Sykes : Pierre Dubois et Dimitri Armand

Titre : Sykes

Scénariste : Pierre Dubois
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (06/11/2015)

Résumé :
Lorsque « Sentence » Sykes pose le premier sabot dans ses collines natales, le jeune Jim Starret reconnaît immédiatement une légende de l’Ouest, digne des illustrés avec lesquels il a appris à lire.

Mais son nouveau héros n’est pas là lorsque la redoutable bande des Clayton assassine sa mère sous ses yeux.

Dès lors, Jim n’a plus qu’une obsession : rejoindre Sykes et participer à la traque. Il a déjà payé le prix du sang. Il ignore encore que ce sont ses démons qui forgent une légende du Far-West.

Critique :
La première planche est assez inquiétante : on y voit l’ombre d’un cavalier, sans que l’on sache si c’est un bandit ou un ami… En tout cas, elle illustre bien le calme avant la tempête.

Une fois de plus, nous sommes face à un western classique : des bandits, les Clayton, qui attaquent une ferme, qui assassinent, qui violent, qui ont des tas de cadavres derrière eux et un marshal, Sykes, lancé à leur poursuite, avec deux hommes pour l’aider.

Classique, oui, mais… Il y a quelques chose dans le regard blasé et fatigué de Sykes qui change tout. La soupe est vieille, certes, mais l’auteur avait le talent de la cuisiner autrement.

Sans courir, il prend le temps de nous présenter Sykes, de le faire rentrer dans sa chambre, de lui donner de l’épaisseur, de lui faire vivre un incident dans la ville où il a posé ses bagages.

Même dans le pistage de nos bandits, pas de galops effrénés, on va au pas, on suite la piste, on a la patience et l’intelligence de ne pas courir ventre à terre. On chevauche, mais on discute aussi et les dialogues sont aussi le sel de cette bédé.

Dans ce western crépusculaire, les salopards ne sont pas que les bandits, il y a aussi les gros magnats de la finance, les promoteurs, les politicards, qui veulent les terres des fermiers et qui sont prêt à tout pour les obtenir, même aux moyens extrêmes.

Les dessins sont réussis, c’est un régal pour les yeux, que ce soit les visages ou les décors grandioses de l’Ouest. L’agencement des cases est diversifié, peut nous donner de grands paysages en arrière-plan, ou des scènes sur deux cases l’une à côté de l’autre. En tout cas, c’est réussi en ce qui concerne les découpages et les couleurs.

Le scénario possède aussi quelques beaux moments, comme entre Sykes, marshal blasé par toutes ces années de fusillades, de morts, de vies fauchées et le jeune Jim qui regarde les armes à feu avec des étincelles d’envie dans les yeux et qui pense que la vie que Sykes a menée était une vie géniale.

Mon bémol sera pour le fait que le dénouement de cette poursuite est assez rapide. Trop rapide, même. J’avais pensé qu’en coursant le 5ème larron, nous aurions du rab, mais non, là aussi ce fut assez court, trop court et il a manqué quelques cases de plus afin de donner un rôle à ce fameux Révérend qui prêchait la violence ou lieu de la paix, ce mentor de la bande de Clayton.

Ce sera le seul bémol, tout le reste du final est conforme à l’Ouest, à nos deux hommes qui prennent de l’âge, à la fin d’une ère, de leur ère, celle des prairies remplies de bisons qui laissent place maintenant à de derricks tirant du pétrole.

Véritable western crépusculaire aux dessins magnifiques, Sykes donne un aperçu de ce qui arrive lorsqu’on regarde trop dans l’abîme, lorsque l’on continue de chasser sa baleine blanche, illustrée par tous les repris de justice du pays que l’on dégomme.

Qui vit par les armes périra par les armes et la mère du petit Jim avait bien raison, hélas. Les auteurs bouclent la boucle et le final est magnifique, même si empreint de tristesse.

La vie dans l’Ouest était dure, violente et la vie n’avait que peu de valeur face aux requins qui voulaient les terres que les premiers colons avaient prises lors de leur arrivée…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°63], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 75 pages).

Les prisonniers de la liberté :‬ Luca Di Fulvio [LC avec Bianca]

Titre : Les prisonniers de la liberté

Auteur : Luca Di Fulvio
Éditions : Slatkine & Cie (2019) / Pocket (2021) – 780 pages
Édition Originale : La figlia della libertà (2018)
Traduction : Elsa Damien

Résumé :
1913, un paquebot quitte l’Europe. À son bord, trois jeunes en quête d’une seconde chance.

Rosetta, jeune femme indépendante et rebelle, fuit son village italien. À la mort de ses parents, harcelée et violentée par la pègre, ayant perdu son honneur, elle n’a eu d’autre choix que d’abandonner la ferme familiale.

Rocco, fier et fougueux jeune homme, laisse derrière lui sa Sicile natale. Il cherche à échapper à la Mafia locale, à laquelle il a refusé de se soumettre.

Raquel, petite juive russe, a vu toute sa famille décimée dans un pogrom. Elle n’emporte avec elle que le souvenir de l’amour que lui portaient ses parents.
Le nouveau monde les réunira.

Après New York, Luca Di Fulvio nous emmène à Buenos Aires. Un parcours semé d’embuches, où amitié, amour et trahisons s’entremêlent…

Critique :
Les voyages en compagnie de Luca Di Fulvio se ressemblent tous un peu. C’est le troisième que je lis et sa trame est semblable aux deux autres. C’est la marque de fabrique de l’auteur qui ne se renouvèle guère.

Une fois de plus, il nous propose des personnages qui ne vivent pas dans le monde des Bisounours et à qui il va arriver tout un tas de saloperies de misères les plus crasses.

