Le Pays des oubliés : Michael Farris Smith

Titre : Le Pays des oubliés

Auteur : Michael Farris Smith
Édition : Sonatine (17/01/2019)
Édition Originale : The Fighter (2018)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Abandonné à la naissance, Jack est passé d’orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l’écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile.

Aujourd’hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l’argent nécessaire.

Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d’avancer.

D’autant plus qu’il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu’est le delta du Mississippi.

Critique :
♫ Premier coup d’poing, échangé, dans une cour, de récré ♪

♫ Premier combat, dans la cage, que vous v’nez d’remporter ♪ Ça ne s’oublie pas quand c’est la première fois ♫

Je ne voudrais pas faire hurler dans les chaumières avec cette vieille ritournelle que je viens de vous remettre en tête, mais elle m’est venue spontanément à l’esprit…

Je m’en voudrais aussi de faire pleurer dans les chaumières avec l’histoire malheureuse de Jack, abandonné à l’âge de deux ans par ses parents, uniquement vêtu d’une couche sale et brinquebalé ensuite de foyer en foyer…

Mais c’est ainsi… Vous aurez la larme à l’oeil et personne ne saura si c’est à cause de l’histoire triste de Jack ou à cause de la chanson que je viens de vous remettre en tête pour toute la journée.

Ma foi, j’aurais pu chanter du Nolwenn avec son ♫ Cassé ♪ car c’est ce que Jack est, cassé de partout. Trop de combats dans la cage, trop de coups de poings encaissés, trop de cachets avalés, trop de whisky, trop de dettes à rembourser, trop de tout.

Pourtant, à l’âge de 12 ans, ça avait mieux tourné pour lui, quand Maryann l’avait accueilli, mais on ne peut pas lutter contre ses démons et si Jack s’était apaisé, d’autres sont venus jeter de l’huile sur le feu bouillonnant qu’il était.

Jack, on pourrait le cataloguer dans les loosers : il a emprunté de l’argent à Big Momma Sweet, l’a joué dans les combats, ne s’est pas couché quand on le payait pour ça, a joué au casino pour se refaire, ne s’est pas retiré à temps…

Un cercle vicieux dans lequel il a mis le doigt et impossible d’en sortir, un pas après l’autre, il court à sa perte car il est incapable d’être raisonnable, est tête brûlée et on a souvent envie de l’attraper par le col, et pourtant, on reste là à le regarder s’enfoncer de plus en plus, en serrant les dents pour lui.

Ce roman noir est court mais tous les ingrédients du roman noir se trouvent dedans ! Rien ne manque, ni les personnages flamboyants, paumés, violents, alcooliques, sans morale aucune, profitant des faiblesses des autres ou les loosers magnifiques.

Comme durant un match dans la cage, les coups pleuvent entre les rounds et l’auteur, s’il te laisse tout de même respirer, t’entraine vers le combat ultime, celui dont tu as peur de ne pas tenir, de t’écrouler et de voir ton sang imprégner le ring sale sur lequel tous les coups sont permis.

Là, tu as envie de te mettre à genoux et d’implorer le créateur de ses pages d’épargner un peu ses personnages, de leur offrir des vacances, loin de tout cela, de faire intervenir les Bisounours pour calmer le jeu, mais pas de miracle, l’auteur ne t’écoute pas et on se prend des pains dans la gueule et on en redemande.

Un roman noir violent, sombre, avec très peu de sucre, profond, âpre, mais il est réaliste, juste et la plume de l’auteur se plante dans ton cœur car il nous offre des personnages puissants, même dans leur détresse ou dans leur loositude (comment ça, le mot n’existe pas ? J’m’en fous).

L’Amérique profonde, une fois de plus, m’a envoûtée. Normal, avec Michaël Farris Smith aux commandes, le voyage ne pouvait être que très bon.

Mais il serait peut-être temps que je me fasse un roman d’humour ou un Oui-Oui, ça me ferait du bien au moral littéraire.

