L’étrange incident : Walter Van Tilburg Clark

Titre : L’étrange incident

Auteur : Walter Van Tilburg Clark
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : The Ox-Bow Incident (1940)
Traducteur : Camille Guéneux

Résumé :
Lorsque, un jour de printemps, la nouvelle d’un vol de bétail et de l’assassinat du jeune et populaire cow-boy Kinkaid se répand, les hommes de Bridger’s Wells forment une milice pour venger ce crime.

Mais est-ce vraiment dans l’intention de rendre justice à l’un des leurs et de reprendre le bétail volé ? En moins de 24 heures, cette affaire en apparence simple dévoilera la psychologie complexe d’une communauté isolée et livrée à elle-même.

Huis-clos au grand air, ce western, déjà traduit par Gallimard en 1947, que nous publions dans une version révisée, rend palpable la vie des cow-boys au milieu du XIXe siècle dans une vaste région d’élevage au sud-ouest des États-Unis.

À travers le récit d’un témoin direct des agissements de ce groupe violent, Walter Van Tilburg Clark dresse le portrait d’hommes égarés et dénonce justice expéditive et tyrannie de la majorité.

Critique :
L’effet de la meute… Tout le monde en a au moins fait une fois les frais dans sa vie ou pire, a hurlé avec la meute et ne se souvient plus trop bien du pourquoi du comment.

Maintenant, avec les réseaux sociaux, il est facile et rapide de rameuter la meute et de la faire hurler sur n’importe qui à propos de n’importe quoi, généralement une chose que cette personne à dite ou à faite et qui nous met en rage, alors qu’on devrait laisser couler.

Ici, un jeune garçon arrive tout affolé parce qu’on a tué un cow-boy du rancher Dew : Kinkaid. De plus, ces derniers temps, bon nombre de vaches ont été volées.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase et monter la pression est le fait qu’on ait tué ce cow-boy et volé une soixantaine de bêtes. 28 cavaliers vont se mettre sur la piste des voleurs et assassins, le tout sans aucune accréditation aucune du shérif, au mépris de toutes les règles et avec l’intention de les pendre haut et court.

Les suiveurs, tel un troupeau de vaches mené par celle qui est dominante, suivront les meneurs. La raison du plus fort est toujours la meilleure et la majorité l’emportera toujours sur la minorité…

— […] Nous ne sommes pas des Indiens qui se contentent d’une misérable et lâche vengeance. Nous voulons la justice, et la justice ne s’obtient ni par la hâte ni par la colère.

Sherlock Holmes se méfiait des émotions et il avait raison : les émotions telles que la haine, la rage, la colère, vont aveugler ses hommes et les mener à une expédition que bon nombre n’auraient jamais accompli si ont leur avait donné le temps de réfléchir et s’ils n’avaient pas eu peur de passer pour des lâches, pour des mauviettes, devant les autres.

La plupart des hommes ont peur par-dessus tout d’être pris pour des lâches, et la lâcheté physique est pire à leurs yeux que la lâcheté morale. On peut cacher la lâcheté morale sous un tas d’arguments bruyants, mais même un animal sent quand un homme a peur. Si la rareté fait le prix d’une chose, le courage moral est alors d’une qualité cent fois supérieure à celle du courage physique.

Ne pas y aller aurait été perçu comme un acte de lâcheté, alors, tout le monde y est allé sans écouter une seule fois la voix de la raison. Un meurtre avait été commis, du bétail volé, il fallait des coupables, des boucs-émissaires pour passer sa rage dessus…

Ce western sombre met du temps à se mettre en place, la première moitié du roman servant à mettre en place les deux protagonistes principaux, Art Croft et son ami Gil  Carter, ainsi qu’une partie de ceux qui composeront cette bande de joyeux lyncheurs, occupés à attendre au carrefour que le posse comitatus (*) soit au complet.

[…] il suffisait de se mettre assez en colère pour ne pas avoir peur d’être dans son tort. Et c’était bien ce qu’ils étaient tous en train de faire. Chaque fois qu’un nouveau cavalier arrivait, ils le dévisageaient, comme s’ils le haïssaient, comme s’ils trouvaient qu’il commençait à y avoir trop de monde. Et il continuait d’en arriver ! Chaque minute qui passait rendait l’intervention de Davies plus ardue.

