Une Étude en soie : Emma Jane Holloway

Une Étude en soie

Titre : Une Étude en soie

Auteur : Emma Jane Holloway
Édition : Bragelonne (2015)

Résumé :
Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes, s’apprête à vivre sa première saison dans la haute société londonienne. Mais quand de terribles meurtres secouent le manoir de son amie et hôte, la jeune femme se retrouve plongée au cœur d’un complot remettant en question le monopole des barons de la vapeur sur la ville. Une enquête à hauts risques.

D’autant qu’Evelina cache un dangereux secret et qu’elle ignore auquel de ses compagnons elle peut réellement accorder sa confiance : le beau et brillant aristocrate débauché qui fait battre son cœur ou son meilleur ami forain, qui ferait n’importe quoi pour elle.

steam punk_4a72b0cca22b0_hiresCritique :
Plutôt que de se lancer dans l’exercice périlleux de pondre un apocryphe avec Sherlock Holmes en personnage principal faisons de lui un personnage secondaire et inventons-lui une charmante nièce douée de pouvoirs magique…

De la magie ? Oui, ce roman lorgne clairement vers le steampunk, d’ailleurs, ceux qui font le loi à Londres, ce sont les barons de la vapeur, qu’elle soit produite avec du gaz, du charbon ou de l’électricité.

Une sorte de lobby tout puissant qui fait la pluie et le beau temps chez tout le monde, y compris dans l’aristocratie et qui, si vous marchez pas sur leur musique, peuvent vous déconnecter ! Plongé dans le noir vous serez, oublié de tous vous deviendrez.

Niveau meurtre et mystère, on plonge dans le bain de suite avec le meurtre d’une servante de chez lord Bancroft où Evelina réside comme elle est amie avec Imogen, la fille.

Le seul bémol viendra ensuite car le début est lent à se mettre en place car l’auteur nous parle de tous les personnages, nous les voyons accomplir des tâches, des magouilles, des fourberies, sans toujours savoir où tout cela mènera et il faut un certain nombre de pages avant que tout ne se mette vraiment en branle et ne nous entraine dans un final où Sherlock Holmes sera plus que présent.

Ce que j’ai apprécié, c’est l’ambiance steampunk, les machines à vapeur, la main-mise de ce lobby de barons tous en train de se tirer dans les pattes l’un l’autre ou de magouiller pour prendre le territoire d’un autre.

La magie, bien que présente, ne l’est pas au point d’un Harry Potter, elle est discrète parce que quiconque sera suspecté d’en user se verra emprisonné, aura un simulacre de procès avant de finir sur le bûcher. Comme disait l’autre « Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite ! ».

Les personnages sont assez nombreux mais bien distincts et on ne sait pas vraiment qui est clean et qui ne l’est pas, et s’il ne l’est pas , à quel point est-il mouillé dans tout ce qui arrive dans l’histoire !

Evelina est agréable à suivre, elle voudrait bien monter dans la société, elle qui est née des amours de la soeur de Holmes pour un militaire avec lequel elle s’était enfuie. Disgrâce infâme !

Notre héroïne ne perd la tête que lorsque le beau Tobias, fils de Lord Bancroft lui fait les yeux doux ou lorsque Niccolo l’intrépide, ami d’enfance, lui lance un regard de braise.

Si Tobias est un ange déchu, comment qualifier Nick ? Une séduisante créature du monde des ombres venue me tenter avec des visions d’amour perdu ? Les deux hommes étaient à la fois désirables et dangereux.

— Trouver le bon mari, c’est un peu comme choisir un chien de chasse. Tous aboient plus qu’ils ne mordent, ma fille. Un jour tu contempleras l’homme assis en face de toi à la table du petit déjeuner et tu comprendras que le dressage est la seule option restante.

C’est frais, amusant, on découvre une société victorienne conforme à ce qu’elle était, sauf que nous avons des machines à vapeur et de la magie en sus.

Il y a de l’humour, du tragique, de l’amour, du mystère, du suspense aussi, mais il aurait été plus perceptible avec 100 pages de moins.

— Quand j’observe – où devrais-je dire quand j’explore ? – la garde-robe d’une femme, le nom de la boutique où elle a acheté ses vêtements n’est pas ce qui m’intéresse le plus.
Bucky leva les yeux au ciel.
— Alors qu’est-ce qui est le plus riche d’enseignements, les jupes ou les culottes ?
— Ni les unes ni les autres ne sont des sources d’information très fiables. Elles cèdent à la moindre pression.

Un récit qui se lit tout seul, malgré ces 570 pages, une plume qui nous fait passer de bons moments avec les personnages qu’elle crée, un Holmes bien esquissé, peu présent au départ mais là au final, de l’amitié, des choix amoureux à la limite du déchirement et des mystères qui planent au-dessus des pages.

De plus, paru durant le « Mois du Cuivre », le roman est tout simplement superbe avec ses tranches dorées. Et comme le ramage était conforme au plumage, je ne regrette pas mon achat onéreux !

J’espère qu’il y aura d’autres tomes de cette facture car j’ai envie de retrouver Evelina et voir ce qui va lui arriver dans les prochaines aventures !

— Je ne veux pas m’enfuir, ni me cacher, ni être exploitée par quelqu’un d’autre. Je veux simplement être moi-même.
Il recula et laissa échapper un soupir.
— Alors prépare-toi à te battre pour ça parce que seuls les forts peuvent se tenir debout tout seuls.

PS : Il est à noter que le titre est bien trouvé et en rapport avec le contenu mais que le sous-titre « L’affaire Baskerville » n’avait pas vraiment lieu d’être puisqu’on en parle à demi-mots…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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L’Inconnue de Blackheath : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 29]

Titre : L’Inconnue de Blackheath                                         big_3-5

Auteur : Anne Perry
Édition : 10/18 (2014)

Résumé :
En 1897, alors que la Grande-Bretagne est lancée dans une course à l’armement, l’inspecteur Pitt doit trouver celui qui a sauvagement tué puis défiguré une jeune femme ressemblant fort à la servante du haut fonctionnaire Dudley Kynaston.

Derrière ce meurtre sanglant, chercherait-on à atteindre cet expert du gouvernement détenteur de nombreux secrets sur la stratégie navale britannique ?

Tandis que d’autres meurtres surviennent, Pitt aura besoin de tout le secours de Charlotte et de sa sœur Emily, dont le mari vient d’obtenir un siège de député au Parlement.

Critique : 
Une femme de chambre qui s’enfuit dans la nuit noire et obscure ne vaut pas la peine que l’on ouvre une procédure. Sans aucun doute était-ce pour une aventure qu’elle a fait le mur, la petite raclure.

Si ladite femme de chambre (ou bonne) est retrouvée morte deux semaines plus tard, le personnel aura le cafard, car un salopard aura fait tomber la petite dans un traquenard et le policier se fera flemmard.

Mais si le corps retrouvé est horriblement mutilé, défiguré et que son patron est haut placé, alors, va falloir s’activer ! D’une banalité, on passe à une tragédie compliquée.

— Une femme de chambre qui s’enfuit avec son amant c’est dérangeant, néanmoins cela n’a rien d’exceptionnel, reprit-elle. Je crois en avoir perdu au moins trois de cette manière, voire quatre, si j’y ajoute une fille de cuisine. En revanche, une femme battue à mort et laissée en pâture aux animaux dans un lieu public, voilà qui est à la fois grotesque et tragique.

