La vérité sur l’affaire Harry Quebert : Joël Dicker [LC avec Bianca]

Titre : La vérité sur l’affaire Harry Quebert – Saga Marcus Goldman 1

Auteur : Joël Dicker
Édition : de Fallois (19/09/2012)

Résumé :
À New York, au printemps 2008, lorsque l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente: il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.

Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.

Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces.

Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

Critique :
Ben non, je n’avais pas encore lu ce roman qui a été plébiscité partout et obtenue de nombreux prix ! Moi, une fois que l’on parle trop d’un roman, j’ai tendance à le fuir et à revenir vers lui une fois l’agitation retombée.

C’est donc avec quelques années de retard et grâce à une LC avec Bianca, que je me suis enfin penchée sur ce roman.

Par contre, ce qu’il ne faut jamais faire, avant d’entamer un roman, c’est aller lire les chroniques de ses petits camarades Babéliottes !

Soit ils encensent le livre et on s’attend à tomber sur du tout bon et on peut finir déçu(e)…

Ou alors, on lit les trois premières chroniques et bardaf, ce sont celles qui descendent le roman et là, après avoir bien rigolé en les lisant, on n’a vraiment plus envie de commencer la lecture ! Si vous voulez, j’ai les noms des membres qui m’ont bien fait rire avec leurs chroniques virulentes, drôles et étayées.

Alors, docteur, le verdict ? Vais-je me retrouver dans le camp de ceux qui ont aimé ou de ceux qui l’ont descendu en flèche ?

Dans le camp de ceux qui ont apprécié car je m’attendais à mourir d’ennui (faut meubler les 857 pages) ou à soupirer d’emmerdement et rien de tout ça, malgré quelques petits bémols que je vais souligner plus bas.

Je me suis attachée aux personnages principaux, même à des autres, moins mis en avant, j’ai suivi avec passion l’enquête de Marcus Goldman, m’exclamant à chaque retournement de situation et, tout comme lui et l’inspecteur Gahalowood, j’ai suspecté tout le monde.

À noter que ma première brillante idée était la bonne, mais je l’avais mise sur le côté car je ne trouvais pas le mobile ni le « comment », quand à mes suspicions suivantes, on va les oublier car foireuses !

L’auteur a réussi à ne jamais faire baisser la tension, ou du moins, juste un peu la calmer, l’agencement du roman était fait d’une manière qui mélangeait les retours dans le passé et ceux du présent, sans pour autant lui donner des airs de foutoir et la résolution de l’intrigue était bien tarabiscotée, mais tout à fait réaliste et logique.

Mes bémols, maintenant… La mère de Marcus, véritable mère juive dans toute sa caricature était un peu lourde alors que le père de Marcus est sans couilles, quant à Tamara, la patronne du Clark’s, mère de la pauvre Jenny et épouse du pauvre Bobo avait tout d’un généralissime de dictature. C’est un peu lourd sur la distance.

— Markie chéri, écoute, je dois te demander : es-tu amoureux de ce Harry ? Fais-tu de l’homosexualité avec lui ?
— Non ! Pas du tout ! […] Tu me demandes si je suis homosexuel ? non ! Et même si c’était le cas, il n’y aurait rien de mal à ça. Mais j’aime les femmes, Maman.
— Les femmes ? Comment ça, les femmes ? Contente-toi d’en aimer une, veux-tu ! Les femmes ! Tu n’es pas capable d’être fidèle, c’est ça que tu essaies de me dire ? Es-tu un obsédé sexuel, Markie ? Veux-tu aller chez un docteur psychiatre pour te faire faire des soins mentaux ?

Maintenant, passons à l’histoire d’amûr entre Harry Quebert (avait la tête du docteur Mamour alors que je n’avais pas encore visionné la série), 34 ans, et Nola, 15 ans… Là, ça coince un peu car leurs dialogues manquaient de passion : je les ai trouvé plats, nunuches, niais.

Lorsqu’on aime, à 15 ans, certes, on est folle, on ne réfléchit pas, on est passionnée, on a le sang qui bout (parfois le contraire), bref, c’est sulfureux ! On veut du sexe et si nos paroles sont débiles, elles sont en tout cas plus passionnées que celles de Nola et Harry. Là, c’était aussi plat que la poitrine de Birkin (et encore, la poitrine à Birkin a plus de relief que leurs dialogues).

De ce que je me souviens, on n’en était pas à dire des « chéri » ni à se comporter avec lui comme une maman avec son fiston ou une épouse fidèle et aimante qui soigne son n’époux aux petits oignons…

Un peu moins de pudibonderie, que diable ! L’Amérique aime le sexe (la pipe présidentielle !) et les auteurs Suisses ne doivent pas mettre le sexe dans un coffre-fort à la banque !

Par contre, l’auteur a bien cerné le fait que la moindre anicroche nous rend tellement déprimée qu’on a envie d’aller s’asseoir sur la berge du ravin (cadeau), prêtes à faire le grand saut car rien ne va dans notre histoire d’amour. Nous sommes ainsi, nous, les filles, lorsque nous sommes follement amoureuse à 15 ans (avec le recul, j’ai honte de mes vieux amours de jeunesse).

Autre truc énervant au possible, c’est la répétition de certains phrases, comme « C’est compliqué » ! Bordel de nom de dieu, à croire que tous les personnages de ce roman n’avaient que ça à la bouche lorsqu’on essayait de les aider à sortir de leur merde !

— C’est compliqué, Marcus.
— Mais je suis là pour comprendre..
— C’est trop compliqué…

Si j’avais eu 5€ à chaque « C’est compliqué » ou à chaque « Nola, Nola chérie », « N-O-L-A » et « Harry, Harry chéri », j’aurais eu de quoi m’offrir un looong week-end en amoureux à la côte d’Opale, tiens. Ça, ça m’a gonflé à mort, mais bon…

De plus, certains phrases étaient indignes d’un auteur, ou alors, les correcteurs étaient en grève à ce moment là.

Et dernier bémol, et non des moindre : l’auteur n’aurait jamais dû nous donner des extraits du fameux livre « Les origines du mal » car s’il est dit dans le roman que c’est un chef-d’œuvre digne de figurer au panthéon des grands romans et Harry Quebert avec les plus grands des auteurs américains, la prose qu’on nous donne en extrait ressemble plus à du Harlequin retravaillé qu’à autre chose. Dommage.

Ma chérie, vous me manquerez. Vous me manquerez tant. Mes yeux pleurent. Tout brûle en moi. Nous ne nous reverrons plus jamais ; vous me manquerez tant. 

J’ajouterai aussi les quelques phrases qui ont tout de la philosophie de comptoir ou de celle qu’on a pas besoin de nous écrire car nous nous en doutions déjà…

« L’amour c’est très compliqué.  C’est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L’amour ça peut faire très mal »

Le seul à savoir si Dieu existe ou n’existe pas, c’est Dieu lui-même.

Alors là, vous êtes en train de vous dire « bon sang, mais tout ces bémols, ça fout pas un peu le tout en l’air ?? » En tout cas, ça me met le cul entre deux chaises pour la cotation !

Le point positif de ce livre, est l’enquête policière menée par l’écrivain Markus Goldman et qui nous entraîne dans tous les petits secrets pas nets des habitants de la ville de Aurora, ceux qui ont l’air de laver plus blanc que blanc et qui, dans le fond, sont sombres à l’intérieur.

Additionnons à cela les multiples fausses-pistes, les secrets découverts sur le tard, les annonces fracassantes de certains et vous comprendrez qu’en tant que lecteur, vous aurez l’impression d’être sur un ring de boxe et de vous prendre des coups de plus en plus violents sur tout le corps.

Sans oublier le final qui vous laissera sur le cul – ou K.O – parce que si ma première hypothèse était la bonne, jamais je n’aurais soupçonné autant de ramifications, autant de mystifications, et à ce niveau, l’auteur a bien fait le job. Là, il mériterait un 4,5/5.

Mais les dialogues mièvres, les redondances du « c’est compliqué », la philo à deux balles et cerise sur le gâteau, l’histoire d’amour fadasse entre N-O-L-A chérie et Harry chéri qui ne fait pas rêver, va lui faire perdre de nombreux points et finir avec un 2,5/5.

En additionnant les deux cotes, on obtient un 7/10 ou un 3,5/5, ce qui fait chuter la moyenne de l’année et positionne l’élève Dicker sur la sellette.