La seconde partie fait monter la pression, on sait qui sont les meneurs, on sait qui sont les hommes pas très chaud pour cette justice expéditive et une fois les hommes trouvés, là, on atteint des sommets niveau battements du cœur.

L’effet de meute joue en plein et l’auteur fustige cela en poussant loin la psychologie des personnages, leurs idées, leurs pensées, leurs dialogues, leurs actions. Muet, on assistera à l’horreur de l’acte au petit matin blême, dans un froid piquant, ne sachant pas trop quelle position adopter tant l’ambiance est malsaine et oppressante.

— Vous vous moquez pas mal de la justice, lui lança Martin. Ça vous est bien égal de pendre des innocents ou des coupables ! Vous n’en faites qu’à votre tête. Quelqu’un s’est fait voler quelque chose et il faut qu’un autre en subisse les conséquences. Vous ne voyez pas plus loin que ça.

Un lecture que j’ai terminée sur les genoux, dégoutée de l’Humain, le souffle court une fois la pression retombée, avant que l’auteur ne me repique avec une discussion entre Croft et Davies, le plus modéré de l’histoire expliquant que tout le monde avait déjà trouvé qui rendre responsable de tout ceci, oubliant déjà que personne ne les avait obligé à aller rendre justice eux-même et qu’ils y étaient parti avec cette volonté de pendre des hommes…

On peut se sentir terriblement coupable sans avoir rien fait, quand les gens qui se trouvent avec vous ne vous font pas confiance.

Il démontra que c’était tout aussi vrai quand ce mépris de la loi vient d’un chef ou d’un peuple. Il se propage alors comme une maladie, dit-il, et devient infiniment plus meurtrier, quand la loi est dédaignée par des hommes qui prétendent agir au nom de la justice, que quand elle est simplement inefficace, ou même quand ceux qui sont élus pour l’administrer sont des hommes malhonnêtes.

Un western noir rempli d’émotions à l’état brut, une piqûre envers la société américaine qui n’interdit le lynchage qu’en 1946 et un livre qui malgré son âge (édité en 1940), a toujours des relents de réalisme tant cet effet de meute est toujours présent, les lynchages se faisant médiatiquement, maintenant, avec toutes les conséquences graves qui peuvent en découler.

— Pas si directement que ça, me répondit-il, pas si ouvertement. Nous le faisons, parce que nous sommes dans la meute, parce que nous avons peur de ne pas être acceptés dans la meute. Nous n’osons pas montrer notre faiblesse à la meute. Nous n’osons pas résister à la meute.

L’Homme sera toujours un prédateur pour l’Homme, ne s’attaquant pas au plus faible, mais à celui qu’il jalouse, qui lui fait de l’ombre… Tout en se donnant moult justifications pour expliquer son geste.

— Il y a une différence : nous avons des raisons.
— C’est la même chose, dit-il durement. Cela nous rend-il meilleurs ? Pires, dirais-je. Les coyotes, du moins, ne se donnent pas d’excuses. Nous nous imaginons vivre d’une façon supérieure, mais comme eux nous continuons à chasser en bandes comme les loups, à nous terrer tels des lapins. Tous leurs plus vilains traits.
— Il y a une différence, dis-je. C’est nous qui soumettons les loups et les lapins.
— Vous parlez de pouvoir, dit-il amèrement.
— Sur vos loups, et sur les ours aussi.
— Oh ! Nous sommes intelligents, fit-il du même ton. Nous ne les soumettons que pour exercer notre pouvoir. Oui, nous avons su leur inspirer la crainte à tous, excepté à ces pauvres choses domestiquées que l’on a privées d’âme. Nous sommes les coqs des tas de fumier, les brutes de ce monde.
— Nous n’allons pas chasser le lapin ce soir, lui rappelai-je.
— Non, mais notre propre espèce. Un loup ne le ferait pas, pas même un coyote galeux. C’est ça que nous faisons maintenant, chasser notre propre espèce. Le gibier a cessé de nous exciter.

[…] Ce que chacun de nous désire le plus passionnément est la puissance. Si on osait, on laisserait tomber la meute. Mais on n’ose pas, alors on s’en sert, on la manipule pour qu’elle nous aide à perpétrer nos petits massacres. Nous nous sommes rendus maîtres des chevaux et du bétail. Maintenant il nous faut dominer notre prochain, faire de l’homme un animal domestique. Le tuer pour nous en nourrir. Et plus la meute est petite, plus la part de chacun est grande.

