Le vieux qui lisait des romans d’amour : Luis Sepúlveda

Titre : Le vieux qui lisait des romans d’amour

Auteur : Luis Sepúlveda
Éditions : Métailié (1992-2004) / Points (1994-2020) / France Loisirs (2017)
Édition Originale : Un viejo que leía novelas de amor (1992)
Traduction : François Maspero

Résumé :
Lorsque les habitants d’El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d’un homme blond assassiné, ils n’hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre.

Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l’étrange blessure la marque d’un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d’amour.

En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d’Amazonie dont la survie même est aujourd’hui menacée.

Critique :
Comment faire apprécier un roman à des catégories de lecteurs dont les goûts et les attentes sont généralement aux antipodes ?

Ouvrez ce roman, lisez-le et vous comprendrez que l’auteur a réussi à combiner une écriture intelligente sans jamais devenir moralisateur, sans jamais sombrer dans le cliché du bon sauvage défenseur de la forêt face aux vilains Blancs qui saccagent tout.

La petite bourgade de El Idilio (Equateur) n’a rien d’idyllique : les bords du fleuve sont noyés de boue, il y a des moustiques, le bateau de ravitaillement ne passe que deux fois l’an (avec le dentiste) et le maire est un emmerdeur de première.

Dans la forêt, c’est encore pire, il faut 3h pour faire 1km et c’est rempli de dangers. Pourtant, des Hommes Blancs y entrent, avec armes et bagages, et massacrent des animaux pour le plaisir, pour leurs peaux, sans jamais se frotter à des prédateurs dignes de ce nom, sans jamais non plus apprendre à connaître cette forêt tropicale.

Ce joli conte est tout de même une baffe dans la gueule de ceux qui pensent qu’avec des armes, on arrive au bout de tout, qu’avec de l’instruction, on est le plus fort, comme se gausse le maire, étalant son savoir sur la ville de Venise que les pauvres bougres ne connaissent pas.

Oui mais, à quoi cela sert de savoir comment s’est construite Venise lorsque l’on se trouve au milieu d’une forêt où il faut maîtriser les codes pour en sortir vivant ? À rien. Vaut mieux savoir où il faut bivouaquer pour survivre à la nuit et ou poser ses pieds pour survivre tout court.

Mais les gens imbus d’eux-mêmes ou possédant une haute opinion d’eux-mêmes n’écouterons jamais les pauvres habitants de ses contrées qui en savent plus qu’eux sur les règles qui prévalent dans la forêt amazonienne. Et de là naissent les emmerdes, les conneries, les erreurs stupides, horribles, bêtes…

Un roman écologique mais pas que… Un conte philosophique, une ode à la nature, qui n’est jamais tendre, un pamphlet sur ceux qui ne respectent rien, le tout sans jamais adopter un ton moralisateur, personne n’étant tout blanc ou tout noir dans ses pages.

Une tragédie qui fait du bien au moral, une incursion dans un univers impitoyable et dans une société que nous connaissons peu, les Shuars (Jivaros pour nous). Un magnifique voyage, court et intense à la fois, beau et tragique, intelligent et facilement compréhensible par tous. Voilà pourquoi il a rassemblé des lecteurs qui ne lisent pas les mêmes romans habituellement.

PS : Ce court roman de Sepúlveda a reçu deux prix littéraires considérés comme antinomiques : celui, à vocation populaire des Relais H (qui assurait sa présence dans toutes les librairies de gares), et celui, fort élitiste, de France-Culture, qui l’ornait d’un incontestable label intellectuel.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°50] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

La Fureur des hommes : Charles O. Locke

Titre : La Fureur des hommes

Auteur : Charles O. Locke
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (10/10/2020)
Édition Originale : Road to Socorro (1957)
Traduction : Hubert Tezenas

Résumé :
Pour avoir accidentellement tué un homme au cours d’un bal, Tot Lohman, cow-boy tranquille, est traqué par le père et le frère de la victime. Désireux de sauver sa vie, il devient un fugitif.

Pieux, abstinent et farouchement non-violent, il est pourtant d’une stupéfiante adresse au tir. Celle-ci lui permet de se débarrasser de chacun de ses poursuivants.

Il fait la connaissance d’Amos Bradley et de sa fille, et finit par les retrouver dans leur ranch. Lorsqu’il est rejoint par les derniers de ses poursuivants, Tot Lohman est décidé à exercer son droit à la légitime défense.

Avant d’être un western d’Henry Hathaway, « La Fureur des hommes » est un roman âpre et dense d’un auteur injustement méconnu en France.

Critique :
Appréciant le western, je suis toujours à la fête lorsque l’on réédite des romans oubliés, bien souvent des petites pépites oubliées au fond du torrent qu’est la littérature.

Autant le dire tout de suite, le scénario de ce roman est archi-connu, archi-vu, archi-lu, bref, classique de chez classique : une histoire de poursuite et de vengeance.

La famille Boyd veut venger la mort d’un de ses fils, Shorty, tué par le personnage principal, Tot Lohman.

Oui mais, depuis Top Chef, tout le monde sait que l’on peut cuisiner le même plat de bien des manières différentes et à ce petit jeu-là, Charles O. Locke est dans les finalistes, la crème de la crème.

L’auteur a eu le bon sens, l’intelligence de faire un grand trou et d’y enterrer tous les clichés et tous les archétypes du genre, ne gardant que la moëlle pour monter son récit, transformant les clichés profondément pour donner un récit qui ne ressemble à aucune autre course-poursuite et sans jamais virer dans le grand guignolesque.

Tot Lohman, le personnage principal, qui nous raconte son aventure au travers de son journal, a de la culture, mais possède peu de mots et a bien du mal à formuler le fond de sa pensée et nous la découvrirons par le biais de ce que les autres personnages doivent interpréter de lui, en traduisant ses silences ou ses réponses éludées et ils passeront, comme nous, leur temps à les compléter.

Le départ du livre est concis, clair, net et nous met tout de suite à cheval sur les emmerdes à venir : “Quand j’ai accepté de passer un temps chez Restow après avoir tué Shorty Boyd, ça m’a paru être la meilleure solution”. Sans que l’on sache encore ce qu’il s’est passé lors de la mort d’un fils Boyd, on sent déjà venir la vengeance et la poursuite.

