Brokeback mountain : Annie Proulx

Titre : Brokeback mountain

Auteur : Annie Proulx
Édition : Grasset (2006)
Édition Originale : Close Range (2009)
Traduction : Anne Damour

Résumé :
Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis Del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, n’ont pas vingt ans.

Ils se croisent le temps d’un été. La rencontre est fulgurante. Ni le temps, ni l’espace, ni les non-dits, ni la société n’auront raison de cet amour – que seule brisera la mort.

Le récit déchirant d’une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l’écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine.

Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Le secret de Brokeback Mountain qui a obtenu le Lion d’or 2005 à la Mostra de Venise, c’est « une grande histoire d’amour, une complicité totale et honnête entre deux êtres ».

Critique :
Lorsque j’avais vu le film, il y a un sacré bout de temps, j’avais trouvé que c’était une belle histoire d’amour entre deux hommes.

Deux hommes qui ne peuvent vivre ensemble, parce que dans les années 80, on tabasse les homosexuels à coup de démonte pneu…

La discrétion est donc de mise lorsque deux hommes ressentent des penchants l’un pour l’autre et veulent les assouvir.

Pourtant, dans ce court roman, j’ai dû chercher les émotions, l’amour, tant ça ressemblait plus à du sexe entre deux mecs qui se disent l’un à l’autre qu’ils ne sont pas des pédés.

Effectivement, le terme est barbare, mais les gars, faut pas vous leurrer, vous êtes attiré l’un par l’autre et si au départ il n’y avait que du cul entre vous (et de la bite), on dirait bien qu’ensuite, l’amour s’est déclaré, mais que vous ne vouliez pas vous l’avouer.

Rien à déclarer, messieurs ? Si, moi Jack Twist, j’ai aimé Ennis Del Mar, même si je me suis marié et que j’ai un enfant. Ne pas le voir aussi souvent que j’aurais voulu me détruisait à petit feu. Sans doute n’a-t-il jamais compris à quel point je l’aimais…

Quant à moi, Ennis Del Mar, je ne veux pas le dire, mais Jack m’a manqué durant les 4 années où je ne l’ai pas revu et malgré mon mariage, mes deux gamines que j’aimais plus que tout, je n’ai pas hésité à les abandonner sans trop de remords, mais je n’ai jamais osé avouer à Jack mon amour pour lui. Il aurait dû lire entre les lignes, comme vous, chères lectrices.

Effectivement, il faut lire entre les lignes pour voir l’histoire d’amour derrière celle du sexe brutal. Il faut se mettre dans leur peau, dans leur tête, dans l’époque afin de ressentir la peur que pouvait éprouver les hommes qui étaient homosexuels.

Cela permet aussi de comprendre leur mensonge, leur non-dits, leur virilité affichée, leur déni, leur cachoterie et leur mariage, afin de montrer à tout le monde qu’ils étaient « normaux » (attention, je ne dis pas que l’homosexualité est anormale, je parle de la vision que la majorité des gens avaient de l’homosexualité, à cette époque-là).

Maintenant, dans nos sociétés, dans nos pays, il est plus facile de vivre avec une personne du même sexe que vous qu’ailleurs, à d’autres époques. Il est donc facile de les traiter de couards, de dire qu’Ennis a manqué de courage en ne voulant pas s’installer dans un ranch avec Jack, mais en fait, il avait tout simplement trop à perdre. Ne jugeons pas.

Les dialogues entre nos deux hommes sont comme eux, assez bruts, des phrases courtes, avec peu de mots, peu d’adverbes, bref, limités au strict minimum, ce qui donne parfois l’impression d’être avec des cow-boys bouseux de chez bouseux. C’est assez âpre.

De plus, dans le film, nos deux hommes sont sexy, dans la nouvelle, ils puent, ont les jambes arquées, les dents de travers, bref, ils sont plus réalistes mais moins glamour.

Malgré tout, le film est plus émouvant que le roman et, pour une fois, j’ose dire que l’adaptation est mieux réussie que le support littéraire (ce qui est très rare).

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 94 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Au cœur des ténèbres / Le cœur des ténèbres : Joseph Conrad

Titre : Au cœur des ténèbres / Le cœur des ténèbres

Auteur : Joseph Conrad
Édition : Le Livre de Poche (2012)
Édition Originale : Heart of darkness (1889)
Traduction :

Résumé :
C’est une lente et funèbre progression qui mène le capitaine Marlow et son vieux rafiot rouillé, par les bras d’un tortueux fleuve-serpent, jusqu’au « cœur des ténèbres. » Kurtz l’y attend, comme une jeune fille endormie dans son château de broussailles. Ou comme Klamm, autre K., autre maître du château tout aussi ensorcelé de Kafka.

Le récit, au fil de la remontée d’un fleuve en forme de serpent, nous entraîne dans une expédition au cœur du continent africain, peuplé de combattants invisibles et de trafiquants d’ivoire rongés par la fièvre.

