Moriarty – Tome 4 : Ryôsuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 4

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana Dark (15/03/2019)

Résumé :
Le mythe de Sherlock Holmes revisité à travers les yeux de Moriarty !

Le MI6 a reçu pour mission de sortir l’Empire britannique de la guerre en Afghanistan dans laquelle il est embourbé. William demande donc au colonel Moran de trouver une solution.

Moran a effectivement des « souvenirs » là-bas, et quand il cherche des puces à ceux qui aiment bien la guerre, surtout quand elle se passe chez les autres, c’est le vrai visage de l’Empire britannique qui apparaît en pleine lumière !!

Critique :
L’Afghanistan est un véritable bourbier pour les Anglais et comme les Afghans reçoivent des armes par les Russes, en stoemelings, tant que les Anglais ne couperont pas l’approvisionnement, cette guerre ne finira jamais.

On entre dans une partie politique, un échiquier géant sur lesquels se déplacent les grandes puissances, à couvert ou pas.

Parfois, il est de bon ton de faire les choses à couvert pour ne pas déclencher l’ire d’une autre grande puissance tout en lui mettant des bâtons dans les roues, comme le fait la Russie avec l’Angleterre.

Dans les salons feutrés de Universal Exports, société fantôme du MI6, on croise un homme élégant, style James Bond… Et, tenez-vous bien, la secrétaire se nomme Monney-Penny, sans compter que nous avons aussi un M… Manquerait plus qu’un Q !

Oups, j’ai parlé trop vite, il y a un Q ! Qui comme Gilbert Montagné… Non, il n’est pas chanteur, juste… Enfin, vous voyez… Pas très crédible, en tout cas.

Le côté politique est assez poussé, dans ce quatrième tome, et j’ai bu du petit lait car j’ai lu ce que je dis toujours : les marchands d’armes ont intérêts à ce que les conflits continuent et même à les pousser, les provoquer.

Par contre, peut-on jouer à l’espion anglais sans pour autant nous faire un remake d’un James Bond à l’époque victorienne ? Le clin d’œil aurait pu être drôle, mais non, j’aurais pour ma part préféré un peu plus de nouveauté et pas une resucée de 007 avec tout ce qui le défini, l’Aston Martin en moins.

Le colonel Moran jouant à l’homme au permis de tuer, ce tome se concentre sur ce personnage nonchalant en nous dévoilant un morceau de son passé juste avant de l’envoyer en mission avec Money Penny.

À ce niveau, c’était bien joué, leur petit duo du mari et femme et Moran a réussi à me faire sursauter, me faire douter et la joute verbale qui a suivi son coup de pute était jouissive car tout le monde le sait, à force de traquer les monstres, le danger est d’en devenir un sois-même.

Cette saga qui revisite le canon Holmésien a de bonnes idées, de bons personnages, de bonnes théories, même si, dans le fond, nous ne sommes pas dupes, tuer des salopards ne fait pas de nous des protecteurs mais des salopards aussi.

Par contre, là où j’ai grincé des dents, c’est en lisant le langage de charretier utilisé par certains personnages, dont Holmes !

Parler de « nichons » (Moran), dire « les trucs à chier », « grouille-toi » (en parlant à Watson) ou « crever de maladie », de « clopes », de « me faire chier comme un rat », bref, des mots qui ne vont pas dans la bouche de Holmes, sans oublier ce comportement enfantin dont l’affuble le mangaka et qui est indigne de Holmes et anti-canonique, à ce niveau-là.

On dirait un gamin sans éducation.

Vous voilà prévenu si vous lisez ce manga. Il est bon, le scénariste ne se contente pas de nous montrer des petits meurtres ou des exécutions banales, il y ajoute du relief, de la profondeur, même si on peut encore aller plus loin et nous propose une autre image du professeur Moriarty à tel point qu’on est toujours le cul entre deux chaises en ce qui le concerne.

Jusqu’à ce qu’il fasse le pas qu’il ne faut pas et qu’on le catalogue dans les tyrans monstrueux assassins qui ne vaut pas mieux que ceux qu’il assassine.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Moriarty Tome 3 : Ryosuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty Tome 3

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur :  Hikaru Miyoshi

Édition : Kana (07/12/2018)

Résumé :
Soupçonné du meurtre du comte Drebber, Sherlock Holmes a été arrêté et incarcéré par Scotland Yard.

Afin de démasquer celui qui a manigancé ce piège, Sherlock Holmes prend l’enquête en main…

Avec l’entrée en scène du célèbre détective, décidé à faire la lumière sur les zones d’ombre de l’Empire britannique, l’ambitieux « projet » de William entre dans une nouvelle phase.

Critique :
C’est toujours un peu déroutant de retrouver les enquêtes du canon holmésien misent à une autre sauce, additionnée d’un soupçon de l’adaptation de la BBC.

Perturbant, déroutant, mais ce qui me perturbe encore plus que ce bon vieux Charles Baskerville devenu un pervers de la pire espèce, ce sont les tutoiements entre Holmes et Watson, ainsi qu’avec les inspecteurs de Scotland Yard.

Dans la version remise à notre époque de la BBC, no problem, c’est logique, mais bordel de dieu, pas dans l’Angleterre coincée du bulbe (pour reste polie).

Pire encore… Oui, j’ai trouvé encore pire qu’un attelage de deux chevaux dont les colliers de traction n’ont pas de sangle à la taille, dont les traits ne possèdent ni avaloir, ni reculement, ni de sangles pour soutenir les traits sur l’arrière (Jésus !) et où les deux meneurs guident chacun un cheval… Là, c’est du jamais vu, mais je suis ouverte à tout… Hum…

Là où j’ai défailli, c’est lorsque Holmes, cherchant des indices et mettant la main sur un, répond à Watson qu’il était en train de faire un pet pour ne pas que les inspecteurs de Scotland Yard comprennent qu’il s’est abaissé pour ramasser quelque chose !!!!!

