Coup de vent : Mark Haskell Smith

Titre : Coup de vent

Auteur : Mark Haskell Smith
Édition : Gallmeister Americana (05/09/2019)
Édition Originale : Blown (2018)
Traduction : Julien Guérif

Résumé :
À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention.

Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes.

Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs.

C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul.

Critique :
Oublions pour un moment la rentrée littéraire de septembre 2020 et repartons en arrière pour revenir sur celle de septembre 2019.

Voilà une petite pépite bourrée d’humour cynique et grinçant que je n’avais pas encore eu le temps de lire et il aurait été dommage de passer à côté tant elle est bien calibrée.

Qui n’a jamais rêvé de partir au loin avec des millions après avoir arnaqué la banque ? Tentant…

Lorsqu’un trader vole des clients riches à millions, sans que cela se voit, sans avoir les yeux plus gros que le ventre et quand il monte une super combine pour ne pas être retrouvé, là, c’est le moment suprême ! On se lève et on applaudit, pour peu, on ferait un croche-pied à ceux qui tenteraient de le poursuivre.

Hélas, les traders ne peuvent pas voler les clients richissimes d’une banque ! Seule la banque peut les niquer, c’est sa prérogative, mais ne vous montrez pas plus filou qu’elle.

La construction est à rebours : nous commençons pas la scène sur un voilier en perdition, avec un homme qui brûle une partie de l’argent pour attirer l’attention d’un autre bateau. Que fait-il là ? Comment est-il arrivé là ? On le saura ensuite en commençant pas le début.

Roman cynique, grinçant, ironique, original de par sa construction et ses personnages (Bryan LeBlanc notre trader sympa, sa collègue Seo-yun Kim qui se fout de son mariage, le détective Neal et Piet, un nain Noir pourvu d’une grande queue), « Coup de vent » se dévore avec un grand sourire tant on frôle l’absurde et le burlesque à certains moments sans que jamais ça ne foire dans le scénario.

Roman noir, roman policier, roman choral aussi, il ne laisse pas indifférent car on se demande le détective Neal arrivera à retrouver Bryan qui a si bien camouflé son coup, brouillé ses pistes, pris ses précautions… Enfin, on l’espère car vous savez ce qui foire le premier dans un plan de bataille ? Le plan de bataille lui-même !

Sous couvert de cynisme grinçant et d’humour burlesque, l’auteur tacle Wall Street, ses bulles spéculatives, l’argent Roi, les riches qui veulent devenir encore plus riches, les achats d’action qui ne se font plus que pour spéculer, gagner du fric rapidement, avant de les revendre aussi vite.

Le genre de jeu auquel se livrent les super riches et qui laissent sur le carreau les petits, ceux qui ne connaissent pas tout à fait les règles du jeu, ceux qui veulent des placements bon père de famille et qui, quand la bulle éclate, se retrouvent dehors, sans maison, sans argent, tandis que les gros continuent de s’engraisser.

Un roman de bandits et de policiers mais où l’auteur a pris le contre-pied de ce que nous avons l’habitude de lire, qui nous revisite la recette éculée et nous sort un plat goûteux, épicé, sensuel, sexuel, grinçant, politiquement incorrect et aux dialogues drôles, parfois assez crus.

Fallait pas en faire plus pour régaler la lectrice que je suis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°67] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Six-coups – Tome 1 – Le crash de monsieur Crunch : Jérôme Jouvray et Anne-Claire Thibault-Jouvray

Titre : Six-coups – Tome 1 – Le crash de monsieur Crunch

Scénariste : Jérôme Jouvray et Anne-Claire Thibault-Jouvray
Dessinateur : Jérôme Jouvray

Édition : Dupuis (2019)

Résumé :
Que feriez-vous si vous aviez dix ans et que vous veniez d’avoir un revolver pour votre anniversaire alors que vous n’aimez pas les armes ?

C’est tout le problème d’Eliot, fils du shérif de la ville, qui n’arrive pas à faire comprendre à son père qu’il n’est pas un as de la gâchette.

En même temps, force est de reconnaître que même lorsqu’il tire n’importe où, il atteint toujours sa cible ! Ce n’est d’ailleurs pas son seul problème.

Un autre, et non des moindres, s’appelle Bianca. Camarade de classe – si elle se donnait la peine de venir suivre les cours -, elle aime tout ce qu’Eliot déteste : l’aventure, les revolvers, la bagarre, enquêter, suivre des bandits…

Elle a d’ailleurs un talent rare pour entraîner Eliot dans des situations dangereuses.

Critique :
C’est dans l’hebdo Spirou que j’avais découvert cette série western comique, moins caustique que la série « Lincoln » du même auteur.

C’est une série jeunesse, autrement dit, peu de sang, pas de morts violentes mais de l’humour, du burlesque, de l’absurde et de la fraîcheur grâce à ses personnages.

Nous sommes dans une ville où toutes les mémés sont armées car toutes copines avec le shérif, ce qui ennuie les deux bandits qui tentent vaille que vaille de braquer l’épicerie ou de voler des gens sur le quai, grâce à un magicien qui préfère faire disparaître l’alcool dans son gosier.

