Ce qui vient après : JoAnne Tompkins

Titre : Ce qui vient après

Auteur : JoAnne Tompkins
Édition : Gallmeister (03/03/2022) – 576 pages
Édition Originale : What comes after (2021)
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
Dans l’État brumeux de Washington, Isaac traverse seul le deuil de son fils adolescent, Daniel, assassiné par son meilleur ami Jonah. Ce dernier se suicide et le monde de sa mère Lorrie s’effondre à son tour.

Il n’y a aucune explication à ce drame. Isaac et Lorrie, autrefois amis, s’évitent telles des ombres séparées par leurs pertes incommensurables. Jusqu’à l’apparition soudaine d’une sans-abri de seize ans, enceinte.

Recueillie par Isaac, accompagnée par Lorrie, Evangeline devient un rai de lumière dans leur vie.

Mais une révélation éclate : la jeune fille avait croisé le chemin des garçons la semaine du meurtre. Tous trois devront confronter leurs souvenirs douloureux. Car comprendre le passé est leur seule chance de pouvoir se tourner vers l’avenir.

Critique :
Ce qui vient après la mort, c’est le deuil, mais avant de le commencer, il y a souvent des tas de questions que l’on se pose et dont personne n’a les réponses, ce qui vous plombe de l’intérieur.

Dans ce cas-ci, c’est Isaac, un père qui a perdu son fils Daniel, tué par Jonah, son meilleur ami, sans que l’on sache pourquoi, puisque quelques jours après le meurtre, ce dernier se donne la mort. La mère du meurtrier, Lorrie est la voisine d’Isaac…

Qu’est-ce qui peut venir après un tel drame ? C’est peut-être d’Evangeline, une jeune fille paumée qui a croisé la route des deux garçons, que les réponses viendront.

Si ce roman était Corse, je le qualifierait de polyphonique, mais c’est un roman, il sera donc choral puisque les différents points de vue des personnages principaux viendront nous éclairer, petit à petit, sur le drame et son origine.

Ce qui construira peu à peu les personnages principaux, nous les montrant sous d’autres éclairages, nous donnant des personnages finement décrit.

Hélas, il m’a parfois plusieurs lignes avant de comprendre quel personnage avait pris la parole, ce qui m’a déstabilisé durant plusieurs chapitres, ne sachant jamais trop qui parlait avant d’avoir confirmation d’une identité.

Si le style d’écriture est simple, sans être simpliste, j’ai trouvé, pour ma part, que le récit général était assez lourd. Oui, le processus de deuil est long et lent, je le sais pertinemment bien, mais dans le cas du roman, avec 100 pages de moins, on aurait obtenu une histoire plus ramassée, plus fluide et bien plus intéressante.

Gallmeister est une maison d’édition que j’adore, j’ai rarement des déceptions littéraires avec elle, et pourtant, de temps en temps, ça arrive. Comme si j’étais restée en surface, sans jamais vraiment entrer dans ce récit.

Un peu comme Isaac, Evangeline et Lorie qui ont évolués sous mes yeux durant 576 pages, en surface, eux aussi, comme si leur interactions étaient fausses, mal jouées. Comme si tout le récit tournait en rond, tel un chien après sa queue.

Voilà, c’est une lecture foirée dans les grandes lignes. Aucun des personnages n’est arrivé à me toucher, si ce n’est Jonah, l’assassin, justement. Et Rufus aussi, mais lui, c’est un chien.

Une fois de plus, je suis à contre-courant des autres critiques Babelio. C’est en modérant des citriques sur Livraddict que j’étais tombée sur la chroniques coup de coeur d’une blogueuse et que j’avais eu envie de le lire.

Tous les avis sont dans la littérature, ne tenez pas trop compte du mien, vous pourriez aimer ce roman, comme la majorité sur Babelio. Pour moi, ce récit manquait d’émotions, de profondeur, de dynamisme et était un peu trop sirupeux à certains moments, même si ça fait du bien dans ce monde de brutes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°14] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Poumon vert : Ian R. MacLeod

Titre : Poumon vert

Auteur : Ian R. MacLeod
Édition : Le Bélial’Une Heure Lumière (21/04/2017)
Édition Originale : Breathmoss (2002)
Traduction : Michelle Charrier

Résumé :
Lors de sa douzième année standard, pendant la saison des Pluies Douces habarienne, Jalila quitte les hautes plaines de Tabuthal.

Un voyage sans retour — le premier. Elle et ses trois mères s’installent à Al Janb, une ville côtière bien différente des terres hautes qui ont vu grandir la jeune fille.

Jalila doute du bien-fondé de son déménagement. Ici, tout est étrange. Il y a d’abord ces vaisseaux, qui percent le ciel tels des missiles. Et puis ces créatures d’outre-monde inquiétantes, qu’on rencontre parfois dans les rues bondées.

Et enfin, surtout, la plus étrange des choses étranges, cet homme croisé par le plus pur des hasards — oui, un… mâle. Une révélation qui ne signifie qu’une chose : Jalila va devoir grandir, et vite ; jusqu’à percer à jour le plus extraordinaire secret des Dix Mille et Un Mondes…

Critique :
De temps en temps, je sors de mes sentiers battus et je m’en vais explorer d’autres Mondes, d’autres Univers, qu’ils soient au sens premier du terme ou tout simplement littéraires.

