Sherlock Holmes contre Conan Doyle (France 5 – Février 2018)

Écrivain de génie, Conan Doyle a lutté pendant quarante ans contre le pouvoir grandissant de Sherlock Holmes, son personnage créé en 1886 à des fins alimentaires. C’est ce curieux duel que raconte ce film, premier volet de la collection documentaire « Nous sommes une légende ».

C’est l’histoire d’une lutte à mort entre un créateur et son personnage, celle d’un écrivain de génie dont la créature lui a échappé. Pendant quarante ans, Conan Doyle a tenté de résister à Sherlock Holmes. Mais comment faire taire un héros devenu mythe ?

Ce film, écrit par Michel Le Bris, raconte ce duel insolite, grâce à de nombreux intervenants, extraits de films et un témoignage rare de Conan Doyle lui-même.

Ce que j’en ai pensé :
260 films recensés, un millier d’épisodes à la télé et tout autant de pastiches.

Sans oublier les jeux vidéos, les bédés, les mangas…

Adapté plus que Dracula, plus que Frankenstein, plus que Napoléon ou Jésus Christ.

Je suis… je suis… Sherlock Holmes ! Et on entend la voix de Jeremy Brett…

Que voilà un chouette petit reportage bien fait qui fera plaisir aussi bien aux holmésiens qu’aux néophytes.

Le reportage est bien fait, instructif, il évite les pièges (sauf pour la phrase culte « élémentaire » qui est une hérésie).

En 52 minutes, on nous raconte l’histoire de Holmes naissant sous la plume de Conan Doyle et lui échappant très vite, tel un sale gamin dont le père n’arrive pas à contrôler.

Vous saurez tout sur ce qui a poussé Conan Doyle a écrire « The sign of four » alors que « A study in scarlet », la première enquête de Holmes, n’avait pas super bien marché.

Vous saurez surtout la tombe de qui il faut aller fleurir ou remercier cet homme dans vos prières ! (J.M. Stoddart, agent américain du « Lippincott’s Monthly Magazine »).

Vous saurez aussi pourquoi Conan Doyle a tué son personnage qui lui rapportait tant d’argent, lui permettant même de se déplacer en fiacre ! Ce qui, à l’époque, pour un auteur littéraire, était chose impossible.

Là, je peux dire que j’ai appris des choses sur Conan Doyle ! Ben oui, je ne sais pas tout , ou alors, ma mémoire oublie certaines choses pour que mon cerveau ne se retrouve pas submergé par des tas de choses qui ne me serviraient à rien, si ce n’est de briller en société ou je pourrais pourrir le repas des gens en pérorant sans cesse sur Holmes (ce que je ne fais pas !).

Durant ces 52 minutes, je me suis régalée, car dans ce reportage, contrairement à celui sur « Sherlock Holmes : L’héritage », ils utilisaient des images de plusieurs séries (dont la BBC et la Granada), ainsi que d’autres films.

Je ne reviendrai pas sur le fait que dans les illustrations de Holmes, on le voit toujours avec le deerstalker et la macfarlane, ça fait partie du mythe et un truc porté deux fois est devenu son costume.

Allez, je ne vais pas pinailler sur ces petits détails (bien que les petits détails soient les plus importants) car le reportage est bien fichu, instructif et peut lui aussi se regarder en famille, que l’on soit holmésien ou pas, qu’on sache tout ou que l’on ne sache rien.

Après tout, moi je sais qu’on ne sait jamais…

Sur cet auteur que j’apprécie, je n’ai jamais trop cherché à tout savoir, on pourrait parfois être déçu et j’essaie toujours de séparer l’Homme de son oeuvre littéraire, ce qui permet de lire des auteurs mis à l’index, sulfureux (Le Marquis), raciste ou antisémite (Céline) ou de grands criminels de guerre, genre le moustachu.

Le portrait qui a été fait de lui était flatteur et on se rend compte que Doyle était une bonne personne, que comme son détective, il a mené des enquêtes et que sa passion pour le spiritisme et les fées (mes amitiés à ma fée à moi, la « fée pas chier » Stelphique) ont un peu entaché sa fin de carrière.

Un reportage très agréable à regarder, de quoi en apprendre plus sur l’auteur et sur sa créature, même si l’auteur est mis ici en avant, ce qui le change, lui qui est devenu moins important que sa créature.

