Sherlock Holmes à Chamonix : Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc

Titre : Sherlock Holmes à Chamonix

Auteurs : Pierre Charmoz et Jean-Louis Lejonc
Édition : Ginkgo (03/05/2018)

Résumé :
Edward Whymper a-t-il été assassiné ? Septembre 1911. Appelé à Chamonix par son « oncle » Whymper, Sherlock Holmes sera confronté à plusieurs énigmes : la mort de l’alpiniste ; le mystère de la première ascension du mont Blanc en 1786 ; une étrange rousse aux yeux verts ; d’inquiétants agents prussiens…

S’appuyant sur un jeune guide marseillais, Gaston qui le mènera les yeux fermés des Grands-Mulets au cirque du Fer à Cheval, le plus célèbre détective britannique réussira une fois de plus à dénouer les intrigues, quitte à y perdre ses illusions.

Il retrouvera également sa logeuse, Miss Hudson, en séjour thérapeutique dans la clinique expérimentale du Dr Morisoz, au plateau d Assy.

Entre Histoire et aventures, le duo Charmoz – Lejonc s’amuse, une fois de plus, à emmener ses lecteurs hors des sentiers battus.

Ensemble, ils ont déjà publié deux enquêtes de Sherlock Holmes dans les Alpes : Écrins fatals ! (Guérin, 2015) Sherlock Holmes et le Monstre de l’Ubaye (Ginkgo, 2017)

Critique :
Quittons les rivages de la Tamise, l’air pollué de Londres et allons enquêter à Chamonix : son air pur, sa montagne qui vous gagne et les remonte-pentes qui sont branchés !

Ah pardon, on me signale qu’en 1911, les remonte-pentes, on pouvait se les foutre où je pense car il n’y en avait pas. Un problème de résolu, donc…

Dans ce pastiche holmésien, l’auteur, au travers des dires de Sherlock Holmes, se moque gentiment du détective et lui fait dire que les capacités que lui a attribué Watson dans ses publications étaient surévaluées.

Il est un fait que pour enquêter, Holmes ne se fatigue pas trop. Il a la soixantaine, n’a plus la forme olympique et il donnera l’impression, durant toute ces différentes affaires (qui n’en font qu’une) de n’être là que pour dire qu’il y est, mais sans jamais vraiment résoudre les affaires lui-même, se reposant beaucoup sur Gaston, le jeune guide.

Malgré tout, ce roman est agréable à lire car on découvre un Holmes qui n’a pas grand-chose à voir avec celui des écrits de Watson et de son agent littéraire, un certain Conan Doyle (inconnu au bataillon) même s’il reste avant tout un détective enquêtant mais déléguant une grande partie de ses actions.

Le meurtre d’Edward Whymper ne sera résolu qu’à mots couverts et c’est en additionnant deux et deux que le lecteur comprendra qui est sans doute responsable de son décès, mais sans que cette personne soit inquiétée le moins du monde.

Quand à l’énigme de qui de Paccard ou de Balmat est arrivé le premier en haut du Mont-Blanc, en 1786, l’énigme sera résolue par un autre, à l’aide du récit de Paccard, sans que Holmes s’en soit inquiété un seul instant. La solution proposée, si j’ai bien tout compris, est loin de celle que j’attendais, mais elle est bien trouvée car plausible aussi.

Un roman policier qui ne révolutionnera rien, mais qui a le mérite de faire passer un bon moment de lecture, sans prise de tête, sans violences (ou si peu), avec un détective différent de l’original, avec un brin d’humour, de dérision, une femme fatale et qui nous en apprendra un peu plus sur les mines dont on extrait les mines pour les crayons et qui, de par sa localisation, vous donnera bonne mine puisque vous aurez respiré l’air de la montagne, sans avoir trop de fucking touristes.

Un roman à lire entre deux romans noirs pour voir un peu de lumière, celle de la neige et du glacier (qui était plus important à l’époque). N’oubliez pas vos lunettes de soleil et vos ustensiles pour la marche et l’escalade.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°195] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°21].

 

Il faut flinguer Ramirez – Tome 1 : Nicolas Petrimaux

Titre : Il faut flinguer Ramirez – Tome 1

Scénariste : Nicolas Petrimaux
Dessinateur : Nicolas Petrimaux

Édition : Glénat (30/05/2018)

Résumé :
Jacques Ramirez est l’exemple parfait de l’intégration des personnes handicapées dans le milieu professionnel.

Le fait d’être muet ne l’a pas empêché de devenir le meilleur technicien chez Robotop, le leader de l’aspiration des poussières.

Ponctuel, efficace et aimable, son nom a même été avancé pour recevoir le titre d’employé de l’année (chut, ce n’est encore qu’une rumeur).

Par contre, le cartel mexicain de la drogue l’a dans le collimateur et un contrat court sur sa tête.

Critique :
Pour ceux et celles qui aiment les bédés qui ne manquent pas d’action, d’humour, qui sont totalement barrées en plus d’être supercool, celle où il faut flinguer Ramirez est parfaite pour subvenir à leur bonheur littéraire.

Mais qui est ce Ramirez, au fait ? C’est LE meilleur employé du S.A.V de Robotop (Arizona), une société spécialisée en aspirateurs pour les ménagères de moins de 50 ans.

Il est muet, discret et souffre-douleur de son chef, sorte de petit dictateur beuglant sur tout le monde, sauf sur le directeur, bien entendu.

Problème : un cartel mexicain veut sa tête car il leur a joué un coup de tepu il y a quelques années.

