La mort a ses raisons : Sophie Hannah [Les nouvelles enquête d’Hercule Poirot 2]

Titre : La mort a ses raisons [Les nouvelles enquête d’Hercule Poirot 2]

Auteur : Sophie Hannah
Édition : Le Masque (07/09/2016)

Résumé :
100 ans après la création de l’enquêteur culte Hercule Poirot par Agatha Christie, Le Masque publie une nouvelle aventure inédite de ce héros mondialement connu.

Hercule Poirot et l’inspecteur Catchpool n’ont jamais rencontré lady Athelinda Playford.

C’est donc empreints de curiosité qu’ils se rendent dans le comté de Cork pour prendre part à une réception organisée par cette dernière en son domaine de Clonakilty. Aucun d’eux ne sait pourquoi il a été invité.

Mais lors du dîner et à la surprise générale, lady Playford annonce avoir modifié les clauses de son testament : elle a décidé de déshériter ses deux enfants en faveur de son secrétaire qui n’a plus que quelques semaines à vivre.

Critique :
— Non, Hercule Poirot n’est pas mort ! Vous avez vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non ! Alors Hercule Poirot n’est pas mort ! Hercule, si tu nous regarde… Les lecteurs sont formidables (avec la voix d’Alain Chabat imitant Jacques Martin).

Damned, un Hercule Poirot que je n’avais pas lu ! Comment diantre cela se faisait-il ? Impossible pourtant !

Ouf, mon honneur est sauf, c’est un Hercule Poirot pastiche ! Heu, il m’avait semblé que la mère Agatha l’avait tué pour ne pas qu’il lui survive ?

Oui, mais ses héritiers ont donné la permission à Sophie Hannah de le faire revivre. Moi je dis « Génial », même si c’est le détective du 221b Baker Street mon préféré, j’ai toujours adoré lire un Poirot.

Dès le départ, on est plongé dans les affres de la famille de lady Athelinda Playford et le repas familial pris en son domaine de Clonakilty n’a rien d’un souper tranquille où tout le monde papote gentiment. Dès le départ, les piques fusent, les méchancetés volent et elles volent bas.

Comme chez la mère Agatha, nous avons des personnes réunies dans un lieu « clos » qui, ici, en l’occurrence, est la propriété assez grande de lady Athelinda (auteure de livre policier pour enfants) et une dizaine d’invités, qu’ils fassent partie de la famille ou pas, et, comme en dessert, un meurtre !

Dans la troupe des invités, nous avons quelques personnages bien trempés, dont la fille de lady Athelinda, Claudia, qui a un horrible sale caractère et qui en veut à la terre entière; son fiancé qui est assez cynique et totalement in love d’elle; Dorro, la belle-fille qui est à baffer avec ses interventions à l’emporte-pièce et son mari, Harry, son mari et vicomte de Playford qui est mollasson.

Plus les autres que je ne citerai pas mais qui sont tous bien campés en peu de mots et dont certains ont une présence plus que d’autres tant leur personnalité est exécrable. J’adore.

L’enquête est telle qu’aurait pu nous écrire la mère Agatha, la résolution n’est pas simple et la solution est plus recherchée qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Comme dans le canon Herculéen, on réunira tout le monde, personnel compris, pour tout expliquer et arrêter celui ou celle, ou ceux qui ont tué.

Donc, faut l’acheter et le lire ? me direz-vous, la bave aux coins des lèvres… Essuyez déjà la bave, merci.

Si vous êtes à la recherche d’un bon whodunit où la solution finale est complexe et les personnages bien trempés, alors, lisez-le. Mais si vous voulez lire du Poirot dans le texte, refaites-vous le canon, c’est-à-dire les écrits de madame Christie !

Pourquoi ? Parce que j’ai trouvé mon Hercule Poirot différent de l’original. Soit l’auteure n’a pas voulu copier l’original et c’est tout à son honneur, mais moi, j’aurait aimé avoir du vrai Poirot et pas un truc qui en a la couleur mais pas le goût.

Hercule Poirot donne l’impression d’être en retrait dans cette enquête, il doute, ce qui n’est pas dans ses habitudes, les explications viennent plus souvent des suspects que trouvé par notre génial petit détective belge, il ne passe pas ses journées à se lisser la moustache, à nous bassiner avec ses tenues, est moins orgueilleux que d’habitude, ne nous parle pas de ses petites cellules grises…

Bref, j’ai eu l’horrible impression d’être en train de déguster une canette de la célèbre boisson gazeuse qui avait la couleur de l’alcool mais qui n’en était pas. J’avais le flacon, mais pas l’ivresse attendue.

