Le Prince de la nuit – Tome 9 – Arkanéa : Yves Swolfs et Thimothée Montaigne

Titre : Le Prince de la nuit – Tome 9 – Arkanéa

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Thimothée Montaigne

Édition : Glénat (06/11/2019)

Résumé :
Les liens du sang sont éternels…

Kergan s’est désormais trouvé une nouvelle compagne en la personne d’Anna, qu’il a récemment transformée malgré les réticences d’Arkanéa.

Mais alors qu’il croyait s’être émancipé de sa propre créatrice, celle-ci est capturée par Arthémius, conseiller religieux du prince Vladimir, et soumise à de cruelles tortures au sein d’un monastère.

Car l’homme d’Église fait montre d’une ferveur redoutable pour mieux connaître la nature et l’origine des vampires.

Au nom de son dieu unique, il s’autorise à devenir plus maléfique encore que les créatures qu’il prétend combattre.

Partageant la souffrance d’Arkanéa, Kergan prend alors conscience de la puissance du pacte qui les unit. Les liens du sang sont éternels…

Critique :
Kergan a pris son envol, il s’émancipe, il veut s’affranchir de sa meneuse, de sa créatrice et faire d’Anna sa nouvelle compagne.

Comme Arkanéa n’est pas chaude pour un plan à trois, vu que ce sera encore plus difficile de se nourrir et d’échapper aux Humains, il lui fait le coup du crayon : il se taille !

Le Raspoutine de service, grand protecteur de la Foi, réussi à capturer Arkanéa et à lui faire livrer ses petits secrets vampiriques. Et comme Kergan est lié à elle, il va ressentir chacune de ses souffrances.

La religion tient une place importante dans ce neuvième album, surtout lors des discussions entre l’espèce de Raspoutine, qui se sent plus chrétien que le Christ lui-même, qui se sait investi d’une mission divine avec l’accord de Dieu (qui une fois encore, n’a sans doute rien demandé).

Frère Arthémius considère comme blasphème les croyances de certains qui ont pour dieux les éléments de la Nature, comme ce fut le cas pour Arkanéa, avant de devenir vampire et comme c’est toujours le cas pour ceux qui résistent encore à la conception d’un dieu unique.

Kergan commence à montrer le vampire qu’il deviendra, lorsque nous le recentrerons plus tard, dans les premiers albums car, tel les humains qui adoptent un animal de compagnie, il fera ensuite comme beaucoup en abandonnant Anna à son triste sort dans les bois.

Une fois de plus, si les dessins de Montaigne ne sont pas ceux de Swolfs auxquels j’étais habituée, j’ai apprécié son trait, même si, comme pour le précédent album, le blanc des yeux, trop présent, donne à bien des personnages des traits hallucinés.

Les personnages ne sont pas tout blancs ou tout noirs, on a des nuances, la ligne rouge est toujours proche et à force de regarder dans l’abyme, l’abyme regarde en nous aussi.

C’est un très bon scénario, que j’ai apprécié et qui nous offre des êtres vampiriques comme je les aime, sans états d’âmes, ne se nourrissant pas de sang de biches innocentes au fond des bois, mais bien de sang humain.

Ma foi, ça valait peut-être le coup d’attendre si longtemps avant de retrouver Kergan le vampire (que je ne pensais plus jamais revoir autrement qu’en relisant mes anciennes bédés) dans des récits maîtrisés, cohérents et de très bonne facture, ce tome-ci étant encore mieux que le précédent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).

Le Prince de la nuit – Tome 8 – Anna : Yves Swolfs et Thimothée Montaigne

Titre : Le Prince de la nuit – Tome 8 – Anna

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Thimothée Montaigne

Édition : Glénat (14/11/2018)

Résumé :
Kergan parcourt depuis huit cents ans les steppes et forêts d’Europe centrale. Des siècles de chasses nocturnes, en compagnie de son initiatrice Arkanéa, qui lui ont apporté la force et l’expérience d’un vampire ancien…

En cette année 1013, les deux compagnons font halte à Kiev où le seigneur Vladimir règne en maître absolu.

C’est ici que Kergan, désormais prêt à obéir à ses propres instincts, va décider de s’émanciper d’Arkanéa. Et de marquer de ses crocs le cours de l’Histoire…

Critique :
Génial, je pourrai maintenant me vanter partout que j’ai lu Montaigne… Son essai était très bon, même si ses dessins ne suivent pas la ligne que Swolfs adoptait.

Oui, bon, c’est Thimothée Montaigne (et non Michel) et il est dessinateur, mais sur un malentendu, ça pourrait le faire, non ?

Encore un gros retour aux sources de ma part.

Après avoir lu les deux derniers albums de « Légende », j’ai enchaîné avec cette autre saga de Swolfs : le vampire Kergan, dont j’avais lu le premier tome en 1995 (ça ne me rajeunit pas, tout ça).

Hormis un album en dessous des autres (tome 4 : Le journal de Maximilien), le reste de la saga était de bonne facture, même si je regrettais toujours que les visages se ressemblent fort avec ceux des autres séries de Swolfs.

Une fois de plus, qui dit changement de dessinateur dit changement de style et même si celui de Montaigne est très réaliste et qu’il exécute parfaitement bien les dessins, que se soit pour les visages ou les décors. Par contre, le blanc des yeux était fort présent et donnait un regard halluciné à bien des personnages.

À d’autres endroits, j’aurais préféré une ligne plus claire afin d’avoir plus de finesse dans les détails des visages.

Dans le précédent album, nous avions assisté aux débuts de Kergan en tant que vampire. Dans celui-ci, nous allons assister à son émancipation, après 8 siècles à sillonner le monde à ses côtés. Pour le moment, lui et sa mentor sont dans l’Europe de l’Est, dans la région de Kiev.

