Block 46 : Johana Gustawsson

Titre : Block 46

Auteur : Johana Gustawsson
Édition : Bragelonne (23/10/2015)

Résumé :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Critique :
Cela faisait quelques temps que ce roman traînait sur mes étagères, comme des tas d’autres, mais Yvan a su se montrer persuasif pour que je le sorte de suite de ma terrible PAL (avec des menaces, oui – MDR).

Un thriller qui mélange des scènes de crimes sorties toutes droit du cerveau dérangé d’un serial killer et des scènes tirées du camp de concentration de Buchenwald, ça ne court pas les rues.

Le mélange est osé, fallait-il encore que la sauce prenne ! Que ce mélange des deux donne une symphonie sans couacs ou fausses notes qui déchireraient les tympans.

Avant tout, je signale aux âmes sensibles qu’elles peuvent lire ma chronique, mais peut-être pas le roman… Sauf si elles veulent défaillir !

Autant j’ai aimé la justesse des récits dans le camp de concentration (l’auteur, sans édulcorer le récit, ne sombre pas dans du gore gratuit), autant j’ai aimé les scènes de crimes bien gores, elles, autant j’ai eu du mal avec les personnages féminins que sont Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, et Emily Roy, la profileuse.

Oui, au départ, je ne les sentais pas… Aucune empathie pour elles, ni pour Emily qui avait tout d’une frofileuse dure et antipathique, ni pour Alexis qui avait le passé de Stéphane Bourgoin en version féminine (son compagnon tué par un serial killer et elle qui écrit des livres sur eux) et à laquelle je n’accrochais vraiment pas.

Ça commençait mal entre nous… Mais je ne suis pas du genre à baisser les bras pour si peu et bien m’en pris parce que j’ai appris à apprécier les personnages féminins au fur et à mesure de ma lecture  !

L’écriture est agréable, facile à lire, sans fioritures, elle coule toute seule et une fois qu’on est entré dans le roman, on n’a plus envie de le lâcher, à tel point que j’ai lu dans mon lit avant de m’endormir (chose que je fais JAMAIS), à la lampe de poche pour ne pas déranger Chouchou.

Nom de dieu, on peut dire que l’auteur a su jouer avec mes nerfs et me pondant une enquête addictive et où je me suis prise quelques coups dans le plexus. Et j’adore ça.

Comme je le disais, si les personnages féminins ne m’emballaient pas tant que ça au départ, les personnages masculins, eux, oui car je les trouvais plus réalistes, surtout le flic macho et crétin congénital. Un réussite, celui-là, du genre qu’on aurait envie d’encastrer dans le mur.

L’auteur a su jouer avec mes nerfs, le suspense, le mystère, le glauque, le sang, les cadavres et le récit d’un rescapé de Buchenwald et au final, la symphonie était réussie.

De plus, même si certains passages sont durs, éprouvants, horribles car ils ont traits à ce que l’Homme a de plus sombre en lui, jamais l’auteur ne sombrera dans le glauque gratuit. Ce qu’elle nous raconte est véridique (Buchenwald) et fait toujours aussi froid dans le dos (sauf pour les nazis nostalgiques, bien entendu).

Un thriller au mélange étonnant mais réussi, une symphonie sur l’Homme qui, dans le pire, reste incontestablement le meilleur ! Hélas…

PS : ce roman se déroulant pour moitié à Londres et pour l’autre en Suède, je couvre plusieurs challenges littéraires, ce qui double mon plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

Les Vieux Fourneaux – Tomes 1 – 2 – 3 : Wilfrid Lupano & Paul Cauuet

Titre : Les Vieux Fourneaux – Tomes 1 – 2 – 3

  • Tome 1 – Ceux qui restent (2014)
  • Tome 2 – Bonny and Pierrot (2014)
  • Tome 3 – Celui qui part (2015)

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Cauuet

Édition : Dargaud

Résumé :
Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance: Antoine, Emile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille.

Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées. Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps.

Les Vieux Fourneaux, à travers dʼincessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

vieux-fourneaux-autre_232992Critique :
Après quelques romans noirs sur les truands, la prohibition ou la Grande Dépression, il me faut de quoi me remonter le moral… Après avoir vu les infos aussi !

— Quand on fait fortune en fabriquant des anti-dépresseurs , forcément , un monde de merde , ça fait rêver.

Pour cela, j’ai un bon plan : « Les vieux fourneaux » de Wilfrid Lupano, celui-là même qui m’avait déjà bien fait rire avec « L’ Homme qui n’aimait pas les armes à feu ».

Vieillir tue ! On ne nous le dit pas assez… Et vieillir con, aussi.

— Tu comptes faire chier le monde encore longtemps ?
— Le plus longtemps possible, oui. Qu’est ce que tu veux faire d’autre ? À nos âges, il n’y a plus guère que le système qu’on peut encore besogner. Du coup, ma libido s’est reportée sur la subversion. C’est ça ou moisir du bulbe.

Mais il ne sera pas dit que nos trois p’tits vieux ont l’intention de vieillir con, surtout pas Pierrot qui, avec son collectif « Ni yeux, ni maîtres » est déjà un sacré militant et un fouteur de bordel aux congrès de l’UMP ou autre parti politique français.

— Des non-voyants anarchistes ! « Ni yeux ni maître », qu’on s’appelle ! On fait du terrorisme situationnel. C’est bidonnant. On s’incruste dans les réceptions, les soirées branchées, les cocktails, les réunions politiques, et pis on fout le boxon. Que des handicapés et des vieux méchants comme des teignes ! Le cauchemar des services d’ordre. S’ils nous touchent, on porte plainte, on demande des dommages et intérêts, ça arrondit les fins de mois.

