Christmas pudding : Nancy Mitford

Titre : Christmas pudding

Auteur : Nancy Mitford
Édition : 10-18 (09/11/2017)
Édition Originale : Christmas Pudding (1932)
Traducteur :

Résumé :
Un Noël à la campagne dans le Gloucestershire.

La perspective est séduisante pour un groupe de jeunes mondains un peu las de la routine londonienne, qui décident de séjourner à proximité du domaine de Lady Bobbin et de ses enfants.

Multipliant péripéties invraisemblables et dialogues mordants, Nancy Mitford dresse un portrait décalé de la société anglaise dans les années 1930.

Critique :
Comme le disait si bien monsieur Preskovic (celui des doubitchous) : « Vous être caustique ».

Caustique est le mot qui résume le mieux cette satire qui tire à boulets rouges sur l’aristocratie anglaise et sur les gens qui n’ont aucun talent, si ce n’est de ne rien faire et de se complaire dans l’oisiveté.

Nancy Mitford sait de quoi elle parle étant elle-même issue de la grande bourgeoisie anglaise.

Alors, elle les brocarde, les mets en scène avec humour, certes, mais en trempant la plume dans l’acide car tout est toujours cynique.

Dans ces pages, il ne faut pas chercher une intrigue, tout le sel de l’affaire se trouve dans les dialogues et prises de positions de certains personnages, dans leur orgueil qui ne les fait s’intéresser à rien d’autre qu’à leur nombril, à la chasse ou à faire un beau mariage et n’avoir pour mission que de faire un héritier mâle à son mari.

Nos jeunes gens ont tous fait Eton, au moins, feront Oxford, sans aucun doute, mais ne sont apte à ne savoir rien faire de leur dix doigts et n’ont pas l’intention de faire quelques chose avec, si ce n’est se les tourner. Zéro effort mais maxi confort.

Dans un roman noir, nous aurions été en compagnie de pareils incultes sortant des inepties à tour de bras, la seule différence étant que dans le roman noir, nous aurions été assis avec des assistés sociaux, chômeurs professionnels, magouilleurs en tout genre. La différence de classe aurait été un gouffre, mais les pensées les mêmes.

Les personnages dans cette satire, qui pourrait tout avoir de la pièce de théâtre, sont souvent des incultes de chez incultes, pensant que le socialisme est le truc le plus abject qui existe sur terre, tout comme les bolcheviks qu’ils voient partout et qu’ils accusent de tout les malheurs de la région.

Avec de pareilles personnes assissent devant moi, je quitterai la table en soupirant devant tant de bêtise et lieux communs réunis ensemble, mais dans ce roman, c’est amusant et terriblement jouissif.

Je n’avais jamais lu Nancy Mitford, maintenant que c’est fait, je compte bien aller un peu plus loin dans la découverte de ces écrits et, qui sait, je pourrais recroiser la routes de ces dandys fabuleux, de ces oisifs magnifiques, de ces demoiselles courant le bal pour trouver chaussure à leur pied, de cette dame uniquement préoccupée par la chasse à la pauvre bête qu’elle ne peut assouvir pour cause de fièvre aphteuse.

Encore un coup des bolcheviks, assurément.

Un roman possédant des dialogues croustillants, caustiques, sarcastiques. Un pudding rempli de tous les bons ingrédients et bien plus digeste que le véritable Christmas Pudding !

Oui, je sais, c’est tout moi, ça, de lire, en juin, un roman se déroulant à Noël, dans les frimas de l’hiver alors que je suis moi-même sous le soleil, les doigts de pieds en éventail…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

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Colza mécanique : Karin Brunk Holmqvist

Titre : Colza mécanique

Auteur : Karin Brunk Holmqvist
Édition : Mirobole (20/04/2017)

Résumé :
Restés célibataires, les deux frères Henning et Albert, 68 et 73 ans, habitent une petite maison à la lisière d’un village en pleine campagne suédoise.

Leur paisible routine est brisée net lorsque la maison d’à côté est transformée en centre de désintoxication pour femmes alcooliques.

Puis quand, à la suite d’un malentendu, des médias à l’imagination fertile prennent le champ de colza voisin pour un lieu de débarquement extraterrestre.

Des jeunes femmes vulnérables d’un côté, des journalistes en délire de l’autre…

Propulsés au rang de superstars, les deux vieux garçons vont devoir garder la tête froide.

Critique :
Comment est-ce possible de passer un excellent moment de lecture dans un roman où il ne passe pas grand-chose, surtout durant les 100 premières pages où nous faisons connaissance avec les deux personnages principaux que sont les deux frères Andersson : Henning et Albert, respectivement 68 et 73 ans ??

Sans doute le côté satyre sociale, l’humour, la finesse des différents portraits brossés dans ces 251 pages.

On ressent bien le côté rural de ce petit village de Suède, avec son épicière toujours en train de râler sur tout et de colporter des ragots, elle qui est si crédule.

Du côté de nos deux papys célibataires, c’est pas l’hygiène qui prime, mais l’humour et les relations tranquilles avec le châtelain du coin, auquel ils donnent un petit coup de main dès qu’il a besoin d’eux.

Après cette installation de nos compères et de leur vie tranquille dans ce petit village, ça va bouger un peu avec l’ouverture d’un centre de désintoxication pour femmes alcooliques et l’apparition d’un crop circle dans un champ de colza, comme si un engin extra-terrestre s’y était posé ! Mulder, rapplique vite !!