Complots, politique, espionnage, paranoïa, enquêtes sur les cadavres exsangues retrouvés et l’amour se trouvent au menu de cet album et comme nous le savons tous et toutes, l’amour et la politique ne font pas bon ménage quand des oreilles indiscrètes écoutent aux portes.

Kergan n’a pas fait preuve de prudence et le frère Arthémius, qui ressemble à Raspoutine, va mener sa petite enquête pour retrouver le buveur de sang. Ce sinistre personnage est un serviteur de Dieu (qui n’a sans doute pas engagé cet espère d’illuminé) et tout ce qui ne l’agrée par, heurte son âme.

Cet album est un beau retour aux sources, à la jeunesse vampirique de Kergan, bien moins machiavélique qu’il ne le fut ensuite, dans les premiers albums de la série. Là, il se cherche encore, il voudrait chanter ♫ libéré, délivré ♪ et mener son propre chemin en devenant, lui aussi, un mentor pour de jeunes et belles vampiresses.

Comme pour la saga « Légende », je m’en vais poursuivre ma route avec l’album suivant, en espérant que lui aussi soit à la hauteur et surtout, que l’on ne doive pas attendre un siècle avant de lire les suivants…

14 ans se sont écoulés entre la parution du tome 6 et celle du 7, puis 3 ans entre le 7 et le 8, ce qui fait que la lectrice que je suis n’attendais plus rien de cette saga. Mais puisque l’on m’a redonné le goût du sang, j’espère que ma soif sera étanchée régulièrement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°04] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 50 pages).

Le chemin parcouru – Mémoires d’un enfant soldat : Ishmael Beah

Titre : Le chemin parcouru – Mémoires d’un enfant soldat

Auteur : Ishmael Beah
Édition : Presses de la cité Document (2008) / Pocket Jeunes adultes (2009)
Édition Originale : A Long Way Gone : Memoirs of a Boy Soldier
Traduction : Jacques Martinache

Résumé :
Sierra Leone, années 90. II s’appelle Ishmael Beah. Hier encore, c’était un enfant qui jouait à la guerre. Désormais, il la fait. Un jour de 1993. sa vie bascule brusquement dans le chaos.

Ishmael a douze ans lorsqu’il quitte son village pour participer dans la ville voisine à un spectacle de jeunes talents. Il ne reverra jamais ses parents.

Après des mois d’errance dans un pays ravagé par la guerre, il tombe avec ses compagnons aux mains de l’armée. Faute de troupes, les deux camps – armée gouvernementale et groupes rebelles – enrôlent de force les enfants des villages capturés.

Drogué, privé de tout repère moral ou simplement humain dans un monde qui s’est effondré, Ishmael devient insensible, incapable de réfléchir, transformé en machine à tuer.

À quinze ans, grâce à l’UNICEF, il est envoyé dans une mission humanitaire et, avec l’aide des médecins, il va apprendre à se pardonner et à se reconstruire.

Ce récit fascinant d’une traversée de l’enfer à l’aube de la vie est une leçon de courage et d’humanité, destinée à devenir un classique de la littérature de guerre.

Critique :
Quand on a 12 ans et que l’on vit dans un petit village de la Sierra Leone, on ne pense pas à la guerre, on ne pense qu’à s’amuser, écouter de la musique, danser, rire, s’amuser…

Quand les rebelles fondent sur les villages, c’est le feu, l’enfer, les balles, les morts, les blessés, les otages, les viols qui se succèdent.

Ishmael n’était pas dans son village lorsque ça est arrivé, il était dans un autre, bien plus loin, mais l’enfer l’a rattrapé, lui et ses amis fan de rap et ils ont dû courir, fuir devant eux, sans savoir où ils allaient arriver, sans savoir s’ils n’allaient pas se jeter dans la gueule des rebelles.

Ce récit vous prend aux tripes car la question qui vient toujours à l’esprit est « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? Comment aurais-je réagis à cette horreur qui s’abat sur vous et vos proches ? ».

Car cette guerre civile fractionne les familles, éparpille tout le monde, tue et blesse, mais aussi, elle fait naître la peur des autres. Pire, elle fait naître la peur des enfants dans les yeux des adultes.

Le périple de ces gamins ne sera pas facile, il est semé d’embûches et de villageois qui les prennent pour des enfants soldats, qui les chassent, qui les menacent et ces gamins de 12, 13 ans vont devoir affronter ce que même un adulte ne voudrait pas vivre dans sa vie.

J’ai frissonné de peur, j’ai craint pour la vie de ces gamins, pour la vie des autres. Courant avec eux pour fuir, j’en ai vu des vertes et des pas mûres, même si l’auteur reste très pudique dans ses explications, ne virant jamais au gore pour le plaisir de faire du gore, mais racontent les faits tels qu’il en a été le témoin.

On pourrait croire qu’il est difficile de faire d’un gamin qui pleure un enfant soldat sans peur et sans conscience, véritable machine à tuer, mais détrompez-vous, c’est facile, simple et rapide : tu peux ne pas être soldat, mais tu ne mangeras plus, tu peux partir, mais les rebelles te tueront.

Pour bien laver le cerveau, on explique aux enfants que ce sont les rebelles qui ont tué leurs parents, brûlés leurs villages (alors que ce sont peut-être ces soldats-ci, qui sait ?) et on les bourre de drogues qui nettoient le peu d’esprit de contradiction qu’ils leur restait.

Oui, cerveau vidé, malgré le fait que Ishmael lisait, connaissait par cœur des passages de Shakespeare, était instruit, respectueux des gens, des anciens et que son chef militaire lisait « Macbeth » et « Jules César »… Nous n’étions pas face à des bas-de-plafond… Que du contraire.