La collection Le Bélial est géniale puisqu’elle me permet de m’encanailler dans de la SF, sans pour autant entamer des sagas sans fins ou des très longues que l’on n’a jamais le temps de finir (ou alors, on met des années à tout lire).

Puisque l’auteur était anglais, cela tombait bien avec le Mois Anglais. Après mon échec de lecture de « Sur la route d’Aldébaran », je me suis remise de suite en selle avec une autre novella de cette maison d’édition.

Bardaf, je suis retombée !

Pourquoi ? Déjà, l’auteur invente des mots, parlant d’objets qui existent sur ce monde, mais sans les expliquer. À vous de faire bosser votre imagination pour tenter de savoir ce que c’est et à quoi ça sert (tentexplo, haremlek, tariqa, hayawans, qasr,…).

Je n’ai rien contre le fait de faire bosser mes petites cellules grises, mais si je me plante dans mon interprétation de ces mots, ça la fout mal, non ?

Dommage, parce que ce monde était intéressant à explorer. Imaginez un monde uniquement peuplé de femmes, la violence abolie, où les hommes sont plus que minoritaires et qu’on suspecte toujours d’être violents.

Non pas que je sois en accord avec ces préjugés, mais j’étais curieuse de lire ce que l’auteur allait inventer, développer, mettre en lumière. La société développée a des airs orientales, certains mots ou phrase m’ont fait penser à des bien connues, pour peu que l’on ait quelques notions culturelles.

Hélas, je me suis perdue dans ce monde, dans les personnages, dont aucun ne m’a vraiment touché.

J’ai juste été intriguée par sa rencontre de Jalila (personnage principal) avec Kalal, le premier garçon qu’elle croise sur cette planète où les hommes sont archi minoritaire (même Greenpeace ne pourrait plus rien pour cette espèce en voie d’extinction).

Sinon, aucun autre moment de la vie de Jalila, qui vit avec ses trois mères, ne m’a emballé, emporté.

Pire, j’ai même une impression fugace que le tout manquait de cohérence, de liant, et je me suis grave emmerdée durant ma lecture (mais je n’ai pas sauté de pages, sauf si je me suis endormie et que je n’ai rien remarqué en reprenant ensuite la lecture de la novella).

Peu de description de la ville, du monde dans lequel ces femmes vivent… Tout est évasif (oui, je sais, 144 pages, c’est peu), je ne me suis accrochée à rien et si je suis allée jusqu’au bout de cette lecture, c’est justement parce qu’elle était courte.

La seule chose que j’ai apprécié, ce sont les petits piques de l’auteur sur ce monde non mixte, composé à 99 % de femmes. Ce n’est pas un monde meilleur qu’un mixte, que du contraire. On pense avoir aboli les vieux travers, mais chassez le naturel…

Un rendez-vous manqué de plus, ce n’est pas la fin du monde, je vais passer à autre chose et oublier ces deux novellas avec lesquelles ne n’ai pas accroché (mais je n’ai pas dis mon dernier mot, je reviendrai vers les novellas de chez Le Bélial).

#MoisAnglais2022

Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Une année au lycée – Tome 1 – Guide de survie en milieu lycéen : Fabrice Erre

Titre : Une année au lycée – Tome 1 – Guide de survie en milieu lycéen

Scénariste : Fabrice Erre
Dessinateur : Fabrice Erre

Édition : Dargaud (18/04/2014)

Résumé :
Fabrice Erre est actuellement enseignant en histoire-géographie dans un lycée près de Montpellier, après avoir débuté dans un établissement de la banlieue parisienne.

Agrégé et docteur en histoire, il est aussi, étrangement, auteur de bandes dessinées depuis plusieurs années : il était inévitable qu’un jour il racontât sa vie de professeur dans un livre où ce qui relève de la réalité et de l’imagination n’est pas forcément ce que l’on croit…

Un témoignage hilarant sur le quotidien d’un professeur d’histoire-géo ! Il faut dire que le lycéen est un être particulier : tantôt agité, dissipé, provocateur, studieux, complexé, blasé, dragueur, sérieux, paumé, suiveur, décidé, amusant ou amusé…

Bref, c’est d’abord un adolescent, souvent déroutant, qui tente de se frayer un chemin vers le Graal : le bac ! Fabrice Erre a recensé les nombreuses anecdotes qui lui sont arrivées pour en faire une suite de gags décapants.

Critique :
Toujours dans le but de me détendre après deux romans particulièrement émotionnels et durs, j’avais envie de rire un bon coup, afin de diminuer ma tension artérielle.

La pêche a été bonne, j’ai choisi le bon album pour me détendre et faire travailler mes zygomatiques.

Les dessins de Fabrice Erre sont parfaitement reconnaissables, avec cette absence de coudes, rendant les bras des personnages mous.

Peu de décors en arrière-plan, des couleurs parfois monochromes, mais cela ne m’a pas dérangé. Les dessins sont plus des gros nez que réalistes, mais une fois encore, ce n’est pas un soucis pour moi. J’adore ce côté décalé et caricatural des têtes des personnages.

N’ayant jamais été prof, je ne puis juger de la pertinence des gags de l’auteur… Juste qu’ils m’ont bien fait marrer.

