L’inconnu de la forêt : Harlan Coben

Titre : L’inconnu de la forêt

Auteur : Harlan Coben
Édition : Belfond (15/10/2020)
Édition Originale : The Boy from the Woods
Traduction : Roxane Azimi

Résumé :
WILDE. SON NOM EST UNE ÉNIGME, TOUT COMME SON PASSÉ.

Il a grandi dans les bois. Seul. Aujourd’hui, c’est un enquêteur aux méthodes très spéciales.

VOUS IGNOREZ TOUT DE LUI.

Il est pourtant le seul à pouvoir retrouver votre fille et cet autre lycéen disparu. Le seul à pouvoir les délivrer d’un chantage cruel. D’un piège aux ramifications inimaginables. Mais ne le perdez pas de vue.

CAR, DANS LA FORÊT, NOMBREUX SONT LES DANGERS ET RARES SONT LES CHEMINS QUI RAMÈNENT À LA MAISON.

Critique :
Corben Dallas, oui, Harlan Coben, non… Je pense qu’entre lui et moi, ce sera comme Capri : fini !

C’est le genre de thriller que j’aurais adoré lire lorsque j’avais 20 ans, mais maintenant que j’ai quelques années de plus, ce genre de récite passe difficilement car je l’ai trouvé vide.

Comme un squelette sans ses organes, sans sa peau… Les personnages m’ont donné l’impression d’être sans relief, sans épaisseur, fadasses, juste là pour l’histoire, comme des figurants de seconde zone.

Le personnage principal, Wilde, le Mowgli qui a vécu dans la forêt manque de crédibilité, de profondeur, alors qu’il le pilier central du roman. Sorte d’écolo intello qui aurait les capacités de déplacement en forêt aussi silencieux que ceux de Black Panther…

Mieux, tout gamin, il a appris à lire tout seul en regardant des émissions de télés faites pour les élèves. Les enseignants peuvent donc aller pointer dès à présent à Popol Emploi, la téloche fera leur job ! Désolé, ça n’est pas passé chez moi… Un peu gros ! Trop de qualités tuent le personnage.

Quant au méchant politicien, sorte de clone de Trumpinette (mais en édulcoré), il n’a que peu de présence et semble être lui aussi sans consistance.

Pourtant, les thèmes abordés dans ce thriller étaient intéressants et universels : le harcèlement scolaire, un politicien qui semble être une menace s’il vient à être élu, le patriotisme, la fin qui justifie les moyens, le sacrifice de l’un pour en sauver des millions, l’extrémisme, le système judiciaire contre lequel on ne peut aller contre car c’est le système,…

Oui, bien vu, dommage qu’aucun de ces thèmes ne soient vraiment approfondis ! Ils sont survolés… Quelques lignes de-ci, de -là… C’est expédié vite fait, mal fait.

Pire, l’auteur parle du harcèlement scolaire subi par la jeune Naomi, mais il a oublié d’y ajouter les émotions dans son texte. C’est froid, tellement froid que je n’ai pas frémi (alors que je bondis toujours sur le sujet). Dans un romans de Stephen King (pour ne pas le citer), une scène de harcèlement me hante encore des années après ! Jamais je l’oublierai la boîte à lunch Scooby-Doo.

Ce manque d’émotions ressentie à la lecture de ces horreurs faites à cette ado m’a aidé à comprendre pourquoi personne du corps professoral ne réagissait dans l’entourage de Noami : la faute de l’auteur ! Les personnages sont restés de marbre tant le sujet du harcèlement était mal traité.

Malheureusement, pour un thriller, le récit est un peu poussif, surtout au départ. Ensuite, ça bouge un peu plus, mais jamais au point de m’avoir scotché au récit. Les dialogues sont plats, sans reliefs aucun, plus pour meubler des silences ou noircir des pages.

Un bon point pour le final qui évite le happy end et qui tacle le système judiciaire américain et les extrémistes de tous poils qui malgré les preuves mises sous leur nez, hurlent toujours au fake news ou à la vidéo truquée, tant ils n’ont pas envie de remettre en question leur idole, son discours et ses idées.

Pour eux, il est plus simple de rester accroché à leurs convictions pures et dures que de les voir valser, se briser et d’ensuite devoir réfléchir et changer. Quant on est à fond avec une équipe, quoiqu’elle fasse, on reste fidèle et on ne va pas changer de club.

Bon, comme vous l’avez sans doute compris, cette lecture ne restera pas dans les annales littéraires et finira au tableau des déceptions de 2021.

Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu de Coben, c’était l’occasion pour moi d’y revenir et de passer un bon moment de lecture (j’avais la foi). Hélas, elle ne fut pas palpitante comme ce fut le cas avec d’autres romans.

Déception totale. Lui et moi, je pense que ce sera terminé. Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°55].

Temps noirs : Thomas Mullen

Titre : Temps noirs

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (04/03/2020)
Édition Originale : Lightning Men (2017)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
L’officier Denny Rakestraw et les « officiers nègres » Lucius Boggs et Tommy Smith ont du pain sur la planche dans un Atlanta surpeuplé et en pleine mutation.

