L’aventurier du Rio Grande : Tom Lea

Titre : L’aventurier du Rio Grande

Auteur : Tom Lea
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (10/06/2015)
Édition Originale : The Wonderful Country (1952)
Traduction : Arthur Lochmann

Résumé :
Martin Brady, jeune Américain, se cache depuis son adolescence au Mexique après avoir tué l’assassin de son père.

Pistolero au service de deux frères mexicains riches et voyous, sa vie bascule quand une blessure le retient à Puerto, ville américaine (Texas) jouxtant le Mexique.

Au moment où les luttes de pouvoir des deux côtés de la frontière se déchaîneront, Brady, éternel étranger, sera tiraillé entre les belligérants et aura des décisions importantes à prendre.

Un roman juste, quasi historique sur les deux cultures qui s’affrontent, riche en suspens et en émotion, mais aussi enchanteur par ses descriptions de paysages époustouflants.

Critique :
Martin Brady est un déraciné, étranger au Mexique et étranger aux États-Unis. Toujours le cul entre deux chaises, sans vraiment savoir où est son peuple et où se trouve sa terre.

Martin est un Américain, pourtant, mais après la mort de son père, il est passé au Mexique  car il avait été recueilli par une famille là-bas.

Après 14 ans passé au Mexique, il a tout d’un homme de là-bas et au départ, les Américains le prennent pour un mexicain.

Pour sa part, Martin Brady n’était pas certain d’avoir envie de voir des gringos. Mais il savait qu’il en verrait ce jour-là. Tout au long de cette remontée vers le nord, vingt-six jours de route avec les bœufs et le lourd minerai – et bien avant encore –, il avait pensé au moment où il se retrouverait à nouveau de l’autre côté du fleuve. Il y avait pensé pendant des années. Quand le patrón lui avait dit d’emmener le minerai dans le Nord, il n’avait pas renâclé. Il voulait savoir à quoi ça ressemblait. Maintenant, il y était presque.

Ce roman alterne les moments calmes, propices à notre Martin Brady pour se livrer à de l’introspection (il vient de se casser la jambe) et des moments Aventures avec un grand A.

Cherchant une paix intérieure qu’il ne trouve pas, notre homme, à la fois peone, pistoleros, vacher, vaquero, cow-boys, homme à tout faire pour le clan des Castro (Cipriano & Marcos), notre hombre offre son amitié et ses états d’âme à son bel étalon noir andalou, Làgrimas (« Larme » en mexicain).

Tom Lea nous décrit superbement bien ces terres où le vent souffle, charriant de la poussière et du sable, ces terres hostiles, désertiques, où les Apaches font des incursions meurtrières.

Les paysages, tels qu’il les décrit, donnent la sensation au lecteur d’y être et de chevaucher au côté des Tuniques Bleues ou de notre pistoleros qui a tout du ténébreux sans pour autant être une brute sanguinaire assoiffée de sang.

Une heure avant le jour, le vent se leva et balaya le désert, déplaçant le sable, changeant les formes des dunes sous les sombres mesquites. Il soufflait sur les plateaux nus, depuis les derniers rochers au sommet des montagnes jusqu’au fleuve qui, dans le fond du désert, s’écoulait vers le sud par un col dont les flancs à pic enserraient son cours. Sous le col, le vent suivait l’eau jusque dans une vallée où il rencontrait les habitations d’une ville isolée qui dormait encore entre les arbres et les champs labourés.

Pour nous parler de la politique, qu’elle soit du côté des Américains ou des Mexicains, l’auteur donne la parole à des personnages secondaires, des piliers de bar, des alcooliques, des gens pratiquant la radio cancan, des militaires, des paysans ou des éleveurs.

Tout était dit, il n’en fallait pas plus pour comprendre le bordel qu’il y avait au Mexique avec la prise de pouvoir des Castro brothers. Heu, des Castro hermanos !

Ce western est lent, presque paresseux dans sa première partie, et pourtant, je n’ai pas ressenti de l’ennui tant le panel des personnages était large, bien fait, apportant chacun une pierre à l’édifice de cette petite ville frontalière qu’est Puerto, nous la faisant vivre de l’intérieur comme si nous étions.

Ce western se déguste lentement, sans précipitations, car il nous montre un homme tiraillé entre deux cultures, entre deux peuples, un homme qui a bossé pour les mauvaises personnes, qui aimerait se poser un peu et quand enfin ça arrive, bardaf, il doit repartir sur les routes car tel est son devoir.

Un western assez introspectif dans sa première partie, un personnage principal tourmenté, attachant, sympathique, déraciné, un homme de parole et d’honneur qui ne sait pas encore où est sa place, qui est à la recherche d’une certaine paix intérieure et qui nous fait voir son monde, des deux côtés de la frontière, à travers de son regard désabusé.

Pour se coucher moins bête : Ce roman a été adapté au cinéma (1959) par Robert Parrish, avec Robert Mitchum dans le rôle titre. Il n’avait pas été épargné par les critiques et le réalisateur avait ajouté une histoire d’amour dans le film.

PS : par contre, monsieur Tom Lea, il y a une chose dont vous auriez pu m’épargner à la fin de votre beau western… Désolé, mais ÇA NE SE FAIT PAS !!!! (j’en pleure encore). Si vous n’étiez déjà point décédé, vous auriez fini sur ma kill-list avec les Norek, Minier et autres auteurs qui…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°51], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°28].

 

Victime 55 : James Delargy

Titre : Victime 55

Auteur : James Delargy
Édition : HarperCollins Noir (08/01/2020)
Édition Originale : 55 (2019)
Traduction : Maxime Shelledy et Souad Degachi

Résumé :
Une petite ville perdue en Australie. Un officier de police habitué à régler des petits problèmes de vie domestique et querelles de voisinage.

