Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01] : Dror Mishani

Titre : Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01]

Auteur : Dror Mishani
Édition : Seuil (2014) / Points Policier (2015/2018)
Édition Originale : Tik N’Edar (2011)
Traducteur : Laurence Sendrowicz

Résumé :
Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait.

Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District.

Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Critique :
La littérature me fait voyager beaucoup, mais je n’avais encore jamais mis les pieds en Israël, hormis en lisant la Bible, c’est vous dire si ça fait un sacré bail !

Le dépaysement n’a pas été trop difficile, la seule chose qui me fasse sans cesse repenser que j’étais en Israël était le fait qu’ils soient en congé le samedi et que la semaine commence le dimanche, sinon, on ne peut pas dire que j’ai vraiment découvert le pays.

Pire, Avi Avraham est venu à Bruxelles durant son enquête, alors là, pour le dépaysement, on repassera, je me suis tapée la Grand-Place, la rue du Midi, le bar joyeux de l’Homo Erectus et autres endroits connus.

Malgré tout, c’était une sacré découverte que ce commandant de police un peu lymphatique qui pense que les crimes spectaculaires, c’est bon pour la littérature, que la plupart des résolutions des polars sont fausses et qu’en plus, en Israël, on n’a même pas de littérature policière tant les crimes sont simples à résoudre.

— Savez-vous pourquoi il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? lui demanda-t-il soudain.
— Pardon ?
— Oui, pourquoi ? Pourquoi, chez nous, on n’écrit pas de romans comme ceux d’Agatha Christie ou comme La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ?
— Je ne m’y connais pas tellement en livres.
— Eh bien, je vais vous dire pourquoi. Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui, chez nous, il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. Bref, tout ça pour vous expliquer que la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime, et je ne le dis pas pour vous rassurer, c’est une question de statistiques.

Raté mon pote ! Partant d’un mauvais pied, notre commandant ne va pas donner de l’importance à cette disparition et tout le reste de l’enquête, il sera à côté de la plaque, se disant qu’il a raté quelque chose, mais quoi ?

Avi Avraham n’est pas vraiment un personnage de littérature que l’on appréciera du premier coup, on est loin du commissaire Kostas Charitos qui éveille moult sympathies et durant tout le roman, aucun personnage ne viendra me titiller l’empathie ou la sympathie.

Pourtant, ce roman a de la puissance dans ses pages, dans la manière dont l’enquête progresse (du sur place !), dans la manière dont les différents interagissent entre eux et si je ne devais n’en retenir qu’un seul, ce serait le prof d’anglais, Zeev Avni, un être tourmenté, qui se cherche, qui a un passé trouble, d’après les petites infos qui filtrent ou du moins, il semble donner cette idée de par son comportement.

Voilà un personnage secondaire (Zeev) qui devient quasi plus important que le principal, notre commandant dont le prénom est le même que son nom de famille, comme si ses parents avaient bu en le déclarant ou n’avait pas fait preuve d’intelligence sur ce coup là. Avraham Avraham, j’vous d’mande un peu !

Mais revenons à nos moutons, ou à notre ado disparu, sans argent, sans papiers, sans vêtements de rechange et une mère qui est désemparée mais un peu à l’ouest elle aussi…

Des tas de résolutions tournaient dans ma tête, dont une me plaisait bien, une dont j’étais sûre que c’était la bonne… RATÉ ! Loupé royalement et j’ai terminé sur mon cul, avec le dégoût au bord des lèvres, l’envie de vomir…

L’auteur a réussi à me tenir en haleine avec un rythme qui n’a rien de trépidant, juste avec ses personnages hors norme, énigmatiques, qui ne se comportent pas comme on a l’habitude de la voir et avec une résolution d’enquête qui a tout du génie niveau piège tendu.