Nous sommes en 1950 et les tensions raciales sont légion alors que des familles noires, y compris la sœur de Smith, commencent à s’installer dans des quartiers autrefois entièrement blancs.

Lorsque le beau-frère de Rake lance un projet visant à rallier le Ku Klux Klan à la « sauvegarde » de son quartier, les conséquences deviennent incontrôlables, forçant Rake à choisir entre la loyauté envers sa famille et la loi.

Parallèlement, Boggs et Smith tentent d’arrêter l’approvisionnement en drogues sur leur territoire, se retrouvant face à des ennemis plus puissants que prévu : flics et ex-détenus corrompus, chemises noires nazies et voyous du Klan.

Critique :
Darktown, le premier volume, était déjà du tout grand roman noir. La suite est du même acabit et peut trôner parmi les grands sans aucun problème.

Dans ce roman noir qui se déroule à Atlanta en 1950, au coeur de la ségrégation raciale, vous croiserez des personnages peu fréquentable, dont certains se baladent avec une taie d’oreiller blanche sur la tête.

D’autres, pas mieux, adorent porter des costumes bruns avec des éclairs rouges cousus en insignes. Cela fait 5 ans que l’Adlolf s’est fait sauter le caisson et aux États-Unis, certains ont la nazi nostalgie.

Si vous lisez ce roman et que vous faites partie de la cancel culture, vous risquez de tressaillir à toutes les mentions « Négros » ou de « singes »… Je n’aime pas ces mots, mais en 1950, dans le Sud des États-Unis, montrer du respect pour une personne de couleur vous valait l’exclusion de tout. Personne ne parle d’afro-américains.

Ne pas utiliser les termes insultants dans un roman se déroulant à ces époques serait un anachronisme aussi gros que de doter les femmes du droit de vote à une époque où elles ne l’avaient pas.

Ce fut avec un plaisir énorme que j’ai retrouvé mes deux agents Noirs (ou nègres, pour l’époque) : Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce n’est pas à proprement parler d’une suite de leur première enquête, nous sommes 2 ans plus tard, mais l’auteur y fera quelques allusions. Les deux romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre, mais faites-vous plaisir avec les deux.

Deux années se sont écoulées et rien n’a changé dans leurs droits, qu’ils n’ont pas. La frontière entre les quartiers Blancs et Noirs bouge, pour la plus grande peur des Blancs, bien entendu et les envies de lyncher du Noir est toujours présente, chez les membres du KKK, chez les nazis ou tout simplement chez les citoyens lambdas, ceux des beaux quartiers.

L’intrigue est une véritable toile d’araignée, aux multiples ramifications. Rien n’est simple, tout est imbriqué et rien n’est comme on pourrait le penser. Les arcs narratifs sont multiples, comme les personnages et la ville d’Atlanta est un personnage à part entière, qui vit, qui bouge.

C’est tout un pan de la vie sudiste qui est décrit dans ce roman noir puissant. Tout y pue le racisme primaire, la ségrégation, que l’on soit chez les Blancs ou chez les Noirs qui vivent dans les beaux quartiers de Sweet Auburn et qui méprise ceux des quartiers populaires vivant dans des taudis (ou s’apparentant à des taudis). Personne n’est frère.

Jamais les personnages ne sombrent dans le manichéisme, que l’on soit avec nos deux flics Noirs (Boggs et Smith), des gens qui quartier Blanc ou avec des klansmen. Tous ont des nuances, des peurs, des rêves, des casseroles au cul ou des squelettes dans les placards. C’est comme une pelote de laine que l’on dévide.

Oserais-je dire que personne n’est tout à fait blanc ou noir, mais dans des nuances de gris, pouvant passer de l’ombre à la lumière. Les gens ont des règles, des idéaux, mais parfois, ils se fracassent face à la vie dure que l’on mène à Atlanta ou face aux événements qui s’emballent et débouchent là où le personnage ne le pensait pas.

Face à un vrai roman noir se déroulant durant la ségrégation raciale des années 50, il ne faut pas s’attendre à ce que les Bons gagnent et que les Vilains aillent en taule. Dans un roman noir tel que celui-ci, le happy end, faudra s’asseoir dessus et se le carrer où… où vos voulez, c’est vous qui décidez.

Roman noir puissant, réaliste, à la trame scénaristique réfléchie, poussée, rien n’est simple, ni facile, où les multiples arcs narratifs nous entraînent dans plusieurs endroits d’Atlanta avant de tous se terminer dans un final hautement violent qui ne sera pas celui entre les Noirs et les Blancs (trop facile).

Pas de manichéisme, juste des personnages qui essaient de vivre comme ils peuvent, sans se mettre à dos leur communauté (pas facile), de louvoyer dans cet océan de haine tout en restant fidèle le plus possible à leurs idéaux, qu’ils soient respectueux des autres ou pas.

La ligne rouge n’est jamais loin et il n’est jamais facile de respecter ses engagements pris un jour, lorsque l’on se retrouve confronté à la complexité humaine.

Un roman noir puissant, sans édulcorants, sans sucre, noir de chez noir et à l’arôme brut que l’on savoure avec plaisir, même si l’époque n’est pas celle des Bisounours.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°53].

