Sherlock Holmes et les agents du Kaiser – 1 – Le Requin De La Tamise : Yves Varende

Titre : Sherlock Holmes et les agents du Kaiser – 1 – Le Requin De La Tamise

Auteur : Yves Varende
Édition : Claude Lefrancq (1997)

Résumé :
Automne 1911. Sur la requête de Winston Churchill, Sherlock Holmes consacre ses prodigieuses facultés de déduction et son étonnante science du déguisement à l’infiltration des réseaux allemands en cours d’implantation en Angleterre.

L’insouciante population londonienne vit sur un baril de poudre.

La pègre s’organise en de mystérieuses sociétés, dont les animateurs visent à la conquête du pouvoir. La mort rôde au bord de la Tamise…

Le grand détective réussira-t-il à neutraliser les alliés du Kaiser ?

Critique :
Seconde relecture de cette série avec le numéro 1, celui où nous faisons connaissance avec le méchant Mr Moon, qui, tel un Ponce Pilate, se lave souvent les mains, déléguant les sales besognes sanglantes à ses hommes de main.

Mais déjà à cette époque, la sous-traitance avait du plomb dan l’aile et s’il s’était chargé lui-même de la besogne, il aurait eu moins d’emmerdes.

Premier volet donc de la série de Sherlock Holmes et les agents du Kaiser. Nous sommes aux portes de la Première Guerre Mondiale, dans 3 ans elle se déclenchera et pour le moment, c’est la course à l’armement et on voit des espions partout.

Holmes est toujours décrit comme un radin par les Irregulars Of Baker Street, qui sont des adultes, maintenant, et, dans mes souvenirs canoniques, jamais Holmes n’a refusé de payer les primes promises aux gosses des rues qui étaient ses oreilles et ses yeux.

On le décrit aussi comme un homme qui n’aime pas parler de ses échecs, hors ce n’a jamais été le cas, souvenons-nous de « La figure jaune » :

Les dons exceptionnels de mon compagnon m’ont permis d’être l’auditeur, et parfois l’acteur, de drames étranges. En publiant ces croquis tirés de dossiers innombrables, j’insiste tout naturellement davantage sur les succès de Holmes que sur ses échecs. Ne croyez pas que je le fasse dans l’intérêt de sa réputation : c’était en effet dans les cas où toutes ses ressources paraissaient épuisées qu’il déployait une énergie et une vivacité d’esprit absolument admirables. La raison est ailleurs : là où il échouait personne d’autre, généralement, ne réussissait ; du coup l’affaire s’enterrait avant d’avoir reçu une conclusion. Il arriva tout de même que Holmes se trompa et que la vérité fut néanmoins tirée du puits.

— Watson, si jamais vous avez l’impression que je me fie un peu trop à mes facultés, ou que j’accorde à une affaire moins d’intérêt qu’elle ne le mérite alors ayez la bonté de me chuchoter à l’oreille : “Norbury !” Je vous en serai toujours infiniment reconnaissant.

Une fois de plus, le Méchant Mr Moon peut se déguiser en n’importe qui, son visage doit être fait en cire puisque personne ne le reconnaît… Fantastique, non ? Même Holmes n’y arrive pas à faire aussi bien, d’après lui.

Autre chose, Holmes mesure 1,80m. Je veux bien qu’à 60 ans et quelques poussières, il se soit tassé, mais pas au point où quand, déguisé Horse Guard et se dévoilant à Winston Churchill, ce dernier lui demande alors :

— Bon sang, Holmes ! Comment avez-vous fait pour grandir de trente centimètre ?
— Je reconnais cette obligation de la Garde est un peu déplaisante, admit le détective. J’ai dû remplir le fond de mes bottes de sortes d’embauchoirs qui me transforment en échassier, mais cela m’impose une démarche qui ajoute de l’authenticité au personnage.

Donc, si je calcule bien, les Horse Guard devaient mesurer 2,10m ?? Parce que même si Homes a rétrécit au lavage et ne toise plus que le 1,60m, se grandir de 30cm voudrait dire que tous les Horse Guard devaient mesurer 1,90m… Devait pas en trouver des masses pour leur régiment…

Pour le reste, la narration est toujours en dessous de ce que j’aimerais lire et je me suis emmerdée ferme dans les passages où l’on nous parlait des tensions entre les différents pays. Or, c’est un sujet qui me passionne ! Quand il est bien narrée, en effet.

Pas de souvenirs impérissables à garder de cette relecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

L’homme du lac : Arnaldur Indriðason [Erlendur Sveinsson 4]

Titre : L’homme du lac

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition:  Métailié (2008) / Points (2009)
Édition Originale : Kleifarvatn (2004)
Traducteur : Éric Boury

Résumé :

En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractère cyrillique à demi effacées.

Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide.

Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple,jugeait nécessaire de le surveiller constamment.

Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.

Petit plus : Indradison nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’Histoire, sans jamais sombrer dans le pathos.

L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.

Critique :
Oyez, oyez, braves damoiseaux et demoiselles ! Et souffrez que je vous présente mes confuses…

J’ai omis de vous conter la critique de ce roman que j’ai lu durant mes vacances de juin 2012.

Ce que j’en ai pensé ?

Entre nous, si vous êtes un adepte de la chasse à courre où l’on poursuit le gibier sans relâche, où les chiens, la gueule béante, se ruent sur la proie, la taillant en pièce, et que les chevaux, luisant d’écume, vous offrent une cavalcade endiablée, passez votre chemin.