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Ces trois tomes, je les ai cherché longtemps, une fois que je les ai eu enfin en main à la bibli, je ne les ai plus lâché et je me suis plongée dans les tribulations de ces trois septuagénaires, ces trois amis d’enfance- Pierrot, Mimile et Antoine – qui se retrouvent à l’occasion de l’enterrement de Lucette, l’épouse d’Antoine.

L’occasion de se remémorer des bons souvenirs entre amis !

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Le style est avant tout drôle, caustique, sarcastique, ironique et qui pique juste là où il faut, dénonçant notre société de consommation, les gros industriels qui se foutent de tout – la Nature, l’Humain – la connerie humaine et notre génération qui a tout foutu en l’air et qui continue, droit dans le mur…

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— Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulet élevés en batterie chaque année dans le monde, et les gens crèvent de faim ! Historiquement, vous… VOUS ÊTES LA PIRE GÉNÉRATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ ! Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez HYPER vieux !

Un pied dans le présent et des retours en arrière pour nous expliquer un peu le passé de ces drôles de zigs qui n’ont pas toujours été droit dans leurs bottes…

J’ai adoré les actions folles réalisées par tout un groupe de vieux qui sont bien déterminés, avant de partir pour le terminus de Saint-Pierre, de dénoncer certains faits ici-bas, le tout avec un style bien à eu, avec des hackeurs, des aveugles et un des leur qui peut se transformer en Human Bomb et péter sur commande. Effet garantit au prochain meeting des Républicains !

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Ça grince des dents, mais cela reste avant tout une comédie, on est en plein dans la lutte des classes, dans le choc des générations, dans le social, les syndicats, la chute de notre société et des activistes en déambulateur.

Les dialogues sont à déguster dans modération, à relire plus lentement pour les savourer une fois de plus, tout en se marrant allégrement.

— J’aurais préféré le tuer à coups de pied, mais avec mon arthrite…

— Qu’est-ce que tu viens faire ici ? T’es sur une propriété privée !
— M’emmerde pas, c’est pour les bêtes que je suis là.
— Fous-moi le camp, je te dis ! Mes bêtes elles préfèrent crever que de voir ta tronche !
— Ben, puisque t’as l’air d’être le chef du troupeau, t’as qu’à leur montrer l’exemple !

Niveau dessins, faut les savourer aussi, surtout les mimiques de nos gars… Le diable se cache dans les détails, c’est bien connu.

Une saga politiquement incorrecte, des vieux qui n’ont rien à perdre, rien à foutre de ce que l’on pense d’eux, ils n’ont pas peur de se faire arrêter par des flics, de conduire comme des manches, ou de se taper un road-movie jusqu’en Toscane pour laver un affront…

— Dis, tu vas klaxonner et faire des appels de phare tout le long comme ça ?
— Oui, j’ai remarqué que les gens sont plus attentifs quand je fais ça.

— Pfffiou ! Dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. À nos âges on devrait être dispensés.

Le tout en demandant à Sophie, la petite-fille préférée d’Antoine, de les conduire jusque là, alors qu’elle est enceinte jusqu’au dents !

— Il faut faire des enfants, c’est merveilleux, les enfants…
— Un beau petit qui va avoir une belle vie.
— Ou pas.
— Comment ça, ou pas ?
— Je sais pas, vous le trouvez si merveilleux, vous le monde ? C’est bien les vieux, ça.
— Ben… Sophie…
— Quoi, c’est vrai ! Vous autres, les vieux, vous êtes toujours là à vous extasier devant les enfants ! « Et qu’il est mignon, et gnagnagna ! » Vous feriez mieux de vous excuser, ouais ! Regardez autour de vous ! Vous nous laissez un monde tout pourri, vous avez tout salopé, et ensuite vous venez souhaiter bon courage aux locataires suivants ! Vous manquez pas d’air !

Et puis, de temps en temps, c’est eux qui s’en prennent plein la tronche par Sophie qui déterrera un vieux secret peu reluisant sur nos petits vieux préférés.

— J’ai déjà eu honte, dans ma vie, comme ça, en amateur, mais depuis deux jours, j’ai vraiment l’impression d’être passé professionnel.

— Des fois, j’ai envie de vous frapper, les vieux, quand je vois votre bilan. Faut pas vous étonner s’il y a plus de respect pour les anciens, hein…

Je m’en vais militer pour un 4ème tome, moi !

—  Mais lâchez-moi !
—  Michel, amène le taser.
—  NAZIIIS !
—  N’en fais pas trop, va ! T’as pas la tenue adéquate.*
—  Y a pas de tenue pour s’indigner !
[* déguisé en abeille]

Pierrot : « Tu sais ce que je crois ?
Antoine : Non…
Pierrot : Je pense que le monde ne nous mérite pas ! A nous deux, c’est bien simple, on fait trembler les puissants, et on relance l’économie ! Et encore, on n’est pas chauds, il est même pas onze heures !
Antoine : Et Mimile n’est même pas là ! »

Étoile 4,5

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Fables – Tome 22 – Et ils vécurent heureux : Bill Willingham & Mark Buckingham

 

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Titre : Fables – Tome 22 – Et ils vécurent heureux 

(EDIT : Tome 24 dans  l’ancienne collection !!)

Scénariste : Bill Willingham
Dessinateur : Mark Buckingham

Édition : Urban Comics Éditions (20/11/2015)

Résumé :
Si Blanche Neige connu un jour l’harmonie au sein de sa famille, force est de constater que cette époque est depuis bien longtemps révolue.

Après avoir affronté et triomphé de nombreux adversaires, c’est aujourd’hui au sein même de leur communauté que les fables doivent choisir leur camp.