C’est l’un d’eux, M. Kurtz, que Marlow, le narrateur, est chargé par sa compagnie de ramener en Europe. Mais le responsable du comptoir perdu s’est « ensauvagé », et les indigènes tentent de s’opposer à son départ…

Éminemment moderne, le récit de Conrad, écrit en 1902, suscitera toutes les interprétations : violent réquisitoire contre le colonialisme, féconde représentation d’une libido tourmentée, rêverie métaphysique sur l’homme et la nature, chacun de puiser selon son désir dans ce texte d’une richesse et d’une portée sans limites. Car au bout du voyage, les ténèbres l’emportent.

L’illusion domine un monde où pulsions de mort, masques et travestissements ont stérilisé l’amour. Mais pas le rêve qui, par la magie de cette écriture inflexible, se lève et déploie ses splendeurs comme une brume aux échos incertains.

Critique :
De temps en temps, je sors des sentiers battus et je quitte mes lectures habituelles pour aller découvrir d’autres territoires littéraires.

Pour cela, le choix des libraires dans l’émission « La grande librairie » est un vivier important dans lequel je m’amuse à aller puiser. Hélas, ce n’est pas toujours le coup de cœur assuré.

Je ne tournerai pas autour du pot : ma lecture a été étrange.

Sans détester ce roman, sans jamais passer des pages, je n’ai jamais réussi à m’intégrer dans l’histoire, comme si le récit et moi avions navigué en parallèle, sans jamais nous croiser.

L’atmosphère du récit est étouffante et assez onirique. L’auteur, par le truchement de son personnage du capitaine Charles Marlow, utilise une forme de narration complexe, la rendant opaque et sans les notes en fin d’ouvrage, que j’ai consulté à chaque renvoi, j’aurais loupé une partie de ses insinuations, de ses comparaisons, de ses images.

Le récit est une charge contre la colonisation en général, même si ici elle concerne le Congo, qui, à l’époque de la publication, appartenait à Léopold II, notre ancien roi (qui ensuite se débarrassa du Congo en le donnant à la Belgique).

Par le biais d’une société belge (dont il est l’actionnaire principal), le voici donc propriétaire d’une vaste partie du territoire et il ne s’est pas privé d’en exploiter les richesses. Je n’irai pas plus loin dans les pages sombres de l’Histoire.

Le capitalisme débridé, décomplexé, c’est contre lui que Marlow mène la charge : une société peut s’accaparer tout un pays et exploiter la population, voler ses richesses, massacrer pour de l’ivoire. Non, non, rien n’a changé.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est que l’auteur avait déjà tout compris : la civilisation n’est qu’un vernis et lorsque le vernis craque, c’est Néandertal qui apparaît (et j’insulte Néandertal). Les sauvages ne sont pas ceux que l’Homme civilisé désigne : les autres, les habitants du pays qu’ils ont colonisé.  Que nenni, les sauvages, ce sont les Hommes Blancs, même si les Africains qui peuplent ce roman se font rhabiller pour l’hiver aussi.

L’auteur a une manière bien à lui de décrire la jungle, la rendant oppressante, vivante, faisant d’elle un personnage à part entière du récit. La Nature peut nourrir, comme elle peut tuer.

Oui, le roman de Conrad est puissant, son écriture n’est pas simple, que du contraire. Le côté sombre de l’Homme est bien mis en avant dans son récit, la remontée du fleuve sinueux étant une belle représentation, jusqu’à leur arrivée au cœur des ténèbres.

Malgré tous ces points forts, malgré le fait que j’ai lu ce roman en deux jours, il me reste cette impression que je suis passée à côté, que la rencontre n’a pas eu lieu entre nous, que l’étincelle a manqué pour mettre le feu à ma lecture.

Il n’ira pas caler un meuble bancal : ce roman n’est pas mal écrit, il m’a juste été impénétrable, comme une jungle. Il aborde des thèmes forts comme le capitalisme à tout prix (quoiqu’il en coûte), le colonialisme et la folie, et ce, à une époque où le colonialisme n’était absolument pas mal vu.

Pas de chance pour ma première lecture de l’année… D’habitude, cela se termine par un coup de cœur, ce ne sera pas le cas pour ce début d’année. Pourtant, je ne regrette pas d’avoir lu ce roman.

Comme je vous l’avais dit, c’était une lecture singulière et ma chronique en est le reflet : le cul entre deux chaises.

Challenge Le tour du monde en 80 livres chez Bidb (Pays : Pologne)

Pour se coucher moins bête : Apocalypse Now est un film américain réalisé par Francis Ford Coppola, sorti en 1979. Ce film est une adaptation libre de la nouvelle « Au cœur des ténèbres » (Heart of Darkness) de Joseph Conrad, parue en 1899.

 

Dracula : Roy Thomas et Mike Mignola (Versions N&B et Couleurs)

Titre : Dracula (Versions N&B et Couleurs)

Scénariste : Roy Thomas
Dessinateur : Mike Mignola
Traduction : Janine Bharucha

Éditions : Comics USA (1994) / Delcourt (2018)

Résumé :
Il y 25 ans, Mike Mignola adaptait le classique film de Francis Ford Coppola basé sur le roman Dracula de Bram Stoker. Longtemps resté épuisé, ce trésor caché revient dans une édition couleur remastérisée digne de ce nom.

