W3 – 02 – Le mal par le mal : Jérôme Camut et Nathalie Hug

Titre : W3 – 02 – Le mal par le mal

Auteurs : Jérôme Camut et Nathalie Hug
Édition : Livre de Poche Thriller (09/03/2016) – 1032 pages

Résumé :
Sous le choc de la découverte du responsable de sa séquestration, la journaliste Lara Mendès décide de se reconstruire loin du site d’info W3 fondé avec ses proches pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice.

Pendant que Léon Castel, l’activiste ingérable et porte-parole du site, poursuit ses actions coups de poings, une vague de meurtres violents cible des officiers de police partout en France.

Alors que tout semble mis en oeuvre pour étouffer l’affaire, la Web TV est convaincue de tenir sa nouvelle bombe médiatique.

Fragilisée par des tensions internes et de violentes pressions extérieures, l’équipe de W3 se retrouve bientôt plongée en plein chaos.

Critique :
Cela faisait longtemps que j’avais vibré avec le premier tome (décembre 2014)… Il me tardait de lire le suivant et puis, les livres s’empilant, je ne l’ai pas fait, laissant passer les jours, les mois, les années…

Après 8 ans, je n’avais plus beaucoup de souvenirs, si ce n’est d’avoir vibré lors de ma lecture du premier tome. Ouf, en début de tome 2, il y avait un résumé succinct du premier tome.

Il ne m’a pas fallu longtemps pour replonger dans ce thriller addictif et pour bouffer les pages à la vitesse d’un TGV (en deux jours, j’avais lu 600 pages).

On prend les mêmes et on continue ! Oui, mais différemment du premier tome : ceci n’est pas un copié-collé, le scénario est différent, les personnages souffrent et peuvent même mourir.

On est dans le réalisme, dans du journalisme sans censure, dans le journalisme libre, avec des vraies enquêtes, des vrais dossiers extirpés des placards aux casseroles.

Pourtant, la vérité ne plait pas à tout le monde, même pas aux braves citoyens. Nous, le peuple, nous ne voulons rien savoir, rien apprendre, et bien souvent, on vilipende celui qui a enquêté pour nous offrir la vérité, celui qui a volé des documents…

Plus de 200 chapitres, assez courts, nerveux, addictif, composent ce gros pavé de plus de 1000 pages, l’intrigue s’étalant sur plusieurs jours d’août et de septembre, sans oublier des chapitres se déroulant des années plus tôt et éclairant le récit du présent.

L’avantage de la narration, c’est qu’elle se consacre à beaucoup de personnages, nous les montrant dans leurs aventures, nous faisant découvrir leurs personnalités, que l’on aimera ou pas, mais personne n’est tout à fait blanc ou tout à fait noir, tout est nuancé, sans manichéisme.

Ne cherchez pas de chevalier blanc. Parfois, pour survivre dans un certain milieu, il faut s’asseoir à la table du diable, et sans longue fourchette.

Dans ce thriller, il n’y a pas vraiment de personnage central, chacun ayant droit à sa mise en lumière ou en morflage (néologisme), parce que les auteurs n’hésitent jamais à faire mordre la poussière à leurs personnages, sans pour autant que cela soit gratuit.

Mon seul bémol sera pour les émotions… Si l’adrénaline était présente, il m’a manqué les émotions fortes que j’avais ressenties lors de la lecture du premier tome. Ce n’est pas vraiment un reproche, l’intrigue est différente du premier, là où l’on découvrait tout, là où tout se mettait en place, nous donnant un récit assez fort.

Un thriller qui pèse son poids, mais qui se lit très vite, sans même respirer et s’il n’y avait pas eu le long week-end du 15 août où j’étais en famille, il m’aurait fallu à peine trois jours pour en venir à bout, tant l’écriture est fluide, les personnages bien travaillés, bien distincts, et que le récit avance tout seul.

Je vais essayer de ne plus attendre 8 ans avant de me plonger dans le dernier tome et comme c’est le challenge Pavé de l’Été jusqu’au 20 septembre, je pense que je vais sauter sur les 992 pages du dernier volet de la trilogie !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°25] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Franck Sharko & Lucie Hennebelle – 05 – Pandemia : Franck Thilliez

Titre : Franck Sharko & Lucie Hennebelle – 05 – Pandemia

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (06/05/2016) – 653 pages

Résumé :
Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur.

En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes.

Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

Critique :
Oui, cette année 2022 sera celle de Franck Thilliez et de ma mise à jour dans la lecture de ses différents romans, notamment ceux avec le duo Franck Sharko & Lucie Hennebelle.

Par contre, était-ce bien indiqué de lire un thriller parlant de pandémie, de virus qui mute, de grippe inconnue, alors que l’on vient de traverser une pandémie de SRAS COV2 et que tout n’est pas encore terminé ?? Là, ce n’était pas la meilleure idée que j’ai eue, mais j’ai bien vérifié sous le lit, pas de monstre grippal de caché dessous ! Ouf.

Une fois de plus, l’équipe de Sharko va affronter la crème de la crème des tueurs. Là, on est carrément sur du tueur étoilé, 4 étoiles au Guide Michelin des Assassins. Non seulement il a de l’audace, mais ses crimes sont d’un mauvais goût extrême, épicé de saloperies qu’on n’a pas envie de mettre à sa bouche.

