Utopia : Ahmed Khaled Towfik

Titre : Utopia

Auteur : Ahmed Khaled Towfik
Édition : Ombres Noires (2013)

Résumé :
Dans un monde arabe en ébullition, Utopia est un cri d’alarme sur les clivages sociaux et la disparition des couches moyennes en Égypte.

Le Caire, 2023. À l’abri de hauts murs barbelés, la jeunesse oisive de la colonie d’Utopia s’ennuie. Seule la « Chasse » procure le grand frisson et a valeur de rite initiatique. Le but : s’introduire dans les bidonvilles du Caire, tuer un pauvre et ramener un trophée.

Un jeune homme et sa petite amie ont décidé de goûter à la poussée d’adrénaline. mais leur immersion dans les bas-fonds du Caire, véritable cour des miracles post-apocalyptique, se révèle plus dangereuse que prévu.

Démasqués, traqués par une population haineuse, ils vont à leur tour devenir la proie des chasseurs. Parviendront-ils à sauver leur peau?

Critique : 
Si vous avez l’âme d’une fleur bleue, je vous conseilles d’aller lire un Oui-Oui (chez les Pingouins, le meilleur à mon sens), c’est mieux, mais surtout pas Utopia !

Utopia, c’est le futur, nous sommes en Égypte, en 2023, et, suite à une division des classes, les très riches vivent retranchés dans une partie de la ville, protégée par de hauts murs et des anciens marines Américains.

Sécurité de haut vol pour les très riches tandis que le reste de la populace, les pauvres, vivent dans des taudis, ce sont les Autres.

La classe moyenne ?? Y’en a plus, ma bonne dame ! Disparue, aux oubliettes, et ce n’est pas tout à fait de la SF, ce petit roman, puisque chez nous aussi la classe moyenne recule tandis que la classe aisée avance. Une qui avance, une autre qui recule, comment veux-tu, comment veux-tu… qu’on s’en sorte !

Dans ce court roman qui t’en fout plein la gueule, deux récits s’alternent : celui d’un des gamins riches et oisif qui a décidé de pimenter sa vie en allant kidnapper un Autre pour ramener un trophée, tel un scalp chez les Indiens, et celle de Gaber, un lettré, universitaire, qui vit dans les bidonvilles et dans la misère la plus totale.

Deux hommes que tout oppose mais que tout réunit, comme si le riche était la part sombre et obscure du pauvre. Tout deux aiment lire, les filles, la drogue et tout deux s’ennuient de la vie. L’un parce qu’il a tout, l’autre parce qu’il n’a rien. Tout le monde prend de la drogue, les riches pour sortir de leur ennui, les pauvres pour oublier leur misère.

La lecture pour moi est une sorte de drogue à bon marché. Je ne m’en sert que pour perdre conscience. Quand on pense qu’autrefois les gens lisaient pour développer leur conscience !

Mais si le gamin riche (16 ans) a depuis longtemps cédé à sa part d’animalité, Gaber le pauvre la refuse, le rejette, et c’est pourquoi il va tenter de les aider (le riche est venu avec sa meuf).

Alternance de point de vue, mélange du chasseur et de la proie car le chasseur, en terrain hostile, devient vite la proie des moutons, pas de temps morts et des descriptions de deux modes de vie dont je ne voudrais ni l’un, ni l’autre. Sans oublier un récit qui est parti dans une direction à laquelle je ne m’attendais pas, et c’est tant mieux.

Un récit qui ne laisse que peu de répit au lecteur, deux hommes que tout oppose mais que tout pourrait réunir, de la drogue, de la violence (jamais gratuite), de l’humanité aussi, une leçon pour le gamin riche (la retiendra-t-il ?).

Un conte cruel, sombre, où le pessimisme règne en maître avec son fidèle serviteur, la résignation; le tout servi par une plume acide qui dénonce l’effondrement de nos sociétés actuelles par la perte du ciment : les classes moyennes.

Mon seul bémol sera que je n’ai ressenti aucune sympathie pour les personnages principaux. Même pas le pauvre !

Utopia, ça te foutra un coup de pied dans ton cul et t’en restera baba.