Quand tout le monde court dans tous les sens et devient un peu zinzin, seuls nos deux frères conservent leur flegme, voulant juste être en paix et pouvoir pisser dehors tranquille.

J’ai aimé le côté philosophique de ces deux vieux qui vivent chichement, dans un total dénuement, presque, mais qui ne demande rien de plus que du tabac à chiquer et de la nourriture simple. Et surtout, de partir ensemble pour le grand voyage car si un frère partait avant l’autre, ce serait une catastrophe pour le survivant.

Un roman qui ne possède pas un rythme haletant, dans lequel il ne se passe rien d’exceptionnel, mais un roman qui fleure bon la campagne suédoise et le feel-good car des papets de la sorte, on aimerait en croiser plus sur sa route.

Prévoyez tout de même les lingettes désinfectantes, ici, on se cure les ongles avec la fourchette avant de la piquer dans la viande….

Une belle petite leçon de vie de la part de deux vieux qui vivent avec le minimum alors que nous, il nous fait le maximum pour survivre.

Un vrai plaisir de lecture qui fait du bien par où il passe et qui se lit tranquille, avec un ou deux mojitos dans la main.

On dit « Merci qui ?? » On dit merci aux éditions Mirobole !!

Maurice : E. M. Forster

Titre : Maurice

Auteur : Edward Morgan Forster
Édition : 10-18 (2006)
Édition originale : Maurice (Edward Arnold Publishers Ltd) Écrit vers 1913, mais publié seulement en 1971

Résumé :
Dès son plus jeune âge, Maurice Hall est hanté par des rêves dont il s’explique mal la nature étrange et mélancolique.

Contrairement à « Howards End », « Avec vue sur l’Arno » et « Route des Indes », plongées dans la conscience féminine, ce roman publié à titre posthume retrace le parcours initiatique d’un jeune homme, Maurice (James Wilby dans l’adaptation de James Ivory), jalonné de ses rencontres avec Clive (Hugh Grant), étudiant comme lui à Cambridge, puis Alec, garde-chasse de ce dernier.

Éveil à la conscience (amorcé à Cambridge, lieu du bonheur et de la tolérance pour Forster), Maurice est le récit de la lente progression du héros vers une véritable connaissance de soi.

Au-delà de l’histoire d’amour et de la prise de conscience homosexuelle, Maurice se distingue des autres romans de Forster par son caractère plus intimiste et par la forme plus radicale que revêt l’expression de la liberté individuelle.

Placée sous le signe de la gradation, cette œuvre est peuplée de personnages qui sont aux autres autant d’étapes vers l’accomplissement de soi.

Maurice, jeune homme médiocre, devient par la grâce d’une liberté conquise de haute lutte contre lui-même un véritable héros forsterien.

Critique :
L’amour qui n’ose pas dire son nom… Ou l’homosexualité dans les très sélectes universités anglaises.

Maurice a mis du temps pour comprendre qu’il marchait de l’autre côté du trottoir ! Il a fallu qu’il entre à Cambridge pour enfin ouvrir les yeux sur ses préférences sexuelles.

Oui, sa préférence à lui, ce sont les jeunes garçons de son âge dont un camarade d’université qui deviendra son compagnon, même si jamais rien n’est affiché.

En ce temps-là (1910), en Angleterre, l’amour entre hommes était toujours considérée comme un crime et passible de peine de prison tandis qu’en France, le code Napoléon avait déjà rendu la chose « légale ».

Pour vous dire la bêtise humaine : si l’homosexualité masculine était punissable, celle entre les femmes pas car le législateur ne l’avait pas prise en compte. Paraîtrait que la reine Victoria avait trouvé tellement répugnant qu’elle avait jugé la chose impossible. Mais je n’ai aucune preuve de ses dires non plus.

Pas facile de vivre son homosexualité dans l’univers conformiste et répressif de l’Angleterre édouardienne !

Maurice n’appartient pas à l’aristocratie proprement dite, mais nous évoluons dans les milieux bourgeois, les milieux où on ne se mélange pas entre classes, où les domestiques sont priés de rester à leur place, où il faut sauvegarder les apparences, quoiqu’il arrive.

Cette société bourgeoise anglaise est régie par des règles désuètes, vieillottes, bourrée de morale chrétienne, tout le monde était enfermé dans un carcan plus serré qu’un corset taille XS porté par le troll Hébus de la série fantasy Lanfeust !

Franchement, j’ai eu très envie d’en baffer plus d’un et plus d’une, dans ce roman riche en apprentissage de la vie chez les bourgeois, qui, comme le chantait si bien Jacques Brel ♫ Les bourgeois c’est comme les cochons Plus ça devient vieux plus ça devient bête ♫

Nous suivrons le récit du jeune Maurice, de ses 14 ans à ses 24 ans, passant d’un enfant effacé, paresseux, dans les jupons de maman, à un étudiant du collège effacé, paresseux, puis, enfin la chenille deviendra papillon avec Maurice amoureux d’un camarade, filant le parfait amour, mais sans le consommer !

Ah ben oui, messieurs dames ! L’amour entre hommes était plus toléré s’il était platonique. Se chipoter la chose, mon dieu, vous n’y pensez pas ! Nos deux amants s’aiment mais ne s’astiquent pas le manche mutuellement, aucun ne jouant avec la batte de criquet de l’autre.