Malgré tout, je ne regrette pas cette LC avec Bianca car je m’attendais à me faire chier royalement et j’ai trouvé cette lecture addictive et une solution recherchée et pas simple du tout à voir venir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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[SÉRIES] Lonesome Dove – La série qui chante au coucher ♫ I’m poor lonesome dove ♪ ? (1989)

Lonesome Dove est une mini-série américaine en 4 épisodes de 96 minutes réalisée par Simon Wincer, d’après le roman éponyme de Larry McMurtry, qui permit à l’auteur de remporter le prix Pulitzer en 1985. Elle a été diffusée du 5 au 8 février 1989 sur le réseau CBS. En France, elle a été diffusée à partir du 29 décembre 1993 sur Jimmy.

Il s’agit de la première série dérivée de l’univers de Lonesome Dove, quatre lui succèderont : La Loi des justes (1993), Le Crépuscule (1995), Les Jeunes Années (1996) et Comanche Moon (2008).

En France, les quatre premières saisons sont diffusées par Koba Films ; une intégrale est disponible en coffret depuis le 23 février 2012.

Synopsis :
Lonesome Dove, près de la frontière mexicaine.

Gus McCrae (Robert Duvall) et Woodrow F. Call (Tommy Lee Jones) sont des anciens Texas Rangers respectés, reconvertis dans l’élevage de chevaux.

Le retour de l’aventurier Jake Spoon (Robert Urich), après dix ans d’absence, bouleverse leur quotidien : il propose aux deux amis de construire un ranch dans le Montana, un État prometteur.

Séduits par l’idée, Gus et Woodrow entreprennent de traverser le pays jusqu’au Montana, à travers les contrées hostiles de l’Ouest sauvage, où les bandits et les Indiens ont investi le territoire…

Distribution :

  • Robert Duvall : capitaine Augustus « Gus » McCrae
  • Tommy Lee Jones : capitaine Woodrow F. Call
  • Danny Glover : Joshua Deets
  • Diane Lane : Lorena Wood
  • Robert Urich : Jake Spoon
  • Frederic Forrest : Blue Duck
  • D. B. Sweeney : Dishwater « Dish » Boggett
  • Ricky Schroder : Newt Dobbs
  • Anjelica Huston : Clara Allen

Petit plus :

  • Tommy Lee Jones et Robert Duvall ont réalisé eux-mêmes la quasi-totalité de leurs cascades ; à l’exception d’une brève scène où Duvall devait chevaucher au milieu d’une horde de bisons.
  • Lonesome Dove reçut de très bonnes critiques lors de sa diffusion, tant auprès des spectateurs que des critiques. Il fait partie des rares films et séries à avoir obtenu 100 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes. Pourtant la série renoue, peut-être sous l’influence des années Reagan, avec le discours qu’on croyait révolu, du western classique, où les héros conquérants sans peur et sans reproche, combattent en toute bonne conscience, les hors-la-lois et les Indiens.
  • L’année de sa diffusion, en 1989, Lonesome Dove est encensée par sept Emmy Awards (sur dix-neuf nominations).
  • En 1990, elle est lauréate aux Golden Globe dans quatre catégories, remportant celles de « Meilleure mini-série télévisée » et de « Meilleur acteur dans une mini-série ou un téléfilm » pour Robert Duvall.

Ce que j’en ai pensé :
Une malédiction doit peser sur ma pauvre tête car, alors que je me faisais une joie de regarder cette mini-série, encensée de tous les côtés, avec des cow-boys et des chevaux (ma drogue) voilà que j’ai failli piquer du nez durant le visionnage !

Rien à redire sur les acteurs, hormis sur mon Tommy Lee Jones (capitaine Woodrow F. Call) qui fait du Tommy Lee Jones et nous gratifie de deux expressions durant toute la série, alors que Robert Duvall (Augustus « Gus » McCrae) nous sort bien plus d’expressions faciales que lui.

Attention, j’adore Tommy mais ici, il m’a un peu laissé sur ma faim, même si le personnage qu’il interprétait était un homme froid, sérieux, ne montrant jamais ses sentiments… Merde, Sherlock Holmes version Ranger !

Sur que dans le rôle de vieux bougon taciturne, Tommy Lee Jones en impose.

J’ai été contente de retrouver Ricky ou la belle vie dans le personnage de Newt, fils du  capitaine Woodrow F. Call, mais qui ne le sait pas. De suite j’ai reconnu sa bouille d’enfant dans son visage d’ado.

Niveau paysages, j’ai été plus que servie, niveau chevaux aussi, j’ai vu des selles western qui auraient très bien été sur le dos de ma jument et j’ai rêvé de convoyer, moi aussi, un immense troupeau de vaches à travers les paysages sublimes de l’Amérique.

Les personnages sont intéressants, bien distincts, avec une forte de manichéisme puisque les Bons sont sans peur et sans reproches et que les Méchants sont des vilains bandits qu’il ne faut pas hésiter à brancher au premier arbre venu.

T’as bien raison mon gars ! Quand on aime son cheval, on ne le vend pas.

Dotée de gros moyens, cette mini-série de quatre épisodes en 1 h 30 chacun ne lésine pas sur la qualité des décors !

Ils sont allés jusque dans les moindres détails et nous offrent une magnifique reconstitution de l’Ouest américain des années 1880.

D’après ce que j’ai lu sur le Net, la série est extrêmement fidèle au bouquin de Larry McMurtry avec ses deux anciens Texas Rangers et leurs compagnons qui quittent la bourgade désolée de Lonesome Dove (au bord du Rio Grande), pour convoyer un troupeau de bétail volé au Mexique jusqu’au Montana, à 3.500 kilomètres au nord.

Vous vous doutez qu’on ne fait pas un périple de 3.500km à cheval et avec un troupeau de bêtes comme on va au supermarché du coin. Ici, à tous les coins de rues, enfin, à chaque croisée des chemins, à chaque traversée de rivière, c’est l’Aventure avec un grand « L » qui attend toute la troupe de pied ferme.

Au menu, nous aurons des tempêtes de sable, des orages, des grosses crues, de la sécheresse, des animaux dangereux, des bandits en tous genres, des indiens rebelles et plus, si affinités. Le souffle de la grande aventure, quoi !

Alors, où tout cela à foiré ?

Dans le rythme qui est lent, très lent, très très lent et où l’action n’est pas toujours présente, ce qui rend la série longue et m’a donné envie de piquer du nez durant le visionnage de cette intégrale.

Alors oui, on a un voyage épique et de l’aventure avec un grand « A », mais entre les deux, on s’endort un peu.

Certes, trop d’action aurait tué l’action… on va dire que je ne suis jamais contente mais voilà, je m’attendais à un truc un peu plus trépidant et certains dialogues étaient fort empesés, je trouve, ce qui a renforcé cette cassure dans le rythme.

Comme je ne suis pas rancunière, je me pencherai sur les romans de l’auteur car dans la littérature, un rythme plus lent n’est pas toujours synonyme d’endormissement ou de bâillement.

J’aurais peut-être dû aussi fractionner les 4 épisodes sur 4 jours et non sur 1,5… Ou, comme le temps passait, je me suis enquillé trois épisodes l’un à la suite de l’autre. Ou comment passer 4h30 dans son divan à ne rien foutre.

Vous l’apprécierez peut-être mieux que moi en coupant les épisodes. Malgré tout, je ne regrette pas mon visionnage, j’ai tout de même passé quelques bons moments.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Et que le vaste monde poursuive sa course folle : Colum McCann [LC avec Stelphique]

Titre : Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Auteur : Colum McCann
Édition : 10/18 (04/11/2010)
Édition Originale : Let the great world spin (2009)
Traducteur : Jean-Luc Piningre

Résumé :
Sur un câble tendu entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.

Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…

Critique :
Ce que je recherche dans une lecture, ce n’est pas le côté bling-bling des personnages (sauf s’il est intéressant), mais plutôt des tranches de vie de Ceux-D’En-Bas, de Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-S’Occuper…

Parce que bien souvent, nos pays « civilisés » s’occupent plus de choses futiles ou d’aller balayer le paillasson du voisin, que des problèmes importants dont souffrent ses concitoyens.

Ce roman fait la part belle à des tranches de vie des gens d’en bas : prostituées, mères ayant perdu un (des) fils au Vietnam, pseudos artistes victimes de la poudreuse (la drogue, pas la neige), prêtre irlandais faisant ce qu’il peut pour aider son prochain,…

On pourrait croire que les différentes parties qui composent ce livre sont en fait des nouvelles, mais non.