Des centaines de kilomètres plats. Des repaires d’esclaves et de soldats. Une terre d’oubliés couverte de cieux infinis.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Cabossé : Benoît Philippon

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Titre : Cabossé

Auteur : Benoît Philippon
Édition : Gallimard (2016)

Résumé :
Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée »…

Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas… Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but.

Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

vieux-ringCritique :
À ma gauche, un mètre quatre-vingt-quinze de bêtise crasse pour cent dix kilos de vie de merde, triple champion du monde de la lose intégrale, j’ai nommé Roy le Cabossé !

À ma droite, un mètre vingt-deux de vide sous cellophane, trente-trois kilos de viande molle, j’ai nommé Guillemette la Trépassée !

Toujours aussi sympa dans ses présentations, le Martino !

À quoi pourrait-on comparer ce roman noir lumineux ? À l’histoire de la Belle et de la Bête ! Sauf qu’ici, les deux personnages – Roy et Guillemette – se sont rencontrés via un site de rencontre, qu’ils couchent ensemble le premier soir, que leur première nuit est ponctuée d’orgasmes multiples et qu’ensuite, au lieu d’une histoire d’amour banale, ils seront en cavale. Mais toujours avec du sexe ! Bref, pas un Disney !

La petite, c’est une sirène qui lévite autour d’une baleine. Un coup de queue mal géré et la sirène finit en tartare de thon. Enfin un coup de queue, façon de métaphorer.

La Belle, c’est Guillemette, c’est une luciole, une petite femme fragile, que la vie n’a pas épargnée non plus. La Bête, le Minotaure, c’est Roy, encore plus cabossé par la vie, à croire que le Bon Dieu l’a oublié quand il distribuait les jolies tronches de bébé à la naissance.

Et ceux qui lui parlent de sa personnalité pas bien façonnée, il leur explique son parcours d’évolution psychologique à coups de poings dans la gueule et, en général, l’explication fait son chemin. Souvent vers l’hôpital. Mais au moins, ils vont quelque part.

Eux deux, c’est la môme Piaf et son boxeur Marcel Cerdan, sauf que notre ancien boxeur à nous, il fait presque 2 mètres et qu’il est bâti comme une armoire à glace normande, avec le caractère bouillant d’un volcan en éruption.

Roy a tout de suite apprécié la capitale. C’était moche, c’était sale, ça puait la tromperie, le vice et la mort. Il s’y est senti comme sur un ring. Un ring sans règles, avec un adversaire teigneux et sanguinaire. Roy avait dix-neuf ans, il venait de quitter son bled après avoir vécu un drame qui l’avait terrassé et il avait pas pu soulager sa colère. Une cocotte-minute verrouillée, sous pression, qui siffle et qui va finir par exploser. Une bombe à retardement dans les rues de Paris.

Beaucoup d’émotions dans ce livre ! C’est brut de décoffrage, l’auteur a un style qui n’appartiendra qu’à lui, mais dont il a dû emprunter à d’autres, ceux qui écrivent en maniant l’art de la métaphore à la truelle.

Ne cherchez pas de grandes envolées lyriques, vous n’en trouverez point. Ici, on aurait plus un côté Tontons Flingueurs dans les pensées des personnages ou dans les images utilisées par l’auteur pour nous décrire une situation ou une personne. La violence en plus parce qu’ici, messieurs, dames, on ne fait pas de la dentelle non plus.

Sans avoir fait sept ans d’études d’anatomie, Roy peut déjà annoncer que Martinot vient de perdre trois côtes et de se déplacer deux vertèbres. Voilà pour le hors-d’œuvre. Le reste du menu arrive, le chef vous a préparé une surprise à sa façon. Il espère qu’elle sera à votre goût.

Certes, on me dira que dans les réparties, ce n’est pas la Comédie Française ! Je le sais, l’auteur l’avoue lui-même dans son roman.

C’est pas non plus la Comédie-Française, Roy et Martinot, mais vu le contexte, leur cerveau en ébullition leur donne de la verve.
— J’ai pas besoin de ma queue pour lui déchirer le cul à ta pétasse. Un bon fer à souder fera très bien l’affaire.
Pas la Comédie-Française, donc.