Certes, les grands holmésiens auront l’impression que c’est du réchauffé, puisqu’ils savent bien des choses, mais en le regardant, ils risquent juste de passer un bon moment car le reportage est bien présenté, bien mis en scène, pas brouillon non plus et bien structuré puisque l’on suivra la biographie de Conan Doyle dans l’ordre.

Les intervenants divers ne plombent pas l’atmosphère, ne sont pas chiants à écouter et les multiples illustrations à l’aide de la filmographie de Holmes sont toujours bien choisies et assez larges que pour que tout le monde soit content.

Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

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Enquête sur Sherlock Holmes : Bernard Oudin

Titre : Enquête sur Sherlock Holmes

Auteur : Bernard Oudin
Édition : Gallimard (1997)

Résumé :
Sherlock Holmes, création du romancier britannique Arthur Conan Doyle, est à coup sûr un des personnages les plus célèbres de toute l’histoire.

Mais, au-delà de son succès proprement littéraire, il existe un « phénomène » Holmes, vieux maintenant d’un siècle et qui ne donne aucun signe de déclin.

Il a été le héros le plus souvent porté à l’écran et des dizaines d’écrivains ont voulu donner une suite à ses aventures.

Mieux encore, dès la parution des premières œuvres, des milliers de gens ont cru à l’existence réelle du détective.

Aujourd’hui encore, du courrier arrive à son domicile supposé de Baker Street. Plusieurs centaines de clubs holmésiens dans le monde, jusqu’en Amérique et au Japon, perpétuent son culte.

Bernard Oudin, spécialiste de Sherlock Holmes, démêle les fils de cet étonnant sortilège qui a amené un personnage de fiction aux frontières de la réalité et du fantasme.

Critique :
Prenons la DeLorean de Doc et remontons dans le temps, voulez-vous ?

Fermez les yeux… Imaginez…

Je suis jeune (si, si, faites un effort, nom de dieu !), l’Internet n’est pas démocratisé comme maintenant et d’ailleurs, je n’avais pas encore de PC en ce temps-là !

Alors vous pensez bien que lorsque mon bouquiniste déposa devant mes yeux ce petit guide sur Sherlock Holmes, ce fut la fête, Noël avant l’heure !

Imaginez, j’allais enfin avoir une liste des apocryphes holmésiens, des films, des acteurs ayant joué Son rôle, sur Sa naissance littéraire,…. Et j’en passe et des meilleures !

Madeleine de Proust ce petit guide et véritable mine d’informations intéressantes pour cette époque où le Net était obscur et ou certains le traitaient de labyrinthe de l’information, limite si on ne le mettait pas sur le bûcher.

Anybref, en ce temps-là, ce petit guide a fait ma joie, stabilotant des tas de titres d’apocryphes qui, au fur et à mesure, sont venus grossir mes étagères ou fluorant des titres de films, qui, avec l’avènement du P2P et puis du Torrent, sont venus, eux aussi , grossir mon disque dur ou mon rayonnage de films holmésiens (parce que j’aime aussi les posséder en vrai).

C’est rempli de petites anecdotes ou de grandes révélations (pour l’époque !), le tout étant illustré par des dessins d’époque de Frederic Dorr Steele (pour le Collier’s Weekly), de Sidney Paget (pour le Strand Magazine), d’affiches, de photos d’acteurs de théâtre, de cinéma, de personnalités importantes et connues.

Vous pensiez que les anglais étaient les seuls à pouvoir se prétendre détenteur de Sherlock Holmes ? Pourtant, ce furent les Américains qui publièrent les aventures de Sherlock Holmes sous forme de magazine, les british n’en voulant pas…

Sans l’éditeur américain Stoddart, nous n’aurions jamais eu d’autres aventures de Sherlock Holmes que « Une étude en rouge » !! C’est lui, le directeur du Lippincott new-yorkais, qui demanda à Conan Doyle de lui écrire un roman AVEC Sherlock Holmes, obligatoirement !

Ce jour là, Oscar Wilde était invité aussi, mais lui, il eut carte blanche (et cela donna « Le portrait de Dorian Gray »).

Vous apprendrez aussi que Holmes n’a JAMAIS dit « Élémentaire, mon cher Watson » dans les livres, et que l’horrible deerstalker et le macfarlane ne figurent pas dans les écrits canoniques, mais que c’est l’illustrateur, Sidney Paget, qui le dessina ainsi dans deux aventures « Le mystère du Val Boscombe » et « Flamme d’argent ».