Coincés dans le fleuve tumultueux de la vie qui ne fait pas de cadeau, ils vont aller de Charybde en Scylla, leur père narratif ne les épargnant guère, rajoutant même des pelletés de sales coups à tous ceux qu’ils ont déjà pris dans la gueule.

On est dans un roman noir, le contexte social était important et bien mis en valeur, que ce soit en Sicile avec la mafia qui ne vous laisse guère le choix, ou dans les ghettos Juifs du côté de la Russie, Pologne ou en Argentine où l’extrême misère est de nouveau la proie des puissants. L’exploitation des miséreux fait la richesse des forts.

Le monde de Rosetta, Rocco ou Rachel n’est que violence, extorsion, abus de pouvoir, vols, viols, harcèlement, mafia et pogroms pour les Juifs que l’on accuse de tous les maux (empoisonnement de l’eau, mauvaises récoltes…) et surtout d’avoir assassiné le Christ, qui, si mes souvenirs sont bons, était Juif lui aussi… Comprenne qui pourra, moi je ne cherche plus à comprendre l’imbécilité de certains et leur illogisme.

Dans ce monde pourri, les femmes sont toutes des putes (dixit la majorité hommes), surtout si elles tentent de leur tenir tête et les hommes sont tous des harceleurs, des violeurs, des gros cochons qui ne pensent qu’avec leur bite et qui considèrent les femmes comme juste bonne à baiser, de force ou en les payant.

Heureusement, tous les hommes ne sont pas comme ça ! Non pas parce que les femmes ne sont pas leur tasse de thé, juste parce qu’ils ont de l’éducation et du respect pour les autres, même s’ils ne seraient pas vraiment d’accord pour nous donner l’égalité.

Anybref, comme vous pouvez le constater, nous face à des vies de misère où tous les coups sont permis pour briser des êtres humains et les mettre plus bas que terre. Les femmes et les filles étant celles qui ont la vie la plus infernale puisque le seul métier qu’on leur propose est de faire la pute dans cette ville de Buenos Aires.

Comme à Ken Follet, je reprocherai toujours à Di Fulvio son manichéisme dans ses personnages.

Les méchants n’ont rien pour les racheter et sont pourris jusqu’au bout des ongles (ou de leur bite), hormis quelques uns, mais dès le départ, on se doutait qu’ils n’étaient pas si méchants que ça.

Si dans la vie réelle, certains humains sont des salopards finis, d’autres ont des portraits plus nuancés, des fêlures, un passé qui explique cela et j’apprécie toujours lorsqu’ils les portraits sont en nuance, dans la littérature.

Les palmes d’or des perversions allant à Amos le maquereau, au baron de La Bite Molle et à la princesse du Clito En Biais. Ces deux derniers, sorte de Valmont et Merteuil de ce récit, n’ont vraiment absolument rien pour équilibrer leurs portraits et l’auteur en rajoutera même, des fois que l’on aurait des doutes…

Même si le baron sicilien de La Bite Molle possède moins d’élégance dans la perversion que n’en avait Valmont, que c’est une sorte de potentat local qui se croit tout permis, qui devient bête dans son obsession et qui finira par perdre toute crédibilité dans une scène avec un coupe-papier.

Fallait pas en rajouter, la coupe était déjà pleine pour ce personnage. Trop est l’ennemi du bien. Cela a desservi ce méchant baron sicilien.

Je me plains souvent des auteurs qui bâclent leurs grandes scènes finales en deux coups de cuillère à pot alors qu’on se trouve dans un pavé.

Ce ne fut pas le cas ici, Di Fulvio a pris son temps pour régler tous les problèmes, pour terminer la grande bataille finale, mais à un moment, il est retombé dans ses travers et en a rajouté, ce qui a nuit à l’ensemble car ça devenait trop long. Un peu de péripéties, ça va, trop, bonjour les dégâts.

Avec 150 pages de misères en moins, l’auteur aurait pu offrir à ses lecteurs un roman bourré d’émotions, d’action, d’aventure, sans que cela ne nuise à l’ensemble.

On pourrait penser, en m’entendant bougonner et étaler les défauts du roman, que je n’ai pas apprécié cette lecture. Que du contraire !

En fait, comme Tano, le cordonnier grincheux, je ronchonne entre mes dents pour ne pas que l’on sache que ce récit m’a bouleversé et apporté des tonnes d’émotions, me mettant le cœur en vrac, une fois de plus.

Les personnages gentils m’ont fait vibrer, j’aurais aimé les serrer dans mes bras, les aider, j’ai souffert avec eux, j’ai hurlé à l’injustice comme eux, sans que l’on nous écoute et je les ai vu souffrir sans pouvoir rien faire pour les sortir de là.

Ce roman, après toutes ces souffrances, donne de l’espoir et fait un bien fou au moral, même si dans la réalité, ce genre de fin n’arrive jamais, sauf sans les Disney. Mais merde, de temps en temps, ça fait chaud au cœur de voir triompher le Bien et non le Mal.

C’est une formidable aventure humaine, c’est une histoire de destins brisés, de vies qui auraient dû prendre fin, mais ils se sont accrochés à la vie et Rosetta, comme dans la chanson de J-J.G, a changé la vie des autres.

Alors basta pour les défauts rédhibitoires que son un certain manichéisme, les misères à rallonges et les trames qui sont semblables dans tous ses romans ! Les histoires de l’auteur sont belles à lire et ça me fait passer sur ces gros défauts qui mettraient par terre les romans d’autres auteurs (oui, pas bien, je sais).

Par contre, ces multiples défauts (manichéisme, trame la même) et cette surenchère de violence (parfois gratuite) ont fait en sorte que ma copinaute Bianca n’a pas du tout apprécié sa lecture. 780 pages de malheurs, ça faisait beaucoup… Sa préférence restera pour « Le gang des rêves » (et moi aussi). Suivez le lien !