Transylvanie, 1462. Vlad Drakul laisse la belle Elisabeta pour guerroyer contre l’envahisseur turc. Revenu victorieux du combat, il découvre qu’elle s’est suicidée à la fausse nouvelle de sa mort.

Éperdu de douleur, il abjure sa foi en l’église et en appelle aux puissances du sang pour venger et retrouver sa bien-aimée à l’aide de pouvoirs obscurs. Il devient alors un vampire connu sous le nom de Dracula.

Critique :
Dracula de Bram Stoker, je le connais bien (lu le roman deux fois) et je connais encore plus l’adaptation faite par Francis Ford Coppola (que j’ai du voir 36 fois au moins).

Donc, lire l’adaptation du film (lui même adapté du roman) en bédé, ça pourrait sembler être une redite…

C’est en une sans en être car malgré tout, la mémoire efface certains détails et la version bédé a le mérite d’aller au plus rapide.

Possédant la version couleur, je me suis faite prêter la version en noir & blanc afin de comparer les deux éditions. Lisant la version N&B, je comparais ensuite la page avec celle de la version couleur.

Ce ne sont pas tout à fait les mêmes : la traduction est un peu différente entre les deux, certains graphismes ont été revus, mais dans l’ensemble, peu de différence, si ce n’est que l’on perçoit mieux les dessins avec les couleurs qu’en version N&B.

Si l’histoire est une adaptation assez fidèle du film (mais avec moins de détails), si j’ai pris plaisir à me remettre en mémoire, on ne pourra pas dire que les dessins de Mike Mignola m’auront apportés de la jouissance visuelle.

Trop d’ombres dans les visages et dans les décors. Cela brouille la perception que l’on aimerait avoir des personnages, cela cache les expressions des visages et réduisent l’endroit dans lequel ils évoluent à leur plus simple expression.

Ces zones d’ombres sont les mêmes dans la version couleurs, mais justement, les couleurs apportent un peu plus de détails aux cases et de ce point de vue-là, je préfère la version colorisée de 1994.

Comme je le disais plus haut, l’adaptation est assez fidèle, mais adapter un film en version bédé implique des coupes dans le récit, des ellipses et le bât a blessé un peu car cela donnait l’impression d’être face à un récit décousu.

Évidemment, l’adaptation n’était pas simple : le film de Coppola était long (et bon) puisque le cinéaste avait donné un passé à Dracula, humanisant le vampire, plus que le roman original de Stoker.

Adapter c’est donc trancher, couper, décapiter, renoncer… Le fait d’avoir encore en mémoire une grande partie du film m’a permis de ne pas perdre pied dans ce récit haché.

Anybref, ce ne sera pas un coup de coeur, ni pour les dessins, ni pour l’adaptation générale en bédé. Et ce, quelque soit la version (colorisée ou pas).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°74] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (5. Vampires).

 

Différentes Saisons : Stephen King

Titre : Différentes Saisons

Auteur : Stephen King
Édition : Livre de Poche (2021) – 735 pages
Édition Originale : Different Seasons (1982)
Traduction : Pierre Alien

Résumé :
Recueil de nouvelles :
« Un innocent condamné à perpétuité cherche à s’évader ; un jeune garçon démasque un ancien nazi dans une petite ville de Californie ; des gamins partent à la recherche d’un cadavre ; un médecin raconte l’histoire d’une jeune femme célibataire et enceinte dans les années 30…

Rien de commun, en apparence, entre ces quatre thèmes. Mais derrière ces héros d’âges et de milieux très différents, c’est la société américaine que dissèque Stephen King, avec le souci du détail et du mot juste, le sens de l’observation, du suspense et de l’humour noir qui le caractérisent.

L’Amérique ne sort pas indemne de cette vivisection. Nous non plus… »

*Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank (Rita Hayworth and Shawshank Redemption)
*Un élève doué (Apt pupil)
*Le Corps (The Body)
*La Méthode respiratoire (The Breathing Method)

Critique :
He oui, je n’ai pas encore tout lu du King ! Il me reste encore des pépites à découvrir et c’est ce que je fais, selon mes envies.

Le format des nouvelles est bien adapté au King, lui qui peut te faire trembler, t’emporter, te faire tout oublier, avec peu de pages ou avec un gros pavé bien épais.

La première nouvelle, adaptée en film (Shawshank Redemption), ne fout pas les chocottes à proprement parler. Il m’a fallu des années avant de visionner enfin le film et j’avais adoré (me demandez pas pourquoi j’ai mis autant de temps avant de le voir).

Connaissant la fin et le truc, je n’ai pas frémi autant que je l’aurais fait, si j’avais été vierge de toutes révélations, mais malgré tout, cette première nouvelle, c’était le pied ! L’Amérique n’en sort absolument pas grandie, son système carcéral non plus.

La deuxième, pas contre, m’a mise mal à l’aise dans ce face à face entre un gamin de 14 ans et un ancien nazi. Croyez-moi, l’innocence n’est pas là où on pourrait le penser et le tortionnaire n’est pas toujours le nazi vieillissant ! Lorsque l’on contemple l’abyme, l’abyme regarde en nous.