On a beau être dans une bédé jeunesse, les auteurs n’ont pas oublié de faire passer des messages sur les armes à feu, sur le progrès qui va trop vite et d’ajouter à Eliot, le fils du shérif qui n’aime pas les armes à feu celui de Bianca, une gamine issue d’un milieu pauvre et son paternel a la main lourde dès qu’il est saoul.

— La photographie est un processus lent et minutieux ! Aujourd’hui, tout le monde est pressé, on ne prend plus le temps de bien faire les choses, c’est une calamité ! Déjà que le télégraphe est en train de remplacer nos belles lettres écrites à la plume, mais vous avez entendu parler du téléphone ? Une soi-disant formidable invention ! Mais qui sait dans quoi nous sommes en train de nous fourvoyer au nom de votre progrès ?

Les dessins sont tous en rondeur, les tons jaunes chaleureux et cette bédé se lit toute seule, le sourire aux lèvres car le burlesque est de sortie et il va bien à l’univers créé par les auteurs.

Un univers de western humoristique où les enfants sont les héros et où les adultes ne les écoutent jamais.

Une bédé western jeunesse plaisante et agréable à lire, sans se prendre la tête. Cela m’a fait plaisir de replonger dedans et de la relire d’une seule traite et non pas étalée sur plusieurs semaines.

PS : je suis fan du petit cochon nommé Lardon qui suit Bianca comme un chien…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°31] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°27].

Dortmunder – 02 – Comment voler une banque : Donald Westlake

Titre : Dortmunder – 02 – Comment voler une banque

Auteur : Donald Westlake
Édition : Rivages Noir (2011)
Édition Originale : Bank shot (1972)
Traduction : Maud Sinet

Résumé :
Et dire que John Dortmunder en est réduit à faire du porte à porte pour vendre des encyclopédies (ou plus exactement faire semblant de les vendre) ! Du gagne-petit pour un cambrioleur habitué aux gros coups.

Heureusement, Victor, ancien agent du FBI et neveu d’Andy Kelp a eu une idée géniale : un vol de banque. Attention, pas un braquage avec des menaces, des cris, des coups de feu et toutes ces choses désagréables.

Non, l’idée c’est vraiment d’embarquer la banque puisqu’elle est là, provisoirement installée dans un mobile home en attendant la réfection du bâtiment qui l’abrite en temps normal. Un mobile home, comme son nom l’indique, est fait pour être déplacé.

Avec un camion et un bon chauffeur, Stan Murch par exemple, l’affaire devrait marcher… comme sur des roulettes.

Une des plus mythiques aventures de Dortmunder et de sa bande rééditée dans une traduction révisée et complétée.

Critique :
Ceci est la nouvelle édition avec nouvelle traduction conforme de ce que la Série Noire avait publiée sous le titre « Le paquet ». Avouez que le nouveau titre est plus intriguant que l’ancien !

On pourrait croire, de prime abord, que nos vieux amis de la bande de John Dortmunder vont nous expliquer comment cambrioler une banque de nuit ou comment la braquer, de jour…

Il n’est en rien ! Ici, on va bel et bien se carapater avec l’intégralité de la banque ! Oui les amis, on prend tout…

Avant, il y avait une banque, après le passage de Dortmunder et de ses gars, il n’y a plus rien !

Le personnage de Dortmunder, pour ceux et celles qui ne le connaissent pas, est celui d’un braqueur, d’un cambrioleur à qui il arrive des tas de bricoles qui font toujours mal tourner ses coups. Heureusement qu’il ne manque pas d’idées pour essayer d’arranger ce qui part en couilles…

Lui et sa bande ont toujours des idées originales pour leurs braquages mais font souvent preuve de malchance, comme ce sera le cas ici et avant le final, on n’est jamais sûr si nos lascars pourront profiter des fruits de leur labeur… de leur audacieux vol.

Lire Dortmunder, c’est être assuré de passer un bon moment avec une équipe de voleurs qui ont tout de bras cassés mais qui ont une imagination débordante et un sens de l’improvisation au top.

Porté par des personnages qui sont sympathiques, amusants, bourrés d’humour et de réparties en tout genre, voilà un roman qui met de bonne humeur dès les premières lignes, même si on a de l’empathie pour ce pauvre John Dortmunder qui est obligé de vendre des encyclopédies pour survivre…

Bon, il arnaque les gens qui ne recevront jamais rien, mais malgré tout, il est tombé bien bas, notre voleur de haut-vol qui jamais ne fait couler le sang.

Le récit de Westlake est réalisé au millimètre, on ne perd pas de temps en discussions inutiles car même quand ses personnages ont l’air de parler de la pluie et du beau temps, c’est toujours intéressant et ne fait qu’augmenter notre empathie pour ces escrocs flamboyant dans leur malchance.

Lire un récit de John Dortmunder, c’est l’assurance de passer un bon moment de détente, d’assister à des plans de fous pour partir avec une banque en entier, de voir les flics tourner en rond et nos amis aller de malchance en malchance tout en se demandant comment ils vont s’en tirer, cette fois-ci. Là, c’est toujours une surprise.

PS : Si vous préférez les voleurs plus violents et moins malchanceux, alors il faut vous diriger vers Parker, l’autre brigand de Westlake, qu’il publia sous le pseudo de Richard Stark.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°30].