Ce genre de sensations fortes se retrouvent chez les autres auteurs, par chez Indriðason !

Dans les romans mettant en scène le commissaire Erlendur, on traque à son aise, on suit des pistes incertaines, juste armé d’un quart de poil dont on est même pas sûr qu’il appartient à notre gibier.

Pas de courses-poursuites, pas d’enquêtes qui vont vite, pas d’indices qui se ramassent à la pelle et pas des coupables enfermé dans un lieu clos.

Non, passez votre chemin si c’est après cela que vous courez, la truffe au vent.

Malgré tout, moi qui aime l’exaltation de la traque, j’ai apprécié changer de rythme dans ce polar islandais.

J’aime bien Erlendur et sa carapace qui se lézarde, ses enfants paumés, ses petites prises de becs avec eux, son côté « hors normes ».

Oui, Erlendur va à son aise, il traque sans se presser, poussé par une idée qui lui trotte dans la tête.

Ce que j’ai apprécié aussi, c’est la partie « historique » qui se rapporte à un personnage dont on ne sait pas, au départ, son rapport avec le cadavre du lac.

Puis, tout doucement, on entrevoit une possibilité, une fin tragique et on se surprend à croiser les doigts que « non, pas ça ! »

Une fois de plus, j’avais envie de prendre le coupable dans mes bras, de lui dire que…

Mais qu’auraient-pu apporter mes paroles à une peine aussi grande ?

Sans sombrer dans le pathos, l’auteur m’a mis les larmes aux yeux.

Oui, une aussi grosse brique qui possède un rythme lent m’a émue, entraînée, passionnée et je ne l’ai lâché qu’avec regrets.

Comme quoi, même les fans de chasse à courre peuvent, de temps à autre, lever le pied et traquer à son aise pour finir par se dire qu’on fait parfois plus de dégâts à trouver le coupable qu’à le laisser courir.

Le Siècle -Tome 1 – La chute des géants : Ken Follett [LC avec Bianca]

Titre : Le Siècle -Tome 1 – La chute des géants

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (30/09/2010) / LP (04/01/2012)
Édition Originale : The Century Trilogy – Book 1 – Fall of Giants (2010)
Traducteurs : Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Viviane Mikhalkov

Résumé :
En 1911, les grandes puissances vivent leurs derniers instants d’insouciance. Bientôt la guerre va déferler sur le monde…

Cinq familles – américaine, russe, allemande, anglaise et galloise – vont se croiser, s’aimer, se déchirer, au rythme des bouleversements de l’Histoire: la Première Guerre mondiale et la Révolution russe.

Cette gigantesque fresque brasse toute la gamme des sentiments humains et dresse une galerie de portraits saisissants : des personnages exceptionnels, passionnés, ambitieux, attachants, tourmentés, qui bravent les obstacles et les peurs pour s’accomplir en dépit des tragédies qui les emportent.

Entre saga historique et roman d’espionnage, histoire d’amour et lutte des classes, Le Siècle, la nouvelle épopée de Ken Follett en trois volumes, traverse la période la plus agitée, la plus violente et la plus complexe des temps modernes : la grande aventure du XXe siècle…

Critique :
♫ Qui c’est qui est très gentil ? Les gentils ♪ Qui c’est qui est très méchant ? Les méchants ♫ Qui c’est qui est l’mieux à l’écrit (les gentils) ♫ Qui n’a pas de circonstances atténuants (les méchants) ♪

Cette petite chanson pour illustrer le problème des romans de Ken Follet : le manichéisme de ses personnages et le fait que peu d’entre eux évoluent dans un sens ou l’autre.

Les méchants restent bêtes, méchants et bornés et les gentils sont pourvus de toutes les qualités.

Et vous savez le pire ?? C’est que chez Ken Follet, ça ne me pose que très peu de problème ce manichéisme assumé.

Si en lisant (ou en regardant) Game Of Thrones, je frémis pour chaque personnage que j’apprécie, je sais que chez Ken Follet j’ai peu de risque de les voir mourir. Ce n’est sans doute pas très réaliste, je le sais, mais j’apprécie le fait de ne pas me faire du mauvais sang pour les personnages que j’apprécie.

De plus, dans ce roman, les femmes sont toutes avec des envies d’indépendance, féministes, battantes, intelligentes (je ne m’en plaindrai pas). Je parle bien entendu des femmes ayant un grand rôle à jouer.

Voilà, c’est dit.

Par contre, niveau saga historique, là, le père Follet, il assure un max parce que je viens de lire la Première Guerre Mondiale comme j’aurais aimé qu’on me l’expliquasse à l’école (pour info, on nous a parlé de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg-Este, la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie et la guerre qui commence avec le jeu des alliances et puis, basta, terminé, merci au revoir).

Durant 1.000 pages, l’auteur va nous faire passer de 1911 à 1924, nous montrant les prémices du futur conflit à venir (discussion politiques) et ensuite de ce qui se déroula durant la guerre (certaines batailles), et ce, au travers de plusieurs personnages bien distincts, que ce soit au niveau des nationalités ou de leur origines sociales.

Dommage que en plus des russes, des anglais, des gallois, des américains et des allemands, il n’y ait pas eu le point de vue de personnages belges puisque les allemands ont traversé mon petit pays sans nous demander notre avis.

PS : Ils voudraient le refaire maintenant, ils se retrouveraient bloqués au carrefour Léonard, sur le Ring, sur le pont Van Praet et casseraient leurs chenilles sur nos routes pleines de trous.