Si au départ, nos gamins pleurnichent et ne savent pas tenir une arme, ils se transforment très vite en petits Rambo et accomplissent très bien les missions qu’on leur confie, à savoir, faire les mêmes exactions, les mêmes horreurs, que les rebelles, sauf que nous, les gars, c’est pour libérer notre pays. Ben voyons.

Aucun scrupules à utiliser des enfants, autant dans l’armée que chez les rebelles, de toute façon, personne n’a jamais demandé l’avis de ces gosses, ont leur a lavé le cerveau et on en a fait des machines de guerre. Comment ensuite rééduquer ces gosses qui ont commis des atrocités ?

Il y a moyen, l’auteur a bénéficié des traitements de l’UNICEF, même si j’ai trouvé leurs démarches assez mal préparées. On peut être animé des meilleures intentions du monde, cela ne fera jamais que des pavés de plus pour le chemin de l’enfer.

Parce que mettre dans le même réfectoire des enfants soldats de l’armée et de ceux des rebelles, c’est dégoupiller des grenades ! Gare à l’explosion ! Et souvent, les gens de l’UNICEF oublient qu’ils ont face à eux des enfants soldats, qui voudraient retourner à la guerre, dans leur unité, qui sont bourré de drogues et de violences.

Un récit qui prend aux tripes, une fuite en avant dans la peur, les larmes et le sang, des familles séparées, que peu de gamins retrouveront, peu de solidarité, beaucoup de peur des autres et des enfants qui sont capables de changer très vite, passant de gamins insouciants, joueurs, rigoleurs à des fugitifs apeurés et ensuite, pour les plus malchanceux, à des guerriers sans pitié, oubliant très vite tout ce qu’il leur fut appris.

Une histoire vraie dure, sombre, violente. Une histoire, une de plus, sur la folie des hommes, apportant une pierre de plus à l’édifice de la bestialité sans laquelle l’Humain est capable de sombre très très vite, plus vite qu’on ne le croit et d’où il n’est pas facile de s’extraire après avoir été conditionné, surtout quand les combats viennent refrapper à votre porte.

Un témoignage magnifique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°183] et le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°09].

 

La jeunesse de Blueberry – Tome 21 – Le convoi des bannis : Corteggiani et Blanc-Dumont

Titre : La jeunesse de Blueberry – Tome 21 – Le convoi des bannis

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
21e album de La Jeunesse de Blueberry : une nouvelle aventure qui se déroule durant la guerre de Sécession.

Alors que Blueberry est transféré dans un pénitencier sudiste, le train qui le transporte est pris dans une embuscade.

Notre héros parvient à s’échapper et trouve refuge dans un village hors du temps et de la guerre.

Malheureusement, le feu et les larmes ne sont jamais bien loin, et la guerre de Sécession va bientôt rattraper ce hameau tranquille.

Critique :
Depuis que Giraud et Charlier ne sont plus aux commandes du spin off consacré à la jeunesse de Blueberry, soit ça part en carabistouilles (restons polie) soit ça reste dans de l’ultra classique.

Les pères de Blueberry étaient dans le classique aussi, avec des retours aux sources, mais au moins, leurs scénarios étaient plus relevés, moins conventionnels que ce que je viens de lire.

Conventionnel ne veut pas dire merdique mais j’espérais tout de même avoir autre chose que du réchauffé.

Comme je prends la fin de la série bien après tout le monde, je n’ai pas dû attendre 3 ans entre l’album consacré à la bataille de Gettysburg et sa suite.

Dans l’album précédent, notre lieutenant après s’être réfugié dans une maison pour échapper aux tirs sudistes se faisait cueillir ensuite, avec son sergent, par les Reb et les voici dans un train en tant que prisonniers.

Première question : qui est le fameux convoi des bannis ? Le wagon avec une dizaine de prisonniers nordistes ? J’ai des doutes… Alors serait-ce le convoi des pillards déguisés en Sudistes qui seraient visé par le terme de « bannis » ? Bof… Jamais l’auteur ne nous apprendra de quoi ou de où ces hommes ont été bannis ! Mais bon…

Ces derniers albums, il me semble que Blueberry tombe souvent dans des communautés ultra religieuses… Cet album n’y déroge pas et on se retrouve une fois de plus chez des culs bénis qui refusent la violence mais n’hésitent pas à vous fouetter pour expier le Mal qui est en vous. Les grands croyants sont souvent bourrés de contradictions.

En soi, cet album n’est pas mauvais, mais il est conventionnel et réchauffé : une communauté qui vit à l’écart de tout, des pillards qui arrivent, qui flinguent à tout va, le tout, sur fond de vengeance, pour ne pas changer.

Certains visages des personnages avaient tout droit l’air de sortir de « La planète des singes », l’ancien film vu leur dents qui ressortaient ou leurs airs simiesques. Hormis ces détails, les dessins de Blanc-Dumont sont bien exécutés et les coloris sont agréables pour les yeux, surtout après avoir lu « Wanted »…

Mais c’est trop du déjà-vu et Blueberry m’a habitué à autre chose que des aventures qui semblent là juste pour ajouter des albums avant de terminer enfin ce spin-off commencé par Charlier et Giraud en 1975 et qui devait faire la jonction avec le premier album de Blueberry « Fort Navajo » qui commence après la fin de la guerre de Sécession.

Où les auteurs changent leur fusil d’épaule en nous proposant du plus relevé ou alors, on arrête là et on ne continue plus le massacre.

