Les dragons de la frontière – Tome 2 – Cuerno verde : Gregorio Muro Harriet et Iván Gil

Titre : Les dragons de la frontière – Tome 2 – Cuerno verde

Scénariste : Gregorio Muro Harriet 🇪🇸
Dessinateur : Iván Gil 🇪🇸

Édition : Glénat (13/10/2021)

Résumé :
Un Ouest mythique. Des cavaliers de légende. 1779. Les séries de raids meurtriers menés par le chef Tavibo Narigant, que les espagnols surnomment Cuerno Verde, ont fini de convaincre le gouverneur Juan Bautista de Anza de s’attaquer à ce dangereux chef de guerre comanche.

De Santa Fe au Nouveau-Mexique, il rassemble quelques 150 dragons accompagnés de 450 miliciens espagnols et indiens avant de pénétrer dans la comancheria.

En parallèle, dans le camp comanche, Madeline n’espère même plus être sauvée. Elle a embrassé son rôle de protectrice des femmes prisonnières du camp. Mais très bientôt, la guerre, le chaos et la mort viendront bouleverser le triste quotidien auquel elle s’était accoutumée.

Western espagnol plein de sang, de drames et d’héroïsme, Les Dragons de la Frontière réussit le tour de force de respecter les codes du genre tout en y apportant un nouveau souffle, et nous replonge dans les décors mythiques de la légende de l’Ouest américain.

Critique :
Suite et fin du premier tome… Il y aura peut-être une suite, mais en attendant, avec ces deux albums, on a une histoire qui est clôturée.

Le western qui n’en est pas un continue d’être agréable à lire, sans pour autant arriver à devenir exceptionnel. Il ne manquait pas grand-chose à cette bédé pour arriver à me conquérir tout à fait, hélas, elle n’y est pas arrivée vraiment.

Malgré tout, j’ai apprécié de découvrir ce pan méconnu de la colonisation de l’Amérique par les Espagnols et de voir que leurs actes, leurs pensées, n’étaient pas si différentes de celles des Européens qui sont venus ensuite.

Les Indiens avaient déjà dû subir bien des avanies avec les Espagnols, mais ce fut pire ensuite.

Dans ce second tome, le gouverneur Anza a réussi à intégrer les pacifiques Hopis dans ses troupes afin qu’ils l’aident à combattre les terribles guerriers Comanches dirigés par Cuerno Verde.

On ne s’ennuie pas durant sa lecture, le scénariste s’est documenté sur le sujet, on sent qu’il le maîtrise et que nous lisons une page d’Histoire, même si elle est romancée. Plusieurs personnages se détachent du lot, on en apprend un peu plus sur leur histoire, ce qui les rend plus attachants.

Maintenant, j’en sais un peu plus sur cette période de colonisation espagnole dans ce qui deviendra le Mexique et une partie des États-Unis.

Finalement, si ce diptyque ne m’a pas entièrement conquise, j’en ressors tout de même contente de l’avoir découvert, car il m’a éclairé sur une période méconnue de l’Histoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°209], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°113] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°23).

Haine : José Manuel Fajardo

Titre : Haine

Auteur : José Manuel Fajardo
Édition : Métailié – Bibliothèque hispano-américaine (07/10/2021)
Édition Originale : Odio (2020)
Traduction : Claude Bleton

Résumé :
La haine que nous voyons se déchaîner sur les réseaux sociaux n’a rien de neuf, elle utilise juste de nouveaux canaux techniques. Ce court roman nous amène à distinguer ses invariants à travers la puissance de la littérature.

Au XIXe siècle, dans les rues de Londres plongées dans le brouillard et la misère, se promène un fabricant de cannes aigri, ne trouvant aucune reconnaissance sociale, qui va s’enfoncer de plus en plus dans les bas-fonds de la ville.

Au début du XXIe siècle, dans la banlieue parisienne, nous assistons à la transformation d’un jeune homme frustré et incapable d’affronter les autres autrement que par la colère et la violence.

La mise en miroir de ces personnages révèle l’image des démons de la haine de l’autre à travers deux époques, les tire de l’anonymat, et montre les traces de leurs chemins cachés et mortifères parmi nous. L’auteur se livre à un exorcisme littéraire de notre époque. Un texte fort, pertinent et original.

Critique :
La haine, dans tout ce qu’elle a de plus silencieuse, de plus pernicieuse, celle qui arrive doucement, en tapinois et qui prend les gens dans ses filets, ne les lâchant plus.

C’est de cette haine que l’auteur va parler, au travers deux récits, à des époques et des endroits différents.

Le premier se déroule à Londres, en 1887, à Soho. Là vit Jack Wildwood, un obscur fabricant de cannes qui ne se sent à sa place nulle part, qui fréquente les bourgeois, tout en sachant que ceux-ci le méprisent.

Il est invisible, méprisé par  ces riches hommes, qui ne le disent pas ouvertement, mais qui le lui font sentir. En retour, il les méprise encore plus, tout en les enviant et en se méprisant lui-même. Effet miroir.

