Mais qui êtes-vous M. DB Cooper ? Le premier hold-up aérien de l’histoire : Jon Marcello

Titre : DMais qui êtes-vous Mr D.B Cooper ? Le premier hold-up aérien de l’histoire

Auteur : Jon Marcello
Édition : Independently published (2018)

Résumé :
D. B. Cooper, en 1971, réussit le premier braquage aérien de l’histoire des Etats-Unis et probablement du monde. De plus, Cooper a réussi le crime parfait, car derrière ce pseudo, le vrai coupable et la cagnotte courent toujours.

Jon Marcello, sur la base des renseignements à disposition sur D. B. Cooper a écrit un roman mettant en scène les motivations, la préparation et la réalisation d’un des casses les plus fameux de l’histoire de la criminalité.

Fait exceptionnel, le FBI, devant l’impossibilité de boucler l’enquête a fini par s’associer, pour les aider, avec des civils passionnés par cette affaire.

D. B. Cooper est aux USA une figure de légende, des passionnés fêtent le Cooper’s day.

Un crime parfait, un mode opératoire inédit, le magot toujours dans la nature, une trame passionnante pour un roman.

Critique :
Loin du battage médiatique de la rentrée littéraire de septembre 2018, je vais vous parler d’un roman tout récemment publié, qui sortira – hélas – sans tambours ni trompettes car noyé dans la masse des têtes de gondole à Venise…

Pourtant, il mériterait aussi de recevoir les acclamations de la foule en délire car, pour un premier roman, le style est affûté, drôle et bien plaisant à lire.

De plus, ce roman qui se présente en deux parties est court et se lit sur une après-midi pluvieuse, d’une seule traite, avec un petit sourire aux lèvres et le coeur tambourinant.

La plume de Jon Marcello, je la connais bien, je pourrais même dire que je l’ai souvent lue et qu’elle a toujours réussi à me chatouiller (en tout bien tout honneur, bien entendu), à me faire rire ou à m’émouvoir. Jean-Louis, si tu nous lis… (private joke)

De plus, il m’a fait l’insigne honneur de me nommer « préfaceuse » de son roman ! Non, le mot n’existe pas encore, mais Robert Larousse m’a promis de l’ajouter en fin d’année.

Exercice toujours périlleux que de critiquer le roman d’un gars que l’on « connaît », que l’on préface, avec qui on a fait une grande croisière sur le Pacific Princess et qui, en se tortillant, vous fait fait sa demande de préface pour son nouveau bouquin sur Dan Cooper (réécriture de la première partie et ajout de la seconde).

Avant ce roman, pour moi, Dan Cooper, c’était un pilote canadien, un héros de bande dessinée sous le scénario et la plume de Albert Weinberg. Point barre.

Un homme, en 1971, pris le pseudo de Dan Cooper pour braquer un Boeing 727, à cette époque bénie où l’on montait dans des avions comme on prend un ascenseur : pas de fouille des bagages, pas de papiers d’identité, bourbon servi dans l’avion… Le bonheur, quoi.

L’auteur s’est donc piqué au jeu de donner une identité et un passé à ce cambrioleur magnifique, cet Arsène Lupin qui déroba 200.000$ et qui court toujours puisque personne ne sut jamais qui il était.

Dans quelle société vivons-nous ? pensa Silver. Une civilisation qui ne soigne que les riches, les pauvres ont seulement le droit de souffrir et de mourir en silence. La sélection naturelle est toujours en marche.

Sans exagérer, sans en faire des tonnes, l’auteur nous plante le décor de sa vie, avec humour, avec toute sa verve (oups) et ses érections matinales (celle de Silver/Cooper, par celles de l’auteur – enfin, j’espère).

[…] une forte érection gênait ses mouvements. Jamais de caleçon pour dormir et contenir ce qu’il appelait la fierté de sa journée. Dormir nu était une habitude qu’il avait conservée. Il appréciait, au petit matin, sentir sa puissance de mâle s’épanouir.

C’est frais, envolé, ça se lit tout seul et on se prend au jeu de Silver/Cooper qui monte son plan de manière minutieuse, sérieuse, sans rien laisser au hasard, mentant aussi sa femme afin qu’elle ne se rende compte de rien.

