Scalped – Tome 1 – Pays indien / Tome 2 – Casino boogie : Jason Aaron & R.M. Guéra

Titre : Scalped – Tome 1 – Pays indien / Tome 2 – Casino boogie

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : R.M. Guéra

Édition : Urban Comics – Vertigo Classiques (2012)

Résumé :
Il y a quinze ans, Dashiell « Dash » Bad Horse a quitté une vie misérable et abjecte dans la réserve indienne de Prairie Rose, avec l’espoir de découvrir un monde meilleur.

Aujourd’hui, il revient sur ses pas et constate que rien n’a vraiment changé – sinon l’apparition d’un casino flambant neuf et la victoire du crime organisé et de la drogue sur la fierté d’un peuple.

Au coeur de cette tourmente se tient le leader tribal Lincoln Red Crow, un ancien activiste du mouvement militant « Red Power » devenu patron du crime.

Il estime qu’après 100 ans de spoliations et de massacres des Lakotas par l’homme blanc, le temps est venu de rendre à celui-ci la monnaie de sa pièce.

Armé de son nunchaku, d’une attitude déterminée et d’un sombre secret, Dash doit survivre à un monde de jeux, de combats armés, d’agents du gouvernement, de Dog Soldiers, de massacres, de labos de méthamphétamines, de sexe trash, de pain frit, de fierté amérindienne, d’Êtres du Tonnerre, mais aussi à la beauté rude des Badlands. .. et même à un ou deux scalps.

Critique :
Ami lecteur, ne commence pas ce comics après ta séance chez le coiffeur, car c’est un comics qui décoiffe !

Évite aussi de laisser traîner les albums sur la table du salon, tu pourrais choquer ta belle-mère bigote ou impressionner tes enfants, qui voudraient là-dessus découvrir la saga et de ce fait, t’en priveraient !

Bienvenue à Prairie Rose, une réserve indienne pourrie située dans le Sud Dakota, aux États-Unis.

Ricane déjà devant l’ironie du nom de la réserve : Prairie Rose !

Non, il n’y pas de jolis petits poneys colorés qui s’ébattent dans des arcs-en-ciel de nuages… D’ailleurs, si tu commences à apercevoir des petits poneys, ne change pas de dealer, il t’a refourgué de la toute bonne came !

À Prairie Rose, où survit la communauté des Lakota, tout n’est que magouilles, crimes, prostitution, alcoolisme, drogues…

D’ailleurs, les auteurs te plantent le décor de suite : plus de 80% de chômage, le plus haut taux d’alcoolisme du pays, une espérance de vie de 15 ans inférieure à la moyenne nationale.

Nous sommes ici face à un comics qui s’inspire des codes du roman noir et de son côté hard-boiled (dur-à-cuire), le tout transposé dans l’univers d’une réserve indienne qui est sous le joug de Lincoln Red Crow, sorte de parrain tout puissant qui tient tout le monde sous sa coupe grâce à son casino.

Le héros principal, si on peut appeler ça un héros, est Dashiell Bad Horse (Prénom en référence à Dashiell Hammet, grand auteur de romans noirs), revient dans la réserve 15 ans après l’avoir quitté.

Nous sommes face à un type au crâne rasé, arrogant, têtu, violent, rempli de haine envers sa mère à qui il reproche de s’être plus occupée de ses activités de militante pour la libération amérindienne que de lui, il est sociopathe, borderline, utilise un nunchaku pour se battre ou des flingues.

Imagine un peu, cher lecteur ou chère lectrice, que notre Dashiell Bad Horse est foutu le camp il y a 15 ans, se jurant bien de ne jamais remettre les pieds dans ce nid de cafard et le voici de retour, provoquant moult bagarres et il ne trouve rien de mieux que de se faire engager comme policier tribal par Lincoln Red Crow, ce caïd qui a la main mise sur toute la région et qui se la joue en grand défenseur de son peuple…

Là, il plane un gros mystère sur la présence de notre chauve volcanique, mais pas de soucis, les auteurs ne te laisseront pas mijoter dans ton jus durant 36 albums et tu sauras bien vite le pourquoi du comment notre bagarreur fouteur de merde s’est retrouvé à fouler les herbes sèches de son ancienne réserve.

