Les aventures de Mary Russell et Sherlock Holmes – Tome 1 – Sacrifier une reine : Laurie R. King

Titre : Les aventures de Mary Russell et SHerlock Holmes – Tome 1 – Sacrifier une reine

Auteur :  Laurie R. King
Édition : Michel Lafon (2003)

Résumé :
Mary Russell et Sherlock Holmes se croisent un jour de 1915 dans les collines du Sussex.

De leur rencontre – celle d’une jeune fille surdouée et solitaire et du génial détective qui a déserté Londres et sa criminalité galopante – naît le tandem le plus improbable d’Europe, et le plus redouté.

D’affaires insolites, en missions plus délicates, effectuées sur prière de la Couronne.

Le maître et l’élève se mesurent brillamment à des adversaires implacables.

Des espions, bien sûr, à la solde de la belliqueuse Allemagne, mais il apparaît vite que le Kaiser n’est pas leur ennemi le plus menaçant. Holmes et Russell sont contraints de fuir l’Angleterre dans l’espoir de démasquer celui – ou celle – qui, dans l’ombre, a résolu de les tuer.

Critique :
Attention, amis lecteurs, ce livre est une petite arnaque pour les collectionneurs qui, comme moi, traquent les pastiches holmésiens à travers les bouquineries librairies…

Pourquoi ? Parce que tout simplement, ce n’est que la ré-édition du livre intitulé « Sherlock Holmes et l’apicultrice », mais avec un nouveau titre plus chouette, plus mystérieux, plus anarchiste (sacrifier une reine…), une couverture plus colorée, plus attirante.

Bref, ne tombez pas dans le panneau comme moi et bien d’autres…

« Oh, un nouveau livre de Laurie King, chouette »… m’entends-je encore dire avec des trémolos de plaisir dans ma voix suave. Tu parles, c’est le même que celui que je possédais déjà et que j’avais déjà lu !!

Non, je n’avais pas bu des mojitos ce jour là (et je n’étais pas en manque de kawa), mais il y avait quelques années d’écart entre les deux opus et voilà pourquoi je m’y étais laisser prendre.

Au bout de quelques pages, j’avais ressenti une sensation de « déjà lu » et pour cause…

J’ai fait la critique sous son autre appellation sur Babelio, mais pour ceux qui ont la flemme d’aller voir, je la colle juste ici en dessous :

Ouh, quel bonheur en tombant sur ce livre ! Holmes a pris sa retraite, certes, mais il croise la route d’une jeune fille qu’il prendra au départ pour un jeune homme.

Elle est jeune, intrépide, orpheline, et en a marre de sa tante. La voilà partie dans les enquêtes avec un Holmes souffrant de rhumatismes.

J’aurais aimé plus… il manque quelques petites choses pour faire de ce premier roman une œuvre réussie.

Le roman comportant plusieurs enquêtes, cela lui permet de na pas stagner dans des enquêtes trop longues. Mais, a contrario, celui donne parfois au roman une sensation de brouillon, comme si l’auteur avait groupé quelques histoires et fait en sorte de leur donner une suite.

Malgré tout, j’avais bien aimé ce roman, même si, dans l’absolu, la différence d’âge était trop forte entre Holmes et Mary Russel.

Autre point négatif : la quasi absence de Watson et lorsqu’il est présent, nous avons face à nous un Watson débile profond. Hors Watson est tout sauf un crétin, il est un homme à l’intellect normal, il est docteur, tout de même, c’est juste que Holmes surpasse tout le monde.

Dans le livre, même un poisson rouge aurait l’air plus intelligent que ce pauvre docteur Watson, décidément bien malmené dans les pastiches ou les films.

Quand je pense que j’avais envie depuis des années que les pastiches de Laurie King soient traduits, afin de découvrir un Sherlock Holmes marié (j’avais acheté en V.O « The Moor » parce que mon pauvre anglais m’avait fait comprendre qu’il était marié), et bien, je vous jure que j’ai déchanté grave sa mère en string de guerre sur l’autoroute !

Ah oui, ne me demandez pas si dans le Sussex elle lui a sucé le sexe… Mais je doute que la demoiselle fume la pipe ou le cigare…

Publicités

Inavouable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inavouable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve Editions (14/09/2017)

Résumé :
Pendant la Seconde Guerre mondiale, une peinture est volée dans le musée de Cracovie.

De nos jours, à Varsovie, le gouvernement envoie une équipe de quatre personnes pour la récupérer.

Ils vont aux États-Unis, sur l’île Sainte-Catherine, en Suède et ailleurs. Ils découvrent des secrets dont la divulgation pourrait nuire aux grandes puissances mondiales.

Critique :
Depuis que les aventures du procureur Szacki, c’est fini, je ne croyais pas que je m’en remettrais un jour (si Hervé Vilard chante dans votre tête, c’est tout à fait normal).

Et pourtant, pourtant… (Aznavour aussi, tiens, chante dans votre tête) Je dois dire que Zygmunt Miłoszewski a réussi à me plaire avec un roman tout à fait différent des enquêtes de mon procureur Szacki chéri.

Ce que j’apprécie chez cet auteur, c’est qu’il me parle de son pays, la Pologne, sans concession, sans prendre des gants, c’est brut de décoffrage, sans prendre de gants et s’il faut critiquer le pouvoir ou les habitants, il ne s’en prive pas.

La toile n’est pas signée, mais le diplomate y a fait attention parce qu’une seule nation au monde se complaît dans les représentations de cavalerie lasse et sale, pataugeant dans la neige, et c’est la nôtre [Pologne].

Et en Pologne, en plus, tout est parti en fumée. Les Allemands brûlaient les archives avec une grande application parce qu’ils savaient qu’ainsi, ils détruisaient la mémoire d’une nation.

Malgré tout, je découvre des pans de son pays avec toujours le même plaisir renouvelé, surtout lorsqu’il va gratter dans les pages sombres de l’Histoire, celles qui se sont déroulées entre 39-45. Et tout le monde ne fut pas droit dans ses bottes…

— Et côté USA ? demanda Anatol. Est-ce qu’il pourrait s’agir de la preuve que la guerre a profité aux Américains ?
— La guerre profite à tous les empires, c’est une loi immuable de l’Histoire. Les milieux d’affaires et les industriels trépignaient d’impatience à l’idée que les États-Unis s’engagent dans le conflit mondial. Pour eux, cela équivalait à une pluie de dollars, à des milliards en commandes gouvernementales. Une guerre mondiale engrangeait des profits pour tous, à l’exception des soldats envoyés au front et de leurs familles. Tout le monde y trouvait son compte, depuis l’économie nationale, en passant par les fabricants de chars d’assaut et les laboratoires scientifiques, jusqu’aux couturières qui cousaient les lanières des casques. Sans parler des banques, les banques gagnent toujours, et au cours d’une guerre, elles gagnent sur tous les fronts parce qu’elles financent d’ordinaire l’ensemble des belligérants. Pour les États-Unis d’Amérique, aucun investissement n’a jamais été aussi rentable que la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, personne ne le crie sur les toits, il vaut mieux chanter les louanges des héros tombés sous les drapeaux, mais les mécanismes qui relient la guerre, l’économie et le monde des affaires ont été décrits des millions de fois.