L’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur la presse qui fit monter la haine envers les perdants ou qui fit la propagande de la guerre, sur les gouvernements, les officiers ou les aristocrates très va-t-en-guerre (pour ne pas sortir les noms d’oiseaux), sans parler des officiers à qui il n’aurait même pas fallu confier un chien pour aller le faire pisser.

J’aimerais vous parler plus en profondeur de ce livre, de cette saga énorme, de tout ce qu’elle renferme d’important, de vous dire que j’avais l’impression d’y être, que le suspense était tel, à un moment donné, que j’ai espéré que la guerre ne se fisse pas, que Lénine ne prenne pas le pouvoir et que la bataille de la Somme ne se termine pas en boucherie.

C’est vous dire le talent de l’auteur pour me faire espérer des faits que je sais avérés.

L’avantage d’un récit historique romancé, c’est qu’il nous permet de nous attacher à certains personnages et cela rend les discussions politiques moins absconses, moins impersonnelles.

L’avis de ma copinaute Bianca se trouve sur son blog : un lecteur averti en vaut deux ! Et un clavier Azerty aussi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) , le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°27 – Traité Naval – Intrigue en partie politique).

La Louve et la croix : S. Andrew Swann

Titre : La Louve et la croix

Auteur : S. Andrew Swann
Édition : Milady (2010)

Résumé :
1220. Au cœur des sombres forêts des Carpates, frère Semyon von Kassel, chevalier de l’ordre de l’Hôpital Sainte-Marie-des-Allemands de Jérusalem, court comme s’il avait le diable aux trousses. Une bête monstrueuse, mi-homme mi-loup, a décimé ses compagnons.

Grâce à lui, l’Église va en faire une arme à son service : les chevaliers Teutoniques recueillent et dressent clandestinement ces terrifiantes créatures pour terroriser les païens.

Or l’un de ces loups-garous, une fille nommée Lilly, réussit à s’échapper et trouve refuge auprès d’un jeune paysan qui fera tout pour la protéger des Templiers. mais aussi d’elle-même.

Car la sauvagerie du meurtre est la seule vie que Lilly ait jamais connue et si le jeune homme ne parvient pas à percer les ténèbres de son âme, il sera sa prochaine victime.

Critique :
Ce roman a une histoire : il avait fait partie des tous premiers livres que j’avais ajouté à ma wish-list lors de mon inscription sur Babelio, en mars 2012. C’est vous dire si je désirais ardemment le lire !

N’arrivant jamais à mettre la main dessus, j’avais fini par l’enlever de cette liste « pense-bête » jusqu’au jour où je lui suis tombée sur le paletot, dans la plus grande librairie de plein-pied du monde !

Entre l’achat en juillet 2015 (le ticket était toujours dedans), et sa lecture, il s’est passé du temps aussi… La faute à un HAL dantesque.

Mais maintenant que je l’avais extrait de ma biblio, on allait voir ce qu’on allait voir ! J’allais ENFIN le lire ! Les mains un peu moites car une si grande attente débouche parfois sur des désillusions…

Surtout lorsqu’il est question de loups-garou…

Bon, ce ne sera pas le chef-d’œuvre de la littérature fantasy, il est bourré de défauts, il n’a pas la profondeur d’un « L’Heure du loup », il frôle même parfois le gnangnan ou la praline, mais dans l’ensemble, si on ne fait pas la difficile, ça passe.

Ça est même bien passé puisqu’après avoir lu les 100 premières un jour, j’ai englouti les 378 le lendemain soir. Ne pas être en forme a du bon, niveau bouffage de pages.

Après un début tonitruant (non, ce n’est pas le petit nom d’un mafiosi), on se calme un peu lorsque Lilly, la louve-garoute (on dit loup-garou ?) rousse qui vient de s’évader se retrouve à poil devant le pauvre Udolf, 18 ans, un bras en moins, mais du cœur à revendre.

Nous sommes dans une région de la Prusia, en 1230, et quasi toute la région est sous la botte des Chevaliers Teutoniques et du très Saint Empire Germanique.

Ceci n’est pas divulgâcher la chose que de vous dire que l’histoire d’amour entre Lilly et Udolf est téléphonée et qu’on l’a voit venir de tellement loin qu’on se demande comment eux-mêmes ne s’en sont pas rendu compte plus vite. Y’a pas que ça que j’avais compris bien avant Udolf, moi.

Niveau écriture, on n’entrera pas à l’Académie, elle est d’un niveau accessible pour tous et toutes, sans poésie, sans belles tournures de phrases et le dictionnaire n’est pas nécessaire à la compréhension des mots alignés pour faire des phrases.

Les seuls qu’on a du mal à comprendre, ce sont les titres allemands des chevaliers Teutons ou autres chefs de fief ou comté. Là, on sent que l’auteur a potassé son « Petit chevalier sans peine ».

Les personnages auraient mérités un peu plus de profondeur et un peu moins de dichotomie parce qu’ici, les Bons sont très gentils et les Méchants sont très méchants, carrément méchants, jamais contents ♫

Quant à Lilly, la loup-garou (l’Académie pourrait-elle me dire si on le féminise ou pas ?), elle a tout pour affoler le compteur Geiger spécial Mary-Sue ! Wiki étant mon ami, je t’ai mie le lien, cher lecteur, chère lectrice (l(écriture inclusive aux chiottes !), au cas où tu serais fatigué à l’idée de devoir taper le mot dans ta Sidebar de Google  !

