Les femmes n’ont pas d’histoire : Amy Jo Burns

Titre : Les femmes n’ont pas d’histoire

Auteur : Amy Jo Burns
Édition : Sonatine (18/02/2021)
Édition Originale : Shiner (2020)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Dans cette région désolée des Appalaches que l’on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C’est un pays d’hommes déchus où l’alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n’ont pas d’histoire.

Élevée dans l’ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé.

Jusqu’au jour où un accident lui donne l’occasion de reprendre sa vie en main.

Ce premier roman inoubliable, qui dépeint la lutte de deux générations de femmes pour devenir elles-mêmes dans un pays en pleine désolation, annonce la naissance d’une auteure au talent époustouflant.

Un récit d’émancipation vibrant de beauté et de rage.

Critique :
Les Appalaches… Je n’y ai jamais mis les pieds mais j’ai l’impression de les connaître par coeur, tant je les ai découvertes au travers de la littérature.

Pas avec de la littérature joyeuse, mais au travers de la Noire, celle qui parle de conditions sociales miséreuses, de gens qui boivent, qui distillent leur alcool, qui se droguent, qui vivent chichement, certains étant à la limite des hommes des bois tellement ils vivent dans un isolement quasi total.

Ici, le patriarcat fait loi. Comme partout ailleurs, vous me direz… Oui, mais ici, c’est pire qu’ailleurs !

Comparées aux femmes qui vivent là-bas, nous sommes des reines pourvues de multiples droits car celles du livre n’ont souvent que le droit de la fermer et de se taire, tout en pondant des chiards et en s’occupant de leurs maris, pauvres petits gamins qui ont besoin d’une mère pour essuyer leur merde.

Dans ce récit, on se prend la ruralité de plein fouet. Et la religion dans la gueule. Les gens vont à l’église le dimanche et certains pratiquent encore le culte avec des serpents.

Bizarrement, même si les femmes sont résignées, ce ne sont pourtant pas des femmes faibles, sans volonté. Elles auraient voulu changer de vie, mais les montagnes des Appalaches ne leur ont pas permis de se libérer et celles qui voulaient foutre le camp se retrouvent mariées avec des enfants, vivant dans un mobile-home ou dans une cabane en rondins.

Ce qui marque le plus, dans ce roman noir profond, c’est la puissance des personnages, qu’ils soient adultes ou adolescente, comme Wren, la fille du manipulateur de serpent qui la garde dans sa cabane, perdue au fond des bois, régnant tel un dictateur sur ce petit territoire et sur deux sujets : son épouse et sa fille.

Malgré le fait que je ne me sois pas vraiment attachée à Wren, malgré le fait que le récit soit assez lent, qu’il n’y ait pas vraiment d’action, j’ai apprécié cette lecture en apnée, cette descente dans l’intimité de deux familles où les hommes ne foutent pas grand-chose et où ce sont les femmes qui portent tout à bout de bras.

Dans d’autres romans, je me serais ennuyée, mais ici, jamais. L’atmosphère est oppressante, sans jamais l’être trop et la construction du récit est intelligente. Si la première partie concerne le récit vu aux travers des yeux de Wren, les parties suivantes seront pour les récits de sa mère, Ruby et de sa meilleure amie, Ivy, avant de passer à Flynn, le moonshiner (il distille de l’alcool).

Ces différentes trames temporelles apportent un éclairage intéressant sur le récit, nous apporte des réponses sur le pourquoi ses deux femmes sont restées sur ces collines boisées, sur leur vie d’avant et d’après, leurs rêves…

Un roman puissant, sans pathos aucun, avec des personnages tout en nuance, désespérés, perdus, cherchant leur voie dans cette Rust Belt qui ne fait de cadeau à personne et n’offre pas du travail à tous. Alors on boit pour oublier, parce que c’est plus simple de se laisser porter par la vie, que d’être acteur de la sienne.

Un roman noir porté par une belle écriture, simple, sans fioritures, trempée dans une encre très sombre, décrivant ces vies fracassées, cette Nature imposante, cette société où le fait de naître femme vous condamne déjà à être ce les hommes voudront que vous soyez et ne vous laissera aucune opportunité de changer de vie (à moins qu’une bite ne vous pousse).

Une histoire ancrée dans un réalisme qui fait frissonner car nous avons beau être dans une fiction, elle n’est guère éloignée de la réalité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°49].

Le fleuve des rois : Taylor Brown

Titre : Le fleuve des rois

Auteur : Taylor Brown
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (12/05/2021)
Édition Originale : The river of kings (2017)
Traduction : Laurent Boscq

Résumé :
Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan.

C’est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort.

Il faut dire que l’Altamaha River n’est pas un cours d’eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes. On raconte notamment que c’est sur ses berges qu’aurait été établi l’un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu’une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit.

Remontant le cours du temps et du fleuve, l’auteur retrace le périple des deux frères et le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prit part à l’expédition de 1564 au cœur de cette région mythique du Nouveau Monde.

Critique :
Voilà un triptyque qui n’est pas banal et qui n’est jamais arrivé à me faire vibrer totalement.

Pour les incultes du fond de la clase, un triptyque n’est pas un vélo à trois roues, ni une partie de jambes en l’air à trois.

Les trois récits se déroulent à des époques différentes, dont une bien distincte.

Le premier met en scène le périple de Lawton et Hunter, remontant Altamaha River (Géorgie) en kayak pour disperser les cendres de leur père à un endroit précis.

