Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix- Tome 17 – Le Domaine des dieux

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1971)

Résumé :
Jules César n’en démord pas : il faut mettre au pas les Irréductibles Gaulois ! Et puisque ces guerriers impénitents refusent d’adhérer à la civilisation romaine, elle s’imposera à eux, de gré ou de force.

C’est dans cette optique que l’architecte Anglaigus est chargé de bâtir autour du village gaulois une ville romaine nouvelle, « Le Domaine des dieux ».

Isolant les Gaulois, elle ne leur laissera plus d’autre choix que s’intégrer ou disparaître.

Pas sûr que les habitants de cette cité nouvelle apprécient le voisinage du « Village des fous »…

Critique :
♫ Promenons-nous dans les bois tant que les architectes romains n’y sont pas ♪ Si les romains y étaient, Idefix les mordrait ♪

Depuis cet album, tout le monde sait qu’Idéfix hurle à la mort quand on déracine un arbre et qu’il ne faut jamais parler sèchement à un Numide.

J’ai beau chercher mais lorsqu’on parle des albums d’Astérix de l’ère Goscinny, je n’arrive pas à en trouver un que je n’aime pas.

Petite, j’en avais, mais c’était parce que je les comprenais pas vraiment…

Dans cet album jouissif qui nous parle d’écologie, d’invasion passive et d’urbanisme sauvage, on joue à domicile.

Puisque Rome veut urbaniser sans concession nos Gaulois qui résistent encore et toujours à l’envahisseur, on va leur apporter de force la civilisation ! Enfin, on va essayer…

Noyer une populace donnée dans une autre, plus importante… Une riche idée, n’est-il pas ? Elle fonctionne, on le sait. On perd une partie de son authenticité quand une minorité est noyée dans une majorité. On se romanise, on se civilise.

Et si on ne veut pas ? Alors, on résiste ! Mais pas facile de résister aux Romains quand il y a la liberté des esclaves en jeu. On voudrait continuer ad vitam æternam de faire repousser les arbres grâce à des glands magiques mais on ne respecterait pas les droits de ces derniers à qui on a promis la liberté une fois le chantier terminé.

— Vous nous empêchez de devenir des hommes libres, en nous empêchant d’achever le travail.

Pas évident non plus le dialogue social lorsqu’il y a contestation et autant nos esclaves que les légionnaires ont des revendications, même s’ils n’ont pas encore de ronds-points pour les faire valoir… Pourtant, tout le monde tourne en rond puisque les demandes des uns (les légionnaires) ne rencontrent jamais les accords des autres (leurs supérieurs).

Ça donnerait envie de CGT par les fenêtres (jeu de mot qui a déjà été fait depuis longtemps par Coluche).

Nos Gaulois sont toujours les mêmes et représentent bien la populace et sa manière d’agir : non on ne veut pas des Romains près de chez nous, mais quand ils viennent acheter des produits au village, le cours du poisson pas frais monte plus vite que son odeur de marée.

De l’humour, toujours de l’humour et des calembours ! La recette fonctionne toujours, le duo est rodé, les personnages bien en place avec leurs caractéristiques qui leur sont propres.

Mais au-delà du rire, ou dans le rire, on a aussi de la réflexion sur le fait de faire travailler plus les esclaves puisqu’on refait pousser la forêt… Sur le fait aussi que c’est le travail qui va les rendre libre… Sur le fait aussi qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils n’ont pas un autre job puisqu’ils sont esclaves de leur travail (et des Romains).

Un excellent album, avec de la profondeur et des sujets qui sont toujours d’actualité, car rien n’a changé, une fois de plus.

Un album qui fera rire les plus grands car ils comprendront mieux les subtilités des jeux de mots, les références à la vie réelle, le cynisme et les tacles du scénariste là où un enfant ne verra que les gags visuels.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°149.

Astérix – Tome 13 – Astérix et le chaudron : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 13 – Astérix et le chaudron

Scénariste : Albert Uderzo
Dessinateur : René Goscinny

Édition : Dargaud (1969)

Résumé :
Réputé pour son courage et sa probité, Astérix se voit chargé de veiller personnellement sur un chaudron rempli de sesterces confié par Moralélastix, chef gaulois d’un village voisin désireux d’échapper à l’impôt romain.

Pendant la nuit, des voleurs s’introduisent dans sa hutte et dérobent le chaudron. Par sa faute, le village est déshonoré. Astérix doit partir, il est banni. Accompagné d’Obélix, qui ne peut se résoudre à laisser son ami, Astérix s’engage dans une épreuve inédite : gagner sa vie pour remplir à nouveau le chaudron de sesterces !

Critique :
Il faut savoir que cet album faisait partie de ceux que je n’aimais pas, lorsque j’étais jeune (je parle de mes 10/12 ans) et qu’il m’a fallu du temps pour y revenir, le relire et le comprendre, un peu comme avec « Le bouclier Arverne ».

Oh, j’avais ri avec les déboires d’Astérix pour remplir un chaudron (qui avait contenu de la soupe à l’oignon) de Sesterces mais je n’avais pas capté les trois quarts de l’album et du message qui était distillé.

De prime abord, il n’est pas pour les enfants, la plupart des jeux de mots et des situations leurs passeront au-dessus de la tête.