L’autre récit se déroule à Paris, en 2015. Harcha est issu de l’immigration, dans leur quartier, son père est le roi du pneu, alors qu’ailleurs, il n’est rien. Harcha se cherche, ne sait pas où aller, en veut à son père de se contenter de ce qu’il a, en veut à son ami de prêcher un islam de tolérance.

Tous deux vivent une sorte de mal-être, ils se cherchent, aimeraient une autre place dans la société, méprisent les autres, sont déçus de leur vie, sans pour autant qu’ils ne fassent des efforts pour la changer.

Un objet les relie : une canne sculptée. Et ce qui avait commencé par être de la haine ordinaire, celle qui fait râler dans son coin, celle qui fait pester contre la terre entière, va se muer petit à petit en passage à l’acte et là, c’est l’horreur absolue puisque nous, lecteurs, comprendrons très bien ce qu’il va se passer aux deux époques.

Ce roman, très court, se lit d’une traite, passant d’une époque à l’autre sans aucun problème, tant la plume de l’auteur est homogène, fluide, délicate, mais percutante. Il nous montre l’escalade, ou comment deux être frustrés par la vie, vont, petit à petit, se changer en véritable monstre, rempli de haine envers les autres, autant qu’envers eux-mêmes.

C’est pernicieux, implacable. Comment deux personnes qui n’ont pas trouvé leur place, qui n’ont pas fait grand-chose pour la trouver non plus, vont souffler sur les braises de cette amertume et se transformer en assassin. Les indices, dans le texte, sont plus que flagrants pour vous laisser comprendre ce qu’ils vont devenir et ça fait froid dans le dos, surtout celui de 2015.

Parsemé de références littéraires, notamment au Portrait de Dorian Gray, au Docteur Jekyll & mister Hyde, à Don Quichotte, ce roman percutant se lit tout seul, presque sans reprendre son souffle.

La haine, plus contagieuse et plus dangereuse que la covid… Ne pas manipuler, dangereux ! La haine est plus forte que nous et c’est elle qui manipule les gens, les transformant en un espèce de truc pas beau à voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°203] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°06).

Vivre avec nos morts : Delphine Horvilleur

Titre : Vivre avec nos morts

Auteur : Delphine Horvilleur
Édition : Grasset (03/03/2021)

Résumé :
À travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession.

Le récit d’ une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.

Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu’on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. »

Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes…

Critique :
Lorsque l’autrice était venue parler de son livre, à La Grande Librairie, j’avais eu l’envie de le lire. Puis, les romans se sont accumulés sur la pile et il était passé à l’as…

Heureusement, ce mercredi 13 mars, Delphine Horvilleur était invitée sur le plateau et elle m’a rappelé cette lecture à mon bon souvenir.

Leïla Slimani avait raison : dans ce livre, on rit et l’on est parfois submergé par l’émotion.

Ces 11 histoires où madame Horvilleur, rabbin, a accompagné les familles endeuillées, sont toutes différentes, bien qu’elles tournent autour de ce grand mystère qu’est la mort et de ce qui pourrait y avoir ensuite et dont personne n’a de certitudes (je me méfie de ceux/celles qui me certifient que…).

Cet ouvrage est pour tout le monde, que l’on soit croyant, pratiquant, athée, agnostique, le cul entre deux chaises. De toute façon, la mort passera pour chacun d’entre nous et tout le monde l’a déjà vue emporter des êtres chers.

L’autrice commence par présenter la personne dont elle va parler, que ce soit des personnalités connue comme Elsa Cayat, la psy de Charlie Hebdo, victime de la fusillade, de Simone Veil et de son amie Marceline Loridan, des plus anciennes comme Moïse ou Abel…

Ou bien des inconnus, comme Sarah, vieille dame qui n’aura que son fils à ses funérailles, la meilleure amie de l’autrice, décédée trop tôt, ou bien ce garçon qui se demande où va aller son petit frère.

On a beau avoir officier à bien des enterrements, réconforté bien des familles, ce n’est pas pour autant que l’on arrive à se blinder totalement. En plus de nous expliquer son métier, ses difficultés, des anecdotes et des blagues juives, l’autrice nous parle aussi de sa vie, de sa famille, de ces survivants qui se taisent, qui ne parleront jamais de ce qu’ils ont vécu.

Le texte est toujours intéressant, quelque soit votre position avec les religions ou les croyances, son but n’étant pas de vous dire que sa vérité est plus grande que la vôtre, loin de là. Le but est plus de nous parler du judaïsme, de la mort, de la vie, de leur ironie, le tout avec des anecdotes fort intéressantes.

Cette lecture m’a envoyé moins bête au lit.

Un roman sans langueurs, où les talents de conteuse de madame Horvilleur font merveille, nous contant les légendes du judaïsme, nous instruisant sur certaines choses (sans jamais faire de prosélytisme), nous faisant rire (Marceline qui voulait fumer un joint pendant le discours de Macron), nous faisant sourire, nous racontant de belles histoires, sans jamais verser dans le pathos ou le trop intellectuel qui nous perdrait.