— Dans cette affaire, le banal le dispute à la tragédie.

Dudley Kynaston, employeur de Kitty, la disparue retrouvée morte non loin de chez lui, est un haut fonctionnaire qui travaille pour la « britannique navale ».

Voilà une enquête épineuse pour Thomas Pitt car si on pose trop de questions, on éveille les soupçons chez les autres, sans parler des interrogatoires qui n’ont rien de ceux vu dans le roman « 1974 » où c’était à coup de seau de merde lancé à la tête du suspect.

Ici, faut mettre des gants et trouver les réponses aux questions « Qui ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? Quoi ? Où ? ».

Va falloir prendre l’enquête par le bon bout, les amis ! Heureusement que Thomas Pitt peut compter sur Stocker, son assistant, sur Narraway, son ancien chef, sur Lady Vespasia, la grande-tante et un peu sur Charlotte, sa femme, bien qu’elle soit moins présente dans les enquêtes.

Je me suis régalée avec ce roman où tout n’est que mystère depuis la fuite de Kitty et depuis l’arrivée de deux cadavres de jeunes filles, mutilés, et déposées non loin de chez Kynaston. Mais pourquoi a-t-elle fui ? Mystèèèère…

Emily, la petite sœur de Charlotte, est plus présente dans ce tome et j’ai bien aimé de la voir évoluer vers la quarantaine, avec sa crise, ses angoisses, ses questions, sa peur de devenir transparente dans les soirées.

— Nous tenons la lumière pour acquise, jusqu’au moment où elle s’éteint. Vous êtes accoutumée à tourner le robinet pour avoir de l’eau. Vous avez oublié ce qu’il en est d’aller en chercher au puits.
Emily haussa les sourcils.

— Vous pensez que je me sentirais mieux en allant au puits ?
— Pas du tout. En revanche, si vous le faisiez plusieurs fois, tourner le robinet aurait certainement cet effet.

Dommage que les deux sœurs ne puissent plus aller sortir les vers hors du nez des vieilles rombières buveuse de thé.

Par contre, j’avais trouvé le coupable avant Pitt et son équipe (mais pas le mobile) et je ne comprends pas comment il leur a fallu autant de temps pour trouver le colonel Moutarde avec le chandelier dans la véranda !

Du mystère, des secrets, des trucs louches bien cachés et des corps qui font leur apparition pour dérouter tout le monde. Et les cadavres en déroutent, ça me rappelle une autre aventure !

Tout compte fait, l’habit de chef de la Special Branch sied à ravir à notre Thomas Pitt qui comprend petit à petit comment jongler avec les multiples rouages de l’espionnage et sait se comporter comme un parfait petit agent 007.

Ses triomphes étaient voués à demeurer secrets, tandis que ses échecs seraient désastreusement publics.

Je ne sais pas si c’est parce que ce tome est l’avant-dernier (pour le moment), mais j’ai trouvé que certains personnages se mettaient un peu plus à nu et cela m’a donné de l’émotion.

Il tendit la main par-dessus la nappe blanche et la posa sur la sienne, très doucement, mais avec trop de force pour qu’elle puisse se dégager.
— Croyiez-vous réellement que j’allais vous demander de le faire ? Je vous en prie, accordez-moi plus de sensibilité et plus d’affection à votre égard !

Cet épisode mettra aussi en avant l’exploration des « petits travers de la société victorienne » en abordant les naissances « avec ou sans » cuillère en or dans la bouche… Qui fait que selon votre rang, vous aurez accès, ou pas, à des postes importants, sans que l’on tienne compte de votre compétence.

— On ne peut pas confier un poste aussi important à quelqu’un en vertu de son seul nom.

Un bon moment de lecture remplit d’interrogations.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, d’une LC chez Bianca, le Challenge « Victorien » chez Camille et du Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda (dernière fiche).

Buckingham Palace Gardens : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 25]

Titre : Buckingham Palace Gardens                                big_3-5

Auteur : Anne Perry
Édition :  10/18

Résumé :
Thomas Pitt, agent des services très secrets de la reine Victoria, la Special Branch, et son supérieur, le glacial Narraway, sont convoqués de toute urgence au palais de Buckingham.

L’impensable vient de se produire : un crime barbare a été commis sur la personne d’une prostituée, retrouvée au petit matin dans un placard. La jeune femme était « invitée » à une fête très privée donnée par le prince de Galles…

Le coupable doit être désigné et l’affaire étouffée au plus vite, avant que le scandale ne s’ébruite hors du palais, au risque de mettre la Couronne en péril…

Critique : 
Bienvenue à Buckingham Palace ! Sa salle du trône, ces cuisines démesurées, ses kilomètres de couloirs, sa multitude de larbins et de laquais, ses nombreux placards dont un possède une prostituée morte, égorgée et les entrailles sorties sur les draps blancs et immaculés (par derrière)…

Un cadavre dans le placard de la reine Victoria ?? Une prostipute égorgée comme au bon vieux temps de l’ami Jack ? Hé oui !

Son Altesse Royale le Fils de la Reine a invité 4 hommes (et leurs épouses) afin de discuter et mettre au point une ligne de chemin de fer qui relierai Le Caire au Cap et, afin d’égayer une soirée, ils se sont fait livrer – non pas de pizzas – des prostituées en provenance d’un bordel. Et boum, on en retrouve une refroidie dans un placard à linge !

— La pauvre fille, on l’aurait trouvée dans le placard à linge, répondit Narraway.
Le chef de la Special Branch avait le visage dur, émacié, et un regard si sombre qu’il paraissait noir dans la pénombre du cab. Puis, avant que Pitt n’ajoute quoi que ce soit, il précisa :
— Dans l’un des placards à linge du palais de Buckingham.

Pitt, toujours à la Special Branch va devoir marcher sur des oeufs afin de trouver le coupable sans commettre d’impair (lui qui n’en porte pas, d’imper).

— Chacun d’entre vous était avec une femme différente ?
— Cela va de soi ! répliqua sèchement le prince, le visage empourpré.

Cet aventure revient un peu à mes premiers amours, c’est-à-dire une enquête criminelle avec un morceau de viande froide bien saignante. Même si la politique n’est jamais loin quand on doit enquêter dans le palais de Buckingham où trône un fils de reine, ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile.

J’ai aimé le petit côté huis-clos de l’affaire puisque nous sommes au palais et que nous le quittons pas. Les circonstances du meurtres sont impossibles à deviner et malgré le fait que nous n’avons que 4 suspects potentiels dont 1 a un alibi, la tâche n’est pas aisée.

Pourtant, j’avais deviné une chose à laquelle Pitt n’avait pas pensé. Le diable se cache dans les détail, mais malgré cette illumination (qui était bonne mais pas pour la raison que je pensais) et malgré le fait que j’avais mon suspect et que j’avais bon, jamais je n’ai immaginé le mobile une seule seconde.

Chapeau, c’était rondement mené – malgré quelques petits passages plus lents – et lorsque nous pensons que tout est résolu, et bien non !

Malgré la multitude de personnages, on les différencies bien, surtout un, que j’ai détesté d’emblée.