Alors que je m’attendais à ce que le King suive une certaine direction, celui-ci m’a prise par surprise en allant là où je ne m’y attendais pas et mon mal-être a augmenté (pour mon plus grand bonheur de lectrice) au fil de son récit.

Une des grandes forces de Stephen King, c’est d’aller là où ne l’attend pas, de surprendre son lecteur, de le retourner comme une crêpe avant de l’engloutir dans une grande bouchée. J’ai été captivée par cette grande nouvelle, mais j’étais aussi contente de la terminer tant elle m’a donné des sueurs froides. J’en redemande !

La troisième m’a fait un bien fou car elle mettait en scène une bande de quatre gamins partant à l’aventure pour tenter de voir le cadavre.

Le récit est rempli de poésie, de rires, d’aventures un peu folle, d’amitié qui lie ces quatre gamins différents. Le King est très fort lorsqu’il prend pour personnages principaux des enfants. C’est toujours d’une justesse absolue et on se prend souvent en amitié pour ces enfants.

Hélas, tout n’est pas toujours rose dans la vie et il n’oublie jamais de mettre en scène une certaine ruralité, une certaine pauvreté de l’Amérique, aux travers de ses différents personnages.

Comme toujours, cette Amérique blanche n’en sort pas grandie. C’est la triste réalité qui y est décrite, sous le couvert d’une aventure comme on aurait aimé en vivre une, lorsque nous avions leur âge.

La quatrième et dernière nouvelle m’a moins emballée. Elle concerne un club où chacun, à tour de rôle, raconte une histoire terrifiante. J’ai eu du mal à entrer dans le récit et mon attention s’est échappée, partant ailleurs, ce qui fait que j’ai lu le récit sans en profiter vraiment, ramant même à certains moments.

Pourtant, il y avait aussi des vérités criantes dans ce récit, dont le fait qu’à une certaine époque, être mère célibataire était super mal vu.

Malgré tout, elle possédait un putain d’élément fantastique qui m’a fait flipper à fond et donné des frissons d’angoisse lorsque j’imaginais la scène de l’accouchement. Elle serait parfaite pour raconter devant un feu de camp et foutre la trouille à toute une troupe de gamin.

Mon verdict est que j’ai bien aimé ce recueil, même si la dernière m’a moins emballée que les trois autres, sauf pour son élément fantastique horrible.

Cela change aussi de lire du Stephen King dans un élément qui n’était pas habituel à l’époque om fut publié ce recueil car il sortait un peu de récits horrifiques qui était sa marque de fabrique.

Au lieu de jouer avec les monstres sous le lit, il joue avec la psychologie des personnages, nous donne des duels entre un gamin et un ancien nazi (qui foutent sacrément mal à l’aise) ou des morceaux d’amitié pure et dure, avant qu’elle ne se casse, comme cela arrive souvent lorsque les gosses grandissent et que les amis d’hier prennent leurs distances.

Malgré mon petit bémol pour la quatrième histoire (qui n’est qu’une histoire de goût ou d’esprit qui n’accroche pas), ce recueil de quatre nouvelles du King est à découvrir (si ce n’est déjà fait, tout le monde ne peut pas être en retard comme moi) car on est tout de même face à des jolies pépites qui parlent de l’Amérique, de ses travers, de sa société…

Le tout raconté aux travers de récit palpitant, beaux, poétiques ou psychologiquement très fort.

Lu dans sa version Livre de Poche de 735 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°37] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Jeremiah Johnson – Tome 1 : Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Jack Jadson

Titre : Jeremiah Johnson – Tome 1

Scénaristes : Fred Duval &Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Jack Jadson

Édition : Soleil (19/08/2020)

Résumé :
Tout le monde connaît Jeremiah Johnson sous les traits de Robert Redford dans le film de Sydney Pollack. Mais peu de gens savent que le personnage a bel et bien existé. Cette série raconte son histoire…

Jeremiah Johnson arriva dans les montagnes Rocheuses au milieu du XIXe siècle pour s’y faire trappeur. Mais l’assassinat de son épouse indienne le conduisit à mener une sanglante vendetta contre la tribu des Crows.

Impitoyable, il mangeait cru le foie de ses ennemis… Une ode à la sauvagerie brute et à la nature.

Critique :
Quoi ? Jeremiah Johnson a bel et bien existé ? Ce n’est pas une légende du cinéma, jouée par le beau Robert Redford ?

Mince alors, tout fout l’camp, ma bonne dame.

Ne me demandez pas ce que j’ai pensé de ce film, je ne l’ai jamais vu. Par contre, je peux vous parler de la bédé…

Première chose : ne pas la laisser traîner si vous avez des gosses. C’est violent, il y a du sang, des meurtres, des éviscérations de bidou…

La deuxième, c’est que vous n’aurez sans doute plus envie de regarder le film (sauf s’il est différent de la bédé) car Jeremiah Johnson est un assassin sanguinaire, sans états d’âmes et prêt à tout pour se venger. Une sorte de Jack The Ripper Johnson, en quelque sorte.

Ce premier tome se lit assez vite, la trame n’est pas compliquée, l’action est présente, et on part à l’aventure, celle avec un grand A.

