Une colonne de feu : Ken Follett [LC Bianca]

Titre : Une colonne de feu

Auteur : Ken Follett
Édition : Robert Laffont (14/09/2017)

Résumé :
En 1558, les pierres patinées de la cathédrale de Kingsbridge dominent une ville déchirée par la haine religieuse. En Angleterre, Elisabeth Tudor devient reine et le pouvoir passe de manière précaire des mains des catholiques à celles des protestants.

Toute l’Europe se dresse contre elle. La jeune souveraine, habile et déterminée, crée les premiers services secrets du pays, afin d’être avertie à temps des complots qui se trament contre sa vie, des projets de rébellion et des plans d’invasion.

À Paris, Marie reine d’Écosse, proclamée souveraine légitime de l’Angleterre, attend son heure. Jeune femme séduisante et obstinée appartenant à une famille française d’une ambition sans scrupule, elle possède de nombreux partisans qui intriguent pour se débarrasser d’Elisabeth.

Ned Willard n’a qu’un désir : épouser Margery Fitzgerald. Mais lorsque les amoureux se retrouvent de part et d’autre de la fracture religieuse qui divise le pays, Ned se place au service de la princesse Elisabeth. En ce demi-siècle tourmenté où l’extrémisme attise la violence d’Edimbourg à Genève en passant par Paris, l’amour entre Ned et Margery paraît condamné.

Ned traque l’énigmatique et insaisissable Jean Langlais, espion français à la solde des catholiques, ignorant que sous ce faux nom, se dissimule un ancien camarade de classe qui ne le connaît que trop bien.

Elisabeth s’accroche désespérément à son trône et à ses principes, protégée par son petit cercle dévoué d’espions ingénieux et d’agents secrets courageux.

Critique :
« Les piliers de la terre » m’avaient tellement enchanté que je n’avais jamais osé lire la suite (Un monde sans fin), car elle ne se déroulait plus avec les mêmes personnages.

Sans la proposition de Bianca pour une LC, j’aurais zappé cette 3ème partie aussi, ce qui aurait été dommageable tant elle était aussi bonne que le premier tome.

Attention, c’est un sacré pavé ! Ne le laissez pas tomber sur votre pied, vous le casseriez.

Une fois de plus, Ken Follet nous emmène dans sa ville fictive de Kingsbridge en 1558, deux siècles après le premier tome et, aux travers de ses 928 pages, il nous conduira jusqu’à la conspiration des poudres en 1605, pour terminer son récit en 1620.

Durant tout ce périple, nous suivrons des personnages sympathiques, des enfoirés de salopards de première, des monarques, des hommes de pouvoirs, des religieux, des peureux, des courageux, des veules, des magouilleurs, des flagorneurs, des menteurs, des assoiffés de pouvoir,…

Une sacré palette, je vous l’avoue, mais impossible de confondre deux personnages ensemble tant ils sont différents physiquement et mentalement.

Dans leurs pensées, leurs paroles, leurs actes, j’ai trouvé que tout ce petit monde était bien en adéquation avec cette époque, entre les timorés qui craignent de pécher et d’irriter Dieu, ceux qui sont heureux que le curé de la paroisse ou l’Église les ait absous de leurs crimes passés et futurs, tout le monde était d’une justesse qui ferait sourire à notre époque, si nous croisions de telles personnes avec de telles pensées.

Oups, j’oubliais, on en a toujours dans nos sociétés… Tout aussi fous et fanatiques, hélas. Dieu, comme les religions, sont toujours de bons prétextes : quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

Avec l’idéalisme des très jeunes, elle affirma préférer mourir plutôt que trahir son Dieu.

Les puritains pouvaient désormais accuser allègrement les catholiques de compromettre la sécurité nationale. L’intolérance s’était trouvé un prétexte.

— Je pourrais être pendu pour cela.
— Vous n’entreriez que plus promptement au paradis.

Impossible de s’embêter, et même pour celui qui n’aime pas trop l’Histoire car Follet a un talent fou pour nous immerger dedans sans nous dégoutter, sans que l’on voit le temps passer, avalant les guerres de religions entre catholiques et protestants,  se passionnant pour les guerres de trônes (même sans les Stark, les Lanister ou les Targaryen), suivant avec passion la diffusion dangereuse des bibles en langue anglaise (seul le latin était admis), tremblant pour les personnages les plus emblématiques, les plus empathiques, croisant les doigts que les salopards s’étouffent en mangeant.

Aux yeux de l’Église, la Bible était le plus dangereux de tous les livres interdits – surtout traduite en français ou en anglais, avec des notes marginales expliquant comment certains passages prouvaient la justesse de la doctrine protestante. Le clergé catholique prétendait que le commun des mortels était incapable d’interpréter correctement la parole de Dieu et avait besoin d’être guidé. Pour les protestants, la Bible ouvrait les yeux des fidèles sur les erreurs du clergé catholique. Les deux camps considéraient la lecture de la Bible comme la question centrale du conflit religieux qui avait déchiré l’Europe.

Les guerres de religions ne datent pas de maintenant, chacun aimant souligner que son culte est meilleur que celui de l’autre, qu’il vénère Dieu mieux que l’autre, qu’il respecte mieux les règles que son voisin,…

— Pourquoi ne peuvent-ils pas se contenter de se passer d’idoles dans leurs propres lieux de culte ? Qu’ils laissent donc Dieu juger ceux qui ne sont pas de leur avis.

Les textes religieux ont de belles choses en eux, des plus dures aussi, les religions devraient nous élever et à la place, elles ne sont jamais que le prétexte pour certains d’obtenir plus de pouvoir, plus d’argent, plus de place au paradis, oubliant qu’il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’accéder au royaume des cieux.

La plupart des Français ne demandaient qu’à vivre en paix avec leurs voisins, quelle que fût leur confession, mais toutes les tentatives de réconciliation étaient sabotées par des hommes comme les frères de Guise, pour qui la religion n’était qu’un moyen d’accéder au pouvoir et à la fortune.

L’auteur ne prend jamais position pour l’une ou l’autre faction, les catholiques ont leurs défauts, les protestants aussi, chacun reprochant à l’autre ses propres péchés, ses propres exactions, reproduisant les crimes des autres, le tout débouchant sur un bain de sang lors de la Saint-Barthelemy.

La ville abreuvée de haine avait été au bord de l’explosion, attendant que quelqu’un allume la mèche. Pierre était celui qui avait frotté l’allumette. Avant l’aube du dimanche, jour de la Saint-Barthélemy, les rues de Paris étaient jonchées des corps de centaines de huguenots morts ou mourants.

Trois mille personnes avaient été tuées dans Paris et plusieurs milliers d’autres avaient trouvé la mort dans des massacres perpétrés dans d’autres villes.

Ken Follet reste neutre, même si aux travers de ses personnages, il nous livrera quelques petites réflexions très juste.

Sylvie cita un passage de l’Évangile selon saint Jean : « Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière car leurs œuvres étaient mauvaises. »

Si tous ceux qui rencontraient des prêtres pusillanimes rejetaient Dieu, il n’y aurait plus beaucoup de chrétiens.