Le deuxième va nous parler de la vie de leur père, un homme ténébreux, mystérieux, qui avait des multiples secrets, quant au troisième, il nous plongera dans le passé, en 1564, avec le récit de Jacques Le Moyne de Morgues.

C’est instructif, je le nierai pas. C’est très bien écrit, je ne pourrai pas le reprocher à l’auteur. Les décors sont très bien décrits, l’auteur ne lésine pas sur les descriptions sans que cela ne devienne lourd, les personnages sont travaillés, réalistes, avec leur part d’ombre, leurs qualités, leurs défauts, jamais manichéen.

Quant aux atmosphères, elles ont des vraies gueules d’atmosphère ! Nous sommes sur des terres à la fois sauvages et inhospitalières, où une légende parle d’un monstre marin, l’auteur nous parle aussi de préservation de la Nature, de l’exploitation exagérée par l’Homme des différents ressources du fleuve, de leur cochonneries qu’ils laissent trainer partout, de la pollution, de trafic de drogue, de l’installation des premiers colons français (Huguenots)…

Oui, une fois de plus, il y avait tous les ingrédients pour me plaire. Non, l’auteur ne s’est pas dispersé dans ses multiples sujets puisque tous se recoupent, se rejoignent, sont approfondis…

Où le bât a-t-il blessé ? Je cherche encore pourquoi j’ai ressenti de l’ennui à un certain moment, pourquoi j’ai décroché du récit et que la suite ne fut qu’une longue lecture dont je ne voyais pas la fin, comme un repas dont vous avez du mal à terminer.

Ce n’est ni la première, ni la dernière fois que je navigue à contre-courant (c’est le cas de dire, ici) des autres critiques et que je passe à côté d’un roman qui me tentait fort et qui possédait tout pour me faire vibrer.

Hélas, aucun personnage n’a réussi à m’émouvoir, à recevoir mon empathie, mon amitié. Malgré une belle écriture, du réalisme dans les décors, dans les personnages et dans l’histoire, je suis ressortie de cette lecture avec un sentiment mitigé. C’est le seul sentiment qui est ressorti de ma lecture.

Dommage…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°39].

 

Edmund Kemper – L’ogre de Santa Cruz [Les sérials killers – T04] : Stéphane Bourgoin, J.D Morvan, Roy Allan Martinez et Mauro Vargas

Titre : Edmund Kemper – L’ogre de Santa Cruz [Les sérials killers – T04]

Scénaristes : Stéphane Bourgoin, Jean-David Morvan
Dessinateurs : Roy Allan Martinez et Mauro Vargas

Édition : Glénat (27/01/2021)

Résumé :
Récemment mis en lumière par la série Mindhunter, Ed Kemper est un serial killer qui a fait trembler l’Amérique.

Enfermé à perpétuité, cet individu diagnostiqué comme un dangereux psychopathe est l’auteur de multiples meurtres tous plus sordides les uns que les autres. Dans les années 1970, ce tueur en série a perpétré pas moins de 10 meurtres, dont celui de sa mère et de ses grands-parents.

Né le 18 décembre 1948, Edmund Kemper a dès sa venue au monde impressionné par son gabarit démesuré. Pesant plus de 6 kg à la naissance, celui-ci mesurera à l’âge adulte 2,06 m pour 160 kg.

Une envergure spectaculaire qui lui vaudra au moment de ses crimes le surnom d' »Ogre de Santa Cruz ».

Diagnostiqué à l’âge de 15 ans comme schizophrène paranoïde, Ed Kemper, qui « s’amusait » depuis l’enfance à mutiler les poupées de sa sœur ou à maltraiter des animaux, commence son entreprise sanglante dès 1964 en tirant avec un fusil sur sa grand-mère.

Critique :
Oui, je sais, depuis certains révélations, le nom de Stéphane Bourgoin n’est absolument plus gage de sérieux, vu tout ce qu’il a raconté comme carabistouilles sur son C.V, mais il est directeur de cette collection, donc, pas le choix.

Naît-on serial-killer ou le devient-on à cause de l’environnement dans lequel on a grandi, suite aux brimades et coups sur la tronche reçues ? La question est posée.

Cette bédé qui parle d’Edmund Kemper n’a pas pour vocation de lui trouver des excuses, des circonstances atténuantes, juste d’expliquer ce que ce fut son enfance avant de devenir le serial-killer qu’il est devenu ensuite. Son enfance ne fut pas rose…

Je sais, tous les enfants brimés, battus, abusés ou qui ont tué un chat, un chien, ne deviennent pas des serial-killer, loin de là et heureusement.

ATTENTION, expliquer, tenter de comprendre un assassin ne veut pas dire le pardonner ou l’absoudre, loin de là. Juste tenter de comprendre… Si c’est possible.

Les dessins ne m’ont pas vraiment plu, ni les couleurs dans des tons bruns jaunes que l’on trouve lors de certains passages (ceux dans la prison). Et puis, toutes ces cases utilisées juste pour montrer l’arrivée de Kemper au parloir, le tout sans parole, ça fait perte de temps.

Kemper nous raconte sa vie et surtout ses meurtres comme vous et moi raconterions une histoire banale d’une journée normale de bureau, sauf que lui assassine des femmes, les viole post-mortem, les décapite, les découpe en morceaux, fait l’expérience de cannibalisme. Kemper est un homme de haute stature, on comprend que l’ait surnommé l’ogre.