N’allez pas croire que le roman va à cent à l’heure, que du contraire, la poursuite n’est pas rapide, Tot fera une partie de la traversée d’un désert à pied, crevant de soif et l’auteur a réussi à rendre ce passage magnifique de réalisme.

N’allez pas croire non plus que le père de l’assassiné est un crétin sans cervelle, il est capable de donner ses chances à Tot, même s’il est un homme implacable et qu’il perdra plus que quelques plumes dans cette chasse à l’homme totalement débile et irréfléchie. Mais puisque ce que la famille Boyd veut, Dieu peut…

— Ce cheval est pour Tot Lohman, donc donnez-le-lui. Pour qu’il puisse prendre un peu d’avance. Mes fils auraient dû le tuer, et je pourrais le faire ici et maintenant – peut-être. Mais je ne laisserai pas dire que ma famille, après s’être fait damer le pion par un petit mi­­nable doué à la carabine, a abattu son cheval à quatre-vingts ou cent kilomètres du premier point d’eau. Les Boyd ne sont pas des tueurs de che­vaux.

Le récit est à l’économie de phrase, mais elles sont puissantes, vont droit au but, que ce soit dans les portraits des hommes (et des femmes) qui traversent ce western ou dans les descriptions de la Nature, qui n’a rien de tendre, comme la plupart de la vie des gens sur ces terres âpres, comme l’écriture de Charles O. Locke (qui, phonétiquement, ressemble à Sherlock).

Un western que Bernard Tavernier a bien fait de sortir de la poussière et de le mettre sous une nouvelle lumière car malgré son scénario classique au possible, l’auteur a eu l’intelligence, le talent, de ne pas l’écrire comme tous les autres, de mettre les clichés au trou, tout en les utilisant, après les avoir déplumés, de manière brillante afin de servir son récit.

Un récit âpre, sans fioritures, comme si nous lisions bel et bien le journal de bord de Tot Lohman, jeune cow-boy doué au tir à la carabine qui avait la famille Boyd et tous ses sbires aux fesses et qui a réussi à rester humain, droit dans ses bottes et à faire des rencontres marquantes durant sa fuite.

Un magnifique western !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°49] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Hercule Poirot (BD) – Tome 1 – Le crime de l’Orient-Express : Chaiko, Benjamin Von Eckartsberg et Agatha Christie

Titre : Hercule Poirot (BD) – Tome 1 – Le crime de l’Orient-Express

Scénaristes : Benjamin Von Eckartsberg et Agatha Christie
Dessinateur : Chaiko

Édition : Paquet (29/11/2017)

Résumé :
Le Crime de l’Orient-Express est, avec Dix petits nègres, l’un des romans d’Agatha Christie ayant connu le plus grand succès. Il a été traduit en plus de trente langues. Hiver 1937.

Juste après minuit, une congère force l’Orient-Express à s’arrêter en pleine voie. Le luxueux train est étonnamment plein pour cette période de l’année, mais, au petit matin, on dénombre un passager de moins…

Un magnat américain est mort d’une dizaine de coups de couteau, la porte de son compartiment verrouillée de l’intérieur. Hercule Poirot mène l’enquête dans le train coupé du monde…

Critique :
Adapter des romans en bédés, ce n’est pas toujours évident car il faut sabrer dans le récit, quitte à faire l’impasse sur des choses importantes ou sur la manière dont le détective comprend le schéma du crime à résoudre.

Il m’est souvent arrivé d’être frustrée car cela va trop vite dans une bédé, surtout si on connait le roman original parce qu’on l’a gardé en mémoire (et relu plusieurs fois).

Une chose m’a fâché dans le début du roman lorsque l’on montre un évènement tragique qui pourrait mettre les lecteurs sur la piste du potentiel coupable, alors que le plaisir, dans un Agatha Christie, est de se faire surprendre.

Le deuxième chose qui m’a un peu déplu, ce sont les dessins des visages des protagonistes, surtout celui de Hercule Poirot qui, pour moi, n’est pas conforme à l’original. Mais ceci est une histoire de goût.

Le scénariste a réussi à intégrer à sa bédé tous les éléments importants du roman original, même si, avec 64 pages, il faut aller à l’essentiel et ne pas ergoter sur des détails ou sur notre cher Hercule Poirot qui fait marcher ses petites cellules grises durant des pages et des pages.

Au final, l’album se révèle être bon, même si je ne suis pas fan des dessins à cause des visages assez grossiers. On pouvait mieux faire, je trouve. Les couleurs sont dans le sombre et elles vont bien à ce huis clos dans la poudreuse.

Une bédé pour se remettre en mémoire un des romans les plus célèbres de la Reine du Crime, ou pour le découvrir si on n’a pas envie de se plonger dans un roman (mais ce serait un tort de ne pas lire le roman original).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°198], Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°24] et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 64 pages.

The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs : Alfred Bertram Guthrie

Titre : The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs

Auteur : Alfred Bertram Guthrie
Éditions : Actes Sud L’Ouest, le vrai (2014) / Babel (2016)
Édition Originale : The Big Sky (1947)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
En 1832, Boone Caudill et ses amis trappeurs rejoignent une expédition vers le Haut-Missouri, vaste région sauvage où vivent les Indiens Blackfeet.

Teal Eye, une jeune Blackfoot, fait partie du voyage. Va-t-elle pouvoir servir de “cadeau” pour les Indiens qui défendent farouchement leur territoire ?

Critique :
La conquête de l’Ouest comme si nous y étions, mais au lieu d’aller de l’Est en Ouest en chariot et de faire le cercle lors des attaques, on va voguer sur le Missouri.

Nous sommes en 1830, toujours avec des fusils à silex, les six-coups qui peuplent nos films western ne sont pas encore inventés.

Le territoire est dangereux, peuplés d’Indiens, de bisons, de castors…

Les paysages sont décrits de façon majestueuse et mon seul regret sera de ne pas les voir en vrai, tant l’auteur les décrit avec force et passion. Mon imagination a fait le travail.