— Ah ! Je comprends. Ce n’est pas ma foi protestante qui te tracasse, c’est ma modération. Tu ne veux pas que tes fils sachent qu’on peut parler de religion posément et avoir des avis différents sans chercher à s’entretuer.

Pour le reste, il nous donne les faits, à vous de prendre position si vous le désirez, ou pas, parce qu’entre nous, les torts sont partagés et je n’ai pas croisé un dirigeant pour en relever un autre. Même si certaines dirigeantes furent plus tolérantes que d’autres.

— Quel est l’intérêt d’une loi que l’on n’applique pas ?
— De satisfaire tout le monde. Les protestants sont contents parce que la messe est illégale. Les catholiques le sont parce qu’ils peuvent tout de même aller à la messe. Et la reine est contente parce que ses sujets peuvent vaquer à leurs affaires sans s’entretuer pour des motifs religieux. Je te conseille vivement de ne pas aller te plaindre auprès d’elle.

— Ce ne sont pas des saintes. Il faut que tu comprennes une chose, Roger. Il n’y a pas de saints en politique. Mais des êtres imparfaits peuvent tout de même changer le monde et le rendre meilleur.

Un style d’écriture qui passe tout seul, pas ostentatoire, pas pédant, simple mais pas simpliste, une fresque magistrale, un voyage dans le temps exceptionnel, des personnages attachants (ou à tuer), travaillés, qui vous donneront une autre vision de l’histoire, qu’elle soit avec un H majuscule ou pas.

Parce que le passé éclaire souvent le présent, qu’il pourrait éviter de reproduire les mêmes erreurs d’antan, et que le fait de lire ce roman fera que vous vous coucherez moins bête (mais vous vous coucherez quand même).

Et puis, pourquoi se priver du plaisir de lire une grande fresque Historique aussi bien contée ? D’ailleurs, je vais me faire le tome deux, maintenant que je suis rassurée sur le fait que Ken Follet peut encore me faire vibrer avec d’autres personnages.

Mais pas tout de suite, ceux-ci sont encore trop présent dans mon cœur.

Allez, juste pour le plaisir, voici l’ancêtre du mojito que j’ai croisé dans les pages…

Elle versa un pouce de rhum dans chaque verre, mélangea une cuillerée de sucre, puis ajouta le jus de citron vert jusqu’à ras bord. Barney prit une gorgée. Jamais il n’avait goûté de boisson aussi délicieuse.
« Ma foi, convint-il. Vous avez raison. C’est la meilleure façon de le boire ».

Et, pour les coquin(e)s, une autre citation, qui, comme le disait si bien Magritte « Ceci n’est pas une pipe ».

S’agenouillant près de lui, elle défit le devant de son haut-de-chausses pour libérer son membre pâle et légèrement incurvé, se dressant dans une toison de boucles acajou. Elle le caressa amoureusement et se pencha pour l’embrasser, arrachant à Ned un soupir de plaisir. Une petite goutte de sperme apparut au bout de son gland, et elle ne put résister à l’envie de la recueillir du bout de la langue.

Lien vers la chronique de Bianca, ma collègue de lecture pour ce pavé monumental.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N° 36 – Historique).

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Les rumeurs du Mississippi : Louise Caron


Titre : Les rumeurs du Mississippi

Auteur : Louise Caron
Édition : Aux forges de Vulcain (18/05/2017)

Résumé :
Sara Kaplan, journaliste au New-York Times, reçoit la confession d’un ancien soldat, Barnes, vétéran de la guerre d’Irak. Barnes revendique le meurtre d’une tzigane de 17 ans.

Meurtre pour lequel un Indien a été condamné cinq ans auparavant à la peine capitale. Sara Kaplan publie la lettre. L’affaire occupe d’un coup le paysage médiatique et divise l’Amérique.

Sara est hantée depuis l’enfance par le suicide de son père, vétéran du Vietnam. En s’acharnant à vouloir montrer la responsabilité de l’armée dans la folie de Barnes, elle cherche à surmonter la tragédie qui a détruit sa famille.

Dans sa quête, Sara nous entraîne de New-York à Hué en passant par le Sud désenchanté des Etats-Unis en crise.

Elle dresse, au travers de ses personnages, un portrait de l’Amérique d’aujourd’hui, s’interrogeant sur le rôle de la presse, le racisme, la violence des conflits, et sur la malédiction qui condamne les gens sans mémoire à revivre sans fin leur passé.

Critique :
Voilà un roman qui, du haut de ses 294 pages, pèse pourtant très lourd, le poids des mots (sans le choc des photos) imprimés à l’intérieur lui donnant cette densité énorme.

Ce roman est l’un de ceux que l’on dévore en prenant son temps car l’encre est gluante de toutes ces vérités que l’on connait et qui ne sont pas toujours bonnes à dire, qui ne sont pas souvent dite…

Lors de la lecture, mon esprit a pris son temps afin de ne rien rater par une lecture trop précipitée qui aurait gâché ce morceau de choix.

Que les amateurs de rythme effréné comprennent bien qu’ici l’enquête de la journaliste Sarah Kaplan prend son temps et que nous ne sommes pas dans un thriller où toutes les fins de pages sont en clifhanger mais je peux vous garantir qu’il n’y a pas besoin de courses poursuites pour être happé par ce récit.

Dans cette histoire, l’auteur, au travers de son personnage de Sarah Kaplan, journaliste au très célèbre New-Yokk Times, va vous entrainer dans ce que l’on pourrait nommer l’Amérique profonde, celle qui est raciste par habitude, parce qu’on les a éduqué ainsi et parce qu’à leur âge, on ne les changera plus.

L’auteur va aussi nous plonger dans les affres post-guerre d’Irak et du Vietnam, au travers des parcours de deux vétérans,  l’un étant son père (mort) et l’autre étant Niko Barnes qui a écrit au journal pour s’accuser d’un meurtre.

Comme je le disais, l’enquête menée par Kaplan afin de démêler le vrai du faux se déroule sur un rythme lent, mais petit à petit, on empile les faits et les infos comme des briques, les personnages jouant le rôle du ciment.

Et dans un brouillard qui se lève, le bâtiment commence à prendre forme sous nos yeux qui n’en peuvent plus de lire ce que nous suspections déjà (du moins ceux qui ont un cerveau et qui l’utilise pour réfléchir) sur l’Armée, les guerres, la Justice et sur l’Amérique elle-même.

Quand tout est terminé, on reste groggy de tout ce qu’on a lu, de tout ce qui nous a fait mal au bide et que l’auteur nous a dévoilé avec le talent de ceux qui peuvent nous apprendre des choses que nous soupçonnions déjà depuis longtemps.

À la fin du roman, il nous manquera quelques pièces que nous devrons sculpter nous-même car dans la réalité, on ne sait pas tout et il est des mystères dont nous saurons jamais le fin mot.

