Les enquêtes d’Enola Holmes (BD) – T03 – Le mystère des pavots blancs : Serena Blasco et Nancy Springer

Titre : Les enquêtes d’Enola Holmes (BD) – T03 – Le mystère des pavots blancs

Scénariste : Nancy Springer
Dessinateur : Serena Blasco

Édition : Jungle ! (20/11/2019)

Résumé :
Londres, printemps 1889. Le Docteur Watson est introuvable !
Voici une nouvelle enquête qui intéresse aussi bien Enola Holmes que son frère Sherlock.

Pour cela, Enola doit se construire un nouveau personnage, le dernier ayant été démasqué lors de sa dernière enquête. Cette fois-ci, point de vieille demoiselle ou de jeune fille ingénue, elle va se transformer en véritable lady, élégante et raffinée.

Rendant visite à Mrs Watson, elle aperçoit un bouquet étrange. Selon le langage des fleurs, le message qu’il transmet est « malchance », « mort », « vengeance ». Mauvais présage ?

Critique :
Ayant lu tous les romans avec Enola Holmes, j’ai eu envie de me tourner, bien des années après, vers leur adaptation en bédé. Pour voir si elle était réussie et aussi, parce que j’avais oublié une grande partie de mes lectures, ne gardant dans mes souvenirs que le fait que la version roman était très bien faite et plaisante à lire.

Les dessins, des aquarelles aux tons pastels ou plus marqués, sont agréables pour les yeux.

Le petit plus revient à la mise en page originale de certaines cases (en spirales, notamment).

La mise en page est dynamique et puisque nous sommes en 80 pages, il faut résumer le plus important et ne pas s’encombrer des petits détails qui se trouvaient en plus dans le roman.

Pas de panique, l’essentiel est là et ce n’est pas compliqué de comprendre la résolution de l’affaire. Par contre, dans la bédé, il manque des informations sur la disparition de sa mère, alors que du côté des romans, c’était plus fourni en détails.

Enola a un petit nez en trompette, un visage taillé en pointe et des yeux très grands (voir la couverture), ce qui est totalement différent des illustrations sur les couvertures des romans.

Disons-le clairement, les dessins de l’adaptation font plus « girly », ce qui n’est pas vraiment un soucis, Enola n’était pas portée sur les licornes et autres fanfreluches.

Si dans l’ensemble, ça passe, je regrette que son visage dans les adaptations fasse si juvénile alors qu’il fait plus mûr, plus sérieux, sur les couvertures des romans.

En le lisant, des détails oubliés me sont revenus en mémoire. C’est dans cette enquête-ci que Watson a disparu.

Comme dans les romans, l’autrice souligne des faits de la société victorienne, pas toujours reluisants, comme ces femmes pauvres qui se coupaient les cheveux longs afin de les vendre pour en faire des perruques de cheveux naturels, le tout pour quelques sous, sur le fait que les femmes devaient porter des vêtements qui leur interdisait d’avoir une existence propre, sur les contraintes que les hommes imposent aux femmes…

Bref, cette série jeunesse ne se contente pas d’offrir quelques enquêtes et des mystères à ses lecteurs et lectrices, mais elle leur parle aussi des conditions de vie de l’époque, du social et du féminisme.

Une enquête agréable à suivre, pleine de fraîcheur, de malice, notamment parce que notre Enola damne la pion à son frangin Sherlock.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°250], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 80 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Les Chroniques de St Mary’s‭ – ‬04‭ ‬-‭ ‬Une trace dans le temps : Jodi Taylor

Titre : Les chroniques de St Mary’s‭ – ‬04‭ ‬-‭ ‬Une trace dans le temps

Auteur : Jodi Taylor
Édition : HC (2019)
Édition Originale : The Chronicles of St Mary’s, book 04: A Trail Through Time (2014)
Traduction : Cindy Colin Kapen

Résumé :
Dans ce quatrième tome, l’institut va devoir se battre pour survivre.

Max et Leon se sont retrouvés et espèrent bien mener une vie paisible… mais ils n’arrivent même pas jusqu’à l’heure du déjeuner. Du XVIIe siècle à l’Égypte ancienne, de Pompéi à Southwark, ils se lancent sur la ligne du temps, jouant un jeu de cache-cache périlleux. Mais ils finissent par retourner à St Mary où de grands dangers les attendent.

Jodi Taylor transporte le lecteur dans l’Histoire avec toujours autant d’humour, alors que la dernière bataille de St Mary est pratiquement désespérée.

Débordé, en infériorité numérique et avec son bâtiment sur le point de s’écrouler, comment l’institut pourra-t-il survivre ?

Critique :
Si je vous dis « Tourte aux cailles », les cuistots en chef me diront qu’il faut bien doser les équilibres, parleront de la pâte qui doit être légère, du goût de la viande, de la sauce, ou autres conceptions purement culinaire.

Les végans purs et durs hurleront, tandis que les polissons du fond de la classe, les amateurs de contrepèteries, hurleront de rire.

L’humour, c’est ce que j’apprécie aussi dans la saga des Chroniques de St Mary’s.

L’élément fantastique, les voyages dans le temps possible, l’Histoire que l’on découvre sur place, les personnages hauts en couleurs auxquels on s’attache très vite, l’écriture de l’autrice, le suspense, l’action, les aventures… Sont autant d’éléments qui, réunis ensemble avec intelligence, m’ont fait de suite apprécier cette saga.

Nous avions quitté Max (Madeleine Maxwell) lors de la bataille d’Azincourt, en très très mauvaise posture et je me demandais bien ce que ce quatrième allait me réserver. Je n’ai pas été déçue, bien que déstabilisée !