Chez Guthrie, tout est fait avec justesse, sans dichotomie aucune entre les pionniers qui seraient tous gentils et les Indiens tous méchants. Non, non, avec l’auteur, on ne mange pas de ce pain-là et tout est réaliste dans les portraits de chacun qu’il dresse avec finesse.

Je suis juste restée étonnée que les Indiens, dans le roman, ne se soient pas plus inquiétés que ça des massacres de bisons que l’on accomplissait déjà à cette époque. Pensaient-ils aussi que les bisons étaient inépuisables et que l’on pouvait en décimer des tonnes sans que cela ait un impact dans le futur ?

Anybref, dans ce roman dense, l’auteur fait parler sa plume comme d’autres font parler la poudre : ça claque. Les paysages sont grandioses, bien décrits, les trappeurs sont sauvages comme le gibier qu’ils chassent, tout le monde pue le chacal mouillé, les territoires Indiens ne sont pas encore envahis comme ils le seront ensuite…

Comme Boone, on s’en désole à l’avance, on a le coeur serré. C’est la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère et les colons sont tout fous à l’idée de prendre et d’exploiter à mort ces territoires sauvages sur lesquels les Indiens vivent et se déplacent.

Ça commence à sentir mauvais pour les prochaines années…

Un grand roman sur la conquête de l’Ouest où tout est authentique.

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

La vallée des poupées : Jacqueline Susan [LC avec Bianca]

Titre : La vallée des poupées

Auteur : Jacqueline Susan
Éditions : Presses de la cité (2014) / 10/18 (2016)
Édition Originale : Valley of the Dolls (1966)
Traduction : Michèle Lévy-Bram

Résumé :
1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour débarquer à New York, la tête pleine de rêves et de gloire.

Elle y devient secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre et fait la connaissance de deux autres jeunes femmes qui prévoient de faire carrière dans le monde du spectacle: l’ambitieuse et prometteuse Neelly O’Hara et la très belle mais peu talentueuse Jennifer North.

Des bureaux d’agents d’artistes aux coulisses de Broadway, des plateaux d’Hollywood aux premières émissions TV, le roman suit leur ascension (et chute) respective, au rythme de leurs rencontres plus ou moins heureuses, carrière, amitié, amours bien sûr et autres trahisons et désillusions…

Critique :
Dallas était un univers impitoyable ♪ mais Broadway et New-York aussi !

Bienvenue dans le monde du show-bizz des années 45 à 65. Bienvenue dans un panier de crabes où tout les coups de putes sont permis.

Bienvenue dans ce qui ressemble souvent à un règlement de compte à O.K Corral mais en version plus perfide car ici, on peut tirer dans le dos.

Si vous voulez vous changer les idées et lire un truc gentillet, va falloir choisir un autre roman si vous ne voulez pas finir en dépression devant tant de perfidie, de saloperie, d’exploitation de la Femme par l’Homme.

Attention, ne pensez pas que les poupées du titres sont les jolies jeunes filles de la couverture ! Le docteur House était accro à la Vicodine et ici, les pilules qui font dormir, maigrir, rendent heureuses, les filles les appellent les poupées. Il y en a de toutes les couleurs, comme les Dragibus, mais avec elles, vous risquez bien plus que des caries (l’addiction est la même, par contre).

Après la Seconde Guerre Mondiale, les femmes rêvent de liberté, de se prendre en main, de mener une carrière artistique. Hélas, les hommes sont toujours paternalistes ou bien coureurs de jupons ou pensant que la place de la femme est au foyer, avec des marmots dans les pattes.

À 18 ans Ann a quitté sa province, bien décidée à empoigner la vie. Neelly rêve de gloire aussi, dans la même pension d’Ann et ensemble, elle croiseront la route de Jennifer. Toutes les trois ont les mêmes aspirations ou presque.

Faut pas croire que ce roman ressemble à une série américaine neuneu faite pour les ménagères de plus de 50 ans ou les bobonnes. Le scénario vole bien plus haut que les débilités au long cours que sont certaines séries. C’est Amour, Gloire et Beauté mais en version plus trash et cynique. C’est l’envers du décor du show-bizz et il n’est pas beau à voir.

Le pire, c’est que les horreurs et coups bas qui avaient lieu en 1945 ont toujours lieu maintenant, à quelques différences près (les réseaux sociaux et des nouvelles drogues en plus). L’univers du show-bizz est toujours plus impitoyable que celui de Dallas (vous l’avez en tête, le générique ???)…

Mes bémols iront à des personnages qui m’ont parfois un peu déçus dans leur comportement, qui auront manqué de courage, de reconnaissance.

Le beau Lyon est un coureur de jupons qui prend des excuses débiles pour ne pas se fixer (des claques !) ; Ann qui nous la joue midinette à 18 ans, je comprends, mais pas 18 ans après, surtout auprès d’un homme qui est resté des années silencieux et qui l’avait plaqué comme une vieille chaussette puante et Neelly qui ne se comportera pas comme une amie sur la fin du roman.

Toutes les femmes de ce roman avaient des rêves de gloire, d’amour et de beauté éternelle. Une soif éperdue de succès, de reconnaissance, de public en liesse. L’argent est facile à faire mais il part encore plus vite qu’une baignoire qui fuit dans un problème de math.

Un très bon roman sur l’envers du décor qui est bien plus sombre que celui qu’on nous montre habituellement, rempli de paillettes, de sourires Pepso Dent, de cirage de pompes et de main amicale dans le dos. Ne vous fiez pas au apparences, tout est faux.

En tout cas, je remercie Bianca de m’avoir proposé ce roman en LC parce que sans sa proposition (et la présence du roman chez mon bouquiniste préféré), jamais je n’aurais lu ce roman.

Nous avons toutes deux passé un bon moment lecture, avons ressenti les mêmes choses et trouvé aussi que certains personnages méritaient des claques !

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

L’aventurier du Rio Grande : Tom Lea

Titre : L’aventurier du Rio Grande

Auteur : Tom Lea
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (10/06/2015)
Édition Originale : The Wonderful Country (1952)
Traduction : Arthur Lochmann

Résumé :
Martin Brady, jeune Américain, se cache depuis son adolescence au Mexique après avoir tué l’assassin de son père.

