Cochrane vs Cthulhu : Gilberto Villarroel [Dame Ida, Servante des Grands Anciens]

Titre : Cochrane vs Cthulhu

Auteur : Gilberto Villarroel 🇨🇱
Édition : Aux Forges de Vulcain (2020) / Pocket (18/02/2021)
Édition Originale : Cochrane vs. Cthulhu (2016)
Traduction : Jacques Fuentealba

Résumé Babelio :
Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité !

Bien des années avant d’être le libérateur du Chili, du Pérou, du Brésil et de la Grèce, Lord Thomas Cochrane fut un héros des guerres napoléoniennes. En 1809, au large de l’île d’Aix, sur la côte occidentale française, il fit couler presque la moitié de la flotte de l’Empereur.

En 1815, Napoléon achève la construction de Fort Boyard et Lord Cochrane revient dans la baie pour détruire ce bastion. Mais il se trouve confronté à une menace surnaturelle, Cthulhu, un dieu endormi qui émerge alors du fond des océans pour revendiquer le contrôle de la Terre !

L’avis de Dame Ida (ne pas lire « La Vie de Dame Ida »… quoique… cela ne m’empêchera pas de vous la raconter ! Elle est passionnante ma vie ! Y a que mes enfants que ça emmerde ! Si, si ! Je vous jure!) :
Quand je me promène sur la plage en regardant là où mer et ciel se confondent, et surtout quand les nuages au loin sont sombres, je m’amuse toujours à me faire peur en imaginant Cthulhu poindre à l’horizon…

Car… Comment dire… Depuis que j’ai vu le rêve de la femme du pêcheur d’Hokusai (Nan ! C’est pas un manga!), fameuse estampe érotique japonaise, je m’affole dès que je vois un bout de tentacule (parce que ça rime avec « je t’… »

Nan… je peux pas l’écrire … désolée). Imaginez mon état devant l’étal du poissonnier… Et ce crétin qui croit que c’est lui qui me fait de l’effet !

De fait, je suis devenue une fan incontestée du Grand Cthulhu , créature extra-terrestre à tête de poulpe plus que géant, quasi-divine et quasi immortelle sortie de l’esprit extrêmement perturbé de H.P. Lovecraft.

L’est-y pas jojo ?

Or donc, dès que je vois son nom ou un bout de ventouse sur une couverture… et ben j’achète.

Cochrane ? L’autre nom sur la couverture ? C’est qui ça ? Connais pas… Qu’est-ce que j’en sais moi ! Je vous en pose des questions ? Ah ! Qu’est-ce que je disais !

OK… Si j’avais été davantage anglophile et que je m’étais intéressé à davantage qu’à l’afternoon tea chez la duchesse de Betford, à Sherlock Holmes, à Downton Abbey et à Bridgerton, j’aurais dû savoir que ce fut un grand marin Britannique du début du XIXe siècle, qui s’est particulièrement illustré pendant les guerres napoléoniennes et en Amérique du Sud dont l’auteur est originaire (C’est un Chilien marié à une française et qui vit à Paris). 

Mais le Cochrane était dans le camp anglais… Ben oui… C’est même un Lord. Alors quand le résumé Babélio vous les présente comme un héros… c’est juste parce que l’auteur Chilien a trouvé plus sympa un anglois qui a permis à l’Amérique du Sud de se libérer de la tutelle Européenne. 

Il a dû apprécier le fait que Cochrane ait défait la flotte française en lançant contre elle des navires enflammés, provoquant pagaille et naufrages dans les rangs des petits bateaux de l’Empereur. Malin le gars… Même si je trouve ce genre de stratégie assez peu conventionnelle, soit dit en passant.

Heureusement que je suis pas chauvine au point de refermer un bouquin prenant parti pour un ennemi héréditaire de mon pays ! Faut dire que le Napoléon je ne l’ai jamais trouvé très sympa non plus…

Donc, le Lord Cochrane a VRAIMENT existé. Ce qui signifie que l’auteur s’est offert ici quelques libertés avec l’histoire. Et visiblement il n’en serait pas resté que là car il fait vivre à ce héros aventureux de la perfide Albion, bien d’autres aventures racontées dans d’autres livres et qui ne figurent manifestement pas dans sa notice biographique Wikipedia (j’ai vérifié). 

Anybref, le Sieur Cochrane se pointe à Fort Boyard et s’y fait serrer par les militaires français… Il essaie de s’en échapper mais pas de bol, des renforts arrivent avec à leur tête un certain Durand, adjoint de l’ignoble Foucher, chef de la police secrète de l’Empereur… Adjoint assez ignoble également, qui porte sur sa tête toute la fourberie qui l’habite. Le français ne sera pas épargné.

Mais que sont donc ces écritures étranges et immémoriales que l’on retrouve dans les fondations du fort et pour lesquelles on est parti chercher les frères Champollion (je ne vous ferai pas l’insulte de vous rappeler qui ils étaient enfin… qui était le Jean-François Champollion qui avait ridiculisé les englishes en déchiffrant les hiéroglyphes avant eux, ce sont ils se sont vengés en nous fauchant la pierre de Rosette ! Nan Belette ! La pierre de Rosette ne sert pas à couper le saucisson à l’apéro!) ?

Et pourquoi n’a-t-on retrouvé que le bras du grand soldat Petit et pas le reste de son corps?

Évidemment, si on est en mer et que Cthulhu figure sur la couverture, et que vous êtes au moins aussi intelligentes que moi, vous vous doutez bien qu’on n’est pas simplement confrontés à un banal récit de guerre sur fond d’histoire.

Alors qu’en ai-je pensé ?

Et ben j’ai kiffé grave la race de ma mémère ! Même si le Père Fouras, Passe-Partout et les lions ne sont pas dans ce Fort Boyard-là.

Autant quand je n’aime pas un livre, ou un film, je suis intarissable en critiques… Autant là… j’ai envie de vous en dire le moins possible pour vous inciter à le lire.

C’est rythmé, très bien écrit, avec des personnages consistants… Et c’est très bien documenté. L’histoire réelle se marie bien à la vision romancée de l’auteur. La construction est comme je l’aime : c’est à dire que l’auteur introduit les éléments fantastiques au compte-gouttes mine de rien, sans se précipiter, nous conduisant progressivement des faits historiques, au roman avant d’arrivé en plein délire apocalyptique lovecraftien cthulesque. 

Deux petits bémols cependant :

1 – L’auteur est bien briefé sur le mythe de Cthulhu mais prend tout de même une liberté assez conséquente sur la façon dont il géolocalise R’lye où le dieu extraterrestre est supposé comater depuis… pffff… Au moins tout ça ! Bref ça me chiffonnera un peu mais je serai compréhensive car il n’aurait pas pu situer l’action au fort Boyard autrement.

2 – Comme l’action se déroule sur fond de guerre et donc entre militaires, la dimension belliciste prendra le pas sur la dimension fantastique qui a plus ma faveur. Ben oui quoi… Je suis une faible femme et les histoires de mecs en uniformes qui aiment bien montrer qui tire le plus loin, le mieux, le plus fort… Qui est le plus brave, le plus courageux, le plus couillu… J’avoue qu’au bout d’un moment je me lasse un peu de tous ces mâles en uniformes. Il n’aurait pas fallu que le roman soit plus long.