Lu dans son édition Pocket de 780 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°48] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

 

Calvin et Hobbes – Tome 5 – Fini de rire ! : Bill Watterson

Titre : Calvin et Hobbes – Tome 5 – Fini de rire !

Scénariste : Bill Watterson
Dessinateur : Bill Watterson

Édition : Hors collection (1993/2010)

Résumé :
Calvin est un petit garçon comme les autres qui adorent se raconter des histoires. Il imagine des aventures extraordinaires avec tigre en peluche, Hobbes, doué de parole.

Une création originale de Bill Watterson, qui a su séduire un large public par son inventivité, son humour et son intelligence.

Critique :
Ah, ces chers amis que sont Calvin & Hobbes ! Ce petit garçon effronté qui n’aime pas l’école et son tigre philosophe…

Leurs réparties sont toujours pleines d’humour, de réflexions sur la vie, la société, l’école…

C’est décalé, tendre, humoristique et plein de bon sens.

Entre la mère qui n’en peut plus, le père qui manie les sarcasmes autant que le tigre Hobbes et Calvin, ce sale gamin paresseux, qui n’aime pas se laver, se lever, aller à l’école, en vacances, qui est un peu cupide, emmerdeur, râleur, de mauvaise humeur, tyrannique…

Non, on ne voudrait pas Calvin comme gamin, pourtant, il est aussi blagueur, rêveur, naïf et bourré d’imagination puisque sa peluche est son meilleur ami et qu’il a des conversations hautement intelligentes avec.

Je me suis bien amusée avec les gags sous la neige ou ceux avec Rosaline, la baby-sitter. La pauvre fille, obligée de garder ce garnement de Calvin, jamais à court d’idées vaches pour aller dormir plus tard, obtenir des pizzas et un magnéto (les plus jeunes iront demander à Gogole ce qu’est un magnéto).

Dans son impatience de manger ses céréales afin d’avoir 4 preuves d’achat pour obtenir une casquette à hélice, Calvin est de nouveau drôle, rusé et impatient. Et le final est tellement vrai !

En fait, Calvin et moi avons un point commun : nous détestons l’école ! Moi aussi je m’emmerdais ferme le dimanche, alors que j’aurais aimé faire des tas de choses durant les quelques heures de liberté chérie qu’il me restait avant d’aller manger, me laver et au dodo. Comme lui, je tournais en rond et bingo, le lundi matin, j’avais plein d’idées d’occupations, mais c’était trop tard…

Calvin et moi, nous sommes des incompris… Moi non plus j’aimais pas les devoirs à faire.

Encore un grand moment de philosophie de passé avec ce garnement de Calvin et ce diabolique tigre de Hobbes.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°78] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 61 pages).

Tout le bleu du ciel : Mélissa Da Costa [LC avec Bianca]

Titre : Tout le bleu du ciel

Auteur : Mélissa Da Costa
Édition : Le Livre de Poche (2020) – 838 pages

Résumé :
Petiteannonce.fr : Émile, 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.

Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce.

Trois jours plus tard, avec le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme, qui a pour seul bagage un sac à dos, un grand chapeau noir, et aucune explication sur sa présence. Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté.

À chaque détour de ce périple naît, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Critique :
Si l’on vous annonçait que vous n’aviez plus que pour 2 ans à vivre, que feriez-vous ? Sachant que la maladie qui vous frappe de plein fouet dans votre jeunesse est un Alzheimer précoce…

Émile à 26 ans et est condamné à mourir dans un hôpital, sa mémoire fichant le camp au fur et à mesure. Lui, ce qu’il veut, c’est voyager et mourir ailleurs qu’à l’hosto. Il achète donc un camping-car et passe une petite annonce pour avoir un compagnon de voyage. Ce sera une jeune fille : Joanne.

Lorsque je suis montée dans ce camping-car, je m’y suis sentie bien, même si l’histoire ne roulait pas vite, même si l’histoire était constituée de phrase somme toute banales. De poncifs, de gestes du quotidien.

Les personnages me plaisaient, sans m’enthousiasmer et j’avais envie de tracer la route avec eux, de chausser mes godasses de rando et d’aller avec ma tente sur le dos faire un périple avec eux deux dans les Pyrénées. Bianca, qui faisait cette LC avec moi, est descendue à la première pompe d’essence et s’est enfuie en courant…

Ce roman a des airs de feel-good book, même si l’on se doute que l’on va lire la chronique d’une dégénérescence annoncée et que cela se terminera pas le décès d’Émile, sauf si les médecins se sont mis le doigt dans l’œil. Mais ça, se serait très con.

Effectivement, il ne se passe pas grand-chose dans ce gros pavé, l’auteure prenant la peine de nous décrire les gestes du quotidien, les repas, la cuisson des pâtes, la confection des salades, les achats de matériel pour la rando…

Rassurez-vous, il n’y a pas que ça ! Ce roman possède aussi ses petits moments d’émotions, ses petites touches de tendresse, de prises de conscience, cette amitié qui grandit et même de très grands moments remplis d’émotions larmoyantes.

Les descriptions des paysages sont bien présentes et cela donne l’impression d’être dans les Pyrénées, de marcher avec eux, de ressentir la soif, la fatigue. Là, je me suis retrouvée.

L’auteure a pris la peine de doter Émile et Joanne d’un passé et si celui d’Émile nous est divulgué assez vite, il faudra passer le cap de plus de la moitié pour apprendre ce qui rend Joanne aussi mélancolique. Joanna est un personnage très touchant, elle parle peu mais elle a une présence énorme dans ces pages.

Quant à Émile, il est encore plus touchant avec ses pertes de mémoires qui le rendent totalement perdu, presque fou de ne pas savoir ce qu’il fait là, triste d’avoir oublié ce qu’il  a fait ces deux derniers jours. Alzheimer n’est pas une maladie facile pour l’entourage et comme on oublie les souvenirs les plus récents, c’est Joanne qui va trinquer…

Bizarrement, l’extrême lenteur du récit ne m’a pas dérangée (contrairement à d’autres romans), même si, au bout d’un moment, la lassitude s’est installée (j’avais tout de même dépassé le cap de la page 560). Trop long, c’est trop long (je vous offre cette pensée philosophique de haut vol).