Jamais d’assassin du dimanche, dans les enquêtes de Sharko ou de Colonel Moutarde (y aurait-il pénurie de Moutarde ?). Toute l’équipe va se démener pour attraper les assassins (oui, le chef coq épaulé de ses super cuisiniers), tousser beaucoup (saloperie de virus), descendre là où vous n’avez pas envie de descendre (laissez-moi remonter à la surface), voyager et malgré la qualité étoilée des assassins, vous pensez bien que notre Sharko va réussir à les trouver.

Dit ainsi, on pourrait penser que je me moque… Juste un peu, parce que pour le reste, le récit est plus qu’efficace, plus qu’addictif et il m’a remis en mémoire des moments peu agréables de notre existence, au plus fort de la pandémie Covid, les confinements en moins.

Ce thriller est un pavé qui ne se fait pas sentir. Il se dévore, l’écriture de Thilliez est toujours aussi efficace et les sujets traités des plus intéressants. Au prochain repas de famille, je pourrai parler des virus de la grippe, ainsi que de celui de la peste et étaler mon nouveau savoir Thilliesque, tout en tartinant ma viande de marinade.

Anybref, ce thriller policier fait le job : il m’a diverti, il m’a cultivé un peu plus, il m’a donné des frissons d’angoisses et comme il se passait, une fois de plus, vers la fin de l’année, il est parfait pour une lecture un jour où les températures montent. De plus, dans ce tome-ci, Lucie est redevenue un personnage plus calme et moins chiante que dans les deux précédents.

Le seul inconvénient, c’est qu’après la lecture d’un Thilliez, les romans suivants semblent un peu fade, manquer de pep’s, de goût, d’audace… Fatalement, après avoir dîné à la table d’un maître assassin étoilé, la cuisine habituelle semble fadasse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°18] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Lontano – Famille Morvan 01 : Jean-Christophe Grangé

Titre : Lontano – Famille Morvan 01

Auteur : Jean-Christophe Grangé
Édition : Livre de Poche Thriller (2017) – 953 pages !

Résumé :
Éminence grise du pouvoir, Grégoire Morvan a connu ses heures de gloire en Afrique dans les années 80, en arrêtant au Zaïre « l’Homme clou », tueur en série au rituel atroce, inspiré des plus violents fétiches africains.

Quarante ans plus tard, en France, les cadavres mutilés, criblés de ferraille et de tessons s’accumulent : la marque de « l’Homme clou », totem de la folie meurtrière née au plus profond de l’Afrique. Le passé trouble de son père – fantôme menaçant de sales affaires enterrées – rattrape alors Erwan Morvan, le meilleur flic de la crim’.

Saga familiale, roman psychologique et roman noir, Lontano est une plongée verticale dans les ténèbres de l’âme, roman paroxystique et vertigineux, dérangeant comme ces rites primitifs qui nous fascinent et nous effarent.

Critique :
Hé oui, je suis revenue vers Jean-Christophe Grangé, après des années d’abandons, suite à quelques lectures de ses romans qui ne m’avaient pas transporté, l’un d’eux ayant même failli apprendre à voler…

Comme je ne retrouvais plus le coup de foudre de départ, avec « Les Rivières pourpres », j’étais passée à autre chose, me promettant un jour de revenir, mais sans y croire vraiment.

Qu’est-ce qui m’a décidé ? Une critique sur Babelio où la personne (purée, je ne sais plus qui, ni sur quel roman) disait qu’il avait préféré Lontano. Bon, je m’en vais voir ce qu’on l’on dit sur le Grangé et là, bingo, l’envie m’a pris et comme je ne le possédais pas, je suis allée le quérir en bouquinerie. Il ne m’a fallu que 3 jours pour dévorer les 953 pages.

La famille Morvan, tu n’as pas envie d’en faire partie. Le père est  ancien flic, barbouze de la République, qui joue au nettoyeur pour ramasser la merde des autres, qui ment pire qu’un arracheur de dent qui ferait de la politique (c’est vous dire le niveau des mensonges), son épouse soumise à son autorité et qui se fait taper dessus, trouvant des excuses à son époux… Lui, son principal fait d’armes est d’avoir mis fin aux assassinats, au Congo, de l’Homme-Clou.

Ses enfants, pas mieux. Un trader drogué qui était déjà alcoolo à 12 ans, l’aîné qui est flic et qui a des méthodes d’interrogatoires musclées et la fille qui joue à la tepu (la péripatéticienne) et qui accepterait qu’on lui fourre un hamster dans la techa (la chatte, merde, causez verlan) du moment qu’on y met le prix.

Non, mais je te jure, l’auteur n’a pas choisi une famille honorable, chez eux, tu ouvres un placard et des squelettes en tombent. Ce n’est pas la famille Ingalls, croyez-moi.

Pourtant, l’auteur a réussi à équilibrer les personnages, leur donnant aussi des fêlures, des blessures, des petits traits qui fait que même si le père est un salopard de première, on n’a pas envie de le voir tomber.

Pas moyen de s’emmerder durant les 950 pages de ce thriller, mené tambour battant, sans pour autant sacrifier la forme, le fond, l’écriture ou les personnage. On prend aussi le temps de faire connaissance avec la famille Morvan. Erwan, l’aîné qui bosse au 36 quai des Orfèvres, n’a rien d’un commissaire Maigret ou Navarro. La violence est chevillée dans son corps et est coutumier des violences policières envers les suspects.

Les meurtres n’ont rien à envier au plus déséquilibré des psychopathes. C’est horrible, dégueulasse, bref, si vous aimez les crimes propres des romans d’Agatha Christie (ou des cosy), ici, nous en sommes loin, très loin. On devine déjà que le tueur appartient à la crème de la crème et qu’il a du remporter la grande finale du « Top chef du Meilleur criminel ». À vos marques, pâtissez !