Ghost kid : Tiburce Oger

Titre : Ghost kid

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateur : Tiburce Oger

Édition : Bamboo Edition (19/08/2020)

Résumé :
La dernière expédition d’un vieux cow-boy pour retrouver sa fille inconnue.

Malgré les rhumatismes, « Old Spur » Ambrosius Morgan persiste à rouler sa bosse et ses éperons de ranch en ranch. Un jour, une lettre de la femme qu’il aima des années auparavant lui apprend qu’il est le père d’une jeune femme, Liza Jane Curtis, et que celle-ci a disparu depuis son départ pour l’Arizona.

Le vieux cow-boy décide de partir à sa recherche, accompagné du fantôme d’un jeune Apache qu’il croit être le seul à voir.

Critique :
Avril 1896, nord du Dakota, sous la neige. C’est là que nous ferons connaissance avec le vieil d’Ambrosius Morgan, alias Old Spur, vacher solitaire qui passe l’hiver dans une cabane à des jours et des jours de toute civilisation.

C’est un vrai ♫ Poor lonesome cow-boy ♪ et c’est aussi une fine gâchette, comme Lucky Luke.

Pour ceux et celles qui aiment les westerns, voilà un one-shot qui te claque dans la gueule et qui fait plaisir à lire tant les codes sont respectés mais aussi savamment utilisés.

Découvrir Old Spur dans son métier de vacher, perdu au fin fond du trou du cul du Dakota (après le gros côlon, tournez à gauche) permet de se familiariser avec l’animal bourru qu’est notre vacher solitaire qui parle aux chevaux et qui évite au possible la compagnie des hommes, sauf si c’est un vieux vacher grincheux comme lui.

Tiburce Oger, je l’avais découvert dans la saga (non terminée) : La piste des ombres. Ses dessins m’avaient décontenancées, à l’époque, et j’avais mis un certain temps à m’y habituer. Pour cet album, j’étais fin prête et pour une fois, j’ai aimé ses dessins, ses paysages magnifiques, sur des pleines pages (à la neige ou au soleil) et ses chevaux tout en os.

Partant avec un scénario classique du vieil homme à qui l’on apprend qu’il est père et que sa fille a disparu à la frontière mexicaine, avec son mari, suite à une attaque, le reste de l’album n’a rien de classique tant l’auteur est allé dans des directions auxquelles je ne m’attendais pas, comme celle de lui adjoindre un enfant dont il se demande s’il n’est pas un fantôme.

Old Spur, malgré ses défauts, est un cow-boy auquel on s’attache de suite, il représente la figure d’un grand-père grognon que l’on aurait aimé avoir, tant sous ses airs chiffonnés, il y a un cœur qui bat et que l’homme n’aime pas les injustices.

Sa quête ne sera pas simple, elle sera semée d’embuche, de mauvaises rencontres, d’incidents, de choses bizarres. Old Spur est un vieux cow-boy sur le retour, la Frontière n’existe plus, son mode de vie va petit à petit s’éteindre. Bref, nous ne sommes pas en compagnie d’un type fringant et aux plus belles heures de la Conquête de l’Ouest (elle n’était pas belle pour tout le monde, bien entendu).

Petit clin d’œil à la série Undertaker de Meyer et Dorison dans ce récit car notre Old Spur va enterrer un croque-mort, entouré de vautours.

La pagination importante permet à l’auteur de prendre son temps pour nous présenter son anti-héros, pour ne le montrer dans sa vie de cow-boys reclus, pour mettre en place le début de sa quête et nous présenter un long voyage, sans que tout cela soit précipité et sans que cela devienne ennuyeux.

Une excellente bédé western qui reprend tous les codes de genre, qui les utilise à bon escient, afin de nous immerger totalement dans l’Ouest, sauvage, celui aux paysages merveilleux, auxquels l’auteur rend honneur avec ses dessins.

Une magnifique bédé western, qui, si elle possède un scénario classique, arrive tout de même à sortir du lot grâce à ses dessins, à ses grandes planches esthétiques qui sont autant de pause agréable dans le récit, ainsi que par ses personnages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°51], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°82],  Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 80 pages).

La Venin – Tome 2 – Lame de fond : Laurent Astier

Titre : La Venin – Tome 2 – Lame de fond

Scénariste : Laurent Astier
Dessinateur : Laurent Astier

Édition : Rue de Sèvres (08/01/2020)

Résumé :
Emilie est recherchée et sa tête est mise à prix. Poursuivant sa fuite en tenue de nonne, elle est Soeur Maria quand elle arrive à Galveston, au Texas.

Elle n’est pas là par hasard, elle cherche le révérend Alister Coyle, celui-là même qui dirige l’orphelinat pour jeunes filles de la ville. Sous couvert de cette nouvelle identité, elle est hébergée quelques jours au sein de son institution.

Le décès d’une pensionnaire et surtout la tentative de suicide de l’une d’elles ne laissent aucun doute sur le comportement malsain et les sévices commis par le révérend.

Il est temps de rendre justice ! Emily s’en chargera et Dieu en sera témoin !