Un excellent roman policier whodunit pour ceux ou celles qui aiment ça, des personnages qui ne sont pas en retrait mais qui volerait presque la vedette de notre détective aux big moustache, un détective belge qui n’est pas « copie conforme » et qui manque d’épaisseur, au sens propre comme au figuré car sur la couverture, on dirait qu’il a perdu son ventre…

Faudra que je lise le premier pour découvrir si là aussi notre bon vieux Hercule Poirot est en retrait ou pas, et s’il est plus copie conforme ou toujours en version Canada Dry©.

PS : Autre chose qui m’a exaspéré, mais ça ne comptera que pour mon esprit tordu… La servante se nomme Phyllis et, pas une seule fois dans tout le roman, un des personnages ne colle LA conjonction qu’il faut pour nous donner un beau « Si Phyllis…. ».

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

American Fays : Anne Fakhouri & Xavier Dollo [LC avec Stelphique]

Titre : American Fays

Auteurs : Anne Fakhouri & Xavier Dollo
Édition : Critic

Résumé :
Ce Chicago de 1925 a tout du chaudron prêt à exploser ! Entre les Leprechauns mouillés dans la fabrication de faux billets et les gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool et des speakeasies, autant dire qu’il y a de l’orage dans l’air.

Et tandis qu’Al Capone tente de retrouver son influence sur la ville, voilà que des Drys, farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.

Scarface devient, aux yeux des autorités, le suspect idéal. Furieux et persuadé que les Fays sont dans le coup, il charge une bande de chasseurs de Fays, les No Ears Four, de débusquer les véritables coupables.

Pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs, les quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce.

Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !

Critique :
Chicago, 1925, époque de la prohibition et du truand Al Capone, le tout mis à la sauce fayrique… De qui appâter la lectrice que je suis.

En me proposant un univers connu mais décalé car rempli de fays, de Leprechauns, de vouivres, de pixies, de sirènes, de nymphes, de trolls, de faunes et autres créatures issues du même biotope, les auteurs ont réussi leur mission de me divertir.

En faisant évoluer le lecteur dans le monde des truands et plus particulièrement du quatuor chasseurs de fays travaillant pour Al Capone – les « No Ears Four » – les auteurs ont fait en sorte de nous présenter et de nous faire apprécier un groupe d’anti-héros.

Old Odd, le chef bourru et détecteur de Fays grâce à son allergie; Bulldog, le garde du corps obtus au cerveau aux abonnés absents; Jack The Crap, l’assassin sans peur et sans remords et le bellâtre Vincent Bixente Demons (Bix), spécialiste de la question fayrique, trompettiste de talent et doux rêveur. Bix sera mon chouchou…

Quant aux femmes, dans ce roman, elles ne sont pas en reste car elles ont soit le rôle de tenancière d’un café-bar-bordel, telle Jude ou bien de putes, ou bien de nièce de la tenancière en la personne de Rachel, la beauté fatale.

L’ambiance dans les pages est imbibée d’alcool de contrebande, de faux billets, de « mise au poing » par Bulldog envers ceux qui pourrait faire de l’ombre ou piquer du business à Capone, de morts violentes, de créatures fayriques  et d’une enquête de nos 4 gars afin de blanchir, non pas du fric, mais leur boss Capone !

Niveau action, on n’est pas volé, ça court, ça enquête, ça se cogne, c’est rempli de bourre-pifs, d’armes à feu, on se poignarde, on magouille, on truande, on trucide, on mitraille, « on liquide et on s’en va » (comme disait San-Antonio), il y a une belle dose de morts mystérieuses et une enquête afin de trouver qui les a tué, tous ces cadavres.

Point de vue des dialogues, ils sont passé à la poussière humoristique car il m’est arrivé de sourire devant des réactions ou des paroles d’un Bulldog ou les bons mots du chef de la bande, Old Odd. De plus, du jazz et de l’amûûr se glissent aussi entre les pages.

Là, vous vous dites qu’il doit y avoir un « mais » qui va suivre… Bravo mes petits Sherlock, il y a un, c’est vrai ! Belle déduction.