Ce qui m’avait choqué, à l’époque (et qui me choque toujours), c’est le bannissement d’Astérix du village. D’accord, il a fait une faute et l’argent confié par un autre chef gaulois a été volé, mais sans même mener une enquête, on le banni du village avec ordre de ne pas y revenir sans le chaudron rempli d’argent.

— Retourne dans le village, Obélix. Tu n’as pas à me suivre ; je suis banni.
— Tu es banni ? Eh bien nous bannirons ensemble !
— MON OBÉLIX !
— Tu croyais vraiment que j’allais te laisser bannir tout seul ? Mais sans Idéfix et moi, tu ne bannirais pas loin !

On banni Astérix ? Non mais allo quoi ? C’est violent pour un gosse de voir pareille chose, d’apprendre que votre village, les vôtres, vos amis, les gens que vous côtoyez tous les jours, ceux avec qui vous luttez encore et toujours contre l’envahisseur romain, vous foutent à la porte du village…

Traumatisant pour un gosse qui découvre cela la première fois. On se pose des questions… En plus de ne pas comprendre grand chose, cet album me donnait toujours le cafard de voir Astérix mis à la porte. Une raison de plus de ne pas aimer cet album.

Et pourtant… Il y en a des thèmes intéressants dans cet album que j’ai compris une fois adulte, notamment le paiement ou pas de l’impôt et l’intelligence avec l’envahisseur.

— Un jour, un collecteur d’impôts est venu… Depuis, nous sommes dispensés d’impôts ! […]
— Et il n’est jamais revenu ?
— Jamais ! Donc, pas de revenu, pas d’impôts !

Goscinny règlait des comptes dans cet album et c’est bien plus tard que j’ai appris que la date de sortie de l’album (1969) coïncidait avec la sortie de Morris de chez Dupuis, pour une affaire de sous aussi (les albums qu’il voulait en cartonné et que Dupuis publiait en format souple). Goscinny était avec Morris pour le cow-boy le plus rapide de l’Ouest.

La critique du monde du business est acide, caustique, même si le tout est tempéré par de l’humour et des situations cocasses, telle que la chute des prix de la quatorzaine de sangliers et par Obélix qui a quelques réflexions tout à fait appropriées, même s’il n’a rien compris à leur mission.

— C’est bête de jeter de la bonne soupe à l’oignon pour la remplacer par des sesterces !
— Mais Obélix avec des sesterces on peut acheter de la soupe à l’oignon !
— Ben justement ! Ce n’était pas la peine de jeter la soupe à l’oignon qui était déjà dans le chaudron !

— Si on racontait nos aventures aux gens ? Peut-être qu’ils nous paieraient pour les entendre ?
— Je ne m’y connais pas en affaire, mais je peux te dire que ça, ça ne rapportera jamais d’argent !
— Pourtant on appellerait ça: « Les aventures d’Obelix le gaulois » et …
— Ah, tais-toi…

L’acide coule aussi à flot envers ceux qui n’assume pas leur collaboration avec l’ennemi, ceux qui disent, la main sur le cœur, que non, ils ne pactisent pas avec l’envahisseur mais qui, dans le dos de tout le monde, leur lèche les bottes et tente de rouler les autres dans la farine.

Un excellent album qui frappe sous la ceinture, qui est caustique, amer, truffé de jeux de mots. Un album où Astérix va devoir faire quelque chose qu’il ne sait pas faire : gagner de l’argent.

Durant toute l’aventure, il va courir derrière, sans jamais le rattraper et se rendre compte que la potion magique ne lui est pas d’une grande aide pour gagner des sous et remplir son chaudron qui n’est jamais que la métaphore d’une dette à apurer.

Gosse, je n’avais pas très bien compris le final où il était question de l’argent qui ne devrait pas avoir d’odeur mais qui là, en avait une. Ce n’est que plus tard que ça a fait tilt dans mon petit cerveau. C’était un perfide, Moralélastix.

Une fois de plus, un excellent album ! Mais ce n’est pas un scoop que de dire cela puisque toute la collection scénarisée par Goscinny est excellente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°147.

Astérix – Tome 06 – Astérix et Cléopâtre : René Goscinny et Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 06 – Astérix et Cléopâtre

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1966)

Résumé :
Jules César nargue Cléopâtre : les Romains construisent des temples et des forums magnifiques alors que les Égyptiens ne construisent plus rien depuis les pyramides.

Vexée, Cléopâtre charge son architecte Numérobis de bâtir un palais pour César en trois mois.

Pour Numérobis, sa seule chance de venir au bout de cette tâche malgré l’obstruction des Romains est de demander l’aide de son vieil ami Panoramix.

Le druide part donc pour l’Égypte lui prêter main-forte, accompagné d’Astérix et Obélix.

Critique :
Quand on relit ses classiques, autant se faire plaisir et aller piocher dans l’excellence, dans la crème de la crème, dans le caviar du haut de la boite.

Les superlatifs sont manquants pour cet album qui emmène nos gaulois au pays des pyramides.

Par contre, depuis un certains film, je dois faire le vide dans mon esprit pour ne pas voir les acteurs ou entendre les répliques du film lorsque je relis la version bédé.

Ma version est avec l’ancienne couverture, celle qui possède les inscriptions concernant tout le matériel qu’il a fallu pour dessiner cette grande aventure.