Critique :
Dans ce deuxième tome, Emily continue sa vengeance de manière moins subtile qu’un comte de Monte-Cristo, puisque elle, elle monte au créneau !

Les dessins sont toujours agréables pour les yeux, hormis dans les chevaux qui semblent plus raides que des planches à pain lorsqu’ils marchent ou galopent.

Le problème, lors de l’illustration d’un galop, vient des jarrets (membres postérieurs). Bref, ce ne sont pas les mieux réalisés…

On en apprend un peu plus sur la jeunesse d’Emily, après le décès de sa mère et sur toutes les merdes qu’elle a endurée et qui l’ont façonnée telle qu’elle est maintenant. Elle n’a pas été gâtée avec les sœurs de sa mère, que ce soit avec la dépravée ou la rigide bigote religieuse.

L’inconvénient, c’est que ces flash-back cassent un peu le rythme de la narration et donnent aussi l’impression qu’on a rajouté des couches aux emmerdes, déjà multiples, qu’Emily a endurée.

Non pas que ce ne soit pas réaliste, des vie de misère où l’on cumule les emmerdes volant en escadrille, c’est tout à fait véridique, mais en littérature (ou au cinéma), ça donne toujours l’impression qu’on a voulu rallonger le scénario et y ajouter de quoi faire pleurer dans les chaumières.

Attention, j’ai apprécié ma lecture, j’ai passé un bon moment de détente avec Emily et sa vengeance, mais le scénario manque parfois de subtilités et les deus ex machina ne sont pas camouflés.

Tel Zorro ou l’ami Ricoré, certains arrivent toujours au bon moment (sans le café et les croissants) afin de sauver notre Emily. D’accord, sans les deux sauvetages miraculeux, dont un ressemblait à une Ira Dei digne de l’Ancien Testament, la série s’arrêterait net, ce qui serait stupide, mais bon, on peut sauver ses personnages de manière plus soft.

Si les visages sont bien réalisés et que personne ne ressemble à un autre, j’ai trouvé que les salopards d’enfoirés de leur race était un peu trop repérable avec leur dents poussées en avant, comme des chiens prêts à mordre. De mon côté, je préfère avoir la surprise pour les méchants…

Malgré tout, le scénario n’est pas mal du tout, même s’il manque de subtilité à certaines moments et qu’il y a des grosses ficelles qui tombent à pic quand il faut sauver l’héroïne.

Le récit de vengeance est vieux comme le monde, mais le personnage d’Emily est attachant et puis, merde, pour une fois que c’est une femme qui mène la danse dans un western, ça fait du bien. Et elle est plus féminine que la Calamity Jane dans Lucky Luke.

Une chouette découverte tout de même, que je compte bien poursuivre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°50] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 62 pages).

Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00 : Adam-Troy Castro

Titre : Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (04/11/2020)
Édition Originale : With Unclean Hands (2011)
Traduction : Benoit Domis

Résumé :
Alors qu’elle était enfant, Andrea Cort a été témoin du massacre de ses parents.

L’instant d’après, dans la folie d’un génocide incompréhensible, car frappant deux espèces qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie, elle a rendu coup pour coup.

Reconnue coupable de crime de guerre, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps Diplomatique où, très vite, elle s’est révélée être une enquêtrice particulièrement douée.

En effet, qui pourrait mieux comprendre les monstres qu’une des leurs ?

« Avec du sang du les mains » est la première enquête d’Andrea Cort. Elle débute à un moment où, complètement déboussolée, Andrea ne tient le coup qu’à la seule force de sa volonté.

Critique :
Voilà encore la preuve que la taille n’entre pas en ligne de compte avec la qualité du récit. Non, non, pas d’allusions sexuelles, ce n’est pas du tout mon genre (menteuse que je suis).

Andrea Cort a tout d’un Sherlock Holmes féminin, sauf qu’elle a du sang sur les mains, qu’elle se balade dans l’espace et qu’elle n’a pas un Watson à ses côtés.

Cette première enquête d’Andréa Cort nous fait découvrir son univers, sa personnalité hors du commun et sa manière de mener les enquêtes, même si dans la mission qu’on lui avait confiée, il n’y avait à priori, pas grand-chose à faire.

Andréa n’est pas une enquêtrice comme on en voit dans les autres romans policiers. Toute jeune, elle a assisté à un génocide où deux peuples se sont exterminés dans une rage folle et Andréa a été reconnue coupable de crime de guerre, puisqu’elle y a participé activement.

Ici, la science-fiction est reine et le polar est le prince consort, même s’il a un rôle important à jouer. Les deux se marient bien et ils virevoltent sans que l’une empêche l’autre de se déployer.

Bon, j’avais vu venir la couille dans le potage… Non pas qu’elle était flagrante, mais tout de même, je me doutais bien que ce qui me semblait anodin devait être important puisque le format court de cette novella interdit d’aller batifoler dans des choses futiles.

Ce qui a de bien avec ce format court, c’est qu’il permet à quelqu’un qui n’est pas familier avec les récits de SF de rentrer dans le genre sans s’investir dans une saga ou un pavé énorme.

Il permet de découvrir un autre univers, une nouvelle héroïne (anti-héroïne plutôt) et de se décider ensuite si ce sera « Stop » ou « Encore ».

Pour moi, c’est décidé, ce sera encore !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 84 pages).

September September : Shelby Foote

Titre :September September

Auteur : Shelby Foote
Édition : Gallimard La noire (06/02/2020)
Édition Originale : September, September (1978)
Traduction : Marie-Caroline Aubert et Jane Fillion

Résumé :
En 1957, malgré la loi, le gouverneur de l’Arkansas refuse à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Pendant ce temps à Memphis, Rufus, Podjo et la gentille Reeny, trois apprentis gangsters blancs décident d’enlever Teddy, le fils des Wiggins, une famille bourgeoise noire, pour leur réclamer une rançon.

Septembre 1957 marque une date importante dans l’histoire des luttes raciales aux États-Unis : le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus, brave la Constitution, les forces de l’ordre et la volonté du président Eisenhower en interdisant à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Le même mois, à Memphis, trois apprentis gangsters que l’on pourrait qualifier de pieds nickelés planifient et mettent à exécution un projet dont l’ironie est criante : ils sont blancs, mais le jeune garçon qu’ils vont kidnapper est issu d’une famille aisée de la bourgeoisie noire.

Sur fond d’émeutes retransmises par la télévision, nous voyons Podjo, joueur invétéré et stratège du trio, Rufus, l’abruti obsédé sexuel, et sa copine, l’aguicheuse Reeny, louer une maison isolée, séquestrer le petit Teddy et toucher la rançon. Et ensuite ? Ensuite, c’est comme dans un roman noir…

Critique :
Septembre 1957, Memphis, Tennessee. Et comme le disait le grand poète ♫ On a tous en nous quelque chose de Tennessee ♪

Ici, par contre, c’est moins drôle et infiniment plus sérieux que Johnny ou que la ville d’Elvis Presley.

Trois bras-cassés Blancs ont enlevés Teddy, un gamin Noir issu d’une famille de la classe aisée.

Avec l’équipe de John Dortmunder (Westlake), se serait drôle, ici, ça ne l’est pas du tout. C’est sérieux et dangereux.

Vu ainsi, ils n’ont pas l’air d’être des mauvais bougres, ces trois-là : une fille qui a le feu au cul, son copain Rufus à le feu à la bite et Podjo semble avoir la tête sur les épaules.

Oui, mais… Le stress d’un kidnapping peut pousser à faire des choses affreuses, folles, qui pourraient avoir des conséquences pour la vie du gamin. Et on s’attache à ce gentil gamin courageux.

Ce roman ne fait pas que de nous mettre en scène un enlèvement et une demande de rançon, il ne se contente pas de nous faire monter la tension et l’adrénaline…

Septembre 1957 est une date importante dans l’Amérique puisque le président Eisenhower avait permis que des étudiants Noirs aillent au collège parmi les Blancs et le gouverneur de l’Arkansas a fucké la constitution en interdisant l’entrée au Lycée de Little Rock à neuf élèves noirs.

Ce sera la trame de fond de ce roman ; la lutte pour les droits civiques, pour le droit d’étudier, avec les manifestations des Blancs, opposés aux Noirs, entre ceux qui demandent plus de droits et ceux qui estiment qu’ils en ont déjà assez et que cette revendication ne fera qu’attiser la haine des Blancs envers les Noirs alors que pour le moment, tout va pour le mieux madame la Marquise.

Les débuts furent laborieux entre ce roman noir et moi, j’ai même failli abandonner et puis, je me suis secouée et j’ai poussé plus loin. L’action est lente, très lente, comme si le temps s’était figé dans cette maison louée afin d’en faire une planque avant et après le coup.

L’auteur alternera les points de vue des personnages centraux dans les différentes parties et nous aurons le plaisir de les voir évoluer, repenser à leur passé, leur jeunesse, leur vie…

Et pour augmenter un peu l’adrénaline, l’auteur donnera aussi la parole aux parents du petit Teddy, habitants eux aussi dans ce Sud profond si cher à l’auteur (comme à Faulkner) et qu’il décrit si bien durant son récit.

Un roman qui commence avec un kidnapping et qui se termine comme un vrai roman noir, rattrapant les débuts laborieux que j’avais eu en commençant ma lecture. Comme quoi, une mauvaise impression au commencement peut se terminer en une bonne impression sur le final.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°41].

 

La vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03 : Keith McCafferty

Titre : La vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03

Auteur : Keith McCafferty
Édition : Gallmeister Americana / Totem (2020/2021)
Édition Originale : Dead Man’s Fancy (2014)
Traduction : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée « la Vénus de Botticelli Creek », est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites.

Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un cow-boy empalé sur les bois d’une carcasse de cerf.

Accident ou meurtre ? Le drame a-t-il un lien avec la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ?

Secondée par son ami aux talents multiples, Sean Stranahan, Martha devra faire confiance à son flair pour quitter les sentiers battus et suivre un jeu de piste tortueux et imprévisible.

Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie.

Critique :
Montana, dans la vallée de la Madison (et non de Dana ♫), une jeune fille disparaît et l’homme parti à sa recherche est retrouvé mort, empalé sur les bois d’un cerf, mort.

Le cerf est donc innocent. Est-ce un crime ou un accident ? Si c’est un accident, l’homme entrera dans la catégorie des morts bêtes…

Les enquêtes de la shérif Martha Ettinger et du pêcheur à la mouche (et ancien détective privé), Sean Stranahan sont toujours aussi agréables à lire.

Voilà encore un couple d’enquêteur que j’apprécie beaucoup. Ils sont différents mais se complètent très bien et leurs dialogues sont souvent savoureux et rempli d’humour ou de petites piques.

Martha, de par sa fonction de shérif, est souvent considérée comme non féminine et les autres oublient souvent que sous son uniforme, c’est une femme qui apprécie afficher sa féminité une fois qu’elle quitte son boulot de shérif. Elle a un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut et c’est un personnage qui possède de la profondeur, qui a été travaillé.

Sean Stranahan, égal à lui-même, prendra son temps pour résoudre cette double enquête qui risque de leur réserver quelques surprises et autres chausse-trappes.

Ceci n’est pas un roman policier trépident, l’enquête va à son rythme, l’auteur nous parle de pêche à la mouche, de nature, de chevaux, des loups que l’on a réintroduit dans le Montana et qui ne plaisent pas à tout le monde, surtout aux éleveurs qui crient au loup à chaque bête morte, même c’est de soif et pour cause de non entretien. Il est des boucs émissaires bien pratiques, dans la vie.

Dans les romans de l’auteur, les personnages secondaires ne sont jamais oubliés et tous sont bien campés travaillés. Certains sont récurrents et c’est toujours plaisant de les recroiser, de suivre leurs histoires de cœur ou de cul (celles de Sam, notamment)…

Ce roman est aussi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le canis lupus, dont on pense toujours qu’il a dévoré un jour un petite chaperon rouge, le chèvre de monsieur Seguin, les trois petits cochons et j’en passe.

Non, non, nous n’avons pas de preuve mais ce sont les jugements de cour qui vous rendent blanc ou noir. Le loup a été jugé noir et l’on crié haro qui lui (et non sur le baudet qui tondis le champs d’herbe).

Ce polar se lit les doigts de pieds en éventail, c’est une enquête qui semble pépère, pourtant l’auteur aborde des sujets qui sont d’actualités, notamment avec les loups ou les ours réintroduits à certains endroits, avec les chasses non autorisées, avec ces fous de la gâchette qui sont prêts à massacrer des centaines de loup pour être sûr d’abattre le coupable… Tuez-les tous, comme il fut dit un jour.

Sans vouloir me prendre pour Sherlock Holmes, j’ai venu venir le twist (et non le Twix©) de très loin, grâce à quelques indices disséminés dans des détails anodins (le diable se cache toujours dans les détails) et je me demandais comment tout cela allait se terminer.

Il est amusant aussi de remarquer que les plus grands défenseurs de la cause du canis lupus peuvent être aussi ceux qui leur font le plus de mal de par leur comportement imbécile et psychopathe… Comme quoi, c’est parfois ceux qui vous veulent du bien qui vous cause le plus de tort.

Après avoir lu les trois premières enquêtes de Sean Stranahan, je peux confirmer que le plaisir est toujours de la partie (de pêche) et que l’on peut apprécier le roman même si on est un nul dans le lancer de la mouche.

Comme dans les romans de Craig Johnson, on est face à un polar nature writing et la plume de l’auteur est toujours aussi bien troussée. Sa galerie de personnages qui gravite autour de nos deux enquêteurs principaux sont comme des vieux amis que l’on retrouve au fil de livres.

Dans une ambiance de grands espaces où la nature fait sa loi, où les hivers sont rudes (et pas les Ibères), où la pêche est reine et où les endroits sont dépeuplés, il vaut mieux savoir où l’on va car ici, tout est sauvage et certaines âmes sont plus que tourmentées.

Un polar à lire tranquillement, bien qu’il soulève des problèmes sociétaux qui nous sont contemporains et qu’il mette en scène des tordus de chez tordus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°40] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°80].

Vigilance : Robert Jackson Bennett

Titre : Vigilance

Auteur : Robert Jackson Bennett
Édition : Le Bélial’- Une Heure Lumière (27/08/2020)
Édition Originale : Vigilance (2019)
Traduction : Gilles Goullet

Résumé :
Trois tireurs armés jusqu’aux dents lâchés dans un « environnement » public aléatoire délimité. Un but : abattre le plus de personnes possible. Une promesse : un énorme paquet de fric pour celui qui quitte les lieux indemne.

Si l’une des « cibles » met hors d’état de nuire l’un des tireurs et survit, une part du pactole lui échoit.

Des règles simplissimes, et des dizaines de drones qui filment le tout pour le plus grand bonheur de millions de spectateurs hystérisés, d’annonceurs aux anges et de John McDean, producteur et chef d’orchestre de Vigilance, le show TV qui a résolu le problème des tueries de masses aux États-Unis…

Critique :
Cette novella, c’est 165 pages qui te pètent à la gueule violement car tu sais que cette dystopie n’est pas si science-fiction que cela, que ce qui est relaté dans ces pages pourraient très bien avoir lieu dans cette Amérique qui voue un amour sans borne aux armes à feu.