Le jazz et la condition des Noirs à cette époque, je suis preneuse dans un récit mais, pour la romance, ma foi, on aurait pu s’en passer afin de ne pas donner des airs d’Harlequin au final de ce roman d’urban fantasy. Un peu trop mielleux guimauve à mon goût, je trouve.

Si le final est animé, je l’ai trouvé un peu longuet, trop de rebondissements vaudevillesques : les gens qui arrivent par toutes les portes, ça va dans les comédies, mais pas ici.

Quant aux explications finales, je les ai trouvées un peu déplacées. Il y avait moyen de terminer autrement afin de ne pas donner des airs grand-guignolesques à ce roman dans son final. Non pas que je n’ai pas aimé, mais avec le recul, je me sens triste de ne pas m’être vue proposée une fin plus relevée. On avait du punch et on fini au jus d’orange !

De plus, malgré les créatures fayriques présentes dans le récit, il manquait d’un soupçon de magie, de merveilleux, je trouve. Dommage parce qu’on avait tous les ingrédients pour sortir un bouquin grandiose avec le mélange de ces deux univers.

Malgré ces quelques critiques, j’ai passé un moment divertissant dans ce récit et si on me propose une suite, je la lirai avec plaisir car il y avait, dans ces pages, de la richesse créative qui n’a pas livré tout son potentiel.

Le roman  n’est pas parfait mais j’ai adoré l’ambiance du Chicago des années 20 et ça mérite bien une suite pour développer tout ce que les auteurs auraient pu garder sous la pédale.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule et le « Challenge Printemps Elfique 2016″ chez Stelphique.

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Je connaissais déjà l’écriture de Anne Fakhouri et j’avais adoré son univers… Donc au vu du thème et de mon challenge Printemps Elfique, je me suis laissée séduire par cette lecture, mais le lire en LC avec ma binômette, c’est forcement doubler le plaisir !

Synopsis :
Ce Chicago de 1925 a tout du chaudron prêt à exploser ! Entre les Leprechauns mouillés dans la fabrication de faux billets et les gangs qui s’activent en coulisses pour s’emparer des marchés de l’alcool et des speakeasies, autant dire qu’il y a de l’orage dans l’air. Et tandis qu’Al Capone tente de retrouver son influence sur la ville, voilà que des Drys, farouches partisans de la Prohibition, sont atrocement assassinés.

Scarface devient, aux yeux des autorités, le suspect idéal. Furieux et persuadé que les Fays sont dans le coup, il charge une bande de chasseurs de Fays, les No Ears Four, de débusquer les véritables coupables.

Pour Old Odd et son équipe, les ennuis ne font que commencer. Contraints de plonger dans les entrailles d’une ville corrompue et en proie aux guerres des gangs, les quatre nettoyeurs ont intérêt à se serrer les coudes s’ils veulent survivre à la tempête qui s’annonce. Car, quand la Fayrie est impliquée, mieux vaut ne pas trop traîner dans l’œil du cyclone !

Les personnages :
Le No Ears Fours est un quatuor à la solde de Al Capone (rien que ça !!!) et il est spécialiste dans le démantèlement des pratiques illégales fayriques. Ces quatre anti-héros sont tour à tour charmants autant qu’impitoyables, et on se plait à suivre cette équipe pas comme les autres.

Ce que j’ai ressenti :.. Un fayrique plaisir de lecture !!!
« La vie pulsait à Chicago, la vie bruissait. A la lumière comme dans l’ombre. »

Je ne crois pas avoir lu un roman de ce genre, aussi loufoque et féérique ! Il a vraiment quelque chose de particulier, il a une force, ce roman, la force de l’imaginaire ! Une fois, que le décor est posé, on est emporté entre douce folie et mafia infiltrée, et c’est ce mélange qui détonne, pour notre plus grand plaisir !

J’ai adoré retrouvé tout l’univers elfique, croiser au détour d’une rue, des Fays vengeresses, des Pixies en mode tendus, des Leprechauns en trafiquants de monnaie, des Faunes énervés et bien sur Mab,  Reine de ce Peuple, aux pouvoirs extraordinaires.

J’ai vraiment accrochée à cette touche de férie qui donne un coté décalé et magique à cette histoire mais, plus que tout, j’ai trouvé un vrai travail d’investissement,de vocabulaire et de champs lexicaux propres à cet univers, qui donne de jolis jeux de mots!

Les auteurs s’en sont donné à cœur joie pour intégrer le fantastique dans ce Chicago revisité, et la sauce prend, car ils y croient et nous le retransmette à merveille !