Un seul regret : pas de Charlotte menant l’enquête puisque nous sommes à Buckingham, mais Gracie, leur petite bonne, aura les honneurs de cette aventure et, ma foi, elle ne démérite pas.

Quand à notre Pitt, il a une sacrée paire de couilles bien accrochées parce que oser dire ce qu’il a dit, à cette époque où les rois et reines étaient tout puissant, fallait en avoir des grosses !

Parce que le roman ne se contente pas de vous faire découvrir le palais au travers d’une enquête, non, il est aussi une critique assez virulente sur les petits jeux qui s’y déroulaient.

Les gens avaient beau péter dans de la soie, ils étaient souvent plus vils que ceux qui vivaient dans les caniveaux. Et comme disait Pitt, on trouve des caniveaux dans les endroits les plus inattendus.

— Espèce d’incapable ! lança-t-il d’une voix rageuse. Mais pour quoi vous prenez-vous pour vous adresser sur ce ton condescendant au futur roi d’Angleterre avec votre pudibonderie d’ouvrier. Avez-vous idée de la façon dont vous vous êtes ridiculisé ? On attend pas de vous un comportement de gentleman, mais que vous ayez au moins la présence d’esprit de garder vos jugements moraux pour vous même. On voit bien que vous venez du caniveau, là où, je suppose, vous passez le plus clair de votre temps.
— Mais vous savez, ajouta Pitt, ses yeux dans ceux de Dunkeld, on trouve des caniveaux dans les endroits les plus inattendus.

Ceux qu’elle avait admiré n’étaient en fait ni plus ni moins malins ou courageux qu’elle. Le palais était bien comme partout ailleurs, un lieu de bassesses et d’ambitions, où l’on jouait avec la vérité pour sauver sa peau.

En plus de tacler la monarchie, les nobles et certains riches qui auraient vendu père et mère pour posséder un titre, le roman nous parle aussi de la colonisation de l’Afrique, de certains pays qui ont déjà beaucoup et qui en veulent encore plus, quitte à écraser les habitants.

Et eux, ils n’avaient pas d’armes à feu, contrairement à nos pays dits « civilisés ».

— La musique de chambre, tant que vous voulez, mais ne réduisez pas les tam-tams au silence sous prétexte que vous n’y comprenez rien, Mr. Narraway. Les mêmes qui jouent du violon possèdent des armes à feu, alors que ceux qui jouent du tam-tam n’en ont pas.

Un excellent moment de lecture.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Victorien » chez Arieste et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Long Spoon Lane : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 24]

Titre : Long Spoon Lane [NUM]                                                     big_4

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Réveillé en pleine nuit par Victor Narraway, chef de la Special Branch, Thomas Pitt est sommé de se rendre d’urgence dans Myrdle Street où des anarchistes menacent de faire sauter une bombe.

Après une course-poursuite effrénée, il parvient à arrêter deux d’entre eux, mais découvre dans leur Q.G. de Long Spoon Lane le cadavre de leur chef, fils d’un lord très influent, abattu d’une balle dans la nuque.

Intrigué par ce meurtre et les accusations plutôt troublantes des deux anarchistes qui dénoncent une corruption policière étendue, Pitt décide d’enquêter avec l’aide de son ancien acolyte du commissariat de Bow Street, l’inspecteur Tellman.

Il découvre alors une conspiration policière et politique terrifiante, orchestrée par le Cercle intérieur, qui ne lui laissera pas d’autre choix que de s’allier avec son pire ennemi, Lord Charles Voisey.

Critique : 
C’est fou comme certaines lectures peuvent rejoindre l’actualité… Et malgré plus d’un siècle d’écart, les pensées imbéciles et les désirs haineux de certains sont toujours d’actualités.

En aurions-nous douté ? Pas moi, en tout cas.

Je viens donc de prendre mon pied avec ce roman (tout en ayant une pensée pour l’actualité de ces dernières semaines) qui me donnait envie de chanter ♫ Non, non, rien à changé ♪

Lecture, qui, au départ, fut entamée avec appréhension. Pourquoi ? Parce que je n’aime pas la Special Branch et que je n’ai toujours pas digéré l’éviction du commissaire Thomas Pitt de Bow Street. C’est donc en ronchonnant un peu que j’ai ouvert le livre, mais ce fut de courte durée.

Direction les bas-fonds de Londres, les quartiers les plus miteux, ceux où les gens triment 6 jours sur 7 pour des salaires de misères. Un contexte social et politique étaient présent, de quoi me réjouir, donc.

Des anarchistes ont déposé une bombe afin de faire sauter une maison bien précise mais vu qu’ils n’ont pas accès au site Comment-faire-une-bombe.com, c’est trois immeubles qui sont parti en fumée, laissant leurs occupants encore plus miséreux.

Courses-poursuites en fiacre, fusillade… et un anarchiste au tapis ! Mais qui l’a tué, et pourquoi ??

Lorsque je vous parlais des airs contemporains de cette enquête, c’était au niveau politique. Suite à l’attentat, certains parlementaires ont présenté un projet de loi visant à doter les policiers londoniens d’armes à feu et de leur donner plus de pouvoirs.

Un Patriot Act version « Tea for two »… Des policiers armés en permanence ainsi qu’une possibilité de fouiller les gens et leurs maisons SANS mandat, autrement dit, si les flics ont quelques soupçons ou que votre tronche ne leur revient pas, hop, à la fouille !

Et vu que la police a mis 30 ans afin de se faire accepter par les gens des quartiers les plus miséreux, ils risquent de perdre la confiance du petit peuple.

De plus, une partie de ces flics sont corrompus et rançonnent les petits commerçants… Oui, mafia version rosbeef. Notre Thomas Pitt a du pain sur la planche et les esprits s’échauffent vite, même sans les réseaux sociaux.

L’auteur nous démontre bien les manipulations qui peuvent se faire, en Haut Lieu, afin de permettre à certains de transformer les policiers en petite armée privée, quitte, pour arriver à leurs fins, à provoquer eux-mêmes des attentats afin de renforcer le climat d’insécurité. La démagogie bat son plein.

— Wetron va se servir du sentiment d’insécurité pour faire passer cette loi. Tout nouvel incident fera son jeu. Il va laisser la criminalité augmenter jusqu’à ce que plus personne ne se sente en sécurité nulle part : vols, agressions, incendies et peut-être même d’autres bombes. Il veut, et il va, semer la peur au point que les gens supplieront qu’on donne à la police des armes, des effectifs et des pouvoirs supplémentaires. Et quand il les aura obtenus, il écrasera le crime en quelques jours pour apparaître en héros.

On comprend aussi comment il est possible de présenter, sous un jour favorable, des projets de lois renforçant votre sécurité, alors qu’il n’en est rien. Le produit à l’air alléchant lorsqu’il est présenté par un parlementaire alléché, mais lorsque l’on creuse un peu, on est horrifié des pouvoirs que l’on donne aux autres.

— C’est généralement à cause des troubles que nous acceptons les changements.

Bref, ne nous laissons pas manipuler par les politiciens et les médias, nous rappelle le roman dont certains dialogues m’ont enchanté (surtout les réparties entre Thomas et les anarchistes) et étaient tout ce qu’il y a de plus contemporains.

— Nul n’a le droit de s’en prendre à des gens innocents pour faire valoir son point de vue. C’est mal, quel que soit le désespoir dans lequel on se croit.