Entre nous, bourré d’hormones qu’ils devaient l’être à 19-20 ans, je me demande comment ils ont fait pour ne pas succomber à la bêbête à deux dos.

James Wilby & Hugh Grant

Maurice est un personnage qui va évoluer au fil des pages, passant de chenille pataude effacée à papillon flamboyant d’amour, avant de virer tyran avec sa mère et ses deux petites sœurs.

Si la première histoire d’amour a tout d’une folie entre deux jeunes gens, la seconde histoire d’amour, celle qui sera le moins développée dans le livre, est pour moi la plus importante, la plus mûre, celle où Maurice aura le plus de couilles, ou il sera le plus touchant et où il prendra encore plus de risques en transgressant toutes les règles de l’époque, notamment le mélange des classes.

Un livre que j’ai tardé à lire, reportant sans cesse la lecture au fil des Mois Anglais et là, je suis contente d’avoir pris le taureau par les cornes car c’est une œuvre majeure en ce qu’elle nous parle des difficultés de vivre son homosexualité et des carcans empesés de la bourgeoisie anglaise.

Sans compter que le roman nous laisse avec moult question : Clive a-t-il vraiment changé de bord où a-t-il eu peur des conséquences à long terme de cet amour interdit ? Maurice avait-il vraiment envie de rentrer dans la normalité ?

Bon, yapuka se faire le film, maintenant, afin de découvrir le jeune Hugh Grant déjà super sexy et le futur Lestrade de la série Sherlock BBC (Rupert Graves).

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

La voix secrète : Michaël Mention

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Titre : La voix secrète

Auteur : Michaël Mention
Édition : 10-18 (01/01/2017)

Résumé :
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe. Dans un Paris rongé par la misère et les attentats, la police enquête sur un tueur d’enfants, issus des quartiers miséreux. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, et son adjoint vers Lacenaire, le célèbre poète assassin.

Incarcéré à la Conciergerie, celui-ci passe ses journées à recevoir des visiteurs et rédiger ses Mémoires.

Un autre crime se produit, révélant davantage de similitudes avec ceux commis jadis par Lacenaire. Allard décide de le solliciter, au grand dam de son adjoint, dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse.

Entre le policier et l’assassin s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation. Cette collaboration les entraîne dans les coulisses d’un Paris mystérieux et malsain.

voix-secrete-la-michael-mention-la-fantascopeCritique :
La force de Michaël Mention c’est qu’il change de genre à chaque roman, qu’il surprend ses lecteurs, arrivant là où on ne l’attend pas.

Michaël Mention peut aussi se targuer de m’avoir entrainé en Angleterre, dans les traces de l’Éventreur du Yorkshire, de m’avoir fait vibrer en me retranscrivant un match de foot, de m’avoir fait hurler de joie en saquant certains médias et de m’avoir fait claquer des dents, en Australie, par 50C° à l’ombre.

Là, il m’a fait soupirer d’aise de ne pas avoir vécu à Paris en 1835 ! Celui-là, on aurait pas trop envie de le visiter…

Pour la peine, en lisant comment les ouvriers étaient traités, combien d’heures ils prestaient et quelles misérables sommes ils gagnaient, je me sens riche, protégée et je bénis les avancées des syndicats ! sans oublier qu’à cette époque là, les gosses travaillaient aussi. Enfin, les miséreux.

Lacenaire le mercenaire ! Je ne connaissais pas ses faits et gestes, mais j’en sais un peu plus sur le lascar en ayant suivi une enquête sur ce qu’on appellerait maintenant un Copycat, sauf que le copieur, c’est des enfants qu’il tue, et pas de manière « propre » (si tant est qu’il peut exister une manière propre de tuer des gosses).

Le style d’écriture de Mention est bien là, c’est le sien, on ne s’y trompe pas. Là aussi il a dû bosser sa copie parce que tout est réaliste dans ce Paris de 1835, en hiver. Manquerait plus que le son et l’odorama et on frôlerait la perfection.

Mais on se passera des puanteurs de la ville, de ses abattoirs, de ses Halles, l’auteur nous plongeant déjà assez comme ça dans le réalisme !

Bien entendu, l’auteur mêle ici la réalité à la fiction, mais avec un tel brio qu’on ne sait plus où est la fiction, tant on se sent immergé dans l’Histoire avec un grand H. À tel point qu’on penserait bien que le récit fictionnel se retrouvera dans Wiki tant il est criant de réalisme.

Un roman historique noir, une plongée directe dans la misère des rues de Paris, une plongée dans ses lieux non fréquentables, du moins en haut-de-forme, une immersion dans ses lieux où trimait des pauvres gens, des esclaves, une fracture immense entre les riches et les pauvres, entre ceux qui ne demandait que le nécessaire à ceux qui possédaient le superflu…

Un roman où l’enquête sur leurs meurtres sordides frôle la politique, jamais loin, n’ayant pas envie que des émeutes éclatent, voulant à tout prix se protéger du scandale, ne voulant pas perdre ses privilèges.

Un roman où tout n’est pas toujours ce que l’on pense et où le lecteur pourrait se perdre en sympathisant avec Lacenaire qui n’est pas le pire, dans cette histoire (ni dans l’Histoire) ou en ne voulant voir que ce qu’on veut lui faire voir.