Sûr que quand un type te dit qu’il peut déchirer le cul de ta femme avec un fer à souder, tu sens bien que pour la politesse, tu repasseras ! Chez les Bisounours, ça détonnerait, ça te scandaliserait la mère ménagère de moins de 30 ans, mais ici, nous sommes avec des truands et il ne sortira pas des papillons arc-en-ciel de leur flingues !

Ici, les répliques, c’est pas du flamby, c’est même pas du Nain Agité, c’est des répliques au cordeau, à la Vlad P., en moins diplomate et en plus pire, c’est te dire que certains ont des flingues de concours et la puissance de feu d’un croiseur.

Mais c’est aussi une histoire d’amour improbable, des rencontres que tu ne ferais pas en une vie, des personnages tellement atypiques et des situations folles que certains pourraient dire que c’est exagéré. Mais non, ça ne l’est pas dans ce roman noir !

Et dans toute cette noirceur, il y a aussi du magique avec Lou, Bobby le prof de boxe homo, Mademoiselle Solange de la biblio, Rita la pute qui faisait dans l’humanitaire du cul, René le niaouké tout ridé, Iris l’aveugle, Berthe dite mamie Luger, sa luciole Guillemette et la petite Lili.

Des rencontres belles, des histoires qui nous font fondre, puis qui étreignent notre petit cœur. Des rencontres qui ont façonnées notre Minotaure Roy tel qu’il est. Des gens qui lui ont tendu la main, faisant fi de sa trogne de tomate écrasée.

Un personnage central de Roy que l’on devrait craindre, que l’on devrait ne pas aimer, un anti-héros total, mais un homme que l’on apprécie au fur et à mesure et que l’on suivrait jusqu’au bout du monde, parce que sous l’armure, bat aussi un cœur, cabossé lui aussi, mais un cœur.

Pour mon dernier livre de l’année 2016, je termine donc sur un méga coup de cœur. Embêtant car j’avais déjà établit ma liste des coups de cœur et là, j’en ai 16 au lieu de 15.

Oui, ce livre fera partie intégrante de mes jouissances littéraires de l’année 2016 ! Je fini l’année en beauté, en orgasme livresque, mais je ne saurais pas vous dire qui m’a fait le plus de bien cette année, qui le faisait le mieux ou qui avait le plus beau roman. Ils et elles l’ont tous et toutes fait à leur manière bien différente.

— Je te mens pas. J’ai encore des restes de spasmes qui me viennent du vagin et qui me secouent jusqu’au cortex reptilien.

Toujours le même instinct compulsif masculin qui fait tourner le monde : qui c’est qu’a la plus grosse ?

Chacun de mes coups de cœur était beau à sa manière. « Cabossé » est beau aussi, mais à sa manière, et c’était pas de la poésie ! Bien que, à certains moments on pourrait dire qu’on a poétisé d’une autre manière…

— Je vais pas juste te dépuceler, mon beau. Cracher ton jus, c’est pas le plus compliqué, tu m’as pas attendue pour ça. D’ailleurs vu que c’est ta première fois, j’imagine même que c’est déjà fait.

Pour une raison physique inexplicable, Roy arrivait plus à respirer alors que c’est sa queue que la main de Rita garrottait et faisait gonfler à l’en éclater. Le choc, sans doute.

En définitive, malgré les apparences pour le moins trompeuses, cette camionnette rouillée était un temple de l’amour. Sa prêtresse y pratiquait l’élévation de l’esprit et de la queue, afin que ses puceaux excellent dans l’art du cul bien fait. On a la science qu’on peut.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

BILAN - Coup de coeur

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Territoires : Olivier Norek [LC avec Stelphique]

Titre : Territoires                                                                            big_4-5

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2014)

Résumé :
Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste, le calme semble être revenu au SDPJ 93.

Son équipe, de plus en plus soudée, n’aura cependant pas le temps d’en profiter. L’exécution sommaire, en une semaine, des trois jeunes caïds locaux de la drogue va tous les entraîner dans une guerre aussi violente qu’incompréhensible.

Coste va avoir affaire à une armée de voyous sans pitié : tous hors la loi, tous coupables, sans doute, de fomenter une véritable révolution. Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?