Un jour de canicule débarque un homme, couvert de sang. Gabriel déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial-killer. Le dénommé Heath a déjà tué 54 personnes. Gabriel est sa prochaine victime.

Quand la chasse à l’homme commence, ce même jour de canicule, débarque un deuxième homme. Heath est couvert de sang. Heath déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer, un certain Gabriel. Gabriel a déjà tué 54 personnes. Heath est sa prochaine victime.

Qui est le numéro 55 ?

Critique :
— On demande le N°55 ! Qui porte le numéro 55 ? Allez, soyez pas timide… C’est l’heure de vous faire assassiner.

Wilbrook est petite ville perdue dans le trou du cul de l’Australie et qui subit, de plein fouet, la canicule qui l’emballe (oui, c’est cochon quand on décale les sons).

C’est le genre de petite ville où il ne se passe rien, les policiers ayant plus à faire avec l’ivresse, les bagarres ou les violences conjugales.

Alors, quand un type (Gabriel) arrive dans un sale état en disant qu’il a réussi à prendre la fuite de la cabane d’un serial-killer qui allait en faire sa 55ème victime, ça réveille tout le monde à la maison poulaga.

Je sens déjà que ça grince des dents dans les chaumières : le serial-killer, encore lui ! Un sujet facile, passe-partout, mais terriblement casse-gueule, car on peut vite se prendre les pieds dans le tapis qui entoure le corps assassiné.

Pour cela, l’auteur a été malin et est sorti des sentiers battus en introduisant le personnage de Heat, qui arrive peu après chez les flics en répétant le même laïus que Gabriel : il a failli être la 55è victime d’un serial-killer.

Deux victimes le même jour ? C’est Noël ? Non, pire car chacune des victime accuse l’autre d’être le tueur en série. Qui de Healt ou de Gabriel est le tueur en série ?

L’idée est bonne de proposer des victimes qui pourraient être tueurs en même temps mais là, un autre écueil apparaît : comment tenir la distance ? À un moment, on ne risque pas de tourner en rond ?

Et bien non, on ne tournera pas en rond car l’auteur a eu assez de ressources que pour occuper son lecteur en lui faisant fumer le cerveau avec cette énigme (QUI ?) et cette enquête étrange qui ne prendra pas la grand-route mais les petits sentiers, le tout porté par des personnages sympathiques ou au contraire, énervants…

C’est là que le bât a le plus blessé : l’antagonisme entre Chandler, policier en chef de Wilbrook et Mitchell, son ancien meilleur ami, qui va venir superviser l’opération de recherche « Qui est un serial Killer ? ».

J’aurais aimé un peu plus de nuances dans ces deux personnages principaux, ces deux flics qui furent un jour des potes et qui maintenant, se déchirent.

Chandler est un personnage sympathique, un gentil (trop ?) qui doit baisser la tête devant Mitch, son supérieur hiérarchique et qui lui, est tout simplement imbuvable, à tel point qu’on aurait envie de le paumer dans le bush australien après lui avoir explosé la cervelle.

Un meilleur équilibre entre le flic sympa et le sale flic n’aurait pas été du luxe. Même si c’est un premier roman pour l’auteur, équilibrer les personnalités  de ces deux policiers aurait apporté plus de nuances. Nous avons tous connu des gens imbuvables comme Mitch, mais à la fin, leurs querelles incessantes deviennent lourdes et lassantes.

Pour les ambiances de désert sous la chaleur implacable, c’est tout bon, on s’y croirait. Les grandes étendues de l’outback australien, ses coins perdus, ses dangers qui se trouvent partout sous nos pieds… Sans oublier les bas-de-plafonds qui habitent dans les fermes aux alentours. On est bien servi à ce niveau-là.

Les alternances entre le présent (avec l’enquête) et le passé (les débuts de Chandler et Mitch en tant que policiers) bétonnent l’addiction au roman et malgré l’heure qui tournait et le fait qu’il fallait se lever le lendemain, j’ai poursuivi ma lecture car je voulais savoir laquelle de mes théories la plus farfelue était la bonne. Yes, j’en avais une qui était à moitié bonne.

L’identité du coupable, je l’avais trouvée. Par contre, son mobile m’a semblé un peu léger, ou du moins, déjà-vu trop de fois. Pourtant, l’auteur avait de l’idée car j’ai été bluffée avec la numérotation des victimes. Bien vu.

Le final, bourré du suspense, est capable de faire monter la tension à un moine bouddhiste zen en pleine méditation. Et après le chapitre 55, le tout dernier, celui qui met fin à l’histoire, il faut trouver le sommeil alors que ça tourne toujours dans la tête…

Un thriller qui aurait pu se louper avec le coup du serial-killer mais qui a eu la bonne idée de jouer sur le concept de deux victimes qui s’accusent l’une l’autre d’être le tueur, sans que l’on arrive à en démarquer une plus que l’autre, tout en partant dans une direction autre que celle attendue.

Au moins, on n’a pas l’impression de manger un plat réchauffé et trop souvent cuisiné, même si les ingrédients sont des grands classiques. Faudra juste penser à nuancer tous les personnages dans le roman suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°04].

Lizzie Martin – Tome 7 – L’orpheline de Salisbury : Ann Granger

Titre : Lizzie Martin – Tome 7 – L’orpheline de Salisbury

Auteur : Ann Granger
Édition : 10/18 Grands détectives (18/06/2020)
Édition Originale : The murderer’s apprentice (2019)
Traduction : Jean-Baptiste Dupin

Résumé :
Mars 1870. Londres est recouvert de brouillard et de glace. Mais Ben Ross, inspecteur de Scotland Yard, a bien d’autres soucis que la météo lorsque le cadavre d’une jeune femme est retrouvée dans une poubelle derrière un restaurant de Piccadilly.