Les ramifications de ces crimes iront jusqu’au Congo, la période coloniale est toujours tapie dans l’ombre, les magouilles sont toujours légion et la Belgique sera souvent citée dans le roman, et pas en bien, je le conçois… La période où Popol II était propriétaire du Congo « Belge » (1885) n’est guère reluisante.

D’ailleurs, j’ai apprécié que Erwan aille faire un tour à Namur et à Louvain… Attention, en Belgique, il y a deux villes portant le nom de Louvain, il faut bien préciser celle que l’on veut visiter. Si la France a connu des crises religieuses (catho/protestants), la Belgique a eu sa crise linguistique. Vous, c’était la foi, nous, c’est la langue.

Anybref, tout ces blablas pour vous dire que ce roman de Grangé est un véritable shoot d’adrénaline, de suspense, de drogues, de violences, d’enquêtes, de meurtres rituels, de tueur en série, de magouilles financières, de vengeance, de complots politiques, de magie noir, de relents de colonialisme, de sang, de tripes… Sans que jamais la soupe devienne aigre, infâme ou imbuvable.

Un thriller addictif, maîtrisé du début à la fin et que dont j’ai hâte de connaître la suite. Oui, il y a une seconde partie, avec des secrets non révélés, même si, dans ce premier tome, l’affaire des meurtres rituels contemporains a été résolue, me foutant un coup de pied au cul monumental.

Je suis contente d’avoir eu cette envie de me pencher à nouveau sur un roman de Grangé, de retrouver tout le sel qui m’avait fait kiffer grave ma race son « Rivières pourpres » (pas le film, il est à chier, oups). Là, après avoir lu la suite, je vais me pencher sur ses autres romans, des fois que je tomberais à nouveau sur une pépite.

PS : Lorsqu’Erwan mènera son enquête au royaume de Belgique, j’ai repéré une grosse faute d’orthographe dans le panneau indicateur : Louvain, en flamand, c’est « Leuven » et non « Leuwen » (là, çq signifie « Lion » au pluriel), sauf si un petit malin de flamingant s’est amusé à faire un jeu de mot entre la ville et le drapeau flamand (un lion).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°010] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Les enquêtes du Commissaire Habib – 06 – Meurtre à Tombouctou : Moussa Konaté

Titre : Les enquêtes du Commissaire Habib – 06 – Meurtre à Tombouctou

Auteur : Moussa Konaté
Édition : Points Policier (2015)

Résumé :
Trois coups de feu. Et dans le silence qui suit : « Sales Français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. »

Habib, chef de la brigade criminelle, et Guillaume, responsable de la cellule anti-terroriste française au Mali, sont dépêchés à Tombouctou où, quelques heures avant les tirs, un jeune Touareg a été assassiné. Dans ce climat délétère, Habib sait qu’il va devoir agir avec prudence.

Critique :
« Bande de chacals, vous allez tous mourir comme des chacals » aurait sans doute au moins d’impact que la phrase hurlée par un tireur à cheval : « Sales mécréants de Français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. »

Là, les ambassades frémissent de peur et on parle déjà de terrorisme… Comme si la situation n’était pas déjà assez explosive avec le meurtre d’un jeune Touareg, Ibrahim, issu de la famille Aghaly.

Pour une fois, un roman acheté en bouquinerie n’a pas eu le temps de traîner sur les étagères car j’avais envie de voyager au pays des Hommes en Bleus et de découvrir Tombouctou autrement qu’en carte postale ou reportage clinquant.

Pas de doute, l’auteur connait son pays, connait ses coutumes, sait de quoi il parle et mieux, il arrive à mettre tout cela en scène sans que l’on ait l’impression de lire un guide de voyage ou de regarder une émission télé insipide qui ne montrerait que les beaux côtés de la ville.

Débarquant à Tombouctou, le célèbre commissaire Habib de Bamako, va devoir enquêter en marchant sur des œufs afin de ne pas froisser le peuple fier des Touaregs, prêt à en découdre avec un autre clan qu’il accuse d’être responsable de la mort d’Ibrahim.

Il faudra aussi compter sur les imans, prêt à tout pour garder l’harmonie entre les différentes ethnies qui peuplent la ville, quitte à dessaisir le commissaire et demander à un marabout-devin d’enquêter à sa place. Résultats garantis !

Ce roman policier, c’est un véritable voyage au Mali, dans la ville de Tombouctou que nous arpenterons avec les deux jeunes enquêteurs (Guillaume, agent du renseignement français et Sosso, un enquêteur du commissaire Habib) et l’auteur ne nous épargnera pas les points les moins susceptibles de se retrouver dans les guides de voyages.

L’auteur nous dresse le portrait d’une société qui a ses propres codes, différents des nôtres, où la femme a une autre place que chez nous, sans pour autant qu’elle soit méprisée, puisque chez les Touaregs, les femmes ont un statut élevé (même si elles parlent peu) et le peuple se dit descendant de la reine fondatrice touarègue, Tin Hinan.

Oui, l’immersion est totale et il est toujours intéressant de voir ce qui se passe ailleurs, notamment dans ces pays que nous ne connaissons pas et où les religions cohabitent dans la ville de Tombouctou (le tout avant que les djihadistes n’y fassent des ravages).

Comme souvent, l’enquête est un prétexte pour nous parler du pays, de ses coutumes, de ses croyances, anciennes, de cet équilibre qu’il faut garder afin de ne froisser personne et des menaces terroristes qui pèsent, certains voyant des islamistes partout.

