Nains – Tome 12 – Kardum du Talion : Nicolas Jarry & Stéphane Créty

Titre : Nains – Tome 12 – Kardum du Talion

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Stéphane Créty

Édition : Soleil (24/10/2018)

Résumé :
Fils d’un souffleur de verre, Kardum refuse sa condition et, au terme d’une longue et sanglante ascension, devient l’un des plus puissants marchands de son peuple. De la dague aux engins de siège, il fonde un empire dans le commerce des armes et fournit quiconque est en mesure de payer, quels que soient sa race et ses intentions.

Critique :
Rogntudjû ! Encore un album que j’avais lu et non chroniqué ! y’a du laisser-aller, moi je vous le dis.

Si Kadrum avait fait comme moi, jamais il ne serait devenu un commerçant puissant ! Tiens, c’est peut-être pour ça que je ne suis pas bourrée de fric comme lui…

J’ai aussi quelques scrupules et pour moi, la phrase « Business is business » ne s’applique pas. Pourtant, si on veut devenir riche, il faut vendre LE produit demandé par les clients.

Donc, si les Culs Verts (les orcs, gobelins et autre trucs verts) veulent des armes, ben faut leur en vendre… Et on se fiche que ces armes servent à massacrer les nôtres puisque « Business is business » (retenez bien la phrase !). Puis, en passant, on peut aussi armer le clan adverse, tiens, histoire d’équilibrer les forces et de remplir son compte en banque.

Oh, un air de déjà-vu… Ah non, pardon, nos pays ne vendent jamais d’armes aux pays en guerre ou qui voudraient les utiliser contre le peuple ! M’enfin, mauvaises langues que vous êtes. Toutes ces armes, c’est juste pour gagner le concours du meilleur tireur au pigeon d’argile.

Ce ne sont pas les armes qui sont dangereuses, mais ceux qui le tiennent en main. Kadrum n’a pas tort. Il est cynique mais malheureusement, il a raison et il ne s’embarrasse pas de sa conscience. Il est retors, aussi et n’aime pas qu’on tente de le rouler.

Anybref, lui chiez pas dans les bottes où il vous en cuira. En commerce, il ne faut pas être faible avec les mauvais payeurs. Oui, lire Kadrum est un enseignement précieux pour quoi veut devenir riche et puissant. N’oubliez pas d’arroser les autres, sinon, ils vous tendront des pièges pour vous faire tomber.

Kadrum a le fric mais il a surtout le pouvoir et le savoir ! Le fric, le savoir et le pouvoir… Mieux que Game Of Thrones ! Surtout que Kadrum est parti de rien. Mais il lui manque toujours quelque chose : la reconnaissance de sa maman !

Seuls les hommes sont importants. L’or n’est qu’un outil, il n’a pas d’âme. Il n’est que le résultat d’une réussite et non la réussite en elle-même.

Tout compte fait, Kadrum, qui n’est pas un imbécile, loin de là, se retourne aussi sur sa vie, sur son parcours, se demandant si tout compte fait il n’aurait pas dû rester simple marchand au lieu de viser si haut et d’attiser tant de jalousies.

Il en va de la vie comme des affaires… On peut tout perdre en un claquement de doigts. Mais j’avais perdu bien plus que l’or et ma forteresse. J’avais perdu mes amis, ma famille…

Il en va de la vie comme des affaires, un coup on gagne, on a une bonne main, tout va pour le mieux et puis, bardaf, c’est la déchéance et plus on est monté et plus la chute est rude.

On ne revient pas en arrière… La vie est un torrent furieux. On peut seulement tenter de garder la tête hors de l’eau…

Oui, l’histoire peut sembler éculée : celle d’un homme parti de rien et qui a tout bâti de ses mains, avec son intelligence, sa science du commerce, l’art d’être là au bon moment et au bon endroit, mais Nicolas Jarry a cette capacité de nous raconter ces vieilles histoires avec brio et on a toujours l’impression qu’on l’écoute pour la première fois.

Les dessins mettent bien en scène les cités Naines, les personnages, les décors sont grandioses et le scénariste, lui, cache bien son jeu en nous montrant ses personnages qui ne sont peut-être pas tels qu’il nous les présente, qui peuvent avoir une face cachée, bonne ou pas, ça je ne vous le dirai pas.

Tout ce que j’espère, c’est que nous aurons la suite du bras de fer entre Kadrum et Derdhr, la terrible dirigeante de la Banque de Pierre. Elle n’a pas son équivalent humaine, elle.

Une fois de plus, un excellent opus des Nains ! Je m’en voudrais de ne pas vous le signaler.

♫ I’ve lived a life that’s full.
I’ve traveled each and every highway;
And more, much more than this,
I did it my way. […]
Yes, there were times, I’m sure you knew
When I bit off more than I could chew.
But through it all, when there was doubt,
I ate it up and spit it out.
I faced it all and I stood tall;
And did it my way. ♪
« My Way » de Frank Sinatra

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°77.

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Sonora – Tome 2 – Lola Montez : Jean-Pierre Pécau & Benoît Dellac

Titre : Sonora – Tome 2 – Lola Montez

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Benoît Dellac

Édition : Delcourt Néopolis (31/01/2018)

Résumé :
Après l’assassinat d’un mineur chilien, le général de Freney pousse les mineurs à se débarrasser des Hounds et rétablir enfin la sécurité dans les placers. Mais son but est ailleurs et il est vraiment prêt à tout pour arriver à ses fins.

Devenu Alcade, et toujours assoiffé de vengeance, Max va devoir naviguer à vue entre ses intérêts et ceux de son employeur, sa vengeance… et ce que lui dictera son coeur.

Critique :
L’Histoire est un éternel recommencement et ceux qui fustigeaient les comportements des uns, s’empressent toujours de faire comme ceux qu’ils vilipendaient avant de les chasser. Un clou chasse l’autre et notre Maximilien Bonnot a tout du marteau.

1850. Nos mineurs français grognent, la Californie vient d’être nommée 31ème états des États-Unis et le mot « impôt » les fait grimper au mur.

