Swastika night : Katharine Burdekin

Titre : Swastika night

Auteur : Katharine Burdekin
Édition : Piranha (21/10/2016)
Édition originale : Swastika night – 1937 (sous le pseudonyme de Murray Constantine)

Résumé :
Sept cents ans après la victoire d’Hitler, l’Europe est soumise à l’idéologie nazie.

Les étrangers servent de main-d’œuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire.

Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier von Hess de l’existence d’une chronique retraçant l’histoire de l’ancien monde…

Critique :
Il fallait avoir une sacrée paire de couilles pour publier une uchronie dystopique (une dystopie uchronique ?) sur les dangers du nazisme en 1937, alors que la Seconde Guerre Mondiale n’avait pas encore commencé et que certains pensaient toujours qu’elle n’aurait pas lieu.

Des couilles et une sacrée vision des choses qui pourraient se produire si cette idéologie gagnait toute l’Europe.

La guerre n’est pas encore déclarée que l’auteure avait déjà imaginé un conflit terrible, basant son récit sur une victoire des allemands.

Pire, ayant connaissance des faits, je reste sans voix devant la clairvoyance de la dame qui, même si elle remplace les Juifs par des chrétiens, parle déjà d’extermination totale. Et en plus, dans son récit, les Juifs n’existent quasi plus… Exterminés qu’ils furent par les allemands.

C’est là que le roman prend toute sa force car il ne s’agit pas ici d’une 36ème version parlant d’une fin alternative de la Seconde Guerre mondiale mais bien d’une anticipation terrible sur l’avenir de l’Europe et du monde si le nazisme triomphait.

Le roman fait froid dans le dos… Nous sommes 700 ans après Hitler (oui, le vilain moustachu a remis à zéro le compteur de Jésus-Christ), le saint empire hitlérien domine toute l’Europe, et quand je dis toute, c’est toute, même pas un village gaulois pour résister.

Nous sommes face à une dictature impitoyable où les femmes ont autant de droit que les chiens et dont leur rôle est celui de poules pondeuses, juste bonne à se faire engrosser par les hommes et à mettre au monde des garçons, qui leur seront enlevés à l’âge de 18 mois.

Parqués dans des camps, nous sommes soumises au bon vouloir des mâles et le viol n’est plus un crime depuis longtemps. Nous n’avons plus de pensées, plus de vie, plus d’allant, plus rien…

L’art et la culture n’existent plus, les livres c’est pareil, hormis la Bible d’Hitler et les manuels techniques, les gens ne savent plus lire, lire ne sert à rien. Ne reste que la musique, mais tous les grands compositeurs que nous connaissons sont devenus allemands ou autrichiens, sans exception.

De plus, on a beau être 700 plus tard, les technologies ne sont pas très avancées, comme si les Hommes en avaient peur, comme s’ils vivaient toujours à l’époque de 1940 avec ses aéroplanes et ses vieux camions de l’époque.

L’univers qui est décrit dans ses pages est tout bonnement impitoyable, horrible, donnant des sueurs dans le dos car tout le monde a oublié ce qu’il y avait avant l’avènement du nain de jardin moustachu et on a fait de ce dernier un Dieu, limite un Jésus puisqu’il a donné naissance à une religion, la sienne.

La religion hitlérienne a remplacé la pensée. Hitler est Dieu sauf pour les parias chrétiens qui ne font pourtant pas preuve de plus d’intelligence avec leur propre culte : la religion quelle qu’elle soit ne sert qu’à fabriquer du prêt-à-penser qui annihile l’intelligence.

Tout est effacé, on a réécrit l’Histoire, les faits ont été changés, tout est à la gloire des allemands et des nazis, les religions éradiquées et ce qui les remplace est une horreur sans nom, les chrétiens étant même considéré comme moins que des rats !

Ah, et le petit homme ventripotent que nous connaissons, moustachu, moche, avec du bide et une mèche de cheveux gras est devenu – propagande oblige – un grand blond magnifique (2,10m) aux yeux bleus, avec des cheveux blonds et longs digne d’une pub de chez l’Oréal, un être quasi divin, et pas sorti du ventre d’une femme.

On lui a écrit une légende, il fait l’objet de culte, on visite les lieux saints en Allemagne et les seuls à ne pas avoir été envahis sont les japonais, qui eux, tiennent sous leur coupe les américains.