Blanche et sa soeur Rose sont sur le point d’engager une guerre sans précédent dont le Royaume risque de ne pas se relever.

fables-tome-24-plancheCritique :
Avec pareil titre, j’avais lieu d’espérer que nos Fables en avaient fini avec les jours sombres et qu’ils allaient tous aller à la Costa Del Sol, siroter des mojitos et mettre leurs doigts de pieds en éventail…

C’est vrai, quoi ! L’Adversaire est défait, vaincu, les Royaumes ont retrouvés leur liberté, ont aurait déjà pu penser qu’ils allaient tous se la couler douce…

Que nenni ! Le scénariste, crapuleux, leur a sorti un Mister Dark bien sombre, un Méchant bien typé qui allait les empêcher de piquer une sieste au bord de la piscine.

Bon, on le remballe d’où il vient et ensuite on peut commencer à aller pilonner des citrons verts pour les mojitos ? Non, on ne peut pas… L’ex-mari de Blanche-Neige est revenu et a foutu le bordel. Et pas que lui…

Maintenant, c’est pire et c’est rappé pour les cocktails au bord de la piscine car le danger vient de l’intérieur et c’est pas aujourd’hui qu’on pourra se la couler douce dans cette série.

Je vous avais déjà parlé des personnages, bien travaillés et susceptible d’évoluer, de mourir, de passer de pleutre ou chiant à courageux et intéressant, d’avoir un grand rôle à jouer alors qu’on ne le pensait pas, et surtout, de passer de sympa à salope perfide.

Pourtant, ce tome est l’avant-dernier de la série et dans le suivant, la messe sera dite et je pourrai reprendre une vie normale, si tant est que cela est possible après avoir découvert une série aussi excellente que celle-là !

Originalité de l’album, chaque chapitre se termine par une histoire courte intitulée « la dernière histoire de… » et nous avons trois intrigues qui se mettent en branle dans cet avant-dernier opus : Brandish qui la joue salaud, comme d’habitude, un monstre qui rôde dans les rues de New-York et la découverte, bouche bée, de l’héritage maudit de Rose Rouge et de sa soeur, Blanche-Neige.

Je tremble à l’idée d’entamer le dernier chapitre, celui qui parlera sans doute de la lutte finale, de la lutte filiale (et pas Fillon) car ici, personne n’est payée à rien foutre et à pas être là, même si je pense que certains aimeraient se trouver à des lieues de l’affrontement final.

Quant au reste, la mise en scénario des personnages des Fables est toujours au top, réaliste et les auteurs nous offrent aussi des tas de clins d’œil à d’autres contes, comme un oiseau tournant autour d’une jeune fille qui n’est pas celle coincée avec des nains lubriques, un criquet qui n’est pas avec son Pinocchio et une sorte d’ogre s’apprêtant à découper un enfant sans défense.

Je tremble d’impatience de lire le dernier et je tremble de peur à l’idée de qui les auteurs pourraient encore nous dézinguer, car à l’instar de G.R.R Martin, ils n’hésitent pas à renvoyer aux pays du sommeil définitif certains Fables adorés.

Il va sans dire qu’ils me manqueront tous et que j’aurai du mal à me remettre de la fin de cette série qui m’a enchanté du début jusqu’à maintenant…

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Le Mois du polar 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (200 pages).

 

Les infâmes : Jax Miller [LC avec Stelphique]

infames-les-jax-millerTitre : Les infâmes

Auteur : Jax Miller
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

SKULL - Game OverCritique :
Quand noir c’est noir et qu’il te reste même plus l’espoir, moi j’ai du mal à croire au gris de l’ennui…

Ami lecteur, si tu veux du bonheur, n’ouvre pas ce roman, il est rempli de noir, de désespoir, de violence et d’alcool pour aider à oublier le gris de la vie, de vies de merde et tout ce qui fait que la vie est vraiment pourrie pour certains.

Freedom Olivier à décroché le gros lot à la loterie merdique de la vie : de jeune fille bien qui a terminé ses études major de sa promotion, là voilà serveuse dans un bouge infâme pour motards roulant les mécaniques et éclusant l’alcool comme d’autres boivent de la flotte.

Freddom, tu t’en doutes, ce n’est pas son vrai nom. Le programme de protection des témoins lui a changé et elle a choisi celui-là, tu sauras plus tard pourquoi. Mais quand je te dis que sa vie est pourrie de misère, d’envie de suicide et d’alcool, je suis encore gentille. Sa vie est une horreur depuis de nombreuses années.

D’entrée de jeu, Freedom frappe fort puisqu’elle se présente et qu’elle t’envoie dans les gencives un uppercut maousse kosto « J’ai tué ma fille ».

Comment tu veux arriver à apprécier un personnage principal qui te balance ça dans les incisives ? Et bien, en vérité je te le dis, Freedom Oliver, tu vas l’apprécier, même dans ses délires de femme bourrée, même dans son côté borderline, dans tout, tu vas apprécier cette bonne femme qui a été brisée par la vie, mais surtout, par des êtres humains et des mauvais choix.

Après, pour elle, tout est parti en couille.

De toute façon, quand tu vois les personnages qui hantent ces pages, tu te dis que Freedom Oliver, c’est un ange, un agneau, comparée à certains, dont ses beaux-frères qui  n’ont de beaux et de frères que le nom. Quant à la mère de ces bâtards, l’espèce de grosse truie de 300 kg, on se surprend à avoir envie qu’elle s’étrangle avec son cubi de vin.