Pourtant, ces gens creusent sur une terre qui n’est pas la leur et n’apprécieraient qu’on vienne creuser dans leur jardin… Mais ce qu’on aime pas que l’on fasse chez nous, on le fait chez les autres.

La politique et toujours la politique, c’est le maître mot de cet album, avec l’élite au pouvoir et les damnés de la terre qui, tout comme Tuco dans « Le bon, la brute et le truand », creusent car c’est une élite qui a le pouvoir (et des revolvers chargés).

N’oublions pas, dans ce tableau qui n’a rien de socialiste, la vengeance que Max (Maximilien Bonnot) voudrait assouvir sur l’homme qui lui  a fait vivre l’enfer durant la révolution française de 1848. Il connait son nom, mais pas sa gueule et un nom, ça se change.

Heureusement que la belle Lola n’a pas que des charmes de chair mais aussi un petit talent d’enquêtrice… Elle va lui trouver, le nouveau nom.

Dans ce deuxième et avant-dernier album, tout le monde évolue : Tortillard devient un porte-flingue fou, sans pitié, loin du gamin sages des premières pages, Lola nous montre ses charmes (oups, elle ne change pas), Max se rend compte que ceux qui ont chassé les Hounds qui faisaient vivre l’enfer aux placers, sont devenus comme eux, le général de Freney a des encore plus hautes ambitions qu’avant et les mineurs français pensent qu’après avoir foutu la raclée aux soldats américains, ceux-ci n’y reviendront plus.

Les dessins sont toujours dans les tons chauds, bien esquissés, sauf parfois les têtes des chevaux, on évolue dans le scénario, on change aussi de place puisque nos amis vont quitter la Californie pour le Sonora et la politique fait une entrée tonitruante dans le récit. Elle n’est jamais bien loin, elle.

On a du rythme, de l’action, de la violence, de l’Histoire, des gens qui rêvaient d’un monde meilleur, d’un monde plus juste et qui ont trouvé pire que ce qu’ils ont quitté en France.

La fameux Monde Libre n’est pas aussi libre qu’on le pense… D’ailleurs, il est né sur des vols, des spoliations, des massacres, des guerres et ses nouveaux habitants ne sont jamais que des Hommes qui ont quitté leurs pays respectifs, de gré ou forcé (Europe, Asie, Afrique).

Au final, que l’on soit miséreux aux States ou en France, on se fait toujours exploiter par les autres, ceux d’en haut et ce sont toujours les petits qui pâtissent en cas de coups durs, pas le puissant en haut de son trône, caché derrière ses sbires qui ont tout d’assassins patentés.

On veut la Liberté pour soi, pas pour les autres, en ce qui concerne l’Égalité, si on n’est pas dans les Hauts du Tiroir, on la revendique, mais si on est en Haut, l’Égalité, on s’en branle…

Pour la Fraternité, on repassera car si on veut être accueilli correctement ailleurs, nous sommes de piètres hébergeurs, tout le contraire de Nausicaa, celle qui vêtit et nourri le naufragé que fut Ulysse.

Un très bon tome que j’avais lu début d’année mais pas encore chroniqué. Le relire m’a fait du bien, cela permet toujours de se remettre les faits en place et quand la bédé est bonne, pourquoi s’en priver ?

Dommage que le tome 3 clôtura la série car il y avait encore moyen d’aller plus loin, d’explorer plus le coeur des gens, leurs rêves, leurs utopies, leurs idéalismes et de nous montrer que tout cela, c’est du vent et que les politiciens feront vite retomber le soufflé de l’espoir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°62, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Erectus : Xavier Müller [LC avec Bianca]

Titre : Erectus

Auteur : Xavier Müller
Édition : XO (08/11/2018)

Résumé :
Et soudain l’humanité se mit à régresser À Richards Bay, en Afrique du Sud, c’est le choc. Un homme s’est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus.

Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population.

De quel virus s’agit-il ? Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ? Une scientifique française, Anna Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l’humanité.

Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ?

Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?

Critique :
Désolée, mais Erectus n’est pas le titre du dernier roman de Rocco Siffredi dans lequel il nous raconterait ses mémoires et ses tournages.

Cet homme de lettres vous dirait sans doute qu’il n’a rien à voir avec un homo, même erectus.

Enfin, je pense, je n’ai pas étudié la filmographie de cet homme en long et en large et s’il a fait des films joyeux, je ne suis pas au courant et je m’en fiche, il fait ce qu’il veut.

Le film « Alerte », datant de 1995, m’avait fichu les chocottes et depuis, les films parlant de contagions ou de pandémie, je les fuis, pire que les discours politiques.

Et me voici à lire un livre parlant de virus, de pandémie, de contagion, d’un truc encore plus terrible que Ebola et la Peste réunis, une saloperie qui te fait régresser au stade des tes lointains ancêtres, les Homos Erectus.

T’es encore loin de l’Homo Habilis ou de Sapiens Sapiens ! T’es que Erectus, tu viens juste de te dresser sur tes guiboles… Pas folichon.

Ceci est un Thriller scientifique médical addictif… Et pour ça, il n’existe pas de vaccin non plus, et je n’en voudrais pas car j’adore être prise en otage par un livre et ne plus savoir le lâcher, ou du moins, difficilement, parce qu’il le faut bien.

Littéralement, je l’ai dévoré, en une seule journée de lecture, impossible de le lâcher, pire qu’un chien avec son os.

Le scénario est plausible puisque les espèces ont déjà connu des régression, ou plutôt, des réversions, comme on dit. Des choses inactives dans leur ADN poubelle avait été réactivé et ces espèces sont revenues à un état antérieur à leur évolution.

La seule chose qui soit de la SF, c’est le côté virus, mais malgré tout, ça fout la pétoche. Pas tellement pour celui qui régresse, mais pour sa famille qui se retrouve face à une personne qu’elle ne reconnait plus, ni physiquement, ni mentalement.

Là où tu as des sueurs froides, parce que ÇA ce n’est pas de la SF, c’est quand certains veulent anéantir les humains qui ont régressé en Erectus, les tuer, les éradiquer, les supprimer, les anéantir ou les parquer dans des… camps !