Ayant été élève bien avant les réseaux sociaux, je ne puis non plus témoigner des ados accro à ça et chez nous, mais j’imagine aisément.

À mon époque (je me sens vieille en disant cela), le Bac n’étant que la corbeille à papier, je ne puis non plus témoigner des angoisses d’avant le Bac que les français et françaises passaient lors de leur dernière année.

Mais j’avais la trouille de rater ma dernière année, la fameuse Rétho, comme on dit chez nous… Et les profs nous avaient bien foutu une pression énorme sur nos épaules, les salopards d’enfoirés !

J’ai apprécié cette lecture qui montre l’envers du décor, les angoisses des profs, les réunions de parents, les problèmes des professeurs et l’impertinence, l’imbécilité, le m’en foutisme de ados, quelque soit l’époque (nous ne devions pas en être très éloigné, les smartphones en moins).

L’humour est décapant, cynique, souvent caricatural, un peu poussé à l’extrême, mais ça marche à tous les coups car nous sommes dans de l’humour et qu’il faut parfois accentuer les situations pour faire rire les gens et leur faire prendre conscience de ce qu’il se passe vraiment dans les classes.

Un bon gag vaut parfois mieux que mille discours.

Sauver Mina : Catherine Cuenca

Titre : Sauver Mina

Auteur : Catherine Cuenca
Édition : Scrineo Jeune Adulte (10/06/2021)

Résumé :
Irak, 31 juillet 2014.

Amal, jeune yézidie de 16 ans, et sa demi-sœur Mina, 17 ans, préparent avec impatience leurs retrouvailles à l’occasion d’une fête familiale. Trois jours plus tard, leur vie bascule. L’État islamique attaque leur région du Sinjar et ses habitants yézidis, considérés par les djihadistes comme les adeptes d’une secte satanique.

Réfugiée dans la montagne avec son père, Amal échappe de peu au génocide tandis que Mina assiste au massacre des hommes de son village avant d’être capturée avec les autres femmes et réduite en esclavage sexuel.

Avertie du terrible destin de sa sœur, Amal s’engage aux côtés des combattantes kurdes des Unités de Défense des Femmes venues de Syrie pour lutter contre Daech. Elle n’a qu’une obsession: sauver Mina.

Critique :
Voilà une lecture dont j’ai eu du mal à écrire une chronique, tant elle m’a marquée dans ma chair et émue au possible.

Le sujet traité dans ce roman fait partie de ceux que l’on traite peu et dont on parle peu à la télé : le génocide des yézidis et le sort réservés aux jeunes filles et aux femmes de cette ethnie.

Comme dans d’autres génocides, on rassemble tout le monde, on sépare les hommes des femmes, on assassine les hommes en leur tirant dessus et après avoir séparé les mères de leurs filles, on transforme ces dernières en esclaves : elles feront le ménage, seront rabaissées plus bas que terre et violée par les hommes de l’État Islamique.

Pour eux, violer une sabiyya (esclave sexuelle) n’est pas un viol. Pourquoi ? Parce que ces décérébrés endoctrinés considèrent les yézidis comme impurs : l’ange majeur des Yezidis, Malek Taous, l’ange-paon, n’est autre que Sheitan ou Satan. Les djihadistes veulent donc les exterminer…

Oui, je sais que ces hommes ne valent pas la balle qui les transperce. Pourtant, c’est chaque jour que nous perdons l’un des nôtres en combattant ces fous qui agitent Dieu comme un étendard mais qui se rendent coupables des pires péchés en son nom.

De toute façon, les membres de l’état islamique s’arrangent toujours avec leur religion, leur morale, leur conscience : cela ne pose aucun problème de consommer en masse ce qu’ils interdisent aux autres musulmans, comme les drogues, les films pornos, l’alcool… Faite ce que je dis, pas ce que je fais…

Émotionnellement parlant, c’est une lecture très dure, émouvante, prenante, surtout pour les tripes. Le récit va alterner avec deux personnages majeurs : Mina et Amal, sa demi-soeur, qui sera transformée en esclave sexuelles pendant que Mina, elle, prendra les armes pour défendre les siens et retrouver Mina.

Ces deux sœurs sont des portraits magnifiques : Mina, parce qu’elle trouvera le courage que bien des hommes n’ont pas eu et Amal, parce que même esclave, elle essaie de ne pas perdre l’espoir et pensera à défendre des plus jeunes qu’elle.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman jeunesse aborde des sujets violents, même pour un adulte qui a beaucoup lu sur les horreurs perpétrées par des humains sur d’autres, malgré tout, nous ne sommes jamais blindé tout à fait et cette histoire m’a atteint droit dans le cœur, sans jamais sombrer dans le pathos vulgaire.

Malgré la violence de ce qu’il s’est passé dans le nord de l’Irak avec cette ethnie, l’autrice a su rester sobre dans les descriptions des horreurs commises à l’encontre de ce peuple qui a failli disparaître totalement.

Une lecture coup de cœur, mais une lecture dure puisque tirée d’histoires vraies et que nous savons depuis longtemps que le réalité est souvent pire que la fiction.