Un superbe roman coup de poing, une plume qui était belle, trempée ainsi dans l’encrier où flottait quelques gouttes de venin qui donnera des sueurs froides à certains qui pensent que ne pas réfléchir est la bonne solution, et même à ceux qui réfléchissent déjà…

— Je connais les chiffres, dans quelques années se sera nous, les Blancs, qui seront en minorité. Et une minorité, je ne vous apprend rien, à vous journaliste, se replie toujours sur son identité. Ses valeurs.

— Ces Blancs-là, se sentent mal aimés, mal défendus. Ils ont une revanche à prendre, et à la prochaine élection, il y a tout à parier qu’ils soutiendront un type qui leur parlera de la supériorité des Américains blancs, qui leur fera miroiter le retour de la prospérité. Le fameux rêve américain. Plus les gens sont en bas de l’échelle plus ils ont besoin d’entendre qu’on prendra en compte leurs intérêts spécifiques. Ils veulent relever la tête, êtres fiers d’appartenir à la classe populaire. Ils choisissent un homme providentiel qui se dira plus vertueux que les élites actuelles, qui démolira la presse, les étrangers, et leur promettra de travailler pour eux d’abord, avec honnêteté. Amercia First. Il les attrapera avec des slogans sur la grandeur de l’Amérique comme on attire des guêpes avec du miel. Ils céderont aux sirènes de patriotisme. Ce sera un vote identitaire, que vous le vouliez ou non.

Un roman boueux comme le Mississippi qui déborde, emportant tout sur son passage, et aussi tortueux que tous ses méandres.

Pour le coup, je remercie les éditions Aux Forges de Vulcain pour la publication d’un tel roman, son auteure pour avoir pris le temps de nous mitonner un tel roman aux petits oignons et à Babelio d’avoir fait suivre.

J’essayais de passer en revue les massacres qui ornaient la cabane, l’aigle, un renard, un tête de cerf, un dix-corps, un castor, une belette…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)  et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Durango – Tome 13 – Sans pitié : Yves Swolfs

Titre : Durango – Tome 13 – Sans pitié

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Alpen Publishers (1998) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil Productions (2008)

Résumé :
À Nortonville, Durango coule des jours heureux auprès de la belle Célia, jusqu’au jour où Louie Holledigger et sa bande de malfrats débarquent en ville. Ils s’attaquent à une ferme et massacrent les membres de la famille qui l’habite.

« Crazy Louie » est recherché, mais seul un homme de l’envergure de Durango serait en mesure de l’arrêter.

Est-ce l’appel du révolver, ou la soif de justice qui le pousse à venger cette famille ? Ignorant les implorations de Célia, Durango se lance à la poursuite du meurtrier…

Critique : 
On aurait pu arrêter la série Durango à l’album précédent, nous laissant sur l’image de notre gaucher préféré coulant des jours heureux à Nortonville dont il venait de liquider la vermine qui la gangrenait.

Et je dis bien « arrêter la série » car l’auteur aurait sans doute vite tourné en rond avec un personnage tel Durango restant dans la même ville. Les scénarios ne sont pas légions pour un homme tel que lui.

Ben pas de bol, l’auteur l’a fait sortir de se torpeur, tout en nous signalant qu’il avait continué à s’entrainer au tir, on ne sait jamais.

Pour faire sortir notre tueur blond sexy, il fallait une bonne raison et l’auteur ne s’est pas foulé à nous en pondre une : un bandit voleur de banques n’était pas assez fort, alors, il a ajouté à Louie Holledigger le fait d’être un tueur sadique d’enfant, doublé d’un pédophile.

Les dessins sont toujours superbes, les couleurs chatoyantes dans des tons jaunes ocres, mais le scénario est banal : une simple chasse à l’homme dans le plus pur style western spaghetti, sans rien de plus.

Louie Holledigger n’a rien de neuf dans le paysage, on en a déjà croisé des comme lui, dans les autres albums, des tueurs avec plus de charisme, plus de présence, plus d’épaisseur.

Ici, on a l’impression de se trouver dans un album « de plus », juste pour faire un de plus, l’album transition qui fera repartir Durango sur les routes à la poursuite d’autres salauds.

J’apprécie toujours autant de retrouver mon tueur sexy blond, mais j’aurais aimé une aventure avec plus de profondeur, en apprendre un peu plus sur ce qui a fait de Durango un tueur impitoyable envers les salauds et pas rien que les quelques cases aperçues dans cet opus.

Alors oui, on ne s’embête pas dans cet album même si le scénario n’est guère épais, on croise des salauds de toute première classe, mais sans épaisseur véritable, on prend plaisir à revoir Durango ressortir sa pétoire pour faire des cartons sur des enfoirés de leurs mères, mais, selon moi, on aurait pu aussi très bien s’arrêter à « L’Héritière ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Une nuit éternelle : David S. Khara [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Une nuit éternelle

Auteur : David S. Khara
Édition : Fleuve Editions (13/11/2014)

Résumé :
Barry Donovan, policier new yorkais, résout désormais ses enquêtes en équipe avec Werner von Lowinsky, un vampire aux méthodes particulières peu appréciées.

Ainsi lorsqu’un crime barbare est commis à l’encontre d’un pasteur noir et de son fils, Barry demande à son ami de rester en dehors de l’enquête, car seul un monstre de l’espèce de Werner peut être à l’origine de ce type de meurtres.

Critique :
— Bonsoir, monsieur le vampire, que vous me semblez beau et élégant… Je serais tentée par le fait que vous me fassiez la conversation, mais voyez-vous, je crains pour mon joli cou fragile… Entre nous, je vous déconseillerais fortement de vous abreuver de mon sang qui doit charrier mille produits mauvais pour la santé ou autres insecticides dû à l’ingestion d’une nourriture que l’on m’a vantée comme bonne pour ma santé…

— Rassurez-vous, chère Belette, mon créateur m’a doté d’autres attributs et a fait en sorte que je ne ressemble pas aux vampires des vos livres : je ne dors pas dans un cercueil, le crucifix m’est égal et, désolé pour les midinettes, mais je ne suis pas prêt de tomber amoureux d’une mortelle !

Proposer un autre regard sur la condition de vampire, David Khara n’est ni le premier, ni le dernier à le faire, mais, contrairement à une certaine mode qui fait des vampires des êtres choupis et kawaï, lui nous propose une créature cultivée, avec une part d’ombre et ne devant pas s’abreuver sans cesse d’hémoglobine.

Et si un certain vampire Edward (pas celui aux mains d’argent) aimait une Bêla (on dit Bella ?), notre créature de la nuit, lui, s’est lié d’amitié avec un homme, un flic, et de ce binôme improbable va naître une fantastique enquête qui va les mener aux confins des portes de l’enfer, au propre comme au figuré.

David Khara possède un style d’écriture bien à lui et cette première lecture d’un de ses romans me laisse augurer encore quelques heures de plaisir livresque en poursuivant la découverte de tout ses romans.

Il y a de l’humour, du sérieux, du fantastique, des mythes et des légendes qui se croisent et se mêlent avec la réalité, augmenté de quelques récits dignes des plus grandes sagas, qu’elles soient réelles ou inventées.

Les personnages et l’histoire auraient pu bénéficier de quelques pages de plus afin que le plaisir dure plus longtemps, mais je ne dois pas me plaindre car en un peu plus de 300 pages, l’auteur arrive donner une densité énorme à ses personnages, un comme si nous les connaissions déjà, hors ce n’était pas mon cas.

Et bien oui, si au lieu de commencer – imbécile que je suis – par le tome 2, j’avais démarré par le tome 1, ces personnages seraient vraiment devenu des vieilles connaissances.

Pas de bol, suite à mon erreur lamentable, tout suspense me sera refusé lorsque j’ouvrirai le premier tome, puisque maintenant je sais tout du traitre qui arpentait les pages dans « Les Vestiges de l’Aube ».

L’humour de l’auteur parsème les pages avec quelques petites saillies dans les dialogues, quelques réparties pas piquées des vers, ainsi que ces private joke envers quelques membres de la Ligue de l’Imaginaire : Bauwen en prend pour son grade, on aura aussi la bijouterie Loevenbruck’s et la ville imaginaire de Chatham.

Sans révolutionner le genre vampirique ou le roman fantastique, sans en chambouler les codes mais en les revisitant, on peut tout de même convenir que Khara nous offre là un petit roman bourré d’adrénaline, d’humour, de fantastique et de réalisme, avec des personnages que l’on apprécierait retrouver dans d’autres aventures (appel du pied) tant ils m’ont conquise.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :

J’avais beaucoup aimé le premier tome, parce que avant, tout je l’ai trouvé original, donc à sa sortie en poche, dès le premier jour, j’ai couru en librairie, mais bon, on le sait maintenant, c’est la PAL qui a un super pouvoir et nous vampirise à sa façon…Cette LC avec ma binomette adorée était la plus que bienvenue!!!

Synopsis :

Barry Donovan, policier new yorkais, résout désormais ses enquêtes en équipe avec Werner von Lowinsky, un vampire aux méthodes particulières peu appréciées. Ainsi lorsqu’un crime barbare est commis à l’encontre d’un pasteur noir et de son fils, Barry demande à son ami de rester en dehors de l’enquête, car seul un monstre de l’espèce de Werner peut être à l’origine de ce type de meurtres.

Ce que j’ai ressenti :… Une nuit sang pour sang amitié….

Un duo que j’adore retrouver ! Cette amitié qui va au delà du réel et des conventions: mon cœur devient guimauve… Mais pas le temps de s’attendrir dans ce nouveau roman de David Khara car les meurtres sordides frappent encore New-York et que les mystères s’épaississent quand le fantastique s’en mêle…

Toujours en alternant les points de vues de Barry et Werner, on ressent en deux temps, une vision panoramique sous l’œil de faucon et une sensation plus urgente dans les actions, les causes et conséquences de cette résolution…

Un Coeur n’a pas besoin de battre pour saigner. Le mien saigne depuis un siècle et demi.

Un vampire qui se repend avec un flic qui culpabilise, ça fait beaucoup d’émotions qui bouillonnent, mais les voir s’entraider, chacun à leur échelle, cela donne un joli cocktail d’aventures et j’ai adoré où ils m’ont menée : rien de moins que la légende des Templiers et une jolie virée dans le passé de Werner, tout en résolvant une affaire plutôt corsée aux rituels étranges…

J’aime à voyager dans le temps, et avec un personnage aussi charismatique et érudit que Werner, le voyage est d’autant plus palpitant…

Je ne crois pas au bonheur comme état permanent. Tout au plus pouvons-nous prétendre à des instants de joie. À nous de les saisir, de les goûter et les savourer, sous peine de voir les affres incontournables de l’existence nous entraîner inexorablement vers le cynisme et la désespérance.

Au vu du quatuor qui clôt ce roman je peux vous dire que j’ai très envie de voir une suite arriver !!! J’ai été charmée par ce libraire, féru de légendes moyenâgeuses, et la jeune médecin, dépassée par les péripéties en cours…

Je vois bien là, une saga prometteuse parce que cet auteur a su créer des personnages attachants, mais aussi, une veine de thrillers entre rétro et modernisme qui s’entrechoquent, tout en y mettant une foison d’émotions… Forcement, qu’on en redemande !!!!

La peine ne se hiérarchise pas.

Si jamais le cœur vous en dit, et que vous voulez que votre sang ne fasse qu’un tour en lisant ce policier fantastique, je vous recommande chaudement cette lecture!

J’aurai mis le monde à feu et à sang pour partager Ne fût-ce qu’une seconde avec elle.

Petit plus : Clairement, lire ce roman en Lecture Commune avec ma binomette, c’est un moment de complicité et d’amitié à l’image de ces deux personnages, et ça c’est juste extraordinaire !

Quand je vous le dis, que mon cœur devient guimauve… Je souhaiterai une vie éternelle de lecture commune, nourries de cafés, de cornes de gazelles et de fous rires… Merci à ma Belette pour ces échanges: tu es la meilleure des coéquipières de lecture ! ❤

(PS : mais de rien, le plaisir est partagé – Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

De cauchemar et de feu : Nicolas Lebel [Critique – Défi CannibElfique]

Titre : De cauchemar et de feu

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout (03/05/2017)

Résumé :
Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.

À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA. Le capitaine Mehrlicht fait la grimace.

Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Critique :
Qui a dit que la lecture n’élevait pas l’esprit ? Et bien, j’invite tous ceux-là à ouvrir un roman de Nicolas Lebel afin de comprendre qu’il existe des lectures qui volent plus haut que certaines !

Mais pas sûr que ces gens-là comprendront… Ou alors, ça leur donnera mal à leurs petites pensées étriquées…

Lire un roman de Nicolas Lebel leur collera une migraine de puissance 10 sur l’échelle de Richter. Moi, j’adore et il ne me donne pas mal au crâne avec ses réflexions.

Son commissaire Mehrlicht n’est pas ce que l’on peut appeler un dieu grec (private joke) niveau physique. Il en est même l’opposé, lui qui ressemble à une grenouille qui se serait faite écrasée pas un camion, puis dessécher au soleil et enfin, mâchouillée ensuite par un renard…

Pourtant, c’est toujours un plaisir de retrouver ma petite grenouille fumeuse de Gitane et adepte de bons mots, ainsi que ses deux lieutenants, Latour, la jolie rousse et Dossantos, le bodybuildé adepte de séries et qui connait, pas cœur, le code pénal.

En découvrant un assassiné dans les chiottes d’un pub tenu par un irlandais à Paris, avec deux balles dans chacun des genoux, notre capitaine à la gueule chiffonnée ne pensait pas mettre les pieds dans un bordel pareil et suivre un tueur fou à la trace, suivant les cadavres, ses curieux dessins et ses inscriptions, écrites dans un sabir inconnu de notre flic de choc.

Non, « Na dean maggadh fum » n’est pas une future inscription sur les paquets de clopes. C’est du gaélique et si le conflit irlandais était loin dans votre mémoire, après lecture de ces pages hautement addictives, vous pourrez aller devant Julien Lepers et répondre à ses questions pour un champion tout en fredonnant « Ah ça IRA, ça IRA ».

Nicolas Lebel a cette fois-ci choisi de nous entraîner dans le passé, dans les années 60-70, dans une Irlande séparée, dans une Irlande déchirée, dans une Irlande du Nord en proie à l’envahisseur protestant qui n’est pas un tendre et qui a tout d’un criminel en puissance. La résistance s’organise et elle ne fera pas dans la dentelle non plus.

Alternant les sauts dans le passé et dans le temps, passant de l’Irlande d’hier au Paris d’aujourd’hui, l’auteur, avec sa verve habituelle, nous en donne pour nos sous niveau tension et les réflexions profondes de ses personnages sont aussi douces à l’esprit qu’un cappuccino crémeux l’est pour la gorge en souffrance.

Ça glisse tout seul dans ton cerveau non formaté par les médias et tu te dis qu’il y a encore des personnes qui ont un cerveau et qui savent mettre en page leurs pensées, leurs vérités, la réalité.

Du capitaine Mehrlicht pur jus, sans filtre, sans additifs, sans édulcorant et autres saloperies. Et du capitaine Mehrlicht, tu peux en fumer tant que tu veux, c’est bon pour la santé mentale ! Sauf si t’as pas de cerveau…

Maintenant, je me demande ce que le prochain opus nous réserve parce que notre « rebel » Lebel vient encore de placer la barre très haute avec une enquête qui était très bien menée, travaillée, addictive, intrigante, intéressante et qui, contrairement à ce que je pensais, n’était pas aussi simpliste que je le pensais  !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :

Nous étions impatientes de nous retrouver ma binomette et moi, pour une nouvelle LC spécial Lebel ! Vous le savez, on s’est lancé dans cette saga à deux depuis le tout premier Merlicht, alors on ne change pas une habitude comme ça… Le number 4 sort, on se jette dessus en duo!!!!

Synopsis :

Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.  À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA.

Le capitaine Mehrlicht fait la grimace. Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Dans ce quatrième opus, Nicolas Lebel nous entraîne sur la piste d’un un assassin pyromane, un monstre né dans les années 70 de la violence des affrontements en Irlande du Nord, qui sème incendie, chaos et mort dans son sillage, et revient aujourd’hui rallumer les feux de la discorde à travers la capitale.

Ce que j’ai ressenti :… Un feu de légende, dans un cauchemar réel…

Depuis, que j’ai découvert Monsieur Lebel, je ne peux plus me passer de ses répliques bien senties et de son personnage atypique le capitaine Merlicht !

Toujours le plaisir de me plonger dans ses enquêtes qui fleurent bon les références littéraires et le goût du savoir-vivre! Je suis fan de cet auteur mais…

Dans cet opus, j’ai moins retrouvé toutes les belles envolées de bons mots, j’ai cherché toute la magie qui fait que j’adore lire ses enquêtes, il m’a manqué la petite pétillance qui fait toute la différence…

— Laisse tomber, ce sont des tièdes. Je vomis les tièdes. Juste un trio de quiches ! Des quiches tièdes.

Pour autant, l’auteur nous donne une enquête flamboyante, avec un travail de recherche précis et une mise en lumière d’un conflit brûlant ! C’était très instructif !

En plus, j’ai trouvé cela super intéressant de voir que le terrorisme peut avoir d’autres parallèles, influences et noms,  mais reste toujours  que le fanatisme religieux fait des ravages explosifs dans les esprits, et surtout, qui fait tomber bien des vies…

« Le bon combat est celui qui est engagé au nom de nos rêves. »

Nicolas Lebel nous donne un ressenti de l’intérieur d’une cellule terroriste, il nous dévoile un jeune homme simple qui bascule…

J’ai trouvé cela, très intéressant, puisque ce n’est pas un concept nébuleux d’une simple tuerie, mais tout un engrenage qui conduit à la catastrophe…

Une approche donc plus intime, et un personnage qu’on voit lentement se perdre dans un éclair blanc…

J’ai adoré aussi que la réalité se mélange au folklore, qu’on est, non seulement une approche politique et sociale de l’Irlande mais aussi, une légende imprégnée et furieuse, propre à ses terres…

Le Far Darrig est une créature de cauchemar et de feu.

L’équipe devra jouer avec les timing et les contrecoups pour garder un minimum de cohésion.

En tout cas, je suis impatiente de lire la prochaine enquête, car il semblerait que l’osmose de groupe en est pris un coup, donc cette fin laisse présager quelques évolutions de personnages qui seront sans doute intéressant à découvrir…

Pour autant, avec ma binomette, on reste plus unies que jamais, et le prochain Lebel sera sans doute lu en LC, parce que l’amitié, il n’y a que cela de vrai ! (Je plussoie ! © Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  7/10

Lien vers la chronique de Stelphique

L’ordre des choses : Frank Wheeler Jr.

Titre : L’ordre des choses

Auteur : Frank Wheeler Jr.
Édition : Série Noire Gallimard (14/11/2016)

Résumé :
Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 -, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.

Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites.

Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables…

Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang.

Critique :
♫ Black is black ♪ comme le chantait si bien Los Bravos… et ces paroles sont parfaites pour illustrer l’atmosphère de ce roman noir qui ne se décline pas en 50 nuances de « grey » (gris) mais en 50 nuances de black (noir).

Ces 50 nuances de black allant du noir serré au noir sombre, en passant par le noir profond comme le trou d’une tombe creusée en pleine nuit dans un coin perdu du Nebraska, afin d’y enterrer une personne qui dérange l’ordre.

Conseil d’ami, ce roman noir n’est pas fait pour les personnes sensibles ou possédant un sens de la justice aigu, car ici, les gens nuisibles qui menacent l’ordre sont appelés des animaux et doivent être ou enfermé en cage ou muselé… Pour toujours ! Si vous voyez ce que je veux dire…

— On est au milieu du trou du cul de la cambrousse, frangin. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Certes, bien qu’étant pour une justice équitable, je ferme volontiers les yeux (dans un roman) quand on élimine les trafiquants de drogues et toute la racaille qui tourne autour comme des mouches autour d’une merde bien fraiche…

MAIS… (ben oui, il y a tout de même un « mais) le problème est que le shérif Earl Haack Jr qui élimine cette racaille de trafiquants et tout ce petit monde, est une raclure lui aussi. D’accord, il les élimine pour faire régner l’ordre dans sa ville, comme son père shérif avant lui, mais c’est aussi surtout pour mettre la main sur une partie de leur trafic.

— Devenir un caïd dans ce business, c’est comme se dessiner une cible dans le dos.

Sa philosophie est que puisqu’on ne peut lutter contre les narcos-trafiquants, autant aller dans le même sens qu’eux et se remplir les poches par la même occasion, tout en maintenant l’ordre dans la ville. D’une pierre deux coups.