D’ailleurs, en passant sur le Net, on remarquera une ressemblance entre la couverture de l’album et celle de l’affiche du film avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, ce film qui dure 4 heures et qui coûta la peau des fesses, des couilles, ainsi que les yeux de la tête, plus quelques reins (un des films les plus chers de tous les temps, qui mit son studio au bord de la faillite).

À l’époque, du haut de mes 10 ans, je ne le savais pas, malgré tout, cet album me faisait rire et des années après (je ne vous dirai pas combien, na !), il me fait toujours rire car il est tout simplement excellent.

Les jeux de mots sont légions (romaines), les références à notre société aussi (Canal de Suez, les entreprises de construction qui ont du retard), les situations sont cocasses, drôles, hilarantes et on se dit que du haut de ces pyramides, il n’y a pas que vingt siècles qui nous contemplent, mais aussi tout l’humour et le savoir-faire de Goscinny.

Astérix : — Et si un jour vous avez envie de construire autre chose en Egypte, un canal entre la Mer Rouge et la Méditerranée, par exemple… Eh bien, faites appel à quelqu’un de chez nous, par Toutatis !…

Si Numerobis avait été bruxellois, on l’aurait traité de schieven architek (« architecte de guingois », l’insulte décernée par les habitants des Marolles à l’architecte Joseph Poelaert qui nous fit un colossal Palais de Justice, le plus grand du monde, et qui délogea tous ces petites gens de leur quartier) car ses constructions sont vraiment… comment dire ? De travers !

Heureusement que notre architecte de travers et en retard peut compter sur la présence de trois gaulois célèbres. Quatre, si on compte Idéfix. Oui, il compte autant que le druide Panoramix !

Cet album est un album pivot. Ceux qui l’ont précédé étaient très bons, je n’en disconviens pas, mais avec celui-ci, on a franchi (non pas un rubicond) un palier, un seuil, une frontière tant cet album est exceptionnel en tout.

Le problème qui se pose, maintenant, c’est que lorsque je relis l’album, je revois les pitreries de Jamel et celles de Gérard Darmon et je suis toujours étonnée de ne pas y trouver les répliques du film… Et lorsque je vis le film pour la première fois, j’étais étonnée de ne pas y voir toutes les répliques du livre.

Anybref, chez Cléopâtre est un album magnifique, puissant, énorme, magnifique (je l’ai déjà dit ??), exceptionnel (un dico des synonymes, merci) en tout. D’autres l’égalent niveau jeux de mots, mais niveau dépaysement et aventures, avec un voyage en Égypte, on mettait la barre très haute.

Lorsque vous regarderez le sphinx, pensez à Obélix et lorsque vous penserez à Cléopâtre, souvenez-vous de son nez. La déesse Amora (déesse gauloise bien connue) lui montait souvent au nez, nez qu’elle avait remarquable et que l’on dit que s’il eut été plus court, la face du monde en aurait été changée.

Indémodable cet album !

Centurion : Hmm… Ça n’a pas marché… Eh bien, nous attaquerons de tous les côtés à la fois… Déployez-vous !
Légionnaire 1 : Mais on vient de se replier !
Légionnaire 2 : Déployés, on va se faire égorger !
Légionnaire 3 : Égorge, déployé !
Légionnaire 4 : Encore un jeu de mots comme ça, par Jupiter, et je déserte !!!

Numérobis : Tous ces soucis me font tourner le sang ! Les crocodiles vont me trouver immangeable !
Astérix : Tant mieux ! Vous tenez tant que ça à faire un bon repas ?
Numérobis : Mais ce sont des crocodiles sacrés ! On ne peut pas leur donner n’importe quoi à manger !
Obélix : Ils sont fous ces Égyptiens !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°145.

Astérix – Tome 07 – Le Combat des chefs : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 7 – Le Combat des chefs

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : dargaud (1966)

Résumé :
Les Romains ont un plan : ils vont demander à un chef de village gallo-romain de défier, lors d’un combat des chefs, Abraracourcix. Tout ce qu’ils ont à faire est de capturer Panoramix avant le combat pour priver son chef de potion magique.

Les Romains parviennent à enlever Panoramix, mais Astérix et Obélix interviennent aussitôt. Ce dernier lance un menhir qui tombe sur le druide.

Panoramix perd la mémoire et la raison. Et c’est à ce moment-là que le chef gallo-romain Aplusbégalix arrive pour défier Abraracourcix.

Critique :
Gosse, j’adorais le combat des chefs car il était déjanté, bourré de choses folles et d’images très colorées.

Je riais comme une folle devant les druides amnésiques s’amusant avec leurs potions, avec Panoramix faisant passer un pauvre romain par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, hurlant de rire lui-même en se roulant au sol…

Je reprenais de plus belle avec toujours ce même soldat romain qu’on avait envoyé en tant qu’espion et qui sentait le poisson.

Le hibou qui l’accompagnait me faisait pisser de rire aussi. Bref, c’était une lecture bidonnante et je ne m’en suis jamais lassée.

Ça, c’était quand j’étais gosse et que je ne voyais que le premier degré de l’histoire, dont les gags très visuels et pas ce qu’il y avait derrière toute cette aventure rocambolesque.