Afin d’arriver au bout de cette bédé, il vaut mieux prendre du recul, se détacher de tout, sinon, le ton froid utilisé par Kemper pour parler des meurtres risquerait de vous donner envie d’aller voir ailleurs. Ce que j’ai fait souvent, puisque j’ai étalé la lecture de cette bédé sur plusieurs jours.

Non pas que le récit soit dur, j’ai lu bien pire que les meurtres de Kemper, mais jamais ce serial-killer ne fait montre de compassion, de remords, de culpabilité, rien, restant même évasif sur le traitement qu’il a réservé à certaines de ses victimes.

« La fille était hautaine, je n’aime pas les femmes, c’est à cause de ma mère, elle me rabaissait tout le temps »… Voilà quelques phrases derrière lesquelles il se disculpe de tout.

Ok, son enfance ne fut pas facile, loin de là, mais si le problème venait de sa mère, fallait le régler au plus vite et ne pas s’attaquer à des femmes innocentes, exutoire de sa colère, victimes qui n’avaient pas la poigne de sa mère et son emprise sur lui.

Une lecture assez dérangeante, surtout lorsque l’on apprend que Edmund Kemper participe à des enregistrements de livres pour aveugles et de l’engouement qu’il suscite auprès de certaines personnes, comme tous les serial-killer, en fait.

Ce n’est pas une lecture qui restera gravée dans ma mémoire, les couleurs jaunes brunes utilisées durant toutes les scènes à la prison m’ont donné mal aux yeux et le ton froid de Kemper m’a donné envie de le coller sur une chaise électrique ou de le frapper à la batte de base-ball…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°38].

Le mystère du tramway hanté : Phenderson Djèli Clark

Titre : Le mystère du tramway hanté

Auteur : Phenderson Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (10/06/2021)
Édition Originale : The Haunting of Tram Car 015 (2019)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Égypte, 1912. Après L’Étrange Affaire du djinn du Caire, nous revoici en compagnie des agents du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, aux prises cette fois avec un spectre mystérieux qui a élu domicile dans un tramway du service public.

Tandis que dans les rues du Caire les suffragettes revendiquent haut et fort le droit de vote, l’agent Hamed Nasr et son nouveau partenaire l’agent Onsi Youssef devront délaisser les méthodes conventionnelles et faire appel à des consultantes inattendues (ainsi qu’à une automate hors du commun) pour comprendre la nature du dangereux squatteur de la voiture 015 et pour le conjurer.

Critique :
Qu’est-ce que ça donne, un tramway hanté dans une Égypte de 1912, libérée du joug britannique ?

Un tram jamais en grève ? Toujours en grève ? Gratuit ? Deux fois plus cher ? Non, non, rien de tout ça, c’est encore plus terrible…

C’est dangereux pour les voyageurs, alors on a envoyé Fox Mulder et Dana Scully…

Oups, erreur d’aiguillage : le Ministère égyptien de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles y envoie l’agent Hamed Nasr et son aidant, le jeune Onsi Youssef.

Voilà une novella comme je les aime : courte, mais bonne ! En 128 pages, tout est dit et tout est expliqué en peu de mots : l’univers magique d’une Égypte peuplée de djinns, grâce à l’action de al-Jahiz qui a ouvert une brèche vers l’outre-royaume des djinns.

Le décor est planté petit à petit, l’auteur nous donnant quelques détails tout en faisant bouger ses deux agents. Sans trop en faire, il arrive à en dire assez pour que l’on se sente à l’aise avec ce nouveau monde qui se trouve décrit sous nos yeux. Une Égypte qui bouge, grâce aux djinns et où les femmes réclament le droit de vote.

Malgré le fait que ce roman SF ne fasse que 128 pages, je ne pourrais pas me plaindre que le combat final avec l’entité qui hante le tramway soit expédiée en quelques lignes, comme ce fut parfois la cas dans des pavés de 600 pages.

Là, l’auteur est arrivé au bon équilibre : ni trop long, ni trop court. Parfaitement à la bonne longueur. Ce ne devient pas jamais lourd, ni trop précipité. Nos deux agents ont le temps de mener leur enquête et de tenter plusieurs exorcismes pour se débarrasser de la saloperie du tram 015, tout en nous expliquant différents folklores venant d’autres pays.

L’univers a beau être tinté de magie, de fantastique, de djinns, d’automates et autres créatures, il n’en reste pas moins ancré dans la réalité. Sans oublier une petite dose d’humour et une réflexion sur le contexte historique.

Ce fut une belle découverte.

Pour ce Mois Américain bizarre, je voulais lire des romans de SF ou se passant ailleurs qu’aux États-Unis, voilà deux cases de cochées avec cette novella.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°33].

Lucky Luke (Vu par…) – Tome 3 – Wanted Lucky Luke : Matthieu Bonhomme

Titre : Lucky Luke (Vu par…) – Tome 3 – Wanted Lucky Luke

Scénariste : Matthieu Bonhomme
Dessinateur : Matthieu Bonhomme

Édition : Lucky Comics (09/04/2021)

Résumé :
Alors qu’il vient d’être attaqué par un chasseur de prime, Lucky Luke découvre qu’il est recherché pour meurtre et sa tête mise à prix !