Heureusement que Cthulhu est là. Affreux. Terrible. Puissant. Redoutable… Tremblez pauvres mortels ! Vous ne réchapperez pas à son courroux ni à son appétit pauvres présomptueux ! 

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°02 – Dame Ida).

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Haine : José Manuel Fajardo

Titre : Haine

Auteur : José Manuel Fajardo
Édition : Métailié – Bibliothèque hispano-américaine (07/10/2021)
Édition Originale : Odio (2020)
Traduction : Claude Bleton

Résumé :
La haine que nous voyons se déchaîner sur les réseaux sociaux n’a rien de neuf, elle utilise juste de nouveaux canaux techniques. Ce court roman nous amène à distinguer ses invariants à travers la puissance de la littérature.

Au XIXe siècle, dans les rues de Londres plongées dans le brouillard et la misère, se promène un fabricant de cannes aigri, ne trouvant aucune reconnaissance sociale, qui va s’enfoncer de plus en plus dans les bas-fonds de la ville.

Au début du XXIe siècle, dans la banlieue parisienne, nous assistons à la transformation d’un jeune homme frustré et incapable d’affronter les autres autrement que par la colère et la violence.

La mise en miroir de ces personnages révèle l’image des démons de la haine de l’autre à travers deux époques, les tire de l’anonymat, et montre les traces de leurs chemins cachés et mortifères parmi nous. L’auteur se livre à un exorcisme littéraire de notre époque. Un texte fort, pertinent et original.

Critique :
La haine, dans tout ce qu’elle a de plus silencieuse, de plus pernicieuse, celle qui arrive doucement, en tapinois et qui prend les gens dans ses filets, ne les lâchant plus.

C’est de cette haine que l’auteur va parler, au travers deux récits, à des époques et des endroits différents.

Le premier se déroule à Londres, en 1887, à Soho. Là vit Jack Wildwood, un obscur fabricant de cannes qui ne se sent à sa place nulle part, qui fréquente les bourgeois, tout en sachant que ceux-ci le méprisent.

Il est invisible, méprisé par  ces riches hommes, qui ne le disent pas ouvertement, mais qui le lui font sentir. En retour, il les méprise encore plus, tout en les enviant et en se méprisant lui-même. Effet miroir.

L’autre récit se déroule à Paris, en 2015. Harcha est issu de l’immigration, dans leur quartier, son père est le roi du pneu, alors qu’ailleurs, il n’est rien. Harcha se cherche, ne sait pas où aller, en veut à son père de se contenter de ce qu’il a, en veut à son ami de prêcher un islam de tolérance.

Tous deux vivent une sorte de mal-être, ils se cherchent, aimeraient une autre place dans la société, méprisent les autres, sont déçus de leur vie, sans pour autant qu’ils ne fassent des efforts pour la changer.

Un objet les relie : une canne sculptée. Et ce qui avait commencé par être de la haine ordinaire, celle qui fait râler dans son coin, celle qui fait pester contre la terre entière, va se muer petit à petit en passage à l’acte et là, c’est l’horreur absolue puisque nous, lecteurs, comprendrons très bien ce qu’il va se passer aux deux époques.

Ce roman, très court, se lit d’une traite, passant d’une époque à l’autre sans aucun problème, tant la plume de l’auteur est homogène, fluide, délicate, mais percutante. Il nous montre l’escalade, ou comment deux être frustrés par la vie, vont, petit à petit, se changer en véritable monstre, rempli de haine envers les autres, autant qu’envers eux-mêmes.

C’est pernicieux, implacable. Comment deux personnes qui n’ont pas trouvé leur place, qui n’ont pas fait grand-chose pour la trouver non plus, vont souffler sur les braises de cette amertume et se transformer en assassin. Les indices, dans le texte, sont plus que flagrants pour vous laisser comprendre ce qu’ils vont devenir et ça fait froid dans le dos, surtout celui de 2015.

Parsemé de références littéraires, notamment au Portrait de Dorian Gray, au Docteur Jekyll & mister Hyde, à Don Quichotte, ce roman percutant se lit tout seul, presque sans reprendre son souffle.

La haine, plus contagieuse et plus dangereuse que la covid… Ne pas manipuler, dangereux ! La haine est plus forte que nous et c’est elle qui manipule les gens, les transformant en un espèce de truc pas beau à voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°203] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°06).

Les enquêtes de Frère Athelstan – 06 – Le Repaire des corbeaux : Paul Doherty

Titre : Les enquêtes de Frère Athelstan – 06 – Le Repaire des corbeaux

Auteur : Paul Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2003)
Édition Originale : The House Of Crows (1995)
Traduction : Christiane Poussier et Nelly Markovic

Résumé :
En ce printemps 1380, l’heure n’est pas à la facilité pour le coroner de Londres, Sir John Cranston et son fidèle clerc, frère Athelstan.

Tandis que des paroissiens terrifiés prétendent qu’un démon rôde autour de St Erconwald en quête de victimes innocentes, le régent, Jean de Gand, fait appel à eux. Il a besoin d’argent pour poursuivre la guerre en France.

Mais les membres du parlement se montrent particulièrement rétifs – et l’assassinat de quelques représentants du comté de Shrewsbury n’arrange pas sa cause.

Il demande à Cranston de découvrir le criminel sinon il perdra toutes ses chances d’obtenir les taxes requises…

Critique :
Lorsque je suis malade, que je n’ai pas la forme, j’apprécie les lectures réconfort comme un Commissaire Montalbano ou un Frère Athelstan. Ce n’est pas la même chose, certes, mais je suis sûre de passer un bon moment.

J’avais le choix entre le soleil de la Sicile, sa bonne cuisine, la mer où l’on peut nager et le climat maussade de l’Angleterre, sa ville de Londres, en 1380, sa puanteur, le manque d’hygiène total, où l’on ne mange pas bien… Am Stam Gram et c’est Londres qui a été tirée au sort.

Pas grave, il y fait moche, on y pend les voleurs, on y éviscère les complotistes, les procès ne sont pas équitable, les rats sont de sortie, mais j’étais en excellente compagnie avec le frère Athelstan et le coroner Sir John Cranston.

Au programme, nous avons des disparitions de chats, un diable qui se promène dans la paroisse de St Erconwald et qui effraie tout le monde, un soldat de la Tour qui a disparu et des assassinats énigmatiques des représentants du comté de Shrewsbury.

Au parlement, qui n’est pas celui que nous connaissons de nos jours, le régent a rassemblé les communes : il a besoin de fric pour aller faire la guerre et s’enrichir un peu plus.

L’argent, sous le biais de taxes ou d’impôts, sont demandés aux riches (ah, tiens, pas con, ça !), qui, ensuite, les salopards, les récupère sur leurs serfs, leur demandant de travailler plus et de gagner moins (le contraire de la phrase à Sarko). Ben voyons ! Faut pas s’gêner !

Comme toujours, « C’est todi li p’tit qu’on spotche » (c’est toujours le plus petit que l’on écrase). Hélas, le plus pauvre, lui, il ne sait se retourner sur personne. Il bosse fort, il ferme sa gueule et surtout, il ne l’ouvre pas. Bizarrement, il y a un air de déjà vu…

Aux armes, les damnés de la terre. Ah, pardon, on me signale que le syndicalisme et le socialisme ne sont pas encore né. Anybref, le climat est plus tendu que la tcholle à Sifredi quand il tourne dans un film X. Les paysans voudraient vendre le fruit de leurs terres et ça grogne sur le régent qui pompe l’argent à tout va.

