L’ami imaginaire : Stephen Chbosky

Titre : L’ami imaginaire

Auteur : Stephen Chbosky
Édition : Calmann-Lévy Noir (17/06/2020)
Édition Originale : Imaginary Friend (2019)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
Une mère et son fils en cavale trouvent refuge dans la petite communauté de Mill Grove, en Pennsylvanie.

Mais dans ce havre de paix, le petit garçon disparaît.

Quand il émerge de la forêt six jours plus tard, il a l’air indemne.

Lui seul sait que quelque chose a changé.

La voix du bois est dans sa tête et lui dicte une mission.

S’il ne lui obéit pas, sa mère et tous les habitants de Mill Grove risquent son courroux…

Critique :
Avant ce livre, je voyais l’ami imaginaire comme le Hobbes de la bédé « Calvin & Hobbes », né de l’imagination d’un gamin de 6 ans.

Ou comme celui qu’une personne en situation de handicap mental que je croisais en achetant mon journal et qui parlait à son ami « Luc », lui demandant s’il voulait une boisson alors qu’à côté de lui, c’était le vide.

Rien de grave, donc. Mais depuis que j’ai lu ce roman, je me pose bien des questions.

Joe Hill, fils de Stephen King, a dit de ce roman d’épouvante que « Si vous n’êtes pas renversé par les 50 premières pages, il faut aller consulter » et je vais aller consulter parce que les 50 premières pages ne m’ont pas renversées, mais après, j’ai été culbutée de tous les côtés.

Ce roman aurait pu être écrit par le King lui-même car les ambiances et les atmosphères sont dignes de lui. Le lecteur est happé dans le récit et passera par plusieurs stades de frayeur, de peur, d’épouvante, de tensions…

Pas de frayeurs au point de finir sous le lit, mais la plume de l’auteur est telle que tout son récit est réaliste en plus d’être angoissant.

La force tient dans deux choses : sa manière de nous raconter l’histoire et dans ses personnages, nombreux, qui apportent chacun une pierre à l’édifice. Et ses différents personnages sont réussis, mon faible allant à la bande de copain (Christopher, Special Ed, Matt & Mike).

Par contre, la bande de copains n’est peut-être pas assez exploitée à mon sens, j’aurais aimé retrouvé l’amitié des gosses dans ÇA (Stephen King) car ils avaient tout de la bande des ratés ou dans la série « Stranger Things » mais ici, c’est Christopher le personnage central et ses potes passeront donc au second plan (mais ils ont leur place aussi).

Attention, Stephen Chbosky ne plagie pas Stephen King, il s’en inspire pour mieux s’en détacher. Même si les thèmes fondateurs et habituels du King sont présents (amitié, traumatismes enfantins, fantastique, autre-monde, parents qui sont à côté de leurs pompes pour l’éducation de leurs gosses, critique de l’Amérique puritaine, religieuse, de l’Amérique tout court…), Chbosky monte son plat qui lui est propre et sa cuisine sera différente du King.

750 pages, faut savoir tenir le rythme, surtout quand, à un peu plus de la moitié, l’auteur engage déjà ses personnages dans un combat dantesque. Là, on se demande ce qu’il va bien pouvoir faire sur 400 pages pour nous tenir en haleine…

J’ai crains à un moment que le soufflé ne retombe mais non, l’auteur a su réamorcer la pompe à suspense pour nous relancer dans l’histoire avec un coup de pied au cul en prime.

Je ferai ma chieuse en me permettant de dire que 50 pages de moins auraient évité que le lecteur ne s’essouffle sur le combat final qui dure, qui dure… Jamais contente, en effet. Si l’auteur termine trop vite, on criera « chiqué » car trop facile et quand il prend le temps de faire durer pour que ça reste du fantastique « réaliste », ça râle dans les chaumières.

Ce roman fantastique, c’est une expérience à lire, un roman à découvrir, un roman qu’il faut ouvrir en se laissant emporter par l’autre monde, celui de l’imaginaire, qui ne l’est pas tant que ça. C’est un roman qui se visualise tout en se lisant, tant tout est bien détaillé.

Ce n’est pas non plus qu’un roman fantastique et d’épouvante, il va plus loin que ça, il explore des thèmes qui nous sont connus (manipulations des masses, religion, croyances, différences de classes, violences contre les enfants) tout en nous emmenant dans un monde inconnu, en passant par une forêt où les cerfs foutent les jetons.

Faut absolument plonger dans le monde de Christopher, que ce soit le vrai ou l’imaginaire et aller à la rencontre du gentil monsieur et de la dame qui siffle…

PS : Encore un roman découvert et lu à cause (grâce ?) d’une chronique de Yvan du blog ÉmOtionS… On va finir par croire qu’il me sponsorise ! Ben non, c’est juste un affreux tentateur qui sait y faire pour nous donner envie de découvrir certains romans plus que d’autres. Yvan, tu m’énerves !!! mdr

2h17. C’est l’heure
Tout ira bien, le gentil monsieur veille…
Si je renverse un cerf, je serai sauvé…
Ne pas s’endormir…
Arrête de l’aider ! Ne quitte pas la rue, tu vas mourir.
Si je renverse un cerf, ça sera un signe, Dieu faites que je renverse un cerf…
Dieu est un assassin…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°11]Challenge Pavévasion – Saison 2 (22 juin – 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°06 – 750 pages] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°23].

 

Le jour où Kennedy n’est pas mort : R. J. Ellory

Titre : Le jour où Kennedy n’est pas mort

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (04/06/2020)
Édition Originale : Three Bullets (2019)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
La vérité est plus forte que tout.

C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…

Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là.