Un final inattendu, et qui, comme le célèbre Kiss Cool, possède un double effet, un double uppercut, parce que un, ce n’était pas suffisant, ce qui fait que je me suis retrouvée à la fin de mon roman avec la bouche ouverte en cul de poule et ne sachant pas trop à quel saint me vouer pour obtenir le fin mot de l’histoire, bien que je suspecte fort que ma compatriote venue de Bruxelles en vacances nous a donné le fin mot de  l’histoire.

Un roman policier que j’ai pris plaisir à découvrir car il était différent de ceux que j’ai lu, mais pas garanti que je reviendrai au commandant Avraham Avraham car j’en ai encore bien d’autres à découvrir.

PS : un roman que ma copinaute de Lc, Rachel, n’a pas apprécié et qu’elle ne chroniquera pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe avec nos quelques LC, mais nous ne sommes jamais raccord ! mdr 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Publicités

Les enquêtes d’Alfred et Agatha – Tome 1 – L’affaire des oiseaux : Ana Campoy

Titre : Les enquêtes d’Alfred et Agatha – Tome 1 – L’affaire des oiseaux

Auteur : Ana Campoy (auteure espagnole)
Édition : Bayard Jeunesse (01/10/2015)

Résumé :
Si Alfred Hitchcock et Agatha Christie s’étaient rencontrés lorsqu’ils étaient enfants, quelles aventures auraient-ils pu vivre ensemble ?

Après avoir fait atterrir un avion de sa fabrication sur la perruque du poissonnier, le jeune Alfred se retrouve en prison, pour une nuit. Il y fait la connaissance d’un détenu, Victor. Le jeune homme clame son innocence et supplie Alfred d’aller demander de l’aide à Agatha Miller.

Dès sa sortie, le garçon se rend à l’adresse indiquée par Victor. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir qu’Agatha a 10 ans, comme lui ! Et la fillette, qui a monté une agence de détectives, lui apprend que Victor, le jardinier ses riches voisins, est accusé de leur avoir volé des objets de valeur : des oiseaux en or, ornés de pierres précieuses…

Critique :
Si Alfred Hitchcock et Agatha Christie s’étaient rencontrés lorsqu’ils étaient enfants, quelles aventures auraient-ils pu vivre ensemble ?

Et bien maintenant, je sais quelles genres d’aventures ils auraient pu vivre, ces deux monstres, ces deux génies, ces maîtres du genre policier et du suspense à couper au couteau.

Vu qu’ils sont jeunes et que nous sommes dans de la littérature jeunesse, nous n’auront pas droit à une île où les convives disparaissent l’un après l’autre, ni à une scène avec un rideau de douche et une musique qui augmente le rythme cardiaque.

Sans révolutionner le genre des jeunes qui enquêtent (je suis blindée, j’ai lu toutes les aventures du Club Des Cinq en son temps), l’auteur nous propose néanmoins un roman qui plaira aux plus jeunes et qui reposera l’esprit des plus grands.

Non, ceci n’est pas le polar du siècle, ni même de l’année, encore moins du mois, ou de la journée, mais il se lit très vite, les doigts de pieds en éventail dans son fauteuil de jardin, un mojito à la main.

Le livre sera terminé que votre glace pillée n’aura pas encore entièrement fondu, c’est vous dire si ça se lit vite.

Évidemment, comme dans tout bon livre avec des jeunes qui mènent l’enquête, tout va toujours pour le mieux, même dans les pires situations, ils arrivent à résoudre des trucs que même la police n’y était pas arrivée, se sortent de toutes les pires situations, mais bon, souriez, c’est de la fiction pour les jeunes.

Par contre, il y a tout de même une incohérence avec ce qu’il se passe dans la volière, la nuit… Celui qui y pénètre se fait attaquer par les oiseaux. Hors, s’il y a une chose que je sais, c’est que la nuit, les oiseaux, ça dort !! La nuit, un oiseau, ça ne vole pas, et ça sait encore moins viser un humain pour l’agresser, sauf si la volière était remplie de rapaces nocturnes, mais ce n’était pas le cas.