L’équilibre parfait.

Une belle lecture humaniste et j’avais eu tort de laisser d’autres romans s’empiler dessus.

Le Loup des Ardents : Noémie Adenis

Titre : Le Loup des Ardents

Auteur : Noémie Adenis
Édition : Robert Laffont La bête noire (23/09/2022)

Résumé :
1561, Sologne. L’hiver s’abat sur Ardeloup. Nuit et jour la neige tombe, transformant implacablement le village en prison.

Puis un mal mystérieux se répand parmi les habitants. Certains ont des hallucinations terrifiantes, d’autres hurlent qu’ils brûlent alors qu’ils sont glacés.

Cette maladie qui imprime sa marque noire sur le corps des mourants est-elle l’œuvre d’un démon ou celle d’un assassin ? Bientôt, la superstition embrase les esprits. Il faut un coupable avant qu’il ne reste plus personne pour enterrer les morts…

Critique :
Qu’est ce qui est blanc, froid, qui tombe en hiver et se termine par « cile » ?? Non, pas d’idée ? Ben la neige, imbécile !

C’est l’hiver, il neige à mort, il fait froid à se cailler les miches, nous sommes en 1561, à Ardeloup, petit village paumé en Sologne, entre les villes de Vierzon et de Romorantin.

Aymar de Noilat, médecin, allait vers la ville de Romorantin, la neige l’a surpris et il est resté à Ardeloup, où on a eu très vite besoin de ses connaissances et de sa science, vu l’épidémie qui a commencé à y sévir, emportant les habitants après d’atroce souffrance.

Vous vous souvenez du confinement de mars 2020 ? Il n’était rien comparé à ce que vont vivre les habitants du village : la nourriture manque, le bois pour se chauffer aussi, la neige est épaisse, monte très haut, il fait caillant et on a du mal à se déplacer. En 1561, pas Netflix, pas de livres (ils ne savent pas lire), rien ! Juste la peur…

Parlons-en, justement de la peur ! Elle dévore les cœurs, elle obscurcit les esprits et les gens ne tardent pas à chercher un bouc émissaire. En ce temps-là, le diable est Number One (avec une punition divine), mais comme il est difficile de le citer à comparaître, faut chercher plus simple : une sorcière !

Ben voilà, c’est facile, c’est rapide, pas besoin d’aller voir plus loin. La logique déserte alors les cerveaux et le médecin aura beau apporter sa science, des preuves, du bon sens, rien n’y fera !

On pourrait se dire qu’en ces temps obscurs, les gens ne sachant pas lire, étant pauvres, rustres et frustes, sans éducation, c’est malheureusement normal qu’ils se tournent vers la facilité et le bouc émissaire… Oui, mais non…

Certaines personnes, lors de la pandémie de la covid en 2020 (alors que nos populations sont éduquées, que la majorité sait lire) ne se sont pas privées de désigner des boucs émissaires. Des sales caricatures ont refait surface, comme dans les années 1930 et que des accusations, sans fondements, sans logique, ont été balancées, répétées, hurlées,… ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Impossible d’avoir une conversation sensée avec ces personnes, quelque soit l’époque, comme l’a constaté le médecin Aymar. Lorsque l’on veut noyer son chien, on l’accuse d’avoir la rage et dans le cas du Mal des Ardents, les gens sont capables de voir des liens où il n’y en a pas et de mentir, aussi, pour arriver à leurs fins. Glaçant, mais moins que durant notre ère (ou celle des années 30, et encore après).

Le médecin, Aymar de Noilat, sera notre narrateur, témoin impuissant de ce qui se déroule sous ses yeux, impuissant à soigner les gens, ne comprenant pas le mal dont ils souffrent. C’est le Mal des Ardents, mais ils ne savent pas encore comment il se déclenche. Nous, lecteurs, en 2022, nous connaissons les méfaits de l’ergot du seigle, mais eux sont dans le noir total.

Le coup de force de l’autrice, c’est d’être arrivée à donner une présence immense à la jeune Loïse, une petite fille taiseuse qui subit la mauvaise humeur des gens chez qui elle vit, qui se tape tous les sales boulots.

La gamine n’a pas beaucoup de dialogues, sa présence est en arrière-plan, elle ne dit rien, elle observe. Pourtant, elle m’a fait un grand effet et son personnage était lumineux, avec peu. Chapeau d’avoir réussi à lui donner pareille densité !

Ce polar historique se démarque des autres par sa conception : pas d’enquêteur pour chercher le coupable d’un crime puisqu’il n’y a pas de meurtres, juste des gens touchés par un mal violent, implacable, un tueur contre qui l’on ne sait pas lutter en 1561. Le médecin tentera de sauver les gens, avec l’aide de Loïse, qui préparera ses plantes pour soigner et de sauver la personne accusée de sorcellerie.

Un roman court, qui va à l’essentiel, qui ne fera pas l’impasse sur les décors et les ambiances, afin que les lecteurs se sentent bien dans le froid et la neige. Ce froid, je l’ai ressenti dans tous mes os, à tel point que j’ai terminé la lecture avec un plaid sur les épaules (note pour moi-même : j’aurais dû le lire un jour de canicule).