Pas le temps de digérer la nouvelle qu’il se retrouve à secourir un convoi de bétail en bien mauvaise posture, mené par trois soeurs aussi belles qu’intrigantes. Gentleman comme toujours, Lucky Luke se propose de les escorter jusqu’à destination.

Mais dans ce contexte tendu d’hypothétique massacre par les indiens, de pillage du troupeau et de traque de la plus célèbre gâchette de l’Ouest par un mystérieux ennemi, le plus grand danger ne viendrait-il pas de ces belles jeunes femmes a priori sans défense ?

Critique :
La couverture avait de quoi être intrigante : Lucky Luke, l’éternel célibataire, entouré par trois femmes dont une qui lui tient la jambe…

D’accord, tout le monde est armé et ils semblent se défendre contre une attaque des Indiens (vu les flèches), mais tout de même… Trois femmes !!

Les premières cases sont dans des tons fort rouges orangés, cela sent le coucher de soleil.

L’auteur ne perd pas de temps à nous promener, d’entrée de jeu, ça tire dans tous les sens et Lucky Luke nous fait une démonstration afin de nous montrer qu’il est toujours le plus rapide de l’Ouest (et de l’Est aussi).

Comme dans bien des albums, notre cow-boys solitaire, loin de son foyer, va devoir escorter des gens qui veulent traverser le territoire Indien. Ici, ce sont 3 jeunes filles et leur petit troupeau de vaches.

Ajoutons à cela un désert et pas assez d’eau… Comment peut-on vouloir traverser un désert avec peu d’eau, des vaches, des chevaux et des humains à abreuver ??? Sans compter qu’en plus des Indiens fâchés, Lucky Luke a un chasseur de primes à son cul !

Trois gonzesses, un homme solitaire, une longue chevauchée, ça laisse bien des possibilités ! Chacune va tenter sa chance.

Dans ce Lucky Luke, lu en anglais (pour me mettre à fond dans le bain du Mois Américain), on s’éloigne du cow-boy que l’on a connu dans les récits de Morris. Lucky Luke est plus sombre que celui que j’ai connu à l’origine, mais cet air sérieux lui va bien.

Dommage qu’il n’y ait pas de dialogues avec Jolly Jumper et pas de comique de situation avec son fidèle destrier. C’est toujours une chose que j’aie apprécié dans ses aventures.

Anybref, cet album sent bon le western, le vrai, l’original, celui qui reste, malgré tout, familial. Nous ne sommes pas dans le réalisme d’un Bleuberry, pourtant, j’ai trouvé cet album plus sérieux, plus mature que les originaux ou ceux repris par Achdé.

L’histoire fait aussi la part belle à des bandits, croisés dans les anciens albums et l’auteur a ajouté quelques clins d’œils qui tilteront à ceux qui s’en souviennent encore. Notre Lucky Luke sera vraiment dans une belle merde ! Quant aux filles, elles auraient mieux fait de réfléchir et de ne pas jouer le mauvais chameau.

Il ne faut jamais oublier que le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une flingue chargé et les autres… Et certains possèdent la puissance de feu d’un torpilleur !

Sans être fan des dessins, je dois reconnaître que l’auteur a réussi à rendre expressif les visages et que l’utilisation de tons monochromes (oranges, rouges, jaunes) donnaient vraiment l’impression de se trouver dans un album de Morris.

Le récit est riche de péripéties, d’action, de retournements de situation, et en 68 pages, il y a moyen de s’amuser, d’aller plus loin et de ne pas courir pour terminer l’album dans les cases imparties.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°30] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 68 pages).

Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette – 02 – À Knokke-le-Zoute ! : Nadine Monfils [LC avec Bianca]

Titre : Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette – 02 – À Knokke-le-Zoute !

Auteur : Nadine Monfils
Édition : Robert Laffont – La bête noire (10/06/2021)

Résumé :
Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague…

Enfin les vacances, direction Knokke-le-Zoute ! Le peintre Magritte et sa femme Georgette se préparent à savourer les plaisirs de la côte belge : promenades en cuistax, croquettes de crevettes et moules-frites.

Mais avant ça, ils profitent de la plage, bien installés dans leur transat. Un peu plus loin, les aboiements de leur chienne Loulou sonnent la fin du farniente.

En grattant dans le sable, elle a déterré une main. Une aubaine pour René et Georgette qui vont se livrer à leur plaisir secret : traquer le meurtrier.

Critique :
C’est armée de mon maillot, de ma pelle et de mon seau que j’ai entamé cette lecture.

Débarquant au Zoute, j’ai évité d’ouvrir ma gueule de peur que l’on se rende compte que j’étais une francophone et j’ai camouflé mon frio-box sous le sable, afin que le bourgmestre Lippens ne le repère pas… Monsieur le maire préfère que l’on dépense ses sous dans les restos plutôt que de venir avec son pique-nique.

Pour les néophytes, si vous allez au Zoute, la station huppée de la Côte Belge (ou Vlaamse Kust selon certains), jouez aux prout-prout ma chère, s’il vous plait ! Moi, je me suis faite repérer de suite… Heureusement que je voyageais aux côtés des Magritte. René à aussitôt précisé, en montrant ma photo : « Ceci n’est pas une wallonne ». Sauvée !

Si seuls les Belges comprendront mon intro, que cela n’empêche pas les autres de découvrir les folles enquêtes des Magritte car elles sont une bouffée d’air frais dans une journée. Non seulement vous allez manger belge, parler belge, mais enquêter belge ! Alors, nom d’une pipe, allez-y gaiement !