Et là, on sent la sueur froide couler le long de notre échine car tout le monde est concerné par cette régression ou est susceptible d’avoir un membre de sa famille qui repart vers le passé et se change en Homo Erectus…

Ce thriller médical n’est pas qu’un roman bourré d’action, d’adrénaline, de jolies paléontologue, de beaux gosses de l’OMS ou d’animaux qui régressent à un état antérieur, il pose aussi un questionnement et les réponses sont d’un réalismes qui me fait recroqueviller les orteils au bout de mes pantoufles confortables car des Humains qu’on laisse crever ou qu’on défouraille tels des lapins, ce n’est pas de la SF, ce n’est pas un passé, c’est un présent.

Mais tant que nous ne sommes pas concernés personnellement, nous continuerons de nous sentir droit dans nos bottes (ou pantoufles) puisque ce n’est pas nous qui avons migré ou régressé en Erectus.

Un thriller addictif mais pas que… Un thriller réaliste et qui pose des comportements humains que l’on aimerait voir régresser car ils n’apportent rien de bon à nos sociétés sois-disant civilisées.

Une LC que j’ai faite avec Bianca et là, nous sommes raccord sur nos impression de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XX.

Taqawan : Éric Plamondon

Titre : Taqawan

Auteur : Éric Plamondon
Édition : Livre de Poche Policier (27/02/2019) / Quidam (2018)

Résumé :
« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »

Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens Mi’gmaq.

Émeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort. Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions.

Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…

Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Critique :
Des injustices, tout le monde en a vu dans sa vie mais tout le monde n’en a pas subi comme les Femmes, les Juifs, les Noirs, les Amérindiens, les Gitans, les homos, les handicapés, et j’en passe.

Dès qu’il y a des différences, quelles qu’elles soient, dès que l’on veut faire plier des peuples, des personnes, les spolier, les virer, les anéantir, pour toutes les raisons possibles et imaginables puisque lorsqu’on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Les injustices touchent souvent des minorités, mais pas toujours… Dans notre cas à nous, les femmes, cela concerne plus de la moitié de l’Humanité.

Anybref, ici, les injustices touchent les Amérindiens Mi’gmaq à qui l’ont refuse le droit de pêcher le saumon, chose qu’ils pratiquent depuis la nuit des temps, bien avant l’arrivée de l’Homme Blanc, celui qui s’appropria tout le territoire, reléguant les anciens habitants dans des réserves, transformant leurs enfants sauvages en petits civilisés, le tout à coup de trique (dans tous les sens du terme, hélas).

À partir de 1870, pour remercier ces vaillants guerriers, on leur enlève leurs enfants pour les emprisonner dans des pensionnats. À grands coups de bâton le matin, de douches froides le soir et de viols la nuit, les institutions vont faire rentrer l’idée de civilisation dans la tête des sauvages.

Ironie, bien entendu car pour moi, les Sauvages ne sont pas les Amérindiens, même s’ils ne sont pas des anges non plus. Les Sauvages et les Barbares, c’étaient les Blancs qui spolièrent le tout et qui ont vidé la Nature de tout ce qu’elle produit, reprochant ensuite au Mi’gmaq de prendre quelques tonnes de saumons quand les autres en prélèvent des centaine de tonnes.

Pourquoi se serait-il préoccupé des six tonnes annuelles pêchées dans le sud de la Gaspésie par les Indiens alors que les pêcheurs sportifs de l’Est du Canada en sortaient cent fois plus, huit cents tonnes par année, de la Nouvelle-Écosse jusqu’à Terre-Neuve? C’était encore pire au large des côtes. Les bateaux-usines capturaient trois mille tonnes de saumon par saison (et ça, c’était sans compter les centaines de tonnes d’autres poissons rejetés à la mer parce que trop petits ou pas assez rentables).

Ce livre qui tacle méchamment dans les talons d’Achille n’est pas construit de manière linéaire, ni même en alternant le passé et le présent.

Non, il serait même plutôt déconstruit et au départ, ça déstabilise un peu cette manière d’englober des souvenirs du siècle passé, où d’une ère lointaine, avec ceux de maintenant, le tout entrecoupé d’extrait de J.T, de recettes de soupe aux huîtres, de légendes, de publicité pour un motor home, d’histoires sur les saumons ou de règlements légaux, anciens et présents.

Avec des chapitres très courts, le rythme est saccadé, mais tout se tient, tout est englobé dans le grand tout et forme un récit qui, sous ses airs bordélique au départ, donne finalement un récit d’une grande cohésion et empreint d’humanisme mêlé de fourberies humaines.

C’est violent car les tacles sont sous la ceinture mais ça fait toujours du bien de dire tout haut ce que l’on pense tout bas. Il n’est pas normal que les Québécois luttent pour une reconnaissance culturelle et linguistique alors qu’ils la refuse aux Mi’gmaq ! Si moi j’ai droit à ma reconnaissance culturelle, il est normal que les autres y aient droit aussi et que tout comme moi, ils luttent pour la faire reconnaître.

— Alors pourquoi le gouvernement québécois ne veut pas donner aux Indiens ce qu’il demande lui-même au gouvernement canadien? Pourquoi faut-il un droit à la culture et à la langue française au Québec à l’intérieur du Canada mais pas de droit à la culture et à la langue mi’gmaq à l’intérieur du Québec ?

Véritable roman noir ancré dans la réalité, ce récit commence par le conflit qui opposa les indiens Mi’gmaq aux forces de police chargées de récupérer leurs filets de pêche et tournera autour de cette guerre du saumon, d’autres petites histoires venant se greffer tout autour pour donner au récit un impact qui fait mal à la gueule.

Sans verser dans la caricature, l’auteur parvient à déployer devant nos yeux avides des personnages différents, réalistes, véritable condensé de ce que l’on pourrait trouver dans cette région, avec leurs pensées divergentes et leurs beaux discours empreint d’humanité mais où leur courage est absent.

Sans nous forcer dans une direction comme on le ferait avec un animal que l’on veut piéger, l’auteur nous considère assez grands que pour tirer nos propres conclusions avec ce qu’il nous a livré comme faits.