Un parachutiste expérimenté peut sauter à 150 nœuds (env. 275 km/h). (Je ne sais pas vous, mais les renvois en bas de page, ou pire en fin de livre, m’ont toujours ennuyé. Alors, pour une fois je peux les voir où je veux… bise) Retour à l’action…

Voilà donc un court roman qui non seulement a fait que je me suis couchée moins bête au soir mais qui, en plus, m’a diverti à tel point que je ne l’ai pas lâché, même pour aller me faire un café (dans sa première partie) ! Après, il me fallait du café pour calmer mon rythme de lecture effréné.

Pourtant, le suspense était illusoire puisque la préface de l’auteur nous expliquait en peu de mot que le casse avait été réussi. Malgré tout, j’ai dévoré cette première partie comme une affamée.

L’écriture est agréable et le roman possède des personnages intéressants, dont un  principal, Silver/Dan Cooper qui est réaliste, attachant, intelligent et qui avait pensé à tout sauf à l’après hold-up : comment dépenser l’argent du butin quand les billets ont été marqués ?

Là, il lui faudra descendre dans les bas-fonds new-yorkais et la seconde partie du roman fera la part belle à l’après-casse et à cette recherche de comment blanchir cet argent sale.

À l’instar d’Heisenberg dans « Breaking bad », il est plus facile de fabriquer de la meth ou de réclamer une rançon de 200.000$ que de blanchir son argent.

Là aussi, niveau suspense, j’ai été servie et mon petit coeur a battu tant l’auteur a bien réussi à gérer et à distiller avec harmonie cette angoisse du lecteur qui voit Silver/Cooper tenter le tout pour le tout afin de blanchir l’argent de son vol audacieux.

Certes, ce roman ne sera pas le prochain Goncourt, ni le roman de l’année, mais pour un premier roman dont l’auteur a été poussé par ses petits camarades de galère à prendre la plume, je trouve que ce n’est déjà pas si mal !

On a édité des daubes, on en a vendu des tonnes (hélas) alors que son roman, qui est plus que correct, mériterait plus de lumière car il en vaut la peine. Un essai réussi pour lui.

Disponible sur Amazon ou au bar à mojitos du coin.

PS : L’auteur m’a promis, en tant que préfaceuse de cette œuvre, que je recevrais 200.000$ à chaque commande de son roman. Donc, lâchez-vous !

3,80/5 Sherlock

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Durango – Tome 17 – Jessie : Yves Swolfs et Iko

Titre : Durango – Tome 17 – Jessie

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Iko (Giuseppe Ricciardi)

Édition : Soleil (15/06/2016)

Résumé :
Durango se remet d’une blessure au bras chez son ami Larry Haynes, shérif de la petite bourgade tranquille de Hanckok.

Seul le braquage d’un fourgon contenant un bon paquet de dollars a récemment troublé cette sérénité. Ni les coupables ni le butin n’ont été retrouvés.

Un matin, un différend bruyant opposant Maxwell, tenancier du saloon et maison de passe de la ville, à Jessie, une nouvelle fille qui a été surprise en train de fouiller dans le bureau du patron, attire l’attention de Haynes.

La jeune inconnue est une menace pour ces escrocs sans scrupules. Simultanément, Franck, à la tête d’une bande d’outlaws, sillonne la région, à la recherche d’un magot disparu.

Critique :
Changement de dessinateur pour le moins bénéfique ! Non pas que je détestais ceux de Girod, mais je n’avais pas aimé son trait lors de sa reprise dans le tome 14 « Un pas vers l’enfer ».

Ici, Giuseppe Ricciardi (dit « Iko ») nous donne l’impression que c’est le trait de Swolfs dans cet album.

Les couleurs sont chaudes et les ambiances telles qu’on les trouvait dans les premiers albums car ici, nous revenons aux poncifs qui font de Durango ce qu’il est : un tueur.

Se remettant de sa blessure chez son ami shérif, son séjour est obscurci par l’affaire d’un braquage de fourgon qui contenait un sacré paquet de pognon et qui, à ce jour, n’a pas été retrouvé.

Oukilé l’argent ? Vous le saurez un peu plus tard et c’est là que l’engrenage va se mettre en branle, entrainant notre tueur blond dans une enquête où le Mauser va faire entendre sa voix caractéristique.

Lorsque le chef des bandits est entré en jeu, je l’ai regardé à deux fois, pensant à une hallucination (il y avait du soleil dehors) ou à un abus de café… Je connaissais cette tête !

