Bénis soient les enfants et les bêtes : Glendon Swarthout

Titre : Bénis soient les enfants et les bêtes

Auteur : Glendon Swarthout
Édition : Stock (1971) / Gallmeister (02/02/2017)
Édition Originale : Bless the Beasts and Children (1970)

Résumé :
Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air pour qu’ils deviennent de “vrais cow-boys”.

Au sein du camp, ces enfants se sont trouvés, unis par le fait que personne ne voulait rien avoir à faire avec eux. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier qu’ils valent quelque chose. Et ils iront jusqu’au bout de leur projet, quel que soit le prix à payer.

Critique :
L’adolescence, pas toujours une partie de plaisir… Et ces horribles colonies de vacances ou t’étais soit dans le groupe des loosers et jamais dans celui des winners…

Et ces adultes qui te poussaient toujours à te dépasser, à être le vainqueur, à écraser les autres s’il le fallait pour te hisser au sommet, ces adultes qui pratiquaient la ségrégation, non pas raciale, mais selon tes compétences…

Tu connais, je suppose ?

Six ados de 12 à 16 ans, enfants de riches eux aussi, enfants à problèmes, à traumatismes, enfants dont les parents ne savent plus quoi faire, eux qui voyagent tout le temps sur la Terre.

Alors ils ont décidé de les placer au Box Canyon Boys Camp, situé en Arizona, car là on leur a promis de transformer leurs lavettes de gamins, leurs larves de progéniture en véritable cow-boys, en véritables hommes…

Fini les pipis au lit, les escapade pour dormir dans le lit avec maman, ou comme certains, sous leur lit. Nous, on va t’en faire des ados virils, durs, et terminé le côté apathique ou handicapé de la vie.

♫ Caramels, bonbons, et chocolats ♪ comme le chantait si bien Dalida. ♫ Paroles et encore des paroles, que tu sèmes au vent ♪

Tout le monde le sait, ce n’est pas en plongeant des enfants apathique parmi d’autres enfants costauds qu’on va les aider à résoudre leurs problèmes, à ces gamins, vu que leurs problèmes découlent en partie à cause du comportement imbécile de leurs parents qui font tout et n’importe quoi.

Mais le camp, c’est plus facile que des séances de psy… ou que se remettre en question et changer.

Voilà un court récit qui ne manque pas de bravoure, de peur, de folie, d’amitié, de remise en question car nos six garçons vont, dans les derniers jours de leur camp, vouloir accomplir une mission dont nous n’en saurons rien au départ, mais qui se profilera au fur et à mesure de leur road movie, levant le voile sur ce mystère.

Durant leur escapade, nous en apprendrons plus aussi sur ces six handicapés de la vie, sur leurs blessures secrètes et sur le comment du pourquoi leurs traumatismes sont apparus, ainsi que sur le comportement de leurs parents qui ont tout l’air d’être des jean-foutre.

Tous les six sont touchants, profondément humain, profondément enfant, tiraillés qu’ils sont entre leur envie de grandir tout en restant un enfant, leur envie d’être aimé par leurs parents, que ces derniers s’occupent d’eux au lieu de les confier aux domestiques.

Nos six Pisseux (le nom de leur groupe, donné par le camp aux derniers en tout) pourraient être chacun de nous, pour peu que durant notre adolescence, on se soit trouvé dans le camp des loosers, des laissés-pour-compte, de ceux qui ne voulaient rien prouver dans des compétitions puisqu’ils se savaient perdant d’avance.

On pourrait dire que nous sommes face à un roman noir pour ados, car si le contexte social n’est pas celui de la misère humaine, on comprend vite que ces gosses ont souffert de la misère affective et que ça leur a pourri la vie, leur enfance.

L’auteur a réussi le tour de force de nous faire aimer six jeunes personnalités tordues, peureuses, chouineuses, pleureuses, vomissantes, des sans gloire, des sans grade, des gamins qui, pour une fois dans leur vie, vont tenter d’accomplir une action folle mais belle, quelque soit les conséquences.

Un roman western âpre, beau, dur, un drame qui possède une sensibilité exacerbée, un road movie accompli par des gamins qui n’avaient rien pour y arriver, au départ, mais qui, à coup de pleurnicheries et de découragements, vont finir par y arriver.

Une critique au vitriol de tout ces espèces de camps scouts en version commando Rambo de l’Amérique et qui sont les formateurs de tout les futurs paumés ou psychopathes du pays.

Magnifique roman et coup de cœur pour ses six gamins.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

 

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Trois jours et une vie : Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre

Titre : Trois jours et une vie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.

Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

tempete-tempete-1999_40Critique :
Malheureux qui, comme Ulysse, finit avec une balle…

Difficile de parler de ce roman sans rien déflorer. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il entre dans le club des « Court mais bon et intense ».

C’est un roman que j’ai lu d’une traite, sur une soirée tant je voulais savoir ce qui allait se produire, comment cela allait se passer, et si la police retrouverait le petit Rémi.

Tiraillée je fus entre deux sentiments : celui de la Justice, tout d’abord, parce que tout de même, c’était… On rigole pas avec ça ! Et celui de l’amnistie parce que tout de même, c’était un…

Lisez le roman et vous aurez les réponses aux points de suspensions !

Et puis, j’ai beau le savoir, ça me retourne toujours autant de voir à quoi tiennent nos existences – à un détail – et comment un fait banal peut les faire basculer dans le chaos et l’abîme.

Comment un acte « battement d’aile de papillon » peut, sans qu’on le sache, déclencher un tsunami dans des vies. Ce qui sera le cas pour des personnages de ce roman.

Un acte, une réaction disproportionnée mais sans intention de… et bardaf, l’embardée dans l’abîme, des vies gâchées à jamais.

Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent.

La ruralité est très bien décrite aussi : tout le monde qui connait tout le monde, les rumeurs, les jalousies, le qu’en-dira-t-on, l’opinion des autres, la bigoterie pour certains, l’usine qui nourrit des tas de famille qui est en difficulté, les licenciements, la trouille de perdre son emploi, les vieilles rancœurs… Ces villages que les jeunes ne veulent plus habiter et qu’ils veulent quitter rapidement…

Mme Courtin était née ici, c’est ici qu’elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu’il observe, dans laquelle l’opinion d’autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c’était ce que, autour d’elle, tout le monde faisait.

Mais aussi la solidarité avec une famille dont le petit gamin de 6 ans a disparu et l’égoïsme ensuite, après la tempête, car chacun a ses problèmes et celui des autres passera après.

– Et mon fils, alors ! hurlait M. Desmedt. Qui va nous aider à le retrouver ? […]
– Est-ce que tu te rends bien compte de la situation, Roger ?
Tout le monde se retourna.
M. Mouchotte avait croisé les bras dans la position du donneur de leçons qu’il était. Le père d’Émilie était un homme perpétuellement drapé dans la morale. […]
– Toutes les communications sont coupées, reprit M. Mouchotte, la ville est sinistrée, des familles entières sont à la rue, tu penses peut-être que tu as droit à une priorité ?