La psychologie des personnages est assez basique, les deux aidants du commissaire Habib passant leur temps à rire pour rien, mais ils furent utiles à l’histoire afin de nous faire découvrir un pan dans la ville et des sociétés qui la composent.

Au moins, pas d’enquêteur torturé par son passé, en souffrance avec sa vie de famille, se réfugiant dans l’alcool, les drogues ou autres. Le commissaire Habib est marié, père, heureux, un enquêteur normal qui mène son enquête sans courir comme un poulet sans tête, respectant les rituels, les codes, sous peine de se voir fermer des portes au nez (ou des tentes). Qui va piano, va sano.

Dès le départ, j’ai eu des soupçons sur un personnage et bingo, j’avais déjà trouvé le nom du coupable, même si je n’avais pas tout compris en ce qui concernait le modus operandi. Cela n’a en rien entravé ma lecture, tant je pensais que je faisais fausse route et que c’était mon biberonnage aux romans d’Agatha Christie qui me jouaient des tours.

Voilà donc un roman policier qui me sort de mes habitudes et qui le fait bien, sans pour autant que sa résolution m’ait fait tomber de ma chaise ou que le suspense m’ait donné des palpitations cardiaques.

Son avantage indéniable est qu’il nous propulse au sein de communautés que nous ne connaissons pas, nous faisant entre dans le saint des saints, sorte de voyage en terre inconnue chez des peuples méconnus.

On est dépaysé, tant pour les décors que pour les modes de vie et l’auteur évite aussi le côté folklorique que nous pourrions retrouver dans certains reportages télés.

C’est pourquoi j’ai apprécié aussi cette lecture, même si le suspense n’est pas vraiment de la partie et que la résolution de l’enquête ne défrisera pas les plumes d’un canard à trois pattes. Au moins, j’ai voyagé et personne ne m’a emmerdé !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°123] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°05].

Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet – Tome 1 – R.I.P. Ric ! : Zidrou et Simon Van Liemt

Titre : Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet – Tome 1 – R.I.P. Ric !

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : Simon Van Liemt

Édition : Le Lombard (2015)

Résumé :
Deux ans après son évasion, Caméléon est de retour à Paris. Grâce à la chirurgie et à des mois d’entraînement, il est devenu la réplique exacte de son vieil ennemi : Ric Hochet.

En prenant sa place, il va bouleverser son univers.

Critique :
Ric Hochet et moi, c’est aussi une vieille histoire d’amour, une de celles qui a mal tournée au bout de plusieurs années.

Mon reproche était que ses aventures, qui surfaient souvent sur le fantastique ou le bizarre, avant de s’expliquer naturellement, devenaient de plus en capillotractées en ce qui concernait les résolutions.

Ces explications étaient souvent balancées dans les dernières cases, à la va-vite, ou dans les derniers phylactères, à la manière d’un qui aurait failli oublier d’expliquer le comment du pourquoi à ses lecteurs… Je suis souvent restée dubitative devant ces explications qui n’éclairaient pas tout et pire, pour certains albums, il m’est resté des zones d’ombres.

Anybref, après le tome 57, j’avais lâché l’affaire, cela faisait trop longtemps que j’espérais un retour aux sources pour Ric et des explications moins vaseuses de la part de son scénariste.

Puisque la série repart avec deux nouveaux auteurs à ses manettes (R.I.P. Duchâteau et Tibet), je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de tester à nouveau.

Verdict ? J’ai apprécié que l’on retrouve les codes de la bédé, comme le chat Nanar, les costumes de Ric (toujours les mêmes), un vieil ennemi (Caméléon), la touche d’humour avec le fait que les parents de Ric lui ont donné un nom débile et qu’il roule en bagnole de luxe alors qu’il est journaliste.

Les dessins sont bien réalisés, donnant un look rétro à Ric Hochet, comme dans ses premiers albums, lorsqu’il était jeune. Au vu des téléphones en bakélite posés à la rédaction du journal « La rafale », on comprend tout de suite que nous avons remonté le temps, style années 60 !

Effectivement, si j’avais pris la peine de lire le résumé de l’album avant ma lecture, j’aurais compris qu’il se déroulait 2 ans après l’évasion du Caméléon. 1968. Et comme j’ai monté ma chronique au fur et à mesure de ma lecture, vous avez mes impression « à chaud ».

Contrairement à l’original, exit la ligne claire, les couleurs sont plus sombres aussi, allant parfaitement avec le ton de l’album qui lui aussi est sombre, même s’il est parsemé de petites touches d’humour, avec le scénariste qui se moque gentiment, par la bouche du Caméléon, de toutes les qualités possédées par Ric et qui rendrait jaloux Sean Connery, de son côté boy-scout, séminariste, idole de la jeunesse…

Pour apprécier ce scénario, il faut mettre de côté qu’il est impossible à la chirurgie plastique de vous donner la tronche d’un autre, à un point de ressemblance que mêmes les proches s’y trompent (surtout en 1968).

De même pour la voix : même en travaillant avec un imitateur professionnel, il est impossible d’avoir la même voix que la personne remplacée. Oui, je pinaille un peu, je tenais à souligner la chose en passant. Ensuite, j’ai joué le jeu.

Par contre, je pense qu’il n’est pas très bon de laisser une personne pendue par les pieds trop longtemps… Le cœur doit pomper contre la gravité terrestre pour faire circuler le sang dans les jambes, et cela représente une charge lourde pour cet organe.