Dans le canon, pour la nouvelle « Flamme d’argent », Conan Doyle fait juste allusion à une casquette de voyage (travel cap).

Idem pour la pipe recourbée qui est un anachronisme, mais parait qu’elle permettait à William Gillette, acteur de cinéma pas rasoir, de parler plus distinctement.

Vous apprendrez notamment que Scotland Yard n’a pas tenu rigueur au fait que, dans les écrits de Conan Doyle, ses policiers n’aient jamais été mis en valeur et qu’ils furent même traité avec mépris, puisqu’ils ont baptiser leur ordinateur de recherche « Home Office Large Major Enquiry System »… HOLMES !

Anybref, vous saurez tout sur les apocryphes et les pastiches holmésiens (d’avant 1997, bien entendu), vous saurez tout sur les clubs holmésiens, sur Rex Stout qui démontra un jour que Watson était une gonzesse, les lieux de pèlerinage holmésiens, ainsi que le musée Sherlock Holmes.

Je ne m’en lasse pas et régulièrement, je remonte le temps en l’ouvrant et en tournant les pages, revoyant les titres que je désirais et puis, me retournant, toute fière, pour les découvrir dans ma bibliothèque.

Comme le chantait si bien Pierre Peret, ♫ Tout, tout, tout, vous saurez tout sur Sherlock Holmes ♪

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

[FILMS] Le chien des Baskerville (était un sale clebs) – Douglas Hickox (1983)

The Hound of the Baskervilles – Le chien des Baskerville – Téléfilm de Douglas Hickox (1983)

Avec Ian Richardson et Donald Churchill dans les rôles de Sherlock Holmes et du Dr Watson.

[Fiche réalisée par Ida]

Or donc, après avoir espéré pendant une semaine, voir le chef d’œuvre produit en 1959 par la Hammer, promis par mon programme TV, je me suis rendue compte le jour même que ce n’était plus cette version, mais celle de 1983 de Douglas Hickox qui allait être diffusée le 11 Août dernier.

Bien que révoltée par ce changement et par les fausses promesses (à qui la faute ? la chaîne ? le programme TV ? Ma naïveté ?), j’ai tout de même regardé ce film n’ayant rien de mieux à faire (si ce n’est regarder les vieux épisodes de Fantômas de 1980 qui ont assurément mal vieilli si j’en crois leur rythme proche d’un Derrick).

Répondant à l’invitation de la Belette Cannibale, je vous livre ici mes impressions qui… comment dire… sont loin, mais alors très loin d’être bonnes !

L’intrigue :

Faut-il vraiment la rappeler cette intrigue ? Au risque de froisser les amateurs de polars qui à quelques exception près l’ont déjà tous lue ou au moins tous vue ? Sans parler du fait que ce n’est pas la première fois qu’on la présente sur ce blog !

Ben oui ! Il le faut ! Parce que c’est comme ça ici ! On résume l’intrigue sans la spoiler avant de passer à la critique !

Et si vous n’êtes pas contents et si ça vous ennuie, je vous invite à passer au paragraphe suivant en vous priant de ne pas m’en vouloir de respecter les usages. Ben oui… il en faut pour tout le monde !

Figurez-vous qu’il y a encore des gens qui n’ont pas lu ou vu le Chien des Baskerville… Ou des nouveaux lecteurs qui découvrent le blog! Il faut peser à eux et leur donner envie de découvrir ce monument holmesien…

Le problème… C’est que je ne vais pas trop leur donner envie de voir ce film alors…

Le mieux est de leur proposer de lire le roman et de découvrir la fiche que Belette nous en propose déjà sur son blog.

Alors… Où en étais-je moi… Ah oui ! Voilà, ça me revient… Donc… Holmes et Watson prennent leur petit déjeuner comme un vieux couple et Watson trouve une canne. Qui a donc pu bien rendre visite à son vieux compagnon ? Hummm…

Tel une épouse jalouse, voilà Watson sur le coup ! Évidemment comme d’habitude il est un peu à côté de la plaque, et comme dans presque toutes les aventures du canon, Holmes se livre à un exercice de déduction magistral pour bien nous montrer qui est le boss !