Ben doit dresser le portrait de la victime avant de comprendre comment et pourquoi elle s’est retrouvée là. Son enquête le conduit d’abord chez un bottier de Salisbury, puis chez un propriétaire terrien du Yorkshire.

Au même moment, Lizzie, l’épouse de Ben, secondée par Bessie, leur domestique à qui rien n’échappe, enquêtent sur une mystérieuse affaire de femme emprisonnée dans sa propre maison.

Tandis que Ben se lance dans une enquête de plus en plus complexe, Lizzie va découvrir une pièce essentielle du puzzle qui lui permettra de s’approcher au plus près de la vérité.

Critique :
Mais quelle idée j’ai eu d’aller dans le brouillard londonien, froid et humide, alors que dehors c’est grand soleil !

Les pauvres Ben et Lizzie auraient sans doute préféré nos températures estivales que celles qui fait grelotter Londres et ses habitants, sans compter qu’on ne voit pas le bout de ses doigts dans ce fog.

Une fois de plus, je retrouve de vieux amis, même si j’ai passé moins de temps avec eux qu’avec le couple Thomas Pitt & Charlotte.

D’ailleurs, ils leur ressemble un peu : un mari policier et une femme qui enquête. Sauf que Lizzie est plus tête brûlée que Charlotte.

Parfois, je me demande ce que Ben ferait sans sa femme pour mettre son nez là où il ne faut pas… Enfin, on pense toujours qu’elle fourre son nez dans les affaires des autres mais finalement, elle a eu raison d’aller se mêler de ce qui ne lui regardait pas.

Dans une atmosphère froide, humide et dans un brouillard à couper au couteau, Ben va enquêter sur la mort d’une jeune fille retrouvée dans le compost d’un restaurant. Pas facile de l’identifier mais Ben est perspicace, fouineur et tenace.

L’auteure nous introduit dans les belles demeures, là où les policiers sont priés de se présenter par la porte arrière, chez des bourgeois qui n’aiment pas voir des uniformes, car ça fait jaser dans le quartier, chez des gens qui regardent les policiers de haut et répondent agressivement à leurs questions.

Ces bourgeois qui n’aiment pas que leurs domestiques jouent aux commères…

Malgré sa ténacité et l’aide de son épouse, notre inspecteur Ben aura bien du mal à démêler cette pelote de laine car il n’a aucun indice, impossible de déterminer si les taches de sang sont de la victime ou d’un inconnu qui a saigné du nez. Les Experts de Londres n’existaient pas encore.

Ne vous attendez pas à un dénouement à la Hercule Poirot où il rassemble tout le monde dans le salon et expose le cheminement de sa pensée. Ben a eu du mal pour cette enquête et sans des témoignages tardifs, jamais il n’aurait trouvé la personne coupable (moi non plus). Heureusement, dans le récit, tout se tient.

On ne révolutionnera rien dans cette enquête mais retrouver Ben et Lizzie fut un plaisir, arpenter les trottoirs de Londres en fut un autre et comme j’ai pu râler de tout mon soûl sur certains bourgeois et sur le révérend Bastable : je suis comblée.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°278 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Jack l’Éventreur, les morts : André-François Ruaud et Julien Bétan

Titre : Jack l’Éventreur, les morts

Auteurs : André-François Ruaud et Julien Bétan
Édition : Les Moutons Electriques La bibliothèque rouge (2014)

Résumé :
D’août à décembre 1888, une série de meurtres de femmes ensanglanta l’East End de Londres. Bientôt, la presse s’empara du sujet et des lettres d’origine suspecte revendiquèrent les crimes au nom de Jack l’Éventreur. Un mythe était né.

Stupéfiant paradoxe que celui de crimes bien réels mais commis par un criminel fictif !

Jack l’Éventreur hante l’imaginaire, croisant la route de Sherlock Holmes et de l’Homme-éléphant, fructifiant dans la fiction policière comme au cinéma.

Plus de 125 ans après les crimes de Whitechapel, une plongée minutieuse dans les terreurs du Londres victorien, sur les traces d’une des plus grandes figures du Mal.

Critique :
Des théories sur l’identité de Jack The Ripper, j’en ai lu de toutes les sortes : des farfelues, des capillotractées, des dirigées, des plus sérieuses, des intéressantes, des intrigantes, des complotistes, des abusées, des holmésiennes…

Mais celle d’un criminel appartenant à la légende urbaine, on ne me l’avait pas encore faite !

Les auteurs, avant de nous parler des crimes vont nous faire visiter Londres, mais attention, pas celle des jolies cartes postales, pas celle des beaux quartiers : l’East End, le négatif du West End.

La misère, la crasse, le dénuement, la pauvreté, les conditions de travail inhumaines, bref, l’East End. On ajoutera une dose de smog, celui qui puait fort et qui tua bien des gens et le décor plus vrai que nature est planté.

Notons que les nuits des différents meurtres, il n’y avait pas de brouillard ! Ni de haut-de-forme dans les témoignages…

Petit inconvénient lorsque, sur le même mois, on a lu « London Noir », « Sherlock Holmes une vie » et qu’on enchaîne avec « Jack L’Éventreur, les morts », c’est qu’on retrouve des redites. Oui, des copiés-collés qui se trouvaient dans les autres ouvrages, notamment dans celui consacré à Londres ou Holmes.

Pas de plagiat puisque c’est le même auteur, mais ça donne cette horrible impression de déjà-lu. Bon, voyons le bon côté de la chose, à force de lire les même infos, je pourrais les retenir dans ma mémoire passoire.

C’est une étude complète et copieuse que les auteurs nous proposent car ils ne se contentent pas d’égrainer les dates, les lieux, noms des victimes mais ils dissèquent aussi la société victorienne et Londres.

