Les Filles des autres : Amy Gentry

Titre : Les Filles des autres

Auteur : Amy Gentry
Édition : Robert Laffont (19/01/2017)

Résumé :
ÊTES-VOUS BIEN CERTAINE DE CONNAÎTRE VOTRE FILLE ? D’AILLEURS, EST-CE VRAIMENT LA VÔTRE ?

À 13 ans, Julie Whitaker a été kidnappée dans sa chambre au beau milieu de la nuit, sous les yeux de sa petite soeur. Dévastée, la famille a réussi à rester soudée, oscillant entre espoir, colère et détresse.

Or, un soir, huit ans plus tard, voilà qu’une jeune femme pâle et amaigrie se présente à la porte : c’est Julie.

Passé la surprise et l’émotion, tout le monde voudrait se réjouir et rattraper enfin le temps perdu. Mais Anna, la mère, est très vite assaillie de doutes.

Aussi, lorsqu’un ex-inspecteur la contacte, elle se lance dans une tortueuse recherche de la vérité – n’osant s’avouer combien elle aimerait que cette jeune fille soit réellement la sienne…

Critique :
Sans les avis positifs de mes petits camarades de Babélio ou des copinautes de blog, j’aurais fait l’impasse sur ce roman qui avait tout d’un « déjà-lu et déjà-vu ».

Une fille qui disparaît et qui revient 8 ans après, semant le doute dans l’esprit de certains membres de sa famille, on sent venir le récit téléphoné, puisqu’il y a autant de chance que ce soit bien elle qu’une autre. C’est du 50/50.

Que pouvait-on faire de mieux que ce qui a déjà été fait, écrit, tourné, raconté ?

La famille Whitaker avait tout pour vivre tranquillement : le mari, Tom, la maman, Anna, et leurs deux filles, Jane et Julie. Tout a basculé quand Julie s’est faite enlever et qu’elle est revenue, 8 ans plus tard… Est-ce bien elle ?? Ou pas…

Une resucée cette histoire, sans aucun doute…

« Femme de peu de foi »… Voilà ce que je suis, car jamais je n’aurais pensé qu’on puisse faire du neuf, donner une sacré dose de suspense et torturer ainsi le lecteur avec un pitch aussi bancal que celui de « Est-ce bien toi ? » Ou pas…

Entrez dans ce roman vierge de toutes certitudes car elles vont valser, tanguer, prendre l’eau, avant de remonter à la surface, triomphantes… Ou pas !

Plusieurs morceaux de choix dans ce roman bourré de suspense : on y découvre  le récit de l’enlèvement, la vie de la famille ensuite, déchirée, bancale, avec la sœur cadette qui se chercher et la mère qui ne sait quoi faire face à sa seconde fille.

Puis Julie revient (ou c’est pas elle ?) et là, on découvre la famille qui doit se refaire après ce retour brutal et le récit de son emprisonnement.

Autant la perte du membre de la famille était traumatisante et avait laissé un trou béant, autant sa réapparition est facteur, elle aussi, de troubles, de chamboulements et de questions.

Et puis, dans cette histoire, il y a une autre histoire qui elle, se déroule à rebours : on commence par le personnage final avant de revenir au premier de la liste et là, je vous jure que vous vous poserez des tas de questions !!

Le pire est que tout est criant de vérité ! On ne se contente pas de faire un roman à suspense et de balancer les faits pour faire sursauter nos cœurs ou faire tourner nos méninges, non, on nous donne aussi des scènes de la vie familiale quotidienne qui ne sont pas des plus tendres, vu la situation vécue par la famille.

Difficile de parler de ce roman car on aurait peur de dévoiler trop, mais sachez qu’il ne faut pas le biffer, tel son titre et ne pas se fier à son pitch qui a l’air banal tant il a été conté.

Les personnages sont attachants, on ne sait pas toujours de quel côté les prendre, ni de quel côté ils sont, mais leurs comportements est réaliste et leur psychologie est bien travaillée, surtout en ce qui concerne leur comportement après la disparition de Julie (et après son retour), avec les associations de disparitions d’enfants ou dans leur rôle de parents qui pensent connaître leurs enfants.

Un roman à suspense, mais pas que… (comme aurait pu le titrer les éditions La Jouanie).

Un roman brillant, bien construit, qui laisse la place au mystères, aux doutes, aux espoirs, aux peurs, aux révélations inattendues… Mais je ne vous dirai pas dans quel ordre.

Un roman qui prouve que l’on pouvait faire du neuf et du super bon sur un pitch éculé.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule..

Nu dans le jardin d’Éden : Harry Crews

Titre : Nu dans le jardin d’Éden                               big_5

Auteur : Harry Crews
Édition : Sonatine (2013)

Résumé :
Garden Hills a connu des jours heureux. À l’époque où Jack O’Boylan, un magnat de l’industrie, a fait construire le village au fond d’une mine de phosphate qu’il a découverte et exploitée. Travail assuré, salaire, sécurité. Puis, les hommes de Jack ont quitté la place. Le créateur a abandonné sa création, la mine a fermé, les habitants ont déserté le village.

Seules une douzaine de familles ont résisté, constituant une véritable cour des Miracles qui vit aujourd’hui encore dans l’espoir du retour de Jack O’Boylan.