La canne appartient donc à un médecin de campagne qui vient consulter le Génie des Détectives car il s’inquiète pour l’héritier du domaine de Baskerville dans le Dartmoor, qu’il craint menacé par la malédiction planant sur les hommes de sa famille et dont le précédent Lord de Baskerville vient probablement de mourir puisque son cadavre fut retrouvé près du manoir alors que dehors le hurlement du Chien de l’Enfer qui avait déjà conduit quelques siècles plus tôt un de ses ancêtres malfaisants auprès de Satan, s’était fait entendre dans la nuit noire et ténébreuse.

Holmes et Watson parviendront-ils à sauver Sir Henry Baskerville des forces obscures qui le menacent? Et voilà nos deux héros partis dans une nouvelle aventure !

Critique :
Et ben c’est déjà là que ça commence le bordel ! Holmes fait la fine bouche dans le roman (et oui cette aventure n’est pas une simple nouvelle du canon, c’est l’un des quatre romans qui le compose et qui plus est, a été écrit hors chronologie après la « mort » de Sherlock Holmes sous la pression du public et des éditeurs).

Dans le Canon, il fait sa diva qui n’a pas l’air trop intéressée… Alors que dans le film, pfff ! Il trinque pour fêter ça alors qu’il est pourtant un peu tôt pour prendre de l’alcool !

Certes un petit verre de sherry au matin n’a jamais collé KO qui que ce soit au fond d’un fauteuil… Cependant Holmes ne boit pas au petit matin! Cocaïnomane passe encore… Mais alcoolique, non !

Et puis… Quelle mouche les a donc piqués ! Que de libertés prises avec le canon !

Non, Sir Henry n’a pas envie de repartir vivre aux States ! Le canon nous dit bien qu’il envisage bien de s’établir dans son héritage… Quelle idée de lui faire dire qu’il passe juste mettre les affaires en ordre avant de reprendre le bateau ???

Et d’où ça sort le fait que le barbu qui lui file le train lui tire dessus en pleine rue avec une canne à air comprimée dont le système nous renvoie évidemment à la redoutables arme du Colonel Morand dans « la maison vide » ??? Pas du Chien des Baskerville en tout cas !

Et pourquoi font-ils redresser à Holmes un tisonnier à mains nues que je ne sais plus quel personnage vient de plier sous l’effet de la colère  alors que cette péripétie sort de « la bande mouchetée » et de nulle part ailleurs ??? [tisonnier plié par le docteur Roylott de Stoke Moran ©Belette]

Et puis… Entendre les cloches de Saint Paul à Baker Street… Pour croire ça il faut franchement ne jamais avoir mis les pieds à Londres ! On a le droit de n’y être jamais allé, mais pas quand on prétend faire un Sherlock Holmes ! Londres est le troisième personnage principal du canon !

Je vous avoue qu’à ce stade-là, j’ai cessé de m’étonner des autres éventuelles libertés prises avec le texte et les réalités afin d’en tenir le compte. D’autant que ma lecture du Toutou date un peu…

D’ailleurs j’ai dû solliciter l’aide de Belette pour me rafraîchir la mémoire sur les circonstances d’intervention de Lestrade dans l’histoire. [Belette toujours prête !]

Le film prétend qu’il est est là pour retrouver des prisonniers évadés et fait de sa rencontre avec nos héros une surprise…

Alors que dans le texte, c’est Holmes qui lui a demandé de venir via un télégramme pour traquer le toutou et surtout son maître. [Ci-dessous, des extraits du Canon]

– Et demandez au chef de gare s’il y a un message pour moi.
Le jeune garçon revint avec un télégramme que Holmes me tendit. Il était conçu comme suit :
« Télégramme reçu. Arrive avec mandat en blanc à cinq heures quarante. – Lestrade. »

L’express de Londres entra en gare et un homme de petite taille, sec, nerveux comme un bouledogue, sauta sur le quai. Nous échangeâmes une solide poignée de main, et à en juger par la manière respectueuse dont Lestrade regardait mon ami, je compris qu’il en avait appris long depuis le jour où ils avaient commencé à travailler ensemble. Je me rappelais le dédain avec lequel cet homme pratique accueillait alors les théories du logicien.
« Du bon travail en vue ? demanda-t-il.
– La plus grosse affaire de ces dernières années, répondit Holmes. Nous avons deux heures devant nous avant de songer à nous mettre en route. Je pense que nous pourrions employer ce délai à manger quelque chose ; après quoi, Lestrade, nous chasserons de vos bronches le brouillard londonien en vous faisant respirer la pureté de l’air nocturne de Dartmoor. Vous n’étiez jamais venu ici ? Ah ! Eh bien, je crois que vous n’oublierez pas votre première visite dans ce délicieux pays ! »

Là encore je ne comprends pas la raison de tels changements sans intérêt dans l’histoire. À moins que les scénaristes n’aient lu le livre qu’en diagonale?