Mais nous n’avons pas seulement, la douceur des contes de fays, dans ce roman, mais bien toute la violence des hommes, et ce qui se faisait de pire à cette époque dans un Chicago en pleine Prohibition : racisme, misogynie, meurtres, dessous de tables, stratégies politiques, corruption… Autant vous assurer, que l’ennui n’est pas de ses pages, ni pour le lecteur, ni pour la police !!!!

En bref, j’ai aimé ce mélange atypique, je me suis laissée séduire autant par la féérie que par cette ville riche en histoire.

Le petit coté cinématographique de certaines scènes et les différentes références qui lui rendent hommage, l’originalité de ce mix rend l’ensemble, complètement addictif! Un feu d’artifice d’émotions, de magie et de clins d’œil dosés avec soin, en font pour moi un coup de cœur !

Meilleurs moments du livre :

  • A un moment, nos quatre compères se retrouvent acteurs dans des contes ! J’ai adoré cette revisite! Elle est originale et plein de pep’s !
  • Avant même d’ouvrir ses pages, je crois que le voyage commence avec la couverture. Non seulement elle est magnifique, mais en fait, c’est le livre-objet qui est une véritable invitation à se caler, et à découvrir ses mystères. Bravo à la maison d’éditions Critic, qui nous offre un beau cadeau, un livre de qualité autant en intérieur que dans son apparence !
Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 10/10

index LC

 

Nos disparus : Tim Gautreaux

Titre : Nos disparus                                                                            big_4-5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Seuil (2014)

Résumé :
1918. Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée quand il avait six mois, débarque en France le jour de l’Armistice. On l’envoie nettoyer les champs de bataille de l’Argonne.

1921. Rentré traumatisé à La Nouvelle-Orléans où il est devenu responsable d’étage aux grands magasins Krine, Sam ne peut empêcher l’enlèvement, quasiment sous ses yeux, de Lily Weller, trois ans et demi.

Licencié, sommé par les parents Weller de retrouver leur enfant, il embarque comme troisième lieutenant à bord de l’Ambassador, bateau à aubes qui organise des excursions sur le Mississippi. Le roman longe le fleuve sur fond de musique de jazz – orchestre noir, orchestre blanc et alcool à volonté.

Au gré des escales et des bagarres, Sam, toujours en quête de Lily, met au jour un fructueux commerce d’enfants animé par quelques spécimens peu reluisants de la pègre des bayous.

Les vrais sujets de cette fresque naturaliste striée de noir restent les liens du sang, l’inanité de la vengeance et la transmission des valeurs.

Critique : 
Voilà ce qui s’appelle avoir une chance de cocu ! Sam Simoneaux ainsi que les autres combattants Américains, arrivent en France pour participer à la Première Guerre Mondiale le… 11 novembre 1918.

À peine descendu de leur rafiot, c’est des scènes de liesse partout : la guerre est finie. On pourrait penser qu’ils vont se tourner les pouces, mais non, faut déminer les champs remplis de grenades, bombes, obus… Sans se faire exploser sois-même !

Dès le début, en quelques pages (40), l’auteur, de sa plume sans concession, nous démontre toute l’absurdité, toute la bestialité, toute la cruauté et l’inhumanité d’une guerre. Nos soldats, tout dépités lorsqu’ils étaient arrivés de ne pas pouvoir participer à cette Grande Boucherie, comprennent ce à quoi ils ont échappés. Voir les corps déchiquetés et la terre éventrée vont les secouer et les traumatiser.

Ensuite ? Retour à la casa América pour nos hommes et Sam Simoneaux se retrouve à la Nouvelle-Orléans comme responsable d’étage aux grands magasins Krine.

N’allez pas croire qu’on se la coule douce, dans les romans de Tim Gautreaux. Nous sommes dans le Sud de l’Amérique, et c’est toujours un Sud poisseux et inhospitalier que nous allons évoluer. Un Sud aux mentalités raciales que vous connaissez bien. La tolérance, c’est toujours un gros mot.

Ici, on boit de l’alcool de contrebande, sorte de tord-boyaux qui donnera un peu de courage aux gens ou qui les fera oublier dans quelle misère noire ils vivent. Certes, tous ne vivent pas dans la misère, mais les contrastes sont assez prononcés entre les deux populations : les très riches et les pauvres.