 

 

Liquidations à la grecque [Trilogie de la crise 1] : Pétros Márkaris

Titre : Liquidations à la grecque [Trilogie de la crise 1]

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (03/10/2013)
Édition Originale : Ληξιπρόθεσμα Δάνεια – Līxipróthesma dáneia (2010)
Traducteur : Michel Volkovitch

Résumé :
À Athènes, plusieurs membres de l’élite financière sont décapités. L’assassin couvre la ville de tracts exhortant les Grecs à ne pas payer leur dette aux banques.

Le pays s’enfonce dans la crise: les salaires fondent, les commerçants ruinés se défenestrent…

Le commissaire Charitos doit au plus vite confondre ce « Robin des banques » que la population exaspérée commence à prendre en sympathie.

« Nous sommes au bord de la folie. »

Critique :
Un ancien banquier très habile mais retraité, un certain Gigilamoroso, vient de se faire décapiter à l’épée, tel Anne Boleyn.

Pardon, c’est pas le bon nom… Comment tu dis ? Zizimenculos ? Non plus… Ces noms grecs, je ne m’y ferai jamais, moi…

Ah, voilà ! Zissimopoulos, Nikitas de son prénom. Et le premier qui me chante ♫ Nikitas Jolie fleur de Java ♪ s’en prendra une dans la figure ! Par contre, je n’ai rien contre Sir Elton John…

♫ Oh Nikita You will never know anything about my home ♪

Si je chante, c’est parce que j’ai le coeur léger ! Imaginez que dans ce polar grec, on décapite des banquiers… Pour une fois que les victimes ne me sont pas sympathiques mais le criminel oui… Des envies folles de l’embrasser, cet assassin même si ce n’est politiquement pas correct et que de toute façon, le mal est déjà fait, la crise est là.

Première incursion dans le petit monde de la police athénienne menée par le commissaire Kostas Charitos et pour une première, c’est plus que réussi.

Non seulement j’apprécie le commissaire (qui n’est pas un alcoolique bourré de blessures secrètes) mais aussi sa petite famille, dont son épouse Adriani, qui, malgré le fait qu’elle n’intervienne pas souvent, laisse un souvenir impérissable à la lectrice que je suis.

Si les membres de son équipe ont des noms assez difficiles à retenir pour la belge que je suis, leurs portraits sont esquissés en peu de mots, mais comme il y a des romans qui précèdent celui-ci, je suppose qu’ils sont plus détaillés dans ceux-là. Malgré tout, ils m’ont fait bonne impression, les inspecteurs Dermitestivale et… Pardon… Dermitzakis et Vlassopoulos (seuls les cavaliers comprendront mon jeu de mot).

Autre personnage dans cette enquête sur les banquiers qui perdent la tête, c’est la Grèce, ses embouteillages, sa chaleur, ses manifestations, sa grogne, ses emprunts et, personnage tout aussi important qui gravite dans ces pages, c’est cette bonne vieille crise financière de 2008 ! Oui, celle-là même qui a mis les banques à genoux (pas longtemps) et a vidé les poches de certains.

Intégrant à son enquête des explications sur certaines opérations banquières, l’auteur n’en fait pas trop et jamais cela ne devient indigeste, tout comme les revendications des grecs, leurs ras-le-bol, leurs râleries, le tout est incorporé au récit de manière naturelle et le lecteur se rend compte alors de ce que certains ont enduré puisque nous nous trouvons de l’autre côté du miroir.

Véritable coup de projecteur, la crise est mise en lumière par un grec, sans pour autant exonérer son pays et ses compatriotes de leurs fautes. Avec un certain cynisme et un cynisme certains, il n’a pas peur de mettre des nez dans leur caca.

Pour cette enquête, un personnage comme le commissaire Kostas Charitos était celui qui nous fallait : comme nous, il n’y connait pas grand-chose à cette crise financière et aux noms barbares de certains produits, tout comme les autres, il tire le diable par la queue, peste sur les supérieurs et leurs conneries, en a marre des magouilles politiciennes et voudrait faire son job de la meilleure manière qui soit.

— Écoute Kostas, il y a dans le pays deux sortes de fouteurs de merde : ceux qui cassent et ceux qui gouvernent. Toi le flic, avec lequel es-tu ?
— Avec ceux qui gouvernent dis-je à contrecœur.

Un roman noir éclairant la lanterne sur la crise financière, une enquête captivante, des assassinés peu sympathiques et une foultitude de personnages désabusés, bougons, fâchés, râleurs et qui paient les conneries de leurs gouvernements et les leurs aussi.

Un roman noir que j’ai eu du mal à lâcher et maintenant, je compte bien retrouver un autre jour le commissaire Kostas pour la suite de ses aventures, et le prologue aussi.

Un roman noir qui permet aussi à un Grec de dire par écrit ce que bien de ses concitoyens ont dit à voix haute ou à voix basse. Mais on n’écoute pas toujours les petites gens alors que ce sont eux les plus pénalisés.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

La Jeunesse de Blueberry – Tome 16 – 100 dollars pour mourir : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La Jeunesse de Blueberry – Tome 16 – 100 dollars pour mourir

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2007)

Résumé :
Suite au décès prématuré d’un prisonnier confédéré appartenant à un petit groupe d’indiens cherokee, le jeune lieutenant Blueberry se retrouve bien malgré lui sur la piste d’un étrange envoyé de la banque Rothschild qui a mystérieusement disparu.