Ce n’était pas seulement l’impossibilité d’aider M. Desmedt qui vous étreignait, mais l’impression que la disparition de son petit garçon, aussi tragique soit-elle, serait désormais reléguée au second plan et qu’écartée par des malheurs qui touchaient chacun, elle ne redeviendrait plus jamais une affaire collective.
On ne pouvait pas continuer de chercher cet enfant, on acceptait sa disparition.

Mention spéciale à la mère d’Antoine, madame Courtin, une femme d’une telle rigidité qu’on penserait qu’elle a un bâton planté dans le cul. Sa manière d’ériger des barrières, des barrages pour occulter des choses est phénoménal !

Beaucoup de tensions, des personnages forts, travaillés avec peu de mots, un récit qui m’a emporté en plein cœur de la tempête de fin 1999 et puis… waw, le coup dans le plexus pour plusieurs choses.

♫ J’m’attendais pas à ça ♪ (comme le chantait Patrick Bruel). Le final est… je suis bluffée et quand j’y repense, pas possible que je l’oublie.

Mais je n’ai toujours pas tranché si c’était pire ou mieux qu’un autre, ce final. Les punitions et les prisons ne sont pas toujours celle qui ont lieu derrière des barreaux.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Deux : Penny Hancock

Deux - Hancock

Titre : Deux

Auteur : Penny Hancock
Édition : Sonatine (2015)

Résumé :
Au Maroc, la vie de Mona est devenu un calvaire. Elle s’occupe de sa fille, Leila, et de sa mère malade. Al, son mari, a disparu depuis plusieurs mois, peut-être parti en Angleterre pour finir ses études de médecine. Aussi quand l’opportunité d’aller travailler à Londres s’offre à elle, Mona la saisit.

A Londres, Theodora a besoin d’aide. Entre son père qui souffre de la maladie d’Alzheimer, son fils qui passe sa journée devant la télé et son émission de radio, elle ne s’en sort plus.

L’arrivée de Mona dans sa vie va tout changer. Enfin elle va pouvoir s’occuper d’elle et des siens en sachant qu’elle peut se reposer sur quelqu’un. Sa maison sera impeccable, sa vie sociale à nouveau trépidante et elle va gagner, avec l’arrivée de la discrète Marocaine, plus qu’une employée de maison, une véritable confidente.

Chacune dépend de l’autre mais, très vite, va s’instaurer entre elles un rapport étrange, insidieux et violent. Une lutte feutrée, tout en retenue et en non-dits, qui ne peut que les mener au pire.

big_ben_nuit_londres_fev_2006_01Critique : 
Deux femmes… L’une – Theodora – a le pouvoir et détient un quasi droit de propriété sur l’autre femme – Mona – une marocaine importée par son ex-mari pour la seconder.

La seconde femme est ce que l’on peut appeler une esclave moderne car elle est attachée à sa nouvelle patronne. Sur ses papiers, elle ne peut travailler QUE pour elle.

Nous ne sommes pas dans un trou perdu du monde à une époque lointaine mais à Londres, en 2015. Ceci n’est pas une fiction, cette horreur est bien inscrite dans le code du travail.

[Theodora] Que vivre seule dans un pays étranger où l’on ne sait ni lire ni écrire la langue vous donne l’impression d’être un enfant vulnérable et hésitant. Quand vous ne savez pas à qui faire confiance, que vous pensez que les autorités se méfient de vous, au point que vous rasez les murs dans l’espoir de ne pas vous faire remarquer ?

Si j’ai eu de l’empathie pour Mona, pauvre travailleuse qui ne sait pas ce qu’est devenue son mari et qui a dû s’exiler en Angleterre pour faire vivre sa mère et sa petite fille, j’ai tout doucement commencé à haïr Theodora.

Theodora… Le don de Dieu, d’après l’étymologie de son prénom. Notre femme BCBG va sombrer, au fil des pages, du côté tellement obscur de la Force qu’elle en aurait fait pâmer de jalousie le grand Dark Vador himself !

L’écriture est assez simple et le fait d’être à deux voix – Theodora et Mona – va nous donner un point de vue plus élargit et faire monter crescendo le côté psychologique du roman ainsi que la tension qui, telle la petite bête, va monter, monter… jusqu’à l’apothéose des 100 dernières pages.

Tout le sel du roman se trouve dans ces deux personnages ainsi que tout ceux qui gravitent autour et dans cette putain de tension qui va s’insinuer entre Theodora et Mona.

Theodora est parano, j’ai d’ailleurs eu maintes fois l’envie d’aller la noyer dans la Tamise tant elle se prenait pour le nombril du monde, la chouchoute à papa et toussa toussa…

Si je ne l’ai pas fait parce que sa psychologie de cette Méchant Madame est magnifique ! Sa mauvaise foi, son déni… j’en avais les jambes coupées, la gorge nouée, le plexus bloqué et dans ma tête tournait ce « Non, c’est pas possible ».

Au début de ma lecture, j’avais cru entrevoir la fin, mais dans ces fameuses 100 dernières pages, l’auteure m’a asséné un coup de masse comme s’en prenait le pauvre Nicky Larson dans le manga (j’ai de la culture, moi, mâdame !).

Putain, quel duel… digne des meilleurs westerns, mais sans les révolvers… bien que les coups portés fassent mal. Très mal.

Un roman qui se déguste et dévore dans un divan confortable, un plaid sur soi car les frissons arriveront bientôt pour ne plus vous quitter jusqu’à la fin. Et encore après.

Un roman à l’ambiance aussi lourde que le buste de la maman de Theodora. K.O en 421 pages. Soigneur, venez me relever !

— Tu ne devrais pas avoir peur de ce qu’Allah te donne… Ce dont il faut avoir peur, c’est de ce que les êtres humains sont prêts à te faire.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine et Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016).

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Cujo : Stephen King [LC avec Stelphique]

Titre : Cujo                                                                                      big_3-5

Auteur : Stephen King
Édition : Livre de Poche (2006)

Résumé :
« La chaleur tuera cet été ! Ça va être terrible »; avait prédit Evvie Chalmers, la doyenne de Castle Rock. Elle ne se trompait pas : l’été 1980 fut effectivement le plus chaud que Castle Rock eût jamais connu. Ce fut aussi un été sanglant.

En fait, tout commença le matin du 16 juin, lorsque Cujo, un saint-bernard aussi impressionnant que débonnaire, se fit mordre par une chauve-souris. Mais au fond, cela avait peut-être commencé dès le mois de mai, lorsque Tad Trenton avait cru voir un monstre, dans le placard de sa chambre…

Bien sûr, ses parents l’avaient rassuré, il avait fait un cauchemar, les monstres n’existent pas, voyons !