[…] Je vous dis qu’elles sont pires que des loups. Elles ne se débarrassent pas des impotentes, elles se débarrassent des meilleures. Elles s’associent pour faire tomber celles qui ne veulent pas se mêler à leurs sales ragots, celles qui ont plus de beauté, de charme, d’indépendance, de tout ce qu’elles n’ont pas. 

(*) Le posse comitatus est le droit donné à un shérif ou à un autre officier de police d’enrôler des hommes pour l’assister dans le maintien de la paix ou dans la poursuite et l’arrestation de hors-la-loi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

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Blueberry – Tome 17 – Angel Face : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 17 – Angel Face

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1975)

Résumé :
L’action se déroule à l’époque du premier mandat d’Ulysses S. Grant, vers 1870.

La première page de cet épisode est un récapitulatif du cycle débutant par « Chihuahua Pearl » jusqu’au « Hors-la-loi » et se concluant par « Le Bout de la piste », avec pour intrigue principale le sort du trésor des confédérés entremêlée avec un plan d’assassinat du Président des États-Unis.

Critique :
Faut croire que le complot visant à assassiner JFK était mieux préparé et avait une meilleure organisation que celui visant à éliminer Grant…

Ou tout simplement, pour JFK, il n’y avait pas la célèbre tenancière de bordel, Guffie Palmer, pour faire échouer le tir du flingueur d’élite.

Pas de bol, cette bonne vieille Guffie, dans les bras d’Ulysse Grant, murmure le nom de Blueberry et il n’en faut pas plus à tout le monde pour le croire coupable et se mette à le chasser.

Déjà que ce dernier vient d’échapper aux conspirateurs de l’assassinat, à ces types sans foi ni loi qui voulaient descendre le président afin afin de favoriser la création d’une « dictature militaire » aux États-Unis et en faire un parfait bouc émissaire, mort de préférence.

Je vous l’ai déjà dit, Blueberry, c’est pas pour les tits n’enfants, c’est plus violent que Lucky Luke, ça va encore plus loin qu’un Durango et les auteurs n’ont jamais eu pour habitude de ménager leur personnage.

Là, ils vont nous faire ♫ Il court il court le Blueberry, le Blueberry de Fort Navajo ♪ Il est passé par ici, il ne repassera pas par là ♫

Cache-cache… Blueberry va devoir y jouer pour semer ses poursuivants et éviter de se faire attraper car il sait qu’on le tuera d’abord et qu’on le jugera ensuite. Non seulement ils doit éviter les policiers et les soldats qui sont en nombre dans le ville de Durango, mais en prime, il lui faut éviter de se faire allumer par les hommes de Blake, un des homme de main de la conspiration « Élimine ton président ».

Un album jonché de cadavres, de tentative d’assassinat, de grand complot, de bandits pas manchots, d’une petite mémé qui fume le gros cigare, d’un pompier sexy et d’un président qui pense que ses hommes sont incapables de retrouver l’homme qui voulut le tuer.

Hé, mister president, je ne te chanterai pas Happy Birthday To You, mais je te dirai que Blueberry, c’est un sacré morceau et qu’il a plus d’un tour dans son sac, comme notamment se déguiser en courant d’air qui aurait pu soulever la jupe de Norma Jean.

Un album bourré d’action, une fois de plus, de suspense et toujours avec un final qui donne envie de se ruer sur la suite afin de savoir si on va réhabiliter notre grand lieutenant au nez cassé et au regard ténébreux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Blueberry – Tome 16 – Le Hors-la-loi : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Tome 16 – Le Hors-la-loi

Scénariste : Jean-Michel Charlier
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (1974)

Résumé :
Le Hors-la-loi est le seizième album de la série de bande dessinée Blueberry de Jean-Michel Charlier (scénario) et Jean Giraud (dessin). Publié en 1974, c’est le premier album du cycle du premier complot contre Grant (deux tomes).

Emprisonné depuis plusieurs mois au bagne de Francisville, Blueberry « avoue » où se trouve caché le trésor des Confédérés qu’il aurait prétendument volé. Convoyé dans un train, il profite d’une attaque armée pour s’évader.

Par la suite, il trouve refuge dans un bordel tenu par Guffie Palmer et se voit dans la quasi-obligation d’accompagner un jeune homme, « Angel Face », vers le Mexique.