Critique : 
Putain, sa mère, c’t’enroule, elle déchire sa race !

Quelle claque ! Le premier opus était déjà costaud et envoyait du lourd, mais celui-ci le surclasse et monte d’un cran dans la qualité du récit.

Monsieur Norek est un récidiviste, chacun de ses romans semble être plus mieux que le précédent, on sent que notre caïd de la littérature va nous péter un train postal s’il continue dans cette voie du grand braquage du lecteur.

Bienvenue dans la zone, l’Aire 93, ouske c’est pas le monde des Bisounours, mec. Trois caïds de la drogue se sont fait descendre dans la cité…

Vous pourriez croire béatement et benoitement que c’est super génial. Et bien non, pauvres fous, vous venez de vous foutre le joint dans l’œil jusqu’au coude.

Les gars, j’ai étudié la compta, l’économie, le business et toutes ses règles du marché, sans oublier les coups bas à la concurrence, mais je ne l’avais pas encore appliqué au business de la Blanche ou de la Brune. Sérieux, là je pense que j’ai une reconversion de job à faire, moi !

Ce qui frappe dans ce roman, ce n’est pas tellement un coup de batte de base-ball, mais le réalisme du récit. On sent le flic sous l’auteur, ça pue le vécu, en plus de puer la corruption à tous les étages.

— Vous savez, j’ai toujours classé les infractions en deux mobiles. L’argent et le sexe. Vous m’avez ouvert l’esprit. Il n’y a jamais qu’un seul mobile, celui du pouvoir.

Oui, nous oublions trop souvent qu’il y a des connections entre les kailleras des citées et les Cols Blancs. Je ne suis pas naïve, du moins, je le pense, je sais qu’un arbre peut cacher une forêt et que si nous savions toute la vérité, nous aurions des sueurs plus que glacées, mais ici, j’en ai eu le palpitant qui a manqué quelques battements.

Sa citation favorite lui revint, comme d’habitude, mais son sens n’eut jamais autant de force :
— Alors on a les mains dans la merde et dans le sang. Jusqu’aux coudes.
— Pourquoi ? Vous imaginiez qu’on peut gouverner innocemment ?

Ce roman, c’est quoi ? Un récit empreint de réalisme, un scénario diabolique où le but du jeu n’est pas de savoir QUI a tué, mais QUI a commandité, ou QUI a posé le couvercle sur une marmite qui bouillonnait déjà et monté la vitesse du gaz.

Une équipe de flics que nous connaissons déjà, mais que nous avons plaisir à retrouver, bien que les suivre soit assez dangereux, surtout dans les citées. Heureusement qu’ils ont de l’humour en plus de leurs armes.

— C’est du chocolat.
— Pardon ?
— C’est pas du sang sur le Scotch, c’est du chocolat.
— Tu déconnes ?
— J’ai deux gosses à la maison qui bouffent comme des bébés dinosaures et qui préfèrent leurs doigts aux fourchettes, alors permets-moi de faire l’experte.

Un Méchant sadique psychopathe qui fout la trouille parce qu’il n’a que 12 ans, un pauvre chat (oui, monsieur Norek, là, je porte plainte), de la came plein les pages, des pneus brûlés et des voitures renversées, des émeutes dans la citée et une personne qui a provoqué l’étincelle pour mettre le feu, sans compter une autre qui arrose de pétrole.

« La violence crée la peur et la peur soumet les hommes ».

Ce roman, c’est aussi de la corruption au plus haut niveau, des magouilles et compagnie et les bonnes vieilles méthodes mafieuses de l’arrosage au flouze, des familles qui crèvent la misère dans les citées parce qu’on ne veut pas que le monde voit cette misère noire aux portes de la capitale.

Un vrai putain de roman noir parce que ça pue la désolation, parce qu’on se fiche de coincer les coupables puisque le problème est bien plus grave qu’une simple résolution de meurtres. J’en suis encore sur le cul… que l’auteur m’a troué.

