Allez tous vous faire foutre : Aidan Truhen

Titre : Allez tous vous faire foutre

Auteur : Aidan Truhen
Édition : Sonatine (08/11/2018)
Édition Originale : The price you pay (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Sauvage, déjanté, sans pitié. On vous présente Jack Price.

« Ceci n’est pas un polar pour votre grand-mère, avec des gentils et des méchants. C’est un bouquin pour adulte. Et honnêtement, je dois dire qu’il est moralement répréhensible. Vous allez l’adorer, et à cause de cela, vous allez vous sentir coupable. Mieux vaudra ne pas le laisser traîner : les gens vous regarderont comme si quelque chose ne tournait pas très rond chez vous.

Le mieux, c’est peut-être de le glisser dans un autre livre, avec des fleurs sur la couverture. Comme ça quand vous rirez, personne ne se fera une piètre opinion de l’état de votre âme.

Jack Price est à la cocaïne ce qu’Über est au transport. C’est un criminel en col blanc, parfaitement organisé, avec une force de vente décentralisée et un produit de marque.

Quand sa voisine du dessous se fait tuer, façon exécution, Jack doit savoir pourquoi. C’est une simple question de business et de sécurité personnelle, mais quelqu’un n’aime pas qu’il la pose.

La preuve : les Sept Démons, probablement les sept personnes les pires de la terre, ont été engagées pour le liquider.

Grosse erreur. Énorme erreur.

Parce que maintenant Jack n’est plus obligé de se contenir. Il n’a plus aucune raison de faire profil bas, aucune raison d’obéir aux règles.

Cette histoire raconte donc ce qui se passe quand un groupe de mercenaires internationaux s’en prend à un type relax et du genre bavard qui est en fait complètement barje.

Critique :
Allez tous vous faire foutre… Mais non, ce n’est pas à vous que je parle, vous, je vous aime bien.

Mais combien de fois n’a-t-on pas proféré cette phrase en la hurlant ou en la susurrant doucement, dans ses dents, pour ne pas que les principaux concernés l’entendent ?

J’avoue que même parfois, je la rend encore plus trash et que je souhaite que les autres aillent se faire… enfin, vous voyez quoi !

Anybref, ici, on peut dire que le 4ème de couverture ne ment pas : ce roman n’est pas pour votre gentille mamy, sauf si c’est mamie Luger…

Il est vrai que lire ce roman dans le métro peut générer des airs interrogateurs, réprobateurs ou des sourires sur les faces des gens assis face à vous à cause du titre et de la photo de couverture (qui confirme le tout et est même compréhensible pour tout qui posera ses yeux dessus).

Mais moi, une couverture aussi explicite et un titre aussi attirant, je ne pouvais que demander à Sonatine, via la plate-forme NetGalley, à le découvrir. Et ils ont accepté, pour mon plus grand plaisir. Merci à eux.

Jack Price, le personnage principal, est cynique à mourir, caustique, sarcastique, c’est un salaud de dealer et pourtant, bizarrement, on s’attache très vite à lui et on suit avec plaisir ses péripéties, ses réflexions sur le monde, son business dans le monde de la blanche, avec un sourire béat affiché sur notre petite gueule de lecteur comblé.

Je suis normalement un dealer de cocaïne haut de gamme, une petite opération moderne, presque sans la moindre conséquence si ce n’est qu’occasionnellement un monteur d’échafaudages un peu trop défoncé fait tomber un poteau ce qui de toute évidence fait flipper tout le monde.

Bon, je vais tout de même mettre en garde les lecteurs qui aiment les romans structurés car ils risquent de tiquer devant la manière dont il est écrit…

Comment dire ? C’est un peu comme si l’auteur/narrateur avait oublié de soigner sa mise en page et sa manière d’écrire, confiant le tout à l’éditeur qui aurait oublié de corriger la manière dont le personnage principal (et les autres) s’expriment.

Ça c’est moi sirotant mon infusion de rooibos bio au miel et au sel de mer et savourant la riche profondeur aux nuances de noisette du breuvage ainsi que son relent de sperme de dauphin et ça c’est l’ascenseur qui s’arrête à l’étage sous le mien en faisant ding. Ça c’est moi souriant face à l’inattendu et me préparant à un heureux hasard.

Fred a l’air un peu terne et un peu irritable comme si je l’avais mis en retard pour le récital de tuba de sa fille et qu’il était un peu furax parce qu’en réalité il voulait secrètement manquer le récital de tuba de sa fille mais s’était résigné à y aller et il en était à ce stade où les parents adorent chaque beuglement gueulard du récital de tuba avec une putain de certitude biologique et du coup il en veut à la putain de terre entière de ne pas pouvoir y aller.

J’avoue que moi qui voue un culte immodéré aux virgules, aux tirets cadratins ainsi qu’aux guillemets, j’en ai été pour mes frais, ceux-ci étant les grands absents de ce roman.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. Chèvre des montagnes tout ce qu’il y a d’ordinaire à peu près haute comme votre cuisse.

Habituellement, chez moi, ce genre de présentation, ça ne passe pas (ou difficilement) car je trouve que ça brouillonne le texte et il faut que je m’accroche pour progresser dans la lecture.

Mais ici, passé les premiers étonnements, j’ai poursuivi ma lecture sans soucis et sans faire valser le roman dans la pièce tant cette mise en page lui allait comme un gant.

L’effet addictif du Jack Price, sans doute, qui agit comme une sorte de vaseline et fait passer le tout sans anicroche.

Price sérieusement qu’est-ce que ça peut vous foutre tant que vous pouvez faire des trucs affreux et emmerder le monde et tirer votre coup ?

Par contre, évitez de décrocher lors d’un dialogue car vous risqueriez de ne plus savoir qui dit quoi, mais pas de panique, une petite remontée dans la page vous remettra sur les rails et vous pourrez filer à toute berzingue.

En tout cas, le récit était jouissif, déjanté, brut de décoffrage, couillu mais épilé à la cire chaude (seuls les lecteurs du roman comprendront) et bourré d’action, de situations burlesques, à la limite de l’infaisabilité, mais il ne faut pas lire ce roman pour son côté réaliste, sinon vous risquez de ne pas y trouver votre compte et de vous demander dans quel monde de taré vous avez chu.

