Version officielle : James Renner

Titre : Version officielle

Auteur : James Renner
Édition : Super 8 éditions (09/02/2017)

Résumé :
Professeur d’histoire, Jack Felter revient dans sa petite ville natale de l’Ohio. Son père, pilote à la retraite atteint de démence, est en train de perdre la mémoire.

Ce retour forcé ravive de douloureux souvenirs : celui de Samantha, la fille dont il tomba amoureux et qui a fini par épouser Tony Sanders, un psychiatre et son ancien meilleur ami. Sauf que Tony a disparu depuis maintenant 3 ans, et est présumé mort.

Le seul qui semble capable de lui apprendre quelque chose est Cole Monroe, le dernier patient de Tony – un garçon de 16 ans soigné pour paranoïa. Jack est contraint de faire cause commune avec lui pour suivre la trace de son ami. Leur quête – sidérante – va les mener de Manhattan à des structures secrètes enfouies sous les montagnes des Catskills, pour s’achever sur une île secrète du Pacifique.

L’enjeu ? Aux frontières de la folie et du temps, percer le mystère du Grand Oubli, cette gigantesque conspiration chargée de dissimuler les véritables évènements de la Seconde Guerre mondiale.

Tandis que tout ce que pensait savoir Jack s’effondre, une question demeure, essentielle : est-il préférable d’oublier notre plus grande erreur, ou de se la rappeler pour ne plus jamais la commettre ?

Critique :
Jack Felter n’a rien d’un héros, rien d’un Indiana Jones, c’est juste un prof d’histoire qui revient dans sa ville natale, en Ohio, afin d’aider sa soeur à s’occuper de leur père atteint de démence et d’Alzheimer.

Je viens d’écrire ces quelques lignes et déjà j’ai des doutes en ce qui concerne ce que je viens de pianoter sur mon clavier.

Est-ce bien la réalité ou ai-je déjà été réinitialisée ??? Le calendrier me signale que nous sommes jeudi 23 mars 2017, mais depuis que j’ai dévoré ce roman, je ne me fie plus aux calendriers.

Putain, j’espère qu’on ne va pas faire un bon en arrière dans le temps car je n’ai pas envie de refaire ma journée de travail ! Merde quoi !

Si vous lisez ce roman (et je vous le conseille), laissez une fois de plus vos certitudes à la porte et laissez-vous emporter par le récit qui risque de vous laisser choir votre mâchoire à un moment donné.

Sur le moment, j’ai pensé à voix haute « Hé oh, faut pas pousser bobonne dans les orties, là, surtout quand elle n’a pas de petite culotte », j’ai même failli déposer le roman – bête que j’aurais été – quand je me suis souvenue que j’étais dans de la fiction, de la science-fiction, ou dans une sorte d’uchronie dystopique.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Tout était normal…

Si vous êtes amateur de grand complot mondial, ce roman est pour vous ! Si ce genre de couillonades vous faire sourire doucement, ce roman est pour vous aussi car il risque de vous divertir et de vous faire réfléchir.

Souvenez-vous de vos cours d’Histoire reçus à l’école, qui, comme vous l’avez sûrement remarqué, ont tendance à changer de version au fil des générations ou selon la personne qui s’approprie le fait historique.

D’ailleurs, lorsque je découvre toutes les faussetés historiques qu’on nous a fait gober à l’école, je me dis que l’Histoire est souvent un beau mensonge arrangé par les vainqueurs.

Ici, vu la théorie,  je dois dire que l’auteur a une sacrée paire de couilles pour reprendre des faits historiques mondiaux tels que ceux abordés dans ce roman et de les coupler avec une tragédie américaine post  année 2000.

Et vous savez le pire ? C’est que ça marche du tonnerre ! Tout se goupille l’un dans l’autre et la sauce prend sans avoir besoin d’en faire des tonnes pour vous la faire avaler.