Assurément, Territoires, il a tout d’un grand. ♫ Si tu m’crois pas hé, j’t’incendie ta bagnole à la récré ♪

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

BILAN - LC réussie - OKCHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Pourquoi je l’ai choisi :
On avait hâte avec Cannibal Lecteur de retrouver l’équipe de Coste, et surtout l’écriture de Norek depuis le coup de cœur du Code 93 !

Synopsis :
Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L’exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables.

Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d’à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé…et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.

Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ? Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles – loin d’être aussi fictives qu’on pourrait le croire – où les assassins eux-mêmes sont manipulés.

Les personnages :
Quel plaisir de retrouver cette équipe de flics atypiques!!!! Leurs empathies ressortent plus encore dans cet opus, et déjà qu’on aurait bien aimé boire un coup avec eux sur le toit, là je m’y ferais même un petit pique-nique, histoire de partager encore un peu plus avec eux !!!

Je me demande si Victor n’aurai pas les qualités de Olivier…. Déjà il a les beaux yeux bleus et le sourire, apparemment…..

– Tu sais quoi Victor ? Tu mets une bonne dose de n’importe quoi dans nos vies. Et je t’en suis reconnaissante.

Ce que j’ai ressenti :
Entre adrénaline et réalisme, on peut vraiment affirmer que Mr Norek confirme son talent ! Impossible ou presque de lâcher ses pages. ♫♫ Ça balance pas mal à Paris ♫♫, mais ça vrille à Malceny… Encore une enquête dans le 93, qui cette fois ci nous entraîne sur les chemins de traverse de la drogue et ses conséquences….

Adrénaline…
Ce thriller n’a rien de reposant! On est happé dans cette ville en feu! Les explosions, les menaces et règlements de comptes rythment le roman avec intensité! La peur et l’angoisse nous saisit, l’odeur de pneu en feu nous envahit le nez, l’horreur de certaines scènes nous saisit jusqu’au cœur.

L’escalade de violence est un phénomène récurrent dans ses lieux, mais le voir de l’intérieur, je peux vous dire que ça fait son effet bœuf, bien plus que des images d’un documentaire….

…Réalisme.
Je crois que c’est ce qu’il me plaît le plus dans cet auteur: Sa manière d’écrire ! Il nous éclaire sur les véritables enjeux de la politique et de l’économie souterraine, mais avec un style. Il nous met dans la confidence en tant que lecteur, tout en nous offrant le regard critique et incisif d’un flic qui en vu pas mal.

Chaque phrase sonne juste, chaque situation nous semble réelle, chaque battement de cœur est chèrement gagné pour cette équipe qui risque leurs vies à chaque descente… C’est saisissant de vérités et c’est pour cela que c’est d’autant plus effrayant !!!!

« C’est le drame de nos vies, on consacre nos journées et nos nuits à aider de parfaits étrangers sans être capables de faire attention à ceux qui nous sont proches. »

Le mot qui me vient à l’esprit pour illustrer ce livre c’est : Jeux. Jeux de pouvoir et tour de passe-passe, Jeux de dupes et faux-semblants, Jeux de séduction et sourires carnassiers, Jeux d’argent et sanglantes retombées. Il ne fait pas bon vivre dans ses quartiers, l’auteur nous le confirme une fois de plus, mais on s’aperçoit que les infos brûlantes que l’on en reçoit sont à prendre avec parcimonie. Coté action/réaction on est servi, par contre tout le monde, se passe le dossier Bombe/cité au plus vite pour ne pas s’ébouillanter les doigts ! Le jeu en vaut-il la chandelle ? Il ne vous reste qu’à ouvrir ces pages pour le découvrir !

La petite douceur de ce thriller énergique, c’est l’humour qui vient se glisser dans ses pages…Juste hilarantes ces petites notes !!!!!!

– Putain, j’ai vu des salopes de toutes les sortes, mais elle, elle fait la synthèse.

– Vous me faites marrer les mecs, les mecs, à croire que vous avez une baguette entre les jambes.
– Fais moi penser à écrire cette phrase sur tee-shirt.