L’histoire gravite autour d’Alfred, un anglais, le personnage principal avec Herman, l’ouvrier agricole l’allemand et Von Hess, le chevalier.

Malgré leurs différences et leurs divergences, ces trois là vont discuter ensemble et le chevalier fera de terrible révélations à nos deux hommes, plongeant dans le désarroi le plus total l’allemand qui voit ses croyances s’effondrer.

Trois personnages attachants, réalistes, avec leurs pensées conformes à ce qu’ils ont toujours vu et vécu, la rébellion étant à proscrire chez les soumis, d’ailleurs, ils n’y penseraient même pas. Pourtant, comme le personnage d’Orwell dans 1984, Alfred a déjà conscience qu’on lui a menti cherche à déjouer la supercherie.

On ne peut pas dire qu’il se passe des tas de choses importantes, dans ce roman, mais on s’en moque, la narration étant tellement forte que l’on blêmit lors des conversations entre Alfred et le chevalier (haut grade chez les allemands), en découvrant la vie des gens, la condition de la femme, de l’enfant, les pensées qui sont celles des humains de tout bord.

Loin d’être indigeste, ce petit roman de 230 pages est limpide, facile à lire, même s’il a tendance à vous foutre des claques régulièrement, et pas des petites.

Il y a un réalisme effroyable, dont des faits qui se remarquent depuis quelques temps chez les Chinois avec leur règle de l’enfant unique (plus de garçons que de filles et un déséquilibre, comme dans notre roman).

Ceci est plus qu’un roman, c’était une vraie mise en garde en son temps, et elle vaut toujours pour notre époque ! Qui voudrait d’une telle société où les gens ne pensent pas par eux-même ?

Glaçant !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

Nains – Tome 3 – Aral du Temple : Nicolas Jarry & Paolo Deplano

Nains - Tome 3 - Aral du Temple

Titre : Nains – Tome 3 – Aral du Temple

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Paolo Deplano

Édition : Soleil (2016)

Résumé :
Un cube en or recouvert d’écritures ésotériques a été exhumé des entrailles dune forteresse-état du sud.

L’artefact, datant dune époque reculée et terrible, intéresse au plus haut point les maîtres de l’Ordre du Temple qui rassemblent aussitôt un groupe pour aller enquêter sur place.

Bien malgré lui, Aral, un jeune ingénieur tout juste diplômé, fait partie de l’expédition.

Arrivés sur place, le mal est déjà en train de s’éveiller, révélant la face la plus obscure du peuple nain.

Nains 3 - 1891_P3Critique :
« NAINS, la série qui copie ELFES en plus petit »…

Même concept que pour la série « Elfes » sauf qu’ici, nous gardons le même scénariste, Nicolas Jarry et changeons de dessinateur à chaque tome.

Tout comme leurs aînés, les Elfes, les Nains sont répartis en caste selon qu’ils sont forgerons, combattants, marchands, prêtres, ou sans caste, bannis, errants.

Après les forgerons et les assassins, nous arrivons dans la caste de l’ordre du Temple, celle qui regroupe les ingénieurs et bâtisseurs du peuple nain.

On commence par du mystère avec un bateau qui vient ravitailler l’habitant d’un phare, exilé sur une île tel un autre nabot célèbre. Dehors, le ciel est sombre, nous voilà happé par le récit et les éléments mystérieux.

Des bruits courent sur lui, on le dit centenaire, même vieux de plusieurs siècles ! Alors Aral va coucher sur papier toute sa vie… Celle qui commença 7 siècles plus tôt…

Bon, on pourrait penser, au vu de la troisième et quatrième planche qu’on est dans du déjà-vu surtout si l’on a regardé la trilogie de Peter Jackson, Le Seigneur des Anneaux avec nos amis qui traversent les ruines de la Moria car on se croirait en train de revoir le film (voilà pourquoi je n’ai pas parlé de l’œuvre de Tolkien).

Une quête, une cité souterraine gardée par un truc pas très gentil, une sorte de chien de garde qu’il faudra terrasser… ça sent mauvais !

Et pourtant, pourtant, ce n’est pas ça ! Oui, ça ressemble à un passage d’un film célèbre, ou ça en a l’odeur, oui ça en a la couleur, mais ce n’est pas de l’alcool, comme le disait si bien une célèbre pub pour le Canada Dry©.