Après avoir passé en revue mon boulanger, boucher, kiné, pharmacien, je me suis rendue compte que, ce visage, je l’avais croisé dans un film… avec la belle Claudia Cardinale et un joueur d’harmonica : Henry Fonda (Once Upon A Time In The West) !

On reste dans un scénario « basique » dans le sens où notre Durango va aider une fois de plus une jolie fille, même si celle-ci n’est pas une innocente petite femme et qu’elle retournera sa veste quelques fois.

D’ailleurs, elle ne sera pas la seule, à la retourner, tant le fric peut faire tourner les têtes et rendre les gens fous.

Malgré tout, j’ai pris du plaisir à découvrir ce tome 17 que je ne possédais pas encore (sorti il y a 2 ans, shame on me) car on revenait vraiment aux premières histoires de notre Blondin.

Sans pour autant révolutionner l’affaire, ce scénario tient la route, le méchant est cynique, envoûtant, tel Kaa vous susurrant « Aie confiance », a les épaules solides et reste toujours d’une froideur à toute épreuve.

Un portrait réussi, même si c’est « copié sur le personnage de Franck (Henry Fonda). Un Méchant froid a toujours plus d’envergure qu’un sanguin qui hurle à tout bout de champ.

Y’a plus qu’a espéré qu’on aura un tome 19 et que nous ne devrons pas attendre 2020 pour revoir notre tueur aux yeux verts.

Ou alors, quitte à attendre autant, faudra nous livrer un scénario qui s’éloigne un peu de ceux que l’on connait et proposer du neuf pour notre Durango, avec un peu plus de subtilité dans certains personnages. J’aime quand ils évoluent ou qu’ils ont des part d’ombre (ou de lumière).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019)Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (46 pages).

 

On the Brinks : Sam Millar

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Titre : On the Brinks

Auteur : Sam Millar
Édition : Seuil (07/03/2013)

Résumé :
De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d’un thriller. À ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles.

Catholique, Millar combat avec l’IRA et se retrouve à Long Kesh, la prison d’Irlande du Nord où les Anglais brutalisent leurs prisonniers. Indomptable, il survit sans trahir les siens: voilà pour la partie la plus noire, écrite avec fureur et un humour constant.

Réfugié aux états-Unis après sa libération, il conçoit ce qui deviendra le 5e casse le plus important de l’histoire américaine.

La manière dont il dévalise le dépôt de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie, est à ne pas croire.

Même Dortmunder, dans un roman de Westlake, s’y prendrait mieux. Il n’empêche, le butin dépasse les 7 millions de dollars!

Un procès et une condamnation plus tard, il retrouve la liberté, mais entretemps, la plus grande partie de l’argent a disparu. Millar semble avoir été roulé par ses complices… Saura-t-on jamais la vérité?

En tout cas, le FBI cherche toujours!

p21-1Critique :
Quand certains disent que les prisons ne doivent pas être des Club Med, je ne leur donnerai pas tort, mais faut pas non plus sombrer dans l’opposé et se comporter comme des gardiens de Goulag ou de camps de concentration, le gazage en moins.

Si on ne m’avait pas dit que ce roman était une autobiographie, un pan de la vie de Sam Millar, l’auteur, j’aurais pensé à une farce, vu la manière dont il cambriolera plus tard l’entrepôt de la Brinks, ou à de la dérision, quand il nous parle de son incarcération à la prison de Long Kesh, en Irlande du Nord, à Belfast, tenue par des gardiens anglais.

Dire que les Anglais et les Irlandais ne s’aiment point serait un euphémisme, l’Histoire est là pour nous le rappeler, sinon, il vous reste U2 et son « Sunday Bloody Sunday » (dimanche sanglant que fut celui du 30 janvier 1972, à Derry, en Irlande du Nord, où 13 civils furent tués et 13 furent blessés par les soldats britanniques alors qu’ils faisaient une manifestation pacifique).

Alors vous pensez bien que si vous appartenez à l’IRA, que vous vous retrouvez incarcéré dans une prison tenue par des matons anglais et qu’en plus, vous refusez de porter les habits de prisonniers, de leur cirer les pompes et de dire « Sir, yes, Sir », vous allez vous en mordre les doigts ! Vous êtes un Blanket Men et on va tenter de vous casser par tout les moyens possibles et imaginables.