Souvenez-vous qu’un président peroxydé de la mèche avait affirmé que si les victimes du Bataclan avaient été armées, elles auraient pu se défendre et tuer les terroristes…

Oui mais non, mister président de mes deux ! Posséder une arme, c’est une chose, savoir s’en servir, c’en est une autre. Pour viser juste, il faut prendre des cours, afin de ne faire plus qu’un avec son flingue ou sa carabine.

De plus, abattre froidement une personne, même une qui va porter atteinte à votre vie, ça en fera hésiter quelques uns (unes). Hésitations fugaces que le terroriste mettra à profit, puisque lui n’a aucun état d’âme.

Alors, demander aux gens de s’armer non stop parce que de temps en temps, on va faire des Vigilance, c’est une putain de foutue de mauvaise idée ! Diffuser le tout à la télé, recruter des volontaires pour aller faire des tueries de masse dans des endroits bondés, c’est encore une saloperie de mauvaise idée. Passer des pubs ciblées pour se faire plein de pognon, c’est encore une plus mauvaise idée, mais ça marche, le public en redemande.

Cette Amérique d’un futur proche ne semble pas si éloignée que ça, on se dit, avec effroi, que si une chaîne de télé-réalité le proposait, il y aurait des gens intéressés, sans doute plus qu’on ne le pense.

Bref, c’est la télé-réalité qui a dépassé la ligne rouge, comme dans « Marche ou crève » de Stephen King. C’est de la manipulation de masse.

Cette Amérique rétrograde, aux portes de l’enfer, aux portes de la folie, ultra conservatrice, avec la haine des étrangers, repliée sur elle-même, virile à l’extrême, patriotique jusqu’au boutisme, où les gouvernements ne font plus la loi, gangrénée par le consumérisme, la violence, le fake news, ce n’est pas une Amérique si dystopique que ça…

L’auteur analyse froidement son pays, sa société et nous propose un récit qui a des relents de réalisme, qui semble être ce qui arrivera un jour, quand des Hommes, voulant toujours être plus riches, plus adulés, mettront au point des jeux du cirque grandeur nature qui seront regardé par le pays en entier.

Une novella que j’ai lue en apnée car l’Homme n’aurait aucune honte à monter pareille horreur, pareille folie et la majorité suivrait en hurlant sa joie. Ce programme deviendrait une drogue pour eux.

Un récit glaçant, horrifiant, tellement réaliste que j’en suis restée quelques minutes silencieuse à la fin de ma lecture, cherchant un Petzi ou un Oui-Oui à lire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°32].

Jeremiah Johnson – Tome 1 : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Jack Jadson

Titre : Jeremiah Johnson – Tome 1

Scénaristes : Fred Duval &Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Jack Jadson

Édition : Soleil (19/08/2020)

Résumé :
Tout le monde connaît Jeremiah Johnson sous les traits de Robert Redford dans le film de Sydney Pollack. Mais peu de gens savent que le personnage a bel et bien existé. Cette série raconte son histoire…

Jeremiah Johnson arriva dans les montagnes Rocheuses au milieu du XIXe siècle pour s’y faire trappeur. Mais l’assassinat de son épouse indienne le conduisit à mener une sanglante vendetta contre la tribu des Crows.

Impitoyable, il mangeait cru le foie de ses ennemis… Une ode à la sauvagerie brute et à la nature.

Critique :
Quoi ? Jeremiah Johnson a bel et bien existé ? Ce n’est pas une légende du cinéma, jouée par le beau Robert Redford ?

Mince alors, tout fout l’camp, ma bonne dame.

Ne me demandez pas ce que j’ai pensé de ce film, je ne l’ai jamais vu. Par contre, je peux vous parler de la bédé…

Première chose : ne pas la laisser traîner si vous avez des gosses. C’est violent, il y a du sang, des meurtres, des éviscérations de bidou…

La deuxième, c’est que vous n’aurez sans doute plus envie de regarder le film (sauf s’il est différent de la bédé) car Jeremiah Johnson est un assassin sanguinaire, sans états d’âmes et prêt à tout pour se venger. Une sorte de Jack The Ripper Johnson, en quelque sorte.

Ce premier tome se lit assez vite, la trame n’est pas compliquée, l’action est présente, et on part à l’aventure, celle avec un grand A.

Sorte d’ode à la nature, aux coureurs des bois, aux trappeurs puants le rat mort, cet album nous montre les débuts de Jeremiah aux côtés d’un trappeur et déjà, on le sent froid, dur au mal et sans états d’âmes puisqu’il scalpe son premier Indien sans avoir la main qui tremble.

Philip Henry Sheridan disait, paraît-il, qu’un bon Indien était un Indien mort, et Jeremiah va s’occuper de diminuer la population des Crows. Comme vous vous en doutez, personne ne lui tiendra rigueur de tuer des Indiens, même s’ils n’ont rien à avoir avec le meurtre horrible de son épouse, enceinte.