Ce que j’apprécie, dans les enquêtes de notre duo, c’est justement leur duo ! Entre Athelstan, effacé, homme de Dieu, sobre comme un moineau, intelligent et le coroner Cranston, grande gueule, assoiffé perpétuel, grand buveur, affamé non stop, gros, gras et aussi délicat qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, ça marche à fond !

Une sorte de Sherlock Holmes, version robe de bure et un Watson version Depardieu hurlant qu’on lui apporte à boire. Détonnant, oui, mais un duo équilibré, qui s’apprécie, qui se respecte et qui se fait confiance.

L’époque troublé de 1380 est bien représentée aussi, sans pour autant que cela pèse sur le récit. La ville de Londres, sa crasse, ses miasmes, sa puanteur, ses déchets à l’air libre, tout ça est bien présent aussi et fait de la ville un personnage à part entière.

Les mœurs de l’époque sont présentes aussi, ce qui vous fait une immersion totale, les odeurs en moins (merci !). Le tout est parfaitement intégré au récit, ce qui en fait un ensemble homogène, équilibré.

Dans les romans, il y a toujours une enquête plus importante, plus longue, celle qui ne trouve sa résolution qu’à la fin, et des enquêtes, plus petites, qui semblent moins importantes, et que notre duo résout sur le côté, durant leurs pérégrinations.

Avant Athelstan, j’avais compris qui était le diable, j’avais résolu la disparition du soldat de la Tour, mais j’étais bien incapable de comprendre la disparition soudaine des chats, pourtant, les indices étaient bien là et je n’avais pas su les lire, comme je l’avais fait pour le diable et le disparu.

Pour les meurtres des représentants de Shrewsbury (un p’tit coucou à mon autre moine préféré, frère Cadfaël, pas à la même époque), je fus aveugle totalement et lorsque le coupable est révélé, j’en suis tombée de ma chaise. Excellent !

Une fois de plus, ce sixième opus des enquêtes de frère Athelstan est une réussite à tous les points de vue et il m’a remonté le moral.

Maintenant que j’ai passé un agréable moment en compagnie de mon duo de choc, à respirer l’horrible puanteur de la ville de Londres, à grogner devant les conditions de travail des pauvres gens, tandis que les nantis pètent dans la soie, je m’en vais aller soigner mon mal de gorge au soleil de Sicile et aller me faire exploser le ventre en mangeant avec le commissaire Montalbano !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°200].

Les Enquêtes Secrètes de Sherlock Holmes – Jack l’Egorgeur : Olivier Trouilhet [Par Dame Ida, Cobaye Officielle de Dame Belette]

Titre : Les Enquêtes Secrètes de Sherlock Holmes – Jack l’Egorgeur

Auteur : Olivier Trouilhet
Édition : Planches des Saluts (30/03/2022)

Résumé :
Voilà trois ans que Sherlock Holmes a disparu dans les chutes de Reichenbach en affrontant le professeur Moriarty.

Nostalgique, le docteur Watson se replonge dans ses publications des aventures de Holmes. Réalisant qu’il a beaucoup romancé la réalité, il décide de rendre hommage à son regretté ami en reprenant la plume pour dépeindre Holmes tel qu’il était vraiment.

En parcourant ses carnets remplis d’enquêtes inédites, son choix se porte sur les évènements survenus au cours de l’année 1888 lorsque le tristement célèbre Jack l’Égorgeur terrorisa Londres.

Watson nous fait ainsi découvrir Sherlock Holmes comme on ne l’a jamais vu, prétentieux, colérique, de mauvaise foi, radin, mauvais violoniste et piètre combattant, dans un affrontement sans merci avec l’ennemi public n°1.

L’Avis de Dame Ida :
Yes indeed ! C’est officiel maintenant. Quand Dame Belette, notre bien aimée hôtesse de ces lieux est débordée, il lui arrive parfois de me confier implicitement des missions périlleuses comme par exemple lui donner mon propre avis sur un livre qu’elle n’a pas encore eu le temps de lire… Pour l’aider à le positionner dans sa PAL.

Tout commence comme un pastiche de base : Holmes est supposé mort après sa chute dans les chutes du Reichenbach (alors que tout le monde sait qu’il a passé trois ans en cure dans un asile d’aliénés pour troubles délirants chroniques, ressassant en boucle l’histoire d’un complot planétaire imaginaire de brigands dirigé par un mort nommé Riarty que personne n’a jamais retrouvé ni vu – ça c’est mon hypothèse personnelle évidemment)…

Il y aurait d’autres thèses sur le grand hiatus, toutes plus honorables les unes que les autres pour cacher que Holmes est un peu zinzin… les solutions bonnes seulement à 7% n’aident jamais vraiment…), et Watson s’ennuie mortellement alors il ressort un vieux dossier sur lequel broder à la plume pour s’occuper.

Et bingo ! Ce vieux dossier concerne les meurtres commis à Whitechapel en 1888 par un certain Jack. Tout le monde se demandait depuis longtemps en effet pourquoi (Oui ! Franchement ! Pourquoiiiii !) Holmes n’était pas venu au secours de l’inspecteur Abberline pour coffrer ce grand criminel…

Et bien c’est parce qu’Abberline, frappé par la syphilis pour s’être investi trop profondément dans l’affaire des meurtres des périprostiputes de l’East End, a dû laisser la place à un Lestrade débordé et pas franchement futé qui ne pouvait rien faire sans Holmes.

Et peu à peu de fil en aiguille cachée dans une botte de foin, nous voilà embarqués dans la traque d’un Jack, rétrogradé au rang de simple égorgeur, alors qu’on se serait attendu à le voir promu par la postérité à celui d’éventreur, vu l’année énoncée. Mais peu importe ! Peu importe le gibier ! Ce qui prime c’est la chasse !

Une chasse étonnante… Ecrite dans un style que Watson nous annoncera plus dépouillé, plus recentré sur les faits et avec moins de fioritures stylistiques pour expliquer que nous n’y retrouverons pas la prose à laquelle le canon nous a habitués.

Evidemment, on comprendra vite que ce Jack, aux trousses duquel Holmes et consort se précipitent, n’est pas le fameux Éventreur. Les ripperologues distinguées que nous sommes savent bien qu’Elizabeth Stride (Long Liz ou Lucky Liz pour les cyniques) est la troisième victime de l’Éventreur, et qu’elle ne saurait être confondue avec l’Elizabeth Strike, trucidée en cinquième position, par l’Egorgeur pisté tout au long de ce texte…

Un texte concentré au format un peu bâtard de même pas une petite centaine de pages, qu’on ne saura s’il faut le qualifier de grosse nouvelle ou de petit roman… pétillant d’humour et de quiproquos, et où le personnage de Holmes nous semblera un peu différent de l’image policée qu’en donne habituellement le canon… Il paraîtra même quelque peu perché à certains moments.

Watson et Lestrade ne seront pas en reste… L’un est un satané gaffeur… L’autre est un idiot profond égratignant les expressions idiomatiques à qui mieux mieux, ravi d’avoir réussi en tout et pour tout au cours de l’année écoulée à réunir un chat perdu et sa maîtresse… Et passons sur Mrs Hudson, qui ne sera pas épargnée et qu’on nous présentera sourde comme un pot.

