Les Raisins de la colère : John Steinbeck

Titre : Les Raisins de la colère

Auteur : John Steinbeck
Édition : Gallimard/Folio

Résumé :
L’histoire débute au moment où Tom Joad sort de prison. Tandis qu’il retourne chez lui, il rencontre un ancien prédicateur, Jim Casy, avec qui il partage des souvenirs d’enfance.

Les deux personnages font la route ensemble. Alors qu’ils arrivent à la ferme familiale, ils s’aperçoivent que celle-ci a été désertée. Déconcertés et un peu perdus, Tom et Jim décident d’aller chez l’Oncle John où ils retrouvent les autres membres de la famille Joad. Ces derniers sont en train de charger un camion Hudson avec ce qui leur reste de biens.

Les cultures ont été anéanties par le Dust Bowl (tempête de sable) et la famille n’a par conséquent pas pu honorer ses dettes. Chassés de chez eux, ils espèrent que la situation s’arrangera en Californie grâce à des feuillets leur proposant du travail et qui sont distribués un peu partout dans leur état : ils pensent que, là-bas, ils auront à manger et gagneront assez d’argent pour vivre.

Séduits par cette publicité, la famille Joad décide d’investir tout ce qui lui reste dans ce voyage. Bien que ce projet enfreigne les termes de sa liberté conditionnelle, Tom décide de partir avec sa famille. L’ancien pasteur J. Casy se joint également à la famille.

Les Joad empruntent la Route 66 pour aller vers l’ouest.

Dans des camps de fortune dressés au bord de la route ils entendent l’histoire d’autres familles, dont certaines reviennent de Californie.

La famille Joad ne veut pas admettre que les promesses auxquelles elle croit ne seront pas tenues. Juste avant la limite d’état, Noah (l’aîné des fils Joad) quitte la famille pour rester vivre au bord du Colorado et la grand-mère de la famille meurt pendant la traversée du désert.

En arrivant en Californie, Connie (le mari de Rose of Sharon, la fille, qui est enceinte) quitte la famille. Le reste de la famille, dirigé par Man, n’a d’autre choix que de poursuivre sa route.

A leur arrivée, ils s’aperçoivent qu’ils ne gagneront jamais beaucoup d’argent car il y a trop de travailleurs et les propriétaires importants de la région ne les respectent pas tandis que les plus petits font faillite. Ils profitent du grand nombre d’émigrants pour baisser les salaires et les familles émigrantes vivent dans des camps de fortune provisoires appelés Hooverville.

Les travailleurs étant exploités, des individus essayent de les faire adhérer à des syndicats ; Jim Casy, qui a fait de la prison pour couvrir Tom car il avait agressé un shérif, est l’un d’entre eux.

Critique : 
Un roman qui, malgré ses quelques longueurs, m’a pris aux tripes… Un roman porteur d’un message sur le capitalisme qui, non content d’exploiter l’homme, fait en sorte que toutes les richesses ne soient détenue que par quelques mains (la racaille en col blanc).

« Lorsque la propriété est accumulée dans un trop petit nombre de mains, elle est enlevée. Lorsqu’une majorité a faim et froid, elle prendra par la force ce dont elle a besoin. la répression n’a pour effet que d’affermir la volonté de lutte de ceux contre qui elle s’exerce et de cimenter leur solidarité ».

 

L’industrialisation a beau être pointée du doigt dans ce roman (les tracteurs), ce n’est pas elle qui est citée à comparaître sur le banc des accusés : la machine n’est pas responsable du mal qu’elle fait.

Non, mais l’auteur dénonce la mauvaise utilisation et le fait que les banquiers – eux, une fois de plus – aient entraînés les plus pauvres à payer leurs erreurs (♫ non, non, rien n’a changé ♪).

« La banque ce n’est pas la même chose que les hommes. Il se trouve que chaque homme dans une banque hait ce que la banque fait, et cependant la banque le fait. La banque est plus que les hommes, je vous le dis. C’est LE MONSTRE. C’est les hommes qui l’ont créé, mais ils sont incapables de le diriger ».

Oklahoma, fin des années 20… 1929 pour être plus précise. Les cultures ont été anéanties par le Dust Bowl (tempête de sable) et les agriculteurs qui avaient emprunté de l’argent aux banques après une récolte merdique, se retrouvent à ne plus savoir honorer leurs dettes puisque aucune de leurs récoltes ne fut vraiment bonne.