Le risque est donc grand que le pendu à l’envers ne décède ou n’ait des séquelles graves (dommages au cerveau et aux yeux en raison de l’afflux de sang à la tête)… David Blain l’a fait, mais c’est un cascadeur. Enfin bon, comme je le disais, je pinaille !

Là où j’ai vu rouge, c’est qu’ensuite… Je ne dirai rien de plus, mais voici que Zidrou arrive droit sur ma kill-list !!!

Les références aux premiers albums sont nombreuses, on retrouve des personnages déjà croisés, un autre bien réel, ce monsieur Ducastel qui ressemble à Duchâteau, le père littéraire de Ric.

Les lieux connus sont de la partie aussi, comme la villa des frères Gusbin, sur l’île de Porquerolles ou le toit des éditions du Lombard, à Bruxelles, avec la tête de Tintin et Milou…

Si vous connaissez l’univers, cela vous rappellera de bons souvenirs, si vous êtes vierge des aventures/enquêtes de Ric Hochet, cela ne vous posera aucun problèmes et vous donnera peut-être envie de découvrir les premières aventures.

Durant tout l’album, la question qui se pose, c’est : comment tout cela va-t-il se terminer ? Quel coup foireux nous réserve le scénariste ? Va-t-il nous épater ou tout cela va-t-il finir en eau de boudin ?

Parce que bon, l’histoire de vengeance, c’est connu, du déjà vu des millions de fois et là, nous sommes dans une vengeance violente… Loin du raffinement de celle d’un Monte-Cristo (que personne ne reconnaît non plus, tiens…).

Ouf, pas d’eau de boudin, même si c’est un peu con de la part du Caméléon ce qu’il fait… Finalement, le but d’une vengeance, ce n’est pas ensuite s’assoir et regarder la/les personnes visées se débattre dans les emmerdes ? Non ? Sinon, où est le plaisir ?

Ce final est violent et plus sombre que dans les albums que l’on a connu, où les personnages importants ne souffraient pas de cette manière. Et où personne ne se baladait les nichons à l’air ou en slip…

Les nostalgiques des premières heures ne retrouveront pas le Ric Hochet qu’ils ont connu. Les atmosphères, les ambiances, le ton, tout cela est différent. Dans les années 60, jamais les auteurs d’origine n’auraient pu se permettre une certaine scène. En 2015 (date de publication), cela ne choquera plus personne que la jolie et pudique Nadine s’envoie en l’air.

On dirait que cette bédé tente l’exercice difficile et périlleux du grand écart entre deux chaises : s’adresser à un nouveau public, en modernisant un peu la série, afin de les fidéliser et ne pas oublier de contenter les nostalgiques qui ont connu la saga à une lointaine époque (ou pas) et qui aimeraient retrouver Ric Hochet autrement qu’en relisant pour la 36ème fois ses albums.

Si vous voulez en profiter pleinement, faite une séparation pure et simple entre l’ancienne et la nouvelle série, parce que la nouvelle a un goût de Canada Dry© : ça pétille, c’est bon, c’est rafraîchissant, mais ça n’a ni le goût, ni tout à la fait la même couleur que l’alcool !

À vous de voir ! J’ai bien envie de poursuivre afin de voir ce que me réserve les trois albums parus à ce jour.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°122], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°04], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Belgique).

L’autre ville : Michal Ajvaz

Titre : L’autre ville

Auteur : Michal Ajvaz
Édition : Mirobole – Horizons Pourpres (02/04/2015)
Édition Originale : Druhé mesto (2005)
Traduction : Benoît Meunier

Résumé :
Dans une librairie de Prague, un homme trouve un livre écrit dans un alphabet inconnu et l’emporte chez lui ; bientôt l’ouvrage lui ouvre les portes d’un univers magique et dangereux.

À mesure qu’il s’enfonce dans les méandres de cette autre ville, il découvre des cérémonies baroques, des coutumes étranges et des créatures fascinantes ; derrière la paisible Prague des touristes, des cafés se muent en jungles, des passages secrets s’ouvrent sous les pieds et des vagues viennent s’échouer sur les draps…

Critique :
Il est des romans dans lesquels on entre directement et d’autres qui sont plus rétifs, qui se dérobent, qui se rebellent et avec lesquels on a le plus grand mal à avancer, comme si on entrait dans un buisson de ronces.

Mon buisson de ronces est arrivé et j’ai eu grand mal à avancer tant les phrases étaient longues, tant l’écriture me semblait pénible, tant le roman me semblait hors de ma portée.

Cet O.L.N.I surfe sur le fantastique, le fantasmagorique, l’onirique (oui, je fais tout en « ique) et il m’a fait la nique durant une grande partie de ma lecture. Il y a du merveilleux aussi et c’est totalement surréaliste.

Imaginez un homme qui a trouvé dans une librairie un livre à la couverture violette qui est écrit dans une langue inconnue. Ce livre ouvre les portes d’une autre ville, un truc de ouf, qui dans notre monde n’a aucun sens.

N’ayant aucun GPS, je me suis perdue, j’ai étouffé, je me suis noyée et je suis sortie de ce roman en me demandant ce que j’avais vécu comme expérience, mon imagination ayant été souvent dans l’impossibilité de me donner des images de ce que je lisais.

En plus, la fin m’a semblé plate comparée à ce que j’avais tenté de défricher durant toute ma lecture, tout ce fantasmagorique, tous les animaux croisés, ce monde de dingue constitué. D’ailleurs, la fin, je l’ai comprise, c’est vous dire son niveau facile !