Les voyages temporels qui existent, c’est une chose à laquelle j’adhère totalement, mais l’existence d’univers parallèles dans lesquels existent plusieurs St Mary’s, c’est déstabilisant. Intelligent, peut-être, mais il est temps de maîtriser son histoire pour ne pas en perdre le fil rouge.

Pari gagné, l’autrice a su renouveler ses aventures, tout en gardant ce qui en fait aussi tout le sel : les voyages temporels.

Puisque Max et Leon sont poursuivis par la police du temps (vous n’avez pas envie de les croiser), ils vont souvent faire des sauts temporels, ce qui nous permettra de voyager dans l’Histoire et dans le temps, sans passeport.

C’est toujours intéressant et bien documenté, sans jamais devenir lourd. Hélas, lorsque l’on est poursuivit, on n’a pas vraiment le temps de faire du tourisme temporel et j’ai eu la sensation de n’avoir pas eu assez de mon marché sur la Tamise gelée, du couronnement d’Akhenaton (le pharaon, pas le chanteur) et des derniers instants de Pompéi.

Le personnage de Max est toujours la même, toujours aussi entêtée, ne sachant jamais se taire, bref, c’est une femme avec de la poigne, un cerveau, une langue acérée et c’est ainsi que je l’apprécie. Ses réflexions sont toujours enrobée d’humour ou de cynisme et je pouffe souvent de rire durant ma lecture.

Une fois de plus, on ne s’embête pas dans les aventures de Max et de l’institut St Mary’s, qui, quelque soit son incarnation, reste toujours égal à lui-même.

Si j’avais trouvé que Max avait eu tort de réagir aussi excessivement, suite à ce que Leon avait fait lors de leur voyage à Troie (dans le tome 3), je l’ai mieux compris dans ce quatrième tome et maintenant, je l’accepte. Max a aussi révisé ses jugements.

Ce quatrième tome pourrait donner à penser qu’il n’est qu’un tome de transition, ou que l’autrice allonge son histoire afin de faire plus de romans, pourtant, il ne me semble pas que ce soit le cas. Il a parfaitement sa place dans la lignée des autres, même s’il est différent et que les choix de max et Leon auront une importance capitale pour la suite des romans.

Bien que certains rebondissements ne soient là que pour faire frémir les lecteurs/trices (morts de certains personnages, qui reviennent ensuite dans d’autres incarnations), la série garde tout de même sa ligne directrice et réussi à renouveler son récit avec d’autres univers parallèles et cette fameuse police du temps.

En espérant tout de même que dans les prochains tomes, on reste un peu plus longtemps sur place, durant les missions Historique, que je voyage un peu…

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°227] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada : Bernard Swysen et Marco Paulo

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Marco Paulo

Édition : Dupuis (10/05/2019)

Résumé :
En 1474, Isabelle de Castille devient enfin reine, après bien des péripéties. Elle a épousé quelques années auparavant Ferdinand, héritier de la couronne d’Aragon dont il héritera en 1479.

À eux deux, ils réunifient ainsi l’Espagne et deviennent « les rois catholiques ». À eux deux seulement ? Non. Dans leur ombre agit un moine bénédictin particulièrement austère et dévot : Tomas de Torquemada.

Issu d’une famille de juifs convertis quelques générations auparavant, il est convaincu que les royaumes de Castille et d’Aragon doivent être sauvés des hérétiques. Il y consacrera sa longue vie.

Véritable stratège politique, il va réussir par l’intermédiaire royal à récupérer les pleins pouvoirs de la part de l’Église catholique sur les tribunaux de l’Inquisition. Il les unifiera dès lors et en deviendra le chef suprême durant quinze ans.

Premier Grand Inquisiteur espagnol, ombre noire du pouvoir, il va donner une dimension brutale et violente aux jugements et persécutera les juifs espagnols sans relâche.

Sous sa gouvernance, l’Inquisition aura un pouvoir sans précédent. Il mourra à 77 ans après avoir rédigé le Code de l’inquisiteur qui sera utilisé durant des années. Il serait responsable de 2 000 exécutions et de 100 000 cas examinés au cours de sa carrière.

Cet ouvrage, préfacé par Jean-Pierre Dedieu (historien spécialiste de l’Histoire de l’Espagne et de l’Inquisition espagnole) , propose un regard pimenté et vrai sur ce personnage historique.

Critique :
Cette bédé commence par une introduction, afin d’éclairer un peu le futur lecteur sur ce que fut l’Inquisition et ce n’est pas une chose simple à expliquer, même pour les historiens.

Au départ, elle n’était pas celle que nous pensons connaître, tous et toutes.

Ces informations de départ sont plus que nécessaires afin de remettre l’église au milieu du village et de mettre fin à des légendes, des exagérations et autres calembredaines que l’on raconte.

Attention, l’Inquisition Espagnole n’était pas un ange non plus ! Comme dans les régimes totalitaires, les inquisiteurs avaient les moyens de vous faire parler, de vous condamner pour des broutilles, de vous faire avouer tout et n’importe quoi, ainsi que d’aller dans l’absurde pour condamner encore plus de monde… Ben oui : « si tu ne l’as pas fait, tu aurais pu le faire »… Même les morts ne sont pas à l’abri de la folie religieuse et purificatrice de Torquemada.

La bande dessinée utilise des dessins assez humoristiques pour nous narrer la vie du petit Tomás de Torquemada, né en 1420 à Valladolid ou Torrequemada (la tour brûlée), dans le royaume de Castille.