Et que font les banquiers lorsque vous ne savez pas payer vos dettes ? Ils vous saisissent vos biens, vos terres et vous saisissent à la gorge. Ils ont expulsé les fermiers sans aucun état d’âme (et nous savons que cela continue de nos jours)…

Le passage où les tracteurs charruent les terres des pauvres gens, massacrant au passage leurs maisons de bois est émouvant. C’est toute leur vie qu’on met à bas, leurs terres que l’on massacre, leurs terres que l’on va épuiser en plantant du coton.

À non, c’est vrai, ce ne sont plus leurs terres, ce sont celles de la banque, de la société, de on-ne-sait-pas-trop-qui, mais le responsable n’est pas « humain » en tout cas. Il est bien plus facile de dire que c’est la Société Machin.

Chassés de chez eux, ils penseront comme tous les immigrants que leur situation s’arrangera ailleurs – en Californie, ici – puisque des feuillets leur promettent monts et merveilles, notamment du travail à foison. Ces pauvres gens pensent que, là-bas, ils auront à manger et gagneront assez d’argent pour vivre. Pauvres fous… (pas en tant qu’insulte, mais en tant que visionnaire de leur futures emmerdes).

La famille Joad, c’est elle que nous allons suivre sur leur chemin d’exil  depuis l’Oklahoma jusqu’en Californie, sur la mythique route 66 qui ne sera pas une partie de plaisir, mais s’apparentera plus à une descente aux Enfers.

Les voitures des émigrants surgissaient en rampant des chemins de traverse, regagnaient l’autostrade et reprenaient la grande voie des migrations, la route de l’Ouest. A l’aube, elles détalaient, pareilles à des punaises ; dès la tombée du jour, surprises par l’obscurité, elles se rassemblaient et venaient grouiller autour d’un abri ou d’un point d’eau.

De fait, nous n’avons jamais vu d’immigrants voyager en Rolls. Ici, ce sera un vieux « camion ». De nos jours, ce sont des containers, des embarcations de fortune…

Mais comme Moïse, la terre promise, certains ne la verront jamais, et les autres, ils ne feront que l’avoir rêvée parce qu’on leur a vendu de belles images. Non content de les spolier de leurs terres, on les spolie de leurs rêves d’avoir une vie meilleure.

Ne laisse pas s’envoler trop tes espérances, pour n’avoir pas à ramper comme un ver de terre.

Ce livre comporte des passages assez long et j’ai parfois eu dur de continuer le voyage, mais comme les Joad, je me suis accrochée afin de lire ce chef-d’œuvre de Steinbeck, ce pamphlet qui n’épargne pas les banques et qui nous raconte ce que fut la grande dépression de 1929 au travers du voyage d’une famille.

Il vous prend aux tripes parce que vous vous retrouvez à abandonner ce que fut votre vie, vos affaires, vos amis, vous voyagez sur une route qui a tout du fleuve Styx (celui des Enfers), parce que vous vous retrouvez dans des camps de fortune dressés sur les bords des routes, parce que les promesses de travail vantées par les put**** de prospectus ne sont pas tenues, entrainant les familles déjà démunies à crever de faim parce que sans emploi et sans nourriture.

Et tout retour en arrière est impossible, c’est marche en avant ou crève en faisant marche arrière.

Si vous qui possédez les choses dont les autres manquent, si vous pouviez comprendre cela, vous pourriez peut-être échapper à votre destin. Si vous pouviez séparer les causes des effets, si vous pouviez savoir que Paine, Marx, Jefferson, Lénine furent des effets, non des causes, vous pourriez survivre. Mais cela vous ne pouvez pas le savoir. Car le fait de posséder vous congèle pour toujours en « Je » et vous sépare toujours du « Nous ».

La famille Joad, qui ne sera pas au bout de ses peines, va devoir se disloquer, elle crèvera de faim aussi, subira comme d’autres l’injustice et l’exploitation, elle devra faire face à des conditions de survie inhumaines, elle connaîtra le rejet, la discrimination, la mort, la prison,…

« Les grandes compagnies ne savaient pas que le fil est mince qui sépare la faim de la colère. Au lieu d’augmenter les salaires, elles employaient l’argent à faire l’acquisition de grenades à gaz, de revolvers, à embaucher des surveillants et des marchands, à faire établir des listes noires, à entraîner leurs troupes improvisées. Sur les grand-routes, les gens erraient comme des fourmis à le recherche de travail, de pain. Et la colère fermentait.