Cette série noire qui pète le feu se déroule de nos jours, ou dans un passé guère éloigné et se concentre sur la vie d’Indiens oglalas dans cette réserve indienne pourave du Dakota du Sud ravagée par le crime organisé, la drogue, l’alcoolisme et autres joyeusetés, entre ces gens qui ne savent plus qui ils sont, ni quelle est leur place dans cette société qui ne veut pas leur en faire.

Les personnages sont taillés à la serpe, les dialogues aussi, la violence est omniprésente, le sang aussi, le tout baignant dans une atmosphère glauque, et je ne vous parlerai même pas du langage ordurier, qui a tout à fait sa place vu le milieu dans lequel on évolue.

Tout le monde a son importance dans cette série… Même les morts dans les placards, parce que les morts, ça te poursuit, ça revient te hanter la nuit, comme les mauvais souvenirs ou ta haine envers ta culture, ta famille, ta propre mère.

Les auteurs se sont inspiré (merci Wiki) de l’histoire de l’American Indian Movement et en particulier des événements qui ont conduit à la condamnation à perpétuité de Leonard Peltier.

Moi qui adore le roman noir, le hard-boiled, je suis aux anges avec cette série comics qui a fait un énorme tabac aux States, même si je n’aime pas trop les dessins fort sombres et très encrés.

Un rythme haletant qui prend tout de même le temps de planter son décor, ses personnages, à te dévoiler les mystères cachés derrière chaque personnage, ses motivations, ses envies… le tout à l’aide de flashbacks qui peuvent faire perdre un peu le fil de l’histoire au début, mais je vous rassure de suite, on remet vite tout l’ordre.

Exemple : arrivé à la fin du tome 2, on a pas plus avancé dans l’histoire qu’à la fin du tome 1, mais on a un éclairage totalement différent et un complément de ce qu’on vient de nous raconter. Il y a une vraie maitrise chez Aaron de cette technique-là. Et cet usage du flashback fonctionne très bien en comics, parce que le genre l’absorbe parfaitement. 

C’est encore ce sacripant de Actu Du Noir (Jean-Marc) qui m’a fait découvrir cette série de comics et il serait grand temps que je lui garde un chien de ma chienne, à ce vil tentateur, parce que là, ça fait la je-ne-sais-quantième série qu’il me conseille !

“‘Scalped’ de Jason Aaron est la meilleur chose que j’aie lu depuis longtemps. C’est sombre, beau, et pas pour les enfants. La narration graphique est à son apogée.”  (Damon Lindelof, co-créateur de LOST).

Petit plus rien que pour toi, lecteur, lectrice : Le scénariste Jason Aaron admet la référence à « The Wire » et cite volontiers « Deadwood », autre production de la chaîne HBO, dont « le personnage de Al Swearengen a été un modèle, à bien des égards, pour ce qu’il voulait faire avec le personnage de Red Crow dans “Scalped‘ ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Watchmen – Intégrale : Alan Moore & Dave Gibbons

Titre : Watchmen – Intégrale

Scénariste : Alan Moore (Anglais)
Dessinateur : Dave Gibbons (Anglais)
Traduction : Jean-Patrick Manchette

Édition : Delcourt (1998) / Panini Comics (2009) / Urban Comics (collection DC Essentiels – 2012) avec traduction originale du romancier Jean-Patrick Manchette

Résumé :
1985. Deux inspecteurs de police tentent de comprendre ce qui a amené un sexagénaire bodybuildé à traverser la baie vitrée de son appartement et à s’écraser une dizaine d’étages plus bas. Ayant conclu à l’assassinat d’un homme ayant certaines relations haut placées, les policiers quittent la scène de crime.

Un personnage masqué arrive alors sur les lieux : Rorschach. Celui-ci, appelant la victime « Le Comédien », suppose qu’il a été assassiné non pour ce qu’il avait fait ou faisait, mais parce qu’il était un super-héros.

Rorschach fait alors le tour de ses anciens collègues afin de les tenir au courant de ses conclusions et de les mettre en garde.

Critique :
La satyre de Juvénal « Quis custodiet ipsos custodes ? » (Qui garde les gardiens eux-mêmes ?) est devenue « Who watches the watchmen ? » et symbolise bien la remise en cause de la légitimité des Super-Héros à faire régner l’ordre.