On ne révolutionnera pas les enquêtes policières faites par des détectives en herbe, on est dans un whodunit classique, mais ce sont les atmosphères entourant ce récit qui valent leur pesant de crevettes grises.

Ce qui est magnifique, dans ce récit, c’est la présence du couple Magritte. Moi qui ne m’intéresse pas à la peinture de ce compatriote, j’ai été tout de suite conquise par son personnage, ainsi que celui de sa femme. Quant à Carmen, leur femme de ménage, elle est décalée et personne n’aurait envie de l’avoir pour passer la loque à reloqueter dans sa maison.

Les décors installés par Nadine Monfils sont parfaits et sans avoir jamais mis les pieds au Zoute à cette époque, vous aurez l’impression d’y être, de fouler sa plage, de sentir le pluie tomber sur vous et lorsque la drache viendra (pluie abondante), vous saurez que vous êtes dans le plat pays qui est le mien (plat uniquement au Ch’Nord, hein !).

Cette fois-ci, je n’ai rien vu venir dans le final, j’ai suspecté tout le monde, une fois de plus, échafaudé des scénarios tarabiscotés et pourtant, une fois éliminé l’improbable, ce qui restait, était la vérité. Merci Jackie d’avoir un aussi bon flair ! Sans leur chienne, les Magritte piétineraient encore.

Magritte n’a rien d’un Holmes Poirot, il trouve souvent par hasard, suite à un coup de pouce, ce qui rend l’enquête encore plus réaliste puisqu’elle ne le transforme pas en super détective tel un Columbo à l’imper impeccable.

Mon léger petit bémol sera pour le fait qu’on aurait pu complexifier la résolution finale, puisque nous avions des morts en cascade et aller plus loin dans le récit, un peu à la manière d’Agatha, ajoutant des crimes aux crimes, certains profitant de l’occasion pour occire leur vieille tante, épouse…

L’auteure aurait pu exploiter un triangle intéressant, mais comme souvent, plus c’est simple et plus c’est réaliste. Elle a sans doute eu raison de ne pas complexifier le tout, même si j’adore quand c’est retors à souhait.

Une lecture qui aurait encore eu plus de goût sur une plage de la Flandre, avec les veneurs de boules de Berlin (ou de l’Yser), des odeurs de moules-frites plein les narines, du sable collant entre les orteils et un goût salé sur les lèvres, mais dans le canapé, ça le faisait très bien aussi.

J’espère que ce duo reviendra parce qu’il m’enchante. Une petite visite à la Wallonie et à es patois serait des plus génial, mais là, faudra sans doute sous-titrer et pas que pour les lecteurs de France et de Navarre ! J’ai beaucoup de mal avec les patois qui ne sont pas de mon bled. Comme tout le monde.

Un très bon roman policier qui se construit autour des tableaux de Magritte, qui sent bon la belgitude, qui fleure bon les références littéraires.

Les dialogues sont croustillants, savoureux, rempli d’expressions de chez nous (que vous comprendrez, sinon, Google est là) et le surréalisme, sans jamais devenir lourd ou débile. C’est frais, c’est rempli de soleil, de pluie revigorante, de personnages ayant existés (Hergé, ici) et c’est une lecture détente qui fait un bien fou au moral.

Remboursé par la Sécu, en plus (uniquement pas les bonnes mutuelles Belges). Une super LC avec ma copinaute Bianca qui s’est laissée porter par le récit elle aussi et son avis rejoint le mien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°24] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°77].

 

L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook

Titre : L’oiseau bleu d’Erzeroum

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (07/04/2021)

Résumé :
L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs.

Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale.

Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

Critique :
Le génocide arménien… Pour certains, il n’a pas eu lieu, il n’a jamais existé et on arrête d’en parler, merci bien. Oui mais non… trop facile de cacher ses crimes sous le tapis ou de le nier.

Il a eu lieu et ressemblait à ce que les nazis mettront en place dans les années 30 : la tentative d’extermination de tout un peuple, d’une religion, la mise à mort d’une population. Glaçant. Surtout que les suivants mettront encore plus de professionnalisme dans l’extermination. Et que les Arméniens ne furent pas les premiers à être massacrés.

Des livres durs, j’en ai déjà lu beaucoup. Quelques uns ont même terminés au freezer, car trop horribles à lire. Ce  roman a failli finir dans le freezer aussi, tant ses premières pages sont violentes, dures, difficiles à lire, horribles… Je n’ai pas de mots.

J’ai respiré un grand coup et j’ai poursuivis ma route aux côtés des déportés arméniens, même si je crevais de mal en lisant ce qu’on leur a fait subir, et pourtant, je ne devrais plus m’étonner de la perfidie humaine, surtout après avoir lu « L’archipel du Goulag »… Ni de son illogisme.

Ni de ces multiples références à un Dieu de miséricorde, alors que l’on assassine en Son Nom. Lui a-t-on demandé Son avis ? Illogique alors que la religion devrait être l’amour des autres et non leur extermination.

Jamais l’auteur ne fera de surenchère dans la violence, nous parlant juste de la violence ordinaire que des Hommes font subir à leurs semblables, avec délectation en plus. Je peux vous affirmer que certains ont de grandes compétences pour mettre les autres plus bas que terre, sans même se rendre compte que c’est eux qui s’avilissent.