Il est dommage que l’on ne parle pas assez de certains génocides, car pour moi, tous doivent être condamnés et tous méritent qu’on en parle, qu’on les dénonce, quelque soit le nombre de victimes…

À lire pour en savoir un peu plus sur les exactions de Daech, même si elles ont lieu très loin de nos pays sécurisés où l’on râle pour des petites choses…

Je n’ai qu’un seul choix : la liberté ou la mort. Si je ne peux pas avoir la première, alors je veux la seconde. Car personne ne peut me faire prisonnière.

Mon cheval de bataille : Delphine Pessin

Titre : Mon cheval de bataille

Auteur : Delphine Pessin
Édition : Didier Jeunesse – Fiction (13/10/2021)

Résumé :
C’est un grand jour pour Arthur. Il assiste à un spectacle de voltige équestre, sa passion ! À sa grande surprise, l’un des chevaux sort du rang pour le saluer affectueusement.

Ce qu’il ignore c’est que ce cheval est spécial et sait détecter les personnes malades.
Quelques jours plus tard, tout bascule : Arthur fait un malaise…

Dans l’épreuve qui l’attend, le garçon pourra compter sur sa grande sœur. Pour mieux livrer bataille, elle a même quelques idées un peu folles…

Critique :
Pour moi, une LAL, c’était bêtement une Liste À Lire, rien de plus. Depuis cette lecture, ce ne sera plus aussi banal puisque c’est aussi l’acronyme de Leucémie Aiguë Lymphoblastique.

Oui, ce roman jeunesse parle de leucémie, de cancer chez les plus jeunes, chez les enfants… En l’occurence, dans ce roman, c’est Arthur qu’elle va toucher.

Malgré la dureté du sujet, jamais l’autrice ne sombre dans le pathos, le larmoyant ou l’excès : elle n’est pas là pour que vous fassiez un don à la recherche contre la leucémie. Nous ne sommes pas dans une soirée télé où il faut faire pleurer dans les chaumières pour obtenir plus de dons que l’année précédente.

Que du contraire, elle tente de montrer l’envers du décor, celui que personne ne voit, celui auquel personne ne songe : la famille du malade… Pas question de nous montrer des parents forts, qui font front, qui se battent avec une énergie qui semble inépuisable et où tout le monde est soudé, comme dans le meilleur des mondes.

Non, une maladie pareille qui touche un jeune garçon de 10 ans, ça fait voler en éclat une famille, ça donne l’impression à la mère qui porte son fils à bout de bras, que son mari ne fait rien pour l’aider et que son adolescente de fille prend le tout à la légère parce qu’elle blague avec son petit frère malade.

La maladie, ça rend les autres de la fratrie invisible, ça leur donne la haine contre cette invisibilité, ils ont la haine sur les autres élèves de l’école qui les regardent avec pitié, qui ne savent pas quoi dire ou quoi faire, qui sont maladroits face à celui ou celle qui doit affronter la maladie d’un proche, surtout si c’est un gosse.

Ce roman, c’est un container d’émotions brutes, c’est un récit traité avec finesse, avec des nuances, sans que l’on puisse porter jugement à l’un ou à l’autre, puisque chacun est persuadé d’agir comme il le faut, ou de ne pas trouver sa place, de ne pas trouver les mots qu’il faut. Chacun essaie de faire ce qu’il peut, mais ce n’est jamais assez ou ce n’est jamais bon.

Rien n’est facile… Personne n’est préparé à ça.

Vivianne, la grande sœur d’Arthur, en pleine crise d’adolescence, va partir en vrille : personne ne la comprend et elle a raison. Son amie essaie de l’aider, mais elle s’y prend mal et ce n’est pas de sa faute non plus… La maladie fait des ravages sur son passage et des dégâts collatéraux sont impossible à imaginer au départ. Sa mère aussi part en vrille dans son désir de tout contrôler, de protéger Arthur…

Lucas, enfant malade, qui arrive à blaguer alors qu’il en a déjà bien bavé, est un bel exemple de la résilience des enfants et de leur désir d’évacuer la pression avec de l’humour noir. Un personnage très lumineux, ce petit Lucas.

Les enfants aiment qu’on leur dise la vérité, qu’on ne leur cache rien, qu’on ne minimise pas leur maladie et qu’on leur explique exactement comment le traitement va se dérouler.

Si l’autrice évite l’écueil du pathos ou du larmoyant, je vous avouerai que j’ai eu quelques fois la gorge serrée, mais pas au moment du décès d’un petit malade. L’émotion m’a submergée dans des moments de bonheur, de complicité, lors d’une visite particulière et lors d’une marche… Intense niveau émotions !

Un magnifique livre qui aborde un sujet difficile tel que la maladie des enfants et leur extrême lucidité face à ce qui pourrait les cueillir au bout du chemin. Un roman jeunesse qui aborde les différents phases des traitements de chimio et leur impact que tout cela aura sur une famille.

Magnifique et tout en finesse !

Merci à Sharon d’en avoir parlé et de m’avoir donné envie de le lire !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°95].

Manger Bambi : Caroline de Mulder

Titre : Manger Bambi

Auteur : Caroline de Mulder
Édition : Gallimard (07/01/2021)

Résumé :
Bambi, quinze ans bientôt seize, est décidée à sortir de la misère. Avec ses amies, elle a trouvé un filon : les sites de sugardating qui mettent en contact des jeunes filles pauvres avec des messieurs plus âgés désireux d’entretenir une protégée.