Alors qu’à Washington d’étranges accords se nouent sous la férule d’Alan Pinkerton, il se lance dans une folle aventure au péril de sa vie.

Premier tome d’un nouveau diptyque signé de main de maître par François Corteggiani et Michel Blanc-Dumont.

Critique :
L’album commence fort avec le massacre d’une patrouille de Nordistes par des Sudistes, embusqués derrière un talus et ça dégomme sec !

Comme toujours, le nerf de la guerre est l’argent et dans ce tome-ci, nous n’avons pas moins qu’un train rempli d’or qui est essentiel à l’effort de guerre, qu’il soit Nordiste ou Sudiste…

Vous n’êtes pas sans savoir que des banques américaines, lors de la Seconde Guerre Mondiale, mangeaient à tous les râteliers et finançaient aussi bien les américains que les allemands, histoire de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, sans doute…

Et dans ce train qui n’est pas le postal Glasgow-Londres, il y a de l’argent en provenance de la banque pour laquelle l’employeur du tabasseur a bossé : Rotschild !

— Car vous n’êtes pas sans savoir que c’est notre banque de Londres qui finance l’effort de guerre nordiste.
— En effet, Monsieur Lewis, en effet, comme je n’ignore point également… que par le plus grand des miracles… pff… c’est votre banque de Paris… qui dans cette guerre… finance les troupes du général Lee…

Et le type disparu est le seul à connaître la combinaison gagnante qui ouvre la boite au trésor…. Chargé de mission ? Blueberry, bien entendu ! Accompagné du sergent Grayson et ils ne seront pas trop de deux pour venir à bout de toutes les chausses-trappes tendues sur leurs parcours.

Véritable petite enquête afin de savoir qui a enlevé l’envoyé de la banque Rotschild, sans oublier le train bourré d’or coincé quelque part, un Allan Pinkerton flirtant avec on ne sait trop quelle ligne et des Indiens en colère pour toutes les saloperies, génocides et autres spoliations de terre dont ils furent victimes par l’Homme Blanc.

Un tome qui pulse, des dessins agréables à regarder, une histoire comme ne l’aurait pas renié le Blueberry adulte sous la plume de ses premiers pères (Giraud et Charlier) car c’est relevé, épicé, sans temps morts et notre jeune bourru mal rasé brille toujours par son inventivité et sa bravoure, sans parler de sa répartie et de sa manière bien à lui de se prendre des coups sur la tête.

Mon seul regret est de ne pas avoir encore mis la main sur la suite et que l’album est parfois un peu obscur, nébuleux et qu’il m’ait fallu plusieurs retours en arrière pour être bien sûre que je n’avais rien raté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Les Rues de Barcelone [Inspecteur Méndez 2] : Francisco González Ledesma

Titre : Les Rues de Barcelone [Inspecteur Méndez 2]

Auteur : Francisco González Ledesma
Édition : Folio Policier (14/02/2013)
Édition Originale : Las calles de nuestros padres (1984)
Traducteur :

Résumé :
S’appeler Amores et avoir si peu de chance en amour, c’est tout de même un comble. Amores est un journaliste plus ou moins raté qui a rencontré une charmante jeune fille dans un bar et l’a suivie dans un hôtel de passe, où l’attendaient deux surprises de taille : premièrement sa conquête est un travesti, deuxièmement sous son lit est caché le cadavre de Maria Teresa, secrétaire de direction dans une banque, baignant dans son sang.

L’avocat de cette banque connaît bien une jeune fille Lauri qui meurt à son tour.

Trois hommes vont mener l’enquête, le journaliste, l’avocat et le vieil inspecteur Mendez.

Mais la véritable héroïne du roman, c’est Barcelone dont on visite tous les bas-fonds sous la conduite de celui qui la connaît le mieux et en incarne l’esprit, l’inspecteur Mendez, malpropre, vulgaire, sarcastique mais plein d’humanité et toujours prêt à défendre les humbles.

Critique :
Non mais allo quoi ? Serais-je sous le coup d’une malédiction littéraire depuis le début de l’année 2018 ?

Parce que là, c’est plus possible… Autant de lectures foireuses, c’est louche ! Surtout que je n’ai pas choisi des auteurs merdiques mais des auteurs policiers et de romans noirs connus et reconnus !

Et je l’ai quand même eu dans le cul (la rime était trop tentante).

Nouvelle déception avec ce roman de Francisco González Ledesma qui avait pourtant eu les honneurs d’un hors-série polar (Marianne mars 2015 ou celui de 2016).

Où je suis maudite, ou je suis dans une mauvaise passe, ou je n’ai pas adhéré au style de l’auteur qui digresse beaucoup dans son récit afin de nous parler de la ville de Barcelone.

Non pas que je n’avais pas envie d’en apprendre plus, mais le style de l’auteur n’est pas passé chez moi. L’art et la manière de faire qu’il utilise pour nous parler de sa ville m’ont donné envie soit de m’endormir, soit de lancer le livre en travers de la pièce.

Bref, c’était la Grouika !

Quoi t’esse ?