En tout cas, ça donnera sans doute des idées de films au petit Alfred !

Anybref, même si on ne révolutionne pas le genre, ça se laisse lire avec l’esprit apaisé, tranquille, ça repose la tête après des nouvelles peu réjouissantes, tristes, commises par des imbéciles, ça peut aussi vous détendre après des romans particulièrement lourds ou oppressants.

Un agréable petit moment de détente avec deux personnages attachants, que tout oppose puisque si Alfred vit dans l’East End, Agatha, elle, vit dans une belle maison de riches, mais dont la soif de résoudre des mystères va faire naître une belle amitié.

Un chouette petit roman jeunesse qui met à l’honneur deux grandes figures anglaises, qu’elles soient de la littérature ou du cinéma et dont quelques clins d’œil à leurs ouvres sont disséminés dans les pages, avec une note en fin d’ouvrage pour celui qui les aurait loupé.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

Disparu en mer : Graham Hurley

Disparu en mer - Hurley

Titre : Disparu en mer

Auteur : Graham Hurley
Édition : Gallimard – Folio Policier (2004)

Résumé :
La police de Portsmouth ne sait plus où donner de la tête : délinquance galopante des banlieues démunies, trafic de drogue solidement incrusté, dégradations diverses dans le quartier huppé de Port Solent, occupent à temps plus que complet des effectifs nettement insuffisants.

Aussi quand la fille de Stewart Maloney vient signaler la disparition de son père, personne ne s’alarme vraiment.

L’inspecteur Faraday décide de mener l’enquête tandis qu’un voilier engagé dans une course perd plusieurs de ses hommes au cours d’une terrible tempête.

2d27feaa4459320bf457d282dbb3e81bCritique : 
Faraday… Ce nom me dit quelque chose… Ça parlait d’une cage et cela n’avait malheureusement rien à voir avec un spectacle classé X.

Au temps pour moi, le Faraday d’ici n’a rien à voir avec l’électricité et la fameuse cage… C’est un inspecteur de police à Portsmouth.

Son rôle n’est pas de résoudre des meurtres, mais les vols et les incivilités qui règnent dans la ville côtière.

Notre inspecteur est veuf, cultivé, sa passion est l’ornithologie, c’est pas un stressé, il pourrait monter en grade mais il s’en moque. Faraday  est aussi le père d’un grand garçon de 22 ans, sourd, muet, et qui veut voler de ses propres ailes, maintenant.

— Parfait, déclara Bevan avec un hochement de tête. C’est bien ce que je leur ai répondu. Je leur ai dit que vous étiez un loustic retors et difficile à manœuvrer et que vous étiez bien là où vous étiez. C’est justement le genre de truc qu’ils ne comprennent pas. Ils s’accommodent fort bien de la malhonnêteté et de l’incompétence, mais ils sont largués avec les types dans votre genre. Ils y voient tout de suite un manque d’ambition et ça, c’est une chose qui les dépasse. Vous connaissez le onzième commandement ? Sois le meilleur. Hardi, petit, et te mouche pas du coude. »

Oubliez les courses-poursuites haletantes, vous seriez frustré. Mais si vous cherchez un roman policier plus profond, avec des personnages bien détaillés, bien présentés, avec leurs défauts, leurs qualités, leurs soucis, leur vie de famille compliquée, ou pas, des journalistes retors, des flics ripoux ou véreux, un brin de cynisme, et bien, vous avez ouvert le bon roman !

— Je peux défendre chacun de ces articles, lança-t-elle avec fougue.
— Non, vous ne pouvez pas, ma jolie. Et vous savez pourquoi ? Parce que ces histoires ne sont pas vraies. Les gens de votre espèce n’aiment que les gros titres, pas la réalité, pas la merde dont nous écopons. Vous voulez de l’émotion et du sensationnel. Vous voulez des veuves et des orphelins. Quand vous n’en trouvez pas, vous vous rabattez sur nous. Vous péchez par imprudence et paresse, et vous n’avez pas la moindre idée des dégâts que vous occasionnez.

