Sauvage : Jamey Bradbury

Titre : Sauvage

Auteur : Jamey Bradbury
Édition : Gallmeister Americana (07/03/2019)
Édition Originale : The wild inside (2018)
Traducteur : Jacques Mailhos

Résumé :
À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska.

Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : « ne jamais perdre la maison de vue », « ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout « ne jamais faire saigner un humain ».

Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur.

Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit.

Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Flirtant avec le fantastique, ce troublant roman d’initiation nous plonge dans l’intimité d’une jeune fille singulière qui s’interroge sur sa nature profonde.

Critique :
Ray Bradbury nous entrainait dans les brasiers enflammant les livres (Fahrenheit 451) et Jamey Bradbury, elle, nous emmènera dans les blanches et froides étendues de l’Alaska.

Mettez vos moufles, sortez vos grosses chaussettes et n’oubliez pas votre cache-nez (et cache-tout-ce-que-vous-voulez) afin de ne pas prendre froid, car c’est un véritable apprentissage de la vie au grand air froid que vous allez faire.

Depuis toute petite, Tracy ne s’est jamais sentie bien qu’en courant dans la forêt ou en attelant des chiens de traineau. Son père est un musher et elle ne rêve que de suivre les traces de ses patins de traineau et de concourir à la Iditarod trail, une course pour musher longue et dure.

Ce roman, dans le style nature-writing, dégage une atmosphère bien particulière : un mélange de poudreuse, de jeune fille rebelle et des relents de fantastique car si Tony Chu (le détective cannibale) était un cybopathe (capable de retracer psychiquement la nature, l’origine, l’histoire, et même les émotions, de tout ce qu’il mangeait), Tracy, elle, c’est un autre don qu’elle possède…

La référence à Stephen King n’est pas usurpée, l’élément fantastique est bien là, c’est trash quand on y pense bien, mais le tout est très bien incorporé à l’histoire et passe sans aucun soucis, ajoutant même une autre dimension au récit.

Je peux même affirmer que sans cet élément, le roman n’aurait pas été aussi bien et nous serions parti sur une description des conditions de course avec des chiens de traineau (attention, j’aurais bien aimé en vivre une de l’intérieur, avec Tracy).

Tracy… Quelle jeune fille énigmatique, qui ne se livre que peu souvent, qui ne vit que pour la forêt, ses chasses, les animaux qu’elle trappe.

Petit à petit, l’auteur, de sa plus belle plume, déroule son récit en y incorporant tout doucement cet élément, en nous donnant des indices sans jamais trop forcer sur le trait et c’est avec un effroi certain que nous le comprenons dans son entièreté, non sans ressentir une dose de fascination au dégoût ou de dégoût à cette fascination (au choix).

D’ailleurs, une scène m’a tellement glacé les sangs que même si elle avait eu lieu sous le soleil des Caraïbes, j’aurais été transpercée par le froid. J’en suis restée avec la bouche ouverte et dans l’incapacité de poursuivre ma lecture durant quelques moments tant elle m’avait coupé les jambes.

Et malgré cela, je n’ai toujours pas réussi à être fâchée avec Tracy : à cause de son don (ou de sa malédiction, toujours au choix), elle avait fait une erreur terrible et malgré le froid qui m’a saisit, malgré mes mains tremblantes, je l’ai trouvée touchante jusqu’au bout, cette jeune fille dure comme le bois.

Un récit dur, âpre, magnifique, servi par une plume alerte qui sait bien décrire les émotions ou l’implacabilité, la rudesse de l’Alaska et la solidité des gens qui y vivent.

Des personnages magnifiques, qui me hanteront longtemps, un père veuf qui a fait tout ce qu’il pouvait mais qui n’avait pas compris sa fille puisque les non-dits sont aussi puissant qu’un blizzard, dans cette famille.

Un récit qui aurait encore pu continuer plus longtemps et une envie folle d’aller arpenter les bois de l’Alaska avec un traineau tiré par des chiens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

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Harry Potter – Tome 2 – Harry Potter et la chambre des secrets ‭:‬ J.K. Rowling [LC avec Bianca]

Titre : Harry Potter et la chambre des secrets [Harry Potter – Tome 2]

Auteur : J.K. Rowling
Édition : Folio Junior (2001) / Gallimard Jeunesse (07/02/2019)
Édition Originale : Harry Potter, book 2 : Harry Potter and the Chamber of Secrets (1998)
Traducteur : Jean-François Ménard

Résumé :
Une rentrée fracassante en voiture volante, une étrange malédiction qui s’abat sur les élèves, cette deuxième année à l’école des sorciers ne s’annonce pas de tout repos !

Entre les cours de potion magique, les matches de Quidditch et les combats de mauvais sorts, Harry trouvera-t-il le temps de percer le mystère de la Chambre des Secrets ? Un livre magique pour sorciers confirmés.

Critique :
Retour aux sources puisque j’avais commencé à lire la saga Harry Potter avec le tome 2 puisque j’allais aller voir le tome 1 au cinéma avec ma petite sœur.

Pour info, je ne VOULAIS PAS lire ces romans, les pensant pour les enfants ou dénués de choses intéressantes, mais, ayant terminé mon livre et n’ayant rien d’autre à lire pour mon retour en train, ma frangine me l’avait déposé sur la table avec cet ordre : LIS-LE !

Sale gosse, va ! Même plus le respect de son aînée !

Bon, pour la petite histoire, une fois que j’avais mis le pied à Poudlard et participé aux aventures de la chambre secrète, je sautillais partout en criant « Je veux le tome 3, je veux le tome 3 » et comme tous les autres addict de la saga, je me ruais sur le tome suivant (mais jamais à minuit !).

Cette relecture fut  une excellente idée car ma mémoire avait oublié certaines choses, comme l’arrivée de Dobby, l’elfe de maison (un esclave) qui prévient Harry d’un grand danger et qui, en voulant à tout prix le protéger, met sa vie en danger.