Vous me direz que tout le monde pète, les rois, les papes, les présidents, les princesses… Mais punaise, dans l’Angleterre guindée de Victoria, on pète sans le dire et on ne prend pas cette excuse pour justifier ce qu’on fait.

Anybref, malgré ces bémols, la série avance bien, on comprend un peu mieux les désidératas de Moriarty et on comprend qu’il est en train de faire Sherlock Holmes. Que ce dernier est son alter ego, mais de l’autre côté de la barrière.

Là où le bât blessera tout de même un peu, c’est que les nobles sont souvent présentés tous comme des déviants, des pervers, des salopards finis, des médaillés d’or de la méchanceté gratuite. Un peu de distinction ne ferait pas de mal, ce serait plus réaliste aussi.

Je ne vais pas bouder mon plaisir car ce tome fait la part belle à Holmes dans sa première partie, A Study In Scarlett et nous plonge ensuite dans l’extra glauque avec ce Baskerville qui dans cette version, est infiniment bien pire que son ancêtre perverti, celui qui avait été tué par un chien maudit.

Une séria manga pour ceux ou celles que la revisite du canon holmésien n’effraie pas et ne rebute pas car elle va plus loin que les autres, frôlant un peu la revisite de la BBC qui nous avait offert un Moriarty à la hauteur de Holmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Moriarty – Tome 2 : Ryôsuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 2

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana (21/09/2018)

Résumé :
Deux frères orphelins sont accueillis dans la famille Moriarty, grâce aux ambitions cachées du fils aîné Moriarty, Albert.

Ce dernier abhorre l’aristocratie à laquelle il appartient et le système social qui régit la société britannique.

Albert a vu en l’aîné l’intelligence et le charisme dont il avait besoin pour accomplir son rêve de nettoyer la société de ces « êtres inutiles et sales ».

Albert propose de leur offrir sa richesse et son influence à condition que les garçons mettent leur intelligence au service de son rêve.

13 ans plus tard, à côté de leurs activités officielles, les frères Moriarty sont devenus des « conseillers privés ».

Avec William à leur tête, ils aident les gens du peuple, victimes d’injustices, à se venger des riches qui les ont fait souffrir.

Leur sanction est impitoyable, car la punition qu’ils infligent n’est autre que…la mort !

Critique :
J’ai beau lire des mangas différenciés, je trouve toujours que les personnages sont trop ressemblants ! Soit avec de ceux que je fréquente dans d’autres série, soit entre eux… La faute à leurs mentons en pointe.

Louis, avec sa grande mèche, me fait penser à Grell Sutcliff, le flamboyant Shinigami de Black Butler et un colonel du bataillon d’Albert Moriarty m’a fait croire que c’était le colonel Moran bien coiffé, alors que non…

Au sujet de Moran, je m’étais insurgée qu’on le nomme « Molan » dans le tome 1, mais dans le tome 2, c’est  bien « Moran », ce qui me fait penser à une erreur de typographie…

Notre génie du crime, Moriarty, continue de vouloir aplanir les classes sociales et si pour y arriver il doit tuer ou laisser tuer, pas de soucis, la fin justifie les moyens quand on a un si noble but…

Là, il veut éradiquer l’opium mais vous pensez bien qu’on n’a pas trop envie de l’écouter, sachant que historiquement parlant, le commerce de l’opium a équilibré la balance économique de l’Angleterre et que de grosses sociétés ou de grands noms sont impliqués dans ce trafic.

Puisque la fin justifie les moyens, Moriarty va y aller à fond et se jouer des autres pour arriver à démanteler un gros trafiquant. Pas mal, je trouve, bien joué.

Là où je ne joue plus, c’est quand il laisse tuer un pauvre innocent pour arriver à coincer un noble pourri jusqu’au trognon. Il est cynique, le Moriarty…

Holmes à gauche, de dos, avec sa queue de cheval

Ce qui m’intéressait surtout, c’était sa rencontre avec Holmes… Elle aura lieu sur un paquebot de croisière et notre détective se voit affublé d’une queue de cheval des plus improbables. Non, je ne parle pas de son sexe, mais de ses cheveux.

Entre nous, il a plus l’air d’un sale gamin mal élevé que d’un homme qui va à contresens de la société et je ne vous parlerai même pas de madame Hudson, vachement rajeunie, ni de Watson, avec sa canne inutile, comme dans la série de la BBC.

Quant aux tutoiements et appellations par leurs prénoms, c’est limite hérésie… Holmes n’appelait pas Watson, John et Watson ne donnait pas du Sherlock à Holmes.

Anybref, même si je ne suis pas toujours chaude chaude pour les réécritures de l’histoire, celle-ci a le mérite d’explorer des zones d’ombres et de tenter de faire de Moriarty un Napoléon du crime « pour le bien commun » et non pour le sien, bien que, si on analyse à fond son envie d’éliminer les aristos, on pourrait en déduire que c’est aussi pour se venger d’eux…

Malgré tout, j’aime bien la vision que Moriarty nous fait de Holmes et du rôle qu’il va jouer dans le plan socialisto criminel du professeur. Il est logique et en adéquation avec le scénario présenté.

Là où je me demande comment ça va évoluer, c’est dans le fait qu’apparemment, d’après ce que j’ai lu dans la toute première case du tome 1, Sherlock Holmes serait celui qui n’a rien compris, le démon de l’histoire.

Mais nom de Zeus, comment l’auteur va-t-il amener ça ?? Et réussir à me le faire avaler ? Ça, c’est une autre histoire (que je continuerai de lire).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (204 pages).

Moriarty – Tome 1 : Ryôsuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 1

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana (22/06/2018)

Résumé :
19e siècle en Angleterre, la famille Moriarty a recueilli deux orphelins William et Louis mais en leur conférant un statut de domestique.

Albert, le fils aîné de la famille est pétri d’ambition et il déteste le système social qui régit la société britannique, dans lequel les classes supérieures se pavanent et oppressent le peuple sans pour autant être dignes du respect qu’elles exigent de lui.