Bambi se pose en proie parfaite. Mais Bambi n’aime pas flirter ni séduire, encore moins céder. Ce qu’on ne lui donne pas gratis, elle le prend de force.

Et dans un monde où on refuse aux femmes jusqu’à l’idée de la violence, Bambi rend les coups. Même ceux qu’on ne lui a pas donnés.

Critique :
Oubliez le gentil petit faon de votre enfance !

Ici, Bambi, c’est une jeune fille de quinze ans qui a bouffé de la vache enragée toute sa vie et qui en veut à la terre entière, sauf à sa mère, bizarrement, alors qu’elle est alcoolo, brutale, en décrochage total dans l’éducation de sa fille, du ménage, bref, elles vivent dans un taudis.

Bambi, pour se faire des thunes, décide de jouer avec les sugar daddy, ces hommes dans la force de l’âge qui veulent se faire des petites jeunes. Bambi ne fait pas ça pour payer ses études, comme bien des filles, mais pour palper le max de pognon et, au passage, leur écraser les roustons.

Bambi, c’est du maquillage genre camion volé, tu vois ? Faut masquer les coups qu’elle s’est prise dans la face, par sa daronne. Son daron ? Il a joué les filles de l’air, il a juste laissé son Sig Sauer et Bambi, elle aime jouer avec l’arme. Pour elle, c’est l’équivalent d’un doudou chez un marmot.

Avec son gun, elle se sent plus forte. C’est plus izi (easy) pour forcer les daddy à filer leur oseille.

Bambi, c’est cru, trash ! Autant dans le récit que dans le langage. Wesh, les mecs et les bitch, va falloir réviser son argot et son langage d’jeun’s ! TKT, Google vous aidera si vous captez pas.

Bambi, c’est du roman noir à fond d’blinde ! T’y aventures pas si tu cherches des petits coeurs roses, tu trouveras que dalle !

L’autrice te raconte la misère ordinaire, simple, courante, celle que l’on a croisé un jour dans notre vie et qu’on a vite détourné les yeux, se moquant de la gonzesse ou du mec qui sentait pas bon, sans penser que sa mère elle avait p’têt abdiqué le ménage.

Avec ce langage cru, celui des jeunes de nos jours, ça renforce le côté filles en perte de vitesse, filles qui se donnent un genre, filles qui se pensent les plus fortes, et qui le sont, sauf quand le vernis craque et qu’on se rend compte qu’elles ne sont que des filles paumées, apeurées. Mais plutôt crever la gueule ouverte que de l’avouer !

Avec un personnage comme Bambi et ses copines, tu sais pas trop si tu dois leur coller des claques dans leur gueule de petites merdeuses, les flinguer direct ou laisser pisser le mérinos.

Elles sont trop loin dans la misère sociale que pour espérer les en sortir. L’autorité, elles en veulent pas. Bambi encore moins. Elle aime que sa mère et ses deux copines. Parfois avec des clash…

Bambi, c’est un roman noir vachement noir, mon frère. Le rayon de soleil ? Cherche pas et carre-le toi bien profond où tout le monde pense. Y’a pas d’édulcorant, pas de sucre, ou alors, c’est de la poudre qu’on sniffe.

Bambi, c’est le récit d’une société qui part en couilles, qui abandonne ses jeunes, qui ne sait pas comment les aider, qui le fait, mais mal.

C’est l’histoire de gamines qui ne savent pas trop si elles veulent être sauvées ou pas. Et si oui, même elles ne savent pas comment, hormis palper le grisbi et se tirer en Thaïlande pour glander grave sa mère. Ce qui ne les aiderait pas, mais ça, elles en savent que pouic.

Bambi, c’est un roman noir qui te met mal à l’aise. C’est un roman trash qui parle de violences, de coups tordus, d’arnaques, de pétage de plombs de ce qui fut, un jour, une gentille petite fille tout mignonne et qui, à cause de cette chienne de vie, a mal tournée et est devenue enragée envers le monde entier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°88].

Devenir quelqu’un : Willy Vlautin

Titre : Devenir quelqu’un

Auteur : Willy Vlautin
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (03/02/2021)
Édition Originale : Don’t skip out on me (2018)
Traduction : Hélène Fournier

Résumé :
A vingt et un ans, Horace Hopper ne connaît du monde et de la vie que le ranch du Nevada où il travaille pour les Reese, un couple âgé devenu une famille de substitution pour lui. Abandonné très tôt par ses parents, il se sent écartelé entre ses origines indiennes et blanches.

Secrètement passionné de boxe, Horace se rêve en champion, sous le nom d’Hector Hidalgo, puisque tout le monde le prend pour un Mexicain…

Du jour au lendemain, il largue les amarres et prend la direction du sud, vers sa terre promise.

Saura-t-il faire face à la solitude du ring et au cynisme de ceux qu’il croisera en chemin ? Peut-on à ce point croire en sa bonne étoile, au risque de tout perdre ?

Critique :
Tout le monde, un jour, à voulu être quelqu’un… Quelqu’un qui compte, quelqu’un dont on se souvienne, quelqu’un d’autre…

Tout le monde a voulu, un jour, prouver qu’il/elle était quelqu’un, capable de se débrouiller seul, de faire ses preuves et d’aller au bout de ses rêves.