Si au départ, tout le monde a l’air de naviguer dans ses propres eaux, on remarque, au fil de sa navigation, que tout le monde est en train de se rejoindre sur le grand fleuve de la Vie et que tout ce petit monde va interagir ensemble, avec, en toile de fond, en fil d’Ariane, ce funambule qui, en 1974, tendis un câble entre les Twin Towers et y dansa durant plus d’une heure.

J’ai adoré les passages avec le prêtre irlandais, Corrigan, rejoint à New-York par son frère Ciaran, et son implication en tant qu’Homme de Dieu pour aider les plus faibles, dont les prostituées du quartier. La plume de l’auteur m’a emporté dans les quartiers miséreux, dans les ghetto et j’ai eu du mal à redescendre sur Terre. Magnifique !

Je me suis régalée des passages avec l’entrainement du funambule, j’ai dévoré ceux avec Tizzie, la prostituée embarquée durant une descente de police et qui, du fond de sa prison, nous contera sa vie bien remplie, ses rêves, ses envies et tout ce qui a foiré à un moment donné.

J’ai été estomaquée de lire le compte-rendu de l’accident par celle qui en était responsable indirectement, j’ai dévoré sa vie d’artiste consumée par la Blanche et les fêtes à l’excès, j’ai aimé suivre son cheminement vers la rédemption. Tout comme j’ai avalé l’histoire de Gloria, jeune fille Noire durant les années 30 et cette ségrégation qui me donne toujours froid dans le dos.

En fait, là où je me suis le plus ennuyée, c’est dans la partie avec les femmes ayant perdu un enfant au Vietnam… Bizarrement, alors que le sujet aurait dû me plaire, j’ai perdu le fil de l’histoire, le plume de l’auteur ne m’a pas emporté durant ce chapitre là et j’ai complètement passé au travers au point de le sauter en entier.

Malgré ce chapitre loupé par moi, tout le reste m’a enchanté, subjugué, emporté, et une fois que je me replongeais dans les pages, je n’étais plus là pour personne tant ces vies étaient intéressantes à découvrir.

Je ne mettrai sans doute jamais les pieds aux États-Unis, mais je pourrai dire que grâce à la lecture, j’ai voyagé dans tout le pays et rencontré bien de ses habitants, et pas uniquement les gens d’En-Haut, mais plus souvent ceux d’En-Bas, ceux qui sont les plus intéressants à lire.

3,9/4 Sherlock

       

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Synopsis (Par Steelphique) : 

7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.

Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…

Une ronde de personnages dont les voix s’entremêlent pour restituer toute l’effervescence d’une époque. Porté par la grâce de l’écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l’histoire d’un monde qui n’en finit pas de se relever.

Ce que j’ai ressenti :

  • Et comme une funambule, partir pour New-York….

C’est presque avec une certaine appréhension qu’on débute ce roman, parce qu’on sait qu’elle est là. La douleur, le souvenir du drame… New-York, le World Trade Center… Et comme un funambule, on se lance en coupant notre respiration, pour partir à la conquête de nos réminiscences et de l’imaginaire de Colum McCann.

Une corde tendue entre les Deux Tours, un homme qui défit la vie et la mort, et en bas, les spectateurs de ce spectacle totalement fou. Sentir un New-York bruyant, grouillant, effervescent qui gravite autour de ce lieu et, plonger dans leurs quotidiens, souvent chaotiques.

Voir d’en haut les destins de ces gens ordinaires, goûter un peu de leurs vies souvent brisées dans une de ses chutes vertigineuses que nous réserve le destin. Contempler d’en-bas ce qui se cache derrière leurs façades et les sourires empruntés…

Colum McCann n’a pas son pareil pour nous faire revivre, dans un New-York des années 70, les éclats d’existences.

« On avait maintenant deux immenses buildings qui trouaient les nuages. Le verre reflétait le ciel, la nuit, les couleurs, le progrès, la beauté, le capitalisme. »

  • …Danser sur le fil des mots…

Colum McCann m’a éblouie. Avant même la page 35, j’ai eu un coup de foudre pour un des ses personnages : Corrigan. C’est le genre de personnage qui me touche dans son étrange façon de mener sa vie, tellement entier, au dépit du bon sens ou de son confort, il donne tout. Tout. Son temps, son altruisme, son aide, sa dévotion, sa vie, son idéalisme. Les autres personnages ne sont, bien sûr, pas en reste, mais Corrigan avait quelque chose de spécial, à vagabonder toujours comme ça dans les rues, pour se confronter de près avec la violence.

« Peut-être était-ce de la naïveté, mais il s’en fichait, il préférait mourir le cœur à nu, disait-il et surtout ne pas finir du côté des cyniques. »  

Mais tout du long, cet auteur m’a transportée dans une brume de beauté lyrique, j’ai dansé sur les paragraphes d’émotions, des vides et des espaces sublimés par une plume douce, effleurant des courants d’air et des souffles de drames, je me suis laissée bercer sur le câble de son intrigue en m’émerveillant de ses points d’impacts entre chacune des vies qui se croisent…

« Pas à pas, pense Jaslyn, nous trébuchons dans le silence, à petits bruits, nous trouvons chez les autres de quoi poursuivre nos vies. Et c’est presque assez. » 

  • En équilibre, pour d’infinis changements…

« Il est plus difficile de faire le bien que le mal. Les malveillants le savent mieux que les autres, voilà pourquoi ils deviennent mauvais. Et pourquoi ils le restent. Le mal est l’apanage de ceux qui jamais n’atteindront la vérité. C’est le masque de la bêtise, du manque d’amour. On peut bien rire de la bonté, la trouver mièvre et dépassée, qu’importe- Ce n’est rien de tout ça, il faut se battre pour la préserver. »

Je pense avoir trouvé encore un auteur à suivre de, très près. Et trouver aussi une place toute spéciale dans ma bibliothèque, où son funambule pourra continuer de s’exercer, à son aise, sans risque de chute.

Un endroit réservé dans mon esprit où il pourra continuer de me faire voir la vie à l’aube d’un bouleversement.

Quelque part en apesanteur, garder à l’esprit que la vie est un équilibre précaire, où beautés et drames se rencontrent…

C’est typiquement le genre de lecture qui te hante encore même, après la dernière page tournée, parce que tu sais que tu viens de faire un shoot d’adrénaline, là-haut, perchée à regarder un passé qui se délite et un présent qui change imperceptiblement…

Et dans le futur, prévoir une relecture…Assise en position de yoga, à se dire…Et que le vaste monde poursuive sa course folle…. 


« Son terrain, c’était le bonheur : un bonheur à définir, à traquer, à extirper de l’oubli. »
Ma note Plaisir de Lecture 

9/10

Parmi les loups et les bandits : Atticus Lish

Titre : Parmi les loups et les bandits

Auteur : Atticus Lish
Édition : Buchet-Chastel (18/08/2016)
Édition Originale : Preparation for the next life (2014)
Traducteur : Céline Leroy

Résumé :
C’est dans un New York spectral, encore en proie aux secousses de l’après-11 Septembre, que s’amorce l’improbable histoire de Zou Lei, une clandestine chinoise d’origine ouïghoure errant de petits boulots en rafles, et de Brad Skinner, un vétéran de la guerre d’Irak meurtri par les vicissitudes des combats.

Ensemble, ils arpentent le Queens et cherchent un refuge, un havre, au sens propre comme figuré. L’amour fou de ses outlaws modernes les mènera au pire, mais avant, Lish prend le soin de nous décrire magistralement cette Amérique d’en bas, aliénée, sans cesse confinée alors même qu’elle est condamnée à errer dans les rues.

Il nous livre l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui font le corps organique de la grande ville : clandestins, main-d’œuvre sous-payée, chair à canon, achevant sous nos yeux les derniers vestiges du rêve américain.

Critique :
Vu son résumé, vu ses prix gagnés, vu ce que j’en avais lu sur certains blogs, ce livre partait favori dès le départ.

L’auteur allait nous parler de l’Amérique d’en bas, des clandestins, des gens exploités, des immigrés clandestins prêts à tout pour avoir un peu de sous.

Les premières foulées de ce jeune cheval furent excellentes, la misère décrite était d’un réalisme confondant.