En 1887, l’auteur Arthur Conan Doyle donnait naissance à son personnage de fiction Sherlock Holmes, devenu une légende et référence aussi bien dans la littérature qu’au cinéma ou à la télévision.

Face à lui, dans l’ombre et souvent mal compris se trouve Moriarty. Personnage occupant la place de Professeur à l’intelligence souvent supérieure à celle de Holmes, ce dernier avouant facilement qu’il est impressionné par Moriarty.

Avec le temps, James Moriarty est devenu l’un des sociopathes les plus redoutables et rusés. Mais comment est-il devenu ainsi, et pourquoi ?

C’est que cette adaptation en manga d’après et inspirée par l’oeuvre de Conan Dolye vous propose de découvrir.

Critique :
Moriarty, le Napoléon du crime, qui connu son Warterloo aux chutes de Rechenbach, avec un Holmes en Wellington vainqueur…

Tout le monde connaît l’histoire et les personnages (sauf si vous n’avez jamais lu les aventures de Sherlock Holmes, dans ce cas, allez vite réparer cet oubli).

Mais que sait-on de l’enfance de ce génie du crime ? Que dalle !

Conan Doyle s’est empressé de le créer pour tuer sa créature qui phagocytait son temps en l’empêchant d’écrire des histoires sérieuses et il ne s’est pas donné la peine de nous donner plus de détails sur l’homme du crime, s’emmêlant même les pinceaux dans « La vallée de la peur ».

Ben maintenant, c’est fait !

Je ne sais pas si c’est le cas chez vous, mais j’ai beau adorer les mangas, j’ai toujours cette impression que les personnages se ressemblent ! Ici, le jeune William me faisait penser à Ciel Phantomhive et j’ai eu du mal à discerner les deux enfants du comte Moriarty et à comprendre le rôle des deux autres jeunes garçons…

Pour ma défense, le résumé sur le manga était moins volubile que ceux sur le Net et il m’a fallu recommencer au début afin de me concentrer plus et de démêler les fils de cet écheveau des têtes qui se ressemblent (mentons pointus, turlututu).

Dans ce manga, on trouverait presque le futur professeur Moriarty sympa car ce bougre agit pour la bonne cause, même s’il est un « criminal consultant », mais il se met au service de la veuve et de l’orphelin, ou du moins, des classes sociales laborieuses, des damnés de la terre en éliminant leur problème…

L’homme est talentueux, bougrement séduisant et furieusement intelligent, de plus, il a tout pour faire un bon socialiste puisqu’il trouve que les inégalités entre les pauvres et les riches sont honteuses et ne devraient pas exister.

Et il va lutter pour les supprimer (il  ne sera pas pote avec le gars qui a dit qu’il suffisait de traverser la route pour trouver un job), ce qui fait qu’en lieu et place d’un type qui veut conquérir le monde, on a un mec qui, bien que criminel, tente de gommer les inégalités, en parfait petit justicier qu’il est.

L’histoire est linéaire, même si la case de départ est bourré de mystère puisqu’on y voit Moriarty et Holmes luttant aux chutes de Rechenbach et Moriarty hurler à Holmes : « Non, je ne fais pas erreur. Le démon, c’est toi !! C’est toi, Sherlock !! » (oui, je suis horrifiée aussi par l’utilisation des prénoms !!).

Nous découvrons le petit William James Moriarty, dans l’Angleterre de 1866, à Londres, habillé comme un milord.

Et puis, on découvrira l’envers du décor et la perfidie du fils aîné des Moriarty… Qui lui aussi veut gommer les inégalités (là, je tique un peu, mais bon, les miracles ne donnent pas que des nouveaux pneus – private joke).

Un bon début pour ce manga où la frontière entre le Mal et le Bien est aussi mince qu’un string d’une danseuse du Moulin Rouge ou aussi épais que le programme d’un candidat aux élections, c’est vous dire la minceur…

Un Moriarty différent du vieux professeur moche de la série Granada, différent aussi du perfide James de la série BBC ou des films de Guy Ritchie. Un Moriarty différent, aux antipodes de ce que l’on attend de lui, de ce que l’on sait de lui.

Là, je vais aller m’acheter le tome suivant et fissa parce que je suis curieuse de voir où tout ça va nous mener, surtout lors de l’apparition de Holmes et puis afin de savoir comment nos jeunes idéalistes, qui n’ont pas peur de tuer, vont évoluer et continuer la lutte des classes.

♫ C’est la lutte finale … ♪

PS : mais pourquoi appellent-ils le colonel Sebastian Moran, Molan ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (212 pages).

Christmas pudding : Nancy Mitford

Titre : Christmas pudding

Auteur : Nancy Mitford
Édition : 10-18 (09/11/2017)
Édition Originale : Christmas Pudding (1932)
Traducteur :

Résumé :
Un Noël à la campagne dans le Gloucestershire.

La perspective est séduisante pour un groupe de jeunes mondains un peu las de la routine londonienne, qui décident de séjourner à proximité du domaine de Lady Bobbin et de ses enfants.

Multipliant péripéties invraisemblables et dialogues mordants, Nancy Mitford dresse un portrait décalé de la société anglaise dans les années 1930.

Critique :
Comme le disait si bien monsieur Preskovic (celui des doubitchous) : « Vous être caustique ».

Caustique est le mot qui résume le mieux cette satire qui tire à boulets rouges sur l’aristocratie anglaise et sur les gens qui n’ont aucun talent, si ce n’est de ne rien faire et de se complaire dans l’oisiveté.

Nancy Mitford sait de quoi elle parle étant elle-même issue de la grande bourgeoisie anglaise.

Alors, elle les brocarde, les mets en scène avec humour, certes, mais en trempant la plume dans l’acide car tout est toujours cynique.