Ce sera mon plus gros bémol pour cette lecture : 838 pages, c’est trop ! Il y avait moyen de nous expliquer le périple de nos deux compagnons de voyage avec 250 pages de moins, ce qui aurait donné plus de rythme au récit. Le début est poussif, c’est là que j’ai perdu ma copinaute de lecture…

Pourtant, le voyage était intéressant à faire car il n’était pas qu’un simple voyage au gré des envies de nos deux compagnons, non, c’était surtout un voyage à l’intérieur d’eux-mêmes, une introspection, afin de perdre tout ce qui n’était pas bon pour leur esprit, leur coeur. Une sorte de grand nettoyage de printemps dans leur tête, une vidange de tout ce qui leur broyait le cœur et leur donnait des idées noires.

Ce voyage était initiatique pour eux deux et le pari fut réussi. À nous de faire sortir les scories de nos esprits et de ne garder que le plus beau, le plus lumineux, le plus agréable de nos vies.

Lu dans sa version Livre de Poche de 838 pages.

Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Waluk – Tome 1 – La grande traversée : Emilio Ruiz et Ana Miralles

Titre : Waluk – Tome 1 – La grande traversée

Scénariste : Emilio Ruiz
Dessinateur : Ana Miralles

Édition : Dargaud (07/02/2020)

Résumé :
Abandonné par sa mère puisqu’il est suffisamment grand, le petit ourson polaire Waluk doit apprendre du jour au lendemain à vivre seul.

Malheureusement pour lui, ses premières expériences ne se passent pas très bien.

N’ayant aucune notion de chasse, le voilà contraint de se nourrir exclusivement d’algues et d’oeufs…

Et c’est sans compter les autres ours qui ne se montrent pas des plus aimables avec lui.

Seul Esquimo, un vieil ours en piteux état, accepte de prendre Waluk sous son aile pour lui enseigner les rudiments de la survie. L’ourson apprend…

Critique :
Voilà une bédé intelligente, bourrée d’amitié, de belles choses tout en nous en montrant des moins belles, comme ce putain de réchauffement climatique qui prive, entre autre, les ours blancs de banquise et de nourriture.

Waluk, ce sont les aventures d’un jeune ours blanc que sa mère a abandonné puisqu’il était assez grand pour se débrouillez seul.

Oui, mais non, Waluk est perdu face à l’immensité de ce qui se trouve sous ses yeux et incapable de se nourrir correctement, sauf à faire des conneries et à s’en prendre une dans la gueule par un autre ours.

La rencontre avec Esquimo, un vieil ours, va lui changer sa vie (oui ♪ il changeait la vie ♫ vas-y, chante avec moi) en lui enseignant les rudiments de la chasse et en lui expliquant les changements majeurs qui se produise dans le coin, à cause d’un espèce de bipède nu qui ne possède ni griffes, ni ailes, ni rien : l’Homme.

Il est vrai que les humains, face à ce possèdent les animaux, est plus nu qu’un ver de terre, mais l’Homme est capable de foutre plus de bordel que toute la création animale réunie.

Les dessins m’ont enthousiasmé, je les ai trouvé très bien réalisés et les différentes moues prises par les ours m’ont souvent fait rire, ainsi que leurs réflexions. Les couleurs sont belles, dans des tons gris bleus qui illustrent bien le froid de la banquise.

Cette bédé, conte initiatique, a plusieurs leçons à nous apprendre, dont celle qu’il faudrait plus souvent écouter les anciens, de ceux qui nous ont précédés, ceux qui connaissent la musique mieux que nous.

Hélas, nous sommes dans des sociétés où l’on n’écoute plus les anciens et pire, lorsqu’un travailleur prend sa pension, bien souvent, il ne forme aucun jeune pour le remplacer (soit qu’il ne le veut pas, soit que le patron n’est pas intéressé par le savoir de son travailleur qui part). Stupide, car celui qui est dans la société depuis des lustres en sait bien plus que les p’tits d’jeuns qui commencent.

L’autre leçon à apprendre, c’est qu’il serait temps d’arrêter de foutre la merde partout où l’on passe, stopper avec le tourisme à la con, avec ces crétins qui veulent à tout pris aller voir la banquise qui fond et qui tirent sur les ours si d’aventures ils en croisent (scandale qui a eu lieu réellement, lors d’une croisière et d’un arrêt dur la banquise, je l’avais lu dans « Le Canard Enchaîné).

Ce premier tome de Waluk est vraiment une réussite, tant au niveau des personnages animaux, du scénario, du message se trouvant dans ces pages et des couleurs utilisées. Bref, une réussite à tout points de vue.

PS : je remercie Noctembule d’avoir parlé de cette bédé sur son blog parce que c’est ce qui m’a donné envie de l’acheter et de la lire.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°56], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages, le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022 – animal dans le titre) et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Miroir de nos peines : Pierre Lemaitre [LC Bianca]

Titre : Miroir de nos peines

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (02/01/2020) / LP (2021)

Résumé :
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique…

Critique :
Dans ces deux précédents romans consacré à l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaître m’avait emporté, bouleversé et apporté des émotions fortes telles que la colère (sur certains comportements, personnages), de la joie, de la tristesse.

Bref, j’en avais vu de toutes les couleurs aux côtés de ses personnages grandioses, réalistes, flamboyants, généreux ou qu’on avait envie de trucider.

Le dernier tome n’a pas dérogé à la règle, il terminera comme les autres dans mes coups de coeur car lui aussi m’a emporté, telle une foule en délire, dans des émotions fortes qui ont mis à mal mon pauvre cœur de lectrice.