Si j’ai ricané au départ devant ce que je pensais être un truc de fou, je n’ai plus ri ensuite et j’étais tellement absorbée par l’histoire que j’aurais bien tout lâché pour finir le roman de suite. 430 pages, tout de même, ça fait un sacré morceau.

Oui, absorbée je l’étais ! Normal, l’écriture était agréable, les personnages bien campés, diversifiés, réalistes, le mystère et le suspense montent doucement pour ne plus vous quitter ensuite et jusqu’au dernier moment vous vous accrochez à ces pages comme si votre vie en dépendait.

Ce roman qui mélange l’uchronie et la dystopie risque de vous laissera pantois devant ces théories dignes d’un conspirationniste mais qui, dans la trame du roman, restent tout à fait réalistes. Elles s’intègrent parfaitement au récit et on prend tout comme si de rien n’était.

Oui, j’ose le dire, moi qui suis une grande septique et dont les théories des conspirationnistes ou les Grands Complots Mondiaux me font toujours ricaner.

Un roman divertissant et troublant, même si dans le fond, je sais que ce n’est pas possible… Quoique… J’ai des doutes, là, subitement !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Fahrenheit 451 : Ray Bradbury

Titre : Fahrenheit 451                                            big_5

Auteur : Ray Bradbury
Édition: Folio SF (2000)

Résumé :

451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume.

Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif.

Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable.

Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Petit plus : Né en 1920, Ray Bradbury s’impose à la fin des années 40 comme un écrivain majeur, avec la parution d’une série de nouvelles oniriques et mélancoliques, plus tard réunies sous le titre de Chroniques martiennes.

Publié en 1953, Fahrenheit 451, qui finit d’asseoir la réputation mondiale de l’auteur, sera porté à l’écran par François Truffaut.

Critique :

Un pompier qui brûle des livres, c’est aussi révoltant qu’un contrôleur à la fraude fiscale qui fraude… qu’un garde-chasse qui braconne… et quand c’est autorisé par l’Autorité Suprême, c’est encore plus révoltant.

Guy Montag est un pompier qui jouit presque à chaque fois qu’il nourri les flammes de son feu avec des feuilles de livres. Cette « purification » par le feu ne se conteste même pas. Aucune questions sur le fait de savoir si ce qu’il fait est bien ou pas. Pour lui, un bon livre est un livre brûlé. Un pompier, c’est fait pour détruire par le feu.

Un soir, il rencontre Clarisse, une jeune fille de son quartier, une jeune fille différente, une jeune fille qui se pose des questions et qui lui en pose une de taille : « C’est vrai qu’autrefois les pompiers éteignaient le feu au lieu de l’allumer ? ». Montag nie. Un pompier qui éteint un incendie, c’est du n’importe quoi.

Pourtant, Clarisse, à force de le croiser, instille le doute dans son esprit et Montag va tenter d’en apprendre plus sur ces autodafés qui ont lieu depuis des siècles et il commence à faire travailler son cerveau, son esprit… Ce faisant, il va à l’encontre de tout le monde.

« Fahrenheit 451 » fut écrit en 1953… Un vieux brol ? Que nenni, il est plus que d’actualité parce qu’en le lisant, j’avais l’impression de me retrouver dans un monde proche, un monde fait d’écrans de télé, de relations virtuelles, de gens qui ne pensent à rien, qui ne veulent même pas penser, qu’on empêche de penser…

Puisque les livres vous donnent des informations différentes, ils les ont banis et les détruisent pour vous éviter de vous fouler les neurones avec toutes ces données perturbantes.

Afin de rendre les gens heureux, on les bombarde d’images et de faits, sans émotion, sans réflexion… Pour être heureux, il ne faut pas penser.

L’écriture précise et incisive de Bradbury ne m’a laissé aucun répit et j’ai dévoré ce livre plus vite que le feu ne l’aurait consumé.