Que du sombre dans ces pages, que du désespoir, des vies de merde, et pourtant, dans le fond de ce putain de tunnel sans fin, tout au bout, brille une loupiote : l’espoir qui a réussi à se faufiler dans toute cette noircitude (néologisme offert en cadeau).

Un roman noir, très noir, où trainent en effet des paumés magnifiques, des flics indélicats et véreux, des dégénérés de mecs et, pire que tout ça, un dangereux fanatique religieux qui a tourné les Écritures dans son sens… À se demander si le plus pire ce n’est pas Virgil Paul, le prédicateur qui dit que Dieu lui parle.

Freedom va devoir accomplir un putain de dangereux périple pour retrouver ses enfants qui sont adultes… Ses enfants qu’elle a dû abandonner. Une véritable odyssée sans véritables héros pour l’aider..

Et toi, pauvre lecteur, tu la suivras dans son périple fou, dans son odyssée flamboyante, dans sa quête, dans son envie de rédemption, dans sa rage de mère qui ne veut que la vengeance.

Tu la suivras dans ses combats, tu prieras pour qu’elle y arrive, tu remercieras l’auteur d’avoir pensé à lui envoyer des gens pour l’aider dans sa tâche et à la fin, tu poseras le livre, secoué, laminé, mais avec cette lueur d’espoir qui brillera aux fonds de tes yeux.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi :
Ce livre nous tentait depuis sa sortie avec ma chère binôme, mais faute de temps, et toujours plus de tentations livresques chaque jour passant, on ne lui a pas trouvé une place avant, dans notre planning….Réparation faite… 😉

Synopsis :
Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère.

En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky. Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux, son périple tourne à l’odyssée.

Ce que j’ai ressenti :… Une fureur contagieuse…
Freedom… Sentez un peu ce brin de liberté dans votre face… Ah, mais vous allez me dire qu’il y a un certain relent de vapeur nauséabonde, et je vous répondrai « mais à quoi tu t’attendais avec un titre pareil ??!!!!

Exit la féérie, bienvenue au Kentucky ! Une plongée spectaculaire dans les bas-fond de la nature humaine, et prends toi un bon verre pour accompagner le tout, c’est un sacré rodéo d’émotions fortes qui t’attend en ouvrant ses pages….

– Est-ce qu’il y a encore des gens normaux ?

Les infâmes : mais que de promesses tenues avec ce titre évocateur… Ils ont tous un grain, sont tous difficilement appréciables et forcement tous un peu bourrés, voire sacrement barrés…. Pas vraiment une ballade calme en ces lieux perdus de l’Oregon, ni de rencontres charmantes sont au programme…

Infamies, affamés, fin fanatique, forme fatale de folie : un bien sombre panorama de l’Amérique profonde… Jax Miller nous fait un tour d’horizon sociétal américain avec une certaine fureur, un grand talent, et une belle dose d’humour noir, et on comprend ce titre gagné pour ce premier roman dynamique et déjanté !

– Je bois pas d’eau . Les poissons baisent dedans.

S’il est évident qu’on ne se prend pas beaucoup d’affection de prime abord avec cette dame (cf, le prologue bien frappé ), avec le temps, j’ai été souvent fan de ses répliques, et je me suis attachée à ce bout de femme, qui décide d’avancer coûte que coûte, au mépris des lois, du danger, ou de la raison…

L’auteure ne prend pas le parti de créer une simple intrigue policière avec un enquêteur plus ou moins lisse, non, elle envoie une mère folle furieuse, complètement désaxée, et avec cet instinct presque animal de protéger sa progéniture dans un road-trip qui vous retourne à peu près chaque particule de votre corps et de votre esprit !

Et avec sa détermination, on la suit dans ses dangereuses péripéties, sur sa moto, bravant même l’univers pour retrouver sa fille, et même si le voyage est une horreur de tension et d’angoisse pour Freedom, nous, pauvres lecteurs, on se laisse prendre par ce roman d’une noirceur infamante, avec cette plume impertinente…

Un régal à lire !!!

« Tout ce que je sais, c’est qu’il faut que je reste en mouvement; que je bouge. Sinon, je sauterai. Je m’écraserai. Je mourrai. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 9/10

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Les infâmes : Jax Miller [LC avec Stelphique – Intro]

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— Que va-t-on lire ce mois-ci, Stelphique ?

— Figure-toi que j’avais pensé à lire « Les Infâmes », cela fait assez longtemps qu’il traine sur nos étagères, non ?

— Les Infâmes ? Un livre qui parle de personnages politiques tels Mickey Trump, Georges Doubleiou, Vlad Pout-In, Vachar Alassad, Nabot de Jardin, Flamby Pays-Bas, et j’en oublie des tas ? Ou de société horrible telle Monsanto ? Oh, j’y suis, des grands criminels ?? Le Moustachu moche et boche ou l’autre moustachu moche et russe, Napo Léon…

— Stop, Belette, arrête, tu n’auras pas assez de ta page de blog pour tous les citer… Non, non, ce livre ne parle pas de politique mais d’une mère qui, dès la première phrase du roman, te balance dans la gueule (pardon pour le vilain mot que je place dans la bouche de ma Binômette Stelphique) : « Je m’appelle Freedom Oliver et j’ai tué ma fille ».

— Waw, rien que ça ! Putain (là c’est moi qui le dit vraiment), ça va être coton pour nous faire apprécier ce personnage !!

— Yvan a dit que « Parfois, dans la flopée de romans noirs publiés, surgit une lumière ». Attends si il le dit !

— Oui, mais il ajoute « Une lumière noire qui fait ressortir en fluorescence l’âme même des personnages. Une lumière comme un réactif qui révèle les défauts du monde (et sa beauté cachée, parfois) ». Bordel de cul (oups), comment va-t-on arriver à dire mieux que lui ???

— Difficile, mais on va essayer… Déjà, au lieu de causer, faudrait peut-être commencer à le lire !

— Lire qui ? Yvan ? Mais je le lis déjà !

— Mais non bête fille (je sais, Stelphique ne dirait jamais ça), lire le roman « Les Infâmes » !!

— Attends, je devrais pas, mais j’ai envie de lire certaines des critiques de mes potes Babeliottes ! Tiens, Eric75, un fan de Sherlock Holmes aussi, en dit « une histoire pleine de niaque et de fureur avec une grande maîtrise des parcours parallèles qui s’entrecroisent, et entraîne son lecteur dans un road trip échevelé, entre Oregon et Kentucky ». Mais il parle aussi de personnages stéréotypés et de situations prévisibles !

— Certes, mais Eric75 ajoute qu’il ne faut pas bouder son plaisir !!! Non, ne lis pas celle de Lehane-Fan, tu vas encore te bidonner comme une malade… Trop tard, ma binômette est en train de se marrer comme une dingue… Puisque c’est comme ça, moi je commence à lire le livre et à vous revoir pour les impressions de lecture et notre chronique ! Bon, Belette, tu ramènes tes fesses oui ou merde ??? (Pardon à Stelphique, je place dans sa bouche de fée des mots qu’elle ne dirait jamais, mais puisque je suis à l’écriture, tout m’est permis – Mhouhahahhaha).

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Transmetropolitan – Année Quatre – Tome 4 : Warren Ellis & Darick Robertson

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Titre : Transmetropolitan – Année Quatre – Tome 4

Scénariste : Warren Ellis
Dessinateur : Darick Robertson

Édition : Vertigo Essentiels (2015)

Résumé :
Avoir pour adversaire les deux tiers de la Ville n’est pas chose nouvelle pour le reporter hors-la-loi Spider Jerusalem. Ceci dit, avoir pour ennemi principal le président des États-Unis est une tout autre histoire, surtout lorsque celui-ci est plus enragé qu’un serpent à sonnette sous amphet’.

Le temps est donc compté pour Spider et ses loyales (et sordides) assistantes, forcés de se cacher et de mener leur guérilla journalistique via des méthodes plus discrètes. Mais le danger est aussi là où on ne l’attend pas, et Spider risque fort d’en faire les frais.

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Quelque chose cloche. Je le sens dans mon testicule gauche, celui où un franc-maçon a planté un clou.

Mais non, il ne m’est pas poussé une paire de couilles durant la nuit ! Ce n’est pas moi qui ai dit ça, mais Spider Jerusalem, bande de moules, va !

Spider Jerusalem, notre ami journaliste totalement barré… Souvenez-vous que la fois dernière, nous l’avions laissé en bien fâcheuse posture…

Notre journaliste gonzo préféré avait été censuré lors de la parution d’un de ses articles et le journal pour lequel il travaillait l’avait licencié.

Why ? Ce salopard de nouveau président, celui que l’on surnomme le Sourire, vient juste de durcir sa politique concernant les médias et il en a tout particulièrement après Spider. Le voici sans médias pour publier ses articles.

Comment le héros va-t-il réagir ?

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Rien à redire, les auteurs sont toujours aussi barré, que ce soit aux dessins ou au scénario. Spider, quant à lui, ne déroge pas à la règle et il est véritablement déchaîné (plus que d’habitude encore).

C’est toujours aussi cynique, sarcastique, trash, cinglant et on explore toujours les sujets qui dérangent avec, cette fois-ci : le contrôle des médias par le pouvoir politique, les manipulations obscures, les assassinats commandités, la prostitution infantile, la misère, les magouilles politiques…

Bien que ce soient des sujets souvent abordés dans la saga, Warren Ellis ne sombre pas dans la redite et parvient sans problème à se renouveler, le tout sans répéter les épisodes précédents.

La guerre entre Spider et le président est déclarée et il n’est pas encore né celui qui empêchera notre journaliste de publier ses articles ! Il y a des canaux sur le côté, des pirates, et notre ami fumeur, buveur, drogué et speedé va devenir une sorte de croisement entre un blogueur et un Anonymous.

La pression est sur les épaule de Spider, ses sordides assistantes sont là pour l’épauler et on en apprend un petit peu plus sur elles, surtout sur Yelena. Et puis, notre Spider sera mis quelques fois en position dangereuse… et finira presque en enfer, là où il n’y a pas de cigarettes.

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J’ai apprécié aussi ce tome 4, comme tout la série jusqu’à présent. Certes, ça cause de politique, mais les auteurs le font bien, ils frappent sous la ceinture, ils sont justes, même s’ils utilisent le mode un peu punk et trash pour le dire.

La société futuriste qu’ils décrivent n’est tout compte fait pas si éloignée que ça de la nôtre, hormis pour les mélanges entre les humain et les petits gris préférés de l’agent Mulder.

Spider vit dans  un monde égoïste, où l’on se moque de la nature, des droits des minorités, des droits des gens et où le peuple ne demande qu’une chose Panem et circenses. Pour le reste, ce sont des moutons qui ne contrôlent pas les actes des gens pour lesquels ils ont voté et qui préfèrent lire les actus people que les actus réalistes.

Je me suis retrouvée frustrée quand fut venu le moment de refermer le livre : hé, attendez les mecs, vous allez pas me laisser poireauter de la sorte avec un final pareil ?? Non, mais, je fais quoi, moi, si je ne trouve pas le tome 5 tout de suite ??

Encore un tome réussi qui me fait monter mon rythme cardiaque et si ça continue, je vais terminer chez le cardiologue, moi !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule. Participait aussi au RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires (296 pages).