Et puis, le nouveau professeur de défense contre les forces du mal est le très charismatique écrivain Gilderoy Lockhart, adulé par son lectorat féminin, 5 fois gagnant du plus beau sourire, mais hyper ridicule et terriblement incompétent. Un régal. Presque aussi drôle que les jumeaux Weasley.

Mettons de suite les choses au point pour ceux ou celles qui ne le sauraient pas encore : non, Harry Potter ce n’est pas QUE pour les enfants et oui, c’est bien plus subtil qu’on pourrait le penser de prime abord car J.K Rowling a développé un univers merveilleux tout en faisant des parallèles avec le nôtre, dépourvu de magie, notamment avec l’horrible concept des sorciers de sang pur et ceux de sang impur que certains voudraient qu’il abreuve nos sillons.

Un terrible air de déjà-vu, ces sorciers qui se pensent supérieurs à d’autres en raison de leurs origines et surtout, de leur race. Ne manque plus que les bruit de bottes, les pogroms et les autodafés.

Pour ces derniers, paraît qu’on y est déjà puisque des prêtres polonais ont mis au bûcher les romans de Harry Potter car il y a de la magie et des amulettes. Certains ont dû boire autre chose que du vin de messe.

Anybref, Harry Potter, c’est un univers enchanté et enchanteur, sans pour autant être niais car même si certains concept seront hermétiques aux plus jeunes, ils sont tout de même assez grand que pour comprendre qu’on ne s’attaque pas à des sorciers sous prétextes qu’ils viennent de familles Moldues et non de lignées de sorciers.

Harry Potter, ce sont des personnages sympathiques pour certains et antipathiques pour d’autres, bien que mes envies de meurtres pour les personnages de Severus Rogue et Drago Malefoy puisque je sais tout pour le premier et que le second n’est jamais qu’un pauvre gamin de merde qui, ne trouvant pas sa place face à un père aussi exigeant que le sien, n’a de cesse que de prendre des amis médiocres qu’il domine et à emmerder les autres pour se sentir exister.

Harry Potter c’est aussi un univers avec de l’humour, des énigmes, des enquêtes, des mystères, du suspense, des potions magiques, des aventures bourrées de rythme, la vie de tous les jours à l’école de sorcellerie dont on aimerait encore en avoir plus mais aussi des tomes qui vont devenir de plus en plus sombre au fur et à mesure que nos héros vont grandir, avec en point d’orgue, ZE combat dantesque dans le tome 7.

Comme le disait si bien l’autre nain « J’vais vous dire, moi,… que je suis contente d’avoir eu l’idée de relire tous les Harry Potter et encore plus contente de les relire avec Bianca pour nos LC. En plus, elle adore comme moi, vous le constaterez en lisant sa chronique dont le lien est dans son nom.

Vivement le 3, c’est mon préféré, mon chouchou !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01] : Dror Mishani

Titre : Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01]

Auteur : Dror Mishani
Édition : Seuil (2014) / Points Policier (2015/2018)
Édition Originale : Tik N’Edar (2011)
Traducteur : Laurence Sendrowicz

Résumé :
Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait.

Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District.

Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Critique :
La littérature me fait voyager beaucoup, mais je n’avais encore jamais mis les pieds en Israël, hormis en lisant la Bible, c’est vous dire si ça fait un sacré bail !

Le dépaysement n’a pas été trop difficile, la seule chose qui me fasse sans cesse repenser que j’étais en Israël était le fait qu’ils soient en congé le samedi et que la semaine commence le dimanche, sinon, on ne peut pas dire que j’ai vraiment découvert le pays.

Pire, Avi Avraham est venu à Bruxelles durant son enquête, alors là, pour le dépaysement, on repassera, je me suis tapée la Grand-Place, la rue du Midi, le bar joyeux de l’Homo Erectus et autres endroits connus.

Malgré tout, c’était une sacré découverte que ce commandant de police un peu lymphatique qui pense que les crimes spectaculaires, c’est bon pour la littérature, que la plupart des résolutions des polars sont fausses et qu’en plus, en Israël, on n’a même pas de littérature policière tant les crimes sont simples à résoudre.

— Savez-vous pourquoi il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? lui demanda-t-il soudain.
— Pardon ?
— Oui, pourquoi ? Pourquoi, chez nous, on n’écrit pas de romans comme ceux d’Agatha Christie ou comme La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ?
— Je ne m’y connais pas tellement en livres.
— Eh bien, je vais vous dire pourquoi. Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui, chez nous, il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. Bref, tout ça pour vous expliquer que la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime, et je ne le dis pas pour vous rassurer, c’est une question de statistiques.

Raté mon pote ! Partant d’un mauvais pied, notre commandant ne va pas donner de l’importance à cette disparition et tout le reste de l’enquête, il sera à côté de la plaque, se disant qu’il a raté quelque chose, mais quoi ?

Avi Avraham n’est pas vraiment un personnage de littérature que l’on appréciera du premier coup, on est loin du commissaire Kostas Charitos qui éveille moult sympathies et durant tout le roman, aucun personnage ne viendra me titiller l’empathie ou la sympathie.

Pourtant, ce roman a de la puissance dans ses pages, dans la manière dont l’enquête progresse (du sur place !), dans la manière dont les différents interagissent entre eux et si je ne devais n’en retenir qu’un seul, ce serait le prof d’anglais, Zeev Avni, un être tourmenté, qui se cherche, qui a un passé trouble, d’après les petites infos qui filtrent ou du moins, il semble donner cette idée de par son comportement.

Voilà un personnage secondaire (Zeev) qui devient quasi plus important que le principal, notre commandant dont le prénom est le même que son nom de famille, comme si ses parents avaient bu en le déclarant ou n’avait pas fait preuve d’intelligence sur ce coup là. Avraham Avraham, j’vous d’mande un peu !