Si, dès le départ, on plonge dans le vif du sujet avec une petite fille qui vient déclarer la disparition de son papa, il faudra dépasser la page 100 avant que ce dossier n’arrive sur la table de Faraday.

Attention, on ne peindra pas la girafe en attendant, nous bosserons sur un trafic de drogue, arrêterons des dealer, un meurtrier, négocierons avec des indics et interrogerons des suspects.

Le mouchard était à l’inspecteur de police ce que le chien est à l’aveugle.

Pas eu le temps de m’ennuyer durant ma lecture, j’ai dévoré le roman en deux jours à peine, tant je voulais savoir ce qui s’était passé. De plus, j’ai apprécié les personnages, ni tout blanc, ni tout noir, mais réalistes.

Rendons justice à la plume de l’auteur : ce n’est pas du Mozart, ni du Bach, mais il sait plonger son lecteur dans l’ambiance marine avec des termes propre à la navigation, sans compter ses descriptions entre les habitants des quartiers chics et ceux des ghettos qui souffrent de la crise et tirent le diable par la queue. Les distinctions sont flagrantes.

La plupart des mouchards de Winter seraient morts d’embolie mondaine en franchissant la porte. [En parlant d’un bar chic]

Faraday s’étonna tout haut de la violence des contrastes sociaux. Ça faisait des millions et des millions de livres sterling, tous ces voiliers et ces cabin-cruisers amarrés à une encablure d’un des quartiers les plus défavorisés du Royaume-Uni. Des boutiques de bibelots vendaient des bouquets de fleurs séchées à 60 livres pièce quand à cinq cents mètres de là des gosses n’avaient pas les moyens de se payer une paire de souliers neufs.

On ne file pas à 20 nœuds durant cette affaire, mais on prend l’air du large et la vitesse de croisière est bonne car les vents sont avec nous et la plume de l’auteur glisse sur les pages comme la coque d’un voilier sur les vagues.

De l’avis de certains de ses collègues, Winter avait élevé la duplicité et l’habileté verbales à une forme d’art, enregistrant une série de résultats stupéfiants, mais Faraday n’en considérait pas moins le bonhomme comme une insulte au métier et la preuve vivante du danger de corruption guettant la fonction policière.

Quant à la pêche au coupable, ce ne sera pas une partie de plaisir, notre inspecteur devra souvent relancer sa ligne, les budgets pour la police étant réduit à peau de zob !

— Malheureusement, il ne s’agit pas de la vérité, mais d’argent.

Et puis, si Faraday a un petit coup de mou dans les voiles, il a la sagacité et la ténacité d’un Columbo, ce qui fait qu’on reprendra vite du vent dans les voiles.

Quand on croit que tout est plié, ça rebondit ! Un coup de barre ? Faraday et ça repart !

Un roman agréable, pas ennuyeux, des personnages bien balancés, des décors grandeur nature, une atmosphère particulière, du réalisme mariné dans du cynisme… Je songe bien vite à remonter sur le pont avec l’inspecteur Faraday !

— Éliminez ce qui est vraiment impossible, dit-il à Bevan, et c’est dans tout le foutoir restant que vous trouverez la vérité.
— Éliminez ce qui est vraiment impossible, répéta-t-il en grognant, et il ne vous restera rien du tout.
— Vous m’avez accordé sept jours, monsieur, lui rappela Faraday. 

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « A year in England » chez Titine, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (432 pages – 1225 pages lues sur le Challenge).