Pistolero au service de deux frères mexicains riches et voyous, sa vie bascule quand une blessure le retient à Puerto, ville américaine (Texas) jouxtant le Mexique.

Au moment où les luttes de pouvoir des deux côtés de la frontière se déchaîneront, Brady, éternel étranger, sera tiraillé entre les belligérants et aura des décisions importantes à prendre.

Un roman juste, quasi historique sur les deux cultures qui s’affrontent, riche en suspens et en émotion, mais aussi enchanteur par ses descriptions de paysages époustouflants.

Critique :
Martin Brady est un déraciné, étranger au Mexique et étranger aux États-Unis. Toujours le cul entre deux chaises, sans vraiment savoir où est son peuple et où se trouve sa terre.

Martin est un Américain, pourtant, mais après la mort de son père, il est passé au Mexique  car il avait été recueilli par une famille là-bas.

Après 14 ans passé au Mexique, il a tout d’un homme de là-bas et au départ, les Américains le prennent pour un mexicain.

Pour sa part, Martin Brady n’était pas certain d’avoir envie de voir des gringos. Mais il savait qu’il en verrait ce jour-là. Tout au long de cette remontée vers le nord, vingt-six jours de route avec les bœufs et le lourd minerai – et bien avant encore –, il avait pensé au moment où il se retrouverait à nouveau de l’autre côté du fleuve. Il y avait pensé pendant des années. Quand le patrón lui avait dit d’emmener le minerai dans le Nord, il n’avait pas renâclé. Il voulait savoir à quoi ça ressemblait. Maintenant, il y était presque.

Ce roman alterne les moments calmes, propices à notre Martin Brady pour se livrer à de l’introspection (il vient de se casser la jambe) et des moments Aventures avec un grand A.

Cherchant une paix intérieure qu’il ne trouve pas, notre homme, à la fois peone, pistoleros, vacher, vaquero, cow-boys, homme à tout faire pour le clan des Castro (Cipriano & Marcos), notre hombre offre son amitié et ses états d’âme à son bel étalon noir andalou, Làgrimas (« Larme » en mexicain).

Tom Lea nous décrit superbement bien ces terres où le vent souffle, charriant de la poussière et du sable, ces terres hostiles, désertiques, où les Apaches font des incursions meurtrières.

Les paysages, tels qu’il les décrit, donnent la sensation au lecteur d’y être et de chevaucher au côté des Tuniques Bleues ou de notre pistoleros qui a tout du ténébreux sans pour autant être une brute sanguinaire assoiffée de sang.

Une heure avant le jour, le vent se leva et balaya le désert, déplaçant le sable, changeant les formes des dunes sous les sombres mesquites. Il soufflait sur les plateaux nus, depuis les derniers rochers au sommet des montagnes jusqu’au fleuve qui, dans le fond du désert, s’écoulait vers le sud par un col dont les flancs à pic enserraient son cours. Sous le col, le vent suivait l’eau jusque dans une vallée où il rencontrait les habitations d’une ville isolée qui dormait encore entre les arbres et les champs labourés.

Pour nous parler de la politique, qu’elle soit du côté des Américains ou des Mexicains, l’auteur donne la parole à des personnages secondaires, des piliers de bar, des alcooliques, des gens pratiquant la radio cancan, des militaires, des paysans ou des éleveurs.

Tout était dit, il n’en fallait pas plus pour comprendre le bordel qu’il y avait au Mexique avec la prise de pouvoir des Castro brothers. Heu, des Castro hermanos !

Ce western est lent, presque paresseux dans sa première partie, et pourtant, je n’ai pas ressenti de l’ennui tant le panel des personnages était large, bien fait, apportant chacun une pierre à l’édifice de cette petite ville frontalière qu’est Puerto, nous la faisant vivre de l’intérieur comme si nous étions.

Ce western se déguste lentement, sans précipitations, car il nous montre un homme tiraillé entre deux cultures, entre deux peuples, un homme qui a bossé pour les mauvaises personnes, qui aimerait se poser un peu et quand enfin ça arrive, bardaf, il doit repartir sur les routes car tel est son devoir.

Un western assez introspectif dans sa première partie, un personnage principal tourmenté, attachant, sympathique, déraciné, un homme de parole et d’honneur qui ne sait pas encore où est sa place, qui est à la recherche d’une certaine paix intérieure et qui nous fait voir son monde, des deux côtés de la frontière, à travers de son regard désabusé.

Pour se coucher moins bête : Ce roman a été adapté au cinéma (1959) par Robert Parrish, avec Robert Mitchum dans le rôle titre. Il n’avait pas été épargné par les critiques et le réalisateur avait ajouté une histoire d’amour dans le film.

PS : par contre, monsieur Tom Lea, il y a une chose dont vous auriez pu m’épargner à la fin de votre beau western… Désolé, mais ÇA NE SE FAIT PAS !!!! (j’en pleure encore). Si vous n’étiez déjà point décédé, vous auriez fini sur ma kill-list avec les Norek, Minier et autres auteurs qui…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°51], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°28].

 

Chroniques des Vampires – 03 – La reine des Damnés : Anne Rice [Par Dame Ida, Boudin Blanc Certifié sans adjonction de sang animal]

Titre : Chroniques des Vampires – 03 – La reine des Damnés

Auteur : Anne Rice
Éditions : Pocket (1991/1999/2001/2012) / Fleuve Noir (2004) / Plon (2010)
Édition Originale : The Queen of the Damned (1988)
Traduction : Anne de Vogüe & Evelyne Briffault

Intro BABELIO :
Quand Lestat, vampire impie, libertin et suicidaire, s’improvise chanteur de rock pour hurler à la face de l’humanité sa condition de mort vivant, les mortels lui font un triomphe, sans imaginer une seconde qu’il ne leur dit que la vérité.

Mais, avec sa « musique à réveiller les morts », Lestat ne s’est pas seulement fait des ennemis parmi ses frères qui le considèrent comme un traître et se sont décidés à le détruire, il a aussi arraché à son sommeil millénaire Akasha, la Mère de tous les vampires, la reine des damnés. Akasha qui ne rêve

Résumé :
Si comme moi vous avez lu les deux premiers tomes de la saga d’Anne Rice (Entretien avec un Vampire et Lestat le Vampire) vous avez donc déjà fait connaissance avec quelques figures phares de la société vampirique imaginée par l’auteur.