Ma cote est sévère car j’ai eu l’habitude d’avoir de l’excellence et là, je suis très déçue…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°86] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

L’ami imaginaire : Stephen Chbosky

Titre : L’ami imaginaire

Auteur : Stephen Chbosky
Édition : Calmann-Lévy Noir (17/06/2020)
Édition Originale : Imaginary Friend (2019)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
Une mère et son fils en cavale trouvent refuge dans la petite communauté de Mill Grove, en Pennsylvanie.

Mais dans ce havre de paix, le petit garçon disparaît.

Quand il émerge de la forêt six jours plus tard, il a l’air indemne.

Lui seul sait que quelque chose a changé.

La voix du bois est dans sa tête et lui dicte une mission.

S’il ne lui obéit pas, sa mère et tous les habitants de Mill Grove risquent son courroux…

Critique :
Avant ce livre, je voyais l’ami imaginaire comme le Hobbes de la bédé « Calvin & Hobbes », né de l’imagination d’un gamin de 6 ans.

Ou comme celui qu’une personne en situation de handicap mental que je croisais en achetant mon journal et qui parlait à son ami « Luc », lui demandant s’il voulait une boisson alors qu’à côté de lui, c’était le vide.

Rien de grave, donc. Mais depuis que j’ai lu ce roman, je me pose bien des questions.

Joe Hill, fils de Stephen King, a dit de ce roman d’épouvante que « Si vous n’êtes pas renversé par les 50 premières pages, il faut aller consulter » et je vais aller consulter parce que les 50 premières pages ne m’ont pas renversées, mais après, j’ai été culbutée de tous les côtés.

Ce roman aurait pu être écrit par le King lui-même car les ambiances et les atmosphères sont dignes de lui. Le lecteur est happé dans le récit et passera par plusieurs stades de frayeur, de peur, d’épouvante, de tensions…

Pas de frayeurs au point de finir sous le lit, mais la plume de l’auteur est telle que tout son récit est réaliste en plus d’être angoissant.

La force tient dans deux choses : sa manière de nous raconter l’histoire et dans ses personnages, nombreux, qui apportent chacun une pierre à l’édifice. Et ses différents personnages sont réussis, mon faible allant à la bande de copain (Christopher, Special Ed, Matt & Mike).

Par contre, la bande de copains n’est peut-être pas assez exploitée à mon sens, j’aurais aimé retrouvé l’amitié des gosses dans ÇA (Stephen King) car ils avaient tout de la bande des ratés ou dans la série « Stranger Things » mais ici, c’est Christopher le personnage central et ses potes passeront donc au second plan (mais ils ont leur place aussi).

Attention, Stephen Chbosky ne plagie pas Stephen King, il s’en inspire pour mieux s’en détacher. Même si les thèmes fondateurs et habituels du King sont présents (amitié, traumatismes enfantins, fantastique, autre-monde, parents qui sont à côté de leurs pompes pour l’éducation de leurs gosses, critique de l’Amérique puritaine, religieuse, de l’Amérique tout court…), Chbosky monte son plat qui lui est propre et sa cuisine sera différente du King.

750 pages, faut savoir tenir le rythme, surtout quand, à un peu plus de la moitié, l’auteur engage déjà ses personnages dans un combat dantesque. Là, on se demande ce qu’il va bien pouvoir faire sur 400 pages pour nous tenir en haleine…

J’ai crains à un moment que le soufflé ne retombe mais non, l’auteur a su réamorcer la pompe à suspense pour nous relancer dans l’histoire avec un coup de pied au cul en prime.

Je ferai ma chieuse en me permettant de dire que 50 pages de moins auraient évité que le lecteur ne s’essouffle sur le combat final qui dure, qui dure… Jamais contente, en effet. Si l’auteur termine trop vite, on criera « chiqué » car trop facile et quand il prend le temps de faire durer pour que ça reste du fantastique « réaliste », ça râle dans les chaumières.

Ce roman fantastique, c’est une expérience à lire, un roman à découvrir, un roman qu’il faut ouvrir en se laissant emporter par l’autre monde, celui de l’imaginaire, qui ne l’est pas tant que ça. C’est un roman qui se visualise tout en se lisant, tant tout est bien détaillé.

Ce n’est pas non plus qu’un roman fantastique et d’épouvante, il va plus loin que ça, il explore des thèmes qui nous sont connus (manipulations des masses, religion, croyances, différences de classes, violences contre les enfants) tout en nous emmenant dans un monde inconnu, en passant par une forêt où les cerfs foutent les jetons.

Faut absolument plonger dans le monde de Christopher, que ce soit le vrai ou l’imaginaire et aller à la rencontre du gentil monsieur et de la dame qui siffle…

PS : Encore un roman découvert et lu à cause (grâce ?) d’une chronique de Yvan du blog ÉmOtionS… On va finir par croire qu’il me sponsorise ! Ben non, c’est juste un affreux tentateur qui sait y faire pour nous donner envie de découvrir certains romans plus que d’autres. Yvan, tu m’énerves !!! mdr

2h17. C’est l’heure
Tout ira bien, le gentil monsieur veille…
Si je renverse un cerf, je serai sauvé…
Ne pas s’endormir…
Arrête de l’aider ! Ne quitte pas la rue, tu vas mourir.
Si je renverse un cerf, ça sera un signe, Dieu faites que je renverse un cerf…
Dieu est un assassin…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°11]Challenge Pavévasion – Saison 2 (22 juin – 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°06 – 750 pages] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°23].

 

Le jour où Kennedy n’est pas mort : R. J. Ellory

Titre : Le jour où Kennedy n’est pas mort

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (04/06/2020)
Édition Originale : Three Bullets (2019)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
La vérité est plus forte que tout.

C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…

Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là.