L’exode, raconté par la mère de mon père, ça fleurait bien l’amusement, les chamailleries, la belle vie et l’aventure. Des bons souvenirs pour elle.

Oui, mais non, mémé, ce n’était pas la belle vie et l’amusement pour tout le monde, ces milliers de gens jetés sur les routes suite à la guerre et qui devait encore en plus subir les hausses des prix, le mépris des autres et les avions allemands qui ne lâchaient pas des confettis.

Quitter sa maison, son village, sa ville, son pays, avec son barda, les enfants, ça n’a rien d’une promenade de santé et où que vous alliez, on vous verra comme des envahisseurs. La peur est un ennemi mortel pour l’esprit humain, elle lui fait voir des choses qui n’existeront pas et le fait devenir une sorte d’ours enragé, que les exilés soient du pays voisin, du département voisin ou tout simplement son voisin.

Une fois de plus, Lemaître a réussi à nous emporter dans les affres de la drôle de guerre, suivant plusieurs personnages à la fois, sans avoir à quel moment leurs arcs narratifs vont se rejoindre, ni pourquoi.

Personnages flamboyants, une fois de plus, attachants, réalistes et pouvant évoluer et passer de salopard fini à un homme cachant de la fragilité sous de la colère.

Désiré est le plus magnifique, véritable caméléon qui joue tout au culot. Raoul est un magouilleur brutal, Gabriel un jeune homme timide, Louise, croisée toute jeune dans le premier tome est ici une femme en proie à des doutes et M Jules, patron du café est un sacré numéro aussi qui a réussi à m’émouvoir avec peu.

Son dernier roman consacré à l’entre-deux-guerres, je l’ai dévoré en peu de temps tellement il était addictif, bien écrit, historiquement bien fait, précis, travaillé, au scénario excellent, mélangeant les drames avec de l’humour. Nous avons beau être en 1940, les réactions des gens ne sont pas éloignées des nôtres en 2021.

L’absurdité des décisions, les imbécilités des décideurs, sans oublier celles de la population (parce que nous n’avions rien à envier à nos gouvernants, point de vue conneries absurdes) sont présentes et bien que personne ne puisse Twitter, les rumeurs et la propagande vont bon train, pervertissant l’esprit de tout le monde, rendant les gens pareils à des bêtes féroces (heureusement, pas tout le monde).

Sur le final de cette magnifique fresque historique, j’ai eu envie de poser le livre et de laisser libre cours à mon chagrin. J’arrivais au bout de cette belle aventure, j’allais quitter les personnages à tout jamais et ils m’avaient apporté tellement de belles choses que j’avais le cœur lourd à l’idée de les quitter.

De plus, même si les pires bassesses humaines remontaient à la surface, même si la haine guidaient les actions de certains, si la colère envers les réfugiés sortait par tous les pores et que la peur commandait les esprits, les quelques gestes de solidarité m’avaient émus eux aussi. Tout n’est pas à jeter chez l’Humain.

Une fois de plus, ce sont des destinées personnelles qui nous font vivre de l’intérieur ces jours troubles de la drôle de guerre qui eut lieu en 1940, quand les Allemands sont entrés en Belgique comme en France comme du persil s’enfonçant dans du beurre mou, laissant derrière eux des corps sans vie, des vies brisées, exilées.

Une magnifique fresque historique, réaliste, portée par des personnages qui resteront dans ma mémoire tant ils étaient superbes, même avec leurs défauts ou leurs sales caractères.

Une LC réussie avec Bianca même si celle-ci préfèrera le tome 2 dans cette trilogie.

La cité de larmes : Kate Mosse

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Titre : La cité de larmes

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (21/01/2021)
Édition Originale : The City of Tears (2020)
Traduction : Caroline Nicolas

Résumé :
1572. Depuis dix ans, les guerres de Religion ravagent la France. Aujourd’hui, enfin, un fragile espoir de paix renaît : Catherine de Médicis a manœuvré dans l’ombre et le royaume s’apprête à célébrer le mariage de la future reine Margot et d’Henri, le roi protestant de Navarre.

Minou Joubert et son époux Piet quittent le Languedoc pour assister à la cérémonie. Alors que la tension est déjà à son comble dans les rues de Paris, on attente à la vie de l’amiral de Coligny. C’est le début du massacre de la Saint-Barthélemy. Précipités dans les chaos de l’Histoire, Minou et Piet sont sur le point de prendre la fuite quand ils découvrent la disparition de Marta, leur fillette de sept ans…

Après La Cité de feu, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque historique et familiale pleine de rebondissements. Du Paris de la Saint-Barthélemy à Amsterdam en passant par Chartres, elle tisse sa toile et le lecteur, captivé, regarde s’écrire l’Histoire.

Une famille plongée dans l’enfer de la Saint-Barthélemy : l’Histoire de France comme vous ne l’avez jamais lue !

51176327Critique :
L’Histoire de France racontée par une Anglaise ! Et dans cette histoire, la perfidie n’est pas toujours du côté d’Albion…

Celle qui n’est pas encore Marianne se comporte aussi comme une traîtresse et plus le sang coule et plus les gens ont envie de le faire couler.

On a toujours quelque chose à venger et à ce rythme-là, on peut assassiner au nom d’une vieille rancune ou des morts durant des siècles.

Si je retournais dans le passé, je ferais en sorte d’éviter le mois d’août 1572 et la ville de Paris, car bien que étiquetée catho tendance « je me pose beaucoup de questions et je ne sais rien de rien », je risquerais ma tête en tant que non pratiquante, profane…

Une fois encore, l’auteure nous entraîne dans les horreurs des guerres de religions, dans les querelles sanglantes entre protestants (huguenots) qui pratiquent la religion réformée et les catholiques qui pratiquent la totale et ne démordent pas que leur religion est la seule, la vraie, la plus mieux, bref…

Pas de place pour les autres croyants qui voudraient un culte plus sobre, si ce n’est de la place au cimetière. Aimez-vous les uns et les autres… Tu parles !