Généralement, je n’aime pas tellement voire pas du tout, que les pastiches ne respectent pas la psychologie des personnages canoniques. J’irais même jusqu’à dire que je déteste cela et mes précédentes critiques de pastiches vous ont déjà montré que je peux même être assez sévère et vindicative à ce sujet.

Et pourtant… Là… ça passe crème. Pourquoi ? Et bien parce que c’est clairement annoncé dès le départ avec une gaffe inaugurale (certes un peu grossière – l’impression de « déjà vu » en frappera plus d’un.e !) de Watson.

Dès le premier chapitre nous partons avec lui dans un pastiche comique, rigolo, marrant et iconoclaste (nan… ça n’est pas une insulte du Capitaine Haddock… Enfin si… Mais pas que… à la base ce n’est pas un gros mot !).

C’est quand le pastiche se prend au sérieux et ne remplit pas le cahier des charges qu’il mérite qu’on le charge. Quand on vous annonce du pastiche léger, sans honte et sans artifice on se laisse aller, on se laisse porter, et on s’amuse deux bonnes heures en sirotant un lapsang souchong entre deux shortbreads.

Enfin quand je dis léger… Je vais un peu vite… Certains gags pourront paraitre même un peu lourd, gras, gros ou grotesques. Certaines expressions, certains exemples, certaines métaphores n’auront pas grand-chose de victorien, fleurant bon l’anachronisme…

Et l’auteur n’a pas peur de jouer avec la vulgarité la plus trash si ça peut paraître drôle (Et oui… comment s’appelle la périprostipute de la page 30 ? Lily Lapipe ! Si… Si… il a osé ! Quant au médecin légiste il portera bien son nom pour ceux qui savent assez d’anglais pour le traduire… et je vous en passe quelques autres bien rigolotes pour ne pas spoiler). Bref, on ne fait pas dans la dentelle!

Puristes et mijaurées sont priés de passer leur chemin. Et quand on a compris que ces quelques pages sont sans autres prétentions que de divertir le lecteur, on passe l’éponge bien volontiers sur les libertés qu’a pris l’auteur avec le canon pour nous faire pouffer, pour nous faire nous gausser, pour nous faire ricaner, sourire, marrer, rigoler et se tordre les cotes.

Ce livre n’est pas sans me rappeler « Elémentaire mon cher Lock Holmes », un fameux film comique truffé de gags potaches mais bon enfant où Holmes n’est que le prête nom gaffeur et idiot d’un Watson qui résout les énigmes en voulant rester dans l’anonymat…

Evidemment les intrigues sont différentes, mais l’esprit est le même. Si vous avez aimé ce film, vous aimerez ce livre.

Anybref, j’ai passé un très bon moment de distraction en lisant ce pastiche qui n’est certes pas le chef d’œuvre du genre pour les sherlockiens diplômés et autres amateurs du canon, mais qui a le mérite de ne pas prétendre avoir des qualités qu’il n’a pas et qui assume résolument et avec une réussite certaine, sa dimension franchement comique.

PS : Evidemment on ne pourra pas pardonner (mais si! je déconne!) à l’auteur la bourde honteuse et invraisemblable, que dis-je, l’hérésie dramatique de la page 50, où Holmes ose tremper sa tartine (déjà la tartine, c’est belge ! Pas anglais !) dans son thé !

Un bon anglais ne saurait commettre de pareil sacrilège ! Même si le toast est à la marmelade et chante « God Save The Queen » et Rules Britania en même temps ! En Grande Bretagne, voire dans tout le Commonwealth, on ne fait pas trempette ! C’est mal ! C’est tabou ! C’est un coup à se voir déchoir de sa nationalité ! Epicétou ! 😀

 

Sherlock, Lupin & moi – 13 – Le souterrain mortel : Irene Adler

Titre : Sherlock, Lupin & moi – 13 – Le souterrain mortel

Auteur : Irene Adler
Édition : Albin Michel Jeunesse (01/04/2022)
Édition Originale : Sherlock, Lupin & Io : Doppio finale (2016)
Traduction : Béatrice Didiot

Résumé :
New York, hiver 1873.
Irene a commencé une nouvelle vie dans la capitale américaine, mais sa famille et ses deux grands amis Sherlock et Arsène lui manquent terriblement.

Alors, pour tromper l’ennui, elle se remémore la dernière enquête à laquelle l’inséparable trio a eu affaire quelques mois plus tôt.

Une enquête bien étrange qui les a menés jusque dans les souterrains de Londres – une véritable ville sous la ville ! – et qui n’a pas manqué de leur donner du fil à retordre…

Critique :
Puisque j’avais acheté le tome 12 avec du retard, j’ai eu au moins la chance de ne pas devoir attendre trop longtemps pour lire (dévorer serait plus juste) le tome 13.

Le tome précédant se terminait de manière abrupte, avec un changement important dans notre trio d’amis (je n’en dirai pas plus).

Cette nouvelle enquête n’apportera rien à ce hiatus, car elle est un peu à la manière du « Chien des Baskerville » (publié après la mort de Holmes, mais se déroulant avant sa chute dans les chutes).

Irene, le coeur en berne, loin de nos amis, se remémore une de leur aventure qui avait eu lieu avant les événements tragiques du tome 12 (payez-moi et je vous dirai tout). Nous n’en saurons donc pas plus, pour le moment, sur ce qu’il va se passer depuis…

L’enquête, une fois de plus, commence gentiment, avec nos amis assis devant un chocolat chaud. Un homme entre, demande un gin, puis un thé (puisqu’on ne sert pas d’alcool là où ils se trouvent) et raconte sa mésaventure à nos trois amis. Sherlock était en manque de mystères, il va être servi !

Le plus gros bémol de ce roman (et de toute la saga) est qu’il se lit trop vite. Est-ce ma faute si je les dévore en quelques heures tant je suis fan de cette série ?

Le point le plus fort, c’est que ces romans ne prennent pas leurs jeunes lecteurs pour des imbéciles. Le style d’écriture est simple, mais pas trop simpliste, juste facile à lire pour le public ciblé des 10 ans et plus.

La triste réalité de certaines personnes n’est jamais cachée, sans pour autant que les auteurs en rajoutent et sombrent dans le glauque. Ici, nous apprendrons qu’il y a des enfants qui vivent seuls, dans la misère, dans la délinquance, sans pour autant que l’on entre dans les détails. L’adulte comprendra, l’enfant se contentera de ce qu’il lit.

Sans révolutionner le polar, cette enquête est dynamique, amusante, entraînante et se déroulera dans des lieux que j’ai toujours adoré (un vieux rêve d’en découvrir un) et qui me font un peu frissonner (mais pas de trop).

Précédant Sherlock de peu, j’avais compris ce qui avait été visé, mais lui, avait une vision complète de toute l’affaire. Ma foi, je pourrais faire partie de la bande !

Une lecture agréable, rafraichissante et qui fait oublier, durant quelques temps, les merdes de la vie réelle (et je ne dois pas me plaindre).

Une très bonne saga, autant pour les plus jeunes que les moins jeunes, comme moi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°194].