Sorte d’ode à la nature, aux coureurs des bois, aux trappeurs puants le rat mort, cet album nous montre les débuts de Jeremiah aux côtés d’un trappeur et déjà, on le sent froid, dur au mal et sans états d’âmes puisqu’il scalpe son premier Indien sans avoir la main qui tremble.

Philip Henry Sheridan disait, paraît-il, qu’un bon Indien était un Indien mort, et Jeremiah va s’occuper de diminuer la population des Crows. Comme vous vous en doutez, personne ne lui tiendra rigueur de tuer des Indiens, même s’ils n’ont rien à avoir avec le meurtre horrible de son épouse, enceinte.

Les dessins sont agréables, sans être magnifiques, j’ai même remarqué que certaines têtes de chevaux n’étaient pas bien proportionnées au reste du corps (trop petites) et que certains visages avaient des traits assez carrés. Mais dans l’ensemble, les dessins et les couleurs mettent en valeur les décors grandioses des montagnes, de la neige, des chasses.

Par contre, pour la profondeur, on repassera ! Non pas que ce soit un récit neuneu, pas du tout, juste que les auteurs ont déposés leurs personnages dans les décors et qu’ils se sont contentés de les mouvoir, sans nous en dire plus sur eux, sur leur passé. On voit juste Jeremiah arrivant, jeune, et se faisant rouler, mais c’est tout.

L’album n’est pas mauvais en soi, j’ai même envie de lire la suite, mais il est dans la lignée d’une bédé autobiographique (jusqu’à quel point, je ne le sais) qui ne creuse pas trop la psychologie des personnages principaux et qui se contente de nous divertir. Ce qu’elle fait bien.

Une bédé western autobiographique, qui vous en apprendra des vertes et des pas mûres sur Jeremiah Johnson, personnage réel et tueur psychopathe bouffant les foies crus des Indiens assassinés. Son surnom sera « Dapiek Absaroka », le Tueur de Crows.

J’espère que le tome suivant possède un peu plus de profondeur que ce premier qui nous présente Jeremiah et sa formation auprès d’un trappeur, même si Jeremiah avait déjà des capacités de tuer sans voir sa main trembler.

Une bédé western de divertissement… Pas pour les petits enfants !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°31] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).

Le vieux qui lisait des romans d’amour : Luis Sepúlveda

Titre : Le vieux qui lisait des romans d’amour

Auteur : Luis Sepúlveda
Éditions : Métailié (1992-2004) / Points (1994-2020) / France Loisirs (2017)
Édition Originale : Un viejo que leía novelas de amor (1992)
Traduction : François Maspero

Résumé :
Lorsque les habitants d’El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d’un homme blond assassiné, ils n’hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre.

Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l’étrange blessure la marque d’un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d’amour.

En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d’Amazonie dont la survie même est aujourd’hui menacée.

Critique :
Comment faire apprécier un roman à des catégories de lecteurs dont les goûts et les attentes sont généralement aux antipodes ?

Ouvrez ce roman, lisez-le et vous comprendrez que l’auteur a réussi à combiner une écriture intelligente sans jamais devenir moralisateur, sans jamais sombrer dans le cliché du bon sauvage défenseur de la forêt face aux vilains Blancs qui saccagent tout.

La petite bourgade de El Idilio (Equateur) n’a rien d’idyllique : les bords du fleuve sont noyés de boue, il y a des moustiques, le bateau de ravitaillement ne passe que deux fois l’an (avec le dentiste) et le maire est un emmerdeur de première.

Dans la forêt, c’est encore pire, il faut 3h pour faire 1km et c’est rempli de dangers. Pourtant, des Hommes Blancs y entrent, avec armes et bagages, et massacrent des animaux pour le plaisir, pour leurs peaux, sans jamais se frotter à des prédateurs dignes de ce nom, sans jamais non plus apprendre à connaître cette forêt tropicale.

Ce joli conte est tout de même une baffe dans la gueule de ceux qui pensent qu’avec des armes, on arrive au bout de tout, qu’avec de l’instruction, on est le plus fort, comme se gausse le maire, étalant son savoir sur la ville de Venise que les pauvres bougres ne connaissent pas.

Oui mais, à quoi cela sert de savoir comment s’est construite Venise lorsque l’on se trouve au milieu d’une forêt où il faut maîtriser les codes pour en sortir vivant ? À rien. Vaut mieux savoir où il faut bivouaquer pour survivre à la nuit et ou poser ses pieds pour survivre tout court.

Mais les gens imbus d’eux-mêmes ou possédant une haute opinion d’eux-mêmes n’écouterons jamais les pauvres habitants de ses contrées qui en savent plus qu’eux sur les règles qui prévalent dans la forêt amazonienne. Et de là naissent les emmerdes, les conneries, les erreurs stupides, horribles, bêtes…

Un roman écologique mais pas que… Un conte philosophique, une ode à la nature, qui n’est jamais tendre, un pamphlet sur ceux qui ne respectent rien, le tout sans jamais adopter un ton moralisateur, personne n’étant tout blanc ou tout noir dans ses pages.