Vous pas faire confiance à mon jambon ?
Avant d’être un jambon est-ce que c’était un type qui a conduit un Hilux sur le mauvais chemin à Terre-Neuve et frappé à votre porte avec une attitude menaçante ?
Putain Price c’est méchant.
Mec je suis bien obligé de demander.
Putain vous êtes méchant c’est truc le plus horrible que moi jamais entendu. C’est chèvre bordel. […] Mangez putain de jambon. C’est chèvre.
OK.
OK.
Il est bon.
Normal ce connard a bouffé chez Joël Robuchon chaque jour pendant un mois avant s’envoler pour Terre-Neuve… Je déconne Price sérieusement le recrachez pas OK ? Bordel vous croyez trucs affreux sur les gens.
Vous êtes un vieil enfoiré diabolique. 

Conseil d’ami : laissez-vous emportez par Jack Price, suivez ses péripéties, ses digressions sur un peu tous les sujets, appréciez son humour parfois un peu limite, ses actions totalement illicites et à la limite de l’horreur, amusez-vous à l’imaginer cavaler un peu partout avec les tueurs lancés à ses trousses et savourez la manière dont il gère tout ça et s’en tire haut la main.

Les Sept Démons. C’est trop drôle. Ce serait idéal, purement gratuit. C’est comme si vous voyiez une souris dans votre cuisine et que vous arrosiez toute votre maison de napalm avant de lâcher cent pythons affamés au milieu des cendres.

En fait c’est faux vous êtes une espèce très particulière de sociopathe narcissique à haut niveau de fonctionnement. J’aimerais scanner votre cerveau au moment de la prise de décision sous pression, ce serait très bénéfique à l’étude du processus cognitif anormal. Y consentiriez-vous ?

Vous voyez ça ? C’est la petite mélodie que je fredonne. C’est ma joyeuse petite mélodie. Vous savez ce que c’est aussi ? C’est le bip des touches d’un téléphone portable. Car j’étais le Cardinal du café. Je suis Jack Price. Je me souviens des dix premières lignes du tableau des cotations pour chaque jour de 1998. Et maintenant je me souviens aussi de ça.

Assurément, le genre de roman avec lequel ça passera ou ça cassera. Il ne sera pas le roman de l’année et il finira avec l’étiquette de roman déjanté qui m’a fait passer un moment de lecture inoubliable tant il était barré, un peu à la manière d’un « Livre sans nom », le côté fantastique en moins.

Pour moi, il est passé mieux qu’une lettre à la poste et j’ai toujours un sourire débile affiché sur ma trogne.

On dit quoi ? On dit « Merci Jack Price et Sonatine » !

PS : à offrir à des gens qui ont le sens de l’humour et qui ne prendront pas le titre pour argent comptant… Je suis pour la paix dans les familles…

En plus franchement après la crise des subprimes tellement d’argent sale s’est écoulé dans l’économie ordinaire que la moitié des banques oh si chastes du monde sont remplies de cash bien crade.

Le café permet de juger une personne. Tout ce qu’on a besoin de savoir sur quelqu’un on peut l’apprendre grâce à son café, par exemple je bois un macchiato et pourquoi ? C’est le café des joies simples comme courir nu dans un champ. Vous savez qui statistiquement et de façon disproportionnée préfère le café amer ? Les psychopathes. Ils aiment la nourriture amère et c’est un fait scientifique, alors que moi je vous dirais qu’il n’y a absolument rien de profond dans l’amertume.

… Allez vous faire foutre Price ! AAAA-ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE !
Bon Dieu Fred il pleure ? Quand vous avez recruté vos démons vous avez passé une annonce dans Lavette Hebdo ou quoi ?

On ne peut pas simplement débarquer à Mordor et couper la clim.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Dies irae – Les larmes de sang : Marie Nocenti

Titre : Dies irae – Les larmes de sang

Auteur : Marie Nocenti
Édition : IS (24/08/2018)

Résumé :
Le 29 décembre 1890, le massacre des Sioux à Wounded Knee marque la fin des guerres indiennes.

De passage dans la région, John Parker va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie. Malgré les préjugés, il épouse une Indienne et deux enfants naîtront de cette union heureuse.

Mais en cette fin du dix-neuvième siècle, ceux qui osent se mélanger sont encore l’objet de la haine et de l’incompréhension.

Leur bonheur bascule brutalement dans l’horreur quand sa femme est retrouvée morte. Ses assassins ne seront jamais retrouvés.

Devenus adultes, la vie des enfants de John sombre à nouveau dans la violence quand le destin met sur leur chemin les meurtriers de leur mère.

Déchirés entre deux cultures, rejetés par leurs peuples respectifs, ces jeunes métis, ni blancs ni indiens, vont devoir se battre contre les préjugés pour faire triompher la justice et trouver leur place dans la société.

Critique :
Émotions… C’est le mot qui me vient à l’esprit pour résumer ce roman qui m’a emporté très loin (non, je ne fais pas de la pub pour le blog Émotions de Yvan).

Dies iræ… Jour de colère en latin, pour ceux qui n’auraient pas fait leurs classes du temps de César.

Il est normal que le jour de colère nous donne des émotions en plein dans le cœur.

Colère devant le massacre de Wounded Knee, dont nous n’en saurons pas plus dans le roman, puisqu’il commence juste après, par la rencontre entre un Blanc avec plus de plomb dans la cervelle et d’empathie pour les Indiens que la plupart de ses semblables et une jeune Indienne au caractère fort et intrépide.

Émotions pour ces deux personnes que tout oppose mais qui, pourtant, finiront pas s’aimer et faire des enfants. Deux cultures que tout oppose, deux peuples aussi dissemblable que possible et qui, pourtant, arrivent à trouver un terrain d’entente puisque chacun fit des efforts pour l’autre.

Colère devant ces deux gosses qui n’arriveront jamais à trouver leur place au sein des autres, leur double culture faisant d’eux des parias, puisqu’ils n’appartiendront jamais entièrement à l’une ou à l’autre.

Colère devant le comportement de certains Hommes Blancs, ce qui donnera une multitude d’Émotions lors d’une scène particulièrement horrible et émouvante.

D’ailleurs, je porte plainte pour la police d’écriture un peu trop petite et qui est devenue illisible suite à l’arrivée d’eau dans mes yeux à cause d’une scène trop éprouvante et trop émouvante.

Voilà un roman, qui, comme les deux peuples opposés que sont les Blancs et les Indiens et les enfants nés de ces unions, va jouer sur l’ambiguïté des émotions, nous faisant passer de scènes plus tendres, plus douces, à celles plus violentes, plus dures, nous donnant une lecture qui, sans cesse, mêlera toutes ses sensations, pour mon plus grand plaisir.