Comment vous parler de ce comics en restant simple ? Et sans rien oublier ? Impossible…

Déjà que je devrai sans doute la relire plusieurs fois avant d’arriver à appréhender tous les détails qui se cachent dans les dessins, avant de saisir la profondeur des propos et de comprendre la richesse de l’histoire, et l’histoire dans l’histoire.

Watchmen met en scène des super-héros sans pouvoirs, des super-héros comme on n’a pas l’habitude de voir.

Oui, on a affaire à des hommes ou femmes qui se déguisent comme au bal costumé, qui tentent de faire régner l’ordre mais où aucun ne s’est fait mordre par une araignée irradiée et où personne ne vient de la planète Krypton.

Le seul qui a les pouvoirs d’un dieu, c’est le Dr Manhattan (Jonathan Osterman) car cet homme a  été désintégré, mais s’est reconstitué petit à petit avant de réapparaître dans le monde réel. Il est omnipotent, omniscient, et immortel, et aux services des États-Unis.

En plus de nous proposer un univers de super-héros revisités, Alan Moore nous offre un uchronie où les États-Unis ont gagné la guerre du Vietnam et où Nixon vient d’être réélu pour la 4ème fois d’affilée (le scandale du Watergate a été évité et on a changé le XXIIème amendement de la Constitution des États-Unis).

Ironiquement, il n’y a plus de comic de super-héros, le genre préféré des lecteurs étant devenu les bandes dessinées de pirates, dont nous aurons un aperçu dans l’histoire, mais je vous en reparlerai plus bas.

Pour le reste, c’est comme dans la réalité avec la guerre froide entre les américains et les russes et des menaces de Troisième Guerre Mondiale. Bienvenue en 1985…

Si au départ les dessins ne m’ont pas vraiment attirés, j’ai vite réalisé que je devais être super attentive à tout ce qui se passait dans la case, aussi bien dans les dessins que dans les textes car ils sont tous, au niveau des détails, d’une richesse époustouflante et je sais que je pourrai reprendre la bédé d’ici quelques temps et encore y découvrir des choses.

La richesse ne se trouve pas que là car les personnages des Super-Héros sont eux aussi riches en détails qui les rendent réalistes, humains, car ils sont porteurs de tous nos défauts.

Leurs complexités fait que personne n’est ni tout blanc, ni tout noir, et que ceux qui ont l’air sympa peuvent être des brutes épaisses mais animées d’un désir de vérité, et que ceux qui ont du sang de la multitude sur les mains ne sont peut-être pas à blâmer…

Là, vous serez le seul juge, car dans ce comics, on ne définit pas qui sont les méchants et qui sont les gentils et tout dépend du point de vue duquel on se place (celui de Rorschach ou ceux de Ozymandias et du Dr Manhattan).

Divisé en douze épisodes comme autant de chiffres sur le cadran d’une montre, chaque chapitre se rapproche un peu plus de minuit et le sang descend de plus en plus sur l’horloge.

Tache de sang que l’on retrouvera en forme de symbole d’aiguille d’horloge sur le smiley tombé dans le caniveau après la chute du 10ème étage faite par Le Comédien, défenestré violemment.

Le diable se cache dans les détails et dans ce comics, c’est vérifié à chaque page, à chaque dessin, dans chaque retour vers le passé pour tenter de nous expliquer le tout et de nous faire voir l’intégralité de la trame qui est loin d’être simple.

Là où l’on atteint le summum du summum, c’est dans le chapitre 5 (Terrible symétrie) où le lecteur attentif remarquera que ce chapitre est construit comme un palindrome, la première page faisant écho à la dernière, que ce soit sur le thème, la mise en page ou les personnages mis en image. Fortiche le scénariste !

Palindrome dont la page centrale est une scène d’action qui reproduit les motifs symétriques et toujours changeants du masque de Rorschach (son nom vient du test du même nom). J’avoue que si je n’avais pas fait des recherches sur le comics, je ne l’aurais pas remarqué…

Plus haut, je vous parlais de pirates… Et c’est là que l’on applaudit aussi le soucis du détail du scénario et sa recherche car par l’entremise d’un lecteur assidu, on se retrouve même à lire deux comics en même temps, Alan Moore ayant réussi à glisser au cœur de sa narration, et parallèlement à celle-ci, une histoire de pirates !