Et ça ce n’est franchement pas satisfaisant.

Les scénaristes sont généralement bien payés, la moindre des choses serait qu’ils lisent correctement les œuvres qu’ils ont à adapter. Si je bossais comme ça, je me ferait virer, moi !

Certes, pour certains de ces ajouts, on pourra dire qu’il s’agit de clins d’œil au reste de l’œuvre… Blablabla…

Mais si les « clins d’œil » peuvent passer dans un pastiche, dans une adaptation d’un texte du canon, ils sont déplacés, au sens propre comme au sens figuré.

Et on ne peut que déplorer de telles libertés prises avec le texte dans la mesure où elles n’apportent strictement rien et que de suivre à la lettre le canon n’aurait pas coûté plus cher au producteur !

J’ai regretté en outre l’absence d’une atmosphère réellement gothique propre à l’époque et qui sied particulièrement à cette œuvre.

La maison de Baskerville n’est pas assez lugubre à mon goût, et rien ne vient mettre le spectateur dans une ambiance épaisse de suspens.

Même le klebs ne fait pas peur : un gros dogue allemand ou danois (dans le noir j’ai mal vu) avec des lentilles de contact… Bof… Pas terrible. Deux raisons essentielles à cette ambiance loupée:

La première : une esthétique qui se cherche sans se trouver. En effet, l’ère victorienne ou édouardienne (le roman est publié en 1902) nous est présentée à travers une esthétique datant des années soixante ou soixante-dix alors que le film date de 1983 et que la série de la Granada avec Jeremy Brett pourtant contemporaine semble résolument plus moderne et constitue un élement de comparaison à charge.

Les coiffures des personnages, les couleurs choisies aussi bien dans les costumes que pour les décors sont datés même pour l’époque de sortie du film, comme s’ils avaient voulu faire une (pâle) copie du film de la Hammer.

La vision de l’ère victorienne des années 60 revisitée par les années 80… Quel gag ! C’est d’un kitch qui pique les yeux !

La seconde raison, et à mon avis la principale, au manque d’atmosphère de ce navet (ça y est, maintenant c’est dit !) c’est le jeu des acteurs. Holmes, campé par un Ian Ridcharson avec des faux airs de Peter Cushing (c’est ce qui me fait penser à une éventuelle tentative de remake du film de la Hammer, plutôt que d’un essai d’adaptation du canon) est correct et surnage dans un océan d’acteurs de grand guignol lui servant de faire valoir.

Le jeu des personnages secondaire (et le doublage n’y a rien arrangé sans doute) est constamment outré et exagéré. Même quand les personnages ne disent rien, ils en font trop !

Le pire de tous est incontestablement Watson ! Le benêt absolu dans toute sa splendeur, qui en rajoute des caisses à tout bout de champ et se prend tout le temps les pieds dans le tapis! Un histrion pareil se verrait radié de l’Ordre des médecins sur le champ tant sa manière d’être d’une niaiserie irritante est un scandale pour la communauté médicale des âges anciens, présents et à venir !

Il n’est pas encore pré-retraité comme dans de trop nombreuses adaptations, mais encore trop vieux pour le rôle…

Holmes, bon quinqua, n’est pas de toute jeunesse non plus d’ailleurs, et nous n’échapperons pas à la pipe calebasse non canonique…

Mais curieusement, ils ont bien veillé à ce que Holmes ne porte le deerstalker que dans le Dartmoor, lui laissant un haut de forme à Londres !

Un tel éclair d’intelligence (probablement involontaire) se détachant d’une telle médiocrité ambiante ne peut être que remarqué et salué.

Conclusion :

Ce film ressemble plus à un remake, voire à une mauvaise parodie, d’une célèbre adaptation cinématographique plus ancienne du canon, qu’à une véritable adaptation du roman de Conan Doyle et ne pourra qu’irriter les holmesiens mêmes les plus modérés !