Hélas, au bout de quelques pages magnifiques, il a commencé à boiter.

De mon côté, je renâclais, et ce qui nous pendait au nez arriva à la page 120 : le cheval ne franchi jamais la ligne d’arrivée et termina sa course dans ma pile « à donner » plus vite qu’il n’était sorti de ma pile à lire.

La raison de cette course inachevée et de la mise au rebut ? Le style brouillon du récit et la sensation de cacophonie, notamment par le non usage des guillemets ou des tirets cadratins lors des dialogues.

Je ne sais pas si c’est un nouveau genre, si c’est une ancienne mode qui revient au galop, mais j’ai énormément de mal avec ce genre de narration qui me donne l’impression de ne rien suivre, d’être perdue et donne au récit l’impression qu’il est brut de décoffrage, comme si on lisait un brouillon, une ébauche à corriger.

Et là, ça fait un peu trop souvent que je tombe sur ces absences de signes distincts pour les dialogues, la coupe déborde et ça me donne envie de ruer dans les brancards.

Quand au récit brouillon, il s’est fait ressentir lorsque Brad Skinner, vétéran de la guerre d’Irak, revenu avec des troubles post-traumatique, commence à nous raconter ce qu’il a vécu en Irak.

C’est le genre de récit qui me fait saliver, non pas que j’aime les guerres, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mais voulant toujours en apprendre un peu plus, je suis souvent à l’affut de récits fait par des vétérans, par des troufions, des petits, ceux qu’on envoie au casse-pipe, ceux qui peuvent nous la raconter de l’intérieur.

Là, ce fut la cata du à cette narration qui donne au récit une sensation de foutoir immense et au lieu de me gorger de ses souvenirs d’Irak, je m’y suis emmerdée profond. J’ai même sauté des lignes !

Ensuite, le coeur n’y était plus et vu ma pile à lire himalayesque  (néologisme gratos), je n’ai plus envie de perdre mon temps dans des livres auxquels je n’accroche pas (sauf en cas de Lecture Commune). Je passe donc mon tour et j’en prends un autre de suite.

Quand on tombe de cheval, faut remonter de suite, alors, je remonte toujours en selle avec un autre mustang et celui que je viens de prendre est bien mieux que celui-ci.

Maintenant, ce n’est que mon avis personnel, d’autres l’ont aimé, et tant mieux pour eux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

La promesse de l’Ouest : Robert Lautner

Titre : La promesse de l’Ouest

Auteur : Robert Lautner
Édition : Presses De La Cité (19/03/2015)

Résumé :
Avril 1837. Le jeune Tom Walker quitte New York avec son père, commis voyageur.

Tous deux se dirigent vers l’Ouest, au-delà des montagnes et des plaines arides, pour vendre, de petite ville en petite ville, le célèbre revolver Colt.

La joie d’être sur la route, de partager un repas autour d’un feu et de dormir l’un près de l’autre, est cependant de courte durée.

Tandis que la nature se fait de plus en plus sauvage, une rencontre dévastatrice laisse Tom seul et démuni.

Déterminé à regagner l’Est et la civilisation, le jeune garçon place alors tous ses espoirs en Henry Stands, un cowboy taciturne croisé en chemin.

Ensemble, cet étonnant duo se lance dans un périlleux périple…

Voyage des ténèbres vers la lumière, de l’ignorance vers la connaissance, de la confusion de l’enfance vers la lucidité de l’âge adulte, La Promesse de l’Ouest est un magnifique roman.

« C’est une histoire palpitante, violente, inquiétante, profondément humaine et émouvante. » The Times

Critique :
Tom Walker est un jeune garçon de 12 ans qui vit seul à New-York avec son père et sa tante, sa mère étant décédée.

Son père, commis voyageur en lunette a décidé de changer de crémerie et sera le représentant exclusif d’un jeune entrepreneur dont beaucoup se demandent si son invention aura du succès : Colt…

« Le seigneur a fait les hommes. Et Sam Colt les a faits égaux . »

L’Ouest, le vrai ! Celui de 1837… Celui qui ne fait pas de cadeau, celui des révolvers à un coup et où le révolver de monsieur Colt pourrait changer la donne pour le meilleur et surtout le pire.

Dans un univers où la loi du plus fort ou de celui qui dégaine le premier, comment un homme aussi gentil que monsieur Walker pourrait-il survivre face à des crétins bas de plafond qui pense que la loi du plus fort est toujours la meilleure ?

« Bienvenue en terre hostile » aurait pu être le titre de ce roman car notre jeune Thomas va se retrouver seul, livré à lui-même et devoir négocier son rapatriement vers New-York… Et croyez-moi, on est loin d’Europe Assistance ou de Touring Secours !

Son seul salut réside dans un grand type bougon, taciturne, ancien ranger, Henry Stands, qui n’a absolument pas envie de trimbaler un gamin volubile mais timide dans ses basques.

Les personnages sont attachants, surtout Thomas et au fur et à mesure, je suis sûre que vous apprécierez aussi le ronchon Henry, car si pour Thomas ce voyage a tout d’un voyage de l’ombre vers la lumière qui le fera grandir, il en sera de même pour Henry.

Utilisant une écriture agréable à suivre, plantant ses décors plus vrais que nature, nous distillant de-ci de-là des réflexions sur le progrès, la religion, la culture, les armes à feu, la mentalité, l’auteur nous emmène dans un voyage des plus palpitants, sans pour autant avoir de l’action ou du suspense à tout les coins de page.

Quand les colons sont victorieux on parle d’une bataille, mais quand les indiens triomphent on appelle ça un massacre.

L’arme à feu à répétition a abrégé les guerres, sans aucun doute, mais uniquement parce qu’elle a accru la capacité des hommes à réduire le nombre de leurs ennemis, et non pas parce qu’elle a fait cesser l’horreur de leurs œuvres.

Jamais moralisateur, jamais ennuyant, l’auteur dénonce l’utilisation des armes à feu et les dégâts qu’elle peuvent faire mises dans de mauvaises mains.

Un roman qui raconte une aventure formidable, réaliste, un grand voyage qui se déroulera d’Est en Ouest et repartira dans l’autre sens avant d’avoir pu explorer toutes ces terres sauvages qu’étaient celles au delà de la Frontière.

Un roman qui trainait depuis un peu trop longtemps sur mon étagère et qui, sans la LC avec Bianca, aurait encore pris la poussière longtemps vu mon HAL (Himalaya À Lire). Sa chance fut qu’il était placé à côté du roman que je venais de terminer en LC…

Mais pourquoi l’aie-je laissé prendre les poussières aussi longtemps, moi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez Noctembule,  Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort : Wilfrid Lupano & Salomone

Titre : L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Salomone
Édition : Delcourt (21/06/2017)

Résumé :
Dans cette Amérique de 1900 où le Congrès est dominé par les millionnaires, l’application de la loi Dawes permet la spoliation de milliers d’hectares de terres indiennes et la NRA, jeune association de promotion des armes à feu, intrigue pour faire voter une loi à sa mesure.

Tandis que dans les banques, le TIC TIC d’une nouvelle machine est en train de changer le monde, nos héros se retrouvent pour un chassé-croisé impitoyable…

Critique :
J’ai toujours eu un faible pour les auteurs qui me parlent de l’Amérique telle qu’elle est en vrai et qui, avec un certain cynisme noir me démontre qu’en effet, l’être humain est difficilement récupérable lorsque l’on agite devant lui la possibilité de palper des billets.

Dans les albums de Lupano, on a croisé des tas de gens peu fréquentables : des magouilleurs, des tueurs, des salopes, des bonnes sœurs méritant les flammes de l’enfer, mais les pires seront toujours ceux qui reprennent d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre.

Notamment les 30.000.000 (30 millions, vous lisez bien) d’hectares de terres données aux indiens après les guerres… Et les amerloques viennent toujours donner des leçons de morales aux autres.

Si dans l’Ouest d’où nous sommes parti, ce sont les flingues qui font la loi, à la jeune capitale de Washington D.C. c’est la finance qui fait la loi. Et la jeune société baptisée N.R.A, si vous voyez de qui je veux parler. Le lobby des armes qui ne voudrait pas voir son futur marché juteux s’écrouler pour quelques papiers signés Madison.

La loi du plus fort étant toujours la meilleure, va falloir ruser afin d’arriver à ses fins. Si on y arrive, parce que les bâtons dans les roues sont nombreux dès qu’il s’agit de business florissant ou de lobby.