Lors de la pré-publication dans Pilote, l’épisode s’intitulait « L’Outlaw ».

Critique :
Ce n’est pas courant, mais ♫ les portes du pénitencier ♪ sur Blueberry se sont refermées et c’est là qu’il devra finir sa vie, sauf, si, tel les membres de la 7ème Compagnie, il s’évade au clair de lune.

Saut il s’évade, soit il va y crever parce que le directeur est un petit sadique de la pire espèce qui va le faire trimer sans eau, sans repos afin qu’il crache le morceau au sujet du trésor des confédérés après lequel il courait dans les 3 épisodes précédents.

Je ne divulguerai rien, mais sachez juste que l’Union n’a pas touché une seule pièce d’or de ce fabuleux trésor et bien entendu, tout le monde pense que Blueberry l’a enterré quelque part.

Blueberry, jamais à court d’idées folles, va nous la jouer à la Louis Chedid et chanter ♫ Je me suis fait la belle, je me suis fait la belle ♪

Machiavélique ! C’est le mot pour résumer cet album où j’étais bien incapable de dire qui baisait qui, car non seulement on va de surprise en surprise, mais en plus, celui qui croyait baiser peut se retrouver en train de se faire prendre à sec et sans élan et cela donnera un final bourré de « nom de dieu, j’l’ai pas vue venir celle-là », sauf si vous l’avez déjà lu et que vous vous souvenez de tout. Moi j’avais la mémoire vide.

Une fois de plus, les auteurs ne mettent pas leur héros dans de l’ouate et il va encore s’en prendre plein la gueule pour pas un balle, courir comme un fou, tenter de se dépêtrer de ce sac de noeuds et, comme d’habitude, faut pas penser que on termine en happy end mais que un cliffhanger qui laisse présager moult emmerdes pour le tome suivant.

Blueberry, une valeur sûre de la bédé, toujours un plaisir à relire.

Allez, vite la suite, parce que je ne m’en souviens plus du tout !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

[SÉRIES] Columbo – Saison 4 / Épisode 4 – Eaux troubles

Dans mon article précédent sur le lieutenant Columbo, j’avais oublié de citer un épisode que j’adore aussi « Eaux troubles » (Troubled Waters) et qui me fait penser à « Mort sur le Nil » d’Agatha Christie car nous avons un blessé à l’infirmerie, et donc, incapable de commettre un crime. L’alibi parfait, non ?

Le plaisir de cet épisode est que madame Columbo a gagné une croisière sur un somptueux bateau, pardon, un navire, et donc, nous allons nous transformer en arpenteur de coursives, cherchant soit « sa femme », ou menant l’enquête, les cheveux au vent.

Dans cet épisode, on peut reconnaître John Steed, celui de la série Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers), enfin, je veux dire Patrick Macnee, ainsi que Robert Vaughn (Les Sept Mercenaires) et Bernard Fox qui jouait le rôle du Détective en chef William Durk lorsque notre lieutenant à l’imper froissé était à Scotland Yard, ainsi que le Dr Watson aux côtés de Stewart Granger dans un « Hound of the Baskervilles », téléfilm de 1972.

Columbo sur un navire, ça vaut son pesant de canots de sauvetage ! Columbo face à un corps mort (pour des cormorans), ça donne un visage pâle et une envie de vomir, car notre policier ingénieux n’aime jamais voir des corps.

Du côté des officiers officiant sur le navire, on le regarde bizarrement car pour eux, pas de doute, c’est Lloyd Harrington, le pianiste qui a tué Rosanna Wales, la chanteuse de leur groupe puisqu’elle ne voulait plus de lui. Tout le désigne !

Mais Columbo, lui, il a une autre piste, celle de la plume d’un coussin trouvée à l’infirmerie et de suite, il discute avec le malade, Hyden Dansigger (Robert Vaughn).

Encore un bon moment passé parce que cela faisait longtemps que je ne l’avais plus vu et que je ne me souvenais plus du tout comment notre lieutenant au cigare allait faire pour démasquer le coupable.

Pourtant, cet épisode là, en plus de l’avoir vu de nombreuses fois, je l’avais lu, aussi, parce qu’il faisait partie des épisodes mis en roman.

