Là où vivent les loups : Laurent Guillaume

Titre : Là où vivent les loups

Auteur : Laurent Guillaume
Édition : Denoël Sueurs froides (07/06/2018)

Résumé :
Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante.

Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes.

Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.

Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet.

Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. La victime était-elle un simple migrant? Qui avait intérêt à la faire disparaître ?

Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne ? Monet va rester bien plus longtemps que prévu.

Critique :
Une fois de plus, je me retrouve dans un endroit qui a tout du trou du cul des Alpes !

En tout cas, les habitants sont considérés par les gens de la capitale comme des bouseux, sorte de cousins attardés se reproduisant entre eux…

Vu que le commandant de l’IGPN, Priam Monet, considère tout ce qui est hors Paname comme de la merde, on peut dire qu’il est arrivé dans ce charmant petit coin des Alpes avec des préjugés gros comme des maisons.

Priam Monet, il a la taille d’un basketteur et le poids d’un sumo (150kg) et il est une bande de personnages à lui tout seul : il déteste marcher inutilement comme un Mycroft Holmes, a le sens de la déduction d’un Sherlock Holmes (le bizarre incident du chien), le sens des question d’un Columbo, la haine du sport d’un Winston Churchill et le sens de la répartie d’un Tyrion Lannister.

Ajoutez à cela le cynisme d’un Docteur House, le regard noir d’un Lee Van Cleef, la science du tir d’un Blondin (Clint Eastwood), l’amour de l’alcool d’un capitaine Merlicht, la bienveillance d’un Poirot (si, si), le plaisir de la bouffe d’un Maigret, le crochet de Mohammed Ali et le côté sans gêne asocial d’un Sheldon Cooper car il tout droit ce qu’il pense, quitte à vous froisser.

Et je l’adore car il détonne dans le monde des romans policiers.

À propos de roman policier, le fait de découvrir assez vite le comment du pourquoi et l’identité de qui a tué le Docteur Lenoir n’a absolument pas gâché mon plaisir de lecture car le commandant Monet était une œuvre d’art à lui tout seul et les multiples rebondissements, agrémentés d’une touche d’humour, m’ont fait passer un excellent moment dans les Alpes françaises.

Rien de tarabiscoté dans l’intrigue, un scénario bien ficilé et des loups qui ne sont pas tant les Canis Lupus mais plus les Homo Sapiens Sapiens (certains à tendance Erectus) et je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’Homme est un loup pour l’Homme (et pour le loup aussi).

Un roman policier au personnage principal atypique, hors norme, bourré de défauts et rempli de cynisme, conscient de son poids, mais s’en foutant, policier au passé trouble mais à la ténacité d’un bouledogue et au sens de la justice à géométrie variable.

Un roman policier qui met en avant le côté féodal de certaines villes où un industriel règne en seigneur et maître car il fourni le travail de toute la région, un roman qui est parsemé de touches d’humour, de petites répliques qui font mouche, de personnages typés, évoluant au fil des pages et se transformant, tel une chenille devenant papillon.

Un excellent moment de lecture, sans se prendre la tête, avec un charmant petit coin des Alpes où les pompes funèbres vont avoir du boulot suite à la venue de Priam Monet.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Jesse le héros : Lawrence Millman

Titre : Jesse le héros

Auteur : Lawrence Millman
Édition : Sonatine (15/03/2018)
Édition Originale : Hero Jesse (1982)
Traducteur : Claro

Résumé :
1968, Hollinsford, New Hampshire. Élevé par son père, Jesse a toujours été un outsider au comportement inquiétant, rejeté par les autres enfants du village. Avec l’adolescence, les choses ne s’arrangent pas.

On l’accuse aujourd’hui d’avoir violé une jeune fille, on le menace d’un placement en institution spécialisée. Mais tout ce qui préoccupe Jesse, ce sont les images du Vietnam, qu’il suit obsessionnellement à la télévision, celles de cette guerre où est parti son frère Jeff, qu’il idolâtre.

Lorsque celui-ci, démobilisé, revient au pays, rien ne se passe comme Jesse l’espérait. Et c’est pour notre héros le début d’une escalade meurtrière à la noirceur extrême.

Entre le Holden Caulfield de L’Attrape-cœur et le Patrick Bateman d’American Psycho, Jesse est difficile à situer.

Est-il la victime d’un handicap mental, d’un contexte familial perturbé, d’une société où fleurissent les images violentes, ou bien un tueur en série sans empathie, capable d’éliminer ses contemporains aussi facilement que ces rats sur lesquels il aime tirer ?

Lawrence Millman nous abandonne entre ces hypothèses perturbantes, jusqu’aux dernières pages du livre et leur étonnante conclusion.

Un chef-d’œuvre du noir enfin extirpé de l’oubli.

Critique :
Que voilà un roman bien sombre, bien glauque, bien dérangeant ! Un roman noir que l’on lit jusqu’au bout avec une certaine fébrilité, en se disant « Put*** de put*** de put***, dites-moi que je rêve, dites-moi que tout ceci n’est pas vrai ! ».

Jesse est un adolescent attardé élevé par son père, la mère étant morte à la naissance.

Il a un frère aîné qui est parti au Vietnam et les images de la guerre qu’il voit à la télévision le fascinent un peu trop.

Sans compter que notre Jesse a le manche qui le démanche, alors il le frotte souvent et parfois, il ne demande pas l’autorisation à la fille pour le lui mettre dedans… Jesse pose problème pour la communauté, mais son père ne veut pas le placer.

Difficile de s’attacher à Jesse ! D’habitude, ce genre de personnage recueille toute mon empathie, mais là, mon empathie est partie et j’ai même envoyé ma conscience faire un tour lorsque je suis arrivée dans le dernier tiers du roman tant on plonge dans la noirceur et les comportements plus que dérangeants.

Si Jesse a encore l’excuse de ne pas avoir l’eau et le gaz à tous les étages, certains adultes ne bénéficient pas de ces circonstances atténuantes et cela rend leurs comportements encore plus immonde et immoral que chez Jesse.

D’ailleurs, comment voulez-vous qu’un ado attardé se comporte correctement quand des pères font des enfants à leur fille, boivent comme des trous, sont violents et que environnement social n’est pas bio mais toxique à mort ?

Roman noir, je vous le disais et la dimension sociale, bien que peu détaillée, ne laisse aucun doute sur le niveau auquel nous nous trouvons : fort bas sur l’échelle sociétale.