C’est George W. Bush qui visite un village en Afrique, et il fait tout un discours.
— Mes amis les africains !.
Alors tous les africains crient en coeur « La Grouika ! La Grouika ! ».
— Mes amis africains, je suis content d’être parmi vous ! continue-t-il en voyant tout le monde lever les bras en l’air.
— La Grouika ! La Grouika !
— Et vous verrez, bientôt à la place de toutes vos petites hutes à la con, vont bientôt pousser de très belles maisons !
— La Grouika ! La Grouika !
— On va prendre vos richesses dans vos sous-sols, mais on va aussi vous construire des écoles !
— La Grouika ! La Grouika ! crie le peuple en délire.
Bon, il fait tout un discours de la même trempe et après, alors qu’il descend les marches, il discute avec un des officiels de là-bas, un Ministre.
— Ils ont aimé mon discours ! fait Bush, tout heureux, se gargarisant de la chose et pensant à tous les bénéfices qu’il va réaliser avec ce petit pays.
— Absolument, monsieur le président ! acquiesce le Ministre.
Puis, tout à coup, le Ministre attrape la manche de Bush et le retire en arrière.
— Attention Monsieur Bush, vous avez failli marcher dans de la Grouika !

Bon, sur ce, je m’en vais chercher un autre roman qui, je l’espère, me passionnera un petit peu plus et ne finira pas abandonné sur le coin d’un meuble (avant de finir sous le meuble si celui-ci devenait bancal).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018).

 

Lonesome – Tome 1 – La piste du prêcheur : Yves Swolfs

Titre : Lonesome – Tome 1 – La piste du prêcheur

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Le Lombard (Janvier 2018)

Résumé :
Janvier 1861, quelque part au Kansas. Un cavalier, malgré le froid et la neige, s’approche d’une batisse où il sait qu’il pourra avoir à manger et se réchauffer.

Trois hommes l’ont vu arriver, ils prennent position pour mieux le surprendre.

Mais il les abat sans sourciller, il réussit néanmoins à soutirer au dernier, avant son dernier souffle, la direction qu’a prise le Précheur qui s’est rendu à Holton.

Critique :
UN NOUVEAU DURANGO !! me suis-je écriée en voyant la couverture sur une tête de gondole d’une grande enseigne.

Il devrait se couper les cheveux, il serait plus beau, mon Durango, me suis-je dis en plus, in petto.

Puis bardaf, l’embardée en lisant le titre : putain, c’est pas un Durango ! Pourtant, il lui ressemble comme deux gouttes d’eau.

Mince alors, un Canada Dry : ça a la couleur et le style de Durango, mais ce n’en est pas un. Et comme j’ai un gros faible pour les histoires et les dessins de Swolfs, ni une, ni deux, je le fourre sous mon bras. Le grand blond de Lonesome, pas l’auteur !

Verdict ? On sent que c’est du Swolfs, c’est son trait, ce sont ses paysages sous la neige (somptueux, rien à redire), ce sont ses têtes à lui et on reconnaît certains traits caractéristiques du dessinateur car des personnages ont des traits de familles avec ceux des autres séries.

Niveau scénario, on pourrait croire au départ que l’on ne s’écarte pas de l’habituel : un cavalier seul, taciturne, poursuit des salopards de tueurs sanguinaires dans la poudreuse, il sait se servir de ses armes, fait des cartons à faire pâlir de jalousie Lucky Luke (sauf que Luke ne tue pas les gens) et on apprend ensuite que les salopards de tueurs sont à la solde d’un riche homme de la ville voisine.

Oui mais, y’a pas que ça ! Ici, on atteint une profondeur dans la recherche scénaristique en ce sens que l’on va plus loin que les mercenaires à la solde du maire ou gros éleveur richissime du coin.

Plus haut, je dirais même, puisque les ramifications sont autrement plus malsaines et ne se limitent pas à la ville ou à la région.

Nous sommes à quelques années de la Guerre de Sécession, au moment où le Kansas et le Missouri sont mis à feu et à sang par des bandes de fanatiques qui sont soit pour l’abolitionnisme, soit pour l’esclavagisme (les Jayhawkers et les Border Ruffians) mais tous les deux pour le pillage et le boxon.

— Pour Marcus, le prêcheur est un dangereux illuminé appartenant à une ligue qui n’a rien de religieux, dont le but est d’attiser par tous les moyens la haine entre les populations du Kansas et du Missouri afin de provoquer des incidents assez sérieux pour déclencher une guerre ouverte sur la frontière.

Si vis pacem, para bellum… Si tu veux la paix, prépare la guerre, mais dans notre cas, on devrait plutôt dire « Si tu veux la guerre, prépare le bordel et les exactions et fait en sorte que l’on accuse le voisin ».

Parce que si la guerre ne nous rapporte rien, à nous, petites gens, elle rempli les poches des marchands d’armes, des banquiers et autres hyènes qui se repaissent sur les cadavres.

— Mon père nous racontait souvent sa guerre contre les mexicains, au Texas… Il en était revenu avec une jambe en moins et un goût immodéré pour la gnôle, monsieur Harper. Depuis, je me suis juré de ne jamais porter un uniforme ou de me retrouver sur un champ de bataille, à descendre des types que je ne connais pas, ou pire, à me faire couper en deux par un boulet envoyé par d’autres avec qui je n’aurais jamais aucun compte à régler… Tout ça au nom des intérêts d’une poignée de pontes trop bien nourris qui décident d’envoyer à la boucherie des gamins pas encore sortis des jupes de leur mère.