Il pouvait se montrer imprudent, ne se rendant pas compte que parfois de mauvaises personnes peuvent prêcher de bonnes croisades.

Un petit roman noir bien serré, une dose de suspense, additionné de fiacres poursuites, saupoudré de coups de feu, et rehaussé d’une enquête qui n’a pas dit son dernier mot avant le mot « fin ». Plus quelques incursions dans les salons huppés avant de replonger dans des petites ruelles coupe-gorge.

Tous nos personnages habituels sont présent, même si Charlotte ne peut plus enquêter comme elle le faisait avant, lorsque Thomas était au commissariat de Bow Street.

Sans oublier une alliance contre nature entre Thomas Pitt et Charles Voisey. Et il est dit que lorsqu’on dîne avec le Diable, il faut se munir d’une longue cuillère (Long Spoon).

Tout compte fait, la Special Branch vient de remonter dans mon estime.

BILAN - Coup de coeurLu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2013-2014), du Challenge « Polar Historique » de Sharon, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chezBianca.

Southampton Row : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 22]

Titre : Southampton Row                                                          big_2-5

Auteur : Anne Perry
Édition :  10/18

Résumé :
Fraîchement réintégré à son poste de Bow Street et félicité par la reine Victoria en personne pour sa précédente affaire, le commissaire Thomas Pitt n’a guère le temps de se réjouir.

Le voilà de nouveau congédié et sommé de rejoindre la très obscure Special Branch. son ennemi le plus acharné, le machiavélique Voisey, est de retour à la tête du « cercle intérieur », la société secrète la plus puissante et la plus mystérieuse de l’empire britannique !

A l’approche des élections parlementaires, Thomas Pitt doit à tout prix découvrir les intentions du sinistre personnage afin de mieux déjouer ses plans.

Plongé bien malgré lui au cœur des arcanes du pouvoir, alors que l’étau se resserre, Pitt n’a que quelques jours pour empêcher le royaume tout entier de sombrer dans le chaos.

Critique : 
Allez hop, allons faire un petit tour dans le merveilleux petit monde de la politique…

Allons découvrir les arcanes de cette chose merveilleuse, les dessous de cet univers rempli de gens biens, honnêtes, ce monde exempt de coups bas, de tacles assassins ou de plantage de couteaux dans le dos.

Bref, bienvenue chez les Bisounours, ce monde où personne ne baise personne. Et arrêtez de tousser, s’il vous plaît…

Les élections pointent le bout (on remplacerait bien le « l » par un « r ») de leur nez et les politiciens sont plus tendus que la corde d’un arc qui serait sous influence de Viagra.

Notre Thomas Pitt, à peine remis dans ses fonctions au commissariat de Bow Street, est de nouveau catapulté dans la Special Branch afin d’empêcher un homme bien connu d’accéder au pouvoir via les élections. Cet homme néfaste appartenant au Cercle Intérieur et dont nous avons fait la désagréable rencontre dans le tome précédent « La conspiration de Whitechapel ».

Il pourrait user de moyens peu catholique afin de décrédibiliser son adversaire politique… Sans compter les menaces qui pourraient peser sur la famille de Pitt.

Voilà un roman à déconseiller à ceux et celles qui seraient allergiques à la politique et à tout ses petits dessous peu reluisants. Sûr que vous risquez d’attraper des boutons à force de nager dans ces eaux insalubres.

Moi même qui aime les contextes politiques dans les romans, et bien, j’ai eu un peu de mal au début de ma lecture. Heureusement qu’un bon vieux crime est venu mettre un peu d’ambiance dans toutes les magouilles des politiciens anglais.

Si Charlotte et sa petite bonne, Gracie, sont effacées dans ce roman, l’inspecteur Tellman va reformer son duo avec Pitt durant l’enquête et Lady Vespasia aura son mot à dire dans cette enquête.

La présence de Cornwallis, l’ancien chef de Pitt est toujours plaisante et additionnée de madame Isadora Underhill, cela laisse présager une autre aventure, mais plus romantique.

Cette aventure m’a moins plus que la précédente, mais malgré tout, j’ai passé un bon moment au milieu de toutes ces magouilles politiques et je dois dire qu’une était si fine que je ne peux que lui tirer mon chapeau, même si le coup était plus bas que bas.

Niveau enquête, rien à dire, mais je déteste quand Thomas Pitt n’est pas à Bow Street. Cette partie sur la Special Branch ne me plaît pas du tout et je ne voudrais pas non plus qu’à chaque aventure, le Cercle Intérieur soit présent, à la fin, ça va lasser.

Et puis, une enquête sans Charlotte et Gracie, ça laisse un vide trop grand. J’ose espérer qu’ensuite, tout reviendra à la normale et qu’elles seront présentes dans les suivants.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2013-2014), du Challenge « Polar Historique » de Sharon, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

La conspiration de Whitechapel : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 21]

Titre : La conspiration de Whitechapel [NUM]                    big_4

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Printemps 1892. John Adinett, un membre respecté de la haute société londonienne, est jugé pour le meurtre d’un de ses meilleurs amis.

Le commissaire Thomas Pitt, chargé de l’enquête, est appelé à témoigner.

Mais à l’issue de ce bien étrange procès, le voilà traîné dans la boue, démis de ses fonctions et exilé dans un des quartiers les plus sordides de Londres.

Seule sa femme, l’intrépide Charlotte, sera capable de reprendre l’enquête de son cher mari afin de sauver sa carrière et sa vie des griffes du mystérieux et puissant Cercle Intérieur…

Des somptueux salons de l’aristocratie aux taudis de l’East End, Anne Perry n’a pas son pareil pour faire le portrait d’une société victorienne gangrenée par l’injustice sociale et au bord du chaos.

Critique : 
Moi qui croyait que cette lecture allait me déconstiper car elle avait tout pour devenir chiante, et bien, je me suis lourdement fourrée le doigt dans l’oeil, et ce, jusqu’au coude !

Non pas que je me sois ennuyée avec le déroulement du procès (j’aime ça), mais la mise à pied de notre commissaire Thomas Pitt et son envoi dans la Special Branch m’avait fait craindre une lecture insipide ou neuneu. Il n’en fut rien !

Je dois avouer que j’ai même souffert pour lui. Lorsqu’on a un travail que l’on apprécie, quelques soit ces défauts, et qu’on le fait du mieux que l’on peut, tel Pitt, cela fait mal de s’en voir destitué et descendu sur l’échelle sociale alors qu’on n’est pas responsable.

— Nous ne nous rendons compte à quel point nous tenons à notre vie présente, malgré toutes ses imperfections, uniquement quand quelqu’un menace de la détruire, dit-elle. Je n’ai rien contre certains changements, mais je ne veux pas d’un bouleversement.

Pour une fois, on laisse de côté les beaux salons et les tasses de porcelaine pour s’aventurer en plein dans les quartiers pauvres de la grande ville de Londres où les gens ne savent pas s’ils mangeront demain. Ils ne savent d’ailleurs pas s’ils mangeront aujourd’hui… Et si on ne les tue pas au travail, c’est parce que les morts, ben ça travaillent moins bien.