Les ambiances sont travaillées pour que les lecteurs n’aient aucun doute sur l’époque à laquelle ils sont transportés, le travail de documentation de l’auteure est titanesque et c’est toujours un plaisir de découvrir l’Histoire de France dans ses romans.

Par contre, autant où le premier opus m’avait emporté de suite (La cité de feu), autant où celui-ci a pris plus de temps à arriver à un certain rythme de croisière et à entrer dans l’action. Les débuts sont un peu lents et il a fallu que l’on arrivasse à Paris, quelques jours avant la funeste Saint-Barthélemy pour que le roman se mette à bouger vraiment.

Entre nous, j’aurais préféré avoir plus de pages sur cet épisode sanglant que fut la Saint-Bath… Là, c’est assez vite expédié. Je l’avais vécu de l’intérieur avec Ken Follet (Une colonne de feu) mais j’aurais aimé que Kate Mosse y passe plus de pages.

Les femmes ont leur place dans les romans l’auteure et ce n’est pas jouer les seconds rôles, celui de la potiche de service qui fait à manger pour les hommes !

Non, dans ce roman, les femmes ont de la force de caractère, même si elles se font toujours rabrouer par les mecs qui leur demandent de tenir leur place, mais malgré tout, elles en veulent, elles ont la hargne et tous les mâles dans ses pages ne sont pas des Alphas, phallocrates, misogynes et empêcheur de dire haut ce que les femmes pensent tout bas.

Les chapitres sont nombreux mais assez courts, ce qui donne la possibilité à l’auteure de multiplier les points de vue des personnages et de nous faire voyager entre l’un et l’autre. Plusieurs intrigues se dérouleront sous nos yeux avant que toutes ne se rejoignent pour un final démentiel qui sera bourré d’action (sans pour autant en arriver à celle d’un 007, restons sérieux).

Un très bon roman historique qui parle des guerres de religions, des jeux de pouvoir entre les têtes couronnées, de massacres de Protestants, de haine de l’autre, d’inégalités sociales, de religions intransigeantes et qui met en scène un couple attachant (Minou et Piet), leur famille et bien des secrets enfouis que certains ne voudraient pas voir remonter à la surface.

Un roman historique hautement documenté, possédant des couleurs sociales, des références historiques, une jolie plume pour nous conter le tout et un rythme assez lent au départ, avant de prendre une vitesse de croisière plus intéressante pour la lectrice que je suis.

Étoile 3,5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°223], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°08].

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La Brodeuse de Winchester : Tracy Chevalier [LC avec Bianca]

Titre : La Brodeuse de Winchester

Auteur : Tracy Chevalier
Édition : La Table ronde Quai voltaire (25/06/2020)
Édition Originale : A Single Thread (2019)
Traduction : Anouk Neuhoff

Résumé :
1932. Violet Speedwell est l’une de ces millions de femmes anglaises restées célibataires depuis que la Première Guerre mondiale a décimé toute une génération de fiancés potentiels.

Méprisées dans les journaux, tolérées par les familles malgré une condescendance exaspérée, elles vivent à une époque où les attentes de la société quant à l’avenir des femmes sont des plus rigides.

Des attentes que Violet est sur le point de faire voler en éclats. En quittant Southampton et sa mère acariâtre pour s’installer à Winchester, où elle continue de travailler comme dactylo pour une compagnie d’assurances, elle espérait trouver de nouveaux amis, une nouvelle vie.

En s’arrêtant dans la cathédrale un jour qu’elle est partie acheter un ruban de machine à écrire, elle découvre un cercle de brodeuses occupées à confectionner des coussins et agenouilloirs.

Violet, qui n’était pas particulièrement douée pour la couture, y trouvera l’amitié, le soutien et la créativité capables de rivaliser avec le dédain et les préjugés.

En toile de fond, la montée du fascisme sur le continent : Hitler arrive au pouvoir en Allemagne…

Dans ce monde encore hostile aux femmes, Violet n’a d’autre choix que de s’affirmer. Son histoire s’inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

Critique :
La brodeuse de Winchester est un écheveau qui entremêle plusieurs points de croix et dont le dessin final est de montrer un portrait de la femme anglaise en 1932.

À cause de la Grande Boucherie de 14/18 et de tous ces hommes tombés dans les tranchées (et ailleurs), il y a un excédent de 2 millions de femmes célibataires en Angleterre.

Condamnées à rester vieilles filles suite aux décès de leurs fiancés ou à cause de la pénurie de mâles, elles sont sujettes aux railleries de la population en général et même des autres femmes mariées, à cause de leur statut de célibataires.

Pourtant, elles ne sont pas coupables, ce n’est même pas un choix qu’elles ont fait délibérément, juste une offre d’hommes qui est plus petite que la demande faite par les femmes.

Mais comme toujours, la société se pose en juge intransigeant et les regarde de haut, sans savoir que dans moins de 8 ans, on repartira au front contre les mêmes.

Comme toujours, il est plus facile de fustiger ce qui se trouve sous nos yeux que les vrais coupables de la boucherie que fut la Première Guerre Mondiale… Comme à cette époque, le seul statut de la femme accepté, c’est celui de son mariage et pas son travail, les femmes excédentaires (terrible adjectif) sont mal vues.

De ce point de vue là, c’est un beau portrait des droits des femmes que ce livre nous brode (façon de parler, bien entendu). Les femmes ont peu de droits, hormis celui de fermer sa gueule et de retourner en cuisine.