Aral, jeune orphelin, va se retrouver, bien malgré lui, embarqué dans une expédition archéologique destinée à percer les secrets d’un artefact maudit dépositaire d’un savoir interdit et de comprendre si l’artefact est lié au fait que tout le monde dans la cité se bouffe le choux de manière vachement agressive.

Oui, oui, on mélange assez bien de genre dans cette bédé qui nous propose une énigme, une enquête, une quête, et qui distille son suspense à petites doses avant de faire monter le compteur cardiaque et nous donner un final auquel je ne m’attendais pas. Je parle des choix que fit Aral, même si j’avais compris sa combine.

Des dessins réalistes, des couleurs lumineuses dans la sombritude (néologisme offert), dessins mieux réalisés que ceux pour Ordo du Talion, mais j’avoue que j’ai déjà vu mieux dans la collection des Elfes.

Pour le moment, c’est toujours Redwin de la Forge qui m’a le plus ému.

Malgré ces quelques petits bémols, cela reste tout de même un très chouette album qui m’a diverti et une collection aussi intéressante que celle des Elfes.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Le Chevalier noir et la Dame blanche – Tome 1- La Danse du Loup : Hugues de Queyssac

Titre : Le Chevalier noir et la Dame blanche – Tome 1: La Danse du Loup

Auteur : Hugues de Queyssac
Édition: Editions du Pierregord (2005) / Presse Pocket (2012)

Résumé :
Le héros de ce thriller médiéval, Bertrand Brachet de Born, premier écuyer du baron de Beynac, est soudainement accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis.

Il s’ensuit alors une série d’aventures, de combats, de crimes épouvantables, de jugement de Dieu, de tempête et de chasse aux trésors temporels et spirituels.

Le fil conducteur de ce roman picaresque est la quête de l’amour et des beaux yeux de la gente damoiselle Isabeau de Guirande.

Les aventures de ce jeune écuyer, un peu Don Quichotte, un peu Perceval, épris d’idéal et prêt à dévorer la vie à belles dents, plongent le lecteur dans la violence, la passion d’une époque où l’homme pensait avec son instinct, sa sensibilité, sa sensualité, voire son animalité, bien plus qu’avec son intellect.

En plein hiver de l’an de grâce 1345, à cinq jours des ides de janvier, je fis un songe hallucinant de vérité : j’entrevis une fée d’une beauté inoubliable, la gente Isabeau de Guirande.

Avec une fougue très juvénile, je décidais incontinent de partir à la recherche de cette chimère, convaincu de son existence en ce monde.

Ma vie basculera ce jour-là. Je venais de soulever le couvercle de la boîte de Pandore. Sans le savoir, Sans le vouloir.

En ma qualité de simple écuyer de messire Fulbert Pons, premier baron de Pierregord, je résidais en la forteresse de Beynac qui surplombe la belle rivière Dourdonne.

Le service que je devais au baron et aux chevaliers de sa suite m’obligea jusqu’en l’île d’Aphrodite, Chypre, où je dus escorter Foulques de Monfort parti à la recherche d’un fabuleux trésor.

Dans mon immense naïveté, je rêvais d’amour, de courtoisie, de bravoure et d’esprit chevaleresque.

Ma quête se heurtera à une conspiration du silence. Le chemin sera semé de moult embûches. Son parcours sera jalonné de félonie, de crimes, de traitrise et de sang ! Le sang de pauvres ou de nobles gens lâchement occis.

Or donc, si vous avez le coeur solidement accroché, suivez-moi. Vivez folles aventures, combats sanglants, humour? érotisme et amour courtois, attaque de pirates barbaresques et terrible ordalie.

Mais de grâce, croyez que fol, je ne suis point ! apportez-moi aide et assistance dans la quête insensée de ma douce chimère, Isabeau de Guirande, la dame de mon coeur.

Car en vérité, elle vit. En ce monde. En chair et en os. Je puis l’affirmer ce jour d’hui. Alors, quel terrible secret détient-elle ?

Bertrand Brachet de Born, Premier écuyer du baron de Beynac

Critique :  

J’attendais beaucoup de ce livre et je suis un peu déçue de ma lecture. Mitigée. Possédant le tome 2, je poursuivrai ma lecture, mais s’il est de la même trempe que le premier, je passerai mon tour pour les numéros 3 et 4…

Non pas que le livre soit une daube, n’allons pas aussi loin, mais il me reste un goût d’inachevé.