En revanche, peu après, Mitch Newman, photojournaliste installé à Washington, apprend une très mauvaise nouvelle. La mère de Jean, son ex-fiancée, lui annonce que celle-ci a mis fin à ses jours.

Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Il découvre alors que Jean enquêtait sur la famille Kennedy. Peu à peu, le photographe va s’avancer dans un monde aussi dangereux que sophistiqué : le cœur sombre de la politique américaine.

Sexe et manipulations, mensonges et assassinats… Dans cette histoire alternative où l’on retrouve le clan Kennedy au complet ainsi qu’un certain Lee Harvey Oswald, JFK semble avoir échappé à son destin. Pour combien de temps ?

Critique :
Cette uchronie aurait pu aussi s’appeler « Le jour où le tailleur rose Chanel de Jackie ne reçu pas la cervelle de John Kennedy »…

Titre sans doute non retenu car trop long. Trop gore aussi… Pas une bonne pub pour les tailleurs Channel, ni pour les décapotables.

À propos de capote, il semblerait que JFK était un chaud lapin qui tirait très souvent son coup (sauf que le dernier tir fut pour Lee Harvey Oswald – ok, je sors).

L’a-t-il fait plus souvent qu’un certain DSK, ça, l’Histoire ne le dit pas car on n’a pas compté les tirs.

Pour revenir aux choses sérieuses, le titre en V.O était bien trouvé car mystérieux (Trois balles – Celle qui l’a manqué, celle qui l’a tuée et celle qui a changé le monde).

Le portrait de JFK est sans paillettes et loin de ce que j’ai toujours entendu depuis que je suis gosse : Kennedy, le gendre idéal, parfait, le bô gosse, le jeune président, le sourire ravageur.

Les médias nous ont vendu un homme qui n’existait pas, on nous a fabriqué une légende, dressé un portrait flatteur de JFK et passé sous silence ses défauts, ses manies, ses erreurs, ses amitiés avec la mafia, les magouilles de son élection.

Dans cette uchronie, on part du principe que JFK n’a pas été abattu à Dallas, le 22/11/63… Qu’est-ce qu’il se serait passé ensuite, si John avait pu travailler à sa réélection ? Vous avez 432 pages pour y répondre.

Mêlant habillement la politique de l’époque, les personnages réels et ceux de fiction, cette dystopie nous montre un JFK tel qu’il était et nous sommes loin de la légende qu’on nous a fait bouffer durant des décennies.

Le portrait réel de John n’est pas flatteur et on a même envie d’aller le classer parmi les présidents les plus catastrophiques alors qu’on aurait eu envie, avant, de le mettre parmi les meilleurs.

Propagande, quand tu nous manipules et qu’on te croit sur parole.

Mais Ellory ne se contente pas de nous montrer les coulisses du pouvoir et de la chambre, il propulse aussi Mitchell Newman, un pauvre journaliste raté, dans une enquête sur un événement qu’il semble avoir eu lieu à Dallas, au moment où Kennedy traversait Dealey Plaza dans sa Ford Continentale décapotable.

Ce n’est pas lui qui avait soulevé le lièvre, mais son ex-petite amie, que l’on vient de retrouver suicidée (alors qu’elle avait un chat !) et dont la police est venue chercher tout ses papiers de journaliste. Louche, très louche.

Newman va devenir un nouvel homme (son nom était-il prédestiné ?) en se lançant sur l’enquête, commençant à sortir de sa léthargie, de son laisser-aller, de son apitoiement sur lui-même et ce qu’il va découvrir, sur l’enquête et sur lui-même, va le changer. Et il va hériter d’un chat.

L’équilibre est bien respecté entre le côté politique et celui de l’enquête de Mitch, qui est parti de quasi rien et à tout de même remonté une fameuse piste, sans jamais rien lâcher, emmerdant tout le monde dans cette quête qu’il n’accomplit que pour tenter de se racheter, tant il s’en veut encore d’être pari en Corée, laissant sa copine seule.

Il n’a manqué qu’une chose dans le roman : des émotions. Ellory m’a habitué à des émotions dans ses romans, certains m’ayant même foutu le coeur en vrac, mais ici, j’en ai moins ressenti, n’arrivant pas à m’attacher à Mitch, le trouvant un peu trop pathétique de vouloir effacer sa faute du passé en se rachetant aux yeux d’une morte.

Maintenant, ce n’est pas parce que je n’ai pas ressenti des émotions qu’il n’y en avait pas, juste que je suis restée de marbre face à elles.

Une uchronie bien ficelée, qui nous montre l’envers du décor, l’envers de la légende et croyez-moi, elle n’était pas reluisante, la légende de JFK, ni celle de sa famille.

Le roman nous montre un président accro aux médocs, à la santé chancelante, aux appétits sexuels gargantuesques et un homme qui ne tenait pas si bien la barre du pays qu’on a voulu nous faire croire.

Ellory n’a pas choisi la facilité en revisitant un événement marquant du siècle dernier, cette scène d’un président qui s’écroule et de son épouse qui fiche le camp (j’aurais fait pareil), de ces images qui furent diffusées des milliers de fois.

En s’affranchissant de cet assassinat qui fit couler beaucoup d’encre et dont on ne saura jamais le fin mot, l’auteur développe un autre roman, une autre histoire, comme le fit Stephen King, mais d’une autre manière.

Le sujet n’était pas facile, il était glissant mais Ellory tire son épingle du jeu dans cet univers de l’uchronie et nous propose un roman qu’il est difficile de lâcher, même si, comme je l’ai dit, je n’ai pas ressenti des émotions.