Anybref, le sujet n’est pas là, il se trouve plutôt dans la spoliation des œuvres d’art par les uniformes noirs à tête de morts – les nazis – qui ne se sont pas privés et ont vidés les musées et les maisons privées de tout ce qu’elles comportaient comme peintures ou autres objets d’art.

— Il ne s’agit pas seulement de l’œuvre d’art la plus importante volée à la Pologne durant la guerre, c’est tout simplement le tableau le plus important et le plus précieux jamais perdu et recherché dans le monde. Je ne crains pas de le qualifier de version masculine de la Joconde [Le Portrait de jeune homme de Raphaël]. 

La Pologne ne fut pas épargnée et voilà que son gouvernement désigne 4 personnes pour aller récupérer un Raphaël dans une maison privée aux États-Unis… « Ocean Eleven » à quatre pour jouer aux « Monument Men »…

— Quelle… misérable créature a accroché un Raphaël à côté d’une télé ? 

L’auteur, sous le couvert de l’Histoire et de faits réels, nous offre un thriller punchy, avec des personnages sympathiques, pas toujours très clean eux aussi, mais qui ont tous en comment l’Art, que ce soit un marchand, une spécialiste des œuvres volées, une voleuse ou un espion.

On pourrait se croire dans une grosse production hollywoodienne et pourtant, l’auteur a soigné son histoire, faisant en sorte que si fiction il y a, elle se glisse adroitement dans la réalité et ne vire pas non plus à du non-sens, même si, les personnages sympathiques qui constitue ce quatuor a tout de même beaucoup de chance en survivant à tout ceux qui sont lancés sur les traces.

De plus, en lisant ce thriller qui pulse sans pour autant être trop rapide, on apprend des tas de choses sur les œuvres d’art volées, sur les petites magouilles des États, et rien qu’en Art, on a de quoi briller durant les prochains repas en famille.

— Mais ils n’exposaient que les vieux maîtres ! Jamais les impressionnistes, et certainement pas Gauguin ou Van Gogh. Ces dirigeants ne les mettaient peut-être pas au même niveau de bizarrerie que les Picasso, Chagall ou Klee, mais on ne pouvait certainement pas classer ces toiles dans la peinture réaliste et académique. Officiellement, ces œuvres appartenaient à « l’art dégénéré » et aucun cacique nazi sain d’esprit ne se serait vanté d’y prendre goût. Himmler aurait débarqué aussi sec avec son obsession de la puissance germanique brute et aurait chuchoté à l’oreille du Führer que l’un de ses prétoriens était tombé amoureux des impressions et des expressions juives.

— Les nazis ne s’intéressaient vraiment qu’au réalisme ? demanda Anatol.
— Loin de là. Les Allemands savaient ce qui était bon. Officiellement, ils dénigraient l’épouvantable modernité pour lécher les bottes du grand chef. Officieusement, ils extrayaient les meilleures toiles impressionnistes des collections de Juifs français comme les pépites d’or d’un lit de rivière, le tout sous prétexte d’actions aryennes. Mais ils ne s’affichaient pas avec leurs prises.

Les fêtes de fin d’années sont proches, pensez-y… Si la conversation s’enlise, plutôt que de raconter une blague cochonne, embrayez sur la disparition de toutes ces peintures de grands maîtres.

Au final, une brique qui se lit toute seule, au coin du feu, avec un sourire béat devant les répliques qui fusent, les pensées remplies d’humour cynique.

Il s’était dit que c’était dommage pour tous ces gens si sympathiques. C’était dommage qu’ils soient nés dans ce pays qui n’avait jamais eu de bol [Pologne]. Vraiment, on avait de la peine à croire qu’ils avaient vécu ici toutes ces années en compagnie des Juifs. Les deux peuples les plus malchanceux du monde côte à côte, comme dans une putain de réserve naturelle de perdants. Si Dieu existait, son sens de l’humour manquait de finesse.

Le sage qui affirmait que le pouvoir absolu corrompt absolument avait raison. Les dirigeants américains avaient fini par croire qu’ils étaient au-dessus des lois, qu’ils étaient les maîtres de l’univers et ils se comportaient en tant que tels.

On se prend de sympathie pour les 4 personnages principaux, on tremble avec eux, on conduit pied au plancher, on tente de s’en sortir par tous les moyens, on transpire, on a froid, et on tente surtout de découvrir quel est l’horrible mystère qui se cache derrière tout ça, en toile (hahaha) de fond et qui pourrait faire des gros dégâts s’il venait à être révélé.

— Tu sais que je ne peux pas te le dire, Martin. Mais, puisque nous sommes entre vieux amis, je te dirai simplement qu’il y a des vieilleries, certaines vraiment vieilles, dont l’émergence menacerait bien plus la sécurité nationale que des bombes atomiques en vente par correspondance avec livraison gratuite à n’importe quelle adresse du globe. Tu comprends ?

Pas de baisse de régime dans le cadre de ce nouveau roman, on a perdu un procureur cynique et on se retrouve avec deux baroudeurs et deux experts qui en possèdent autant que Theodore Szacki.

Un vrai plaisir de lecture grâce à un scénario excellent et des dialogues au top. Sans compter qu’il tape toujours sous la ceinture, là où ça fait le plus mal.

Bien sûr qu’il comprenait. Des armes, c’était des morts, mais quelques cadavres supplémentaires ne faisaient pas une grande différence. Une propagande bien menée pouvait faire d’un mort le prétexte d’une guerre, ou d’un millier de morts un incident sans importance. Mais le savoir… le savoir, c’était le pouvoir.

PS : j’ai pouffé de rire avec le prénom d’un personnage secondaire : « Jerzy Majewski ». J’ai pensé directement au porc Jerzy de Gotlib dans un de ses calembours célèbre « Et père y colle au zoo ce porc Jerzy ».