Qualifier ce roman de policier ne serait pas faux, nous avons notre Sam qui va se muer en enquêteur de fortune afin de retrouver la petite fille kidnappée, presque sous ses yeux, au magasin.

Mais ceci n’est qu’une partie visible de l’Histoire avec un grand I. C’est aussi de l’Aventure que l’on vous propose, une Quête, parce que retrouver la gamine est une sorte d’exorcisme, une expiation d’une faute ancienne. Ce roman mélange habillement tout ces genres pour nous donner un plat de résistance dont on se pourlèche les babines.

Sorte de voyage initiatique sur un bateau à aubes remontant le Mississippi sur des airs de jazz et de bagarres, l’auteur nous ballade à travers le Sud sans que l’on voit le temps passer, nous présentant une (faible) partie de ses plus mauvais gens. Et les pires ne sont pas toujours chez les pauvres ! Mais certains valent la peine qu’on ne les croise jamais de notre vie.

— Mais ces gens sont complètement malades !
Les yeux de Soner lui parurent clairs et brillants.
— Absolument pas. Ils sont exactement comme vous et moi. Ils sont seulement descendus quelques barreaux plus bas sur l’échelle morale que la majorité.

— À cette époque, quand on rencontrait un Cloat, on finissait la gorge tailladée par un rasoir ou une balle de .45 dans le crâne. Enfin, si on était un homme. Les femmes, elles, devaient subir d’autres types de pénétration. Les Cloat ne sont pas d’ordinaires mauvaises graines d’assassins.

— Un des Skadlock dont je t’ai parlé.
— Moitié homme, moitié belette.
— Pour la partie belette, tu as sans doute raison.

J’ai joué de la musique pour des culs-bénis, des soulards ou des péquenauds, j’ai dansé au son de la musique Noire, j’ai essuyé des crachats, lavé le pont souillé de vomi, l’ai fait briquer, j’ai enquêté, j’ai terminé mes journées épuisée et vous savez quoi ? J’en redemande.

Il leva la main, puis la laissa retomber.
— Je n’y comprends rien. Il y a quelques jours encore, c’était une épave puante. Aujourd’hui, il me donne envie de partir en croisière au clair de lune.

Les bateaux à vapeur, ils sont toujours en bois, et pas du meilleur ni du plus épais. En fait, ces rafiots sont à peine plus solide que des cages à poules. Quand il y en a un qui se cogne contre le pilier d’un pont, sûr qu’en aval les gens ont plus besoin d’aller s’acheter des cure-dents pendant un bon bout de temps.

La plume de l’auteur fait toujours mouche, ses personnages sont toujours aussi fouillés, attachants ou donnant des envies de meurtre (une certaine bonne femme, surtout), sans nous gaver, il nous brosse le portrait d’une Amérique dans les années 20 avec détails, mais pas de trop. À nous d’aller voir ce qu’est un train des orphelins.

La trame n’est pas cousue de fil blanc parce que j’ai eu des surprises. Franchement, je pensais qu’on allait plier l’affaire en deux coups de cuillère à pot et bien non !

Un portrait sombre du Sud, des personnages taillés à la serpe, hantés par des deuils non accomplis, des idées de vengeance, des douleurs muettes et des envies de revenir en arrière pour tout changer.

Son oncle lui avait dit et répété que la vengeance ne menait nulle part et qu’un salaud se punissait tout seul en en étant un.

Il y a une humanité énorme dans le personnage de Sam et sa force de caractère lors de certains passages ont forcé mon admiration. Oui, il y a encore des traces d’humanité. Le roman en est rempli.

– Petit, un pistolet dans la poche d’un homme change sa façon de penser. Quand il n’en a pas, il hésite à prendre certains risques. Quand il en a un, il va là où il ne devrait pas, ou fait ce qu’il ne devrait pas faire. Il pense qu’une arme est un passe-partout, mais il se trompe.
– Mais c’est aussi une protection, non ? Un dispositif de sécurité ?
– Quand on ne sait pas nager, il vaut mieux ne pas s’approcher de l’eau.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Polar historiqueCHALLENGE - US

Le dernier arbre : Tim Gautreaux

316608~v~Le_Dernier_ArbreTitre : Le dernier arbre                                                                   big_5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Sueil (2014)

Résumé :
Randolph, fils d’un riche négociant en bois de Pittsburgh est expédié par son père en Louisiane pour y récupérer son aîné Byron, qui fait office de constable dans une exploitation forestière perdue au milieu des marais.