Un roman sombre, noir, qui ne s’éternise pas. Un roman court (290 pages) qui va droit au but et qui offre quelques heures de lecture remplie de mystères, notamment avec cette ombre qui rôde dans la neige froide…

Un polar historique qui a des relents nauséabonds qui n’ont rien à envier à notre époque où l’on érige des bûchers sur le Net et où les tribunaux sont les réseaux sociaux. Je me demande si nous ne sommes pas pires que ceux qui vivaient dans les siècles obscurs.

PS : Qu’est ce qui est blanc, froid, qui tombe en hiver et se termine par « ire » ?? La neige, imbécile, je viens de te le dire ! (ok, je sors).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°193].

La monture : Carol Emshwiller

Titre : La monture

Auteur : Carol Emshwiller
Édition : Argyll (01/10/2021)
Édition Originale : The Mount (2002)
Traduction : Patrick Dechesne

Résumé :
Charley est un humain, mais Charley est surtout un animal apprivoisé. Sur une Terre devenue leur monde d’accueil, les Hoots, des extraterrestres herbivores, ont transformé les humains en montures.

Charley, jeune garçon sélectionné pour ses mensurations et ses capacités reproductives, est destiné à devenir l’une d’entre elles; mieux encore, il est entraîné quotidiennement car promis à un futur dirigeant hoot, celui qu’il appelle Petit-Maître.

Cependant, sa rencontre avec Heron, son père libre et réfugié dans les montagnes, va chambouler son être, ses certitudes, sa destinée.

Critique :
Un beau jour (ou peut-être une nuit), les Hoots ont débarqué sur Terre. Ces petits êtres (qui ne sont pas bleus) venus d’ailleurs.

Ils possèdent de grands mains, savent faire des bons prodigieux, mais leurs jambes sont fines et incapables de les porter.

Tandis que nous, les Hommes, nous avons de belles jambes musclées…

Nous ne saurons jamais comment cela a commencé, mais les Hoots ont décidé que nous ferions d’excellentes montures et ont commencé à nous dresser, nous faire reproduire entre même race, de faire de nous des coureurs rapides ou des trotteurs sur longues distances. Bref, nous sommes leurs montures !

Cette dystopie m’a fait douter du bien fondé que nous avons de posséder des chevaux, de les utiliser, de choisir le meilleur étalon pour une jument, de les enfermer dans des box, de les tapoter et de leur refiler des friandises. Les Hoots sont très gentils avec leurs montures, ils les aiment, oui, mais… Au prix de l’enfermement ! Au prix de l’asservissement.

Oui, cette dystopie fait se poser pas mal de question, notamment dans notre rapport avec nos animaux de compagnie, même si, dans ce roman, l’on ne parle pas d’animaux mais d’être humains transformé en monture et qui, s’ils bénéficient de tout le confort, n’en restent pas moins prisonniers, sans pouvoir choisir leur conjoint(e).

C’est encore pire lorsque l’on transforme des humains en bêtes, les divisant en race de Seattle (les trotteurs capable de porter des charges) et les Tennessee (les coureurs rapides). Les mâles sont les Sam et les femelles, les Sue.

Comme dans les dictatures, il y a ceux (et celles) qui se complaisent dans cet asservissement, appréciant la sécurité de leur « emploi », le confort absolu et le fait que l’on décide à leur place. C’est reposant, c’est sécurisant, bien plus que de vivre comme les Sauvages.

Le narrateur sera Charley, jeune garçon de 11 ans, de la race des Seattle, appelé à être la monture du jeune Excellente Excellence, Vouée-à-Devenir-Notre-Maître-à-Tous, dit Petit-Maître pour les intimes. Sa sécurité volera en éclat lorsqu’il se retrouvera libre, avec les Sauvages, son Petit-Maître toujours sur les épaules.

Les style de narration de notre Charley va changer au fur et à mesure qu’il va grandir (il va prendre 2 ans) et qu’il va commencer à réfléchir un peu plus loin que le bout de ses naseaux, pardon, de son nez. Il aime le système, il en fait partie, il est sécurisant, il est valorisant pour un jeune comme lui qui rêve de porter un mors et de conduire son Petit Maître partout.

Sans entrer dans les détails, je dirais que le récit est plus subtil qu’on ne pourrait le penser au départ, que l’autrice a pris la peine de nuancer son histoire, de jouer avec les sentiments de ses lecteurs et de faire de Charley un narrateur naïf, partial, mais pas que…

Tiraillé entre deux solutions, notre jeune garçon va devoir faire preuve de courage, d’abnégation et de réflexion afin de trouver une solution. Il en sera de même avec son Petit Maître qui n’est pas vraiment celui que l’on pourrait penser.

Voilà donc une dystopie intelligente, qui parle d’esclavage, d’asservissement, de rapport de domination entre des cavaliers Hoots et des montures humaines.