— C’est comment dans ta taule en Pologne ? demanda-t-il. T’en as pas marre de bouffer du chou pourri ?
— Y a de jolies détenues, je suis devenue la reine des lesbiennes.
— Cool. Tu m’enverrais une photo ou deux ?
— À toi ? Mais tu as accès à tout le porno de la planète !
— Je sais, mais une connaissance, tu vois, c’est jamais pareil.
— Tu éplucherais une adresse pour moi ?
— Bien sûr. Et tu me rendras visite, un jour ?

Elle était loin d’être une sainte nitouche : une semaine plus tôt, elle avait couché avec l’un d’entre eux avant de rompre, et avant cela, elle avait sucé plus de bites qu’aucune femme à la ronde, et plus souvent que les mères du coin n’embrassaient leurs enfants pour dormir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°51 – Environnement montagneux).

La promesse de l’Ouest : Robert Lautner

Titre : La promesse de l’Ouest

Auteur : Robert Lautner
Édition : Presses De La Cité (19/03/2015)

Résumé :
Avril 1837. Le jeune Tom Walker quitte New York avec son père, commis voyageur.

Tous deux se dirigent vers l’Ouest, au-delà des montagnes et des plaines arides, pour vendre, de petite ville en petite ville, le célèbre revolver Colt.

La joie d’être sur la route, de partager un repas autour d’un feu et de dormir l’un près de l’autre, est cependant de courte durée.

Tandis que la nature se fait de plus en plus sauvage, une rencontre dévastatrice laisse Tom seul et démuni.

Déterminé à regagner l’Est et la civilisation, le jeune garçon place alors tous ses espoirs en Henry Stands, un cowboy taciturne croisé en chemin.

Ensemble, cet étonnant duo se lance dans un périlleux périple…

Voyage des ténèbres vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance, de la confusion de l’enfance vers la lucidité de l’âge adulte, La Promesse de l’Ouest est un magnifique roman.

« C’est une histoire palpitante, violente, inquiétante, profondément humaine et émouvante. » The Times

Critique :
Tom Walker est un jeune garçon de 12 ans qui vit seul à New-York avec son père et sa tante, sa mère étant décédée.

Son père, commis voyageur en lunette a décidé de changer de crémerie et sera le représentant exclusif d’un jeune entrepreneur dont beaucoup se demandent si son invention aura du succès : Colt…

« Le seigneur a fait les hommes. Et Sam Colt les a faits égaux . »

L’Ouest, le vrai ! Celui de 1837… Celui qui ne fait pas de cadeau, celui des révolvers à un coup et où le révolver de monsieur Colt pourrait changer la donne pour le meilleur et surtout le pire.

Dans un univers où la loi du plus fort ou de celui qui dégaine le premier, comment un homme aussi gentil que monsieur Walker pourrait-il survivre face à des crétins bas de plafond qui pense que la loi du plus fort est toujours la meilleure ?

« Bienvenue en terre hostile » aurait pu être le titre de ce roman car notre jeune Thomas va se retrouver seul, livré à lui-même et devoir négocier son rapatriement vers New-York… Et croyez-moi, on est loin d’Europe Assistance ou de Touring Secours !

Son seul salut réside dans un grand type bougon, taciturne, ancien ranger, Henry Stands, qui n’a absolument pas envie de trimbaler un gamin volubile mais timide dans ses basques.

Les personnages sont attachants, surtout Thomas et au fur et à mesure, je suis sûre que vous apprécierez aussi le ronchon Henry, car si pour Thomas ce voyage a tout d’un voyage de l’ombre vers la lumière qui le fera grandir, il en sera de même pour Henry.

Utilisant une écriture agréable à suivre, plantant ses décors plus vrais que nature, nous distillant de-ci de-là des réflexions sur le progrès, la religion, la culture, les armes à feu, la mentalité, l’auteur nous emmène dans un voyage des plus palpitants, sans pour autant avoir de l’action ou du suspense à tout les coins de page.

Quand les colons sont victorieux on parle d’une bataille, mais quand les indiens triomphent on appelle ça un massacre.

L’arme à feu à répétition a abrégé les guerres, sans aucun doute, mais uniquement parce qu’elle a accru la capacité des hommes à réduire le nombre de leurs ennemis, et non pas parce qu’elle a fait cesser l’horreur de leurs œuvres.

Jamais moralisateur, jamais ennuyant, l’auteur dénonce l’utilisation des armes à feu et les dégâts qu’elle peuvent faire mises dans de mauvaises mains.

Un roman qui raconte une aventure formidable, réaliste, un grand voyage qui se déroulera d’Est en Ouest et repartira dans l’autre sens avant d’avoir pu explorer toutes ces terres sauvages qu’étaient celles au delà de la Frontière.

Un roman qui trainait depuis un peu trop longtemps sur mon étagère et qui, sans la LC avec Bianca, aurait encore pris la poussière longtemps vu mon HAL (Himalaya À Lire). Sa chance fut qu’il était placé à côté du roman que je venais de terminer en LC…

Mais pourquoi l’aie-je laissé prendre les poussières aussi longtemps, moi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule,  Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – Tome 14 – Le Prince de Cochinchine : Jean-François Parrot

[Billet Bénévole de Dame Ida qui atteste une fois encore ne pas avoir reçu de tailleurs Chanel ou de salaire de la revue des Deux Mondes]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – Tome 14 – Le Prince de Cochinchine

Auteur : Jean-François Parrot
Édition :

Résumé :
1787, Nicolas Le Floch de passage en Bretagne pour la naissance de son petit-fils retrouve son ami de jeunesse, Pigneau de Behaine, devenu évêque d’Adran.

Ce dernier est venu discuter une alliance entre le roi de Cochinchine et Louis XVI.

L’enquête du commissaire, pour meurtre, se trouve doublée d’affaires d’État où les intérêts du royaume sont fragilisés par les complots soutenus par la Triade.

Critique :
Or donc, lorsque fut venu le temps de procéder à mon bookshopping trimestriel avec une vieille amie (oh oui ! Elle a bien vingt ans de plus que moi… Comment ? Non ! Ce n’est la nouvelle doyenne des français ! Qui a dit ça ?), tandis que je furetais dans les rayons, je suis tombée sur le quatorzième volet tout chaud sorti du four, des enquêtes de Nicolas Le Floch, Commissaire au Châtelet dont j’ai eu le privilège de suivre la carrière assidument depuis ses débuts sous le règne de Louis XV…

Il va sans dire que je l’ai prestement ajouté à mon panier et que j’ai laissé ma PAL en souffrance souffrir un peu plus… Elle n’est plus à ça près la pauvre!

Élevé par le Chanoine Le Floch dont il portera le nom, il apprend qu’il est en réalité le bâtard et seul fils d’un Marquis de Ranreuil dont il hérite le titre.