Les ouvriers sont rongés par les fièvres et l’alcool, et Byron, moralement dévasté par son expérience de la Première Guerre en Europe.

Un misérable saloon tenu par des Siciliens (la Mafia étend son bras tout-puissant jusqu’aux bayous) catalyse la violence et le manque d’espoir de ces hommes coupés du monde. Tandis que Byron règle les problèmes à coups de feu et de poing, Randolph, lui, croit encore aux vertus du dialogue et de la diplomatie pour maintenir l’ordre dans la « colonie ».

Plus approche le moment où le dernier arbre sera coupé, et les ouvriers renvoyés chez eux aussi pauvres qu’ils étaient arrivés, plus l’on doute de voir Randolph ramener son frère à la civilisation — et à la raison.

Grand roman « sudiste » sur la fraternité et la paternité, mais aussi sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique ivre de progrès technique. Un pays où être un bon citoyen, c’est être riche, ce qui signifie que celui qui possède l’argent est aussi celui qui dicte la loi.

Critique :
Bienvenue à Nimbus, concession forestière des Aldridge, un des nombreux trous du cul de la Louisiane. Bienvenue dans un enfer chaud et humide.

Attention, regardez où vous mettez les pieds car il y a des mocassins d’eau qui se nichent dans les flaques boueuses. Et rien à voir avec la chanson ♫ tes mocassins et les miens ♪ car ici, nous parlons de serpents d’eau.

Dans ce roman, les gars, va falloir bosser dur durant de longues années, le temps de couper tous les arbres, des cyprès chauves. Scier les troncs, les débiter 6 jours sur 7 avant de vous saouler la gueule du samedi soir au lundi matin dans le bastringue tenu par un sicilien louche ayant des cousins mafiosi.

Oubliez les syndicats et les droits des travailleurs, car en 1923, seuls les riches ont des droits. Je ne vous parlerai même pas du cas où vous seriez de couleur… là, le mot « droit » n’existe même pas pour vous, hormis celui de fermer votre gueule.

— Bon sang de merde, marshal, pourquoi vous avez descendu mon seul Blanc ? Merville cracha juste à côté de la botte du pilote.
— Le docteur refuse de soigner les nègres. Allez chercher votre brancard et emmenez-le à la clinique.

Sans user d’artifices, l’auteur nous décrit l’Amérique des années 20, celle qui avance à pas de géant, qui industrialise tout, qui déforeste tout… Le roman vous plongera dans un marais où les conditions de vie et de travail sont inhumaines, les accidents graves ou mortels nombreux et où le racisme, tel l’alligator dans le bayou, règne en maître.

Utilisant une multitude de personnages, tous bien travaillés, tous bien distincts – certains étant même très attachants – l’auteur explore une partie des années 20, avec tout ce qu’elles avaient de démesuré niveau progrès industriel (le téléphone et les constructions à tout va, en bois). Sans oublier le traumatisme de la Première Guerre, bien présent chez un des frères Aldridge, Byron.

— J’ai compris que notre première vague d’assaut, lourdement chargée, était censée se faire faucher par l’artillerie allemande et rester coincée dans les barbelés, nos corps servant de dépôts d’armes pour les vagues suivantes, tu vois ? C’est à ce moment-là que j’ai su ce que valait une vie humaine aux yeux d’un de ces maudits généraux.

C’est toute la vie de la concession forestière qui se déroule dans ce roman aussi profond que l’étendue des cyprès : les maladies, les accidents, le débit de boisson, la mafia qui tient les ouvriers par l’alcool, les putes et le jeu, ces hommes dépensant jusqu’à leur dernier sous dans ce bouge dégoutant.

La sueur a coulée sur mon front durant la lecture, non pas que le roman était pompant, mais il est tellement puissant que j’ai été emportée dans le bayou, suivant ses méandres tortueux et boueux, j’ai pataugé dans tout cela et j’en suis ressortie bouleversée, épuisée, secouée… L’âme de certains hommes est plus boueuse et tortueuse que les méandres de ce diable de bayou !

La tension est palpable tout au long de l’histoire, les salauds vous harcèlent comme un moustique la nuit, vous ne savez jamais quand ils vont frapper et c’est au moment où l’attention se relâche qu’ils en profiteront pour vous piquer définitivement d’une balle bien placée.