Dans ces pages, il ne faut pas chercher une intrigue, tout le sel de l’affaire se trouve dans les dialogues et prises de positions de certains personnages, dans leur orgueil qui ne les fait s’intéresser à rien d’autre qu’à leur nombril, à la chasse ou à faire un beau mariage et n’avoir pour mission que de faire un héritier mâle à son mari.

Nos jeunes gens ont tous fait Eton, au moins, feront Oxford, sans aucun doute, mais ne sont apte à ne savoir rien faire de leur dix doigts et n’ont pas l’intention de faire quelques chose avec, si ce n’est se les tourner. Zéro effort mais maxi confort.

Dans un roman noir, nous aurions été en compagnie de pareils incultes sortant des inepties à tour de bras, la seule différence étant que dans le roman noir, nous aurions été assis avec des assistés sociaux, chômeurs professionnels, magouilleurs en tout genre. La différence de classe aurait été un gouffre, mais les pensées les mêmes.

Les personnages dans cette satire, qui pourrait tout avoir de la pièce de théâtre, sont souvent des incultes de chez incultes, pensant que le socialisme est le truc le plus abject qui existe sur terre, tout comme les bolcheviks qu’ils voient partout et qu’ils accusent de tout les malheurs de la région.

Avec de pareilles personnes assissent devant moi, je quitterai la table en soupirant devant tant de bêtise et lieux communs réunis ensemble, mais dans ce roman, c’est amusant et terriblement jouissif.

Je n’avais jamais lu Nancy Mitford, maintenant que c’est fait, je compte bien aller un peu plus loin dans la découverte de ces écrits et, qui sait, je pourrais recroiser la routes de ces dandys fabuleux, de ces oisifs magnifiques, de ces demoiselles courant le bal pour trouver chaussure à leur pied, de cette dame uniquement préoccupée par la chasse à la pauvre bête qu’elle ne peut assouvir pour cause de fièvre aphteuse.

Encore un coup des bolcheviks, assurément.

Un roman possédant des dialogues croustillants, caustiques, sarcastiques. Un pudding rempli de tous les bons ingrédients et bien plus digeste que le véritable Christmas Pudding !

Oui, je sais, c’est tout moi, ça, de lire, en juin, un roman se déroulant à Noël, dans les frimas de l’hiver alors que je suis moi-même sous le soleil, les doigts de pieds en éventail…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Les maîtres inquisiteurs – Tome 8 – Synillia : Sylvain Cordurié & Elia Bonetti

Titre : Les maîtres inquisiteurs – Tome 8 – Synillia

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Elia Bonetti
Couleurs : Digikore Studios

Édition : Soleil (24/01/2018)

Résumé :
Des prêtres ont été massacrés dans le monastère de Kandvost. Synillia, une non mage élevée au rang de Maître Inquisiteur, part mener l’enquête.

Si elle ne possède pas de pouvoir, elle compense ce manque par son intelligence et ses qualités d’épéiste. Elle peut aussi compter sur Eldeween, l’elfe avec qui elle forme un duo efficace.

Efficace, il faudra l’être face au meurtrier qui semble disposer de pouvoirs. Il n’attendait que l’arrivée de Synillia et Eldeween pour se livrer à un jeu de piste mortel.

Critique :
C’est dans le Lanfeust Mag que j’ai découvert la saga des Maîtres Inquisiteurs, sur le tard, donc, ce qui fait que j’ai pris le train en cours de route.

Comme j’ai aimé le peu de l’univers que j’ai découvert dans le tome 7, j’ai décidé de découvrir l’entièreté de cette série.

Et comme l’occasion fait le larron, j’ai sauté sur le tome 8 avant de me faire ceux de la saison 1.

Un grand mystère plane : des moines d’un monastère ont tous été sauvagement assassiné et pour  résoudre ces meurtres horribles, le roi du Kardunn fait appel aux Maîtres Inquisiteurs.

Ça lui fait déjà mal au bide de faire appel à eux, mais ça va le faire bisquer de voir débarquer deux donzelles : Synillia, qui n’a rien d’un mage (contrairement à ses collègues masculins – pas de pouvoir magique, donc), qui est très intelligente, qui sait se battre à l’épée, et qui, en plus, est bouffie d’orgueil, prétentieuse, butée comme deux ânes, prompte à s’enflammer et à s’énerver, n’a pas sa langue dans sa poche…

La rage est double car son acolyte, Eldeween, est une elfe !

Au lieu d’un Sherlock Holmes bourré de pouvoirs magiques et d’un Waston pour l’épauler, le roi voit arriver une Sherlockette dont il ne sait si elle possède des pouvoirs et une Wastonnelfe. Les dents vont grincer.

Comment le ou les meurtriers ont-ils réussi à occire tous les moines ? Et pourquoi tant de haine envers ces hommes portant la robe ? Votre mission sera de la découvrir, les filles.

Surtout que ce n’est pas qu’un seul monastère qui va recevoir la visite de ce Jack The Ripper, mais plusieurs et nos deux femmes vont devoir cavaler sur leurs jolies guiboles pour tenter de rattraper la piste de celui qui a commis ces crimes atroces.

Véritable enquête aux pays de la magie, le lecteur, tout comme les deux enquêtrices, se posera beaucoup de questions.

Pas le temps de souffler dans la course poursuite car nos deux femmes, aidées de quelques gardes du roi, feront des rencontres pour le moins violentes et il faudra sortir l’épée du fourreau avant de tenter la discussion.

Bien que nous soyons dans un univers fantastique avec des éléments magiques pouvant aider à la réalisation d’un carnage monastique, la trame reste bien humaine car les travers d’un homme, qu’il soit de la Terre ou d’un autre monde, restent les mêmes.

Si le scénario n’est pas exceptionnel en terme de résolution de l’enquête – tout à été écrit, je pense – l’album se lit tout de même avec plaisir car avant que tout ne nous soit révélé, on est loin de se douter du mobile de ces crimes monacaux (Monaco ?).