♫ J’irai au bout de mes rêves ♫ Où la raison s’achève ♪ comme le chantait JJG.

Le rêve de Horace Hopper est de devenir champion de boxe. Il est persuadé que s’il le veut, qu’à force d’entrainement, il y arrivera et il n’écoute pas la voix de la raison d’Eldon Reese, son employeur et père de substitution. Le voici parti pour la grande ville, lui qui a vécu dans les montagnes du Nevada.

Ce roman met en scène le parcours initiatique d’un jeune homme dont toute sa vie ne fut qu’une vie de merde : abandonné à sa grand-mère par sa mère, son père était déjà foutu le camp bien avant, cible des autres à l’école, métissé Indien, il se rêve Mexicain et refuse ses origines. Vu sa fiche, on aurait pou croire que quelqu’un lui en voulait pour lui avoir déjà fait subir toutes ces emmerdes.

L’histoire a un goût de déjà-lu ou de déjà-vu : un gamin maltraité par la vie et les Hommes, venant de la rase campagne, qui part à la ville pour réaliser son rêve de devenir champion de boxe alors qu’il part d’une feuille à peine écrite dans ce sport.

Il est innocent, le gamin, on le sent bien et les autre aussi le perçoive. Lâché dans la jungle, il essaiera de s’en sortir du mieux qu’il peut… Le rêve Américain, ce vieux mythe, lui semble à sa portée et notre jeune homme fera comme bien d’autres avant lui : lâcher la proie pour l’ombre.

Horace est hanté par ses échecs passés, pensant qu’il n’a rien fait de bien dans sa vie, même si Eldon Reese, le vieux rancher qui l’a recueilli avec son épouse, lui dit le contraire.

Le récit ne s’encombre pas du superflu, Horace boxe dans les poids plumes et le récit est expurgé de ce qui pourrait lui donner du gras. On se doutera qu’il y a des combats de boxe truqués, des magouilles, des choses louches, des sommes d’argent gardées par ceux qui n’y avaient pas droit et qu’on a manipulé Horace, mais sans que jamais les choses soient dites noir sur blanc.

On croisera de la misère humaine, aussi, mais sans jamais approfondir le sujet, ces rencontres n’étant que de celles que l’on fait parfois sur la route de notre vie. À peine rencontrée, aussitôt oubliée.

Mêlant adroitement les passages où Horace tente de devenir boxeur et se prend des coups dans la tronche avec ceux de la vie du couple Reese sur son ranch, on se rend compte que la vie est ironique : Horace va chercher loin une carrière alors qu’il aurait pu être un rancher et les Reese, sans Horace, ne savent plus s’en sortir avec leurs moutons. Il était utile à quelqu’un et ce crétin est parti.

Plusieurs fois j’ai eu envie de colles des baffes à Horace, que j’ai trouvé mou du genou à certains moments, quand il doutait et parfois, je l’ai trouvé trop timoré lorsqu’il voulait prouver à tout le monde et avant tout à lui, qu’il allait devenir quelqu’un. Hors il était déjà devenu quelqu’un…

Il m’aura manqué de l’empathie pour Horace, mais il me pardonnera sans doute, lui qui sait encaisser les coups mieux que personne, au sens propre comme au sens figuré et qui, quand il les rend, le fait avec une force énorme. Toute sa vie fut ainsi.

En fait, le personnage le plus important, le plus empathique, ce sera Eldon Reese, le vieux rancher qui a pris Horace sous son aile, qui sera ce qui se rapprochera le plus du père pour Horace et qui n’a pas réussi à le retenir parce que le gamin se sent indigne de son amour. Horace, t’es con, tu sais !

Un roman sombre que la quête d’identité, sur la non acceptance de ce que l’on est, le refus de ses origines ancestrales et la volonté de prouver que l’on peut devenir quelqu’un, quelque soit le prix à payer.

C’est le combat de Horace contre ses démons intérieurs, contre ses origines, contre le monde entier, ce sont les coups qu’il a encaissé durant toute sa courte vie (il n’a que 21 ans) et la possibilité qu’il a de les rendre, même si ce n’est pas aux bonnes personnes puisqu’il est sur un ring et que ce n’est pas la vraie vie, ce qu’il se passe dessus.

C’est l’histoire éternelle d’une personne qui ne se sentait pas digne de recevoir l’amour des gens qui l’avaient recueilli, d’un jeune homme qui n’avait pas compris tout ce qu’il avait déjà accompli, qu’il pouvait être fier de son parcours, qu’il était devenu quelqu’un, même s’il ne le savait pas, même s’il ne voulait pas l’entendre.

La dernière phrase est terrible et elle m’a cassée en deux…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°66].

Sykes : Pierre Dubois et Dimitri Armand

Titre : Sykes

Scénariste : Pierre Dubois
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (06/11/2015)

Résumé :
Lorsque « Sentence » Sykes pose le premier sabot dans ses collines natales, le jeune Jim Starret reconnaît immédiatement une légende de l’Ouest, digne des illustrés avec lesquels il a appris à lire.

Mais son nouveau héros n’est pas là lorsque la redoutable bande des Clayton assassine sa mère sous ses yeux.

Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : rejoindre Sykes et participer à la traque. Il a déjà payé le prix du sang. Il ignore encore que ce sont ses démons qui forgent une légende du Far-West.