Mais revenons à nos moutons, ou à notre ado disparu, sans argent, sans papiers, sans vêtements de rechange et une mère qui est désemparée mais un peu à l’ouest elle aussi…

Des tas de résolutions tournaient dans ma tête, dont une me plaisait bien, une dont j’étais sûre que c’était la bonne… RATÉ ! Loupé royalement et j’ai terminé sur mon cul, avec le dégoût au bord des lèvres, l’envie de vomir…

L’auteur a réussi à me tenir en haleine avec un rythme qui n’a rien de trépidant, juste avec ses personnages hors norme, énigmatiques, qui ne se comportent pas comme on a l’habitude de la voir et avec une résolution d’enquête qui a tout du génie niveau piège tendu.

Un final inattendu, et qui, comme le célèbre Kiss Cool, possède un double effet, un double uppercut, parce que un, ce n’était pas suffisant, ce qui fait que je me suis retrouvée à la fin de mon roman avec la bouche ouverte en cul de poule et ne sachant pas trop à quel saint me vouer pour obtenir le fin mot de l’histoire, bien que je suspecte fort que ma compatriote venue de Bruxelles en vacances nous a donné le fin mot de  l’histoire.

Un roman policier que j’ai pris plaisir à découvrir car il était différent de ceux que j’ai lu, mais pas garanti que je reviendrai au commandant Avraham Avraham car j’en ai encore bien d’autres à découvrir.

PS : un roman que ma copinaute de Lc, Rachel, n’a pas apprécié et qu’elle ne chroniquera pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe avec nos quelques LC, mais nous ne sommes jamais raccord ! mdr 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Indies (28/10/2016)

Résumé :
Pourtant, les habitants s’apprêtent à accueillir sa traditionnelle fête des anciens élèves, et avec elle, la vingtième rencontre des Runnin’ Rebs contre l’équipe de Wetumpka.

Un match dont le coach se voit déjà vainqueur. Mais comment fera-t-il sans son mentor et bras droit, le coordinateur de la défense, Ol’ Big ?

Critique :
Si j’avais trouvé des circonstance atténuantes au coach Euless Boss dans le tome 2, là, on voit encore plus son côté sombre et on commence à avoir la sueur froide qui coule entre les omoplates.

Coach Big aussi… Souvenez-vous, l’aveugle Noir du tome 2 qui aidait le jeune Boss à acquérir les tactiques et le talent pour être un bon linebacker afin d’intégrer l’équipe des Runnin’ Rebs.

Pour le coach Boss, le foot est tout ce qui compte et tous les moyens sont bons pour arriver au but, quitte à déclarer un suicide comme un meurtre et à accuser un joueur de Wetumpka, l’équipe adverse.

Vous imaginez les conséquences d’une telle accusation lorsqu’elle arrive dans les cerveaux embrumés de nos rednecks amateur de l’équipe des Runnin’ Rebs ? Wetumpka, c’est un peu les frères ennemis et on a pris plaisir ces dernières années à les écraser au ballon ovale.

Les auteurs étant Sudistes eux-mêmes, ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent les habitants du Sud profond et s’ils les égratignent, les bousculent et ne les mettent pas sous leurs meilleurs jours, ce n’est pas pour être insultant, juste pour décrire une situation réelle et l’analyser.

L’un des deux expliquera même, en introduction de l’album, pourquoi la couverture d’un des épisodes avait un chien déchirant le drapeau confédéré.

Beaucoup de mystères dans cet album qui fait la part belle à la violence, qu’elle soit verbale, en action ou par omission (comme on dit) car laisser les crimes impunis est aussi grave que de les commettre et par leur silence, les habitants de Craw County et son shérif sont aussi coupable que Coach Boss.

Les auteurs développent un peu plus certains personnages secondaires et en introduisent de nouveau, si bien qu’on ne sait pas toujours quel fil rouge leur récit va suivre : le crime d’Earl Tubb commit dans le premier tome ou les magouilles de Boss ainsi que le portrait des différents habitants de cette petite ville d’Alabama.

Malgré les portraits sombres de quelques uns de ses représentants, les auteurs n’hésitent jamais à leur donner un soupçon de circonstances atténuantes ou de montrer leur fragilité, compensée par le roulement des mécaniques, les humiliations qu’ils font subir à d’autres et de l’utilisation de la violence à tour de bras.

Boss est devenu tel qu’il est suite à son enfance, de la violence de son père et à cause du système qui faisait qu’un jeune garçon tel que lui n’aurait jamais accès à rien, quoiqu’il fasse, même en travaillant dur pour acquérir sa place dans l’équipe.

On est dans un système basé sur la force, pas sur l’intelligence et les faibles n’ont pas leur place ici, les soumis non plus, leur seule position acceptable étant la posture de soumission et le shérif l’illustre bien, cette posture du chien soumis.

Coach Boss avait la force, il est le maître de la ville, mais le cerveau, c’était Coach Big, le Noir aveugle et il n’est plus là pour le conseiller. Boss a toujours la force, mais sans l’intelligence tactique de l’autre, il risque de tout perdre.

L’introduction d’un nouveau personnage, celui de la couverture, laisse augurer que nous allons nous diriger vers des portraits de différents habitants de Craw County et du Sud profond, celui qui regarde toujours les gens de couleurs de travers et comme notre nouvelle arrivante est Black…

On n’a pas fini d’explorer la face sombre de l’Humain sudiste, avec cette série. C’est sombre, glauque, dérangeant, les dessins sont toujours survoltés, les traits grossier pour certains, mais la toile d’araignée est tellement ramifiée qu’il y a encore possibilité de passer de belles heures avec cette saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Southern bastards – Tome 2 – Sang et sueur : Jason Latour & Jason Aaron

Titre : Southern bastards – Tome 2 – Sang et sueur

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics (26/06/2015)

Résumé :
La petite bourgade de Craw County a bâti sa réputation sur la qualité de sa cuisine locale, la bonhomie de ses habitants, son calme relatif et la légende d’une ascension vers le sommet : celle du coach Boss.