Et les bandeaux-titres dévolus au récit de pirates s’accordent très bien avec l’autre récit consacré à nos Super-Héros et leurs interrogations car ce récit de pirates nous explique, de par les péripéties de son personnage principal, que la compréhension de la réalité dépend de la personne qui la regarde.

Ma main à couper que j’ai oublié de vous parler de tas de choses hyper importantes, que j’ai loupé des tas de choses vachement importantes aussi dans les dessins ou dans les pages de documents écrits insérés à la fin de chaque chapitre, écrits issus de l’univers des Watchmen, dans les articles de journaux, dans les longs passages du journal intime de l’un des personnages,…

Watchmen est plus qu’un comics : c’est une histoire dense, un récit complexe, profond, rempli de détails, de choses pertinentes, d’analyses cyniques de notre société et des gens qui la composent, une analyse sans concession de la société contemporaine, des personnages principaux riches et réalistes, des personnages secondaires qui auront leur importance aussi…

C’est une œuvre de philosophie, porteuse de messages, bourrée d’astuces scénaristiques qui montre, une fois de plus, le génie d’Allan Moore.

Anybref, ce n’est pas qu’une simple histoire de Super-Héros qui mettent leurs slips sur leurs collants !!

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Les Vieux Fourneaux – Tomes 1 – 2 – 3 : Wilfrid Lupano & Paul Cauuet

Titre : Les Vieux Fourneaux – Tomes 1 – 2 – 3

  • Tome 1 – Ceux qui restent (2014)
  • Tome 2 – Bonny and Pierrot (2014)
  • Tome 3 – Celui qui part (2015)

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Cauuet

Édition : Dargaud

Résumé :
Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance: Antoine, Emile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille.

Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées. Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps.

Les Vieux Fourneaux, à travers dʼincessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

vieux-fourneaux-autre_232992Critique :
Après quelques romans noirs sur les truands, la prohibition ou la Grande Dépression, il me faut de quoi me remonter le moral… Après avoir vu les infos aussi !

— Quand on fait fortune en fabriquant des anti-dépresseurs , forcément , un monde de merde , ça fait rêver.

Pour cela, j’ai un bon plan : « Les vieux fourneaux » de Wilfrid Lupano, celui-là même qui m’avait déjà bien fait rire avec « L’ Homme qui n’aimait pas les armes à feu ».

Vieillir tue ! On ne nous le dit pas assez… Et vieillir con, aussi.

— Tu comptes faire chier le monde encore longtemps ?
— Le plus longtemps possible, oui. Qu’est ce que tu veux faire d’autre ? À nos âges, il n’y a plus guère que le système qu’on peut encore besogner. Du coup, ma libido s’est reportée sur la subversion. C’est ça ou moisir du bulbe.

Mais il ne sera pas dit que nos trois p’tits vieux ont l’intention de vieillir con, surtout pas Pierrot qui, avec son collectif « Ni yeux, ni maîtres » est déjà un sacré militant et un fouteur de bordel aux congrès de l’UMP ou autre parti politique français.

— Des non-voyants anarchistes ! « Ni yeux ni maître », qu’on s’appelle ! On fait du terrorisme situationnel. C’est bidonnant. On s’incruste dans les réceptions, les soirées branchées, les cocktails, les réunions politiques, et pis on fout le boxon. Que des handicapés et des vieux méchants comme des teignes ! Le cauchemar des services d’ordre. S’ils nous touchent, on porte plainte, on demande des dommages et intérêts, ça arrondit les fins de mois.

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Ces trois tomes, je les ai cherché longtemps, une fois que je les ai eu enfin en main à la bibli, je ne les ai plus lâché et je me suis plongée dans les tribulations de ces trois septuagénaires, ces trois amis d’enfance- Pierrot, Mimile et Antoine – qui se retrouvent à l’occasion de l’enterrement de Lucette, l’épouse d’Antoine.

L’occasion de se remémorer des bons souvenirs entre amis !

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Le style est avant tout drôle, caustique, sarcastique, ironique et qui pique juste là où il faut, dénonçant notre société de consommation, les gros industriels qui se foutent de tout – la Nature, l’Humain – la connerie humaine et notre génération qui a tout foutu en l’air et qui continue, droit dans le mur…

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— Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulet élevés en batterie chaque année dans le monde, et les gens crèvent de faim ! Historiquement, vous… VOUS ÊTES LA PIRE GÉNÉRATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ ! Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez HYPER vieux !