Le village pourrait néanmoins renaître seul de ses cendres grâce à Fat Man, qui a hérité de son père, propriétaire des terrains avant la construction de la mine, une incroyable fortune.

Mais personne n’attend plus rien de lui : Fat Man est un obèse qui passe son temps reclus dans sa maison à ingérer d’énormes quantités de nourriture en ignorant le monde extérieur.

Reste Dolly, une ancienne reine de beauté, dont le souhait le plus ardent est de convertir Garden Hills à la modernité, c’est-à-dire au tourisme et à la débauche.

Rapports de forces, manigances amoureuses et sexuelles, trahisons et machinations … Dolly ne lésinera sur rien pour abattre les vieilles idoles et mener son projet à bien.

Petit Plus : Quelque part entre Samuel Beckett et Jim Thompson, Harry Crews nous offre avec l’histoire de ces marginaux perdus dans une ville fantôme une interprétation saisissante de la Chute originelle.

On trouve dans ce roman, le deuxième de l’écrivain, publié aux États-Unis en 1969 et jusqu’ici inédit en France, la noirceur, l’humour et la compassion qui ont fait le succès de « Body », « Car » ou encore « La Foire aux serpents ».

Critique : 
« Nu dans le jardin d’Éden » ne vous parlera pas d’Adam et Eve chassé du Paradis, mais plutôt le contraire : Dieu qui fou le camp, abandonnant ses misérables créatures dans ce qui se rapprocherait plus de l’Enfer que du Paradis d’Éden !

1960. Garden Hills, une petite ville de Floride, sorte de trou du cul du monde d’où on extrayait du phosphate, tient plus d’un enfer que d’autre chose : les tâches y sont harassantes, horriblement sales à cause du phosphate, et répétitives à la limite de l’absurde, comme ce trou qu’un homme – Wes – creuse tous les jours et qui est rebouché la nuit

On pourrait croire que les habitants n’étaient pas heureux, mais c’est tout le contraire : ils étaient tout content, les gens qui bossaient à l’usine d’extraction de phosphate de monsieur O’Boylan ! La routine, certes, mais l’argent de leur salaire les faisait vivre… Jusqu’à ce que O’Boylan (Dieu) se retire de ce trou à rat, laissant les gens en plan.

Une douzaine de familles résistent encore et toujours, s’accrochant aux collines poussiéreuses et aux lacs sans poissons au lieu d’aller chercher fortune ailleurs. car dans leur petite tête, O’Boylan va revenir, cette absence de la divinité, qui les nourrissait en les faisant travailler, ne peut être que temporaire.

C’est ce constat qui donne un sens à leur présence dans cet endroit désolé.

Ici, nous sommes dans un vrai roman noir, limite huis clos puisque, en plus d’être dans le trou du cul phosphaté du monde, nous suivons la vie de trois personnages principaux (Fat Man, Jester et Dolly) et quelques autres secondaires (Wes dit « Iceman » et Lucy). Les seuls moments où nous quittons la petite ville, c’est lorsque nous suivons leur parcours de vie « antérieure ».

Si ces habitants attendent le retour de O’Boylan comme d’autres attendent le Messie, c’est parce que Fat Man – 280 kg à poil – a entretenu cette flamme en racontant sa fable : O’Boylan reviendra !

Fat Man, dont le père a touché un pactole en vendant les terres à O’Boylan, trône dans sa grande baraque sur les hauteurs. Un autre Dieu puisqu’il a maintenu un simulacre de vie normale à Garden Hills depuis le départ de l’usine et que « Les hommes pour qui Dieu est mort s’idolâtrent entre eux » (Le Chanteur de Gospel – 1968).

Les familles qui végètent à Garden Hills sont des pathétiques doublés d’assistés. D’ailleurs, s’il n’y avait pas le talent d’écriture de l’auteur additionné à un scénario bien monté, des personnages travaillés et goupillé avec tout le reste, on pourrait même dire que ces gens sont des cons, des débiles et des gros naïfs.

Mais cela eut été trop simple et trop facile que d’en faire des cons, et le roman n’aurait pas mérité son titre de roman « noir ». Non, on l’aurait appelé « Lost Story », tout simplement. Ces gens, on apprend à les connaître et on comprend le pourquoi du comment… Une partie de la force du roman réside là-dedans.

Mensonges, cupidité, trahisons, manipulations, freaks (monstres humains) prostitution soft (pelotage), espoirs entretenus, despotisme, misère, voyeurisme,…

C’est tout cela qui est réuni dans ce livre dont je ne puis vous en dire plus tellement le scénario est riche sans être alambiqué, bien écrit et bien travaillé, bien pensé, bien pesé, jusqu’à un final dantesque.

Une lecture coup de coeur, coup de poing, courte, mais bonne et qui va me trotter dans la tête durant de longues années !

Note : dans la salle de bain de Fat Man, construite par O’Boylan, il y avait la représentation de Michel-Ange « La Création » où Dieu et Adam se touchent le doigt, car si Dieu a créé l’homme à son image, l’homme a créé Dieu à la sienne. Et tout s’explique…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Le « Challenge US » chez Noctembule.