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé toute ma petite bande à la poursuite des fameuses lettres : Margot et ses atouts  qui se trouvent aussi bien dans sa te^te que dans son corsage qu’elle a bien rempli, Byron en fâcheuse posture, Knut et son langage à lui, nos deux jeunes indiennes, Jack, son père adoptif.

Ce tome 4 clôt la série et les fins de séries sont attendues avec impatience, mais aussi avec crainte car la question reste toujours de savoir comment les auteurs vont mettre fin à tout ça. Vont-ils rallier la fiction à la réalité (on sait ce qu’il en est du 2ème amendement) ou faire une uchronie avec un Amérique qui changerait de bord ?

Les États-Unis resteront tels qu’ils sont, ils ne changeront pas, seule le décor de notre bédé à changé puisque nous avons quitté les plaines de l’Ouest pour la « civilisation » de l’Est et ses grandes villes, ce qui donne un air mon western à ce dernier album qui clôt de manière honorable la série, à mon avis.

Puisque les États-Unis ne peuvent changer, autant que ce soit l’un des personnages qui fasse preuve d’un peu d’humanité, bien que je ne l’aurais jamais imaginé faire preuve d’amour ou de compassion. Les miracles n’ont pas lieu qu’à Lourdes, apparemment.

Un dernier tome moins burlesque que les précédents, des petits coups de plumes assassines envers les States et leur mentalité, leur mode de fonctionnement qui écrase les minorités qui y habitaient bien avant les nouveaux arrivants, une fin inattendue où la fiction rejoint la réalité, avec une explication appartenant aux auteurs mais qui pourrait être plausible aussi.

Une belle saga que je prendrai plaisir à relire encore et encore.

Mais je laisserai le dernier mot à notre cher ami Knut Hoggaard et sa poésie bien à lui :
— Lha SoolOop ! LaA SSSoLoôp ! La LooAaaah Mon KUuL ! Moooonde eeest fouuu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Notre-Dame des Loups : Adrien Tomas

Titre : Notre-Dame des Loups                                                      big_3-5

Auteur : Adrien Tomas
Édition : Mnémos (2014)

Résumé :
1868, aux confins de l’Amérique, les Veneurs, une petite troupe d’hommes et de femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage.

Ils s’enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent et des os qui rompent, des incantations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient.

Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence… Une chasse qui doit réussir quel qu’en soit le prix. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des Loups…

Critique :
Vous hurler « Cours, Forrest, cours » ou « Fuyez, pauvres fous » ne servirait à rien… La bête est plus rapide que vous ! Le mieux, c’est de lui tirer dessus à coups de balle d’argent. Vous n’en avez pas ? Alors vous êtes morts ! Adieu !

Nous allons suivre 7 veneurs, 7 chasseurs de Rejs… Rejs ? Ce sont des wendigos, lycanthrope ou loups-garous. Sans jamais s’arrêter, ils arpentent le Nouveau-Continent sur leurs chevaux, avec des dogues casqués aux mâchoires d’argent pour éclaireurs.

En plein cœur de la Forêt blanche, aux confins des territoires indiens, pendant la conquête de l’Ouest américain et peu de temps après la fin de la guerre de sécession, nous allons chasser, traquer, tuer, éradiquer des lycanthropes qui agissent sous les ordre d’une mystérieuse Dame-Blanche. Pas la glace recouverte de chocolat, mais une louve, leur reine à tous, leur Mère.

Ce que j’ai aimé, dans ce roman, en plus de l’action qui ne subit que peu de temps mort, c’est le fait que chaque veneur raconte un chapitre. Changer de narrateurs de la sorte et faire tout les membres de la troupe a donné un plus à ce roman et je ne vous dirai rien de plus pour ne pas dénaturer la chose.

Du mystère, des tensions, de la brutalité, de la chasse autre que celle pratiquée par les petits bonhommes verts le dimanche, parce que ici, si tu loupes ton coup, le Rej, lui, ne te loupera pas. Et la moindre morsure, griffure est synonyme que tu verras ton Créateur car tes collègues veneurs ne prendront pas le risque de te voir te transformer en poilu aigri.

Les personnages qui compose la troupe de veneur sont bien campés, bien différents l’un de l’autre et sans en faire trop, l’auteur nous plonge dans le groupe et distille quelques mystères. Il en dit assez, mais ne nous dit pas tout. Ce sera progressif.

Le reste de l’histoire, vous l’apprendrez donc en chevauchant et en tuant des wendigos.

Le seul point qui m’a attristée, c’est que je n’ai pas ressenti très fort les changements de narrateurs. Ok, le nom du personnage est noté en haut du chapitre, mais là n’est pas le problème.

Alors qu’on a des membres de Vénerie bien travaillés, bien différents, sombres, complexes, lorsqu’ils passent en narrateurs, on sent moins cette différence. Elle est moins marquée. Comme s’ils devenaient plus lisses lorsqu’ils racontent. C’est l’effet que cela m’a fait.

Malgré tout, je ne bouderai pas mon plaisir parce que voilà un petit qui en a sous le coude, qui fait son boulot : nous entrainer dans une aventure de fou et qui donne plus de plaisir que sa petite taille ne pourrait laisser penser de prime-abord. Comme quoi, la taille ne fait pas tout !

Et puis, les dialogues sont souvent incisifs, mordants comme un Rejs, aiguisés comme un couteau d’argent et qui te percutent comme une balle d’argent dans ton pelage puant.

Alors c’est décidé, je vais hurler mon plaisir de lecture à la lune et grogner entre mes dents aiguisées que j’ai reçu mon lot de surprises vachardes dans ma gueule et que j’ai pris un plaisir fou à lire ce roman de 200 pages.

Comme quoi, la taille n’est pas importante… ça peut être court et bon.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le « Le Mois Américain » chez Titine et « Totem » de Lili Galipette dans la catégorie « Loup-garou ».

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014CHALLENGE - XIXè siècleCHALLENGE TOTEM LOUP GAROU    CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Il était une fois dans l’Ouest – Once Upon A Time In The West [FILMS]

Pour moi, ce film reste un film culte avec « Le bon, la brute et le truand » ou « Et pour quelques dollars de plus ». Ce sont des films que je ne me lasse pas de regarder, dont certaines scènes sont gravées dans ma mémoire jusqu’à ce qu’Alzheimer nous sépare…

La musique joue aussi un rôle important dans ces films et le talent d’Enio Morricone n’y est pas étranger. La bande originale resta très longtemps en tête des hit-parades. Dans ma tête, l’Homme à l’harmonica joue souvent et me donne toujours des frissons.

La musique était jouée sur le plateau pendant le tournage durant le tournage afin de mieux imprégner les acteurs. Cette partition légendaire a obtenu un succès discographique de la même ampleur que le film qu’elle accompagnait, demeurant classée dans les hit-parades français pendant plus de trois ans.

Pour le Challenge du Mois Américain 2015, je vais vous parler de « Il était une fois dans l’Ouest » (C’era una volta il West en italien dans le texte) qui est un film de Sergio Leone sorti en 1968.

Comme je vous le disais (et je le pensais), ce film est considéré comme le chef-d’œuvre du western spaghetti avec « Le Bon, la Brute et le Truand ». Il a permis aussi un renouveau du western. Ce qui n’est pas rien, avouez !

En 2009, le film est entré dans le National Film Registry pour conservation à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis.

Il était une fois dans l’Ouest est un film dont l’action se passe lors de la conquête de l’Ouest américain. Il évoque l’âpre rivalité des intérêts pour l’appropriation des terres que traverse la construction du chemin de fer et met en scène différents personnages représentatifs des westerns classiques pour mieux les détourner.

Ainsi, le film se trouve être le pont au départ improbable entre western américain et western spaghetti.

Sergio Leone en fait une œuvre imposante et personnelle, ce qui serait la raison de son échec commercial aux États-Unis (où le film fut amputé de plusieurs scènes à sa sortie), contrairement à l‘Europe qui lui a fait un triomphe.

Certains spécialistes du cinéma ont également avancé que ce rejet du public américain était dû au refus de voir Henry Fonda dans un rôle de tueur d’enfant. Henry joue une crapule embauchée par le patron du chemin de fer pour hâter sa construction, à n’importe quel prix, même celui de morts innocents.