L’autopsie est puante mais ça vaut le coup d’y mettre son nez afin de ne pas aller se coucher bête. Beaucoup de sujets passeront sur la table : les docks, la politique, les débuts de la police (son Histoire), le climat, l’industrie, la prostitution, la misère, le tueur au torse, la presse qui cherche le scoop…

Pour ceux qui aiment voir le Londres victorien sous un autre visage que celui du thé et des scones, c’est le pied.

Ensuite, maintenant que le décor est planté et que vous en savez plus sur l’East End, on va commencer à vous parler des victimes de 1888 en commençant par Emma Smith, juste avant Martha Tabram. Il est à noter qu’elles ne font pas partie des victimes canoniques mais il faut en tenir compte quand même.

Notez aussi que les auteurs ne vous proposeront pas un nom à la fin de leur ouvrage ! Mais le florilège des suspects est bien présent et les théories loufoques et farfelues seront passées au crible rapidement.

Leur but est de faire la biographie d’une grande figure populaire mythique, en dégageant les grands faites d’une vie de la gangue de la fiction. En essayant, comme pour leur autres ouvrages, de révéler une présence derrière le mythe littéraire, ils n’ont pu découvrir qu’une terrifiante absence.

Une fois de plus, c’est un ouvrage copieux qui se lit sur plusieurs jours, mais pas de trop car c’est addictif, sans pour autant avoir un scénario puisqu’il s’agit d’une étude. Peut-être devrait-il publier « Comment rendre des études intéressantes et addictives pour les lecteurs » pour en inspirer certains.

Un excellent ouvrage qui traînait depuis trop longtemps sur mes étagères et une fois de plus, shame on me car là, cet ouvrage va dans le trio de tête, aux côtés du « Le livre rouge de Jack L’éventreur » de Bourgouin (la polémique sur l’auteur et ses mensonges et un autre débat) et de « Jack l’éventreur démasqué – L’enquête définitive » de Sophie Herfort (la partie Historique consacrée aux meurtres, pour sa théorie, on valide ou pas).

PS : je n’ai pas pu découvrir pourquoi dans les autres ouvrages, l’auteur transformait le nom de Mary-Ann Nichols en Mary-Ann Nicholson.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°271 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Les Moutons Electriques Hélios (2018) – 176 pages (version poche)

 

Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ? : Benoit Chavaneau

Titre : Jacks – Pour qui sonne le glas à Londres ?

Auteur : Benoit Chavaneau
Édition : Ravet-Anceau (22/08/2016)

Résumé :
Agitation sur les berges de la Tamise où un sac poubelle renfermant les restes d’un corps démembré a été retrouvé.

Dépêché sur place par Scotland Yard, l’élégant inspecteur Shelley rencontre avec surprise sa nouvelle équipière : la Française Marie Altbauer, consultante stagiaire en martyrologie. Après un échange volcanique, l’enquête débute. Le médecin légiste est formel, la victime a été disséquée vivante.

La coupe est précise voire professionnelle. Selon Altbauer, ce geste vise à l’humiliation ultime du supplicié. Peu après, un deuxième puzzle humain est déniché près du Millenium de Londres.

La tuerie fait planer le spectre de Jack l’Éventreur au-dessus de la capitale anglaise. Il est temps pour la spécialiste d’établir le profil de bourreau.

Et de l’empêcher de recommencer.

Critique :
Lorsque dans la préface vous tombez sur un message rempli de promesses fait par l’auteur, je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis accrochée de suite et je paie pour voir (le message de la préface est à la fin de ma chronique)

Comme au poker, une fois l’argent posé sur la table, le joueur adverse m’a dévoilé son jeu et durant la partie, j’ai eu l’impression de voir de l’esbroufe et pas un beau jeu.

La main était riche de cartes fortes, mais mal utilisées.

Dans certains cas, je pars en cuisine avec mon bouquin tant il est intéressant mais là, durant une partie de ma lecture, j’ai pensé à ma lessive qui tournait, à la liste des courses, à regarder si la lessive n’était pas sèche au fil (entre temps, je l’ai mis sécher), à vérifier que ce n’était pas l’heure du repas du chat…

Soyons généreuse et commençons pas les bons côtés… On y apprend des tas de choses sur les techniques de tortures (Ida, reste avec nous) dans l’Histoire et certains m’ont fait crisper les orteils (le nerf dentaire) tant c’était affreux… Niveau martyrologie, il y a de quoi meubler les futurs repas en famille, le jour où l’on pourra réunir des grandes tables.

Problème ? La manière dont tout ce savoir est amené est maladroite et énervante puisqu’on dirait que la stagiaire à Scotland Yard, Socket (Marie Altbauer de son vrai nom) nous la joue à la Hermione Granger ou Lisa Simpson, avec moins de grâce qu’elles. Socket est énervante, mal calibrée en tant que personnage et son duo avec l’inspecteur Shelley, un espèce de dandy mal embouché, marche très mal.

On est loin des duos atypiques de Linley/Havers qui marchait si bien dans les romans d’Elizabeth George, malgré leurs différences de classe. Ici, c’est loupé sur toute la ligne, de plus, le Shelley pique une crise de nerf à un moment donné pour une connerie et c’est lui qui aurait mérité un blâme. Nous saurons ensuite le pourquoi du comment, mais en plus d’être un peu glauque, ça me semble surfait.

Et puis, on a un autre récit, celui de l’inspectrice Rachel Porter, sans que l’on sache ce qu’il advient, à ce moment là, de notre Socket et du chieur Shelley, qui bossent pourtant à Scotland Yard et qui ont croisé Rachel dans la partie avant.