L’auteur ne s’embarrasse pas de tirets cadratins ou de guillemets pour ses dialogues, je pensais que j’allais bloquer dessus (comme souvent), mais non, les dialogues sont passés tout seuls et même les multiples « Son père dit » ne m’ont pas gêné dans ma lecture, ce qui veut dire que le niveau du roman était fort élevé pour que ce genre de détails importants ne m’importunent pas.

Un roman noir qui ne met pas de gants pour vous livrer une histoire assez sordide, quand on y pense bien, une histoire dont on se dit que non, on va se réveiller…

Un roman noir aux personnages violents de par leurs comportements, leurs paroles, leurs intolérances, aux personnages tendres car le père de Jesse fait ce qu’il peut pour son gamin, un personnage principal – Jesse – qui ne possède pas d’empathie et qui vit sa vie comme dans un rêve où les fantasmes de sexe et de morts violentes sont omniprésents.

Psychologiquement parlant, ceci est un roman marquant de par sa noirceur. Les faits qui se déroulent dans ces pages laisseront le lecteur abasourdi par tant de déchéance humaine, l’auteur franchissant la ligne rouge allégrement, jouant sans cesse avec la limite du tolérable, vous empêchant tout simplement de refermer le livre avant sa conclusion finale qui m’a laissée pantoise.

Put***, quel roman noir ! Une peinture sans concession d’une partie de l’Amérique des années 1960, en pleine guerre du Vietnam, bourré de petits esprits comme il en existe encore tant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) – Dernière chronique de cette édition 2017/2018.

 

Hunter : Roy Braverman

Titre : Hunter

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie Thriller (16/05/2018)

Résumé :
Si vous croisez sa route, ne vous arrêtez surtout pas.

Plus personne ne s’arrête à Pilgrim’s Rest. Une vallée perdue dans les Appalaches. Un patelin isolé depuis des jours par le blizzard. Un motel racheté par le shérif et son frère simplet. Un bowling fermé depuis longtemps.

Et l’obsédant souvenir d’une tragédie sans nom : cinq hommes sauvagement exécutés et leurs femmes à jamais disparues.

Et voilà que Hunter, le demi-sang indien condamné pour ces crimes, s’évade du couloir de la mort et revient dans la vallée. Pour achever son oeuvre ?

Après douze ans de haine et de chagrin, un homme se réjouit pourtant de revenir à Pilgrim’s Rest. Freeman a compris le petit jeu de Hunter et va lui mettre la main dessus.

Et lui faire enfin avouer, par tous les moyens, où il a caché le corps de Louise, sa fille, une des cinq disparues.

Pilgrim’s Rest sera peut-être le terminus de sa vengeance, mais ce que Freeman ignore encore, au volant de sa Camaro rouge qui remonte Murder Drive, c’est qu’il n’est pas le seul à vouloir se venger.

Et que la vérité va se révéler plus cruelle et plus perverse encore.

Car dans la tempête qui se déchaîne et présage du retour de la terreur, un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux.

Critique :
Si vous avez des envies de neige, si la montagne vous gagne et que le soleil vous réchauffe trop la couenne, un conseil, évitez à tout pris le patelin de Pilgrim’s Rest !

Non seulement, Pilgrim’s Rest, c’est le trou du cul du trou du cul de l’anus des Appalaches, mais en plus, il y fait plus dangereux s’arrêter que dans villes les plus dangereuses du monde, sans compter que certains habitants ont des esprits plus petits que la bistouquette d’une moule fossilisée  et plus étroit que… le chas d’une aiguille (vous avez eu peur, hein ?).

— Freeman, il dit vrai ? s’alarme Denise.
— Il voudrait bien que ça soit vrai, rien que pour avoir le plaisir de flinguer un nègre, ce gros cul-terreux de nuque rouge…

Dix-neuf résidents l’hiver à Pilgrim’s Rest, mais vingt en ce moment avec ce foutu nègre.

Pourtant, c’est apparemment la destination de Freeman (pas Morgan, même s’il a la même couleur de peau) et celle de Hunter (pas Rick Hunter le flic de la série), tueur en série qui s’est échappé du couloir de la mort. Freeman veut lui faire la peau et accessoirement lui faire dire où il a enterré sa fille, disparue il y presque 15 ans.

C’est l’hiver, la neige tombe dru et les températures vous gèlent tout ce qui dépasse, s’il dépasse encore un truc… Quand je vous dis qu’il ne fait pas bon s’arrêter à Pilgrim’s Rest, je ne vous ment pas !

Pourtant, le voyage, s’il fut éprouvant, valait la peine d’être effectué parce qu’il était des plus adrénalitiques (j’invente des mots, et alors ?) !

Si je devais résumer ce roman, je dirais que c’est une sorte de ©Kinder Surprise avec une coquille d’oeuf en véritable chocolat digne de cette appellation et des surprises dans la surprise générale. Un Kinder Surprise qui aurait été croisé avec une matriochka, en quelque sorte…

L’avantage c’est que tu ne dois pas attendre minuit pour la première surprise, ni le premier coup d’adrénaline. Ensuite, tu apprends des choses que les protagonistes du roman ne savent pas et hop, bardaf, une surprise dans la surprise.

Mieux que le Kinder, je te le dis ! Avec, en prime, des sueurs froides, du sexe (y’en a qui n’ont pas froid au cul), de la violence, des crimes, des énigmes, du mystère, du suspense, une enquête de dingue, un ancien flic têtu et borné, un shérif qui a la gâchette facile, un commando, un agent du FBI crétin et du serial killer que tu sauras plus pour finir qui vient de tuer qui…

Serres les fesses, ami lecteur ou lectrice, tu sauras tout au fur et à mesure, même parfois avant les flics à tel point que tu auras envie de leur gueuler la solution, tant ceux du FBI ne sont pas les plus dégourdis, surtout le mec !

— Écoutez Marvelias, j’en ai plein le dos de vos allusions et de vos insultes de chefaillon colérique. De toute ma carrière, je n’ai jamais participé à une opération aussi merdique. Vous êtes la caricature de l’agent qui se croit spécial. Spécial que dalle, oui. Spécial en foirage, spécial en connerie, spécial en mort des autres. Vous arrivez à tenir la liste des morts par la faute de votre incompétence depuis les dernières quarante-huit heures ?