Ma foi, si les Anglais disent que les Américains ne sont pas corrects avec leurs prisonniers à Guantanamo, ceux-ci peuvent leur renvoyer dans la gueule ce qu’ils ont fait à ces Blanket Men, à la prison de Long Kesh… Tortures physiques, psychologiques, le tout avec un degré de perversité qui feraient pâlir de jalousie certains SS, fâchés de ne jamais y avoir songé.

Cette première partie du récit est dure, même si l’auteur prend le parti de nous la raconter sur un ton assez humoristique, décalé, sans jamais sombrer dans le pathos ou le larmoyant, un peu à la manière d’Ivan Denissovitch. Dénoncer la chose, mais sans s’apitoyer sur son sort.

Pourtant, je vous jure que ma gorge s’est serrée et mon estomac aussi en lisant le récit de tout ce qu’ils durent subir.

La seconde partie du récit, qui se déroule au États-Unis, est plus agréable à lire, mais plus fantasque et pour la scène du casse de  l’entrepôt de la Brinks, dans une fiction, on aurait hurlé au chiqué, hormis avec un Dortmunder aux commandes du cambriolage.

Bordel de cul, braquer l’entrepôt de la Brinks avec une camionnette pourrie, des flingues en plastiques, réussir le 5ème plus gros casse de l’Histoire, le tout sans verser une goutte de sang, fallait avoir des grosses couilles ou pas de cervelle du tout.

Un fer à cheval dans le cul ? Non, toute une écurie !

Et puis, il restera toujours ce mystère sur l’argent du casse qui a disparu sans que l’on sache qui se l’est mis dans les poches et qui a niqué Sam Millar et son complice.

Un roman sombre sur des pages encore plus sombre de l’Angleterre, sur les conditions des prisonniers, sur les tortures qu’ils subirent pour les faire plier, un langage cru, familier, une histoire qui passe toute seule, des moments angoissants, durs, et puis plus agréables dans sa partie américaine.

Je compte bien découvrir maintenant  les autres romans de cet auteur qui est interdit de séjour chez les yankees !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Durango – Tome 8 – Une raison pour mourir : Yves Swolfs

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Titre : Durango – Tome 8 – Une raison pour mourir

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : des Archers (1988) / Dargaud (1988) / Alpen Publishers (1991) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil (2007)

Résumé :
Durango est engagé par M. Steelgrave afin de le protéger ainsi que sa femme lors d’une partie de chasse. Cependant Lucy Steelgrave a d’autres projets : elle souhaite assassiner son mari avec la complicité d’une bande de desperados dont elle connaît bien le chef.

Durango, séduit par Lucy, est assommé et Steelgrave est tué, tout comme ses employés. Un vieux cow-boy, Duncan, aide alors Durango à retrouver la bande de Lucy, qui commet de nombreux meurtres, au désespoir de cette dernière.

Après un braquage conçu et mis en œuvre par Lucy et ses complices, Durango et Duncan anéantissent la bande, Lucy exceptée.

Critique :
Chienne de vie pour Durango, tout de même ! À peine entré dans la rue principale et boueuse d’une petite ville que déjà, on lui tombe sur le râble !

On se calme les mecs ! Laissez-lui au moins le temps d’attacher son cheval avant de lui sortir cette vieille affiche ou le beau visage de notre Blondin s’étalait sous un « Reward ».

Il est amnistié, notre bellâtre qui tire plus vite que l’ombre de Lucky Luke… Mais on ne l’écoute jamais, alors, ben, pour les trois gogos, ce sera « Bardaf, c’est l’embardée » et  » un allez simple pour le terminus des prétentieux ».

Dans ma tête, Whitney Houston est en train de chanter « I will always love you » car notre Durango vient d’être engagé par le riche maire de la ville à servir de garde du corps à son épouse, une top biche qui aimerait aller chasser alors que ce n’est pas vraiment la saison… Bodyguard le retour ?

Intraitable qu’il est notre Durango, avec la jolie blonde qui se rend compte que son mari a engagé un homme qui est incorruptible, dangereux et têtu et qui, ayant passé un contrat avec le mari, ira jusqu’au bout, même si elle surenchérit.