En revanche, peu après, Mitch Newman, photojournaliste installé à Washington, apprend une très mauvaise nouvelle. La mère de Jean, son ex-fiancée, lui annonce que celle-ci a mis fin à ses jours.

Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Il découvre alors que Jean enquêtait sur la famille Kennedy. Peu à peu, le photographe va s’avancer dans un monde aussi dangereux que sophistiqué : le cœur sombre de la politique américaine.

Sexe et manipulations, mensonges et assassinats… Dans cette histoire alternative où l’on retrouve le clan Kennedy au complet ainsi qu’un certain Lee Harvey Oswald, JFK semble avoir échappé à son destin. Pour combien de temps ?

Critique :
Cette uchronie aurait pu aussi s’appeler « Le jour où le tailleur rose Chanel de Jackie ne reçu pas la cervelle de John Kennedy »…

Titre sans doute non retenu car trop long. Trop gore aussi… Pas une bonne pub pour les tailleurs Channel, ni pour les décapotables.

À propos de capote, il semblerait que JFK était un chaud lapin qui tirait très souvent son coup (sauf que le dernier tir fut pour Lee Harvey Oswald – ok, je sors).

L’a-t-il fait plus souvent qu’un certain DSK, ça, l’Histoire ne le dit pas car on n’a pas compté les tirs.

Pour revenir aux choses sérieuses, le titre en V.O était bien trouvé car mystérieux (Trois balles – Celle qui l’a manqué, celle qui l’a tuée et celle qui a changé le monde).

Le portrait de JFK est sans paillettes et loin de ce que j’ai toujours entendu depuis que je suis gosse : Kennedy, le gendre idéal, parfait, le bô gosse, le jeune président, le sourire ravageur.

Les médias nous ont vendu un homme qui n’existait pas, on nous a fabriqué une légende, dressé un portrait flatteur de JFK et passé sous silence ses défauts, ses manies, ses erreurs, ses amitiés avec la mafia, les magouilles de son élection.

Dans cette uchronie, on part du principe que JFK n’a pas été abattu à Dallas, le 22/11/63… Qu’est-ce qu’il se serait passé ensuite, si John avait pu travailler à sa réélection ? Vous avez 432 pages pour y répondre.

Mêlant habillement la politique de l’époque, les personnages réels et ceux de fiction, cette dystopie nous montre un JFK tel qu’il était et nous sommes loin de la légende qu’on nous a fait bouffer durant des décennies.

Le portrait réel de John n’est pas flatteur et on a même envie d’aller le classer parmi les présidents les plus catastrophiques alors qu’on aurait eu envie, avant, de le mettre parmi les meilleurs.

Propagande, quand tu nous manipules et qu’on te croit sur parole.

Mais Ellory ne se contente pas de nous montrer les coulisses du pouvoir et de la chambre, il propulse aussi Mitchell Newman, un pauvre journaliste raté, dans une enquête sur un événement qu’il semble avoir eu lieu à Dallas, au moment où Kennedy traversait Dealey Plaza dans sa Ford Continentale décapotable.

Ce n’est pas lui qui avait soulevé le lièvre, mais son ex-petite amie, que l’on vient de retrouver suicidée (alors qu’elle avait un chat !) et dont la police est venue chercher tout ses papiers de journaliste. Louche, très louche.

Newman va devenir un nouvel homme (son nom était-il prédestiné ?) en se lançant sur l’enquête, commençant à sortir de sa léthargie, de son laisser-aller, de son apitoiement sur lui-même et ce qu’il va découvrir, sur l’enquête et sur lui-même, va le changer. Et il va hériter d’un chat.

L’équilibre est bien respecté entre le côté politique et celui de l’enquête de Mitch, qui est parti de quasi rien et à tout de même remonté une fameuse piste, sans jamais rien lâcher, emmerdant tout le monde dans cette quête qu’il n’accomplit que pour tenter de se racheter, tant il s’en veut encore d’être pari en Corée, laissant sa copine seule.

Il n’a manqué qu’une chose dans le roman : des émotions. Ellory m’a habitué à des émotions dans ses romans, certains m’ayant même foutu le coeur en vrac, mais ici, j’en ai moins ressenti, n’arrivant pas à m’attacher à Mitch, le trouvant un peu trop pathétique de vouloir effacer sa faute du passé en se rachetant aux yeux d’une morte.

Maintenant, ce n’est pas parce que je n’ai pas ressenti des émotions qu’il n’y en avait pas, juste que je suis restée de marbre face à elles.

Une uchronie bien ficelée, qui nous montre l’envers du décor, l’envers de la légende et croyez-moi, elle n’était pas reluisante, la légende de JFK, ni celle de sa famille.

Le roman nous montre un président accro aux médocs, à la santé chancelante, aux appétits sexuels gargantuesques et un homme qui ne tenait pas si bien la barre du pays qu’on a voulu nous faire croire.

Ellory n’a pas choisi la facilité en revisitant un événement marquant du siècle dernier, cette scène d’un président qui s’écroule et de son épouse qui fiche le camp (j’aurais fait pareil), de ces images qui furent diffusées des milliers de fois.

En s’affranchissant de cet assassinat qui fit couler beaucoup d’encre et dont on ne saura jamais le fin mot, l’auteur développe un autre roman, une autre histoire, comme le fit Stephen King, mais d’une autre manière.

Le sujet n’était pas facile, il était glissant mais Ellory tire son épingle du jeu dans cet univers de l’uchronie et nous propose un roman qu’il est difficile de lâcher, même si, comme je l’ai dit, je n’ai pas ressenti des émotions.