Les dessins sont agréables, sans être magnifiques, j’ai même remarqué que certaines têtes de chevaux n’étaient pas bien proportionnées au reste du corps (trop petites) et que certains visages avaient des traits assez carrés. Mais dans l’ensemble, les dessins et les couleurs mettent en valeur les décors grandioses des montagnes, de la neige, des chasses.

Par contre, pour la profondeur, on repassera ! Non pas que ce soit un récit neuneu, pas du tout, juste que les auteurs ont déposés leurs personnages dans les décors et qu’ils se sont contentés de les mouvoir, sans nous en dire plus sur eux, sur leur passé. On voit juste Jeremiah arrivant, jeune, et se faisant rouler, mais c’est tout.

L’album n’est pas mauvais en soi, j’ai même envie de lire la suite, mais il est dans la lignée d’une bédé autobiographique (jusqu’à quel point, je ne le sais) qui ne creuse pas trop la psychologie des personnages principaux et qui se contente de nous divertir. Ce qu’elle fait bien.

Une bédé western autobiographique, qui vous en apprendra des vertes et des pas mûres sur Jeremiah Johnson, personnage réel et tueur psychopathe bouffant les foies crus des Indiens assassinés. Son surnom sera « Dapiek Absaroka », le Tueur de Crows.

J’espère que le tome suivant possède un peu plus de profondeur que ce premier qui nous présente Jeremiah et sa formation auprès d’un trappeur, même si Jeremiah avait déjà des capacités de tuer sans voir sa main trembler.

Une bédé western de divertissement… Pas pour les petits enfants !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°31] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).

Les agents de Dreamland : Caitlín R. Kiernan

Titre : Les agents de Dreamland

Auteur : Caitlín R. Kiernan
Édition : Le Bélial’- Une Heure Lumière (27/08/2020)
Édition Originale : Agents of Dreamland (2017)
Traduction : Melanie Fazi

Résumé :
Juillet 2015. Dans les tréfonds ténébreux du Système solaire, la sonde New Horizons s’approche de Pluton.

Sait-on vraiment ce que la sonde va trouver auprès de la planète naine ? Aux États-Unis, deux agences de renseignement ont dépêché leurs meilleurs éléments en Arizona.

Lui, c’est le Signaleur, un homme désabusé n’attendant plus grand-chose de ce monde ; elle, c’est Immacolata Sexton, femme auréolée de sombres et terrifiantes légendes – si elle n’était pas humaine, le Signaleur n’en serait pas plus surpris que ça.

Leur mission conjointe : enquêter sur une secte dont on vient de retrouver les membres, morts, dans leur campement au fin fond du désert. Une jeune femme en a réchappé.

Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représente peut-être une bombe à retardement pour toute l’humanité.

Récit réinterprétant le canon lovecraftien au filtre des X-Files, Les Agents de Dreamland est un court roman à la puissance vénéneuse…

Critique :
De temps en temps, il m’arrive de passer totalement à côté d’une lecture et puis, exceptionnellement, il est des romans qui me tombent des mains car je n’y comprends rien…

La narration, chaotique, décousue, m’a fait perdre le fil du récit de nombreuses fois. Des phrases semblaient n’avoir ni queue, ni tête et certains chapitres semblaient être indépendant les uns des autres. Perturbant et frustrant !

Ajoutons à cette narration bordélique, un récit qui entretient tellement bien le flou, qu’il en devient brumeux, nébuleux, alambiqué et ce qui devait arriver arriva : je me suis perdue, tel David Vincent (Les Envahisseurs), par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva.

Moi qui avais adoré la série X-Files (celle des années 90), jamais je n’ai réussi à retrouver cette atmosphère de mystères dans cette novella.

Pourtant, la mission de ce duo m’avait attirée par son programme alléchant : ils avaient pour mission d’enquêter sur une secte dont on venait de retrouver les membres, morts, dans leur campement au fin fond du désert. Une jeune femme en avait réchappé. Persuadée d’être investie d’une mission sacrée, elle représentait peut-être une bombe à retardement pour toute l’humanité.

Les personnages m’ont semblé stéréotypés. Le Signaleur est un homme d’un certain âge, totalement désabusé et qui, pour ne pas changer, se noie dans l’alcool et sombre dans la misanthropie, quant à Immacolata Sexton, elle est tellement mystérieuse que l’on pourrait la croire issue d’une autre planète (les mystères ne seront pas levés).

De plus, cette novella brasse énormément de références culturelles, historiques, qui, comme dans la V.O, ne sont pas explicitées. À mon avis, je ne dois pas être la seule à être passée à côté de moult références, messages ou subtilités… Frustrant tout de même.

En tout cas, cette novella est plus déroutante que sombre, plus frustrante qu’effrayante, plus complexe que simple et après avoir piqué du nez plusieurs fois et fait des retours en arrière pour tâcher de comprendre ce que je n’avais pas compris, j’ai décidé d’avancer plein-gaz et de me retrouver, comme par magie, à la fin de ce labyrinthe narratif !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°26].