En bref, je laisse le mot de la fin sur les mots de Norek : « Peut être un orage de merde se préparait-il au loin. Mais là, juste là, c’était un chouette moment. »

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 9/10

La malédiction du gitan : Harry Crews

Titre : La malédiction du gitan                                big_5

Auteur : Harry Crews
Édition : Gallimard (2010)

Résumé :
Marvin Molar aurait de quoi l’avoir mauvaise. Il a le buste puissant et des bras de cinquante centimètres de circonférence, mais il ne pèse guère plus de cinquante kilos.

C’est que Marvin n’a pour ainsi dire pas de jambes, juste deux petites cuisses de grenouille. Marvin Molar est aussi muet de naissance, sourd par accident, et ses parents l’ont abandonné à l’âge de trois ans.

Il vit au Fireman’s Gym avec Al Molarski, le vieil homme qui l’a recueilli, au milieu d’une famille de défectueux divers.

Contrairement à tous ces tarés, Hester, la copine de Marvin Molar, « n’a pas été oubliée le jour de la distribution ». Il ne lui manque rien, tout est au bon endroit. Sauf, peut-être, le cœur…

Critique : 
Que ceux qui se plaignent à tout bout de champs pour presque rien prennent exemple sur Marvin Molar :  il est né sans jambes, sauf si on considère que ses deux petites cuisses de grenouille de jambes en sont.

« C’est rapport à ce qu’il est tellement vilain, avec ces foutues jambes ficelées à son cul comme il a ».

Non content d’être cul-de-jatte, il est aussi muet de naissance,  ses parents l’ont abandonné à l’âge de trois ans devant un gymnase pour les fous de fonte et Marvin devenu est sourd par accident.

Il a juste pour lui un buste puissant et des bras de cinquante centimètres de circonférence. Vous me direz que ça lui fait une belle jambe… je sais.

Nous sommes à Tampa en Floride, dans une salle de sport, le Fireman’s Gym où se côtoient les boxeurs, les fous de fontes et les sportifs amateurs.

Les personnages sont toute une histoire à eux seuls. Le maître des lieux, Al Molarski, ancien lutteur au corps bodybuildé qui a perdu un peu de sa masse musculaire puisqu’il a 70 balais. Sa manière de parler est aussi assez originale puisqu’il inclut son prénom dans les conversations.

— T’avais pas dit à Al qu’elle s’exerçait.

C’est lui qui a récupéré Marvin et en a fait un artiste, un équilibriste, une bête de foire, notre homme arrivant à faire pivoter ses 45kg sur un seul doigt. Al est accompagné de Pete, un ancien boxeur Noir qui parle tout seul et de Leroy, un jeune qui pensait savoir boxer.

Tout ce petit monde tournait assez bien jusqu’au moment au Marvin a cédé aux sirènes d’Hester, sa copine – qui possèdent des jambes interminables – et l’a amené vivre avec eux…

« Bordel de merde, Hester, on peut pas avoir une bonne femme dans un gymnase pour hommes – habiter avec trois mecs, en plus !
« T’as dit qu’y en avait deux qui étaient sonnés ».
« Putain, ils sont sonnés tous les trois, mais ils ont quand même des bites. »
« J’ai déjà vu des bites », elle a fait. « Les bites, c’est pas ça qui m’effraie ».

Sa gonzesse a beau avoir tout ce qu’il faut là où il faut, savoir réaliser des prouesses sexuelles à damner des Bonzes Tibétains ou à faire triquer un régiment d’eunuques, il lui manque un truc essentiel : le cœur !

Hester elle a des cuisses à vous en donner un arrêt du cœur.

— T’aimes ça quand je te le fais, non ? qu’elle disait.
— À en tourner de l’œil.

« ¡ Que encuentres un coño a tu medida ! » est la malédiction du gitan qui signifie « Trouve-toi un con à ta taille et tu ne seras plus jamais le même »… Amis de la poésie, bonjour !

Si Marvin ne possède ni la parole ni des jambes, il a une cervelle et sait s’en servir, il a compris, lui, ce qui allait se passer… Malheureusement, quand on se fait tenir par le bout de la bistouquette, on n’est plus bon à rien. Et puis, quand on a fait entrer le loup dans le poulailler, c’est trop tard.