PS : Juste un détail qui m’a perturbé : John est surnommé Jack, ce qui est normal, mais quand, au même moment, vous lisez aussi un livre qui parle de Jack The Ripper, à un moment donné, votre cerveau amalgame les deux et dans un éclair d’imbécillité, vous vous surprenez à crier que Kennedy était Jack The Ripper…

Faut que j’évite de lire deux livres en même temps, ça ne me réussi jamais, mon esprit mixant le deux, quand bien même les sujets traités sont aux antipodes l’un de l’autre : Holmes et la guerre de Troie, par exemple… Non, Holmes ne se trouve pas sur une galère Itaquienne et non, Ulysse n’est pas à Baker Street.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°284 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Le Fléau – Tome 1/2 : Stephen King

Titre : Le Fléau – Tome 1

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2010) – Édition en 2 tomes
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Quand on pense que tout ça est arrivé à cause d’une défaillance du système de fermeture des portes lorsque les chiffres de l’horloge sont passé au rouge…

Ce qui a permis à une personne de s’enfuir, d’embarquer sa famille pour fuir et d’aller mourir dans un petit bled, contaminant les personnes présentes à la pompe d’essence qui eux-mêmes ont contaminés leur famille, amis, la ville, les villes, le pays, le monde…

Le King a toujours eu l’art et la manière de mettre en place ses histoires, passant de moments hautement angoissant à d’autres plus calmes, lorsqu’il met en place ses autres personnages, allant en profondeur dans leur portraits, ce qui nous donne l’impression de les connaître depuis longtemps.

Vous êtes calmement en train de lire un passage où un homme renseigne une famille sur le chemin à suivre ? Banal à mourir… Pas chez le King, parce qu’à l’aide de ce simple geste banal, cette amabilité faite à une autre personne, vous infectez la petite famille, qui elle même infectera d’autres personnes, qui elles-mêmes… Moins banal à lire, subitement, non ?

On se doute que les personnages dont le King prend le temps de nous dresser les portraits seront ceux qui seront les protagonistes les plus importants de son histoire, même si, dans le lot, certains trouveront la mort avec le virus de la super grippe. Zut, faut pas trop vite s’y attacher…

Provenant de tous les horizons, ses personnages seront attachants, sympathiques ou des salopards, car avec le King, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. D’ailleurs, on remarque que les êtres humains retournent vite à un état primaire et que devant l’ampleur des morts, on passe vite à des horreurs sans nom comme de tirer sur des gens…

Le roman du King, lu en version intégrale sur deux tomes, est addictif, anxiogène, nous fait par des montagnes russes d’émotions allant des angoissantes au plus calmes, nous laissant reprendre notre souffle pour mieux nous donner quelques sueurs froides ensuite.

Prenant son temps, le King nous délivre son récit sans sauter des étapes, sans zapper des étapes sur ses différents personnages et cela donne une première partie addictive, mettant aussi en place un élément fantastique avec deux personnages étranges, un homme en noir et une vieille dame, mère Abigaël…

Dans sa version intégrale, il y a plus de pages que dans la version « light », mais au moins, on a le récit complet, sans coupes, et si parfois, on sent un peu les longueurs, cette sensation passe très vite car la plume du King fait mouche car il sait toujours aller dans la psyché des personnages, des Hommes et nous en donner sa part d’ombre, de ténèbres, mais aussi la plus belle.

Le Fléau est sans doute un roman anxiogène dès le départ, mais le lire en période de Covid-19, même s’il ce virus est moins meurtrier que celui du roman (heureusement, nom de dieu !), c’est encore plus angoissant.

Je vais m’accorder un peu de temps avant d’entamer le tome 2 et aller me lire un Oui-Oui ou Tchoupi…

Ah zut, je n’ai que ceux où ils vont faire leurs courses tranquillement, font du sport d’équipe, vont visiter leur famille, se font des bisous… Bon, alors je vais lire Les Aristochats…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°215 et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°03 – 746 pages].

La prière du maure : Adlène Meddi

Titre : La prière du maure

Auteur : Adlène Meddi
Édition : Jigal Polar (15/02/2019)

Résumé :
Alger, les années 2000. Un jeune homme disparaît. Pour régler une dette, Djo, commissaire à la retraite – entêté, solitaire et amoureux – reprend du service et réactive ses réseaux.

L’enquête devient une inquiétante course contre la mort, les fantômes d’une époque que tous croyaient révolue ressurgissent.

Les capitales étrangères paniquent, les systèmes de sécurité s’effondrent.

Dans une Algérie où la frontière entre la raison et la folie s’estompe jusqu’au vertige, Alger sombre dans le chaos.

Critique :
Adlène Meddi est un journaliste, reporter et écrivain algérien et on sent bien le côté reporter qui a fouillé dans les poubelles de l’Histoire pour dénoncer un système, le critiquer, le mettre à jour.

J’avais déjà découvert une Algérie loin des cartes postales avec « Le désert ou la mer » de Ahmed Tiab mais ici, j’ai plongé un peu plus dans Alger La Noire et j’en suis ressortie en regardant derrière moi si certains personnages louches ne me suivaient pas.

Ici, l’avenir n’est pas heureux, le sang coule toujours et des gens qui posent les mauvaises questions aux mauvaises personnes disparaissent.

Pourtant, nous sommes face à une enquête banale : un ancien commissaire à la retraite à qui on a demandé de rechercher un jeune homme qui a disparu. Il lui suffit juste de réactiver ses anciens réseaux et de poser quelques questions…

Ça le gonfle, notre Djo, il préférerait rester les doigts de pied en éventail, mais il a une dette et on lui demande de la rembourser avec cette petite enquête.

Oui, une enquête qui serait des plus banales ailleurs qu’en Algérie. Car en fait, si l’enquête semble simple, ou du moins vue et revue, c’est tout ce qui vient se greffer autour qui ne l’est pas.