Je ne coterai pas cette lecture, elle n’était pas pour moi à ce moment-là de ma vie, ou alors, nous n’étions pas fait pour nous rencontrer…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°186], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°12] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°41].

 

Moriarty – Le chien des d’Urberville : Kim Newman

Titre : Moriarty – Le chien des d’Urberville

Auteur : Kim Newman
Édition : Bragelonne (2015) / Livre de Poche (2017)
Édition Originale : Professor Moriarty – The Hound of the D’Urbervilles (2011)
Traducteur : Leslie Damant-Jeandel

Résumé :
Imaginez les jumeaux maléfiques de Sherlock Holmes et du docteur Watson, et vous obtiendrez le redoutable duo formé par le professeur James Moriarty, serpent rusé d’une intelligence remarquable, aussi cruel qu’imprévisible, et le colonel Moran, violent et libertin.

Ensemble, ils règnent sur Londres en maîtres du crime, défiant police et hors-la-loi.

Quelle que soit leur mission, du meurtre au cambriolage de haut vol, Moriarty et Moran accueillent un flot de visiteurs malfaisants, dont une certaine Irène Adler…

Critique :
Vous prenez la rencontre mythique entre Holmes et Watson, par l’entremise de Stamford, mais en version « Moriarty/Moran » et vous comprendrez que ce que vous tenez entre vos mains est inhabituel.

Vous lirez « Une étude en rouge », avec une partie des protagonistes du roman, l’histoire sera différente, avec des similitudes, mais adaptée pour le duo maléfique.

Irene Adler n’est plus La Femme, mais La Salope et le chien des Baskerville est rouge sang, et c’est devenu celui des d’Urberville…

Là j’en entends déjà qui grognent que reprendre les histoires déjà écrites, connues et juste la mettre à la sauce Moriarty/Moran, c’est facile.

Et bien non, ce n’est pas vraiment ainsi que cela se déroule car l’auteur a tout de même pris la peine de modifier les scénarios et même carrément toute l’histoire, comme dans celle qui concerne des Martiens et qui ne parlera qu’en filigrane de John Clay et de la succursale Coburg de la Banque de la City…

En lisant les carnets du colonel Moran, on se rend compte de plusieurs choses : il a de l’humour, est un utilisateur de femmes, un fanfaron (au lit et on ne peut vérifier ses dires) et en plus d’être une fine gâchette, c’est un aventurier.

Moriarty est bien présent, avec sa toile criminelle, son rire qui tue les pigeons aux alentours, son dodelinement de tête tel un cobra et son ego démesuré.

Évidemment, lorsqu’on suit des histoires présentées par des méchants, ils considèrent les gentils comme des crétins, des petits lapinous juste bon à tirer à la sortie du terrier.

Anybref, tout allait bien dans le meilleur des mondes pour moi, les références aux enquêtes de Holmes étaient présents, mais détournées et bien détournées.

Hélas, parce qu’il y en a un, à un moment donné, le bel édifice s’est écroulé, les histoires qui étaient amusantes, bien présentées ont commencé à devenir laborieuses pour les 3 dernières et c’est avec la lenteur d’un escargot que je les ai terminées, sautant allègrement des paragraphes entiers pour terminer le livre.

Quelle disparité de niveau entre les premières histoires et les 3 dernières ! Entre celles bourrées d’humour, de petites phrases humoristiques ou cyniques du colonel Moran, on passe à des histoires poussives dont on à l’impression qu’on les a tirées en longueur pour remplir le roman.

Le pire fut pour la dernière histoire qui concerne le dernier problème où on a l’impression que l’auteur s’est cassé le cul pour nous offrir une aventure soporifique, chiante, lourde et loin de ce que l’on aurait pu espérer en la suivant du point de vue de Moriarty et du Colonel Moran.

Le début était prometteur et l’auteur n’a pas su conclure avec panache puisqu’il a débandé à la moitié de l’ouvrage ce qui est plus rageant que le contraire (commencer mou et finir en beauté) car j’avais l’espoir de le terminer avec bien plus d’étoiles dans les yeux et dans sa cotation.

PS : c’est le coeur gros que je dis au revoir au Mois Anglais édition 2020 car ceci était ma dernière fiche. Merci aux organisatrices qui peuvent maintenant aller se reposer, je vais entrer en hibernation ! mdr

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°290, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°22] et le Challenge Pavévasion – Saison 2 chez Mez Brizées [Lecture N°05 – 704 pages en version LP].

La frontière sud : José Luis Muñoz

Titre : La frontière sud

Auteur : José Luis Muñoz
Édition : Actes Sud Actes noirs (02/09/2015)
Édition Originale : La frontera sur (2010)
Traduction : Alexandra Carrasco

Résumé :
Mike Demon (déjà aperçu dans Babylone Vegas) est vendeur d’assurances. Il mène une existence de bon Américain moyen tout en s’offrant des escapades amoureuses ou sexuelles lors de ses tournées.

À Tijuana, il promet à la prostituée sublime dont il est tombé follement amoureux de lui faire passer la frontière.

C’est sans compter Fred Vargas, un flic mexicain violent et véreux, qui fait chanter les bons pères de famille yankee venus s’encanailler de l’autre côté de la frontière…

Une double intrigue menée de main de maître pour un western noir sursaturé de violence et de sexe.

Critique :
Ce roman noir, c’est le film Pretty Woman en version glauque, poisseuse, sombre, violente, à la western, le tout assaisonné de poudre blanche, sursaturé de sperme à gogo et de sexe.