BILAN LECTURE - Veux la suite t'excites pas

 

 

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Un flair infaillible pour le crime : Ann Granger

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Titre : Un flair infaillible pour le crime

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (2015)

Résumé :
Quand Thomas Tapley, un des voisins de Benjamin Ross, est retrouvé mort dans son salon, l’inspecteur de Scotland Yard se rue sur la scène de crime. Tapley est revenu récemment de l’étranger et peu de choses sont connues à son sujet.

Quand son cousin, Jonathan Tapley, conseiller de la Reine, se présente, la vérité au sujet de son passé tragique remonte doucement à la surface. Benjamin et Lizzie découvrent que plus d’une personne pourrait tirer bénéfices de sa mort.

lizzie-martin-tome-4-un-flair-infaillible-pour-le-crime-676237-250-400Critique :
Lire les enquêtes de Lizzie Martin et de son policier de mari Ben Ross est toujours un plaisir, même si ce couple anglais a des airs de famille avec celui formé par Charlotte et Thomas Pitt !

Ici, nous sommes plus tôt dans la ligne du temps et à 20 ans des méfaits de Jack The Ripper, mais Londres est toujours Londres et elle est régulièrement sous smog, fog ou odeurs horribles flottant au-dessus de la Tamise.

Niveau ambiance, on est dans le top ! Manque plus que les odeurs, tiens, et ce serait plus que parfait. Enfin non, épargnez-nous les romans victoriens en odorama…

Thomas Tapley, voisin du couple Ross est un petit homme insignifiant qui fait sa petite ballade tous les matins. Il vit chichement, pourtant, sa quakeresse de logeuse n’a jamais eu à se plaindre d’un loyer en retard ou d’une demande de prêt d’argent.

Mais alors, pourquoi a-t-on tué cet homme insignifiant ? On ne lui a rien volé ! Il n’avait pas d’objets de valeur, en plus… Mystère et boule de gomme ! C’est à notre inspecteur Ben Ross d’enquêter, avec l’aide de sa femme, pour le plus grand énervement du Superintendant Dunn.

Ce 4ème opus est excellent ! J’ai aimé les ambiances, les dialogues, les petites choses apprises sur la ville de Londres, ses habitants, les mœurs et les places de chacun dans la société, le scandale ne devant pas éclabousser les gens importants, très chèèère.

La narration alternée entre Lizzie et son mari donne plus de peps au roman, puisque nous suivons chacun des deux personnages principaux aux travers de leurs pérégrinations, de leur enquêtes, de leur petite vie.

Bien souvent, quand on change de narrateur, l’auteur revient un court moment en arrière pour présenter ce que l’autre a fait pendant le premier vaquait à ses occupations, ce qui fait qu’on ratisse assez large et nous donne une lecture agréable, légère, une petite douceur pour l’heure du thé, dans ce monde de brute.

Si on pourrait avoir quelques soupçons sur l’identité du meurtrier, l’auteur s’amuse ensuite à brouiller les cartes et à rajouter du mystère dans le mystère, afin de nous tenir en haleine jusqu’au dernier moment.

Les personnages principaux sont travaillés, ils évoluent, les différents protagonistes concerné par l’enquête aussi, mais j’aurais aimé qu’on développe aussi un peu plus les autres policiers ou le chef de l’inspecteur Ross. Leur portrait est trop vite esquissé et j’aimerais en savoir plus sur eux.

Un roman policier historique qui se dévore en une journée, une enquête plaisante à suivre, des pistes que l’on se plait à explorer, des personnages attachants, du mystère, de la condition sociale, des secrets bien cachés que l’on se plait à déterrer…

Oui, j’ai vraiment pris mon pied avec ce 4ème opus ! Un peu de légèreté après une lecture sombre (Un cœur sombre de Ellory) et une autre qui le sera aussi.

Lire un roman de Ann Granger, c’est se plonger dans l’Angleterre victorienne. On le savoure avec a cup of tea, des scones, du cake, des muffins, des crumpets…

PS : et là se pose le problème de la cotation soulevé par Yvan : c’était super, mais bon, ce n’est pas un chef-d’œuvre littéraire non plus, donc, pas de 4 étoiles, mais un 3,5 étoiles avec un coup de cœur ! ♥♥♥♥

PS 2 : Dionysos, je vais faire gaver ce qu’on a parlé l’autre jour…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon; « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Victorien » chez Camille et le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires.

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La Colline des potences : Dorothy Marie Johnson

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Titre : La Colline des potences

Auteur : Dorothy Marie Johnson
Édition : Gallmeister (2015)

Résumé :
Les histoires de Dorothy Johnson dressent le tableau d’une époque où il n’était pas rare qu’un homme rentre d’une journée de chasse pour retrouver sa maison en flamme, sa femme et ses enfants disparus.

Ces histoires de captures et d’évasion, d’hommes et de femmes décidant de quitter la Frontière et de revenir au pays tandis d’autres font le choix de rester au milieu des tribus hostiles, mettent à nu l’Ouest américain du XIXe siècle avec une vivacité réjouissante.

Les nouvelles de Dorothy Johnson sont d’une vigueur et d’une sincérité hors du commun, car elles savent aussi bien épouser le point de vue de pionniers désireux de construire leur vie en territoire sauvage, que celui de guerriers sioux ou crow qui luttent désespérément pour préserver leur liberté.

colline-des-potences-aff-02-gCritique :
Tout les auteurs ne peuvent pas exceller comme Dorothy M. Johnson dans l’art de la nouvelle !

Elle, elle y arrive magistralement, nous donnant en peu de pages de la profondeur dans le scénario et dans les personnages, sans en faire trop, sans abuser des mots, avec une plume maniée au cordeau.