PS : Juste un détail qui m’a perturbé : John est surnommé Jack, ce qui est normal, mais quand, au même moment, vous lisez aussi un livre qui parle de Jack The Ripper, à un moment donné, votre cerveau amalgame les deux et dans un éclair d’imbécillité, vous vous surprenez à crier que Kennedy était Jack The Ripper…

Faut que j’évite de lire deux livres en même temps, ça ne me réussi jamais, mon esprit mixant le deux, quand bien même les sujets traités sont aux antipodes l’un de l’autre : Holmes et la guerre de Troie, par exemple… Non, Holmes ne se trouve pas sur une galère Itaquienne et non, Ulysse n’est pas à Baker Street.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°284 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Le Fléau – Tome 1/2 : Stephen King

Titre : Le Fléau – Tome 1

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2010) – Édition en 2 tomes
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Quand on pense que tout ça est arrivé à cause d’une défaillance du système de fermeture des portes lorsque les chiffres de l’horloge sont passé au rouge…

Ce qui a permis à une personne de s’enfuir, d’embarquer sa famille pour fuir et d’aller mourir dans un petit bled, contaminant les personnes présentes à la pompe d’essence qui eux-mêmes ont contaminés leur famille, amis, la ville, les villes, le pays, le monde…

Le King a toujours eu l’art et la manière de mettre en place ses histoires, passant de moments hautement angoissant à d’autres plus calmes, lorsqu’il met en place ses autres personnages, allant en profondeur dans leur portraits, ce qui nous donne l’impression de les connaître depuis longtemps.

Vous êtes calmement en train de lire un passage où un homme renseigne une famille sur le chemin à suivre ? Banal à mourir… Pas chez le King, parce qu’à l’aide de ce simple geste banal, cette amabilité faite à une autre personne, vous infectez la petite famille, qui elle même infectera d’autres personnes, qui elles-mêmes… Moins banal à lire, subitement, non ?

On se doute que les personnages dont le King prend le temps de nous dresser les portraits seront ceux qui seront les protagonistes les plus importants de son histoire, même si, dans le lot, certains trouveront la mort avec le virus de la super grippe. Zut, faut pas trop vite s’y attacher…

Provenant de tous les horizons, ses personnages seront attachants, sympathiques ou des salopards, car avec le King, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. D’ailleurs, on remarque que les êtres humains retournent vite à un état primaire et que devant l’ampleur des morts, on passe vite à des horreurs sans nom comme de tirer sur des gens…

Le roman du King, lu en version intégrale sur deux tomes, est addictif, anxiogène, nous fait par des montagnes russes d’émotions allant des angoissantes au plus calmes, nous laissant reprendre notre souffle pour mieux nous donner quelques sueurs froides ensuite.

Prenant son temps, le King nous délivre son récit sans sauter des étapes, sans zapper des étapes sur ses différents personnages et cela donne une première partie addictive, mettant aussi en place un élément fantastique avec deux personnages étranges, un homme en noir et une vieille dame, mère Abigaël…

Dans sa version intégrale, il y a plus de pages que dans la version « light », mais au moins, on a le récit complet, sans coupes, et si parfois, on sent un peu les longueurs, cette sensation passe très vite car la plume du King fait mouche car il sait toujours aller dans la psyché des personnages, des Hommes et nous en donner sa part d’ombre, de ténèbres, mais aussi la plus belle.

Le Fléau est sans doute un roman anxiogène dès le départ, mais le lire en période de Covid-19, même s’il ce virus est moins meurtrier que celui du roman (heureusement, nom de dieu !), c’est encore plus angoissant.

Je vais m’accorder un peu de temps avant d’entamer le tome 2 et aller me lire un Oui-Oui ou Tchoupi…

Ah zut, je n’ai que ceux où ils vont faire leurs courses tranquillement, font du sport d’équipe, vont visiter leur famille, se font des bisous… Bon, alors je vais lire Les Aristochats…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°215 et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°03 – 746 pages].

La prière du maure : Adlène Meddi

Titre : La prière du maure

Auteur : Adlène Meddi
Édition : Jigal Polar (15/02/2019)

Résumé :
Alger, les années 2000. Un jeune homme disparaît. Pour régler une dette, Djo, commissaire à la retraite – entêté, solitaire et amoureux – reprend du service et réactive ses réseaux.

L’enquête devient une inquiétante course contre la mort, les fantômes d’une époque que tous croyaient révolue ressurgissent.

Les capitales étrangères paniquent, les systèmes de sécurité s’effondrent.

Dans une Algérie où la frontière entre la raison et la folie s’estompe jusqu’au vertige, Alger sombre dans le chaos.

Critique :
Adlène Meddi est un journaliste, reporter et écrivain algérien et on sent bien le côté reporter qui a fouillé dans les poubelles de l’Histoire pour dénoncer un système, le critiquer, le mettre à jour.

J’avais déjà découvert une Algérie loin des cartes postales avec « Le désert ou la mer » de Ahmed Tiab mais ici, j’ai plongé un peu plus dans Alger La Noire et j’en suis ressortie en regardant derrière moi si certains personnages louches ne me suivaient pas.

Ici, l’avenir n’est pas heureux, le sang coule toujours et des gens qui posent les mauvaises questions aux mauvaises personnes disparaissent.

Pourtant, nous sommes face à une enquête banale : un ancien commissaire à la retraite à qui on a demandé de rechercher un jeune homme qui a disparu. Il lui suffit juste de réactiver ses anciens réseaux et de poser quelques questions…

Ça le gonfle, notre Djo, il préférerait rester les doigts de pied en éventail, mais il a une dette et on lui demande de la rembourser avec cette petite enquête.

Oui, une enquête qui serait des plus banales ailleurs qu’en Algérie. Car en fait, si l’enquête semble simple, ou du moins vue et revue, c’est tout ce qui vient se greffer autour qui ne l’est pas.