Et pourquoi acheter quand la nature vous fournit tout ce dont vous avez besoin? On leur a donc accroché au cou l’offre et la demande, le profit, le marché. À Restigouche, le seul bien monnayable était le saumon. Alors on les a obligés à vendre le saumon tout en réglementant son commerce. Un marché contrôlé par le pouvoir, une variable d’ajustement. Le saumon, celui qu’il suffisait d’attraper pour vivre, ils devaient désormais le vendre pour survivre.

Il y a dans ces pages quatre personnages qui m’ont éblouis, chacun à sa façon. Océane étant celle qui m’a le plus ému alors qu’elle a peu de dialogues, mais elle n’avait pas besoin de parler pour dégager cette force. Magnifique.

Une lecture qui ne laisse pas indemne.

Mutt sangewite’lm’g moqwa’ wen gesatgit nmu’j negmewei.
Ne fais pas confiance à celui qui n’aime pas son chien.

On dirait que le colonialisme, c’est un peu comme un saumon, tu peux le jeter à la mer, il finit toujours par remonter là où il est né.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°19.

Les mystères de Honeychurch – Tome 1 – Petits meurtres en héritage : Hannah Dennison [LC avec Bianca]

Titre : Les mystères de Honeychurch – Tome 1 – Petits meurtres en héritage

Auteur : Hannah Dennison
Édition : City Editions (31/10/2018)
Édition Originale : Murder at Honeychurch Hall (2014)
Traducteur : Raphaëlle Pache

Résumé :
Ridiculisée par la presse people, Kat Stanford abandonne son émission de télévision à succès pour se réfugier au fin fond dans la campagne anglaise. Sa mère vient d’acheter une vieille bicoque à Honeychurch, un domaine appartenant à une prestigieuse famille d’aristocrates aussi désargentés qu’excentriques.

Ah, les joies de la campagne ! Enfin, les joies, c’est vite dit… La maison de sa mère est une véritable ruine et son voisin est bien décidé à la faire déguerpir. Et puis, à peine arrivée, Kat est plongée dans un imbroglio mystérieux : une nurse disparaît et une domestique est retrouvée assassinée au fond du parc.

Quand elle apprend en plus que sa mère écrit des romans érotiques et que ce n’est pas du tout le hasard qui l’a conduite au domaine, Kate se demande ce qu’elle va encore découvrir en arpentant les sombres couloirs du manoir de Honeychruch…

Même à la campagne tout le monde a des secrets à cacher !

Critique :
J’adore les cosy mysteries, c’est frais, amusant, intriguant, bourré de mystères et des gens possédant un esprit de clocher mais ici, j’ai eu l’impression de boire un mojito sans citrons verts, sans menthe, sans sucre de canne, sans glace et surtout, sans rhum !

Oui, juste de l’eau pétillante et encore, elle était éventée et ne pétillait plus tellement.

Sans ma LC avec Bianca, j’aurais reposé ce roman assez vite car rien que dans les premiers dialogues, j’ai eu l’impression d’assister à des échanges totalement surréalistes entre Iris la mère et Kat sa fille.

Avec une mère aussi bizarre et spéciale, moi, à la place de Kat, je foutrais le camp très loin sans me retourner. Mais on dirait qu’elle nous la joue petite fille qui veut raisonner sa maman et qui accepte que cette dernière lui balane tout au visage sans qu’elle réagisse vraiment.

Dans les petits villages, pas besoin de venir de la Syrie pour être qualifié d’étranger qui dérange, suffit de venir de la capitale (Londres) ou d’une autre ville et on est déjà catalogué « pas d’ici ». Autrement dit, si vous n’avez pas un arbre généalogique qui remonte à Henry VIII dans le village, vous ne serez pas le bienvenu.

Sincèrement, j’ai eu l’impression de regarder une série estampillée TF1, le genre de programme fait pour tout le monde où l’on ne doit pas trop réfléchir, pour ne pas dire qu’on peut accorder des vacances méritées à son cerveau.

Ma foi, ça tombait bien, lire ce bouquin avec une putain de migraine qui vous vrille les tempes est salutaire car personne ne voulait bosser dans ma caboche.

Si les personnages sont insignifiants, trop caricaturaux, peu développés, fades, inintéressants, le scénario, lui, se traîne en longueur entre les péripéties qui arrivent aux personnages et les querelles de clocher.

Anybref, on s’y ennuie un peu et j’aurais bien pris le chandelier, la clé anglaise, le révolver, le poignard ou la corde pour assassiner n’importe qui dans la véranda, la bibliothèque ou la cuisine tant l’inactivité commençait à me peser et que les niaiseries des personnages commençait à me courir sur le haricot.

Ah, enfin, un cadavre, on va pouvoir enquêter avec Kat et sa mère… Non ? Ben non, on laissera le soin d’enquêter au Columbo local car il lui a piqué son imper beige et sa chemise tachée.

Tel Hercule Poirot, il réunira tout le monde dans le grand salon pour nous expliquer tout mais sans trouver le coupable, qui, tel un con, viendra tenter de faire taire le personnage qui comprend tout à un moment donné. Stupide.

Le pire, c’est que une fois terminé ma lecture, je me suis rendue compte que Bianca en avait déjà fait une fiche et que c’était le Tome 2 que l’on devait lire ensemble.

Quand je vous dit que mon cerveau était en vacances !

Allez, c’est pas que j’ai envie, mais puisque j’avais promis une LC, je me devais donc rempiler de suite avec ces personnages. On s’est déjà suicidé de 12 coups de couteau dans le dos pour moins que ça…

Heureusement, ma chère Bianca a eu pitié de mon parquet en chêne massif et m’a abjuré de ne pas lire la suite car elle était moins bien que le premier tome, qu’elle avait aimé, elle ! Donc, j’en ai été dispensée, youpie !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – fiche N°2.