On ne peut pas dire qu’il nous inspire de la sympathie, ce gamin, même bébé, tant sa tronche donne envie de partir loin de lui. Il fait la gueule, passe son temps à l’église, il ne rit jamais, ne joue jamais avec les autres enfants, il déteste les friandises… Il est tout simplement sinistre !

Il y a de l’humour dans cette bédé historico-biographique, mais pas que… Oui, on sourit souvent, mais dans le fond, on grince aussi des dents devant la foi de Torquemada qui tourne au fanatisme pur et dur, devant les tortures, les illogismes, les exactions…

Le moindre péché devient un péché mortel et il voudrait purifier l’Espagne des Juifs, Musulmans et des conversos, ces convertis à la foi catholique, mais qui continue de pratiquer leur ancienne foi.

Les dialogues sont caustiques, cyniques, l’humour pratiqué est noir. Il est bien dit aussi que le fait de chasser tous les Juifs d’Espagne (par un décret qui ne fut abrogé qu’en 1967) a considérablement appauvri l’Espagne, enrichissant la France, l’Angleterre, Rome, la Turquie, grâce à l’arrivée des migrants Juifs.

Voilà donc une bédé qui allie, avec équilibre, l’humour et l’Histoire, la légèreté de ton et l’indicible, le tout avec du cynisme. J’aime ça. On est tout à fait capable de faire passer des messages importants, de parler de choses graves, tout en les enrobant d’humour noir ou d’ironie. J’ai toujours trouvé cela plus percutant.

Que l’on ne s’y trompe pas : si l’auteur donne l’impression de rire de tout cela, il n’en est rien. La pilule passe juste autrement. Les exactions commises par l’Inquisition Espagnole ne furent ni les premières, ni les dernières, hélas. Ce genre de comportements, totalement iniques, reviennent régulièrement, à d’autres endroits de la planète.

J’ai maintenant envie de découvrir les autres bédés de cette saga, consacrée aux méchants de l’Histoire.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°26).

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour : Katherine Arden [LC Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 2: The Girl in the Tower (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d’invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes.

Le prince Dimitri Ivanovitch n’a donc d’autre choix que de partir à leur recherche s’il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d’un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha.

Et il ne peut révéler ce qu’il sait : le cavalier n’est autre que sa plus jeune sœur, qu’il a quittée il y a des années alors qu’elle n’était encore qu’une fillette, Vassia.

Critique :
C’est avec délectation que j’ai de nouveau foulé les terres froides et enneigées de la Rus’, chevauchant aux côtés de la jeune Vassia, devenue le jeune Vassili parce qu’en ce temps-là, les filles (femmes) n’avaient aucun droit.

Juste l’obligation de rester à sa place dans la cuisine (ou dans une tour, pour les nobles), de se marier, de faire des gosses, d’aller au couvent (si les autres options ne plaisaient pas) : bref, interdiction de se soustraire à l’autorité des mâles.

Le premier tome nous faisait découvrir la vie dans un petit village de la Rus’ des années 1300, les folklore, les légendes, les contes, l’intrusion de plus en plus grande de la religion, reléguant aux orties les esprits des maisons, alors que celui-ci nous fera voyager jusqu’à Moscou et ses complots politiques pour devenir calife à la place du calife.

Si la première partie de ce récit est plus calme (sans jamais me sembler ennuyeuse), dans la seconde partie, l’autrice change de vitesse et appuiera sur le champignon, nous faisant  entrer dans un rythme plus trépidant, aux multiples rebondissements.

Les personnages ne sont pas figés, ils peuvent cacher leur jeu et j’ai eu quelques surprises, comme dans le premier tome. Morozko, le démon de gel évolue, c’est un personnage complexe qui ne se dévoile pas, ou peu. Je l’ai trouvé très touchant. Il sent que la religion nouvelle est en train de le faire disparaître et son déclin fait peine à voir.

Vassia, elle, sera plus téméraire, n’écoutant pas la voix de la sagesse de son grand frère, foutant le bordel monstre dans sa famille, tant elle voudrait être un garçon afin de s’affranchir des règles qui pourrissent les vies des femmes.

Elle aurait pu faire preuve d’un peu de discernement et ne pas foncer tête baissée… Ses combats sont justes, mais parfois, il faut savoir faire profil bas et laisser pisser le mérinos.

Son caractère vif lui joue souvent des tours, sa soif de liberté aussi. Bah, nous avons été jeunes aussi et nous n’avons pas écouté les voix des anciens qui nous disaient de faire attention… Cela le rend plus réaliste, plus crédible, toutes ces contradictions.

La vie sociale dans cette époque lointaine est très importante dans le récit, elle prend une place non négligeable. Heureusement, l’Histoire, la religion et la vie sociale sont toujours incorporées de manière subtile dans le récit, sans jamais le rendre lourd ou redondant.

Il en sera de même pour l’aspect politique, avec les rivalités, les tributs à payer au Khan, les jeux de trônes… Tout cela est incorporé par petites touches, sans que cela pèse sur le rythme du récit. D’ailleurs, les combats sont toujours les mêmes, que l’on soit en 1300 ou en 2022, même si nous avons plus de droits et plus l’obligation d’aller à la messe. Ouf !

Le petit bémol sera pour la perte du folklore Rus’ : les esprits des maisons (Tchiorti) et tous les autres sont moins présent dans ce deuxième tome, sans doute dû au fait que la religion catholique prend plus d’ampleur et que les gens oublient de laisser des offrandes à tous ces diables des contes et légendes qui existent bel et bien.