J’aime quand un auteur sort le meilleur de sa plume, quand il m’accroche avec ses phrases, ses métaphores, ses descriptions de paysages ou ses conditions météorologiques qui, comme les Hommes sur ces Terres et à cette époque, ne sont jamais tendre.

Dès la première phrase, l’auteure m’a happée, m’emportant direct dans son histoire, dont les premières pages étaient jonchées des cadavres Indiens ensevelis dans la neige, me faisant vibrer avec ses personnages du ranch Parker, tous bien calibrés, détaillés, sans en faire trop.

Bref, le genre de personnes que l’on aurait envie de croiser dans la réalité et pas seulement dans un roman.

Un roman western différent des autres, un roman magnifique, qui emporte son lecteur dès les premières paroles et l’entraine dans vingt années qui, malheureusement, passeront trop vite.

Un récit bouleversant par moment, émouvant par d’autres, tendre, dur, violent, âpre, car vous le savez, dès qu’il y a la présence des Hommes, la dualité est là aussi : ils peuvent faire du bien, mais aussi le mal, entrainant par là même une dualité dans nos ressentis : colère ou apaisement.

Un roman que j’ai pris plaisir à dévorer, un roman dont on sent bien que l’auteure s’est documentée pour coller au plus juste dans les rites Indiens (Sioux) et dans l’Histoire de cette époque, lui donnant un réalisme qui a ajouté du plaisir à la lecture.

Un roman qui a été trop court, une fois de plus et dont les mots me manquent pour en parler mieux : putain, qu’est-ce qu’il était bon, ce roman.

Je remercie les Éditions IS pour l’envoi de ce roman car ils ont déposé un bol de crème devant un chat affamé de ce genre de mets littéraire.

Les indiens peuvent vivre dans la pauvreté, mais une pauvreté digne, pas dans cette misère dégradante, humiliante qu’ils subissent au quotidien. Il reste tant de chose à faire, tant de combats à mener pour retrouver l’honneur et la dignité qui vont de pair avec de bonnes conditions de vie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (392 pages).

 

Là où vivent les loups : Laurent Guillaume

Titre : Là où vivent les loups

Auteur : Laurent Guillaume
Édition : Denoël Sueurs froides (07/06/2018)

Résumé :
Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante.

Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes.

Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.

Quand on découvre dans un bois le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise, tout le monde pense à un accident. Pas Monet.

Les vieux réflexes ont la peau dure, et le flic déchu redevient ce qu’il n’a cessé d’être : un enquêteur perspicace et pugnace. La victime était-elle un simple migrant? Qui avait intérêt à la faire disparaître ?

Quels lourds secrets cache la petite ville de Thyanne ? Monet va rester bien plus longtemps que prévu.

Critique :
Une fois de plus, je me retrouve dans un endroit qui a tout du trou du cul des Alpes !

En tout cas, les habitants sont considérés par les gens de la capitale comme des bouseux, sorte de cousins attardés se reproduisant entre eux…

Vu que le commandant de l’IGPN, Priam Monet, considère tout ce qui est hors Paname comme de la merde, on peut dire qu’il est arrivé dans ce charmant petit coin des Alpes avec des préjugés gros comme des maisons.

Priam Monet, il a la taille d’un basketteur et le poids d’un sumo (150kg) et il est une bande de personnages à lui tout seul : il déteste marcher inutilement comme un Mycroft Holmes, a le sens de la déduction d’un Sherlock Holmes (le bizarre incident du chien), le sens des question d’un Columbo, la haine du sport d’un Winston Churchill et le sens de la répartie d’un Tyrion Lannister.

Ajoutez à cela le cynisme d’un Docteur House, le regard noir d’un Lee Van Cleef, la science du tir d’un Blondin (Clint Eastwood), l’amour de l’alcool d’un capitaine Merlicht, la bienveillance d’un Poirot (si, si), le plaisir de la bouffe d’un Maigret, le crochet de Mohammed Ali et le côté sans gêne asocial d’un Sheldon Cooper car il tout droit ce qu’il pense, quitte à vous froisser.

Et je l’adore car il détonne dans le monde des romans policiers.

À propos de roman policier, le fait de découvrir assez vite le comment du pourquoi et l’identité de qui a tué le Docteur Lenoir n’a absolument pas gâché mon plaisir de lecture car le commandant Monet était une œuvre d’art à lui tout seul et les multiples rebondissements, agrémentés d’une touche d’humour, m’ont fait passer un excellent moment dans les Alpes françaises.

Rien de tarabiscoté dans l’intrigue, un scénario bien ficelé et des loups qui ne sont pas tant les Canis Lupus mais plus les Homo Sapiens Sapiens (certains à tendance Erectus) et je ne vous apprendrai rien en vous disant que l’Homme est un loup pour l’Homme (et pour le loup aussi).

Un roman policier au personnage principal atypique, hors norme, bourré de défauts et rempli de cynisme, conscient de son poids, mais s’en foutant, policier au passé trouble mais à la ténacité d’un bouledogue et au sens de la justice à géométrie variable.

Un roman policier qui met en avant le côté féodal de certaines villes où un industriel règne en seigneur et maître car il fourni le travail de toute la région, un roman qui est parsemé de touches d’humour, de petites répliques qui font mouche, de personnages typés, évoluant au fil des pages et se transformant, tel une chenille devenant papillon.

Un excellent moment de lecture, sans se prendre la tête, avec un charmant petit coin des Alpes où les pompes funèbres vont avoir du boulot suite à la venue de Priam Monet.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le sang du Suaire : Sam Christer [Défi CannibElphique]

Titre : Le sang du Suaire

Auteur : Sam Christer
Édition : France loisirs (2012) / MA (Pôle noir)
Édition Originale : The Turin Shroud Secret (2012)
Traducteur : Véronique Gourdon

Résumé :
Le Suaire de Turin est l’icône religieuse la plus controversée au monde. D’où vient-il ? De quand date-t-il ?

L’empreinte de ce corps martyrisé est-elle celle du corps du Christ ? C’est à ces questions que vont être confrontés deux inspecteurs américains.

Lancés à la poursuite d’un tueur en série qui enveloppe ses victimes d’un fin linceul blanc, leur enquête va les mener de Los Angeles jusqu’au Vatican.