Il lui faudra en revanche treize aventures pour éclaircir les mystères de la généalogie de sa branche maternelle qui lui réserveront des surprises assez conséquentes expliquant peut être à quoi il doit tous les petits coups de pouces qui ont fait de lui le Commissaire des « Affaires Extraordinaires » de la couronne.

Depuis que la petite vérole a emporté Louis XV, et a chassé la Du Barry de Versailles, le voilà au service de Sa Majesté Louis XVI depuis quelques volumes. Il semble que le compte à rebours avant le déclenchement de la Révolution française soit déjà bien avancé puisque cette aventure débute en 1787, soit deux ans avant la prise de la Bastille.

Le volume précédent évoquait déjà l’affaire du collier d’une reine à la réputation bien entamée.

Celui-ci évoque une insécurité croissante dans la capitale, et une détestation de plus en plus marquée du petit peuple pour l’aristocratie.

Une détestation qui est attisée en réalité par les spéculations discrètes d’une bourgeoisie toute aussi nuisible aux conditions économiques de vie du peuple que les abus des nobles… Bourgeoisie qui confisquera à son profit le pouvoir et qui laissera le peuple aussi pauvre qu’avant… Jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, Nicolas Le Floch s’est retiré en ses terres de Ranreuil avec son propre fils (né de sa liaison avec une ancienne périprostipute devenue Lady outre-manche et espionne pour le compte des français !), dont la femme vient d’accoucher de la troisième génération d’une lignée de Ranreuil où la bâtardise semble être devenue une tradition remontant à l’avant dernier règne.

Or, voilà que Nicolas qui se détend en folâtrant dans les vagues bretonnes échappe de peu à un attentat, et apprend en se réfugiant en son logis qu’un messager est venu lui apporter deux missives lui intimant de se rendre d’urgence à Paris…

Messager qui a pour tâche de l’escorter pour le protéger d’un nouvel attentat… et n’hésite pas à zigouiller un personnage fort suspect en chemin.

Une fois arrivé à Paris, Nicolas essaie de comprendre  pourquoi on l’avait mandé.

Vaine tentative puisque les signataires des deux billets qui avaient réclamé son retour semblent ne rien y comprendre et ne se souviennent pas d’avoir signé ou expédié quoi que ce soit.

L’ombre de Sartine, son ancien supérieur appelé depuis à de plus hautes et mystérieuses fonctions y serait-elle pour quelque chose?

L’idée ne manque de traverser la tête de notre héros. Dans ses tentatives pour éclaircir ce mystère, voià qu’il retrouve un de ses très vieux amis devenu évêque pour les Missions Etrangères, en charge de négociations pour le Roi de Cochinchine qui a laissé son propre fils encore bien jeune venir en France en signe de confiance à l’égard de la France…

Et voilà que Nicolas se trouve accusé du meurtre du messager qui l’avait escorté et qui s’avérait ne pas être qui il prétendait…

Une mésaventure qui vaudra à notre héros de visiter les geôles de la Bastille dont il sortira d’une façon assez rocambolesque.

Et qu’a donc à voir tout cela avec l’intrusion au sein des Missions Étrangères où le petit Prince de Cochinchine a failli être enlevé en même temps que fut dérobé le sceau de son père ?

Quelle est donc cette mystérieuse secte amanite qui ourdirait ses complots dans l’ombre ? Et que vient donc faire la Hollande dans ce bouillon de plus en plus obscur?

Ce que j’en ai pensé… ? Bon… Ben je suis un peu embêtée.

D’abord parce que je suis fan depuis le début du beau Marquis (celui de Ranreuil ! Pas celui de Sade !). C’est toujours avec impatience que j’attends le prochain volume de ses aventures (un peu comme on attend une nouvelle saison du Sherlock de la BBC !).

Certes, j’y ai retrouvé avec plaisir le style ampoulé que l’auteur emploie pour que son livre fleure bon le XVIIIème siècle…

Certes, j’y ai retrouvé le talent avec lequel il parvient à mêler la grande histoire à ses petites histoires, nous dressant un tableau assez fidèle et précis de la situation sociale et politique de l’époque…

Certes, c’est toujours avec tendresse que je retrouve ses personnages récurrents à la psychologie finement campée, comme on retrouve de vieux amis, et qu’il sait faire évoluer et vieillir au fil des années (allez savoir pourquoi mais j’ai une grande affection pour « La Paulet », mère maquerelle monstrueuse – rien à voir avec celle du film qui est jolie et classe – au langage fleuri et qui écorche les expressions métaphoriques de la langue française d’une façon plus que comique)…

Certes, j’ai regretté qu’il nous parle un peu moins cuisine (les précédents volumes étaient généreux en descriptions de recettes d’époque)…

Mais…

Mais j’ai eu un peu de mal à adhérer à l’intrigue… Ou du moins à ces deux intrigues dont on se demande quand elles vont (ou pas !) finir par se mêler et prendre du sens l’une par rapport à l’autre pratiquement jusqu’à la fin.

Ménager son suspens est une chose… Mais à force de le ménager on maintient là le lecteur dans une inconfortable perplexité qui m’a un peu gâté mon plaisir.

Ekhö Monde miroir – Tome 7 – Swinging London : Christophe Arleston & Alessandro Barbucci

Titre : Ekhö Monde miroir – Tome 7 – Swinging London

Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Alessandro Barbucci

Édition : Soleil (22/11/2017)

Résumé :
Au Royaume-Uni, la situation est des plus critiques. Il y a pénurie de thé et les Preshauns peinent à contrôler leur pendant bestial.

Les incidents se multiplient et les humains voient des choses qu’ils ne devraient pas voir. Yuri et Fourmille sont mandatés pour tirer ça au clair.

Coiffé d’un chapeau melon et bottée de cuir, ils vont, à l’ombre de Big Ben, mener l’enquête au milieu des bobbies et des punks.

Critique :
Que pourrait-il y avoir de pire que du Lapsang Souchong introuvable en Europe ? Une pénurie TOTALE de thé en Angleterre…

Jetez un seau d’eau glacée à la figure de tous les amateurs de thé, cette situation horrible se passe sur Ekhö, le monde miroir du nôtre !

Ça n’en reste pas moins une catastrophe internationale pour les Preshauns qui, sans ce breuvage divin pour les calmer, pourraient en arriver à se laisser aller à leurs penchants bestiaux et monstrueux…

Mais que fait Scotland Yard, good lord the bloody bastard ? Ben Scotland Yard, il sèche sur le mystère du thé qui disparaît des entrepôts !