Donc, chers amis lecteurs et trices, vous l’aurez compris, le roman ne brille pas par son originalité, ni par ses personnages principaux, ses méchants ou ses envahisseurs.

La seule chose que je soulignerai, c’est le tacle de l’auteur vis-à-vis d’une certaine Église Chrétienne et sa propension à vouloir convertir tout le monde de force, dans le sang et les tripes, surtout les païens qui croyaient en plusieurs dieux.

L’auteur montre bien à un certain moment que les chrétiens convertis doivent toujours en faire plus pour prouver qu’ils sont bien chrétiens. C’est à la limite si on ne leur demande pas de se faire plus chrétien que le pape ou plus catholique que le Bon Dieu lui-même !

Quoiqu’ils fassent, ce n’est jamais assez, et s’ils se montrent trop zélés et arrivent au niveau de l’envahisseur, ça risque aussi de se retourner contre eux car l’Homme n’aime pas que ceux qu’ils pensent plus bas qu’eux se hissent à leur niveau.

Un peu comme on fait avec d’autres, que ce soit niveau religieux ou de l’intégration d’autres cultures. On leur demande des efforts et s’ils tendent à nous égaler, alors, ça ne va plus.

Un roman de fantasy qui aurait être plus profond, plus travaillé, avec un scénario moins éculé, moins téléphoné. Un roman qui, si on n’est pas trop regardant, peut vous faire passer quelques heures bienheureuses, dans une époque reculée où je n’aurais pas aimé vivre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule, Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°6 – Ligue des rouquins – Un des personnages principaux est roux) et le Challenge Totem (Loup-Garou) chez Lili Galipette.

L’Ami retrouvé : Fred Uhlman

Titre : L’Ami retrouvé

Auteur : Fred Uhlman
Édition : Gallimard (1983)
Date de publication originale :  Reunion (1971)

Résumé :
Âgé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart.

Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence.

C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart.

Critique :
J’ai longuement hésité à le lire, me souvenant, avec effroi, du traumatisme que le livre « Mon ami Frédéric » avait causé en moi (j’étais très jeune et n’avais pas encore bien capté la noirceur de l’Humain).

C’est donc avec appréhension que j’ai ouvert cette longue nouvelle, ou ce court roman, au choix, puisque l’on se situe à cheval entre les deux genres.

Je suis ressortie de ma lecture avec les émotions moins chamboulées que je ne m’y attendais car le roman se concentre plus sur l’amitié qui est née entre Hans Schwarz (16 ans), le narrateur, fils d’un médecin juif, et Conrad von Hohenfels, un jeune aristocrate (même âge).

Nous sommes à Stuttgart, en 1932 et je ne dois pas vous rappeler qu’en ce temps là, il y avait la montée en puissance du régime nazi, mené par un moustachu qui aurait mieux fait de s’étrangler durant son enfance ou durant sa gestation…

On sent monter la peste brune, on pourrait presque entendre le bruit des bottes à clous, on entend certains discours, des slogans, des aboiements que l’on connait, mais cela reste assez ténu, c’est vraiment en arrière-plan.

Ce qui est mis en avant, c’est cette amitié improbable entre le fils d’un médecin juif et un fils issu de la haute bourgeoisie. Une amitié hors norme, impensable, contre-nature, diraient certaines mauvaises langues.

Alors oui, le livre n’est guère épais, mais il est puissant de par ce qu’il évoque, de par ce qu’il sous-entend avec peu de mots, peu de phrases, ses références à une partie sombre de l’Histoire humaine.

Les personnages sont attachants, autant Hans qui a de grands idéaux sur l’amitié, et Conrad, qui traine toute une kyrielle d’ancêtres célèbres et qui se fait traiter avec un infini respect par les autres, impressionnés qu’ils sont par son pedigree royal (canin ?).

Le pire, ou le plus touchant, c’est le père de Hans qui pense que ses compatriotes vont se réveiller et comprendre que le nazisme est une grosse pustule qu’il faut écraser et que d’ici peu de temps, la patrie de Goethe et consorts va virer cette foutaise qu’est Hitler et son nazisme.

Croyez vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ?

Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après 2000 ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait jadis été occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu’à d’incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe.

Un roman fort, mais avec moins d’émotions que dans « Mon ami Frédéric » qui nous expliquait les pogroms, tandis qu’ici, tout est en arrière-plan, on s’en doute parce qu’on connait ce qu’il s’est passé.

Et puis, à la dernière ligne, on se prend un V2 dans la gueule, une rafale de mitraillette dans le plexus, on chancelle, on reprend son souffle et là, bizarrement, les yeux se mouillent.

Un roman qui se dévore en peu de temps, mais qui marque l’esprit, même s’il se ne sera pas au fer rouge sur ma peau en plus (ça, c’est réservé aux romans traumatisants qui finissent au freezer).

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (auteur anglais)  et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°5 – Un scandale en Bohême).

Les aventures de Charlotte Holmes – Tome 2 – Le dernier des Moriarty : Brittany Cavallaro

Titre : Les aventures de Charlotte Holmes – Tome 2 – Le dernier des Moriarty

Auteur : Brittany Cavallaro
Édition : Pocket Jeunesse (07/09/2017)

Résumé :
Les vacances de Noël de Jamie Watson ne s’annoncent pas de tout repos : invité dans le luxueux manoir des Holmes dans le Sussex, il se heurte à l’énigmatique comportement de Charlotte. Et quand l’oncle de celle-ci disparaît, le duo se doit de reprendre du service.