Une tragédie qui fait du bien au moral, une incursion dans un univers impitoyable et dans une société que nous connaissons peu, les Shuars (Jivaros pour nous). Un magnifique voyage, court et intense à la fois, beau et tragique, intelligent et facilement compréhensible par tous. Voilà pourquoi il a rassemblé des lecteurs qui ne lisent pas les mêmes romans habituellement.

PS : Ce court roman de Sepúlveda a reçu deux prix littéraires considérés comme antinomiques : celui, à vocation populaire des Relais H (qui assurait sa présence dans toutes les librairies de gares), et celui, fort élitiste, de France-Culture, qui l’ornait d’un incontestable label intellectuel.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°50] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

La Fureur des hommes : Charles O. Locke

Titre : La Fureur des hommes

Auteur : Charles O. Locke
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (10/10/2020)
Édition Originale : Road to Socorro (1957)
Traduction : Hubert Tezenas

Résumé :
Pour avoir accidentellement tué un homme au cours d’un bal, Tot Lohman, cow-boy tranquille, est traqué par le père et le frère de la victime. Désireux de sauver sa vie, il devient un fugitif.

Pieux, abstinent et farouchement non-violent, il est pourtant d’une stupéfiante adresse au tir. Celle-ci lui permet de se débarrasser de chacun de ses poursuivants.

Il fait la connaissance d’Amos Bradley et de sa fille, et finit par les retrouver dans leur ranch. Lorsqu’il est rejoint par les derniers de ses poursuivants, Tot Lohman est décidé à exercer son droit à la légitime défense.

Avant d’être un western d’Henry Hathaway, « La Fureur des hommes » est un roman âpre et dense d’un auteur injustement méconnu en France.

Critique :
Appréciant le western, je suis toujours à la fête lorsque l’on réédite des romans oubliés, bien souvent des petites pépites oubliées au fond du torrent qu’est la littérature.

Autant le dire tout de suite, le scénario de ce roman est archi-connu, archi-vu, archi-lu, bref, classique de chez classique : une histoire de poursuite et de vengeance.

La famille Boyd veut venger la mort d’un de ses fils, Shorty, tué par le personnage principal, Tot Lohman.

Oui mais, depuis Top Chef, tout le monde sait que l’on peut cuisiner le même plat de bien des manières différentes et à ce petit jeu-là, Charles O. Locke est dans les finalistes, la crème de la crème.

L’auteur a eu le bon sens, l’intelligence de faire un grand trou et d’y enterrer tous les clichés et tous les archétypes du genre, ne gardant que la moëlle pour monter son récit, transformant les clichés profondément pour donner un récit qui ne ressemble à aucune autre course-poursuite et sans jamais virer dans le grand guignolesque.

Tot Lohman, le personnage principal, qui nous raconte son aventure au travers de son journal, a de la culture, mais possède peu de mots et a bien du mal à formuler le fond de sa pensée et nous la découvrirons par le biais de ce que les autres personnages doivent interpréter de lui, en traduisant ses silences ou ses réponses éludées et ils passeront, comme nous, leur temps à les compléter.

Le départ du livre est concis, clair, net et nous met tout de suite à cheval sur les emmerdes à venir : “Quand j’ai accepté de passer un temps chez Restow après avoir tué Shorty Boyd, ça m’a paru être la meilleure solution”. Sans que l’on sache encore ce qu’il s’est passé lors de la mort d’un fils Boyd, on sent déjà venir la vengeance et la poursuite.

N’allez pas croire que le roman va à cent à l’heure, que du contraire, la poursuite n’est pas rapide, Tot fera une partie de la traversée d’un désert à pied, crevant de soif et l’auteur a réussi à rendre ce passage magnifique de réalisme.

N’allez pas croire non plus que le père de l’assassiné est un crétin sans cervelle, il est capable de donner ses chances à Tot, même s’il est un homme implacable et qu’il perdra plus que quelques plumes dans cette chasse à l’homme totalement débile et irréfléchie. Mais puisque ce que la famille Boyd veut, Dieu peut…

— Ce cheval est pour Tot Lohman, donc donnez-le-lui. Pour qu’il puisse prendre un peu d’avance. Mes fils auraient dû le tuer, et je pourrais le faire ici et maintenant – peut-être. Mais je ne laisserai pas dire que ma famille, après s’être fait damer le pion par un petit mi­­nable doué à la carabine, a abattu son cheval à quatre-vingts ou cent kilomètres du premier point d’eau. Les Boyd ne sont pas des tueurs de che­vaux.

Le récit est à l’économie de phrase, mais elles sont puissantes, vont droit au but, que ce soit dans les portraits des hommes (et des femmes) qui traversent ce western ou dans les descriptions de la Nature, qui n’a rien de tendre, comme la plupart de la vie des gens sur ces terres âpres, comme l’écriture de Charles O. Locke (qui, phonétiquement, ressemble à Sherlock).

Un western que Bernard Tavernier a bien fait de sortir de la poussière et de le mettre sous une nouvelle lumière car malgré son scénario classique au possible, l’auteur a eu l’intelligence, le talent, de ne pas l’écrire comme tous les autres, de mettre les clichés au trou, tout en les utilisant, après les avoir déplumés, de manière brillante afin de servir son récit.