Est-il bien celui qu’il dit qu’il est ? Enfin, non, il ne peut pas le dire, il est muet, mais bon, on s’comprend ! A-t-il une double vie ou est-il victime d’une énormissime erreur sur la personne ? Si oui, il ne peut même pas leur crier « Ce n’est pas moi ! ».

Cette bédé se déroule dans les années 80 et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est jubilatoire !

Entre les dialogues drôles, bien écrits, avec un petit air d’Audiard, le scénario qui ne nous laisse que peu de répit, les situations cocasses, les coïncidences malheureuses, les dessins aux couleurs chaudes et le récit entrecoupé de pubs ringardent de cette époque, comme elles pouvaient l’être, sans oublier la Une du Falcon City Today, journal de la ville, qui ne se prive pas pour annoncer à ses lecteurs que aucune info n’est vérifiée ou recoupée, moi, je me suis marrée comme une baleine !

Sorte de road-movie où l’on peut croiser un moustachu en chemise hawaïenne, dans sa Ferrari rouge clinquante, en communication avec un dénommé Higgins, des filles façon Thelma & Louise, des flics aux lunettes de soleil (même quand il n’y en a pas), aux méthodes borderline, le tout épicé avec du Miami Vice, de l’Arme Fatale, à la sauce Tarantino, cette bédé se déguste avec un sourire béat affiché tant elle est bourrée de références à ces années 80 et tant elle est une bouffée d’air frais.

Les personnages sont bien campés, le casting est parfait, le mystère est bien présent, le suspense aussi, surtout à la fin, avec un cliffhanger de fou qui donne envie de courir acheter la suite (merde, il est trop tard, c’est fermé !). Il y a de l’humour, le tout est décalé, un peu fou, mais totalement assumé.

Un premier tome qui détonne, qui explose et qui ravira tous ceux et celles qui aiment les bédés qui sortent de l’ordinaire ! Moi, je suis conquise et je vais aller acheter la suite dès que je pourrai.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°196] et Le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°22].

Bratislava 68, été brûlant : Viliam Klimáček

Titre : Bratislava 68, été brûlant

Auteur : Viliam Klimáček
Édition : Agullo (2018)
Édition Originale : Horuce Leto 68 (04/10/2011)
Traduction : Richard Palachak et Lydia Palascak

Résumé :
Nous sommes une nation condamnée à la tendresse. On nous envahit facilement. Au printemps 1968, le parti communiste tchécoslovaque expérimente le « socialisme à visage humain ».

La censure est interdite, les frontières s’ouvrent vers l’Ouest, les biens de consommation font leur apparition…

Un vent de liberté souffle sur le pays. Cet été là, Alexander et Anna montent dans leur Skoda Felicia, un cabriolet flambant neuf, pour rejoindre leur fille Petra à Bratislava où elle vient de terminer de brillantes études de médecine.

Tereza, fille d’un cheminot rescapé des camps de concentration et d’une éditrice à la Pravda qui ont longtemps accueilli des réfugiés hongrois de 1956, séjourne dans un kibboutz en Israël pour renouer avec sa culture juive.

Jozef, pasteur défroqué pour avoir refusé de dénoncer des paroissiens auprès du Parti, fait ses premières armes à la radio.

Dans la nuit du 20 au 21 août, tandis que les tanks soviétiques envahissent la ville, le destin de ces trois personnages et de leurs familles va basculer.

Pendant quelques heures, la frontière avec l’Autriche reste ouverte, Vienne est à une heure de train. Chacun devra alors faire un choix : partir ou rester ?

Fuir la violence ou résister à l’oppresseur ?

Critique :
Il est des livres où dès les premières lignes, vous êtes conquis(e), vous rentrez dedans et vous sentez aussi bien que dans des charentaises confortables.

Ce fut le cas ici, je me suis coulée dans le récit, j’ai adhéré aux différents personnages, comme si je les connaissais depuis longtemps.

L’auteur s’est basé sur des témoignages d’exilés Slovaques pour bâtir son récit et on le ressent bien car il y a du réalisme, du vécu, même s’il a changé les noms et mélangé plusieurs destinées.

Au départ, tout va bien. On fait la rencontre des nos personnages principaux, on découvre la vie en Tchécoslovaquie, sous le règne des Socialistes qui en pratique un qui n’a de socialisme que le nom.

À choisir, je préfère encore la Gauche Caviar que ce communisme qui, une fois de plus, empêche ses citoyens de découvrir le monde et le garde prisonnier d’un rideau de fer, isolant le bloc de l’Est (lorsque j’étais gamine, je pensais que c’était un vrai rideau de fer, après, on m’a expliqué… Vous imaginez la taille du rideau ?) de celui de l’Ouest, dirigé par des salopards de capitalistes.

Tels des parents castrateurs empêchant leurs rejetons d’aller voir sur la palier de l’appart, ou sur la rue, devant la maison, les dirigeants communistes sont d’une sévérité immonde, d’une imbécilité crasse, d’un illogisme débile, préférant laisser la possibilité à des crétins de faire des études, empêchant les bons éléments, les premiers de classe, aller à l’université, vous déclarant incompatible parce que votre ancêtre était un grand capitaliste  (il possédait un petit atelier de couture)…

Ces derniers temps, je bouffe du communisme, que ce soit celui de l’Archipel de Soljenitsyne (Russie), celui de la dynastie Kim (Corée du Nord) et maintenant, celui de la Tchécoslovaquie et pas un pour relever l’autre. Je découvre toujours des saloperies au fur et à mesure de mes lectures. Fin de la parenthèse.

La plume de l’auteur est primesautière, presque, agréable à suivre, teintée d’ironie aussi. Il vous emmène dans ce récit, commençant gentiment, doucement, mais sans masquer les imbécilités du parti au pouvoir, des restrictions que les citoyens subissent, du fait qu’il faut adhérer au parti pour espérer évoluer dans la société (même si le parti avait exécuté ses propres membres) et gare à ceux dont les ancêtres étaient des Koulak ou des vilains capitalistes.

Anna, Alexander, Petra, Jozef, Erika, Tereza, Anna vivaient leur petites vies avant le basculement et l’entrée des chars russes en août 68. Que faire ? Fuir pendant qu’il est encore temps ou rester ? Et si fuite il y a, quelles conséquences auront-elles sur les familles restées au pays ?

Ce roman noir, je l’ai dévoré, mais avec lenteur, prenant bien le temps de m’imprégner des atmosphères, des contradictions des personnages, de leurs peurs, de leurs déboires, de leur envie de liberté. Leur exil, je l’ai ressenti dans mes tripes, les imaginant tout laisser derrière eux, souvenirs, maisons et familles…

Sans sombrer dans le pathos gratuit, l’auteur a su insuffler des émotions fortes dans ses familles qui furent déchirées, qui prirent les chemins de l’exil, quasi le cul nu, laissant une partie des leurs derrière eux, aux mains d’un pouvoir qui n’aiment pas voir les siens partir ailleurs, passer le rideau.

Ou que vous alliez, ils suivent vos dires et peuvent encore vous toucher en plein coeur en vous culpabilisant car à cause de votre départ, le pays a eu du mal à continuer à produire… Ils diront que vous êtes un vilain, un non patriote, que le pays vous a tant donné, à vous, à votre famille et qu’en retour, ingrat que vous êtes, vous avez fui !

Après votre lâche fuite, notre production s’est tassée temporairement. Dire que pendant des années vous avez fait semblant d’être un homme qui aime son travail et sa ville natale… nous ne croyons plus que vous ayez été sincère. Vous étiez un bon spécialiste, certes, vous avez cependant renoncé à votre mission au plus mauvais moment.

Quel est le bon moment pour se rappeler que la patrie a des tentacules partout, contre lesquels on ne peut que gémir jusqu’à la folie ?

Pas de chapitre pour ce roman, mais des actes, comme dans une pièce de théâtre, comme des témoignages que l’on mettrait bout à bout pour en faire un tout qui tient parfaitement la route, qui nous montre un Monde aux antipodes du nôtre ou, malgré tout, nous avons toujours des libertés, dont celle de quitter le pays (hors pandémie) et d’en dire tout le mal qu’il nous sied.

L’auteur ne perd pas de temps en détails paysagers ou en descriptions graphique de ses personnages, mais il va à l’essentiel et donne à ses lecteurs/lectrices une fameuse piqûre de rappel, des fois que nous penserions que 68, c’est juste des pavés sous la plage… Pardon, que sous les pavés, il y avait la plage et des manifestations estudiantines.

Dans ce roman noir, dans ces témoignages que l’auteur a transformés en fiction, toutes ressemblances avec des personnes existant ou ayant existées n’est pas fortuite du tout. Elle est réelle.

Ces 50 tableaux racontent des petites histoires dans la grande, mais font intégralement partie de la grande Histoire aussi. Ils sont importants pour que l’on n’oublie pas la chance que nous avons de vivre où nous sommes, même si tout n’est jamais rose.

Un magnifique roman, une fois de plus.

Dans ce roman, j’omets volontairement la description des personnages et des paysages. Je les saute à votre place. Lecteur, je les ai toujours survolés et je vous imagine un peu comme moi, pour cette raison j’espère que ce rembourrage ne vous manquera pas.

L’homme sait qu’il est en train de vivre l’Histoire. Il sait que sa femme, son fils, lui et son pays sont le beurre, et l’Histoire, le couteau. Et que quelqu’un l’étale sur une tranche de pain et s’apprête à y mordre.

Avant même qu’elle passe le bac, le comité du parti communiste du lycée déclara qu’Erika n’était pas autorisée à faire des études supérieures. On était en 1960. Elle était « incompatible » : son père avait été dentiste dans le privé et un autre membre de sa famille avait été un grand capitaliste. Entendez par là qu’il avait eu un petit atelier de couture. Bien que leurs biens aient été pillés par l’État, que leur cabinet et leur atelier appartiennent désormais au peuple entier, les enfants continuaient de souffrir du fait que leurs parents n’avaient pas été des pauvres types, mais des personnes qui avaient réussi.

Ainsi, Jozef Rola était soupçonné de ce qu’il avait combattu toute sa vie, lui qui avait refusé l’ordination pour ne pas trahir ses futurs paroissiens. Ne soyons pas surpris par la réaction de l’évêque. Certes, il était maladroit, mais il se comporta comme tout habitant d’une démocratie du monde, comme l’équipe du film américain, comme chaque étranger qui nous a posé cette question durant des dizaines d’années, dont la réponse leur était incompréhensible : pourquoi votons-nous pour ces communistes que nous ne cessons de décrier ? Chacun de nous est conditionné par un système de pensée différent, ils ne peuvent pas nous comprendre, tout comme d’ailleurs nous ne comprendrons jamais les gauchistes de l’Ouest ou les jeunes maoïstes de Paris. Avec notre vécu, on ne peut pas sympathiser avec les révolutionnaires de café. Si on les avait expropriés de leurs magasins, chassés de leurs appartements ou si on avait envoyé leurs propres pères dans les mines d’uranium, peut-être qu’ils comprendraient.

Ils remplaçaient les gens. Pièce par pièce. Tu acceptes ? Tu signes et tu restes. Tu n’acceptes pas ? Pars. Qui ne hurle pas comme un loup avec nous hurle contre nous.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°193] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°19].

 

Les détectives du Yorkshire – Tome 3 – Rendez-vous avec le mystère : Julia Chapman

Titre : Les détectives du Yorkshire – Tome 3 – Rendez-vous avec le mystère

Auteur : Julia Chapman
Édition : Robert Laffont La bête noire (15/11/2018)
Édition Originale : The Dales Detective Series, book 3: Date with Mystery
Traduction : Dominique Haas et Viviane Mikhalkov

Résumé :
Engagé par le notaire local, Matty Thistlethwaite, pour retrouver le certificat de décès d’une femme morte une vingtaine d’années plus tôt – et ainsi clore la succession de cette dernière –, Samson O’Brien, de l’Agence de Recherche des Vallons, s’imagine que l’affaire sera vite pliée. Mais le détective privé est sur le point de découvrir que les choses à Bruncliffe sont rarement aussi simples.

En particulier quand Matty insiste pour que Delilah Metcalfe, qui connaît parfaitement la ville et tous ses habitants, collabore avec lui. Delilah, quant à elle, saute sur l’occasion d’aider son locataire, ne serait-ce que pour se changer les idées…

En effet, outre la bataille judiciaire pour la garde de son chien, Calimero, qui approche à grands pas, elle doit faire face à la menace de faillite qui plane toujours sur son agence de rencontre.

À mesure que Samson et Delilah enquêtent, ils se retrouvent entraînés dans un mystère qui pèse sur la ville depuis des décennies.

En cherchant la vérité, ne risquent-ils pas d’exposer des secrets que certains auraient préféré garder enfouis ?

Critique :
Non, non, le calendrier n’est pas devenu fou, nous ne sommes pas en Juin, durant le Mois Anglais et il n’y a pas une session exceptionnelle en Décembre. J’avais juste envie de me faire une parenthèses agréable dans mes lectures.

Comment emmerder son monde ou se faire passer pour folle au moment de son décès ? Tout simplement en couchant sur votre testament (pas avec le notaire) un membre de votre famille décédé depuis plus de 20 ans.

Ça fait poser des questions sur votre santé mentale lors de la rédaction dudit testament et oblige le notaire à aller mettre la main sur le certificat de décès de la personne nominée.

Problème : la bureaucratie étant ce qu’elle est et l’administration aussi, personne n’arrive à retrouver ce foutu bout de papier égaré ! Bande de nazes, les gars ! Bataille perdue d’avance avec l’administration…

Un cosy mystery bien écrit, avec des personnages bien détaillés, qui évoluent, qui sont entouré de mystères et de secrets, c’est agréable à lire, surtout si l’auteure sait écrire et qu’elle ne s’amuse pas à faire tomber amoureux ses personnage à tout bout de champ.

Julia Chapman ne fait pas ce genre de conneries et sait rendre ses enquêtes intéressantes, vivantes et donner l’impression que l’on évolue dans un petit village du Yorkshire où tout le monde connait votre pedigree sur plusieurs générations, comme dans bien des villages…

Tout le monde abien connu votre grand-père et même votre arrière-grand-père en culottes courtes (en exagérant un brin). Faites pas une connerie, vos parents seront mis au courant avant même que vous fautiez ! Bref, l’esprit de clocher est plus vrai que nature dans cette série.

Par contre, mon cher Samson, toi qui passe pour le meilleur détective de la prestigieuse MET de Londres, je t’ai trouvé un peu en retard pour comprendre ce que j’avais compris depuis belle lurette et pour une fois, j’avais juste partout (hormis sur le corbeau).

Samson, mon bon Samson, une fois éliminé l’impossible, ce qui restait, même improbable, devait être la vérité !

Le savoir c’est le pouvoir, mais le fait de savoir n’a en rien gâché mon plaisir de lecture tant les personnages sont savoureux, bien travaillés, attachants et leurs petits mensonges, leurs omissions, leurs secrets, les font sans cesse jongler avec les non-dits, ce qui est un plaisir pour les lecteurs car cela ajoute du suspense et du mystère avec le problèmes qui vont tomber sur le dos de Samson d’ici peu.

Hé oui, avec l’auteure, il n’y a pas que l’enquête qui est importante, il y a aussi des tas d’autres choses qui gravitent autour et des mystères qui se dévoilent petit à petit, même si pour le moment, on n’a aperçu que les talons dudit mystère. À suivre.

Une série de cosy mystery réfléchie, bien écrite, avec du suspense, des mystères, des secrets, des personnages intéressants et très attachants, sans oublier un chien, Calimero, qui met lui aussi de la joie et de la bonne humeur dans les pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°141].

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris : Jul et Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (02/11/2018)

Résumé :
Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d’achever la future Statue de la liberté.

Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français, et ce, jusqu’à Paris.

C’est un choc culturel pour le cow-boy qui, non content de traverser l’Atlantique pour la première fois, découvre la splendeur de la ville lumière, et le mode de vie de ses autochtones, les parisiens.

Critique :
Et bien voilà, ce n’était pas si compliqué que ça que d’arriver à faire un Lucky Luke post Morris qui tienne la route et qui ait des petits airs de ce que nous avions avant.

Hélas, pas de petits jeux de mots savoureux comme Goscinny savait en faire (même si Morris ne le laissait pas faire, ayant les jeux de mots en horreur et n’en voulant pas dans ses Lucky Luke)…

Malgré tout, on a un comique de situation, des petits travers soulignés, comme avec certains parisiens n’aimant pas les touristes, des personnages connus qui traversent les nouveaux pavés devant la Sorbonne et des petits traits d’humour en droite ligne de notre époque à nous (grève des cheminots, fouilles à l’entrée des prisons,…).

Le voyage de Lucky Luke à Paris ne dure pas tout l’album, avant qu’il ne mette les pieds (et les sabots) dans la ville lumière, il parcourra le far-west avec le sculpteur Bartholdi et la main de la statue de la liberté afin de récupérer des sous pour sa construction.

On reste dans la tradition des Lucky Luke avec les saloons et les types louches, le goudron et les plumes, les danseuses légères, les tirs plus vite que son ombre… Bref, du classique de chez classique, mais ça marche toujours parce que c’est ce qui lui sied le mieux.

Juste une petit interrogation : lorsque Bartholdi et Lucky Luke arrivent à Titusville, célèbre ville de l’album « À l’ombre des derricks » (qui se déroule chronologiquement avant la construction de la statue de la liberté), notre cow-boy explique au sculpteur qu’il s’agit d’une ville qui vit du pétrole mais ne fait aucune allusions au fait qu’il a bien connu la ville !

Pour les puristes, nous sommes loin d’un album Morris/Goscinny au faîte de leur art, mais ne boudons pas notre plaisir lorsque l’album est correct, amusant, drôle, bourré de références en tout genre, de comique de situation et de tout ce qui fait que Lucky Luke est savoureux à lire.

Des comme ça, moi, j’en redemande !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°1XX] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Marshal Bass – Tome 3 – Son nom est personne : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 3 – Son nom est personne

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (2018)

Résumé :
Dans la ferme de River Bass, Bathsheba, sa femme, s’occupe de ses nombreux enfants.

Don Hercalio Vega, un riche propriétaire mexicain profite de l’absence du marshal pour passer faire des avances à la mère de famille mais cette dernière n’est pas d’humeur.

Sa fille aînée a disparu avec un indien de passage dont elle s’est entichée. Pas un mot, pas un au revoir, Dieu sait où elle peut être.

Critique :
Marshall Bass n’est pas un gentil marshal tout sympa, que du contraire, il est ambigu au possible, pas lisse du tout, bourré de défauts…

Bref, l’homme est réaliste et dans ce troisième tome archi sombre qui m’a laissé la bouche ouverte, muette de stupéfaction, dans le final, les auteurs ajoutent une facette à ce personnage qui n’a pas fini de nous étonner.

Sa fille aînée n’a rien trouvé de mieux que de foutre le camp avec un Indien dont elle est amoureuse.

Bass, père d’une famille nombreuse, ne donne pas l’impression de s’occuper plus que ça de ses gosses et s’il en a tant, c’est parce qu’il ne sait pas la garder dans son pantalon et qu’il fait coup de la nuit de noces dès qu’il revient près de son épouse.

Course-poursuite au pas, dans la neige, dans le froid, et qui partira dans un sens tout à fait inattendu, non conventionnel, même si les thèmes sont archi-connus. Tout l’intérêt est dans la manière dont les sujets courants sont traités et mis en page.

Je ne serai jamais fan des dessins, mais malgré tout, il faut souligner les décors, grandioses, mettant bien en valeur la nature, son côté implacable, son univers impitoyable (là, vous avez sûrement des envies de fredonner le générique d’une série).

Un album sombre, violent, effroyable dans sa dernière partie, mais j’aime ressortir lessivée d’une lecture car généralement, c’est qu’elle a été bonne.

Mon seul bémol sera toujours pour les dessins et les traits des visages. On aime ou on n’aime pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°93] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Darktown : Thomas Mullen

Titre : Darktown

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (2018) / Payot et Rivages (2020)
Édition Originale : Darktown (2015)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
Atlanta, 1948. Sous le mandat présidentiel de Harry S. Truman, le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers officiers noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith.

Mais dans l’Amérique de Jim Crow, un flic noir n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la vraie police.

Quand le cadavre d’une femme métisse est retrouvé dans un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse.

Alors que leur tête est mise à prix, il leur faudra dénouer un écheveau d’intrigues mêlant trafic d’alcool, prostitution, Ku Klux Klan et corruption.

Darktown est le premier opus d’une saga criminelle complexe et fascinante qui explore les tensions radicales au début du mouvement des droits civiques, dans la lignée de Dennis Lehane et Walter Mosley.

Critique :
Atlanta, 1948, une grande date pour certains, une hérésie pour d’autres : l’accession à la fonction de policier par des citoyens Noirs.

Attention, ces policiers n’ont pas le droit d’arrêter un Blanc, même en flagrant délit de crime, ils ne patrouillent pas en voiture mais à pied, ne peuvent pas entrer dans le bâtiment de la police, ont l’interdiction de boire de l’alcool même après leurs heures de service et se doivent de rester dans le quartier Noir d’Atlanta.

Un crime a lieu mais comme c’est une jeune fille Noire qui est décédée, personne ne bouge son gros cul de Blanc et nos policiers n’ont même pas le droit d’enquêter dessus.

Ce roman, il vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher jusque la fin. On a beau savoir l’Histoire de la ségrégation raciale, malgré tout, l’impact dans le plexus solaire est toujours aussi forte.

Ici, si tu es Blanc, tu te dois d’être raciste, de faire voir la vie dure aux Noirs, de les dénigrer, de défendre ta ville, ton quartier, contre l’envahissement… Si par malheur tu es un Blanc modéré dans ton racisme (tu ne tabasses pas, tu ne fous pas le feu, tu ne lynches pas, tu ne tues pas,…), fait en sorte qu’on ne l’apprenne pas, sinon, tu risques gros aussi.

Entre avanies que leurs font subir les Blancs (flics ou pas), les crachats, les insultes de types macaques, bougnoules, singes, négro (et j’en passe), la vie de flic Noir est une épreuve de chaque jour, dans ce Sud où les morts Confédérés sont encore honorés et où on a lynché des vétérans Noirs de la Première Guerre Mondiale.

Même la population Noire regarde ces huit policiers de travers, tant elle attendait énormément d’eux, oubliant qu’ils n’ont quasi aucun droit, si ce n’est d’arrêter des Noirs.

Lucius Boggs est un flic honnête, qui aimerait faire son travail correctement, c’est-à-dire enquêter sur la mort de la jeune Lilly et pas avaler les preuves toutes faites que les flics Blancs ont montées.

Problème c’est qu’en voulant faire le bien (trouver le coupable), il a ouvert la boîte de Pandore qui déverse son torrent d’injustices sur la famille de Lilly, comme si celle n’avait pas déjà assez souffert. Tout ça pour avoir voulu connaître la vérité sur son assassinat, mon cher Lucius, c’est cher payé car ils ont trinqué grave ensuite…

STOP… ON REMBOBINE ! Mais qu’est-ce que je raconte moi ? Mais non, Lucius, tu n’es pas responsable du déchaînement de haine sur la famille de Lilly ! Bordel de Dieu, c’est la faute aux Blancs, tout ça ! Qu’ils soient flics pourris racistes confédérés bas-du-front ou Blancs bien propres sur eux. C’est nous, les Blancs, qui sommes responsables du racisme et de la ségrégation…

Ce roman m’a pris aux tripes, j’ai lu des horreurs, j’ai vu des injustices qui m’ont données envie de bondir, de hurler, hésitant parfois entre le « Dieu tout puissant » ou le « putain de bordel de merde » (au choix) tant c’était effroyable ce que les Noirs ont vécu. J’en ai encore découvert, tiens, des horreurs.

Les personnages sont travaillés, ont de la profondeur et l’auteur évite le manichéisme et ne sombre jamais dans le pathos, même si le lecteur va encaisser des moments très durs durant la lecture, mais ils ne seront jamais aussi durs que ceux que vécurent et vivent encore les Noirs aux États-Unis (et ailleurs).

Partant d’une enquête classique sur l’assassinat d’une jeune fille Noire, l’auteur nous plonge dans la noirceur des quartiers d’Atlanta, dans les pensées abjectes des Blancs, dans un racisme primaire qui fait peur car pouvant basculer dans une violence sans nom pour un rien.

Un tout grand roman noir, social, où notre duo de policiers (Lucius Boggs et Tommy Smith) vont d’enfoncer petit à petit dans la fange nauséabonde qui macule les rues, les maisons ainsi que le cœur des habitants d’Atlanta.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°36].

Terres fauves : Patrice Gain

Titre : Terres fauves

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (2018) / Livre de Poche Policier (2020)

Résumé :
David McCae, écrivain new-yorkais en mal d’inspiration et citadin convaincu doit quitter Brooklyn pour l’Alaska dans le but de terminer les mémoires du gouverneur Kearny.

Le politicien visant la réélection, il envoie son porte-plume étoffer l’ouvrage d’un chapitre élogieux : le célèbre alpiniste Dick Carlson, ami de longue date, aurait de belles choses à raconter sur leurs aventures. Direction Valdez pour David, vers le froid, les paysages sauvages et un territoire qui l’est tout autant.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’alpiniste n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop.

Devenu gênant, la violence des hommes, et celle d’une nature qui a préservé tous ses droits, va s’abattre sur lui et l’obligera à combattre ses démons pour survivre.

Critique :
Aux premiers abords, David McCae, écrivain new-yorkais, ne donne pas envie d’aller boire un verre en sa compagnie.

Il est sans saveur, n’aime que la ville, rechigne à aller en Alaska (on ne peut pas lui en vouloir pour ça).

David est un personnage sans relief, plat, édulcoré. C’est ballot parce que ça donne envie de déposer le livre et d’aller voir ailleurs.

Comme son roman « Denali » (lu il y a 1 an pile-poil) m’avait emporté, j’ai persévéré, sans savoir où le roman allait n’emmener puisque je n’avais pas été relire le résumé.

Heureux les lecteurs/trices persévérant(e)s, ils/elles seront récompensés !

Alors que David continuait de me courir sur le haricot, j’ai commencé à m’intéresser au récit et quand il a basculé totalement, il m’était impossible d’en ressortir et je suis allée jusqu’au bout d’une seule traite.

Quant une interview vire au cauchemar et se transforme en récit de survie, ça vous change un homme et le David va en sortir transfiguré. Mais seul, horriblement seul contre tout le reste puisque personne ne le croit.

Il lui faudra encore quelques embrouilles pour sortir vraiment de sa coquille et comprendre ses erreurs et puis tenter de les réparer.

Ce roman, c’est la renaissance d’un homme après un séjour sur une terre sauvage, brutale, froide, hostile où la Nature est toute puissante et les ours aussi. Pourtant, même en rogne, un ours sera toujours moins démoniaque qu’un humain quand ce dernier a décidé que vous le gêniez et que vous deviez avoir une bonne leçon.

L’inconvénient c’est que la transformation de David le-sans-saveur en David attaquant-le-Goliath-machiavélique va un peu trop vite et que cela pose la question de la vraisemblance. Dans la vie réelle, on ne galérerait bien plus longtemps et nous n’aurions pas fini de ramer. David devait avoir la baraka collée à ses basques.

Au moins, je ne pourrai pas me plaindre que le récit était trop long et qu’on a fait durer le plaisir juste pour avoir des pages de plus.

Le juste milieu qui satisfait les lecteurs n’est pas facile à atteindre et si je me permets de juger, je ne sais pas ce que je ferais, moi, à la place de l’auteur, pour rester dans le réalisme. Sans doute pire…

Un roman policier qui commence platement, avec un personnage sans saveur et qui explose à un moment donné en un roman de survie, d’aventure, de nature writing, en quête de la vérité, en forme de rédemption tout en essayant de reprendre le contrôle de sa vie qui est en train de changer de manière irrémédiable.

Malgré mon bémol sur la vraisemblance du récit et sa rapidité, c’était un bon moment de lecture, même si ce roman n’arrive pas à la cheville de « Denali » au niveau de l’intensité des émotions et de la narration.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°26].

Les énigmes d’Aurel le Consul – 01 – Le suspendu de Conakry : Jean-Christophe Rufin

Titre : Les énigmes d’Aurel le Consul – 01 – Le suspendu de Conakry

Auteur : Jean-Christophe Rufin
Édition : Flammarion (2018) / Folio (2019)

Résumé :
Un riche français est retrouvé assassiné, pendu par un pied au mât de son voilier dans la marina de Conakry. Tout accuse la jeune Africaine qui vit avec lui sur le bateau. Mais Aurel se met sur la piste du meurtrier et découvre une toute autre affaire.

Avec l’aide de la soeur du défunt, débarquée de France pour reconnaître le corps, il commence à assembler les pièces du puzzle.

Et, sur les pas d’Aurel on découvre en la personne du défunt un homme complexe qui, à l’image du Lord Jim de Conrad, a vu le destin lui donner l’occasion de racheter ses faiblesses passées…

Jean-Christophe Rufin, sur un mode volontiers humoristique et avec un sens consommé du récit, nous entraîne à la suite de son étonnant enquêteur, à la découverte des coulisses du travail diplomatique et d’une Afrique inattendue, sur fond de trafic de cocaïne.

Avec Aurel Timescu, il crée une figure qui pourrait nous devenir bientôt aussi familière, dans des contextes bien différents, de celles d’Hercule Poirot ou de Jules Maigret.

Critique :
Un peu de fraîcheur, ça fait du bien, même si elle n’est que littéraire et ça ne change rien à la canicule qui sévit.

Mais la fraîcheur était aussi de mise après des lectures plus éprouvantes, plus sombres.

Toute la saveur de ce roman policier tient dans son personnage principal : Aurel Timescu.

Aurel est un Roumain qui a connu les années de Ceaușescu, qui est arrivé en France, a connu des galères avant de pouvoir entrer au Quai d’Orsay et le voilà devenu Consul de France.

Mais quel consul… Il a une dégaine qui vaut le déplacement avec son style années 30 et son pardessus alors qu’il est en Guinée et qu’il y fait chaud. Son boulot, c’est de ne rien faire, de rester dans son placard où il n’a accès ni à un PC, ni à Internet, ni même à un téléphone. Il traîne une réputation épouvantable et personne ne veut de lui.

Le problème, comme toujours, c’était l’accent. Avec sa voix qui déraillait, ses « r » roulés et ses intonations de paysan du Danube, Aurel savait qu’il était difficile de se présenter à un inconnu au téléphone sous le titre « consul de France ». Cela sentait le canular et on lui avait plusieurs fois raccroché au nez.

Pourtant, Aurel a des passions… Le vin blanc (le Tokay), le piano et les enquêtes criminelles ! Alors, quand on retrouve un Français mort et pendu au mat de son voilier, dans la marina de Conakry, Aurel profite de l’absence de l’ambassadeur pour se livrer à une enquête.

C’est à cause (ou grâce) à #La Grande Librairie que j’ai entendu parler de l’auteur et de son personnage atypique, version Columbo mais avec des casseroles au cul, sans posséder la confiance de ses supérieurs et sans les petites phrases du lieutenant.

Il est moqué, regardé de haut, pas pris au sérieux… Pourtant, si les autres personnages se foutent de lui, ne l’invitant jamais à rien, on remarque qu’Aurel mérite d’être connu, qu’il a des choses à nous apprendre et jamais son père littéraire ne se moque de lui, ne le rabaisse, ne le tourne en ridicule.

Que du contraire, l’auteur lui donne de l’épaisseur, de la profondeur et si Aurel est fantasque, maladroit et prête à rire avec son accoutrement, c’est une belle personne à l’intérieur. Un homme qui, plus jeune, a connu la dictature et le communisme.

Il avait été élevé dans un pays désorganisé où il fallait faire la queue à tout propos. Ce qui était difficile pour lui c’était de conserver dignité et volonté dans de telles ambiances. Son premier réflexe dans la foule était de retrouver la soumission et la passivité que le monde communiste exigeait de ses sujets.

La vie l’avait doté, par la force des choses, d’une résistance inépuisable face à des vexations bien plus humiliantes. La Roumanie de Ceaușescu, où il avait grandi, était à cet égard une école d’une exceptionnelle rigueur, qui armait à jamais contre la bêtise et le mépris.

On ne va pas se leurrer, nous ne sommes pas dans de la grande littérature policière, on a déjà connu mieux en matière d’intrigue, mais le récit est cohérent, amusant, rempli de fraîcheur et l’auteur ne se prive pas pour égratigner la diplomatie française, puisqu’il sait de quoi il parle.

C’est aussi une partie de la Guinée que nous visitons, sa société, que nous apprenons à connaître et même si le colonialisme est terminé, il y a toujours de la condescendance dans le ton employé par les français envers les guinéens.

Dupertuis aimait sincèrement l’Afrique et il entretenait de véritables amitiés avec ses collègues guinéens. On l’aurait beaucoup étonné en lui faisant remarquer qu’il parlait d’eux avec une condescendance qui n’était pas tout à fait sans évoquer la mentalité coloniale.

La plume de Ruffin est des plus agréable à suivre, elle est fluide, amusante, détaillée mais sans exagérer et mes yeux avançaient tout seuls sur le papier, dévorant le récit avec avidité tant il était rafraîchissant.

Un roman policier amusant de par son enquêteur atypique, ce consul que tout le monde prend pour un imbécile alors qu’il est loin d’en être un (faut juste apprendre à le connaître), un roman policier sérieux quand il parle de diplomatie ou de la société guinéenne, le tout étant parfaitement intégré dans le récit, sans que le ton soit moralisateur ou sentencieux.

Une vraie belle découverte, inattendue et qui m’a fait un bien fou avec pas grand-chose. Juste un enquêteur atypique, un hurluberlu qui ne paie pas de mine mais qui possède assez bien de qualités, bien camouflées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°24].

M.O.R.I.A.R.T.Y – T01 – Empire mécanique (1/2) : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Stevan Subic


Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – T01 – Empire mécanique (première partie)

Scénaristes : Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Stevan Subic

Édition : Delcourt – Néopolis (2018)

Résumé :
1899, Londres. Le calme brumeux d’une fumerie d’opium s’évapore à l’arrivée d’un homme en furie. Serait-ce le docteur Jekyll ?

Pendant ce temps, dans le quartier de Mayfield, un inconnu plume de manière radicale les joueurs de poker, à tel point que Sherlock Holmes est dépêché pour examiner ce champion et analyser sa tactique trop parfaite pour être honnête.

Les événements semblent liés : qui tient les deux fils ?

Critique :
J’avais découvert cette bédé dans le défunt « Lanfeust Mag » (mensuel) et j’avais envie de la lire d’un seul coup, sans attendre 1 mois entre chaque parution.

Tiens, j’avais oublié que les dessins des visages étaient aussi moches !

Nom de Zeus, la couverture était épurée, mystérieuse, avec Holmes et Watson bien esquissés et, une fois la bédé ouverte, là j’ai manqué de défaillir.

Watson ressemble à un vieillard et le dessinateur a pourvu tous les visages de stries ou de petites taches noires qu’on se demande bien à quoi elles servent, si ce n’est à enlaidir tout le monde. Holmes, par contre, donne l’impression d’avoir 15 ans de moins que Watson, ce qui n’est pas juste.

Même les yeux sont assombris avec des traits noirs, ce qui ne laisse jamais voir leur couleur.

Vous prenez une grande casserole et dedans, vous incorporez un Holmes, un Watson, un Winston Churchill, un Mycroft Holmes, un Docteur Jekyll et son Mister Hyde/Hulk (pour la  force, pas pour la couleur verte), Moriarty (mort sous les yeux de Holmes, pourtant), Baskerville, le bourbier de Grimpen, le chien maudit. Vous touillez le tout, en n’oubliant pas d’assaisonner et de surveiller la température de cuisson sous peine que le plat soit trop cuit et immangeable…

Ici, on est à la limite… À force de vouloir donner trop de goût, on sature le plat en saveurs différentes et le consommateur ne sait plus trop ce qu’il déguste… Ah oui, c’était un Holmes sauce steampunk enroulé dans du fantastique.

L’univers de Holmes ne se prête pas toujours au fantastique ou au steampunk, mais bizarrement, toutes les bédés qui sortent sur le détective aiment surfer sur ces univers et peu nous offrent des enquêtes classiques, sans vampires, loups-garous, automates, voyages dans le temps…

Ici, bingo, on a des automates, des fiacres avançant sans chevaux et des machines volantes sorties de l’univers steampunk.

Malgré les dessins moches, malgré les machines et tout le tralala lié au Docteur Jekyll Hulk, il y a dans cette enquête un truc vieux comme le monde mais auquel personne ne pense jamais, moi en premier. Une fois que je l’eu devant mon nez, j’ai levé les yeux au ciel en me disant que « bon sang mais c’est bien sûr »… Bien vu.

Bon, cette relecture ne m’a pas fait changer d’avis : sans être mauvaise, sans être merdique, cette bédé prêche par ses dessins de visages très moches et sa profusion d’éléments, de personnages connus, comme si on avait voulu en mettre le plus possible pour toucher le plus grand nombre de lecteurs/trices, ou alors, afin d’arriver à faire une histoire intéressante.

Parfois, « Trop is te veel » (trop, c’est trop). La profusion nuit en tout et dans ce cas-ci, l’allusion au Moriarty n’était pas nécessaire, on peut inventer d’autres grands méchants sans pour autant ressortir le vieux professeur de son trépas.

Comme j’ai passé un bon moment de détente et d’aventures en tout genre, je ne vais pas être trop sévère avec la cote. Et puis, faut que je vérifie ce que me réserve le second album que je n’avais pas lu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°251 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).