Un peu comme quelqu’un qui côtoierait une personne atteinte du choléra/peste/Covid19 (biffez les maladies non souhaitées) et puis qui, sans se savoir infecté, irait foutre la pécole à tous ceux qu’il va croiser ensuite… Sans le vouloir, il va semer la mort dans son sillage.

Services secrets, policiers, politiciens, tout le monde est sous contrôle, tout le monde est espionné, tout le monde contrôle tout le monde et la situation peut changer car certains jouent double jeu, triple jeu, mélangeant l’espionnage et la délation, sans oublier la torture, du genre de celle qui vous ferait avouer l’assassinat de Lincoln.

Je veux bien qu’il y a pénurie de sucre dans les rayons des magasins, mais au moment où ce livre a été écrit, il y avait du sucre et en ajouter un peu dans ce petit noir aurait adoucit les phrases qui écorchent l’âme, qui rappent la peau, qui jaillissent comme des balles d’un AK47.

Le style d’écriture m’a perturbé dans les premières pages tant le staccato des mots tourbillonnaient dans ma tête, tant la noirceur humaine était mise en avant et me fusillait sur place. Trop, c’était trop…

Après une telle lecture, un petit Astérix de l’ère Goscinny/Uderzo est à préconiser, même deux, si jamais les symptômes d’abattement persistent.

Dommage pour le style d’écriture avec lequel je n’ai pas matché, parce qu’il y a derrière cette petite enquête une autre enquête, bien plus grande, bien plus fournie, travaillée, celle de l’auteur qui a vraiment joué au journaliste d’investigation, comme je les aime.

Un livre qui fait très froid dans le dos… Je quitte l’Algérie sur la pointe des pieds, croisant les doigts que les services spéciaux ou autres barbouzes excités de la mort ne me suivent pas pour me régler mon compte.

PS : je soulignerai l’excellent jeu de mot dans le titre « la prière du maure »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°203.

Santa muerte : Gabino Iglesias

Titre : Santa muerte

Auteur : Gabino Iglesias
Édition : Sonatine (20/02/2020)
Édition Originale : Zero Saints (2015)
Traducteur : Pierre Szczeciner

Résumé :
Santa Muerte, protegeme…

Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ».

Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoué qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer, lui trancher les doigts et les donner à manger à… une chose, avant de lui couper la tête. Le message est clair. Ici, c’est chez eux.

Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et il a soif de vengeance.

Avec l’aide d’une prêtresse Santeria, d’un chanteur portoricain cinglé et d’un tueur à gage russe, il est prêt à déchaîner l’enfer.

C’est le début d’une odyssée survoltée, mystique et punk, infusée de magie yoruba, foutrement intense et délicieusement flippante.

Critique :
Au premier abord, on pourrait classer ce roman noir dans la catégorie des romans « barrés » ou « frappadingue » tant il est déjanté, a des relents de fantastique et des saints inconnus de ton calendrier catholique, orthodoxe et tout ce que tu veux.

Et en effet, ce ne serait pas une erreur de classement car si on le regarde en gros, c’est de l’action pure, de la violence, des drogues, des armes à feu et une histoire de vengeance vieille comme le monde.

Pas de la vengeance raffinée à la Monte-Cristo, mais de celle au Beretta, au Desert Eagle et à l’Uzi (à ne pas confondre avec de l’ouzo).

Pourtant, dans le fond, il n’y a pas que ça…

Ce n’est pas que l’histoire d’une vengeance, car au travers de l’histoire de Fernando, immigré clandestin mexicain, dealer de toutes sorte de drogues et videur de boite, c’est aussi celle de tous les clandestins qui tentent de passer la frontière pour vivre le rêve Américain, ou tout simplement, essayer de sortir de la misère ou échapper à des tueurs ou quitter un pays exsangue.

Fernando a beau être un revendeur et le type qui rapporte le fric à Guillermo, le dealer en chef, il mène une vie rangée, tranquille, sans faire de vague et en priant beaucoup  la Santa muerte…

Notre personnage principal n’ a rien d’un dur, d’un salaud. Il pourrait même chanter ♫ Je ne suis pas un héros ♪.

En un mot, il est réaliste, un presque monsieur-tout-le-monde, qui sait se servir des armes, car s’il n’a rien d’un ange, il n’a pas non plus les cojones pour s’attaquer à plus fort que lui.

Pourtant, il va devoir aller se greffer de suite une solide paire de cojones car ceux qui ont tué son boss et Consuelo, sa mère de substitution, prêtresse de la Santería, ce sont des MS13…  Mara Salvatrucha, pour ceux qui ne pigent pas et qui n’ont pas encore fait des traces de freinage dans leurs slips ou culottes !

Un roman noir qui est intense, court, ne te laisse pas le temps de reprendre ton souffle et te fera croiser la route de personnages (Le Russe et El Principe) dont tu ne sais pas trop s’il vaut mieux ne jamais les croiser ou alors, si les avoir pour potes, pourrait t’aider si un jour tu veux dézinguer des membres du terrible gang des MS-13…

Un barrio noir qui mélange habillement la violence, l’humour, l’amitié, la vengeance, les drogues et autres cachetons favoris du Docteur House. Sans oublier les cierges, les bougies, les neuvaines et les prières à des tas de saints.

Après ma prière, j’ai allumé une bougie supplémentaire pour San Lázaro et une autre pour Changó en me disant qu’il valait mieux assurer mes arrières. Je n’avais pas de pommes, mais il me restait au frigo un peu de lait, du fromage et une part de pizza. J’ai aussi ouvert le placard sous l’évier pour y prendre ma meilleure bouteille de rhum, celle que je réservais à la Santa Muerte, et j’en ai rempli un verre. J’ai tout déposé devant mes deux statues et j’ai promis à Changó que je lui rapporterais deux sacs de pommes s’il me venait en aide.