Une fois de plus Michaël est reçu avec Mention en nous proposant un polar noir historique loin de ses sentiers habituels, mais toujours avec sa plume unique et ses petites piques qui font mouche.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

L’étoile du désert – Tomes 1 et 2 : Desberg & Marini

Titre : L’étoile du désert – L’intégrale – Tomes 1 et 2

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Enrico Marini

Édition : Dargaud (1996-2001) / Dargaud (2012)

Résumé :
Mathew Montgomery est un homme vieillissant. Il occupe un poste de haut fonctionnaire au ministère de la Défense. C’est un homme respectable qui vit de règles et de lois.

Il ne doute pas : c’est avec des hommes droits comme lui que les États-Unis se sont construits.

Il a une femme, une fille, une maîtresse…

Alors qu’il a l’impression d’être passé à côté de sa vie, sa femme et sa fille sont sauvagement assassinées. Mathew abandonne alors tout ce qui faisait son monde, pour se lancer sur les traces de leurs assassins..

letoile-du-desert-t-1-planche-21Critique :
1870, Washington. Sean Connery est un homme plus que respectable, adepte des règles et du fait que tout a une place, un ordre… Un gentleman qui occupe un poste important au ministère de la Défense.

J’ai dit « Sean Connery » ? Sorry, je voulais bien entendu dire : Matthew Montgomery !

Erreur due au fait que le personnage principal de ces albums a un air de ressemblance avec l’acteur Sean Connery… On dirait aussi un air de famille avec le Scorpion, vieillissant (normal, ce sont les mêmes auteurs).

Notre homme, habitué des salons, au confort, notre homme qui se dit que l’Amérique s’est bâtie grâce à des hommes tels que lui, respectueux des règles et de l’ordre, notre homme qui ne cause plus à sa fille, qui en a marre de sa femme, qui baise sa maîtresse en dehors des heures de travail, va voir son destin basculer, comme dans toute les bonnes histoires.

Il a la rage, il veut comprendre pourquoi on a tué sa femme et sa fille et pourquoi on leur a gravé une étoile à 8 branches sur les seins. Des désirs de vengeance sont tapis en lui, comme dans toutes les bonnes histoires.

Notre Sean Connery qui n’a rien d’un agent secret dans ce cas-ci va devoir se transformer en Sherlock Holmes avant l’heure et mener une enquête des plus poussées pour trouver les assassins de sa femme et de sa fille.

La vie est ironique : lui qui en avait marre de sa bonne femme et qui ne voulait plus voir sa fille, et bien, il a été servi !

Lui qui aimait et vivait dans le confort absolu, et bien, il va devoir voyager comme dans une diligence puante où tout le monde est serré comme des sardines dans sa boîte. Lui qui ne savait pas se battre, et bien, il va devoir apprendre !

Les dessins de Marini sont toujours aussi superbes, on reconnaît ceux de la série « Scorpion », les chevaux sont magnifiques, les couleurs aussi, dans des tons ocres ou gris, des images qu’on ne se lasse pas de regarder.

Si l’histoire est basique : la vie qui bascule et la vengeance, le reste l’est moins puisque notre Matthew Montgomery va connaître l’Ouest, le Vrai et se trouver non loin de la Frontière, là où l’ordre et la discipline ne règnent pas en maître.

Notre héros n’en est pas un, il ne connait rien de la vraie vie, celle qui est une chienne, celle qui fait de vous des tueurs, des bandits, des prostituées, des marginaux,…

Il n’a jamais mis les pieds dans des saloons enfumés et rempli de la lie de la société, il aimait les salons feutrés, il sera servi niveau saloons à éviter car sous la coupe du Méchant local qui n’a rien d’un pied-tendre. Un méchant réussi, avec juste les bonnes doses de sadisme qu’il fallait et des flash-back mystérieux sur sa jeunesse.

L’Amérique était en pleine évolution, il lui restait encore des coins dans loi et remplie de hors-la-loi, le changement était en marche et pour notre ami, le changement, il était pour maintenant !

Et il a brillamment réussi son changement car notre Matthew Montgomery a évolué, a changé sa manière de voir les choses, a été confronté à des choses peu reluisantes sur l’Homme et lui-même n’était guère reluisant.

Un excellent diptyque que je compte bien poursuivre avec le 3ème tome pour savoir ce qui va arriver à notre Matthew Montgomery-Sean Connery.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

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Anna Karénine – Joe Wright (2012) [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 13/52]

Anna Karénine (Anna Karenina) est un film dramatique et historique britannico-français réalisé par Joe Wright, sorti en décembre 2012.

1. Synopsis :
Le film est une adaptation du roman Anna Karénine de Léon Tolstoï. Nous plongeons dans la haute société russe de la fin du XIXe siècle. Anna Karénine est une jeune femme mariée à Alexis Karénine, un important homme d’État.

Cependant, elle entretient une liaison secrète avec le Comte Vronsky, malgré les risques d’une telle relation dans cette sphère de la société.

Mais leur relation est bientôt connue de tous à la cour. Anna, hésitant entre son cœur et sa raison, décide de quitter son mari et son fils pour suivre son amant.