Critique :
La première planche est assez inquiétante : on y voit l’ombre d’un cavalier, sans que l’on sache si c’est un bandit ou un ami… En tout cas, elle illustre bien le calme avant la tempête.

Une fois de plus, nous sommes face à un western classique : des bandits, les Clayton, qui attaquent une ferme, qui assassinent, qui violent, qui ont des tas de cadavres derrière eux et un marshal, Sykes, lancé à leur poursuite, avec deux hommes pour l’aider.

Classique, oui, mais… Il y a quelques chose dans le regard blasé et fatigué de Sykes qui change tout. La soupe est vieille, certes, mais l’auteur avait le talent de la cuisiner autrement.

Sans courir, il prend le temps de nous présenter Sykes, de le faire rentrer dans sa chambre, de lui donner de l’épaisseur, de lui faire vivre un incident dans la ville où il a posé ses bagages.

Même dans le pistage de nos bandits, pas de galops effrénés, on va au pas, on suite la piste, on a la patience et l’intelligence de ne pas courir ventre à terre. On chevauche, mais on discute aussi et les dialogues sont aussi le sel de cette bédé.

Dans ce western crépusculaire, les salopards ne sont pas que les bandits, il y a aussi les gros magnats de la finance, les promoteurs, les politicards, qui veulent les terres des fermiers et qui sont prêt à tout pour les obtenir, même aux moyens extrêmes.

Les dessins sont réussis, c’est un régal pour les yeux, que ce soit les visages ou les décors grandioses de l’Ouest. L’agencement des cases est diversifié, peut nous donner de grands paysages en arrière-plan, ou des scènes sur deux cases l’une à côté de l’autre. En tout cas, c’est réussi en ce qui concerne les découpages et les couleurs.

Le scénario possède aussi quelques beaux moments, comme entre Sykes, marshal blasé par toutes ces années de fusillades, de morts, de vies fauchées et le jeune Jim qui regarde les armes à feu avec des étincelles d’envie dans les yeux et qui pense que la vie que Sykes a menée était une vie géniale.

Mon bémol sera pour le fait que le dénouement de cette poursuite est assez rapide. Trop rapide, même. J’avais pensé qu’en coursant le 5ème larron, nous aurions du rab, mais non, là aussi ce fut assez court, trop court et il a manqué quelques cases de plus afin de donner un rôle à ce fameux Révérend qui prêchait la violence ou lieu de la paix, ce mentor de la bande de Clayton.

Ce sera le seul bémol, tout le reste du final est conforme à l’Ouest, à nos deux hommes qui prennent de l’âge, à la fin d’une ère, de leur ère, celle des prairies remplies de bisons qui laissent place maintenant à de derricks tirant du pétrole.

Véritable western crépusculaire aux dessins magnifiques, Sykes donne un aperçu de ce qui arrive lorsqu’on regarde trop dans l’abîme, lorsque l’on continue de chasser sa baleine blanche, illustrée par tous les repris de justice du pays que l’on dégomme.

Qui vit par les armes périra par les armes et la mère du petit Jim avait bien raison, hélas. Les auteurs bouclent la boucle et le final est magnifique, même si empreint de tristesse.

La vie dans l’Ouest était dure, violente et la vie n’avait que peu de valeur face aux requins qui voulaient les terres que les premiers colons avaient prises lors de leur arrivée…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°63], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 75 pages).

Joe : Larry Brown

Titre : Joe

Auteur : Larry Brown
Édition : Folio (2001) / Gallmeister Totem (2014/2018)
Édition Originale : Joe (1991)
Traduction : Lili Sztajn

Résumé :
Gary Jones a peut-être bien quinze ans. Sa famille vagabonde, arpente les rues et les bois du Mississippi tandis qu’il rêve d’échapper à cette vie, à l’emprise de son bon à rien d’ivrogne de père.

Joe Ransom a la quarantaine bien sonnée. Il ne dénombre plus les bouteilles éclusées et les rixes déclenchées.

Lorsqu’il croise le chemin de Gary, sauver le jeune garçon devient pour Joe l’occasion d’expier ses péchés et de compter enfin pour quelqu’un.

Ensemble, ils vont avancer et tracer à deux un cours sinueux, qui pourrait bien mener au désastre… ou à la rédemption.

Critique :
♪ Hey Joe, where you goin’ with that gun in your hand ? ♫ (*)

Oui, Joe a un flingue sous le siège de sa voiture et oui, faut pas emmerder Joe…

Joe, il faut aussi le taxi, chargeant ses journaliers, des pauvres hommes Noirs, qu’il emmène faire bosser dans la forêt où ils doivent empoisonner des arbres afin d’en planter des autres, de ceux qui rapporteront du fric.

Le titre du roman est court, peu recherché, mais l’important est ce qui se trouve dedans : un pur roman noir de chez noir, aussi sombre que dans le trou du cul d’une taupe, occupée à creuser une galerie, au fond d’une mine, à minuit, par une nuit sans lune.

Tous les niveaux de sombritude sont cochés et on ne ressort pas de cette lecture en sautillant gaiement. Oubliez le pays des Bisounours, ici, c’est l’alcool qui sert à supporter des vies de misères, des boulots de merde, où l’on trime beaucoup pour gagner peu.