Moriarty – Tome 08 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 08

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Édition Originale : Yûkoku no Moriarty, book 8 (2019)
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (21/08/2020)

Résumé :
La suite des aventures des frères Moriarty, qui proposent leurs services aux pauvres qui souhaitent se venger d’injustices commises par des riches.

Critique :
Oui, je sais, en juin 2020, j’avais dit que j’arrêterais de lire cette série et je l’ai fait. Les tomes suivants sont sortis et je les ai snobé.

Si j’ai repris avec le tome 8, c’est parce que l’on me l’a prêté, ainsi que le suivant.

N’ayant pas dépensé un euro, je me suis dit que je risquais pas grand-chose en les lisant, si ce n’est des soupirs et un peu d’énervement. Rien de mortel.

Mes anciennes récriminations portaient, notamment, sur le fait que les mangakas aient incorporé, tel quel, l’univers de James Bond, reprenant les noms des personnages de la saga, sans rien changer, sans rien adapter, alors que lors de leur reprise de l’univers de Sherlock Holmes, ils avaient su faire preuve de créativité en prenant le personnage de Moriarty et en le changeant totalement.

Le principe du départ de cette série de mangas, bien que déstabilisant, était neuf, intelligent, bourré d’inventivité, nous montrant un prince du crime différent du vieux croulant, croisé brièvement dans le canon holmésien.

Nous étions face à un jeune homme, hautement intelligent, qui se battait pour rétablir l’ordre, pour abolir les classes sociales, n’hésitant pas à commettre des meurtres s’il le fallait.

Comme Deadpool, il ne faisait assassiner que les crapules. Pas déontologique, certes, on ne peut pas faire justice soi-même, mais je n’allais pas pleurer sur les assassinés ou les punis.

Las, avec l’arc narratif consacrés aux meurtres de Whitechapel, plus l’arrivée de James Bond (qui n’est d’autre que Irene Adler, cheveux coupés) et de tout l’univers qui va avec, j’ai décroché et bien que j’aie au presque 2 ans pour digérer le tout, les aigreurs d’estomac sont toujours présentes lors de ma lecture.

Autant où je suis pour les clins d’œil à un ou plusieurs univers, autant où le pompage de l’entièreté de cet univers ne me plaît pas, puisqu’il n’y a aucune créativité, aucun remodelage, aucune adaptation.

Ce qui me hérisse aussi, c’est le langage de Holmes, qui est châtié : il prononce des mots tels que « merde » ou « fait chier » qui sont indignes de son personnage. Nous sommes à l’époque victorienne, pas dans les années 2000.

Dommage, une fois de plus, parce que dans ce huitième tome, Holmes a un meilleur rôle, il se fait manipuler par le prince du crime, et non pas à son insu.

C’est bien trouvé, bien mis en scène et on est toujours en balance avec le personnage de Moriarty et de ses sbires. Il n’est pas tout noir, comme dans le canon holmésien, mais tout en teintes de gris et le manichéisme n’est pas vraiment de mise.

Moriarty a beaucoup de facilités (trop facile ?) pour mettre au point ses plans, a des hommes fiables et, tel un parrain de la mafia, il fait tourner tout ce petit monde qui lui est dévoué, notamment ses deux frères.

De plus, Holmes aura une belle discussion avec William Moriarty qui est des plus intéressante et qui n’est pas exempte de vérité au sujet des génies méconnus qui n’ont jamais pu étudier, car appartenant aux classes sociales dites « basses ».

Alors oui, je lirai le tome 9 puisque je l’ai en prêt, mais je n’achèterai pas les suivants parce que la série est partie dans une direction qui ne me botte pas.

Sauf si je peux les emprunter, afin de satisfaire me curiosité quand à la direction de cette série. On peut râler et continuer d’être curieuse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°188].

Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/02/2022)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 5: A fatal truth (2020)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
5 novembre 1961 : la famille Hughes se prépare à célébrer la nuit de Guy Fawkes avec pétards et feux d’artifice. Tous sont rassemblés dans le jardin, quand le cabanon dans lequel sont entreposées les fusées s’embrase, causant la mort du patriarche, Thomas Hughes, enfermé à l’intérieur.

L’autopsie conclut rapidement à la mort par asphyxie et le coroner, Clement Ryder, classe l’affaire sans suite.

Mais le lendemain, Duncan Gillingham, un journaliste ambitieux, publie dans l’Oxford Tribune un article accusateur : la justice aurait bâclé le dossier. Selon lui, la famille cacherait la vérité et le décès serait suspect.

Pour calmer l’opinion, l’inspecteur Jennings confie l’enquête à la jeune policière Trudy Loveday. Très vite, celle-ci se tourne vers Clement Ryder. Ils n’auront pas trop de leurs forces réunies pour tenter de percer les mystères du clan Hughes…

Critique :
En 1605, Guy Fawkes avait foiré son complot visant à faire péter le parlement anglais… Son fantôme ne loupa pas son coup, ce 5 novembre 1961, puisqu’il fit sauter le cabanon de jardin.

Oui, la conspiration des poudres, version 1961, a fait péter une cabane au fond du jardin (♫), réduisant en morceaux son proprio, Thomas Hughes.

Chouette, voici une nouvelle enquête d’un duo que j’apprécie tout particulièrement : la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder.

Pourtant, à bien y regarder, ceci n’est pas un meurtre, juste un accident malheureux dû à l’imbécilité humaine : les feux d’artifices pour célébrer la Bonfire Night n’étaient pas conservés dans des caisses métalliques et, à cause des feux de joie allumés, sous grand vent, un brandon a malencontreusement allumé le feu (♪).

Désolée, après vous avoir collé du Laurent Gerra dans la tête, je vous y fourre à présent du Johnny…

Nous sommes en novembre, mais un journaliste décide de nous la faire « Oui mais ! » (cherchez, vous trouverez). Et ce n’était pas un accident ? Et s’il y avait des squelettes dans les placards de la famille Hugues ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille et Loveday & Ryder sur l’affaire.

Ce cinquième tome est un peu plus calme que les précédents, nos deux enquêteurs pensant juste qu’ils sont en train de perdre leur temps à chercher un loup où il n’y en a pas. Oui, la famille Hugues n’est pas exempte de casseroles (eux beaucoup casseroles), mais de là à dire que c’est un meurtre, hein ho, faudrait pas pousser bobonne dans les orties.

Comme dans tous ses autres romans, l’auteur nous dresse un portrait sans concession de la société anglaise de années 60 (fin 50, début 60), ces années où les femmes avaient peu de droit, étaient mères au foyer, ou secrétaires, où les machines à laver commençaient à arriver chez les ménagères et où la phallocratie était reine ! Ou roi, pour ne pas froisser le machisme de certains.

On me signale d’ailleurs que cette maladie extrêmement contagieuse est toujours présente dans nos sociétés et qu’il n’existe pas encore de vaccin…

Anybref, ces enquêtes ne sont pas à découvrir pour le tempo du récit, qui n’a rien d’un 24h chrono, notre duo prenant leur temps, explorant plusieurs pistes, ainsi que la personnalité des différents suspects. Ce sont des tranches de vie des années 60 qui se déroulent sous nos yeux, comme si nous regardions une vieille série policière, et moi, j’adore.