Un pied dans le présent et des retours en arrière pour nous expliquer un peu le passé de ces drôles de zigs qui n’ont pas toujours été droit dans leurs bottes…

J’ai adoré les actions folles réalisées par tout un groupe de vieux qui sont bien déterminés, avant de partir pour le terminus de Saint-Pierre, de dénoncer certains faits ici-bas, le tout avec un style bien à eu, avec des hackeurs, des aveugles et un des leur qui peut se transformer en Human Bomb et péter sur commande. Effet garantit au prochain meeting des Républicains !

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Ça grince des dents, mais cela reste avant tout une comédie, on est en plein dans la lutte des classes, dans le choc des générations, dans le social, les syndicats, la chute de notre société et des activistes en déambulateur.

Les dialogues sont à déguster dans modération, à relire plus lentement pour les savourer une fois de plus, tout en se marrant allégrement.

— J’aurais préféré le tuer à coups de pied, mais avec mon arthrite…

— Qu’est-ce que tu viens faire ici ? T’es sur une propriété privée !
— M’emmerde pas, c’est pour les bêtes que je suis là.
— Fous-moi le camp, je te dis ! Mes bêtes elles préfèrent crever que de voir ta tronche !
— Ben, puisque t’as l’air d’être le chef du troupeau, t’as qu’à leur montrer l’exemple !

Niveau dessins, faut les savourer aussi, surtout les mimiques de nos gars… Le diable se cache dans les détails, c’est bien connu.

Une saga politiquement incorrecte, des vieux qui n’ont rien à perdre, rien à foutre de ce que l’on pense d’eux, ils n’ont pas peur de se faire arrêter par des flics, de conduire comme des manches, ou de se taper un road-movie jusqu’en Toscane pour laver un affront…

— Dis, tu vas klaxonner et faire des appels de phare tout le long comme ça ?
— Oui, j’ai remarqué que les gens sont plus attentifs quand je fais ça.

— Pfffiou ! Dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. À nos âges on devrait être dispensés.

Le tout en demandant à Sophie, la petite-fille préférée d’Antoine, de les conduire jusque là, alors qu’elle est enceinte jusqu’au dents !

— Il faut faire des enfants, c’est merveilleux, les enfants…
— Un beau petit qui va avoir une belle vie.
— Ou pas.
— Comment ça, ou pas ?
— Je sais pas, vous le trouvez si merveilleux, vous le monde ? C’est bien les vieux, ça.
— Ben… Sophie…
— Quoi, c’est vrai ! Vous autres, les vieux, vous êtes toujours là à vous extasier devant les enfants ! « Et qu’il est mignon, et gnagnagna ! » Vous feriez mieux de vous excuser, ouais ! Regardez autour de vous ! Vous nous laissez un monde tout pourri, vous avez tout salopé, et ensuite vous venez souhaiter bon courage aux locataires suivants ! Vous manquez pas d’air !

Et puis, de temps en temps, c’est eux qui s’en prennent plein la tronche par Sophie qui déterrera un vieux secret peu reluisant sur nos petits vieux préférés.

— J’ai déjà eu honte, dans ma vie, comme ça, en amateur, mais depuis deux jours, j’ai vraiment l’impression d’être passé professionnel.

— Des fois, j’ai envie de vous frapper, les vieux, quand je vois votre bilan. Faut pas vous étonner s’il y a plus de respect pour les anciens, hein…

Je m’en vais militer pour un 4ème tome, moi !

—  Mais lâchez-moi !
—  Michel, amène le taser.
—  NAZIIIS !
—  N’en fais pas trop, va ! T’as pas la tenue adéquate.*
—  Y a pas de tenue pour s’indigner !
[* déguisé en abeille]

Pierrot : « Tu sais ce que je crois ?
Antoine : Non…
Pierrot : Je pense que le monde ne nous mérite pas ! A nous deux, c’est bien simple, on fait trembler les puissants, et on relance l’économie ! Et encore, on n’est pas chauds, il est même pas onze heures !
Antoine : Et Mimile n’est même pas là ! »

Étoile 4,5

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