Mon avis en tant qu’adulte ? Je me bidonne toujours devant les jeux de mots, les calembours, les druides qui ont pris un coup de menhir, le pauvre roman dans son arbre, sentant le poisson. Le côté graphique des gags me plait toujours autant.

Par contre, ce que je vois en plus, c’est la pique envers ceux qui, un jour, pactisèrent avec l’envahisseur, voulurent être plus Romains que les Romains quitte, pour cela, à faire des travaux inutiles pour prouver leur Romainitude (néologisme gratuit) et qui, mégalo jusqu’au bout des doigts, auraient bien aimé être calife à la place du calife. Heu, César à la place de César !

Si j’avais en horreur les équations, j’ai toujours gardé le personnage d’Aplusbégalix dans mes préférés, même s’il veut vivre comme les Romains, être Romain, vit comme un Romain et prendre la place d’un autre chef gaulois…

Aplusbégalix exprime bien cette cupidité humaine, lui qui voudrait, après avoir gagné le commandement du village d’Abraracourcix, régner sur l’Empire Romain.

Aplubégalix est aussi la personnification des gens qui se sentent forts devant des faibles mais qui deviennent vert de peur face à un chef gavé de potion magique.

Beaucoup d’humour dans cet album qui n’a pas pris une ride et qui nous raconte, avec talent et drôlerie, les magouilles qui peuvent y avoir pour prendre la place d’un autre, les rêves de gloire de certains qui se voient déjà en haut de l’affiche, oubliant que ceux qui y sont ne laisseront jamais leur place et le danger du lancer de menhir !

Un album où l’on démontre que la force brute n’est pas gagnante à chaque fois car il faut aussi compter avec la ruse et l’endurance…

Un album qui plaira aux plus jeunes comme aux moins jeunes, anybref, un album qui fera rire de 7 à 77 ans même si les lecteurs âgés auront des raisons en plus de rire que les plus jeunes !

— Par Jupiter !!! Que vous est-il arrivé ?
— Ben…nous avons croisé deux gaulois…
— Il faut dire qu’ils avaient un chien avec eux…
— Et deux sangliers !
— Ils étaient cinq, quoi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°140.

Astérix – Tome 10 – Astérix légionnaire : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 10 – Astérix légionnaire

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1967)

Résumé :
Obélix tombe amoureux d’une jeune villageoise, Falbala, dont le fiancé Tragicomix vient d’être enrôlé de force par les Romains et expédié en Afrique.

Ravalant héroïquement sa déception amoureuse, le livreur de menhirs lui promet de sauver le jeune homme. Les deux inséparables compères, Astérix et Obélix, s’engagent donc à leur tour dans la légion afin de le retrouver.

Critique :
♫ Falbala-la-la, Falbala-la-la ♪  Mon cœur y voit Fal-ba-la-la-la ♪ Comme une chance comme un espoir ♪ (1)

Voilà ce qu’aurait pu fredonner Obélix s’il n’était pas resté muet comme une carpe devant la belle Falbala, sortant juste un « wghstrfg… » en lui offrant des fleurs.

Pas de chance pour notre livreur de menhir, la belle Falblala a plutôt envie de chanter ♫ Il était beau, Il sentait bon le sable chaud, Mon légionnaire ! ♪

Obélix amoureux mais n’hésitant pas à se mettre à la recherche de Tragicomix, la fiancé de celle qu’il aime, Idefix hurlant hurlant pour les arbres qui tombent et des pauvres instructeurs romains pleurant sur l’épaule de leurs collègues tant leurs nouvelles recrues leur en font voir de toutes les couleurs.

— Eh bien, Obélix ?! Tu t’amuses a abattre les arbres pendant que je suis en train de cueillir le gui ?!
— Ben…euh…aussi, elle est mal tenue cette forêt…il y a des arbres partout !

Cet album est génialisime ! Ne fut-ce que pour leur recherche du numéro d’affectation de Tragicomix et le fameux bureau des renseignements… Ah, si on pouvait faire comme Astérix, aller voir l’administration serait un plaisir.

— Le bureau des renseignements ?
— Sais pas. Adressez-vous aux renseignements ; ils vous renseigneront.

Par contre, avoir Astérix et Obélix dans la bleusaille à former, ce n’est pas un plaisir et nos instructeurs légionnaires auront souvent des chagrins d’amour (running gag).

Toujours avec humour, notre auteurs brossent les nationalités en usant et abusant des clichés les plus gros, mais cela reste toujours bon enfant et il est aisé pour un lecteur de reconnaître les différentes nationalités présentes dans la légion en formation.

De l’humour à toutes les cases, des jeux de mots savoureux, des situations drôles, cocasses, hilarantes, le séjour de nos gaulois chez les légionnaires laissera des traces… Des larmes chez les romans, des larmes de rire chez les autres.

ASTÉRIX : — Plus les armées sont puissantes, plus la nourriture est mauvaise. Ça maintient les guerriers de mauvaise humeur. (Il goûte sa ration.) Je ne pensais pas que l’armée romaine était aussi puissante !

(1) Nicole Croisille – Un homme et une femme

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°130.