Choisir entre la vie sauve pour sa famille ou pour un train de déporté, le choix est vite fait, même s’il fera mal au bide et à sa conscience : sa famille. De toute façon, quelque soit le choix, il laissera celui qui a fait ce choix au sol, l’âme en peine. Le proposeur, lui, se lavera les mains et ricanera de sa bonne idée.

Dans cette histoire vraie, même si une partie est romancée, les faits sont exacts, avérés, ces horreurs ont eu lieu. Je me suis attachée de suite à ces deux sœurs, Araxie et Haïganouch, même à leur oncle, Krigor, dont j’ai regretté la fin. Son rôle est très court, hélas, mais il était des plus marquant.

Voilà un roman, mi- autobiographique, mi- romancé, qui donne des émotions en vrac, des émotions fortes, de celles que l’on n’oubliera jamais, de celles qui resteront gravées. À un certain chapitre, ce fut impossible de retenir les flots et le Niagara a coulé de mes yeux.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me briser le cœur en peu de phrases. Heureusement, après, les violences s’espaceront et on repartira sur la suite du récit, la reconstruction des personnages, qui sera des plus intéressant à lire, même si l’Histoire nous réservera encore quelques saloperies. Smyrne restera gravée en moi.

Les personnages sont attachants, ni tout noir, ni tout blanc. Si la plupart sont des brutes, certains ont encore un cœur, une conscience et, sans devenir des super-héros, peuvent, avec peu, aider leur prochain. La lumière qui surgit des ténèbres…

L’écriture de l’auteur est taillée au cordeau, il va au plus simple, mais sans jamais sacrifier le fond ou la forme. Pas de chichis, pas de fioritures, et malgré tout, son récit est d’une grande profondeur, ses décors bien décrits et ses personnages bien campés. Plus facile lorsqu’ils ont existés, certes, mais ils sont réalistes et jamais sur-joués.

Un roman historique très dur à lire, des scènes abominables parce que vue de l’intérieur, des massacres qui donnent envie de foutre le camp loin de ce récit, mais ce serait une erreur phénoménale car cette entrée violente est nécessaire pour comprendre ce que fut le génocide arménien, les exactions commises envers ce peuple et pour pouvoir comprendre les personnages dans leur reconstruction.

C’est un roman historique qui mêle adroitement les récits autobiographiques, l’Histoire, l’aventure, le roman noir, le roman policier et qui nous montre ces vies qui furent fracassées, qui n’avaient rien demandé, si ce n’est de vivre en paix. Mais d’autres gens en avaient décidé autrement…

Elle s’appelait Araxie elle n’avait pas dix ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi
Ici et maintenant… (*)

J’aurais aimé vous en parler avec plus d’emphase, avec de belles phrases, bien tournées, mais les mots me manquent encore, tant j’ai dépassé tous les quotas d’émotions possibles et imaginables. Rien que d’y repenser, j’ai la gorge qui se noue et ma gueule qui fait mal.

C’est un roman magnifique qui mérite d’être lu, découvert, prêté, offert (en prévenant les gens, bien entendu). C’est une page d’Histoire qui devrait être plus souvent lue, au lieu d’être « négationnée » par certains.

Faut parfois oser se regarder dans un miroir, avouer que ce qu’on fait nos ancêtres était horrible, bestial,… Se donner la peine de se pardonner, de leur pardonner et de tourner la page. Comme a fait l’Allemagne. Reconnaître ses crimes, c’est déjà un grand pas en avant pour la reconnaissance des martyrs, des victimes. Les tortionnaires ne sont plus de ce monde.

Araxie vient d’entrer dans mon panthéon personnel, aux côtés d’autres filles fabuleuses, telles que Kia (Là où chantent les écrivisses), Betty Carpenter (Betty), Harley McKenna (Mon territoire), Turtle (My absolute darling) et d’autres personnages marquants.

Magnifique, mais dur !

Attention, gros spolier attendu : ce livre finira dans mon Top de l’année, au rayon des coups de cœur et des livres marquants. Mais ceci n’est pas une surprise.

(*) « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman (© Universal Music Publishing Group)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°23] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°76].

Orcs et Gobelins – Tome 13 – Kor’Nyr : Sylvain Cordurié et Pierre-Denis Goux

Titre : Orcs et Gobelins – Tome 13 – Kor’Nyr

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Pierre-Denis Goux
Couleurs : Julia Pinchuck

Édition : Soleil (23/06/2021)

Résumé :
Depuis peu, le peuple du Pays des Vents subit les raids des Aggerskells, des pillards venus du Nord de l’Ourann. Ces redoutables guerriers s’attaquent aux clans orcs et ne laissent que mort et désolation derrière eux.

Ancien khan qui s’est retiré des combats dans la fleur de l’âge parce qu’il ne voulait pas servir les intérêts des Hommes, Kor’nyr rassemble plusieurs chefs orcs.

Son but : constituer une force qui pourra écraser les Aggerskells dans un premier temps, mais aussi faire enfin des orcs un peuple uni, capable de décider de son destin.

Critique :
Kor’Nyr a écorné son image de khan en voulant jouer à Temudjin unissant les différents peuples et les menant à la victoire contre les autres…

Déjà que chez les Orcs, si les clans tolèrent un chef, ils ne tolèreront jamais un Capo di tutti capi, ni un despote, ni un tyran.

Se foutre sur la gueule l’un l’autre, d’accord, mais pas s’en prendre plein la gueule quand on l’ouvre, juste parce que le grand chef rêve de vengeance.

Pourtant, l’idée était foutrement bonne d’unifier tout les Orcs ensemble afin de se débarrasser de tous les envahisseurs. Kor’Nyr (et non Kor’Ryn, il le prendrait mal) est un fin stratège, contrairement aux autres chefs qui foncent dans le tas.

Le départ de l’album commence comme un vieux classique : le gobelin Viil nous parle de ce chef Orc qu’il a servi durant de nombreuses années. Avec lui, nous assisterons à son basculement de chef éclairé à chef tyrannique despotique, mégalo et suspicieux, ivre de vengeance et n’écoutant plus rien d’autre que sa parano.

Comment en est-il arrivé-là ? Lisez l’album et vous le saurez !

Pierre-Denis Goux nous offre des dessins de très grande qualité, dont une double planche magnifique lors de l’affrontement avec les Nains du Bouclier. La coloriste, Julia Pinchuck, donne à tous ces dessins des jolies couleurs, mettant tout le reste en valeur.

Quant à Sylvain Cordurié, il nous a pondu un très bon scénario, mélangeant habillement l’action, la politique, les magouilles, les guerres et le mode de vie des culs-verts que sont les Orcs.

Un seul bémol, vu le nombre de chefs de clans, il y a moyen de se perdre dans toutes ces gueules fracassées, ces noms gutturaux. Heureusement, j’ai bien observé les détails et grâce à des cicatrices sur la trogne, des incisives cassées, des coupes afro, des piques dans la cuirasse, j’ai réussi à départager qui était qui, lorsque je les croisais dans les cases.

Un scénario qui partait sur des bases classiques avant de bifurquer sur d’autres sentiers, différents de ce que j’avais lu dans une autre bédé, mettant aussi en scène des Orcs (La Guerre des Orcs – 01 & 02) et l’un deux qui rassemblait tous les clans sous une seule bannière. J’ai eu peur d’une redite, il n’en fut rien.

De plus, le final est tout en émotion, ce qui était totalement inattendu. Mais bien vu. Si le tome 13 était une course pour échapper à des horreurs sur jambes (et du pur divertissement), celui renoue avec les scénarios plus approfondis, plus travaillés, plus politiques

Je me faisais la réflexion que, contrairement aux sagas Elfes, Nains et Mages, celle des Orcs & Gobelins ne comportait que des grands mâles couillus et aucune femme, si ce n’est la demi-orc du tome précédent (et qui ne faisait pas de la figuration !), là où les autres sagas alignent des femmes qui en ont. Surprise, la couverture du prochain tome comporte une femme !! Yes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 58 pages).

Bluebird, bluebird : Attica Locke

Titre : Bluebird, bluebird

Auteur : Attica Locke
Édition : Liana Lévi (14/01/2021)
Édition Originale : Bluebird, Bluebird (2017)
Traduction : Anne RAabinovitch

Résumé :
Au bord du bayou Attoyac, le corps d’un homme noir, venu de Chicago, est retrouvé. Cause présumée de la mort: noyade après un passage à tabac. Motif de l’agression selon les autorités locales: le vol.

Mais pourquoi alors a-t-on retrouvé son portefeuille sur lui? Et pourquoi deux jours plus tard, au bord du même bayou, et juste derrière le café de Geneva Sweet, le cadavre d’une fille blanche est-il découvert ?

Dans ce Texas où Noirs et Blancs ne fréquentent pas les mêmes bars et où les suprémacistes blancs font recette, le Ranger noir Darren Mathews n’est pas particulièrement le bienvenu. Surtout quand il décide d’interférer dans l’enquête du shérif local.

Darren ne connaît que trop bien ce coin de terre, et, malgré son attachement indéfectible à ce pays, il sait qu’il lui faudra mener seul sa quête pour la vérité et la justice.

Un suspense aux accents de blues, doublé d’une réflexion toute en nuances sur les racines, les tensions raciales et les discriminations au sein même des communautés.

Critique :
Bluebird est un roman poisseux, de ceux qui collent aux doigts. Pas poisseux de sucre, mais poisseux de sang, de haine, de racisme.

Au Texas, dans la petite ville de Lark, il y a une frontière entre les Blancs et les Noirs, une ligne de démarcation qu’il vaut mieux éviter de franchir, surtout si vous êtes Noir et que vous décidez d’aller dans le bar des Blancs à tendances nazies.

Y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Dans le bayou, on vient de retrouver successivement deux cadavres : celui d’un homme Noir en premier et ensuite celui d’une femme Blanche. Le Ranger Darren Mathews trouve cela bizarre aussi, d’habitude, c’est le contraire.

Voilà un roman fort sombre qu’il vaut mieux commencer en ayant du temps devant soi car il ne se lit pas d’une seule traite. L’ambiance est pesante, lourde, sombre et donne l’impression que l’on suffoque.

Nageant en eaux plus que troubles, Darren Mathews va avoir bien du mal à rassembler les indices (déjà qu’il ne sait pas vraiment s’il est viré dans Rangers ou pas) car les habitants ne se bousculeront pas au portillon pour l’aider dans son enquête et que personne ne semble sympathique, tout le monde dissimulant quelque chose.

Darren Mathews est un Ranger tenace, sorte de pitt-bull qui ne lâche pas sa piste, même s’il a trouvé un os qui semble prometteur. Englués dans les ennuis administratifs avec son boulot, pataugeant dans les soucis matrimoniaux, tenté de téter à la bouteille afin d’oublier ses emmerdes, il devra faire face avec de l’animosité des deux côtés et le fait que personne ne veuille entendre prononcer le fait que ce sont des crimes raciaux.

Il devra aussi se débrouiller pour ne pas se faire péter la gueule (ou pire) par les nazis nostalgiques de la Fraternité Aryenne du Texas, faire face à un shérif qui semble vouloir ménager plus la chèvre nazie plus que les choux afro-américains et faire péter les secrets que tout le monde tait.

Roman noir poisseux, il se lit lentement afin de bien s’imprégner des lieux, des histoires de chacun, de la peur qui règne à Lark, des secrets enfouis, de la ségrégation qui a toujours cours et des non-dits qui va falloir déterrer.

Une intrigue qui semble classique, mais qui ne l’est pas, un scénario qui semble banal au départ qui va se révéler bien plus riche qu’on ne le pense, des personnages bien campés, réalistes, profonds, qui se dévoileront au fur et à mesure de la lecture.

Des atmosphères pesantes, qui ne donnent pas envie de s’arrêter boire un verre de bourbon dans la ville de Lark, 178 habitants (comté de Shelby) tant la tension est à couper au couteau.

Le final est d’une grande subtilité, même s’il est vache, il est à applaudir tant il est retors et machiavélique.

Il ne m’aura manqué que l’attachement aux personnages et les émotions fortes que j’aurais aimé ressentir. Ce sera mon seul bémol.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°21].

Là où vont les belles choses : Michelle Sacks

Titre : Là où vont les belles choses

Auteur : Michelle Sacks
Édition : Belfond (06/05/2021)
Édition Originale : All the lost things
Traduction : Romain Guillou

Résumé :
Dolly est contente. Elle et son papa sont partis en voiture pour vivre une aventure. Ils changent d’hôtel tous les soirs, voyagent la journée, mangent des burgers et boivent du Coca. Maman ne serait pas ravie, mais ça lui apprendra à partir en week-end sans eux.

Bien sûr, il y a ces soirs où sa mère lui manque, où son père s’énerve, mais dans ces moments-là Dolly a toujours sa jumelle Clemesta à qui raconter ses soucis.

Ce que Dolly ne dit pas, c’est que cette aventure ressemble plutôt à une fuite. Que sa mère n’est pas partie en week-end. Que son père se conduit de plus en plus bizarrement. Et que Clemesta, si elle lui apporte le réconfort qui lui manque tant, ne peut pas lui répondre.

Les kilomètres défilent, un État succède à l’autre, les belles promesses virent au cauchemar, le destin de Dolly est sur le point de basculer…

Critique :
Dolly, jeune fille de 7 ans, a l’esprit bien affuté, les pensées qui vagabondent et elle était toute contente de partir à l’aventure avec son père et sa jumelle, Clemesta, un cheval en plastique, son doudou, sa conscience, sa Jiminy Cricket.

J’aurais dû prendre un pied fabuleux dans ce roman qui met face-à-face la poésie d’un enfant face à la duplicité d’un adulte, j’aurais dû avoir les yeux qui brillaient en suivant le récit de Dolly, ses conversations imaginaires avec son cheval en plastique qui semblait doué d’une vie propre, comme le tigre Hobbes du petit Calvin.

Ben non ! Comprenne qui pourra, moi je ne cherche plus à comprendre pourquoi je cale avec des romans que j’ai fluoré en jaune flashy parce que je voulais absolument les découvrir, avant de passer totalement à côté lors de ma lecture.

Bizarrement, le courant n’est jamais passé entre moi et Dolly…

L’auteure a pris un risque en confiant la narration à Dolly, ça passait ou ça cassait. Dans d’autres romans, c’est passé merveilleusement bien et là, j’ai calé presque directement. Oui, l’horreur, après quelques lignes, je sentais que ça n’allait pas le faire, que les réflexions de Dolly allaient me flinguer la lecture.

Et ça ne l’a jamais fait, malgré que je me sois accrochée à toutes les pages de ce road-trip dont on comprend très vite qu’il n’est qu’une fuite en avant et que Dolly ne veut pas voir la réalité en face, alors que Clemesta, le cheval plastique, lui souffle la triste réalité.

Par contre, c’était intelligent de donner la parole à un doudou, à un cheval en plastique car c’est une belle métaphore sur le passage de l’enfance à celui de la raison, l’âge où les gosses remisent le doudou dans un placard, l’oubliant totalement, n’ayant plus besoin de lui.

Le côté fantasmé du père est lui aussi bien mis en scène, Dolly vouant un culte à son papa, occultant volontairement ses zones d’ombres, sa violence, le transformant à ce moment là en un ours en colère. Dolly est dans le déni.

C’est subtil, ces métaphores enfantines sont facilement compréhensibles pour le lecteur qui additionnera tous les indices et saura que l’on se dirige vers un drame absolu.

Tout cela aurait dû m’émouvoir, m’apporter des émotions en vrac et ce fut un bide total de mon côté, ce qui m’énerve car ce roman me tentait plus que tout et que toutes les critiques sur Babelio sont bonnes. Une fois de plus, je vais à contre-courant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°20].