Le côté fantastique et la magie sont plus présents que dans le premier tome, ce qui n’est pas un soucis, que du contraire. L’univers créé par l’autrice est riche d’Histoire, de contes, légendes et cette lecture fut enjouée, ne manquant pas de rythme et de surprises.

Ce sera donc sans hésitation que j’ouvrirai le troisième et dernier tome de cette trilogie qui plaira aux plus jeunes comme aux plus anciens, qu’ils aiment ou pas la fantasy car les romans lorgnent plus du côté du fantastique.

Une LC réussie, même si Bianca a trouvé la première partie un peu trop lente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°143], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°108] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°25].

Les nouvelles aventures de Bruno Brazil – Tome 1 – Black Program (1/2) : Laurent-Frédéric Bollée et Philippe Aymond

Titre : Les nouvelles aventures de Bruno Brazil – Tome 1 – Black Program (1/2)

Scénariste : Laurent-Frédéric Bollée
Dessinateur : Philippe Aymond

Édition : Le Lombard (2019)

Résumé :
Bruno Brazil et son commando caïman ont mené avec succès les missions les plus périlleuses. Mais la dernière a mal tourné et plusieurs membres de l’équipe ont été tués ou gravement mutilés.

Quelques mois plus tard, Brazil n’est pas entièrement remis de la tragédie. Mais une nouvelle menace vient d’apparaître. Un criminel insaisissable assassine tous les anciens ennemis du commando.

Et ce nouvel adversaire semble préparer une opération d’envergure liée à la conquête spatiale. L’heure n’est plus au chagrin et aux plaies que l’on panse. Les survivants du commando caïman doivent se réunir à nouveau.

Critique :
Bruno Brazil, je connais bien, ayant lu tous les albums de la série, celle de Greg au scénario et William Vance aux dessins.

C’était une série que j’appréciais, même si cela fait longtemps que je ne l’ai plus passée au filtre de la relecture (relecture du Tome 1 en août 2012 et aussi le 14/02/2019, puis relecture du tome 2 en mars 2019).

Comme pour la nouvelle série avec Ric Hochet, je voulais voir si les repreneurs ont continués dans la même veine ou s’ils ont modernisé la série, qui, je le rappelle, se déroule dans les années 70.

Les traits de Bruno Brazil ont changés, je préférais les dessins de Vance. Notre Bruno ne va pas bien (cfr le dernier album de l’ancienne série « Quitte ou double pour Alak 6 »), le voici allongé sur le divan d’une psy.

Dans ce fameux tome 9 qu’était « Quitte ou double pour Alak 6 », les auteurs nous avaient montré que les personnages du Commando Caïman n’étaient pas à l’abri de la mort ou des blessures graves. À l’époque, ça m’avait coupé les jambes de découvrir que ces personnages pouvaient mourir.

Nous avons beau être en 1977, l’univers dans lequel évolue Bruno Brazil ressemble un peu à celui de James Bond : méchants tout puissants, bien vilains, on évite les gadgets de voitures, pas les stockage de données et l’univers un peu futuriste. Quasi SF dans le fait révélé en dernière case de ce premier album.

Le côté rythmé de l’album est coupé avec les scènes de vie de ménage de Bruno Brazil, la rébellion de son fils adoptif, sa femme qui l’engueule parce qu’il fait passer son job avant le reste… Bon, ça donne un côté plus humain à Bruno, pourtant, on aurait pu s’en passer sans soucis.

Le plus gros inconvénient de cette reprise, c’est qu’elle ne propose pas de résumé succinct des anciens albums, ce qui est dommageable pour ceux ou celles qui découvrent la série avec ce nouveau tome.

Contrairement aux nouvelles enquêtes de Ric Hochet, ce premier tome est une suite direct du tome 9, « Quitte ou double pour Alak 6 » et si vous ne l’avez pas lu, vous aurez l’impression de tomber au milieu du film.

Verdict ? Cette suite n’est pas mal : elle respecte les codes de l’ancienne, elle reprend les caractéristiques essentielles des différents personnages, elle a du rythme, du suspense, des mystères, un grand Méchant qui tire les ficelles dans le dos de tout le monde.

Pas de quoi sauter au plafond devant le scénario qui semble conventionnel. Ma foi, vu que je m’attendais à pire, je ne suis pas trop déçue. Pas conquise à 100% non plus.

Les anciens amateurs de la série apprécieront de retrouver les personnages et les nouveaux trouveront du plaisir à découvrir cette reprise et, qui sait, auront peut-être la curiosité d’aller lire les albums du tandem d’origine.

Moi, suis partante pour lire le deuxième tome. Sa chronique se trouve justement en lien un peu plus bas (publication Babelio uniquement) et si vous la lisez, vous comprendrez ce qui s’est passé à la lecture du tome 2…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°135], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°17] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages).

Les 5 Terres – Tome 1 – De toutes mes forces : Lewelyn et Jérôme Lereculey

Titre : Les 5 Terres – Tome 1 – De toutes mes forces

Scénaristes : Lewelyn (groupe)
Dessinateur : Jérôme Lereculey

Édition : Delcourt Terres de légendes (11/09/2019)

Résumé :
Ce n’est un secret pour personne : le vieux roi Cyrus, héros de la bataille de Drakhenor, est mourant. Son neveu Hirus, jeune tigre brutal et ambitieux, et successeur désigné du roi, rêve d’imposer sa loi au reste des 5 Terres.