L’échange : Rebecca Fleet [LC avec Bianca]

Titre : L’échange

Auteur : Rebecca Fleet
Édition : Robert Laffont La bête noire (07/06/2018) / Pocket Thriller (09/05/2019)
Édition Originale : Cécile Ardilly
Traducteur : The house swap (2018)

Résumé :
“PERSONNE NE VIT AINSI…À MOINS D’AVOIR QUELQUE CHOSE À CACHER“.

Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l’occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage.

Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d’imaginer que quelqu’un puisse y habiter.

Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens.

Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu’elle aurait préféré garder enfouis. Et à présent, cette personne se trouve chez elle…

Critique :
Je vous propose un échange moi aussi : je vous échange ce roman contre n’importe quel mauvais baril de poudre à lessiver !

À défaut de l’utiliser pour caler un meuble, autant essayer d’obtenir n’importe quoi d’autre à la place.

Pas besoin de sortir de l’ENA pour comprendre que je n’ai pas aimé ce roman.

Les personnages sont inintéressants, pathétiques, en totale contradiction avec eux-mêmes et le scénario n’a rien d’emballant.

J’aurais dû le lire cette nuit, alors que je soufrais d’insomnies, il m’aurait renvoyé directement au pays des rêves tant il ne se passe pas grand-chose.

Comme je le disais plus haut, les personnages ne sont pas creusés, approfondis, ils n’ont pas de présence dans ces pages.

Le mari est addict aux médocs, mais je n’ai pas lu le pourquoi du comment. Son épouse, Caroline, est exaspérante, confie leur gosse de deux ans à ce mari complètement stone, lui reproche son absence mais elle-même n’est pas brillante dans son cas.

Il y a des contradictions dans leurs portraits, des incohérences dans leurs actions et leurs dialogues sont d’une platitude qui m’a donné envie de piquer du nez, mais j’ai préféré sauter des pages, puisque j’étais en LC.

Le truc final ne m’a pas fait sursauter ou m’exclamer « Mon dieu mais quel retournement » ou « Super, une idée de génie » car je soupirais tout en bâillant d’ennui, malgré l’alternance présent/passé qui nous éclaire sur le couple que forme Caroline avec son mari, ancien drogué des médocs.

L’intrigue n’est pas très réaliste, exagérée, peu crédible, les personnages sont fades et sans saveur, très clichés et on se demande ce que ce couple fait encore ensemble tant ils semblent avoir des difficultés à discuter entre eux. Entre nous, vu la platitude de leurs discussions…

Le côté thriller est absent alors qu’on aurait pu avoir un récit qui faisait monter la tension au fur et à mesure, musique angoissante à l’appui, on se retrouve avec un suspense inexistant et le tout fait pchiiit, une fois de plus.

Thrillers psychologique ? Tu parles, Charles ! Que dalle. Le Prix Bête Noire des libraires (sélection 2018) ? Si Bianca, ma copinaute de LC et moi avions été dans le jury, il aurait été saqué direct.

D’ailleurs, après 100 pages à se faire chier comme un rat mort, Bianca a abandonné et je lui ai raconté la fin qui ne l’a pas fait tressaillir non plus.

Allez, au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

L’Homme de l’année – Tome 13 – 1888 : Céka & Benjamin Blasco-Martinez

Titre : L’Homme de l’année – Tome 13 – 1888

Scénariste : Céka
Dessinateur : Benjamin Blasco-Martinez

Édition : Delcourt Histoire & histoires (18/04/2018)

Résumé :
Comment un rescapé des pogroms russes, arrivé en Angleterre avec sa famille, est devenu le plus célèbre psychopathe de l’ère victorienne ? Rencontrez l’homme qui se cache derrière Jack l’Éventreur…

1888. Londres. Un mystérieux assassin s’attaque aux prostituées de Whitechapel. Les corps sont atrocement mutilés. Qui est capable de telles horreurs ?

Scotland Yard échoue à arrêter celui qui devient le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Un châle maculé de traces ADN nous permet de révéler, plus d’un siècle après l’affaire, l’identité du fameux Jack l’Éventreur et ce qui le poussait à tuer…

Critique :
Enfer et damnation, encore cet Aaron Kosminski et cette stupide histoire de châle bourré de traces d’ADN que j’avais lue dans le roman de Russell Edwards : « Naming Jack The Ripper » (Jack l’éventreur démasqué) !

Bardaf, après quelques cases, lors de la découverte d’un châle dans une vieille malle au grenier, j’ai compris qu’on allait nous proposer cette théorie tout ce qu’il y a de plus loufoque.

Mais bon, le vin était tiré, il fallait le boire, ou plutôt, la bédé était commencée, fallait l’achever.

Juste après cette découverte, les auteurs basculent sur la nuit du 31 août 1888 avec Mary Ann Nichols, ivre et rencontrant son tueur. Par contre, ils oublient de parler de l’incendie sur les docks…

Les dessins ont su donner à ce récit l’atmosphère qu’il lui fallait en présentant, avec réalisme, des bans de brume typiquement londonienne, même si, durant les meurtres, il n’y avait ni fog, ni smog, ni brouillard.

Les clichés cinématographiques ont la vie dure et effectivement, ça vous plonge encore mieux dans les rues miteuses de Whitechapel si vous ajoutez ces effets spéciaux que sont les brouillards de l’époque victorienne.

La lumière des quelques réverbères est elle-même noyée dans la brume, tamisant la lumière, lui donnant une autre aura, plongeant un peu plus le lecteur dans l’ambiance de 1888 et de ses meurtres. Rien à redire, j’ai aimé les décors.

Les meurtres sont violents, sordides, le sang gicle, bref, on s’y croirait ! Les couleurs, style aquarelles, mettent bien en scène l’histoire, que ce soit au niveau des meurtres ou des événements qui l’entourent puisque nous allons pénétrer au coeur de la vie de Kosminski.

Là où j’ai trouvé que l’on manquait de réalisme, c’est lorsque notre garçon coiffeur, le fameux Aaron Kosminski est vêtu d’un haut-de-forme et d’une belle redingote lorsqu’il quitte son boulot. Apparemment, les apprentis coiffeurs savaient se vêtir. On vit piteusement mais on s’habille en grand seigneur.

