Marshal Bass – Tome 3 – Son nom est personne : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 3 – Son nom est personne

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (2018)

Résumé :
Dans la ferme de River Bass, Bathsheba, sa femme, s’occupe de ses nombreux enfants.

Don Hercalio Vega, un riche propriétaire mexicain profite de l’absence du marshal pour passer faire des avances à la mère de famille mais cette dernière n’est pas d’humeur.

Sa fille aînée a disparu avec un indien de passage dont elle s’est entichée. Pas un mot, pas un au revoir, Dieu sait où elle peut être.

Critique :
Marshall Bass n’est pas un gentil marshal tout sympa, que du contraire, il est ambigu au possible, pas lisse du tout, bourré de défauts…

Bref, l’homme est réaliste et dans ce troisième tome archi sombre qui m’a laissé la bouche ouverte, muette de stupéfaction, dans le final, les auteurs ajoutent une facette à ce personnage qui n’a pas fini de nous étonner.

Sa fille aînée n’a rien trouvé de mieux que de foutre le camp avec un Indien dont elle est amoureuse.

Bass, père d’une famille nombreuse, ne donne pas l’impression de s’occuper plus que ça de ses gosses et s’il en a tant, c’est parce qu’il ne sait pas la garder dans son pantalon et qu’il fait coup de la nuit de noces dès qu’il revient près de son épouse.

Course-poursuite au pas, dans la neige, dans le froid, et qui partira dans un sens tout à fait inattendu, non conventionnel, même si les thèmes sont archi-connus. Tout l’intérêt est dans la manière dont les sujets courants sont traités et mis en page.

Je ne serai jamais fan des dessins, mais malgré tout, il faut souligner les décors, grandioses, mettant bien en valeur la nature, son côté implacable, son univers impitoyable (là, vous avez sûrement des envies de fredonner le générique d’une série).

Un album sombre, violent, effroyable dans sa dernière partie, mais j’aime ressortir lessivée d’une lecture car généralement, c’est qu’elle a été bonne.

Mon seul bémol sera toujours pour les dessins et les traits des visages. On aime ou on n’aime pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°93] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Darktown : Thomas Mullen

Titre : Darktown

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (2018) / Payot et Rivages (2020)
Édition Originale : Darktown (2015)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
Atlanta, 1948. Sous le mandat présidentiel de Harry S. Truman, le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers officiers noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith.

Mais dans l’Amérique de Jim Crow, un flic noir n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la vraie police.

Quand le cadavre d’une femme métisse est retrouvé dans un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse.

Alors que leur tête est mise à prix, il leur faudra dénouer un écheveau d’intrigues mêlant trafic d’alcool, prostitution, Ku Klux Klan et corruption.

Darktown est le premier opus d’une saga criminelle complexe et fascinante qui explore les tensions radicales au début du mouvement des droits civiques, dans la lignée de Dennis Lehane et Walter Mosley.

Critique :
Atlanta, 1948, une grande date pour certains, une hérésie pour d’autres : l’accession à la fonction de policier par des citoyens Noirs.

Attention, ces policiers n’ont pas le droit d’arrêter un Blanc, même en flagrant délit de crime, ils ne patrouillent pas en voiture mais à pied, ne peuvent pas entrer dans le bâtiment de la police, ont l’interdiction de boire de l’alcool même après leurs heures de service et se doivent de rester dans le quartier Noir d’Atlanta.

Un crime a lieu mais comme c’est une jeune fille Noire qui est décédée, personne ne bouge son gros cul de Blanc et nos policiers n’ont même pas le droit d’enquêter dessus.

Ce roman, il vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher jusque la fin. On a beau savoir l’Histoire de la ségrégation raciale, malgré tout, l’impact dans le plexus solaire est toujours aussi forte.

Ici, si tu es Blanc, tu te dois d’être raciste, de faire voir la vie dure aux Noirs, de les dénigrer, de défendre ta ville, ton quartier, contre l’envahissement… Si par malheur tu es un Blanc modéré dans ton racisme (tu ne tabasses pas, tu ne fous pas le feu, tu ne lynches pas, tu ne tues pas,…), fait en sorte qu’on ne l’apprenne pas, sinon, tu risques gros aussi.

Entre avanies que leurs font subir les Blancs (flics ou pas), les crachats, les insultes de types macaques, bougnoules, singes, négro (et j’en passe), la vie de flic Noir est une épreuve de chaque jour, dans ce Sud où les morts Confédérés sont encore honorés et où on a lynché des vétérans Noirs de la Première Guerre Mondiale.

Même la population Noire regarde ces huit policiers de travers, tant elle attendait énormément d’eux, oubliant qu’ils n’ont quasi aucun droit, si ce n’est d’arrêter des Noirs.

Lucius Boggs est un flic honnête, qui aimerait faire son travail correctement, c’est-à-dire enquêter sur la mort de la jeune Lilly et pas avaler les preuves toutes faites que les flics Blancs ont montées.