Mais comme toujours chez les félins, rien n’est simple, et le trône est l’objet de toutes les convoitises, tandis que dans les royaumes voisins, on observe la situation, prêt à fondre sur Angleon au moindre faux pas…

Critique :
« Le lion ne s’associe pas avec le cafard », comme le disait si bien Amonbofis, dans le film.

Dans cette bédé où les personnages sont anthropomorphiques, il est interdit de mélanger les classes et les races.

Autrement dit, les amours inter-races sont interdits. Au moins, dans GOT, le Cerf Baratheon avait épousé la Lionne de chez Lannister !

Justement, en parlant de GOT, cet album est dans la même veine : un roi se meurt et on va se disputer le trône, magouiller pour l’obtenir, se trucider, se venger, se faire des coups bas, des coups de putes, se planter des poignards dans le dos, le bide…

Il y a 5 terres, dirigées par 5 grandes famille : les félins, les ursidés, les cervidés, les reptiles et les primates. Ouh, ça va saigner ! La marmite est en train de bouillir et le couvercle peut péter à tout moment. Bisounours, passez votre chemin !

Je ne vais pas vous raconter des carabistouilles, j’ai été plus que conquise par ce premier album que j’avais acheté et pas encore lu (shame on me, sans la chronique de Dionysos, du Bibliocosme, je l’aurais oublié dans ma blbio).

Les dessins sont superbes, les couleurs magnifiques et c’est une riche idée que d’avoir donné des visages d’animaux aux personnages afin de pousser un peu plus loin le concept des différentes races, qui sont en adéquation avec l’animal, bien entendu.

Ce premier album possède déjà bien des arcs narratifs différents : dans l’entourage du roi mourant, dans la garde royale, chez les Ours, chez les reptiles dans le désert. Bref, tout comme la saga bien connue, l’intrigue ne va pas tourner autour d’une seule famille, mais autour d’une galerie de personnages, tous plus différents les uns que les autres.

Comme dans les bonnes sagas, les personnages cacheront une partie de leur jeu, auront des secrets, ne dévoileront pas tout et avanceront masqué.

Une bonne chose aussi, pour le moment, pas de manichéisme en vue et déjà de belles surprises. Rien n’est figé, rien n’est sûr, tout est possible. La fin de ce premier tome rebat déjà les cartes, les dés sont jetés, alea jacta est, cliffhanger de dingue ! Il me faut le tome 2 de suite !

Les 5 Terres, c’est un univers impitoyable ♫, comme le chantait la célèbre chanson de la non moins célèbre série des années 80 (que je n’ai jamais vue).

PS : Lire la chronique tout aussi enchantée que le mienne chez Le Bibliocosme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°116], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°107], et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol

Auteur : Katherine Arden
Édition : Denoël – Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2020)
Édition Originale : Winternight, book 1: The Bear and the Nightingale (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante.

Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela.

En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt.

Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Critique :
Winter is coming… L’hiver vient.

Et en Rus’, quand l’hiver vient, c’est du costaud : on se gèle les miches, on ne mange plus à sa faim, on maigrit, la neige est haute, elle recouvre tout et le gel vous mord les chairs à tel point que vous pourriez perdre des membres.

M’attendant à lire de la fantasy, j’ai été surprise en constant que l’univers resterait dans le registre du fantastique, lui-même puisant son inspiration dans le folklore et la mythologie slave.

Pas de soucis ! J’ai adoré découvrir ce moyen-âge Rus’ (la Russie n’existait pas encore en tant que pays) et me plonger dans la vie d’une famille, 200 ans avant Ivan Le Terrible.

Dans les années 1300, la femme n’avait pas de droits, si ce n’est de se marier et de pondre des chiées de gosses, si possible des garçons vigoureux, merci bien. L’autre option, c’est le couvent… Sympa.

Vassia, elle, adore porter les habits d’un de ses frères, grimper aux arbres et parler aux esprits protecteurs de la maison, sorte d’Elfes de maison qui la protège, si on leur laisse des offrandes. Et pour que le domovoï me reprise mes chaussettes, je lui laisserai tout le pain sec qu’il désire ! Idem pour le vazila (l’esprit des chevaux).

La Russie m’a toujours fascinée, tout en m’effrayant. Ressentir son Histoire, son folklore, son climat, sa Nature, ses habitants au travers de la littérature, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour éviter tout risque de se faire tuer par un guerrier du Khan de la Horde d’Or (empire turco-mongol gouverné par une dynastie issue de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan), de crever de froid dans une forêt en plein hiver, de finir au couvent ou mariée avec une chiée de gosses à mes basques !

Ce roman fantastique ne brillera pas par son rythme endiablé, que du contraire. Il se passe peu de choses durant des centaines de pages, ou alors, juste des petits évènements et pourtant, jamais je n’ai ressenti de l’ennui durant ma lecture. Il est des romans guère plus épais qui m’ont semblé plus longs et qui furent lus en plus de jours (suivez mon regard sur ma chronique des enquêtes de Irene Adler et Holmes).

Découvrir le folklore et les contes Rus’ m’a passionné, les personnages m’ont emportés, surtout la jeune Vassa, jeune fille qui aimerait être libre et que tout le monde regarde de travers en la traitant de sorcière parce qu’elle veut vivre différemment des autres… Ajoutons à cela le poids de la religion et la place importante que va prendre Konstantin, le prêtre local en les faisant tourner le dos à leurs anciennes croyances.

Tous les personnages, même Anna, la belle-mère bigote, sont bien traités, ont de l’épaisseur et évitent le côté manichéen que l’on retrouve souvent d’autres romans. Oui, on aimerait baffer Anna, mais on peut aussi comprendre ses peurs, elle qui n’a pas accepté ce qu’elle était.

Anna est terriblement humaine et comme les autres, son désir le plus cher est de protéger la fille qu’elle a eu. À elle non plus, on ne lui a pas demandé son avis, lorsqu’on l’a mariée de force, elle qui voulait entrer au couvent.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce roman fantastique, c’est qu’il n’y a pas de chevalier sans peur, de super homme fort. Il y aura des hommes courageux, de ceux qui donneraient leur vie pour leur famille, mais rien de surhumain. Des frères et des pères, tout simplement, qui craignent pour les leurs, même s’ils ne le disent pas.

L’ambiguïté du personnage de Morozko était un régal aussi, difficile de savoir avec certitude de quel côté de la Force il se trouvait. Le combat final n’est pas bâclé, il prend le temps de monter en puissance, les forces en opposition ont eu quelques escarmouches, Vassia résistant comme elle peut, à la mesure de ses moyens.

L’énorme avantage de cette trilogie est que le premier tome peut se suffire à lui-même. Il y a une véritable fin et nous pourrions en rester là. Ce que je ne ferai pas, car j’ai bien envie de découvrir ce qu’il va advenir de la petite Vassia et quel périple l’attend.

Un roman fantastique, touchant, rempli de folklore russe, de froids hivers où l’on se gèle les fesses, l’estomac vide et de personnages avec qui l’ont aurait envie de vivre cette aventure. Pas de naïveté et pas de mièvrerie, car elles n’avaient rien à faire dans ces contrées septentrionales où le vie était dure et rude.

Une belle découverte que j’ai faite grâce à la proposition de LC de Bianca, qui, une fois encore, est sur la même longueur d’onde que moi.

PS : le Bibliocosme en avait parlé en bien aussi.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°98].

La renaissance des heros Marvel – Tome 2 – Black Panther : Christopher Priest & Reginald Hudlin

Titre : La renaissance des heros Marvel – Tome 2 – Black Panther

Scénaristes : Christopher Priest & Reginald Hudlin
Dessinateurs : Collectif

Édition : Panini Comics (04/06/2019)

Résumé :
T’Challa, la Panthère Noire, règne sur le Wakanda éternel. Ororo, alias Tornade, est la X-Woman considérée comme une déesse au Kénya.

Les deux héros se connaissent depuis l’adolescence et forment l’un des couples les plus puissants de l’univers Marvel.

Critique :
Black Panther faisant partie de mes chouchous, j’ai profité de l’offre à 2,99€ pour m’offrir cette anthologie regroupant plusieurs aventures de T’Challa.

La première histoire, « Sturm und drang : une histoire d’amour et de guerre » était des plus intéressantes à lire.

Le scénario ne manquait pas de profondeur avec cette guerre qui menaçait, T’Challa qui devait jouer au diplomate (mais ne l’étais pas) et ces complots entre plusieurs puissances pour foutre le chaos.

Mon seul bémol ira pour le narrateur qui avait tendance à m’embrouiller plus qu’autre chose avec ses commentaires.

Les dessins étaient très agréables pour les yeux.

L’autre histoire importante, c’est celle du mariage entre T’Challa et Tornade, dont j’avais déjà lu une partie de l’histoire dans « Je suis Black Panther ». Ce ne fut pas un soucis de relire l’histoire, cela m’a permis de mieux l’ancrer dans ma mémoire.

Là aussi les dessins sont agréables, les couleurs vives et on n’a pas le temps de s’embêter car ce mariage n’est pas un mariage ordinaire : deux personnages super-héros qui vont convoler ensemble, deux personnages puissants, deux personnages apparentant à des groupes différents, le tout sur fond de pré-Civil War puisque Iron Man est pour le recensement et le Captain, contre. Ça fume déjà entre eux deux !

Anybref, ce recueil est à réserver aux fans de Black Panther, ou à ceux et celles qui voudraient découvrir le personnage sans vouloir se farcir les anthologies.

Pour le prix vendu en magasin (en neuf !), on n’est pas volé sur la marchandise : il y a de quoi lire durant un bon moment et occuper ses longues soirées d’hiver pendant que la pluie tombe dehors.

Cendres : Johanna Marines [LC avec Bianca]

Titre : Cendres

Auteur : Johanna Marines
Édition : Snag (04/04/2019)

Résumé :
Londres, 1888. Nathaniel et Luna vivent dans un quartier mal famé de l’East-End. Pour survivre, ils sont obligés de revendre les objets qu’ils ont volés.

Au même moment, à Westminster, Agathe accepte de devenir la domestique de la famille Henwoorth. Leur destin va basculer le jour où Nathaniel va découvrir un cadavre.

Agathe, une jeune femme plutôt naïve prête à tout pour payer les médicaments de sa mère malade. Celle-ci va être embauchée comme parurière chez les Henwoorth. Mais, rapidement, le fils ainé de la famille, Archibald, se montre étrange… Qu’attend-il vraiment d’elle ? Et si un tout autre destin l’attendait ?

Nathaniel Depford, un jeune homme de 27 ans, qui travaille comme allumeur de réverbères dans la vieille ville. Orphelin, il ne sait presque rien de ses origines. Mais, quand celle qu’il considère comme sa sœur, Luna, disparaît et que d’étranges cauchemars refont surface, son monde fragile vacille…

Réussira-t-il à retrouver Luna avec l’aide de la police ? Ou devra-t-il faire chemin seul pour comprendre les forces obscures qui tirent les ficelles en coulisse ? Et si son passé le rattrapait ?