De plus, il n’y a pas qu’une simple enquête pour meurtres dans ces pages ! On y trouve aussi des relents de nos propres sociétés dans les tensions qui existent entre le peuple des géants Mannlander et les humains du royaume de Kardunn, ainsi que dans le fait que certains aient fait des coalitions avec ceux qui furent ensuite des traîtres.

Bref, en plus de résoudre une enquête, nos deux femmes vont devoir marcher sur des œufs et tenter de garder la diplomatie au milieu du village si elles ne veulent pas finir en viande froide car c’est aussi vieux que le Monde que déposer des preuves pour faire accuser un autre peuple d’un crime qu’on a sois-même commis.

J’ai apprécié les dessins, les couleurs dans des tons ocres et les personnages ne m’ont pas laissée indifférente car si certains pouvaient sembler figés, ils se permettront d’évoluer et de changer. Bon, pas tous, quand on est un crétin, on le reste.

Un tome qui change par rapport au final du précédent, un monde des Inquisiteurs en grand chambardement, et il me tarde de lire les premiers tout comme celui qui suivra ce tome 8.

Je ne dis pas non à ce duo féminin des plus intéressants.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

 

Maurice : E. M. Forster

Titre : Maurice

Auteur : Edward Morgan Forster
Édition : 10-18 (2006)
Édition originale : Maurice (Edward Arnold Publishers Ltd) Écrit vers 1913, mais publié seulement en 1971

Résumé :
Dès son plus jeune âge, Maurice Hall est hanté par des rêves dont il s’explique mal la nature étrange et mélancolique.

Contrairement à « Howards End », « Avec vue sur l’Arno » et « Route des Indes », plongées dans la conscience féminine, ce roman publié à titre posthume retrace le parcours initiatique d’un jeune homme, Maurice (James Wilby dans l’adaptation de James Ivory), jalonné de ses rencontres avec Clive (Hugh Grant), étudiant comme lui à Cambridge, puis Alec, garde-chasse de ce dernier.

Éveil à la conscience (amorcé à Cambridge, lieu du bonheur et de la tolérance pour Forster), Maurice est le récit de la lente progression du héros vers une véritable connaissance de soi.

Au-delà de l’histoire d’amour et de la prise de conscience homosexuelle, Maurice se distingue des autres romans de Forster par son caractère plus intimiste et par la forme plus radicale que revêt l’expression de la liberté individuelle.

Placée sous le signe de la gradation, cette œuvre est peuplée de personnages qui sont aux autres autant d’étapes vers l’accomplissement de soi.

Maurice, jeune homme médiocre, devient par la grâce d’une liberté conquise de haute lutte contre lui-même un véritable héros forsterien.

Critique :
L’amour qui n’ose pas dire son nom… Ou l’homosexualité dans les très sélectes universités anglaises.

Maurice a mis du temps pour comprendre qu’il marchait de l’autre côté du trottoir ! Il a fallu qu’il entre à Cambridge pour enfin ouvrir les yeux sur ses préférences sexuelles.

Oui, sa préférence à lui, ce sont les jeunes garçons de son âge dont un camarade d’université qui deviendra son compagnon, même si jamais rien n’est affiché.

En ce temps-là (1910), en Angleterre, l’amour entre hommes était toujours considérée comme un crime et passible de peine de prison tandis qu’en France, le code Napoléon avait déjà rendu la chose « légale ».

Pour vous dire la bêtise humaine : si l’homosexualité masculine était punissable, celle entre les femmes pas car le législateur ne l’avait pas prise en compte. Paraîtrait que la reine Victoria avait trouvé tellement répugnant qu’elle avait jugé la chose impossible. Mais je n’ai aucune preuve de ses dires non plus.

Pas facile de vivre son homosexualité dans l’univers conformiste et répressif de l’Angleterre édouardienne !

Maurice n’appartient pas à l’aristocratie proprement dite, mais nous évoluons dans les milieux bourgeois, les milieux où on ne se mélange pas entre classes, où les domestiques sont priés de rester à leur place, où il faut sauvegarder les apparences, quoiqu’il arrive.

Cette société bourgeoise anglaise est régie par des règles désuètes, vieillottes, bourrée de morale chrétienne, tout le monde était enfermé dans un carcan plus serré qu’un corset taille XS porté par le troll Hébus de la série fantasy Lanfeust !

Franchement, j’ai eu très envie d’en baffer plus d’un et plus d’une, dans ce roman riche en apprentissage de la vie chez les bourgeois, qui, comme le chantait si bien Jacques Brel ♫ Les bourgeois c’est comme les cochons Plus ça devient vieux plus ça devient bête ♫

Nous suivrons le récit du jeune Maurice, de ses 14 ans à ses 24 ans, passant d’un enfant effacé, paresseux, dans les jupons de maman, à un étudiant du collège effacé, paresseux, puis, enfin la chenille deviendra papillon avec Maurice amoureux d’un camarade, filant le parfait amour, mais sans le consommer !

Ah ben oui, messieurs dames ! L’amour entre hommes était plus toléré s’il était platonique. Se chipoter la chose, mon dieu, vous n’y pensez pas ! Nos deux amants s’aiment mais ne s’astiquent pas le manche mutuellement, aucun ne jouant avec la batte de criquet de l’autre.

Entre nous, bourré d’hormones qu’ils devaient l’être à 19-20 ans, je me demande comment ils ont fait pour ne pas succomber à la bêbête à deux dos.

James Wilby & Hugh Grant

Maurice est un personnage qui va évoluer au fil des pages, passant de chenille pataude effacée à papillon flamboyant d’amour, avant de virer tyran avec sa mère et ses deux petites sœurs.

Si la première histoire d’amour a tout d’une folie entre deux jeunes gens, la seconde histoire d’amour, celle qui sera le moins développée dans le livre, est pour moi la plus importante, la plus mûre, celle où Maurice aura le plus de couilles, ou il sera le plus touchant et où il prendra encore plus de risques en transgressant toutes les règles de l’époque, notamment le mélange des classes.