Mais leurs découvertes risquent d’ébranler les fondements même de la chrétienté…

Le Sang du Suaire est un roman extrêmement bien documenté, riche de péripéties et de multiples rebondissements qui s’enchaînent à un rythme effréné.

Critique :
Alors, le suaire de Turin, est-ce une vraie relique qui aurait contenu le corps du Christ (amen) ?

Est-ce un faux habile ? Un vrai faux refait après la perte du vrai véritable ? Un vrai faux refait après le premier vrai faux qui aurait cramé dans un incendie ?

Besoin d’aspirines, peut-être ?

Anybref, les chercheurs scientifiques, après avoir brillamment résolu le mystère entourant les dessous des kilts écossais, compris le pourquoi du comment les jupes de Sa Très Gracieuse Majesté Elizabeth II ne se soulevaient jamais, même par grand vent et séchant sur le fait que les écossais ne prennent jamais froid aux couilles, ils se sont dit qu’ils se pencheraient bien un peu sur le suaire de Turin, qui était à Jésus Christ avant, enfin, on suppose. On suppute, même si certains disent que oui, il l’est !

Ce roman végétait sur mes étagères depuis des temps immémoriaux (6 ans) et c’est pour ma LC avec Stelphique que je l’ai sorti de l’endroit où il somnolait. En juin, faut sortir ses auteurs anglais !

Au départ, j’ai eu du mal à accrocher au duo de flics, surtout que nous avions de nouveau un grand torturé (l’inspecteur Nic Karakandez) et sa coéquipière (Mitzi Fallon) brutalisée par son abruti de mari alcoolo et chômeur de profession. Ça puait le déjà lu. De plus, on sentait à plein nez les flics américains que l’on voit dans les multiples séries en provenance de chez eux.

J’avais aussi la crainte de ce que l’auteur pourrait nous balancer sur le linceul gardé plus précieusement que l’hymen de Marie et le prépuce de Jésus (je finirai en enfer, moi) et entouré de tellement de mystères que toutes les hypothèses sont plausibles…

Ce que je ne voulais pas non plus, c’était une resucée du Da Vinci Code.

Emballée, je ne l’ai pas été au début, et puis, petit à petit, j’ai commencé à m’attacher à ces deux policiers, à craindre pour eux, à les encourager dans leur enquête, le cul entre deux pays et deux villes (Los Angeles en Amérique et Turin en Italie), à mener des investigations en leur compagnie, tout en suivant les pérégrinations d’un tueur en série qui rôde, d’un psychopathe zinzin qui se prend pour l’instrument de Dieu et pour anachorète qui doit provenir de chez les cénobite pas tranquille.

La question au sujet du suaire est ouverte, à vous de croire ce que vous voulez croire, de suivre les scientifiques ou les hommes à robe longue qui, dès qu’ils n’ont pas la réponse, invoquent le miracle (c’est un miracle Salomon, un vrai miracle).

Je ne sais si l’hypothèse émise dans le roman est plausible, mais elle passe bien et elle a eu le mérite de me faire sourire, tout en expliquant bien des choses. J’ai d’ailleurs envoyé un courrier à François pour lui demander son avis éclairé.

Au fur et à mesure, j’ai commencé à m’attacher aux personnages, au grand flic torturé, à sa collègue qui a des couilles, elle aussi et j’ai suivi leur enquête fébrilement, voulant savoir absolument la fin de l’histoire.

Bon, on a tout de même quelques airs de Da Vinci, mais depuis sa publication, qui n’en a pas vu qu’ils lui ressemblent tous, mais j’ai trouvé plus plausible le personnage de flic de Nic Karakandez que celui du professeur Langdon qui, sans jamais avoir donné un coup de poing de sa vie, a joué au James Bond Indiana Jones durant tout le roman !

Anybref, ça ne va pas casser trois pattes à un pape, ni déchirer le suaire ou déclencher une vague de protestations (hormis chez les coincés du culte), ni révolutionner le genre, mais je dois dire que ça se lit facilement, que c’est assez addictif et bourré de mystères avec le suaire et les meurtres violents qui ont lieu sans que l’on sache qui les commet.

En passant, je vais en profiter pour énoncer les petites choses qui fâchent, les petits trucs qui m’ont fait grincer des dents, comme, notamment, les expressions horrifiées affichées sur les visages des morts, ou, apaisées…

Nom de dieu, à notre mort, tout s’arrête et les muscles se relâchent, donnant cette impression d’apaisement et lorsque la rigor mortis arrive, les muscles peuvent se tendre à cause du manque d’eau et donner à nos traits des airs épouvantés ou torturés.

Mention « pas bien » au serial-killer qui a réussi à aller chier là où il mangeait, le crétin de bougre d’imbécile ! Là, je déposerai plainte devant l’auteur, c’était un peu poussé, comme le fait qu’il aille se rendre à la police aussi. J’ajouterai à cela les deux bonnes femmes, travailleuses dans une société, qui avaient tout de la caricature tant elles étaient méchantes et bêtes. Un peu de nuance n’aurait pas fait de mal !

Rien de transcendantal mais ça se lit avec plaisir, tout en se prenant la tête en tentant de résoudre les énigmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Nous avions ce livre, Ma Belette et moi même, dans la liste Défi CannibElfique pour déquiller en duo, et pour votre plaisir, les livres oubliés de notre PAL… Pour la petite histoire du livre-objet, il était encore emballé (depuis 2012, ça fait peur^^), donc j’ai eu le plaisir de le lire avec l’odeur d’un livre neuf… J’adore….

Synopsis :
Le Suaire de Turin est l’icône religieuse la plus controversée au monde.

D’où vient-il ? De quand date-t-il ? L’empreinte de ce corps martyrisé est-elle celle du corps du Christ ? C’est à ces questions que vont être confrontés deux inspecteurs américains.

Lancés à la poursuite d’un tueur en série qui enveloppe ses victimes d’un fin linceul blanc, leur enquête va les mener de Los Angeles jusqu’au Vatican. Mais leurs découvertes risquent d’ébranler les fondements même de la chrétienté…

Ce que j’ai ressenti :
La première impression qu’il m’est venue, c’est cet effet « Too much ». Pas inintéressant.

Pas mauvais, loin de là,  mais un poil de « Trop », et elle ne m’a pas quittée durant toute ma lecture.