Dans le premier volume, Louis, jeune aristocrate de la Nouvelle Orléans transformé en suceur de sang par Lestat déballait tout ce qui aurait dû rester secret à un journaliste, évoquant depuis sa transformation, sa quête éperdue d’explications sur le pourquoi du comment de ce qu’il est devenu et sa recherche de semblables capables de lui en toucher deux mots, vu qu’il s’était un peu brouillé avec Lestat en essayant de le détruire avec la complicité de la petite Claudia, petite vampirette qui serait restée âgée éternellement de six ans, si les vampires de Paris ne l’avait pas rôtie à la lumière du jour.

Dans l’autobiographie de Lestat (écrite par Anne Rice officiellement… mais on ne sait jamais… on sait bien que Conan Doyle ne fut jamais que l’agent littéraire du Dr Watson !) qui suivit, vous aviez eu un peu plus d’explications (quoi que…)…

Et avec le Tome 3, l’heure des révélations a enfin sonné. On y retrouvera quelques uns des personnages croisés lors des précédents volumes ainsi que quelques autres.

Or donc Lestat le vampire provocateur rompt la première règle des vampires en révélant l’existence de ce petit monde, d’une part en publiant son autobiographie, puis ensuite en devenant une star du rock qui prétend être un vampire (ce qui lui est très facile vu qu’il en est un), ce qui lui vaut un grand succès.

Et dans le petit monde des hématophages ça fait beaucoup de bruit car dans ses chansons, le voilà qu’il se met à révéler tout un tas de secrets, évoquant même l’existence du Roi et de la Reine des Vampires endormis quelque part depuis des millénaires en attendant leur heure, glissant au passage quelques provocations assez irrévérencieuses à leur endroit.

De fait, une partie de la communauté des vampires veut le tailler en pièce… et prévoit de lui tomber sur le dos pour son prochain grand concert d’Halloween…

Sauf qu’en attendant la Reine se réveille et quitte le sanctuaire où elle se reposait, vidant son mari de tous ses globules telle une sangsue au passage, et se met à la recherche de Lestat en tuant tous les vampires qu’elle croise sur son chemin, détruisant une à une les assemblées des anémiés anonymes qui dorment le jour…

Et puis c’est quoi tous ces gens, vampires ou mortels, qui font le même rêve de deux sorcières rousses identiques sur le point de bouffer les organes d’un cadavre fraîchement rôti ???

Bref ça craint pour le monde des vampires, et même pour le monde des humains ! Si vous voulez savoir à quel point on n’est pas passés loin de l’apocalypse et bien il vous faudra lire le livre.

Je ne voudrais pas qu’on me vide de mon sang, me décapite, me démembre et qu’on me brûle (dans l’ordre que vous voudrez) pour avoir spoilé tout de même !

Mon avis :
Or donc, jadis, il y a très longtemps, si longtemps que même un vampire de quelques millénaires peut admettre que ça ne date pas d’hier, j’ai été adolescente.

Cela remonte bien au siècle, que dis-je, au millénaire précédent.

J’ai lu alors les deux premiers tomes des Chroniques des Vampires qu’une amie m’avait prêtés.

Elle n’avait pas le troisième à sa disposition. Était-il déjà sorti ? Rien n’est moins sur puisqu’il date de 1990…

Mais peu importe ! Je m’étais dit qu’un jour je le lirai, bien que ma découverte d’autres romans de l’auteur (sur ses sorcières Mayfair et ses histoires de loups-garous) m’aient particulièrement déçue…

Une autre amie m’ayant prêté le dit volume, je l’ai donc parcouru pendant mes vacances n’ayant pas grand-chose de mieux à faire (c’est dire si mes vacances ont été un peu chiantes).

Ce livre fut une nouvelle déception. Et si lorsque j’avais découvert la saga elle ne comptait alors que trois tomes, j’ai eu la stupéfaction de constater récemment que celle-ci s’est allongée de 10 volumes supplémentaires (13 au total donc) depuis, faisant des cross-over avec sa saga des sorcières Mayfair par dessus-le marché.

Grâce à Wikipedia j’ai pu jeter un œil rapide sur les résumés de ces nouveaux opus dont le dernier date de 2018, et si j’ai été déçue avec la Reine des Damnés j’ai eu le souffle coupé en constatant que la suite s’aventurait sur des terres où la médiocrité flirte avec le foutage de gueule, Anne Rice me semblant juste exploiter une « rente de situation », pressant son filon jusqu’à l’épuisement de fans qu’elle prend pour de grands enfants un peu stupides, coincés à jamais dans l’adolescence et privés pour toujours du moindre sens critique.

Car en effet, comme je dis toujours, pour que le genre fantastique soit efficace auprès d’un lectorat cortiqué et exigeant, il faut encore qu’il reste suffisamment ancré dans un fond de réalité et ne s’en éloigne que progressivement (cf les romans du Maître King).

Avec Anne Rice on fonce tête baissée dans le délire, et plus on progresse dans la saga, plus ses personnages se trouvent dotés de capacités et dons exorbitants confinant à la toute-puissance au point que Dieu, s’il existe, n’a qu’à bien se tenir car il se trouve maintenant face à de sérieux concurrents.

Bref, j’en resterai là pour la suite de sa saga que je n’ai en réalité pas lue, les résumés m’ayant fait fuir définitivement… Et j’en reviens à la Reine des Damnés…

Evidemment… vous imaginez bien que la magie n’a pas fonctionné sur moi qui suis pourtant bon public avec les histoires fantastiques si elles sont bien traitées.

Ce livre est un des rares livres dont j’ai pu trouver que l’adaptation cinématographique est meilleure que le bouquin. Le film a fait l’impasse sur tout un tas d’histoires annexes et de développements métaphysiques pseudo philosophiques ou historiques afin de le réduire sa substance à son essence et c’est bien suffisant.

Ce faisant, l’histoire a aussi été quelque peu transformée ainsi que la fin, vu que certains personnages importants dans le roman en ont été carrément zappés. Et ce n’est pas plus mal.