Fourmille Gratule pourra bien coiffer la deerstalker qui n’est pas de Sherlock Holmes afin de résoudre cette affaire ô combien explosive !

Aidé du fidèle Yuri qui aimerait mélanger ses fluides téluriques aux siens, les voici enquêtant dans un Londres qui n’a rien de celui que nous connaissons puisque dans le monde miroir, aucune machine électrique ne fonctionne.

Depuis que j’ai découvert Ekhö dans mon Lanfeust Mag© (en vente dans toutes les bonnes librairies), je ne me lasse pas des enquêtes de Fourmille et de Yuri dans ce monde décalé qu’est Ekhö, et les savoir à Londres a augmenté mon plaisir.

Pour ceux qui ne connaitrait pas le prolifique scénariste qu’est Arleston, il convient de vous mettre en garde : il a de l’humour, beaucoup d’humour, il s’amuse à mélanger les codes de notre monde avec ceux des autres et à jouer avec les lieux communs d’un pays ou d’une ville.

Ce qui veut dire qu’en plus de l’action liée à l’enquête, qu’en plus des personnages drôles et attachants que sont Fourmille et Yuri, vous risquez aussi d’avoir des grands sourires bêtes devant certains faits détournés de notre société ou devant certains dialogues.

Moi, c’est ma tasse de plaisir, lire les aventures de Foumille et en plus, la voir se faire habiter par l’esprit de Sherlock Holmes, c’est un petit plus sur lequel je ne cracherai pas.

L’inconvénient de ma lecture, c’est que j’ai découvert cet album en plusieurs épisodes, puisque prépublié dans le génialissime Lanfeust Mag, et donc, je serai bien obligée d’aller l’acheter lorsqu’il sortira en album afin de me remettre toute cette aventure désopilante en tête !

Je me demande bien où le prochain album de Ekhö va entrainer notre duo… Après New-York, Paris, Hollywood, Barcelone, Rome, le Sud Profond et Londres, que nous réserve ce scénariste prolifique qui, à lui seul, occupe une grande place dans ma biblio vu toutes ses séries ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

Sherlock, Lupin et moi – Tome 3 – L’énigme de la rose écarlate : Irene Adler

Titre : Sherlock, Lupin et moi – Tome 3 – L’énigme de la rose écarlate

Auteur : Irene Adler (Iacopo Bruno)
Édition : Albin Michel (30/08/2017)

Résumé :
Veille de Noël 1870. Sherlock Holmes, Arsène Lupin, et Irene Adler se prennent de passion pour une énigme publiée dans le Times. Sherlock ne tarde pas à découvrir que des coordonnées géographiques y sont dissimulées !

Lorsqu’un riche marchand est retrouvé mort dans le premier des lieux en question, nos trois amis comprennent vite que les coupables communiquent par l’intermédiaire du Times.

Ils se rendent aussitôt à Scotland Yard pour prévenir la police mais on les congédie sans les écouter… Il ne leur reste plus qu’une chose à faire : mener l’enquête eux-mêmes ! Mais, après tout, n’est-ce pas ce qu’ils font de mieux ?

Critique :
Après une lecture qui m’avait secouée émotionnellement, il me fallait passer à du plus calme, du plus doux et quoi de mieux qu’une lecture jeunesse avec Holmes, Lupin et Adler adolescents ?

Direction le Londres de 1870, à quelques jours des fêtes de Noël, et on s’installe bien confortablement devant un chocolat chaud au Schackleton Coffee House en compagnie de nos trois jeunes amis.

Bon, si vous cherchez une enquête policière digne de ce nom, je vous conseille un roman de la reine du crime, Agatha Christie, mais si vous voulez passer un bon moment de lecture, sans vous cassez la tête, ce roman jeunesse est fait pour vous.

Nos trois personnages sont toujours aussi sympathiques. Les caractères de Holmes et Lupin se dessinent afin de nous montrer ce qu’ils pourraient être plus tard, même si, pour le moment, tout cela est encore latent.

Quant à la jolie Irene, elle ne sait plus quoi penser entre un qui l’embrasse sur les lèvres à la dérobée et un autre qui l’enlace en la raccompagnant chez elle, sans oublier le petit présent qu’elle retrouvera au fond de sa poche sans savoir de qui il provient.

J’espère juste que nous n’irons pas vers le triangle amoureux dans les prochains tomes, même si ce genre d’événements pourraient expliquer pourquoi ces trois amis se retrouveront séparés diamétralement plus tard, au point même qu’ils s’affrontent (Irene vs Holmes dans « Un scandale en Bohême » et Lupin vs Holmes dans « Lupin contre Herlock Sholmes »).

Anybref, sans casser trois pattes à un canard et sans manger de pain, c’est un roman jeunesse qui se lit d’une traite dans son canapé en savourant une bonne tasse de thé.

On sourit des facéties de nos jeunes gamins, on imagine ce que cela pourrait donner si Irene en choisissait un et pas l’autre, on frémit devant les dangers qu’ils prennent, tout en se doutant que l’un ou l’autre ne va pas mourir puisque ce n’est pas GOT !

Un bon point pour moi qui avait deviné avant le Maître le pourquoi du comment des crimes étranges qui avaient lieu après la petite énigme d’échec parue dans le Times… Bon sang, mais c’était bien sûr ! Belette 1 – Sherlock Holmes 0 (un temps de retard face à mon esprit brillantissime).

Un roman jeunesse qui se lit avec plaisir, des personnages que l’on se plait à revoir et en le refermant, on songe déjà à ce que leur prochaine aventures va nous réserver !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

Entre deux mondes : Olivier Norek

Titre : Entre deux mondes
Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (05/10/2017)

Résumé :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.

Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.

Un assassin va profiter de cette situation.

Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Critique :
Olivier… Oui je me permets de t’appeler par ton prénom car tu m’as donné tellement d’émotions aux travers tes romans, que tu me donnes l’impression d’être une amourette de jeunesse, une de celle qui nous a fait souvent pleurer.

Et vu le nombre de fois où tu m’as ému, fait pleurer (et rire, aussi), où j’ai eu envie de rompre avec toi, où je me suis dit « Non, non, je vais arrêter avec lui, ça me fait trop mal au bide de le lire »… Je me permets d’interpeller via ton prénom.

Anybref, cher Olivier Norek, beau dieu grec, comme avec Lebel, je te garde depuis un certain roman un chat de ma chienne ! Et même sans l’affaire du chat, ce sera pour toutes les fois où vous m’avez poignardé en plein cœur, bande de vilains auteurs que vous êtes.