Mois du Polar - Février - Sharon rat-a-week1-copieCHALLENGE - Sherlock___Running_Wallpaper_by_draft624 Corrigé

La faux soyeuse : Éric Maravelias

Titre : La faux soyeuse                                             big_5

Auteur : Éric Maravelias
Édition : Série Noire  Gallimard (2014)

Résumé :
« La Faux Soyeuse » est un roman noir, pas de doute. Très noir. Suivant la définition d’Aurélien Masson, le directeur de la mythique série noire, un roman noir se doit de respecter au moins trois critères. Un milieu, avec son langage et ses codes, des personnages vivants et attachants, et une intrigue.

Pour le milieu, avec La Faux, on a la tête dans le sac. On est en banlieue, près de Paris, et au fil des 253 pages, le lecteur traverse deux décennies.

La folie des années 80, les vols, les braquages, la belle vie, l’amour, et l’arrivée en masse de la dope dans les quartiers, la glissade et la chute irréversible de Franck, le héros, triste héros, racaille toxicomane au cœur tendre.

C’est une odyssée, poignante et pathétique, dure et sans pitié. Pas de rédemption. Pas de pardon. Mais c’est aussi poétique et tendre, parce que ce sont des hommes et des femmes, comme vous, avec un cœur qui bat. Mais trop vite. Trop fort.

Puis les années 90 et les ravages du Sida, la déchéance, la maladie, la mort.

Petit Plus : « J’ai voulu, avec La Faux Soyeuse, porter un témoignage sur ce que fut ma vie. Ne vous y trompez pas, c’est un roman. Franck n’est pas moi et je ne suis pas lui. Mais ce qu’il a vécu, je l’ai vécu, moi aussi. En grande partie ».

C’est un roman qui s’adresse à tous, de tous âges et de toutes conditions.

C’est ce qui se passe aux pieds de vos immeubles. C’est ce qui s’y est passé, en tout cas. Dans toute sa cruauté. Vous en avez entendu parler, mais jamais vous ne pénétrerez ce monde mieux qu’avec La Faux Soyeuse. Et sans danger pour vous, sinon celui d’être hantés par ces hommes et ces femmes.

Vous allez les aimer. Malgré tout. Malgré leurs vices et leur laideur. Malgré leur langage et leurs esprits tordus. C’est ce que je veux. C’était mes potos. Nous étions des enfants.

Les personnages : Ils sont là, et ils vous balancent ce qu’ils sont au visage, sans honte. Le bon comme le mauvais. Et leur folie vous capture. Leurs démons vous pénètrent.

L’intrigue : Elle est simple, affreusement simple, horriblement simple. Pathétiquement simple. Mais elle est l’enchaînement, le destin, qui vous prend et vous pousse irrémédiablement vers la fosse. De violences en cris, en trahisons. D’amertume en amertume, il vous entraîne dans le chaos, sans répit.

Dans ce roman, pour ce qui est du style, j’avais comme une obsession.

Unir E.Bunker et J.Lee Burke. Mes deux auteurs fétiches depuis toujours. Le style au scalpel de la rue, son langage cru, direct, et la poésie de Burke dans les descriptions de l’environnement. C’était presque inconscient, au début, et puis cette évidence m’a sauté aux yeux. C’est comme ça que je voulais écrire. C’est comme ça que j’écrivais déjà. J’ai travaillé dans ce sens.

Critique : 
« Mes veines sont comme un fleuve tari, une rivière asséchée et parsemée de cailloux, où la roche affleure, une terre devenue stérile et dure. Elles forment de longues cicatrices qui ne véhiculent plus aucune vie. Ce sont les routes sombres de mon passé que mon sang a désertées. »

Je n’ai jamais eu envie de me droguer, mais si je l’avais eu, ce roman m’en aurait dégoûté à tout jamais !

C’est le genre de livre à offrir à une personne qui vous dirait que goûter là a poudreuse le tenterait bien, « juste pour essayer, parce que lui, il saura résister et pas recommencer, pas comme tous ces camés qui n’ont aucune volonté »

Mettez-lui ce livre dans les mains ! Il est rempli de gens qui voulaient « juste essayer une fois » et qui y sont resté pour toujours, passant des bras de la blanche pour ceux de la faucheuse.