Avant d’oublier, il y a aussi une touche d’humour un peu décalé, comme je l’aime et ça fait vraiment un souffle de chaud sur tout ce froid. Ou alors, ça donnera un coup encore plus froid à ceux qui y sont imperméables…

— Bon, dit Delesteros après un court silence. Ça m’a l’air d’être un tout petit patelin ici. Si on nous voit parler plus longtemps tous les deux, on va finir par s’imaginer des choses et ça va jaser. Alors à demain matin. Vous faites partie du briefing.

Une écriture sèche, rapide, sans temps mort, avec des pointes d’humour ou de sexe dans toute cette violence, un côté un peu surjoué à l’américaine, qui ne dénote pas du tout dans cette ambiance survoltée tant on a l’impression que le roman a été écrit par un amerloque pur jus ayant enclenché le bouton « sadisme envers le lecteur » pour écrire ce roman qu’on a pas envie de lâcher avant la fin.

Après ça, tu as envie d’un peu de calme et c’est l’heure de se revoir un petit Julie Lescaut bien tranquille ou même, un Derrick, juste pour calmer le jeu et le cardiofréquencemètre qui vient de piquer un sprint et faire redescendre votre tension.

— Ça fait un sacré bail que je n’ai pas vu un homme nu d’aussi près, sourit-elle en le regardant sans gêne aucune.
— Je ne suis pas certain que trois heures de marinade dans l’eau tiède soient des plus flatteurs pour ma virilité, essaye-t-il de plaisanter.

Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

Le Meilleur Ennemi de Sherlock Holmes : Martine Ruzé-Moëns

Titre : Le Meilleur Ennemi de Sherlock Holmes

Auteur : Martine Ruzé-Moëns
Édition : Du Net (11/04/2018)

Résumé :
Qui aurait cru que le véritable Sherlock Holmes serait amené à rencontrer, un jour du printemps 1924, Sir Arthur Conan Doyle en personne ?

Cette confrontation donnera le départ à une enquête passionnante aux rebondissements multiples.

Elle va amener le vieux détective à sortir de sa retraite et à reprendre du service. La vie d’une jeune femme est en danger.

Pour la sauver, il va parcourir la Grande Bretagne du Sussex jusqu’à l’Écosse.

Critique :
Qui est le meilleur ennemi de Sherlock Holmes ? Moriarty, seriez-vous tenté de dire… Ben non, Moriarty n’a pas réussi à le tuer.

Par contre, Sir Arthur Conan Doyle, son père littéraire, a tout de même commis un infanticide et il avait prévenu sa mère avant !

Un indice ? Non, ne regardez pas en bas de votre écran, mais sur la couverture du roman qui illustre bien le contenu une fois que l’on commence à le lire.

Un nouveau postulat est posé, je n’y avais jamais pensé, il est original, bien vu, et dit comme ça, on peut justifier bien des choses en utilisant le personnage de Holmes à sa manière à soi.

Entre nous, à force de lire des tas de nouveaux postulats durant mon mois de juin, je ne sais plus comment je m’appelle et je pourrais y perdre mon latin et mon grec.

Cette enquête se déroule lorsque Holmes est âgé, à la retraite et qu’il s’occupe de ses abeilles. Donc, pas de chance, le docteur Watson ne sera pas présent, mais j’ai eu mon compte de petits plaisirs avec Holmes et Mathilde…

Sans révolutionner le roman policier, l’auteure nous propose une disparition mystérieuse et un Holmes enquêtant afin de sauver la jeune fille. Un Holmes vieillissant mais toujours en forme et qui aura plusieurs affaires dans le four.

Mon seul bémol sera pour l’explication finale d’un personnage qui me faisait penser à un gros mensonge tant cette personne n’était pas réaliste dans sa manière d’expliquer. À l’entendre, je pensais dur comme fer qu’elle mentait et racontait des carabistouilles.

Ou alors, c’était un tour pour mieux nous embrouiller…

Anybref, j’ai pris plaisir à suivre Holmes dans son enquête, à découvrir une rencontre improbable entre lui et qui vous savez, sans oublier toutes les petites infos qui parsèment ce roman.

Attention tout de même de ne pas en abuser, ça pourrait vite devenir indigeste pour les néophytes comme pour les érudits. Ici, ça passe, les infos s’insèrent bien dans l’histoire sans coller une indigestion.

Pas de résolution à la Agatha Christie ou à la Thilliez, donc, si c’est ce genre de came que vous recherchez, oubliez ce pastiche…

Mais si vous souhaitez voir Holmes sous un autre jour, sans pour autant être aux antipodes de son personnage originel, si vous voulez découvrir un nouveau postulat qui est novateur (en tout cas, je ne l’ai jamais lu) et suivre une enquête tranquillement, ce roman est fait pour vous, même si je l’ai trouvé en deçà de son précédent « Mon ami Sherlock Holmes ».

Malgré tout, pas de regrets de l’avoir acheté et lu car il en valait la peine pour des tas de petites choses.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Blackwing – Tome 1 – La marque du corbeau : Ed McDonald

Titre : Blackwing – Tome 1 – La marque du corbeau

Auteur : Ed McDonald
Édition : Bragelonne (18/04/2018)
Édition Originale : Blackwing (2017)
Traducteur : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Sous son ciel brisé, la Désolation est une vaste étendue de terre ravagée, née quand la Machine, l’arme la plus puissante du monde, fut utilisée contre les immortels Rois des profondeurs.

Au cœur de ce désert, grouillant de magie corrompue et de spectres malveillants, les Rois et leurs armées attendent leur heure…

Pour Ryhalt Galharrow, la Désolation n’a pas de secrets. Chasseur de primes aguerri, il est chargé de retrouver une femme aux pouvoirs mystérieux, qui semble avoir mis au jour un inquiétant secret. Jadis, cette femme et lui se connaissaient bien.

Voilà qu’ils se redécouvrent au milieu d’une conspiration qui menace de détruire tout ce qui leur est cher, et qui pourrait mettre un terme à la trêve fragile de la Machine…

Critique :
Alors que j’ai des piles de livres qui attendent depuis des lustres d’être lus, celui-ci n’a pas fait long feu dans mon HAL.

La couverture superbe me l’a fait sortir un peu plus vite, de plus, j’avais envie de me replonger dans de la fantasy.

Si j’en ai lu assez bien, cela faisait longtemps que je n’avais plus plongé dedans.

De plus, les critiques pour ce roman étaient plus qu’élogieuses, alors, je me suis dit que qui ne risquait rien n’avait rien.