J’ai eu beau triturer mes méninges, impossible de déduire ce qui allait se produire lors du final, impossible aussi pour moi de trouver si l’un ou l’autre des interrogés étaient coupables ou innocents, même de savoir à coup sûr si c’était un accident ou bel et bien un meurtre.

Je me suis laissée porter par leurs pérégrinations dans cette famille, assistant à tous les interrogatoires et je n’a rien vu venir. Ce qui me fait toujours plaisir.

Pour le moment, je n’ai pas été déçue des enquêtes de ce duo atypique, mais qui fonctionne bien et j’ai encore l’intention de suivre leur aventures, avec ma copinaute Bianca, je l’espère, parce que, une fois de plus, nous sommes raccord sur nos impressions de lecture.

Vous en voulez la preuve ? Elle se trouve ici !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°185].

Sherlock, Lupin & Moi – 12 – Le bateau des adieux : Irene Adler

Titre : Sherlock, Lupin & Moi – 12 – Le bateau des adieux

Auteur : Irene Adler (Alessandro Gatti et Pierdomenico Baccalario)
Édition : Albin Michel Jeunesse (05/01/2022)
Édition Originale : Sherlock, Lupin & Io – 12 : La nave degli addii (2017)
Traduction : Béatrice Didiot

Résumé :
Après avoir découvert qu’elle est l’héritière du prince Hartzenberg de Bohême, assassiné pour ses idées progressistes, Irene retrouve sa mère biologique. Elles sont en danger car, depuis l’assassinat du prince, la Bohême est en proie aux divisions.

Pour leur sécurité, Irene et sa mère sont emmenées dans une vieille maison isolée au pays de Galles. Mais peu de temps après leur arrivée, plusieurs incidents étranges, pouvant s’apparenter à des menaces, forcent Irène à faire appel à l’aide de ses comparses de toujours : Sherlock et Lupin.

Les trois détectives se lancent alors dans l’enquête la plus difficile qu’ils aient jamais eu à mener. Une enquête dont la résolution risquera de chambouler leur amitié à jamais…

Critique :
C’est dans un coin perdu du Pays de Galles que nous retrouvons Irene Adler, qui se fait chier comme un rat port puisqu’elle est confinée dans une grande maison, avec interdiction de passer la grille du parc.

Le tout pour sa sécurité puisque des vilains méchants voudraient l’éliminer afin qu’elle ne monte jamais sur le trône de Bohême, déjà occupé par un homme, usurpateur, bien entendu.

Non, non, ceci n’est pas Game of Thrones version jeunesse ! Notre Irene n’en a rien à battre du trône de Bohême et la chanson d’Aznavour n’existant pas encore (la bohème, qui ne veut rien dire du tout), elle ne risque pas qu’on la lui chantonne afin de la faire changer d’avis.

Irene n’a rien d’une princesse, elle s’est coupée les cheveux, marche à pieds nus et ne rêve que d’une chose : enquêter avec Sherlock et Arsène, ses deux amis, bien loin d’elle. Ils nous manqueront durant une partie du récit, leur arrivée se déroulant plus loin dans le récit.

Comme d’habitude, nous avons beau être dans de la littérature jeunesse, les auteurs italiens ne prennent pas leur public pour des branquignoles ou des débiles. Les phrases sont simples, certes, mais pas neuneus et malgré l’intitulé « jeunesse », une personne proche d’Irene s’est tout de même faite assassiner dans un tome précédent.

Les intrigues ne casseront pas une pipe calebasse à Holmes (normal, il n’en utilisait pas), mais elles sont de l’âge des enquêteurs, c’est-à-dire 14 ans. Et pour leur âge, ils ont déjà vécu quelques aventures spectaculaires, pris des risques, et résolu des enquêtes que les flics n’avaient pas réussi à résoudre.

Ce qui fait que si nous ne sommes pas dans un niveau à la Agatha Christie, avec un final à vous trouer le cul (et je reste polie), nous ne sommes pas non plus face à des énigmes faciles. Bien souvent, je n’ai rien vu venir et ce fut encore cas ici. J’ai été taclée puisque je n’avais rien soupçonné. Les auteurs m’ont bien enfumés et je les remercie.

Ce douzième tome est différent des autres, l’insouciance des premiers n’existe plus, nos ados grandissent et, comme dans les aventures de Harry Potter, le niveau s’élève, grandissant avec les lecteurs et les personnages.

D’ailleurs, ce final est assez triste, inattendu (même si on se doutait qu’il devait arriver) et il tire un trait sur des promesses faites par notre trio sympathique.

Heureusement qu’il y a encore d’autre aventures ensuite, sinon, cela aurait pu être un final de série tout à fait acceptable, mais, hélas, bien douloureux. Le prochain est annoncé pour le 1er avril et si ce n’est pas un poisson, je serai au rendez-vous afin de savoir comment notre trio va évoluer et se retrouver.

Une série jeunesse bien sympathique, aussi bien pour les plus jeunes que pour les adultes, avec des intrigues correctes, bien réalisées et des personnages qui collent au plus près aux canoniques, même si, étant jeunes, on peut changer un peu leur personnalité, puisqu’ensuite, on pourra utiliser des faits arrivés durant leur jeunesse pour faire d’eux ce qu’ils seront plus tard et, ainsi, relier le tout.

♫ La bohème, la bohème
On était jeunes
On était fous
La bohème, la bohème
Ça ne veut plus rien dire du tout ♪

La bohème : Charles Aznavour / Jacques Plante

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°184].

Les Détectives du Yorkshire ‭–‬ 07 ‭–‬ Rendez-vous avec la menace ‭:‬ Julia Chapman

Titre : Les Détectives du Yorkshire ‭–‬ 07 ‭–‬ Rendez-vous avec la menace

Auteur : Julia Chapman
Édition : Robert Laffont La bête noire (25/11/2021)
Édition Originale : Date with betrayal
Traduction : Dominique Haas et Stéphanie Leignie

Résumé :
Après un enlèvement qui l’a terrifiée, Delilah Metcalfe tente de retrouver ses esprits. Or les ennuis ne font que commencer : elle a découvert qu’une menace pesait aussi sur son coéquipier et prétendant Samson O’Brien.

Pour le protéger d’une mort certaine, elle va devoir prendre ses distances avec lui alors même qu’elle vient de propulser les émotions de son partenaire à des sommets étourdissants…

Et convaincre les habitants de Bruncliffe de l’aider ! Hélas, nombreux sont celles et ceux qui ont des griefs envers Samson. Car qui fait du tort à un seul en menace beaucoup..

Critique :
Au début de ce tome, on fait un retour en arrière de deux jours, puis de 24h, afin de nous remettre dans l’esprit les derniers événements et de commencer sur le Jour J.

Oups, encore deux retours en arrière, avant de repartir en avant On avance, on recule… Comment veux tu que je…

Bon, stop avec les va-et-vient, faudrait y aller maintenant. Faut conclure, sinon je vais clamser.

Le suspense était à son comble depuis la fin du tome 6 et j’aimerais connaître la suite, les derniers événements étant encore tout frais dans ma mémoire.

Se déroulant quelques heures après le final du tome 6, celui-ci se déroule de manière différente puisque les quelques petites enquêtes confiées à Samson & Delilah en début de récit ne trouveront pas leur conclusion dans celui-ci. Ils n’ont même pas eu le temps de mener l’enquête, pour certains.