Bradbury nous met face à une société ou l’anti-culture est la norme, ou la liberté brille par son absence, où les gens refusent de savoir, préférant se mettre la tête dans le trou ou écouter leur murs – plutôt que d’autres êtres humains – et ils vivent complaisamment dans la soumission.

Napoléon disait : « Le peuple est le même partout. Quand on dore ses fers, il ne hait pas la servitude ». Dans la société décrite par l’auteur, les fers et la cage sont dorés.

L’auteur ne vous plante pas les actes des autodafé sans vous les justifier, sans donner des arguments à ceux qui accomplissent cette tâche sans conscience ni remords : « Pour éliminer les différences, il faut éliminer les sources de réflexion et de contestation ». Dont acte.

Bam, prends-ça dans la face, Montag, toi qui veux penser, toi qui veux découvrir les livres et lire ce qu’il y a à l’intérieur. Pauvre fou, va ! Tu crois que l’on va te laisser faire ?

Non, non, dans cette société, on ne pense pas !

« Si vous ne voulez pas qu’un homme se rende malheureux avec la politique, n’allez pas lui cassez la tête en lui proposant deux points de vue sur une question, proposez-lui un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun ».

C’est un merveilleux nivellement par le bas que l’auteur nous décrit. Il ne fait pas bon être intello, dans ce monde là.

Quoi ? Dans le notre non plus ? Quand je vous disais que ce livre n’était pas si vieux que ça ! Les gens s’abrutissent devant de la télé-réalité bête à pleurer et les idiots qui la peuplent sont mis sur un piédestal tandis que les émissions « avec des neurones » sont virées des écrans. Normal, les émissions intelligentes ne donnent pas du temps de cerveau disponible à la marque de boisson gazeuse.

Comme le dit d’ailleurs Bradbury  : « Il y a plus d’une façon de brûler un livre », l’une d’elles, peut-être la plus radicale, étant de rendre les gens incapables de lire par atrophie de tout intérêt pour la chose littéraire, paresse mentale ou simple désinformation (ceci est un extrait de la préface).

On me disait bien, à moi, que lire c’était s’isoler du monde et certains me raillaient… Ils ne me raillent plus !

Dans cette préface, on nous dit aussi « Aujourd’hui, on ne brûle pas les livres. Ou plutôt on ne les brûle plus » ce qui me fait réagir et dire « c’est faux ». Nous l’avons bien vu au Mali avec des livres transformés en bûcher.

Je pardonne à la préface, à l’époque où elle fut écrite, on n’en brûlait peut-être plus…

L’Histoire nous apprend qu’en cas de conflit, c’est toujours la culture qui est sacrifiée en premier. Un peuple sans culture, c’est un peuple sans identité, nus, sans âme,… Sans compter que certains, ne comprenant sans doute rien à rien, sont les premiers à flinguer des livres quand ils en croisent.

Un sacré visionnaire, Bradbury…

Oui, en 2013, on interdit toujours certains livres, parce que leur vérité dérangent, parce que l’auteur révèle des choses intimes sur X, parce que certains se déclarent les véritables gardiens ou les vrais interprètes d’un livre religieux ou de la parole de Dieu.

Oui, des cathos ultra ont manifesté pour empêcher une pièce de se dérouler parce que pour eux, elle était insultante pour dieu sait qui.

Oui, dans certains pays, certaines vérités ne sont pas bonnes à dire…

Une vision de l’avenir pas si SF que ça… nous n’en sommes pas encore là, mais qui sait si un jour les lobotomisés du cerveau ne prendront pas le pas sur ceux qui ont encore une cervelle et savent s’en servir ?

A découvrir si ce n’est pas encore fait, il n’est jamais trop tard !

Pour conclure, je reprendrai la phrase de Jean d’Ormesson : « On ne brûle pas encore les livres, mais on les étouffe sous le silence ».

Lu dans le cadre du Challenge « Romans Classiques » de Métaphore Challenge et celui de « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel. Participe aussi au challenge « Les 100 livres à avoir lu au moins une fois » chez Bianca.