Donc, si tu veux lire ce petit roman qui pulse, ami lecteur, amie lectrice, n’oublie pas ton chapelet, un gros cierge, tes offrandes à la Santa Muerte ou autre saint(e) qui a tes faveurs, tes balles à têtes creuses, de l’eau bénite (parce qu’on ne sait jamais), une grosse paire de cojones et des flingues !

Prière à la Santa Muerte – Jour 3
Ô, Mort toute-puissante, reine des Ténèbres et de l’Au-Delà, Dieu t’a accordé l’immortalité et je t’implore avec toute la ferveur que renferme mon cœur de diriger contre mes ennemis le pouvoir que tu détiens sur l’ensemble des mortels. Qu’ils ne puissent avaler le moindre repas, qu’ils ne puissent s’asseoir à aucune table, qu’ils ne puissent trouver le sommeil ni connaître la tranquillité. Qu’aucun de leurs desseins néfastes ne se réalise. Santa Muerte, Dame blanche adorée, je te demande de forcer mes ennemis à s’incliner devant toi, vaincus, et de les contraindre à l’humilité. Je te supplie de m’accorder la force de les écraser. Qu’ils rampent à mes pieds et me voient comme le bras armé de ta justice divine et éternelle. Je te supplie, ô Santa Muerte, reine de mon cœur, de m’accorder les faveurs que je te demande par cette novena. Je te supplie de m’accorder ton aide afin d’annihiler Indio et ses hommes, ces vermines qui ont fait couler le sang des innocents. Que ta volonté soit faite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°192.

Cauchemar : Paul Cleave

Titre : Cauchemar

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (07/11/2019)
Édition Originale : Whatever it Takes (2019)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Un cauchemar qui va vous tenir éveillé toute la nuit.

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect.

Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.

Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel.

Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.

Critique :
♫ Saga Acacia ♪ Faut faire gaffe à Noah ♪ Saga Acacia ♪ Faut pas chercher Noah ♪

Noah Harper est de retour à Acacia Pines, l’endroit le plus chiant du monde… Son ancienne ville qu’il avait quittée, il y a 12 ans, sur ordre du shérif de l’époque.

Alyssa Stone, la gamine qu’il avait retrouvée il y a 12 ans, a de nouveau disparu et malgré l’interdiction qu’il a de mettre les pieds dans la ville, il est revenu !

Contrairement à ce qui est promis dans le résumé, ce « cauchemar » ne m’a pas tenu éveillé toute la nuit !

J’ai même fait des pauses durant ma lecture, j’ai su m’arrêter dans le récit et je n’ai pas oublié de descendre à ma station de métro.

Ça ne veut pas dire que le p’tit dernier de l’auteur aux beaux yeux est merdique, loin de là, mais bon, j’en étais au premier tiers et le récit n’avait rien d’exceptionnel non plus.

Pourquoi ? Parce qu’Alyssa Stone qui avait été enlevée et retrouvée par Noah, flic à l’époque, a disparu de nouveau mais Drew, le nouveau shérif l’a eue au téléphone et même Noah lui a parlé au téléphone ! Elle est juste fichue le camp du bled, point final. On replie tout et on part à la pêche ??

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à douter de  l’auteur, à me demander s’il avait encore sa santé mentale.

J’en étais quand même au premier tiers du roman et la seule chose qui me tenait éveillée en le lisant au matin, c’était mon café noir et les personnages du roman qui me plaisaient, surtout Noah et son côté cash, brutal, un peu borderline et chien fou qui mord quand on le cherche.

Le grand huit attendu n’était pas au rendez-vous. Niveau sensation, j’avais plus l’impression d’être assise dans la petite voiture, sur le manège qui tourne en rond, celui pour les gosses… Franchement, à ce moment là, je n’avais pas envie d’attraper la floche pour gagner un tour de plus.

Pourtant, nom de Zeus, des copinautes à moi en avaient dit le plus grand bien de ce nouveau roman et je fais confiance à ma Fée Stelphique et à l’Yvan d’Émotions. Seraient-ils devenus fous d’avoir apprécié ce nouveau roman de Paul Cleave ? Qu’est-ce qu’il y avait de si super dans ce roman où j’avais l’impression de tourner en rond et de ne pas avancer ??

Et puis, sans que je m’en rende compte, le manège a commencé à s’incliner et ma petite voiture ne tournait plus du tout en rond. La vitesse avait augmenté aussi et c’est avec stupeur que je me suis réveillée sur les planches du grand huit, avec double salto arrière, si pas triple salto. Accrochez vos ceintures, c’est parti mon kiki !

Purée, sans faire attention, j’avais été entraînée vers une histoire qui se mettait enfin en branle et là, j’en ai eu pour mes sous, pour ma tension, pour mon rythme cardiaque et sur le final, en effet, je n’avais pas envie d’aller faire dodo et j’aurais pu louper ma station de métro si j’avais été dedans.

Pour planter son décor, ses personnages, développer l’intrigue, il fallait que l’auteur tourne un peu en rond et nous donne cette fausse impression que rien n’avançait et qu’on pouvait aller boire un verre.

En fait, rien n’était plus faux… Mais comme Saint-Thomas, fallait que j’y mette mon doigt pour être sûr et c’est pourquoi mon début de lecture fut aussi laborieux.

Cauchemar, ça commence comme sur un manège pour enfant et ça se termine en attraction pour adulte, non cardiaques car sinon, il vous faudra un nouveau coeur. Et là, y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°159 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°04].