De par cette immersion dans les quartiers les plus pauvres, on peut dire que cette aventure à tout d’un roman noir vu le contexte social mis en avant : si l’usine de sucre ferme ses portes, c’est 1000 familles qui crèveront de faim et l’insurrection commencera dans ces quartiers oubliés de tous. Ça grogne déjà, et à juste titre.

Cette aventure est rythmée, l’enquête avance vite, on n’a pas le temps de regarder les mouettes dans le ciel et, hormis les premiers chapitres qui pourraient coller de l’urticaire à ceux qui sont allergiques aux déroulements des procès, tout le reste est diablement agréable à lire.

La salle d’audience de l’Old Bailey était bondée. Tous les sièges étaient occupés et les huissiers refusaient du monde. On était le 18 avril 1892, le lundi après Pâques qui marquait également l’ouverture de la Saison à Londres. C’était aussi le troisième jour du procès du distingué John Adinett, militaire, accusé du meurtre de Martin Fetters, grand voyageur et spécialiste de l’antiquité.
A la barre des témoins se trouvait Thomas Pitt, commissaire du poste de police de Bow Street.

Si Thomas est présent malgré son éviction, ce tome fait la part belle à la petite bonne des Pitt, Gracie, et à l’inspecteur Tellman qui est remonté dans mon estime. Il est d’ailleurs un des personnages détestables qui a le mieux évolués aux fil des derniers tomes.

Une autre chose qui m’a bien plu, c’est le côté politique dans lequel on baigne durant notre lecture. Et comme vous le savez, avec le mot « politique » il y a aussi corruption, magouilles, petits arrangements entre amis, complots, manipulations de la vérité… Ajoutons à cela une société secrète qui tire des ficelles et une race que je déteste particulièrement : les spéculateurs. Moi, j’aime tout ces ingrédients dans un roman.

— Les nihilistes ? Eux veulent tout détruire.
— C’est idiot ! À quoi ça servirait ? Après, on n’aurait plus rien pour personne.
— Oui, c’est idiot, approuva Charlotte. Je ne pense pas qu’ils aient beaucoup d’idées, juste de la rancœur.

— Cela dépend de ceux à qui il a emprunté, dit-il avec gravité. De spéculateurs ou de courtisans qui, à leur façon, ont pris leurs propres risques, on peut se dire qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent. Mais il en va différemment si son créancier est un homme de bonne foi qui s’en trouve ruiné, entraînant d’innombrables malheureux dans sa chute.

L’auteure connait son sujet et en nous parlant de la politique, de la justice, des crèves la faim, de la reine qui vit recluse depuis 30 ans et de son fils qui dépense sans compter. On comprend que tout cela c’est le terreau dans lequel pousse la grogne sociale, la peur de l’autre et l’antisémitisme, une fois de plus.

— Par ailleurs, l’antisémitisme est très fort par ici, nourri essentiellement par la peur et l’ignorance. Quand la vie est dure, les gens cherchent toujours un bouc émissaire et ceux qui sont différents d’une manière visible sont les premières cibles parce qu’elles sont plus faciles.

Sans compter que l’ombre de Jacky plane sur les pages et sur les ruelles de Whitechapel qui se trouvent à un pet de cheval de là. Cela ne fait jamais que 4 ans que l’homme au grand couteau trucidait des prostituées dans le quartier.

Ceux et celles qui ont étudié les faits de 1888 savent que la théorie dont on parlera dans le roman est saugrenue, l’homme impliqué étant dans l’impossibilité physique d’assassiner les femmes. Quant au fait que les meurtres auraient eu lieu dans une voiture, c’est tout aussi farfelu, les coupures étant trop nettes que pour avoir été faites durant des chaos.

Alors que je haussais les sourcils de dépit, me disant que tout ça c’était du déjà vu, l’auteure a su ne pas tomber dans la facilité et je l’en remercie.

Un polar historique aux relents de roman noir, le tout baignant dans la politique corrompue qui magouille à tour de bras.

— C’est le crépuscule, Vespasia, pour des dieux gâtés qui ont gâché leurs chances, dépensé trop d’argent qu’ils ne possédaient pas, emprunté des sommes qu’ils n’ont jamais remboursées. De braves gens crèvent de faim à cause d’eux et ils ne sont pas les seuls à être furieux. La rage s’est propagée et c’est cela qui fait tomber les rois.

Ça conspire à tous les étages et il faudra toute l’adresse de Thomas Pitt, de sa femme, de sa bonne et de son inspecteur pour démêler les fils de cet écheveau qui pourrait en amener quelques uns sur l’échafaud à force d’échafauder des complots.

Au final, ce qui se passait en 1892 est toujours d’actualité : on est manipulé, les faits sont manipulés, la vérité est travestie, et nous, pauvres fous, nous courons derrière le bâton que l’on nous lance, sans même penser une seule seconde que ce pourrait être un leurre.

Eux, ils avaient au moins l’excuse qu’ils n’étaient pas alphabétisés et instruits comme nous le sommes et les informations n’étaient pas aussi facilement accessibles que maintenant.

PS : Ceci est mon 500ème billet !!

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), du Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Half Moon Street : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 20]

Titre : Half Moon Street                                                                big_4

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
En cet automne 1891, Londres semble bien triste au commissaire Thomas Pitt, depuis que sa chère Charlotte est partie se reposer à Paris.

Mais il n’a guère le temps de sombrer dans le spleen, car la découverte du corps d’un homme habillé en femme dans une barque, sur la Tamise, l’entraîne dans une nouvelle aventure pleine de mystère.

Qui était la victime et pourquoi cette mise en scène macabre ? Aidé de l’irascible sergent Tellman, Pitt fouille les consciences et les coeurs de la haute société, arpentant les coulisses des théâtres où se jouent les pièces d’un certain Oscar Wilde.

Gentlemen et ladies irréprochables peuvent parfois cacher de bien dérangeantes vérités…

Critique : 
♫ Depuis que je suis loin de toi, Je suis comme loin de moi, ♪ Et je pense à toi là-bas ♪…

Cette petite chanson aurait pu être fredonnée par le commissaire Thomas Pitt car sa douce moitié, Charlotte, est partie visiter Paris avec sa sœur Emily et son beau-frère. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.

Contrairement à Thomas, je n’ai pas souffert de l’absence de Charlotte et de sa petite bonne, Gracie.

Attention, j’adore ces personnages, mais vu que le roman était très court (280 pages – lu en une journée), je n’ai pas eu le temps de me languir de leur absence.

Il faut dire que l’auteur ne perd pas son temps, dès la première page, boum, un meurtre assez sordide de par sa mise en scène : un homme, mort, habillé en femme et menotté dans une barque, les jambes écartés comme si… vous voyez ce que je veux dire.

L’enquête devra faire la lumière sur le coupable, le mobile et surtout, trouver l’identité de l’assassiné !

Dans ce roman policier victorien, le sujet traité sera « l’orgasme féminin dans la bonne société victorienne »…

Réanimez les culs-bénis, jetez de l’eau aux lecteurs en rut et restez calme !

