-il vraiment envie de rentrer dans la normalité ?

Bon, yapuka se faire le film, maintenant, afin de découvrir le jeune Hugh Grant déjà super sexy et le futur Lestrade de la série Sherlock BBC (Rupert Graves).

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.