La préface disait « l’auteur ne s’embarrasse pas de fioritures et nous plonge directement dans l’action sur un rythme trépidant ». Mouais… nous ne devons pas avoir la même définition de « trépidant ».

Le début commence en 1381 avec un homme qui fait le récit de cette histoire et cela commence avec deux loups, dont un est pris dans un piège. Ensuite, nous passons au récit des exactions commises par un loup à deux pattes, mieux connu sous le nom de « Homme ».

Nous reverrons ce petit récit avec les deux loups à la fin du livre, sans que, durant tout le récit, nous n’entendions parler du canis lupus ! Déjà, je me suis demandée ce que ce morceau faisait là et quel rapport il pouvait avoir avec l’histoire. Me le demande toujours… réponses dans le 2 ?

Enfin, passons sur cette petite question et lisons l’histoire qui commence en 1345 et où nous faisons la connaissance de Bertrand Brachet de Born, jeune écuyer au service de son baron, le seigneur de Beynac, qui l’a élevé. Ça chauffe pour son matricule, au Bertrand, parce qu’il est accusé d’un meurtre. C’est alors que Bertrand se souvient de la curieuse aventure qui lui est arrivée il y a peu…

S’ensuivra une enquête pour l’innocenter, des morts suspectes, une quête de la part de Bertrand pour trouver la femme « de ses rêves » (ceux qui ont lu comprendront), des bâtons dans les roues à chaque fois qu’il pensera savoir à qui appartient le blason de la Belle et un voyage en Orient à la poursuite d’un fabuleux trésor. Une quête !

Et je me plains avec un tel programme ? Oui parce que le rythme est assez lent, bien qu’il soit agrémenté par des batailles en « live » et des récits de batailles (notamment du temps de la prise de Saint Jean d’Acre), ce qui a eu tendance à alourdir le récit.

Les personnages sont bien campés, réalistes, Bertrand peut être parfois neuneu mais il est d’agréable compagnie, surtout pour une bonne qu’il aurait aimé lutiner, paillarder, tout en lui mignardant les mamelles…

Bertrand sortira effectivement son braquemart, mais ce sera en fait celui qui désigne une épée courte à deux tranchants plutôt que l’autre, qui se trouve dans son pantalon. Bien que… Parfois, la quête devient quê-quête.

L’avantage de l’auteur c’est qu’il n’a pas écrit en langage moderne : son livre est truffé de langage d’époque, le lexique final étant souvent sollicité lors de la lecture (retardant une fois de plus l’action).

Pour ce qui est de l’Histoire, on en mange ! L’auteur s’est bien documenté sur l’époque, la région, les guerres que se livraient les Français et les Anglais, sans oublier la manière dont ces gens vivaient à l’époque. Là, rien à redire.

Alors, c’est quoi que je lui reproche ? Juste un peu lent dans l’aventure, on ne sait pas trop où cela va nous mener et vu que les quatrièmes de couverture sont trop bavards, j’ai eu la surprise gâchée pour un personnage.

Un complot, il doit y avoir, il est encore latent et à mon avis, ça traîne un peu trop. Voudrait-on nous vendre 4 livres au lieu de 3 ?

Autre reproche, se sont ces espèces de cliffhangers de fin de chapitre. Ils sont à mourir de rire et ils enlèvent tout les frissons du suspense, à croire que l’on se trouve dans un soap de basse catégorie.

Voici un exemple :  « Les cavaliers de l’Apocalypse. Il en manquait un : le dernier, le quatrième ». Pfff, c’est lourdingue.

Hé, oh, on n’est pas dans un dessin animé où il faut accrocher le gosse !

Ah oui, il y a un personnage qui m’a exaspéré à fond la caisse et je lui aurait bien collé ma main dans la figure et mon pied dans les fesses. Tudieu, Bertrand, serais-tu aveugle ?? T’as pas encore compris qu’il est responsable d’une partie de tes maux, ce con ?

Au final, une lecture intéressante mais manquant de sel et de rythme. A vérifier si cela se reproduit dans le tome 2.

Challenge « Totem – Le loup » par Liligalipette.