Avec Rachel, ça a passé un peu mieux, même si je n’ai jamais vibré pour la plume de l’auteur, malgré ses feintes à deux balles, qui m’ont exaspérées (alors que dans d’autres récits, comme les Chroniques de St Mary’s, ça passe sans soucis).

Un récit que j’ai apprécié, c’est celui attribué au Jack The Ripper de 1888. En effet, la théorie est plausible, cela aurait pu se dérouler de la sorte et cela expliquerait les différences entre les assassinats des prostituées. Leur reproduction de nos jours est sans doute plus rocambolesque et beaucoup trop longue, ce qui donne des creux dans le rythme de l’histoire.

Arrivée à la fin, lorsque l’on fait la somme de tous les récits (celui non loin du parc Kruger, en début de roman, celui de Soket et Shelley et le dernier vécu par Rachel), on a enfin l’explication de tout ces crimes, les mobiles…

Ouf, il était temps de tirer un trait sur tout cela, même si je reste avec des questions sans réponses, notamment quand au pourquoi de Janus, son rôle exact, son degré d’implication, tout cela est un peu flou. En poussant son cerveau dans les tours, on se doute, mais sans qu’on ait une certitude.

Il y avait du bon, dans ce roman, mais à force de vouloir y faire entrer trop de choses, en brossant des personnages un peu par-dessus la jambe, sans les approfondir, sans leur donner une épaisseur, en les faisant agir comme des idiots sans cerveau ou des imbéciles dédaigneux, en faisant d’eux des caricatures, il n’y aucun attachement avec eux, zéro empathie et on lit le roman d’un oeil distrait, avec le cerveau qui gambade ailleurs.

Dommage, il y avait des bons ingrédients qui auraient mérité une cuisine plus précise, plus respectueuse des produits, avec une cuisson à une température différente pour ne pas dénaturer les quelques aliments nobles qui se trouvaient sur la table.

Si on a un morceau de foie gras, on ne le traite pas de la même manière qu’un Big Mac de chez MacDo, sinon, cette petite perle se retrouvera gâchée sous une sauce épaisse, écœurante et qui n’a pas de goût.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°257 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il y a des sujets qui sont pour l’auteur de romans noirs comme les figures imposées du patinage artistique : le double salto, double axel… Jack l’Éventreur est de celles-ci pour l’auteur de thrillers. Et Dieu sait qu’elle fut pratiquée ! Des centaines d’essais et de romans ont été écrits sur le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Pour autant, à quelques exceptions près, il faut reconnaître que la majeure partie de ces ouvrages se sont contentés d’éclairer et de suréclairer les mêmes questions, les mêmes thèmes, dans toutes les couleurs mais sous le même réverbère. 

C’est pourquoi j’ai souhaité prendre le parti absolument inverse. Aller fouiller dans l’ombre, dans le plus obscur des tripes de Jack. Je voulais écrire un roman qui serait avant tout l’expression contemporaine d’un mode opératoire.

Pour ce faire, je suis donc retourné aux sources, dans les archives historiques, dans les dossiers d’autopsies manuscrits, les rapports de police, dans les plans d’urbanisme de 1888… pendant près de trois ans.

J’ai ouvert grand les yeux dans l’ombre. Et j’ai réfléchi… Et j’ai trouvé des choses imprévisibles, inattendues. Ces trouvailles m’imposaient d’écrire non pas un mais deux romans, comme autant de métaphores narratives de la même réalité historique. Bienvenue dans le côté obscur des Jacks…

 

Londres Express : Peter Loughran

Titre : Londres Express

Auteur : Peter Loughran
Édition : Gallimard Série Noire (1967) / Folio Policier N°236 (2001)
Édition Originale : The Train Ride : The Story of a Man with a One-Way Ticket (1966)
Traduction : Marcel Duhamel

Résumé :
Evidemment, vous direz que je suis un monstre. Que je n’aurais jamais dû me saouler dans les bas quartiers ni courir les filles. Ni flanquer des briques dans les fenêtres. Ni me conduire de façon aussi abominable dans le train qui m’emmenait au port de Londres. Et bien, c’est vous tous, avec vos vices et votre méchanceté qui m’y avez obligé. Je ne suis pas plus monstre que vous, bande d’hypocrites !

Londres Express, « ouvrage insaississable, impossible à cataloguer » selon Marcel Duhamel, est l’unique livre de Peter Loughran paru en France.

Critique :
Un marin a raté son embarquement et prend le train pour arriver au port, là où le bateau fera escale avant de prendre le large.

Le gars monte dans le train, se choisit un compartiment fumeur, dépose son journal et ses livres osés, va se dégourdir les jambes sur le quai et quand il revient, le wagon est occupé par deux nonnes.

C’est tout con comme point de départ, ça pourrait même être banal si…

Ce serait banal si notre marin n’était pas un salopard, un pauvre type qui en veut à la terre entière et qui rend toujours les autres responsables de ses malheurs ou de ses fautes.

Ce serait banal si notre type, bien habillé, ne passais pas son temps à nous assommer avec de long monologues, des digressions par lesquelles il va nous raconter sa vie : ses amours, ses emmerdes, ses amis (remettez le tout dans l’ordre et faites-en une chanson), ses magouilles, ses combines.

Ce serait banal si l’auteur n’avait pas proposé à ses lecteurs, un personnage abject, vil, obsédé du cul, soupe au lait, voleur, bagarreur, menteur, bonimenteur, parano, qui a la haine envers tout le monde… Un type que l’on ne peut apprécier. Rien pour le récupérer.

Ce serait banal si, quand notre sale type a acheté deux magazines un peu osé, au kiosque à journaux du coin, on n’avait pas déjà eu droit à ses digressions, ses réflexions, ses envies de crime et de magazines de cul dignes de ce nom.