Mais revenons à toi, Olivier… Tes trois précédents romans poussaient déjà le réalisme au-delà du possible et les émotions ressenties durant la lecture avaient tout des coups de poings dans le plexus. Dans ton dernier roman, tu as réussi à faire exploser mon cœur dès le premier chapitre… Qui était très court mais super intense.

Le problème, avec tes romans, c’est qu’ils contiennent une large part de vérité, celle que l’on ne veut pas voir, entendre, celle que l’on ne suspecte pas toujours, celle que les médias ne nous racontent pas, celles sur lesquelles on aimerait tirer un voile pudique, ne plus en entendre parler, faire l’autruche – ce que nous faisons si bien, d’ailleurs.

— Remarque, ça fait presque deux ans qu’on ferme les yeux, c’est pas pour les ouvrir aujourd’hui.

— À la fin, il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire, murmura-t-il. Et ce jour-là, j’ai peur de me dégoûter.

Certes, ton histoire avec les migrants est romancée, mais on sent bien qu’elle n’est pas si éloignée que ça de la réalité et qu’en plus, tu as dû l’écrire avec tes tripes et ton cœur pour arriver à nous donner autant d’émotions avec ces quelques personnages aux destinées si différentes.

Un vibrant appel du pied pour que nous ne fermions plus les yeux sur que l’on a appelé « la crise des migrants », pour que l’on s’intéresse à leurs histoires, à leurs vies, à leurs demandes et que l’on se comporte enfin comme des pays civilisés, ce que nous ne sommes pas, au regard de nos exactions ou de nos comportements.

— Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
— Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
— Exact. Coincées entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes.

Oui, Olivier, je t’en veux de m’avoir tant ému (pourtant, c’est une sensation que je recherche dans mes lectures), je t’en veux aussi d’avoir mis autant d’humanisme et de profondeur dans ton scénario, dans ces nouveaux personnages qui évitent l’écueil du manichéisme et dans ces policiers qui ont tout des pauvres types désabusés et qui ne prennent pas plaisir à faire la chasse aux migrants.

— On tire tellement de grenades lacrymo qu’elles arrivent toutes les semaines par palettes. Il y en a plus à Calais qu’à la réserve nationale du RAID. 

— Y a des indices dans la vie, lieutenant. Quand dans votre ville il y a une BAC en hélico, c’est qu’il y a un truc pourri au royaume. 

Je t’en veux aussi, Olivier, d’avoir réussi, en peu de pages (413), à foutre le bordel dans ma vie peinarde de lectrice qui savait déjà que le monde n’était pas rose, que l’on nous ment tout le temps, qu’on nous manipule… Et maintenant que j’en sais plus, je me sens encore plus déprimée, au point d’avoir envie de lire un Tchoupi ou un Oui-Oui…

— Ce n’est pas le premier. La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu’une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. 

Là où je t’en veux à mort, c’est que ton final, en plus de m’avoir ému au possible, me met dans cette situation horrible des lecteurs/lectrices qui savent tout de ce qu’il s’est vraiment passé dans ton scénario, alors que de tes personnages, eux, n’en savent rien et moi, je vais devoir vivre avec ÇA, avec cette injustice, avec cette erreur, avec cette boulette, avec cette séparation horrible…

Et ça, je ne vais pas te le pardonne, mon cher Olivier ! De plus, tu me dois un paquet de kleenex…

Je ne sais pas de quoi sera fait ton prochain roman, mais si son ramage et son plumage sont équivalent à celui-ci, tu seras le phénix des hôtes de ce blog car tes phrases font mouches, tapent là où ça fait mal – sans pour autant nous faire une leçon de morale – et en plus, last but not least, tu manies bien les petites phrases humoristiques.

Nous devenons tous des monstres quand l’Histoire nous le propose.

On a 208 fois plus de chance de gagner au loto que de naître en bonne santé, dans un pays démocratique et en paix, avec un toit sur la tête.

L’Angleterre s’est refermée, contractée même, comme tous les pays riches, qui n’ont qu’une seule trouille, c’est de voir l’autre partie du monde venir se décrotter les pompes sur leur paillasson.

— Si la France n’accueille plus les réfugiés de guerre, alors je crois qu’on peut abandonner tout espoir.

— Que craignez-vous, Paris ? Que le président s’en vante dans un livre ?

Le caissier fit biper les articles et s’étonna de cette collection de vêtements sombres.
— Il suit des cours de ninja votre gamin ?
— Non, on prépare un braquage en famille, répondit-elle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°46 – La disparition de Lady Frances Carfax).

Nulle part sur la terre : Michael Farris Smith

Titre : Nulle part sur la terre

Auteur : Michael Farris Smith
Édition : Sonatine (24/08/2017)

Résumé :
Une femme marche seule avec une petite fille sur une route de Louisiane. Elle n’a nulle part où aller. Partie sans rien quelques années plus tôt de la ville où elle a grandi, elle revient tout aussi démunie. Elle pense avoir connu le pire. Elle se trompe.

Russel a lui aussi quitté sa ville natale, onze ans plus tôt. Pour une peine de prison qui vient tout juste d’arriver à son terme. Il retourne chez lui en pensant avoir réglé sa dette. C’est sans compter sur le désir de vengeance de ceux qui l’attendent.

Dans les paysages désolés de la campagne américaine, un meurtre va réunir ces âmes perdues, dont les vies vont bientôt ne plus tenir qu’à un fil.

Critique :
♫ Comme un bateau dérive, Sans but et sans mobile, Je marche dans la ville, Toute seule avec ma fille ♪

On aurait pu chanter aussi ♫ Sous le soleil exactement ♪ car la pauvre Maben marche sous le soleil avec Annalee, sa petite fille, trainant avec elle un sac poubelle contenant leurs maigres affaires.

Cherchez pas les Bisounours dans ce roman, vous n’en trouverez pas, d’entrée de jeu, l’auteur vous plombe l’ambiance et vous prend à la gorge en vous présentant ces deux personnages cabossés par la vie.

Comme s’il Maben n’en avait pas déjà assez vu dans sa vie, voilà qu’elle croise la route d’un flic véreux, dans la lignée de ceux qui font les honneurs du hashtag « Balance ton porc ». De nouveau sa vie est prête à basculer dans l’horreur.

Non. Je suis pas quelqu’un de bien, dit-elle. Mais bon Dieu, pourquoi on peut pas avoir au moins un peu de répit quand on se donne du mal.

Niveau personnages massacré par la vie, nous avons aussi Russel qui vient de passer 11 ans de sa vie derrière les barreaux et qui, comme cadeau de bienvenue dans sa petite ville de McComb se fait refaire la gueule par Larry et son frangin Walt, qui n’a rien d’un Disney !