Ce bouquin est d’une longueur atroce… Les vampires ont peut-être l’éternité devant eux, mais pas moi ! Mes vacances ont une fin ! Bref ça n’en finissait pas ! Et pourtant il ne fait que 500 et quelques pages ce satané bouquin. Quand le roman est bon ça passe vite 500 pages… Et pas là. Pourquoi ?

Et bien si elle a une imagination fertile et se révèle capable de concocter des intrigues qui pourraient être franchement passionnantes, Anne Rice a de sérieux problèmes en matière de construction et d’écriture.

Ses phrases construites au grès de ses associations d’idées dans certains passages vous perdent dans les pronoms au point qu’on ne sait régulièrement plus qui parle de qui…

Ces associations d’idées multiplient par ailleurs les circonvolutions dans le développement d’une idée en ouvrant de multiples parenthèses, voire des parenthèses au sein des parenthèses, au point qu’on est presque surpris quand elle en revient à l’idée qu’elle voulait traiter au départ.

Proust se révèle bien plus clair et plus construit et écrit d’une manière plus légère et poétique.

A cela s’ajoute le fait que la plus grande partie du bouquin semble être écrit sous forme de récits qui se superposent les uns aux autres, les dialogues interactifs étant rares pour ne pas dire inexistants (certains auteurs ne savent pas écrire de dialogues… c’est ennuyeux), ce qui tend à donner le sentiment d’une action figée. « Alors il m’expliqua ceci et me souvenant qu’untel m’avait alors dit cela, je lui répondit ceci »… Franchement sur 500 pages, ça use.

En outre l’écriture se veut très introspective, chaque personnage se voulant extrêmement précis sur ce qu’il ressent au moment de telle action ou de tel dialogue, en le justifiant, en l’argumentant et le déclinant ad nauseam.

Ce travers systématique et répétitif donne une vision très nombriliste de ses personnages et s’avère d’autant plus pénible à lire qu’il étire le développement de l’action indéfiniment.

À cela, ajoutez que le Lestat qu’elle décrit dans les deux premiers volumes comme totalement amoral devient subitement empathique pour une espèce humaine (bénissez-moi, Belette, car j’ai spoilé – Je vous absous répondit la Belette) qu’il considérait jusque là avec un respect comparable à celui avec lequel les supermarchés considèrent les poulets de batteries…

Je ne sais d’où lui vient cette subite illumination, mais Rice, qui passe des pages à nous décrire comment ses petits vampires se regardent le nombril, ne prend même pas la peine de nous expliquer le chemin de Damas miraculeux qui a conduit son vampire le plus narcissique et cynique à se poser en champion de la cause humaine !

Bref, on se trouve là confronté à une incohérence majeure dans l’évolution psychologique d’un des personnages principaux qui laisse sans voix et vient asséner le coup de grâce fatal à cet édifice branlant qu’était déjà ce roman !

Et le pire, cerise sur le gâteau, certains personnages deviennent le prolongement omniscient de l’auteure dans l’intrigue, se lançant dans des passages ressemblant à des cours magistraux où Anne Rice nous assène avec académisme ses conceptions et philosophie personnelles sur l’avenir de l’humanité, sur Dieu, sur l’occultisme, sur le vampirisme, et même sur le féminisme et la lutte entre les sexes (et ouais ! Même ça !!!), ainsi qu’une réécriture chronologiquement déviante de l’histoire de l’Egypte Antique, voire du monde antique tout court.

Anne Rice ayant quitté l’Église Catholique en soutien à son fils ouvertement gay, du fait des positions vaticanaises à l’égard de l’homosexualité, nous présente rien que trois couples homosexués dans son histoire et… ça ajouté au reste, on en vient à se demander si ce livre (voire la saga) n’est pas non plus une forme de prétexte pour mettre en avant ses idées personnelles sur bien des sujets différents dont celui-ci.

En effet, la façon dont elle développe certaines idées et le temps et le soin qu’elle prend à le faire alors que ça n’apporte strictement rien à l’intrigue, m’ont profondément mise mal à l’aise.

C’est un peu comme si prise en otage par l’intrigue dont je voulais connaître le dénouement, je me retrouvais obligée de me fader tout un tas de cours magistraux sur les points de vues personnels de l’auteure, dont je n’avais fichtrement rien à carrer.

Un peu comme si on devait se taper 30mn de publicités disséminées toutes les dix minutes dans un film de 90mn…

Je pense d’ailleurs que ce désir de vouloir nous imposer autant d’idées personnelles qu’elle vient inclure très artificiellement dans l’intrigue vient participer de cette impression de gros problème de construction dans l’écriture d’un livre où l’intrigue ne se développe que péniblement et poussivement.

Et j’allais oublier le petit détail qui tue : chaque chapitre commence par un joooooooooli poème écrit par… son mari. Avait-il besoin de cette publicité gratuite offerte par sa femme pour passer à la postérité ? Franchement trop c’est trop !

La qualité de traitement étant inversement proportionnelle à l’attrait qu’aurait pu avoir l’intrigue, ma notation sera très sévère.

 

Le Fléau – Tome 2/2 : Stephen King

Titre : Le fléau – Tome 2/2

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2003)
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Après avoir lu le premier tome durant le confinement, j’ai eu besoin d’une pause et après 3 mois, j’ai estimé que je pouvais entamer le second tome.

Mes amis les Gentils m’attendaient sagement et ce fut avec grand plaisir que je retrouvai Nick, Stu, Ralph, Frannie, Larry, Glen, Tommy, Joe et Mère Abigaël.

Quant aux Méchants, aux ordres de l’Homme Noir, du Patron, du Promeneur, ils sont à Cibola, ou plutôt à Las Vegas…

Si le premier tome m’avait embarqué et que je n’avais pas vraiment ressenti certaines longueurs (je l’ai lu en version intégrale, sans les coupes de l’éditeur), dans ce second et dernier tome, j’ai eu plus de mal, je n’avançais plus aussi vite, comme si je devais faire la route à pied.

Rome ne s’est pas faite en un jour, je le sais, il faut du temps pour repartir après l’extermination de 90% de la population, mais le périple de La Poubelle était long et monotone. Ce fut le passage le plus chiant, avec les comptes-rendus du comité de Boulder.