Sherlock – Tome 1 – Révélation : Convard & Le Hir

Titre : Sherlock – Tome 1 – Révélation

Scénariste : Didier Convard
Dessinateur : Jean-Louis Le Hir

Édition :  Glénat BD – 2008

Résumé :
Égypte, 1877. Sherlock Matthiews est un jeune archéologue fantaisiste et indiscipliné, incapable de mener sa vie autrement qu’au gré de ses caprices et autres coups de tête.

Jusqu’au jour où une lettre en provenance d’Angleterre lui annonce le suicide de sa mère. Une terrible nouvelle qui a de quoi faire grandir brutalement le plus insouciant des adolescents…

Terrassé par le chagrin, Sherlock retourne donc au manoir familial, à Bournemouth, afin d’y rendre les derniers hommages à celle qu’il aimait par-dessus tout, et dont il ne parvient pas à comprendre le geste. Et pour cause.

Car si Isadora Matthiews est bel est bien morte la corde au cou, certains détails semblent montrer qu’elle ne se l’est pas passée seule… Sherlock décide alors de mener l’enquête.

Sans deviner qu’il va ainsi donner naissance à un mythe, celui du plus incroyable de tous les détectives, dont l’œil habile et les déductions affûtées n’ont pas fini de fasciner les foules. Et de terrifier les criminels…

SH révélations tome 1 20080313101415_t1Critique :
Alors là, si Norah ne me l’avait pas conseillé, je ne l’aurais jamais acheté pour le mettre dans mes Sherlockonneries !

Déjà la couverture m’avait fait froncer les sourcils lorsque je vis un Anubis squelettique brandir un poignard dans le dos d’un rouquin qui jouait du violon. Gné ??

L’auteur, Didier Convard, je le connaissais pour avoir lu « Le triangle secret », mais pas en tant qu’auteur de bande dessinées sur Holmes.

Ma foi, je l’aimais mieux dans l’ésotérisme du Triangle Secret.

Allez, du courage, réouvrons cet album et respirons bien lentement par le nez pour ne pas…

L’histoire commence en 1877. Sherlock Holmes est jeune (23 ans, si né en 1854) et s’amuse en Égypte à faire des fouilles archéologiques.

Oh, pardon, je m’excuse, je fais erreur : ce n’est pas Sherlock Holmes mais Sherlock Matthiews. Me serais-je trompée de livre ? Heu, non, apparemment pas. Bizarre, bizarre…

Nous apprenons ensuite que ce jeune étudiant fut recalé en mathématique, philosophie et latin mais qui excelle en chimie, physique et botanique… et qui travaille au laboratoire du Saint Bartolomew Hospital (Saint-Barthelemy prend un « h » en français et pas en anglais ?  Bizarre ! Google m’en ajoute un, pourtant « Saint Bartholomew’s hospital ».  Z’ont pas de correcteurs ?).

Là, on remarque que le scénariste a ouvert les premières pages de « Une étude en Rouge ». C’est déjà ça. Oserais-je dire qu’il n’a ouvert que ces premières pages là ainsi que celles du début du Signe des Quatre ? Oui ! Dommage…

Pour les dessins, ils sont rebutants au possible ! Comment est-ce possible de dessiner aussi mal ? Les têtes sont horriblement dessinées, donnant aux personnages des airs mal fichus qui fichent la trouille.

Les plus atteints sont le personnel du manoir des Matthiews : la bouche est entrouverte et les dents ressortent, leur donnant un air maléfique.

Les sourires sont figés, commissures des lèvres pointées vers le bas comme s’ils étaient tous atteint de constipation aiguë depuis quinze jours. Sherlock est roux avec des mèches qui pendent devant son front. Quelle hérésie.

Cela plombe le livre de manière irrévocable. Franchement, avec des dessins plus jolis, l’album aurait eu un autre éclat.

Maman Holm… heu, maman Matthiews s’est pendue et Sherlock n’y croit pas une seconde, le brave petit, même si ça à l’air de lui faire autant d’effet que la perte d’une paire de chaussettes quand il avait dix ans. Niveau froideur, on est en plein dedans.

Sherlock va tout faire pour prouver qu’elle a été assassinée, à commencer par une reconstitution de la pendaison à l’aide d’un mannequin.

Avec l’aide de Mycroft, il va rependre le mannequin pour prouver que ses déductions étaient bonnes. Là, je retrouve mon détective. Un bon point.