Heureusement qu’il y avait ces passages sur la place de la femme dans la société anglaise en 1932 (filles-mère et homosexualité féminine comprise), parce que sinon, je ne me serais endormie sur mon ouvrage tant le récit est lent et qu’il ne se passe pas vraiment grand-chose…

C’était ma première fois avec cette auteure et j’ai appris ensuite que ses romans étaient tous sur le même rythme. J’avais lu les multiples coups de cœur des copinautes de la blogo et ce roman me faisait vraiment envie, mais hélas, je vais une fois de plus ramer à contre-courant, ce qui me fait enrager car je préfère ressentir des émotions fortes plutôt que l’ennui durant une lecture.

Une partie du problème est venu du personnage principal, Violet, dont j’ai eu souvent envie de secouer ou de lui crier d’envoyer balader sa mère acariâtre, castratrice, et chiante au possible à force de se lamenter sur tout comme si elle était la seule à souffrir, à avoir de la peine.

Mes préférences sont allée à l’excellente Louisa Pesel, personnage ayant réellement existé, qui à elle seule porte une partie du roman car même moi j’aurais eu envie d’aller broder sous son patronage et à Gilda, l’amie que Violet va se faire à la broderie.

Si je suis passée à côté d’une partie de cette lecture, le fait n’est pas imputable au récit car jamais l’auteure ne sombre dans le neuneu ou le gnangnan à la guimauve. Elle reste profondément réaliste et certains dialogues où les hommes se font rabattre le claquet de manière courtoise mais ferme sont des bonbons qui explosent dans la bouche et nous font sourire.

La montée du nazisme est dans le toile de fond de l’ouvrage, les personnages se posent des questions sans savoir où l’arrivée d’Hitler va les mener, même si certains craignent qu’on reparte comme en 14…

Le sujet du nazisme n’est pas le plus important dans le récit qui repose avant tout sur la place de la femme en général dans la société de 1932 et sur celle des femmes célibataires sans l’avoir désiré.

Bianca a apprécié sa lecture et si vous voulez lire son avis, vous le trouverez dans le lien de son nom, ainsi vous pourrez avoir deux avis sur le même roman.

Gardez bien à l’esprit que l’écrasante majorité des chroniques sont positives envers ce roman. J’aurais aimé en faire partie aussi.

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°06] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

L’ami : Tiffany Tavernier

Titre : L’ami

Auteur : Tiffany Tavernier
Édition : Sabine Wespieser (07/01/2021)

Résumé :
Un samedi matin comme un autre, Thierry entend des bruits de moteur inhabituels tandis qu’il s’apprête à partir à la rivière. La scène qu’il découvre en sortant de chez lui est proprement impensable : des individus casqués, arme au poing, des voitures de police, une ambulance.

Tout va très vite, et c’est en état de choc qu’il apprend l’arrestation de ses voisins, les seuls à la ronde. Quand il saisit la monstruosité des faits qui leur sont reprochés, il réalise, abasourdi, à quel point il s’est trompé sur Guy, dont il avait fini par se sentir si proche.

Entre déni, culpabilité, colère et chagrin, commence alors une effarante plongée dans les ténèbres pour cet être taciturne, dont la vie se déroulait jusqu’ici de sa maison à l’usine. Son environnement brutalement dévasté, il prend la mesure de sa solitude.

C’est le début d’une longue et bouleversante quête, véritable objet de ce roman hypnotique. Au terme de ce parcours quasi initiatique, Thierry sera amené à répondre à la question qui le taraude : comment n’a-t-il pas vu que son unique ami était l’incarnation du mal ?

Critique :
Cela ne vous a-t-il jamais frappé que lors de l’arrestation d’un tueur (qu’il soit en série ou pas), d’un kidnappeur, bref, d’un salopard, que ses voisins tombent toujours de haut ?

Les journalistes les interroge, demandent s’ils n’ont jamais suspecté quelque chose et généralement, personne n’a rien vu, rien entendu, rien suspecté et s’il l’a fait, ce ne fut que durant un bref moment. On ne va pas ameuter tout le quartier pour un truc qui pourrait ne provenir que de notre imagination fertile.

Ce roman, dont l’auteure était venue en parler à La Grande Librairie (émission dangereuse pour les Wish et qui fait monter les PAL) et j’avais envie d’aller plonger dans un fait divers (nous en sommes friands) et d’en voir les conséquences sur les voisins.

Ici, cela concerne une seule famille : Thierry et sa femme Elisabeth vivent dans une maison de campagne éloignée de tout, leur fils est parti vivre ailleurs, Thierry est un solitaire, un taiseux et Guy, l’homme que l’on vient d’arrêter en tant que serial killer était son seul ami.

Ce roman commence comme un polar afin de mieux nous immerger dans l’histoire, mais ensuite, il se dirige plus vers de la psychologie, de l’introspection, vers la vie de Thierry qui commence à partir en couilles, lui qui n’a rien vu, rien suspecté et qui se pose bien des questions sur l’amitié qu’il avait avec Guy.

Le château de cartes de la vie pépère de Thierry s’écroule lentement, comme un jeu de domino, une fois que le premier pion fait tomber le suivant et ainsi de suite.

Tout va passer dans son esprit : des souvenirs de son enfance, des souvenirs de boulot avec son collègue décédé,… Sa tentative de se blinder ne fera qu’apporter d’autres lots d’emmerdes, autant au boulot que dans sa vie de couple et le fera passer d’une position habituellement immobile à une sorte de fuite en avant.

En ne s’attachant qu’à un seul couple et surtout à Thierry, l’auteure peut nous faire vivre les heures et les jours d’angoisses de manière plus intime.

J’ai apprécié le fait qu’elle ne se contente pas, durant l’introspection de Thierry, de nous parler uniquement de ce fait divers mais qu’elle étende les pensées de son personnage principal à d’autres sujets d’actualités qui viennent parfaitement s’emboîter dans l’ensemble.