Certes, une fois parvenu au bout de la nouvelle, il en est qui ont un goût de trop peu parce que nous aurions bien continuer un bout de chemin avec les personnages magnifiques, mais puisque tout à une fin.

Ici, l’auteur de « Contrée indienne » nous propose 9 nouvelles et un court roman (ou une nouvelle plus longue ?) dénommé « La colline des potences » et qui donne le titre à l’ouvrage.

Si vous cherchez des ambiances western mais avec un côté plus profond qu’un western de gare, je vous conseille de lire ses deux recueils de nouvelles car nous sommes dans la haute gastronomie western !

Oublions les bagarre de saloon ou les duels dans la rue ou au milieu d’un cimetière, laissons de côté les merveilleuses musiques d’Enio Morricone et plongeons plutôt dans l’âme humaine des personnages et essayons de trouver le lumière dans toute cette sombritude (néologisme) qui habite les colons du Nouveau-Monde.

La place de la femme n’est pas facile dans ces contrées non loin de la fameuse Frontière, dans ces Territoires durs, hostiles, au climat qui n’a rien d’un pied-tendre… Sans l’homme, la femme aurait du mal à survivre, à garder sa réputation, mais l’inverse est vrai aussi et sans les femmes, les hommes ne seraient rien.

Celui qui aurait encore un doute le perdra en arrivant à la dernière nouvelle, la plus longue, celle qui donne le titre au roman et dont on en tira un film.

Oui, en peu de mots, avec une concision extrême, sans pour autant avoir une plume extraordinaire, l’auteur utilise les mots avec justesse, sans en faire trop dans les émotions et en nous donnant des descriptions au plus juste des conditions de vie de cette époque.

Conditions de vie qui se sont un peu améliorée depuis quelques années… Bien que ce ne soit toujours pas le Club Med, je vous rassure.

Alors oui, on peut sans aucun doute dire que Dorothy Johnson est une grande écrivaine de westerns, et qu’en plus, c’est une grande écrivaine tout court.

Un roman qui, telle une musique d’Enio Morricone, fait naître en toi des tas de frissons de plaisir. Alors, immerge-toi sans plus tarder dans l’univers de l’auteur car elle est au western ce que « La tour d’argent » est à la gastronomie : du haut de gamme (mais le roman coûte moins cher !).

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Cow-Boys coucher soleil CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Un assassinat de qualité : Ann Granger

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Titre : Un assassinat de qualité

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (2015)

Résumé :
Londres, 1867, le mal rôde dans les rues… alors que l’inspecteur Ben Ross de Scotland Yard rentre chez lui un samedi soir d’octobre, le fog tourbillonne et l’enveloppe comme une bête vivante.

Lorsque le brouillard se lève le lendemain matin, une femme gît assassinée dans Green Park. Allegra Benedict était la belle épouse italienne d’un marchand d’art de Piccadilly.

Alors que Ben commence son enquête, son épouse Lizzie – avec l’aide de leur bonne Bessie – se penche sur la vie privée d’Allegra et découvre plus d’une raison pour laquelle quelqu’un pourrait vouloir sa mort…

big-ben-smogCritique :
Londres est envahie par un brouillard dense, jaune : le smog !

Ce néologisme issu de l’anglais smoke, fumée et de fog, brouillard empêche la plupart des gens d’y voir à 50 centimètres et notre inspecteur benjamin Ross a bien du mal à se repérer sur le pont de Waterloo (morne plaine).

Ce qui devait arriver arriva, bardaf, ce fut l’embardée dans une prostituée échevelée (ça rime) qui a tout l’air de fuir quelque chose… Le spectre de la Tamise !

Fuyez pauvres prostituées, ce spectre vous cherche, posant ses doigts froids sur vos gorges chaudes et profondes…

Notre inspecteur n’était pas un lapereau de six semaines sait pertinemment bien que les spectres, ça n’existe pas ! Mais il tend tout de même l’oreille à cette ombre qui rôde et qui s’en prend aux prostituées, 21 ans avant le terrible Jack The Ripper !

Nouveauté dans ce troisième opus : Benjamin Ross et Elizabeth Martin sont mariés et les lecteurs n’ont même pas été invité à la noce. Ça, c’est pas bien !

Par contre, ce que j’ai aimé, c’est que cet opus mette plus en avant l’enquête de Ben Ross que celle de sa femme et que contrairement au tome 2, on ait une véritable enquête de police et pas une résolution qui tombe toute cuite dans le giron de notre Lizzie.

On plonge cette fois-ci dans un groupe où un pasteur assez joli môme nous prône la tempérance qui n’est pas, comme certains pourraient le croire, une nouvelle pratique sexuelle mais plutôt le fait de consommer les boissons alcoolisées, non pas avec modération, mais avec abstinence ! Là, j’en vois quelques uns qui sont horrifiés, déjà.

Et Bessie, la fidèle bonne des Ross fait partie de ce groupe d’illuminés, qui, bien que partant du constat réel que l’abus d’alcool fragilise encore plus les populations pauvres et qu’il faille les en détourner, en arrive à l’exagération avec l’interdiction même d’une bière en soupant après une rude journée de travail ! Hé ho, hein bon !

Un meurtre par strangulation dans un parc rempli de smog, une belle jeune fille italienne, un mari éploré et suspect, une dame de compagnie qui ne nous dit pas tout, une société qui prône la tempérance avec un peu trop de zèle et un pasteur trop beau que Lizzie regarde d’un œil torve.

L’enquête est bien menée, les fausses pistes nous font perdre la tête, surtout avec deux affaires distinctes et des meurtres de femmes dont on n’arrive pas à trouver le mobile.