Où cela recommence à foirer, c’est quand Sherlock est debout devant la tombe de sa mère. La date de sa mort est 1881 !

Impossible ! Sherlock a été averti de suite de la mort de sa mère et il était bien spécifié que nous étions en 1877 !

Erreur dans le but de copier un certain auteur de ma connaissance (Conan Doyle) qui a fait migrer la fameuse blessure de Watson de l’épaule à la jambe ou fait se dérouler un récit en 1892, période du grand Hiatus ?

Est-ce dû à une distorsion du continuum espace-temps qui nous fait passer de 1877 à 1881 ? Z’ont fumé la moquette, les auteurs ?? L’erreur est fameuse, tout de même.

Je n’ai pas de réponse à la question sur la mauvaise datation, mais la page suivante nous montre le dos de Celui-Dont-Je-Ne-Prononcerai-Pas-Le-Nom (j’ai trop lu Harry Potter, moi). Qu’est-ce qu’il fou là, lui ? Et il en veut aux deux frères Holm… heu, Matthiews?

Pour quel besoin faire intervenir cet homme ? Juste pour nous faire comprendre qu’ils reprennent tous les points importants du canon holmésien  dans le but de nous faire croire qu’ils sont à la hauteur ?

Que Toquéfada érige un bûcher pour le cliché de la casquette Deerstalker qu’un membre du personnel constipé donne à Sherlock, lui assurant qu’il n’en trouvera pas des comme ça chez Coldwell… S’il le dit. On doit le croire ?

Enfin, grâce à la vieille casquette de cet homme (qui souffre sans doute aussi d’hémorroïdes pour avoir une figure aux traits aussi tirés, limite cadavre), Sherlock nous informe qu’il ne la quittera plus jamais (hygiène, quand tu nous tiens) et nous assure qu’il n’aura plus jamais de rhume grâce à elle.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire pour ne plus jamais être malade…

La fin est assez… Comment dire ? Stupéfiante ?

C’est le mot et j’ajouterai, tant que je parle de stupéfiant, que les pensées de Sherlock m’ont fait bondir sur ma chaise : « J’aurais donné mon âme pour un peu de cocaïne. J’avais gardé des amitiés au labo de chimie du Saint-Bartolomew Hospital, dont celle d’un préparateur qui me fournissait autrefois ».

Le scénariste fait de Sherlock un camé profond. Si vous avez entendu un bruit louche, c’était mes dents qui grinçaient. Elles ont continué de grincer quand j’ai vu Sherlock en deerstalker-macfarlane dans Londres. Bref, clichés à fond !

En plus, le coupable (improbable) avait des motifs bancals, je trouve. Pour le « responsable » de son malheur, je veux bien admettre la vengeance, mais pas pour le reste ! Dément !

Le scénario aurait pu être tout à fait valable et meilleur, avec un autre scénario pour la fin.

L’album aurait reçu un avis favorable si les dessins n’avaient pas été aussi merdiques et les gros clichés absents. Là, malgré certains points positifs, il reste trop de négatif, donc je mitige vers le « pouvait mieux faire ».

Ah oui, j’oubliais ! L’explication du nom « Holmes ».

Puisque la dernière fois que la mère de Sherlock et Mycroft avait joué du violon, il s’agissait d’un poème symphonique qui s’intitulait « les Argonautes » et joué par Augusta Holmes.

Elle a réellement existé, j’ai vérifié et je suis tombée sur ça : « En 1880, son poème symphonique Les Argonautes, reçoit la mention très honorable au Prix de la ville de Paris (le premier Prix est remporté par Duvernoy avec La Tempête) ».

En 1880 ? Oups, si l’action se passe en 1877 comme indiqué au début, ceci est autre erreur dans le temps !

De plus, son nom s’écrivait « Holmès » et j’ai horreur quand quelqu’un prononce le nom de Holmes en appuyant sur le « messe ».

Bref, ite missa est (allez, la messe est dite) et si vous croisez le chemin de l’album, ouvrez-le juste pour admirer ces dessins que je n’ai pas aimé du tout !

Étoile 1

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), le Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Rural Noir : Benoît Minville

Rural Noir - Benoït Minville

Titre : Rural Noir

Auteur : Benoît Minville
Édition : Gallimard – Série Noire (2016)

Résumé :
Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un « gang » insouciant.