Harry Potter – Tome 5 – Harry Potter et l’ordre du phénix : J. K. Rowling [LC avec Bianca]

Titre : Harry Potter – Tome 5 – Harry Potter et l’ordre du phénix

Auteur : J. K. Rowling
Édition : Gallimard (2003-2016) / Folio Junior (2005-2017)
Édition Originale : Harry Potter, book 5: Harry Potter and the order of the phoenix (2003)
Traducteur : Jean-François Ménard

Résumé :
A quinze ans, Harry s’apprête à entrer en cinquième année à Poudlard. Et s’il est heureux de retrouver le monde des sorciers, il n’a jamais été aussi anxieux.

L’adolescence, la perspective des examens importants en fin d’année et ces étranges cauchemars…

Car Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est de retour et, plus que jamais, Harry sent peser sur lui une terrible menace.

Une menace que le ministère de la Magie ne semble pas prendre au sérieux, contrairement à Dumbledore. Poudlard devient alors le terrain d’une véritable lutte de pouvoir.

La résistance s’organise autour de Harry qui va devoir compter sur le courage et la fidélité de ses amis de toujours…

Critique :
Si vous m’aviez demandé, il y a quelques temps, quel était le Harry Potter que j’avais le moins aimé, j’aurais répondu sans hésiter que c’était le tome 5.

Après cette relecture (16 ans après), mon avis a changé et ce roman que j’aimais moins en raison du caractère chiant de Harry, est entré dans mes romans préférés (mais sans détrôner le tome 3 qui est indétrônable).

Alors oui, Harry est chiant par moment, comme tous les ados de son âge et comme nous le fûmes certainement.

Comme tous les ados, il n’en fait qu’à sa tête, il n’écoute pas les conseils précieux qu’Hermione lui donne (à tort car elle a souvent raison), il est nombriliste, pense qu’on lui cache tout, qu’on ne lui dit rien (♫), s’emporte facilement, jalouse le poste de préfet que Ron a obtenu, le fait qu’il joue dans l’équipe de Quidditch alors que Harry en est privé…

Dans ce tome 5, notre Harry est insolent, ne sait pas ce qu’il veut, il court bille en tête vers le danger, sans le voir. Nom d Zeus, s’il avait réfléchi avant et utilisé un peu plus sa tête, il se serait souvenu de ce que Sirius Balck lui avait donné et ne se serait pas fait entuber par Kreattur… Mais on ne va pas refaire le Monde, la saga, l’erreur de Harry lui a coûté cher. Très cher. Trop cher.

Il est dit, dans le roman, que « La jeunesse ne peut savoir ce que pense et ressent le vieil âge. Mais les hommes âgés deviennent coupables s’ils oublient ce que signifiait être jeune » et même si j’étais encore jeune lors de ma première lecture en 2003, j’avais oublié ce que signifiait être ado.

Grossière erreur de ma part car l’auteur a fait de Harry un ado des plus réalistes en le faisant grincheux et râleur. Là, je me suis sentie plus en phase avec lui, au fur et à mesure que la mémoire me revenait de ma propre jeunesse.

Hormis les tourments de l’adolescence qui donne à tout ceux qui en souffre un caractère à chier, l’auteur ne s’est pas concentrée uniquement sur ÇA ! Non, elle est allée voir plus loin et à taclé dans les rotules de la Société et ça, j’adore.

Moi qui pensais, lors de ma découverte de la saga Harry Potter, qu’on ne pouvait pas faire pire que Rita Skeeter, c’est parce que je n’avais pas encore fait la connaissance de Dolores Ombrage, l’espèce de petite gestapiste en tailleur qui ne sait faire qu’une chose : prendre des décrets qui restreignent les libertés personnelles de chacun.

Tout comme le ministre, elle ne veut pas voir/croire le retour de Voldemort, ne veut pas l’admettre, veut tout contrôler, veut tout gérer, veut tout régenter et finir calife à la place du ministre.

Et fatalement, lorsque de tels êtres sortent du bois, il y a toujours des petits profiteurs pour leur lécher les bottes, collaborer avec l’ennemi pour tenter de gagner quelque chose et jouer aux policiers de l’Inquisition, à ses côtés.

Pris séparément, les Drago Malefoy et autre Crabbe et Goyle ne valent rien, font des traces de pneus dans leurs calebards et partent en courant au moindre danger car « courage, fuyons » (souvenez-vous de l’épisode de la forêt interdite). Mais là, ils se sentent en force, ces petits cafards cafteurs !

— J’obligerai Goyle à faire des lignes, ça va le tuer, il déteste écrire, dit Ron d’un ton joyeux.
Il crispa son visage dans une expression de concentration douloureuse et fit mine d’écrire en imitant les grognements rauques de Goyle :
— Je… ne… dois… pas… ressembler… à… un… derrière… de… babouin…

Les injustices sont aussi monnaie courantes dans ce 5ème tome et tout est fait pour énerver  Harry (Rogue, Ombrage) ou le discréditer, surtout la presse (Gazette du Sorcier) qui n’hésite jamais à cracher sur Untel et Untel avant de retourner sa veste, toujours du bon côté : opportuniste, en effet (Jacques Dutronc chante aussi dans votre tête ??).

Mais que ceux qui ne l’ont jamais lu se rassure, tout n’est pas que complot pour discréditer Dumbledore et Harry Potter dans ce tome 5 !