Nains – Tome 14 – Brum des Errants : Nicolas Jarry & Jean-Paul Bordier

Titre : Nains – Tome 14 – Brum des Errants

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Jean-Paul Bordier

Édition : Soleil (20/03/2019)

Résumé :
Le seigneur Brum retourne là où tout a commencé, au puits , ce lieu où il combattait pour oublier la misère et la rage qui étaient siennes.

Le vieux guerrier sait qu’il doit se confronter à son passé, ces temps insouciants où lui et ses amis vivaient dans les bas-fonds de de Gol-Garsëm, rêvant de jours meilleurs. Brum a toujours su qu’il n’était pas comme les autres… et de cette différence sont nées sa plus grande force ainsi que sa plus profonde souffrance.

Critique :
Les tomes consacrés à la caste des Errants sont souvent les plus forts émotionnellement et celui-ci, c’est la claque dans la gueule et en littérature, j’aime en recevoir.

Les auteurs nous proposent un magnifique album, tant au niveau des dessins qui subliment le scénario qui n’a rien de bancal ou de non recherché.

Pas besoin d’avoir fait des longues études pour voir le parallèle entre la société des Nains et la nôtre et pas besoin de décodeur pour comprendre que la plume de Nicolas Jarry tacle nos sociétés où la naissance prime sur le reste.

On ne marche pas toujours au mérite, dans nos sociétés.

Qui entre dans les grandes écoles ? Peu d’enfants d’ouvriers et s’ils y entrent, ils vont en baver. Tout est fait pour les Fils De mais si votre père n’est pas issu d’une grande famille, vous êtes quasi forcé de rester à votre niveau, à ne pas trop vous élever, pas trop faire de votre gueule, car c’est mal vu.

Ici, c’est le même. Qui entre dans la caste prestigieuse de la Forge ? Les fils des forgerons, pas ceux des bas-fonds, des quartiers pauvres, pas les Errants.

Les Errants, ce sont les sans-dents, les plus pauvres, ceux qui ont été radié des Ordres des Nains, ceux qui ne peuvent pas toucher une arme, qui sont interdits de savoir, qui sont voués à rester dans leur fange et ce, ad vitam æternam.

Les Errants n’avaient pas le droit au savoir. Plus que l’or, l’acier ou la pierre, le savoir était ce qui fondait et soudait une société, ce qui lui permettait d’avancer et de s’émanciper de ses maîtres. Les puissants avaient compris qu’il était bien plus dangereux d’avoir des esclaves éduqués à l’intérieur d’une forteresse, qu’une bande de viandards en armes aux portes de celle-ci. Le pouvoir se nourrissait depuis toujours de l’ignorance du peuple… Et ce n’était pas près de changer.

Personne ne pense que parmi ces parias, il y a sans doute des Nains intelligents, des Nains qui mériteraient d’être mis en avant, des Nains plus prometteurs que le fils de, qui lui, ne vaut pas tripette, mais aura la fonction car il est le fils de son père.

Dans cette fange se débat Brum, un Errant, fils sans père (il n’est pas resté après avoir fait tagada avec la jeune fille qui sera la mère de Brum), un fils dont la mère a dû faire le trottoir pour subvenir à leurs besoins, un jeune Nain fort comme un bœuf, intelligent, mais qui doit le cacher, car c’est mal vu.

Il faut être malin et impitoyable pour survivre quand on est un gamin des rues. L’intelligence est un bagage trop lourd à porter, une fioriture qu’on ne peut pas se permettre. Elle vous empêtre et vous met à l’écart des autres. Le mieux que vous puissiez faire c’est d’oublier que vous êtes intelligent. Vous devez le cacher, acquiescer aux conneries qui sont débitées autour de vous et rire des mêmes blagues grasses qui reviennent en boucle depuis toujours.

L’intelligence attire la violence, elle exacerbe le sadisme, elle fédère les imbéciles et les détraqués. Elle fait de vous un broutard noir.

Mon intelligence, j’avais vite appris à la travestir en autre chose de plus cynique. Pour survivre, un marmouse était capable de tout, même de nier sa propre nature. J’étais un faussaire et plutôt un bon.

Alors, il cache le travail qu’il fait avec son cerveau et montre ses poings qu’il sait utiliser mieux que personne.

Le début de l’album ne me laissait pas présager ce genre d’histoire puisque nous étions face au légendaire capitaine de la légion de fer, un certain Brum. J’ai même regardé la couverture pour être sûre que j’avais bien lu « Brum des Errants ». J’ai continué ma lecture, sourcils froncés et puis j’ai compris : c’était la genèse de Brum.

Et quelle genèse, bordel de dieu ! Non ça ne fait pas que bastonner ou se cogner, sous leurs allures de fight-club, d’arène pour les combats où l’un sort sur ses jambes et l’autre pas, il y a de la profondeur dans l’histoire et des petites phrases assassines dans les réflexions de Brum.

Le pouvoir se nourrissait depuis toujours de l’ignorance du peuple. Et cela n’était pas près de changer.

Au final, que l’on soit dans le monde des Nains, des Elfes, ou des Hommes, c’est toujours la même histoire sur fonds de lutte des classes, de jalousie, d’envie, de hiérarchie, de lois stupides, de gens rejetés et de médiocres mis sur les hauteurs alors qu’ils ne le méritent pas car ils sont profondément cons.

Encore un très bon album !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°111.

Légendes du mythe de Cthulhu – Tome 1 – L’Appel de Cthulhu : Howard Phillips Lovecraft [LC avec Rachel]

Titre : Légendes du mythe de Cthulhu – Tome 1 – L’Appel de Cthulhu

Auteur : Howard Phillips Lovecraft
Édition : Points (2015) / Bragelonne (epub)
Édition Originale : The Call of Cthulhu
Traducteur : François Bon

Résumé :
Au fond de l’océan, dans la cité maléfique de R’lyeh, l’infâme Cthulhu sommeille en attendant d’imposer son règne sur la terre, tandis que ses disciples préparent son retour. La malédiction qui s’abattit sur Sarnath.