Autant ou certains passages sont longs et laborieux, autant le final a été expédié d’un coup de cuillère à pot après un périple, à pied, de plus de 1.200km et de 1.500 pages.

D’accord, je râle lorsque les auteurs font traîner les affrontements finaux pour faire des pages et qu’à la fin, on tourne en rond, mais ici, je m’attendais à un affrontement Bien-Mal d’une manière différente.

Durant des centaines et des centaines de pages, le King nous parle de deux personnages étranges dont les gens rêvent : Mère Abigaël ou l’Homme Noir, représentant le Bien et le Mal et tadaaa boum, en quelques paragraphes, c’est expédié, rayé de la carte.

Je me suis sentie grugée, surtout qu’ensuite, le King prend 90 pages pour un voyage de retour qui dure, qui dure… Ça fait un sacré déséquilibre.

Un affrontement plus travaillé et un retour plus rapide aurait été plus intelligent, même s’il y a de l’ironie et du cynisme dans la manière qu’à le King de résoudre le problème de l’Homme Noir. L’arroseur arrosé par son propre tuyau.

Malgré tout, je suis contente d’avoir ENFIN lu le Fléau car il y a une chose que je ne peux pas reprocher au King, c’est d’avoir fait preuve de manichéisme.

Certes, les Méchants ne sont pas sympas et on aimerait boire un verre avec les Gentils, mais il y a une évolution dans ses personnages car tous ont évolués, appris quelque chose, changé de caractère et même Tommy, à qui il manquait une case, a changé. Dans le camp de l’Homme Noir aussi, des consciences s’éveillent.

À Boulder, en Zone Libre, on essaie de changer, de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avant, mais chassez le Naturel, il revient au galop… L’Homme a du mal à perdre ses mauvaises habitudes et ses peurs primales des Autres.

Une fois de plus, le King nous propose un livre dérangeant à bien des égards. La dictature chez l’Homme Noir semble plus simple que la tentative d’ébauche de démocratie en Zone Libre car quand un seul prend des décisions et donne des ordres, c’est plus rapide que de demander l’avis de tout le monde…

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et la démocratie de la Zone Libre est peut-être un mirage puisque le comité reprend les personnages principaux du premier tome.

Quand on réfléchit bien (et le King nous donne de quoi réfléchir), il y a du bon et du mauvais dans les deux camps et si la dictature est à proscrire, la démocratie a du plomb dans l’aile quand elle décide d’en envoyer certains au front…

Le Fléau, ce n’est pas qu’un simple roman fantastique pré et post-apo, c’est aussi une tentative de reconstruction, la méfiance des autres, mais aussi du besoin des Hommes de se regrouper puis de se séparer lorsque le groupe devient trop important et qu’on commence à se marcher sur les pieds.

En un mot, Le Fléau, c’est à lire !

Après une telle lecture, je m’en vais lire un Astérix, ça me fera du bien au moral…

PS : Stephen King, aurait-il par hasard une dent sur les belettes ? Parce que dans son roman, il cite mon animal totem au moins 36.000 fois et jamais pour leur jeter des fleurs…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX]et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°07 – 790 pages – Livre de Poche].

 

Charlie et la chocolaterie : Roald Dahl

Titre : Charlie et la chocolaterie

Auteur : Roald Dahl
Illustrations : Quentin Blake
Édition : Folio Junior (1967/1987/2000/2005/2016)
Édition Originale : Charlie and the Chocolate Factory (1964)
Traduction : Élisabeth Gaspar

Résumé :
Charlie est un petit garçon qui vit avec son papa et sa maman, mais aussi avec ses quatre grands-parents. Tout ce monde est entassé dans deux pièces seulement car la famille de Charlie est très pauvre.

Lorsque son papa perd son travail, la situation devient dramatique, ils meurent presque de faim.

Mais dans la ville où ils demeurent, il y a une mystérieuse chocolaterie : nul n’y entre ni n’en sort jamais. Son propriétaire, Mr Wonka, lance un grand concours : les cinq gagnants pourront visiter l’usine et gagner des sucreries pour toute leur vie.

Mais les enfants mal élevés doivent se méfier : ils seront punis par où ils auront péché.

Critique :
Pour ceux et celles qui aiment le chocolat et les bonbons, la chocolaterie de Willy Wonka est LE pays merveilleux, le pays joyeux des enfants heureux, des enfants gentils, oui c’est le paradis ♫

J’adore vous coller des ritournelles dans la tête pour toute la journée… C’est mon côté diabolique.

Charlie et la chocolaterie est un conte que vous pouvez lire aux plus petits, ça leur fera savoir qu’il existe des différences de classes sociales et que les sales mômes sont toujours punis.

C’est de la morale à deux balles, mais bizarrement, ça passe comme un carré de chocolat qui fond dans la bouche et ça vous laisse la même sensation : ça fait du bien.

Personne ne va nier que voir une sale gamine pourrie gâtée qui veut tout et qui obtient tout, être punie par ses désirs, ça ne donne pas un sourire géant. Oui, personne n’aime les sales gosses mal élevés, désobéissants, impolis, bavards, qui ne respectent rien… Hormis leurs propres parents qui leur trouveront toujours des excuses.

Après avoir passé un peu de temps avec notre Charlie, un enfant issu d’une famille pauvre, très pauvre, où les 4 grands-parents ne quittent jamais le lit (bonjour les escarres), il nous met en présence des 4 enfants qui viennent de gagner le ticket magique, le Golden Ticket : ce sont 4 enfants qui ne manquent de rien, qui ont le superflu et dont les parents leur passent les 4 volontés.

La dichotomie entre eux (riches et sales mômes) et Charlie (gentil gamin pauvre) est un vrai gouffre, l’auteur pousse la caricature à fond, sans nuancer les portraits des sales gosses de sorte que, vous avez envie de les noyer vous-même dans la rivière au chocolat.

Malheureusement, ils sont plus réalistes que Charlie que j’ai trouvé trop lisse, trop sage, trop gentil, trop « pas réaliste » pour son âge.