Alors si je me désole de ne plus avoir de nouveau Durango, si je me désole que Légende soit au point mort après un départ tonitruant, je me réjouis de cette nouvelle série western, qui, malgré le fait qu’elle mette de nouveau en avant un grand blond aux yeux bleus et aux pétoires qui visent juste, a tout d’un récit profond et qui explore une autre face sombre des États-Unis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

 

Nains – Tome 7 – Derdhr du Talion : Nicolas Jarry & Stéphane Créty

Titre : Nains – Tome 7 – Derdhr du Talion

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Stéphane Créty

Édition : Soleil (19/04/2017)

Résumé :
Quinze années se sont écoulées depuis l’incendie qui a ravagé Fort Druz. L’ordre du Talion n’a pas été détruit. Le pouvoir a seulement changé de mains, passant de celles des archivistes à celles des seigneurs de la banque de Pierre.

Pourchassé par les maîtres assassins de la loge Noire, Ordo a renoncé à sa vengeance… Jusqu’au jour où la belle et mystérieuse Derdhr, l’un des plus puissants seigneurs de la banque de Pierre, vient le trouver pour lui proposer de terminer ce qu’il a commencé…

Critique :
Game of thrones chez Goldman Sachs…

Imaginez un monde régit par une seule banque, une banque qui aurait la puissance de toutes les grandes banques de notre monde à nous.

Vous êtes une femme ambitieuse, vous faites déjà partie d’un ordre puissant, mais vous voudriez encore plus : siéger sur un des sièges de la Banque de Pierre.

Calife à la place du calife !

Game of Thrones a sa Banque de Fer, les Nains ont la Banque de Pierre et elle est associée au très puissant Ordre du Talion.

Depuis l’incendie de la forteresse de Fort Draz par Ordo a bouleversé l’ordre des choses et les espions ne sont plus au pouvoir, c’est au tour des banquiers d’avoir leur moment de pouvoir et en plus, ils ont l’argent. Bref, ces banquiers dirigent le monde des Hums (humains) et des Nains. *rires sardoniques des banquiers*

Cet album se déroule 15 ans après le final de Ordo du Talion et nous le retrouvons un peu vieilli, sur la construction d’un barrage, lorsqu’il se fait engager par Derdhr, une jolie bavette (naine) qui n’est rien de moins que la 2ème fortune du monde !

Si chez les Nains qui peuvent vivre 200 ans, 15 ans, c’est une paille, quand on doit sans cesse se cacher des assassins de la Loge Noire et vivre sous de fausses identités, on prend un coup de vieux. C’est le cas de mon cher Ordo.

Mon maître assassin préféré a toujours une dent contre son père, qui lui, n’est ni plus ni moins la première fortune du monde Nain !

Alors, quand la numéro deux veut la place du number one, vous comprenez que ça va intriguer à tous les étages et que tous les coups bas sont permis, sans que l’on sache de prime abord qui manipule qui, qui joue avec les couilles de qui, qui va trahir qui et qui va gagner ce combat rempli de manigances et de manipulations en tout genre…

Qui a dit « Ce sont les banquiers qui gagnent toujours » ? En effet, Don Salustre disait que les pauvres, c’étaient fait pour être très pauvre et les riches, c’étaient fait pour être très riches.

Ce tome fait une fois de plus la part belle à des somptueux dessins dans des tons sombres, foisonnants de détails, de petites choses à admirer une fois le phylactère lu.

Niveau scénario, c’est une leçon d’Histoire du monde que le scénariste nous livre là, transposant les affaires des Hommes dans le monde des Nains. Ici, les banquiers sont courts sur patte et plus teigneux que les nôtres, mais ils veulent toujours la même chose : le pouvoir et l’argent.

Et comme le disait si bien Littlefingers (Petyr Baelish) : Knowledge is power (le savoir, c’est le pouvoir). Ce qui fera dire à Cercei que « Power is power » (le pouvoir c’est le pouvoir), autrement dit, moi j’ai un flingue chargé, et toi, tu creuses ! 

Un album aux couleurs bleues sombres, un album où l’on ne doit faire confiance à personne, et où celui qui tranche une tête, pourrait très bien avoir la sienne qui tombe aussi dans les secondes qui suivent, parce que « Quand on joue aux jeux des trônes, soit on gagne, soit on perd », mais ici, on peut gagner et perdre de suite.

Ce fut un réel plaisir de retrouver Ordo après ses dernières aventures et je me demande bien ce que la suite va nous offrir avec Derdhr la manipulatrice.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Carajuru : Sébastien Vidal

Titre : Carajuru

Auteur : Sébastien Vidal
Édition : Lucien Souny (03/11/2017)

Résumé :
Lors d’une patrouille nocturne, les gendarmes Walt Brewski et David Arpontet découvrent le corps d’un homme, sans vie, une balle en pleine tête. Il s’avère que la victime est un ancien militaire devenu récemment une célébrité en faisant échec d’une manière héroïque à un braquage dans une banque.

Les premières constatations portent à penser qu’il s’agit d’un suicide, mais certains détails sèment le doute. Pour découvrir la vérité, Brewski et son équipe se plongent dans le passé de l’individu.