Dans une région où seule la fine fleur des pires crapules parvient à se faire sa place au soleil, jusqu’où faut-il aller pour devenir le plus grand, le plus respecté, le plus puissant ?

Seul le coach Boss le sait…

Critique :
Dans ce tome-ci, on revient sur la mort de Earl Tubb, fils de l’ancien shérif, celui qui n’était venu que pour vider la maison de son vieil oncle et dont le crâne a rencontré un morceau de bois qui le lui a fendu (le crâne).

Pas besoin de chercher le coupable, on le connaît, toute la ville sait qui l’a fait et le lecteur aussi : le coach Boss.

D’ailleurs, l’arme du crime, cette batte de base-ball dont s’est servi le coach Boss pour tuer Earl est encore sur la table de cuisine.

Et personne ne mouftera, personne ne l’ouvrira, tout le monde fermera sa gueule car le coach est tout puissant.

— Je veux que tout le putain de comté se souvienne de ce que j’ai fait et de comment ils sont restés là à regarder sans lever le putain de petit doigt.

Nous replongeons une fois de plus dans le Sud Profond, celui qui est raciste, qui est un inculte, alcoolo et qui ne vit que pour le football américain, celui dont je n’ai jamais compris les règles non plus.

Dans cette petite ville, tout le monde ne vit que pour l’équipe et si elle gagne, alors, son coach deviendra le roi. Ce qu’il est devenu, faisant de lui le type le plus puissant de la ville.

Retournement de situation avec le coach Euless Boss, dont je pensais qu’il serait le grand méchant, vu son comportement dans l’album précédent, et bien non !

Purée, ce mec en a bavé dans sa vie : il a grandi auprès d’un père alcoolique, voleur, cambrioleur, bon à rien, magouilleur, frappeur de fils, baiseur et j’en oublie sans doute sur son C.V. plus long qu’un casier judiciaire.

Euless, lui ne vit que pour accéder à l’équipe de football au poste de linebacker mais il se mange plus souvent des baffes, des poings et des refus qu’autre chose. Ses origines ne plaident pas en sa faveur et comme il est le fils de son père, on ne lui fait aucun cadeau, comme ça, c’est lui qui paie pour les conneries de son daron.

Pourtant, il en veut, Euless (Euless pas tomber) et sans l’aide d’un vieil aveugle Noir, il serait toujours en train de bouffer de la terre. Oui, on peut ne rien voir et en savoir des choses.

Et ça marche car on s’attache à Boss, alors que son personnage a tout du grand détestable, mais en brossant son portrait, sa jeunesse, tout ce qu’il en a bavé pour accéder à un poste de linebacker au sein de l’équipe et comment on l’a remercié ensuite, on comprend un peu mieux ce qu’il est devenu.

— C’est le football, monsieur… Ça vaut le sang versé.

Véritable immersion dans tout ce que le Sud américain compte de profond, ce comics a tout pour faire un parfait roman noir avec un contexte social dépeint en arrière-plan et tout ce que cette société à comme valeurs, dont le foot et le racisme.

L’atmosphère est crue, noire, violente et les portraits des personnages sont brossés sans concession aucune, brute de décoffrage, le tout dans un climat plus tendu que le string d’une pom-pom girl qui aurait mangé trop de tarte.

Je n’aime pas trop les dessins, mais les tons rouges illustrent bien toute la violence, la haine, la rage et le sang contenu dans ces pages.

Une série que je suis contente d’avoir découverte. Le premier album claquait déjà comme la culasse d’une carabine à canon scié, mais ce tome-ci t’envoie la chevrotine dans les tripes.

Oserais-je ouvrir le suivant ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Témoin de la nuit : Kishwar Desai

Titre : Témoin de la nuit

Auteur : Kishwar Desai
Édition : De l’aube – Aube Noire (2013)
Édition Originale : Witness the night (2010)
Traducteur : Benoîte Dauvergne

Résumé :
Si l’intrigue est très bien troussée, ce n’est pourtant pas le principal intérêt de ce livre.

Les crimes servent de prétexte à la romancière pour brosser le tableau d’une société à la fois ancrée dans la tradition et en pleine mutation.

Simran, par exemple, est une femme émancipée, contrairement à Durga, qui vient d’une famille très conventionnelle, riche, bridant ses filles, faute d’avoir pu les tuer à la naissance.

Ce roman devint un best-seller à sa parution à New Delhi, il y a quatre ans, et il vaut bien des documents.

Critique :
Pour une fois, le résumé n’est pas trompeur : une intrigue bien troussée mais qui n’est pas le principal intérêt de ce roman noir.

Toute l’enquête de la travailleuse sociale atypique Simran Singh sur l’assassinat de toute une famille riche (13 membres) n’est que le prétexte pour nous parler de la société indienne (hindoue) qui est patriarcale à mort et où les femmes et les filles n’ont que le droit de pondre des fils et de tenir le ménage.

— Alors dès le début, on m’a mis la pression pour que je ponde, ponde, ponde… comme une putain de poule.

On se plain des plafonds de verre chez nous ? Croyez-moi, nous sommes le cul dans le beurre et il est bordé de nouilles déposées à la cuillère en argent.

Le récit est âpre, violent, dénonçant les injustices et le sex-ratio inégalitaire puisqu’il est mal vu de mettre au monde des filles, alors, on les élimine direct et on ne garde que les mâles. Vous imaginez qu’au final on se retrouve avec 350 filles pour 650 garçons et que ces derniers doivent importer des femmes d’ailleurs puisqu’il n’y en a pas assez.

Le médecin nous a appelés pour nous dire que le bébé était une petite fille en bonne santé. J’étais tellement heureuse que j’ai presque sauté de joie. Et puis j’ai vu le visage de mon beau-père. Pendant tout le trajet de retour, il a eu l’air très mécontent. À la maison, la nouvelle a reçu le même accueil.

La plume est trempée dans le vitriol, par le biais de sa personnage principale, Simran Singh qui s’est toujours révoltée contre de telles pratiques mais qui ne peut pas faire grand-chose à son niveau. Pourtant, elle essaie.

Simram a tourné le dos à toutes ces traditions du Punjab, elle a 45 ans et ne s’est pas mariée, ce qui fait que tout le monde regarde cette vieille fille avec mépris et sa mère la harcèle pour qu’elle lui offre un petit-fils. Pas facile de dire merde aux traditions.

Les portraits dressés de certains personnages sont taillés à la serpe, le genre de personnage qu’on aimerait flinguer assez vite, imbu d’eux-mêmes, jaloux de tout et prêt à tout pour y arriver.

Les flics étaient corrompus sous Al Capone et le sont toujours ? Ici, on est dans le haut du panier niveau magouilles, les médailles d’or tombent, n’en jetez plus, tout marche à la corruption, même les soins dans les hôpitaux.

Au fur et à mesure que Simran Singh dénoue l’écheveau de ce meurtre multiple et tente d’entrer dans le passé de Durga, la fille cadette de cette famille, suspectée d’être l’auteure des meurtres, elle tombe dans le glauque absolu, et nous avec.

On referme ce roman noir avec le coeur au bord des lèvres, le dégoût suintant de tout nos pores (on aimerait écrire « porcs » mais ce serait une insulte à l’animal) et le guide du Routard peut me dire ce qu’il veut mais je n’ai pas envie de poser un pied là-bas.

Un roman noir où l’enquête est un prétexte pour écrire un réquisitoire sur le pays de l’auteure, sur son gouvernement, sur les hommes qui ne veulent pas de l’égalité et sur des gens qui n’ont pas encore compris qu’on va droit dans le mur en ne sélectionnant qu’un seul sexe et en éliminant systématiquement l’autre.

Un roman noir qui laisse le lecteur groggy, pantelant, en proie à de multiples émotions qui ne sont pas celle de la joie, évidemment. Avec un tel sujet, on se doute qu’on ne va pas nager dans les petites fleurs et les arc-en-ciel des Petits Poneys.

Je savais qu’en Inde, il était illégal de demander le sexe de son enfant, alors j’ai cru qu’il voulait savoir si le bébé était en bonne santé et j’ai accepté. Cependant, j’ai été très surprise lorsqu’il m’a dit que nous devions attendre le compte rendu avant de rentrer.

Un roman noir où l’enquête est accessoire, même si elle est utile pour nous brosser, au vitriol, un portrait peu flatteur de la société hindoue dont certains sont encore plus rigides que les plus rigides anglais victoriens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Les mal-aimés : Jean-Christophe Tixier

Titre : Les mal-aimés

Auteur : Jean-Christophe Tixier
Édition : Albin Michel (27 février 2019)

Résumé :
1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes. Des adolescents décharnés quittent le bagne sous le regard des paysans qui sont aussi leurs geôliers.

Quinze ans plus tard, l’ombre du bâtiment plane toujours. Les habitants ont beau feindre de l’ignorer, les terribles souvenirs qu’il contient continuent d’étouffer leur communauté.

Aussi, lorsqu’une jument se putréfie ou qu’un troupeau de chèvres est décimé par une maladie, il faut des responsables. Les habitants, tous coupables ou complices de monstruosités, s’accusent du mal qui rôde.

Dans ce chaos, c’est aussi l’itinéraire de Blanche, une jeune-fille abusée par son oncle, qui tente d’échapper au fatalisme et à la violence à laquelle elle est destinée.

Nous sommes aux confins des Cévennes, là où la religion règne en maître. Là où la terre est dure et le climat rude.

Critique :
Voici un rural noir dans lequel je n’ai pas su m’identifier puisqu’en 1901, je n’étais pas née ! Mon grand-père non plus et il n’a pas dû me raconter cette vie-là.

De plus, en ce temps-là, c’était la Troisième République chez vous, celle qui allait instaurer la séparation de l’Église et de l’État, ce qui fait vachement enrager le curé du cru.

Il a beau ne pas se dérouler à mon époque, ce rural noir m’a pris à la gorge et aux tripes tant l’atmosphère était à la fois envoutante et horriblement oppressante.

Dans ce patelin reculé des Cévennes, on croit autant à Dieu qu’au Diable et on a tendance à invoquer plus vite le Malin que le Divin : « Le Diable, le Malin et le Démon », c’est leur sainte trinité, à ces pauvres hères non instruits et qui doivent subir les affres du climat, qu’il soit trop froid, trop chaud, trop sec ou trop humide.

Le diable. Les gens de la campagne ont toujours eu besoin d’attacher un mot ou une présence à chaque acte qui leur échappe. Une vie passée à craindre, à s’en remettre à des forces supérieures, comme des gosses craintifs et immatures qui n’ont pas encore saisi que la vie n’attend que d’être empoignée, fermement, comme une force brute toujours prête à se rebeller, dont il faut tenir la bride au plus court.

La terre est rude et travailler au bagne, cette maison dite « d’éducation », et bien, ça met du beurre dans les épinards pour les habitants de ce patelin, ou du lard sur le morceau de pain sec. Lorsque ce dernier a fermé en 1886, beaucoup ont perdu un statut et des revenus.

Le bagne, parlons-en… L’auteur aurait pu se répandre dans tous les supplices qui furent imposés à ces pauvres gosses, placés là suite à un vol, un braconnage, du vagabondage, des attentats à la pudeur…

L’intelligence a été de ne pas s’appesantir dessus et de nous expliquer en peu de mot, à travers les pensées d’un pensionnaire quittant ce lieu maudit, ce que furent ces années d’horreurs, de brimades, de privations et d’abus en tout genre.

De toute façon, à chaque début de chapitre, l’auteur nous présente un billet d’écrou des pensionnaires, avec leurs noms, leurs condamnation et leur cause de sortie : tous mort dans la première ou deuxième année de leur incarcération. Plus besoin de nous faire de dessins et d’en rajouter, tout est dit.

Je me demande si ce n’est pas encore pire de laisser le lecteur imaginer ce que ces gamins ont subi plutôt que de nous le décrire. En tout cas, ça donne des sueurs froides dans le dos, surtout en calculant leur âge lors de leur jugement, les années auxquelles on les condamnait pour si peu et l’âge de leur décès. La salive est parfois dure à avaler.

Dans ce rural noir que j’ai eu du mal à lâcher, l’auteur nous offre une analyse juste et des portraits réalistes de ces gens habitant la campagne profonde, ceux qui pensent directement à des malédictions au moindre pépin et sont toujours prompt à accuser les autres, surtout si cela peut détourner l’attention de leurs propres fautes à eux.

On pénètre dans du glauque, dans des esprits étroits, dans la petitesse des actes humains, dans leurs envies, leurs jalousies, leurs bassesses pour gagner quelques sous… Sans oublier que les femmes, en ces temps-là, sont soumises à leurs maris, à leurs pères et que dans ces contrées reculées, ils ne sont pas prêts à passer le commandement.

Toutes les filles de la campagne, sans exception, sont ainsi. Soumises à la vie, soumises aux hommes. Elles ne soupçonnent pas le pouvoir incroyable qu’elles exercent sur eux, et sont incapables d’imaginer qu’ailleurs, d’autres filles, parfois moins belles, mais surtout moins mièvres, prennent leur existence en main pour briser le carcan patiemment imposé par la gent masculine au cours des siècles voire des millénaires passés.

Horrifié, on assiste à tout ce qu’ils (ou elles) sont capable de faire à leur prochain, comme si, tout compte fait, ils ne craignaient pas tant que ça ce Dieu qui doit les juger à l’heure de leur mort.

Comme on dit en wallon : Mougneû d’bon Dieu èt dès tchiyeu d’jiale (des mangeurs de bon Dieu et des chieurs de diable = mon orthographe wallonne a toujours été nulle).

Le récit fait la part belle à une multitude de personnages, qui reviendront au fil des pages, tous avec leurs part d’ombre et leurs non-dits, ces secrets qu’ils ont enterrés après la fermeture du bagne, et même avant.

Qu’est-il arrivé au P’tiot, un gamin évadé du bagne ? Pourquoi personne ne veut en parler même 17 ans après la fermeture du bagne ? Pourquoi une telle chape de plomb ?

Seuls Blanche et Étienne, deux jeunes, semblent ne pas porter la trace du péché des autres et pour eux, j’ai ressenti une forte empathie car ils sont bien les seuls à être innocents, comme le simple d’esprit, Géraud. Par contre, ce qu’ils subissent…

Un roman noir rural dont la plume de l’auteur vous happe dès les premières lignes, vous subjugue et dont on a dû mal à reposer le livre, tant le récit nous tient en haleine alors que le rythme est assez lent et les mystères levés dans le dernier tiers du roman.

La justesse des portraits brossés, tout en finesse, même s’ils sont rugueux comme une pierre ponce, le réalisme dans leurs actions et leurs pensées, ce côté religieux poussé chez ces gens où l’instituteur et le curé tiennent la place la plus haute dans le village et cette aura de mystère qui entoure ce bagne vide depuis 17 ans et qui, malgré son abandon, continue à faire de l’ombre à tous ces biens pensants.

Même les tombes du cimetière attenant au bagne sont maudites, évitées comme la peste, tant ce lieu fait peur et est porteur de toute une flopée de malédictions qui pourraient vous tomber dessus, comme si la porte menant aux Enfers se trouvait sous les tombes de ces gamins morts sous les coups, les privations, le travail harassant ou autre.

Elle regarde une nouvelle fois le bagne. Le bâtiment n’a pas changé depuis ce jour. Même le feu n’en viendrait pas à bout, se dit-elle.
— Leurs âmes à ces gosses, elles dormaient tranquillement au cimetière. Elles nous laissaient en paix. Mais l’a bien fallu que quelque chose les réveille, accuse Léon.

En tout cas, je suis heureuse d’avoir reçu ce roman en avant-première grâce à l’opération Masse Critique de Babelio et je les remercie pour cet envoi, ainsi que l’auteur pour les mots qu’il a inscrits sur ces pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Dans la neige : Danya Kukafka

Titre : Dans la neige

Auteur : Danya Kukafka
Édition : Sonatine (7 Février 2019)
Édition Originale : Girl in Snow (2017)
Traducteurs : Jean et Claude Demanuelli

Résumé :
Au milieu de l’hiver glacé du Colorado, ce portrait d’une communauté traumatisée est noir, intense, poignant : une révélation ! Dans cette petite ville du Colorado, on adore ou on déteste Lucinda Hayes, mais elle ne laisse personne indifférent.

Surtout pas Cameron, qui passe son temps à l’épier, ni Jade, qui la jalouse terriblement. Encore moins Russ, qui enquête sur sa mort brutale On vient en effet de retrouver le corps de Lucinda dans la neige.

Chacun leur tour, Cameron, Jade et Russ évoquent la jeune fille, leurs rapports, leurs secrets. Vite, ce drame tourne à l’obsession : tous trois savent en effet que la vérité peut les sauver ou les détruire.

Ce tableau d’une petite communauté provinciale en forme de traversée des apparences est un portrait saisissant d’une Amérique bien-pensante travaillée par des pulsions obscures, dont tous les repères sont en train de voler en éclats.

Avec ce premier roman, salué par une critique unanime comme un véritable tour de force littéraire Danya Kukafka, exprime cette vulnérabilité, avec une grâce et un talent infinis.

Critique :
Lorsqu’un blogueur de ma connaissance avait publié une partie du catalogue de Sonatine qu’il aimerait lire cette année, j’avais coché aussi celui-là car il m’intriguait.