2. Distribution :

  • Keira Knightley : Anna Karénine
  • Jude Law : Alexis Karénine
  • Aaron Taylor-Johnson : le comte Vronsky, amant d’Anna
  • Kelly Macdonald : Dolly Oblonsky, femme d’Oblonsky
  • Domhnall Gleeson : Lévine
  • Matthew Macfadyen : Oblonsky, frère d’Anna
  • Alicia Vikander : Kitty, sœur de Dolly
  • David Wilmot : Nikolai

Ce que j’en ai pensé :
De l’étonnement, dès le départ… Oui, un grand étonnement parce que la première scène se passe comme dans un théâtre.

Et il en sera ainsi tout au long du film : comme si les personnages évoluaient dans un théâtre où les décors changent selon la scène, où ils passent dans les coulisses, sous la scène pour en rejoindre une autre.

Apparemment, le réalisateur a décidé de situer toutes les scènes citadines de l’histoire d’Anna Karenine (Keira Knightley), de son amant le comte Vronski (Aaron Taylor-Johnson) et de son mari (Jude Law) dans un décor à l’artificialité revendiquée. J’ai pas trop aimé et j’ai eu du mal à m’y faire.

Attention, tout le film ne se déroule pas dans des décors théâtraux puisque toutes les scènes de campagne avec Lévine (Domhnall Gleeson), se déroulent, elles, au grand air, donnant par là une césure avec les scènes des autres.

La dichotomie entre la ruralité et la vie citadine…

Lévine, c’est la campagne, la ruralité, le dur travail de la terre et Lévine est un personnage tout en opposition avec la bourgeoisie, c’est un homme qui veut la fin des clivages entre les gens, il est cultivé et aime d’amour pur la belle Kitty, qui elle, n’a d’yeux que pour le comte Vronski… Emmerdant, ça !

Rien de tel pour vous pimenter un roman ou un film qu’une histoire d’amour à un seul côté. Pendant que l’un lorgne sur l’une, celle-ci bave devant un autre, tel un dogue devant un os. Aimerait-elle suçoter son os, la coquine ???

Hem ! Revenons au film : regardé en VOSTRF je n’ai pas eu l’impression que les dialogues étaient du Tolstoï dans le texte car ils avaient un goût contemporain, sans pour autant verser dans le parler vulgaire ou le plat.

Non, c’était bien l’aristocratie, la bourgeoisie, les gens aisés de la Russie fin 19ème, mais les dialogues n’étaient pas empesés et jamais ils n’ont donné l’impression d’être hermétiques pour le spectateur lambda.

Anna Karénine, c’est une histoire d’amour totalement folle d’une femme mariée  – à Alexis Alexandrovich Karénine, un ministre et mère d’un garçon – avec un jeune officier jeune et beau : le jeune comte Alexis Wronsky

Anna trouve son mari froid et incapable de sentiments, une « machine » comme elle aime l’appeler. Notre homme est plus chrétien que le pape, plus religieux que le Bon Dieu et n’a dû honorer sa femme que de très rares fois, juste pour procréer. C’est pas tous les soirs que le biscuit est trempé dans la tasse de café et quand ça se fait, la passion folle est au abonné absent…

Dans le rôle du mari froid comme un glaçon, il y avait l’excellentissime Jude Law méconnaissable. On est loin du dandy des pubs pour Dior Homme ou du beau et sexy John Watson. C’est bien simple, au départ, je ne l’avais point reconnu tant il était raide comme la justice !

Ah, si Anna Karénine ne s’était pas rendue à Moscou chez son frère Stiva Oblonski (Matthew Macfadyen de Ripper Street), jamais, en descendant du train, elle n’aurait croisé le comte Vronski !

Si son frère n’avait pas trempé sa paille dans un autre verre de vodka que celui de sa légitime épouse, jamais Anna n’aurait dû se rendre chez lui pour calmer l’épouse cocue et pas contente.

Anna tombe amoureuse de Vronski, cet officier brillant, mais frivole et on ne peut lui donner tort tant il est mignon, le blondin.

Et l’homme a su y faire pour la charmer, la poursuivant de ses assiduités, ne la laissant pas tranquille un moment. Ma foi, on aimerait se faire harceler par un beau blond de la sorte.

Anna lutte contre cette passion et le jeu de l’actrice est super, mais, le cœur a ses raisons que la raison ignore et bardaf,  elle finit par s‘abandonner avec un bonheur coupable aux émotions qui l’envoient dans les bras – et le lit – de ce beau comte au sourire charmeur.

On ne peut pas dire que notre Anna est discrète dans sa folle passion… et c’est ce qui la perdra ! Personne autour d’elle n’est dupe et se doute qu’il y a anguille sous roche, ou quéquette dans la touffe.

Son caractère sera changeant tout au long du film, finissant par me donner envie de la flinguer moi-même.

Son mari, le moche Jude Law, a mis du temps avant de comprendre que sa femme le trompait, pourtant, on l’avait déjà mis en garde, mais il avait une confiance absolue en madame. Raté mon ami. Sherlock te l’aurait bien dit, my dear Watson. Anybref !

Pourtant, cet homme qu’on aurait envie de détester (puisqu’il se met en travers de la route d’Anne et de son amant), on ne peut que l’admirer lorsqu’il pardonne à son épouse et adresse même la parole à son jeune et beau rival.

Putain, ça c’est du pardon chrétien ou je ne ne m’y connais pas ! L’homme mérite mon respect.

Dans sa passion folle, Anna finira par vivre avec son amant avant de se faire dévorer par une jalousie galopante, pensant sens cesse que le jeune comte la trompe avec d’autres femmes.