Un peu comme quelqu’un qui côtoierait une personne atteinte du choléra/peste/Covid19 (biffez les maladies non souhaitées) et puis qui, sans se savoir infecté, irait foutre la pécole à tous ceux qu’il va croiser ensuite… Sans le vouloir, il va semer la mort dans son sillage.

Services secrets, policiers, politiciens, tout le monde est sous contrôle, tout le monde est espionné, tout le monde contrôle tout le monde et la situation peut changer car certains jouent double jeu, triple jeu, mélangeant l’espionnage et la délation, sans oublier la torture, du genre de celle qui vous ferait avouer l’assassinat de Lincoln.

Je veux bien qu’il y a pénurie de sucre dans les rayons des magasins, mais au moment où ce livre a été écrit, il y avait du sucre et en ajouter un peu dans ce petit noir aurait adoucit les phrases qui écorchent l’âme, qui rappent la peau, qui jaillissent comme des balles d’un AK47.

Le style d’écriture m’a perturbé dans les premières pages tant le staccato des mots tourbillonnaient dans ma tête, tant la noirceur humaine était mise en avant et me fusillait sur place. Trop, c’était trop…

Après une telle lecture, un petit Astérix de l’ère Goscinny/Uderzo est à préconiser, même deux, si jamais les symptômes d’abattement persistent.

Dommage pour le style d’écriture avec lequel je n’ai pas matché, parce qu’il y a derrière cette petite enquête une autre enquête, bien plus grande, bien plus fournie, travaillée, celle de l’auteur qui a vraiment joué au journaliste d’investigation, comme je les aime.

Un livre qui fait très froid dans le dos… Je quitte l’Algérie sur la pointe des pieds, croisant les doigts que les services spéciaux ou autres barbouzes excités de la mort ne me suivent pas pour me régler mon compte.

PS : je soulignerai l’excellent jeu de mot dans le titre « la prière du maure »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°203.

Santa muerte : Gabino Iglesias

Titre : Santa muerte

Auteur : Gabino Iglesias
Édition : Sonatine (20/02/2020)
Édition Originale : Zero Saints (2015)
Traducteur : Pierre Szczeciner

Résumé :
Santa Muerte, protegeme…

Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ».

Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoué qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer, lui trancher les doigts et les donner à manger à… une chose, avant de lui couper la tête. Le message est clair. Ici, c’est chez eux.

Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et il a soif de vengeance.

Avec l’aide d’une prêtresse Santeria, d’un chanteur portoricain cinglé et d’un tueur à gage russe, il est prêt à déchaîner l’enfer.

C’est le début d’une odyssée survoltée, mystique et punk, infusée de magie yoruba, foutrement intense et délicieusement flippante.

Critique :
Au premier abord, on pourrait classer ce roman noir dans la catégorie des romans « barrés » ou « frappadingue » tant il est déjanté, a des relents de fantastique et des saints inconnus de ton calendrier catholique, orthodoxe et tout ce que tu veux.

Et en effet, ce ne serait pas une erreur de classement car si on le regarde en gros, c’est de l’action pure, de la violence, des drogues, des armes à feu et une histoire de vengeance vieille comme le monde.

Pas de la vengeance raffinée à la Monte-Cristo, mais de celle au Beretta, au Desert Eagle et à l’Uzi (à ne pas confondre avec de l’ouzo).

Pourtant, dans le fond, il n’y a pas que ça…

Ce n’est pas que l’histoire d’une vengeance, car au travers de l’histoire de Fernando, immigré clandestin mexicain, dealer de toutes sorte de drogues et videur de boite, c’est aussi celle de tous les clandestins qui tentent de passer la frontière pour vivre le rêve Américain, ou tout simplement, essayer de sortir de la misère ou échapper à des tueurs ou quitter un pays exsangue.

Fernando a beau être un revendeur et le type qui rapporte le fric à Guillermo, le dealer en chef, il mène une vie rangée, tranquille, sans faire de vague et en priant beaucoup  la Santa muerte…

Notre personnage principal n’ a rien d’un dur, d’un salaud. Il pourrait même chanter ♫ Je ne suis pas un héros ♪.

En un mot, il est réaliste, un presque monsieur-tout-le-monde, qui sait se servir des armes, car s’il n’a rien d’un ange, il n’a pas non plus les cojones pour s’attaquer à plus fort que lui.

Pourtant, il va devoir aller se greffer de suite une solide paire de cojones car ceux qui ont tué son boss et Consuelo, sa mère de substitution, prêtresse de la Santería, ce sont des MS13…  Mara Salvatrucha, pour ceux qui ne pigent pas et qui n’ont pas encore fait des traces de freinage dans leurs slips ou culottes !

Un roman noir qui est intense, court, ne te laisse pas le temps de reprendre ton souffle et te fera croiser la route de personnages (Le Russe et El Principe) dont tu ne sais pas trop s’il vaut mieux ne jamais les croiser ou alors, si les avoir pour potes, pourrait t’aider si un jour tu veux dézinguer des membres du terrible gang des MS-13…

Un barrio noir qui mélange habillement la violence, l’humour, l’amitié, la vengeance, les drogues et autres cachetons favoris du Docteur House. Sans oublier les cierges, les bougies, les neuvaines et les prières à des tas de saints.

Après ma prière, j’ai allumé une bougie supplémentaire pour San Lázaro et une autre pour Changó en me disant qu’il valait mieux assurer mes arrières. Je n’avais pas de pommes, mais il me restait au frigo un peu de lait, du fromage et une part de pizza. J’ai aussi ouvert le placard sous l’évier pour y prendre ma meilleure bouteille de rhum, celle que je réservais à la Santa Muerte, et j’en ai rempli un verre. J’ai tout déposé devant mes deux statues et j’ai promis à Changó que je lui rapporterais deux sacs de pommes s’il me venait en aide.