Delilah, jouant au Napoléon de la stratégie, va tout mettre en œuvre pour tenter de sauver son ami Samson de ceux qui veulent lui faire prendre un ticket pour le boulevard des allongés. Problème : Samson est le mouton noir du village et personne n’a envie de lui filer un coup de main.

Cet épisode est rempli de suspense et la tension fut à son comble durant le jeu du chat et de la souris. Je me suis répétée, comme un mantra, que l’autrice ne pouvait pas tuer ses personnages fétiches, que c’était interdit par les conventions du cosy-mystery et par les fans de la saga.

Ma tension artérielle est tout de même montée de plusieurs crans et il aurait été impossible de me faire décrocher du passage avec le pull aux couleurs criardes.

Pensant regarder la lune, je me suis rendue compte, ensuite que, telle le fou, je regardais le doigt. Ah bravo, mieux entubée que par un politicien ! Dans la littérature, j’adore lorsqu’on joue avec mes convictions, mes présomptions, avec mes pieds. Rien vu venir.

Le récit est maîtrisé de bout en bout, doté d’humour pour compenser la tension. Ce n’est pas très réaliste, sachant que la première chose qui foire dans le plan de bataille, c’est le plan de bataille lui-même.

Dans la littérature des cosy-mystery, ça passe comme une lettre à la poste. Et puis, cela met en valeur le côté village de Bruncliffe où tout le monde se connait et où l’étranger à la région est vite repéré.

Les citadins débarquant dans les bleds ont souvent tendance à confondre la campagne avec la ville et ne se méfient jamais des pièges tendus par l’environnement. Faut être sur ses gardes, à la campagne, surtout dans le Yorkshire.

Une chose que j’apprécie tout particulièrement dans cette série, c’est que les personnages ne sont pas toujours ceux que l’on pense au départ : les bougons, les bourrus, les avares de tendresse, de compliments, de délicatesse, révèlent leur personnalité cachée au fil des tomes, ouvrant de temps en temps leur cœur, juste brièvement, nous laissant apercevoir l’humain sous la peau d’ours.

La mention spéciale revient à Ida Capstick, à Troy du pub et au père de Samson. Il y avait de l’émotion lorsque le père de Samson avoue devant tout le monde les raisons de sa dispute avec son fils et Ida montrera aussi son émotion lorsque tout basculera vers le mauvais côté.

Tout trouvera sa place au moment de l’explication finale, sauf encore quelques mystères qui restent et qu’il va falloir résoudre. Mais au moins, des vieux contentieux sont vidés et il était temps.

Les détectives du Yorkshire est un cosy-mystery qui vole plus haut qu’on ne le pense, qui a tout compris de l’esprit de clocher d’un village et qui met en scène des personnages attachants, qui évoluent, qui changent, qui ne dévoilent pas tout au premier rencart.

Les intrigues ne sont pas neuneu, ni simplistes, mais intelligentes, à tel point qu’il est difficile de trouver le fin mot avant leur résolution (même si j’ai parfois trouvé une partie de la solution).

Morte-couille, je vais devoir attendre avant de pouvoir me jeter sur le tome 8 ! Je suppose que Bianca me suivra dans une nouvelle LC. Celle-ci était réussie, ce n’est pas elle qui dira le contraire dans son avis que je vous invite à aller lire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°174].

Les Enquêtes de Cormoran Strike – 05 – Sang Trouble : Robert Galbraith [par Dame Ida Prima Fana Assoluta]

Titre : Les Enquêtes de Cormoran Strike – 05 – Sang Trouble

Auteur : Robert Galbraith
Édition : Grasset (16/02/2022)
Édition Originale : Cormoran Strike, book 5: Troubled Blood (2020)
Traduction : Philippe Résimont

Résumé :
Cormoran Strike est en visite dans sa famille en Cornouailles quand une inconnue l’approche pour lui demander de l’aide. Elle aimerait retrouver sa mère, Margot Bamborough, disparue dans des circonstances jamais éclaircies en 1974.

Strike n’a encore jamais travaillé sur une affaire classée, et en l’occurrence, 40 ans se sont écoulés depuis les faits. Intrigué, il accepte, malgré le peu de chances de résoudre l’affaire et la longue liste des cas sur lesquels lui et son associée Robin Ellacott travaillent déjà. Cette dernière est embourbée dans un divorce déjà compliqué, ses sentiments pour Strike n’arrangeant rien.

Petit à petit, l’enquête apparaît comme extraordinairement complexe. Sur leur chemin, Robin et Strike rencontrent des témoins peu fiables, s’interrogent sur des jeux de tarots, tout en poursuivant des pistes qui semblent mener vers un serial killer psychopathe. Ils apprendront bientôt, à leurs dépens, que même des affaires classées peuvent se révéler dangereuses…

Ce cinquième volume de la série des Cormoran Strike, épique et labyrinthique à souhait, nous offre une lecture haletante. Incontestablement le meilleur roman de Robert Galbraith à ce jour.

L’avis de Dame Ida :
Comme vous le savez si vous avez suivi mes fiches sur cette série, le Robert Galbraith qui a signé cet opus n’est autre qu’un alias de JK Rolling, la célébrissime auteure de la saga Harry Potter.

Elle avait en effet préféré au départ se lancer dans le genre policier, discrètement, afin que les lecteurs puissent aborder cette nouvelle série sans la comparer à ses productions antérieures et pour toucher un autre public, qui n’aurait peut être pas tenté l’essai, si le premier roman était sorti sous son nom.

Ayant démontré toute sa crédibilité dans le polar dès la première enquête de Strike, elle n’a pas forcément veillé à ce que le secret demeure et l’information a fini par fuiter.

J’ai beaucoup aimé ce roman comme j’ai beaucoup aimé les précédents.

C’est que je me suis attachée au gros nounours hirsute bougon et mal-léché qu’est Cormoran Strike. Et Robin, son associée, est l’exemple même de la jeune-femme résiliente et sacrément intelligente, pleine de ressources. Suivre leur évolution au fil des tomes de la série est un vrai plaisir que l’on prolongera avec délice grâce à ce nouveau volume.

Lorsque je les avais découverts dans la première enquête, j’ai eu un peu peur en constatant que Rolling, qui aime jouer avec les codes des genres littéraires, avait planté le décor assez stéréotypé du polar…

Avec un privé tirant le diable par la queue pour ne pas sombrer dans les abysses de la ruine et une nouvelle secrétaire terriblement sexy qui va se révéler être un soutien indéfectible, sans parler de l’attraction sexuelle impossible qu’ils exercent l’un sur l’autre sans qu’ils ne puissent la consommer.

Bref rien que du vieil archétype éculé que Rolling a su dépoussiérer, recycler et moderniser pour nous offrir du polar de bonne facture. Et chaque nouveau volume depuis, vient nous prouver qu’elle poursuit sur cette lancée. Celui-ci suit parfaitement l’habitude et justifie les quelques années d’attente depuis le précédent.

En outre, si je trouve toujours un peu hasardeux de comparer les auteurs de romans policiers entre eux, car ils ont tous un style qui leur est propre et situent leurs romans dans une époque qui leur est propre également, la complexité des intrigues et le développement de la psychologie des personnages que Rolling nous propose n’est pas sans me faire penser au génie d’Agatha Christie. Fausses pistes, indices décisifs distillés l’air de rien… Et parfois même de d’action comme on en voit évidemment jamais avec Poirot et Marple.