Un des passages les plus éloquent est sans contexte la scène de l’opéra : Anna a exigé que son amant l’y emmène, lui ne veut pas, car il sait que l’on va murmurer lors de l’arrivée d’Anna, séparée alors de son mari.

Elle y va, seule, et se rend compte combien elle est méprisée par les dames, regardée avec envie et concupiscence par les hommes et ensuite, cette pouffiasse d’Anna hurlera sur son amant qui ne l’a pas empêché d’y aller.

Heu, elle devait avoir ses règles, là… Ronchonne de cette manière, c’est les ours, à ne pas en douter.

Petite parenthèse : leur couple est tout en contradiction avec celui que va former Lévine et Kitty – calme et sagesse, eux – et d’ailleurs, la scène de la déclaration d’amour codée sera un instant d’une grâce infinie qui évitera l’écueil qui aurait pu faire sombrer cette scène dans le neu-neu. Fin de la parenthèse romantique.

L’idylle entre nos deux amants prendra l’eau de la faute d’Anna, jalouse comme un pet, changeant sans cesse d’avis, hurlant et pestant contre son bel Alexis Vronski.

Là, en voyant la fin, je me suis dit que Leonardo Di Caprio avait bien fait de mourir gelé après le naufrage du Titanic parce que sa relation avec Rose aurait sans doute fini en eau de boudin comme celle d’Anna et de Vronski.

« Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à sa façon. »

Ne souffrant pas de temps morts, ce film met en lumière plusieurs couples : celui d’Anna et de son mari Alexis; celui que formera Lévine avec Kitty, l’ancienne fiancée abandonnée par le compte Vronski ainsi que celui de Daria et Oblonski, le frère d’Anna, le mari volage.

Le portrait de la société russe de cette fin de 19ème est mis en lumière. Rempli de dames bien pensantes, offusquées par le comportement d’Anna (ou jalouses qu’elle ait franchi le pas tandis que leur vie ne sont que misère sexuelle – je suppute), des hommes qui la prennent pour une femme facile, une pute et les chuchotis sur son passage.

J’ai bien aimé les jeux d’acteurs, surtout celui d’Anna Karénine (Keira Knightley) : passant de dame bien sous tout rapports à jeune ado dévorée par la passion et qui ne pense pas une seule seconde au mal qu’elle fait à son époux.

Jude est excellent en mari raide comme un piquet et donnant l’impression qu’il a peu d’émotions.

Quant au joli cœur du comte Vronski, on peut dire qu’il est à l’origine de la chute d’Anna car s’il ne l’avait pas poursuivie et fait la cour, elle aurait juste gardé cette émotion dans son cœur et c’est tout.

Un bon film qui se laisse regarder avec l’impression que la fin ne sera pas « happy » car si elle l’était, cela perdrait de sa crédibilité. 

Là seule chose que j’aie détesté, ce sont les décors « théâtre ».

Anna Karénine (film et livre) traite donc des ravages que cause une passion illégitime : Anna, qui quitte tout pour vivre une relation extraconjugale avec Vronsky, un bel officier, renonçant ainsi à son rôle d’épouse et de mère..

Et à l’opposé, l’amour légitime qui unit Kitty et Lévine offre un exemple à suivre, donnant un sentiment de sérénité et d’harmonie naturelle.

Étoile 3,5

Le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine et le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.

 

Nos disparus : Tim Gautreaux

Titre : Nos disparus                                                                            big_4-5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Seuil (2014)

Résumé :
1918. Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée quand il avait six mois, débarque en France le jour de l’Armistice. On l’envoie nettoyer les champs de bataille de l’Argonne.

1921. Rentré traumatisé à La Nouvelle-Orléans où il est devenu responsable d’étage aux grands magasins Krine, Sam ne peut empêcher l’enlèvement, quasiment sous ses yeux, de Lily Weller, trois ans et demi.

Licencié, sommé par les parents Weller de retrouver leur enfant, il embarque comme troisième lieutenant à bord de l’Ambassador, bateau à aubes qui organise des excursions sur le Mississippi. Le roman longe le fleuve sur fond de musique de jazz – orchestre noir, orchestre blanc et alcool à volonté.

Au gré des escales et des bagarres, Sam, toujours en quête de Lily, met au jour un fructueux commerce d’enfants animé par quelques spécimens peu reluisants de la pègre des bayous.

Les vrais sujets de cette fresque naturaliste striée de noir restent les liens du sang, l’inanité de la vengeance et la transmission des valeurs.

Critique : 
Voilà ce qui s’appelle avoir une chance de cocu ! Sam Simoneaux ainsi que les autres combattants Américains, arrivent en France pour participer à la Première Guerre Mondiale le… 11 novembre 1918.

À peine descendu de leur rafiot, c’est des scènes de liesse partout : la guerre est finie. On pourrait penser qu’ils vont se tourner les pouces, mais non, faut déminer les champs remplis de grenades, bombes, obus… Sans se faire exploser sois-même !

Dès le début, en quelques pages (40), l’auteur, de sa plume sans concession, nous démontre toute l’absurdité, toute la bestialité, toute la cruauté et l’inhumanité d’une guerre. Nos soldats, tout dépités lorsqu’ils étaient arrivés de ne pas pouvoir participer à cette Grande Boucherie, comprennent ce à quoi ils ont échappés. Voir les corps déchiquetés et la terre éventrée vont les secouer et les traumatiser.