J’ai pris un plaisir énorme avec la plume de Harry Crews et son monde de Freaks (monstres humains) tellement drôles, cyniques, qui, sous leur carapace et leur air grognon possèdent un cœur. Al est comme un père pour eux et tous les 4 se complètent tellement bien.

Marvin fut mon préféré, son statut de narrateur donnant au récit une touche plus profonde, plus belle, plus touchante. Il y a un tel réalisme dans l’écriture que les personnage vous paraissent réels, surtout que leur langage est des plus fleuri et n’a rien d’académique.

« J’ai tenu plus de roustons dans ma main que Willie Mays a jamais lancé de balles de base-ball » elle a fait en prenant bien soin de paraître désinvolte.

Et puis, Marvin, petit personnage cabossé, est attendrissant au possible.

Le malheur, je l’ai vu venir… leur monde était fragile et on l’a senti vaciller à l’arrivée d’Hester. On sait que tout finira mal, mais on ne peut pas lâcher le livre, espérant un happy end.

C’est un grand moment d’émotion que j’ai passé en lisant ce roman noir qui jongle avec le cruel et le tendre, l’espoir et le désespoir, le machiavélisme et le cynisme, la renaissance et la mort, la bêtise des uns et l’intelligence de Marvin.

Drôle et dramatique en même temps. Machiavel avait dû donner des leçons à certaines.

Oui, Marvin, je t’ai compris… Oui, Marvin, tu vas me manquer.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le « Mois Américain – Septembre 2014 – chez Titine et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

BIBLIO - Pedigree PALCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Donnybrook : Frank Bill

Titre : Donnybrook                                             big_5

Auteur : Frank Bill
Édition : Gallimard (2014)

Résumé :
Bienvenue dans l’Amérique profonde d’aujourd’hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d’armes et aux combats de boxe à mains nues.

Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture – et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.

Si le sud de l’Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d’appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l’énergie urbaine d’un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l’intrigue décapant, inspiré de l’écriture noire à la Jim Thompson.

Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l’effet à la fois d’une douche glacée et d’un coup de poing à l’estomac.

Critique : 
« Chiennes de vie » n’était déjà pas pour les petits n’enfants, ni pour les âmes sensibles… Je vous rassure de suite, « Donnybrook » ne sera pas pour eux non plus !

Amateurs du ♫ pays joyeux des z’enfants heureux, des monstres gentils ♪ , des Bisounours ou de Mon Petit Poney, je ne vous dirai qu’une chose : Fuyez, pauvres fous !

Par contre, pour moi, voilà encore un livre qui va aller poser ses petites fesses au Panthéon de mes romans noirs préférés.

Au départ, je m’attendais à 240 pages consacrées uniquement au Donnybrook – ce tournoi de combats à poing nus qui se déroule dans le sud de l’Indiana et dont le vainqueur remporte cent mille dollars – imaginant un récit à la façon d’un mauvais film de Van Damme, genre « Bloodsport » ou « Kickboxer », le scénario béton en plus, bien entendu !

Vous savez, un genre de roman qui, à l’instar de ses films, mettrait en scène des combattants qui s’affronteraient dans combats « phases finales à élimination directe » afin d’en arriver aux deux derniers vainqueur du tournoi… qui s’affronteraient enfin dans l’arène ! Une sorte de coupe du monde en version « boxe » au lieu du ballon rond…

Il n’en fut rien ! Ce livre, c’est plus que ça ! C’est mieux que ça ! Bien mieux qu’une description de tous les combats éliminatoires qui auraient saoulé le lecteur, à la fin.

Nos différents protagonistes, avant d’arriver au Donnybrook – de leur plein gré ou pas – vivront quelques aventures assez mouvementées. Et une fois sur place, faudra pas croire qu’ils pourront s’affaler pour manger un hamburger à la viande d’écureuil garantie sans équidé !