Comme le dit la devise de mon pays, « L’Union Fait La Force » et c’est uni que tout ces opprimés arriveront à s’en sortir. La solidarité étant souvent très forte entre eux (dans le livre).

– On en apprend tous les jours, dit t-elle, mais il y a une chose que je sais bien, à force . Quand on est dans le besoin, ou qu’on a des ennuis – ou de la misère – c’est aux pauvres gens qu’il faut s’adresser. C’ est eux qui viendrons en aide – EUX SEULS.

Autre paradoxe soulevé par le récit et qui me fait penser à ce que nous vivons toujours : les habitants de Californie ne veulent pas les immigrés mais ils en ont besoin pour le travail… « Travaille et puis casse-toi, pauv’con ».

– On est bien dans un pays libre, tout de même.

– Eh bien tâchez d’en trouver, de la liberté. Comme dit l’autre, ta liberté dépend du fric que t’as pour la payer.

Bref, un livre à lire, les personnages sont attachants, ce qui est écrit est une partie de l’histoire, malgré quelques longueurs, ça vaut la peine de l’ouvrir, de plus, le style d’écriture est implacable. Dire que depuis, rien n’a changé.

Craignez le temps où l’Humanité refusera de souffrir, de mourir pour une idée, car cette seule qualité est le fondement de l’homme même, et cette qualité seule est l’homme, distinct dans tout l’univers.

L’auteur a reçu pour cette œuvre le prix Pulitzer en 1940.

Lu dans le cadre des Challenges « Romans Cultes » de Métaphore, de « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel, du « Pavé de l’été » chez Sur Mes Brizées, pour Le « Challenge US » chez Noctembule et pour Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle.

Publicités

Le tour du monde en quatre-vingts jours : Jules Verne

Titre : Le tour du monde en quatre-vingts jours

Auteur : Jules Verne
Édition : Gallimard (2001)

Résumé :
Faire le tour du globe en 1920 heures ou 15200 minutes, c’est le pari fou que le gentleman anglais Phileas Fogg relève en 1872 contre les membres du Reform Club de Londres ! Il entraîne Passepartout, son valet, dans une course effrénée…

Poursuivi, de steamboat en railroad par les polices anglaises qui voient en lui le cambrioleur qui vient de dévaliser la Banque d’Angleterre.

Une grande aventure où se croise une belle indienne à sauver du bûcher. où les ponts s’effondrent, les navires flambent… et où un gentleman dépense et se dépense sans compter pour atteindre son but à l’heure exacte !

Critique : 

Sorry, veuillez excuser mon léger retard, mais je viens de boucler un tour du monde en 80 jours en compagnie de mon ami Passepartout et son nouvel employeur, Mr Phileas Fogg.

Y’a pas à dire, c’était une sacrée aventure que nous venons de vivre, tout ça pour un pari avec ses amis du club auquel il appartient ! Monsieur Fogg a tout de même parié la moitié de sa fortune.

Qui je suis ? Mais enfin, je suis Tico et je voyage dans la poche de Passe-Partout.

Quoi ? Ah, pardon, je vous présente mes excuses. Tico ne fait pas partie du roman de Verne. Là, je me croyais revenue en 1983, sur Récré A2, dans ce grand classique du dessin animé japonais « animalier » (comme dans le dessin animé « Sherlock Holmes »).

Voilà tout le paradoxe de ma lecture : l’omniprésence des images du dessin animé qui avait bercé mon enfance et que j’avais revu avec plaisir il y a 10 ans.

Le dessin animé, bien que fidèle au livre, possédait quelque différences, dont une de taille : l’humour !

Ici, le Philéas Fogg n’a pas une tête de lion et est moins sympa, l’inspecteur Fix du livre n’est pas aussi crétin que celui de la version animée (et sans compère encore plus crétin) et pas de Tico pour faire des bêtises.

Alors, j’ai dû faire table rase sur mes souvenirs et une fois que ce fut fait, ma lecture s’est accélérée et bien que connaissant la fin, j’ai ressenti l’ivresse de la course et du poteau final qui s’approchait. Oui, on peut connaître la fin et jouir du suspense malgré tout.

Verne n’est pas avare de descriptions, que se soit au niveau des personnages ou des endroits qu’ils traversent. On voyage à peu de frais en compagnie de nos deux compères, Fogg gardant son flegme quoi qu’il arrive.

Quant à Passepartout, il fera bien quelques bêtises, bien vite pardonnées et puis, il se rattrape à la fin !

Le seul bémol est la princesse que j’ai trouvée un peu trop lisse, pas assez présente et Fogg moins sympa que sa représentation en lion.