La métaphore est subtile, bien trouvée, elle met mal à l’aise à certains moments, surtout au départ, parce qu’on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec les chevaux, qui, eux aussi, ne choisissent pas toujours leur vie.

Batman vs Bane : Tom King, Mikel Janin et David Finch

Titre : Batman vs Bane

Scénariste : Tom King
Dessinateur : Mikel Janin et David Finch
Édition : Urban Comics (16/07/2021)
Édition Originale : Batman Rebirth #9-13 + #16-20
Traduction : Jérôme Wicky

Résumé :
Après avoir enlevé le Psycho-Pirate de la prison de Santa Prisca, Batman apparaît plus que jamais comme l’homme à abattre pour son ennemi juré, Bane.

Bien décidé à briser le héros une fois pour toutes, Bane l’attaque sur son point faible : sa famille recomposée, Nightwing, Red Hood et Robin !

Critique :
Le personnage de Bane ne me disait rien, lorsque j’avais vu cet album (à 4,90€, on fait une affaire), mais comme je voulais découvrir, j’avais porté mon choix sur celui-ci et un autre, avec Deathstroke.

Après avoir lu celui avec Deathstroke, il était temps de revoir la sale tête de Bane, que j’avais revu dans le dernier film de la trilogie de Nolan : The Dark Knight Rises.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! La mémoire était revenue, comme Mathilde.

Franchement, pour le prix, les lecteurs (et lectrices) ne sont pas volés ! Les albums possèdent des couvertures souples, très agréables et les dessins ont de la gueule !

Des tons sombres, parfois éclairés par des fonds colorés en jaune ou dans des couleurs très chaudes. Très beaux ! On lit les textes et ensuite, les yeux reviennent vers les images afin d’en profiter encore une fois. Les scènes de combat sont superbes, les gestes clairs, les actions aussi.

Ce récit est plus simple à comprendre que celui contre Deathstroke, où mes connaissances (maigres), n’avaient pas suffit à la compréhension de tout le scénario.

Ici, ce n’est pas le cas, un néophyte de la chauve-souris n’aura aucun soucis à tout comprendre.

Le scénario ne se contente pas d’offrir des scènes de bastons, il y a un scénario derrière, quelques surprises scénaristiques aussi et assez bien de suspense.

Pour résumer le tout, c’est un excellent album qui procure bien du plaisir durant sa lecture, autant par ses dessins excellents, que par son scénario qui possède du punch et n’a rien de basique.

Il pourrait parfaitement convenir à quelqu’un qui souhaiterait découvrir Batman et son univers, ou juste pour passer un bon moment de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°190].

Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues : Jérôme Hohl

Titre : Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues

Auteur : Jérôme Hohl
Édition : Astrid Franchet (16/11/2021)

Résumé :
Londres 1903. Sherlock Holmes est au plus mal. Watson est appelé au célèbre appartement de Baker Street, dans lequel le détective a provoqué un incendie.

Un accident selon Holmes, qui ne semble plus maîtriser son addiction aux psychotropes, surtout depuis une malheureuse affaire de prise d’otage dans laquelle il a échoué et qui a contribué à brouiller les deux amis. La réputation de Holmes est sévèrement entachée.

Mycroft, son frère, et Watson vont essayer de réveiller l’enquêteur en lui. Une affaire de mystérieuses noyades tombe à point nommé. Et si Sherlock et Watson entreprenaient le voyage sur le continent pour démontrer au monde que Sherlock Holmes est toujours le plus brillant des détectives ?

Critique :
Comme je l’ai souvent dit, le format court va mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes, que le long.

Il vaut mieux une petite nouvelle qui frétille, qu’un long roman qui roupille.

Dans le cas de ce roman, la taille est parfaite, ni trop courte, ni trop longue.

Le rythme est bien géré : on prend son temps de développer l’histoire, de mener l’enquête, de suivre les pistes, d’étoffer le récit de détails historiques, de donner de l’épaisseur aux personnages, le tout sans se perdre dans des choses inutiles.

L’enquête est bien menée, remplie de mystères et pas simpliste du tout, puisque j’ai été surprise des révélations découvertes par Holmes. Là, je suis ravie.

Évidemment, j’ai deux bémols à faire (sinon, ce ne serait pas moi) : le premier concerne les personnages de Holmes et Watson. Non, pas de panique, ils sont canoniques.

Mais nom de Zeus, à l’époque victorienne comme à l’époque édouardienne, ils n’utilisaient pas leurs prénoms pour l’un de l’autre ! Qu’on laisse les prénoms de Sherlock et de John pour notre époque contemporaine. Ici, dans le récit, l’auteur commence avec les prénoms puis passe définitivement aux noms de famille, avant de revenir de temps en temps aux prénoms.