J’avoue que voir les beaux yeux bleus de Fonda, dans lesquels je me noierais bien, avoir un rôle aussi immonde, peut traumatiser l’Américain. Moi, je m’en suis remise, ce n’est qu’un rôle.

C’est la belle Claudia Cardinale qui hérita du rôle d’une jeune veuve au grand cœur, seul personnage féminin du film (et que tous les hommes aimeraient se faire) Jason Robards celui de l’aventurier sans scrupule qui trouvera la rédemption.

Charles Bronson interprète un vengeur silencieux… Bronson n’est pas un loquace dans ce film, ses regards parlant mieux que tout le reste.

Ce film, le premier volet de la trilogie Il était une fois…, permet à Leone de revisiter le mythe de l’Ouest américain et, au nom d’un plus grand souci de réalisme, de lui rendre une vérité altérée par les conventions du cinéma américain.

Leone s’est toujours étonné, entre autres reproches qu’il adressait aux westerns classiques, qu’on ne montre pas, par exemple, la réalité de l’impact d’une balle qui faisait un trou énorme dans le corps de la victime.

Ou encore qu’on atténue la violence extrême de cette époque qui voyait pourtant un tueur exhiber les oreilles coupées de ses ennemis pour imposer le respect (voir William Quantrill).

C’est cependant dans un cercle final, l’arène de la vie, que Leone réunit et enferme ses personnages essentiels et exprime le moment de vérité du film qui se conclut, de façon la plus classique, par le duel inhérent à tout western.

Mais bon, je vous dirai ce que j’en ai pensé un peu plus bas, après la fiche technique et la distribution.

Sans oublier des petites anecdotes du tournage et les quelques petits anachronisme du film.

Résumé : Alors qu’il prépare une fête pour sa femme, Bet McBain est tué avec ses trois enfants. Jill McBain hérite alors des terres de son mari, terres que convoite Morton, le commanditaire du crime (celles-ci ont de la valeur maintenant que le chemin de fer doit y passer). Mais les soupçons se portent sur un aventurier, Cheyenne…

Fiche technique :

  • Titre : Il était une fois dans l’Ouest
  • Titre original : C’era una volta il West
  • Titre anglais : Once Upon a Time in the West
  • Réalisation : Sergio Leone
  • Scénario : Dario Argento, Bernardo Bertolucci, Sergio Donati, Sergio Leone
  • Photographie : Tonino Delli Colli
  • Musique : Ennio Morricone, bande originale du film
  • Production : Fulvio Morsella
  • Distribution : Paramount C.I.C.
  • Pays d’origine :  Italie et  États-Unis
  • Langue originale : tourné en anglais, post-synchronisé en italien.
  • Format : Couleurs Technicolor – 2,35:1 (Techniscope) – 35 mm
  • Budget : $5 000 000 (estimation)
  • Genre : drame, western
  • Durée : 180 minutes
  • Film interdit aux moins de 13 ans à sa sortie en France, en accord parental de nos jours.
  • Dates de sortie :
    •  Italie : 21 décembre 1968
    •  États-Unis : 28 mai 1969
    •  Royaume-Uni : 6 juin 1969
    •  France : 27 août 1969

Distribution :

  • Charles Bronson (VF : Claude Bertrand) : L’homme à l’Harmonica
  • Claudia Cardinale (VF : Michelle Bardollet) : Jill McBain
  • Henry Fonda (VF : Raymond Loyer) : Frank
  • Jason Robards (VF : René Arrieu) : Manuel Gutierrez dit « le Cheyenne »
  • Gabriele Ferzetti (VF : Jean-Henri Chambois) : Morton (patron du chemin de fer)
  • Frank Wolff (VF : Henri Poirier) : Peter McBain
  • Lionel Stander (VF : Gérard Darrieu) : Le barman
  • Keenan Wynn (VF : Louis Arbessier) : Le shérif de Flagstone
  • Paolo Stoppa (VF : Jean Clarieux) : Sam, le cocher
  • Jack Elam (VF : Pierre Collet) : Snaky (membre du gang de Frank)
  • Woody Strode : Stony (membre du gang de Frank)
  • Al Mulloch : Knuckles (membre du gang de Frank)
  • John Frederick : Jim (membre du gang de Frank)
  • Aldo Berti (VF : André Valmy) : Un joueur de poker (membre du gang de Frank)
  • Benito Stefanelli : Un joueur de poker (membre du gang de Frank)
  • Michael Harvey : Le lieutenant de Frank jouant au poker
  • Aldo Sambrell (VF : Gérard Hernandez) : Le lieutenant de Cheyenne
  • Enzo Santaniello : Timmy McBain (l’enfant assassiné par Frank)
  • Gaetano Santaniello (VF : Patrick Dewaere) : Patrick McBain
  • Simonetta Santaniello : Maureen McBain

Ce que j’en pense : Mais que du bien ! Ce film est révolutionnaire pour des tas de petits trucs qui sont toujours ancrés dans ma mémoire.

Ne parlons que de l’intro du film… Une gare perdue au fin fond d’une ville qui a tout du trou du cul de l’Amérique. Un quai branlant et dessus, trois tueurs qui attendent le train…

Tous trois sont vêtus de longs manteaux poussiéreux (« long dusty coats«  en amerloque dans le texte).

Qu’attendent-ils ? Le train ? Oui… le train qui amène un mystérieux joueur d’harmonica.

Nos trois tueurs sont envoyés par Frank (Henry Fonda) et ils attendent à la gare sous la chaleur.

Là où la scène devient culte c’est qu’elle fait 11 minutes et que le seul dialogue est le chef de gare dans la 1ère minute. Le reste ne sera que des gros plans sur des regards, des craquements de doigts entendus, la mouche tournant autour de Snaky (Jack Elam, dont le strabisme sert magnifiquement la scène), les gouttes d’eau tombant sur le chapeau ou encore la roue grinçante de l’éolienne.

Voilà une des plus longues scènes de silence du cinéma. Cette séquence constituera aussi le plus long générique de l’histoire du cinéma. Magnifique !

Anecdote : Leone aurait aimé la faire jouer, cette scène, pas les trois protagonistes de « Le bon, la brute et le truand » (à savoir : Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood). Je vous en dis plus en bas, dans les anecdotes sur les acteurs.

Un film magnifique, en effet. Pourtant, nous sommes aussi face à un film ultra violent… La pauvre Jill McBain (Caludia Cardinale) qui, descendant du train à Flagstone, ne trouve personne pour venir l’accueillir… et pour cause, l’homme qu’elle avait épousée à La Nouvelle-Orléans est mort, abattu comme un chien avec ses trois enfants par Franck et ses tueurs.

Dans le but faire accuser du meurtre un dénommé Cheyenne (Jason Robards), Franck et sa bande s’était vêtu de cache-poussière. Pour bien signer le forfait et en rajouter un peu, il en laisse un morceau sur les lieux de son quadruple meurtre.

Au début, on ne comprend pas pourquoi McBain est venu construire une ferme dans ce trou perdu. Mais au fur et à mesure de l’enquête, on comprendra pourquoi il s’est établit là et pourquoi il avait tout le matériel pour construire une gare !

McBain a construit sa maison près de la seule source d’eau du coin et vu que le chemin de fer va passer non loin, il devra faire halte pour reprendre de l’eau, d’où un potentiel bénéfice.

Intelligent, le McBain, mais il est tombé sur des margoulins sans âmes et sans conscience qui voulaient ce qu’il avait. À n’importe quel prix, même celui du sang parce que l’odeur des dollars attire les salauds comme une merde attire les mouches.

La construction de la ligne de chemin de fer symbolise en fait le passage entre les deux époques car le train va relier non seulement deux espaces, l’Est et l’Ouest, mais aussi deux époques, celui des pionniers du Far West qui s’efface peu à peu devant celui de la civilisation moderne.

Le propos de Leone se veut prophétique. L’Amérique fondée sur la conquête et la survie se transforme ainsi en une Amérique fondée sur la loi et l’égalité des droits.

Le Grand Méchant du film est Morton, l’employeur de Franck le tueur. Morton est atteint d’une tuberculose des os, infirmité qui le rend fragile face à des hommes déterminés tels que Franck. Morton se déplace dans son train spécial, que pour lui. Un méchant qui ne se salit jamais les mains puisque le sang qui coule l’est de par son homme à tout faire, Franck. Lui, il ne fait que donner les ordres. Pour moi, il est aussi salaud que Franck.