Problème c’est qu’en voulant faire le bien (trouver le coupable), il a ouvert la boîte de Pandore qui déverse son torrent d’injustices sur la famille de Lilly, comme si celle n’avait pas déjà assez souffert. Tout ça pour avoir voulu connaître la vérité sur son assassinat, mon cher Lucius, c’est cher payé car ils ont trinqué grave ensuite…

STOP… ON REMBOBINE ! Mais qu’est-ce que je raconte moi ? Mais non, Lucius, tu n’es pas responsable du déchaînement de haine sur la famille de Lilly ! Bordel de Dieu, c’est la faute aux Blancs, tout ça ! Qu’ils soient flics pourris racistes confédérés bas-du-front ou Blancs bien propres sur eux. C’est nous, les Blancs, qui sommes responsables du racisme et de la ségrégation…

Ce roman m’a pris aux tripes, j’ai lu des horreurs, j’ai vu des injustices qui m’ont données envie de bondir, de hurler, hésitant parfois entre le « Dieu tout puissant » ou le « putain de bordel de merde » (au choix) tant c’était effroyable ce que les Noirs ont vécu. J’en ai encore découvert, tiens, des horreurs.

Les personnages sont travaillés, ont de la profondeur et l’auteur évite le manichéisme et ne sombre jamais dans le pathos, même si le lecteur va encaisser des moments très durs durant la lecture, mais ils ne seront jamais aussi durs que ceux que vécurent et vivent encore les Noirs aux États-Unis (et ailleurs).

Partant d’une enquête classique sur l’assassinat d’une jeune fille Noire, l’auteur nous plonge dans la noirceur des quartiers d’Atlanta, dans les pensées abjectes des Blancs, dans un racisme primaire qui fait peur car pouvant basculer dans une violence sans nom pour un rien.

Un tout grand roman noir, social, où notre duo de policiers (Lucius Boggs et Tommy Smith) vont d’enfoncer petit à petit dans la fange nauséabonde qui macule les rues, les maisons ainsi que le cœur des habitants d’Atlanta.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°36].

Terres fauves : Patrice Gain

Titre : Terres fauves

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (2018) / Livre de Poche Policier (2020)

Résumé :
David McCae, écrivain new-yorkais en mal d’inspiration et citadin convaincu doit quitter Brooklyn pour l’Alaska dans le but de terminer les mémoires du gouverneur Kearny.

Le politicien visant la réélection, il envoie son porte-plume étoffer l’ouvrage d’un chapitre élogieux : le célèbre alpiniste Dick Carlson, ami de longue date, aurait de belles choses à raconter sur leurs aventures. Direction Valdez pour David, vers le froid, les paysages sauvages et un territoire qui l’est tout autant.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’alpiniste n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop.

Devenu gênant, la violence des hommes, et celle d’une nature qui a préservé tous ses droits, va s’abattre sur lui et l’obligera à combattre ses démons pour survivre.

Critique :
Aux premiers abords, David McCae, écrivain new-yorkais, ne donne pas envie d’aller boire un verre en sa compagnie.

Il est sans saveur, n’aime que la ville, rechigne à aller en Alaska (on ne peut pas lui en vouloir pour ça).

David est un personnage sans relief, plat, édulcoré. C’est ballot parce que ça donne envie de déposer le livre et d’aller voir ailleurs.

Comme son roman « Denali » (lu il y a 1 an pile-poil) m’avait emporté, j’ai persévéré, sans savoir où le roman allait n’emmener puisque je n’avais pas été relire le résumé.

Heureux les lecteurs/trices persévérant(e)s, ils/elles seront récompensés !

Alors que David continuait de me courir sur le haricot, j’ai commencé à m’intéresser au récit et quand il a basculé totalement, il m’était impossible d’en ressortir et je suis allée jusqu’au bout d’une seule traite.

Quant une interview vire au cauchemar et se transforme en récit de survie, ça vous change un homme et le David va en sortir transfiguré. Mais seul, horriblement seul contre tout le reste puisque personne ne le croit.

Il lui faudra encore quelques embrouilles pour sortir vraiment de sa coquille et comprendre ses erreurs et puis tenter de les réparer.

Ce roman, c’est la renaissance d’un homme après un séjour sur une terre sauvage, brutale, froide, hostile où la Nature est toute puissante et les ours aussi. Pourtant, même en rogne, un ours sera toujours moins démoniaque qu’un humain quand ce dernier a décidé que vous le gêniez et que vous deviez avoir une bonne leçon.

L’inconvénient c’est que la transformation de David le-sans-saveur en David attaquant-le-Goliath-machiavélique va un peu trop vite et que cela pose la question de la vraisemblance. Dans la vie réelle, on ne galérerait bien plus longtemps et nous n’aurions pas fini de ramer. David devait avoir la baraka collée à ses basques.

Au moins, je ne pourrai pas me plaindre que le récit était trop long et qu’on a fait durer le plaisir juste pour avoir des pages de plus.

Le juste milieu qui satisfait les lecteurs n’est pas facile à atteindre et si je me permets de juger, je ne sais pas ce que je ferais, moi, à la place de l’auteur, pour rester dans le réalisme. Sans doute pire…

Un roman policier qui commence platement, avec un personnage sans saveur et qui explose à un moment donné en un roman de survie, d’aventure, de nature writing, en quête de la vérité, en forme de rédemption tout en essayant de reprendre le contrôle de sa vie qui est en train de changer de manière irrémédiable.