Le voyage fut-il bon ? Non, j’ai manqué de me faire zigouiller par des tas de créatures horribles, je ne compte plus les fois où j’ai eu la trouille, où j’ai dû courir, vendre mon âme en remboursement de dette, manqué de me faire déchirer en deux par des esprits entrés dans mon corps, sans compter que je me suis faite trahir, torturée, et plus, si affinités.

Pire, j’ai même failli perdre la raison dans la Désolation, zone de non droit, terres ravagées peuplées de trucs pas nets (des slweans, des dulchers ou des gillings), le genre de paysage qui devrait naître après le largage de 10.000 bombes H…

À l’époque où je portais l’uniforme, le marshal m’avait dit que seules trois sortes de gens s’aventuraient volontairement dans ce territoire maudit : les désespérés, les imbéciles et les corrompus. Les adeptes étaient suffisamment désespérés. J’avais donc réuni une dizaine d’imbéciles corrompus pour me lancer à leurs trousses.

Je n’ai jamais compris pourquoi, mais ces pitoyables créatures aimaient encore plus leurs seigneurs que Tnota aimait la queue. C’est dire.

Pas un lieu que je recommanderais pour des vacances tranquilles ! Par contre, le bouquin, vous pouvez l’emmener avec vous en vacances pour oublier le temps qui passe ou bien le lire chez vous pour vous évader à petit prix.

Mes compagnons de voyage étaient un navigateur (Tnota) qui ne pense qu’à la bite (on s’est bien entendu tous les deux, même si on ne la met pas au même endroit), une femme acariâtre (Nenn) qui ne pense qu’à se battre et un chef, limite ivrogne et tête brûlée (Ryhalt Galharrow), sombre, rempli de blessures secrètes, sorte de chasseurs de primes et chef des Ailes Noires au ordre du Sans-Nom Corbac et une Fileuse, sorte de magicienne, la mystérieuse et bizarre Ezabeth.

— Un converti, répétai-je avec une esquisse de sourire. À l’église de la sodomie et de la fornication dépravée.
— C’est la seule putain d’église que je connaisse, capitaine. (Tnota ricana et se tourna vers Nenn.) Tu devrais essayer un jour. Il paraît que t’as une sacrée queue là-dessous.
— Si c’était le cas, je la fourrerais dans un endroit plus propre que ton fion puant, rétorqua Nenn.

Pas de doute, j’étais bien entourée ! Les chevauchées et les combats furent éprouvants mais au moins, je ne me suis pas emmerdée.

Ambiance d’apocalypse ou de fin du monde, dans cette histoire car les Rois des Profondeurs commencent à bouger et une seule personne se demande si la Machine de Nall (une arme de destruction magique) sera capable de les repousser une fois de plus. Mais ce genre de questionnement est très mal vu par les autorités de la ville…

Bourré d’actions, de péripéties, d’enquête, de fausses-pistes, de questionnements, de doutes et de personnages épiques, ce roman vous fera planer comme un corbeau au dessus d’un champ de cadavres.

Un véritable festin sous mes yeux ! De la fantasy comme je l’aime, avec quelques personnages emblématiques et d’autres qui fraient dans leur univers sans que l’on sache qui est un traître ou pas, qui ment, qui dit la vérité, qui est fou, qui a raison, de la magie, mais utilisée avec parcimonie car il y a un contrecoup à payer…

Là où cette histoire se démarque des autres, c’est dans son final digne d’un esprit vachement retors ! On visait plus haut que certains livres de fantasy, assurément, et ce fut réussi !

Certes, ce n’est peut-être pas de la haute littérature pour certaines journalistes, mais j’ai passé un excellent moment dans ces pages, j’ai vécu une aventure qui ne m’a pas laissé le temps de savourer des mojitos et j’ai eu chaud mes fesses, croyant ma dernière heure arrivée.

Un roman de fantasy que je recommande à tous les fans du genre ou à ceux qui voudrait tâter de l’épée sans jamais en avoir fait.

Ce n’est pas du 4 Sherlock, mais on est plus haut que le 3,5 car il y a de la profondeur et de la justesse dans les dialogues, des situations de notre monde (la lutte de classe, pauvreté, exploitation de l’Homme par l’Homme, guerres, discussion sur le sexe des anges quand l’ennemi est à nos portes, croyances et extrémistes religieux), un scénario bien ficelé et une question : tout ce carnage valait-il la peine ?

Pour chaque manoir majestueux occupé par Lindrick et ses pairs, un millier d’âmes en souffrance iraient se coucher le ventre vide.

Quand on asticote la garde civile alors que la force de frappe de l’Empire dhojaran fond sur la nation, c’est que l’on n’est pas doté d’une surabondance d’intelligence ou d’ingéniosité.

— Mon âme pleure pour vous, le raillai-je. Je comprends. Ça ne peut pas me plaire. C’est la guerre, et je pige le principe. Je trouve simplement que le prix qu’on a payé était trop élevé.
— Nous ? Ou juste toi ?
— Quelle différence ça fait ?
— Dans un cas, tu pleures pour le monde. Dans l’autre, tu t’apitoies simplement sur ton sort.

Le point qui me fâche le plus, c’est la narration à la première personne. On suit les pensées de Ryhalt Galharrow et j’aurais apprécié avoir les pensées ou les actions des autres personnages. Une narration à la 3ème personne ou un changement de POV (Point Of View) aurait fait monter l’intérêt et donc, les étoiles.

— Vous êtes tombé bien bas, me lança-t-il sèchement tandis que j’actionnais la poignée de la porte. Regrettez-vous parfois vos décisions, quand vous êtes entre deux bouteilles ?
— Lorsqu’on se rend compte que la montagne qu’on gravissait n’est qu’un tas de merde, la chute paraît moins dure.

— Vous êtes une Aile noire, lâcha-t-elle avec désinvolture. Vous pouvez décider que ce sont vos affaires.
— Les gens qui abusent de leur pouvoir ont tendance à ne pas s’y accrocher longtemps. Je refuse de jeter l’ombre d’un soupçon sur la mémoire de Gleck. Il méritait mieux que ça. Il était peut-être dingue, mais il n’y avait pas plus loyal que lui.