Quand je l’ai vu dans les propositions de NetGalley, l’occasion était trop belle et l’occasion faisant le larron, je me suis empressée de le demander. Et ma demande a été exaucée.

La première chose que je dois vous dire, c’est que si vous êtes à la recherche d’un thriller survitaminé ou d’une enquête de police menée tambour battant, laissez tomber ce thriller psychologique !

Il est un fait que l’enquête ne prend pas des semaines non plus, faudrait pas me faire dire ce que je n’ai pas dit, mais le rythme est lent car on entre dans la psyché de trois personnages qui vont, chacun à tour de rôle, nous parler d’une partie de leur vie, de leurs fêlures et de leurs blessures.

Cameron l’adolescent taiseux, Jade l’espèce de fille gothique et Russ le policier sont des personnages tourmentés, mais la palme d’or reviendra sans aucun doute à notre Cameron, ce jeune garçon timide au coup de crayon magnifique et qui se retrouve souvent noué de l’intérieur. Lui, c’est un cas en or pour les psychologues de tout poils.

Que se passe-t-il dans ce roman ? Lucinda Hayes, la belle jeune fille de 15 ans (que Cameron aimait en secret), a été retrouvée raide morte, par un matin froid d’hiver, dans le parc d’un quartier tranquille de Broomsville, Colorado.

Un quartier tout ce qu’il y a de plus charmant, des voisins qui se connaissent, se fréquentent à des barbecs, des ados qui vont dans le même bahut et bien entendu, comme dans tous les petits quartiers charmants, c’est bourré de non-dits, de silence, de sourires faux….

Vous pensez bien que le meurtre d’une jeune fille va provoquer, en sus, moult commérages, rumeurs, accusations en tout genre et remontées de vieux secrets, de vieilles histoires et de regards suspicieux. La tension monte.

Ce roman ne va pas vite, mais il explore la psyché des gens de manière profonde et prend son temps pour nous distiller toutes les informations au compte-goutte. Les secrets, les trucs pas nets, on va être mis au parfum, mais faudra être un peu patient et tenter de les deviner au fur et à mesure des informations que l’auteur partagera avec nous.

L’enquête se déroule à son rythme et si on suit les pensées d’un policier (Russ), on ne peut pas dire que c’est un foudre de guerre qui va tout résoudre. Il ne résoudra rien, d’ailleurs, mais grâce à lui, on en apprendra un peu plus sur les habitants de ce quartier charmant et sur pensées les plus secrètes.

Voilà un roman policier qui a tout du thriller psychologique glauque. Non pas en raison de sang, de tripes ou de boyaux, mais à cause de ce que nous apprenons sur les différents personnages qui arpentent ces pages. Bien des secrets, bien des blessures, bien des meurtrissures, que tout le monde cache aux autres.

Mon impression de lecture est, qu’à certains moments, j’avais la sensation d’être une voyeuse, de me trouver témoin de pensées, d’actes et de souffrances dont je n’aurais pas dû être la spectatrice privilégiée.

Mal à l’aise je fus quelques fois, pourtant, impossible de poser ce récit, la voyeurisme faisant qu’on a envie d’en savoir plus, de pénétrer encore plus dans leurs petites vies et d’en extirper tous les secrets.

J’en avais compris certains, j’avais même péché le bon coupable, mais malgré tout, impossible de relever mes yeux du texte, happée que j’étais par ces trois personnages forts complexes et tellement réalistes qu’on aurait pu les toucher.

À la fin, la résolution du crime deviendrait presque secondaire, comme un acte que l’on ferait sans s’en rendre compte, se disant « Oh ben ça alors, on vient de résoudre le crime, je l’avais oublié, tiens » et ce, malgré le fait qu’on nous parle souvent de la belle Lucinda Hayes, avant sa mort et après.

Elle a beau être morte assassinée, avoir été parmi les filles qui comptaient dans le lycée, rien à faire, la présence de Cameron remplissait tout le récit de ses introspections douloureuses.

Un premier roman qui  place la barre haute à cause du portrait réussi de ses personnages, de sa plume qui a su rendre le récit vivant et de cette ambiance sombre, glauque, suintante de non-dits qui remplit les pages de ce thriller psychologique.

Et mon malaise est toujours présent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Southern Bastards – Tome 1 – Ici repose un homme : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 1 – Ici repose un homme

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Editions (20/03/2015)

Résumé :
De retour à Craw County, Earl Tubb n’a qu’une chose en tête: vider la maison du vieil oncle Buhl et repartir au plus vite de cette petite ville d’Alabama qu’il a quittée voilà 40 ans.

Il suffira d’une altercation avec quelques locaux au diner du coin pour transformer ce séjour en descente aux enfers.

Un enfer taillé sur mesure par Euless Boss, coach de l’équipe de football local et ennemi juré de feu le shérif Tubb, paternel d’Earl.

Critique :
♫ Il suffira d’un signe, un matin♫ Un matin tout tranquille, et serein ♪ Quelque chose d’infime, c’est certain ♪

Earl Tubb aurait mieux fait d’écouter les paroles de la chanson de Jean-Jacques Goldman car lui qui revenait après 40 ans à Craw County – bled paumé dans le trou du cul de l’Alabama – juste pour trois jours, le temps de vider la maison de son vieil oncle, a reçu plus qu’un signe et ça s’est mal terminé pour lui.

Mais pourquoi tu n’as pas fermé ta gueule, Earl ?? Pourquoi a-t-il fallu que tu te mêles des histoires de la mafia locale ?

T’aurais mieux fait de laisser pisser le mérinos au lieu d’aller à l’encontre de Euless « Coach » Boss, l’entraîneur de l’équipe locale de football, véritable Dieu vivant dans ce trou paumé, maître de la ville et excellent manieur de batte. Tout comme l’était ton père, d’ailleurs, l’ancien shérif, décédé.