Une fois de plus, un roman noir… mais cette fois-ci, rempli de poudre « blanche ».

Si la poudreuse peut-être coupée avec tout et n’importe quoi (strychnine !), le roman, lui, il est pur ! C’est de la bonne, de celle qui arrache et qui te marque à tout jamais, comme « L’herbe bleue » m’avait marqué à vie à l’âge de 16 ans, horrifiée que j’étais de voir qu’ils étaient prêt à tout pour avoir leur came.

Franck « Eckel » est un camé et il est au fond du gouffre, en ce 12 septembre 1999. Il a besoin de sa dose, comme tous les jours, depuis des lustres. Nous le suivrons lors de ses achats et nous écouterons ses pensées. Rien ne nous sera caché ou épargné.

Comment il en est arrivé là ? Il vous le racontera, sans édulcorants, avec son langage à lui, argotique et sans fioritures.

Franck nous fera vivre les années 80 et l’arrivée de la poudre sur le marché, les toxicos utilisant tous la même seringue, se refilant ensuite le HIV. C’est tout un pan d’histoire qui nous est conté, ici. Et il m’a fait frémir.

S’il a commencé « petit », Franck est vite monté vers de la « dure » et dans les doses, n’hésitant pas à prendre des médocs pour avoir son shoot, à cambrioler des pharmacies ou à devenir dealer pour se faire du fric et avoir ses doses à lui.

Volant, agressant, mendiant, implorant,… faisant tout ce qui est possible pour avoir son shoot dans les veines.

Il n’y a pas à dire, un toxico en manque, ça ne manque pas d’imagination pour se procurer sa dope, de l’argent ou le matos pour s’injecter la petite mort dans ses veines.

Ce qui frappe, dans ce roman, c’est la réalité avec laquelle il est écrit ! Tel un Edward Bunker nous parlant de la taule, Maravélias nous parle du milieu des toxicos comme si on y était. Des décors environnants jusqu’à la déchéance des corps et des esprits, en passant pas la crasse immonde, tout est superbement bien décrit.

« Mon univers s’exhibe dans un rectangle opaque, derrière les vitres sales drapées de rideaux gris. A l’ombre de deux peupliers, observateurs silencieux de ma lente décomposition. Un bout d’azur terni, usé, témoin indifférent de tant d’horreurs mais de plaisirs fugaces, aussi, ces rares moments de joie, comme une ponctuation, des instants en italique dans ces récits fiévreux ».

Comme je vous le disais, l’utilisation de l’argot et des codes des camés ajoutent au texte une réalité qui vous place au centre du jeu avec autant de réalisme que si vous étiez vraiment.

Pourtant, l’exercice n’était pas facile. En effet, il s’agit tout de même, pour Franck, de décrire des sensations à des lecteurs qui ne les ont jamais ressenties (du mois,, je l’espère pour eux).

« Ce n’est pas facile de décrire avec de simples mots, même en ayant du vocabulaire, les expériences extrêmes. Hors du commun. D’en faire saisir l’intensité à ceux qui ne l’ont pas vécues. Comme il est dur d’accorder foi au récit d’autrui sans aller voir par soi-même de quoi il retourne. Il n’y a guère que les enfants pour aller foutre les doigts dans la prise bien qu’on leur ait répété mille fois que ça faisait mal. Mais l’homme est un éternel enfant. Peu de gens, en vérité, sont conscients de ce qu’ils sont capables de faire dans certaines conditions ».

Franck n’est pas un personnage que l’on aime, mais on le suit dans sa déchéance, lui, ou les autres, les filles n’ayant pas honte de se prostituer ou de sucer contre une dose. Du liquide contre de la poudre…

On a beau ne pas les aimer, savoir qu’ils sont là de par leur volonté – ou par leur manque de volonté – on a mal pour eux, mal de les voir s’enfoncer de plus en plus profondément, sans espoir de retour, dans les sables mouvants que sont les drogues.