Les arrière-petits-enfants des célèbres D. Watson et Sherlock Holmes s’envolent alors pour Berlin, sur les traces d’une mystérieuse filière des faussaires… Leur contact ? Auguste, le dernier descendant des Moriarty…

Critique :
Holmes et Watson comme on ne les a jamais vu… Normal puisque ce ne sont pas les vrais mais leur descendance : ce sont les petits-petits-petits fillots des véritables Holmes et Watson de Baker Street.

Une fille, un garçon, ça donne des envies de faire du chabadabada, mais entre eux, personne n’y croit vu que Charlotte Holmes est le portrait craché de son lointain ancêtre et qu’elle est donc allergique aux sentiments.

Quant à Jamie Watson, il veut trop la protéger, la mettre dans de la ouate, dans son lit, rêve d’une vie de couple avec elle et en devient parfois un peu lourd.

Dans cette deuxième aventure des descendants Holmes-Watson, on retrouve ce qui a fait le succès de la première, additionnée d’un peu plus de descendance du terrible professeur Moriarty et un peu plus de loufoquerie, surtout que sur la fin, on a tout d’un final grandiloquent à la James Bond ou même pire… Un tantinet exagéré, peut-être…

Cette fois-ci, on quitte l’Amérique et direction l’Angleterre et le manoir de la famille Holmes où le jeune Watson va enfin faire connaissance avec les parents un peu zarbi de Charlotte, ensuite, il faudra attendre un peu qu’une disparition arrive pour voir nos jeunes amis se lancer dans une enquête qui a tout l’air de ne pas en être une, tant Charlotte n’est pas trop à ce qu’elle fait.

Bien entendu, le lecteur un peu malin aura compris ce qui clochait bien avant Watson et sa déduction ne pourra être que « Bon sang, mais c’est bien sûr… », ce à quoi on pourrait répondre par un hérétique « Élémentaire, mon cher Watson ».

Si le roman ne mange toujours pas de pain et ne cassera jamais trois pattes à un canard, il a tout de même réussi à me divertir sans me faire fumer le cerveau et en lui offrant même du temps libre.

Les personnages auraient pu être attachant, mais je trouve toujours que Charlotte est horripilante au possible et autant j’apprécie son ancêtre et tout ses travers, autant elle, avec les siens, ça ne colle pas entre nous deux.

Jamie Watson, lui, est plus accessible, plus « comme nous », avec ses défauts, ses qualités, ses idéaux, ses envies, ses emmerdes, son côté un peu ado à baffer…

Anybref, j’ai passé un bon moment de lecture, sans me prendre la tête, sans que mes neurones ne fument, j’ai suivi l’enquête de nos deux jeunes, qui, comme dans le canon, laisse la part du lion à Holmes et Watson en simple observateur, même si ce dernier aura tout de même un rôle à jouer.

Comme pour le premier, ça ne mange pas de pain, ça ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais en bonne collectionneuse holmésienne, je lirai le troisième pour clore la trilogie, car, avec un peu de chance, le dernier aura bonifié…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°35 – Charles August Milverton).

Swastika night : Katharine Burdekin

Titre : Swastika night

Auteur : Katharine Burdekin
Édition : Piranha (21/10/2016)
Édition originale : Swastika night – 1937 (sous le pseudonyme de Murray Constantine)

Résumé :
Sept cents ans après la victoire d’Hitler, l’Europe est soumise à l’idéologie nazie.

Les étrangers servent de main-d’œuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire.

Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier von Hess de l’existence d’une chronique retraçant l’histoire de l’ancien monde…

Critique :
Il fallait avoir une sacrée paire de couilles pour publier une uchronie dystopique (une dystopie uchronique ?) sur les dangers du nazisme en 1937, alors que la Seconde Guerre Mondiale n’avait pas encore commencé et que certains pensaient toujours qu’elle n’aurait pas lieu.

Des couilles et une sacrée vision des choses qui pourraient se produire si cette idéologie gagnait toute l’Europe.

La guerre n’est pas encore déclarée que l’auteure avait déjà imaginé un conflit terrible, basant son récit sur une victoire des allemands.

Pire, ayant connaissance des faits, je reste sans voix devant la clairvoyance de la dame qui, même si elle remplace les Juifs par des chrétiens, parle déjà d’extermination totale. Et en plus, dans son récit, les Juifs n’existent quasi plus… Exterminés qu’ils furent par les allemands.

C’est là que le roman prend toute sa force car il ne s’agit pas ici d’une 36ème version parlant d’une fin alternative de la Seconde Guerre mondiale mais bien d’une anticipation terrible sur l’avenir de l’Europe et du monde si le nazisme triomphait.

Le roman fait froid dans le dos… Nous sommes 700 ans après Hitler (oui, le vilain moustachu a remis à zéro le compteur de Jésus-Christ), le saint empire hitlérien domine toute l’Europe, et quand je dis toute, c’est toute, même pas un village gaulois pour résister.

Nous sommes face à une dictature impitoyable où les femmes ont autant de droit que les chiens et dont leur rôle est celui de poules pondeuses, juste bonne à se faire engrosser par les hommes et à mettre au monde des garçons, qui leur seront enlevés à l’âge de 18 mois.