On prend donc des personnages non épargné par une putain de vie, qui ayant bien commencé dans leurs parcours se sont un jour retrouvé dans une merde pas possible, on agite bien le tout et cela donne un roman noir frappé, glacé, où l’on frémit à tout bout de champ parce qu’on aimerait bien que la loterie de la vie frappe à la porte de ces écorchés vifs.

J’aimerais bien savoir ce qui fait tourner le monde comme ça. Parce qu’il tourne d’une drôle de façon des fois.

Sans être un huis clos, on peut dire que l’atmosphère de ce roman est oppressante,  poussiéreuse, violente, chaude, moite, et froide. Oui, tout ça à la fois.

Elle s’était si bien évertuée à oublier qu’elle ne savait plus quand où ni combien de fois, mais elle se rappelait que c’était à une époque de ténèbres où elle s’était retrouvée acculée au désespoir, cernée par les chiens enragés de la vie.

L’écriture fait mouche, sans concession, sans poésie, tranchante, percutante, et nos yeux parcourent fébrilement les pages à la recherche d’un peu de gentillesse ou de sympathie et malgré la moiteur glaçantes des situations, on trouvera tout de même de l’espoir dans certains personnages qui ont plus de cœur que certains.

Elle s’était rendu compte avec le temps que les mauvais coups, une fois que c’était parti, s’amoncelaient et proliféraient comme une plante grimpante sauvage et vénéneuse, un lierre qui courait tout le long des kilomètres et des années, depuis les visages brumeux qu’elle avait connus jusqu’aux frontières qu’elle avait franchies et à tout ce qu’avaient pu instiller en elle les inconnus croisés en chemin.

La rédemption, certains y croient, au paiement de la dette aussi après avoir purgé 11 ans, mais d’autres ne trouvent pas la paix et considèrent que la dette ne sera payée qu’avec votre sang et votre mort, bien entendu.

Mon seul bémol sera pour un personnage qui était méchant jusqu’au bout des ongles, bête et méchant, sans une once d’indulgence pour le rattraper ou pour susciter de l’empathie envers lui. Non, noir il était, noir il continuera d’être jusqu’au boutisme.

Un roman où l’on boit de la bière et de l’alcool comme d’autres boivent de l’eau et on est toujours coupable de ses fautes, il suffit de vérifier le nombre de canettes ou de bouteilles vides sous le siège conducteur de votre voiture, ou les cadavres sur le comptoir du bar…

Ce soir-là, il avait bu plus que d’habitude sans raison particulière, sinon que c’était l’un de ces vendredis soirs torrides du Mississippi où vous venez de toucher votre paye et il y a dans votre vie une fille qui vous aime et vous recevez cinq sur cinq cette radio de La Nouvelle-Orléans qui passe des vieux blues, ces voix brisées qui chantent la poisse et les femmes insatiables et les p’tits coqs rouges et les allées et venues furtives par la porte de derrière. L’un de ces soirs où la lumière s’attarde et repousse sans cesse la nuit et tant qu’il y a de l’essence dans les pompes des stations on se dit que ce serait trop bête de ne pas la faire flamber. Plus d’une fois par la suite il s’était dit qu’il aurait mieux valu qu’il y ait une raison. Quelque chose qui l’aurait provoqué, poussé, énervé, bousculé, quelque chose qui aurait pu expliquer qu’il ait tellement bu. Plus d’une fois il aurait voulu pouvoir pointer du doigt et désigner un autre coupable. Mais il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même.

Un roman noir comme je les aime, avec des personnages brisés, éclatés, qui n’avaient rien pour se croiser et qui ont vu leurs routes se rejoindre à un moment donné de leur vie de misère.

Un roman noir avec des émotions fortes, puissantes, celles qui vous tordent le cœur et les tripes, un roman qui vous laisse sans voix, hébétée après votre lecture et la seule question que vous vous posez c’est quand est-ce que vous aurez droit à une telle drogue qui vous fait tant de bien…

C’était trop. (…) Cet homme qui paraissait faire tout son possible pour les aider sans rien demander en retour. Elle n’était pas habituée à ça. Quelque chose pour rien. Pas dans son monde. Et au creux de cette vaste nuit silencieuse elle était en train de décider qu’il fallait décamper avant que le vent ne tourne. Peu importe ce qu’ils t’offrent à manger et les sourires aimables et peu importe qu’il se mette en quatre pour te venir en aide, ça va pas durer et tu le sais parfaitement. Reste pas là assise sur ton cul comme une conne en attendant que le sol se dérobe sous tes pieds.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Glaise : Franck Bouysse

Titre : Glaise

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Manufacture du Livre (07/09/2017)

Résumé :
Au pied du Puy-Violent dans le cantal, dans la chaleur d’août 1914, les hommes se résignent à partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants: même si on pense revenir avant l’automne, les travaux des champs ne patienteront pas.

Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph tout juste quinze ans, en tête à tête avec sa mère et qui ne peut compter que sur Léonard, le vieux voisin.

Dans une ferme voisine, c’est Eugène, le fils qui est parti laissant son père, Valette, à ses rancoeurs et à sa rage: une main atrophiée lors d’un accident l’empêche d’accomplir son devoir et d’accompagner les autres hommes.

Même son frère, celui de la ville, a pris la route de la guerre. Il a envoyé Hélène et sa fille Anna se réfugier dans la ferme des Valette.

L’arrivée des deux femmes va bouleverser l’ordre immuable de la vie dans ces montagnes.

Critique :
♪ Quoi ma glaise ? Qu’est-ce qu’elle a ma glaise ? Quelque chose qui ne va pas ? Elle ne te revient pas ? ♫

Lorsqu’on ouvre le nouveau roman d’un auteur qu’apprécie fortement, d’un auteur qui nous a donné des coups de coeur, on a toujours cette peur au ventre, cette appréhension : est-ce que cette fois-ci je vais ressentir autant d’émotions que dans l’autre ?

« Grossir le ciel » avait été magistral niveau émotions ressenties, « Vagabond » m’avait laissée de marbre, alors vous comprenez que lorsque j’ouvris « Glaise », j’avais un peu la chocottes.

La première ligne a dissipé ce doute, les premières phrases m’ont confortées dans le fait que je tenais en main un grand roman et une fois le premier chapitre terminé, je me doutais que des émotions, j’en aurais à foison.

Maintenant, le plus dur reste à faire : comment vous en parler ? Par quel bout commencer pour en parler comme je voudrais vous en parler, pour tenter de vous faire ressentir toutes les émotions qui m’ont submergé durant ma lecture ? Difficile.