Finalement le personnage le plus réussi, est sans doute le « Méchant » de l’affaire parce que, lui, pour qu’il soit crédible, il valait mieux « trop » en faire que « pas assez »…

Je pense qu’il m’a manqué un certain dosage de finesse dans la plume, c’était intéressant, mais ça l’aurait été plus sans cette surenchère de vouloir en faire trop.

Pour ce qui est de l’enquête qui se joue autour du Suaire de Turin étant donné, que cette impression de « Too Much » est bien restée imprégnée, j’ai eu du mal à accrocher à cette théorie, même si on ne saura jamais le fin mot de l’Histoire, à part peut être, à notre Jugement Dernier…

L’orgueil précède la chute.

Pour ce qui est du thriller en lui même le rythme est bien dosé, les rebondissements bien sanglants et les stratèges bien infiltrés.

C’était d’une belle efficacité, on ne s’ennuie pas à dénicher les petits secrets millénaires et un tueur en série quelque peu nauséabond…

Ça suinte, ça découpe, ça dissimule à tout va, et j’ai tourné bien vite les pages (bien moins vite que ma binôme comme d’habitude, mais bon, c’est quasi impossible de rivaliser de vitesse avec elle, en lecture, et j’ai de l’entraînement pourtant depuis 3 ans de LC^^ ).

Très bientôt, la scène de crime aura disparue. Lavée par madame la marée, la vieille complice de tant de meurtres.

Au niveau des personnages, j’ai une préférence pour Mitzi, et je pense que c’est celle qui m’a le plus touchée, parce qu’elle est faible et forte à la fois, victime et à la fois, une femme forte qui ne s’en laisse pas compter.

Son histoire personnelle et le cheminement vers sa nouvelle vie, est le petit fil qui m’a tenue toujours attentive.

Pour les autres personnages, j’ai ressenti encore cet effet de « trop », qui m’a un peu enlevé l’attachement envers eux…Et la fin ne m’a pas du tout convaincue…

D’après mon expérience, le Mal ne fait pas sa propre publicité. Il reste caché et se déplace comme un criminel en fuite.

En bref, c’était dans l’ensemble une lecture agréable, prenante, mais j’ai eu un peu de mal avec la plume.

Il ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il a quand même rempli sa part du contrat, puisque j’ai voyagé de Los Angeles à Turin en passant par le Liban , j’ai appris quelques informations bien intéressantes sur la science et les trésors mystérieux de la religion chrétienne et puis j’ai lu ce livre en duo, et il n’est pas plus doux que de lire avec son amie <3.

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 6/10

Vinland Saga – Tome 5 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 5

Auteur : Makoto Yukimura
Édition : Kurokawa (10/12/2009)

Résumé :
Angleterre 1013. Avec l’hiver qui s’installe et la neige qui rend les routes impraticables, l’armée de Knut est contrainte de s’établir dans un petit village anglais jusqu’au printemps.

Histoire de s’assurer que leur position resterait secrète, Askeladd n’a pas hésité à faire massacrer tous les villageois, hommes, femmes et enfants.

Askeladd ne reste pas inactif. Il a un rêve, et pour l’accomplir, il doit trouver un moyen de transformer le prince Knut en chef de guerre impitoyable…

Critique :
Voilà un tome riche en action et en rebondissements ! Alors qu’on aurait pu penser se trouver face à un tome pépère puisque les troupes d’Askeladd ont investi un petit village pour attendre que la neige soit moins épaisse.

Pas de bol pour eux, un témoin de leurs méfaits a pu se sauver et raconter à d’autres ce que lui et ses hommes avaient fait aux villageois.

Si certains pensaient se la couler douce, et bien, c’est loupé, va falloir se battre et mettre les voiles, tout en évitant les mutineries parce que les hommes sont fatigués, en ont plein le cul et commence à se demande si Askeladd a encore la baraka puisque maintenant, ils ont Thorkell à leurs fesses.

Qui va le trahir ? Arrivera-t-il à faire de Knut un homme de combat et un homme de commandement ou ne pourra-t-il l’envoyer que dans un salon de thé, avec le petit doigt en l’air ? Et Thorfinn sera-t-il d’accord de lui servir de nounou ?

Je ne sais toujours pas où va n’emmener l’auteur, mais je prends toujours autant de plaisir à suivre cette saga, qui, je le pense, va m’emporter assez loin.

Le scénario ne laisse pas la place à la sieste, sans pour autant être trop trépidant et en devenir lourd. Les personnages sont bien travaillés et nous étonnent souvent, car ils ne sont pas figés, ils évoluent et peuvent aussi nous cacher des tas de petites choses, les coquins.

Mais certains dans leur ligne de conduite, comme Thorkell qui, en plus d’avoir de l’humour, l’envie de se battre tout le temps, quitte à se vendre à l’ennemi, n’aime pas les traitres ni les hommes qui se rendent.

Un tome qui bouge, assez violent, mais hautement addictif car j’ai encore plus envie de me faire toute la série.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Vinland Saga – Tome 4 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 4

Auteur : Makoto Yukimura
Édition : Kurokawa (10/09/2009)

Résumé :
Angleterre 1013, l’armée danoise du roi Sven à la Barbe Fourchue continue sa campagne d’invasion. Malgré la supériorité de son armée, sa progression est bloquée à Londres, ville imprenable, protégée par Thorkell le Grand, un Viking passé à l’Anglais par simple ennui.

Sven décide alors de confier la responsabilité du siège à son fils Knut, à la tête d’une armée de quatre mille hommes.

Mais l’armée de Knut se fait décimer et le prince est pris en otage par Thorkell, bien décidé à attirer l’attention du roi du Danemark.

Sur un coup de tête, Askeladd part avec sa seule troupe à la rescousse de Knut. Un pari extrêmement dangereux pour gagner argent et gloire…

Critique :
Que se passe-t-il lorsqu’un jeune bad boy badass se trouve face à un prince très très timide et très très efféminé ?

C’est le clash ! Trop tentant pour le roquet Thorfinn de ne pas se foutre de la gueule du prince Knut qui se cache derrière Ragnar, le géant ado-sitter du prince.

Mais avant de se dire des gentillesses pleines de fiel, il va d’abord falloir sortir de cette fumée provoquée par les feux allumés par les hommes d’Askeladd et grouiller ses puces pour ne pas se faire attraper par les troupes de Thorkell.

Comme je le disais précédemment, les personnages évoluent et certains cachaient bien leur jeu… Maintenant, je ne sais pas non plus si Askeladd joue double ou triple jeu. Avec lui, tout est possible.