Ils en exhumeront de sales histoires et de pénibles secrets. Alors que de nouveaux personnages troubles apparaissent, les pires tourments de Walt ressurgissent et corrodent son moral. Quand les âmes damnées s’unissent et que les victimes se révoltent, l’atmosphère devient explosive et… mortelle.

Critique :
Non, « Carajuru » n’est pas le nouveau juron de Prunelle. Non, il n’a pas remplacé son terrible « Rogntudju » par un autre. Carajuru, c’est juste le titre de ce roman policier.

Et si vous voulez savoir ce que ça veut dire, soit vous achetez le roman et vous le lisez, soit vous demandez à Google, cet ami qui ne vous veut pas que du bien.

Bal tragique à Artiges (petit bled paumé) : un mort. Une balle au milieu du front. Suicide or not suicide ?

C’est ce que vont devoir résoudre l’équipe de gendarmes de l’adjudant, non pas Ludovic Cruchot, mais Walter Brewski.

Alors pour commencer, je vais vous dire ce qui m’a plu dans ce policier : les allusions à la chose de mai 2005. Pas mai 69 ! Mai 2005… Et l’auteur nous donnera la version de tous les protagonistes : les deux gendarmes, le clodo, la femme aux gros nibards, le libraire et les deux… [No spolier]

J’ai apprécié aussi entrer dans le monde différent des gendarmes, ces militaires qui n’en sont pas vraiment. Ça me change des flics traditionnels. La brève incursion dans la Grande Muette m’a fait plaisir aussi. Même si elle est assez brève.

Walt Brewski est un gendarme qui m’a plu, il se fout de sa carrière, ne lèche pas les bottes des supérieurs, s’investit dans son job, n’est pas un crétin fini, déteste les arrivistes et les carriéristes, ça tombe bien, moi aussi !

Ce ne sera jamais mon flic préféré, mais je ne dirais pas non à boire un kawa en sa compagnie, ou à lire sa première enquête qui porte aussi un titre bizarre ressemblant à un cri d’Indien en train de charger la cavalerie de Custer.

Là où j’ai souri de toutes mes dents, c’est lorsque nos gendarmes boivent un café avec un vieux paysan et que celui-ci leur parle du piège que l’Europe a tendu aux agriculteurs. Moment de suprême plaisir car cet homme a résumé tout le bordel en peu de mots.

— Ben, que l’Europe nous a tendu un piège et qu’on est tombé dedans. On nous a expliqué qu’il fallait produire plus pour mieux gagner notre vie. Mais pour ça il fallait passer à la vitesse supérieure : plus de terres, de la grande mécanisation, le grand jeu, quoi ! Alors, on s’est endetté pour payer le matériel nécessaire pour travailler ces surfaces immenses, mais les prix n’ont pas suivi, évidemment. Alors, maintenant, les banques tiennent les paysans par les couilles. C’est une disparition programmée de longue date, pour qu’on laisse la place à une agriculture industrielle de grande échelle, qui produira de la merde.

Bon, passons à ce qui m’a dérangé, ou du moins, ce dont on aurait pu se passer, ou ce qui aurait pu être moins présent dans le récit…

Tout d’abord, les nombreux rêves sexuels de Walt… Ok, il aime le sexe, y’a pas de honte à avoir, sa gonzesse est roulée comme une bimbo, elle aime ça aussi, ils baisent partout et plusieurs fois.

Je ne suis pas fleur bleue, ni prude, mais à un moment donné, toutes ces parties de jambes en l’air ou ces pensées grivoises qui le font bander, ça commençait à faire lourd dans les 313 pages du livre.

Puis ce qui m’a dérangé, ce sont les grandes envolées lyriques à certains moments. Je n’ai rien contre, mais ça surgissait de manière inattendue, et ça ne servait pas l’histoire, mais ceci n’est que mon petit avis.

Au final, j’ai tout de même avalé ce roman en deux jours. Une première partie le 1er janvier, après la réception, et le reste le lendemain, d’une seule traite, quasi.

Ce ne sera pas le policier de l’année 2018, l’intrigue est assez classique, tout en sortant des sentiers battus parce que le final m’a troué le cul.

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°16 – Hêtres rouges – Arbre sur la couverture).

Frank Sinatra dans un mixeur : Matthew McBride

Titre : Frank Sinatra dans un mixeur

Auteur : Matthew McBride
Édition : Gallmeister (04/05/2015)

Résumé :
Il faut une certaine dose de courage pour braquer une banque au volant d’une camionnette de boulangerie. Ou une certaine dose de bêtise. En tout cas, ça ne passe pas inaperçu. Et quand il s’agit de remettre la main sur le butin, flics et voyous se lancent dans la course.

Pour Nick Valentine, ex-policier devenu détective privé, c’est l’occasion rêvée de se refaire. À chaque loi qu’il transgresse, à chaque bourbon qu’il descend, à chaque cachet d’Oxycontin qu’il avale, il s’approche un peu plus du jackpot.

Ou de la noyade dans le Missouri.

Critique :
Si vous êtes à la recherche d’un roman noir couillu, déjanté, barré, politiquement incorrect, avec un détective alcoolique devenant diaboliquement efficace après quelques verres d’alcool, alors, munissez-vous de plusieurs Corona, d’une boite d’Oxycontin, de croquettes pour chiens et installez-vous dans un fauteuil confortable.