Malgré mon bémol sur la vraisemblance du récit et sa rapidité, c’était un bon moment de lecture, même si ce roman n’arrive pas à la cheville de « Denali » au niveau de l’intensité des émotions et de la narration.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°26].

Les énigmes d’Aurel le Consul – 01 – Le suspendu de Conakry : Jean-Christophe Rufin

Titre : Les énigmes d’Aurel le Consul – 01 – Le suspendu de Conakry

Auteur : Jean-Christophe Rufin
Édition : Flammarion (2018) / Folio (2019)

Résumé :
Un riche français est retrouvé assassiné, pendu par un pied au mât de son voilier dans la marina de Conakry. Tout accuse la jeune Africaine qui vit avec lui sur le bateau. Mais Aurel se met sur la piste du meurtrier et découvre une toute autre affaire.

Avec l’aide de la soeur du défunt, débarquée de France pour reconnaître le corps, il commence à assembler les pièces du puzzle.

Et, sur les pas d’Aurel on découvre en la personne du défunt un homme complexe qui, à l’image du Lord Jim de Conrad, a vu le destin lui donner l’occasion de racheter ses faiblesses passées…

Jean-Christophe Rufin, sur un mode volontiers humoristique et avec un sens consommé du récit, nous entraîne à la suite de son étonnant enquêteur, à la découverte des coulisses du travail diplomatique et d’une Afrique inattendue, sur fond de trafic de cocaïne.

Avec Aurel Timescu, il crée une figure qui pourrait nous devenir bientôt aussi familière, dans des contextes bien différents, de celles d’Hercule Poirot ou de Jules Maigret.

Critique :
Un peu de fraîcheur, ça fait du bien, même si elle n’est que littéraire et ça ne change rien à la canicule qui sévit.

Mais la fraîcheur était aussi de mise après des lectures plus éprouvantes, plus sombres.

Toute la saveur de ce roman policier tient dans son personnage principal : Aurel Timescu.

Aurel est un Roumain qui a connu les années de Ceaușescu, qui est arrivé en France, a connu des galères avant de pouvoir entrer au Quai d’Orsay et le voilà devenu Consul de France.

Mais quel consul… Il a une dégaine qui vaut le déplacement avec son style années 30 et son pardessus alors qu’il est en Guinée et qu’il y fait chaud. Son boulot, c’est de ne rien faire, de rester dans son placard où il n’a accès ni à un PC, ni à Internet, ni même à un téléphone. Il traîne une réputation épouvantable et personne ne veut de lui.

Le problème, comme toujours, c’était l’accent. Avec sa voix qui déraillait, ses « r » roulés et ses intonations de paysan du Danube, Aurel savait qu’il était difficile de se présenter à un inconnu au téléphone sous le titre « consul de France ». Cela sentait le canular et on lui avait plusieurs fois raccroché au nez.

Pourtant, Aurel a des passions… Le vin blanc (le Tokay), le piano et les enquêtes criminelles ! Alors, quand on retrouve un Français mort et pendu au mat de son voilier, dans la marina de Conakry, Aurel profite de l’absence de l’ambassadeur pour se livrer à une enquête.

C’est à cause (ou grâce) à #La Grande Librairie que j’ai entendu parler de l’auteur et de son personnage atypique, version Columbo mais avec des casseroles au cul, sans posséder la confiance de ses supérieurs et sans les petites phrases du lieutenant.

Il est moqué, regardé de haut, pas pris au sérieux… Pourtant, si les autres personnages se foutent de lui, ne l’invitant jamais à rien, on remarque qu’Aurel mérite d’être connu, qu’il a des choses à nous apprendre et jamais son père littéraire ne se moque de lui, ne le rabaisse, ne le tourne en ridicule.

Que du contraire, l’auteur lui donne de l’épaisseur, de la profondeur et si Aurel est fantasque, maladroit et prête à rire avec son accoutrement, c’est une belle personne à l’intérieur. Un homme qui, plus jeune, a connu la dictature et le communisme.

Il avait été élevé dans un pays désorganisé où il fallait faire la queue à tout propos. Ce qui était difficile pour lui c’était de conserver dignité et volonté dans de telles ambiances. Son premier réflexe dans la foule était de retrouver la soumission et la passivité que le monde communiste exigeait de ses sujets.

La vie l’avait doté, par la force des choses, d’une résistance inépuisable face à des vexations bien plus humiliantes. La Roumanie de Ceaușescu, où il avait grandi, était à cet égard une école d’une exceptionnelle rigueur, qui armait à jamais contre la bêtise et le mépris.

On ne va pas se leurrer, nous ne sommes pas dans de la grande littérature policière, on a déjà connu mieux en matière d’intrigue, mais le récit est cohérent, amusant, rempli de fraîcheur et l’auteur ne se prive pas pour égratigner la diplomatie française, puisqu’il sait de quoi il parle.

C’est aussi une partie de la Guinée que nous visitons, sa société, que nous apprenons à connaître et même si le colonialisme est terminé, il y a toujours de la condescendance dans le ton employé par les français envers les guinéens.

Dupertuis aimait sincèrement l’Afrique et il entretenait de véritables amitiés avec ses collègues guinéens. On l’aurait beaucoup étonné en lui faisant remarquer qu’il parlait d’eux avec une condescendance qui n’était pas tout à fait sans évoquer la mentalité coloniale.