Ils se trompaient : même dans les petites villes paisibles, les monstres guettent, tapis dans l’ombre…

Critique du Cannibal :
Cujo… Un roman du King que je n’avais jamais osé lire. Pourquoi ? Parce que c’était un chien qui devenait enragé et qui terrorisait tout le monde.

Et moi, je n’avais pas envie de regarder de travers les chiens de la maison.

Bien que j’ai aimé ce roman et que, durant quelques temps je risque de faire pipi dans ma culotte au moindre chihuahua qui va grogner dans le sac à main de sa mèmère, j’avais trouvé Simetierre et ÇA plus prenant.

Dans ces deux autres romans du King, je m’étais attachée très vite aux personnages alors qu’ici, il m’a fallu un peu plus de temps pour entrer dans leur vie.

Le début du roman avait même quelques longueurs je trouve. Les premières lignes m’avaient emballées et ensuite, le soufflé était un peu retombé avec la lecture des morceaux de vie familiale.

Alors, à ma droite, Vic et Brenda Trenton ainsi que Tate, leur gamin de 4 ans et à ma gauche, la famille Camber, avec Charity « j’aurais pas dû épouser ce con »,  son mari alcoolo brutal et bouseux  Joe « le mécano » (et pas Joe le Taxi), Brett, le gamin et Cujo, un gros sein… Saint-Bernard (sans le tonnelet d’alcool).

Quelle était la probabilité que ce gros Nanard tout doux se fasse mordre par une chauve-souris enragée ?? Oui, monsieur Bigard… Une chance sur dix millions, merci pour la statistique.

Et bien, le couillon sur 10 millions qui se fit mordre par cette salope de chauve-souris enragée, ce fut Cujo. Pas de bol, c’est tombé sur le gros chien de 100 kg et pas sur le caniche grabataire de la mère Michel. Mais bon, le caniche, ça l’aurait pas fait non plus. Le King n’est pas un imbécile tout de même.

Ce qui est assez récurent chez le King, c’est de nous offrir un paternel qui tète la bouteille aussi souvent qu’un veau au pis et qui, l’abus d’alcool aidant, se transforme en monstre de brutalité et d’imbécilité. Bien que même sobre, Joe le Mécano est un bouseux puissance 10. Et son gamin l’adore, c’est ça qui est le plus grave.

Elle se ratatinait toujours un peu quand il élevait ainsi la voix pour appeler son fils. Brett aimait énormément son père, mais Charity n’avait jamais su exactement ce que Joe éprouvait pour l’enfant. C’était une pensée affreuse, mais qui exprimait néanmoins la vérité.

Voilà un petit morceau de l’Amérique que le King nous montre par le petit bout de la lorgnette, tout en préparant le terrain avec notre Cujo qui commence à ressentir les effets de la rage (pas la taxatoire) et à changer de caractère, le ch’ti père.

Le suspense prend son temps, il monte crescendo, tout est tendu (ça vous excite, hein !!) et vos muscles se font durs lorsque vous lisez certains passages angoissants au possible.

Le King est un salaud parce que les moments les plus éprouvants sont entrecoupés, non pas d’une page de pub, mais presque : des passages plus calmes ou parlant de tout autre chose que de la bave dégoulinante des babines retroussées du chien Bernard.

Le final est éprouvant, horrible, rempli de tension et mon cœur n’en pouvait plus. J’avais envie de hurler à tous « mais putain, magnez-vous à la ferme des Camber, nom d’un chien ! ».

Si le début avait été un peu lent, la suite m’a enchanté et j’ai passé un bon moment d’angoisse avec ce roman qui me donne encore des frissons.

Prochain roman du King : un percepteur des contributions enragé… Je ne sais pas si vous avez déjà entendu ululer un percepteur dans la nuit ? C’est sinistre ! Inhumain !

Ne vous fiez pas à mon air humoristique dans cette critique, je ris pour faire baisser la pression et faire taire le monstre dans le placard. Le King restera toujours le King… lui, il ne chante pas, mais il m’enchante !

Cette peur qui vous tient au ventre et vous fait fouiller l’obscurité à la recherche de ce qui va vous sauter dessus.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle, (prix British Fantasy du meilleur roman 1982), Ma PAL « Canigou »… C’est du massif ! et « Le Mois Américain » chez Titine.

Cujo2Pourquoi je l’ai choisi :
Suite à l’empressement de ma binôme pour lire du King au mois de Septembre, je n’ai pas pu lui refuser cette faveur!

Synopsis :
A la suite d’une panne et de coïncidences exceptionnelles, Donna Trenton et son fils Tad se retrouve enfermée dans leur voiture à cause de la présence d’un chien enragé (Cujo) qui les empêche de sortir de l’automobile afin d’appeler de l’aide.

En effet, son mari – Vic Trenton – est en voyage d’affaires et ne peut par conséquent pas savoir la situation de son épouse. Quant à la famille propriétaire du chien, la mère et son enfant (Charity et Brett Camber) sont en vacances chez sa soeur alors que le père (Joe Camber) n’a pu échapper à la violence aveugle que son chien entraîne derrière lui.

Petit apparté perso *en mode énervée* : non mais t’as qu’à tout dire aussi dans le synopsis, comme ça, y’aura plus de surprise de lecture !!!! Heureusement que je ne l’ai pas lu avant ma lecture !!!

Les personnages :
Famille Camber : J’ai détesté Joe, mais la mollesse de Charity pour son quotidien m’a vite énervée aussi.

Famille Trenton: Donna, trop énervante(à claquer meme!!). Tad, trop choupinou. Vic, trop passif.

Ce que j’ai ressenti… Une furieuse envie de mordre…
Comme vous le savez surement, les fées sont très proches des animaux. J’ai du peut être m’en approcher de trop près, car Cujo a bien du me mordre, mais pas forcement de la manière que vous croyez. La rage a dû passer….Ce n’est pas possible sans ça, si je prends carrément au livre du King. Une fée enragée, vient de déferler sur la toile….

Mon défi personnel : lire tous les livres de Stephen King (et les lire avec ma binôme, ça rajoute un certain cachet !!!).

J’adooooooooooooooooooore vraiment cet auteur qui sait me faire frissonner dans ses pages, m’envoler vers d’autres contrées, me faire voir les « qualités » du Maine.

Oui mais voilà, sur celui ci, ça n’a pas fonctionné. Voyons donc le pourquoi du comment :
  • Déjà, je n’ai pas peur des chiens. L’angoisse ne pouvait pas m’asphyxier. Sachant que le King aime nous faire ressortir toutes nos peurs les plus profondes et les mettre ainsi en lumière, il ne pouvait pas me toucher avec ce thème là.
  • Ensuite, tout c’est beaucoup tenu à ses personnages. Je n’ai pas du tout accroché à ses familles et leurs relations. J’ai du mal avec l’infidélité et la violence conjugale, mais alors les suivre et vivre leurs petites vies minables et leurs petits soucis pathétiques, et bien j’avais du mal à garder mon intérêt éveillé.