C’est curieux de voir à quel point les besoins humains se sont rétrécis. Au début, il y avait encore des appartements avec des téléphones, des frigos, des télévisions, des salles de bains. Du coup, les gens se plaignaient toujours de la vie de chien qu’ils menaient, obligés de regarder des émissions débiles et de composer avec les coupures d’eau, de téléphone ou d’électricité. Une fois que vous avez perdu tout ça, il n’y a plus de motif de se plaindre. Un genre particulier de karma, en somme. Quand il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas de coupures de courant.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Bird Box : Josh Malerman

Bird Box - Malerman [NUM]Titre : Bird Box                                                                        big_4

Auteur : Josh Malerman
Édition : Calmann-Lévy (2014)

Résumé :
Malorie élève ses enfants de la seule façon possible: barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie.

S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions: rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme.

Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.

Petit Plus : Un tour de force psychologique oppressant au cœur de l’Amérique contemporaine, dans une atmosphère de fin des temps digne d’un livre de Barjavel, de La Route de Cormac McCarthy ou du Jour des Triffides de John Wyndham. Bird Box revisite le roman post-apocalyptique et hisse son jeune auteur Josh Malerman parmi les grands noms du genre.

POLAR - Bird BoxCritique : 
♫ Ouvrez, ouvrez, la cage aux oiseaux… Regardez-les s’entretuer, c’est beau ♪

Oui, j’ai transformé un peu les paroles mais j’ai ouvert la cage aux oiseaux. Pas au sens propre, mais au figuré, ayant ouvert le roman Bird Box.

Par contre, si Pierre Perret avait chanté sa chanson dans le livre, il n’aurai pas eu beaucoup de succès parce que JAMAIS Malorie et les autres n’auraient relâché les oiseaux de la cage puisqu’ils étaient là pour leur sécurité.

Voilà un livre qui m’a collé des frissons de trouille, des sueurs froides en jouant sur une peur ancestrale de l’homme : le noir ! Et pas le noir un petit peu éclairé, mais le vrai noir, celui que l’on obtient lorsqu’on doit se balader dehors les yeux bandés pour ne pas mourir et vivre reclus chez soi, sans lumière du jour.

Ajoutons à cela la peur de l’inconnu car l’ennemi est invisible. Il est là, on sait que si on le regarde dans le blanc de l’œil on va devenir fou et massacrer notre entourage, ou nous suicider nous même.

Vous vous voyez vivre calfeutré chez vous, les fenêtres obstruées par des matelas et des couvertures ? Vous vous imaginez en train d’arpenter votre quartier à la recherche de potentiels survivants ou de vivres, les yeux bandés, mettant 48h pour faire votre tour de pâté de maison, vous ? Moi, ça me file les chocottes.

Non content de nous plonger dans un suspense à couper au couteau avec ces gens qui doivent vivre reclus, l’auteur en ajoute une couche en alternant les chapitres, le sadique qu’il est !

Un chapitre du présent avec l’héroïne principale, Malorie et ses deux enfants baptisés « Garçon » et « Fille », qui cherche à s’enfuir de chez elle (nous sommes 4 ans après) et un chapitre du passé avec cette même Malorie, enceinte, et vivant dans cette maison avec d’autres occupants : 4 hommes, 3 femmes et 1 chien (beaucoup de possibilités, mais personne ne baise) avant d’accueillir deux chiens, une cage avec des oiseaux et un autre homme.

La question que je me suis posée durant toute ma lecture c’est « Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer dans cette maison transformée en boite de conserve pour que Malorie se retrouve seule avec ses enfants ? ». Et je vous jure que l’auteur a fait durer le plaisir, le bougre.

Niveau des personnages, ils étaient tous bien travaillés, sans en faire trop, avec leurs défauts, leurs forces, leurs faiblesses… Le huis-clos est oppressant, prenant, sans temps mort.

Non seulement l’auteur a l’art de maintenir son suspense sans le faire faiblir (viagra ?), de nous coller des angoisses durant la lecture, de nous faire poser un tas de questions, mais en plus, toute sa construction tient la route, tout en nous laissant dans un flou que nous devrons combler.

Bref, une lecture bourrée d’adrénaline, de suspense et de sueurs froides.

Faites gaffe quand vous sortez… mais ouvrez quand même les yeux pour lire le roman.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) CHALLENGE - US