Ce serait banal si, entre le moment où il songe à lire ses magazines hot devant les deux nonnes et le moment où il passe à l’action, on n’avait 80 pages de blabla qui m’ont soûlé à mort, me donnant envie de refoutre le bouquin dans sa caisse peuplée de vieux Série Noire.

Cela aurait été banal si, en plus des deux nonnes, il n’y avait pas eu une gamine de 7 ans, qui avait été déposée par sa tante dans le compartiment, la tata ayant demandé aux deux bonnes soeurs de la surveiller.

Cela aurait été banal si les deux nonnes n’étaient pas arrivées au terme de leur voyage avant la gamine et le sale mec assis devant… Cela aurait été banal si l’autre dame qui était entrée, et qui avait promis de rester avec la gamine, n’était pas foutue le camp dans un autre compartiment avec une connaissance à elle.

Ce livre me foutait les boules, je sautais des pages, me lamentait d’un tel personnage, toujours à rejeter la faute sur tout le monde et puis, en passant au chapitre suivant, je me suis figée, les yeux sortant de mes orbites… Aurais-je raté quelque chose ? Des pages auraient-elles été manquantes ? C’est une vieille édition qui craque de partout…

Retour arrière… Non, il ne manquait pas des pages, l’auteur nous avait juste gratifié d’une ellipse, afin sans doute de ne pas plonger ses lecteurs dans l’innommable… Petit bon dans le temps et la scène abjecte est là, sous mes yeux horrifiés, pendant que notre marin peste encore sur tout le monde, accusant les nonnes, la tante, la grosse dame qui était partie, la vendeuse de journaux…

J’ai refermé ce livre en silence, un silence de mort, comprenant mieux le petit message de Marcel Duhamel en préface du livre qui disait qu’il avait longtemps hésité avant d’inclure ce roman atypique dans son catalogue et qu’il laissait le soin aux lecteurs de juger…

Immoral, amoral, abject, politiquement incorrect au delà de tout, bref, un roman qui donne le mal de mer durant les 9 dixième et qui ensuite fait gerber sur ses deux derniers chapitres.

Il est retourné dans la caisse des vieux Série Noire, mais tout dans le fond et il n’en sortira plus jamais. Je voudrais l’oublier mais cette scène va me coller à la peau et à la mémoire longtemps.

« Si j’aurais su, j’l’aurais pas lu » (comme aurait pu le dire le petit Gibus – Ah ben mon vieux, si j’aurais su, j’aurais pô v’nu !).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°240 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

 

Dracula, Dracul, Vlad ?, Bah.. : Alberto Breccia

Titre : Dracula, Dracul, Vlad ?, Bah..

Scénariste : Alberto Breccia
Dessinateur : Alberto Breccia

Édition : Les Humanoïdes Associés (1993)

Résumé :
Bien plus qu’une adaptation, Dracula est une interprétation en clé grotesque du personnage créé par Bram Stocker. Breccia y développe tout son savoir aire en termes de découpage, cadrage et construction de la page : une véritable « leçon » de bande dessinée.

Cette nouvelle édition présente en appendice l’intégralité des croquis préparatoires réalisés par Breccia.

Critique :
J’ai eu du mal, au départ, d’apprécier cet ouvrage, car j’ai détesté les dessins ! Ils sont horribles, comme les couleurs…

Le personnage de Dracula est grotesque, drôle, amusant… Loin de ce que l’on connaît. Je me suis même surprise à rire à la fin des différents récits qui composent cette bédé sans paroles.

Mais ce n’est pas vraiment le vampire de Stoker qui est visé, il sert plus d’avatar à l’auteur pour parler de la dictature et des disparitions (30.000 morts) qui eurent lieu durant les heures sombres en Argentine.

Évidemment, il vaut mieux le savoir au départ, et heureusement, dans la préface, c’est expliqué, sinon, sans ces données, le lecteur ne comprendrait pas l’analogie qui est faite entre ce vampire suceur de sang (et donc, assassin) et ceux qui firent régner la terreur.

Dracula sortant de son château, suivi par sa bande de loups, a sans doute aussi sa signification et les loups ne sont pas que les mammifères, que le Canis Lupus, mais les sbires des dirigeants, ceux qui faisaient le sale boulot…

Si les dessins sont moches, ils sont, en revanche, riches de détails funèbres et macabres, notamment dans le château du vampire.

Les nouvelles intitulées « La dernière nuit du carnaval », « Latrans canis non admortet », « Un coeur doux et éploré » et « Poe ?… Puaf !? » sont burlesques, amusantes, on sourit, on pouffe.

Par contre, changement de ton dans « Je ne suis plus une légende » car là, plus de doute, les despotes sont dessinés et le sang coule car ce sont eux qui tuent les gens et Dracula qui se retrouve couvert de sang. Les rôles sont inversés…

Il y a même une scène de torture, des corps entassés, des veuves pleurant au cimetierre, une scène de pédophilie, la famine règne, le tout sous la banderole qui proclame que « Todo va mejor con Coca Cola ». On ne rigole plus.

Lorsque j’ai ouvert cette bédé et découvert ces dessins horribles et sans paroles, je pensais la lire et faire une chronique vite fait bien fait, persuadée qu’elle serait lapidaire… Ben non.

Oui, c’est horriblement mal dessiné (pas dans mes goûts) mais bordel de dieu, c’est profond et fallait être couillu pour réaliser cela en pleine dictature.

Une revisite du mythe Dracula avec humour car on découvre un Dracula amoureux, luttant contre un Superman, chez le dentiste, devenant chrétien… Mais sous le couvert de l’humour, il y a de la profondeur et une attaque contre tous les dictateurs, despotes, tyrans, du monde.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 10].