Mike Demon est comme le Belzébuth de la « Salsa du démon » (Grand Orchestre du Splendid) : il est en rut !

Qu’on lui enfonce du bromure en suppositoire dans le fion, ça lui fera les pieds, tiens !

Ce n’est pas de la bigoterie mais de l’énervement car bon sang, aucune leçon ne lui sert et il retombe toujours dans sa folie sexuelle avec n’importe quel trou féminin (le tout sans trop de respect, c’est du sexe bestial).

Ne chercher pas une morale dans ces pages, il n’y en a pas. Mike ne tirera aucune leçon de ses mésaventures, pire, il s’enfoncera dans le vice encore plus avant de basculer dans une autre catégorie, sans même ressentir du remord ou de la culpabilité.

Pour Mike, le sexe des femmes se nomme l’enfer parce que Satan l’habite (je vous offre le jeu de mot). Son épouse est moins portée sur la chose que lui et donc, monsieur la fourre dans tous les trous féminins qui ne sont pas ceux de son épouse.

De l’autre côté de la frontière, à Tijuana, il y a Carmela, la soeur de Ruben, drogué branleur et tueur à gage à ses heures. Une scène de ce roman m’a donné envie de vomir car on dépasse en glauquitude la relation Cersei/Jaime. Oui, c’est possible.

Malheureusement, il y a trop de passages à vide dans ce roman, trop de longueurs afin de présenter les personnages et de les placer dans leurs décors, leur boulot, leur vie.

La partie consacrée à l’autre côté de la frontière, à Tijuana, est hyper violente, sordide, donnant des sueurs froides avec les exécutions, les viols, la misère, la prostitution (pas toujours de son plein gré), les crimes, la drogue, les chantages, enlèvements et j’en oublie sans doute.

Fred Vargas est encore plus immonde que Mike. Non, je ne parle pas de l’auteure Fred Vargas mais de son homonyme, un flic mexicain violent et véreux qui adore faire chanter les américains friqués qui viennent avec Popaul visiter les petites femmes de Tijuana, dans tous les sens du terme. Et ça ne chante pas à The Voice !

Impossible pour moi de m’attacher à un personnage, si ce n’est cette pauvre Carmela qui est mal tombée avec son frangin libidineux et Mike Demon qui est un beau parleur, mais rien de plus.

Les ambiances sont poisseuses de sperme car ça baise à tous les étages, ça y pue la sueur, le sang, les morts, la corruption… L’auteur nous a mis la tête dedans et le goût restera coincé dans les narines, même à la fin de la lecture.

Malheureusement, trop de longs passages ennuyeux (ceci n’est que mon avis) que j’ai survolé tant je n’accrochais pas à ce roman noir, ce western survolté où la violence et le sexe se côtoient ad nauseum.

Pour la prostituée drôle, amusante et le loverboy sexy qui tient ses promesses avec un beau happy end sur une musique magique, choisissez Pretty Woman, une valeur sûre !

Une fois de plus, je dirai : au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°227 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 15].

 

 

Mala vida : Marc Fernandez

Titre :Mala vida

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Préludes (2015) / Le Livre de Poche (08/03/2017)

Résumé :
De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte.

Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence.

Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes.

Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique.

Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Quand un spécialiste du polar mêle petite et grande histoire sur fond de vendetta, le résultat détonne et secoue.

Marc Fernandez signe ici un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l’ère Franco, dont les stigmates sont encore visibles aujourd’hui. Un premier roman noir qui se lit comme un règlement de comptes avec la côté le plus obscur de l’Espagne.

Critique :
Si je devais qualifier ce roman en peu de mot, je dirais qu’il est glaçant et addictif.

L’Espagne se réveille avec la gueule de bois car la Droite Dure a gagné les élections et remis la Gauche Molle dans les cordes.

L’AMP est au pouvoir et ici, ça ne signifie pas Agence et Messagerie de la Presse.

On entre dans une ère sombre car les nostalgiques de Franco sont toujours là et prêt à faire revivre les grandes heures du caudillo.

Les peuples ont toujours la mémoire courte ou alors, ils ne retiennent jamais que le « bon » côté de la chose, comme cette dame d’origine espagnole qui me dit, un jour, qu’au moins, sous Franco, personne n’aurait osé te voler ta bouteille de lait sur ton perron.

Les morts apprécieront, les disparus encore plus, quand aux torturés, ça leur fera une belle jambe de savoir qu’on n’aurait jamais osé leur piquer leur bouteille de lait. Quand je vous dis que certains ont la mémoire courte (et les idées encore plus rabotées).

Un qui n’a pas la mémoire courte, ni sa langue en poche, c’est Diego Martín, journaliste à Radio Uno qui aime piquer là où il faut, profitant de son émission pour égratigner le pouvoir en place et parler des injustices commises. Il a des cojones et préfère enquêter longuement afin d’être sûr de son info que de sauter directement dessus, comme le font les médias de nos jours.

Ceci est un roman policier noir et politique où le nom de l’assassin est connu directement. Pas besoin de chercher si c’est le colonel Moutarde ou le professeur Olive qui a assassiné l’élu de Droite, on a directement son prénom et ensuite, on fait le lien entre l’assassin et un personnage qui entre en scène.

Il nous manque juste le mobile, mais puisque les assassinés ont tout de la crapule, personne ne les pleurera. Quant au mobile, sans avoir fait des hautes études en science criminelle, on le trouvera assez vite, en déduisant sans se faire mal aux neurones.