Comme pour les autres tomes, les chapitres s’alternent avec les points de vue de Ben et de Lizzie qui, le soir devant le feu, mettront en commun leurs indices, leurs découvertes, leurs théories, leurs déductions et tout ce qu’ils auront besoin pour résoudre l’enquête.

Certes, on notera des grosses similitudes avec la série « Thomas et Charlotte Pitt », même si ici, on fréquente un peu moins la haute bourgeoisie puisque Lizzie n’en fait pas partie, que ce n’est pas tout à fait la même époque (20 ans plus tôt), mais l’auteur explore aussi la société victorienne, ses travers, ses problèmes…

Ici, on met en lumière cette société bourgeoise qui critique l’alcoolisme des pauvres, qui s’insurge des prostituées et de leur commerce du sexe (alors qu’on le sait, les bourgeois sont des cochons qui aiment s’encanailler avec les putes), une société qui se sent toute fière d’aider les plus démunis mais se fout pas mal des gens ou des enfants qui triment dans les usines de coton de Manchester…

Bref, nous sommes face au portrait d’une société anglaise hypocrite, bourrée de préjugés, qui hurle au scandale comme une vierge effarouchée pour tout et n’importe quoi, qui veut que l’on trouve le coupable du crime, mais qui ne veut surtout pas être dérangée par une enquête de ces rustres de policiers car ça risquerait de bouleverser leurs petites habitudes ou pire, d’exhumer des secrets pas très reluisants.

Plus que des hypocrites, j’ai croisé une cohorte de gens d’une mauvaise foi crasse.

Au final, c’est une série et une lecture plaisante, on ne se prend pas la tête, j’adore les romans qui ont pour cadre l’Angleterre victorienne et je trouve les personnages attachants.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Les Quatre Filles du docteur March : Louisa May Alcott

Les Quatre Filles du docteur March

Titre : Les Quatre Filles du docteur March – Little Woman

Scénariste : Louisa May Alcott
Dessinateur : Nev

Édition : Nobi Nobi ! (2015)

Résumé :
Une année, avec ses joies et ses peines, de la vie de Meg, Jo, Beth et Amy March, quatre sœurs âgées de onze à seize ans. Leur père absent – la guerre de Sécession fait rage et il est médecin dans l’armée nordiste -, elles aident leur mère à assumer les tâches quotidiennes.

Ce qu’elles font avec leur caractère bien différent : Meg, la romantique, qui va éprouver les émois d’un premier amour; Jo, qui ne se départit jamais d’un humour à toute épreuve; la généreuse Beth; la blonde Amy, enfin, qui se laisse aller parfois à une certaine vanité…

quatre_filles_docteur_march_page_3Critique :
Ce manga m’était tombé dessus par hasard et je m’étais suis dit que se faire un classique dans cette version pouvait n’en être que meilleure.

Je connaissais ces éditions pour avoir lu leur adaptation de Sherlock Holmes (dont je n’aimais pas le nez !).

Little Woman, dans la V.O raconte le destin croisés d’une famille de femmes : la mère et ses quatre fille qui attendent le retour du mari/père, médecin dans l’armée nordiste (aumônier dans la V.O).

Évidement, au premiers abords, on pourrait trouver le récit nunuche et pétri de bons sentiments avec ces 4 sœurs qui, dans un premier temps, voulaient s’offrir des cadeaux pour Noël, décident de mettre leurs économies en commun pour acheter des cadeaux à leur mère.

Nos quatre filles sont gentilles, bien élevées, serviables, aident les plus pauvres alors que leur père, ayant aidé un ami dans ses affaires s’est retrouvé entraîné dans une faillite et malgré tout ça, elles n’ont pas la haine.

Oui, le récit est très moralisateur car Jo sera punie d’avoir boudé sa petite soeur, Amy, toutes auront à payer le prix de ne pas avoir donné un coup de main à la tendre Beth, toutes se diront à un moment donné qu’on ne les y reprendra plus, mais au lieu d’être indigeste, le récit est agréable à lire car on s’attache vite aux filles, surtout à Jo, le garçon manqué.

Il y a de la tragédie aussi, dans ces pages, il faut bien un peu de drame, mais on ne sombre jamais dans le mélo et tout cela reste bon enfant puisque le but du jeu est de nous faire passer un message, moralisateur, certes, mais les messages sont souvent moralisateurs.

Les personnages sont bien détaillés et ne sont pas figés car Amy la petite peste peut devenir plus douce, Jo peut tenter de contrôler ses colères et le grand-père de Théodore « Laurie«  Laurence, leur voisin, peut aussi laisser entrevoir son cœur.

Il y a moyen de se retrouver dans un peu chacune des filles, pas une précisément, mais un peu dans les quatre en même temps. Tout le monde y trouvera son compte, même les garçons qui peuvent s’identifier à Laurie, le jeune voisin qui apprécie fort la compagnie de Jo.

En plus, pour une œuvre publié en 1868 à l’origine, je la trouve tout de même assez avant-gardiste car en plus de mettre en scène principalement des femmes, il s’attache à leurs pensées et nous parle des aspirations totalement différentes des quatre filles, dont une voudrait être écrivain !

Une jolie chronique familiale qui fait du bien au moral, une histoire avec ses moments drôles, amusants, dramatiques, ses leçons de vie, sa morale, le tout en évitant l’écueil de la nunucherie ou du mélodrame guimauvien.

En une année, nos quatre filles ont évolués, ont grandi, ont appris, ont tiré des leçons de leurs comportements et ont mûri.

Un classique à découvrir, en manga ou en roman.

Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.