Parqués dans des camps, nous sommes soumises au bon vouloir des mâles et le viol n’est plus un crime depuis longtemps. Nous n’avons plus de pensées, plus de vie, plus d’allant, plus rien…

L’art et la culture n’existent plus, les livres c’est pareil, hormis la Bible d’Hitler et les manuels techniques, les gens ne savent plus lire, lire ne sert à rien. Ne reste que la musique, mais tous les grands compositeurs que nous connaissons sont devenus allemands ou autrichiens, sans exception.

De plus, on a beau être 700 plus tard, les technologies ne sont pas très avancées, comme si les Hommes en avaient peur, comme s’ils vivaient toujours à l’époque de 1940 avec ses aéroplanes et ses vieux camions de l’époque.

L’univers qui est décrit dans ses pages est tout bonnement impitoyable, horrible, donnant des sueurs dans le dos car tout le monde a oublié ce qu’il y avait avant l’avènement du nain de jardin moustachu et on a fait de ce dernier un Dieu, limite un Jésus puisqu’il a donné naissance à une religion, la sienne.

La religion hitlérienne a remplacé la pensée. Hitler est Dieu sauf pour les parias chrétiens qui ne font pourtant pas preuve de plus d’intelligence avec leur propre culte : la religion quelle qu’elle soit ne sert qu’à fabriquer du prêt-à-penser qui annihile l’intelligence.

Tout est effacé, on a réécrit l’Histoire, les faits ont été changés, tout est à la gloire des allemands et des nazis, les religions éradiquées et ce qui les remplace est une horreur sans nom, les chrétiens étant même considéré comme moins que des rats !

Ah, et le petit homme ventripotent que nous connaissons, moustachu, moche, avec du bide et une mèche de cheveux gras est devenu – propagande oblige – un grand blond magnifique (2,10m) aux yeux bleus, avec des cheveux blonds et longs digne d’une pub de chez l’Oréal, un être quasi divin, et pas sorti du ventre d’une femme.

On lui a écrit une légende, il fait l’objet de culte, on visite les lieux saints en Allemagne et les seuls à ne pas avoir été envahis sont les japonais, qui eux, tiennent sous leur coupe les américains.

L’histoire gravite autour d’Alfred, un anglais, le personnage principal avec Herman, l’ouvrier agricole l’allemand et Von Hess, le chevalier.

Malgré leurs différences et leurs divergences, ces trois là vont discuter ensemble et le chevalier fera de terrible révélations à nos deux hommes, plongeant dans le désarroi le plus total l’allemand qui voit ses croyances s’effondrer.

Trois personnages attachants, réalistes, avec leurs pensées conformes à ce qu’ils ont toujours vu et vécu, la rébellion étant à proscrire chez les soumis, d’ailleurs, ils n’y penseraient même pas. Pourtant, comme le personnage d’Orwell dans 1984, Alfred a déjà conscience qu’on lui a menti cherche à déjouer la supercherie.

On ne peut pas dire qu’il se passe des tas de choses importantes, dans ce roman, mais on s’en moque, la narration étant tellement forte que l’on blêmit lors des conversations entre Alfred et le chevalier (haut grade chez les allemands), en découvrant la vie des gens, la condition de la femme, de l’enfant, les pensées qui sont celles des humains de tout bord.

Loin d’être indigeste, ce petit roman de 230 pages est limpide, facile à lire, même s’il a tendance à vous foutre des claques régulièrement, et pas des petites.

Il y a un réalisme effroyable, dont des faits qui se remarquent depuis quelques temps chez les Chinois avec leur règle de l’enfant unique (plus de garçons que de filles et un déséquilibre, comme dans notre roman).

Ceci est plus qu’un roman, c’était une vraie mise en garde en son temps, et elle vaut toujours pour notre époque ! Qui voudrait d’une telle société où les gens ne pensent pas par eux-même ?

Glaçant !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

Nuit mère : Kurt Vonnegut

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Titre : Nuit mère

Auteur : Kurt Vonnegut
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
« Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination. »

Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge à succès exilé en Allemagne fut en effet le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi.

Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés.

Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau.

mother-nightCritique :
Voilà un roman qui sort des sentiers battus, aux antipodes de ce que je lis habituellement, et dont, au final, je suis sortie assez secouée.

Howard C. Campbell dit lui-même qu’il est un américain de naissance, un nazi de réputation et un apatride par inclination.

Cet homme que l’on devrait détester nous livre ce récit autobiographique, fictif, de sa vie durant la Seconde Guerre Mondiale en tant que grand propagandiste sur les ondes radios et du côté des nazis.

Récit autobiographie qu’il aurait envoyé à l’auteur, Kurt Vonnegut, depuis sa cellule à Jérusalem dans laquelle il attend son procès.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est qu’au début, on devrait haïr Howard pour ce qu’il a fait, mais au fur et à mesure des pages, on ne sait plus trop quoi penser de lui et la balance penche irrémédiablement vers le mec sympa plutôt que vers le vrai salaud.

L’équilibre étant toujours sujet à caution puisque Howard pourrait nous raconter des carabistouilles… ou pas !

Parce que si cet homme fut un propagandiste, ce ne fut pas vraiment de son fait, mais en tant qu’espion pour les États-Unis !

Dans ses discours farcis à la haine des autres et à la sauce antisémite, ses soupirs, ses toussotements auraient été des codes pour les Américains à l’écoute de ses diatribes haineuses.

Vrai ou pas vrai ?? Sans doute vrai, mais peu de personnes peuvent le confirmer et tout le roman sera rempli de faux-semblants, de ces gens qui pensent être une chose et qui sont l’exact opposé, de ces gens qui se disent purs et qui ne valent pas mieux que les nazis nostalgiques ou les nazis de l’époque du moustachu à la mèche de cheveux noire.