Les hommes de son calibre ne comprenaient pas que le véritable pouvoir était silencieux. Un homme comme le marshal Venzer ne fanfaronnait pas ni ne défiait ses ennemis, il leur disait simplement ce qu’il attendait d’eux. Soit ils rentraient dans le rang, soit ils se retrouvaient écrasés, réduits en miettes par le poids de son autorité. Il ne se vantait jamais de ses victoires, ne venait pas jubiler devant les vaincus. Le véritable pouvoir se dessine dans le mépris que l’on a pour ceux qui ne le respectent pas.

— Les gens sont des moutons, assenai-je. Ils font ce qu’on leur demande. Ils croient ce qu’ils veulent, ou ce qui leur fait le plus peur. Si ça ne leur plaît pas, ils rejettent tout en bloc ou font comme s’ils n’avaient rien entendu. C’est naturel. On ne peut pas le leur reprocher. On ne peut pas non plus leur affirmer qu’ils sont stupides. Ils ne comprennent pas qu’ils sont des moutons. Comment le pourraient-ils ? Les moutons ne se rendent pas compte que le berger est plus malin qu’eux.

Il arrive souvent que des gens de bien essaient de faire ce qu’il y a de bien pour de mauvaises raisons appartenant à de mauvaises personnes. L’homme grisonnant semblait être de ceux-là.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

Les derniers jours de Newgate : Andrew Pepper

Titre : Les derniers jours de Newgate

Auteur : Andrew Pepper
Édition : 10/18 Grands détectives (04/01/2018)
Édition Originale : The Last Days of Newgate (2008)
Traducteur : Daniel Lemoine

Résumé :
En 1829, la police londonienne n’existe pas encore. Les affaires criminelles sont confiées aux Bow Street Runners, des hommes à la moralité douteuse, à peine plus recommandables que les malfaiteurs qu’ils traquent. Pyke est l’un d’eux.

Tout autant à son aise dans les bars crasseux et infâmes de Londres que dans le salon victorien de lord Edmonton.

Ce dernier, un vieil aristocrate fortuné au-dessus de tout soupçon, lui demande de retrouver l’escroc qui a détourné les fonds de l’une de ses banques.

Alors que Pyke est sur les traces du coupable, il ne se voit pas tomber dans un redoutable piège.

Bientôt emprisonné à Newgate, son seul espoir repose sur la détermination d’Emily Blackwood à prendre parti contre son père : lord Edmonton.

Critique :
♫ There is a house in New Orleans,♫ They call the rising sun ♪ And it’s been the ruin of many a poor Boy, ♪ And God I know I’m one ♫

Non, non, non ! Coupez ! J’ai pas demandé eu D.J la V.O, moi, mais la V.F. Bon sang, le petit personnel n’est plus ce qu’il était. Bande d’Animals, va.

♫ Les portes du pénitencier, bientôt vont se fermer, Et c’est là que je finirai ma vie ♫ Comm’d’autres gars l’ont finie ♫

Cette bande-son collera mieux au corps de ce roman vu que nous serons incarcéré à Newgate et que ça a plus des airs de pénitencier que de Club Med !

Londres 1829. Victoria n’a pas encore posée ses gracieuses fesses (ou son honorable postérieur) sur le trône et en ce temps-là, c’était George IV qui l’occupait.

L’Angleterre de Victoria comptait son lot de miséreux, mais sous George, ça n’allait pas mieux non plus et l’auteur m’a fait plaisir en ajoutant une touche de descriptions sociales dans son polar historique qui, sans être trépidant, ne vous fera pas dormir non plus (sauf si vous avez passé une nuit blanche avant).

En ce temps-là, Scotland Yard n’est pas encore né, on le sent venir, ne manque plus qu’un dernier coup de rein pour évincer les Bow Street Runners, ces gars qui, comme ceux qui nous gouvernent, ont une moralité douteuse (je sors !).

Vous aimez le côté droit de Sherlock Holmes ? Vous appréciez que de temps en temps il fasse la nique à la loi ? Ou qu’ils utilise des informateurs pour avancer dans son enquête ?

Et bien, dans ce polar, l’enquêteur Pyke va vous défriser l’bazar à tel point que vous vous demanderez s’il ne se la joue pas « hôpital se foutant de la gueule de la charité » ou « Munster disant au Camembert : tu pues  » !

Certes, les putes de fils (je n’insulterai pas leurs mères) qu’il va mettre devant leurs forfaits accomplis sont des salopards de première classe, mais Pyke peut aller bouffer à leur râtelier et ses mains sont toutes aussi remplies de sang que les leurs.

La fin justifiera tous les moyens ! Même des morts innocentes.

Ok, Pyke n’a pas étranglé un bébé, mais je lui garderai tout de même un chien de ma chienne ainsi qu’a son auteur. Avec Olivier Norek, c’est une histoire de chat, dans le cas d’Andrew Pepper, ce sera une affaire de chien. Dire qu’il ose ensuite faire des reproches aux autres.

Pourtant, malgré tout, je l’ai bien apprécié, le Pyke et son côté taiseux, entêté durant une enquête, poursuivant sans relâche afin d’arriver à résoudre l’affaire. Il a un côté holmésien dans le fait qu’il ne montre jamais ses sentiments.

En 1829, ça grognait déjà et toujours entre les catho et les protestants, le moindre fait est monté en épingle et une fois la mèche allumée, yapuka laisser tout péter, les gentils habitants se chargeant eux-mêmes de s’assassiner entre eux. Machiavélique !

Toujours ces vieilles histoires… Le catho en veut au protestant de lui avoir cassé la gueule hier et le protestant rappelle au catho que la semaine dernière, il massacrait 30.000 des siens, alors que le mois dernier, c’était… ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Le serpent se mord la queue et les morts de maintenant ne rachèteront jamais les morts d’avant. Pourtant, chacun campe sur ses positions et cet antagonisme est bien rendu dans le récit, donnant une certaine atmosphère à ces pages bien sombres.

Les dialogues sont souvent percutants, machiavéliques même, à certains moments, et l’enquête de Pyke va l’entrainer dans une spirale de violence à faire pâlir de jalousie Jack The Ripper him self car les cadavres vont se ramasser à la pelle et Pyke ne sera pas toujours innocent dans ces affaires, comme je vous le disais plus haut (suivez !).

Un polar historique qui se lit tout seul car les personnages vous entraineront dans cette gigue infernale et la question qui se posera dans ces pages sera « Qui a fait ça et pourquoi ? ».