Ensuite ? Retour à la casa América pour nos hommes et Sam Simoneaux se retrouve à la Nouvelle-Orléans comme responsable d’étage aux grands magasins Krine.

N’allez pas croire qu’on se la coule douce, dans les romans de Tim Gautreaux. Nous sommes dans le Sud de l’Amérique, et c’est toujours un Sud poisseux et inhospitalier que nous allons évoluer. Un Sud aux mentalités raciales que vous connaissez bien. La tolérance, c’est toujours un gros mot.

Ici, on boit de l’alcool de contrebande, sorte de tord-boyaux qui donnera un peu de courage aux gens ou qui les fera oublier dans quelle misère noire ils vivent. Certes, tous ne vivent pas dans la misère, mais les contrastes sont assez prononcés entre les deux populations : les très riches et les pauvres.

Qualifier ce roman de policier ne serait pas faux, nous avons notre Sam qui va se muer en enquêteur de fortune afin de retrouver la petite fille kidnappée, presque sous ses yeux, au magasin.

Mais ceci n’est qu’une partie visible de l’Histoire avec un grand I. C’est aussi de l’Aventure que l’on vous propose, une Quête, parce que retrouver la gamine est une sorte d’exorcisme, une expiation d’une faute ancienne. Ce roman mélange habillement tout ces genres pour nous donner un plat de résistance dont on se pourlèche les babines.

Sorte de voyage initiatique sur un bateau à aubes remontant le Mississippi sur des airs de jazz et de bagarres, l’auteur nous ballade à travers le Sud sans que l’on voit le temps passer, nous présentant une (faible) partie de ses plus mauvais gens. Et les pires ne sont pas toujours chez les pauvres ! Mais certains valent la peine qu’on ne les croise jamais de notre vie.

— Mais ces gens sont complètement malades !
Les yeux de Soner lui parurent clairs et brillants.
— Absolument pas. Ils sont exactement comme vous et moi. Ils sont seulement descendus quelques barreaux plus bas sur l’échelle morale que la majorité.

— À cette époque, quand on rencontrait un Cloat, on finissait la gorge tailladée par un rasoir ou une balle de .45 dans le crâne. Enfin, si on était un homme. Les femmes, elles, devaient subir d’autres types de pénétration. Les Cloat ne sont pas d’ordinaires mauvaises graines d’assassins.

— Un des Skadlock dont je t’ai parlé.
— Moitié homme, moitié belette.
— Pour la partie belette, tu as sans doute raison.

J’ai joué de la musique pour des culs-bénis, des soulards ou des péquenauds, j’ai dansé au son de la musique Noire, j’ai essuyé des crachats, lavé le pont souillé de vomi, l’ai fait briquer, j’ai enquêté, j’ai terminé mes journées épuisée et vous savez quoi ? J’en redemande.

Il leva la main, puis la laissa retomber.
— Je n’y comprends rien. Il y a quelques jours encore, c’était une épave puante. Aujourd’hui, il me donne envie de partir en croisière au clair de lune.

Les bateaux à vapeur, ils sont toujours en bois, et pas du meilleur ni du plus épais. En fait, ces rafiots sont à peine plus solide que des cages à poules. Quand il y en a un qui se cogne contre le pilier d’un pont, sûr qu’en aval les gens ont plus besoin d’aller s’acheter des cure-dents pendant un bon bout de temps.

La plume de l’auteur fait toujours mouche, ses personnages sont toujours aussi fouillés, attachants ou donnant des envies de meurtre (une certaine bonne femme, surtout), sans nous gaver, il nous brosse le portrait d’une Amérique dans les années 20 avec détails, mais pas de trop. À nous d’aller voir ce qu’est un train des orphelins.

La trame n’est pas cousue de fil blanc parce que j’ai eu des surprises. Franchement, je pensais qu’on allait plier l’affaire en deux coups de cuillère à pot et bien non !

Un portrait sombre du Sud, des personnages taillés à la serpe, hantés par des deuils non accomplis, des idées de vengeance, des douleurs muettes et des envies de revenir en arrière pour tout changer.

Son oncle lui avait dit et répété que la vengeance ne menait nulle part et qu’un salaud se punissait tout seul en en étant un.

Il y a une humanité énorme dans le personnage de Sam et sa force de caractère lors de certains passages ont forcé mon admiration. Oui, il y a encore des traces d’humanité. Le roman en est rempli.

– Petit, un pistolet dans la poche d’un homme change sa façon de penser. Quand il n’en a pas, il hésite à prendre certains risques. Quand il en a un, il va là où il ne devrait pas, ou fait ce qu’il ne devrait pas faire. Il pense qu’une arme est un passe-partout, mais il se trompe.
– Mais c’est aussi une protection, non ? Un dispositif de sécurité ?
– Quand on ne sait pas nager, il vaut mieux ne pas s’approcher de l’eau.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Polar historiqueCHALLENGE - US

Le Mystère du Hansom Cab : Fergus Hume

Titre : Le Mystère du Hansom Cab                                 big_3-5

Auteur : Fergus Hume
Édition : Payot et Rivages (2006)

Résumé :
Un soir, Malcolm Royston, conducteur de fiacre à Melbourne, découvre qu’il transporte le corps d’un homme qui a manifestement été assassiné.