Un roman noir barré, c’est le cas de le dire !

Les personnages que l’on croise dans ses pages ne sont pas vraiment fréquentables et Nick Valentine, notre détective, a tout du détective des romans noirs car, en plus de boire comme un trou, il flirte aussi dangereusement avec la ligne rouge, qu’il franchi bien souvent.

L’alcool peut être le pire ennemi d’un homme,
Mais la bible nous dit d’aimer nos ennemis. [Frank Sinatra]

Je dirais même qu’il flirte aussi avec la ligne blanche qu’il n’hésite pas à sniffer de temps en temps, quand ce ne sont pas ses médocs qu’il transforme en poudre pour qu’ils fassent plus vite effet.

Je plaçai un OxyContin 20 milligrammes au milieu d’un billet d’un dollar que je repliai serré, et je réduisis le comprimé en poudre avec le bord rond d’un Bic. Je frottai le papier entre mes doigts pour le broyer aussi fin que possible.

On pourrait croire qu’avec pareil cocktail dans les veines, Valentine serait un piètre détective privé, mais loin de là, il a du flair et son ami le commissaire fait souvent appel à lui pour résoudre certaines de leurs enquêtes complexes, comme cet homme retrouvé pendu à une poutre dans sa cave. Poutre tellement solide que Valentine aurait pu la briser avec sa bite (c’est lui qui l’a dit).

Norman Russo avait bien choisi sa journée pour se tuer. Il faisait un temps de merde et il n’y avait rien à la télé. Je ne la regardais pas tant que ça, moi-même. J’avais mieux à faire. Boire, par exemple.

— Et il attache la corde à une planche si mince que je pourrais la casser en deux avec ma bite.

Si du côté de la loi (faut le dire vite) nous avons un détective alcoolo avec la détente facile, de l’autre côté, nous avons des malfrats qui viennent de cambrioler une banque dans une camionnette de boulangerie, mais c’étaient deux branquignoles de première classe !

Par contre, Sid (dit l’Angliche) et Johnny Sans Couille, au service de leur patron, eux, ce sont des vrais méchants qui aiment jouer au puzzle avec certaines personnes qui auraient énervé sévère leur boss, ou joué avec ses pieds.

Johnny Sans Couilles était aussi inutile qu’une paire de nichons sur un poisson. Mais M. Parker l’adorait et lui avait même inventé son surnom. Johnny Sans Couilles était une merde molle, mais en fin de compte, il était marrant. À se pisser dessus de rire. Et c’est pour ça qu’il avait survécu aussi longtemps. C’était un comique.

La plume est drôle, sans être hilarante non plus, le tout dans des bonnes proportions, ce qui nous donne un sourire un peu béat face à l’histoire que nous lisons et face à ses personnages hauts en couleur, dont le plus drôle sera le chien de Nick Valentine.

Parfois les chiens valent mieux que les gens.

Frank se mit à aboyer et à m’emmerder. Je lui demandai s’il avait besoin d’aller chier.
— Aaarp.
Je pris le téléphone sans fil de mon bureau et emmenai Frank chier ses rondins dehors.

J’ai été surprise par les dialogues, car ils se présentent de temps en temps sous forme de narration et non de dialogues dans les formes de l’art. D’habitue, je n’aime pas trop ça, mais dans ce roman, ils sont passés comme un fourgon rempli de fric sur une autoroute déserte.

Big Tony dit que nous n’avions qu’une solution, que nous devions agir vite et bien. Il dit qu’une fois cette ligne franchie, on ne pourrait plus revenir en arrière. Je dis que les seules lignes qui m’intéressaient étaient les lignes tracées à la craie autour de leurs cadavres.

Niveau humour, comme je vous le disais, on ne se pissera pas dessus de rire, mais on a tout de même un joli sourire devant les métaphores, certains dialogues ou certaines des pensées de Valentine.

Une brunette qui sentait le cacao passa et me pressa l’entrejambe en toute simplicité, comme si nous étions au supermarché et que ma bite était un avocat.

Anybref, voilà un roman noir comme je les aime, c’est déjanté, c’est couillu, politiquement incorrect, l’humour y est grinçant et notre détective n’a rien d’un super héros, il boit comme un trou, se shoote, bouffe des médocs comme d’autres du chocolat, mais il a arrêté de fumer et de boire du café, parce que ce n’est pas bon pour la santé…

Jubilatoire, je vous le disais ! En plus, ça se lit d’une traite, comme Nick Valentine fait avec les alcools en tout genre. Mais attention, quand on a une descente telle que lui, faut éviter de manger ensuite.

Je n’avais qu’une règle en matière de boisson. Ne pas manger quand je buvais. Il n’y a rien de pire que de gâcher la torpeur induite par cinquante dollars de bières avec un hamburger à cinq dollars, alors je séparais toujours les deux. Comme devrait le faire tout bon ivrogne.

Il rit encore et me dit qu’ils avaient du café formidable. Le café était encore meilleur que les pains perdus. Il me demanda ce que j’en pensais.
Je dis à Ron que je détestais ça. J’avais renoncé au café depuis un certain temps ; j’apprécierais qu’il n’en reparle plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.