Ce tome se consacre à la marche forcée que les hommes d’Askeladd vont devoir faire afin d’échapper à Thorkell, lancé sur leurs trousses. Askeladd étant avare d’informations, ses hommes vont commencer à se poser des questions, à douter de lui, et quand on commence ainsi, c’est que la grève n’est pas loin !

Avec des airs de western spaghetti qui serait venu s’inviter dans le Moyen-âge, ce tome de transition nous apprend des tas de choses sur Askeladd et m’est avis qu’il n’a pas fini de nous étonner, le bougre de salopard qui n’a pas hésité à massacrer tout un village pour y abriter ses hommes.

Un tome de transition, certes, mais un tome généreux en péripéties, en aventures, sans pour autant se disperser dans tous les sens et bâcler ses arcs narratifs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Vinland Saga – Tome 3 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 3

Auteur : Makoto Yukimura
Édition : Kurokawa (11/06/2009)

Résumé :
Août 1013, suite au massacre des camps vikings de Northumbrie, l’armée danoise se fait de plus en plus agressive en Angleterre. D’expédition en expédition, l’armée dirigée par Floki, rejointe par celle d’Askeladd, arrive enfin à Londres.

Mais après des décennies d’attaques. Londres est plus que parée contre les Vikings. Pour l’armée danoise, le combat s’annonce d’autant plus rude que Thorkell, le frère cadet du général des Jomsvikings Sigvald, lassé de combattre des Anglais qu’il juge trop faibles, a décidé de changer de camp pour s’amuser un peu.

Face à cet imprévu de taille, Askeladd a, comme toujours, une idée de génie : envoyer le jeune Thorfinn lui rapporter la tête de Thorkell en échange d’une promesse de duel…

Critique :
♪ Ce soir, nous irons à Londinum, pour pilier, pour tuer ♫

Nous sommes en l’an de grâce de 1013 et la puissante flotte des Vikings du Danemark, menée par le roi Sven, entre dans le Nord de l’Angleterre par rivière Humber (pas Uber !).

Sorry de vous l’apprendre, mais lorsque les Hommes du Nord, autrement dit, les Vikings, vont à Londres, ce n’est pas pour faire du shopping, même si les deux mots riment.

Le Wessex pillé, le Wessex volé, le Wessex incendié, le Wessex dévasté ! Londres, elle, résiste encore et toujours à l’envahisseur grâce à un transfert de poids : Thorkell, un viking qui est passé du côté opposé de la Tamise.

Nous retrouvons, dans tous ces arcs narratifs, notre jeune Thorfinn, toujours en rage, en rogne, contre la Terre entière. Bouche fermée, yeux révolvers, toujours prompt à se battre. Les djeuns diraient qu’il a la haine !

Askeladd, le chef des pillards qui le possède (on apprend au fur et à mesure des tomes d’où vient Thorfinn) a fait de lui une machine à tuer. Pourtant, jusqu’à présent, si Thorfinn a réussi à tuer toutes ses cibles, il est toujours incapable de vaincre Askeladd en combat singulier et donc, de retrouver sa liberté.

Expliqué de la sorte, on pourrait penser que l’on a affaire à un manga bourré de testostérones, de mecs violents, de sang qui gicle et de boyaux qui explosent, genre Ken Le Survivant. Mais il n’en est rien !

Non, non, non, le manga est fin, la psychologie des personnages est travaillée, on ne sait pas ce qui se cache derrière la personnalité de chacun et au fil des tomes, on aura quelques surprises.

Déjà qu’on remarque que Thorfinn a de la sensibilité et essaye de préserver une famille de la machine à broyer qu’est l’armée de Sven, le roi des Hommes Blonds Sexys…

Les dessins sont harmonieux, les scènes de combats bien détaillées, le scénario est riche, complexe, bourré de mystères, de vengeance, de rédemption.

J’ai vraiment envie de suivre ces personnages dans leurs aventures pour les voir évoluer.

En attendant, évitez d’aller à Londres, les Vikings sont en guerre !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

L’Affaire Léon Sadorski : Romain Slocombe [LC avec Bianca]

Titre : L’Affaire Léon Sadorski

Auteur : Romain Slocombe
Édition : Robert Laffont (25/08/2016)

Résumé :
Avril 1942. Au sortir d’un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l’Occupation. Pétainiste et antisémite, l’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d’un mari attentionné.

Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy.

De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d’intervenir contre les « terroristes ».

Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d’en faire leur informateur au sein de la préfecture de police…

De retour à Paris, il reçoit l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d’appartenir à un réseau antinazi.

Critique :
Léon Sadorski est ce qu’on peut appeler un salaud, un pute de fils, le genre de personnage abject avec qui l’on a pas envie d’aller boire un verre, et encore moins de croiser sa route, surtout si dans la famille, on a des prénommés Sarah ou Lévy.

Ça risque de vous foutre la vie en l’air parce que nous sommes en 1942 et que je pense que je n’ai pas besoin de vous faire un dessin.

Malheureusement, Léon Sadorski n’est pas un cas isolé, il est même un type tout ce qui a de plus normal dans cette France occupée dont les priorités sont de bouffer, faire des risettes à l’ennemi ou du moins, ne pas s’attirer leurs foudres, faire un peu de fric sur le dos des gens qui ont des choses à se reprocher, comme des « origines en désaccord avec l’idéologie des nazis ».

Et pour Léon, on pourra ajouter qu’il est le roi de la moule puisqu’il aime faire le coup du grand cyclope à Madame et visiter d’autres cavernes aux merveilles parce que ce n’est pas parce qu’il est au régime qu’il ne peut pas manger aux autres pelouses. Par contre, si sa femme fait pareil, il l’assommerait à coup d’beignes ♫

Le ton du roman est froid, sans concession, limite au sclapel et rien ne nous est épargné dans ce Paris occupé par les Z’Allemands qui sont encore triomphants. Niveau perversité et mauvaise foi, c’est des champions du monde et l’auteur ne vas pas se priver de nous faire vivre ces jours sombres comme si nous y étions.

D’ailleurs, je ne me suis senti en empathie ou en sympathie avec aucun personnages, et pourtant, ça ne m’a pas empêché de dévorer le roman, tentant de comprendre comme l’Homme peut en arriver à des extrêmes pareilles, à des violences pareilles…

La propagande avait fait son job, elle l’avait bien fait, même. Elle refera le job plus tard, transformant tous ces collabos en parfait petits résistants. Mais ceci est une autre histoire.