Pour mieux comprendre les mobiles du tueur de Whitechapel, les auteurs le mettent en scène dans ce qui fut son passé, avant qu’il n’arrive en Angleterre, quand il était dans son village en Pologne, sous occupation Russe.

Et les Russes, ils s’en prenaient aux Juifs Polonais… Non, rien n’a changé, les boucs émissaires sont toujours les mêmes.

Mettant en scène ce qui aurait pu être la vie de Kosminski, les auteurs lui ont donné une vie, un mobile, un regard un peu fou, dans les tons bruns-rouges des plus troublants et flippants. On frôle même parfois des regards méphistophéliques.

Leur tueur, vu ses yeux fous et son comportement a tout d’un tueur crédible, mais on ne me fera pas gober le test ADN que Russel Edwards a réalisé sur le châle trouvé aux côtés du cadavre de Catherine Eddowes et (sois-disant) volé par un policeman à l’époque (celui arrivé le premier sur les lieux du crime) pour l’offrir à sa femme.

Un truc plein de sang et de coups de couteau, dans la bédé… Quelle femme voudrait de ça ? Là, je n’y crois pas un instant, je n’y ai jamais cru, encore moins en lisant le roman de Edwards, mais la bédé est plus centrée sur les meurtres de 1888 que sur les tests ADN réalisé sur le châle et au final, moi qui pensais soupirer et ronchonner, et bien, c’est tout le contraire qui s’est passé.

La manière d’aborder le sujet, les dessins, la mise en scène, le découpage (si je puis me permettre), les couleurs aquarelles dans les tons qui rendent justice à l’ambiance glauque des rues de Whitechapel, tout ces détails réussis ont fait pencher la balance vers le plaisir livresque, alors que c’était des plus mal barré au départ.

Les auteurs ont bien réussi leurs coups et on a vraiment l’impression d’être face à un potentiel tueur, même si, dans le fond, ce serait trop facile et que de toute façon, pour moi, Jack l’Éventreur doit rester à jamais sans identité, le mythe s’effondre toujours quand on sait.

Une réussite. En mettant de côté le fait que ce châle soit vraiment celui trouvé sur Catherine Eddowes ! Cette vente aux enchères avait attisée la curiosité de cerains Ripperologues mais personne n’a pris cette histoire au sérieux car tous doutaient de l’authenticité de ses origines.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

[SÉRIES] A Very English Scandal (2018)

A Very English Scandal est une mini-série basée sur le roman du même nom de John Preston. Elle s’inspire de l’affaire Thorpe.

Distribution : 

  • Hugh Grant : Jeremy Thorpe
  • Ben Whishaw : Norman Josiffe/Scott
  • Monica Dolan : Marion Thorpe
  • Alice Orr-Ewing : Caroline Allpass
  • Alex Jennings : Peter Bessell
  • Jonathan Hyde : David Napley
  • Eve Myles : Gwen Parry-Jones
  • David Bamber : Arthur Gore

Rares sont ceux qui savent, en France, qui était Jeremy Thorpe. Ce parlementaire britannique, leader du Parti libéral dans les années 1970, vit sa carrière ruinée par une affaire aussi grave que rocambolesque, où il fut accusé d’avoir tenté de faire assassiner son ancien amant.

Cette minisérie écrite par Russell T. Davies (Queer as folk) et réalisée par Stephen Frears (The Queen) retrace pied au plancher cette relation pour le moins conflictuelle, de son commencement dans les années 1960 au procès à la fin des années 1970.

Elle rappelle les faits et n’évite pas les questions douloureuses – notamment la criminalisation de l’homosexualité – mais choisit le registre comique, parfois proche de la farce satirique, insistant avec plaisir sur l’enchaînement de décisions maladroites prises par deux hommes aux ego… compliqués.

Ce que j’en ai pensé :
Il y a plusieurs choses horribles dans cette époque : la criminalisation de l’homosexualité, les vêtements portés et les décors intérieurs !

Bref, le mauvais goût à tous les étages.

Si je peux pardonner la déco et des fringues dans les tons criards à chier, la criminalisation de l’homosexualité, là, je pardonne moins.

Non content de pousser les homosexuels au suicide, les Anglais poussent le vice dans leur attitude guindée et coincée au sujet de la sodomie.

Que certains s’amusent dans le vide-ordures, ma foi, c’est leur droit, leur problème, tant qu’ils sont majeurs et consentant… Après que ces messieurs aient eu le Boukistan, ils auront le Boukisan et ceci dans tous les cas de figure, par devant ou par derrière.

Sur ces considérations sexuelles, revenons à nos moutons, ou plutôt à ces messieurs qui vont du côté de la lance.

Premièrement, Hugh Grant est loin du mec sexy que l’on a connu dans 4 mariages ou dans love actually. Même son petit sourire est absent, remplacé par une sorte de moue, comme si on lui avait mis un prothèse dentaire afin de changer sa jolie gueule d’amour qui nous fait habituellement craquer.

En plus, Hugh Grant ne fait pas du Hugh Grant, comme j’avais encore pu le constater dans « L’amour sans préavis ». Il est différent, moche, bref, il est dans son rôle de profiteur du faible que lui.

De son côté, Norman Josiffe (Ben Whishaw) est ce qu’on peut appeler un joli mec et en le voyant s’éclabousser d’eau dans la scène de la rencontre avec Thorpe, j’ai senti ma température corporelle monter.

Pas de bol pour nous, les filles, tout dans son attitude nous montre qu’il est efféminé, ce qui ne manque pas d’attirer l’attention de Thorpe. Notre Norman a les émotions à fleur de peau et je l’ai trouvé plus que crédible dans ce rôle du jeune amant d’un politicien qui monte, qui monte.

Sans étaler des scènes de porno gay, la série nous montre tout de même Thorpe prendre possession de Norman, dans tous les sens du terme, alors que ce dernier est tout de même réticent.

Norman est faible, influençable et a besoin qu’on l’aime. Son état mental n’est pas toujours stable et il s’invente même une naissance de haut rang dans le but de s’arroger un véritable père, lui qui n’a pas connu le sien.

Thorpe est salopard de première, pourtant, dans la Chambre (pas celle des galipettes), il défend des causes nobles comme le fait d’ouvrir l’Angleterre à l’immigration et aux habitants du Commonwealth. Et c’est un Libéral.

Voilà une série qui est réaliste dans ses décors, dans ses vêtements, dans ses voitures et dans la description de la mentalité des gens de cette époque pour qui l’homosexualité était une tare et indigne des bons Anglais (ceci n’est pas mon avis, bien entendu, mais je précise pour les grippés du cerveau qui lisent mal les phrases).

Je vous le dis de suite, c’est quasi du roman noir car Norman va vivoter dans la misère pendant que Thorpe monte en grade. Norman ne demandait pas grand chose, juste à ce qu’on lui refasse sa « National Insurance card » afin de pouvoir toucher quelque chose et pouvoir bosser autrement qu’en black.

Putain, Thorpe aurait fait en sorte qu’il en retrouve une qu’on n’en serait sans doute pas arrivé là. Le syndrome Barbara Streisand, en quelque sorte.

Le dernier épisode, celui avec le procès, m’a fait glousser de rire devant les réparties de l’avocat de Thorpe, avocat qui n’a pas hésité à taper dans les couilles du Parlement avec une phrase assassine mais vraie.

Par contre, on se retrouve tout de même devant un simulacre de procès, de justice… Cela reste le procès d’un Queer face à un membre de Parlement (parle, ment), le tout jugé par une société qui n’était pas encore prête à parler de l’homosexualité, et encore moins à l’accepter.

C’est violent, cru, âpre, cruel, horrible. Thorpe voulait vraiment se débarrasser de Norman à tout prix car il avait peur que celui-ci ne déboule comme un chien dans un jeu de quille alors qu’il était chef de son parti et promis à une belle carrière politique.

Seuls les Anglais peuvent nous faire une série pareille ! Que le Brexit ne nous en prive pas et que God save de Queen (et de Queer) !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Les chroniques de St Mary – Tome 1 – Un monde après l’autre : Jodi Taylor

Titre : Les chroniques de St Mary – Tome 1 – Un monde après l’autre

Auteur : Jodi Taylor
Édition : HC (08/02/2018)
Édition Originale : The Chronicles of St Mary’s, book 1: Just one damned thing after another (2013)
Traducteur : Cindy Colin Kapen

Résumé :
À l’institut St Mary de recherche historique, les historiens n’étudient pas seulement le passé, ils le visitent.

Derrière l’innocente façade de St Mary, le secret du voyage dans le temps a été découvert et reste bien gardé.

Les chercheurs en Histoire ont ainsi une méthode de travail tout à fait particulière : ils « étudient en temps réel les événements majeurs de l’Histoire ».

En se faisant passer pour d’inoffensifs excentriques, ils tentent de répondre à certaines questions qui n’ont jamais été résolues, sans jamais toucher au cours de l’Histoire… au risque d’en mourir.

Madeleine Maxwell, une jeune et brillante historienne est contactée par son ancien professeur afin de rejoindre l’équipe de l’Institut St Mary. Au cours de son étrange entretien d’embauche, Maxwell comprend vite les possibilités qui s’offrent à elle…

De la disparition de Pompéi aux tranchées de la Première Guerre mondiale, du grand incendie de Londres à la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, la jeune historienne va revivre d’extraordinaires événements.

Alors qu’au sein de l’institut naissent des enjeux de pouvoir…

Critique :
La couverture rouge m’avait tapée dans l’oeil et puis ce fut le résumé.

Des voyages dans le temps ? Mais je ne me sens plus, c’est la méga teuf dans ma tête, là.

Pour parodier Bellemare imité par Gerra : « C’est un bel objet » ! La couverture est richement détaillée et ce n’est qu’après la lecture qu’on comprendra les références de ces dessins.

Le roman, lui, est à la hauteur de sa couverture rouge flashy car il est jubilatoire !

Non seulement les personnages ne manquent pas de piquant ou de sel, mais en plus, le scénario est dynamique, intéressant, fantastique (dans les deux sens du terme) et l’humour est bien présent dans les pages, lui aussi.

Les Historiens qui peuplent l’Institut St Mary sont des cas à part, des sujets d’études pour psychiatre…Pour leurs qualités, citons celle de boire du thé comme des assoiffés et de pouvoir foutre le bordel dès que possible.

Le personnage principal, Madeleine « Max » Maxwell, est, quant à elle, la preuve vivante que l’emmerdement maximum peut être plus que maximum ! Elle est bourrée d’humour, de calembours, de bons mots mais c’est une catastrophe ambulante sur jambes !

Si nous ne sommes pas face à de la grande littérature, de celle qui donne mal à la tête, ce roman a pourtant tout pour lui et se révèle être une excellente lecture à emporter pour ses vacances ou si on a envie de se détendre sans se casser la tête.

Non pas qu’il est simpliste, il est juste normal, même si dans ce roman, vous voyagerez du Crétacé à la Première Guerre Mondiale et que vous irez faire un tour dans la grande bibliothèque d’Alexandrie… ♫ Alexandra ♪ J’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid ♪ (bien que là, vu l’incendie qui y fait rage, c’est nous qui aurons chaud aux miches et pas Clo-Clo).

Cette série n’est pas là pour faire dans le registre sérieux, ni pour décrocher un Goncourt, mais au Grand Prix de l’Humour, elle se classerait avec la mention très bien car j’ai souvent souri, pouffé, ri, bien que parfois, on entre dans le registre plus tragique.

Un cocktail détonnant d’humour, de fantastique, de science-fiction (sans voyage dans l’espace), de voyages dans le temps (sans la DeLorean), d’humour, de tragique, d’amour, de relations de travail (elles peuvent être houleuses), de jalousie, de Gentils qui sont loufoques mais gentils et de Méchants qui n’ont rien pour se faire pardonner.

Dit ainsi, ça fait de suite « simpliste » mais vu la qualité du scénario, le fait que les Méchants soient des vrais Méchants ne pose aucun problème. Faudra juste les dégommer pour pouvoir boire son thé tranquille, nom d’un voyage temporel.