La solution se trouvera à la fin et oui, c’est perfide ! Mais tout à fait naturel et vieux comme le Monde.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

L’héritier de Moriarty : Annelie Wendeberg [LC avec Bianca]

Titre : L’héritier de Moriarty

Auteur : Annelie Wendeberg
Édition : Presses de la cité – Sang d’encre (26/04/2018)
Édition Originale : The Journey (2014)
Traducteur : Florence Hertz

Résumé :
Anna Kronberg revient… enceinte et traquée.

Enceinte de son pire ennemi, Anna Kronberg a repris espoir quand elle est parvenue, épaulée par Sherlock Holmes, à empoisonner Moriarty.

Mais le redoutable professeur a tout mis en œuvre pour pouvoir continuer, même après sa mort, à torturer la mère de son enfant à naître : il a demandé au colonel Moran, son homme de main et grand chasseur de gibier, de mettre la main sur Anna et Holmes, puis d’attendre la naissance de l’enfant, d’enlever le nouveau-né et de tuer les deux acolytes.

Commence alors une course-poursuite entre plusieurs continents, sur fond de menaces d’attaques bactériologiques, de réseaux d’espionnage et de prémisses de grand conflit mondial.

Holmes et Kronberg sont prêts à tout pour contrer les funestes projets de Moriarty, même à mettre en scène une fausse-couche…

Critique :
C’est avec un polichinelle dans le tiroir que nous retrouvons Anna Kronberg, pataugeant dans la lande humide en compagnie de Sherlock Holmes.

Dans son ventre, l’enfant de Moriarty grandi et, suivant la haute silhouette de Holmes, elle fuit le colonel Sebastian Moran.

Ce troisième épisode, je l’attendais et le craignais à la fois car il fallait rebondir sur un tome 2 très huis clos où Holmes était peu présent et où Anna avait affronté Moriarty.

Enceinte et en fuite, cela pouvait vite tourner en eau de boudin ou en guerre larvée avec un Holmes excédé par une femme en cloque qui, soyez certain, n’a pas envie de mettre sur l’mur, au-dessus du berceau, une photo d’Arthur Rimbaud !

Et puis, avec un Holmes aux p’tits soins, qui s’défonce en huit pour qu’elle manque de rien la p’tite… Et bien, ça la fout en rogne, Anna, qu’on lui fasse preuve de sollicitude ou qu’on la croie en porcelaine.

L’auteur a bien tiré son épingle hors du jeu, sans tomber dans les pièges d’une pareille histoire, évitant tous les écueils guimauviens et nos amis avaient beau être à pied et trempé, on s’est vite retrouvé à la moitié du récit qu’on n’y avait rien vu.

Le couple Holmes-Kronberg marche du tonnerre sans jamais sombrer dans la mièvrerie. Il est composé de respect, de sentiments amoureux (pour Anna), d’amitié, de cerveaux connectés et d’un Holmes qui a envie de faire un pas en avant tout en faisant trois pas en arrière.

Accorder leurs violons semble être une tâche pour le moins difficile, surtout que Holmes ne montre jamais ses sentiments et que s’il se dévoile un peu, c’est pour mieux se refermer, tel une huitre à qui on voudrait voler sa perle.

Un passage que j’ai bien aimé, ce sont les réflexions d’Anna sur les prostituées et sur le carcan dans lequel la société victorienne se réfugie, regardant ailleurs. Le fait d’avoir visionnéé des reportages sur Jack The Ripper m’a ouvert une fenêtre en plus dans le récit.

Anna n’a pas sa langue en poche et elle ne se prive pas de fustiger cette société qui refuse des droits aux femmes, qui les empêche d’accéder à certaines professions, sur le fait que cette société bien-pensante évite de parler de sexe et qu’elle fasse comme si les femmes tombaient enceinte de par l’opération du Saint-Esprit ! Savoureux !

Niveau rythme et suspense, on n’est pas volé. L’ombre de Moran et de son sbire plane sur le récit et si l’homme était un animal, on sentirait son haleine fétide sur nos talons. D’ailleurs, tout comme Holmes et Anna, on n’est jamais trop sûr d’avoir réussi à le berner.

L’ennemi est à la hauteur, c’est un chasseur de grands fauves et si Holmes est traqué aussi, c’est Anna qui fait souvent figure de chèvre pour appâter le chasseur transformé en tigre.

Le récit se veut réaliste au niveau des douleurs ressentie par une femme enceinte ainsi que dans la scène d’accouchement. Le fait qu’Anna soit médecin donne aussi plus de corps à ce genre de détails puisqu’elle connait bien l’anatomie humaine.

Dommage que le récit n’ait pas été un peu plus long ce qui l’aurait étoffé. C’est bien joli de nous reparler de la menace bactériologique des tomes 1 et 2, mais l’auteure ne pousse pas assez loin cette menace et cela donne un sentiment inachevé, comme si on avait mis des épices sur le plat principal mais oublié de saler un des accompagnement.

Le final est comme il devait être, dans la logique. J’aurais aimé un autre, mais ce que mon coeur désirait mon esprit ne pouvait le valider car il aurait été à l’encontre de ce que les trois tomes nous avaient montré.

Une belle trilogie politico-historique avec, en toile de fond, les prémices de ce qui deviendra La Grande Guerre avec son cortèges d’horreurs dont on aura un bref aperçu dans l’annexe.

Une trilogie holmésienne où Holmes n’est pas le personnage principal mais qui se retrouve tout de même aux avants-postes avec une compagne d’enquête qui n’a pas démérité sa place.

Une LC surprise avec Bianca car non programmée au départ. Ma binôme savait que j’attendrais le mois de juin pour le lire et elle a attendu avec moi aussi, afin que nous le découvrions ensemble. Merci à elle.

3,78 Sherlock

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

Black Butler – Tome 25 : Yana Toboso

Titre : Black Butler – Tome 25

Scénariste : Yana Toboso
Dessinateur : Yana Toboso

Édition : Kana (16/03/2018)

Résumé :
Afin de contrer le music-hall et ses activités clandestines, Ciel décide de monter son propre établissement et de proposer son propre spectacle : les Phantom Five.

Critique :
Enfin, nous allions savoir ce qui se passe derrière les hautes portes du Sphere Musical !

Bon, j’en savais déjà un peu plus grâce au tome précédent, mais je ne vais pas vous en dire trop non plus.

Cette aventure a tout des airs d’une bagarre entre deux boys-band, sorte de guerre entre les To Be Frites et les World’Patate, comme au bon vieux temps de notre jeunesse où certaines filles devenaient hystériques face à ces bôgosses.