Hormis un étui à cigarettes en cuir de Russie et le mouchoir de soie qui a servi a à chloroformer la victime, aucun papier ni signe distinctif ne permettent de l’identifier.

Samuel Gorby, détective de la police de Melbourne, va mener une enquête pleine de surprises, qui l’entrainera dans les beaux quartiers de la ville comme dans ses bas fonds les plus sordides.

Publié en 1886, « Le mystère du Hansom cab » est l’une des œuvres les plus célèbres de la littérature policière. Premier roman criminel à accéder au statut de best-seller, il surpassa en ventes les aventures de Sherlock Holmes.

« Le mystère du Hansom cab », derrière d’apparentes facilités, est avant tout le roman des tensions sociales contemporaines et l’on sera surpris ici du dénouement d’une incroyable immoralité.

Critique :
« Le Mystère du Hansom Cab » est considéré comme l’un des premiers classiques du roman policier, son auteur l’ayant publié en 1886, sa rédaction tenant plus du hasard que d’autre chose…

En effet, Hume s’était enquis auprès d’un libraire de Melbourne sur le type d’ouvrages qui se vendaient le plus : « Les romans judiciaires de Gaboriau se vendent fort bien », lui fut-il répondu et Hume fit l’acquisition de toutes ses œuvres (11) qu’il lu avec attention.

Je ne pouvais donc pas lire un autre roman après « L’affaire Lerouge » de Gaboriau… Je voulais comprendre aussi comment cette œuvre était devenue la plus célèbre de la littérature policière, avait accédé au statut de best-seller et avait surpassé en ventes « Les aventures de Sherlock Holmes » ! (d’après le quatrième)

Amis lecteurs, si vous êtes à la recherche d’un policier trépidant, oubliez celui-ci !

En effet, bien que le meurtre ait lieu de suite (après quelques lignes), l’auteur prend le temps de décrire l’atmosphère de l’époque et d’entretenir le suspense, il se permet des tas de digressions en nous introduisant dans la vie des divers protagonistes, introduit deux logeuses hautes en couleur dont une est à flinguer, nous sort une jeune fille amoureuse qui fait confiance aveuglément à son fiancé accusé,…

Mais malgré tout cela, l’intrigue suit son cours et le tout est savamment dosé pour entretenir le suspense et nous mener sur des fausses-pistes (ou pas).

Le pitch ? La nuit, dans le fiacre de Melbourne, le client transporté est retrouvé chloroformé par le cocher et n’ayant pas de papiers sur lui, impossible de dire qui il est…

Le détective Gorby va devoir mettre toute sa science en œuvre afin de trouver l’identité de ce gus qui, avant d’être mort, était ivre et qu’un gentleman soutenait tout en appelant un fiacre.

Tout à coup, celui qui le soutenait le laisse choir en criant « C’est vous ? » et se casse, laissant le cocher fort dépourvu. Ce gentleman fera ensuite demi-tour pour monter dans le fiacre – avec le futur mort – pour en descendre ensuite, sans préciser que le voyageur ivre a déjà mangé son extrait de naissance.

Voilà tout ce que le cocher peut dire, mais il arrive tout de même à décrire vestimentairement l’homme ainsi qu’à indiquer qu’il porte une moustache blonde.

Tout ça à l’air bien simple, mais en réalité, ça ne l’est pas et rien, je dis bien « rien » ne sera évident dans cette enquête.

La logeuse du défunt s’inquiétant de la disparition de son locataire, cela permettra au détective Gorby de trouver son identité et ensuite de chercher celui qui aurait pu le rayer de la carte des vivants…

Une fois le coupable arrêté, on pourrait penser que tout est terminé… Étrange alors que la moitié du livre n’est pas encore lue.

Comme par hasard, le jeune homme arrêté clame son innocence mais refuse de dire où il se trouvait au moment du meurtre. Une femme serait-elle cachée là-dessous ?

– Quelles drôles de créatures que les femmes ! Je suis de l’avis de Balzac : comment l’homme comprendrait-il la femme puisque Dieu, qui l’a créée, ne la comprend pas lui-même ?

Il voudrait que sa fiancée ne l’apprenne pas ? Protecteur ? Ou bête, très bête !

Là, c’est son avocat qui va jouer au Perry Mason et enquêter avec la ténacité d’un bouledogue ne voulant pas lâcher son os. Aidé dans son enquête par un autre détective, Kilsip. Le procès aura lieu et je ne donnerai pas le résultat de la délibération des jurés.

L’avocat Calton et le détective Kilsip… Un sacré duo ! Des milieux huppés aux bas-fonds sordides de Melbourne, plongeant dans la misère ou en côtoyant les bourgeois riches, ce sont eux qui vont réussir à remonter le fil de la soirée et à résoudre le mystère de la mort dans le Hansom Cab.

Scotchée durant le roman, m’étant attachée à certains personnages, j’étais sûre d’avoir trouvé le coupable, mais peste soit de l’auteur, il m’a bien eu et je me suis retrouvée à la fin, la bouche ouverte, devant le nom du coupable.

En effet, le dénouement est d’une immoralité crasse.

L’ancêtre du roman policier s’est révélé une bonne lecture, une sorte de roman noir avant l’heure, mais je lui préférerai toujours Sherlock Holmes (ok, je ne suis pas impartiale !).

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).