Si on est intelligent et observateur, en bossant à la Brigade des stupéfiants, au niveau fédéral ou local, on apprend une chose très vite… Rien ne pourra jamais arrêter le trafic. Ceux qui acceptent cette évidence font un choix. Ils peuvent se résigner à pointer et à compter les heures avant la retraite, ou bien ils peuvent en profiter.

L’écriture est âpre, sans concession, les personnages sont plus dans les nuances de gris sombre ou de noir que d’une autre couleur, ne cherchez pas de rédemption, il n’y en aura pas, ou très peu. Même pas un personnage à sauver du lot !

Ce que les gens ne disent pas, en général, c’est qu’il est très difficile de commettre un homicide, quelles que soient les circonstances. Même en cas de légitime défense, il y a une résistance naturelle à l’acte de tuer.

Et pourquoi on a besoin de fusils de chasse ? Il n’en avait pas la moindre idée. La balistique. Il est impossible de faire des études balistiques avec des cartouches de fusil de chasse. Ça ne laisse quasiment aucun indice.

Autant j’avais ressenti de l’empathie pour le shérif Corey dans « Pottsville, 1280 habitants » de Jim Thompson, autant je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec le shérif Earl Haack Jr, ni avec sa femme, ni avec sa troupe d’éliminateurs de premier ordre.

L’ordre dans la ville et non le chaos… Le shérif Earl applique l’adage de son père, et on peut dire qu’il l’applique avec zèle, créant pour finir du chaos en voulant mettre le l’ordre.

Un roman noir âpre, des personnages qu’on n’aimerait pas croiser ou boire un verre avec eux, une écriture au cordeau, une analyse d’une société qui tranche dans le lard, des morts à la pelle, des balles qui sifflent, tout le monde qui surveille tout le monde, une guerre larvée pour prendre le pouvoir et le contrôle du marché, bref, une OPA qui n’est pas publique et qui aura tout du RIP inscrit sur votre tombe anonyme.

Un roman noir sombre, qui possède un rythme propre à lui, assez agité sur le final, et très giclant de sang avant, un roman noir rural, sauvage, des personnages énigmatiques, dangereux comme des crotales enragés.

Un roman noir intense et violent.

— Tu sais ce qui se passera quand il tombera, n’est-ce pas ?
— La nature a horreur du vide.
— Hein ?
— Un truc que j’ai appris à l’université. Je veux dire, une fois que le chef n’est plus là, les autres vont se battre pour prendre sa place. Une putain de foutue guerre entre les parties concernées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

 

Petits meurtres à Mangle Street : M.R.C. Kasasian

Titre : Petits meurtres à Mangle Street

Auteur : M.R.C. Kasasian
Édition : City Editions (27/05/2015)

Résumé :
Londres 1892. Une femme est sauvagement assassinée dans le quartier pauvre de Whitechapel. Désemparée par l’inefficacité de la police, la mère de la victime engage Sidney Grice, le plus célèbre détective privé de Londres.

D’une intelligence acérée, pointilleux et exigeant, l’homme est d’une efficacité redoutable. Il pense que le « sexe faible » n’a pas sa place dans un cabinet de détective, mais il fait tout de même appel à March Middleton, une jeune femme excentrique un peu trop portée sur le gin, pour l’assister dans cette affaire.

L’irrésistible duo mène l’enquête et découvre que le mystérieux meurtre n’était que le premier d’une sinistre série.

Dans un Londres ou planent des ombres terrifiantes, le danger rôde à chaque coin de rue…

Critique :
Sidney Grice est un détective privé, oups, pardon, un détective personnel, un peu comme Sherlock Holmes, mais en version imbuvable, chiant et à tuer !

Grice est infatué, orgueilleux, de mauvaise foi, a un sale caractère, est méchant, trop sûr de lui, ne bosse que pour le fric, méprise les pauvres, méprise les femmes, ne baise pas, ne mange pas de viande, ne boit pas, ne fume pas, ne se drogue pas, et lors d’occasion spéciales, il n’est pas contre une bonne dose de café…

— Je suis parfaitement rationnel, dit mon tuteur en claquant des mains. Injuste, méchant et grossier, je vous l’accorde, mais mes capacités de raisonnement ne m’ont jamais fait défaut.

En effet, son portrait n’est pas flatteur ! Niveau diplomatie, il est encore pire que Agatha Raisin, c’est vous dire ! Et pourtant, Agatha est LÀ référence en la matière de manque de diplomatie et de gros sabots dans le plat…

— J’aimerais que vous ayez un accident digne de votre nom, monsieur Grave. Venez, mademoiselle Middleton.

Certes, Agatha ne se privera pas de vous lancer un « Allez vous faire foutre » bien sentit, tandis que lui, en parfait gentleman, vous balancera une vacherie sans juron puisque « Bon Dieu » est déjà une injure pour lui.

— Si le fait d’assassiner la langue était considéré comme un délit, vous seriez en train de casser des cailloux en ce moment, rétorqua Grice.

— Lorsque Dieu a créé les idiots, il a mis les plus idiots de tous en uniforme et leur a donné des casques pour que les pensées n’entrent pas dans leur tête, déclara Sidney Grice.

Tiens, je me demande ce que ça donnerait si on accouplait Sidney Grice et cette bonne vieille Agatha Raisin… Heu… Quoiqu’il en sorte, ne m’en mettez pas un de côté !!

— Cela doit être extrêmement gratifiant de contribuer à rendre la justice, commentai-je.
Sidney Grice souffla.
— Il est plus satisfaisant de voir les délinquants punis, mais j’aime être sûr que les innocents ne risquent rien. Bien entendu, plus vous vous élevez dans la société, plus cela est important. On peut se permettre quelques petites erreurs avec des prostituées, par exemple, mais vous devez être absolument sûr de votre fait avant de faire pendre un évêque.

Ah pardon, j’oubliais ! Bien sûr que Sidney a un vice, c’est le thé, sans lait car il ne boit pas les sécrétions mammaires des ovins… C’est lui qui le dit ainsi…

Vice énorme car il devient à moitié paniqué s’il n’y a pas une officine servant du thé dans un rayon de 100m ! Pire qu’un Preshaun dans la série « Ekhö monde miroir« .

— Plus intolérable que vous ne le sachiez, expliqua Grice. Son procès a attiré une telle foule que je n’ai pas pu me faire servir une seule tasse de thé pendant deux jours consécutifs et que mon premier flacon à rétention de chaleur fut réduit en miettes dans la panique générale.
— Monsieur Grice était au bord des larmes, précisa l’inspecteur Pound.

— Savez-vous, March, ce que je trouve le plus terrifiant à propos de ce quartier ? Il n’y a pas de salon de thé à moins de cent mètres à la ronde.

Un type imbuvable, ce Sidney, mais bizarrement, on adore son caractère ronchon, ses répliques cinglantes, ses idées bien arrêtée sur la petitesse du cerveau féminin (partagée par une majorité des hommes), notamment sur celui de sa pupille, March Middleton, arrivée depuis peu chez son parrain et tuteur après le décès de son père.

La pauvre ?? Non, non, March ne se laissera pas march-er (mdr) sur les pieds et le duo va faire des étincelles, pour notre plus grand bonheur.

— J’ai une meilleure idée, dis-je. Comme je suis la plus légère, dans la mesure où je ne possède pas un cerveau masculin qui risquerait de peser exagérément, je vais passer devant.

Ajoutons à ce duo atypiques un inspecteur Pound qui n’a pas lui non plus sa langue en poche en matière de préjugés sur les femmes, sur les pauvres, sur tout le monde…

— Ma chère mademoiselle, il vous faut cependant comprendre que les humeurs imprévisibles du cœur féminin ne sauraient rivaliser avec la logique imparable et la perspicacité pénétrante du cerveau masculin.

— Je me demande parfois si je ne travaille pas dans un institut pour les déficients mentaux. Mais ne vous avisez pas de raconter à monsieur Grice que j’ai dit ça !

Avec un style jubilatoire dans les dialogues, avec des répliques qui fusent, avec March, un personnage féminin qui ne se laisse pas faire, qui fume et qui boit, je vous assure que l’on passe un excellent moment de lecture car entre Sidney Grice et March Middleton, ça grince niveau vacheries envoyées tout de go.

— Je vous ai déconseillé la lecture des ouvrages de philosophie, dit Sidney Grice en souriant. Ils vous farcissent la tête d’idées et, chez l’individu de sexe féminin, les idées risquent trop aisément de conduire au déséquilibre mental. Ce n’est pas là mon opinion mais les conclusions d’années de recherches scientifiques menées par les médecins de l’Hôpital royal de Bedlam pour les aliénés. 

— Dînez-vous habituellement seul ? demandai-je.
— Non, répondit Grice, je dîne avec un livre. Mon favori est « Brève étude des vers parasites d’Afrique ». Il comporte de superbes illustrations en couleurs.
— Cela ne vous empêche-t-il pas de savourer votre repas ?
— Pour quelle raison ? Je n’ai pas l’intention de les manger.

De plus, nous avons aussi des petites allusions à un célèbre détective et à son créateur et je n’ai pas pu m’empêcher de glousser en comprenant QUEL médecin soignait le poignet de March.

Mais là, j’émet une protestation sur une incohérence, un anachronisme : nous sommes en 1892 et ce personnage célèbre dans la littérature policière, dont fait allusion son père littéraire, fut publié en décembre 1887…

Sherlock Holmes fit ses premiers pas dans « A Study in Scarlet », publiée dans le Beeton’s Christmas Annual. Histoire qui avait été refusée en mars-avril 1886 !

Donc, Arthur Conan Doyle ne peut pas s’être inspiré de Sidney Grice pour son Sherlock Holmes puisqu’en 1892, il avait déjà publié deux romans avec Holmes (« The Sign of Four » le fut en février 1890). Là, l’auteur a fait une faute en voulant rendre hommage à Doyle et son Holmes !

— Vous écrivez ? demandai-je.
Il haussa modestement les épaules.
— J’essaie et je dois dire que votre œuvre m’a laissé penser qu’un ancien médecin militaire pouvait composer un bon personnage dans l’histoire que je suis en train d’écrire.
— De quel genre de récit s’agit-il ?
Il coupa le bandage et déchira l’extrémité en deux.
— Je ne saurais dire, fit-il en nouant les deux pans, mais votre tuteur constitue un sujet fascinant.

L’enquête est remplie de questionnement sur la culpabilité ou non du coupable, sur la raison des autres meurtres, le tout est rempli de non-dit et de zones d’ombres, bien que j’avais compris bien avant Grice un fait important ! Mais à force de ne pas faire attention aux émotions, on ne voit pas ce qui est flagrant…

L’auteur, durant son roman jouissif, ne se prive pas pour nous expliquer où se trouvait la place de la femme, à cette époque, c’est-à-dire entre l’enfant mineur et le chien, ou plutôt derrière ses casseroles, je dirais.

Bref, j’ai adoré ce roman policier décalé, à l’humour so british, aux personnages bien campés, attachants, rempli d’humour sarcastiques et l’enquête était excellente, et assez sordide. Tout ce que j’aime.

Vivement la suite !!!

— Vous n’avez jamais entendu parler des microbes ? demandai-je.
Parker sourit.
— Oui ! Ben, j’ai aussi entendu parler des fées, mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui en avait vu une.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon,  le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Selfies : Jussi Adler-Olsen

Titre : Selfies

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (29/03/2017)

Résumé :
En raison de ses échecs répétés, l’existence du département V est menacée.

Rose doit montrer que le service vaut encore quelque chose, mais elle se retrouve internée, en proie aux fantômes d’un passé violent.

D’un autre côté, de nombreux crimes ont lieu à Copenhague.

Carl, Assad et Gordon devront empêcher les nouveaux crimes en préparation.

Critique :
Jamais je n’ai encore réussi à lire un roman de cet auteur à mon aise, en m’immergeant doucement dans son récit, en dégustant lentement ses phrases…

Non, depuis le début, je me jette sur ses romans comme un cannibale affamé sur un morceau de viande humaine !

Je VEUX savoir ce qu’il va arriver, alors je dévore le roman à une vitesse folle et ensuite, tel un junkie en manque, je traine mon ennui durant quelques jours, triste à l’idée d’avoir quitté si vite mes copains du Département V.

Une fois de plus c’est ce qu’il s’est produit et me voilà avec le coeur en berne jusqu’au prochain, le tome 8.

Pourtant, on ne peut pas dire que l’écriture de Jussi Adler-Olsen soit exceptionnelle. Nous sommes loin d’un prix d’écriture, pas de tournures de phrases savantes, rien de compliqué pour l’esprit et à la fin, tout est toujours très clair dans la résolution du ou des meurtres.

Alors pourquoi tant d’amour pour ses romans mettant en scène le fameux Département V ?

Sans doute parce que l’auteur a créé une équipe atypique, avec un commissaire Carl Mørk qui préfère mettre ses pieds sur le bureau que de bosser (moins maintenant) et avec un aidant au passé mystérieux et trouble, qui nous cause toujours de ses chameaux, j’ai nomme Assad le Syrien.

Ajoutons à cela une Rose qui est souvent perturbée et à laquelle on s’attache immanquablement et un grand échalas du nom de Gordon, que l’on déteste d’entrée de jeu avant qu’il ne nous révèle tout son potentiel caché.

La force de ses romans tient dans ses personnages qui, au fil des romans, sont devenus des amis que l’on apprécie de retrouver, des personnages dont les secrets nous sont dévoilés peu à peu, et qui, bien souvent, rajoutent du mystère en levant les coins du voile.

De plus, il y a de souvent des notes d’humour dans les dialogues, dans les expressions erronées d’Assad, ses proverbes avec ses chers chameaux, dans les métaphore utilisée pour illustrer les pensées des personnages. On se bidonne pas, mais on a souvent un pouffement de rire qui nous échappe.

Mogens hocha lentement la tête, avec l’air d’un homme qu’on a fait débander au moment où il allait jouir.

Le type avait dû faire un stage au gouvernement pour apprendre l’art de se débarrasser des bâtons merdeux !

Les enquêtes sont souvent complexes, aux multiples ramifications, et celle-ci ne fait pas exception. De plus, l’auteur plonge souvent dans le passé trouble et pas très reluisant de son pays, le Danemark, nous montrant que oui, il y a quelque chose de pourri au royaume.

Pourtant, j’ai ressenti moins d’émotions fortes dans celui-ci, contrairement à « Dossier 64 » ou à « L’effet papillon » (« Miséricorde » était rempli d’émotions aussi, tout comme « Profanation ») car le sujet de traité s’y prêtait moins (si je puis dire), mais j’avoue que mon petit cœur a tremblé à bien des moments pour un personnage en ballotage et suite aux révélations sur son passé qui fut loin d’être paisible et heureux…

Le sujet traité ici est un fait bien connu de nos sociétés : les centres d’aides sociales. Rien de reluisant dans ces lieux inhumains et personne n’aurait envie d’aller y faire la file pour mendier de l’argent. Le sujet est fort.

Le nom de « Centre d’action sociale » avait déjà cet effet sur elle alors qu’il était relativement neutre. Des noms comme « Chambre des supplices », « Comptoir de mendicité » ou « Guichet des humiliations » auraient été plus justes. Mais dans la fonction publique, on n’appelait pas les choses par leur vrai nom.

Mais au lieu de se concentrer sur des gens qui crèvent vraiment de misère et qui galèrent pour s’en sortir, l’auteur nous présente une belle brochette de pétasses bimbos qui préfèrent, non pas l’amour en mer, mais se la couler douce en vivant sur le dos de la société plutôt que de bosser.

Ça change toute la donne, non ?? Elles, on aurait vraiment envie de leur coller des grandes paires de claques, mais pas de les plaindre.

Pas de temps mort, j’ai avalé ce roman en une soirée et une partie de mon samedi, c’est vous dire combien il m’a captivé.

On se serait cru dans un vieux film avec Sherlock Holmes et le docteur Watson.

— Ce garçon est un rêve éveillé. Il est divin. Tellement soigné et sexy et incroyablement imaginatif au lit. Fort et endurant, dominateur comme un étalon. Tu verrais comment… »
Carl le stoppa net, levant les paumes vers Morten en un geste de défense. « Merci, épargne-moi la suite. Je crois que je peux me faire une idée. »

J’ai été soufflée en voyant comment nos pétasses bimbos voulaient régler leurs problèmes d’argent et comment une autre personne voulait remédier aux problèmes de ses pétasses prétentieuses qui n’en foutent pas une. My god, encore une belle brochette de personnages réussis.

Alors, je ne sais pas si le petit oiseau va sortir durant le selfie, mais souriez tout de même, on ne sait jamais… Bien que parfois, entre ces pages, on ait tendance à rire jaune.

Vivement le prochain tome !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Touchez pas au grisbi ! : Albert Simonin

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Titre : Touchez pas au grisbi !

Auteur : Albert Simonin
Édition :  Gallimard (12/06/2014)
Édition originale : Nouvelle Revue française (1953) – Série noire N°148 (1953)

Résumé :
Max-le-Menteur pensait se classer parmi les hommes de poids du milieu des malfrats parisiens. Il ne lui manquait pas grand chose. Mais l’assassinat de Fredo vient tout remettre en cause.

Qui a tué ce chef de bande ? Riton, son ennemi héréditaire, et meilleur ami de Max ? En son absence, c’est ce que tout le monde croit. Et pour les lieutenants de Fredo, la vengeance va être simple : tuer Max.

Entre la police qui cherche Riton et les tueurs fous à ses trousses, Max n’aura pas une minute à lui.

Critique :
L’est déjà con, le Frédo, de dire à voix haute qu’il va filer un coup d’surin à Riton, le chef de la bande rivale…

Lorsqu’on est un petit caïd, vouloir fourrer un cador, c’est le genre d’acte qu’il vaut mieux ne pas claironner sur tous les toits, et encore moins dans un rade !

La vie étant une sacré loterie, notre Frédo a tiré les mauvais numéro et c’est lui qui avale son acte de naissance, d’un coup de lame de rasoir, du genre de celle qui te coupe la gorge…

Principal suspect, je vous le donne en mille : Riton, bien entendu ! Ou du moins, si ce n’est pas lui, c’est sa bande ! Haro sur la bande à Riton, don Max-Le-Menteur fait partie.

Si l’argot vous donne de la chair de poule et des envies folle de lire la Princesse de Clèves de Mme de La Fayette (je n’ai rien contre ce roman, contrairement à certains politiciens), passez votre tour, vous finiriez avec de l’eczéma tant les mots argotiques sont courant dans ce roman.

Le glossaire mis en fin de roman fut très souvent sollicité par mézigue, mais problème c’est que ça vous casse le rythme de la lecture, à force d’aller voir.

Clichy, Notre-Dame de Lorette, place Pigalle, tel est notre ghetto et c’est pas du gâteau !

Dans ce roman, mesdames, nous en prendrons pour notre grade, les femmes qui hantent ces lieux étant le plus souvent occupées à pratiquer le plus vieux métier du monde et pas toujours fréquentables.

Âmes pudibondes s’abstenir aussi car à cette époque, on ne prenait pas des gants et les appellations d’origine raciale non contrôlées sont présentes aussi dans ces pages. Les termes sont crus, racistes, bien entendu, mais à classer dans cette époque où ils étaient autorisés.

N’oublions pas non plus que nous sommes chez les truands, et qu’ici, les additions, on les règle avec des bastos et des pruneaux, qui ne sont pas d’Agen, vous vous en doutez.

Un polar noir argotique, dont tout le monde a entendu parler du film avec Gabin, un polar noir qui ravira les amateurs du genre mais déplaira aux autres.

L’usage de termes argotiques dont je ne connaissais pas la définition m’a énormément ralenti dans la lecture, me faisant parfois perdre le fil de la narration, des notes en bas de page eussent été plus simples et moins chiantes.

À la fin, j’en avais tellement marre d’aller voir en bout de roman, de constater que certaines définitions n’y étaient pas que  j’ai zappé, tant pis pour les mots dont je ne connaissais pas le sens.

Bon, je ne vais pas trop m’épancher dessus, ni trop l’ouvrir, ni trop vous affranchir, j’voudrais pas qu’on pense que je suis une balance alors que je suis du signe du sagittaire !

Méfions-nous des piqueurs qui se faufilent en loucdé dans les ruelles sombres… Et évitons aussi les cognes, ça vaudra mieux pour notre santé de petits truands.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (254 pages) et Le Mois du polar 2017 chez Sharon.

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