Ce que j’aime aussi dans le film, en plus de l’ambiance, des silences, des dialogues taillés au cordeau, ce sont les flash-back que Harmonica (Branson) revoit…

Nous, spectateurs, devrons attendre la fin du film pour comprendre l’origine de son harmonica et le but de sa vengeance envers Franck. la scène finale du duel et l’entièreté du flash-back vous font dresser les poils sur les bras. Franck était vraiment un homme sans foi ni loi.

L’amitié distante entre Harmonica et Cheyenne est aussi un point fort du film. Notre Charles Branson l’avait croisé, lui et sa bande, dans une auberge sur le chemin de Sweetwater.

Il l’avait même pris pour un membre de la bande de Frank à cause des cache-poussière qu’il portait, lui et ses sbires. Cheyenne avait démenti que les tueurs aient été envoyés par lui.

C’est Harmonica qui avait expliqué à Cheyenne que Jill perdrait ses droits sur Sweetwater si la gare n’est pas construite quand le train arriverait. Cheyenne mit alors ses hommes au travail pour construire les bâtiments à partir des matériaux disponibles achetés par Mc Bain.

Les dernières images sont belles aussi. Harmonica, vengé, s’éloigne de la nouvelle gare construite, emportant avec lui Cheyenne, mortellement blessé, pendant que Claudia Cardinale sert de l’eau aux ouvriers du chemin de fer.

Jill, elle, était prête à tout pour survivre. Ce sera la seule à réussir le passage entre l’ancien et le nouveau monde. Cette séquence finale, qui la montre donnant de l’eau aux ouvriers, signifie la fidélité à ses origines, car elle choisit les ouvriers exploités et humiliés comme elle. Tout en prouvant son adaptabilité puisque nous sommes face à des ouvriers construisant l’avenir. Oui, le personnage féminin de Jill est d’une importance capitale dans ce film. J’aime le côté battant de Jill.

Lors de mon premier visionnage, il y a fort fort longtemps, j’avais espéré une historie d’amour entre Jill et Harmonica, mais ces deux là ne sont pas de la même trempe du tout. Elle veut vivre dans son temps et passer à la modernité, lui ne rêve que de solitude et il devra partir loin, très loin, pour la retrouver, l’Ouest étant en train de se conquérir à vitesse grand V.

Ce qui donne aussi tout le poids au film, c’est la manière dont il est filmé : nous avons souvent de fréquentes plongées ou contre-plongées, des caméras placées sous des angles insolites qui allongent les silhouettes ou remplit l’écran d’yeux présentés en très gros plans.

Les combats sont filmés en deux temps comme autant de ballets : d’abord, une lente montée de l’attente qui accroît la tension avant que l’exaspération des nerfs n’explose dans les coups de feu.

L’un des intérêts du scénario, écrit, entre autres, par Bernardo Bertolucci et Dario Argento, est d’en montrer les répercussions sur les personnages eux-mêmes qui n’ont d’autre choix que de disparaître ou de s’adapter.

Trois d’entre eux ne s’intègrent pas et sont appelés à s’effacer.

C’est d’abord Frank, hors-la-loi, chef de bande et rebelle à toute légalité, qui représente une époque révolue car, désormais, la loi se généralise.

Le bandit généreux, Cheyenne, dont le romantisme n’a plus sa place dans une société devenue mercantile, disparaît également.

C’est enfin Harmonica dont le mode de vie fondé sur le sens de la justice et le goût pour la solitude ne peut s’accommoder d’un monde de plus en plus organisé et fondé sur la collectivité.

On songe, à son propos, au beau mouvement de caméra qui, par un travelling circulaire, donne à voir, en un plan de plus en plus général, le chantier du chemin de fer, puis les dizaines d’ouvriers au travail et le personnage d’Harmonica qui s’y fond comme s’il disparaissait en tant qu’individu, comme s’il s’agissait de la fin de l’individu.

Putain, quel grand film ! Sans en faire trop il dit tout. Le jeu des acteurs est superbe, les scènes, les décors, tout est transcendé. Mais je perds toute objectivité lorsque je parle de ce monument du cinéma western.

Acteurs :

  • Sergio Leone, qui avait essayé d’engager Charles Bronson dans les films Pour une poignée de dollars et Le Bon, la Brute et le Truand, obtint enfin son accord pour interpréter Harmonica, un Mexicain obnubilé par le désir de venger son frère assassiné par Frank.
  • Pour le rôle de Frank, Leone tenait absolument à Henry Fonda, en contre-emploi des rôles de braves types honnêtes, nobles et positifs qui firent sa renommée : il joue ici un tueur ignoble n’hésitant pas à massacrer des innocents et des enfants et crachant à tout bout de champ. Eli Wallach, qui interprétait Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand, persuada Fonda d’accepter le rôle. Ce dernier se fit projeter tous les films de Leone, qu’il ne connaissait pas, avant de se décider. Au tout début du tournage, Leone, voyant Fonda avec des lentilles de couleur marron et une moustache, voulut immédiatement le remplacer. Mais après avoir été maquillé et habillé, celui-ci convainquit le réalisateur sans avoir dit un seul mot. Sa performance est remarquable, car né en 1905, il avait 63 ans lors du tournage du film, dans lequel il semble beaucoup plus jeune, surtout dans le flash-back final qui révèle le motif de la vengeance d’Harmonica.
  • C’est à Robert Hossein qu’on proposa d’abord le rôle de Morton avant de le confier à Gabriele Ferzetti.
  • Le premier jour, Jason Robards jouant Cheyenne, arriva complètement ivre. Sergio Leone menaça de l’exclure du tournage s’il recommençait. Par la suite, il ne causa pas de problèmes, sauf le jour de l’annonce de l’assassinat de Robert « Bobby » Kennedy (le frère cadet de JFK). Il obligea alors Leone à arrêter le tournage pour le reste de la journée.
  • Pour la scène d’ouverture avec les trois tueurs (Stony, Snaky et Knuckles), Sergio Leone désirait, en forme de clin d’œil, les faire jouer par les trois protagonistes du Bon, la brute et le truand : Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood. Mais ce dernier, dont la notoriété commençait à grandir, refusa car son personnage mourrait dès le début du film. L’un de ces gredins est joué par Jack Elam, second couteau dont le strabisme sert admirablement la scène. L’acteur noir est Woody Strode, devenu célèbre dans le monde du western pour avoir joué le Sergent noir de John Ford. Le dernier larron, Al Mulock, a interprété un chasseur de primes manchot dans Le Bon, la Brute et le Truand.

Tournage :

  • Le tournage s’est déroulé d’avril à juillet 1968.
  • Le film a été tourné à Monument Valley en Arizona, dans la région de Moab dans l’Utah ainsi qu’à La Calahorra et à Tabernas (à Western Leone) en Andalousie.
  • Les scènes d’intérieur de l’établissement de Lionel Stander, situé dans Monument Valley, ont été filmées à Rome aux studios de Cinecitta. Lorsque les hommes de Cheyenne y pénètrent, on aperçoit un nuage de poussière rouge. Celle-ci a été apportée de Monument Valley afin de donner plus de réalisme à la scène.
  • La demeure des McBain est le reste du décor d’un village médiéval construit pour le film Falstaff d’Orson Welles en 1965 dans la région d’Alméria. Leone l’a racheté puis restauré.
  • Dans ce film, Claudia Cardinale et Paolo Stoppa font la plus « longue » randonnée de buggy de l’histoire du cinéma. Elle commence en Espagne, passe par Monument Valley dans l’Utah et se termine à la ferme des McBain en Espagne.

Anachronismes ou petites erreurs :

  • Lors de la préparation de la fête du mariage, la fille de McBain chante quelques lignes de Danny Boy, une chanson écrite en 1910.
  • Le conducteur qui emmène Claudia cardinale à la ferme cite Charles E. Stenton, « La Fayette nous voilà » (1917).
  • À l’arrivée de Jill, le cadran de l’horloge de la gare est montré à deux reprises : visiblement dans un plan il est neuf, dans un autre il est abîmé.
  • Lorsqu’Harmonica rencontre Jill dans le ranch McBain, il a une estafilade à la pommette gauche. Le lendemain lorsqu’il va à la rencontre de Franck, sa pommette est intacte.
  • Dans la scène de la pendaison, Franck met un harmonica écrasé sur la tranche dans la bouche d’Harmonica. Dans les plans suivants le même harmonica est intact, pour apparaître de nouveau écrasé (par les dents qui le serrent) au moment où Harmonica tombe à terre.

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain » chez Titine.

Le Mois Américain : Septembre 2015

Sortez les popcorn, les marshmallows et les pom-pom girls, car le Mois Américain est de retour !

À moi les grandes plaines de l’Ouest, à moi les chevauchées sauvages, cheveux au vent, hurlant dans les canyons que je suis le roi du monde…

Mais avant de me jucher sur ma fringante monture, je vais de ce pas rassurer cette brave Titine, la pauvre organisatrice qui m’a déjà sur le dos en juin, durant le Mois Anglais : non, cette année ne sera pas aussi pléthorique que la précédente !

Les raisons ? Je ne m’y étendrai pas mais je risque d’avoir un peu moins de temps à consacrer à la littérature américaine qu’en 2014 puisque je vais travailler plus (faute de collègues présents pour assurer le boulot). La fatigue risque d’être assez forte, donc.

En 2014; j’avais fait la part belle au western, aux séries et aux romans noirs (36 fiches). Je vais essayer de continuer sur ma lancée et de lire un peu « western »… ou Noir !

Ma liste dans laquelle je vais piocher :

  1. Craig Johnson : L’indien blanc
  2. Glendon Swarthout : Le tireur
  3. Glendon Swarthout : Homesman (le chariot des damnés)
  4. Robert Chambers : Le roi en jaune
  5. Ross Macdonald : Cible mouvante
  6. Léonard Elmore : 3h10 pour Yuma
  7. Donald Westlake : La mouche du coche
  8. Ginzberg : Arizona Tom
  9. Heurtier : Sweet Sixteen
  10. Fel Jeremy : Les loups à leur porte
  11. Johnson Dorothy : Contrée indienne
  12. Johnson Dorothy : Collines des potences
  13. Schaefer : L’homme des vallées perdues
  14. Whitmer Benjamin : Cry Father
  15. David Bell : La cavale de l’étranger
  16. Olmstead : Le voyage de Robert Child
  17. Chandler Raymond : Le grand sommeil
  18. Stokoe : Empty Mile
  19. Miller Jax : Les Infâmes
  20. Harper Lee : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (LC)
  21. Horwitz : Journal d’une fille de Harlem
  22. Carnival : Série
  23. Il était une fois dans l’Ouest : Film
  24. Le bon, la brute et le truand : Film
  25. True Grit : Film

Les tragédies du ghetto : Israël Zangwill

Tragédies du ghetto - Zangwill [N]

Titre : Les tragédies du ghetto

Auteur : Israël Zangwill
Édition : 10-18 (1984)

Résumé :
Avec « Les Enfants du Ghetto », qui met en scène la communauté juive des quartiers est de Londres, Zangwill connaît un succès exceptionnel.

Ce roman atteint de tels records de vente qu’on le qualifie de « best-seller » : le mot restera.

Cette œuvre et les suivantes, romans, récits et nouvelles, lui valent le surnom de « Dickens juif » et le placent parmi les écrivains britanniques les plus importants de son époque.

Après avoir adapté Les Enfants du ghetto pour le théâtre, il fait jouer à New York ses principales pièces, dont The Melting Pot (Le Creuset), métaphore qui désigne la société américaine ; l’expression « melting-pot » est passée à la postérité dans de nombreux pays.

Parallèlement, Zangwill s’interroge sur la montée des périls qui menacent la communauté juive dans l’Europe des années 1880 et 1890 : les pogroms de Russie et de Pologne, les émeutes antisémites de Londres lors des crimes de Jack l’Éventreur, l’affaire Dreyfus en France.

Critique : 
À mon avis, j’ai dû recevoir une version de ce roman qui n’est pas conforme au 4ème de couverture parce que je ne retrouve rien des émeutes de Londres en 1888 et je n’ai pas vu l’ombre d’un dreyfusard dans les pages…

Il est vrai que dans la préface, il est dit que ces cinq Tragédies du Ghetto (sur un total de onze qui constituent l’édition originale) représentent un choix traduit de l’anglais par Charles Mauron.

Soit les promesses du 4ème sont dans les tragédies non inclues ou alors ces passages se trouvaient dans les lignes que j’ai sauté pour tenter d’arriver au bout de ce roman.

Cinq nouvelles, : une qui se déroule en Amérique et les 4 autres en Angleterre. Cinq histoires dont j’ai eu du mal à venir à bout, hormis la première et l’avant-dernière qui m’ont bien plu.

Et dans les deux qui m’ont plu, il y avait des longueurs qui me donnaient envie de fermer les yeux. C’est vous dire combien j’ai eu du mal à venir à bout de ce petit ouvrage qui promettait beaucoup, tel un politicien en campagne électorale.

Las, moi qui avait envie d’en apprendre un peu plus sur les émeutes de 1888 ou sur le quartier juif de Whitechapel, j’en suis pour mes frais puisque rien de tout cela ne se trouvait dans cette édition et que l’auteur nous a plus dressé le portrait de quelques familles juives et de leur soucis.

Je vous jure que pour certains, avec la famille qu’ils ont, pas besoin d’ennemis !

Pas besoin non plus des catho ou des protestants pour avoir des misères. Les juifs de ce roman sont les premiers à faire naître la tragédie et à l’alimenter, tout seuls comme des grands.

Entre certains commerçants qui ne respectent plus le Shabbat et font tourner leurs échoppes même ce jour sacré là, alors qu’avant, ils se lamentaient que les autres ne respectaient rien; entre ceux qui ont promis et qui n’ont pas tenu leurs promesses; entre une mère qui houspille sa fille qui s’occupe d’elle, plaçant celle qui ne fait rien sur un piédestal et dénigrant l’autre, croyez-moi qu’ils sont les plus forts pour s’enfoncer dans le tragique et l’entretenir eux-mêmes.

« Ah ! voilà où était l’ironie du drame. L’unique condition était aussi l’unique condition que les pauvres tisserands ne pouvaient accepter. Il leur était loisible de ramener ce Shabbat qui durait maintenant une semaine à son ancienne dimension d’un seul jour pourvu que ce Shabbat lui-même se trouvât le dimanche. Mieux encore, la journée de travail qu’on leur offrait était moins longue et la paye plus grosse que la leur. Et l’ironie la plus profonde de cette ironie même était que le propriétaire de chacune de ces usines était un frère en Israël ! Jeshurun engraissé qui ruait maintenant ».

— Tu m’emprisonnes ici sans une âme à qui parler, du matin jusqu’au soir, éclata un jour Mrs Brill.
Salvina ne fut pas fâchée d’avoir cette interprétation des silences larmoyants de sa mère. Elle regretta seulement que celle-ci n’ait pas eu la force d’exprimer le plaisir qu’elle trouvait à bavarder quand le Ghetto lui en fournissait l’occasion, au lieu de réclamer plus de faste.

— Ne me jette pas à la tête que tu m’épargnes la honte de vivre aux crochets de ton père. Je suis capable de gagner mon pain moi-même. Je n’ai pas besoin de tes meubles pour maison de poupée qu’on a peur de toucher – comme si on marchait entre des coquilles d’œuf. J’aimerais mieux aller vivre seule dans une chambre et frotter des parquets que de devoir quelque chose à quelqu’un. Alors je serais ma propre maîtresse et non pas sous la coupe d’une fille. Si seulement Kitty se mariait, alors je pourrais aller vivre avec elle. Pourquoi ne se marie-t-elle pas ? Ce n’est pas comme si elle te ressemblait. Y a-t-il une plus jolie fille dans toute la congrégation ? C’est parce qu’elle n’a pas d’argent, ma pauvre Kitty qui se tue au travail. Son père lui ferait une dot, s’il était un homme, et non un porc.

— Pauvre Salvina ! soupira Mrs Brill. Elle le mérite quoiqu’elle ait gâché notre vie pendant des années.

J’ai eu beaucoup de mal à le terminer, j’ai dû me forcer en sautant des lignes tellement je patinais dans ma lecture.

Pourtant, ce roman possède son lot de personnage noirs comme l’encre la plus sombre et les bassesses y sont légions. Il avait tout d’un grand noir bien serré. Des vrais tragédies à l’état pur, garanties A.O.C.

Mais jamais je n’ai pas accroché…

C’est pour cela que je ne le coterai pas.

BILAN - Minion tasse dépité - OKLe Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

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