La plume de Ruffin est des plus agréable à suivre, elle est fluide, amusante, détaillée mais sans exagérer et mes yeux avançaient tout seuls sur le papier, dévorant le récit avec avidité tant il était rafraîchissant.

Un roman policier amusant de par son enquêteur atypique, ce consul que tout le monde prend pour un imbécile alors qu’il est loin d’en être un (faut juste apprendre à le connaître), un roman policier sérieux quand il parle de diplomatie ou de la société guinéenne, le tout étant parfaitement intégré dans le récit, sans que le ton soit moralisateur ou sentencieux.

Une vraie belle découverte, inattendue et qui m’a fait un bien fou avec pas grand-chose. Juste un enquêteur atypique, un hurluberlu qui ne paie pas de mine mais qui possède assez bien de qualités, bien camouflées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°24].

M.O.R.I.A.R.T.Y – T01 – Empire mécanique (1/2) : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Stevan Subic


Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – T01 – Empire mécanique (première partie)

Scénaristes : Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Stevan Subic

Édition : Delcourt – Néopolis (2018)

Résumé :
1899, Londres. Le calme brumeux d’une fumerie d’opium s’évapore à l’arrivée d’un homme en furie. Serait-ce le docteur Jekyll ?

Pendant ce temps, dans le quartier de Mayfield, un inconnu plume de manière radicale les joueurs de poker, à tel point que Sherlock Holmes est dépêché pour examiner ce champion et analyser sa tactique trop parfaite pour être honnête.

Les événements semblent liés : qui tient les deux fils ?

Critique :
J’avais découvert cette bédé dans le défunt « Lanfeust Mag » (mensuel) et j’avais envie de la lire d’un seul coup, sans attendre 1 mois entre chaque parution.

Tiens, j’avais oublié que les dessins des visages étaient aussi moches !

Nom de Zeus, la couverture était épurée, mystérieuse, avec Holmes et Watson bien esquissés et, une fois la bédé ouverte, là j’ai manqué de défaillir.

Watson ressemble à un vieillard et le dessinateur a pourvu tous les visages de stries ou de petites taches noires qu’on se demande bien à quoi elles servent, si ce n’est à enlaidir tout le monde. Holmes, par contre, donne l’impression d’avoir 15 ans de moins que Watson, ce qui n’est pas juste.

Même les yeux sont assombris avec des traits noirs, ce qui ne laisse jamais voir leur couleur.

Vous prenez une grande casserole et dedans, vous incorporez un Holmes, un Watson, un Winston Churchill, un Mycroft Holmes, un Docteur Jekyll et son Mister Hyde/Hulk (pour la  force, pas pour la couleur verte), Moriarty (mort sous les yeux de Holmes, pourtant), Baskerville, le bourbier de Grimpen, le chien maudit. Vous touillez le tout, en n’oubliant pas d’assaisonner et de surveiller la température de cuisson sous peine que le plat soit trop cuit et immangeable…

Ici, on est à la limite… À force de vouloir donner trop de goût, on sature le plat en saveurs différentes et le consommateur ne sait plus trop ce qu’il déguste… Ah oui, c’était un Holmes sauce steampunk enroulé dans du fantastique.

L’univers de Holmes ne se prête pas toujours au fantastique ou au steampunk, mais bizarrement, toutes les bédés qui sortent sur le détective aiment surfer sur ces univers et peu nous offrent des enquêtes classiques, sans vampires, loups-garous, automates, voyages dans le temps…

Ici, bingo, on a des automates, des fiacres avançant sans chevaux et des machines volantes sorties de l’univers steampunk.

Malgré les dessins moches, malgré les machines et tout le tralala lié au Docteur Jekyll Hulk, il y a dans cette enquête un truc vieux comme le monde mais auquel personne ne pense jamais, moi en premier. Une fois que je l’eu devant mon nez, j’ai levé les yeux au ciel en me disant que « bon sang mais c’est bien sûr »… Bien vu.

Bon, cette relecture ne m’a pas fait changer d’avis : sans être mauvaise, sans être merdique, cette bédé prêche par ses dessins de visages très moches et sa profusion d’éléments, de personnages connus, comme si on avait voulu en mettre le plus possible pour toucher le plus grand nombre de lecteurs/trices, ou alors, afin d’arriver à faire une histoire intéressante.

Parfois, « Trop is te veel » (trop, c’est trop). La profusion nuit en tout et dans ce cas-ci, l’allusion au Moriarty n’était pas nécessaire, on peut inventer d’autres grands méchants sans pour autant ressortir le vieux professeur de son trépas.

Comme j’ai passé un bon moment de détente et d’aventures en tout genre, je ne vais pas être trop sévère avec la cote. Et puis, faut que je vérifie ce que me réserve le second album que je n’avais pas lu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°251 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Les chroniques de St Mary’s – Tome 2 – D’écho en échos : Jodi Taylor

Titre : Les chroniques de St Mary’s – Tome 2 – D’écho en échos

Auteur : Jodi Taylor
Édition : HC (22/10/2018)
Édition V.O : The Chronicles of St Mary’s, book 02 : A Symphony of Echoes (2013)
Traduction : Cindy Colin Kapen

Résumé :
Les visites dans le passé reprennent à l’institut de recherche historique de St Mary. Maxwell et ses excentriques confrères historiens partent pour de nouvelles aventures à travers le temps.