L’auteur prendra le temps avant de nous amener à la rencontre entre Joe Ransom, quadra qu’il ne faut pas faire chier et Gary Jones, gamin de 15 ans, analphabète qui ne sait rien de la vie, trop occupé qu’il fut à suivre ses parents dans plusieurs états.

Les descriptions des différents personnages qui hantent ces pages sont flamboyantes, profondes, détaillées. Des vies de misère, de crève-la-faim, de débrouillardises, de petits trafics en tout genre sont décrites au scalpel et les décors sont grandeurs nature, pollués aussi, puisque tout le monde jette ses canettes ou bouteilles par le fenêtre de son pick-up.

Dans cette petite ville du Mississippi que l’on pourrait appeler Bouseville ou Ploucville, le temps semble s’être arrêté. C’est une chape de plomb qui pèsera sur les épaules du lecteur qui a osé s’aventurer ici. Sans compter les tripes qui vont se serrer en voyant tout ce que Wade fait subir à ses enfants, notamment à son gamin, Gary.

Le père Jones, le fameux Wade, est LE personnage que l’on a envie de noyer dans la rivière du coin avant de creuser un grand trou pour l’y enterrer. Si les autres personnages traînent des casseroles à leurs culs de bouseux, lui, il a la collection complète.

Cet homme est égoïste, fainéant, alcoolique, voleur, menteur, exploiteur et j’en passe. Décapsuler une bière dans son périmètre est aussi dangereux que d’ouvrir une boîte de thon dans une pièce remplie de chats affamés.

Certains romans noirs sont poisseux de sang, « Joe » est un roman noir poisseux de misère. Les portraits sont esquissés avec justesse, ils sont fouillés, réalistes, certains sont même fait avec tendresse (John Coleman). Mais c’est noir de chez noir, sans espoir. Criant de vérité, de désespoir, de sueur, de sang, de saloperie…

Bref, la ruralité que l’on n’a pas envie d’arpenter en vrai mais qui nous plait vachement bien en version littéraire. Ce roman noir, c’est l’Amérique archi profonde, pauvre, alcoolique, minable où les gens triment du matin au soir pour gagner quelques sous.

(*) Hey Joe – Jimi Hendrix

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°35].

Nos corps étrangers : Carine Joaquim

Titre : Nos corps étrangers

Auteur : Carine Joaquim
Édition : Manufacture de livres (07/01/2021)

Résumé :
Quand Élisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agi­tation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convain­cus de prendre un nouveau départ.

Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrou­ver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahi­sons ?

Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?

Dans son premier roman, Carine Joaquim décrypte les mécaniques des esprits et des corps, les passions nais­santes comme les relations détruites, les incompréhen­sions et les espoirs secrets qui embrasent ces vies.

Critique :
Une fois de plus, je m’en vais à contre-sens des avis majoritaires. Heureusement, je ne suis pas la seule à aller dans le mauvais sens, celui des lecteurs/trices qui n’ont pas apprécié leur lecture.

La faute à quoi ? La faute à qui ? Sans doute à l’abondance de thèmes présents dans ce récit : l’anorexie, l’adultère, l’adolescence, les migrants, le handicap, le harcèlement scolaire, le cyber harcèlement, les transports en commun qui n’avancent pas, l’intolérance,….

À un moment donné, il faut trancher et ne pas tenter d’insérer tous ces sujets dans un roman de 288 pages. L’abondance de sujet nuit à ce court récit puisque chacune est effleurée, sans aller au fond des choses ou, du moins, un peu plus profondément.

Cela donne l’impression d’un fourre-tout où l’on aurait tenté de caser un peu tous les sujets du moment.

Aucun personnage n’a réussi à me toucher, si ce n’est Maxence, le jeune handicapé victime des moqueries des autres, dont celles de Maëva et Ritchie. Tiens, même le passé de Ritchie m’a laissée de marbre tant la manière de le raconter était froide, plate, là où d’autres auteurs m’avaient mis le cœur en vrac avec moins de mots.

Un article sur le sujet des migrants dans Le 1 m’avait bouleversé, ce ne fut pas le cas avec le récit de l’auteure.

J’ai lu ce roman l’esprit ailleurs, soupirant devant le scénario convenu, qui se déroulait comme je le pensais, sur un ton assez froid, distant. Les personnages ne m’ont pas fait vibrer, m’ont semblé manquer de profondeur, être là par hasard…

Et puis, le final a achevé de m’achever… Il est violent et horrible. Il surgit d’un coup (même si je me doutais que… no spolier) et s’est terminé aussi vite, en quelques lignes explicatives. Trop de glauque tue le glauque.

Anybref, il y aurait eu moyen, avec moins d’ingrédients, de faire un très bon récit sociétal. Sans aller dans l’originalité folle, on aurait pu se diriger vers une montée en puissance du récit, des émotions, de la psychologie…

Mais bon, moi je ne suis que lectrice, pas auteure. La critique est facile, écrire un roman l’est beaucoup moins.

Heureusement pour l’auteure, la majorité des critiques sont bonnes. Son roman et moi n’étions pas fait pour vibrer ensemble. Ça me désole toujours, surtout quand on l’a sélectionné et qu’on en attendait beaucoup.

Au suivant, comme le disait si bien le Grand Jacques…