Toutefois, je mettrai un petit bémol : ce roman a les défauts de ses qualités… Mais sur ce point il faut bien reconnaître que le facteur subjectif est important. Comme dirait l’autre : la beauté est dans l’œil de celui qui regarde.

Je m’explique : Ce roman est très long. Un peu moins de mille pages. C’est un format inédit pour les enquêtes de Strike, même si on avait déjà remarqué avec Harry Potter, que chaque nouveau volume était plus gonflé que le précédent…

956 pages, pour un polar c’est énorme car un bon polar doit avoir un rythme régulier et équilibré sur la durée, alternant entre légers ralentissements et accélérations, introduisant quelques passages introspectifs ou développements sur l’évolution psychologique de personnages que nous suivons déjà depuis un moment.

C’est le cas en l’occurrence, mais sur mille pages cela peut paraître un brin fatigant même quand c’est très bien mené. En effet, la qualité de l’écriture et de la construction du roman ne sont pas en cause… C’est simplement qu’un tel format peut être difficile à suivre pour une lectrice lambda dont le temps de cerveau disponible pour la lecture s’avère très moyen (mea culpa, mea maxima culpa… même si je ne suis pas seule dans ce cas!).

Robin et Cormoran reprennent ici un « cold case » vieux de 40 ans qui a fait l’objet d’une enquête préalable et que la dite enquête à retenu une multitude de pistes que nos héros se sentirons obligés de reprendre une à une. Et autant de pistes cela signifie aussi beaucoup de personnages… De fait, on sent que l’enquête va être très longue puisque toutes les impasses devront être vérifiées une à une, mobilisant des espoirs et des déceptions… et l’écoute attentive et critique de bien des témoignages qu’il faudra recouper.

A cela s’ajoutent d’autres enquêtes parallèles. Car le cabinet de Cormoran et de Robin, renforcé par trois autres détectives et une secrétaire (Robin a fait du chemin depuis la première enquête : elle est passée enquêtrice associée) doit bien tourner et payer toutes ses charges. Même si ces enquêtes subsidiaires ne prennent évidemment pas la place de l’enquête principale, c’est encore des informations en plus que le cerveau doit traiter.

Et puis Robin et Cormoran on des vies privées évidemment compliquées, sinon ça ne serait pas drôle. Entre le divorce compliqué de Robin… Entre le père de Cormoran qui se rappelle à son bon souvenir via ses autres enfants… Entre la tante très malade de Cormoran… Et le fantôme de son ex qui ondule de la toiture et essaie de lui rappeler qu’elle existe…

Sans parler des bonnes âmes qui voudraient les caser l’un avec l’autre les obligeant à s’en défendre alors qu’ils finiraient par s’envoyer enfin en l’air si on les lâchait un peu… Voilà encore un lot copieux d’intrigues subsidiaires à suivre en plus des fils des enquêtes.

Tout cela pour dire que malgré le maintient d’un rythme parfait et d’un bon équilibre narratif, le lecteur ou la lectrice ne pourra jamais relâcher son attention s’il veut bien comprendre ce qu’il ou elle lit.

La moindre inattention ne pardonne pas. Entre les passages d’une enquête à l’autre, d’une piste à l’autre, d’un des nombreux personnages à l’autre j’étais bien contente d’être en congés et d’être en mode repos pour me concentrer sur ce livre sans faire de pause de quelques jours (comme ça peut m’arriver souvent) entre deux sessions de lecture. Et même ainsi j’avoue que mon cerveau ramolli de vieillie quinqua a parfois eu du mal à remettre certains noms à leur place.

On peut se dire… Oui… un gros pavé comme ça, on prend son temps pour le déguster et le digérer… Mais il faut quand même avoir un estomac, ou ici plutôt un cerveau, dans des dispositions optimales pour se régaler pleinement. Et malgré ma relative disponibilité au moment de ma lecture, la bonne construction du roman, l’intrigue diabolique, la critique douce amère du matérialisme de la bourgeoisie britannique, la distillation des éléments capitaux toujours au bon moment et son style toujours aussi agréable avec parfois une touche de comique très british sans avoir l’air d’y toucher (la scène du repas chez Robin est désopilante malgré son côté dramatique!), j’avoue avoir eu par moment du mal à suivre.

Bref c’est un très bon roman qui se mérite car il très dense, au point de noyer votre mémoire d’une avalanche d’informations à engranger et à trier. Une sorte d’Himalaya qui exige du lecteur des efforts constants et régulier pour arriver au sommet. Et comme pour une telle ascension, ça réclame non seulement d’être en forme, mais d’avoir un certain entraînement.

Spoilers et polémiques (il s’agit d’un spoiler partiel rapporté comme énoncé par ceux qui l’ont dévoilé… mais qui en plus n’est pas exact ! Car le personnage désigné coupable n’est que suspect pour notre enquête…) :

Ce roman sort dans un contexte troublé. Des médias LGBT qui entendent dire aux gens de leur communauté ce qu’ils convient de penser ou de lire, appellent au boycott du livre au motif que le meurtrier serait une personne transgenre et que JK Rolling y exprimerait sa transphobie.

Il serait bon de lire les livres avant de dire des conneries sur leur contenu en prétendant les spoiler qui plus est. Mensonge volontaire ou simple publication de « on dit que » interprétatifs non vérifiés par des prétendus journalistes qui ne vérifient pas les informations qu’ils écrivent ? Je n’en sais rien.

Mais en revanche j’en suis certaine : on ne peut certainement pas réduire la transidentité supposée d’un tueur psychopathe au fait d’enfiler parfois une perruque et de mettre du rouge à lèvres pour approcher plus facilement ses victimes rassurées par une femme ! Le dit suspect n’exprimera en effet à aucun moment la moindre revendication transidentitaire. Et même si d’autres personnages s’interrogent sur son éventuelle homosexualité, cette interrogation est aussi l’occasion pour l’auteure de se moquer gentiment des représentations stéréotypées.

D’autant que le fait que le suspect ait choisi des femmes comme victimes pour ses scénarios pervers pose cliniquement que son objet sexuel électif est bel et bien hétérosexuel. On fait franchement mieux comme transgenre et comme gay ! C’est « juste » un sociopathe hétéro qui a développé des stratégies pour endormir ses proies !

En outre, ceux qui sur-interprètent mensongèrement le livre sur le registre de la transphobie passent sous silence la présence dans ce roman d’un couple homosexuel marié, présenté d’une manière totalement banale et anodine, au point d’en faire un non-évènement qui ne mérite même pas la moindre justification.

Et on rencontrera également un autre personnage gay, sympathique, qui pourrait même être présent dans le prochain opus. On fait également franchement mieux quand on veut donner dans la LGBT phobie !

Elle n’est ici qu’inventée afin de justifier un boycott scandaleux contre une auteure appartenant à un courant féministe portant un regard critique sur l’image de la féminité véhiculée par les femmes transgenres sur la base des stéréotypes issus du regard et du désir masculin.

Que ce questionnement plaise ou déplaise à la communauté LGBTQA+ qui veille à maintenir l’union politique entre ses diverses composantes sur le dos d’une auteure est une chose…

Mais justifie-t-il d’être réduit au silence au nom du triomphe attendu d’une pensée unique ?