Le plan de Ciel est bien trouvé, très bien trouvé et à la limite du machiavélisme car, pour arriver à coincer les hommes de mains de Bravat, il n’hésitera pas à envoyer des gens à la mort et à utiliser les gens de son entourage comme des pions.

Non, Ciel n’a rien d’un gentil petit garçon et ce tome nous montre une fois de plus sa noirceur, même si elle était utile pour faire cesser les activités de Bravat. La fin justifie-t-elle les moyens ? Vous avez 3h pour me pondre vos pages.

Anybref, maintenant, je sais tout, mais je me demande si ce genre de chose aurait été possible dans l’Angleterre victorienne… Sans doute que non, mais puisque nous avons un diable de majordome à nos côtés, on se dit que tout est possible.

Un tome bourré de révélations, d’humour, de suspense et qui se termine avec un cliffhanger de malade (sadisme !!) juste pour nous pourrir la vie jusqu’au prochain tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Les diables de Cardona : Matthew Carr

Titre : Les diables de Cardona

Auteur : Matthew Carr
Édition : Sonatine (16/05/2018)
Édition Originale : The Devils of Cardona (2016)
Traducteur : Claro

Résumé :
1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d’Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe.

Est-ce l’œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l’identité, et qui a promis l’extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ?

La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l’islam en secret.

À la veille d’une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d’une famille juive, est chargé de l’enquête.

Très vite, les tensions s’exacerbent entre les communautés, une véritable guerre de religion se profile. Et les meurtres continuent, toujours aussi inexplicables.

Entre l’Inquisition et les extrémistes morisques et chrétiens, la tâche de Mendoza va se révéler ardue.

Critique :
Espagne, 1584… Non, je n’irai pas passer mes vacances dans le petit bled de Belamar de la Sierra !

Je viens de mener une enquête difficiles aux côtés de Bernardo de Mendoza – magistrat à Valladolid – de son jeune scribe Gabriel (♫ tu brûles mon esprit ) et de Luis de Ventura.

Durant notre périple de 450 pages, j’ai manqué de mourir 10 fois et c’est contente d’avoir échappé à tous les traquenards tendus pour nous évincer de cette enquête que j’ai terminé cette lecture.

Les guerres de religion, elles sont toujours latente, les braises sont chaudes et elles ne demandent qu’un petit souffle pour embraser une région où cohabitent vieux-chrétien et morisques, ces Musulmans espagnols qui furent convertis par la force au catholicisme.

Le vieux-chrétien se sent toujours plus chrétien que le morisque et à la limite, plus catholique que le Bon Dieu lui-même ! Et je ne vous apprend rien sur le fait que l’on voit plus facilement la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien et que les plus grands catholiques ne sont jamais ceux qui se prétendent l’être.

L’enquête que le magistrat Bernardo de Mendoza va mener sur la mort du curé, sur celles de trois bergers, sur le viol des bonnes sœurs et les attaques de vieux-chrétien ne sera pas simple et il faudra marcher sur des œufs afin de ne pas attiser les braises de la haine qui couvent toujours.

Ni rameuter l’Inquisition qui ne se sent plus dès qu’on parle de tortures ou de bûchers et qui est sans cesse à la recherche de nouveaux clients afin de tester ses machines de la mort qui tue. La délation étant sa plus fidèle amie, cette petite entreprise ne connait pas la crise…

Dans cette gigantesque partie d’échec, des mains invisibles déplacent les pions que sont les habitants de la région de Cardona, les montañeses, les enquêteurs et tous les autres.

Pas besoin d’avoir fait des hautes études si l’on veut déclencher une guerre, il suffit de faire en sorte que l’on ait de bonnes excuses pour attaquer l’autre et la meilleure est de faire croire à tout le monde que ces derniers vous ont attaqué lâchement. Holmes n’a pas l’apanage du déguisement…

Dans ce polar historique, l’auteur prend le temps de nous présenter l’Espagne telle qu’elle était en ce temps-là, avec ses mentalités un peu rétrograde (pour nous en 2018 qui n’avons plus peur de l’Église), ses vieilles haines de l’Autre, ses conversions de force des Musulmans au Catholicisme, la surveillance étroite sous la laquelle ils se trouvent tout le temps, les esprits aussi étroit que le cul d’une nonne vierge, les anciennes guerres de religion, bénies par le Pape lui-même…

L’esquisse des personnages se fait au fur et à mesure, certains étant plus facile à cerner que d’autres, mais en tout cas, ils étaient eux aussi bien dans leurs bottes et dans leur époque, le tout sans manichéisme, même si les Méchants sont retors, lâches, envieux, violeurs, maîtres-chanteurs, concupiscent, obsédés du sexe (biffez la mention inutile selon le personnage).

Le climat est malsain, ça pue la délation et le chantage à tout va, la violence est omniprésente, mais sans jamais devenir exagérée ou inutile. Nous ne sommes pas dans le pays des Bisounours non plus !

Une enquête difficile, remplie de pièges, où il faut faire preuve de diplomatie si on ne veut pas voir la région d’embraser, déjà qu’on a jeté de l’huile sur le feu et que tout le monde est prêt à se sauter à la gorge…

Un thriller policier historique mené de main de maître, avec brio (avec qui ?), sans en rajouter, porté par une écriture qui frappe comme une épée lors d’un combat, le tout sans jugement des personnes qui croient au même Dieu mais lui donne un nom différent.

Magistral !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

Le manuscrit inachevé : Franck Thilliez

Titre : Le manuscrit inachevé

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Editions (03/05/2018)

Résumé :
Un manuscrit sans fin, une enquête sans corps, une défunte sans visage pour un thriller virtuose !

Aux alentours de Grenoble, un jeune a fini sa trajectoire dans un ravin après une course-poursuite avec la douane. Dans son coffre, le corps d’une femme, les orbites vides, les mains coupées et rassemblées dans un sac.

Léane Morgan et Enaël Miraure sont une seule et même personne. L’institutrice reconvertie en reine du thriller a toujours tenu sa vie privée secrète.

Car sa vie, c’est un mariage dont il ne reste rien sauf un lieu, L’inspirante, villa posée au bord des dunes de la Côte d’Opale où est resté son mari depuis la disparition de leur fille.

Mais un appel lui annonçant son hospitalisation à la suite d’une agression va faire resurgir le pire des quatre dernières années écoulées. Il a perdu la mémoire. Elle est seule.

Dans le vent, le sable et le brouillard, une question se posera : faut-il faire de cette vie-là un manuscrit inachevé, et en commencer un autre ?

Critique :
Franck Thilliez, si je le croise, je m’en vais te le séquestrer façon « Misery », moi !

Annie Wilkes, comparée à la Belette, ce sera un enfant de cœur.

Le Thilliez, je vais le travailler en férocité, moi, le faire marcher à coup de lattes ! À ma pogne, je veux le voir ! Et je vous promets qu’il demandera pardon, et au garde-à-vous !

Au quatre coins de Paris qu’on va le retrouver, le Thilliez. Éparpillé par petits bouts, façon « Puzzle », puisqu’il les aime tant. « Atom[ka]isé », sûr qu’il va faire le « Grand Voyage » grâce à la Belette. Un aller simple pour le terminus des auteurs audacieux que je m’en vais lui composter, moi.

Sa dernière pensée fut pour sa mère quand la Faucheuse lui composta son billet, trois virages plus loin. Il n’avait pas mis sa ceinture de sécurité.

Ce ne sera que justice puisqu’il a failli me faire passer une nuit blanche car je voulais savoir, puisqu’il m’a scotché avec son dernier roman, puisque j’ai sué sang et eau en tentant de découvrir LA solution, puisque j’ai « Rêver » que je l’avais trouvée…

Toute fière que j’étais de croire que le voile s’était déchiré et prête, tel Archimède dans sa baignoire, à me dresser en criant « EUREKA » avant de me rendre compte que des tas de trucs ne collaient pas et que MA solution, j’allais en faire mon « Deuil de Miel ». Bon, je m’en étais tout de même fort approchée. Ça me console un peu.

Oui, Thilliez m’a fait tourner la tête d’entrée de jeu, donné des « Vertiges » avec son roman dans le roman dans le roman… Déjà que je suis perdue lorsque l’on voit un type lisant un magasine avec, sur la couverture, le même type lisant le même magasine qui, sur sa couverture a l’image du même type….

Malgré tout, j’ai vite passé au-dessus du côté matriochka du roman, l’oubliant même, m’immergeant totalement dans l’histoire, tant l’auteur a su la rendre réelle. J’étais spectatrice de cette histoire, comme si j’en avais fait partie intégrante, planant sur l’ensemble.

Petit plus dans une partie des lieux où se déroule le roman, notamment à la côte d’Opale, je les connais bien et jamais plus je ne verrai le fort d’Ambleteuse de la même manière.

Niveau personnages, beaucoup de réalisme aussi, de plus, l’auteur a eu la bonne idée de donner la parole à tous et toutes, reprenant même des passages lu avec un autre narrateur, nous permettant de découvrir alors l’autre côté, ce qui rendait l’histoire encore plus prenante et addictive.

Thilliez, dans ce roman, il est dingue, fou, étonnant, taré, illuminé, inspiré, déjanté !

Lire son roman, c’est comme marcher dans un marigot, avançant lentement pour ne pas rater une bouée, sans oser rester à la traine pour autant car le suspense est trop grand, tout en faisant aussi attention aux crocodiles qui pourraient surgir de sous l’eau brunâtre et nous surprendre.

Quand on est persuadé de quelque chose, toutes les coïncidences auxquelles on ne prêterait même pas attention d’ordinaire se transforment en indices. En éléments qui ressemblent à des messages qui nous sont adressés. Alors que ça ne reste que des coïncidences.

Léane savait que, à force de chercher des liens, on finissait toujours par en trouver, même les plus absurdes. N’en avait-elle pas la preuve avec cette histoire de plagiat dont lui avait parlé Pam ?

Thilliez, une fois de plus, a joué avec mes pieds, avec mon rythme cardiaque, avec mon cerveau qu’il a mis sens dessus-dessous, se permettant en plus de faire des références à des romans du King (Misery et La Part Des Ténèbres) ainsi qu’aux personnages de Conan Doyle. Petit coquin ! Il sait me causer, le Thilliez…

Le courrier était signé « Irène A. ».
— Irène A. pour Irène Adler. L’un des personnages de Conan Doyle. Vic tendit à son collègue le paquet.

— Pourquoi ceux-là ? C’était une vraie énigme, en soi, digne d’un Conan Doyle.

— On a déjà eu Docteur Watson, je parierais pour Professeur Moriarty, lança Vic. Le grand méchant des romans de Conan Doyle.
— De vrais petits comiques…

C’est en rougissant sous la honte que je signalerai que la grande amatrice de Sherlock Holmes que je suis n’a pas détecté toutes les énigmes, ni LA solution finale, et qu’elle est allée bêtement demander des infos à Yvan (Blog ÉmOtionS) qui, gentiment, m’a mis sur la bonne voie, ce qui m’a permis ensuite de crier ce fameux EUREKA et de sortir de cet « Anneau de Moebius » dans lequel le final m’avait plongé.

Vous ne savez pas ouvrir vos yeux ni regarder en profondeur, derrière la complexité apparente de simples équations. Les réponses sont étalées sous votre nez depuis le début. Vous aviez juste à tendre la main et vous servir.

Astucieux, l’homme ! J’adore le concept de ouvert/fermé.

« Angor » une fois je le dis : Thilliez est le roi des énigmes, le roi du trifouillage mental, l’empereur du polar qui t’élève au-dessus, bien au-dessus des polars classiques.

Il ne faut pas toujours chercher derrière les écrivains de thrillers des êtres tourmentés ou des psychopathes.

Thilliez, c’est un magicien, le roi de l’embrouille, le roi de l’illusion, tu n’y vois que du feu et même une fois qu’il t’a expliqué son tour, t’as toujours les yeux brillants de plaisir car t’as rien vu venir. Excellent !

Un roman est un jeu d’illusions, tout est aussi vrai que faux, et l’histoire ne commence à exister qu’au moment où vous la lisez.

La mémoire est extrêmement complexe, elle peut parfois nous jouer des tours et créer de faux souvenirs. Elle a horreur des vides et les comble d’elle-même lorsque c’est nécessaire.

PS : ceux qui ont lu Thilliez auront remarqué que je cite quelques uns de ses romans dans ma chronique, je les ai entouré de guillemets pour les non-initiés, pour qu’ils n’aillent pas penser que j’ai fait des fôtes ou que j’ai adrabé un rhube.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).