Nous sommes ce que nous feignons d’être, aussi devons-nous prendre garde à ce que nous feignons d’être.

Soyez sur vos gardes durant la lecture…

La plume de l’auteur est facile à lire, le roman se termine en quelques heures, il n’est guère épais (guerre et paix), mais il y a dedans quelques réflexions profondes dont les plus étonnantes sont celles entre Howard Campbell et Eichmann, ce dernier lui demandant s’il devait avoir recours à un agent littéraire ou encore les tournois de pingpong organisés au ministère de la Propagande.

Ici, les salauds ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être et les gentils non plus, tout le monde cache des choses, tout le monde cache ce qu’il est vraiment, et les gens tendent à devenir les personnages dont ils ont endossé les habits pour les besoins de leurs missions.

Nuit mère est un roman étrange, une confession d’un homme seul, d’un homme qui soulève de l’admiration chez les amateurs de la race Blanche et le dégoût chez les autres, exacerbant chez ces derniers des envies de lui casser la gueule puisqu’il fait un parfait bouc émissaire en tant qu’Américain ayant frayé avec l’Ennemi (oubliant de ce côté là que les banques américaines soutinrent l’effort de guerre des deux cotés, aussi bien des yankee que des casques à pointes et des bottines à clous).

Un roman rempli de faux-semblants qui me laisse un peu groggy et perplexe sur la nature Humaine (mais je l’étais déjà).

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - T2 - Mon retour en France

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Le premier volet de cette histoire s’achevait sur le départ des prisonniers de leur stalag fin janvier 1945, toujours encadrés par leurs geôliers, sous la menace de l’armée rouge soviétique lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie alors en pleine débâcle.

Le second volume de ce grand récit de guerre reprend là où le premier s’était arrêté, toujours sous le regard attentif de l’alter-ego enfantin de Tardi : la longue marche des prisonniers dans un dénuement total et sous des températures extrêmes, la violence des garde-chiourme, la peur que suscitent les troupes russes toutes proches, les expédients pour s’assurer les meilleures chances de survie, les velléités d’évasion et ici et là quelques rares moments de récupération, comme la miraculeuse douche chaude négociée dans les locaux d une ancienne brasserie…

Autant de péripéties authentiques directement inspirées du carnet tenu au fil des jours à la mine de plomb sur « un cahier d’écolier coupé en quatre » par René Tardi, que l’on suit avec ses compagnons d’infortune tout au long de leur marche harassante à travers l’Europe dévastée, en direction de la France et de leurs foyers si longtemps espérés.

Un témoignage d’une force exceptionnelle, et toujours le brio sans équivalent de l’un des plus grands auteurs de la bande dessinée contemporaine.

RT PlancheA_228987Critique :
Pour une fois, j’avais lu la seconde partie avant la première, cette dernière n’étant pas disponible à la biblio.

Bon, ce n’est pas si grave que ça, l’œuvre est à découvrir de toute façon pour l’Histoire qu’elle raconte, pour le passé sombre que la Seconde Guerre Mondiale fit vivre au gens.

Sans compter qu’ensuite, ces prisonniers durent souvent faire face au mépris de ceux qui avait fait la Grande Guerre parce que eux, ils ne l’avaient pas perdue et n’avaient pas été défaits en quelques mois.

Nous avions quitté le tome 1 sur le départ des prisonniers de leur stalag IIB fin janvier 1945 et nous les retrouvons ici, toujours encadrés par leurs geôliers qui ne veulent pas trainer car il sente le souffle de l’Yvan dans leur dos et n’ont pas trop envie de se frotter à l’armée rouge soviétique qui s’est lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie qui est en pleine débâcle.

Comme pour le premier, Jacques Tardi, le fils, se met en scène, accompagnant sur les routes enneigées son père.

Ils traversent des villes dévastées ou qui le seront bientôt et on assiste, impuissant, à l’indifférent du prisonnier Tardi (et des autres) aux actes de violence et de vengeance commis par des prisonniers ou tout autre homo sapiens qui, dans ces conditions, régresse vite au stade d’animal enragé.

— Plus d’une fois, vers la fin, nous avons été salauds avec des civils !

Et leur périple fut long et dur (il suffit de regarder la carte au début de l’album) et ceux qui avaient survécu aux privations du Stalag seront nombreux à laisser leur maigre carcasse sans vie sur le bord des routes, sous des -30°.

Tout en marchant, aux travers de ses questions à son père, Jacques Tardi évoquera aussi des tas de sujets tels les sur le Lebensborn (les couveuses pour « poussins » aryens), les Einsatzgruppen (de troupes qui ratissaient les ghettos et programmaient le suicide forcé des juifs) ou les corps francs (des anciens combattants qui avaient été proches de Hitler à ses débuts).

Nous apprendrons, en même temps que les prisonniers, ce que sont devenus Hitler et son Eva, Goebbels, sa femme et leurs six enfants, Göring, Himmler et j’en passe, tout en traversant des villes bombardées.

Petit supplément, le fils Tardi nous explique aussi le futur des villes qu’ils ont traversés durant ces 5 mois d’errance.

Tels des vaches allant à l’abattoir, poussés vers l’Ouest par des fridolins enragés qui avaient la peur au bide, frappés à coup de crosses, affamés, parqués dans des hangar froids, partageant leurs habits avec leur vermine en tout genre (puces, poux, morpions), ils ont avalés kilomètre après kilomètre, exposés à tous les vents (c’était l’hiver), leur pieds les faisant souffrir, affaiblis et démoralisés.