Critique :
Londres, 1888… Une période que j’apprécie tout particulièrement. Facile, je n’y ai pas vécu.

C’est comme les bas-fonds londoniens, ils sont plus supportables lorsque l’on est assis dans son canapé, le ventre plein, un café chaud à portée de main et le chauffage qui fait son job.

Commençons par les points positifs de ce polar historique : le petit côté steampunk était bien vu. Sans en faire trop (ce que certains reprocheront), l’autrice a ajouté quelques détails du genre dans son récit : chevaux et oiseaux automates, ainsi que des prothèses.

Le steampunk n’est pas envahissant et si vous n’êtes pas accro au genre, cela passera comme une lettre à la poste. Par contre, si vous en vouliez plus, vous serez de la revue.

Londres : personnage important de l’histoire, c’est une ville encrassée par le smog que vous découvrirez, une ville sale, noire, remplie de suie des usines et, de temps en temps, un smog mortel descend sur la ville. Angoisses durant la lecture garanties.

Les bas-fonds : vous êtes plongés dedans, la misère grouille comme les rats, c’est l’horreur. L’autrice décrit bien ces maisons faites de tôles, cette misère qui touche tout le monde, y compris les plus petits. Sans oublier qu’un tueur éventreur rôde dans les ruelles.

Les personnages sont attachants (Agathe, Nathaniel et Luna la tête de mule), mais manque un chouia de profondeur, tout en étant stéréotypés. Ce n’est pas vraiment un problème, le bât blessant plus au niveau du Méchant, qui est méchant tout simplement et qui est aussi visible qu’un gilet jaune devant des phares, sur une route déserte.

Ce polar historique, je l’ai dévoré, il est addictif, l’écriture est simple, faite de répétitions pour certaines descriptions, mais bon, ça passe sans soucis.

Là où ça grince dans la prothèse métallique, c’est justement avec le Méchant que l’on venir avec ses gros sabots et dont on ne saura pas pourquoi il est passé du côté super obscur de la Force. Nous n’en saurons pas plus non plus sur l’Éventreur (qui n’est pas le sujet du roman, mais puisqu’il y joue du couteau, on aurait pu aller plus loin).

Certes, dans la vie, nous n’avons jamais les explications, mais purée, dans un roman, l’autrice étant aux commandes, elle peut très bien ajouter des pages et nous expliquer le pourquoi du comment.

Lors du final, très glauque, très violent, pas happy end du tout, on a l’impression qu’on nous l’a joué à l’envers et on referme le livre avant l’horrible sensation qu’il manque quelque chose : ces foutues putains d’explications !

Déjà que l’autre enquête, avec les déterrés, se finit un peu brusquement, trop facilement… Si en plus, l’intrigue principale ne nous donne pas toutes les réponses, ça vous donne un goût s’inachevé. J’aurais aimé connaître les motivations du Méchant autre que je suis méchant, point barre. Et aussi savoir si un des personnage, de par son comportement assez sec, a voulu en fait protéger Agathe.

Maintenant, ces bémols, ce ne sont que les miens, personnels, ce que j’aurais aimé savoir…

Cela ne m’a pas empêché d’apprécier cette lecture, addictive, même en devinant très vite qui était le méchant et en comprenant ce qui se cachait sous les disparitions des jeunes filles (mais pourquoi des blondes ?)… Le final, assez violent, était par contre inattendu. J’avais espéré un mini happy end.

Une LC avec Bianca réussie ! Nous avons fait de bonnes pioches ces derniers temps. Si vous voulez lire son avis, suivez le lien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – Dark London.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les prisonniers de la liberté :‬ Luca Di Fulvio [LC avec Bianca]

Titre : Les prisonniers de la liberté

Auteur : Luca Di Fulvio
Éditions : Slatkine & Cie (2019) / Pocket (2021) – 780 pages
Édition Originale : La figlia della libertà (2018)
Traduction : Elsa Damien

Résumé :
1913, un paquebot quitte l’Europe. À son bord, trois jeunes en quête d’une seconde chance.

Rosetta, jeune femme indépendante et rebelle, fuit son village italien. À la mort de ses parents, harcelée et violentée par la pègre, ayant perdu son honneur, elle n’a eu d’autre choix que d’abandonner la ferme familiale.

Rocco, fier et fougueux jeune homme, laisse derrière lui sa Sicile natale. Il cherche à échapper à la Mafia locale, à laquelle il a refusé de se soumettre.

Raquel, petite juive russe, a vu toute sa famille décimée dans un pogrom. Elle n’emporte avec elle que le souvenir de l’amour que lui portaient ses parents.
Le nouveau monde les réunira.

Après New York, Luca Di Fulvio nous emmène à Buenos Aires. Un parcours semé d’embuches, où amitié, amour et trahisons s’entremêlent…

Critique :
Les voyages en compagnie de Luca Di Fulvio se ressemblent tous un peu. C’est le troisième que je lis et sa trame est semblable aux deux autres. C’est la marque de fabrique de l’auteur qui ne se renouvèle guère.

Une fois de plus, il nous propose des personnages qui ne vivent pas dans le monde des Bisounours et à qui il va arriver tout un tas de saloperies de misères les plus crasses.

Coincés dans le fleuve tumultueux de la vie qui ne fait pas de cadeau, ils vont aller de Charybde en Scylla, leur père narratif ne les épargnant guère, rajoutant même des pelletés de sales coups à tous ceux qu’ils ont déjà pris dans la gueule.