Donc, si tu veux lire ce petit roman qui pulse, ami lecteur, amie lectrice, n’oublie pas ton chapelet, un gros cierge, tes offrandes à la Santa Muerte ou autre saint(e) qui a tes faveurs, tes balles à têtes creuses, de l’eau bénite (parce qu’on ne sait jamais), une grosse paire de cojones et des flingues !

Prière à la Santa Muerte – Jour 3
Ô, Mort toute-puissante, reine des Ténèbres et de l’Au-Delà, Dieu t’a accordé l’immortalité et je t’implore avec toute la ferveur que renferme mon cœur de diriger contre mes ennemis le pouvoir que tu détiens sur l’ensemble des mortels. Qu’ils ne puissent avaler le moindre repas, qu’ils ne puissent s’asseoir à aucune table, qu’ils ne puissent trouver le sommeil ni connaître la tranquillité. Qu’aucun de leurs desseins néfastes ne se réalise. Santa Muerte, Dame blanche adorée, je te demande de forcer mes ennemis à s’incliner devant toi, vaincus, et de les contraindre à l’humilité. Je te supplie de m’accorder la force de les écraser. Qu’ils rampent à mes pieds et me voient comme le bras armé de ta justice divine et éternelle. Je te supplie, ô Santa Muerte, reine de mon cœur, de m’accorder les faveurs que je te demande par cette novena. Je te supplie de m’accorder ton aide afin d’annihiler Indio et ses hommes, ces vermines qui ont fait couler le sang des innocents. Que ta volonté soit faite.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°192.

Cauchemar : Paul Cleave

Titre : Cauchemar

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (07/11/2019)
Édition Originale : Whatever it Takes (2019)
Traducteur : Fabrice Pointeau

Résumé :
Un cauchemar qui va vous tenir éveillé toute la nuit.

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect.

Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.

Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel.

Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.

Critique :
♫ Saga Acacia ♪ Faut faire gaffe à Noah ♪ Saga Acacia ♪ Faut pas chercher Noah ♪

Noah Harper est de retour à Acacia Pines, l’endroit le plus chiant du monde… Son ancienne ville qu’il avait quittée, il y a 12 ans, sur ordre du shérif de l’époque.

Alyssa Stone, la gamine qu’il avait retrouvée il y a 12 ans, a de nouveau disparu et malgré l’interdiction qu’il a de mettre les pieds dans la ville, il est revenu !

Contrairement à ce qui est promis dans le résumé, ce « cauchemar » ne m’a pas tenu éveillé toute la nuit !

J’ai même fait des pauses durant ma lecture, j’ai su m’arrêter dans le récit et je n’ai pas oublié de descendre à ma station de métro.

Ça ne veut pas dire que le p’tit dernier de l’auteur aux beaux yeux est merdique, loin de là, mais bon, j’en étais au premier tiers et le récit n’avait rien d’exceptionnel non plus.

Pourquoi ? Parce qu’Alyssa Stone qui avait été enlevée et retrouvée par Noah, flic à l’époque, a disparu de nouveau mais Drew, le nouveau shérif l’a eue au téléphone et même Noah lui a parlé au téléphone ! Elle est juste fichue le camp du bled, point final. On replie tout et on part à la pêche ??

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à douter de  l’auteur, à me demander s’il avait encore sa santé mentale.

J’en étais quand même au premier tiers du roman et la seule chose qui me tenait éveillée en le lisant au matin, c’était mon café noir et les personnages du roman qui me plaisaient, surtout Noah et son côté cash, brutal, un peu borderline et chien fou qui mord quand on le cherche.

Le grand huit attendu n’était pas au rendez-vous. Niveau sensation, j’avais plus l’impression d’être assise dans la petite voiture, sur le manège qui tourne en rond, celui pour les gosses… Franchement, à ce moment là, je n’avais pas envie d’attraper la floche pour gagner un tour de plus.

Pourtant, nom de Zeus, des copinautes à moi en avaient dit le plus grand bien de ce nouveau roman et je fais confiance à ma Fée Stelphique et à l’Yvan d’Émotions. Seraient-ils devenus fous d’avoir apprécié ce nouveau roman de Paul Cleave ? Qu’est-ce qu’il y avait de si super dans ce roman où j’avais l’impression de tourner en rond et de ne pas avancer ??

Et puis, sans que je m’en rende compte, le manège a commencé à s’incliner et ma petite voiture ne tournait plus du tout en rond. La vitesse avait augmenté aussi et c’est avec stupeur que je me suis réveillée sur les planches du grand huit, avec double salto arrière, si pas triple salto. Accrochez vos ceintures, c’est parti mon kiki !

Purée, sans faire attention, j’avais été entraînée vers une histoire qui se mettait enfin en branle et là, j’en ai eu pour mes sous, pour ma tension, pour mon rythme cardiaque et sur le final, en effet, je n’avais pas envie d’aller faire dodo et j’aurais pu louper ma station de métro si j’avais été dedans.

Pour planter son décor, ses personnages, développer l’intrigue, il fallait que l’auteur tourne un peu en rond et nous donne cette fausse impression que rien n’avançait et qu’on pouvait aller boire un verre.

En fait, rien n’était plus faux… Mais comme Saint-Thomas, fallait que j’y mette mon doigt pour être sûr et c’est pourquoi mon début de lecture fut aussi laborieux.

Cauchemar, ça commence comme sur un manège pour enfant et ça se termine en attraction pour adulte, non cardiaques car sinon, il vous faudra un nouveau coeur. Et là, y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°159 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°04].