Comme le premier tome, le second est dans les tons gris, à trois images par page, il est dur, éprouvant, dur avec tout le monde, et une fois terminé, on ressent un grand malaise à cause du traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre, aux civils, à ceux qui se sont gaussés en 39-40 et qui chiaient dans leur froc lors de la débâcle.

Et quand nos prisonniers arrivaient à se libérer eux-mêmes, ils ne savaient pas ou aller pour rentrer chez eux.

Bref, un autre tome d’une excellente qualité de ton, des dialogues entre le père et le fils assez incisifs, une critique de la guerre, un regard sombre sur ces années qui firent passer un bon nombre de gens de vie à trépas ou qui les laissèrent dans un état de traumatisme.

Étoile 4,5

 RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - Jacques Tardi

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Avec Moi, René Tardi, prisonnier de guerre – Stalag IIB, Jacques Tardi concrétise un projet mûri de très longue date : transposer en bande dessinée les carnets de son propre père, rédigés des années durant sur des cahiers d’écolier, où celui-ci tient par le menu la chronique de sa jeunesse, en grande partie centrée sur ses années de guerre et de captivité en Allemagne.

Après avoir, comme on le sait, énormément travaillé sur la guerre de 14 – 18, c’est la première fois que Tardi se penche d’aussi près sur la période de la Seconde Guerre mondiale.

Ce faisant, il développe également un projet profondément personnel : en mettant en images l’histoire de son père militaire, Tardi explore rien moins que les racines, les origines et les ressorts de sa propre vie.

Ce « roman familial » prend des accents d’autant plus intimes que Tardi a associé au projet deux de ses propres enfants, Rachel (qui assure la mise en couleur) et Oscar (documentation et recherches iconographiques).

Moi PlancheA_175323Critique :
— Ach, fous zavez berdu la guerre, petits françouzes, alors, on fa fou le faire bayer cher dans nos kamps *rire sadique*

Ainsi devait parler le feldwebel « Kolosal Konnard » ou tout autre « Kartoffel-Führer », faisant son dikkenek devant les pauvres soldats français qui venaient de se prendre la pâtée en un temps record.

Ne vous en faites pas, nous les Belges, on se croyait tranquilles car neutres…

On s’était tous foutus le doigt dans l’œil jusqu’au coude et bardaf, ce fut l’embardée.

Tout comme Art Spiegleman l’a fait dans son « Maus », Jacques Tardi tente aussi de comprendre son père au travers de la réalisation de cet album où il se met en scène à ses côtés, lui posant « en direct » des questions, le suivant durant son périple en char ou en tant que prisonnier dans le Stalag IIB, en Poméranie.

On sent du Louis-Ferdinand Céline dans cette haine de René Tardi ressent contre la société qui n’a pas bougé, contre cette armée française incompétente, dépassée, mais qui se croyait la plus forte, contre ces officiers n’ayant pas évolué depuis 14-18 ou depuis les guerres Napoléoniennes et devant la bêtise incommensurable de la guerre…

Le fils, Jacques Tardi, a lui aussi les dents qui grincent lorsqu’il parle au début, rappelant à son père qu’il n’aimait pas l’armée, que la SNCF a transporté gratuitement les Juifs pour les livrer… Alors le père lui dit de se taire et d’écouter.

Vu le calvaire traversé durant son incarcération au Stalag, on sent aussi du Primo Levi (même si les Stalags n’étaient pas des camps d’extermination à proprement parler, ce n’étaient pas non plus des camps de vacances) et, comme j’en parlais plus haut, il y a du Art Spiegelman dans cette obstination à comprendre ce qu’a vécu son père pour pouvoir enfin se réconcilier avec ce paternel taciturne et colérique.

Si je ne suis pas fan des dessins de Tardi, ils ne m’ont néanmoins pas dérangés, c’est sobre, réaliste, le tout dans des tons gris, avec de temps en temps des ciels rouge sang.

De plus, j’ai apprécié cette mise en scène de l’auteur qui s’est dessiné sous les traits d’un jeune gamin de plus ou moins 14 ans et qui dialogue avec son père, nous montrant ainsi son passé de conducteur de char (on ne dit pas tank) avant de se retrouver au Stalag, puis dans une ferme en tant qu’esclave bon marché puis de retour au Stalag.

C’est toute la vie des prisonniers dans un Stalag qui se déroule sous nos yeux, avec les soldats français qui font chier les compteurs allemands, bougeant sans cesse, le black market, la bouffe infecte, le travail inhumain, le traitement des prisonniers aussi, la débrouille, la joie, la tristesse, les prisonniers russes encore plus mal lotis qu’eux et les américains comme des coq en pâte.

L’histoire est dure, sans pitié pour personne, que l’on soit un fritz salaud, un prisonnier lâche, cafteur, un travailleur forcé mettant un peu trop d’ardeur à ramasser les patates pour le grand Reich, ou un officier imbécile.

Et puis, comme pour tout le reste, il y a aussi un peu de solidarité entre certains prisonniers, des amitiés fidèles, des officier bosch un peu plus sympa que les autres.

C’est corrosif, avec un peu d’humour parfois, c’est cinglant et sans édulcorants.

Le genre de lecture dont on ne ressort jamais indemne.

Étoile 5

RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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