En fait, dans ce roman, ce n’est pas vraiment l’identité de l’assassin qui nous importe mais l’autre enquête, celle sur les bébés volés et vendus à d’autres parents, des braves gens qui n’avaient rien de Rouge ou d’opposants au régime…

Choquant et révoltant de se dire que des êtres humains (??) ont trouvé cette idée brillante et que ce ne fut pas quelques bébés qui furent volés mais des milliers, la loi d’amnistie faite après le décès de Franco ayant enterré ces dossiers brûlants et rendu le sujet hautement tabou.

Et moi qui pensais qu’il n’y avait eu ce genre de pratiques horribles qu’en Argentine… Djézus, je dois encore avoir un fond de petite fille naïve, il était plus que temps de me coller deux baffes et de m’expliquer violemment que ces horreurs avaient eu lieu aussi en Espagne, sous Franco et après Franco… Froid dans le dos, je vous dis.

Un journaliste qui a des cojones, un procureur qui en a aussi et Ana, une ancienne prostituée transsexuelle devenue détective privée (qui a en a eu avant). Un trio couillu, qui marche bien ensemble, sorte de groupe d’incorruptibles, dont Ana est le personnage le plus attachant.

Le roman est captivant, difficile à lâcher, tout en étant glaçant. L’auteur nous livre une enquête bien ficelée, prenante, historique, bien documentée

Mon seul petit bémol sera pour la personne qui assassine, pas super crédible dans son rôle (personnage trop parfait), mais comme je vous l’ai dit, la résolution des crimes est accessoire, elle ne sert qu’à lancer Le sujet puisque ce sera une passerelle entre les affaires de meurtres et les enfants volés.

Le comportement du journaliste, Diego Martín, m’a surprise à la fin. Que l’identité de l’assassin lui fasse un coup, je peux comprendre, mais c’est lui qui avait lancé cette théorie, les flics étant toujours dans le noir total. Par contre, qu’il nous la joue boudeur, choqué, horrifié, là, je tique un peu, même si se faire justice sois-même est interdit et dangereux, sa réaction est anormale. Mais bon…

Un voyage glaçant sur les flots houleux des quartiers madrilènes, dans une Espagne qui a mis la barre sur Tribord dure (droite), avec les nostalgiques de Franco qui hissent les voiles pendant que ceux qui sont à voile et à vapeur serrent les fesses, dans cette galère où tout ce qui n’est pas « espagnol catho pur » est jeté par-dessus bord.

Et puisqu’un jour, un capitaine a décidé qu’il fallait amnistier tous les coupables qui ont profité de la dictature, afin de repartir sur le bon pied, il est clair que sortir une affaire aussi explosive des cales poussiéreuses de l’Histoire, ça risque d’amener des mutineries.

Un super roman policier, plus que noir que policier, glaçant. Une leçon d’Histoire afin de ne pas oublier (ou d’apprendre), le tout porté par des personnages sommes toute un peu stéréotypés (sorte de Chevaliers Blancs) mais attachants.

♫ Tu me estas dando mala vida
yo pronto me voy a escapar ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°224 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 12].

Tu mourras moins bête – Tome 4 – Professeur Moustache étale sa science ! : Marion Montaigne

Titre : Tu mourras moins bête – Tome 4 – Professeur Moustache étale sa science !

Scénariste : Marion Montaigne
Dessinateur : Marion Montaigne

Édition : Delcourt (09/09/2015)

Résumé :
Des sujets aussi variés que l’espace, la pâtée pour chien ou la vitesse de chute de Gandalf ! Mais aussi, des notes made in prof Moustache sur les absurdités cinématographiques ou bibliques.

À quoi ressemblerait Interstellar si c’était un film réaliste ? Peut-on survivre comme Jonas, dans un estomac géant ?

Pourquoi Dark Vador est-il si méchant ?! Réponses dans ce tome 4 explosif !

Critique :
Monsieur le Juge, je vous le jure, je me suis couchée moins bête et je mourrai moins bête aussi, sauf si j’ai Alzheimer et que j’oublie tout au moment de casser ma pipe.

Dommage, j’aurais eu de quoi faire rire les occupants du boulevard des allongés (©Frédéric Dard).

M’en fiche, tiens, je viens de me marrer un bon coup en découvrant pour la première fois cette bédé de vulgarisation scientifique.

Mais pas que de la science !

Le livre nous parle aussi des films et de leurs incohérences (je ne verrai plus la scène avec le Balrog de la même manière), des dinosaures et j’en passe (mon dieu, déjà Alzheimer !).

Deveniez ce qui m’a fait le plus rire ? Les pages sur les flatulences (j’ai 6 ans d’âge mental, moi) et celle sur la reproduction des dinosaures. Le scatologique et le phallique. Je n’ai pas dépassé ces stades là. Freud, si tu m’entends, reste où tu es !

Attention, je me suis bien amusée aussi avec la vie de merde de Darth Vader, avec la rentabilité des vols spatiaux, le film Interstellar, le voyage temporel, les pâtées pour chiens et Jonas dans le ventre de la baleine.

C’est bien fichu, c’est drôle, amusant, même si les dessins ne sont pas des œuvres d’art, mais ils ne m’ont pas fait pleurer les yeux.

Quand aux dialogues, je me suis bidonnée avec les petits détails, les répliques ou les pensées des autres personnages qui gravitent autour du professeur Moustache.

Une tablette de chocolat à savourer sans modération car ça ne fait pas grossir et le rire est bon pour la santé.