Les créatures étrangers qui peuplaient l’antique cité ont été massacrées par les nouveaux arrivants.

Leur vengeance sera terrible.

Critique :
— Allo ?
— Bonjour, c’est le Cthulhu à l’appareil ! Veux-tu être mon esclave ?
— Non mais dites donc, espèce de bougre de petit mal poli ! J’t’en foutrai, moi, des culs tu lus ! Va fan cthulho. Tu peux te brosser pour que je répète Iä, Iä, Cthulhu fhtagn.

Après Call Of Duty, voici Call of Cthulhu et si c’est aussi un appel, ce n’est pas le même.

Vous n’aurez pas droit à « Cthulhu téléphone maison », mais à « Cthulhu t’aphone la raison » car c’est ce qui arrive à ceux qui tombe sous son pouvoir et qui l’idolâtrent.

Cet espèce de mollusque à tête de pieuvre (ou de calamar, j’ai pas eu le temps de bien voir) et pourvu d’aile de chauve-souris (de dragon ?) est un ancien Dieu déchu qui ronge son frein sur un atoll (les opticiens) perdu dans l’océan Pacifique et il attend son heure qui va venir.

Faut juste un alignement des étoiles et l’affaire est faite. En attendant ce grand jour, des humains dévoyés lui vouent un culte immémorial par le biais de sculptures antédiluviennes qui le représentent.

Ce qui est bizarre, avec cette nouvelle, c’est que l’on nous raconte tout l’histoire par le biais d’un homme qui enquête sur le calamar gigantesque et qui rassemble tous les témoignages qu’il peut.

Ce narrateur ne sera pas le seul car nous lirons, par son entremise, d’autres témoignages sur des phénomènes des plus étranges… Véritable enquête dans une autre enquête, nous suivrons ce Sherlock Holmes de l’étrange rassembler tout ce qu’il trouve sur les phénomènes étranges qui ont touché des tas de personnes à travers le monde.

Je me suis prise au jeu, je me suis immergée dans ce récit qui sentait la crevette et le poisson pas frais (Cthulhu ne doit pas sentir la rose, si ??) et l’angoisse est montée au fur et à mesure de cette courte nouvelle.

Pas au point d’aller se planquer sous le lit ou de vérifier qu’aucune tentacule ne traînait dans mes chiottes, mais à un moment donné, j’ai eu de la chair de poule et non, je ne lisais pas dehors, par -1° !

Tiens, pour votre punition, vous me recopierez ce mantra 100 fois : Ph’nglui Mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn ! Les consonnes en vertes et les voyelles en rouge.

Ce que ce charabia veut dire ? QUOI ? Vous ne parlez pas le R’lyeh ?? Allez, je vous aide : « Dans sa demeure de R’lyeh, le défunt Cthulhu attend en rêvant ».

Afin que vous n’alliez pas vous coucher bête (pour ceux et celles qui n’ont pas encore lu le Cthulhu), je vous ajoute une citation du Necronomicon que je verrais bien gravée sur ma pierre tombale :

N’est point mort celui qui éternellement dort, et en d’étranges éternités, la Mort elle-même peut trépasser.

Une chouette lecture qui manquait à mon tableau de chasse, un choix excellent car c’est court mais intense et maintenant, je peux épingler l’auteur dans mes trophées et dire que maintenant, moi aussi, je sais ce qui dort dans les profondeurs de l’océan Pacifique…

♫ Sous l’océan ♪

Un livre lu avec Rachel, sous sa proposition, dans le but d’arriver à faire une LC où nous serions sur la même longueur d’ondes car niveau LC, nous avons toujours été aux antipodes au niveau de nos avis et de nos ressentis.

Les maîtres inquisiteurs – Tome 04 – Mihaël : Nicolas Jarry & Jean-Paul Bordier

Titre : Les maîtres inquisiteurs – Tome 04 – Mihaël

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Jean-Paul Bordier

Édition : Soleil (20/01/2016)

Résumé :
Sur cette île à l’apparence idyllique, les naufragés pensent avoir trouvé le paradis perdu, le lieu semble répondre comme par magie à leurs moindres besoins.

Pourtant, le rêve va très vite se transformer en cauchemar…

Des créatures, surgies de nulle part, les enlèvent un par un. Lorsque Noenn, une fillette rescapée, disparaît à son tour, Mihaël refuse de l’abandonner.

Pour sauver cet enfant, il entreprend alors un périple jusqu’au coeur de l’île et de ses sombres secrets…

Critique :
Une nouvelle mission pour notre Maître Inquisiteur Mihaël : une maladie décime les récolte de riz sur l’île d’Enésie, qui est un grenier à céréales.

Un bien rare étant cher, les marchands font monter les prix ce qui pourrait donner du riz et du blé plus chers que l’or, d’ici peu.

Évidemment, on soupçonne des malversations politiques ou financières.

Comme si certains pouvaient  planquer des tanker de céréales ou inoculer des maladies à des céréales (ou animaux) pour faire monter les prix !

Une enquête qui commençait normalement mais au cours du voyage, une île surgie de nulle part vient dévier notre Inquisiteur et son elfe…

Une île qui semble maléfique, comme vivante, va les piéger de différente manière et les faire disparaître, comme dans Dix petits nègres, mais en version 12 compagnons.