Mais en poussant ces différents portraits à fond, l’auteur peut tacler l’éducation des enfants qui partait déjà en couille dans ces années-là (et qui continue de plus belle), de ces parents qui pensent que tout laisser faire à un gosse, c’est lui montrer qu’on l’aime, ce qui est faux. L’aimer, c’est l’éduquer !

Roal Dahl vise aussi les parents qui à force de vouloir être potes avec leurs moutards, ne les éduquent plus et acceptent tous leurs caprices de petits Dieux, de peur de brimer ces pauvres choux ou juste pour avoir la paix.

Il ne faut pas trop se fixer sur cette fracture peu réaliste sinon on passera à côté de la magie de ce roman.

Moi qui ne connaissais pas du tout cet auteur (shame on me), je viens de le découvrir en force et ces 3 lectures furent rafraîchissantes, légères, amusantes, tout en ayant une morale.

PS : j’avais sélectionné ce roman jeunesse pour le Mois Anglais de Juin 2020. Pas de bol, l’auteur n’est pas anglais mais britannique (ça change tout) et en plus, en lisant la critique d’un Babéliote, il parlait de l’Amérique… Merde, sérieusement ? Après lui avoir posé la question, il me signala qu’on y parlait de « dollar ». C’était foutu pour le Mois Anglais alors ? Oui, totalement foutu, même si l’auteur ne nomme pas de pays, on y parle de dollar et je ne pense pas que ce soit la monnaie de l’Angleterre !

L’importance d’être constant : Oscar Wilde

Titre : L’importance d’être constant

Auteur : Oscar Wilde
Édition : Grasset – Les Cahiers Rouges (2013) édition bilingue
Édition Originale : The Importance of Being Earnest (1895)
Traduction : Charles Dantzig (+ préface)

Résumé :
Dernière pièce d’Oscar Wilde, L’Importance d’être constant brille des feux d’un langage habité par la grâce : s’y manifestent la puissance et la modernité de la réflexion de l’auteur sur la fiction, mais aussi son inventivité subversive et satirique, son esprit généreux et étincelant d’élégance et de drôlerie.

Jack Worthing et Algernon Moncrieff, deux jeunes dandies du Londres de la fin du XIXe siècle, se sont inventé un parent et un ami fictif, bien commode pour échapper aux obligations sociales.

Pour Jack, c’est Constant, frère débauché qui lui permet de fuir la campagne ; pour Algernon, c’est Bunbury, ami toujours souffrant, qui lui permet de fuir Londres. Jusqu’à quand tiendra la supercherie ?

Un feu d’artifice d’humour, de finesse et de mots d’esprit. Satire de la société victorienne tout autant que féerie comique, L’Importance d’être Constant est le chef-d’œuvre d’Oscar Wilde.

Cette nouvelle traduction est celle de la pièce telle qu’elle a été représentée du vivant de Wilde. Elle est précédée d’un long essai de Charles Dantzig, « La premièrte Gay Pride ».

Critique :
Je n’ai jamais aimer lire des pièces de théâtre, les noms des protagonistes inscrits à côté ou au-dessus des dialogues m’ont toujours dérangés, importunée dans ma lecture. Ici, ce ne fut pas le cas !

Wilde disait de cette pièce qu’elle était une comédie frivole pour gens sérieux et si la lecture ne procure pas de grands éclats de rire, elle se laisse lire avec un sourire béat affiché sur les lèvres.

C’est léger, sans être dénué de profondeur ou sans cervelle, les dialogues sont fins, brillants, amausants, décalés et Algernon Moncrieff m’a semblé répondre comme Wilde l’aurait fait : avec de l’humour et de l’esprit, mais aussi en se moquant de tout.

Comédie à l’italienne, basée sur des quiproquos délicieux que l’on voit venir de loin et qui, au lieu de nous faire soupirer, nous donnent envie d’avancer pour voir comment ces messieurs vont s’en tirer de leur pitoyables mensonges et petites entourloupes.

Hé oui, Jack, sans famille, pour pouvoir quitter la campagne, s’est inventé un frère imaginaire, un débauché, nommé Constant (Ernest) dans la V.O, qu’il doit aller voir à la capitale.

De son côté, Algernon, un autre dandy, c’est inventé un ami, Bunbury, mourant, et qu’il doit aller visiter à la campagne.

Pratique lorsqu’on veut se dégager ou échapper à des obligations familiales ou autres. D’ailleurs, j’aurais dû m’en inventer un afin d’éviter certains dîners familiaux assommants, barbants et chiants, car il n’est pas toujours évident de tomber malade à chacun d’eux…

Les quiproquos étant l’essence même des pièces de théâtres (avec les portes qui claquent), Wilde s’est amusé à nous en mettre un beau en scène et on se délecte car c’est un plaisir de fin gourmet.

Pour que vous alliez vous coucher moins bête (et moi aussi), en allant sur Google translate, j’ai appris que « Earnest » signifiait « sérieux, sincère » et effectivement, ça sonne un peu comme le prénom « Ernest ». Pour la francophonie, il a fallu traduire ce jeu de mot et ce n’est pas toujours évident. Constant était un bon compromis.

Alors oui, il y a des choses qui sont plus grosses qu’un camion, aussi téléphonée que la défense d’un politicien pris la main dans le sac, mais nous sommes au théâtre, et dans cet endroit, tout est permis, même les grosses ficelles, même les fins merveilleuses ou tout se remet en ordre.

Ne hurlons pas au « pas crédible », le but est de faire rire, de faire sourire, de se moquer des gens biens, de se rire des dandys, pas de faire une étude sérieuse et réaliste de la société d’en haut.

À l’époque, elle a sans doute fait grincer des dents, mais à la nôtre, elle ne fera pas le buzz, les scandales n’étant plus les mêmes et l’homosexualité n’étant plus un crime (pourtant, il n’y a pas mort d’homme si tous les deux sont d’accord et majeurs).

Une pièce qui se lit avec plaisir, de manière agréable, les doigts de pieds en éventail, le sourire aux lèvres et qui, comble du bonheur, est en version bilingue (anglais à gauche, français à droite) et qui m’a permis de vérifier mon anglais. Il est toujours au top !

Ce qui sous-entend qu’il est du niveau d’un Chirac ou Sarko parlant anglais ou de celui de Ludovic Cruchot dans le gendarme à New-York !

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).