Retour dans les plaines plus chaudes des États-Unis, exit la neige de Loneville, exit la ville sans foi ni loi, mais bien des mystères avec cette épouse qui veut tout d’un coup aller chasser le gros gibier alors que ce n’est pas la saison et que pour cela, il faut aller assez loin.

Une fois de plus, on tire, dans tous les sens, et surtout dans des bandits, on se fait taper dessus, on se fait avoir, on piste des méchants et on finit tout ça avec une nouvelle inattendue et une suite au prochain épisode.

Certes, ça ressemble à du convenu au niveau de certaines situations, mais lorsqu’on est plongée dans un Durango, tout le reste s’efface et il ne reste que l’homme aux mitaines de cuir…

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur,  le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - The magnificent seven

Purgatoire des innocents : Karine Giebel

Titre : Purgatoire des innocents                      big_5

Auteur : Karine Giebel
Édition : Fleuve noir (2013)

Résumé :
Raphaël a passé des années en prison pour vols à main armée puis pour récidive. Pendant son absence, sa mère est morte de chagrin tandis que son jeune frère William prenait le même chemin que lui. Raphaël, à sa libération, entraîne celui-ci dans leur premier braquage en commun, une bijouterie de la place Vendôme, avec la complicité d’un jeune couple.

L’affaire tourne mal, un policier et une passante sont tués, et William est grièvement blessé.

Leur cavale devient pour Raphaël une véritable course contre la montre : il faut sauver son frère. Les quatre fuyards atterrissent à quelques heures de Paris, et trouvent le numéro d’une vétérinaire, Sandra, qu’ils prennent en otage chez elle, dans sa ferme isolée, et forcent à soigner William. Sa vie contre celle du braqueur. C’est dans cet état d’esprit que Sandra doit opérer dans son salon, sans trembler, elle qui n’est pas chirurgienne.

Mais les jours passent et William n’est toujours pas en état de reprendre la route. Et lorsque le mari de Sandra prévient sa femme de son retour, tous attendent. Les uns de le prendre également en otage et Sandra d’être sauvée… ou peut-être autre chose…

Critique : 
Une fois de plus, madame Giebel vient de me lessiver, de m’essorer, me broyer, me concasser, me laminer, me laissant à la fin dans un état pitoyable, les larmes aux yeux.

Ceci est un livre fort, pas conseillé aux gens sensibles… Sauf si ils veulent passer à un autre genre.

Une écriture qui fait mouche, des phrases qui claquent, un scénario qui ne vous laisse aucun répit, un huis-clos oppressant qui fera basculer toutes vos certitudes…

C’est ça la marque de fabrique de cette auteure : d’une situation bien claire telle que « Quatre braqueurs, dont un blessé grave, qui viennent de réussir le casse du siècle – qu’à côté le Glasgow-Londres commence à rougir – et qui se réfugient chez une pauvre vétérinaire seule durant quelques jours, l’obligeant à recoudre le blessé et lui menant la vie dure » l’auteure peut changer toutes les cartes et vous faire chavirer dans un scénario qui fera capoter totalement vos petites certitudes du départ, vos empathies sur les personnages et toussa toussa…

Sérieux, quel serait le comble pour une bande de braqueurs, une bande de loups enragés, prêt à tout parce qu’ils ont des millions en bijoux, un blessé dont le frère ne veut pas le laisser dans cet état, et qui font irruption dans une bergerie où une femme – faible mouton – se trouve toute seule durant quelques jours, son mari étant absent ??

Le comble du comble pour ces loups affamés et sans émotions, infiltrés dans une bergerie serait que… Non, laissez tomber, vous ne trouverez pas !

Madame Giebel excelle dans l’art de nous rendre sympathiques des personnages qui seraient détestables de prime abord. J’avais déjà tremblé pour Marianne dans « Meurtre pour rédemption », alors qu’elle était une criminelle recluse, et ici, j’ai tremblé pour des êtres que je n’aurais pas voulu croiser au détour d’une bijouterie ou d’une banque.

Le huis-clos est oppressant, tendu, mais le dernier quart est le plus dur à lire, c’est celui qui fait le plus mal, la violence abjecte devant notre lot permanent dans ces pages.

« La douleur est une bonne compagne, fiston. Parce qu’elle est la plus fidèle qui soit. »

Certains hurleront à la surenchère de violence, mais moi, je dis « non, elle est logique » et on nous laisse souvent imaginer ce que fut le calvaire plutôt que de nous l’écrire.

