Marshal Bass – Tome 6 – Los Lobos : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 6 – Los Lobos

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt (31/03/2021)

Résumé :
Lorsque Bass arrive à la Hacienda où Don Vega a recueilli sa famille, il réalise que le sauvage gang de Los Lobos occupe les lieux.

Leur chef, Joaquin, le frère de Don Vega, convoite même l’une des filles de Bass.

Alors que la cérémonie de mariage se profile, pas moyen de prédire qui sortira vivant de la bataille qui se prépare entre les bandits et la famille de Bass.

Critique :
Désolée, Los Lobos n’est pas le groupe de chanteurs à la mode qui a fait trémousser des gens sur un l’air entraînant de ♫ La Bamba ♪

Non, dans cet album, c’est un gang de bandits sans scrupules, qui en ont marre de leur liberté faite de jours sans manger, de nuits à la belle étoile, alors, ils décident d’aller crécher chez le frangin de leur chef, Don Vega (qui n’est pas apparenté à Zorro).

Pas de bol, c’est ce fameux Don Vega qui poursuivait de ses assiduités la femme de River Bass et c’est dans son hacienda qu’elle est partie vivre, emmenant toute sa marmaille, moins un fils assassiné, moins une fille de 15 ans presque mariée.

Une fois de plus, nous sommes dans un scénario violent. Oubliez le far-west de Lucky Luke, ici, le méchant n’hésitera pas une seconde à flinguer un gamin qui ne lui a rien fait et un gosse pourrait aussi égorger un homme… Il n’y a plus de jeunesse, ma bonne dame !

River Bass est un personnage étrange, on ne sait jamais trop de quel côté il va pencher. Il dit qu’il se fiche de sa femme (Bathsheba), il se trompe dans le nom de ses gosses, il n’est jamais là, mais il est prêt à tout pour défendre les siens et les siens aussi.

Mettant en avant la petite famille de Bass, ce tome ne fait pas dans la dentelle, tout en restant dans l’ultra classique : un homme qui tente de sauver sa famille des bandits assassins, sa famille qui tente de résister, le reste du personnel qui manque de courage pour résister.

Si le scénario est classique, les personnages qui composent la famille Bass le sont moins et ce sont eux qui poussent l’album vers le haut, ainsi que les dessins Igor Kordey. Ils sont spéciaux, j’ai dû m’habituer à eux, mais au moins, sous son crayon, les personnages ne sont pas statiques, comme dans d’autres bédés.

Les dessins sont vivants, l’action est bien rendue et les doubles pages sont toujours époustouflantes.

Les méchants sont des salopards, bien entendu, mais ils ont été travaillés, ils ont leur faiblesses, leurs blessures et l’un d’entre eux ne manquera pas de couilles, entre nous, face à la gamine de Bass, Ruth.

Un western noir (sans mauvais jeu de mot), violent, sans concession, ultra réaliste et tirant plus vers le Tarantino que le Tchoupi. Le far-west n’était pas le pays des Bisounours, que du contraire.

Malgré la violence et les situations dramatiques, la bédé ne devient jamais larmoyante, se permettant même quelques traits d’humour.

Un 6ème album qui continue dans la bonne lignée des premiers et des personnages que l’on continue de découvrir, qui n’ont pas fini de nous surprendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°005] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Le Scorpion – Tome 14 – La tombe d’un dieu : Stephen Desberg et Luigi Critone

Titre : Le Scorpion – Tome 14 – La tombe d’un dieu

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Luigi Critone

Édition : Dargaud (27/05/2022)

Résumé :
Au Caire, le Scorpion a retrouvé Méjaï. Mais elle lui a interdit de se mêler de sa vie et de celle de leur enfant… qui semble avoir disparu. A bord d’une felouque descendant les eaux du Nil, le Scorpion compte bien découvrir la vérité, mais il a besoin d’argent.

Ainsi se remet-il au service de la Sabbatéenne, une femme plus dangereuse encore, capable de percer les mystères du passé. La Sabbatéenne s’est lancée sur les traces du plus mystérieux des pharaons, Akhenaton, l’inventeur du dieu unique.

Elle est persuadée qu’en trouvant sa tombe, elle pourra faire le lien avec son grand prêtre Tamose, le Moïse de la Bible, et l’exode vers la Palestine, aujourd’hui revendiquée par les juifs, les musulmans et les chrétiens d’Occident. Mais la quête tourne mal. Des hommes armés les attaquent.

Le trésor de la tombe d’Akhenaton attire toutes les convoitises, et particulièrement celles du puissant Al Kabir, le maître de Méjaï qui possède la clé de ses secrets.

Critique :
Depuis que Marini n’est plus là, le Scorpion n’est plus tout à fait le même… Il est sans doute plus facile de copier certains dessins que d’autres.

Les dessins de Luigi Critone sont presque à l’identique de ceux de Marini, beaucoup mieux que dans le précédent tome, où ils ne m’avaient pas conquis, mais il leur manque toujours un petit truc : l’âme que possédaient les anciens.

Malgré tout, adorant les aventures du Scorpion, je ne pouvais manquer ce nouveau rendez-vous, en terre Égyptienne. Un petit résumé de l’album précédent se trouve au début de celui-ci, ce qui est une bonne idée, car deux années se sont écoulées entre le tome 13 et le 14.

Il est une fois de plus question de religions, ce qui est des plus normal, à cette époque. Trois religions se côtoient et vivent en harmonie.

Il y a, bien entendu, des fanatiques qui ne veulent pas que l’on remette certaines choses en question et qui sont prêt à tout pour empêcher le Scorpion et la Sabbatéenne d’arriver à leur fin.

Derrière ces fanatiques, il y a surtout des hommes qui les manipulent, qui tirent les ficelles, qui n’ont pour objectif que d’étendre leur empire, leur pouvoir, ou tout simplement le garder. Pour eux, la religion n’est qu’un prétexte et tout le reste est politique. L’empire Ottoman vacille et certains voudraient en tirer parti, quand d’autres voudrait qu’il reste encore.

La recherche de la tombe du pharaon hérétique apportera un autre éclairage sur un épisode archi-connu de l’Ancien Testament.

Nous sommes loin des premiers albums qui m’avaient emportés, qui avaient été des coups de coeur, malgré tout, je suis contente de retrouver mon Scorpion et ses quêtes.

Pourtant, s’il avait été moins attaché à sa quête de la vérité et moins égoïste, Méjaï n’aurait pas perdu ce qu’elle a perdu…

Un bon album, correct, qui remonte d’un cran par rapport au précédent et qui laisse présager, je l’espère, que les suivants ne nous décevrons pas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°258] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).

 

À l’ombre du convoi – Tome 2 – L’espoir d’un lendemain : Kid Toussaint et José-Maria Beroy

Titre : À l’ombre du convoi – Tome 2 – L’espoir d’un lendemain

Scénariste : Kid Toussaint
Dessinateur : José-Maria Beroy

Édition : Casterman – Univers d’auteurs (2013)

Résumé :
Destins croisés d’un membre de la Schutzpolizei, de la résistance belge et d’une déportée juive allemande qui se retrouvent tous les trois au même endroit la nuit du 12 au 13 novembre 1943 : une voie ferrée entre Malines et Louvain sur laquelle se trouve un convoi de déportés bientôt attaqué par trois jeunes audacieux.

Critique :
Dans ce dernier album, on va en apprendre un peu plus sur Théo, celui qui avait séduit Olya dans le premier tome.

Il ne m’avait pas laissé une bonne impression, en apprendre un peu plus sur sa jeunesse et sur la participation de son père à la Première Guerre Mondiale allait peut-être éclairer un peu plus ce personnage.

Effectivement, dans cet album, on comprend que tous les personnages ont leur destin lié, que ce soit dans les années 30 et 40, ou bien durant la Première Guerre Mondiale. Tout se tient, tout est relié.

Le scénariste continuera aussi de nous donner un cours accéléré sur ce qui précéda la Seconde Guerre Mondiale, notamment avec la guerre civile en Espagne, le bombardement de Guernica par des avions allemands (Hitler voulait tester ses nouvelles armes), ainsi que sur ce que fit le moustachu après son accession au trône, dont la Shoah par balle et ensuite, les camps…

Une fois de plus, c’est un bref résumé, juste les grandes lignes et, pour plagier le slogan d’un grand hebdomadaire français : « le poids des mots et le chocs des dessins ». Comme quoi, avec peu de mots et quelques dessins, on peut faire passer plus qu’avec de grands discours.

Cet album prend aux tripes aussi. On a beau ne donner que les grandes lignes, elles font mal au coeur, elles sont meurtrières, assassines, génocidaires, ces putains de grandes lignes… Hélas, elles ne toucheront jamais le coeur ou le cerveau de ceux qui pratiquent le négationnisme.

Lorsque je lis une bande dessinée, j’apprécie toujours de voir comment était Bruxelles dans le temps, mais ici, voir la Grand Place envahie de casques allemands et leurs drapeaux au mur de l’hôtel de ville, ça la fout mal. Bravo à Jean de Selys Longchamps qui mitrailla, avenue Louise, l’immeuble de la Gestapo (c’était l’oncle paternel de Sybille, la maman de Delphine – les Belges comprendront).

Je suis contente d’avoir découvert (tardivement), ce diptyque consacré à la Seconde Guerre Mondiale et aux déportations. Il y a toujours à apprendre, afin de ne pas refaire les mêmes horreurs (l’Homme apprend-t-il vraiment de ses erreurs ? J’ai un gros doute). Le personnage de Théo est vu sous un autre éclairage et je suis contente que les auteurs aient répondu aux questions muettes que je me posais.

C’est le coeur en vrac que je termine ce dernier album qui était d’une grande intensité et qui a bouclé la boucle de manière fort tragique.

Ce diptyque va directement dans mes coups de coeur.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°32).

À l’ombre du convoi – Tome 1 – Le poids du passé : Kid Toussaint et José-Maria Beroy

Titre : À l’ombre du convoi – Tome 1 – Le poids du passé

Scénariste : Kid Toussaint
Dessinateur : José-Maria Beroy 🇪🇸

Édition : Casterman – Univers d’auteurs (2012)

Résumé :
Belgique, nuit du 12 au 13 novembre 1943, quelque part entre Malines et Louvain. Un convoi de wagons plombés s’est immobilisé sur la voie ferrée. Il vient de quitter Bruxelles, direction Auschwitz.

À son bord, parmi des milliers d’autres, une jeune femme, Olya Van Horn, juive allemande jusqu’alors réfugiée en Belgique.

Elle se remémore la longue suite d’événements tragiques qui, depuis sa ville natale d’Hambourg, dix ans auparavant, l’a finalement conduite dans ce sinistre convoi…

Critique :
Bien des gens pensent encore que les bédés, ce ne sont que des petits Mickeys, du divertissement pour les enfants, mais en aucun cas des lectures pour adultes.

Si vous saviez le nombre de gens qui m’ont seriné cela, durant ma vie d’adulte (dans ma vie réelle, pas sur le Net)…

Heureusement, certains comprennent un jour que non, les bédés ne sont pas que des trucs avec des dessins pour divertir, mais qu’elles peuvent aussi instruire, parler de choses on ne peut plus sérieuses, comme l’Histoire et quelques unes de ses pages les plus sombres.

Ce premier tome du diptyque est horriblement sombre, non pas à cause de sa palette de couleurs (bien qu’aucune ne soit joyeuse), mais en raison du comportement inhumain de l’Homme.

L’histoire commence dans un train, un convoi de prisonniers, coincé entre Malines et Louvain (Leuven, pour parler correctement).

Ce train, muni de barbelés aux ouvertures d’aération, vient de quitter Bruxelles et sa direction est Auschwitz. Le genre de voyage que personne ne voudrait faire. Hélas, la plupart des occupants ne savent pas ce qu’il va se passer. Le lecteur oui et le cœur se serre.

Ensuite, délaissant le train sur ses rails, le scénariste va faire quelques bons en arrière, remontant le fil du temps, donnant à ses lecteurs les quelques grandes lignes de ce qui eut lieu après 1933, revenant un bref instant sur la Première Guerre Mondiale où bien des Allemands Juifs tombèrent pour la patrie et pour rien puisque ensuite, on effaça leur nom des monuments, on leur retira leurs droits de citoyens allemands, on les brima, on brisa leurs commerces, leurs familles, leurs vies…

L’antisémitisme monte chaque jour dans la population allemande, la répression devient de plus en plus terrible et la population allemande (non juive) a le droit de tout faire aux Juifs, rien n’est sanctionné.

L’État, lui, ne se privera pas de confisquer tous les biens, ainsi que l’argent, aux Juifs qu’il déporte. Comme l’Espagne l’avait déjà fait du temps de Torquemada, s’appauvrissant de la sorte, puisqu’elle envoyait ailleurs des travailleurs, des commerçants, des gens prospères qui enrichissait le trésor de la royauté.

La population change très vite de comportement et ne se prive pas de participer aux pogroms, de vandaliser les établissements juifs, leurs maisons… L’effet de meute est présent et même un modéré comme Wilhem, l’ami d’Olya, frappera son père, à terre.

Les dessins des visages sont fort expressifs. Le scénario prend déjà aux tripes, les dessins achèvent de nous les serrer.

Plusieurs personnages vont se croiser, dans ce premier tome, qu’ils soient juifs allemands, soldats ou sale type habillé de noir avec tête de mort sur le képi, ou gamin dans les jeunesses de qui vous savez.

Les destins se recoupent, se rejoignent, s’entremêlent et on se doute que dans le second album, nous connaîtrons le rôle que chacun jouera dans cette abjection génocidaire.

Un premier album qui m’a mise à terre. Et pourtant, je sais ce qu’il s’est passé, j’ai lu beaucoup, j’ai eu souvent mal au bide et malgré tout, ça me fait toujours le même effet : peine, tristesse, incompréhension.

Je respire un grand coup et je vais de suite lire le second…

Chronique du tome 2 publiée à 14h.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°31).

Hombre : Peter Wiechmann et Rafael Méndez

Titre : Hombre

Scénariste : Peter Wiechmann
Dessinateur : Rafael Méndez 🇪🇸

Édition : Clair de Lune (2011)

Résumé :
Hombre est poursuivi par la justice – par un « Pinkerton », pour des crimes qu’il n’aurait pas commis.

Mais c’est en fait un « juste », qui prend toujours le parti des faibles. Et c’est dur d’être bon dans le monde de brutes du far west !

Critique :
Hombre est une bande dessinée étiquetée « noir et blanc », mais en fait, les planches sont dans des tons bordeaux, bruns, comme les vieilles bédés souples du temps de mon père.

Les « Bessy » étaient publiés dans ces mêmes tons, en alternance avec de ceux en bleus. Ce n’est donc pas une première pour moi.

Mes premières impressions avec les dessins sont bonnes, je les apprécie. Les visages sont expressifs, les décors bien esquissés, l’action bien rendue.

