Undertaker – Tome 6 – Salvaje : Xavier Dorison et Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 6 – Salvaje

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer

Édition : Dargaud (27/08/2021)

Résumé :
Dans L’Indien blanc, Sid Beauchamp était chargé par Joséphine Barclay de retrouver la dépouille de son fils, Caleb, réduit en esclavage par les Apaches et enterré au cœur des terres interdites d’Arizona.

Pour mener à bien cette mission, il a fait appel à Jonas Crow, son ami de jeunesse devenu croque-mort. Ce qu’il ne lui a pas dit, c’est qu’il a lui-même empoisonné Caleb. Et que celui-ci, marié à une Indienne nommée Salvaje, avait embrassé la cause du peuple Apache sous le nom de guerre d’Indien Blanc.

De retour avec le cadavre de Caleb, Salvaje et Chato, l’enfant né de leur union, Beauchamp savoure son triomphe. Il va enfin pouvoir épouser Joséphine, la femme la plus riche de Tucson. À condition que Jonas Crow s’en tienne à la version officielle et ne révèle à personne que Sid est responsable de la mort du jeune homme.

Mais Salvaje, avec l’aide de Jonas, est bien décidée à venger la mémoire de l’Indien Blanc…

Critique :
Une fois encore, Undertaker est à la hauteur de sa réputation !

Sans dépasser la gueule cassée de Blueberry, il se hisse tout de même à sa cheville, ce qui, vu le niveau atteint par certains albums du duo Charlier/Giraud, n’est pas une mince affaire.

De toutes façons, les scénarios de Dorison ne sont pas ceux de Charlier et les deux séries sont différentes.

Évidemment, on aime comparer une nouvelle série avec d’autres qui ont atteint des sommets. Moi, j’apprécie les deux et je double donc mon plaisir lecture en laissant de côté les débats stériles.

Les dessins sont de toute beauté et les visages sont tous bien distincts et parfaitement réalisés. Undertaker est sexy, dans son grand manteau noir de croque-mort…

Undertaker n’est pas un gentil mec sympa, il a ses failles, ses défauts, une jeunesse mouvementée et n’a rien d’un chevalier blanc, même s’il est un peu plus évolué que certains de ces contemporains qui veulent casser, tuer, exterminer ou évacuer très loin les méchants Indiens.

Dans ce diptyque, les Indiens n’avaient pas le rôle de méchants, même si ce ne sont pas des enfants de chœur non plus. On les a cherché, on les a trouvé. Exterminez des Indiens et tout le monde applaudira, mais si un Indien extermine un Blanc, ce sera un tollé général.

Ici, les Méchants sont les Blancs. Et ils sont réussi, les portraits des vilains ! Sid Beauchamp, avec sa gueule potelée et son sourire affiché, me fait penser à Culverton Smith, dans la série Sherlock (BBC). Son air de type perpétuellement de bonne humeur  file les chocottes. Le pire sera lorsque l’on croisera la route de sa future épouse… Elle est aussi grave que lui.

Ce qui a de bien, dans la saga Undertaker, c’est que les personnages sont travaillés, pas stéréotypés, même si Sid veut le beurre, l’argent du beurre et le cul des banquiers en épousant sa Joséphine, la femme la plus riche de Tuckson.

Le scénario n’est jamais en rade non plus. Dorison soigne ses récits, évitant de cuisiner la même soupe déjà servie mainte fois et, tout en utilisant les codes du western, il les façonne à sa manière pour qu’ils collent à son personnage de croque-mort (et ancien braqueur de banque) et à son univers. On est donc dans un univers connu qui arrive à nous surprendre, ce qui est assez rare.

Une excellente série western à découvrir, si ce n’est déjà fait !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°56], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°85], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

 

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Blueberry – Hors-Série – Apaches : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Apaches

Scénariste : Jean Giraud (Jean-Michel Charlier étant décédé)
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (2007)

Résumé :
La Guerre de Sécession vient de s’achever. Le lieutenant Blueberry, en pleine déchéance, rejoint son affectation à Fort Mescalero accompagné d’un pasteur et de sa fille.

Sur le chemin, ils sont attaqués par les Apaches qui s’en prennent en particulier à l’homme de Dieu, que Blueberry défend malgré leurs divergences.

Heureusement pour eux, la garnison arrive à temps pour les sauver et de retour au camp, le héros fait déjà preuve d’une insubordination qui deviendra légendaire…

Le cycle Mister Blueberry avait la particularité de comporter deux histoires en une.

La participation rocambolesque du lieutenant (désormais civil) au duel d’OK Corral d’une part, et de l’autre, ses confessions à un écrivain, au cours desquelles il revenait sur un épisode décisif de sa vie tumultueuse, sa rencontre avec Geronimo.

Apaches est tout simplement le regroupement de l’ensemble de ces planches, agrémenté ça et là des quelques cases inédites et de légendes pour mettre du liant.

Critique :
Pour que tout le monde arrive à s’y retrouver, cet album, un des dernier que Giraud (Charlier nous ayant déjà quitté) nous eut offert sur Blueberry.

Mais cet album est aussi celui des débuts de son lieutenant débraillé et alcoolique juste après la guerre de Sécession (nous sommes en novembre 1865) et avant qu’il ne soit affecté à fort Navajo.

Publié en dernier, cet album hors-série est en fait le premier. Une sorte de préquel… Vous suivez toujours ?

En fait, c’est un album « hommage » qui est composé des planches que nous retrouvons dans plusieurs albums : Mister Blueberry, Ombres sur Tombstone,  Geronimo l’Apache, OK Corral et Dust qui ont été réorganisées, rectifiées, bref, un montage dans l’ordre de tous les flash-back présents dans ces cinq albums (tomes 24 à 28) qui constituent les derniers de la saga du lieutenant Blueberry (après, on aura sa jeunesse, qui vient bien avant cet album, elle).

Z’êtes toujours là ? Besoin d’un café ou d’un tube d’aspirines ? Allez, on reprend où nous en étions avec cet album hommage qui reprend des planches des derniers albums pour donner un récit qui est en fait le premier après la guerre de sécession.

Non, non, ce n’est pas qu’un assemblage de planches déjà faites ! L’auteur a ajouté quelques planches pour lier le tout et les faire tenir ensemble, mais cela permet de se faire une autre idée de notre lieutenant de cavalerie au sortir de la guerre de Sécession et de comprendre une partie de ce qui se passera dans sa tête ensuite, puisqu’il aura souvent tendance à prendre la défense ou du moins d’aider les Indiens.

Et là, ce sera sa première rencontre avec celui que les Hommes Blancs ont appelé Geronimo.

Une fois de plus, nous retrouvons notre Blueberry en fâcheuse position : alcoolique au dernier degré, mort saoul, cuvant son mauvais whisky dans l’enclos des cochons alors qu’il doit prendre la diligence pour sa nouvelle affectation :  Fort Mescalero.

Il voyagera sur le toit car sa puanteur indispose plus le pasteur Younger qui voyage avec eux que sa fille. Le charme du bad lieutenant agit sur toutes les femmes…

— Comment la cavalerie des États-Unis peut-elle accueillir de tels individus en son sein ?

Si j’avais encore des doutes, je n’en avais plus du tout en découvrant cet album pour la première fois (oui, je ne le possédait pas, shame on me) : Blueberry souffre de ce qu’on appelle maintenant le syndrome post-traumatique.

La guerre l’a marqué, il a dû tuer des frères en passant dans le camp des Nordistes et cela lui pèse plus qu’il voudrait bien se l’avouer à lui-même.

Anybref, notre bel homme est une loque humaine et le fait de se faire attaquer par des Indiens va pouvoir le remettre un peu dans le droit chemin, enfin… Niveau prise de risques, il est toujours aussi tête brûlée, le lieutenant !

Il y a dans ses pages toutes la noirceur humaine, surtout celle des Blancs qui n’en sortiront pas grandi de l’histoire. Les Indiens, de leur côté, ne sont pas des anges mais là, je ne peux que comprendre et approuver les motivations de Geronimo et sa haine envers le pasteur Younger. Les Hommes d’Église ne sortent jamais grandi des albums de Blueberry non plus…

Violent, sans temps mort, avec une pointe de fantastique dans le fait que Geronimo comprend que Blueberry doit vivre car ils se reverront un jour et qu’il aura besoin de lui, cet album est sombre car il met en lumière des faits réels et peu glorieux de l’armée des États-Unis : les Tuniques Bleues.

Blueberry est toujours fidèle à lui-même, contestant les ordres, s’insurgeant sur le fait que l’on abatte les Indiens blessés ou des squaws et des enfants. Il a beau écluser de l’alcool comme moi de l’eau, il reste humain, lui.

Un album hommage qu’il convient de posséder dans sa biblio pour avoir l’histoire complète de ce grand homme qu’était le lieutenant Blueberry. Ne reste plus qu’à mettre tout cela dans l’ordre et à relire toute cette fresque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).