« Les spectateurs avaient sorti leurs chaises pliantes, leurs glacières. […] Les feux de camp au-dessus desquels grillaient les poulets, les quartiers de chevreuil, les chèvres, les écureuils, lapins et autres ratons laveurs empestaient l’atmosphère. Il en serait ainsi pendant trois jours. Ils vendraient leur nourriture, accompagneraient les cachetons et la came de grandes rasades de bourbon ou d’alcools de contrebande. Ils regarderaient un vingtaine d’hommes pénétrer sur le ring de cent mètres carrés délimité par du fil barbelé, puis combattre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Ensuite, on appellerait les vingts suivants. Dimanche, les vainqueurs de chaque groupe s’affronteraient. Seul le gagnant demeurerait debout. La gueule en sang, édenté, il attendrait de récupérer son dû en espèces ».

L’écriture est sèche comme un muscle de combattant, nerveuse comme un chien de combat qui sent le sang sans cesse, piquante comme si vous embrassiez un hérisson (et pas sur le ventre !), le tout sur un fond de crise économique agrémenté de quelques métaphores choc ou de philosophie très particulière.

« Il se répandit au sol comme le liquide amniotique d’entre les jambes d’une femme enceinte ».

— Pas le temps de philosopher sur ta conception tordue des rapports humains. Certains ont la bite de traviole, d’autres l’ont bien droite, mais tout le monde l’utilise pour baiser.

Le tout nous donnera une couleur aussi joyeuse que le costume d’un croque-mort dans Lucky Luke.

« Le rêve américain avait vécu, puis il s’était perdu. A présent, travailler aux États-Unis signifiait juste que vous étiez un numéro qui essayait de gagner un peu plus de fric pour ceux d’en haut. Et si vous en étiez incapable, il existait d’autres numéros pour prendre votre place ».

Nous sommes face à un roman noir, sans complaisance aucune…

— Mettez-lui une balle dans la tête, ordonna McGill. On la donnera à bouffer aux cochons. De toute façon, elle est foutue.

Niveau personnages, on pourrait faire un grand trou et les mettre tous dedans pour les recouvrir ensuite, vivants, de terre ! Même le shérif m’a donné envie de vomir, alors que je le trouvais sympa. Le personnage de Gravier m’a fortement touché, par contre…

Quant à Johnny « Marine » Earl, il est un des personnages un peu moins « sordide » que les autres.

Du moins, dans la masse des autres, il y a encore un peu d’espoir pour ce père de famille qui aime ses gosses et sa femme et veut leur offrir une vie meilleure. À n’importe quel prix : la fin justifiant l’utilisation de moyens pas réglos du tout !

Ce que les personnages vivront ressemblera plus à une descente en enfer qu’à un voyage de plaisance. Nous sommes à mille lieues de l’excursion d’Antoine Maréchal (Bourvil) qui emmenait, de Naples à Bordeaux, la Cadillac remplie d’héroïne de Saroyan (de Funès).

À propos d’héroïne, vous aurez tous les ingrédients qui entrent dans la fabrication de la meth. Admirez l’enchainement… Vous aurez même une héroïne bad girl qui a un réchaud Butagaz entre le jambes et que ne sent bien qu’avec une merguez là où je pense (et où vous pensez aussi).

« Le pharmacien l’avait ramenée dans sa maison style ranch […] Liz l’avait baisé à fond. Eldon [le pharmacien] avait été obligé de s’asseoir pour pisser pendant une semaine. Il avait peur de se réveiller avec la gaule depuis que Liz lui avait mis le dard à vif ».

« Tout ce qu’elle voulait dans la vie, c’était avoir assez de meth, de cigarettes et de Bud pour passer la journée. Et puis une bite bien raide pour satisfaire sa soif de contact humain ».

Quand je vous disais que ce n’était pas pour les gosses ou les âmes sensibles !

Ici, ça bastonne, ça flingue, ça trucide, ça torture, ça plante le frangin, ça baise à tout va, ça arnaque ou plus, si affinités, le tout sans foi, ni loi, ni morale : manger ou être mangé ! Tuer ou être tué…

Un auteur que je vais suivre à la trace, guettant sa prochaine publication…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « La coupe du monde des livres » chez Plume de Cajou (un de mes gardiens de but) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence »..

BIBLIO - Pedigree PAL