Pour le reste, une lecture agréable, rapide, sans prise de tête, un voyage autour du monde à une vitesse folle et un dépaysement certain. Je me devais de le lire et j’ai bien fait.

« 80 jours à courir, pas plus pour réussir
Le tour complet de la planète
Personne ne l’a jamais fait
Mais on fera tout pour être les premiers
80 jours à courir, pas plus pour réussir
Le tour complet de la planète
Pla_nète, quel pari de fou mais on y arrivera
Oh, quel pari de fou mais on y arrivera »

Y’a pas de raison qu’elle ne vous trotte pas dans la tête à vous aussi !

Livre lu dans le cadre des challenges « Romans Classiques » de Métaphore et « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel.

Des fleurs pour Algernon : Daniel Keyes

 Titre : Des fleurs pour Algernon

Auteur : Daniel Keyes
Édition: J’ai Lu

Résumé :
Algernon est une souris de laboratoire, Charlie Gordon un simplet employé aux médiocres besognes. Tous deux vont emprunter, grâce à une découverte du docteur Strauss et du professeur Nemur, le chemin vers l’intelligence.

Suivi par la psychologue Alice Kinnian dont il tombe rapidement amoureux, Charlie va faire de grands progrès sur le plan intellectuel.

Ainsi, au terme du troisième mois de traitement, il consigne dans son journal, originellement intitulé CONTE RANDU : J’ai téléphoné à Landsdoff au New Institute for Advanced Study, au sujet de l’utilisation des paires d’ions produites par effet photo-nucléaire, pour des recherches exploratoires en biophysique.

La progression est fulgurante. Mais le plus dur est à venir, et la découverte du monde qui l’entoure sera sans concession.

Puis soudain le rêve s’effondre, Algernon décline et finit par mourir.

Petit plus : A rapprocher de Quotient intellectuel à vendre de John Boyd, cette fable émouvante conviendra autant aux jeunes lecteurs avides de découvertes qu’aux amateurs qui seraient passés à côté de ce livre aujourd’hui classique.

Il obtint en effet le prix Hugo en 1960 et fut porté à l’écran par Ralph Nelson en 1968 sous le titre de Charly.

Critique : 
« Un bon livre, c’est un livre qui te fait mal quand tu le refermes. »

Cette année 2012 est un bon millésime car riche en « coups de coeur »  littéraires.

Ces coups de coeur, je les dois aux critiques sur Babelio, qui m’ont données envie d’enrichir ma bibliothèque, mais aussi à certains membres qui m’ont conseillé des livres dont ils se doutaient qu’ils me procureraient des heures de plaisir.

Et bien, ce livre, c’est aussi grâce aux bonnes critiques lues sur Babelio et surtout grâce au fait que Métaphore me l’ai recommandé comme j’hésitais avec un autre titre.

Cette oeuvre de science-fiction (que je n’aurais eu l’idée de lire), je l’ai acquise et lue dans le cadre du challenge « Romans Cultes » organisé par Métaphore.

C’est grâce à son challenge que j’ai découvert cette pépite.

« Des fleurs pour Algernon » fera, lui aussi, partie de ces romans qui me hanteront encore longtemps après avoir tourné la dernière page.

Pourtant, ma première impression, en commençant ma lecture, fut un écarquillement des yeux pas possible.

En effet, sur la première ligne, je venais de lire « Conte randu » et je me suis dit qu’il devait y avoir une grève des correcteurs, le jour où le livre fut édité.

La deuxième ligne me fit tiquer aussi sur une faute d’orthographe énorme et là je me suis dit qu’il devait y avoir une subtilité que je n’avais pas vu, étant donné que j’avais commencé ma lecture en buvant mon premier café, au réveil.

Ok, c’est Charlie Gordon, le « héros » qui nous parle et vu qu’il est arriéré mental, ces fautes d’orthographe sont normales.

Le personnage de Charlie est sympathique, on aurait presque envie de gueuler sur tous ceux qui se moquent de lui, sans que Charlie s’en rende compte.

Évidemment, il est toujours plus facile de se moquer de ceux qui ne savent pas se défendre, cela nous rend plus fort…

Charlie ne veut qu’une chose, devenir « un telligent ». La science le fera, mais les rêves, une fois qu’ils sont réalisés, ne sont pas toujours agréables et Charlie va le découvrir à ses dépends.