Un livre que j’ai tardé à lire, reportant sans cesse la lecture au fil des Mois Anglais et là, je suis contente d’avoir pris le taureau par les cornes car c’est une œuvre majeure en ce qu’elle nous parle des difficultés de vivre son homosexualité et des carcans empesés de la bourgeoisie anglaise.

Sans compter que le roman nous laisse avec moult question : Clive a-t-il vraiment changé de bord où a-t-il eu peur des conséquences à long terme de cet amour interdit ? Maurice avait-il vraiment envie de rentrer dans la normalité ?

Bon, yapuka se faire le film, maintenant, afin de découvrir le jeune Hugh Grant déjà super sexy et le futur Lestrade de la série Sherlock BBC (Rupert Graves).

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Une Étude en soie : Emma Jane Holloway

Une Étude en soie

Titre : Une Étude en soie

Auteur : Emma Jane Holloway
Édition : Bragelonne (2015)

Résumé :
Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes, s’apprête à vivre sa première saison dans la haute société londonienne. Mais quand de terribles meurtres secouent le manoir de son amie et hôte, la jeune femme se retrouve plongée au cœur d’un complot remettant en question le monopole des barons de la vapeur sur la ville. Une enquête à hauts risques.

D’autant qu’Evelina cache un dangereux secret et qu’elle ignore auquel de ses compagnons elle peut réellement accorder sa confiance : le beau et brillant aristocrate débauché qui fait battre son cœur ou son meilleur ami forain, qui ferait n’importe quoi pour elle.

steam punk_4a72b0cca22b0_hiresCritique :
Plutôt que de se lancer dans l’exercice périlleux de pondre un apocryphe avec Sherlock Holmes en personnage principal faisons de lui un personnage secondaire et inventons-lui une charmante nièce douée de pouvoirs magique…

De la magie ? Oui, ce roman lorgne clairement vers le steampunk, d’ailleurs, ceux qui font le loi à Londres, ce sont les barons de la vapeur, qu’elle soit produite avec du gaz, du charbon ou de l’électricité.

Une sorte de lobby tout puissant qui fait la pluie et le beau temps chez tout le monde, y compris dans l’aristocratie et qui, si vous marchez pas sur leur musique, peuvent vous déconnecter ! Plongé dans le noir vous serez, oublié de tous vous deviendrez.

Niveau meurtre et mystère, on plonge dans le bain de suite avec le meurtre d’une servante de chez lord Bancroft où Evelina réside comme elle est amie avec Imogen, la fille.

Le seul bémol viendra ensuite car le début est lent à se mettre en place car l’auteur nous parle de tous les personnages, nous les voyons accomplir des tâches, des magouilles, des fourberies, sans toujours savoir où tout cela mènera et il faut un certain nombre de pages avant que tout ne se mette vraiment en branle et ne nous entraine dans un final où Sherlock Holmes sera plus que présent.

Ce que j’ai apprécié, c’est l’ambiance steampunk, les machines à vapeur, la main-mise de ce lobby de barons tous en train de se tirer dans les pattes l’un l’autre ou de magouiller pour prendre le territoire d’un autre.

La magie, bien que présente, ne l’est pas au point d’un Harry Potter, elle est discrète parce que quiconque sera suspecté d’en user se verra emprisonné, aura un simulacre de procès avant de finir sur le bûcher. Comme disait l’autre « Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite ! ».

Les personnages sont assez nombreux mais bien distincts et on ne sait pas vraiment qui est clean et qui ne l’est pas, et s’il ne l’est pas , à quel point est-il mouillé dans tout ce qui arrive dans l’histoire !

Evelina est agréable à suivre, elle voudrait bien monter dans la société, elle qui est née des amours de la soeur de Holmes pour un militaire avec lequel elle s’était enfuie. Disgrâce infâme !

Notre héroïne ne perd la tête que lorsque le beau Tobias, fils de Lord Bancroft lui fait les yeux doux ou lorsque Niccolo l’intrépide, ami d’enfance, lui lance un regard de braise.

Si Tobias est un ange déchu, comment qualifier Nick ? Une séduisante créature du monde des ombres venue me tenter avec des visions d’amour perdu ? Les deux hommes étaient à la fois désirables et dangereux.

— Trouver le bon mari, c’est un peu comme choisir un chien de chasse. Tous aboient plus qu’ils ne mordent, ma fille. Un jour tu contempleras l’homme assis en face de toi à la table du petit déjeuner et tu comprendras que le dressage est la seule option restante.

C’est frais, amusant, on découvre une société victorienne conforme à ce qu’elle était, sauf que nous avons des machines à vapeur et de la magie en sus.

Il y a de l’humour, du tragique, de l’amour, du mystère, du suspense aussi, mais il aurait été plus perceptible avec 100 pages de moins.

— Quand j’observe – où devrais-je dire quand j’explore ? – la garde-robe d’une femme, le nom de la boutique où elle a acheté ses vêtements n’est pas ce qui m’intéresse le plus.
Bucky leva les yeux au ciel.
— Alors qu’est-ce qui est le plus riche d’enseignements, les jupes ou les culottes ?
— Ni les unes ni les autres ne sont des sources d’information très fiables. Elles cèdent à la moindre pression.

Un récit qui se lit tout seul, malgré ces 570 pages, une plume qui nous fait passer de bons moments avec les personnages qu’elle crée, un Holmes bien esquissé, peu présent au départ mais là au final, de l’amitié, des choix amoureux à la limite du déchirement et des mystères qui planent au-dessus des pages.

De plus, paru durant le « Mois du Cuivre », le roman est tout simplement superbe avec ses tranches dorées. Et comme le ramage était conforme au plumage, je ne regrette pas mon achat onéreux !

J’espère qu’il y aura d’autres tomes de cette facture car j’ai envie de retrouver Evelina et voir ce qui va lui arriver dans les prochaines aventures !