Alors, venez avec moi dans un petit coin perdu du Cantal, sorte de trou du cul de la région qui se retrouve uniquement peuplée, non pas d’irréductibles gaulois, mais de femmes, d’enfants et de vieillards, puisque tous les hommes valides sont partis, la fleur au fusil, bouter le teuton de France, le tout en moins de quinze jours, cela va de soi.

Avec le recul, on sait que certains se sont avancé avec un peu trop d’enthousiasme dans le fait que ce serait une guerre éclair. Elle fut longue et dure, et ce n’est pas là que je préfère les longueurs et la dureté.

L’écriture de l’auteur est belle, poétique, lyrique, magnifique, elle vous emporte ailleurs pour vous déposer directement dans ce petit coin perdu de France, à une époque que vous et moi ne pouvons pas connaître.

Ses personnages ont de la prestance, de la présence, on les sent vivant, réellement. Joseph est comme tous les jeunes, un peu taiseux, un peu fougueux, passionné. Il est l’homme de la maison depuis que son père est à la guerre.

Valette, le salaud de service est plus un méchant pathétique qu’impressionnant. On a envie de le baffer, certes, mais aussi de le plaindre parce qu’avec un caractère pareil, la vie ne doit pas être gaie tous les jours : alcoolo, violent, bas de plafond, estropié d’une main qui fait qu’il n’ira pas à la guerre, et ça lui plombe son moral.

Les femmes, quant à elles, elles sont effacées, derrière les hommes et cette guerre va leur permettre aussi de montrer leur vrai valeur car ce sont elles qui font tourner la France et si le labourage et pâturage ne sont pas toujours les deux mamelles de la France, elles font ce qu’elles peuvent pour que les exploitations agricoles continuent de les nourrir.

Si la campagne, ça vous gagne, moi, la campagne, ça me connait un peu, même si ce n’est pas celle des années 1914. On sent que l’auteur a potassé son sujet, soit en lisant, soit en écoutant les vieilles histoires au coin du feu, car ce que j’ai lu était le reflet de ce que je connaissais, sauf avec l’histoire du petit veau parce que Valette est hors-norme comme enfoiré de première.

Ce roman, j’avais envie de le dévorer, mais je me suis contenue, lisant doucement, m’imprégnant bien de ses mots, des ses phrases, de ses personnages, de cette prose qui est la signature de l’auteur et qui sait si bien me donner moult émotions différentes, dont une envie de lire le prochain s’il est de la même trempe…

Comme disait la pub « La campagne, ça vous gagne » (je sais que c’était la montagne) et moi j’ajouterai qu’avec Franck Bouysse, rien n’est lisse ! Il vous parle de la campagne comme les vieux de chez nous, ceux qui ont toujours une anecdote ou une histoire à vous raconter, belle ou tragique, mais réaliste.

Un beau et grand roman, noir, sombre, lumineux, rempli d’émotions en tout genre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°8 – Livre se déroulant à la Campagne).

Mycroft Holmes et le guide de l’Apocalypse : Kareem Abdul-Jabbar, Raymond Obstfeld & Joshua Cassara

Titre : Mycroft Holmes et le guide de l’Apocalypse

Scénaristes : Kareem Abdul-Jabbar & Raymond Obstfeld
Dessinateur : Joshua Cassara

Édition : Hachette (06/09/2017)

Résumé :
Londres 1874. Un attentat épouvantable est commis à l’aide d’une technologie inconnue. Il occasionne plus de 200 morts au British Muséum. Le très fringant Mycroft Holmes s’évertue à ridiculiser son professeur et à s’attirer les foudres de ses condisciples de l’Université de Cambridge.

La toute première aventure du brillant et mystérieux Mycroft Holmes.

Sur les ordres de la reine Victoria, Mycroft doit mettre hors d’état de nuire un psychopathe qui menace les fondements de la civilisation britannique…

Critique :
Vous connaissiez Sherlock, le cadet et brillant détective, mais vous connaissiez un peu moins son frère, encore plus brillant que lui.

Vous aviez de Mycroft, l’ainé des Holmes, soit la vision d’un homme débonnaire comme dans la série Granada, ou celle d’un homme froid, appuyé sur son parapluie, dans la série de la BBC.

Ici, vous allez être dépaysé car vous serez face à un perpétuel étudiant de l’Université de Cambridge qui s’amuse à se foutre de la gueule de son prof de philosophie, qui gribouille en classe et qui saute la femme de son prof, en sus !

Peu canonique, le Mycroft de ce comics, de même que son jeune frère, Sherlock, qui est présent mais bien moins que son illustre aîné : normal quand une série se nomme Mycroft Holmes, me direz-vous. Vous êtes brillants…

Leur Mycroft est à baffer tant il est insolent et imbu de lui même et de son talent de déduction, au point de tout calculer lorsqu’il convoque son petit frère, notamment le fait qu’il le surprendra au lit avec la femme de son prof.

Imbu, fat, arrogant, à baffer, je vous dis, mais j’étais tellement plongée dans cette histoire que je me suis rendue compte que j’arrivais à ma gare de destination et que je n’avais rien vu (ok, le changement d’heure avait rendu mon paysage tout noir, mais pas que lui).

Niveau lecture, on en a pour ses sous, on y passe du temps, on découvre les dessins, qui plairont, ou pas, moi, ma seule critique sera pour les parties des joues un peu trop soulignées et pour une reine Victoria un peu trop jeune (alors qu’elle devrait avoir 55 ans) et sexy.

Attention, cette bédé ou ce comics ne révolutionnera pas le genre, mais fera passer un excellent moment à son lecteur/lectrice pour peu que celui-ci aime le fantastique mâtiné de quelques gouttes de steampunk avec quelques morceaux des Mystères de l’Ouest.

Ici, rien n’est sérieux, tout est fait pour s’amuser, rien n’est comme on pourrait le croire et les surprises sont au rendez-vous.

C’est barré, c’est couillu, ça ressemble à un James Bond version western puisque nous poursuivrons la suite de l’enquête sur les terres de l’Oncle Sam et que nous croiserons des terribles desperados (pas les cousins Dalton) et que l’aventure sera au rendez-vous avec un grand A.

Du rythme, de l’action, des gadgets tueurs, des grands méchants vraiment méchants chevronnés, des pays prêts à tout pour posséder l’arme ultime, et un Mycroft dans le style roi fainéant pour résoudre tout ça.

Pas de regret de lecture, un bon moment de passé, une gare que j’ai failli rater et une plongée vertigineuse dans des aventures sentant bon le Bond aux services secrets de sa Majesté la Queen Victoria, le tout avec plus de brio et d’humour que le film avec le non regretté George Lazenby.

3,9/5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).