Promue directrice du département d’Histoire, Maxwell va contrer, à l’aide de son équipe, les plans de leurs ennemis qu’ils croyaient neutralisés. C’est l’Histoire tout entière qui est menacée par ces fantômes du passé.

Au bord du burn out, l’historienne utilise ses dernières forces pour maintenir l’équilibre dans l’Histoire et dans sa vie privée.

Non sans rudesse, elle doit faire face à l’attaque de Jack l’Éventreur, à un St Mary du futur quelque peu différent, un séjour improvisé à Ninive, ou encore à la mort étrange d’Élisabeth Ière d’Angleterre.

Critique :
Ouiiiii, moi aussi si j’étais une Historienne de St Mary et que c’était mon dernier saut, j’aurais choisi Londres en 1888, Whitechapel, sur les traces de Jack…

Ok, j’aurais sans doute laissé des traces de freinage dans ma culotte lorsque j’aurais eu le tueur à mes basques…

Cours, Maxwell, cours !

Les voyages dans le temps, c’est dangereux, quand on y pense bien… On peut même revenir avec des saloperies de l’époque que l’on vient de quitter avec précipitation…

Les chroniques de St Mary’s, c’est frais, c’est déjanté, bourré de petites touches d’humour, de sexe, d’aventures folles, de voyages dans le temps, de paradoxes temporels et de courses à pied, poursuivis par tout ce que peut compter l’Histoire comme prédateurs, soldats, assassins, guerriers, vélociraptor…

J’ai posé mon manchon sur la console, lissé mes vêtements et tapoté mes cheveux pour les remettre en place. Les historiens ne rentrent jamais débraillés. Parfois ils rentrent morts, mais même dans ces cas- là, nous faisons toujours en sorte d’ être présentables.

Maxwell (Max) est une historienne et, pour une fois, on est face à un personnage féminin qui n’est pas voluptueuse mais qui a de la cellulite, des capitons, quelques kilos en trop… Ajoutons un caractère bien trempé, c’est une tête brûlée et si vous tenez à votre bagnole, vaut mieux pas la chercher sur un domaine horizontal.

Lorsque l’on voyage dans le temps, il faut éviter de créer des paradoxes temporels, c’est bien connu. En voulant rétablir une situation qui part en couilles, vous pourriez faire pire que mieux…

C’est un peu ce qu’il s’est passé dans ce roman : un paradoxe s’est créé et une fois de plus, je vais devoir faire le grand écart entre mon ressenti de lecture et le roman en lui-même. Ça va encore me donner des crampes pour la notation, ce grand écart…

Si j’ai aimé ma lecture ? Bien sûr ! J’adore Max, ses compagnons de voyage, les personnel de St Mary, la manière d’écrire de l’auteur, parsemant son récit de petites notes qui font sourire. C’était bien déjanté, les réparties étaient drôles, cinglantes et j’ai souri de nombreuse fois sans voir le temps passer.

Les voyages temporels sont toujours intéressants, bourrés de suspense et d’aventures folles mais… On a l’impression que tout le récit est un peu brouillon, foutraque, comme si on avait voulu développer plein de chouettes idées mais qu’on n’avait pas été jusqu’au bout des choses.

Le voyage en 1888 au temps de Jack ? Génial, mais trop vite terminé et sans vraiment rien apprendre sur l’époque. De plus, pour l’identité du tueur, pas sûr que ce soit bien ça…

Mais bon, l’épisode Jack n’était sans doute là que pour propulser le lecteur directement dans la marmite d’adrénaline avec les morceaux de suspense flottant dedans, de lui faire peur et d’envoyer plein de personnages du roman à l’infirmerie.

Les voyages entre le St Mary de maintenant et celui du futur ? Une idée intéressante mais qui laisse un goût de trop peu car la résolution arrive de manière un peu abrupte. Les congés de Max et de son boss ? On termine ça en eau de boudin car Max pète un câble pour pas grand-chose… Quand Max fâchée, elle toujours faire ainsi ?

Le voyage dans les jardins suspendus de Babylone qui sont en fait à Ninive ? Oui, très bon, mais ça donne l’impression qu’on meuble afin d’ajouter des pages au roman pour ne pas que les acheteurs fassent la gueule en découvrant un ouvrage guère épais.

Heureusement qu’on a le voyage chez Marie Stuart pour équilibrer le récit qui tanguait un peu dans tous les sens sans savoir si nous allions gîter à bâbord ou à tribord…

Les historiens sont des farfelus qui aiment prendre des risques, d’accord, mais si le récit ne partait dans autant de sens, on y retrouverait plus facilement nos jeunes et cela ne nous laisserait pas cette impression de nuit noire et obscure où on tâtonne pour savoir où tout cela va nous mener.

Comme j’adore l’humour de cette série, sa fraîcheur et son côté déjanté, je serai indulgente (je suis faible) avec le côté « je pars dans tous les sens » car moi aussi, parfois, dans mes longues journées, je pars dans tous les sens, je suis foutraque, bordélique et je me disperse !