Un récit âpre, sans fioritures, comme si nous lisions bel et bien le journal de bord de Tot Lohman, jeune cow-boy doué au tir à la carabine qui avait la famille Boyd et tous ses sbires aux fesses et qui a réussi à rester humain, droit dans ses bottes et à faire des rencontres marquantes durant sa fuite.

Un magnifique western !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°49] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Hercule Poirot (BD) – Tome 1 – Le crime de l’Orient-Express : Chaiko, Benjamin Von Eckartsberg et Agatha Christie

Titre : Hercule Poirot (BD) – Tome 1 – Le crime de l’Orient-Express

Scénaristes : Benjamin Von Eckartsberg et Agatha Christie
Dessinateur : Chaiko

Édition : Paquet (29/11/2017)

Résumé :
Le Crime de l’Orient-Express est, avec Dix petits nègres, l’un des romans d’Agatha Christie ayant connu le plus grand succès. Il a été traduit en plus de trente langues. Hiver 1937.

Juste après minuit, une congère force l’Orient-Express à s’arrêter en pleine voie. Le luxueux train est étonnamment plein pour cette période de l’année, mais, au petit matin, on dénombre un passager de moins…

Un magnat américain est mort d’une dizaine de coups de couteau, la porte de son compartiment verrouillée de l’intérieur. Hercule Poirot mène l’enquête dans le train coupé du monde…

Critique :
Adapter des romans en bédés, ce n’est pas toujours évident car il faut sabrer dans le récit, quitte à faire l’impasse sur des choses importantes ou sur la manière dont le détective comprend le schéma du crime à résoudre.

Il m’est souvent arrivé d’être frustrée car cela va trop vite dans une bédé, surtout si on connait le roman original parce qu’on l’a gardé en mémoire (et relu plusieurs fois).

Une chose m’a fâché dans le début du roman lorsque l’on montre un évènement tragique qui pourrait mettre les lecteurs sur la piste du potentiel coupable, alors que le plaisir, dans un Agatha Christie, est de se faire surprendre.

Le deuxième chose qui m’a un peu déplu, ce sont les dessins des visages des protagonistes, surtout celui de Hercule Poirot qui, pour moi, n’est pas conforme à l’original. Mais ceci est une histoire de goût.

Le scénariste a réussi à intégrer à sa bédé tous les éléments importants du roman original, même si, avec 64 pages, il faut aller à l’essentiel et ne pas ergoter sur des détails ou sur notre cher Hercule Poirot qui fait marcher ses petites cellules grises durant des pages et des pages.

Au final, l’album se révèle être bon, même si je ne suis pas fan des dessins à cause des visages assez grossiers. On pouvait mieux faire, je trouve. Les couleurs sont dans le sombre et elles vont bien à ce huis clos dans la poudreuse.

Une bédé pour se remettre en mémoire un des romans les plus célèbres de la Reine du Crime, ou pour le découvrir si on n’a pas envie de se plonger dans un roman (mais ce serait un tort de ne pas lire le roman original).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°198], Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°24] et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 64 pages.

The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs : Alfred Bertram Guthrie

Titre : The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs

Auteur : Alfred Bertram Guthrie
Éditions : Actes Sud L’Ouest, le vrai (2014) / Babel (2016)
Édition Originale : The Big Sky (1947)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
En 1832, Boone Caudill et ses amis trappeurs rejoignent une expédition vers le Haut-Missouri, vaste région sauvage où vivent les Indiens Blackfeet.

Teal Eye, une jeune Blackfoot, fait partie du voyage. Va-t-elle pouvoir servir de “cadeau” pour les Indiens qui défendent farouchement leur territoire ?

Critique :
La conquête de l’Ouest comme si nous y étions, mais au lieu d’aller de l’Est en Ouest en chariot et de faire le cercle lors des attaques, on va voguer sur le Missouri.

Nous sommes en 1830, toujours avec des fusils à silex, les six-coups qui peuplent nos films western ne sont pas encore inventés.

Le territoire est dangereux, peuplés d’Indiens, de bisons, de castors…

Les paysages sont décrits de façon majestueuse et mon seul regret sera de ne pas les voir en vrai, tant l’auteur les décrit avec force et passion. Mon imagination a fait le travail.

Chez Guthrie, tout est fait avec justesse, sans dichotomie aucune entre les pionniers qui seraient tous gentils et les Indiens tous méchants. Non, non, avec l’auteur, on ne mange pas de ce pain-là et tout est réaliste dans les portraits de chacun qu’il dresse avec finesse.

Je suis juste restée étonnée que les Indiens, dans le roman, ne se soient pas plus inquiétés que ça des massacres de bisons que l’on accomplissait déjà à cette époque. Pensaient-ils aussi que les bisons étaient inépuisables et que l’on pouvait en décimer des tonnes sans que cela ait un impact dans le futur ?

Anybref, dans ce roman dense, l’auteur fait parler sa plume comme d’autres font parler la poudre : ça claque. Les paysages sont grandioses, bien décrits, les trappeurs sont sauvages comme le gibier qu’ils chassent, tout le monde pue le chacal mouillé, les territoires Indiens ne sont pas encore envahis comme ils le seront ensuite…

Comme Boone, on s’en désole à l’avance, on a le coeur serré. C’est la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère et les colons sont tout fous à l’idée de prendre et d’exploiter à mort ces territoires sauvages sur lesquels les Indiens vivent et se déplacent.

Ça commence à sentir mauvais pour les prochaines années…

Un grand roman sur la conquête de l’Ouest où tout est authentique.

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

La vallée des poupées : Jacqueline Susan [LC avec Bianca]

Titre : La vallée des poupées

Auteur : Jacqueline Susan
Éditions : Presses de la cité (2014) / 10/18 (2016)
Édition Originale : Valley of the Dolls (1966)
Traduction : Michèle Lévy-Bram

Résumé :
1945. Anne Welles quitte sa famille et son fiancé de Nouvelle-Angleterre pour débarquer à New York, la tête pleine de rêves et de gloire.

Elle y devient secrétaire d’un avocat spécialisé dans le théâtre et fait la connaissance de deux autres jeunes femmes qui prévoient de faire carrière dans le monde du spectacle: l’ambitieuse et prometteuse Neelly O’Hara et la très belle mais peu talentueuse Jennifer North.

Des bureaux d’agents d’artistes aux coulisses de Broadway, des plateaux d’Hollywood aux premières émissions TV, le roman suit leur ascension (et chute) respective, au rythme de leurs rencontres plus ou moins heureuses, carrière, amitié, amours bien sûr et autres trahisons et désillusions…

Critique :
Dallas était un univers impitoyable ♪ mais Broadway et New-York aussi !

Bienvenue dans le monde du show-bizz des années 45 à 65. Bienvenue dans un panier de crabes où tout les coups de putes sont permis.

Bienvenue dans ce qui ressemble souvent à un règlement de compte à O.K Corral mais en version plus perfide car ici, on peut tirer dans le dos.

Si vous voulez vous changer les idées et lire un truc gentillet, va falloir choisir un autre roman si vous ne voulez pas finir en dépression devant tant de perfidie, de saloperie, d’exploitation de la Femme par l’Homme.

Attention, ne pensez pas que les poupées du titres sont les jolies jeunes filles de la couverture ! Le docteur House était accro à la Vicodine et ici, les pilules qui font dormir, maigrir, rendent heureuses, les filles les appellent les poupées. Il y en a de toutes les couleurs, comme les Dragibus, mais avec elles, vous risquez bien plus que des caries (l’addiction est la même, par contre).

Après la Seconde Guerre Mondiale, les femmes rêvent de liberté, de se prendre en main, de mener une carrière artistique. Hélas, les hommes sont toujours paternalistes ou bien coureurs de jupons ou pensant que la place de la femme est au foyer, avec des marmots dans les pattes.

À 18 ans Ann a quitté sa province, bien décidée à empoigner la vie. Neelly rêve de gloire aussi, dans la même pension d’Ann et ensemble, elle croiseront la route de Jennifer. Toutes les trois ont les mêmes aspirations ou presque.

Faut pas croire que ce roman ressemble à une série américaine neuneu faite pour les ménagères de plus de 50 ans ou les bobonnes. Le scénario vole bien plus haut que les débilités au long cours que sont certaines séries. C’est Amour, Gloire et Beauté mais en version plus trash et cynique. C’est l’envers du décor du show-bizz et il n’est pas beau à voir.

Le pire, c’est que les horreurs et coups bas qui avaient lieu en 1945 ont toujours lieu maintenant, à quelques différences près (les réseaux sociaux et des nouvelles drogues en plus). L’univers du show-bizz est toujours plus impitoyable que celui de Dallas (vous l’avez en tête, le générique ???)…

Mes bémols iront à des personnages qui m’ont parfois un peu déçus dans leur comportement, qui auront manqué de courage, de reconnaissance.

Le beau Lyon est un coureur de jupons qui prend des excuses débiles pour ne pas se fixer (des claques !) ; Ann qui nous la joue midinette à 18 ans, je comprends, mais pas 18 ans après, surtout auprès d’un homme qui est resté des années silencieux et qui l’avait plaqué comme une vieille chaussette puante et Neelly qui ne se comportera pas comme une amie sur la fin du roman.

Toutes les femmes de ce roman avaient des rêves de gloire, d’amour et de beauté éternelle. Une soif éperdue de succès, de reconnaissance, de public en liesse. L’argent est facile à faire mais il part encore plus vite qu’une baignoire qui fuit dans un problème de math.

Un très bon roman sur l’envers du décor qui est bien plus sombre que celui qu’on nous montre habituellement, rempli de paillettes, de sourires Pepso Dent, de cirage de pompes et de main amicale dans le dos. Ne vous fiez pas au apparences, tout est faux.

En tout cas, je remercie Bianca de m’avoir proposé ce roman en LC parce que sans sa proposition (et la présence du roman chez mon bouquiniste préféré), jamais je n’aurais lu ce roman.

Nous avons toutes deux passé un bon moment lecture, avons ressenti les mêmes choses et trouvé aussi que certains personnages méritaient des claques !

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.