À déguster sans modération, avec un zeste de citron vert et du rhum. Non remboursé par la sécurité sociale, ce qui est bien dommage, ça en dériderait peut-être certains… Pas sûr !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

[SÉRIES] Ordeal by Innocence – Témoin indésirable : D’après Agatha Christie (2018)

Série dramatique de Sandra Goldbacher (2018)
Pays de production : Grande-Bretagne – Etats-Unis
Saison : Une seule de 3 épisodes (VOSTFR) ou de 4 (VF)

Synopsis : En 1954, la veille de Noël, Rachel Argyll, une riche philanthrope, est assassinée dans la propriété familiale. Les enquêteurs retrouvent les empreintes de Jack, son fils adoptif, sur l’arme du crime.

Il clame son innocence mais est incarcéré. Peu avant le procès, Jack trouve la mort en prison.

Dix-huit mois plus tard, un jeune scientifique, le Dr Arthur Calgary dévoile un alibi prouvant l’innocence de Jack.

Considérée par Agatha Christie elle-même comme l’une de ses œuvres préférées, et par la critique comme l’un de ses meilleurs ouvrages, Témoin indésirable déroule une intrigue particulièrement noire, construite sur une galerie de personnages édifiants.

Les cinq enfants des époux Argyll sont de jeunes adultes, tous adoptés, tous abîmés par leur condition première et par le joug imposé par une mère castratrice et autoritaire.

Autour d’eux, un père apparemment passif, une future belle-mère ambitieuse, une domestique instable, des amis pervertis, un beau-frère aigri, et le témoin, tout juste sorti d’un long internement en psychiatrie.

La partie de Cluedo peut commencer…

Le cast, soigné, se compose également de Bill Nighy (« Love Actually »), Luke Treadaway (« Fortitude ») et Alice Eve (« Star Trek into Darkness »).

Le scénario est signé Sarah Phelps, qui a déjà adapté à l’écran « Dix petits nègres », tandis que la réalisation a été confiée à Sandra Goldbacher, à qui on doit la mise en scène de la série britannique « Victoria ».

Petit plus : Témoin indésirable (Ordeal by Innocence) est un roman policier d’Agatha Christie publié le 3 novembre 1958 au Royaume-Uni. Il est publié en 1959 aux États-Unis et en France.

Considéré par la critique comme l’un de ses meilleurs ouvrages tardifs et qualifié par Agatha Christie elle-même comme l’une de ses deux œuvres préférées, avec La Maison biscornue (1949), il s’agit également de l’une de ses œuvres les plus noires, proposant une vision approfondie de la psychologie de l’innocence et de sa démonstration.

Ce que j’en ai pensé : 
Nom de Zeus, Marty, je n’avais jamais lu ce roman de la mère Christie !

Pas grave, j’ai vu son adaptation télévisuelle et putain, ça déchire sa race !

Là, rien à dire, les anglais sont forts, très forts, pour faire des séries aux ambiances de tous les diables.

Ok, niveau Brexit, c’est pas des foudres de guerre, mais on s’en fiche tant qu’ils continuent de nous produire des séries géniales dont ils ont le secret et qu’on ne doive pas avoir un passeport pour y accéder.

Ici, point de petite musique à la 24h chrono, mais la bande son a tout de même une importance capitale et elle était tout simplement divine : elle a fait monter l’angoisse quand il le fallait.

La manière de filmer avait aussi quelque chose en plus, cette manière d’utiliser des rouages d’une pendule pour remonter le temps, de faire repartir la tache de sang sur la moquette dans le sens inverse, plus la musique, ça a eu le don de ne pas apaiser ma tension (mais quand c’est pour une série, je pardonne).

Le choix des acteurs maintenant : bon sang, c’est bien Bill Nighy, le chanteur à la masse que l’on croise dans « Love Actually », celui qui finit à poil à la fin du film que je vois là, dans le rôle titre ??

Il était juste comme il le fallait, sérieux, guindé, petite voix posée mais chargée de menace quand il fallait le faire.

Les autres avaient été bien castés aussi, surtout Matthew Goode dans le rôle du lieutenant Philipp, ancien pilote de la RAF blessé dans un accident de voiture et en chaise roulante.

Diaboliquement salopard, sans gêne, handicapé mais pas affaiblit comme on aurait pu le croire, utilisant sa langue de vipère pour faire du mal, il aurait été parfait pour un rôle dans GOT.

3 épisodes de 58 minutes en VOSTFR (4 dans la VF, me demandez pas pourquoi) qui m’ont semblé trop court, tant les portraits des personnages étaient profonds, torturés, poussés dans tous leurs retranchements et cette Rachel, épouse et mère non affectueuse, qui a adopté des enfants pour les castrer psychologiquement.

Au travers de flash-back, nous reviendrons sur cette mère horrible avec ses 5 enfants, tous adoptés, à tel point qu’à un moment, j’ai même pensé que l’assassin mériterait une médaille car c’était vraiment une horrible mégère ! Ou alors, il y a peut-être des fêlures sous sa carapace de castratrice en chef.

Les révélations se feront toujours au compte goutte, soit aux travers de flash-back pas trop détaillés, juste de quoi vous faire entrevoir une chose, vous faire pronostiquer des théories, penser à des coupables éventuels, conjecturer sur ce qui a bien pu se passer durant cette veille de Noël où un assassin à sévi ou lieu du père Noël.

Car si Jack n’est pas coupable de ce que toutes les preuves l’accusaient, alors, qui a tué la perfide Rachel ??

Soit vous aurez vos révélations par les personnages, chacun divulguant un peu plus ce qu’il faisait ce soir là et mettant à nu une partie de sa personnalité.

J’ai rien vu venir… Sauf quand un des personnages a compris QUI l’avait fait, si ce n’était Jack.

Oubliez Hercule Poirot, oubliez les enquêteurs de la police, cette série est un huis-clos oppressant ou tout est faux, tronqué, caché, gardé secret car ici, quand on ouvrira le placard aux squelettes, je peux vous dire qu’ils seront nombreux dedans !

Une série que je recommande !

Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.