Un roman qui commence comme un polar afin de poser les bases mais qui s’en écarte ensuite pour entrer dans de l’intime, dans les dégâts collatéraux qu’un assassin crée dans ses crimes (familles des victimes) et dans son voisinage, avec ces gens qui ont un jour bu une bière avec lui, mangé un barbec, emprunté sa tondeuse ou était devenu son ami. Et tout le lot de questions qui resteront à jamais sans réponses…

Un roman qui, présenté ainsi, pourrait faire croire qu’il va vous plomber l’ambiance, mais en fait, non, pas du tout.

Oui, c’est angoissant de voir la vie de ce couple qui explose suite à l’arrestation de leurs voisins, de voir l’avidité des journalistes et des collègues de boulot, amis, mais dans ce roman, on a aussi un beau rayon de soleil et on se dit que la résilience n’est pas un vain mot et que les épreuves peuvent changer les gens dans le bon sens.

Un chocolatier pour Noël : Hope Tiefenbrunner

Titre : Un chocolatier pour Noël

Auteur : Hope Tiefenbrunner
Édition : MxM Bookmark Essential (28/10/2020)

Résumé :
La magie de Noël.

David n’y croit pas, pas plus qu’il ne croit qu’il pourrait se passer quelque chose entre lui et Nathan, qui travaille dans sa chocolaterie. Autant espérer croiser un lutin ! Après tout, Nathan est en couple et ne sort qu’avec des top models, pas vraiment la catégorie dans laquelle concourt David.

Lorsque Séraphine, sa meilleure amie, l’incite à écrire Nathan sur sa liste de Noël, David ne le fait que pour l’humour. Tout le monde sait que le père Noël n’existe pas et qu’il ne dépose pas les cadeaux au pied du sapin, même quand on a été très sage !

La magie de Noël n’existe pas. Mais ça… c’est lui qui le dit !

Critique :
En voyant une telle lecture chez moi, vous devez penser que c’est un poisson d’Avril en avance (ou en retard) ou pire, que je suis devenue zinzin, qu’il faut appeler les blouses blanches de l’HP !

Ou que j’ai fumé les poils du chat additionné d’herbe de Provence, le tout roulé dans un tapis Ikéa.

Je vous rassure de suite, rien de ça ! L’année 2020 se terminant, j’avais envie de légèreté pour la terminer et mon choix s’est porté sur une romance joyeuse.

Enfin, une romance gaie… Gay ! Ben oui, pourquoi pas après tout puisque ma copinaute Sharon l’a lu et en a parlé en bien. Désolée, mais je ne voulais pas du neuneu non plus (oups, je sens le jeux de mots foireux que je n’ai pas voulu faire).

Qui dit romance dit final couru d’avance mais je m’en fichais parce que l’auteure a tout de même soigné ses personnages, les a rendu sympathiques, agréables à suivre, profonds et j’aurais eu envie d’aller bosser avec eu dans la chocolaterie (sans Charlie) et de ressentir cette belle ambiance de travail quasi familiale.

Par contre, l’auteure semble s’être assise sur la législation du travail car ses personnages bossent 7/7, même le jour de Noël ! Qu’un indépendant bosse non stop, c’est courant, j’en connais plein (soit ils triment pour s’en sortir, soit ils adorent leur job), mais on ne peut pas imposer ça à ses employés sans qu’il y ait des jours de récup ! Eux, ils font les 70 heures semaine au lieu des 35…

C’est décidé, je vais envoyer l’inspection du travail faire une descente dans cet atelier afin de vérifier tout ça. Comme j’ai tout vu, j’ira avec et j’en profiterai aussi pour piquer des chocolats de la main gauche pendant que la droite testera la fermeté des fesses de Nathan dont on dit qu’elles sont à tomber ! #BalanceTaCochonne (mdr).

Nathan se retourna, se mit sur la pointe des pieds et David eut toutes les peines du monde à se concentrer sur autre chose que les fesses qui étaient de nouveau à quelques centimètres de son visage. Cela lui donnait des idées parfaitement déplacées.

Hormis ce point d’achoppement sur les heures et jours de travail, je ne me plaindrais de rien d’autre. J’ai passé un bon moment de lecture, sans prise de tête, avec un sourire béat.

Sans révolutionner le genre de la romance, l’auteure a réussi à me tenir en haleine alors que la scène d’ouverture m’avait laissée la bouche ouverte car il est rare qu’un roman commence par le passage aux toilettes pour le petit pipi du matin (même si ça concerne tout le monde, rois comme présidents comme citoyen lambda), avec la gaule en plus.

Puisque nous sommes dans une romance gay, l’auteure en profitera aussi pour parler d’homophobie et de ces enfoirés qui adorent casser du pédé (mais s’amusent-ils aussi à aller casser du mec baraqué ceinture noire de karaté ?) juste pour le plaisir d’humilier et de jouer aux durs à plusieurs contre un.

L’acceptation de leur orientation sexuelle par leurs parents y passera aussi, même si, de ce côté-là, les réactions des parents de nos hommes sera plus de l’indifférence que du rejet pur et simple. Maintenant, qu’est-ce qui est le pire ? L’indifférence ou la non acceptation ? Vous avez deux heures…

Une romance gay qui a le mérite de m’avoir fait sortir de mes sentiers battus, loin de ma came littéraire habituelle, qui m’a donné la pêche et même la banane !

Une romance qui est comme une boîte de chocolats (pas celle de Forrest Gump) : on sait sur quoi on va tomber mais on replonge la main avec gourmandise et on dévore, on lèche, on croque (ce que vous voulez).

Un roman qui est joyeux, où les personnages sont attachants (sauf le crétin d’enfoiré), sympathiques et auquel on s’attache de suite. Une lecture idéale pour les temps de sinistrose que nous vivons depuis mars 2020 !