Puisque son QI se développe, Charlie va tout doucement se rendre compte que les autres se moquaient de lui, qu’il peut éprouver de la colère, que lui aussi peut devenir condescendant envers les autres parce qu’ils n’ont pas un esprit aussi vif que le sien.

Voilà donc un roman qui m’a pris aux tripes, me laissant à la fin avec une boule dans la gorge parce que l’issue est tout tracée.

J’ai suivi l’évolution de Charlie, son retour dans son passé, dans ses souvenirs qui sont remontés à la surface durant l’augmentation de son QI, j’ai souffert avec lui en découvrant que sa mère, après avoir fait comme si son fils était « normal », a tout fait pour le rendre intelligent, préférant se dire que c’était de la paresse plutôt qu’une déficience mentale.

Le début est fort prenant, on remarque de suite l’amélioration de Charlie en lisant ses billets où les fautes s’estompent, où les phrases deviennent de plus en plus construite.

L’homme ayant toujours eu peur de ce qu’il ne connaît pas, de ce qui est différent de lui, voilà que les collègues de travail de Charlie ont peur de lui, ne veulent plus le voir, son niveau d’intelligence étant tellement élevé, qu’ils se sentent en infériorité devant lui.

Et vu qu’ils s’élevaient en écrasant un plus faible, une fois que le faible d’esprit devient un génie, ça les rabaissent.

Le pire c’est que Charlie devient comme eux, regardant les autres qui sont moins vifs d’esprit que lui, avec supériorité, changeant de personnalité, perdant même son sourire qu’il affichait tout le temps auparavant.

Si une partie du livre peut sembler moins importante, je l’ai lue avec avidité parce que elle signifiait aussi la révolte de Charlie qui en avait marre de ne pas être traîté en être humain et sa fuite, avec Algernon.

Arriéré avant, cobaye ensuite, il se révoltait contre ceux qui le considérait comme leur « propriété », comme s’ils lui avaient donné naissance. Ils traitaient Charlie comme Algernon, la souris blanche devenue intelligente, elle aussi, suite à une manipulation scientifique.

L’auteur ne s’appesantit pas non plus sur la vie de misère de Charlie, distillant plutôt tout cela dans les rapports écrits par Charlie, lorsqu’il se souvient et comprend. Je pense que c’est encore pire de cette manière. On a mal avec lui.

La fin est prenante, vous collant une boule dans la gorge lorsque Charlie se rend compte que le processus s’inverse…

Je l’ai terminé avec les larmes aux yeux, tant je m’étais attachée au personnage et tant il est déprimant de se rendre compte de sa déchéance.

C’est comme lorsqu’une personne atteinte d’Alzheimer se rend compte, dans un bref moment de lucidité, qu’elle perd les pédales… ça lui fait mal et aux autres aussi.

Ce livre a beau être de la science-fiction, il illustre de belle manière les dangers de la science ou de la médecine, lorsqu’elle utilise son savoir à mauvais escient.

Comme le disait Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Et c’est la vie et l’âme de Charlie qu’ils ont ruiné, même si le fait de devenir aussi intelligent était son rêve. Ceci dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Le mal était plus fort que le bien qui fut fait et, ma foi, ils auraient mieux fait de lui ficher la paix, à Charlie !

Après un roman pareil, un de ceux qui me hantera longtemps après que la dernière page se soit tournée, il me faut lire un roman simple, un roman avec un meurtre ou un truc léger, une lecture qui ne prendra pas la tête, qui ne me nouera pas les tripes, ne me causera pas de l’humidité dans les yeux, un truc du genre…

Lire un Harlequin ? Non, j’ai dit « divertissant », pas « abrutissant » ! Oh, vite, un San-Antonio !

Lu dans le cadre des challenges « Romans Cultes » de Métaphore et « La littérature fait son cinéma » de Kabaret KulturelParticipe aussi au challenge « Les 100 livres à avoir lu au moins une fois » chez Bianca.

American Psycho : Bret Easton Ellis

Titre : American Psycho

Auteur : Bret Easton Ellis
Édition : 10-18 (2005)

Résumé :
« Je suis créatif, je suis jeune, […] extrêmement motivé et extrêmement performant. Autrement dit, je suis foncièrement indispensable a la société ».

Avec son sourire carnassier et ses costumes chics, Patrick Bateman correspond au profil type du jeune Yuppie des années Trump.

Comme ses associés de la Chemical Bank, il est d’une ambition sans scrupules. Comme ses amis, de il rythme ses soirées-cocktails pauses cocaïne.