Il possède aussi beaucoup d’humour grâce aux personnages de Fred et George Weasley, qui foutront le bordel pour notre plus grand plaisir, sans oublier les petites phrases piquantes de Rogue, McGonagall et Dumbledore, qui ne se laisse jamais démonter (et sait soigner ses sorties).

Un tome épais, un vrai pavé de 1.030 pages, une longue introduction pour présenter l’Ordre du Phénix, une année scolaire chahutée, avec privations de libertés, restrictions de la pensée, de la parole, complots, mensonges, refus de voir la vérité, Inquisition et brigade de petits merdeux de collaborateurs mais aussi des farces pour Sorciers Facétieux !

Un tome plus lourd, plus dense, plus sombre que les précédents. Chaque rentrée à Poudlard (chaque tome) devient de plus en plus profond, plus violent et les suivants vont encore déclencher des larmes chez moi et une envie de meurtre sur J.K Rowling.

Un tome qui, à la relecture, a gagné des galons et une place chère dans mon cœur.

— Voyez-vous, monsieur le ministre, il y a bien des sujets sur lesquels je suis en désaccord avec Dumbledore…Mais il faut lui reconnaître qu’il ne manque pas de style.

Dans le monde il n’y a pas d’un côté le bien et le mal, il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous. Ce qui compte c’est celle que l’on choisit de montrer dans nos actes, ça c’est ce que l’on est vraiment.

Une nouvelle LC réussie de plus à notre compteur, Bianca et moi ! Et oui, nous sommes du même avis : on a envie de tuer Ombrage !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX, le Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook, Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°9 – Cinq pépins d’orange – 5ème tome d’une saga), Le Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chroniques Littéraires (Menu Petits Frissons – Un automne à Poudlard).

Astérix – Tome 03 – Astérix et les goths : René Goscinny & Albert Uderzo

Titre : Astérix – Tome 03 – Astérix et les goths

Scénariste : René Goscinny
Dessinateur : Albert Uderzo

Édition : Dargaud (1968/1979/…)

Résumé :
Panoramix se rend dans la forêt des Carnutes pour sa réunion annuelle des druides. Il gagne le prix du druide de l’année mais il se fait capturer par les Goths qui l’emmènent en Germanie pour utiliser ses pouvoirs afin d’envahir Rome et la Gaule. Astérix et Obélix doivent aller le sauver.

Critique :
J’aime réviser mes classiques, ressortir les valeurs sûres, entre deux nouveautés…

Ici, je suis en terrain connu et en terrain conquis, même si ça ne fera pas plaisir aux Goths d’entendre ça !

Maintenant, je ne lis plus mes Astérix dans l’ordre, mais si on fait les choses correctement, on pourra remarquer l’évolution des dessins et des caractères des personnages.

On le voit sur la couverture : Obélix est joyeux, prêt à aller casser du Romain et/ou du Goth tandis qu’Astérix est plus vindicatif, en colère, la main posée sur le manche de son épée.

Obélix prend de la place dans cet album et tant mieux ! Même s’il ne brille pas par son intelligence, il est drôle avec ses questions à la con et sur le fait qu’il ne comprend jamais rien. Astérix est toujours le guerrier rusé, celui qui réfléchit pour deux, celui qui pense, qui est plus sérieux que l’Astérix que nous verrons dans les albums postérieurs.

Panoramix, lui, a le triomphe modeste, mais n’avait pas peur de dire avant qu’il gagnerait le concours des druides dans la forêt des Carnutes. Et même enlevé par des Goths qui veulent de secret de la potion magique, jamais il ne se départira de son calme olympien.

Quand aux romains, ils sont fous, pas très malins, vachement crétins mais cela donne des situations cocasses, drôles et l’armée n’en sortira pas grandie !

Nos guerriers Goths, malgré leurs casques à pointes et leur dialogue en écriture gothique nous donneront, eux aussi, quelques belles tranches de rire !

Surtout que chez eux, tout le monde veut être le chef et que se sera une belle occasion de leur donner de quoi s’occuper durant quelques siècles. Pas de bol, après ils sont revenus et nous n’avions pas de potion magique.

Certes, nous n’en sommes pas encore aux excellents albums qui viendront après, mais ça présumait déjà que le futur serait plus qu’excellent car les petits tacles envers notre société étaient déjà présent et ils sont intemporels.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°118.

Pour un instant d’éternité : Gilles Legardinier

Titre : Pour un instant d’éternité

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Flammarion (02/10/2019)

Résumé :
Vincent sait mieux que personne ce qu’est un secret. Spécialiste des passages dérobés, c’est à lui que les riches et les puissants font discrètement appel pour dissimuler leurs trésors ou s’aménager des issues indétectables.

Alors que Paris célèbre l’Exposition universelle et sa phénoménale tour Eiffel, Vincent et son équipe deviennent soudain la cible de tentatives d’assassinat.

La mort rôde désormais autour d’eux. Un de leurs clients cherche-t-il à effacer ce qu’ils savent de lui ? Sont-ils traqués par des pouvoirs occultes ? Quelle est cette ombre qui peut les frapper n’importe où, n’importe quand ?

Dans une époque bouleversée, confronté à des mystères surgis d’un autre temps, Vincent va tout faire pour déjouer la menace et sauver les siens. Ce qu’il s’apprête à découvrir va faire voler en éclats tout ce qu’il croyait savoir du monde…

Critique :
Paris à l’époque de son Exposition Universelle ! Quelle folie cela devait être ! 96 hectares…

J’aurais aimé y faire un tour, même si certains pavillons étaient du plus mauvais goût.

N’ayant pas de machine à remonter le temps, j’ai pris un ticket de voyage instantané en ouvrant ce roman et même si nous n’avons pas tout exploré, le voyage était plus que génial.

Attention, l’Expo Universelle n’est pas la destination première de ce livre, mais puisqu’elle en est en partie le cadre, cela aurait bête de ne pas y aller faire un tour.

Une chose m’a toujours fasciné, étant gosse (et adulte aussi), ce sont les passages secrets ! Là, j’en ai eu pour mes sous à tel point que j’avais mes yeux qui brillaient.

Si le roman avait été plus court (tel le nez de Cléopâtre) d’une cinquantaine de pages, il aurait gardé tout son peps. Il y avait des passages qui étaient plus introspectifs, plus détaillés et cela lui a fait perdre un peu de rythme, mais pas au détriment de son histoire.

Il fallait sans doute prendre un peu de repos, de recul et laisser au personnages le temps de souffler, ainsi qu’au lecteur car à un moment donné, ça bouge beaucoup et dans tous les sens.

Ne cherchez rien de plus que le souffle de la grande Aventure, ne cherchez rien de plus qu’un roman de littérature populaire (et ce n’est pas au sens péjoratif), ne cherchez rien de plus qu’un bon moment de lecture, aux côtés de personnages sympathiques dont on aimerait faire partie de l’équipe.

Moins d’humour que dans ses autres romans, normal, le cadre de l’histoire s’y prête moins, mais avec des petites pépites sur la nature humaine, des petites phrases toujours justes et qui sont un plaisir à lire et à faire rouler sous la langue tant elles sont vraies.

Autre talent de l’auteur : nous immerger de suite dans le décor grandeur nature qu’était Montmartre lors de la construction de sa Basilique, mais aussi du quartier avant qu’il ne prenne de l’ampleur grâce/ à cause de ce chantier.

Idem pour Paris… Les décors sont plantés très vite et où que nos yeux se posent, ils ne voient que le Paris de 1889. Manquait plus que le bruit et les odeurs et nous y étions, dans ce Paris de 1889 qui changeait de visage, notamment avec une grande tour en fer.

Un grand roman d’aventures, de mystères mystiques, de passages secrets, de souterrains piégés ou non, d’amitié, de solidarité et d’un trésor qui n’est pas toujours constitué d’argent car la plus grande richesse n’est pas le fric mais…

Non, je ne vous dirai rien de plus si ce n’est : lisez-le, nom de Dieu, car même si ce n’est pas de la matière à Goncourt, on s’en fiche ! C’est de la matière à une grande aventure sous les pavés de Paris, à des faits qui semblent fous ou extravagants mais qui sont réels, à de l’humanité et de l’amitié et ça, ça n’a pas de prix !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°113.

 

Les vieux fourneaux – Tome 5 – Bons pour l’asile : Wilfrid Lupano & Paul Cauuet

Titre : Les vieux fourneaux – Tome 5 – Bons pour l’asile

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Cauuet

Édition : Dargaud (09/11/2018)

Résumé :
Retour à Paris pour Antoine, Mimile et Juliette. Le plan est simple : ramener Juliette auprès de sa mère, puis filer au Stade de France pour assister au match de rugby France-Australie. C’est du moins ce qui est prévu…

Mais, désireuse de voir son père et son grand-père se rabibocher, Sophie les oblige à s’occuper ensemble de Juliette jusqu’au lendemain. Mimile ne peut donc compter que sur Pierrot pour l’accompagner au match.

Or, Pierrot l’anarchiste mène un nouveau combat : il s’est engagé en faveur des migrants.

Alors vous pensez bien qu’assister à un match opposant la France, qui refuse d’accueillir les migrants, à l’Australie, qui ne pense qu’à les entasser dans des camps, bafouant ainsi les droits de l’homme, c’est hors de question !

Mimile n’a plus pour seule compagnie que ses désillusions… Et si lui aussi était bon pour l’asile ?

Critique :
Nos vieux anarchistes seraient-ils bons pour l’asile ?

Non, pas tout de suite, ils ont encore bien des revendications à faire, notamment sur les banques Suisses qui facilitent l’évasion fiscale et sur l’accueil des migrants qui n’est pas humain.

— La mairie a fait installer des cailloux pour empêcher des migrants de dormir sous un pont. Tu te rends compte de la bêtise, un peu ? 

Beaucoup d’humour et d’humanité, dans ce 5ème tome qui arrive toujours à faire mouche et à parler de sujets qui dérangent, le tout avec des dialogues qui piquent juste où il faut.

— On est 500 millions de guignols en Europe et on veut nous faire croire qu’on ne peut pas accueillir 1 millions de pauvres gens ? Ça fait même pas 1 par village ! 

Nos Vieux ont vieillis, ils prennent de l’âge et les dernières cases m’ont émues. En fait, une grande partie de l’album m’a ému, tout en me faisant sourire.

Les dialogues sont cyniques, piquants, bourrés de vérités, toutes simples, en plus, mais ça fait du bien de les dire, de les lire et dans les bouches de nos petits vieux anars, elles prennent encore plus de saveur et de croustillant.

— Disons qu’on a estimé qu’après avoir habillé les nazis des bottes à la casquette, Hugo Boss pouvait bien fournir quelques costumes gratis à des nécessiteux basanés. C’est de bonne guerre.

— Alors je dois aller faire quoi, Mimile au stade de France ? Encourager qui ? La France, qui refuse d’accueillir les pauvres gens, ou l’Australie, qui crée des camps de concentration dans des îles qu’elle a défoncées à coup de bulldozers ? 

On en apprendra un peu plus sur notre vieux fou de Pierrot que l’on verra quelques années plus tôt et où, malgré le fait qu’il se carre tout dans l’oignon, sait écouter les gens et les aider sans leur montrer.

Une fois de plus, une réussite intégrale, un tome qui n’est pas sous les autres, un tome qui aborde d’autres problématiques de nos sociétés sois-distantes civilisées et humanistes mais qui ne tolère que les étrangers plein de fric et pas les miséreux.

— On a réfléchi, et on s’est dit : quand c’est le Qatar qui rachète les musées, les plages privées et les clubs de foot, personne ne crie à l’invasion arabe. Tout le monde est content. Donc ce ne sont pas les étrangers qui font peur, ce sont les étrangers pauvres.

— C’est spectaculaire, la France : dès que tu portes une cravate, y a plus un flic qui te demande tes fafiots. 

Ces petits vieux ont plus d’un tour dans leur sac et j’espère qu’ils continueront encore longtemps à me faire sourire, rire, à m’émouvoir, à nous faire réfléchir et, qui sait, un jour, peut-être qu’ils changeront nos sociétés.

— Depuis la nuit des temps, notre pays enracine son union nationale dans la défaite. Alésia, Azincourt, Pavie, Waterloo,Sedan, Traflagar, Diên Biên Phu… C’est un concept purement français. C’est même peut-être ça, la France. On se trouve glorieux dans la défaite, ce qui nous rend quasi invincibles. 

La vie en chantier : Pete Fromm

Titre : La vie en chantier

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister Americana (05/09/2019)
Édition Originale : A job you mostly won’t know how to do (2019)
Traducteur : Juliane Nivelt

Résumé :
Marnie et Taz ont tout pour être heureux. Jeunes et énergiques, ils s’aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu’elle est enceinte, leur vie s’en trouve bouleversée, mais le couple est prêt à relever le défi.

Avec leurs modestes moyens, ils commencent à retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l’avenir prend des contours plus précis.

Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face à un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras.

Il plonge alors tête la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d’insomnies, de doutes et de joies inattendus.

Critique :
♫ Avoir un seul enfant de toi, ça f’sait longtemps que j’attendais. ♪Le voir grandir auprès de toi, c’est le cadeau dont je rêvais ♫ Qu’il ait ton sourire, ton regard quand tu te lèves le matin ♪ Avec l’amour et tout l’espoir que j’ai quand tu me tiens la main. ♫

Cette chanson de Phil Barney, tout le monde connait… Une chanson triste puisque la mère décède et que le père se retrouve seul avec l’enfant dans ses bras.

Mais nous n’avons jamais su ce qu’il s’est passé entre la naissance et les 10 ans de son p’tit homme, dans sa chanson.

À croire que Pete Fromm voulait nous conter ce qu’il arrive à un papa qui se retrouve seul, avec juste l’enfant qui revient avec lui et la maman qui part pour un long voyage dont on ne revient jamais.

Bordel, quelles émotions en tout genre j’ai dégustées dans ce roman à la fois tendre, touchant, triste, émouvant, mais ô combien merveilleux car jamais l’auteur ne sombre dans la mièvrerie ou le larmoyant.

Non, pas de pleurs dans les chaumières car l’auteur à choisi de nous montrer un père (Ted, Taz de son surnom) qui tire le diable par la queue, qui est dans sa bulle, qui se coupe de tout le monde pour être avec sa fille, qui annihile toute vie sociale et qu’un pote, Rudy, sa belle-mère et la baby-sitter vont essayer de ramener à la vie sociale, pour le bien de la petite Midge.

Souvent j’ai souri durant ma lecture, j’ai été attendrie par cette petite fille qui se retrouve juste avec son père qui ne sait pas trop comment faire avec elle mais qui se débrouille pas si mal que ça, tout compte fait.

Porté à bout de bras par ces trois personnes, lentement, notre jeune père veuf va quitter les sables mouvants qui se trouvent au fond de la rivière et commencer sa lente remontée vers la surface, vers de l’oxygène autre que sa petite Midge.

C’est magnifique, c’est tendre, c’est du bonheur en boite, même si un des chocolats de la boîte était amer (le décès de la mère). Mais je vous jure que tous les autres étaient un concentré d’émotions gustatives qui m’ont touchée au coeur.

Oui, Taz avait une vie en chantier, une maison en chantier mais il a pu compter sur des ouvriers du coeur, des véritables amis, de ceux qui ne vous laisse pas sombrer dans le caniveau, de ceux qui comptent, de ceux qui vous tirent vers le haut, de ceux qui vous tirent de votre prostration, de votre dépression en construisant avec vous une nouvelle vie.

Un vrai coup de coeur, une fois de plus, avec Pete Fromm.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°90.