 

 

Les enquêtes de Middleton et Grice – Tome 2 – La malédiction de la maison Foskett : M. R. C. Kasasian [LC avec Bianca]

Titre : Les enquêtes de Middleton et Grice – Tome 2 – La malédiction de la maison Foskett

Auteur : M. R. C. Kasasian
Édition : City (22/03/2017)
Édition Originale : The Curse of the House of Foskett (2015)
Traducteurs : Martine Desoille et Francine Tolron

Résumé :
Sa dernière enquête a mené un homme innocent à la potence,,. Autant dire que le détective Sydney Grice n’est plus vraiment en odeur de sainteté à Londres. Boudé par ses clients, le « plus grand détective de tout l’empire britannique » dépérit.

March Middelton, son excentrique acolyte du « sexe faible », commence à sérieusement s’inquiéter. Jusqu’à ce qu’un individu, membre de l’effrayant « Club du dernier survivant », fasse appel aux services de Sydney… et ait l’impudence de passer de vie à trépas dans son salon ! Les deux détectives sont bien obligés d’enquêter sur cette mort soudaine et particulièrement suspecte.

Quel est donc ce club de gentlemen où le jeu est de réussir à rester en vie tout en éliminant les autres ? Les indices entraînent Grice et March dans les recoins les plus sombres du Londres victorien, jusqu’à la maison maudite de la baronne Foskett…

Critique :
Si Sydney Grice est un détective privé, pardon, détective personnel et a des airs de Sherlock Holmes, il est surtout imbuvable à un niveau jamais égalé.

Toute personne normalement constituée (et surtout les femmes) auront mille fois envie de lui foutre le pied au cul ou mieux, entre les jambes, tiens, ça lui apprendra.

Non, il n’a pas la main baladeuse, jamais de la vie, lui défaille d’indignation à la vue d’un mollet féminin découvert.

Mais il a un égo surdimensionné et ses répliques acides envers sa pupille, March Middelton sont drôles, cyniques mais donnent tout de même envie de le baffer un bon coup.

Un petit voyage dans le temps, dans l’époque victorienne, où l’air empestait les fumées d’usines et où les miasmes se baladaient impunément puisqu’en ce temps-là, le principe des microbes et autres virus n’étaient pas encore tout à fait accepté.

L’enquête est tortueuse à souhait, je n’ai pas vu venir le vent, je n’ai pas réussi à faire des déductions intelligentes et Sydney Grice dira que c’est à cause de mon cerveau de femme qui est plus petit que celui des homme. Et ma main, tu la veux dans ta gueule, mon cher Sydney ?

Imbuvable, je vous disais ! Mais que voulez-vous, il est attachiant au possible et s’il n’avait pas ce caractère hautain et à chier, on s’amuserait moins.

Sa mauvaise foi aussi donne envie de le baffer et March a bien du mérite à supporter un tuteur tel que lui, sa bonne aussi, même si cette dernière ne brille pas par son esprit, ni sa cuisine, ni son efficacité…

Les clins d’œil à Holmes sont nombreux, avec un groupe de rouquin, une escarboucle et une malédiction où un homme fut dévoré par des chiens… Baskerville, sors de ce corps.

Le final est assez copieux dans sa résolution, il vaut mieux se concentrer et bien resituer tout ce petit monde d’assassinés de différentes manières, pas toujours très propres, je l’avoue, mais il y en a un qui n’a pas volé sa mort violente et horrible. La SPA a envoyé des remerciements à l’assassin.

Une lecture qui nous entraîne dans les bas-fonds de Londres, qui nous fait respirer un air impur au possible, côtoyer des conducteurs de fiacre maltraitant leurs chevaux, arpenter les rues dans tous les sens, voir des cadavres en pagaille se faire dégommer sous nos yeux…

On verra aussi March boire de l’alcool et fumer, sous le regard désapprobateur de son tuteur, le tout avec des dialogues bourré de gouaille, de répliques vachardes et méchantes, le tout sous l’œil unique de Sydney qui est encore plus cynique que le Docteur House.

Une lecture plaisir, une lecture qui fait sourire et qui dépayse, sans se prendre la tête, autrement dit, LC réussie avec ma copinaute Bianca.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XXX.

 

Au soleil redouté : Michel Bussi [LC Bianca]

Titre : Au soleil redouté

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (06/02/2020)

Résumé :
Au cœur des Marquises, l’archipel le plus isolé du monde, où planent les âmes de Brel et de Gauguin, cinq lectrices participent à un atelier d’écriture animé par un célèbre auteur de best-sellers.

Le rêve de leur vie serait-il, pour chacune d’elles, à portée de main ? Au plus profond de la forêt tropicale, d’étranges statues veillent, l’ombre d’un tatoueur rôde.

Et plein soleil dans les eaux bleues du Pacifique, une disparition transforme le séjour en jeu… meurtrier ?

Enfer ou paradis ? Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons, de toutes les manipulations, où chacun peut mentir… et mourir.

Yann, flic déboussolé, et Maïma, ado futée, trouveront-ils lequel des hôtes de la pension Au soleil redouté… est venu pour tuer ?

Critique :
Michel Bussi est un petit filou ! Le genre de petit filou que j’adore parce que j’aime quand on me surprend de cette manière (en littérature ou dans un film).

Un politicien vous ferait la même chose que vous seriez ulcéré qu’il vous ai… Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

Allez hop, direction Les Marquises, celles où Jacques Brel est enterré, loin des flamingants (on l’espère). Je dois être abonnée au coin, moi, parce que ces derniers temps, j’ai augmenté mon empreinte carbone en allant en Polynésie Française.

Les décors sont plantés, l’ambiance est affichée, les personnages présentés et de suite on rentre dans le vif du sujet avec des questionnements, du mystère, un retour en arrière très bref de deux jours et ensuite, l’auteur déroule son intrigue.