Comptez sur moi pour continuer la saga car malgré mes bémols, j’adore ! Quand je vous disais que l’on avait créé un paradoxe.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°246 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Le soleil des rebelles : Luca Di Fulvio

Titre : Le soleil des rebelles

Auteur : Luca Di Fulvio
Édition : Slatkine (2018) / Pocket (2019)
Édition Originale : Il bambino che trovo il sole di notte
Traduction : Françoise Brun

Résumé :
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu’il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.

Marcus ne doit son salut qu’à la jeune Eloisa, fille d’Agnete, la lavandière du village qui l’accueillera sous son toit pour l’élever comme s’il était son fils.

Luca di Fulvio retrace l’ascension paradoxale d’un petit prince qui va devoir apprendre dans la douleur comment devenir un homme.

Critique :
Marcus est un jeune prince, appelé à régner (araignée, quel drôle de nom) un jour sur le petit royaume de son père.

La convoitise étant mère de bien des vices et des crimes, le voisin, attiré par l’odeur alléchée des richesses qu’il convoite, fit massacrer tout le monde afin d’annexer ce territoire au sien.

Tout le monde est tué ? Non, le jeune héritier, Marcus, a échappé au massacre et il résiste encore et toujours à la mort, caché dans le sol, sous une trappe, chez une sage-femme et on l’a renommé Mikael.

Cela ne vous fait pas penser à une histoire universelle et bien connue, même si l’oncle assassin est remplacé par un seigneur voisin ? L’histoire d’un héritier qui, à un moment donné, va comprendre qu’il doit récupérer son royaume et ne pas oublier qui il est ?

Bingo ! Le roi lion ! Quoi, vous pensiez à autre chose ? Qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume de Saxe ?

Si l’histoire racontée est universelle, c’est le talent de conteur de l’auteur qu’il faut mettre en avant car, grâce à sa plume, il va nous transporter en l’an de grâce 1407 mieux que si vous étiez réellement. Le froid mordra votre peau, les manches des outils déchireront vos mains délicates, la pluie ruissellera sur vos épaules frêles et votre estomac connaîtra la faim.

Les injustices vous tomberont dessus pire qu’une invasion de sauterelles et puisque vous appartenez à votre seigneur et maître et que ce dernier est un sale type capricieux, sadique, méchant, assoiffé d’argent, têtu, tyrannique, il se repaîtra de votre souffrance.

Si le réalisme ne manque pas du côté des décors et de la dure vie des serfs, je mettrai un petit carton rouge pour les personnages un peu trop manichéen à mon goût. Que les gentils soient bons, ça passe encore car Di Fulvio nous a créé des personnages attachants, bourrus, mais auxquels il est difficile de ne pas adhérer.

Le bât blesse au niveau des méchants… Autant où Scar était méchant mais emblématique, autant il a manqué d’épaisseur au seigneur d’Ojsternik.

Qu’il soit sadique et tyrannique, je n’en doute pas un seul instant, à cette époque, la vie n’a aucune valeur. Mais l’auteur aurait dû mettre un peu plus de profondeur à ce personnage central pour en faire un Méchant qui marque les esprits, tels un Scar ou un Geoffrey dans Game Of Thrones.

Le grand méchant de cette histoire m’a simplement agacée (au départ, il m’avait m’horrifiée).

Un autre petit bémol sera pour la longueur… Non pas celle des pages, mais des brimades subies par les petites gens de la Raühnvahl, où Marcus/Mikael a trouvé refuge.

Certes, je ne nierai pas que ces gens étaient à la merci de leur seigneur et que si ce dernier était cruel, ils allaient en baver, mais à force qu’il leur arrive trop d’horreurs, ça perd de sa puissance, le cerveau se déconnecte et on n’attend qu’une chose, que Marcus/Mikael arrive enfin à sa vengeance pour éliminer cet enculé de méchant qui n’a même pas entièrement l’étoffe d’un grand, même si, lui au moins n’est pas un cruel trouillard, comme Geoffrey Barathéon (GOT).

Le final est prévisible, de ce côté là, pas de surprise à attendre de la part de l’auteur. Je ne dirai rien là-dessus, un peu de douceur après toutes ces brutalités, ces horreurs, ces privations, ces brimades, ces assassinats, ça fait du bien.

Ce ne sera pas un coup de coeur total, mais n’allez pas non plus croire que je me sois embêtée durant ma lecture, loin de là ! Je l’ai appréciée, vraiment, mais quelques détails m’ont fait tiquer et si chez les autres, c’est passé comme une lettre à la poste, ça passera peut-être muscade chez vous aussi.

Il me reste encore deux pavés de cet auteur et je les lirai aussi car les aventures sont belles et les personnages « gentils » sont attachants, du genre de ceux qu’on aimerait croiser dans sa vie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°210 et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°02 – 640 pages].

La Tête sous l’eau : Olivier Adam

Titre : La Tête sous l’eau

Auteur : Olivier Adam
Édition : Robert Laffont (23/08/2018)

Résumé :
Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.

Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : « On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. »

Il se trompait. Ma sœur serait bientôt de retour parmi nous mais on n’en avait pas terminé.

Critique :
Après avoir utilisé mon cerveau en lisant François Cheng, je me suis tournée vers le livre que j’avais déjà extrait de ma PAL et, sans le savoir, j’ai accordé du temps de cerveau disponible à ma cervelle.

L’art est difficile, la critique est aisée et je me retrouve devant à mon écran pas tout à fait blanc, face à une particularité que bien des auteurs de critiques, qu’ils soient du dimanche ou d’un autre jour, ont dû rencontrer un jour (ou peut-être une nuit)…

Oui, j’ai apprécié ma lecture, oui j’ai passé un bon moment, oui j’ai pris une bouffée d’air frais, oui j’ai fait trempette dans la mer froide, oui je suis allée me coucher tard parce que je voulais terminer ce roman, mais…

Ben oui, le fameux « Mais » est de retour et nous ne sommes qu’en avril.

Si en avril, il ne faut pas se découvrir d’un fil, ce roman, lui, a tendance à se balader avec pas grand-chose sur le dos : peu de dialogues au départ (Antoine, le petit frère de Léa, est le narrateur), peu d’informations sur les personnages, certains manquant même de profondeur et de développement (les parents) et une sensation de « trop peu » dans la résolution de l’enquête.

Qui était-il vraiment ? Pourquoi a-t-il fait cela ? Quel était son but ? Il faudra se contenter de se dire que certaines personnes étaient au mauvais endroit au mauvais moment et que c’est la faute à pas de chance.

D’accord, le but de l’histoire est de ce concentrer sur deux ados (Léa et Antoine), que les parents ont déracinés de Paris, parce qu’ils voulaient habiter en Bretagne, dans un bled paumé et vivre comme si on était toujours en vacances.

De venir fouiller dans la tête de Léa, qui ne sait vivre qu’à Paris et qui ne veut vivre que là-bas, sur ses amours déracinés aussi (on comprend vite aux travers de ses lettres à qui elle s’adresse) et sur la reconstruction de l’après enlèvement (pas de spoiler, c’est dans le résumé éditeur).

Oui mais, là aussi, ça manque un peu d’épaisseur vestimentaire ! Littérature pour jeunes adultes ou adolescents ne veut pas dire non plus qu’il faut survoler le sujet, l’effeuiller de loin et puis laisser les lecteurs/trices dans le doute, dans les questions qui auraient mérité un peu plus de réponses et pas une explication au rabais.

L’auteur a pourtant réussi à se mettre dans la peau d’un ado de 15 ans (Antoine), même si je l’ai trouvé peu ou pas tourmenté de ce qui est arrivé à sa sœur, un peu comme s’il était dans sa bulle (c’est sans doute l’explication logique), même si, après le retour de sa soeur, il joue tout de même au petit frère sur qui elle peut compter.

Les réactions débiles de ses collègues de classe sont parfaitement dans l’air du temps et eux, c’est à se demander s’ils ont eu, un jour, un cerveau pour réfléchir plus loin que le bout de leur imbécillité.

Et la bât blesse une nouvelle fois pour manque d’épaisseur car l’auteur ne développe pas assez le cauchemar qui commence après le retour de Léa… Et je ne parle pas de ses parents, mais des copains de classe.

Ce qu’elle vit et ressent après, le sale coup qu’on lui a fait, est horrible, je n’ose même imaginer ce que je ferais si une telle chose m’arrivait (je flingue toute la classe de connards sans cervelle et je me suicide après ?), mais l’auteur passe vite à autre chose et ne prend pas assez de temps d’explorer le monde des ados, notamment leurs foutus réseaux sociaux.

Râlant parce que le roman est bon, agréable, se lit facilement, vite, donne envie d’être lu, d’être fini mais, il y a un goût de trop peu dans certaines parties et tous les grands chefs le disent : du goût, du goût, du goût ! Là, on survole et comme le disaient si bien mes profs au sujet de mes leçons : il n’y a pas eu d’approfondissement !

Malgré tout, il a fait le job de me divertir et ça, je ne lui enlèverai pas !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°208.

Les chevaliers d’Héliopolis – Tome 2 – Albedo, l’oeuvre au blanc : Alejandro Jodorowsky et Jérémy

Titre : Les chevaliers d’Héliopolis – Tome 2 – Albedo, l’oeuvre au blanc

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Jérémy

Édition : Glénat (2018)

Résumé :
Dix-sept a réussi brillamment son épreuve initiale, il est maintenant Asiamar.

Cependant, aux yeux de ses maîtres, il lui reste manifestement beaucoup de chemin à parcourir pour évoluer vers un véritable chevalier d’Héliopolis.

Passant outre son manque de maturité et d’expérience, la confrérie lui confie une mission de première importance : contrer la montée en puissance d’un dangereux individu auparavant pressenti pour devenir membre.

En effet, son âme s’est laissée corrompre par le pouvoir. Son nom ? Un certain Bonaparte…

Critique :
Qui c’est qui lave plus blanc que blanc ? Non, ce n’est pas Dixan© mais bien Louis XVII, alias Asiamar.

Je ne dois pas vous faire une leçon d’Histoire, vous savez qu’après la Révolution et les dégommages de têtes, vous avez eu un Empereur qui s’est érigé en Roi, même en Dieu.

Ben c’est lui que notre Louis XVII va devoir calmer car il est à la recherche le secret de la vie éternelle.

Je le savais tyran, assassin, assoiffé de pouvoir, j’avais zéro sympathie pour Napo mais on ne peut pas dire que cet album le mette en valeur, que du contraire, il ne le présente pas sous son meilleur jour.

Antipathique, fanatique, sans scrupules aucun, limite exalté et courant derrière l’ésotérisme, comme dans un Indiana Jones, le rayon cosmique en plus. Bon, maintenant, je sais pourquoi il mettait sa main sur son ventre.

Ce deuxième tome va donc se pencher sur celui qui avait un Bonaparte et c’est seulement au début et sur la fin que notre Louis XVII va apparaître dans le but d’éliminer le tyran assis sur son trône, mais lui veut le faire changer sans verser du sang.

D’accord mais les chevaliers d’Héliopolis, dans tout ça, qu’est-ce qu’ils deviennent ? Non pas que l’album était mauvais, il avait du rythme, de l’action, mais j’ai eu comme l’impression que l’histoire principale des Chevaliers n’avançait pas et qu’on était en train de développer un autre arc.

N’ayant pas le troisième album sous la main, je ne sais pas dans quel sens celui-là va aller mais celui-ci, malgré le fait qu’il m’ait tenu en haleine, me laisse perplexe, notamment sur le final.

Le récit est compréhensible, il n’est pas alambiqué, mais je ne sais pas où les auteurs veulent nous emmener et je vais devoir leur faire confiance pour la suite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°189. 

Les assassins de la route du Nord : Anila Wilms

Titre : Les assassins de la route du Nord

Auteur : Anila Wilms
Édition : Actes Sud Actes noirs (07/02/2018)
Édition Originale : Das albanische Öl oder Mord auf der Strasse des Nordens (2012)
Traducteur : Carole Fily

Résumé :
A la chute de l’Empire ottoman, au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Albanie connaît, comme le reste du monde, de profonds changements. Les nouveaux dirigeants souhaitent moderniser le pays et imposer leurs lois sur l’ensemble du territoire, mais ils se heurtent à la résistance farouche des montagnards du Nord, qui continuent de vivre selon le Kanun, le code ancestral de ces régions reculées que l’on dit hantées depuis la nuit des temps.

Au printemps 1924, deux Américains y sont assassinés sur une petite route. Contraire au Kanun, qui place l’hospitalité au plus haut rang des vertus, le crime, qui a touché le fils d’un sénateur américain, plonge le petit Etat dans une crise diplomatique qui risque de dégénérer en guerre civile.

Mais que fabriquaient ces Américains sur la route du Nord ? Leur présence était-elle liée aux rumeurs selon lesquelles la région renfermerait d’abondantes ressources pétrolières ? Et qui a bien pu vouloir leur mort ?

L’effervescence s’empare de la capitale. On ne parle plus que de cela dans les cafés, les journalistes enquêtent, et bientôt les services secrets s’en mêlent…

Critique :
L’Albanie est un pays méconnu. Nous ne connaissons pas son histoire, sa culture. Rien. Nada. Que dalle. Que pouic.

Par contre, dans nos pays, circulent des tas de clichés sur ses ressortissants. À tort ou à raison puisque dans un peuple, il y a de tout : les bons comme les moins bons, comme les méchants, les dangereux.

Albanie, 1924… La Grande Guerre est terminée, je n’ai encore lu que quelques pages et déjà mon intérêt a été happé par ce que l’auteure nous raconte sur ce petit pays des Balkans.

Le meurtre des deux Américains, qui est un fait réel, va servie de base à l’auteure pour nous parler de l’Albanie, de ses habitants, de ses politiciens, de son pétrole et de ceux qui le convoitent.

Ces derniers temps, j’ai vraiment été mettre mon nez dans la pourriture des politiciens, des diplomates, des gros industriels… Bref, je n’étais pas au pays des Bisounours mais plutôt chez Magouilles & Cie.

Ne cherchez pas un enquêteur, pour ce crime, mais plutôt une chasse à l’homme, une erreur de justice puisque l’on pendra des innocents. Ne cherchez pas non plus du bon sens, il n’y en a pas, les gens parlent à tort et à travers au café du coin, parlent pour ne rien dire, inventent, essayent de se rendre intéressant.

On se croirait sur les réseaux sociaux, quand tout le monde trolle ou cause pour ne rien dire.

Passant d’un personnage à l’autre, afin de nous montrer les points de vue les plus larges et comprendre un peu mieux l’Historie de l’Albanie, l’auteure donne l’impression d’oublier nos deux tués sur la route du Nord, mais pas du tout ! Ils sont toujours là, leur ombre plane sur tout ce qui se déroule en Albanie à ce moment-là !

Ce roman policier est un mélange d’Histoire, de légendes, de culture de cette Albanie que l’on ne connait pas, que l’on connait mal.

Par exemple, le Kanun (les codes de lois édictés par les califes et sultans de l’ancien empire ottoman) ne régit  pas uniquement le code d’honneur et les vendettas, mais aussi les travaux publics et l’accueil de l’hôte.

Mêlant habillement la géopolitique, la diplomatie, explorant l’âme humaine et les jeux de vilains des politiciens, ce petit polar nous emmène dans une Albanie qui n’a rien à voir avec celle que l’on voit sur les affiches des agences de voyage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°175 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°20].