Après bien sur, l’écriture du King est toujours aussi efficace, j’ai eu droit à mon « petit frisson » sur la dernière scène. Cet enfermement, on le ressent, il nous parle, il nous submerge. Deux êtres démunis dans une voiture, condamnés, coincés dans un espace réduit, c’était flippant et délicieusement bien mené !!!!!

Là, ou j’ai senti une certaine connexion, c’était avec Tad, cet enfant de 4 ans tiraillé par ses peurs infantiles. Ma fille ayant le même âge, on sent que Stephen King s’inspire de son rôle de père soumis à ce problème récurrent, et j’étais curieuse de voir comment il gère cette phase. Sa « Formule contre les Monstres » va peut être me souffler LA solution dans ma vie quotidienne.

C’est vraiment la partie qui m’a le plus plu en fait : ce placard et cette porte mystérieuse qui s’ouvre. La peur irrationnelle, les bruits nocturnes et l’imagination fertile. J’aurai aimé que ça soit plus accentué sur ça que sur ce pauvre chien, ou même le tueur qui frappa le Maine (d’ailleurs lui, j’ai pas compris ce qu’il foutait dans l’histoire !!!)..

En bref ce n’est pas la première fois que les histoires du King ne fonctionne pas avec moi,( j’ai abandonné Plein Gaz et Mr Mercedes) , mais là, bien que je sois arrivée à la fin, je ne me suis pas autant éclatée que d’habitude en ouvrant un livre du Maitre. L’horreur n’a pas été au rendez vous, ni l’émotion fulgurante. Une prochaine fois, sans doute, je n’en doute pas….

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette fachee

 

Les oiseaux et autres nouvelles : Daphné Du Maurier

Titre : Les Oiseaux et autres nouvelles

Auteur : Daphné Du Maurier
Édition : Le Livre de Poche (1995)

Résumé :
Au coeur de la nuit, le vent d’est cingle la falaise. Entre deux rafales, des nuées d’oiseaux cognent aux vitres. Mais ce n’est pas la peur qui les précipite avec une telle force vers le monde des hommes… On retrouvera ici – et pas moins terrifiant – le récit qui inspira son chef-d’oeuvre au maître de l’angoisse, Alfred Hitchcock.

Dans les autres nouvelles de ce recueil, l’horreur se fait plus insidieuse, le fantastique à peine étranger au réel. Il suffit d’un pommier à forme étrangement humaine, ou d’une ouvreuse de cinéma qu’un jeune mécanicien a envie de suivre après la séance…

Et la grande romancière anglaise, auteur de Rebecca et L’Auberge de la Jamaïque, nous entraîne vers le mystère à petits pas, à petites touches, au gré d’une écriture subtile, singulièrement moderne.

Critique :
Oublions directement le film du maître Alfred, le texte ici est assez éloigné de mes souvenirs d’enfant.

Le film m’avait impressionné, enfant, maintenant il n’y arriverait plus, les effets spéciaux étant trop merdique pour notre époque.

Mais je me souviens parfaitement bien de la tension qui montait lentement, des oiseaux rassemblés sur les fils et un peu partout…

— Ouvre-moi, cria-t-il. C’est moi, Nat. Ouvre.
Il criait pour se faire entendre par-dessus le frémissement d’ailes des mouettes. Puis il vit le fou au-dessus de lui dans le ciel, prêt à foncer. Les mouettes firent le cercle, s’écartèrent, montèrent ensemble contre le vent. Seul, restait le fou. Un unique fou au-dessus de lui dans le ciel. Ses ailes se replièrent soudain contre son corps. Il tomba comme une pierre. Nat hurla, et la porte s’ouvrit. Il franchit le seuil en chancelant, et sa femme se précipita de tout son poids contre la porte.
Ils entendirent le choc sourd du fou tombant sur la terre.

J’ai retrouvé la tension dans la courte nouvelle : les oiseaux qui attaquent au départ de manière un peu bizarre, mais personne n’y attache grande importance, sauf un homme…

Récit apocalyptique, d’horreur et de survie, voilà comment on pourrait résumer en quelques mots cette nouvelle qui fait froid dans le dos.

Noirs et blancs, corneilles et mouettes, réunis par une étrange association, cherchaient on ne sait quelle libération, jamais satisfaits, jamais apaisés. Des vols d’étourneaux filaient dans un bruissement de soie vers de nouveaux pâturages, poussés par le même besoin de mouvement, et les petits oiseaux, les pinsons, les alouettes, se dispersaient d’arbre en arbre et de haie en haie avec un air effaré.

Oui, froid dans le dos puisque ici il n’est pas question de Clown maléfique, de momie, de vampires, de zombies ou autre monstres, mais bien de pacifiques et inoffensifs oiseaux !

Avez-vous déjà pensé au nombre de volatiles qui arpentent le ciel ? Imaginez-les en train de fondre sur vous alors que vous déambulez tranquillement à la campagne… Ou alors défonçant les vitres de votre chambre afin de vous crever les yeux de leurs petits becs vicieux !

Vous me direz que vous ne craignez pas que des petits moineaux ou des rouge-gorge défoncent votre porte ou le bois que vous avez cloué à vos fenêtres. Mais des éperviers ou des buses peuvent y arriver, eux !

Les éperviers dédaignaient les fenêtres. Ils concentraient leur assaut sur la porte. Nat écouta le bruit du bois qui se fendait, et se fendait, et se demanda combien de millions d’années d’expérience étaient accumulées dans ces petites cervelles, derrière ces becs pointus, ces yeux perçants, les dotant aujourd’hui d’un tel instinct pour détruire l’humanité avec toute l’adroite précision des machines.

De plus, ils se foutent pas mal de mourir, les zoziaux, jouant même au kamikaze sur vos portes, fenêtres, cheminées, afin de se glisser chez vous pour vous picorer de la tête aux pieds.

Le frémissement, la vibration des ailes avait cessé. Il dégagea sa tête de la couverture et regarda autour de lui. La lumière froide et grise du matin éclairait la chambre. L’aube et la fenêtre ouverte avaient rappelé au-dehors les oiseaux vivants ; les morts gisaient sur le plancher.

Dans ce roman, beaucoup d’angoisses dans peu de pages, c’est du concentré et vous tremblerez comme cette petite famille, retranchée dans leur petite maison, avec peu de moyen et qui tente de survivre alors que tout le pays est dans le chaos le plus total.

— Vous voulez un fusil ?
Nat secoua la tête. […] Trigg était fou. À quoi bon un fusil contre un ciel couvert d’oiseaux ?

Isolé de tout, la radio n’émettant plus, avec peu de vivres, vous allez devoir attendre que les volatiles se calment pour aller quérir de l’aide chez votre plus proche voisin, celui qui n’avait pas peur des mouettes volant en formation serrée… Oups, c’est devenu de l’Human Nuggets !

Contrairement au film, la nouvelle se termine sans que l’on sache comme se terminera cette invasion de bêbêtes à plumes.

En tout cas, lors de votre lecture, vous n’aurez certainement pas envie de fredonner ♫ Ouvrez, ouvrez, la cage au z’oiseaux ♪ Regardez-les s’envoler, c’est beau ♫.

Dégommez votre canari, oui ! Et méfiez-vous des zoziaux dans le ciel, on est jamais trop prudent… surveillez votre petit oiseau, aussi, messieurs, des fois que…

Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda et Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre.

CHALLENGE - Mois anglais Sherlock CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 2014

Am stram gram… : M. J. Arlidge

Titre : Am stram gram…                                                                    big_2

Auteur : M. J. Arlidge
Édition : Éditions Les Escales (2015)

Résumé :
Deux jeunes gens sont enlevés et séquestrés au fond d’une piscine vide dont il est impossible de s’échapper. À côté d’eux, un pistolet chargé d’une unique balle et un téléphone portable avec suffisamment de batterie pour délivrer un terrible message : « Vous devez tuer pour vivre ». Les jours passent, la faim et la soif s’intensifient, l’angoisse monte. Jusqu’à l’issue fatale.

Les enlèvements se répètent. Ce sont les crimes les plus pervers auxquels le commandant Helen Grace ait été confrontée. Si elle n’avait pas parlé avec les survivants traumatisés, elle ne pourrait pas y croire.

Helen connaît les côtés sombres de la nature humaine, y compris la sienne ; pourtant, cette affaire et ces victimes apparemment sans lien entre elles la laissent perplexe.

Rien ne sera plus terrifiant que la vérité.

Critique : 
Helen Grace est flic à Southampton.  Commandant, pour être plus précise. Flic de talent aussi.

Bref, tout le contraire d’une Julie « Madrange » Lescaut car notre Helen n’a pas d’ex-mari, pas d’enfants, pas d’envie d’en avoir, pas de vie privée. Mariée avec son boulot, en fait.

Limite un peu Rambo aussi, notre policière. La tendresse, bordel, c’est pas son genre. De plus, elle chevauche une Kawasaki, de quoi se faire mousser le frifri en jouant avec la poignée des gaz.

De plus, elle aime aussi les « Fouette cocher – Oh oui fais-moi mal avec ta cravache ou ton fouet à clous ». Adepte de quelques pratiques SM, oui, et pas la version Bisounours de « Fifty shades ».

Oui, Helen Grace est un personnage qui m’a un peu énervé. Trop de blessures, trop too much et puis faisant des erreurs comme c’est pas possible.

Dans des affaires comme celles-là, la merde monte tout en haut de l’échelle avant de redescendre puissance dix.

Pas assez travaillée, à mon sens, pas assez de profondeur dans ce personnage principal alors que ses deux subalternes Charlie Brooks et Mark Fuller le sont un peu plus (bien que Mark donne parfois l’impression d’être chez Mon Petit Poney).

Agacé d’être obligé de se soumettre, il essaya de la retourner. Maintenant qu’il bandait, il avait soudain envie de la dominer – de la niquer, de la brusquer – mais elle le cloua sur le dos en le chevauchant de force.

Niveau tension et adrénaline, j’ai eu ma dose avec ce page-turner.

Des couples enlevés, séquestrés où la seule issue possible est de tuer l’autre pour ne pas mourir. Si celui qui presse la gâchette du pistolet à une balle s’en sors vivant, son esprit est à la limite du décrochage vu le poids terrible sur la conscience.

Mais quand on est prisonnier, les jours paraissent sans fin et l’espoir est le premier à mourir.

Mais pourquoi ? Quel est le mobile du kidnappeur sadique ? Aucun, à première vue, alors, j’ai suivi Helen et son équipe sur cette enquête.

C’est rythmé, remplis de rebondissements, d’adrénaline, des fausses-pistes, des chapitres en italique avec un récit intriguant, bref, un vrai page-turner.

L’écriture est assez simpliste, par contre. De plus, l’utilisation de certains mots m’ont dérouté. Qu’un personnage utilise le mot « flingue », je comprends, mais pas dans une trame narrative ! « Cela faisait longtemps qu’Helen n’avait plus utilisé un flingue… ». Erreur du traducteur ?

La divulgation du coupable aurait pu me mettre KO si elle avait été amenée autrement. J’avais déjà lu ça dans « Tabou » de Casey Hill et cela m’avait profondément énervée que l’on sorte un coupable comme on sort un lapin d’un chapeau.

Un bon coupable, pour moi, est un personnage dont on a suivi le parcours, sans savoir que c’était lui, pas un qui n’apparaît que sur la fin, comme par magie.

Bon, j’aurais pu passer sur ce tour de passe-passe si le final avait été un peu plus étoffé, plus long, avec plus de profondeur et pas expédié de la sorte.

Le Grand Méchant, le si machiavélique dans ses plans, manquait de finesse, de sel, de ce petit grain de folie qui rend les Méchants littéraires grands et immortels.

Un roman court, qui se lit vite, une lecture mouvementée, quelques passages plus hard, un bon moment de lecture, mais rien de transcendantal.

 Par contre, mon copain était présent…

Sanderson, McAndrew et Bridges, au téléphone, suivaient la piste de témoins potentiels, tandis que les opérateurs rentraient les détails pertinents dans le logiciel HOLMES2, croisant les spécificités de cet enlèvement avec les dizaines de milliers de crimes stockés dans la vaste base de données de la police.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Mois Anglais 2015 chez Titine, Lou et Cryssilda.

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Grossir le Ciel : Franck Bouysse

Titre : Grossir le Ciel                                 big_5

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Manufacture de livres (2014)

Résumé :
L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant.

Mais sans savoir pourquoi, c’était un peu comme si l’abbé faisait partie de sa famille, et elle n’est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’en a plus vraiment, à part Abel et Mars.

Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.

Longtemps après, Gus se dira qu’ il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?

Critique : 
On va finir par croire que j’ai une tendresse toute particulière pour les histoires qui ont lieu dans des coins reculés, dans les trous du cul du monde où le temps semble s’être figé.

Venant d’un milieu rural j’aime y retourner via la littérature. Le terreau est toujours propice pour y semer des mauvaises graines qui donneront un récit flamboyant avec des gens simples.

Fin janvier 2007. Les Doges, un lieu-dit perdu dans les Cévennes, deux fermes isolées, deux hommes seuls, des paysans qui possèdent peu mais ne demandent rien de plus qu’avoir la paix et à manger dans leur gamelle. Deux hommes séparés par vingt ans de différences, deux hommes qui parlent peu et apprécient cette solitude.

Gus, la cinquantaine, vit avec son chien, s’occupe de ses vaches et traite la terre avec respect. Abel, vingt ans de plus, s’occupe des siennes et, de temps en temps, ils se rendent des menus services avant de s’envoyer un coup de gros rouge, un ch’ti canon…

La terre est âpre, imbibée du sang des vieilles guerres qui eurent lieu dans des temps reculés et elle forme les caractères des hommes qui la travaillent car chez eux, la tendresse, ça n’existe pas… Pas de place pour ça ou bien souvent, ils l’ont perdue à force de recevoir des coups – de pieds ou du sort.

Malgré son peu d’instruction, Gus a compris bien des choses dont  « L’habit ne fait pas le moine ». Même si le décès de l’abbé Pierre lui retourne les sens, bien qu’il ne soit pas catholique mais protestant.

Gus, c’est le personnage principal, il a beaucoup souffert et je l’ai trouvé très attachant sous sa carapace.

La vie rurale et les petits travaux de la ferme décrits m’ont rendue nostalgique parce qu’ils m’ont fait penser à mon grand-père. Les vaches, les vêlages, réparer une clôture… J’y étais de nouveau ! Les descriptions des paysages ou des travaux de la ferme sont bien rendus, sans appesantir le récit.

Peu de personnages, un huis-clos neigeux qui m’a rendu la gorge sèche et les mains moites tant l’auteur a su distiller son suspense et ses situations angoissantes. Avec peu, l’auteur sais nous activer le palpitant.

Des non-dit, des secrets de famille, des souvenirs qui, tels des flocons de neige, pleuvent doucement sur l’histoire, nous en apprenant toujours un peu plus sans nous en dire trop, éveillant notre curiosité sur ce qui a bien pu se passer lorsque Gus allait tirer les grives et a entendu un autre coup de feu ainsi qu’un cri…

La plume de l’auteur a réussi à rendre poétique cette violence latente, cette apprêté de nos deux paysans, leur caractère bourru et leur envie de ne pas trop fréquenter leurs semblables, tout en restant humain et en cherchant tout de même le contact entre eux.

Cela a rendu la lecture simple, évidente, tout en la remplissant d’une beauté d’écriture qui m’a subjuguée. L’utilisation de quelques métaphores « fortes » a rendu le style encore plus empreint de tristesse mâtinée de poésie.

C’est riche, c’est élégant, sans jamais être lourd, sans jamais en faire trop. Bref, c’est d’une rare noblesse. Une vraie pépite, ce roman.

Les trente dernières pages se dévorent avec précipitation, tant on veut savoir ce qu’il va se passer, mais le cœur est serré.

C’est ce que j’appelle un « putain d’excellent roman » tant l’équilibre entre tout est parfait. Il est court, mais puissant et vous laissera un goût métallique dans la bouche durant un long moment.

Un roman qui marque.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

BILAN - Coup de coeur

Le détroit du Loup : Olivier Truc [Enquêteurs Klemet et Nina 2]

Titre : Le détroit du Loup                                                              big_4

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2014)

Résumé :
Hammerfest, petite ville de l’extrême nord de la Laponie. Les bords de la mer de Barents, le futur Dubai de l’Arctique… Tout serait parfait s’il n’y avait pas quelques éleveurs de rennes…

L’histoire se déroule au printemps, quand la lumière ne vous lâche plus, obsédante. Autour du détroit du Loup qui sépare l’île où se trouve Hammerfest de la terre ferme, des drames se nouent.

Alors que des rennes traversent le détroit à la nage, un incident provoque la mort d’un jeune éleveur. Peu après, le maire de Hammerfest est retrouvé mort près d’un rocher sacré qui doit être déplacé pour permettre la construction d’une route longeant le détroit. Et les morts étranges se succèdent encore.

À Hammerfest, les représentants des compagnies pétrolières norvégiennes et américaines ont tout pouvoir sur la ville, le terrain constructible est très convoité, ce qui provoque des conflits avec les éleveurs de rennes qui y font paître leurs animaux l’été.

Les héros de ce grand centre arctique de la prospection gazière sont les plongeurs, trompe-la-mort et flambeurs, en particulier le jeune Nils Sormi, un plongeur d’origine sami.

Klemet et Nina mènent l’enquête pour la police des rennes. Mais pour Nina, troublée par les plongeurs, une autre histoire se joue, plus intime, plus dramatique. Les jeunes plongeurs qu’elle découvre lui rappellent ce père scaphandrier qui a disparu depuis son enfance.

Subissant cette lumière qui l’épuise, elle va partir à la recherche de ce père mystère, abandonnant Klemet à sa mauvaise humeur, à ses relations ambiguës avec son ombre.

Et c’est une police des rennes en petite forme qui va faire émerger une histoire sombre venue des années 1970, dévoilant les contours d’une patiente vengeance tissée au nom d’un code d’honneur venu d’un autre monde, montrant à quel prix a été bâtie la prospérité de la région.

Deuxième roman d’Olivier Truc, Le détroit du Loup confirme les talents de raconteur d’histoire de l’auteur et sa capacité à nous emmener sur des terrains insoupçonnés.

Critique : 
Hammerfest, vous connaissez ? Mais non, ce n’est pas le nom d’un groupe de heavy metal !

Hammerfest, c’est une petite ville située dans l’extrême nord de la Laponie, sur les bords de la mer de Barents,  en Arctique…  Là où certains aimeraient faire un autre Dubai (en version polaire) à cause de tous les hydrocarbures qui s’y trouvent.

Rien à voir donc avec le groupe de metal « HammerFall ».

Quoique, de par sa construction et son côté « je suis un polar mais pas que ça », ce roman pourrait avoir quelques liens de parenté avec ce genre de musique qui possède des sonorités lourdes et épaisses, le tout étant centré sur les impulsions de la batterie. Pardon, je voulais dire « du tambour traditionnel sami ».

D’un côté, nous avons du blues avec le peuple sami qui oscille entre traditions ancestrales et modernité, ces éleveurs de rennes, sans cesse en butte avec les autres habitants,  et qui, dans leurs joïk (chants traditionnels), pourraient chanter toute leur misère à voir les espaces pour les troupeaux se réduire comme une peau de chagrin à cause de tout ceux qui voudraient les voir dégager totalement du paysage.

Le roman a un côté rock aussi, parce que, sous ses airs de lenteur délibérée, les guitares électriques peuvent se déchainer dans vos tripes lors de la lecture de certains passages qui, sans vouloir vous faire la morale, frapperont quand même sous la ceinture.

Klemet et Nina, nos deux flics que nous avions découvert dans le roman précédent, nous en apprendrons un peu plus sur eux, tout en nous présentant d’autres personnages, dont certains sont des vrais requins d’eaux troubles et pas nettes.

L’enquête ne sera pas facile, les morts se succédant sans que l’on puisse déterminer si c’est un accident, un suicide déguisé ou véritablement un meurtre que l’on a maquillé.

Si le premier roman se déroulait dans le noir presque total (on sortait de la saison où le soleil ne se lève plus durant des mois), celui-ci bénéficie d’un ensoleillement énorme puisque nous finissons avec plus de 23h de clarté avant de se diriger lentement vers le moment où le soleil ne se couchera plus.

Durant de la lecture, on sent bien que l’auteur est familier du coin, des mœurs, des habitants, des éleveurs, du contentieux entre certains et des vieilles rancœurs…

D’ailleurs, on sent aussi le journaliste, qui, sous le couvert d’un roman, pourfend là où ça fait mal afin de dénoncer certaines pratiques.

Ben oui, nous, dans les pays sois-disant « développés », on ne se pose jamais la question de savoir d’où viennent les matières premières utilisées par notre société de sur-consommation, sur les métaux précieux utilisés dans nos I-Thunes, smartphones et autre PC ou sur la manière dont est extrait le pétrole dont nous remplissons nos réservoirs.

On se fiche pas mal des conditions de travail de certains, tant que nous avons ce que nous désirons. Si certains sont exploités, ce n’est pas notre problème. Et si des gens risquent leur vie pour que nous ayons de l’Or Noir dans nos réservoirs, nous n’en avons même pas conscience.

Attention, je ne parle pas des pionniers du pétrole de l’époque du colonel Drake (celui qui fora le premier véritable puits de pétrole américain en 1859, près de Titusville). Non, non, je parle des années 80 à nos jours. Cette époque où l’argent est Maître, et non serviteur. Cette époque qui veut que certains s’enrichissent très vite au détriment des autres et de toutes les règles.

Mensonges, tromperies, manipulations, argent sale, écologie, réchauffement climatique, pollution, morts, plongée sous-marine et médecins se comportant comme des petits Mengele zélés sont au menu de ce roman qui laisse les codes habituels du polar au vestiaire.

Ne vous attendez pas à un thriller, ça ne court pas dans tous les sens, on prend son temps parce que tout ça doit mijoter. C’est ce qui rend le plat meilleur.

L’écriture glisse comme un traîneau sur de la neige bien tassée et on mange le livre comme un renne affamé se jetterait sur du lichen.

Un excellent moment de lecture et une belle plongée en eaux froides, au sens propre comme au figuré.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie

La nuit du chasseur : Davis Grubb

Titre : La nuit du chasseur                                  big_5

Auteur : Davis Grubb
Édition : Série Noire Gallimard / Folio

Résumé :
« Pendi, pendu, pendant ! Vois ce qu’a fait celui qui pend. Pendu, pendi, pendant ! Vois le voleur se balançant ! ».

C’était la chanson que chantaient les enfants : tous les enfants du débarcadère de Cresap sauf, bien entendu John et Pearl.

Car leur père qui s’était promis de ne plus voir des gamins mourant de faim a fini au bout d’une corde. Et parce qu’il a planqué un magot, ses orphelins vont croiser la route meurtrière de Prêcheur. Son charme. Sa si belle voix. Sa violence cachée…

John, neuf ans, devra se défendre seul et protéger sa sœur. Il devra résister au charme immonde du Mal, être plus fort que sa naïve mère, que les odieux voisins…

Il devra fuir pour survivre, pour tenir sa promesse…

Critique : 
Il est des livres terrifiants, ceux qui vous font dresser les cheveux et qui vous malmènent le palpitant sans avoir besoin de vous sortir des monstres du placard, des vampires de tombes sinistres ou des cadavres sanguinolents et torturés.

Tout l’art de foutre la trouille se trouve dans l’atmosphère de ce roman : sombre, plombée, angoissante, étouffante, oppressante. Ce combat psychologique entre un homme (un magnifique salaud) et un enfant qui gardera les lèvres scellées…

Que lui veut-il ? Faisons un bref retour en arrière.

La crise de 1929 fut terrible. Tout le monde garde en mémoire ces banquiers se défenestrant ou ces gens jetés sur les routes, ces familles Joad partant en quête d’une hypothétique vie meilleure en Californie.

Les années qui suivirent furent dures pour tous et parce qu’il ne voulait pas voir ses enfants souffrir de la faim et parce qu’il voulait leur offrir une vie meilleure, Ben Harper a braqué la banque, dérobant 10.000$ et tuant les deux caissiers.

Les hommes en bleus (pas des membres de l’UMP) sont venus l’arrêter devant ses enfants mais avant cela, il avait eu le temps de cacher le magot, faisant jurer à John et à la petite Pearl de ne jamais rien dire et de garder le secret.

Ces incommensurables imbécilités qui furent de voler et de faire jurer le silence sur sa planque à deux enfants de 9 et 5 ans seront complétées par la pire autre connerie qu’il pouvait faire…

Attendant sa pendaison, Ben Harper se vantera devant un autre détenu que l’argent existe toujours, un homme qui se présente comme un homme de Dieu et nommé le Prêcheur, Robert Mitchum pour le cinéma.

Les anciens se souviennent que « Love-Love » était le surnom donné à Marlène Jobert par Charles Bronson dans « Le passager de la pluie ».

Ici, nous avons « Love-Hate » : les mains du Prêcheur Harry Powell sont tatouées au niveau des phalanges. Sur la droite, le mot « LOVE » et sur la gauche, celle dont il dit que ce fut la main avec laquelle Caïn tua Abel : « HATE ».

Cette dualité qui habite le Prêcheur a plus tendance à basculer du côté obscur de la Force, heu, de la haine.

Portant le masque de la gentillesse et de l’Amour Divin, Harry Powell est prêt à tout pour mettre la main sur le pactole. Il a du charme, c’est un beau parleur, un bon prêcheur et les femmes l’aiment bien.

Toutes les femmes ? Oui ! Ne reste pour lui résister que le petit John, neuf ans, qui a très bien compris que cet homme ne vise qu’une chose : la magot de son père.

Le petit John sait pourquoi Powell veut s’introduire dans la maison, il sait très bien pourquoi il séduit sa mère… Il sait qu’il doit garder le silence et protéger sa sœur au péril de sa vie, s’il le faut. Le plus mature dans tous les adultes qui l’entourent, c’est John, neuf ans ! Sa mère, elle, est bête à manger du foin.

Les scènes entre le Prêcheur et John sont des moments fort pour le petit cœur fragile du lecteur. Cet homme est d’une cupidité qui fait froid dans le dos, le tout camouflé derrière sa foi intransigeante et ses belles paroles sur le péché, le tout enrobé de paroles doucereuses et mielleuses.

Il sut presque aussitôt que Prêcheur était là où bien avait été là un instant auparavant, car il y avait son odeur dans l’air silencieux et c’était, à ses narines, comme l’odeur de l’épouvante.

Un huis clos qui vous oppressera et un  Méchant qui renverrait presque l’infirmière Annie Wilkes (Misery) au rayon des gentils.

Heureusement que dans tous ces crétins bêlant devant le Prêcheur, il y en aura d’autre pour se dresser devant lui.

Pas de temps mort, une ambiance à vous glacer les sangs, des personnages forts, un style qui frappe et une lecture qui vous laisse groggy, mais heureuse.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Mais c’est à toi que je pense : Gary A. Braunbeck [E-Book et papier]

Titre : Mais c’est à toi que je pense                                big_5

Auteur : Gary A. Braunbeck
Édition : Bragelonne (2010)

Résumé :
Pour Thomas, Arnold, Rebecca et Christopher, c’est la fin du supplice. Ils viennent d’échapper à leur tortionnaire, un tueur en série pédophile qui les séquestrait depuis des années.