Bon, le répétez à personne mais, si j’ai adoré ce roman, il m’a glacé les sangs et certains passages furent lu avec le cerveau déconnecté sinon j’aurais perdu toutes mes couleurs et toute chaleur dans mon corps.

Sans pour autant entrer dans le voyeurisme graveleux ou gratuit, l’auteur nous immergera dans le quotidien de ces braves gars des Renseignements généraux qui ont des méthodes bien à eux pour faire parler les gens et leur faire avouer des choses dont ils ne sont pas coupables.

Je vous le dis, c’est glacé comme la lame d’un scalpel et pour rien au monde je n’aurais voulu vivre à cette période, ni que ce genre d’horreur se reproduise avec moi pour personnage principal. Oui, je fuis !

Mais je ne fuirais pas les autres romans mettant en scène ce pute de fils d’enculé de salopard de sous-merde qu’est Léon Sadorski.

Une LC avec Bianca qui fut partagée : j’ai adoré ce roman, elle, par contre, ne l’a pas terminé tant elle a trouvé le personnage principal détestable. Pas de chronique pour Bianca (on dirait un titre de film ou de roman).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°43 – Les Plans du Bruce-Partington – lire un livre se passant en temps de guerre).

 

Un voyou argentin : Ernesto Mallo [Perro Lascano 2]

Titre : Un voyou argentin [Perro Lascano 2]

Auteur : Ernesto Mallo
Édition : Payot et Rivages (14/03/2012)
Édition Originale : Delincuente Argentino
Traducteur : Olivier Hamilton

Résumé :
Perro Lascano n’est pas mort. Il se remet peu à peu de ses blessures. Il a perdu sa maison, son travail et surtout Eva. La guerre est déclarée entre les différents services de police qui tentent de prendre la main sur le trafic de drogue qui faisait la fortune des militaires.

Lascano est recruté comme enquêteur privé pour mettre la main sur « Topo » Miranda, truand de la vieille école suspecté d’avoir volé l’argent sale d’une banque. Fuyant les flics pourris de son pays, Perro Lascano retrouve sa vieille connaissance le major Giribaldi pour qui le vent a tourné.

Critique :
— Non, Perro Lacano n’est pas mort ! Tu as vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non ? Alors Perro Lascano n’est pas mort ! (voix d’Alain Chabat imitant Jacques Martin).

Argentine, années 80, rien de brillant, la corruption règne en maître, les plupart des flics sont des ripoux de première classe, les banquiers sont des voleurs et les politiciens aussi, sans parler de l’armée, coupable de bien des disparitions et des morts.

Là où il y a Gégène, il y a du plaisir, vous dirons les tortionnaires.

Dans le précédent volume, j’avais laissé le commissaire intègre Perro Lascano, se vidant de son sang sur le trottoir et je le retrouve donc vivant, mais mal en point, soigné par une jolie infirmière non conventionnée, payée par le supérieur de Lascano.

Si j’ai toujours apprécié les descriptions au vitriol d’une Argentine qui tente de sortir de la dictature pour se diriger vers une démocratie, j’ai un peu perdu pied dans toutes les petites affaires qui émaillent ce roman que l’on pourrait dire choral.

Entre Topo Miranda, braqueur tout juste sorti de prison et tentant de se refaire une santé financière pendant que Perro Lascano, perdant son bienfaiteur, se voit menacer de mort et obliger de jouer sur du velours pour retrouver les braqueurs de la banque, aidé en cela par le procureur Pereyra qui lui aussi voudrait bien faire tomber Giribaldi, militaire responsable de la mort de l’usurier dans le premier tome…

Dans un moment, il retrouvera Pereyra et ira flanquer la trouille à l’homme qui a ordonné sa mort. Le redoutable Giribaldi, rien que lui, l’homme dont le nom est cité à plusieurs reprises dans les pages du « Nunca Más », célèbre pour avoir donné à ses victimes des leçons de morale à coups de décharges électriques avec un aiguillon qu’il gardait toujours en main. Il avait lui-même écrit dans sa salle de torture les mots suivants : Si vous savez chanter, faites-le, sinon, tenez bon. En sortant, Perro a une pensée pour toutes les personnes qui ont un jour fermé la porte de leur maison pour ne plus jamais revenir.

Je vous avoue que j’ai eu l’impression que tout cela était un peu confus, mélangé, brouillon. Il faudra assez bien de pages pour que tout cela présente une certaine cohérence.

La chose la plus pire, ce sont les dialogues. Je l’avais déjà souligné dans ma chronique de L’aiguille dans la botte de foin, les dialogues se présentent sous la forme de textes bruts, sans tirets cadratins, sans guillemets, le tout balancé en bloc (et en italique) et à vous de suivre pour savoir qui dit quoi.

Tu ne t’es jamais posé la question de savoir pourquoi la douleur existe ? Pour te pourrir la vie. Non, pour la conserver. Si la douleur n’existait pas, tu ne te rendrais pas compte, par exemple, que tu es blessé et tu te viderais de ton sang comme un bienheureux. C’est clair. La douleur, c’est le langage que ton corps utilise pour informer le cerveau que quelque chose va mal, où ça se situe ainsi que le degré de gravité. Je comprends, il pourrait utiliser un langage plus doux. 

Bon, après quelques dialogues de la sorte, on arrive à s’en sortir, on comprend qui parle, mais ça reste tout de même assez complexe. On aurait envie de dire que les tirets cadratins n’ont pas été inventé pour les chiens. Sachant que « Perro » veut dire chien en espagnol…

Dans ce roman noir, Perro est toujours commissaire, mais il n’exerce plus, trop de poulets veulent lui faire la peau, et au final, il y aura plus d’honneur dans le voleur Topo Miranda que dans les policiers, qu’ils soient simples flics ou haut gradés.

— Tu peux m’expliquer où est la différence si c’est le voleur que je suis qui te paie pour pouvoir prendre la tangente plutôt que le banquier qui est lui aussi un voleur ?
— C’est très simple, si c’est le voyou de banquier qui paie on ne risque pas de me courir après, par contre, si c’est toi, ce sera une autre histoire.
— Mais moi je paie le double, c’est un meilleur deal et personne n’est censé être au courant.
— Je ne suis pas un homme d’affaires, Topo, je vois les choses différemment.
— C’est ça que je n’arrive pas à comprendre, Lascano, comment on peut être à ce point intelligent et con à la fois.
— La nature est pleine de surprises.