À la seule différence que Patrick Bateman viole, torture et tue. La nuit, il dévoile sa double personnalité en agressant de simples passants, des clochards, voire un ami. Mais il ne ressent jamais rien. Juste une légère contrariété lorsque ses scénarios ne se déroulent pas exactement comme prévu…

Critique :

ABANDON !! Oui et je vous jure que ça me fait bien râler (pour rester un tant soit peu polie) parce que ce roman, je voulais à tout prix le découvrir, surtout en lisant toutes les critiques positives sur Babelio..

Et oui, je savais ce qui m’attendait, du moins en ce qui concerne les scènes gores.

En fait, ce n’est pas ça qui m’a fait décrocher, mais les quantités de ce que je nommerai des élucubrations (celles d’Antoine me faisaient rire, pas celles des personnages du roman).

Déjà, dès les premières pages, j’ai soupiré en découvrant la scène du taxi et les dialogues sans queue ni tête. Surréaliste…

Et ce ne fut qu’une longue suite de soupirs en tournant les pages et en tombant sur des pavés indigestes de bla-bla, de liste de marques pire que si je me trouvais sur une chaîne consacrée aux pubs.

Ok, c’est bien que l’auteur insiste sur le fait que l’argent a fait d’eux des esclaves, que le dieu fric est leur maître et que ces gens ont perdu toute notion de ce qu’est la réalité. Mais de là à nous décrire, jusqu’à l’indigestion, les détails de leurs repas et toutes leurs vaines distractions… Soupirs, soupirs.

Heureusement que ces divagations endormantes étaient entrecoupées de scènes plus sanglantes pour me réveiller.

Patrick Bateman, notre personnage principal est psychopathe à ses heures perdues et il dézingue des SDF. On passe son temps comme on peu, non ?

Golden boy friqué, il est élégant, ne porte que des costumes qui valent votre mois de salaire, il est plus brillant qu’un sapin de Noël illuminé et nous pouvons dire que c’est une espèce de bôgosse. Bôgosse infernal et infect, oui !

Le pire, c’est que nous entrons à un moment dans l’ère du surréalisme poussé à pleine puissance puisque personne ne s’émeut des traces de sang sur les draps, le sol, les journaux imbibés de fluide vital que la femme de ménage dépose tout simplement dans la poubelle.

Il l’a vraiment fait ou pas ? Il a rêvé, fumé, disjoncté tout seul ?

Je n’en sais rien parce qu’au final, j’ai zappé des centaines de pages, les tournant en grimaçant pour finir par lancer le livre sur la table, de rage.

Même le sang qui giclait m’énervait à cause de tout le reste.

Le plus râlant ? Au boulot, tout était terminé, plié, encodé, clôturé, bref, j’avais le droit de m’affaler dans mon fauteuil de bureau, de mettre les pieds sur la table et de lire durant 4h…

Non, je n’avais rien d’autre à lire avec moi… et là, ce fut un long cri de douleur. Mes collègues ont cru que le PC avait planté, serveur y compris et que toutes les données étaient perdues. Z’ont eu peur.

Non, c’était juste ma frustration de lecture après quelques chef-d’œuvre littéraires. American Psycho ne sera pas mon coup de cœur et ma critique ira dans le sens contraire des autres.

Le livre qui a ébranlé l’Amérique ne m’a pas ébranlé, moi…

P’têt que le film avec Christian Bale sauvera les meubles ?

Titre participant aux Challenges « Romans Classiques » de Métaphore et « La littérature fait son cinéma » de Kabaret Kulturel.

L’île au trésor : Robert Louis Stevenson

Titre : L’île au trésor

Auteur : Robert Louis Stevenson

Édition : Le Livre de Poche (1973)

Résumé :

Le succès considérable d’un livre qui, a priori, n’était pas destiné aux enfants, lui a causé beaucoup de tort, et ses lecteurs adultes se font sans doute plus rares aujourd’hui.

Pourtant, à l’image de « Robinson Crusoé » ou de « Moby Dick », « L’Île au trésor » constitue bel et bien un pilier essentiel de notre littérature.

Ce récit investit un mythe, lui donne chair et couleurs, et l’inscrit dans notre imaginaire de façon irréversible.

Délaissant les clichés, Stevenson crée une atmosphère de cauchemar, fait revivre des pirates sanguinaires, plus vrais que nature, qui s’entre-déchirent sur une île pestilentielle brûlée par le soleil, battue par le ressac.

La mer, il la décrit peu, et ne s’embarrasse guère de métaphores : mais elle nous pénètre de son sel, de sa houle, de son vacarme.

Sans aucun effet de style, il charge son encre d’iode et de sang, déroule son fil narratif avec un mélange unique de tension et de fragilité sereine.

Et nous lègue un chef-d’oeuvre universel, en toute simplicité.

Critique :

C’est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau… Hisse et ho… Santiano ? Non, c’est l’Hispaniola. Raté !

« Hisse et ho, marins d’eau douce ! Souquez ferme et plus vite avant que Jack Sparrow n’ait vent du trésor et ne nous le souffle ! ».

De l’histoire, je ne connaissais que celle de la série animée réalisée par Osamu Dezaki (à vos souhaits) et diffusée en France en 1987 au très célèbre Club Dorothée (celui que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître).

Je confirme que la série animée était assez fidèlement adaptée du roman et que non, le livre n’est pas pour les ti n’enfants !

Ce roman, c’est celui d’une chasse au trésor, d’une île mystérieuse, des pirates et des honnêtes gens embarqué sur le même bateau… sans que les braves gens ne s’en doutent…

Bref, une vraie histoire de pirates et de trésor comme on les aime, le livre qu’il faut lire lorsque la pluie cingle les carreaux dehors, que le vent souffle, que la baromètre est calé sur « tempête » et qu’un bon feu de bois crépite dans la cheminée.

Ce roman, c’est aussi dépaysement assuré, aventures garanties, frissons et gilet de sauvetage en option. Et l’impôt sur la fortune en cas de découverte du trésor ? Voyez cela avec sa Majesté le roi d’Angleterre !

Dans ce roman, il y a des marins qui boivent (à la santé des putains d´Amsterdam ?), y a des marins qui meurent, qui fomentent et qui complotent, prêts à se mutiner (à défaut de se lutiner).

Le pitch ? Le héros et le narrateur, c’est Jim Hawkins, un gamin qui a croisé le chemin d’un marin nommé Billy Bones (plus pirates que marin). C’est un ivrogne, il est violent et cet homme est venu se réfugier dans l’auberge de ses parents.

Lorsque Bones avalera son certificat de naissance, tout va s’enchaîner et c’est sur une lande sombre et désertique, battue par les vents que Jim verra avec épouvante surgir…

Mais non, pas le Chien maudit des Baskerville… Heathcliff, dégage toi aussi, c’est pas ta lande désertique.

Non, il assistera, impuissant, à l’arrivée d’une bande de flibustiers (et pas d’eau douce) à l’aspect plus qu’inquiétant et fermement décidés à avoir la peau de Billy Bones qui, d’après eux, possèderait la carte de l’emplacement d’un trésor !

Mais c’est Jim qui a la carte et c’est lui qui se retrouvera sur le pont de l’Hispanolia en route vers cette île mystérieuse où ce scélérat de capitaine Flint a enterré son trésor… Yo, oh, oh, et une bouteille de rhum.

Pas de bol quand on jacasse trop (n’est-ce pas, sieur Trelawney ?) et que même le perroquet connaît le but du voyage, c’est que l’on court le risque de se retrouver avec de drôles d’hommes d’équipage dont le plus inquiétant de tous n’est autre que Long John Silver, le flibustier le plus redouté de son temps…

Le matricule du pauvre Jim et de ses amis, le docteur Livesey, Sir Trelawney et le capitaine Smolett va chauffer, c’est sûr !

Waw, ça c’était de l’aventure qui décoiffe !

Lu dans le cadre des Challenges « Romans Cultes » de Métaphore et « La littérature fait son cinéma » de Kabaret Kulturel.

challenge-romans-cultes2

CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 1

Bel-Ami : Guy de Maupassant

Titre : Bel-Ami

Auteur : Guy de Maupassant
Édition: Livre de Poche (1979)

Résumé :

Le monde est une mascarade où le succès va de préférence aux crapules. La réussite, les honneurs, les femmes et le pouvoir: le monde n’a guère changé.

On rencontre toujours – moins les moustaches – dans les salles de rédaction ou ailleurs, de ces jeunes aventuriers de l’arrivisme et du sexe.

Comme Flaubert, mais en riant, Maupassant disait de son personnage, l’odieux Duroy :  » Bel-Ami, c’est moi. »

Et pour le cynisme, la fureur sensuelle, l’athéisme, la peur de la mort, ils se ressemblaient assez.

Mais Bel-Ami ne savait pas écrire, et devenait l’amant et le négrier d’une femme talentueuse et brillante.

Maupassant, lui, était un immense écrivain. Universel, déjà, mais par son réalisme, ses obsessions et ses névroses, encore vivant aujourd’hui.

Critique :

« Mais d’aventure en aventure, D’arrière-train en arrière-train, De corps en corps, De lit en lit, Jamais encore, je vous le jure, Je n’ai réparé mes torts »… (sur une chanson bien connue de Serge Lama).

Georges Duroy, jeune homme arriviste et ambitieux, surnommé Bel-Ami, aurait pu chantonner ce refrain, lui qui, dénué de tous scrupules, n’a pensé qu’à son ascension, en parfait petit arriviste qu’il était, utilisant les femmes comme des objets selon son bon plaisir, toujours en quête de plus de pouvoir et de luxe.

Mais qu’est-ce qu’il a ce Georges qui leur fait sortir le cœur par la gorge ?

Il avait le charme… et les femmes tombaient comme des mouches. Il faut dire qu’il les attrapait avec du miel et non du vinaigre.

« Bel Ami » nous raconte donc l’ascension de Georges Duroy, jeune homme arriviste et ambitieux (je répète pour les deux du fond qui ne suivent pas), qui se hissera du pavé Parisien jusqu’aux plus hautes strates de la bonne société.

Ce fils de paysan normand travaillera d’abord modestement comme employé aux Chemins de fer du Nord, mais sa rencontre avec Charles Forestier, ancien conscrit du même bataillon que lui,  va changer sa vie mieux que les six croix du Lotto.

Grâce à son ami, il entre au journal « La vie française » mais Georges, éternel insatisfait de sa condition, lorgne déjà plus haut.

Il veut toujours gagner plus pour dépenser plus (tiens, ça me fait penser à un autre type…), il veut la reconnaissance de ses pairs, les éloges,… Bref, un sale emmerdeur jamais content de ce qu’il a.

Je dois vous avouer que je n’ai ressenti aucune empathie pour Georges Duroy. Juste un énervement envers ce petit arriviste qui voulait péter plus haut que son cul, dilapidant même son premier salaire et les quatre suivants, reçu en avance !

Une maîtresse à satisfaire, ça coûte cher… Et ça fait des dettes à l’ami Georges.

Grâce à son joli minois de Bôgosse, à sa moustache blonde et à sa maîtresse, une femme mariée, les frivolités des salons mondains lui sont ouvertes, et Bel-Ami est vite remarqué par le reste de la gente féminine.

Le Bôgosse arriviste va rapidement faire son chemin de lit en lit, jusqu’à fréquenter l’intelligentsia Parisienne de la fin du dix neuvième siècle.

Sans aucun scrupule, il utilisera sa beauté et son charme pour mener grand train, brisant les vies, la paix des ménages et les cœurs autour de lui, sans un regard en arrière.

Il ne se marie pas par amour, mais pas opportunité, sa femme devenant son nègre puisque Môssieur Bel-Ami à dû mal à écrire ses articles.

C’est aussi un homme jaloux qui, bien que trompant sa femme, ne supporte pas qu’elle fasse de même. Lui, c’était sans doute pour l’hygiène qu’il trempait son biscuit dans d’autres tasses de café…

Philippe Geluck, auteur du « Chat », dans un dessin non publié en France (z’ont pas osé le publier) faisait dire à la Une d’un journal lue par le Chat « DSK, le coup de b***  qui change l’histoire de France ».

On pourrait, par analogie, appliquer cette phrase à Bel-Ami : ça lui a changé la vie aussi, ses galipettes. La différence c’est que lui, ça l’a bien servi ! Et que, il n’a pas toujours dû sortir la flûte de son pantalon pour charmer les femmes.

Par contre, gare au biscuit d’un homme politique important qui traînait dans les environs de la tasse de café de son épouse… Encore un coup de b*** qui change l’histoire de France !

Ah, ah, ah mais vraiment, Georges Duroy est un salaud ! (chanson paillarde bien connue).

Sadique, calculateur, manipulateur, enjôleur et vengeur, voilà son portrait peu flatteur.

La lecture m’a bien plu dans le sens où j’ai suivi le récit de cet arriviste qui ne s’est inquiété en rien du mal qu’il pouvait faire, brisant les coeurs pour arriver à ses fins, jouant et trompant les femmes avec de jolis sourires.

Mais j’ai détesté se personnage.

Roman lu dans le cadre du challenge « Romans Cultes » de Métaphore et « La littérature fait son cinéma » de Kabaret Kulturel.

 

CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 1