Puis un été, tout bascule. Un drame, la fin de l »innocence.

Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.

Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du « country noir » américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d’une « France périphérique » oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l’amitié, la famille, la culpabilité.

rural-noirCritique : 
Rural Noir, ce pourrait être le nom donné à une nouvelle série qui explorerait le Roman Noir dans ce qu’il a de « rural ». Une collection rien que sur la cambrousse, la vraie…

Parce que si la banlieue c’est pas rose, la banlieue c’est morose, faut pas se leurrer non plus, la campagne n’est pas toujours aussi bucolique que les citadins pourraient le croire.

Ce Roman Noir explore deux périodes d’une bande de copains, sorte de Club des Cinq sans le chien et dans sa version un peu moins sage puisque nos ados de 14 ans picolent un peu, fument et ont, pour certains, déjà fourré leurs doigts là où il ne fallait pas… enfin, si, c’est là qu’il fallait les mettre… Bref, vous voyez ce que je veux dire.

La première période correspond bien entendu à une époque où Romain, Vlad, Julie avaient 14 ans et Chris, le plus jeune, 12 ans. Ils forment une bande, un « gang » et cet été là, un événement viendra foutre en l’air leurs vacances.

Mais avant que l’on apprenne ce qu’il s’est passé, nous aurons droit aux bêtises d’une bande d’ados, à leurs chamailleries, leurs bagarres, les petites jalousies, les premiers émois amoureux, les doigts qui vont là où…

On se retrouve dans cette bande de gamins… Surtout si l’on a grandi à la campagne et que l’on occupait ses mois de vacances à sillonner la région en pédalant ferme sur des vélos qui n’avaient rien de moderne.

L’autre période, c’est maintenant. Romain, quand il avait 19 ans, avait planté un beau matin son jeune frère, Chris, 3 mois après la mort de leurs parents et 10 ans après, il fait son grand retour dans le bled où tout à bien changé.

Beaucoup de tensions et de secrets, dans ces 245 pages qu’on ne lâche pas avant de les avoir toutes avalées.

Si les deux frères sont heureux de se retrouver, il y a de la colère dans le cadet, colère qu’il aimerait diriger vers son aîné, mais qu’il garde en lui. Il a morflé, le cadet, lorsque son aîné est parti sans un mot, sans une parole.

Quant à leur copain Vlad, le Captain du gang, il a bien changé et pas dans le bon sens.

Toute la ruralité est exprimée dans ce roman : plus aucune industries à fermer, les agriculteurs qui comment à manquer d’air, les commerces qui ont fermés, les cafés aussi et la drogue qui circule de plus en plus. Au moins une petite entreprise qui ne connait pas la crise.

Une ambiance lourde dans ce récit, oppressante, comme un soir d’été caniculaire où l’orage menace d’éclater dans le ciel. On aimerait que ça éclate, mais on sait que lorsque cela arrivera, des mots seront dit et ils feront mal à la chair, à l’âme, au coeur.

Heureusement qu’il y a les passages dans le passé pour adoucir un peu tout ça, même si on sait que l’on va au devant de révélations terribles pour que tout ait éclaté de la sorte ensuite.

Si les personnages principaux sont bien esquissés et que l’on peut se retrouver dans cette bande de gamins, leurs portraits adultes sont tout aussi réussis et les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus.

L’écriture de l’auteur est bien dosée, ni trop dure, ni trop douce, pas coupée avec de la mauvaise encre ou du marshmallow. C’est du brut noir de noir que tu avales.

Un roman noir avec une sacrée dose d’amitié, de fraternité, l’histoire d’un gars qui est parti du mauvais côté, mais que ses amis ne renient pas, même si les aléas de la vie les ont séparé.

C’est rempli de valeurs qui me sont chères, ce sont mes racines, c’est bourré de violence larvée à laquelle on lâche la bride de temps en temps. Il y a de la nostalgie, des regrets, des pardons qui ne viennent pas, des vieilles rancœurs, des vengeances…

Rural Noir, c’est à la vie, à la mort, à l’amitié, à la fraternité. C’est la cambrousse mais tu évites la bouse de vache à tes chaussures. Quoique, on marche bien dedans, mais c’est une autre merde. C’est la Blanche…

Bon sang, vous êtes encore à me lire alors qu’il faudrait plutôt allez lire ce roman !! Filez l’acheter !

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (245 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur