Classiques illustrés – Tome 10 – Les grandes aventures de Sherlock Holmes : Nick Tall et Nestor Redondo

Titre : Classiques illustrés – Tome 10 – Les grandes aventures de Sherlock Holmes

Scénariste : Nick Tall
Dessinateur : Nestor Redondo

Édition : Héritage (1977)

Résumé :
Les aventures illustrées de Sherlock Holmes d’après l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle : Le ruban moucheté.

Critique :
Ah, les vieux brols que l’on déniche au fin fond des stocks obscurs d’une échoppe encore plus obscure ! J’adore.

Un Sherlock Holmes en bédé, en noir et blanc et en plus, cerise sur le gâteau, c’est l’adaptation d’une de mes histoires préférées : Le ruban moucheté (The Adventure of the Speckled Band).

Les dessins de Holmes sont réussis, il est grand, mince, élégant, à la limite sexy. Watson ne fait pas vieux croulant comme on le voit trop souvent dans les adaptations.

Notre docteur semble être entre deux âges (45 ans) alors qu’en principe il devrait être au début de la trentaine puisque nous sommes en 1883 et qu’une estimation de sa date de naissance donne 1852.

Cette adaptation est fidèle à la nouvelle, rien à redire. Tous les détails importants s’y trouvent et les dialogues sont eux aussi dans l’esprit de la nouvelle (que je n’ai pas relue depuis longtemps mais dont je n’ai pas oublié les détails).

Mon seul hurlement digne d’un loup-garou se coinçant la queue dans une porte sera pour le fait que Holmes revienne du palais de Justice en portant un macfarlane et une deerstalker sur la tête !!!

Nom de Zeus, et moi qui me réjouissais que sa pipe soit droite, voilà que les dessinateurs retombent dans leurs vieux travers de foutre cet accoutrement campagnard à Holmes en pleine ville !

Après avoir résolu le mystère de la bande mouchetée durant la moitié de l’album, l’aventure suivante du celle du mystère de Boscombe Valley. Une enquête sordide dans la campagne où un jeune homme est accusé d’avoir assassiné son père.

Les cases sont assez épurées en ce qui concerne les décors, le dessinateur a juste ajouté ce qu’il fallait et rien de plus. Les phylactères prennent assez bien de place dans les cases, ne laissant plus de place pour des détails de décors.

Cette aventure se déroulerait en 1888 (mais personne n’est sûr de la date) et notre Watson est marié (Le signe des quatre se déroule en 1888 aussi), par contre, il paraît beaucoup plus vieux alors que 5 ans sépare les deux affaires traitées dans cette adaptation. Bizarre. Lestrade sera de la partie aussi.

Ces adaptations devaient être faite pour un public jeune puisque certains mots tels que coroner, livre sterling, enquête ou manoir sont définis en bas de page. Bedetheque vous donnera la liste de tous les Classiques illustrés (Éditions Héritage) édités.

Pour une collectionneuse telle que moi, cette bédé devait faire partie de ma collection.

Ces adaptations des enquêtes de Holmes sont fidèles aux originales et c’était plaisant de les relire sous forme de bédé, avec un Holmes conforme au canon : grand, mince, élancé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°288], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°41], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 58 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°66], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Les nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot – 03 – Crime en toutes lettres : Sophie Hannah

Titre : Les nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot – 04 – Crime en toutes lettres

Auteur : Sophie Hannah
Édition : Le Masque (2018) / Livre de Poche (2019)
Édition Originale : The Mystery of Three Quarters
Traduction : Valérie Rosier

Résumé :
Hercule Poirot découvre une femme l’attendant devant sa porte, furieuse qu’il l’ait accusée du meurtre de Barnaby Pandy, un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Poirot est sous le choc, il ne connaît pas non plus cet homme.

Une deuxième surprise l’attend à son bureau, lorsque John McCrodden lui annonce avoir reçu une lettre signée de Poirot, l’accusant du meurtre de Pandy.

Critique :
Pour les inconditionnels du détective belge, Hercule Poirot, lire ses nouvelles enquêtes écrites par Sophie Hanna, ce n’est pas la même chose.

Ça en a la couleur, ça y ressemble, mais c’est du Canada Dry© mis à côté d’un vieux whisky qui a passé du temps dans son fût de chêne.

N’allez pas croire que ce soit mauvais, le Canada Dry© est d’ailleurs mon soda préféré ! Malgré tout le talent de l’auteure, il lui est impossible de faire comme Agatha Christie.

La première chose qui frappe, se sont les différents personnages qui semblent futiles, guère approfondi, légers. Ceux d’Agatha Christie avaient baignés dans leur jus, les sauces étaient relevées, épicées, vous nappaient le palais, tandis qu’ici, hormis le gamin, Timmy, ils avaient tous l’air d’avoir baigné dans un bouillon Knorr industriel, comme si l’auteur avait manqué de tendresse pour eux.

Les deux premiers personnages étaient même à baffer : invectivant Poirot, à qui ils reprochaient l’envoi d’une lettre horrible, où ce dernier les accusait d’un crime, aucun des deux n’a pris la peine d’écouter le détective leur jurer de ses grands dieux n’avoir jamais écrit pareille lettre.

Ils étaient tellement dans leur trip, versant leur fiel sur le détective et sur tout le monde dans leur entourage, sans écouter un traitre mot de Poirot, que sur le moment, j’ai pensé à deux acteurs de caméras cachées jouant un rôle et je m’attendais presque à voir jaillir monsieur Zygo ou Marcel Béliveau, hilares, d’avoir réussi à piéger Hercule. Loupé.

Dans les critiques lues, certains reprochaient un récit trop long à se mettre en place, je ne leur donnerai pas tort, ça avance lentement, mais je n’ai pas ressenti cette lenteur de mon côté.

J’ai pris plaisir, malgré tout, à suivre Hercule Poirot, même si ce n’était qu’une copie du vrai et qu’il m’a semblé, à certains moments, un peu fadasse aussi, comme s’il lui avait manqué ces fameux jus de cuisson made in Christie et qui lui donnaient un goût hors du commun, irrésistible, celui que David Suchet su lui donner quand il lui prêta ses traits.

Dans ce troisième tome des nouvelles enquêtes, pour la première fois, l’on va parler de la peine de mort, avec d’un côté ses adeptes et de l’autre son détracteur. Comme toujours, dans ces discussions là, c’est tout ou rien et chacun est certain d’avoir raison, là où Poirot mettra plus de tempérance, là où moi je suis souvent le cul entre deux chaises.

Il y aura beaucoup d’hypocrisie ensuite, mais ça, c’est normal face à l’être humain qui n’est pas à une contradiction près et qui nous la joue ♫ Je retourne ma veste, toujours du bon côté ♪. L’analyse finale de Poirot sera un joli petit moment car il mettra les mots qu’il faut sur pareille hypocrisie. Il n’y avait, hélas, pas de gorille pour entraîner cette personne dans le maquis…

Une autre chose m’a un peu dérangée, c’est les sentiments amoureux de certains qui étaient un peu trop too much. Que vous gardiez de bons souvenirs d’un amour de vacances, c’est normal, mais que vous restiez amoureux fou, pendant des années, d’une femme que vous n’avez connu que trois jours, là, ça devient plus tiré par les cheveux (ou alors, c’était un super coup au lit), limite ado amouraché qui n’a pas su évoluer et à mis sur un piédestal cette femme.

Contrairement aux originales, cette enquête de Poirot ne m’a pas fait pousser des cris en découvrant la résolution de l’énigme car, sans être banale, elle ne cassera pas la baraque comme ont peu le faire celle de la reine du crime.

Malgré tout, je saluerai tout de même l’ingéniosité de l’auteure qui, si elle n’a pas réussi à nous offrir un vrai Hercule Poirot (mission impossible), a tout de même tenté le tout pour le tout afin de s’en approcher au plus près (mais il manquera toujours les sauces made in Agatha) et pour nous offrir une enquête qui sortait des sentiers battus, sans pour autant révolutionner le polar.

Mitigée je suis. D’un côté, j’ai apprécié ma lecture, sans pour autant qu’elle me transporte et de l’autre, je suis un peu déçue des personnages qui n’avaient pas d’envergure, dont certains étaient exaspérant (je demande qu’on les tue dans le prochain roman) et que mon cher Poirot n’était pas tout à fait tel que je l’ai toujours connu.

Ce n’est pas du polar haut de gamme, mais ce n’est pas la merde littéraire que je pensais, au vu des différents critiques lues (et qui m’ont fait rire, surtout le coup des escargots dans le compost).

Malgré tout, l’auteure aurait pu mieux faire au niveau des personnages qui auraient dû être soignés, surtout les vieilles filles.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°290], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°43] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Blackwing – 03 – La chute du corbeau : Ed McDonald

Titre : Blackwing – 03 – La chute du corbeau

Auteur : Ed McDonald
Édition : Bragelonne (15/04/2020) / Bragelonne Poche (07/07/2021)
Édition Originale : Crowfall
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Un cataclysme a frappé le Cordon, l’ultime ligne de défense séparant la civilisation des Rois des profondeurs.

Des pluies rouges accablent sans cesse la terre, de nouvelles monstruosités se nourrissent de terreur dans l’ombre et le pouvoir des Sans-Nom, les dieux qui protègent la république, demeure inutilisable.

Les capitaines des Ailes noires qui les servent sont éliminés un par un, et même les immortels ont fini par apprendre ce que mourir signifiait.

Entretemps, le pouvoir des Rois des profondeurs n’a fait que croître ; ils sont sur le point d’assener le coup final.

Critique :
Oui, je l’ai fait ! Non seulement je me suis replongée dans la fantasy avec plaisir mais en plus, j’ai terminé cette saga (je ne suis pas à jour partout, loin de là !).

Avec cette trilogie, on se situe tout de même dans le haut du panier de la fantasy. Dans le haut du panier de la dark fantasy, je dirais même, un univers que je n’ai pas encore exploré vraiment.

Mon domaine de prédilection serait plus celui de l’humour et des pitreries des héros des sagas de David Eddings ou les guerriers flamboyants des sagas de David Gemmel.

Ici, c’est un tout autre univers qui m’a été présenté, plus sombre. Le plaisir fut au rendez-vous durant mes trois lectures et j’ai particulièrement apprécié ce dernier volume qui clôture la trilogie car l’auteur n’a pas foiré son grand final (comme on l’a déjà vu ailleurs).

Depuis le départ, ses personnages sont travaillés, possèdent de la profondeur, on s’attache à eux, on serre les dents s’ils disparaissent… D’autres feront leur apparition et auront eux aussi leur rôle à jouer, même si le rôle principal reste pour Ryhalt Galharrow, le capitaine des Ailes Noires qui a bien changé dans ce dernier tome.

Les décors post-apo sont très bien décrit et personne n’aura envie d’aller passer ses vacances dans la Désolation, ces grandes étendues de terres qui ont encaissées le déferlement de la Machine (l’équivalent de plusieurs bombes atomiques), détruisant tout sur son passage et faisant muter la nature à tel point que nous avons, entre autre, des herbes qui peuvent vous déchiqueter et vous bouffer et un bestiaire totalement dingue de créatures loufoques (et dangereuses).

Pourtant, Ryhalt Galharrow a vécu dans la Désolation qui l’a transformé. Pourquoi a-t-il fait subir ça à son corps ? Se sera pour les révélations finales mais vous en apprendrez un peu plus au fil du récit, l’auteur n’attendant pas l’ultime page pour tout nous révéler.

Dans ce récit de dark fantasy, Noir c’est Noir, il n’y a plus d’espoir… Les Rois des Profondeurs se réveillent et une fois de plus, le combat sera titanesque pour survivre et déséquilibré. Les Sans-Noms tirent les ficelles et il est bien difficile de savoir qui va trahir (ou pas).

Bourré d’action sans que cela vire à Mission Impossible, de l’adrénaline, des combats, du suspense, des aventures qui ont du pep’s, sans jamais sacrifier le fond sur la forme ou l’action pure au détriment de la profondeur du scénario, Ed McDonald signe-là une belle conclusion à sa trilogie.

Sans verser dans l’excès avec des combats qui dureraient des centaines de pages, sans sacrifier le final en l’expédiant en deux coups de cuillère à pot, l’auteur a réussi l’équilibre entre les deux : ni trop, ni trop peu.

Son monde était cohérent et il a réussi à nous le faire visiter sans que le voyage devienne chiant, sans que les accompagnateurs ne deviennent lourds et bien que l’on ne saura jamais tout, ce dernier tome nous en apprend un peu plus sur les Sans-Noms.

De la Dark Fantasy sombre et violente, sans jamais que la lumière ne manque, porté par des personnages hauts en couleur, sympathiques, qui évolueront au fil de leurs aventures, de leur blessures. Une conclusion de la saga à la hauteur.

Cela fait du bien de revenir à des anciens amours (un peu délaissés) avec une trilogie de cette qualité dont le final reste dans la cohérence des tomes précédents, autrement dit, dans le tout bon.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°285], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°39], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°64], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

L’accusé du Ross-Shire : Graeme Macrae Burnet

Titre : L’accusé du Ross-Shire

Auteur : Graeme Macrae Burnet
Édition : Sonatine (2017) / 10/18 (2018)
Édition Originale : His Bloody Project: Documents relating to the case of Roderick Macrae (2016)
Traduction : Julie Sibony

Résumé :
Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire.

En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands.

Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles.

Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ? Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins.

Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ?

S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ?

La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

Critique :
Chronique d’une mort annoncée… Dès le départ, nous savons qui est mort et qui l’a tué. Ce que nous ne savons pas, c’est le modus operandi et le mobile.

Retour donc en arrière, quand tout ceci a commencé, grâce à la confession que Roderick Macrae a écrite en prison et dans laquelle il explique toutes les petites choses mesquines, cet harcèlement dont a fait preuve l’homme qu’il a assassiné.

Ce roman est inclassable car il oscille entre le témoignage d’un assassin (ou un innocent ?), un documentaire sur les conditions de vie des années 1860 dans les Higlands, un roman noir (condition sociale), un thriller, une enquête, une fiction ou un véritable carnet de confession d’un condamné…

Cet inclassable aurait pu aussi se nommer « la condition humaine » tant celle-ci est présente tout au long de ses pages de confession. Comme toujours, nous avons les riches propriétaires (laird) et les pauvres qui travaillent les terres du laird. Non, l’esclavage n’est pas mort, il porte juste un autre nom et est d’un modèle différent.

La vie est difficile, la Nature ne fait jamais de cadeau et bon an, mal an, nos paysans essayent de s’en sortir avec le peu qu’ils avaient.

Quand le nouveau constable commence à harceler une famille, à lui chercher misère, juste par plaisir sadique, alors, le fragile équilibre ne tient plus, il bascule et la subsistance même de la famille commence à vaciller aussi. Déjà que tout ne tenait qu’un un fil.

Qu’aurions-nous fait à sa place ? Qu’aurions-nous fait à la place de Roderick, jeune garçon ayant perdu sa mère, vivant avec un père bigot, sans couilles devant le constable, qui ne se complait que dans sa souffrance, est mutique et renfermé ?

Qu’aurions-nous fait face au droit de cuissage quand il n’existe pas de #BalanceTonGrosCochonPervers ? Qu’aurions-nous fait lorsque personne ne peut vous aider parce qu’il a la trouille ou tout simplement parce que le constable est un rusé saligaud et qu’on ne peut l’accuser de rien ? Parce que de toute façon, on n’est rien…

Oui, « paf le constable », je ne voyais pas d’autre solution non plus…

Roderick s’est révolté contre cette société, à sa manière, en silence, sans hurler, sans haranguer les foules, sans rébellion aucune. Un jour, il a pris un louchet (bêche à lame étroite) et un hoyau (petite houe à lame courbe taillée en biseau) et s’en est allé faire du jardinage à sa manière pour dire halte à la tyrannie, à ces règles non écrites que tout le monde doit suivre et que le Seigneur (ou constable) peut adapter à sa guise, à ces rites immuables qui perdurent, à ce statut de paysan qui ne peut changer.

Le récit de Roderick est écrit sans passion, sans émotions, il relate juste les faits, ce dont il se souvient, ce qui s’est passé. Notre jeune homme n’est pas un imbécile, il travaillait bien à l’école, il aurait pu faire autre chose que travailler la terre, mais non, sa place était aux côtés de son père, à retourner des lopins de terre.

C’est un témoignage fort noir, les conditions de vie de ces paysans sont atroces, la subsistance difficile et que l’on soit malade ou en bonne santé, faut bosser et dur, s’il vous plait. Pourtant, il y avait quelques éclats de lumière dans ce thriller témoignage sur la vie dure et difficile des paysans des Higlands…

Un récit bouleversant d’un jeune garçon qui a du prendre une décision forte pour arrêter le cercle vicieux des brimades mesquines, du harcèlement qui les conduisaient tout droit dans la tombe et qui, de par sa condition de paysan, sera toujours considéré comme un sous-homme par les autres, les magistrats, médecins, nobles, seigneurs…

Un récit brillant qui touche en plein cœur, malgré le fait que Roderick utilise un ton neutre pour nous raconter son histoire.

PS : pas de bol, le roman se passe dans les Higlands (Écosse) mais l’auteur est Écossais lui-même et pour le et Le Mois anglais (chez Lou, Cryssilda et Titine), ça ne passe pas… Mauvaise pioche pour le Mois mais bonne pioche littéraire pour mon plaisir de lecture !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°264].

Mapuche : Caryl Férey

Titre : Mapuche

Auteur : Caryl Férey
Édition : Gallimard Série noire (2012) / Folio Policier (2014)

Résumé :
Jana est Mapuche, fille d’un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd’hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.

Rubén Calderon aussi est un rescapé un des rares « subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune sœur, durant la dictature militaire.

Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires…

Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d’un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice.

De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d’une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d’un des hommes d’affaires les plus influents du pays.

Malgré la politique des Droits de l’Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l’ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales…

Critique :
Ayant souvent voyagé à travers le monde avec l’agence « Caryl Ferey », c’est toujours avec crainte que je prends un billet d’avion dans sa compagnie car je sais que je vais trinquer, avoir mal au bide, au cœur, aux tripes.

Il m’a fallu 9 ans avant de sortir celui-ci de ma PAL (et pourtant, je voulais le lire au plus vite) et avant de l’ouvrir, j’ai pris une grande respiration.

Argentine, Buenos Aires, dans les taudis avec des gens qui tirent le diable par la queue en se prostituant…

Une Mapuche (Jana) dont le peuple a été génocidé durant des siècles et un travelo, « Paula » sont amis. Une belle amitié, forte, puissante, mais nous sommes en voyage avec Caryl Ferey, alors, oubliez les Bisounours et entrez dans l’Histoire super sale de l’Argentine et des enfants volés durant la dictature (parents torturés et assassinés ensuite).

J’ai attendu 9 ans avant de me faire gifler, boxer et mettre au tapis… Non je ne déposerai pas plainte, ça fait toujours du bien de se faire tabasser par la littérature et par des personnages forts, puissants, réalistes et qui ont pris une place dans ma vie, comme s’ils étaient vraiment vivants.

Une fois de plus, l’auteur mélange adroitement les faits historiques dans un récit de fiction, imbriquant l’un dans l’autre afin d’essayer de nous faire prendre conscience de ce que furent les années de dictature en Argentine.

Il est impossible de prendre tout en compte (sans compter que les morts ne peuvent plus témoigner) dans les atrocités qui eurent lieu et des périodes qui ont suivi où certains ont tenté vaille que vaille de faire comparaître en justice les tortionnaires avant qu’une amnistie générale ne leur donne l’absolution totale, au mépris des mères et grands-mères qui ont perdu leurs enfants, petits-enfants.

Malgré tout, l’auteur a tout de même réussi à nous brosser un tableau fort sombre, violent, limite à vomir pour une scène qui sera racontée dans un cahier.

Si vous n’avez pas envie de lire un roman sombre, glauque, violent, vaut mieux ne pas le lire, même si l’auteur ne fait que raconter ce qu’il fut durant ces années de plomb. Le cœur trinque et les tripes se serrent en imaginant la douleur de ces personnes qui ont perdu des proches (et encore, ne l’ayant jamais vécu, on ne pourra jamais ressentir leur douleur).

La réalité historique est déjà d’une violence rare et l’auteur en a ajouté dans son récit, doublant la dose. Avec toutes ces personnes qui mouraient dans d’atroces circonstances, j’aurais pu décrocher du récit, mais Jana et Rubén Calderon, le détective, m’ont scotchés à leur histoire et grâce à eux, j’ai pu traverser ces horreurs.

Mapuche est un roman noir fort sombre, qui mélange adroitement les faits réels et un récit de fiction, lui donnant plus de poids que si nous avions juste lu des chiffres ou des faits ad nauseam. Le roman ne nous apprend pas tout mais il est tout de même éclairant sur ce qu’il se passe durant les années de la dictature militaire et dont on ne parle pas assez souvent.

Maintenant, lorsqu’on me parlera de la coupe du monde en Argentine (78), je penserai aux gens que l’on torturaient pendant que d’autres marquaient des goals et couraient sur la pelouse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°258] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 3 – Vaincre ou mourir

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (07/09/2016)

Résumé :
Après avoir soumis dans le sang et dans l’horreur l’empire inca, Pizarro fonde Lima.

Le bâtard, analphabète, trépidant et ambitieux, se retrouve à la tête d’un territoire immense sur lequel il règne sans partage avec ses quatre frères.

Mais les rivalités et les haines auront, cependant raison, de son astre sans précédent…

Critique :
Bon, pour une fois, je vais la faire courte, très courte : dans ce dernier tome, la boucle est bouclée…

On revient aux faits qui se déroulaient dans le premier tome, à savoir l’attaque contre Pizarro et sa fuite.

Oui, la boucle est bouclée, mais sans jamais avoir réussi à m’esbaudir, à m’étonner, à me subjuguer.

Les dessins étaient très agréables, de bonne facture, les couleurs pareilles, mais le scénario manquait de corps, d’esprit, de profondeur.

Les auteurs m’ont raconté une histoire qui ne m’a jamais fait vibrer et pourtant, j’avais espoir qu’à un moment, après le premier tome, qu’ils redressent la barre et approfondissent les personnages, les situations, le scénario.

Ben non ! Bon, ben, tant pis alors…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°255], et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 46 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 2 – Par le feu et par le sang : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 2 – Par le feu et par le sang

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (2014)

Résumé :
Dans les pas de Pizarro et des conquistadors, à la recherche de la légendaire cité de l’or…

Arrivé à Tumbes, Pizarro est informé qu’une guerre civile divise l’empire inca : depuis la mort de Huayna Capac en 1529, ses deux fils, Huáscar et Atahualpa, s’affrontent à mort pour prendre le pouvoir.

Les autochtones accueillent Pizarro en lui offrant de la nourriture, des plumes et de l’or, puis ils lui demandent gentiment de repartir. Mais Pizarro a d’autres projets…

Avec une poignée d’hommes, il décide de s’enfoncer dans les terres pour chercher Cajamarca, la cité de l’or, malgré les multiples dangers qui s’annoncent…

Critique :
Aaaah, les cités d’or ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai une folle envie de chanter ♫ Esteban, Zia, Tao, les cités d’or ♪

Quand l’aventure m’appelle, je cours vers elle et la dernière fois, j’avais laissé les espagnols devant ce qu’ils pensaient être Cajamarca, la cité de l’or…

Kekette, c’était pas elle et ils vont devoir s’enfoncer dans le pays afin de la trouver, sans GPS et sans Guide du Routard. Le chemin est semé d’embûches et d’indigènes qui ne veulent pas qu’ils viennent dormir chez eux.

Dans ce deuxième tome, ça bouge dans tous les sens et les hommes de Pizarro vont devoir se battre, souffrir mille maux avant d’espérer arriver à cette fameuse citée d’or et certains deviendront fous à force qu’à chaque fois, ce ne soit pas elle.

Huáscar et Atahualpa, les deux fils de l’empereur Huayna Capac (qui vient de casser sa pire), s’affrontent à mort pour prendre le pouvoir et cela donne des idées à Pizarro : diviser pour régner, c’est déjà connu et profiter des dissidences entre les deux frangins est une riche idée pour se faire couvrir d’or.

La soif de l’or est bien mise en scène dans ce second opus. Elle rend les hommes fous, ils sont prêts à tout pour s’emparer de ce métal précieux, quitte à se tirer dans les pattes, trahir les siens ou tenter de les faire assassiner.

Les dessins sont toujours bien exécutés et les scènes de combats sont précises, détaillées, vivantes. Le récit est bien rythmé mais une fois de plus, il va trop vite et le récit aurait mérité d’être en plus de planches afin de ne pas donner l’impression que l’on va au plus pressé.

Les personnages ne se sont pas vraiment approfondis, ils sont toujours légers et aucun ne se détache vraiment du lot, ce qui est bien dommage. Les dialogues sont corrects mais sans être percutants.

Nous sommes en compagnie d’hommes qui ne veulent que bastonner les autres, Pizarro faisant fi de ses hommes tombés dans des combats stupides uniquement déclenché à la testostérone pour savoir qui a la plus grande… lance, épée.

Si le premier tome m’avait laissé mitigée, celui ne m’a pas non plus conquise-tadors mais au moins, on ne s’embête pas durant sa lecture et, si on met de côté le manque de profondeur des personnages et la rapidité de l’histoire, on passera un bon moment de lecture sans se prendre la tête.

Je me demande ce que le dernier tome me réserve…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°254], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

L’or des fous – Tome 1 – L’expédition : Jean-François Di Giorgio et Giancarlo Olivares

Titre : L’or des fous – Tome 1 – L’expédition

Scénariste : Jean-François Di Giorgio
Dessinateur : Giancarlo Olivares

Édition : Soleil (26/09/2012)

Résumé :
LES EXPÉDITIONS DE PIZZARO AU PÉROU, LA GUERRE CONTRE LES INCAS ET CELLE ENTRE CONQUISTADORES L’or ! Fabuleux métal, convoité depuis l’aube des temps, rêve des Conquistadors, et de tous les hommes ! Il est encore en ce début d’année un appât pour Francisco Pizarro, fils naturel, analphabète, du navigateur Gonzalo Pizarro Rodríguez de Aguilar.

Mirage doré ! De l’or ruisselant, amassé en tas jusqu’au plafond dans le temple de Cajamarca. Un butin magnifique ! Et pour lequel Pizarro, armé à peine de 180 hommes, 37 chevaux, et 3 caravelles n’hésite pas à conquérir et à soumettre l’empire Inca, en proie alors à une terrible guerre civile.

Mais ce qui le passionne dans cette rapine, dans ce voyage hasardeux, c’est d’abord l’aventure, et surtout Illona, cette femme au visage d’enfant et aux boucles d’or pâle. L’âme du complot !

Critique :
Francisco Pizzaro a voyagé, maintenant, il est est vieux et il se meurt, mais avant de passer de vie à trépas, il va se remémorer ses expéditions vers les pays où l’on n’avait qu’à se baisser pour ramasser de l’or.

Bon, ce n’était pas que pour chercher de l’or, le but était aussi de rapporter des épices et des esclaves. Où ? Dans la fameuse cité de Cajamarca, bien entendu, par au Leclerc du coin.

Direction l’Amérique du Sud où Pizzaro se remémorera aussi son expédition ratée au Panama. Le flash-back dans le flash-back…

Pizzaro ? Au fait, qui c’est ? La minute historique… En 1531, Francisco Pizarro (1478-1541) débarquait sur les côtes péruviennes afin d’entreprendre la conquête de l’empire inca au nom de la Couronne espagnole. On peut dire que Pizzaro était un grand conquérant (en deux mots ?).

Les dessins sont très bien exécutés, les couleurs chatoyantes, les expressions du visage sont bien réalisées. Nous sommes dans du dessin réaliste, très réaliste.

Ce premier album ne nous apprendra rien de neuf sur la duplicité et l’avidité de l’Homme Blanc qui, posant son pied sur une terre qui ne lui appartient pas, la déclare possession de l’Espagne, sans bien entendu demander l’avis des tribus autochtones qui l’habitent.

Si ma première impression est bonne, en creusant un peu, j’aurai quelques bémols à lui adresser, notamment l’absence de repères temporels. Tout le monde ne connait pas les dates des expéditions espagnoles, nom d’un chien ! Ni les localisations. Sans le Net, nous serions dans le flou total.

Le scénario est assez conventionnel, commençant par un homme blessé qui se souvient de ses expéditions… Oui, c’est du déjà-vu, du super déjà-vu, mais bon, ça fonctionne encore bien, même si, avec un deuxième flash-back dans le premier, on commence un peu à se mélanger les pinceaux.

Un autre bémol, qui sera peut-être résolu dans les tomes suivants, c’est le manque de profondeur des différents personnages. Il est plus facile de donner des détails dans un roman que dans une bédé, qui est limitée en cases, mais tout de même, là, on se retrouve avec la même sensation que lorsqu’on commence une série télé après quelques épisodes : on est perdu !

Sauf que dans mon cas, c’est l’épisode premier et il n’y en aura que deux ensuite ! Dommage que l’on n’en sache pas un peu plus pour commencer la saga.

Pour le reste, le scénario est d’un classicisme banal, rien de neuf sous le soleil et la manière de le conter n’est pas exceptionnelle non plus. Nous sommes dans du déjà-vu et rien pour relever les grands con-quérants espagnols qui n’ont aucun scrupules à tuer les indigènes qui leur ont donné à boire et à manger.

La dernière case, par contre, laisse le lecteur sur un dessin magnifique et un cliffhanger énorme. Je n’attendrai pas pour poursuivre ma lecture, même si pour cette mise en bouche, j’aurais apprécié un peu plus d’épices ou du moins, une manière moins classique de raconter un scénario ultra classique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°246], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Le Ciel à bout portant : Jorge Franco

Titre : Le Ciel à bout portant

Auteur : Jorge Franco
Édition : Métailié (16/01/2020)
Édition Originale : El cielo a tiros (2018)
Traduction : René Solis

Résumé :
Si une des grandes questions de la littérature est comment “tuer” le père, que faire quand son propre père a été le bras droit de l’un des plus grands assassins du pays ?

Larry arrive à Medellín douze ans après la disparition de son père, un mafieux proche de Pablo Escobar.

À son arrivée, ce n’est pas sa mère, l’ex-Miss Medellín, qui l’attend, mais Pedro, son ami d’enfance, qui vient le chercher pour le plonger dans l’Alborada, une fête populaire de pétards, de feux d’artifice et d’alcool où tous perdent la tête.

Larry retrouve son passé familial et une ville encore marquée par l’époque la plus sombre de l’histoire du pays. Il ne pense qu’à fuir son enfance étrange liée au monde de la drogue. Mais il cherche aussi une jeune fille en pleurs rencontrée dans l’avion et dont il est tombé amoureux.

Entrecroisant des plans différents, Jorge Franco, étonnant de maîtrise narrative, fait le portrait de la génération des enfants du narcotrafic, qui sont de fait les victimes de leurs pères, et nous interroge sur l’importance de la mémoire pour que l’histoire ne se répète pas.

Une construction impeccable et des personnages ambigus et captivants : un roman qui ne vous laisse aucune trêve et qu’on dévore, fasciné.

Critique :
Larry aurait pu avoir pour père un cassos, il a eu un narcos… Un proche de Pablo Escobar et il ne s’occupait pas de beurrer les tartines.

Dans les deux cas, il est très difficile de sortir de sa condition, elle vous colle à la peau, vous êtes « le fils de… » et si quand Escobar était le chef, tout allait bien pour vous, une fois qu’il s’est fait descendre, la vita di merda a commencé.

La construction narrative de ce roman noir n’est pas linéaire, mais elle est constituée de trois récits à des époques différentes : celui de Larry qui revient en avion à Medellín ; ce qu’il se déroule maintenant depuis son retour et enfin, ses souvenirs de jeunesse, lorsque son père était un proche d’Escobar et ce qu’il s’est passé quand le chef fut abattu le le 2 décembre 1993.

Est-ce que la ville a changé depuis qu’Escobar est mort ? Oui et non… Mais si l’on gratte un peu, si l’on se donne la peine de regarder de plus près, on se rend compte que tout compte, pas grand-chose n’a changé, même si, vu d’ici, les apparences donnent à penser que oui.

Le récit de Larry est intéressant au plus haut point car il met en avant les hypocrisies des uns, les amis d’avant qui vous lâchent ensuite, ceux qui avaient peur et qui se déchaîne, maintenant que la Bête est morte.

Notre narrateur n’est pas tendre, appelle un chat « un chat » et si la violence n’est pas très présente dans ce récit, on la sent tapie non loin, prête à surgir, en tapinois. Elle est plus suggérée que mise en scène.

Les blessures de Larry sont profondes et en Colombie, il lui est difficile d’échapper à son statut de « Fils de Libardo », alors qu’à Londres, il se fond dans la masse, anonyme.

Comme Larry qui tombe de sommeil et qui aimerait dormir de tout son soûl mais qui en sera empêché par moult personne, le lecteur n’aura pas le temps de s’embêter, sans pour autant que le récit aille à cent à l’heure. C’est juste qu’il est intéressant à lire, de par la multitude des portraits des personnages et dont aucun n’est sans consistance. Mention spéciale à la mère le Larry, ex-Miss Medellín, à qui ont a envie de coller des baffes bien souvent.

Sans en faire trop, l’auteur nous immerge totalement en Colombie, à Medellín, grâce à ses personnages travaillés qui seront nos guides dans le présent et le passé et qui, au travers de leur récit, de leurs souvenirs, tenterons de nous expliquer ce qu’est la ville de Medellín, la Colombie et ses habitants.

Tragique mais poétique car l’écriture, sans être excessive, était d’une justesse que j’ai apprécié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°245] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Les maîtres inquisiteurs – Tome 05 – Aronn : Sylvain Cordurié et Jean-Charles Poupard

Titre : Les maîtres inquisiteurs – Tome 05 – Aronn

Scénariste : Sylvain Cordurié
Dessinateur : Jean-Charles Poupard

Édition : Soleil (20/04/2016)

Résumé :
Depuis sa fondation, la cité d’Anderion est sous la protection des prêtres du Dragon Rouge.

À la pleine lune, ils récitent les versets sacrés issus de leur antique grimoire et empêchent le réveil des dragons. Quand ces derniers sont retrouvés morts et leur grimoire détruit, Noriav de l’Ordre des Mages, sollicite l’aide d’Aronn, jeune Maître Inquisiteur.

Grâce à son pouvoir, Aronn peut extraire Eliezer le Fou de sa prison du Gottland et le ramener à Anderion. Eliezer, qui a autrefois écrit le grimoire, est le seul capable de sauver la ville de la rage des dragons. Mais les assassins rôdent toujours.

Critique :
On a beau aimer une série, lorsqu’on a trop de choses à lire, on a tendance à oublier ce qu’on a commencé et pas achevé, comme ce fut le cas avec les Maîtres Inquisiteurs.

Dans la cité marchande d’Anderion, qui se trouve à l’est de l’Ardaigne (situez-là sur la carte vous-même) ont eu lieu des crimes horribles et sordides : tous les prêtres de l’ordre du Dragon Rouge ont été assassinés, décapités et un grimoire brûlé.

Les mécréants diront qu’on s’en fiche des prêtres… Oui mais non, pas ici ! Ce sont eux qui doivent réciter les versets sacrés qui gardent les terribles dragons rouges endormis et quand les bêbêtes font dodo, la cité évite de se transformer en Pompéi de la fantasy.

Pour enquêter et réussir à sauver la vie, Noriav de l’Ordre des Mages, sollicite l’aide d’Aronn, jeune Maître Inquisiteur qui possède un pouvoir vachement intéressant qui leur permettra de sauver la vie avec l’aide d’un condamné qui connait les versets par coeur.

Eliezer, le condamné régicide a un faux air de Sean Connery dans le film « Rock ». Ayant été condamné, il a le droit de fermer sa gueule, de ne rien dire et de faire ce pour quoi on l’a amené à Anderion : réciter les versets qui garderont les dragons au dodo.

Oui, mais… Si tout allait bien dans le meilleur des mondes, Sylvain Cordurié ne serait pas un scénariste de talent exerçant dans une série talentueuse mais tout simplement scénariste des aventures des Mon Petit Poney, là où tout est happy end et point barre.

Si le scénario est intelligent, les dessins sont très agréables à regarder, à admirer et les couleurs tout pareil. Lorsque les dessins sont merdiques, ça donne moins envie de tourner les pages, ce qui n’est pas le cas ici.

Cet album est une fois de plus une réussite, tant par ses personnages énigmatiques, aux pouvoirs importants, que par la trame de l’histoire qui, bien que conventionnelle, est contée d’une manière qui nous happe directement et il est extrêmement difficile de lâcher l’album avant le fin mot de tout.

Une enquête, de l’aventure, de l’action, des pistes que l’on remonte, des techniques d’interrogatoire propres aux Maîtres Inquisiteurs et à leur acolyte – un Elfe, dans ce duo – et bien entendu, des sombres complots, des manipulations, une conspiration que l’on sent grandir dans les coulisses et un brin d’humour dans les répliques, sans pour autant que les dialogues tournent à la farce.

D’ailleurs, les dialogues sont travaillés et affirment quelques vérités.

Comme dans notre Monde, la Justice, c’est comme la Sainte-Vierge, si on ne la voit pas apparaître de temps en temps, le doute s’installe (Audiard) et croyez-moi, ce n’est pas dans ces pages que vous trouverez la Justice car comme chez nous, les innocents sont fustigés et condamnés tandis que les coupables dansent en ricanant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°226] et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages.