Le fini des mers : Gardner Dozois

Titre : Le fini des mers

Auteur : Gardner Dozois
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (28/06/2018)
Édition Originale : Chains of the Sea (1973)
Traduction : Pierre-Paul Durastanti

Résumé :
Un jour, ils débarquèrent, comme tout le monde l’avait prévu. Tombés d’un ciel bleu candide par une froide et belle journée de novembre, ils étaient quatre, quatre vaisseaux extraterrestres à la dérive tels les premiers flocons de la neige qui menaçait depuis déjà une semaine.

Le jour se levant sur le continent américain, c’est là qu’ils atterrirent : un dans la vallée du Delaware vingt-cinq kilomètres au nord de Philadelphie, un dans l’Ohio, un dans une région désolée du Colorado, et un (pour un motif inconnu) dans un champ de cannes des abords de Caracas, au Venezuela…

Critique :
Ça y est, les extra-terrestres ont débarqués et je vous le dis de suite, nous sommes loin de ceux dans le film des « Gendarmes » où « ils rouillent, mon adjudant, ils rouillent » !

Pas de ça ici, nous sommes face à des E.T d’un autre genre et ils semblent bien plus dangereux que ceux croisés ailleurs, bien plus intelligent et préfèrent discuter avec nos I.A ou les Autres…

Deux ambiances différentes dans cette novellas : l’arrivée de quatre vaisseaux extra-terrestres d’un côté, la population que l’on tient à l’écart.

De l’autre, Tommy, un jeune garçon rêveur vivant dans une famille où les parents s’engueulent, où les coups frappent et où notre Tommy est capable de voir les Autres qui vivent dans notre monde.

Si les réactions face à l’atterrissage d’un vaisseau au Venezuela vire à la guerre civile, à l’empoignade, chez les Américains du Nord, ce n’est pas mieux, même si tout est sous contrôle… Enfin, qu’ils croient !

J’ai aimé ces deux récits qui, au départ, ne semblent avoir aucun rapport l’un avec l’autre. Face aux brimades que Tommy reçoit chez lui, face au traitement qu’il reçoit de la part de sa maîtresse (un bûcher, vite !), on se dit que le plus urgent serait de l’aider et de s’occuper des E.T ensuite…

Comme quoi, face à sa douleur de ne pas être écouté, compris, lorsqu’on est dans un cercle vicieux sans fin, ce qu’il se passe dans le reste du Monde, même grave, important, passe en second plan.

D’ailleurs, l’invasion ne pourrait être qu’un prétexte pour nous parler de l’incompréhension des enfants face à certains comportements des adultes.

Écrit en 1973, cette novellas de SF n’a pas mal vieilli, si ce n’est que personne n’a de téléphone portable ou de PC, que les réseaux sociaux n’existent pas, empêchant les gens de propager les nouvelles, mais en ce qui concerne les chaînes de télé, les États-Unis étaient mieux lotis que nous.

Une excellente novellas pour ceux ou celles qui, comme moi, ne sont pas familière de l’univers SF mais qui ont envie d’aller s’y encanailler en commençant petit. Un récit très émouvant.

PS : au départ, je pensais faire entrer cette novellas dans le Mois Espagnol et Sud-Américain puisqu’on parlait du Venezuela dans le résumé… Oups, on parle tellement peu de l’Amérique latine que cette novellas pourrait juste participer à la minute Espagnole (si Sharon l’organisait).

La forme de l’eau : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus

Titre : La forme de l’eau

Auteurs : Guillermo Del Toro & Daniel Kraus
Édition : Bragelonne Fantastique (07/03/2018)
Édition Originale : The Shape of Water (2018)
Traducteur : Isabelle Troin

Résumé :
Nous sommes en 1963, et Elisa Esposito survit tant bien que mal. Née muette, abandonnée par sa famille, elle travaille de nuit comme femme de ménage au Centre Occam de recherche aérospatiale.

Un soir, elle surprend quelque chose qu’elle n’était pas censée voir : un homme amphibie prisonnier d’une cuve, qui doit être étudié par les scientifiques pour faire avancer la course à l’espace de la Guerre Froide.

La créature est terrifiante, mais aussi magnifique – elle fascine Elisa. Utilisant la langue des signes, celle-ci établit une communication. Bientôt, la créature devient sa seule raison de vivre.

Pendant ce temps, Richard Strickland, le militaire brutal qui a capturé la créature en Amazonie, envisage de la disséquer avant que les Russes ne tentent de s’en emparer.

Elisa doit tout risquer pour sauver la créature. Avec l’aide d’une collègue qui souffre du racisme ambiant et d’un voisin malchanceux qui n’a plus rien à perdre, elle met au point un plan d’évasion. Mais Strickland ne l’entend pas de cette oreille. Et les Russes sont bel et bien sur l’affaire…

Le fantastique, la romance et l’horreur s’entremêlent dans une histoire d’amour obsédante et tragique, qui a remporté le Lion d’or du meilleur film à la Mostra de Venise en 2017.

Critique :
Une histoire d’amour entre une humaine et une créature qui a tout du monstre, ça sent le déjà vu, pour ceux qui connaissent « La belle et la bête ».

Alors serait-ce ainsi un remake que l’on nommerait « La muette et le monstre amphibie » ?

Non, c’est plus que ça, c’est mieux que ça, c’est différent de ça. On oublie la Belle du conte ou de chez Disney et on découvre une histoire d’amitié, d’amour, différente de tout ce que l’on connait.

Différente car si le scénario pourrait être du réchauffé (tout à été écrit depuis le temps) la manière de nous le présenter est différente, bien amenée, notamment grâce à quelques personnages allant des plus sympathiques ou crétiniste à la Trump.

Elisa Esposito est muette, elle est insignifiante, personne ne la voit, ne fait attention à elle, ne prend la peine d’apprendre le langage de signes, sauf Giles, le vieil homo qu’elle a pour voisin et Zelda, une collègue de travail, Noire, que tout le monde considère comme une moins que rien, vu sa couleur de peau.

Face à ces trois personnages qui ont tout d’insignifiant, de laissés-pour-compte par le reste des gens, nous avons Richard Strickland, une espèce de militaire imbu de sa personne, qui va chercher une créature dans l’Amazonie et qui n’hésitera pas à tuer les témoins ou ceux qui se mettent en travers de la route.

L’archétype de l’Américain qui se prend pour le roi du Monde, qui pense que tout lui est dû, que ce qui appartient aux autres est à lui, enfin, à l’Amérique. D’ailleurs, les autres, ce sont des animaux, ça ne souffre pas, ça ne pense pas…

Bref, le salopard dans toute sa splendeur mais sous la carapace d’enculé de première on a aussi un homme qui a souffert et qui souffre encore. Le portrait n’est pas que tout noir et on a l’impression que la rage qu’il passe sur la créature, c’est celle qu’il n’ose pas passer sur son chef, le général Hoyt, celui qui le tient par les roupettes.

Le récit prend le temps de planter son décor, de nous envoyer en Amazonie pour capturer la créature tout en nous faisant entrer dans la psyché de Strickland, dans les pensées de sa femme (Lainie), dans la vie d’Elisa Esposito et des autres personnages qui parsèment de leur présence importante les pages de ce roman (Giles, Zelda et Dmitri Hoffstetler).

N’allez pas croire que l’histoire d’amour/amitié entre la créature et Elisa ressemble à du mauvais Harlequin, Del Toro a pris le temps de développer leurs différentes rencontres et de quelle manière cela va se dérouler. C’est bien amené et on ne sombre jamais dans la mièvrerie bas de gamme.

Anybref, voilà une histoire d’amour bien foutue, bien fichue que l’on repose sur la table avec une pointe de nostalgie à l’idée de devoir remonter à la surface.

Le tout est de se laisser entraîner par les auteurs et de vibrer pour cette histoire d’amûr non conventionnelle. Si vous ne voulez pas y entrer, vous serez comme Strickland, imperméable à tout.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).