Et ce n’est que le début, les prémices d’un jeu qui ne connaît qu’une issue. Un jeu dont il a truqué les règles, où la proie n’a aucune chance. (…) Il lui enlèvera tout ce qu’elle a. Absolument tout. La mettra à nu, l’écorchera vive. Jusqu’à ce qu’il ne reste que son essence. Puis jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.

Moi, j’ai vibré, j’ai tremblé, j’ai espéré… et quelques larmes j’ai versé.

Il est des personnages de ce livre que je ne suis pas prête d’oublier de sitôt.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

Sous pression : Richard Stark (Pseudo de Donald Westlake) [Saga Parker 7]

Titre : Sous pression

Auteur : Richard Stark (Pseudo de Donald Westlake)
Édition : Gallimard (1966)

Résumé :
Parker le Casseur, l’efficace, le précis, le froid est de retour ! Cette fois, il s’agit de braquer le Casino installé sur une île par un Allemand qui travaille en solo.

Du gâteau, a priori ! oui, mais il faut compter avec les mouchard, le maladroits le hasard.

Sans oublier les flics fédéraux, qui ont la mauvaise habitude de se mêler de ce qui ne les regarde pas.

Critique : 
« Sous pression » m’a fait penser au film « Ocean Eleven » : un casino, du fric, un braquage, des casseurs sympas,…

Mais rien à voir ! Parker, contrairement à Georges Clooney, est un casseur taciturne qui a besoin d’argent et pour remplir ses poches (pas une vengeance).

Sur ce constat, il accepte le deal avec l’Organisation (criminelle) de Karns : braquer le casino de l’île Cocagne et raser tout ! Ça fera les pieds au proprio, un certain « Baron », qui n’a pas voulu « reverser » une partie de ses bénéfices à l’Organisation. Au racket, Baron dit « non » et ça fait chier Karns.

Parker, héros récurent de Richard Stark (Donald Westlake, en fait), m’a fait penser à Sherlock Holmes parce que notre homme est capable de déduction : remarquant que le marin qui doit piloter leur bateau a une couleur de peau qui tiendrait du cachet d’aspirine trempé dans du fromage blanc, il déduit qu’il est sorti de prison depuis peu… Ben oui, un marin, c’est bronzé, tanné, boucané ! Pas blanc.

Ce ne fut pas la seule fois qu’il se livre à des déductions. Parker est rusé et ne laisse rien au hasard.

Homme peu causant, il réfléchit, planifie le plan de bataille et rien ne peu faire foirer l’affaire. Mais moi, je sais que ce qui foire en premier dans un plan de bataille, c’est le plan de bataille lui-même !

Tiens, deux fédéraux qui arrivent suite à un mouchardage… avec une proposition, eux aussi !

Faites vos jeux, rien ne va plus ! Et ça commence à partir en cou…. en vrille.

Un roman sympa, sans temps mort, agréable à lire, mais qui, aurait eu plus de cachet avec cinquante pages de plus pour étoffer certaines choses (sauf si, une fois de plus à la traduction, Gallimard a fait sauter des pages pour ne pas dépasser les 185 pages).

On remarque bien que la collection Série Noire a commencé à la fin de la Seconde guerre (1945 pour les trois premiers) parce que comme dans « L’étouffe serviette », on a un Fritz dans le coin. Nous avons beau être en 1966, à cette époque, les Casques à Pointes *version SS* qui ont filé après la guerre sont un peu partout.

Le style de Stark/Westlake est facile à lire, les bandits plus sympas que les flics, il y a de l’humour et on passe un bon moment de lecture.

Ils ont beau dire, chez Gallimard que : « les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas être mis entre toutes les mains » et que « L’amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes n’y trouvera pas souvent son compte » (moi, j’y ai trouvé le mien) ou que « L’esprit en est rarement conformiste parce qu’on y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent, que le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère, que parfois il n’y a pas de mystère et quelquefois même, pas de détective du tout »…

Et bien, malgré tout, il reste de l’action, de l’angoisse, de la violence, du tabassage en règle, des cadavres, et toussa toussa ! J’adore !

Lecteurs, il vous faut découvrir les petits chefs-d’œuvre oubliés de la Collection Série Noire, en vente dans toutes les bonnes bouquineries ou les vides grenier.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

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