Mais une nouvelle épreuve les attend : et si on les avait oubliés ? Et si on ne les aimait plus ?

Horriblement défigurés et mutilés, ils ont besoin d’un adulte pour les ramener à leurs parents, que certains n’ont pas vus depuis dix ans… et ils ont choisi Mark.

Critique : 
« Donnybrook » de Franck Bill était sombre et pas pour les enfants… Ce roman mériterait lui aussi un bandeau-titre « À ne pas mettre dans toutes les mains – Âmes sensibles, cassez-vous ! »

Pourtant, au départ, on ne dirait pas que l’on va plonger dans l’horreur.

Déjà, le titre, est à chier (merci les traducteurs « Prodigal blues » méritait mieux que ce titre). Quant à la couverture, elle deviendra magnifique lorsqu’elle prendra tout son sens un peu plus tard dans le récit…

Mark Sieber, agent d’entretien dans un lycée, casse la gueule d’un ado à cause d’une blague d’un mauvais goût.

Un pédophile se promène dans les bois, la nuit, avec un gosse de six ans. Le gamin regarde autour de lui et chuchote: « Il fait vraiment noir ici. J’ai peur. » Le type le dévisage et répond : « Plains-toi ! Ce n’est pas toi qui vas devoir rentrer tout seul ! »

Ok, elle était d’un goût douteux, mais de là à lui massacrer sa gueule ! Sa femme ne le reconnait plus depuis qu’il est revenu du Kansas, il y a quelques jours. Qu’est-ce qui s’est passé, là-bas durant ces quelques jours ??

Alors quoi ? Mark va alors lui raconter toute l’histoire qu’il a vécu…

Tout à commencé quand il revenait de chez sa mère, décédée.

Sur l’autoroute, la voiture prêtée par son beauf tombe en panne, il se fait dépanner, sourit de voir passer plusieurs fois un Minibus Volkswagen argenté tirant une Airstream argentée elle aussi. S’il avait su…

Mark n’a rien d’un héros, pourtant, il a été choisi par 4 enfants pour mener à bien une mission… Les ramener chez leurs parents, eux qui ont disparu depuis des années, séquestrés qu’ils étaient par un pédophile. Une mission importante dont Mark ressortira ébranlé, cassé, laminé, lessivé et en larmes. Le lecteur aussi.

Voilà un roman noir qui vous prendra aux tripes – si vous en avez au départ – et qui vous laissera les tripes vidées ou nouées à la fin.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou dans les descriptions horribles et gratuites, l’auteur nous racontera, au travers de ces quatre enfants, les supplices et le calvaire qu’ils ont vécu durant leur captivité chez Grendel, leur tortionnaire pédophile.

L’odeur me frappa de plein fouet, pas uniquement les exhalaisons habituelles d’un être humain, bien que l’odeur de pisse et de merde se suffise à elle-même. La puanteur des corps était insoutenable – des effluves de viandes avariée, moite, une présence invisible, presque physique, du genre qui pénètre chaque couche de l’épiderme, refuse de partir au lavage pendant au moins un mois et s’incruste à jamais dans les narines.

Pour la première scène vidéo, je me doutais que j’allais lire des choses horribles – tout comme Mark se doutait qu’il allait les voir – et j’ai pu blinder mon esprit.

Mais ensuite, je ne me suis pas méfiée et j’ai morflé grave. « Respire, me suis-je dit, ne pense plus à rien, faisons le vide dans mon esprit et »… Non, pas moyen de faire sortir les images de ma tête.

Les enfants ne demandent pas la pitié de Mark, mais juste son aide… La pitié ne servirait à rien : admirons plutôt leur courage et pleurons avec eux les imbécilités de la vie et sur la pâte à modeler (ceux qui l’ont lu comprendront).

La pâte à modeler qui sera la cause d’un grand malheur, mais d’une délivrance aussi. À quoi la vie tient, tout de même.

Un roman sombre, mais prenant, une écriture mêlant adroitement les moments les plus horribles, les plus intenses, avec une note d’humour, qui, croyez-moi, est souvent la bienvenue !

« Grand Dieu. Je me tenais au bord de la route, à quatre heures et demie du matin, débattant tranquillement de la meilleure technique pour contenir la puanteur de corps en décomposition à l’intérieur d’une caravane. Tout marchait comme sur des roulettes ».

« Il donna un brusque coup de volant à gauche afin d’éviter le raton-laveur le plus gras et le plus lent que la terre ait porté (et qui venait apparemment de décider que le milieu de la route était l’endroit parfait pour une petite pause consacrée au léchage de ses parties), mais nous roulions beaucoup trop vite ».

Des personnages tellement attachants qu’on voudrait ne jamais quitter le Minibus Volkswagen. Des enfants déjà si adultes, mais toujours des enfants tout de même, se taquinant, se chamaillant, veillant l’un sur l’autre.

Un méchant – Grendel – qui est présent psychologiquement, son ombre maléfique planant sur le Minibus. Un homme que l’on ne voudrait pas croiser la route. Si semblable à tant d’autres pédophiles sur terre qui sèment le malheur chez les enfants. Bien que lui sois d’un niveau assez élevé point de vue tortures et sadisme.

Ah, qu’il serait agréable de mettre les pédophiles, les prédateurs sexuels, les grands sadiques ou les serial-killer dans la catégorie « Monstres »…

Pourtant, ce sont des humains comme nous. Et c’est là que le bât blesse dans notre conscience : l’idée qu’ils fassent partie de la même espèce que nous ne nous enchante guère. Mais faire d’eux des « monstres » leur donnerait des excuses et nous rassurerait un peu trop sur le genre humain.

— Tu penses réellement que je m’apprête à prendre la vie d’un autre humain ? Ces gras-là ne sont pas humains. Ils ne l’ont jamais été !
— Bien sûr que si ! L’idée de faire partie de la même espèce ne nous enchante peut-être pas, mais ce sont des hommes !

Alors, n’oublions jamais que se sont des êtres humains comme nous et qu’ils sont capables de commettre les pires atrocités. Et ça, ça donne vraiment des sueurs froides.

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion d’observer des photographies de tueurs en série ou de violeurs, mais tous semblent avoir le même regard éteint, froid et détaché, figé sur un ailleurs qui n’appartient qu’à eux, comme s’ils avaient renoncé à vous faire comprendre la logique de leurs actes et se satisfaisaient de contempler une ambition dont vous resterez à jamais indigne.

Si vous avez des tripes, ouvrez ce roman et lisez-le…

Une fois dedans, on ne le lâche plus, on frémit avec eux, on hurle avec eux, on pleure et en n’en ressort pas le même car, même si ceci est une fiction, ces abominations se passent dans le monde réel et ça fait mal.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),  « Challenge US » chez Noctembule et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.