— Dis-moi, Topo, tu n’as jamais réfléchi à tout ce boulot que tu abats, aux risques que tu prends et à tout ce fric que tu voles, tout ça pour qu’il finisse dans les poches des flics les plus pourris qu’on puisse trouver ?
— Tu as raison, mais pour l’instant je me fous de tout ça.

Un roman noir toujours aussi caustique dans sa description de l’Argentine des années 80, parlant de corruption, de tortures, de disparitions d’opposants, de junte militaire, de magouilleurs assassinés par plus magouilleurs qu’eux, d’enlèvements d’enfants, de pauvres obligés de voler pour survivre, mais avec une intrigue fort brouillonne au départ et qui en partant dans tous les sens, pourrait perdre quelques lecteurs en chemin.

— Que voulez-vous que je vous dise, Pereyra ? Dans un pays comme le nôtre, où les gouvernements, avec la complicité des entreprises, volent jusqu’à l’envie de vivre aux gens, où un type qui a passé toute sa vie à bosser touche une retraite qui lui permet tout juste de se payer un café…
— Mieux vaut pauvre mais honnête, Lascano.
— Ah, oui ? Alors dites-moi, pourquoi les prisons sont pleines à craquer de pauvres ?
— Parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer des avocats. Mais vous, vous êtes un homme honnête, voguant au beau milieu d’une mer de corruption.
— Disons que je suis un peu plus honnête que les autres mais, pour être franc, je ne sais pas si c’est par conviction ou par lâcheté. Et je n’ai aucune envie de le savoir.

Heureusement que j’avais une carte détaillée et des petits cailloux car malgré toutes les fois où je me suis égarée, j’ai toujours réussi à retrouver mon chemin et à terminer mon périple en suivant la silhouette longiligne de Perro Lascano.

Mais c’est comme ça, la chance est une putain qui finit souvent au lit avec un autre.

— Dans ce pays, p’pa, pour devenir président il faut être avocat ou militaire, et comme je ne veux pas être bidasse…
— Mais président, apparemment, tu n’aurais rien contre.
— Et pourquoi pas.
— Tu ne peux pas trouver quelque chose de mieux ?
— Truand, par exemple ?
— Te fous pas de moi, au final c’est presque la même chose. La différence c’est que les politiciens ont moins de chances de finir au trou.
— Très drôle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Nains – Tome 7 – Derdhr du Talion : Nicolas Jarry & Stéphane Créty

Titre : Nains – Tome 7 – Derdhr du Talion

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Stéphane Créty

Édition : Soleil (19/04/2017)

Résumé :
Quinze années se sont écoulées depuis l’incendie qui a ravagé Fort Druz. L’ordre du Talion n’a pas été détruit. Le pouvoir a seulement changé de mains, passant de celles des archivistes à celles des seigneurs de la banque de Pierre.

Pourchassé par les maîtres assassins de la loge Noire, Ordo a renoncé à sa vengeance… Jusqu’au jour où la belle et mystérieuse Derdhr, l’un des plus puissants seigneurs de la banque de Pierre, vient le trouver pour lui proposer de terminer ce qu’il a commencé…

Critique :
Game of thrones chez Goldman Sachs…

Imaginez un monde régit par une seule banque, une banque qui aurait la puissance de toutes les grandes banques de notre monde à nous.

Vous êtes une femme ambitieuse, vous faites déjà partie d’un ordre puissant, mais vous voudriez encore plus : siéger sur un des sièges de la Banque de Pierre.

Calife à la place du calife !

Game of Thrones a sa Banque de Fer, les Nains ont la Banque de Pierre et elle est associée au très puissant Ordre du Talion.

Depuis l’incendie de la forteresse de Fort Draz par Ordo a bouleversé l’ordre des choses et les espions ne sont plus au pouvoir, c’est au tour des banquiers d’avoir leur moment de pouvoir et en plus, ils ont l’argent. Bref, ces banquiers dirigent le monde des Hums (humains) et des Nains. *rires sardoniques des banquiers*

Cet album se déroule 15 ans après le final de Ordo du Talion et nous le retrouvons un peu vieilli, sur la construction d’un barrage, lorsqu’il se fait engager par Derdhr, une jolie bavette (naine) qui n’est rien de moins que la 2ème fortune du monde !

Si chez les Nains qui peuvent vivre 200 ans, 15 ans, c’est une paille, quand on doit sans cesse se cacher des assassins de la Loge Noire et vivre sous de fausses identités, on prend un coup de vieux. C’est le cas de mon cher Ordo.

Mon maître assassin préféré a toujours une dent contre son père, qui lui, n’est ni plus ni moins la première fortune du monde Nain !

Alors, quand la numéro deux veut la place du number one, vous comprenez que ça va intriguer à tous les étages et que tous les coups bas sont permis, sans que l’on sache de prime abord qui manipule qui, qui joue avec les couilles de qui, qui va trahir qui et qui va gagner ce combat rempli de manigances et de manipulations en tout genre…

Qui a dit « Ce sont les banquiers qui gagnent toujours » ? En effet, Don Salustre disait que les pauvres, c’étaient fait pour être très pauvre et les riches, c’étaient fait pour être très riches.

Ce tome fait une fois de plus la part belle à des somptueux dessins dans des tons sombres, foisonnants de détails, de petites choses à admirer une fois le phylactère lu.

Niveau scénario, c’est une leçon d’Histoire du monde que le scénariste nous livre là, transposant les affaires des Hommes dans le monde des Nains. Ici, les banquiers sont courts sur patte et plus teigneux que les nôtres, mais ils veulent toujours la même chose : le pouvoir et l’argent.

Et comme le disait si bien Littlefingers (Petyr Baelish) : Knowledge is power (le savoir, c’est le pouvoir). Ce qui fera dire à Cercei que « Power is power » (le pouvoir c’est le pouvoir), autrement dit, moi j’ai un flingue chargé, et toi, tu creuses ! 

Un album aux couleurs bleues sombres, un album où l’on ne doit faire confiance à personne, et où celui qui tranche une tête, pourrait très bien avoir la sienne qui tombe aussi dans les secondes qui suivent, parce que « Quand on joue aux jeux des trônes, soit on gagne, soit on perd », mais ici, on peut gagner et perdre de suite.

Ce fut un réel plaisir de retrouver Ordo après ses dernières aventures et je me demande bien ce que la suite va nous offrir avec Derdhr la manipulatrice.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).