Le sujet était tabou à ce siècle mais puisque l’art précède le progrès, c’est une actrice de théâtre qui a décidé de dénoncer le fait que la femme mariée devait rester passive durant l’acte, attendant que monsieur ait terminé sa petite besogne. Ça la fou en rogne que les femmes soient victimes des préjugés des hommes…

— Et quelles idées pensiez-vous faire évoluer avec cette photographie, Miss Antrim ?
— L’idée que la femme se satisfait d’un rôle passif dans l’amour, parce que c’est l’opinion des hommes depuis la nuit des temps ! Être prisonnier de ses propres préjugés est déjà bien triste, mais être prisonnier de ceux des autres est à mes yeux une monstruosité ! Vous ne comprenez donc pas ? s’écria-t-elle avec véhémence, agacée par le silence du policier. Personne, vous m’entendez, personne n’a le droit de décider pour autrui !

Le plaisir féminin ? Quel plaisir féminin ? Ça n’orgasme pas, une femme ! Et d’ailleurs, dans la bonne société, on n’en parle pas, on n’y pense même pas.

— Seuls les mots qui dérangent sont capables de nous faire réfléchir et évoluer. Grandir est souvent douloureux, mais refuser de grandir est le début d’une mort lente…

Le rythme de l’enquête est assez rapide, pas de temps à perdre à déguster des petits fours ou des sandwiches au concombres, bien que l’enquête soit tout de même entrecoupée par des petites scènes de vie quotidienne dans la famille de de Charlotte : en l’occurrence, sa mère et sa grand-mère.

S’il y avait bien un personnage que je détestais, c’était la grand-mère paternelle de Charlotte ! Une vieille dame aigrie, une vieille peau acariâtre et méchante. Bref, ce que je nommerai une frustrée de la vie doublée d’une mal baisée. De plus, cela fait plus de 20 ans qu’elle porte le deuil de son mari. Vous parlez d’un triste !

Et bien, ce tome a le mérite de m’avoir fait revisiter mon jugement sur cette sale bique octogénaire ! La tatie Danielle a des blessures secrètes et l’auteur fera monter le suspense jusqu’aux aveux. J’ai apprécié d’aller m’immiscer là où personne ne va voir.

Cette aventure m’a emmenée dans le Londres victorien des salons de thé et des pubs un peu mal famés, j’ai passé du temps avec des photographes, j’ai discuté un bout de gras avec Oscar Wilde, j’ai fouillé les tiroirs dans des arrières boutiques, mettant la main sur les ancêtres de nos images pornos… Et à cette époque, une jambe dénudée, c’était le summum de l’érotique.

— Une image qui n’est pas dérangeante ne fait pas évoluer les mentalités.

Des cartes postales inhabituelles ??? C’est à ce moment là que je me suis rendue compte que j’avais déjà lu ce roman il y a très longtemps. Diable, j’avais réussi à oublier le traumatisme de la tatie Danielle (pourtant, je n’aurais pas dû oublier, il est costaud) ? Par contre, les cartes postales osées étaient là, bien présentes dans ma mémoire. Mémoire sélective quand tu nous tiens.

Pas grave, de toute façon, j’avais tout oublié et le coupable, je ne l’ai pas vu venir ! Enfin, j’ai cru « le voir venir » mais je me suis plantée.

Un roman court, intense, pas le temps de s’ennuyer, l’auteur nous distille quelques vérités tout en nous proposant un sujet intéressant qui nous apprend un peu plus sur les mœurs de cette époque. Comme à chaque fois.

— J’ai entendu dire que c’était un pays peuplé de sauvages coupeurs de tête, murmura Mrs. Hunter-Jones.
— Des chasseurs de scalps, madame, la corrigea-t-il. Ce sont les Français qui coupent les têtes, si je ne m’abuse. Et sachez que ce sont les Blancs qui ont introduit la coutume du scalp; les indiens n’ont fait que les imiter. Ils étaient d’ailleurs bien plus doués que nous…
Il regarda au loin.
— Nous, nous avions les fusils, le whisky, la rougeole… Nous avons gagné.
Mariah Ellison lui lança un regard noir.
— Je ne comprends pas. Vous avez bien dit « rougeole » ?
— Oui, madame. Les Indiens ne supportaient pas le whisky, et la rougeole les a décimés par milliers. Nous pensons souvent, à tort, que les hommes ont la même constitution.

— […] La corruption ne se cachait pas; d’ailleurs, elle venait d’en haut : le gouvernement, les hommes politiques étaient corrompus. La violence régnait de chaque côté; la police ne valait guère mieux que les malfaiteurs. C’est terrible, n’est-ce pas ?

— Les esprits étroits critiquent toujours ce qu’ils ne comprennent pas, pour faire croire qu’ils dominent le sujet, en masquant leur ignorance, expliqua-t-il avec véhémence. C’est pour moi une perpétuelle source d’étonnement de constater que plus l’homme est stupide, plus il fait étalage de ses imperfections.

Attention, que, à force de partir en croisade, on en oublie les autres, leurs sentiments et le mal qu’on peut leur faire sans le savoir…

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), du Challenge « Polar Historique » de Sharon, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chezBianca.

Bedford Square : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 19]

Titre : Bedford Square                                       big_3-5

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Shocking ! Le général Balantyne ne décolère pas contre cet inconnu qui a eu le mauvais goût de venir mourir sur son perron de Bedford Square.

Pour Thomas Pitt, chargé de l’enquête, l’existence d’un lien entre la victime et le vieux militaire ne fait cependant aucun doute, mais pour le découvrir il va lui falloir explorer les arcanes de la haute société victorienne.

Et lorsqu’il s’agit de s’introduire dans ce milieu huppé, aucune aide ne lui est plus précieuse que celles de sa femme, l’intrépide Charlotte, de son amie Lady Vespasia, et de l’indispensable bonne Gracie.

Ensemble, ils vont peu à peu découvrir l’odieux chantage dont étaient victimes six des personnages les plus influents du royaume et qui menaçait leur bien le plus cher dans cette société impitoyable : leur réputation.

Critique : 
L’honneur, la réputation… vaste programme pour ce roman d’Anne Perry ! Warren Buffett a dit « Il faut 20 ans pour construire une réputation et cinq minute pour la détruire ».

On peut comprendre que dans l’Angleterre de la reine Victoria, une certaine partie de la population tienne à leur réputation comme d’autre à la prunelle de leurs yeux.  Je parle bien entendu de l’Angleterre du haut.

Imaginez, vous êtes un général à la retraite et un bête type a eu la brillante idée de venir rendre son dernier soupir sur votre perron ! Déjà que votre nom fut entaché il y a quelques années, il n’en faut pas plus au général Balantyne pour se dire que ces derniers jours sont vraiment des JDM !

Ce tome, bien au-dessus du précédent, fait la part belle à Charlotte et à tante Vespasia, pour laquelle j’ai une tendresse toute particulière. Honneur aussi à l’inspecteur Tellman, qui, de personnage détestable que j’avais envie d’étrangler lorsque Pitt est devenu commissaire dans « Le Bourreau de Hyde Park » devient un personnage qui évolue dans le bon sens au fil des tomes.

Un meurtre étrange et dans l’ombre, un étrange maître-chanteur qui ne demande pas d’argent, pas de services, mais qui terrorise des hommes hauts placés en les menaçant de révéler des choses qui détruiraient leurs réputations.

Voilà donc Charlotte ♫ Avec l’ami Bill Balantyne, Sauvé de justesse des crocodiles ♪ qui va enquêter dans le but de l’aider, car elle a de l’amitié pour lui. Et vous savez que quand Charlotte décide d’enquêter, elle y va franco !

Un roman court, sans temps mort, qui fait la part belle à des personnages que j’apprécie beaucoup (mais sans Emily, la sœur de Charlotte) où on se creuse les méninges en se demandant qui est le « blackmailer » et pourquoi il fait chanter 6 hommes haut placés qui n’ont pas l’air d’avoir de rapports entre eux.

Comme je vous le disais, l’honneur et la réputation de ces personnages haut placés sont au centre de l’intrigue (et d’autres choses que je ne dévoilerai pas) et l’auteur nous fait bien comprendre que ce n’était pas rien, à cette époque, de perdre son honneur aux yeux des autres.

Tout le paradoxe étant que si on nie, les gens ne croiront pas, quand bien même on apporterait une preuve. Une fois que les gens ont jasé, le mal est fait.

Roman tendu aussi car les victimes de chantage commence à suspecter tout le monde…

Si dans le dernier opus j’avais deviné qui était coupable, il n’en fut rien ici et je m’en suis prise un bien costaud lors de la révélation.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), du Challenge « Polar Historique » de Sharon, du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Brunswick Gardens : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 18]

Titre : Brunswick Gardens                            big_3

Auteur : Anne Perry
Édition:  10/18

Résumé :
Alors que la bataille fait rage entre les tenants de l’évolution des espèces de Darwin et l’Église anglicane, une jeune femme, Unity Bellwood, est engagée par un pasteur, le révérend Ramsay Parementer, afin de l’aider à traduire des textes anciens.

Cette jeune femme, féministe convaincue, prêche également pour la théorie de Darwin.

Or, après une âpre dispute avec le pasteur, elle tombe dans l’escalier et se brise la nuque…

L’enquête étant délicate, elle est confiée à Thomas Pitt qui se rend aussitôt au manoir de Brunswick Gardens, ou vit le pasteur avec ses trois enfants et Dominic Corde, un vicaire, qui se trouve être également le beau-frère de Charlotte et Thomas Pitt.

Tout accable Ramsay, et pourtant Thomas a du mal à croire à sa culpabilité. Plusieurs nouveaux incidents viendront obscurcir l’affaire, avant qu’un coup de théâtre de dernière minute ne dévoile enfin l’identité du meurtrier.

Critique : 
1891… Suite à une chute mortelle dans les escaliers de Unity Bellwood, l’assistante du révérend Ramsay Parementer, Pitt est appelé à faire toute la lumière sur cette triste affaire dans laquelle le révérend semble impliquée, la jeune fille ayant crié « Non, non, révérend » avant de se rompre le cou en bas des marches.

Une fois de plus, il va devoir marcher sur des œufs afin de ne pas inculper le révérend si celui-ci s’avérait finalement innocent comme il le dit.

Je dois avouer que j’ai eu bien du mal avec les cent premières pages… Toutes les considérations religieuses étalées dans les pages et le mini huis-clos entre toute la famille : le fils catho, les deux filles non-conformistes, le père révérend qui avait la tête ailleurs, la mère et le vicaire vivant avec eux.

Mais en m’accrochant, je me suis fait violence et je n’ai pas sauté de pages. Une fois passé ce cap, le reste défile tout seul et j’ai pris plaisir à ma lecture, bien que j’aie deviné assez vite qui était coupable…

Une fois que j’avais éliminé l’impossible, ce qui restait, aussi improbable que ce soit, devait être la vérité… Bingo pour le nom, mais erreur pour le mobile et la manière de faire.

Notre morte, Unity Bellwood était une femme libre, une féministe et grande militante des théories de Darwin.

Toute la maisonnée est suspecte : personne n’est venu de l’extérieur et les idées modernes de la jeune femme lui avaient valu de nombreuses inimitiés dans la maison, hormis avec Tryphena.

Une bonne idée que de nous avoir ressortit le beauf à Charlotte, Dominic Corde, le veuf de sa sœur Sarah (voir le premier tome « le meurtre de Callender Square »). De « personnage détestable » il est devenu beaucoup plus intéressant à suivre. Une belle évolution.

Comme toujours, la palette de personnages est bien fournie et travaillée. On aurait envie d’en brûler quelques uns sur un bûcher… Quant à d’autres, on aimerait les croiser dans le roman suivant pour voir s’ils ont pu conclure dans le foin. Pardon, « concrétiser leur amour naissant ».

Ce roman aborde les questions de la place de la femme dans la société victorienne, de son non-droit de vote, du jugement de son intellect face aux hommes (on s’en prend plein la gueule, mesdames !), il fera aussi la part belle à la « religion anglicane vs religion catho » et à Darwin.

— Elle n’aurait jamais dû avoir le droit de se pencher sur des sujets théologiques aussi sérieux. […] Ce n’est pas fait pour les femmes. De pas leur constitution, elles sont incapables de comprendre. Ce ne sont pas des questions qui font appel aux sentiments mais à l’esprit pur, à la raison, débarrassée des émotions et des préjugés.

— Je crois vous l’avoir déjà expliqué, dit-il avec aigreur. Les femmes sont, de par leur nature, inaptes aux graves questions intellectuelles. Miss Bellwood ne faisait pas exception à la règle. Elle avait l’esprit vif, saisissait aisément les faits, s’en souvenait aussi bien que n’importe qui, mais la compréhension profonde lui échappait.

Petit bémol… Dans le roman, les personnages réduisent Darwin à la théorie selon laquelle l’homme descendrait du singe : ce qui est faux.

Premièrement, on ne descend pas du singe, merci bien, je n’ai rien avoir avec les primates et même si on partage 98,5% de notre ADN avec le chimpanzé, nos tendons de la cheville n’ont rien en commun (pour ne citer que cela). Hé ho, je suis un être humain, pas un numéro et encore moins un singe.

Deuxièmement, Darwin n’a jamais dit ça… je le pensais aussi (avec horreur) à un moment, jusqu’à ce qu’on me remette dans la bonne direction.

Alors, mauvaises connaissances de l’auteur ou juste la transcription de ce que les gens pensaient à l’époque, puisque les critiques, hostiles à Darwin, avaient tiré cette théorie qui n’était pas exprimée…

Pour info, dans « L’Origine des espèces », Darwin ne parlait pas des origines de l’homme. Le public a confondu les idées exprimées dans le livre de Darwin avec celles de Lamarck, qui cinquante ans auparavant avait avancé cette idée, sans que cela fasse scandale.

Je pencherais pour une vision de la pensée telle qu’elle était à l’époque : déjà amalgamée de choses fausses et fort réduite. Vous pensez ce que vous voulez, mais moi, je n’ai rien à voir avec le singe !

Bref, un tome un peu chiant au départ, mais plus instructif et plus « chaud » ensuite, car les repas familiaux seront haut en couleurs et en noms d’oiseaux ! Sans parler de la solution de l’affaire…

Le côté huis-clos m’a bien plu aussi (celui après la page 100), ainsi que les incursions de Pitt dans le passé trouble de son beau-frère. Par contre, Charlotte est un peu moins présente.

L’avantage, avec cette collection, c’est que l’on en apprend plus sur la société victorienne et ça me plaît.

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), du Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et, last but not leaste, d’une LC chez Bianca.

Ashworth Hall : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 17]

Titre : Ashworth Hall                                       big_3

Auteur : Ashworth Hall  
Édition :  10/18

Résumé :
En cette fin de XIXe siècle, les dissensions politiques et religieuses en Irlande n’en finissent pas d’empoisonner le gouvernement britannique ; la guerre civile menace.

Une rencontre secrète est alors organisée entre protestants et catholiques irlandais dans le superbe manoir d’Ashworth Hall, et le commissaire Pitt se voit contraint d’assurer, en toute discrétion, la sécurité du lieu.

Aidé de l’inspecteur Tellman et de sa femme Charlotte, Pitt surveille le déroulement de cet événement à hauts risques tandis que la tension monte entre les invités.

Lorsque l’un des convives est assassiné, l’atmosphère du château pourrait bien tourner à l’explosion de violence et mettre en péril la paix de tout le royaume.

Critique : 
Qui a commencé entre les O’Timmins et les O’Hara ? Nous ne le saurons jamais avec certitude, mais entre les Irlandais catholiques et les Irlandais Protestants, l’entente n’est pas au beau fixe…

Un peu comme dans « Les rivaux de Painful Gulch » de Morris… L’humour en moins, bien entendu. Quant à leur entente avec les Anglais… Là, c’est tout aussi pire ! Toutes ces querelles sont comme des pelotes de laine dont on ne sait plus trop où se trouve le bout.

— Oublions le passé, Gracie. Nous ne devrions pas non plus être là où nous sommes. Ici se sont succédé les Normands, les Vikings, les Danois, les Romains. Les Écossais, au départ, venaient d’Irlande.
— Non, Madame, les Écossais viennent d’Écosse, la contredit Gracie.
Charlotte secoua la tête.
— En Écosse, il y avait les Pictes. Les Écossais venus d’Irlande les ont chassés de leurs terres. […]
— Bon alors, si les Écossais venaient d’Irlande et ont envahi l’Écosse, d’où y viennent, les Irlandais ? Pourquoi ils peuvent pas s’entendre, comme tout le monde ?
— Parce que certains Écossais protestants ont été chassés par les Anglais et sont retournés en Irlande, où la majorité de la population, entre-temps, était devenue catholique.

Au XIXème, déjà, les dissensions politiques et religieuses entre catho et protestants en Irlande n’en finissaient pas d’empoisonner le gouvernement britannique car la guerre civile menaçait de se déclarer entre les deux factions.

Que faire ? Tenter d’apaiser les tensions à l’aide d’une secrète réunion  entre protestants et catholiques irlandais, sans omettre dans le lot des modérés et un médiateur. Le médiateur ayant déjà reçu des menaces de morts, il faut le protéger discrètement…

Par qui ? Par le commissaire Pitt, pardi ! Où ? Dans le superbe manoir d’Ashworth Hall, demeure d’Emily, la sœur de sa femme Charlotte. Comment ? En toute discrétion, je vous prie ! Les déguisements « robes de soirées » et « smoking » seront de rigueur.

Voilà Pitt déguisé en bodyguard… Kevin Costner était bien plus efficace dans le rôle car le médiateur Greville s’est noyé dans sa baignoire, le tout à l’insu de son plein gré ! Un meurtre, oui, c’est bien cela. Ah c’est bête, comment on va faire, maintenant, pour la réunion, hein ?

Pour une fois, nous n’arpenterons pas les ruelles de Londres, nous ne prendrons pas le thé chez les ladys car nous sommes dans un huis-clos !

Le meurtre a eu lieu et la directive est « Que personne ne sorte ». Pitt, aidé de son second, Tellman (au départ, déguisé en valet peu coopératif), doit résoudre ce meurtre dans les plus brefs délais avant que l’ambiance ne tourne à l’explosion (dans tous les sens du terme).

Ici, pas de ladys dans le sens premier du terme – vous savez, celles qui boivent du thé – mais des irlandaises catho ou protestantes qui se regardent en chiens de faïence. Pas évident, dès lors, de trouver un sujet de conversation qui ne soit pas sujet à controverses ou à disputes. Hormis parler de la pluie et du beau temps, ou chiffons, il ne reste pas grand-chose comme sujets de discussion à l’hôtesse et à sa sœur Charlotte.

Entre leurs maris ou leurs frères, l’ambiance n’est pas mieux, je dirais même qu’elle est plus tendue que le « matériel » d’un acteur porno sur le point d’entrer dans… heu, en action !

Chacun se renvoie la faute, certains se vautrent dans le statut de victimes, d’autres dans les lits qui ne sont pas les leur et on se demande s’ils ont vraiment le désir d’arranger leurs différents où s’ils ne préfèrent pas mieux que tout continue, afin d’avoir encore une cause pour laquelle mourir ou des légendes fausses à raconter.

— Vous n’êtes qu’une Anglaise arrogante, qui se moque bien de savoir que les Irlandais meurent de faim par votre faute ! Vous me rendez malade. Pas étonnant que l’on vous déteste !
— J’ai jamais dit qu’on avait raison, dit Gracie d’un ton las. Je dis seulement qu’Alexander Chinnery a pas tué Neassa Doyle et que vous mentez depuis trente ans, parce que ce mensonge sert votre cause. Vous arriverez jamais à faire la paix, parce que ça vous plaît d’être des victimes. Moi, j’ai pas envie de dire que tous mes malheurs, c’est de la faute des autres. Ça voudrait dire que je suis une marionnette qu’on manipule comme on veut.

Cela m’a changé de mes habituels « Charlotte Pitt » de rester à l’intérieur d’un manoir et de voir les gens prêts à se sauter à la gorge au nom d’une cause.

Le côté politique m’a bien plu et j’ai appris des choses durant ma lecture en suivant les flèches décochées par chaque camp. Entre nous, vu leur comportement, ils donnaient envie de pleurer, vu leur incommensurable bêtise.

— Et si Mr. Doyle et Mr. O’Day connaissaient la vérité, ils changeraient peut-être d’attitude, non ? demanda gracie avec une pointe d’espoir dans la voix.
— Non, répondit Charlotte sans hésiter. Cela signifierait que leur famille leur a menti. Ce n’est jamais bon à apprendre.
— Même si c’est la vérité ?
— Surtout si c’est la vérité.

Conseil, si vous le lisez, faites comme moi : prenez des notes lors de la présentation des personnages afin de vous y retrouver dans les noms des Irlandais catho ou protestants ! Sans cela, vous risquez d’être perdu et de ne pas profiter aussi bien du récit.

Bien que j’ai deviné de suite qui était plus louche que les autres, bien que je ne me sois pas trompée dans les noms des coupables, non seulement ça n’a pas gâché mon plaisir, mais je dois confesser que j’avais tout de même fait une petite erreur de jugement…

Un roman court, différent des autres, mais qui se lit tout seul, le tout dans une ambiance assez houleuse additionnée d’un huis-clos explosif !

♫ J’ai voulu planter un oranger
Là où la chanson n’en verra jamais ♪
Là où les arbres n’ont jamais donné ♫
♪ Que des grenades dégoupillées ♫

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), du Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), du Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, de l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur, du Challenge « Victorien » chez Arieste, du Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Ma PAL fond au soleil » chez Métaphore et, last but not least, d’une LC chez Bianca.

CHALLENGE - Ma PAL Fond au soleil