Hombre a deux chasseurs de têtes à ses basques, dont un de la Pinkerton. À force de lui courir après, l’agent a développé pour lui du respect et c’est réciproque puisque Hombre, bien qu’il lui fausse compagnie, n’hésitera pas à venir le sauver des griffes des Apaches.

Cet album est un recueil des aventures de Hombres et entre deux histoires, il y a des pages explicatives sur la vie à cette époque, sur l’Amérique, les Apaches, les Outlaws, le chemin de fer… De quoi se cultiver un peu et toujours en rapport avec l’histoire lue précédemment.

Hombre est un fugitif ingénieux, intrépide, bon tireur, sachant survivre dans les territoires Indiens et faisant en sorte de ne pas les tuer s’il peut les étourdir et s’enfuir. C’est un homme bon, rusé et possédant de la morale. Le défenseur de la veuve et des orphelins.

Hombre, c’est une sorte d’ »Agence tous risques » à lui tout seul. Condamné alors qu’il est innocent, il aide les autres, mais n’accepte pas d’être aidé.

Comme dans tout bon western, on a des belles jeunes filles qui se font enlever, puis à peine sortie des griffes des Comancheros, se refont enlever par d’autres salopards et notre bon Hombre se met à la recherche de la jolie jeune fille en détresse. Rien d’exceptionnel, juste du classique !

Malgré le côté ultra-classique de l’album, j’ai malgré tout passé un chouette moment de lecture, les dessins rétros m’ayant emmené dans le passé, lorsque je lisais les vieilles bédés appartenant à mon père (quand il était gamin).

Ça ne révolutionnera pas le genre… Un western pour ceux et celles qui aiment les chevauchées, les condamnés innocents redresseurs de torts, les chevaliers à la longue carabine (non, rien de sexuel, merci) qui sauvent les jeunes filles en détresse, les pauvres gens et qui ensuite, s’en vont vers d’autres aventures.

C’est une bédé qui contribue au moral.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°114] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°25).

Indomptable : Vladimir Hernández

Titre : Indomptable

Auteur : Vladimir Hernández 🇨🇺
Édition : Asphalte Noir (19/10/2017)
Édition Originale : Indómito (2016)
Traduction : Olivier Hamilton

Résumé :
La Havane, de nos jours. Un jeune ingénieur en électronique, Mario Durán, se retrouve en prison après avoir trafiqué des accès Internet avec son meilleur ami et complice de toujours, Rubén.

À leur grande surprise, il est libéré prématurément, à condition de prêter main forte au vol d’un coffre-fort, pour lequel ses compétences techniques et celles de Rubén sont indispensables. Un boulot apparemment facile… ce qui éveille la méfiance de Durán.

À raison. Quelques heures après le casse, il se retrouve enterré vivant dans un parc de La Havane, le cadavre de Rubén à ses côtés. Il n’aura dès lors plus qu’une seule idée : se venger de « l’Homme Invisible », leur commanditaire… Encore faut-il savoir de qui il s’agit réellement.

Polar mené à un train d’enfer, Indomptable nous transporte dans les rues de La Havane pour nous montrer le Cuba d’aujourd’hui, et sa jeunesse désillusionnée qui rêve d’ailleurs.

Critique :
Comment réussir à foirer sa journée et se retrouver à moitié mort dans un trou. Suivez bien les conseils…

1. Bénéficiez d’une liberté conditionnelle et sortez de prison,
2. Montez à l’arrière de la moto de votre pote et ancien complice,
3. Suivez-le dans la combine géniale qu’un type lui a proposé,
4. Accomplissez le casse en bidouillant le système de sécurité,
5. Ne vous méfiez pas et tournez le dos à un type armé,
6. Sortez du trou, couvert de sang, de terre, la rage au ventre et ruminez votre vengeance.

Pour réussir à avoir un type à vos basques qui veut se venger, il suffit de ne pas respecter sa parole et de demander à votre homme de main, qui a des problèmes de vue, de le tuer. Simple comme un coup de feu loupé…

Raconté ainsi, on pourrait croire que ce n’est jamais qu’une énième histoire de vengeance. En effet. Et pourtant, si cela semble à un récit réchauffé, l’auteur a réussi à lui donner un souffle et de la profondeur.

Tout en instrumentant sa vengeance, Durán va aussi nous parler de la ville de La Havane et de ce qu’il se passe à Cuba : misère noire, bidonvilles, émigration clandestine dans des barques, en direction des États-Unis, corruption, magouilles, salaires de merde, l’embargo…

La dictature qui ne dit pas son nom est sous-jacente. La génération de Rubén et de Durán n’a pas les mêmes aspirations que celle de leurs parents.

A la différence de la génération perdue de leurs parents, et de celle du désenchantement – ou plutôt des jérémiades- qui avait suivi, ils rejetaient le projet social collectif. Comme tant d’autres enfants nés sous la période spéciale, élevés dans une ouverture économique illusoire empreints d’un pragmatisme post-millenium, ils se sentaient totalement libérés des compromis idéologiques d’antan. Ils ne croyaient qu’en l’initiative personnelle. Il était clair pour eux qu’en politique les dés étaient pipés et que la seule issue qu’ils offraient étaient une salle d’attente donnant sur un futur toujours plus incertain.

Pas de bons sentiments, dans le scénario, cela se résout à la testostérone et avec des armes, bien entendu. Ceci n’est pas une vengeance fine, telle celle de Monte Cristo. Ce sera une traque, intelligente tout de même, afin de trouver le mystérieux commanditaire du casse.

En alternance avec le récit, des chapitres seront consacrés à la jeunesse de Durán et à ses années passées en prison, avec toutes les emmerdes que cela implique (dont les viols). Durán semble être fait de métal, pourtant, il a des faiblesses, mais au moins, il apprend de ses erreurs.

Un roman noir brutal, sans concessions, ou quelques surprises nous attendrons au tournant. Le roman n’est ni trop long, ni trop court, en 256 pages, l’auteur arrive à planter ses décors, à donner vie à ses personnages, à les étoffer, sans en faire trop, tout en nous dressant un portrait peu flatteur de La Havane.

Un bon roman noir où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Dès les premières pages, je me suis faite happer par le récit et j’ai apprécié ma folle cavalcade avec l’ami Durán et ses guns.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°2XX], Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Cuba) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°19).

1977 : Guillermo Saccomanno

Titre : 1977

Auteur : Guillermo Saccomanno 🇦🇷
Édition : Asphalte Noir (05/03/2020)
Édition Originale : 77 (2008)
Traduction : Michèle Guillemont

Résumé :
Buenos Aires, 1977. La dictature argentine mène sa « guerre sale » : la répression des opposants est massive et systématique. Toutes les nuits, des escadrons de la mort abattent des militants ou les emmènent vers une destination inconnue. Ils ne sont dès lors plus jamais revus.

Professeur de littérature dans un lycée, Gómez tâche de faire profil bas alors que le nombre de disparus grandit sans cesse autour de lui. Jusqu’au jour où l’un de ses élèves, Estéban, qu’il affectionne particulièrement, est raflé dans sa salle de classe même.

Rongé par l’insomnie et la paranoïa, Gómez passe ses nuits dans des bars interlopes en quête d’aventures avec des hommes de passage. Il va jusqu’à entamer une relation trouble et violente avec un policier fédéral qui l’effraie autant qu’il le fascine. Mais son conflit intérieur entre morale et survie va devenir intenable quand un jeune couple de dissidents se réfugie chez lui.

1977 est un roman essentiel sur la terreur institutionnalisée. En montrant combien il est difficile de conserver son humanité dans un climat totalitaire, Guillermo Saccomanno nous rappelle que l’Histoire se répète – et que les avertissements du passé sont hélas rarement entendus.

Critique :
1977 avait tout pour me plaire : un roman noir sur la guerre sale en Argentine.

Dictature (depuis le coup d’état de 1976), répression, assassinats, milices, rafles et un prof de littérature qui tente de ne pas se faire remarquer par les milices qui sévissent dans la ville.

Attention, je ne sous-entends pas que j’aime ces horreurs que des Hommes infligent à d’autres Hommes ! Jamais de la vie.

C’est juste parce que j’ai toujours apprécié l’Histoire et en apprendre plus sur les dictatures est toujours un bon moyen de contrer les gens qui, dans mon entourage (boulot), seraient tentés par un dictateur à la tête du plat pays. Imbéciles, va ! Lisez, nom de Dieu et choisissez les lectures qui vont vous éclairer.

Ce roman devait être, un de plus, qui allait m’éclairer, me donner matière à frémir, à me faire croiser les doigts que jamais nous ne sombrions dans une dictature.

Hélas, entre ce livre et moi, le coup de foudre n’a pas eu lieu, ce fut même une lecture froide, sans émotions, tant le style du récit m’a déplu dans sa manière d’être raconté.

Brouillon, chaotique, voilà comment je résumerais cette lecture. Une fois de plus, pour les dialogues, les tirets cadratins et les guillemets sont aux abonnés absents et c’est toujours plus complexe de s’imprégner d’un récit lorsque les dialogues ne sont pas bien mis en évidence. Et puis, ce récit qui part dans tous les sens, qui ne m’a pas passionné, qui m’a fait bailler d’ennui…

Dommage pour moi, car ce livre parlait de choses importantes : de la survie sous une dictature, de la morale qui fout le camp, de la paranoïa qui s’installe, de la peur d’être raflé à son tour, pour des motifs futiles, inventés, imaginés, iniques. Juste parce que certains ont du pouvoir et vous pas… Sous le règne de la terreur, il n’est pas facile de vivre, de faire confiance.

Dommage aussi parce que la ville de Buenos Aires, ainsi que sa population, étaient des personnages à part entière de ce roman noir, de ce roman social, policier et historique. On sent bien que la plume de l’auteur est amère, qu’il fait une critique violente de ce régime et de ceux qui y participèrent…

Mais, la rencontre n’a pas eu lieu entre le roman et moi et croyez-moi que je le regrette amèrement car il faisait partie de ceux que j’avais sélectionné lors de la rentrée littéraire de 2020 (oui, j’ai énormément de retard) et dont j’attendais beaucoup.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°207] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°13).

Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco : Jean-Christophe Rufin

Titre : Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco

Auteur : Jean-Christophe Rufin
Édition : Flammarion (06/04/20222)

Résumé :
La jeune Martha Laborne s’est évaporée à Acapulco. Mauvaise nouvelle pour le Quai d’Orsay : c’est la fille d’un homme politique français. La « Perle du Pacifique » était dans les années soixante le paradis des stars hollywoodiennes. Hélas, la ville aujourd’hui est livrée aux pires cartels mexicains de la drogue.

Aurel Timescu, notre calamiteux Consul, est envoyé sur place. Comme à son habitude, il est fermement décidé à ne rien faire. Son hôtel, le Los Flamingos, est hanté par les fantômes de Tarzan, d’Ava Gardner ou de Frank Sinatra. En suivant ces héros qui l’ont tant fait rêver dans son enfance, il va subir une complète métamorphose.

Un Aurel hédoniste, dandy et buveur de tequila se révèle. C’est bien malgré lui qu’il va se retrouver exposé à des intrigues meurtrières, à des dangers inconnus et au plus redoutable d’entre eux : la passion pour une femme exceptionnelle.

Critique :
Pour bien faire, j’aurais dû suivre l’ordre et lire les tomes précédents, compris entre le 2 et le 4. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, mais soudainement, j’ai eu une envie folle d’aller me dorer la pilule au soleil d’Acapulco.

Aurel Timescu, le plus calamiteux des Consuls y allait justement, alors, je me suis glissée dans la poche de sa veste en tweed. Il y faisait caliente, mais cela me permettait de voyager à moindre frais et avec un diplomate ! Même si ce n’est pas le diplomate qui fait rêver.

La mission d’Aurel est simple : ne rien faire !! Poser son cul dans un hôtel, siroter des cocktails, se baigner, mais surtout, surtout, ne rien faire pour chercher la fille de l’homme politique français qui a disparu. Coucouche panier, Aurel !

Ça tombe bien, Aurel n’est pas du genre à se fouler au boulot. Que du contraire, moins il en fait, moins on lui en demande, mieux il se porte ! J’avais la certitude que nous allions nous la couler douce, au Los Flamingos hôtel, en slash (tongs) et guayabera, à boire de la tequila ou des margarita.

Loupé, tout le monde est venu nous pourrir la vie avec des infos et des pistes sur la disparue dont nous n’avions rien à faire.

Aurel, c’est l’enquêteur improbable, le fainéant magnifique, celui qui ne fait pas de bruit, mais que tout le monde remarque. Celui qui voudrait passer sous les radars et qui n’y arrive pas. Aurel, je l’adore. Il n’est pas beau, il s’habille comme l’as de pique (et encore, en pire), mais il est tellement atypique qu’on l’aime de suite.

Les romans policiers de l’auteur semblent être avant tout là pour donner une touche d’humour, de légèreté, comme si l’on s’amusait follement, tout en enquêtant dans des pays (et des villes) où l’on n’a pas l’habitude d’aller. Ce serait réducteur de penser cela.

Sous ses airs d’amuseur local, l’auteur fait pourtant mouche et ne se prive jamais de parler de l’envers du décor, de nous montrer ce que les cartes postales ne montreront jamais : la violence, la pauvreté et autres sujets de société.

En fait, les enquêtes d’Aurel sont un mélange entre « Échappées belles » (à petites doses) et de « Envoyé spécial », le tout sous le couvert d’une enquête où notre Aurel fait le minimum du minimum.

Et malgré tout, je vous garantis que l’on ne s’ennuie pas du tout. Les personnages secondaires sont soignés, détaillés, ils prennent vie, ont leur importance. Aurel gagnera en profondeur, ressentira des émotions, craindra pour sa vie et se prendra pour Sinatra ou Johnny Weissmuller. Il aurait pu être ridicule, grotesque, mais non, il ne l’est pas, bien qu’il le frôle de peu. Il est surtout touchant, sans en avoir l’air.

Aurel est comme les romans qui le mettent en scène : on dirait de la littérature faite pour l’amusement, on sent que l’auteur s’est amusé à écrire ce cinquième tome, qu’il a puisé dans sa carrière de diplomate, que les seconds rôles existent réellement, quelque part…

Mais sous le couvert de littérature amusante, l’auteur n’oublie pas d’aborder les problèmes du Mexique, les tensions sociales, les narcos, les assassinats, la violence terrible, la corruption, les flics qu’il vaut mieux éviter et le déclin de cette station balnéaire, devenue la cible des racketteurs. On est en tong, mais on n’oublie pas le principal.

Aurel, je vais revenir en arrière et je ne zapperai pas tes précédentes enquêtes. Si tu pouvais me chanter, avec ta belle voix de crooner « Strangers in the night », je serais ravie !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°206] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°12).

 

Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/02/2022)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 5: A fatal truth (2020)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
5 novembre 1961 : la famille Hughes se prépare à célébrer la nuit de Guy Fawkes avec pétards et feux d’artifice. Tous sont rassemblés dans le jardin, quand le cabanon dans lequel sont entreposées les fusées s’embrase, causant la mort du patriarche, Thomas Hughes, enfermé à l’intérieur.

L’autopsie conclut rapidement à la mort par asphyxie et le coroner, Clement Ryder, classe l’affaire sans suite.

Mais le lendemain, Duncan Gillingham, un journaliste ambitieux, publie dans l’Oxford Tribune un article accusateur : la justice aurait bâclé le dossier. Selon lui, la famille cacherait la vérité et le décès serait suspect.

Pour calmer l’opinion, l’inspecteur Jennings confie l’enquête à la jeune policière Trudy Loveday. Très vite, celle-ci se tourne vers Clement Ryder. Ils n’auront pas trop de leurs forces réunies pour tenter de percer les mystères du clan Hughes…

Critique :
En 1605, Guy Fawkes avait foiré son complot visant à faire péter le parlement anglais… Son fantôme ne loupa pas son coup, ce 5 novembre 1961, puisqu’il fit sauter le cabanon de jardin.

Oui, la conspiration des poudres, version 1961, a fait péter une cabane au fond du jardin (♫), réduisant en morceaux son proprio, Thomas Hughes.

Chouette, voici une nouvelle enquête d’un duo que j’apprécie tout particulièrement : la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder.

Pourtant, à bien y regarder, ceci n’est pas un meurtre, juste un accident malheureux dû à l’imbécilité humaine : les feux d’artifices pour célébrer la Bonfire Night n’étaient pas conservés dans des caisses métalliques et, à cause des feux de joie allumés, sous grand vent, un brandon a malencontreusement allumé le feu (♪).

Désolée, après vous avoir collé du Laurent Gerra dans la tête, je vous y fourre à présent du Johnny…

Nous sommes en novembre, mais un journaliste décide de nous la faire « Oui mais ! » (cherchez, vous trouverez). Et ce n’était pas un accident ? Et s’il y avait des squelettes dans les placards de la famille Hugues ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille et Loveday & Ryder sur l’affaire.

Ce cinquième tome est un peu plus calme que les précédents, nos deux enquêteurs pensant juste qu’ils sont en train de perdre leur temps à chercher un loup où il n’y en a pas. Oui, la famille Hugues n’est pas exempte de casseroles (eux beaucoup casseroles), mais de là à dire que c’est un meurtre, hein ho, faudrait pas pousser bobonne dans les orties.

Comme dans tous ses autres romans, l’auteur nous dresse un portrait sans concession de la société anglaise de années 60 (fin 50, début 60), ces années où les femmes avaient peu de droit, étaient mères au foyer, ou secrétaires, où les machines à laver commençaient à arriver chez les ménagères et où la phallocratie était reine ! Ou roi, pour ne pas froisser le machisme de certains.

On me signale d’ailleurs que cette maladie extrêmement contagieuse est toujours présente dans nos sociétés et qu’il n’existe pas encore de vaccin…

Anybref, ces enquêtes ne sont pas à découvrir pour le tempo du récit, qui n’a rien d’un 24h chrono, notre duo prenant leur temps, explorant plusieurs pistes, ainsi que la personnalité des différents suspects. Ce sont des tranches de vie des années 60 qui se déroulent sous nos yeux, comme si nous regardions une vieille série policière, et moi, j’adore.

J’ai eu beau triturer mes méninges, impossible de déduire ce qui allait se produire lors du final, impossible aussi pour moi de trouver si l’un ou l’autre des interrogés étaient coupables ou innocents, même de savoir à coup sûr si c’était un accident ou bel et bien un meurtre.

Je me suis laissée porter par leurs pérégrinations dans cette famille, assistant à tous les interrogatoires et je n’a rien vu venir. Ce qui me fait toujours plaisir.

Pour le moment, je n’ai pas été déçue des enquêtes de ce duo atypique, mais qui fonctionne bien et j’ai encore l’intention de suivre leur aventures, avec ma copinaute Bianca, je l’espère, parce que, une fois de plus, nous sommes raccord sur nos impressions de lecture.

Vous en voulez la preuve ? Elle se trouve ici !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°185].

Le dernier joyau des Romanov ‭:‬ Monique Dollin du Fresnel [LC avec Bianca]

Titre : Le dernier joyau des Romanov

Auteur : Monique Dollin du Fresnel
Édition : Sud Ouest (2018)

Résumé :
De la fin tragique des tsars aux archives secrètes du Vatican, une intrigue au cœur de la guerre 1914-1918.

En juin 1914, le lieutenant russe Dimitri Malkine est chargé de se rendre à Paris pour une mission diplomatique. La tsarine mère en profite pour lui demander secrètement de remettre à Londres un superbe bijou à sa sœur, la reine Alexandra.

Dimitri s’acquitte de sa tâche, mais n’est pas au bout de ses peines… La reine Alexandra souhaite à son tour faire un présent à sa sœur : un œuf de Fabergé unique, muni d’une serrure et dont le contenu reste énigmatique.

Avant même que le lieutenant puisse emprunter le chemin du retour à Saint-Pétersbourg, il se trouve entraîné bien malgré lui dans ce qui deviendra l’un des conflits les plus sanglants de l’histoire de l’humanité.

Il faudra alors attendre plus de soixante-dix ans pour que Camille, généalogiste successorale bordelaise, plonge dans cette histoire pour le compte de sa cliente, Madame de Limeuil. Ses recherches la conduisent de Bordeaux au cœur de la Gascogne, des Archives secrètes du Vatican à Cracovie, mais le mystère reste entier.

Qu’est-il arrivé à Dimitri Malkine ? Où est passé cet œuf de Fabergé à la valeur inestimable ? Enfin, pourquoi a-t-elle l’impression qu’on s’en prend à tous les témoins de l’affaire ?

Critique :
J’ai deux amours : l’Angleterre victorienne et la Russie des Tsars. Alors, lorsque ma copinaute Bianca m’a proposé ce titre en LC, j’ai sauté dessus (sur le roman, pas sur ma pauvre copinaute).

Commençant doucement en 1990 avec la présentation de Camille, généalogiste successorale (enquêtrice), le roman va ensuite passer en 1914, peu avant la Première Guerre Mondiale, avec le lieutenant russe Dimitri Malkine, hussard de la garde impériale.

Ce grand écart sur deux périodes était des plus addictif et de plus frustrant aussi. Lorsque l’on a envie d’en savoir plus sur les aventures de Dimitri Malkine, on se retrouve avec Camille et alors qu’on trépigne d’en savoir plus, on revient en Russie.

J’adore ce genre de frustration dans un roman, cela lui donne une autre dimension et me fait cavaler encore plus vite dans ma lecture puisque je voulais absolument savoir comment les deux récits allaient se télescoper.

La partie historique était intéressante, même si peu de suspense pour les gens de notre époque qui savent exactement ce qui va se produire : nous ne sommes pas une dystopie, donc, on connait les issues de certaines batailles de 14/18.

Énormément d’émotions durant le passage de la fraternisation entre les Allemands et les autres en face, lors de la veille de Noël. Peu de militaires, beaucoup de civils appelés sur le front et des instituteurs ou autres professions transformés en militaires…

L’autrice apportera quelques éclairages historique à la fin de son roman, séparant le vrai du faux, comme pour ses théories avec la famille impériale.

Vous l’aurez deviné, la partie consacrée au tragique destin des Romanov ne sera pas tout à fait conforme à ce que l’on sait de nos jours, mais puisqu’en 1990, les reste des corps n’avaient été retrouvés, tout était possible. D’ailleurs, l’avantage des années 90, c’est que l’on doit encore chercher une cabine téléphonique et ça, c’est un détail que j’ai apprécié. Pas d’Internet non plus !

Les personnages sont attachants, surtout Dimitri. J’ai adoré suivre ses péripéties durant la guerre, lui qui était hussard de la garde impériale, le voici devenu soldat dans les tranchées, avant de voir son destin basculer et envoyé en Amérique.

Camille est une femme tenace, une enquêtrice qui ne lâche rien et les personnages secondaires ne seront pas en reste non plus, chacun possédant une part d’humanité qui le rendait réaliste.

Mon minuscule bémol sera pour le léger manichéisme que l’on retrouve dans la partie des « méchants », comme si une branche familiale avait concentré toutes les tares, tous les vices. Bon, ce n’est pas rédhibitoire, l’autrice ne s’attardant pas trop longuement sur ces personnes et n’en faisant pas des tonnes. Le final se précipite un peu trop vite à mon goût, mais cela n’a pas entamé mon plaisir ressenti durant cette lecture.

Les points les plus positifs de ce thriller historique, sont que l’autrice ne se prend pas les pieds dans le tapis en passant d’une époque à une autre, que tout se relie très bien, que la partie historique est bien documentée, bien traitée et que le récit est fluide, se lisant facilement, sans pour autant être gnangnan.

Même sa théorie sur le sort des Romanov est plausible, non capillotractée et s’insère bien dans le récit qui nous est fait (et dont je connaissais une partie pour l’avoir lue souvent). Je n’ai pas eu besoin de tartiner cette théorie de lubrifiant pour qu’elle passe dans ma petite cervelle et qu’elle s’y installe durablement, faisant naître un espoir et une étincelle dans mes yeux. On m’a bien fait croire au père Noël et au socialisme, alors, hein !

Anybref, voilà un roman historique comme je les aime : addictif, fluide, instructif, intéressant, jamais ennuyeux, jamais redondant, plaisant à lire, même si certaines scènes sont plus hard (il y en a peu) et qui nous entraîne dans plein de lieu chargés d’Histoire, faisant crisper notre cœur puisque l’on sait ce qui se passa à Verdun, sur le Chemin des Dames, avec le Lusitania, les Romanov, Lénine, la révolution russe…

Je remercie Bianca de m’avoir proposé cette lecture. J’étais loin de m’attendre à vivre une telle aventure et de lire un roman si intéressant. La surprise fut belle et inattendue. Cette LC est réussi puisque ma copinaute pense la même chose dans sa chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°117].