« Mon his­toire n’est qu’une suite d’exemples de mon in­com­pa­rable connerie » nous avouera même Franck. C’est vous dire que même lui, drogué jusqu’à la moelle, a encore de la lucidité de temps en temps. Mais il aime trop les sensations que les drogues lui procurent.

« Comment dire à quelqu’un de ne pas faire une chose sous prétexte que c’est nocif et mortel, alors que de toute évidence, ça vous procure un vif plaisir ? À tel point, même, que vos journées se passent à courir après ? Cherchez pas. C’est impossible ».

Mélangeant habilement les moments de 1999 et ceux des années 80, c’est dans un voyage fantastique que vous emmènera la plume de l’auteur, jonglant avec les époques, avec les personnages tous plus défoncés les uns que les autres, déambulant tous dans les tréfonds de la société, ayant perdu jusqu’à la moindre parcelle de pudeur ou de raison.

« Elle [la came] nous a obligé à faire des horreurs pour pouvoir profiter d’elle et en tirer du plaisir. Elle a fait de nous des parias. Des malades asociaux et violents. Elle a fait de Carole une pute. Sa putain exclusive ».

Le ton du texte est juste aussi… Franck a beau être camé jusqu’au sourcils, il reste logique dans ses pensées. Il ne se trouve pas d’excuses, mais il sait le prix qu’il devra payer pour ce qu’il a fait circuler dans son corps.

Quant au final, s’il ne vous arrache pas une larme, je n’y comprends rien. Là, j’ai eu mal. Une douleur sans nom quand j’ai compris en même temps que Franck que…

Un texte fort qui se dévore d’une traite – comme d’autre snifferont d’une traite leurs rails de coke – ne vous laissant pour séquelles que le souvenir de toutes ces ombres que vous aurez croisé dans ses pages. Ombres, qui, comme la Blanche, vous laisseront un grand vide lorsque vous refermerez ce livre et vous hanteront comme la fugueuse de « L’herbe bleue » me hante encore.

« La faux soyeuse » porte bien son nom. Le jeu de mot est habile, subtil, magnifique et aura le mérite de mettre en garde les imbéciles crâneurs contre cette fossoyeuse !

« La came se sert de notre bouche pour fumer des clopes à la chaîne et dire des conneries […]. Elle se sert de notre corps pour en faire une épave et prendre son plaisir. Elle utilise notre esprit d’où, installée confortablement, elle dirige tout et pourrit notre existence. De l’extérieur, c’est à ce point flagrant. Mais nous, on ne s’en rend pas compte. On croit au contraire que l’on maîtrise. C’est affligeant.« 

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « La coupe du monde des livres » chez Plume de Cajou (mon second gardien de but) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence ».

BIBLIO - Pedigree PAL

Petit dico du toxico :
Came  (n. f.) : Drogue, cocaïne, héroïne ; consommer de la drogue, se droguer. Abrév. de camelote = marchandise (GR) / Ancien argot (Arnal) • synonyme : drogue • morph : apocope  • usage : drogue • famille : cam- (camelote)

Dope (n.f.) : (familier) drogue agissant sur le système nerveux et dont l’abus conduit à la toxicomanie.

Chrome : Faire crédit

Carotter : Voler, se faire avoir

Bicrave : Vendre, dealer (origine gitane)

Brown-sugar & brown sugar ; brown (n. m.) : Héroïne en grains, mélangée à de la caféine

Coke : Drogue, cocaïne

Rail rail de coke ; rail d’héroïne ; se faire un rail : Ligne de drogue en poudre préparée pour aspiration nasale ; se préparer une prise de cocaïne (ou parfois héroïne) (disposer la poudre en ligne)

Blanche : Drogue en poudre blanche (avec parfois idée de pureté) : cocaïne, héroïne