— Je ne veux pas m’enfuir, ni me cacher, ni être exploitée par quelqu’un d’autre. Je veux simplement être moi-même.
Il recula et laissa échapper un soupir.
— Alors prépare-toi à te battre pour ça parce que seuls les forts peuvent se tenir debout tout seuls.

PS : Il est à noter que le titre est bien trouvé et en rapport avec le contenu mais que le sous-titre « L’affaire Baskerville » n’avait pas vraiment lieu d’être puisqu’on en parle à demi-mots…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

L’Inconnue de Blackheath : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 29]

Titre : L’Inconnue de Blackheath                                         big_3-5

Auteur : Anne Perry
Édition : 10/18 (2014)

Résumé :
En 1897, alors que la Grande-Bretagne est lancée dans une course à l’armement, l’inspecteur Pitt doit trouver celui qui a sauvagement tué puis défiguré une jeune femme ressemblant fort à la servante du haut fonctionnaire Dudley Kynaston.

Derrière ce meurtre sanglant, chercherait-on à atteindre cet expert du gouvernement détenteur de nombreux secrets sur la stratégie navale britannique ?

Tandis que d’autres meurtres surviennent, Pitt aura besoin de tout le secours de Charlotte et de sa sœur Emily, dont le mari vient d’obtenir un siège de député au Parlement.

Critique : 
Une femme de chambre qui s’enfuit dans la nuit noire et obscure ne vaut pas la peine que l’on ouvre une procédure. Sans aucun doute était-ce pour une aventure qu’elle a fait le mur, la petite raclure.

Si ladite femme de chambre (ou bonne) est retrouvée morte deux semaines plus tard, le personnel aura le cafard, car un salopard aura fait tomber la petite dans un traquenard et le policier se fera flemmard.

Mais si le corps retrouvé est horriblement mutilé, défiguré et que son patron est haut placé, alors, va falloir s’activer ! D’une banalité, on passe à une tragédie compliquée.

— Une femme de chambre qui s’enfuit avec son amant c’est dérangeant, néanmoins cela n’a rien d’exceptionnel, reprit-elle. Je crois en avoir perdu au moins trois de cette manière, voire quatre, si j’y ajoute une fille de cuisine. En revanche, une femme battue à mort et laissée en pâture aux animaux dans un lieu public, voilà qui est à la fois grotesque et tragique.

— Dans cette affaire, le banal le dispute à la tragédie.

Dudley Kynaston, employeur de Kitty, la disparue retrouvée morte non loin de chez lui, est un haut fonctionnaire qui travaille pour la « britannique navale ».

Voilà une enquête épineuse pour Thomas Pitt car si on pose trop de questions, on éveille les soupçons chez les autres, sans parler des interrogatoires qui n’ont rien de ceux vu dans le roman « 1974 » où c’était à coup de seau de merde lancé à la tête du suspect.

Ici, faut mettre des gants et trouver les réponses aux questions « Qui ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? Quoi ? Où ? ».

Va falloir prendre l’enquête par le bon bout, les amis ! Heureusement que Thomas Pitt peut compter sur Stocker, son assistant, sur Narraway, son ancien chef, sur Lady Vespasia, la grande-tante et un peu sur Charlotte, sa femme, bien qu’elle soit moins présente dans les enquêtes.

Je me suis régalée avec ce roman où tout n’est que mystère depuis la fuite de Kitty et depuis l’arrivée de deux cadavres de jeunes filles, mutilés, et déposées non loin de chez Kynaston. Mais pourquoi a-t-elle fui ? Mystèèèère…

Emily, la petite sœur de Charlotte, est plus présente dans ce tome et j’ai bien aimé de la voir évoluer vers la quarantaine, avec sa crise, ses angoisses, ses questions, sa peur de devenir transparente dans les soirées.

— Nous tenons la lumière pour acquise, jusqu’au moment où elle s’éteint. Vous êtes accoutumée à tourner le robinet pour avoir de l’eau. Vous avez oublié ce qu’il en est d’aller en chercher au puits.
Emily haussa les sourcils.

— Vous pensez que je me sentirais mieux en allant au puits ?
— Pas du tout. En revanche, si vous le faisiez plusieurs fois, tourner le robinet aurait certainement cet effet.

Dommage que les deux sœurs ne puissent plus aller sortir les vers hors du nez des vieilles rombières buveuse de thé.

Par contre, j’avais trouvé le coupable avant Pitt et son équipe (mais pas le mobile) et je ne comprends pas comment il leur a fallu autant de temps pour trouver le colonel Moutarde avec le chandelier dans la véranda !

Du mystère, des secrets, des trucs louches bien cachés et des corps qui font leur apparition pour dérouter tout le monde. Et les cadavres en déroutent, ça me rappelle une autre aventure !

Tout compte fait, l’habit de chef de la Special Branch sied à ravir à notre Thomas Pitt qui comprend petit à petit comment jongler avec les multiples rouages de l’espionnage et sait se comporter comme un parfait petit agent 007.

Ses triomphes étaient voués à demeurer secrets, tandis que ses échecs seraient désastreusement publics.

Je ne sais pas si c’est parce que ce tome est l’avant-dernier (pour le moment), mais j’ai trouvé que certains personnages se mettaient un peu plus à nu et cela m’a donné de l’émotion.

Il tendit la main par-dessus la nappe blanche et la posa sur la sienne, très doucement, mais avec trop de force pour qu’elle puisse se dégager.
— Croyiez-vous réellement que j’allais vous demander de le faire ? Je vous en prie, accordez-moi plus de sensibilité et plus d’affection à votre égard !

Cet épisode mettra aussi en avant l’exploration des « petits travers de la société victorienne » en abordant les naissances « avec ou sans » cuillère en or dans la bouche… Qui fait que selon votre rang, vous aurez accès, ou pas, à des postes importants, sans que l’on tienne compte de votre compétence.

— On ne peut pas confier un poste aussi important à quelqu’un en vertu de son seul nom.

Un bon moment de lecture remplit d’interrogations.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, d’une LC chez Bianca, le Challenge « Victorien » chez Camille et du Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda (dernière fiche).

Buckingham Palace Gardens : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 25]

Titre : Buckingham Palace Gardens                                big_3-5

Auteur : Anne Perry
Édition :  10/18

Résumé :
Thomas Pitt, agent des services très secrets de la reine Victoria, la Special Branch, et son supérieur, le glacial Narraway, sont convoqués de toute urgence au palais de Buckingham.

L’impensable vient de se produire : un crime barbare a été commis sur la personne d’une prostituée, retrouvée au petit matin dans un placard. La jeune femme était « invitée » à une fête très privée donnée par le prince de Galles…

Le coupable doit être désigné et l’affaire étouffée au plus vite, avant que le scandale ne s’ébruite hors du palais, au risque de mettre la Couronne en péril…

Critique : 
Bienvenue à Buckingham Palace ! Sa salle du trône, ces cuisines démesurées, ses kilomètres de couloirs, sa multitude de larbins et de laquais, ses nombreux placards dont un possède une prostituée morte, égorgée et les entrailles sorties sur les draps blancs et immaculés (par derrière)…

Un cadavre dans le placard de la reine Victoria ?? Une prostipute égorgée comme au bon vieux temps de l’ami Jack ? Hé oui !

Son Altesse Royale le Fils de la Reine a invité 4 hommes (et leurs épouses) afin de discuter et mettre au point une ligne de chemin de fer qui relierai Le Caire au Cap et, afin d’égayer une soirée, ils se sont fait livrer – non pas de pizzas – des prostituées en provenance d’un bordel. Et boum, on en retrouve une refroidie dans un placard à linge !

— La pauvre fille, on l’aurait trouvée dans le placard à linge, répondit Narraway.
Le chef de la Special Branch avait le visage dur, émacié, et un regard si sombre qu’il paraissait noir dans la pénombre du cab. Puis, avant que Pitt n’ajoute quoi que ce soit, il précisa :
— Dans l’un des placards à linge du palais de Buckingham.

Pitt, toujours à la Special Branch va devoir marcher sur des oeufs afin de trouver le coupable sans commettre d’impair (lui qui n’en porte pas, d’imper).

— Chacun d’entre vous était avec une femme différente ?
— Cela va de soi ! répliqua sèchement le prince, le visage empourpré.

Cet aventure revient un peu à mes premiers amours, c’est-à-dire une enquête criminelle avec un morceau de viande froide bien saignante. Même si la politique n’est jamais loin quand on doit enquêter dans le palais de Buckingham où trône un fils de reine, ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile.

J’ai aimé le petit côté huis-clos de l’affaire puisque nous sommes au palais et que nous le quittons pas. Les circonstances du meurtres sont impossibles à deviner et malgré le fait que nous n’avons que 4 suspects potentiels dont 1 a un alibi, la tâche n’est pas aisée.

Pourtant, j’avais deviné une chose à laquelle Pitt n’avait pas pensé. Le diable se cache dans les détail, mais malgré cette illumination (qui était bonne mais pas pour la raison que je pensais) et malgré le fait que j’avais mon suspect et que j’avais bon, jamais je n’ai immaginé le mobile une seule seconde.

Chapeau, c’était rondement mené – malgré quelques petits passages plus lents – et lorsque nous pensons que tout est résolu, et bien non !

Malgré la multitude de personnages, on les différencies bien, surtout un, que j’ai détesté d’emblée.

Un seul regret : pas de Charlotte menant l’enquête puisque nous sommes à Buckingham, mais Gracie, leur petite bonne, aura les honneurs de cette aventure et, ma foi, elle ne démérite pas.

Quand à notre Pitt, il a une sacrée paire de couilles bien accrochées parce que oser dire ce qu’il a dit, à cette époque où les rois et reines étaient tout puissant, fallait en avoir des grosses !

Parce que le roman ne se contente pas de vous faire découvrir le palais au travers d’une enquête, non, il est aussi une critique assez virulente sur les petits jeux qui s’y déroulaient.

Les gens avaient beau péter dans de la soie, ils étaient souvent plus vils que ceux qui vivaient dans les caniveaux. Et comme disait Pitt, on trouve des caniveaux dans les endroits les plus inattendus.

— Espèce d’incapable ! lança-t-il d’une voix rageuse. Mais pour quoi vous prenez-vous pour vous adresser sur ce ton condescendant au futur roi d’Angleterre avec votre pudibonderie d’ouvrier. Avez-vous idée de la façon dont vous vous êtes ridiculisé ? On attend pas de vous un comportement de gentleman, mais que vous ayez au moins la présence d’esprit de garder vos jugements moraux pour vous même. On voit bien que vous venez du caniveau, là où, je suppose, vous passez le plus clair de votre temps.
— Mais vous savez, ajouta Pitt, ses yeux dans ceux de Dunkeld, on trouve des caniveaux dans les endroits les plus inattendus.

Ceux qu’elle avait admiré n’étaient en fait ni plus ni moins malins ou courageux qu’elle. Le palais était bien comme partout ailleurs, un lieu de bassesses et d’ambitions, où l’on jouait avec la vérité pour sauver sa peau.

En plus de tacler la monarchie, les nobles et certains riches qui auraient vendu père et mère pour posséder un titre, le roman nous parle aussi de la colonisation de l’Afrique, de certains pays qui ont déjà beaucoup et qui en veulent encore plus, quitte à écraser les habitants.

Et eux, ils n’avaient pas d’armes à feu, contrairement à nos pays dits « civilisés ».

— La musique de chambre, tant que vous voulez, mais ne réduisez pas les tam-tams au silence sous prétexte que vous n’y comprenez rien, Mr. Narraway. Les mêmes qui jouent du violon possèdent des armes à feu, alors que ceux qui jouent du tam-tam n’en ont pas.

Un excellent moment de lecture.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Victorien » chez Arieste et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.