Il y a aussi dans ce récit de l’amour fraternel, celui d’un frère cadet (Randolph) qui ne sait rien de la Grande Guerre et qui voudrait aider son aîné (Byron) à se ressaisir, lui qui a vu les horreurs de Verdun. Un père aussi, qui voulait que son fil Byron fasse la guerre, qu’il soit un héros, qu’il aille au feu et qui ne comprend pas pourquoi il est revenu traumatisé, se réfugiant dans l’alcool et le fuyant comme la peste.

Cette pensée ne lui apporta nul réconfort; cependant, elle lui donnait un aperçu du puits abyssal rempli de sombres pressentiments dans lequel tombait son frère chaque fois qu’il ouvrait les yeux sur une aube nouvelle.

Tant de personnages dont j’ai partagé la vie, les souvenirs sur cette Amérique, tout ces gens que je dois quitter, maintenant, les laisser aller ailleurs, détruire une autre forêt (pour les Aldridge), reconstruire d’autres baraquements minables et continuer à se faire exploiter car une partie de ces pauvres gars,  après 5 années de dur labeur, n’ont même pas mis un dollar de côté sur un compte en banque et repartent avec les mêmes frusques sur le dos.

Il savait que le monde des humains n’était qu’une installation temporaire, un ouvrage de pacotille qui exploitait la nature avant d’être lui-même absorbé par le monde qu’il avait tenté de détruire.

Un grand roman coup de cœur qui ne vous laissera pas indifférent, un roman sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique qui se gave de progrès technique au point de ne pas réfléchir et de détruire tout le capital « arbres ». Ici, c’est pas Zorro qui fait la loi, mais les Zéro qu’on a après les chiffres, sur un compte en banque.

Un grand roman presque en vase-clos, dans un décor dévasté par les crues, la boue… Une nature qui était magnifique mais qui sera dévastée car ici, on coupe les arbres jusqu’au dernier…

Cependant, lorsque le train pénétra en ferraillant dans une clairière de quarante hectares hérissée de souches, le hameau lui apparut comme une maquette de ville en bois, pas encore peinte, bricolée par un gamin à l’aide d’un canif émoussé. Jonché de bois mort – des cimes d’arbres détachées du tronc – sillonné par trois rues boueuses, le lieu ne semblait pas ancien mais gorgé d’eau, torturé par les intempéries, assailli par les mauvaises herbes.

Enfile tes bottes, prends ta scie et regarde où tu marches, des fois qu’un alligator ou un serpent te mordrais… gaffe aussi aux mafiosi, comme ces animaux précités, ils n’aiment pas qu’on les dérange dans leur petit business…

Prends une Winchester à plusieurs coups et laisse-toi tenter par un verre de whisky frelaté dans le troquet. La paye n’est pas bonne, la boisson non plus, les conditions de travail sont merdiques, mais putain, tu vas lire un sacré bon roman !

Le « Challenge US » chez Noctembule et le Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

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CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - US

Au lieu-dit Noir-Etang… : Thomas H. Cook

Titre : Au lieu-dit Noir-Etang…                                  big_4

Auteur : Thomas H. Cook
Édition : Seuil (2012) / Points (2013)

Résumé :
Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, en 1926, le jeune Henry découvre la relation adultérine qu’entretiennent deux de ses professeurs.

La solitude de M. Reed, marié et père de famille, l’intrigue ; tout comme le fascinent la beauté et le caractère passionné de Mlle Channing.

Henry va être le témoin complice et muet de la tragédie qui se noue au lieu maudit appelé Noir-Étang. Du coup, l’idéal de vie digne et conventionnelle que prône son père lui semble être un carcan.

« Peut-être que nous sommes tous limités,aussi tourmentés les uns que les autres par des amours conflictuelles, essayant, du mieux que nous le pouvons de trouver une place entre la passion et l’ennui, l’extase et le désespoir, la vie à laquelle nous ne pouvons que rêver et celle qui nous est insupportable ».

Il voit en eux « deux figures romantiques, des versions modernes de Catherine et de Heathcliff « . Mais l’adultère est mal vu à l’époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : « Que s’est-il réellement passé au Noir-Etang ce jour-là ? »

Critique :
« Le mal contre lui-même se retourne » est une expression qui illustre bien ce roman noir que je viens de terminer, toute retournée. Sherlock Holmes avait raison, les sentiments, ça ne donne rien de bon !

Au départ, j’ai eu un peu de mal avec le roman, n’arrivant pas à m’immerger dans son histoire qui était aussi calme que la surface d’un étang… Mais tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus traître que la surface calme d’un plan d’eau.

La surface de l’eau a commencé à clapoter, l’eau s’est agitée, comme si un monstre nageait sous sa surface, elle a commencé à bouillonner, se transformant en torrent boueux, nous donnant à la fin un tsunami qui balaiera tout sur son passage, nous laissant sans oxygène.

« Avec le temps, on oublie la douce exaltation qui nous saisit la première fois que l’on s’adresse à vous comme à un adulte. Moi, ce fut ce que je ressentis à cet instant-là : une douce exaltation, la sensation qu’une partie de mon enfance venait d’être arrachée et mise de côté, que l’homme en dessous recevait la permission de commencer à respirer tant bien que mal ».

Oui, le début du roman est lent, à tel point j’aurais presque souhaité qu’un cadavre tombe du ciel afin de réveiller tout le monde. Mais l’histoire prendra le temps de se mettre en place, nous présentant les différents protagonistes, les laissant se renifler, faire connaissance…

L’auteur est un malin, il sait comment capter l’attention et la curiosité de son lecteur en mélangeant le passé avec le présent : Henry, en 1926, qui nous raconte en direct ce qu’il voit dans la ville de Chatham; Henry, adulte, qui se souvient de toute l’affaire et Henry, vieux, toujours en train de ressasser cette histoire. Sans compter les extraits des minutes du procès…

Quel procès ? C’est ce que nous découvrirons durant la lecture, passant sans cesse d’une époque à l’autre.

Au bout d’une cinquantaine de pages, tel un poisson voyant un ver se trémousser au bout de son hameçon, j’ai été captivée, me demandant ce qui avait bien pu se passer dans cette foutue boite de cassoulet la nuit du 5 au 6… Pardon, je m’égare ! Qu’est-ce qui avait bien pu se passer dans cette foutue ville de Chatham ? Pourquoi un procès ?

Que s’est-il donc déroulé de si grave ? Henry a vu deux de ses professeurs se rapprocher un peu trop selon les convenances de cette époque et il fut un complice, témoin muet de ce qui ressemble fort à une future tragédie en devenir… Une sorte d’histoire dont on sent qu’elle sera plus tragique que celle de Catherine et Roméo ou d’Heathcliff et Juliette (vous composez les couples que vous voulez !).

« Ce fut à cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre. ça avait émergé lentement, graduellement, ça s’était construit de jour en jour, de parole en parole, de regard en regard jusqu’à ce que, finalement, ça brise la surface de leur éternel respect des convenances et flamboie irrésistiblement entre eux, transformant la moindre démonstration d’amitié en ruse d’amants ».

Pas moyen de le savoir avant d’aborder la page 300. C’est là que toute l’horreur va se mettre en branle, et lorsqu’on découvre quelle chose « insignifiante » cette tragédie est partie, on a envie de pleurer devant ce terrible gâchis.

L’enfer était pavé de bonnes et de mauvaises intentions… J’en ai eu des frissons alors que je lisait au soleil.

Un roman dont la fin est aussi sombre que son étang…

Une phrase me frappa à jamais : « La vie ne vaut d’être vécue qu’au bord de la folie ». Je me souviens qu’une exaltation farouche gonflait mon cœur à mesure que je lisais et relisais cette phrase dans ma chambre, et qu’il me semblait qu’elle illuminait tout ce que j’avais ressenti jusqu’alors. Aujourd’hui encore, je suis frappé de constater que nulles ténèbres n’avaient jamais surgi d’une flamme aussi vive.

« Au cours de toutes les années qui se sont écoulées depuis, j’ai connu mon lot de peurs, d’incertitudes et de peines, mais je ne crois pas les avoir jamais revues si entremêlées, la terreur si délicatement combinée à la douleur, la douleur si inséparablement liée à la détresse que, au final, l’impression donnée était celle d’être au comble de la peur, de l’angoisse et de la confusion. C’était ce que je percevais sur [son] visage. C’est ce que je vois toujours quand je repense à elle. C’était clair et éclatant. Elle portait toute la misère du monde sur ses épaules. N’importe qui l’aurait compris. Cela sautait aux yeux. Le seul mystère, c’était de savoir pourquoi son désespoir, si profond, si terrible, ne m’émouvait absolument pas ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Le « Challenge US » chez Noctembule et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle. (Prix Edgar Allan Poe 1996 -Prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2013)