L’autre bémol, plus important, est sur le fait que les auteurs nous ressortent encore et toujours Vous-Savez-Qui ! Alors, je peux comprendre (et admettre) qu’on utilise ce méchant canonique avant 1891, mais pas ensuite. Il est tombé dans le gouffre, qu’on l’y laisse pourrir et qu’on ne l’en ressorte plus, merci ! J’apprécierais que les auteurs nous en inventent des autres, les méchants ne manquent pas dans la vie réelle…

Ces bémols ne sont que le reflet de mon opinion, ils n’engagent que moi et ne sont pas rébarbatifs, c’est juste l’expression de ma pensée. Ils n’entravent rien au plaisir de lecture, si ce n’est une mini exaspération de ma part.

Le point fort du roman est que l’enquête est cohérente, pas simpliste, possédant un rythme ni trop lent, ni trop rapide et que les personnages de Holmes et Watson ne s’écartent pas de leurs originaux.

Holmes est comme nous le connaissons, dépressif, en proie à ses démons intérieurs, passant d’un état exalté à celui de plus apathique, intransigeant avec les autres et face à un Watson qui ne sait plus quoi faire pour le garder dans le droit chemin. Leur amitié à pris un coup, mais elle est toujours présente.

Anybref, ceci est un très bon pastiche holmésien, l’Historique de l’époque est présent, sans recouvrir le récit, les décors de la ville de Colmar sont bien restitués, sans que cela empiète sur le récit, l’auteur intégrant bien tous les ingrédients à son gâteau, sans forcer sur le sucre et le gras.

Une lecture qui m’a agréablement surprise et j’espère qu’il y aura une suite, de la même qualité scénaristique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°187].

Émissaires des morts – Andrea Cort 01 : Adam-Troy Castro

Titre : Émissaires des morts – Andrea Cort 01

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (06/01/2021)
Édition Originale : Emissaries from the dead (2008)
Traduction : Camille Lamache

Résumé :
Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur.

Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux.

Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».

Critique :
J’avais fait la connaissance d’Andrea Cort, enquêtrice pour le bureau du Procureur, dans « Avec du sang sur les mains« .

L’univers de cette novella, assez riche, m’avait donné envie de continuer l’aventure avec ce pavé de 700 pages.

Attention, ceci n’est pas une histoire entière !

Dans ce recueil, l’éditeur Albin Michel a eu la bonne idée de regrouper les différentes novellas qui avaient été publiées après « Émissaire des morts » (premier tome d’une trilogie).

Postérieurement, l’auteur avait écrit des novellas mettant en scène Andrea Cort, celles-ci se déroulant avant cette grande enquête.

Ainsi, le lecteur peut se familiariser avec l’univers, ainsi qu’avec le personnage assez froid et complexe d’Andrea, avant de plonger dans une plus grande histoire « Émissaire des morts ».

De plus, dans ce recueil, l’éditeur a mis les novellas dans l’ordre chronologique de lecture. Une bonne idée qui empêchera les lecteurs de les lire dans le désordre (après, le lecteur fait ce qu’il veut et la lectrice aussi).

Nous sommes dans un futur où les voyages dans l’espace sont permis, où les Homsap (Homo Sapiens) vivent sur d’autres planètes et où nous ne sommes pas seuls (Fox Mulder avait raison avant tout le monde).

Andrea Cort appartient au Corps diplomatique (et à vie, suite à son crime), c’est une magistrate, une enquêtrice judiciaire qui représente le Procureur général sur les planètes où elle est appelée.

Que les allergiques à la SF se tranquillisent, l’univers décrit par l’auteur reste facilement accessible, il suffit juste de faire marcher son imagination pour voir les autres peuples que nous allons croiser.

Comme toujours, nous avons beau être dans l’espace, l’Humain reste le même (une saloperie) et certains autres peuples n’ont rien à nous envier, bien que nous restions sur les plus hautes marches du podium, médaillés d’or en meurtres ou autres crasses que l’on peut faire.

Dans ces différentes enquêtes, ce n’est pas toujours sur un crime commis que Andrea doit faire la lumière. Nous sommes loin du colonel Moutarde, avec le pistolet laser dans le croiseur. La diplomatie doit être respectée, la politique est très présente et lorsqu’elle enquête, Andrea met souvent les pieds dans le plat.

Le côté psychologique des personnages est important, il joue un rôle prépondérant dans ses investigations (où elle investigue à fond). Ses entretiens avec différentes personnes sont toujours intéressants et empreint de profondeur. Bien des détails primordiaux se retrouvent dans ces conversations.

L’auteur nous a créé un personnage féminin qui n’a pas froid aux yeux, qui est misanthrope, asociale et précédée de sa réputation d’être un monstre. Bizarrement, on s’attache à elle facilement. Ses blessures, elle arrive à les surmonter, à ne plus faire attention aux regards qu’on lui lance et au fil des histoires, on en apprendra plus sur elle, notamment sur le génocide qui entache son passé (deux peuples pacifiques se sont entretués, comme pris d’une folie subite).

Si l’écriture est assez simple (facile à aborder), le contenu des scénarios n’est en rien simpliste, que du contraire. Comme je l’ai dit, il y a de la profondeur dans les différentes novellas et on ne sait jamais comment cela va tourner, se terminer.

Bien souvent, alors que l’on pensait avoir affaire à une histoire sans importance, le diable, qui se cachait dans un détail, fait tout exploser et j’ai été surprise plusieurs fois, pour mon plus grand plaisir.

La plus grande histoire est une véritable enquête puisqu’il y a une disparition (vu la hauteur de la chute, la personne est morte et c’était un sabotage) et un meurtre par crucifixion. Là, c’est un véritable sac de nœud, surtout avec les IAs-sources (intelligences artificielles) qui ont créés le monde-artefact de Un Un Un et une partie de ses habitants (les Brachiens).

Très complexe, cette histoire va explorer plusieurs pistes avant de nous emmener vers la solution, qui ne sera pas des plus simples, comme nous le constaterons et qui en fera voir de toutes les couleurs à Andrea Cort. J’ai eu beau chercher, impossible de trouver la solution, même si, j’avais eu un soupçon et qu’il s’est révélé être bon.

Finalement, même dans l’espace, on rencontre les mêmes sujets de société que sur la Terre ferme… Les fonctionnaires qui ne foutent rien, la lenteur de l’administration, le sexisme, le racisme, le harcèlement sexuel sont, hélas, universels.

Les descriptions des mondes, des décors, des populations, sont riches, denses, importantes. Elles permettent de poser les bases de ce qui entoure Andrea Cort et d’emporter le lecteur dans l’espace.

Attention, tout cela est très épais, il est déconseillé de lire tout le pavé d’un coup. Vu la richesse de ce qui se trouve dans ses pages, j’ai pris mon temps, lisant une novellas tous les jours, ou entrecoupant ma lecture avec un autre roman, afin de profiter au maximum, sans rencontrer de lassitude.

Une chose est sûre, c’est que ce recueil est prenant, addictif et qu’il permet de se promener dans l’espace sans risque, en suivant Andrea Cort, sorte de Sherlock Holmes au féminin, le Watson en moins (et le lourd poids de son passé en plus) qui va devoir résoudre des mystères, des enquêtes, le tout sans se prendre les pieds dans le tapis, sans faire de faute diplomatique (oups) et sans suivre les ordres.

Un très bon roman qui mélange la SF, le roman policier, le thriller psychologique, les sujets de sociétés, le tout servi par des scénarios possédant de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°180].

Les Détectives du Yorkshire ‭–‬ 07 ‭–‬ Rendez-vous avec la menace ‭:‬ Julia Chapman

Titre : Les Détectives du Yorkshire ‭–‬ 07 ‭–‬ Rendez-vous avec la menace

Auteur : Julia Chapman
Édition : Robert Laffont La bête noire (25/11/2021)
Édition Originale : Date with betrayal
Traduction : Dominique Haas et Stéphanie Leignie

Résumé :
Après un enlèvement qui l’a terrifiée, Delilah Metcalfe tente de retrouver ses esprits. Or les ennuis ne font que commencer : elle a découvert qu’une menace pesait aussi sur son coéquipier et prétendant Samson O’Brien.

Pour le protéger d’une mort certaine, elle va devoir prendre ses distances avec lui alors même qu’elle vient de propulser les émotions de son partenaire à des sommets étourdissants…

Et convaincre les habitants de Bruncliffe de l’aider ! Hélas, nombreux sont celles et ceux qui ont des griefs envers Samson. Car qui fait du tort à un seul en menace beaucoup..

Critique :
Au début de ce tome, on fait un retour en arrière de deux jours, puis de 24h, afin de nous remettre dans l’esprit les derniers événements et de commencer sur le Jour J.

Oups, encore deux retours en arrière, avant de repartir en avant On avance, on recule… Comment veux tu que je…

Bon, stop avec les va-et-vient, faudrait y aller maintenant. Faut conclure, sinon je vais clamser.

Le suspense était à son comble depuis la fin du tome 6 et j’aimerais connaître la suite, les derniers événements étant encore tout frais dans ma mémoire.

Se déroulant quelques heures après le final du tome 6, celui-ci se déroule de manière différente puisque les quelques petites enquêtes confiées à Samson & Delilah en début de récit ne trouveront pas leur conclusion dans celui-ci. Ils n’ont même pas eu le temps de mener l’enquête, pour certains.

Delilah, jouant au Napoléon de la stratégie, va tout mettre en œuvre pour tenter de sauver son ami Samson de ceux qui veulent lui faire prendre un ticket pour le boulevard des allongés. Problème : Samson est le mouton noir du village et personne n’a envie de lui filer un coup de main.

Cet épisode est rempli de suspense et la tension fut à son comble durant le jeu du chat et de la souris. Je me suis répétée, comme un mantra, que l’autrice ne pouvait pas tuer ses personnages fétiches, que c’était interdit par les conventions du cosy-mystery et par les fans de la saga.

Ma tension artérielle est tout de même montée de plusieurs crans et il aurait été impossible de me faire décrocher du passage avec le pull aux couleurs criardes.

Pensant regarder la lune, je me suis rendue compte, ensuite que, telle le fou, je regardais le doigt. Ah bravo, mieux entubée que par un politicien ! Dans la littérature, j’adore lorsqu’on joue avec mes convictions, mes présomptions, avec mes pieds. Rien vu venir.

