Le Scorpion – Tome 14 – La tombe d’un dieu : Stephen Desberg et Luigi Critone

Titre : Le Scorpion – Tome 14 – La tombe d’un dieu

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Luigi Critone

Édition : Dargaud (27/05/2022)

Résumé :
Au Caire, le Scorpion a retrouvé Méjaï. Mais elle lui a interdit de se mêler de sa vie et de celle de leur enfant… qui semble avoir disparu. A bord d’une felouque descendant les eaux du Nil, le Scorpion compte bien découvrir la vérité, mais il a besoin d’argent.

Ainsi se remet-il au service de la Sabbatéenne, une femme plus dangereuse encore, capable de percer les mystères du passé. La Sabbatéenne s’est lancée sur les traces du plus mystérieux des pharaons, Akhenaton, l’inventeur du dieu unique.

Elle est persuadée qu’en trouvant sa tombe, elle pourra faire le lien avec son grand prêtre Tamose, le Moïse de la Bible, et l’exode vers la Palestine, aujourd’hui revendiquée par les juifs, les musulmans et les chrétiens d’Occident. Mais la quête tourne mal. Des hommes armés les attaquent.

Le trésor de la tombe d’Akhenaton attire toutes les convoitises, et particulièrement celles du puissant Al Kabir, le maître de Méjaï qui possède la clé de ses secrets.

Critique :
Depuis que Marini n’est plus là, le Scorpion n’est plus tout à fait le même… Il est sans doute plus facile de copier certains dessins que d’autres.

Les dessins de Luigi Critone sont presque à l’identique de ceux de Marini, beaucoup mieux que dans le précédent tome, où ils ne m’avaient pas conquis, mais il leur manque toujours un petit truc : l’âme que possédaient les anciens.

Malgré tout, adorant les aventures du Scorpion, je ne pouvais manquer ce nouveau rendez-vous, en terre Égyptienne. Un petit résumé de l’album précédent se trouve au début de celui-ci, ce qui est une bonne idée, car deux années se sont écoulées entre le tome 13 et le 14.

Il est une fois de plus question de religions, ce qui est des plus normal, à cette époque. Trois religions se côtoient et vivent en harmonie.

Il y a, bien entendu, des fanatiques qui ne veulent pas que l’on remette certaines choses en question et qui sont prêt à tout pour empêcher le Scorpion et la Sabbatéenne d’arriver à leur fin.

Derrière ces fanatiques, il y a surtout des hommes qui les manipulent, qui tirent les ficelles, qui n’ont pour objectif que d’étendre leur empire, leur pouvoir, ou tout simplement le garder. Pour eux, la religion n’est qu’un prétexte et tout le reste est politique. L’empire Ottoman vacille et certains voudraient en tirer parti, quand d’autres voudrait qu’il reste encore.

La recherche de la tombe du pharaon hérétique apportera un autre éclairage sur un épisode archi-connu de l’Ancien Testament.

Nous sommes loin des premiers albums qui m’avaient emportés, qui avaient été des coups de coeur, malgré tout, je suis contente de retrouver mon Scorpion et ses quêtes.

Pourtant, s’il avait été moins attaché à sa quête de la vérité et moins égoïste, Méjaï n’aurait pas perdu ce qu’elle a perdu…

Un bon album, correct, qui remonte d’un cran par rapport au précédent et qui laisse présager, je l’espère, que les suivants ne nous décevrons pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°258] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).

 

Le Roman des Morts Secrètes de l’Histoire : Philippe Charlier [Par Dame Ida, Membre Honoraire du Fan Club de Stéphane Bern]

Titre : Le Roman des Morts Secrètes de l’Histoire

Auteur : Philippe Charlier
Éditions : du Rocher (2011)

Résumé :
Alexandre le Grand, Cléopâtre, Gilles de Rais, Christophe Colomb, Marie Stuart, Molière, Marat, Casanova, Sissi, Raspoutine, les Romanov… Des personnages illustres dont la disparition reste nimbée de mystère.

L’Histoire dit-elle la vérité ? Les causes de décès transmises au fil du temps sont-elles authentiques ? Une seule manière de le savoir : faire parler les morts…

Exhumation de restes momifiés, comparaisons génétiques, recherche de traces d’empoisonnement, relecture de procès-verbaux d’autopsie…

À l’aide des techniques de pointe de la médecine légale appliquées à l’archéologie, ce Roman des morts secrètes dissèque les plus grandes célébrités, parties en emportant le secret de leurs derniers instants. Un secret que l’Histoire s’est parfois bien gardée de révéler…

L’avis de Dame Ida : 
Comme vous le savez, je suis une folle-dingo-psycho-barge des potins de la famille royale britannique, certes présents, et futurs mais aussi du passé.

Et puis ne soyons pas mesquine ! Il n’y a pas que chez les royals britanniques qu’on a des ragots croustillants…

Nos défunts feus les french royals n’étaient pas en reste questions turpitudes et on peut aussi étendre notre voyeurisme au reste du monde et à toutes les époques.

Et ouais… ce n’est pas faire mentir Freud que de rappeler que la curiosité scientifique ou épistémologique n’est jamais qu’une sublimation du voyeurisme et de la curiosité sexuelle.

Et sachant que quand j’étais petite, genre 8 ou 10 ans, j’étais assez effrayante pour ma famille car j’étais passionnée également par les rites funéraires des civilisations disparues, ce mélange précoce de curiosité historiquement sublimée pour le sexe et la mort guide encore et toujours les lectures.

Or donc… pour résumer… je suis passionnée par les petites histoires de l’Histoire… et quand je suis tombée sur ce livre pendant une séance de bookshopping avec une vieille copine (ouaip ! Des plus vieilles que moi ça existe encore!), la couverture a opéré une sorte de charme hypnotique sur mon regard et j’entendais également un chuchotis des pages s’élever vers mes oreilles… « Achète-moi ! »… « Achète-moi ! » disait ce chuchotis.

Et puis il y avait le nom de l’auteur aussi… Philippe Charlier… Le médecin-légiste habitué des émissions historiques et accessoirement bogosse à qui je léguerai volontiers mon cadavre pour qu’il lui administre les derniers outrages entre le suaire et la paillasse ! Oui je sais… j’ai des fantasmes étranges mais n’oubliez pas que j’ai épousé un inquisiteur frustré qui a d’autres jeux très étranges. Mais… je m’égare, je m’égare…

J’en ai pensé quoi donc de ce livre ? Sur toutes les petites histoires de ces morts ?

Le livre se lit plutôt bien. Il est en outre découpé en chapitres de longueurs variables mais pas trop longs, chacun étant consacré à un personnage. Cela évite les longueurs et permet d’en lire un petit bout par-ci, un petit bout par-là tout en ayant une autre lecture en parallèle.

Ce découpage en ferait un ouvrage idéal pour les lectures de toilettes par exemple…

Mais j’avoue que ça ne serait pas sympa pour l’auteur car son travail ne mérite certainement pas que l’on puisse imaginer comparer son ouvrage à un torchon, ou qu’on l’associe à des déjections. Non ! C’est un livre très agréable.

Le style est dynamique mais demande malgré tout une certaine attention. D’une part parce que le dynamisme du style fait justement que la progression des idées va parfois assez rapidement et supporte mal parfois un relâchement de la concentration…

À cela s’ajoutent quelques mots techniques sans que cela ne sombre pour autant dans du jargon pénible… Des occurrences de vocabulaires spécifiques aux époques vécues par les personnages méritent aussi attention…

J’ai passé un bon moment dans l’ensemble mais j’ai toutefois trouvé le titre un peu inadapté, voire quelque peu racoleur en le mettant en rapport à ce que j’ai trouvé dans l’emballage. Et ça… ça me dérange toujours un peu car même si j’ai appris plein de trucs sur certains de ces personnages…

On ne peut tout de même pas dire que la mort de Mata Hari, ou de Marie Stuart, ou de Gilles de Rais aient été si secrètes que cela vu qu’ils furent exécutés devant témoins et que le diagnostic sur les causes de la mort s’imposaient d’elles-mêmes.

Pour Marat… les circonstances de sa mort sont aussi secrètes que celles d’Henri IV mais curieusement, ce n’est pas du Vert-Galant qu’on parlera, mais du supplice de son assassin et de celui qui tenta plus tard de trucider Louis XV.

On sait que la mention « secret » dans un titre fait vendre… Mais il n’est pas ici employé à juste titre. On aurait mieux fait de titrer « Petits secrets concernant quelques morts célèbres », car en réalité il n’y aura pas de véritable secret médico-légal pour bien des personnages dont il sera question.

Alors oui… de quoi est mort Mozart ? Là les théories diverses peuvent s’accumuler…

On peut les confronter, analyser leur caractère plus ou moins fondées, trancher en faveur de l’une ou en proposer une autre… Là pourquoi pas.

Comment Raspoutine a-t-il fait pour ne mourir qu’au terme d’un réel acharnement meurtrier, montrant une résistance assez sidérante ? Oui… là, il y a quelque chose de presque mystérieux.

Après… comment se prononcer sur la mort d’Alexandre Le Grand, Le Caravage, ou Jacques Coeur sans disposer des corps et sur de simples indications écrites parfois peu concordantes…

Là ça devient plus hasardeux et peut aller difficilement au-delà de la confrontation des données historiographiques ou documentaires. On est donc très loin des « Experts à Miami » !

Et pour le Chevalier d’Éon mort paisiblement de vieillesse dans son lit…

On sait bien que le mystère ne consiste pas tant dans les circonstances de sa mort que dans celles de sa vie et en particulier dans ce qu’il pouvait avoir à cacher dans ses sous-vêtements ! Homme ou femme ?

Personnage non-binaire ou transgenre qui s’ignorait car ces catégories de pensée n’existaient pas encore à son époque ? C’est bien là que réside l’énigme et non pas dans sa mort… même si au moment de sa toilette mortuaire le secret de son anatomie fut enfin levé !

Bref… Les amoureux d’histoire trouveront cette lecture distrayante, mais il ne faudra pas non plus s’attendre à des révélations fracassantes ! Après tout… serai-je en train de spoiler en vous révélant que tous ces défunts ont pour point commun d’être morts d’un arrêt du cœur ?

Le Scorpion – Tome 13 – Tamose l’égyptien : Stephen Desberg et Luigi Critone

Titre : Le Scorpion – Tome 13 – Tamose l’égyptien

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Luigi Critone

Édition : Dargaud (20/11/2020)

Résumé :
À Kraków, Ivrahim Golam, surnommé le cosaque juif, cherche à préserver l’identité d’un homme dont le nom doit disparaître à jamais.

À Istanbul, Armando Catalano, alias le Scorpion, a retrouvé la trace de Méjaï, la gitane. Il veut savoir ce qu’est devenu leur enfant.

Mais la gitane est experte dans le maniement des poisons et elle n’hésite pas à s’en servir contre le Scorpion, qui perd connaissance.

Critique :
Il n’est jamais facile pour un scénariste ou un dessinateur de se couler dans les pantoufles du précédent.

Ça passe ou ça casse et en voyant la couverture, j’ai eu très peur que ça dérape en voyant mon Scorpion avec cette gueule pas très réussie, perdant un partie du sex-appeal que le dessinateur Marini lui donnait.

Bon, si le Scorpion est foiré sur la couverture au niveau de sa petite gueule d’amour, dans l’album, il est réussi, sauf en ce qui concerne les mouvements qui m’ont semblé plus figés que ceux de Marini.

Après 12 albums à rechercher son père (dont certains ont tiré en longueur, comme d’autres savent le faire et je ne citerai pas de nom), notre Scorpion cherche maintenant son enfant que Mejaï aurait eu de lui, selon le Hussard, son vieil ami, qui manque cruellement dans cette bédé pour apporter sa touche de gaieté et de bonne humeur.

Tout en cherchant son fils, notre aventurier devenu solitaire va en profiter pour la jouer archéologue à la recherche du trésor perdu, ou plutôt, à la recherche d’un nom qu’un vilain albinos veut à tout prix effacer ! Je sens que l’on va encore se retrouver face à un méchant d’envergure, comme nous en avons eu quelques uns dans la saga.

La reprise est bonne, les dessins sont des plus agréables pour les yeux, les couleurs pareilles, les décors orientaux ont le mérite de vous dépayser du fond de votre canapé, les tons jaunes donnerons de jolies couleurs à nos visages blafards.

Le scénario semble bien parti sur de nouveaux mystères ésotérico-religieux puisque, après le Nouveau Testament, on part sur l’Ancien avec l’Exode des Juifs d’Égypte mais faudra que le duo confirme cette bonne impression sur les albums suivants, en espérant que l’on ne s’enlise pas dans des aventures épaisseur papier cigarette juste pour ajouter des albums à une série qui marche fort.

Et ça me fait peur car j’ai vu des tas de super séries partir en queue-de-cerise (restons polie pour une fois) car elles n’ont pas su s’arrêter à temps et ont voulu faire marcher la pompe à fric.

Une belle reprise au niveau des dessins, sauf au niveau des actions qui semblent figées, un scénario bien mystérieux et le retour de nos personnages adorés que sont le Scorpion et la belle empoisonneuse Mejaï.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°146].

Inspectrice Sarah Geringën – Tome 2 – Complot : Nicolas Beuglet

Titre : Inspectrice Sarah Geringën – Tome 2 – Complot

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (16/05/2018) / Pocket Thriller (13/06/2019)

Résumé :
Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux.

Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre.

Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière.

Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées…

De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu’au cœur même du Vatican, c’est l’odeur d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes. à ses vérités les plus enfouies…

Étayé par les dernières découvertes de la science et de l’histoire, Complot explore les secrets premiers de l’humanité.

Critique :
Un crime horrible sur une île peuplée d’oiseaux, dans un archipel isolé de la Norvège et ce n’est pas Madame-Tout-Le-Monde qui gît là…

Ce n’est ni un meurtre banal… Là, un truc pareil, c’était du jamais vu !

L’auteur a cette manière bien à lui d’happer son lecteur dès la première ligne et de ne plus lui lâcher la main jusqu’à la fin, quand il le dépose sur le rivage, le souffle coupé.

Non seulement il nous dépose sur une scène de crime des moins banales mais en plus, il nous fait passer du froid au chaud en peu de temps, nous invitant à le suivre, au plutôt, à suivre ses personnages, sur la piste du complot et des secrets enfouis.

Rassurez-vous, il ne le fait pas à la manière d’un Da Vinci Code, même si dans ce dernier, tout n’était pas à jeter et que Dan Brown avait eu le mérite de me faire réfléchir.

Et bien, Nicolas Beuglet a poussé le vice encore plus loin et a fait fumer mes méninges tout en me procurant un plaisir monstre à lire les révélations divulguées dans son roman.

Réalistes, les révélations, en plus. Qui donnent à réfléchir et à pousser la réflexion encore plus loin que l’auteur l’a poussée (et il a poussé loin, déjà).

Heureusement que la religion catholique, comme le dit un de ses personnages, est complaisante envers la critique et la caricature, sinon, il y aurait déjà des menaces de mort sur sa personne, vu ce qu’il avance à un moment donné. Toujours en étant réaliste avec les données que l’on possède, l’auteur extrapole mais il le fait avec brio.

À ce titre, je voulais remercier l’Église catholique, et plus généralement le christianisme contemporain, qui, malgré tous les reproches que l’on peut lui faire, est une des rares institutions à subir la critique ou la parodie avec tolérance.

Que l’on soit d’accord ou pas d’accord avec lui, cela a le mérite d’être posé et d’y apporter des réponses (ou pas, car on ne sait pas tout) ou du moins, une discussion entre gens civilisés.

Mon seul bémol sera pour l’inspectrice Sarah Geringën que j’ai trouvée froide, distante et avec qui j’ai eu du mal à entrer en phase. Je la trouve aussi trop Wonder Woman, même si, contrairement au personnage du professeur Langdon (Da Vinci Code), elle a les références pour exécuter toutes ces cascades ou combats puisqu’elle est une ancienne militaire.

Mais je pinaille…

Un thriller qui ne se contente pas de faire courir ses personnages et ses lecteurs dans tous les sens, qui ne se contente pas de nous donner des émotions fortes avec des sauts dans le vide ou de l’adrénaline, mais qui nous donne à réfléchir, qui pose des questions, qui apporte des réponses (on sent la recherche de l’auteur) et qui jette un rocher énorme dans la mare aux canards.

Rien que pour cela il restera dans ma mémoire jusqu’à ce que Aloïs Alzheimer passe pour faire le ménage par le vide.

Quand on ne peut pas battre une idée, on la récupère et on la modifie pour qu’elle soit conforme à la nouvelle idéologie.

[…] elle se demandait dans quelle mesure un ordre opprimé pouvait rétablir la justice sans violence. Puisque, par définition, le groupe qui domine exerce une violence sur le dominé, comment ce dernier peut-il se libérer sans affrontement ?

Sarah détestait avoir affaire à des politiciens hauts placés. Non pas qu’elle soit intimidée ou méfiante à leur égard. C’était seulement qu’ils exigeaient tous des résultats immédiats, nets et clairs, alors qu’un crime et sa résolution n’étaient faits que de temps et de nuances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°119.

Ceux qui ont lu le livre comprendrons…