Mihaël n’est pas un maître Inquisiteur comme les autres, il est plus cool, est un bon vivant, n’hésite pas lever le coude, n’est pas trop sérieux, est sexy et même son pouvoir semble minable car c’est le flower power (d’une graine ou du pollen, il peut faire jaillir des fleur ou des racines).

Le coup de l’île maléfique qui retient les gens, qui les piège et les élimine n’est pas neuve, elle sent même le souffre tant elle a déjà été utilisée.

Pourtant, malgré tout, on se prend au jeu car le scénariste a donné une présence assez marquée aux différents personnages et sans entrer dans trop de détails, il a su leur insuffler des caractéristiques qui les fait se démarquer l’un de l’autre.

Les dessins sont très agréables pour les yeux, même s’ils manquent parfois de petits détails, mais ça ne gâche rien au plaisir de feuilleter l’album.

Niveau dialogues et explications, on a de quoi lire pour nos longues soirées d’hiver, même si le final est vite expédié alors que l’intro avait été assez longue. De longs préliminaires et une conclusion rapide dans un dernier coup de rein. Le plaisir ayant été au rendez-vous, je ne porterai pas plainte.

Nous pensions avoir une enquête sur des malversations politico-financières et nous voici à traquer un truc pas net qui vient d’éliminer quelques rares survivants du naufrage. Moi qui vient de lire The Call Of Chtulhu, ça sentait le calamar pas frais, ou un air de déjà-lu.

Malgré la longue intro, je n’ai pas eu l’impression de tourner en rond ou de m’emmerder grave car il y a de l’humour et notre Inquisiteur est moins guindé que les autres, par contre, son elfe, lui, est sérieux comme un pape mort.

Une enquête qui a pris une autre tournure, qui est devenue une autre, bien plus dangereuse que des financiers, des personnages attachants, sympathiques, un Inquisiteur qui, malgré ses pouvoirs qui semblent risibles est plus fort qu’on ne le pense.

Bon, avec tout ça, on n’en sait pas plus sur l’univers des Inquisiteurs et le final introduit un nouveau mystère. Heureusement que je possède les suivants !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°108 et le Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chroniques Littéraires (Menu Terreur – Ghost and hauntings : îles hantées).

Retour à Birkenau : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)

Titre : Retour à Birkenau

Auteurs : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)
Édition : Grasset Documents français (09/05/2019)

Résumé :
« Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c’est pas possible d’avoir survécu… »

Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt.

Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan–Ivens.

Aujourd’hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu’elle a vu et connu dans les camps d’extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté.

Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.

Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d’y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à « ça »…

Critique :
Des livres sur les camps d’exterminations et/ou de concentration, j’en ai lu assez bien dans ma vie.

Certains étaient tellement horrible à lire qu’ils ont terminé dans le freezer avant de repartir dans la biblio et ne plus jamais en sortir.

C’est donc toujours en respirant un grand coup que je me plonge dans ces heures noires et sanglantes que furent l’extermination d’êtres humains durant la Seconde Guerre Mondiale.

Si je devais résumer le récit de madame Kolinka, je dirais « sobriété » car il reste sobre comparé à d’autres romans qui décrivent ce que les Juifs et autres subirent dans les camps, mais malgré cette sobriété dans son témoignage, il est tout de même d’une force qui te pète encore et toujours dans la gueule, même si tu sais…

Avec force et en peu de mots, elle nous décrit la faim, la soif, le froid, la crasse, les coups, les brimades, les privations, le travail harassant, les ordres gueulés, les kapos, les maladies, les morts, les disparus, les fouilles…

Une fois de plus, en lisant, j’ai vu des images que mes yeux aimeraient ne plus jamais voir (vœu pieu), une fois de plus, j’ai ressenti les souffrances dans ma chair car j’ai pensé à ce que je pourrais ressentir si c’était moi et ma famille qui vivions cette horreur sans nom.

Une fois de plus, j’ai perdu pied… Puis je me suis raccrochée parce que le récit était beau, malgré les quelques horreurs qu’il décrivait, parce qu’il était profond, fort, empreint de tendresse et que cette dame accompagne des jeunes à Birkenau pour leur expliquer, pour témoigner, pour que l’on ne dise pas « je ne savais pas ».

Cette dame, je l’avais entendue parler de son livre à La Grande Librairie (émission dangereuse pour la PAL) et ce qui le tourmentait, c’était que le camp de Birkenau, de nos jours, au printemps, c’était beau car rempli de fleurs, d’herbes…

La crasse des latrines avait été nettoyée et qu’il était difficile pour ceux qui n’avaient pas vu ça, d’imaginer ce que le camp était en 40-45.

Une autre aussi l’étonne : personne ne lui pose des questions sur les privations alimentaires mais bien des gens lui demandent si elle avait croisé Hitler durant son séjour… Pas vraiment le genre de questions que je poserais.

Sans entrer dans les détails, l’auteure survole les années de bonheur avant les années de l’horreur et celles qui suivirent son retour dans sa famille, sans son père, sans son petit frère, sans non neveu…

Comme je vous le disais, c’est sobre, pas trop détaillé dans l’horreur, sans fioritures aucune, sans apitoiement car elle désire juste témoigner, raconter ce qu’elle a vu, vécu.

Un récit tout en sobriété, tout en force, tout en humilité, tout en émotions.

Un récit que l’on lit d’un coup, sans relever la tête, avec les tripes nouées et une boule au fond de la gorge car ceci n’est pas une fiction, mais une réalité.

Un récit bouleversant mais accessible aux âmes les plus sensibles car il n’explore pas en profondeur la noirceur de l’Humain en cette Seconde Guerre Mondiale et dans ces camps de la mort.

Un récit qui restera dans mon coeur, comme bien des autres.

Entrée de Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l’intérieur du camp