Le récit est maîtrisé de bout en bout, doté d’humour pour compenser la tension. Ce n’est pas très réaliste, sachant que la première chose qui foire dans le plan de bataille, c’est le plan de bataille lui-même.

Dans la littérature des cosy-mystery, ça passe comme une lettre à la poste. Et puis, cela met en valeur le côté village de Bruncliffe où tout le monde se connait et où l’étranger à la région est vite repéré.

Les citadins débarquant dans les bleds ont souvent tendance à confondre la campagne avec la ville et ne se méfient jamais des pièges tendus par l’environnement. Faut être sur ses gardes, à la campagne, surtout dans le Yorkshire.

Une chose que j’apprécie tout particulièrement dans cette série, c’est que les personnages ne sont pas toujours ceux que l’on pense au départ : les bougons, les bourrus, les avares de tendresse, de compliments, de délicatesse, révèlent leur personnalité cachée au fil des tomes, ouvrant de temps en temps leur cœur, juste brièvement, nous laissant apercevoir l’humain sous la peau d’ours.

La mention spéciale revient à Ida Capstick, à Troy du pub et au père de Samson. Il y avait de l’émotion lorsque le père de Samson avoue devant tout le monde les raisons de sa dispute avec son fils et Ida montrera aussi son émotion lorsque tout basculera vers le mauvais côté.

Tout trouvera sa place au moment de l’explication finale, sauf encore quelques mystères qui restent et qu’il va falloir résoudre. Mais au moins, des vieux contentieux sont vidés et il était temps.

Les détectives du Yorkshire est un cosy-mystery qui vole plus haut qu’on ne le pense, qui a tout compris de l’esprit de clocher d’un village et qui met en scène des personnages attachants, qui évoluent, qui changent, qui ne dévoilent pas tout au premier rencart.

Les intrigues ne sont pas neuneu, ni simplistes, mais intelligentes, à tel point qu’il est difficile de trouver le fin mot avant leur résolution (même si j’ai parfois trouvé une partie de la solution).

Morte-couille, je vais devoir attendre avant de pouvoir me jeter sur le tome 8 ! Je suppose que Bianca me suivra dans une nouvelle LC. Celle-ci était réussie, ce n’est pas elle qui dira le contraire dans son avis que je vous invite à aller lire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°174].

Sherlock Holmes et les Romanov : Pascal Malosse

Titre : Sherlock Holmes et les Romanov

Auteur : Pascal Malosse
Édition : De l’Antre (01/06/2021)

Résumé :
En ce début de XXème siècle, la Côte d’Azur est l’incontournable destination de villégiature de l’aristocratie européenne.

Anglais, Russes, Italiens, Prussiens viennent s’enivrer à la douceur de la vie niçoise. Hélas, dans l’ombre des palais édifiés pour le bonheur de ces illustres visiteurs, un complot se trame : un groupe anarchiste fourbit ses bombes meurtrières.

Sous le soleil de la Baie des Anges, le célèbre détective londonien, plus habitué au « smog » de la capitale britannique, ne risque-t-il pas de perdre sa légendaire sagacité et d’échouer à empêcher un terrible attentat contre la famille impériale russe ?

Critique :
Lorsque j’entre dans une librairie pour acheter un titre bien précis, le hasard me fait souvent tomber sur de l’inattendu.

Ce fut le cas pour ce petit pastiche holmésien, dont je ne connaissais pas l’existence et qui est venu frapper mon regard qui errait sur les étagères du rayon « polar ».

Pour être court, il l’est ! C’est le format d’une nouvelle, guère plus, ce qui est parfait pour une enquête de Sherlock Holmes : ni trop court, ni trop long.

Le caractère des personnages est assez conforme aux originaux, sauf que Watson appelle à un moment donné son ami par son prénom. Sinon Watson est comme d’habitude : il ne voit rien, comme le lecteur.

Holmes se fendra de quelques déductions, ne dira rien sur l’enquête en cours et se réservera le côté de la surprise.

L’enquête n’a rien d’exceptionnel, elle est correcte. La vie des Romanov est menacée par des anarchistes et Holmes doit trouver qui leur en veux, tout en déjouant un possible attentat.

Peu de détails sur les décors, peu de détails sur l’Histoire aussi. Le roi étant George V, nous pouvons en déduire que nous sommes entre 1910 et 1914, puisque la Première Guerre Mondiale n’a pas éclatée.

C’est un petit polar historique qui se lit assez vite, qui est plaisant, sans pour autant casser trois pattes à un tsar de Russie. Nous apercevrons juste la famille royale, rien de plus, ce qui est dommage pour ceux ou celles qui auraient aimé qu’ils soient plus présent (comme moi). La diplomatie est une chose obscure…

Une petite enquête honnête, correcte, agréable à lire, sans pour autant avoir un final à couper le souffle. Malgré tout, ce petit pastiche ira dans l’étagère des « bons pastiches » et non dans les daubes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°168] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 74 pages).