Après l’histoire bien connue de « Paf le chien », voici celle de  « Paf Earl »…

Là, on va vraiment penser que j’aime foutre mes mains dans les histoires poisseuses du Sud profond ! Et ce n’est pas faux !

Autant je déteste les péquenots, les ploucs, les rednecks, les Hillbilly, dans la vie courante, autant je les cherche dans mes lectures et cette saga m’a tout l’air d’être prometteuse niveau ambiance glauque, poisseuse, noire, sombre, crasse, de celle qui vous colle aux basques, comme du sang chaud sur une scène de crime.

Si le pitch de départ peut sembler connu (un homme qui s’en revient dans son bled après 40 ans d’exil), c’est le travail fait autour des personnages qui vaut le coup car ils ont du relief, sont détaillés, complexes, et on ne sait pas trop à qui l’on peut se fier.

Ici, ce n’est pas le pays des Bisounours et si vous ne voulez pas des atmosphères délétères (ça rime), toxiques, dangereuses, brutales, lugubre, sanguines,… vaudrait mieux ne pas venir foutre vos jolis petons dans ces pages où la violence latente menace d’exploser à chaque page (et pour exploser, elle va exploser).

Au fil du récit, on comprendra aussi pourquoi Earl est foutu le camp de ce bled paumé. Pas de chance, la mentalité n’a pas changée, elle pourrait même être devenue pire.

Certains pourraient aussi ne pas aimer les dessins, moi-même j’ai eu un peu de mal avec, au départ, mais ces traits tout en angle ont tout des coups de canifs plantés dans le bide du lecteur, quand aux couleurs, sombres, elles éclairent pourtant bien le récit, aidé dans cela par des petites vignettes qui laissent le champ libre au déchaînement de violence.

Ici, on ne dirait pas le sud, mais c’est le Sud ! Profond et peuplé de personnages avec lesquels on n’a vraiment pas envie d’aller boire un verre, ni de fréquenter en tant que voisins.

N’appelez pas la police, car cette dernière ne fera rien pour vous… R.I.P

La série Scalped était du lourd, j’ai été triste de la quitter, mais il me semble que Southern Bastards aura tout pour me plaire niveau roman noir afin de faire mon deuil de la série précédente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

My absolute darling : Gabriel Tallent

Titre : My absolute darling

Auteur : Gabriel Tallent
Édition : Gallmeister Americana (01/03/2018)
Édition Originale : My Absolute Darling
Traducteur : Laura Derajinski

Résumé :
À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres.

Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif.

Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace.

Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois.

Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Critique :
Si vous cherchez un roman qui vous laissera groggy durant votre lecture, celui-ci est tout trouvé !

Ce roman noir prouve ce que j’ai toujours su au fond de moi : on peut être instruit, connaître des mots de vocabulaire compliqués, être un grand lecteur (et pas de roman de gare ou à l’eau de rose), avoir une vision claire de l’état de la planète et être le dernier des salopards d’enculé de pute de fils !

Cette constatation, je l’ai surtout comprise il y a quelques années, avant, j’aurais soutenu mordicus qu’une personne instruite et grand lecteur ne pouvait pas être aussi crétin.

Pourtant, c’est vrai, je l’ai comprise avec les réseaux sociaux et les commentaires à l’emporte-pièce en provenance de gens que je pensais instruit puisque lecteurs. Mais, tel le père de Turtle, seul leur opinion, leur vérité, comptent.

Martin veut le meilleur pour sa fille qu’il élève seule, la mère étant décédée et au final, il ne lui montre que le pire, lui fait vivre le pire, la coule au lieu de l’élever vers le haut, reproche à son père son désordre dans son camping-car alors que chez lui-même, c’est une porcherie, un taudis invivable…

Ce roman prend à la gorge directement, comme un pit-bull sournois (je n’ai rien contre la race, mais ça fait plus d’effet que si je choisis un caniche) qui vous attraperait à la gorge et commencerait à vous la secouer doucement, avant de vous l’arracher.

Afin d’être moins traumatisée par cette lecture (je savais ce qu’il s’y passait), j’ai tenté le bon vieux coup de la lectrice qui regarde tout ça de haut, qui ne s’implique pas émotionnellement afin de ne pas être touchée trop fort par le récit dur comme la lame d’un couteau.

Bon sang, j’ai failli réussir !! Turtle (Julia) est un personnage assez froid qui n’appelle pas vraiment à l’empathie et j’ai réussi à ne pas trop m’attacher à elle au départ. Mais peine perdue, après, plus moyen de faire comme si je ne ressentais rien vu ce qui se déroulait sous mes yeux.

L’auteur a créé des personnages réalistes, humains ou salauds, des gens qui, comme nous, voient qu’il y a un problème dans l’entourage de Turtle mais ne savent pas trop comment faire pour le résoudre, pour l’aider, sans compter que Turtle ne donne pas l’impression de vouloir être sauvée.

Et c’est de là que provient mon malaise… Elle aime son père, elle le défend, lui trouve des excuses, lui obéit en tout point, même lorsque l’ordre donné va à l’encontre de tout, même lorsqu’il la prend de force…

La scène avec le revolver et la pièce est insoutenable tant elle est d’une horreur absolue, d’un illogisme pur, d’un sadisme sans nom.

Martin, le père, est un personnage noir, qui aime mais qui aime mal, qui pense que sa fille lui appartient et que ce qu’il fait pour elle, c’est bien, c’est juste, c’est normal.

Je pourrais aussi vous parler du danger des armes à feu, mais je pense que je vais m’arrêter là car la lecture de ce roman était difficile, prenante, horrible et qu’il ne laisse pas intact tant on a bouffé des horreurs durant toutes ces pages, sans qu’elle soit exagérée ou gratuite.

Un roman tellement noir qu’on a envie de se mettre à lire Oui-Oui au pays des licornes gentilles et des Bisounours tant on a besoin de se libérer l’esprit après une telle lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).