Une île, 5 femmes qui ont gagné un concours de nouvelles, Pierre-Yves François, l’auteur à succès (un procès à ses parents pour ses initiales PYF), le mari de l’une des gagnantes, la fille d’une autre des participantes et les voilà réunies sous les cocotiers pour concocter un roman dans un atelier d’écriture.

Il y a plus merdique comme endroit pour écrire, que Les Marquises… Moi je serais pour… Pourtant, on a l’impression de se retrouver sur l’île d’Agatha Christie, celle du roman Dix Petits Nègres avec tout ces gens qui tombent comme des mouches.

Bussi a l’intelligence de ne pas sombrer dans les clichés de l’île merveilleuse, version reportage pour faire rêver ou affiches d’agences de voyages.

Non, non, il nous parle de ses habitants, des dégâts que firent le gros Colon, qui se comporte comme un trou de cul et vient déverser sa merde chez les autres, piller les ressources, ou bien décimer une population avec ses virus qui sont mortels pour ceux qui n’y sont pas habitués.

Covid 19 fait parent pauvre face à l’hécatombe que firent les maladies de l’Homme Blanc. Sans pour autant verser dans le polar Azur Noir, l’auteur nous donne un bel aperçu, paysager et humain, de ce que sont Les Marquises.

Le tout est parfaitement incorporé dans l’histoire et cela ne nuit jamais au suspense, au mystère, à l’enquête, à l’intrigue.

Durant tout le roman, j’ai cherché le nom du coupable et si je l’avais bien trouvé, plus au PYFomètre (j’ai pas pu résister) qu’aux déductions, il me manquait le mobile et pire que tout, je n’avais pas vu que…

J’aurais dû le lire à la chandeleur, ainsi, j’aurais su ce que ça fait aux crêpes de se faire retourner dans la poêle.

Un excellent polar, sous le soleil des Marquises exactement, mais ne serait-ce pas le soleil de Satan qui a tendance à faire mourir un peu trop de gens. L’empreinte carbone du retour sera plus légère qu’à l’aller, sûr.

Une mention spéciale à l’éditrice, Servane Astine, qui, à mon avis, est la cousine du capitaine Merlicht tant elle est suinte d’arrogance et surtout de bons mots !

Une fois de plus, c’est une LC réussie avec Bianca et je soulignerai aussi qu’elle avait terminé sa lecture avant moi. Pour son avis, prenez un billet en première classe pour les Marquises !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°195.

Notre mère la guerre – Tome 04 – Requiem : Kriss & Maël

Titre : Notre mère la guerre – Tome 04 – Requiem

Scénariste : Kriss
Dessinateur : Maël

Édition : Futuropolis (04/10/2012)

Résumé :
En septembre 1917, remis de ses blessures, le lieutenant Vialatte apprend deux nouvelles d’importance : Eva, l’amour de sa vie, travaille comme interprète à la Croix-Rouge.

Par ses fonctions, elle est en contact avec les camps de prisonniers français en Allemagne.

Et c’est par elle que Vialatte découvre que Peyrac, porté disparu en 1915, a été fait prisonnier et qu’il est bien vivant. Vialatte, avec l’aide de Janvier, reprend donc son enquête, pour découvrir enfin le nom du ou des coupables de l’assassinat des trois jeunes femmes sur le front.

Où l’on apprendra comment Peyrac fut mis à la tête d’une unité de gamins, de fortes têtes repris de justice, puis après la mort de ces derniers, comment il se retrouva prisonnier en Allemagne.

Vivant donc, mais mal en point, en proie à des délires cauchemardesques…

Critique :
Ce dernier album clôt l’enquête de Vialatte, qui, pour le moment, patauge toujours dans la boue et n’a pas réussi à prouver l’implication de l’unité du caporal Peyrac dans les meurtres des 4 jeunes filles dont on avait retrouvé les corps non loin des premières lignes du front.

Petit retour en arrière pour nous présenter un peu plus en détail le fameux caporal Peyrac, celui qui devait diriger une unité de jeunes gamins pré-pubères qui venait d’une maison de redressement.

Alternant les passages se déroulant sur le front à ceux se déroulant ailleurs, les auteurs nous livrent enfin le QUI et surtout, le POURQUOI de ces quatre crimes. J’avais eu beau chercher, je n’avais pas trouvé.

Il règne, dans ce dernier album, des sentiments de colère et d’incompréhension chez les soldats. Tout le monde en a marre de cette guerre, de ces morts et de cette France, qui, au travers des lettres des épouses, dit à ses soldats qu’il faut lui faire honneur, qu’il faut avoir du courage et se battre. Facile lorsqu’on n’est pas au front…

Les dessins, dans des tons camaïeux de gris et de sépia collent à l’ambiance sombre et terne du front et de la série. La guerre de tranchée est bien représentée, on voit la boue, elle colle aux godillots, elle pénètre dans les vêtements et génère le froid.

Mon seul bémol sera pour les dialogues en allemand qui ne sont pas traduits. Ce n’est sans doute rien d’important, mais une petite traduction dans la case ou en fin de page n’aurait pas nuit à la chose.

Un dernier album qui termine, magistralement, une enquête longue et laborieuse, où les indices n’étaient pas légions, où les scènes de crimes se détérioraient très vite, rendant la tâche du lieutenant Vialatte plus difficile.

Une belle saga consacrée à la Première Guerre Mondiale, qui a exploré les tranchés, l’âme et les pensées des soldats, mais aussi celle des français moyens, ceux qui se trouvaient à l’arrière (pour des raisons X) et qui regardaient les soldats avec regard où se mélangeait l’admiration mais aussi la peur de se faire salir par eux.

On peut juger de la véracité d’une histoire de guerre d’après son degré d’allégeance absolue et inconditionnelle à l’obscénité et au mal.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°174 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°19].