On est dans un roman noir, le contexte social était important et bien mis en valeur, que ce soit en Sicile avec la mafia qui ne vous laisse guère le choix, ou dans les ghettos Juifs du côté de la Russie, Pologne ou en Argentine où l’extrême misère est de nouveau la proie des puissants. L’exploitation des miséreux fait la richesse des forts.

Le monde de Rosetta, Rocco ou Rachel n’est que violence, extorsion, abus de pouvoir, vols, viols, harcèlement, mafia et pogroms pour les Juifs que l’on accuse de tous les maux (empoisonnement de l’eau, mauvaises récoltes…) et surtout d’avoir assassiné le Christ, qui, si mes souvenirs sont bons, était Juif lui aussi… Comprenne qui pourra, moi je ne cherche plus à comprendre l’imbécilité de certains et leur illogisme.

Dans ce monde pourri, les femmes sont toutes des putes (dixit la majorité hommes), surtout si elles tentent de leur tenir tête et les hommes sont tous des harceleurs, des violeurs, des gros cochons qui ne pensent qu’avec leur bite et qui considèrent les femmes comme juste bonne à baiser, de force ou en les payant.

Heureusement, tous les hommes ne sont pas comme ça ! Non pas parce que les femmes ne sont pas leur tasse de thé, juste parce qu’ils ont de l’éducation et du respect pour les autres, même s’ils ne seraient pas vraiment d’accord pour nous donner l’égalité.

Anybref, comme vous pouvez le constater, nous face à des vies de misère où tous les coups sont permis pour briser des êtres humains et les mettre plus bas que terre. Les femmes et les filles étant celles qui ont la vie la plus infernale puisque le seul métier qu’on leur propose est de faire la pute dans cette ville de Buenos Aires.

Comme à Ken Follet, je reprocherai toujours à Di Fulvio son manichéisme dans ses personnages.

Les méchants n’ont rien pour les racheter et sont pourris jusqu’au bout des ongles (ou de leur bite), hormis quelques uns, mais dès le départ, on se doutait qu’ils n’étaient pas si méchants que ça.

Si dans la vie réelle, certains humains sont des salopards finis, d’autres ont des portraits plus nuancés, des fêlures, un passé qui explique cela et j’apprécie toujours lorsqu’ils les portraits sont en nuance, dans la littérature.

Les palmes d’or des perversions allant à Amos le maquereau, au baron de La Bite Molle et à la princesse du Clito En Biais. Ces deux derniers, sorte de Valmont et Merteuil de ce récit, n’ont vraiment absolument rien pour équilibrer leurs portraits et l’auteur en rajoutera même, des fois que l’on aurait des doutes…

Même si le baron sicilien de La Bite Molle possède moins d’élégance dans la perversion que n’en avait Valmont, que c’est une sorte de potentat local qui se croit tout permis, qui devient bête dans son obsession et qui finira par perdre toute crédibilité dans une scène avec un coupe-papier.

Fallait pas en rajouter, la coupe était déjà pleine pour ce personnage. Trop est l’ennemi du bien. Cela a desservi ce méchant baron sicilien.

Je me plains souvent des auteurs qui bâclent leurs grandes scènes finales en deux coups de cuillère à pot alors qu’on se trouve dans un pavé.

Ce ne fut pas le cas ici, Di Fulvio a pris son temps pour régler tous les problèmes, pour terminer la grande bataille finale, mais à un moment, il est retombé dans ses travers et en a rajouté, ce qui a nuit à l’ensemble car ça devenait trop long. Un peu de péripéties, ça va, trop, bonjour les dégâts.

Avec 150 pages de misères en moins, l’auteur aurait pu offrir à ses lecteurs un roman bourré d’émotions, d’action, d’aventure, sans que cela ne nuise à l’ensemble.

On pourrait penser, en m’entendant bougonner et étaler les défauts du roman, que je n’ai pas apprécié cette lecture. Que du contraire !

En fait, comme Tano, le cordonnier grincheux, je ronchonne entre mes dents pour ne pas que l’on sache que ce récit m’a bouleversé et apporté des tonnes d’émotions, me mettant le cœur en vrac, une fois de plus.

Les personnages gentils m’ont fait vibrer, j’aurais aimé les serrer dans mes bras, les aider, j’ai souffert avec eux, j’ai hurlé à l’injustice comme eux, sans que l’on nous écoute et je les ai vu souffrir sans pouvoir rien faire pour les sortir de là.

Ce roman, après toutes ces souffrances, donne de l’espoir et fait un bien fou au moral, même si dans la réalité, ce genre de fin n’arrive jamais, sauf sans les Disney. Mais merde, de temps en temps, ça fait chaud au cœur de voir triompher le Bien et non le Mal.

C’est une formidable aventure humaine, c’est une histoire de destins brisés, de vies qui auraient dû prendre fin, mais ils se sont accrochés à la vie et Rosetta, comme dans la chanson de J-J.G, a changé la vie des autres.

Alors basta pour les défauts rédhibitoires que son un certain manichéisme, les misères à rallonges et les trames qui sont semblables dans tous ses romans ! Les histoires de l’auteur sont belles à lire et ça me fait passer sur ces gros défauts qui mettraient par terre les romans d’autres auteurs (oui, pas bien, je sais).

Par contre, ces multiples défauts (manichéisme, trame la même) et cette surenchère de violence (parfois gratuite) ont fait en sorte que ma copinaute Bianca n’a pas du tout apprécié sa lecture. 780 pages de malheurs, ça faisait beaucoup… Sa préférence restera pour « Le gang des rêves » (et moi aussi). Suivez le lien !

Lu dans son édition Pocket de 780 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°48] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.