L’ajout d’éléments renvoyant à d’autres nouvelles, les libertés prises avec l’histoire originale, l’esthétique kitch et le jeu déplorable des acteurs qui fait perdre toute consistance, tout suspens et toute atmosphère, font de ce navet l’une des pires adaptations du mythe.

À ne voir que la veille d’une compétition sportive ou d’un rendez-vous pour demander une augmentation à son boss, afin de remobiliser ses pulsions agressives !

Ou en cas de chute de tension grave…

Décharge :

Moi, Ida, plus très saine de corps mais presque saine d’esprit, atteste avoir rédigé ce billet gratuitement et bénévolement et n’avoir réclamé ni reçu de paiement de quelque nature que ce soit en contrepartie.

J’autorise la susnommée Belette Cannibale Lecteur à en faire l’usage qu’elle souhaitera et l’autorise à publier le présent billet sur son blog du moment qu’elle n’y joint pas de liens vers mes sextapes circulant sur le net, ou de photographies de moi, nue ou habillée.

La liste des Sept : Mark Frost [LC avec Stelphique et… Ju Lit Les Mots ! – Intro]

Hé oui, une petite nouveauté pour ce mois de juillet… Le duo de binôme habituel passe à un trinôme… Non, « ça est pas » français, un mot pareil !

Une triade ? Nan, ça fait mafia japonaise, ça…

Oh, sorry, on me signale dans l’oreillette que trinôme est un mot qui existe mais je me vois mal nommer Ju « ma trinômette ».

Triumvirat ! Ça fait plus mieux je trouve. J’avais aussi « partouze littéraire » mais les deux copines me font signe que « non, non, non, tu n’écriras pas un truc pareil » alors que voulez-vous, en petite fille obéissante, je ne parlerai pas de partouze littéraire à trois.

Ju, un peu suicidaire sur les bords m’a donné carte blanche aussi pour l’intro…

Sérieusement, je suis en train de bosser avec des filles qui aiment vivre dangereusement et qui, comble du danger, ne contresignent même pas mes discours. Chez nous, le Premier Sinistre couvre celui du roi !!

Anybref, cette fois-ci, nous accueillons dans notre sein Ju Lit Les Mots (anciennement Juliesuitsonfil) pour une LC à trois.

Qu’est-ce qu’elle nous a proposé, Ju ?

« La liste des Sept »… Et pas la liste des courses !

Un roman qui prend la poussière dans mes étagères depuis… au moins ça et c’est Collectif Polar qui a mis le doigt (rhô, la coquine) sur le fait que j’avais un coup de mou pour avoir laissé trainer un roman qui parlait de Conan Doyle sur les étagères.

Là-dessus, s’engouffrant dans la brèche, Ju proposa une LC à trois et Stelphique et moi on a dit oui !

Passons au livre, maintenant.

La nouvelle couverture est superbe, mieux que celle des éditions Press Pocket car là de suite, j’ai envie d’aller voir sous la soutane des moines si, comme les écossais, ils ne portent rien sous leurs robes de bure.

Et puis, réveiller un peu leur zeb endormis, ça serait un sacré challenge ! (Chouchou, si tu me lis, je plaisante, bien entendu !)

Sept… Une liste des Sept. Mais des sept quoi ? Là, subitement, il me revient une scène culte de la série Friends où Monica expliquait à Chandler les 7 zones érogènes de la femme.

[Saison 4, épisode 11 – « Celui qui posait une question embarrassante » (« The One With Phoebe’s Uterus »)]

Là, je vous le fais de mémoire… Elle avait dessiné l’affaire sur une feuille de papier et Chandler faisait celui qui était parfaitement au courant.

Chandler ne savait même pas qu’on en avait , de zones. Il en désignait une en demandant « C’en est une ? » et elle lui répondait que c’était même la plus importante.

« Oh oui, je n’avais pas bien vu avec le dessin à l’envers ».

Alors Monica lui avait montré où les zones se trouvaient et lui conseillait de faire des mélanges.

On commence par la 1, la 2, la 1, la 2, la 3 et quand elle passait à la 4 ou à la 5, elle avait la voix qui changeait.

Puis elle continuait dans ses chiffres, imaginant sans doute qu’on la titillait à ces endroits et en passant de la 4, la 5, la 3, la 7, elle commençait vraiment à avoir des sensations et elle terminait par des « 7,7,7,7,7, oh oui, 7 » et finissait avec un orgasme virtuel.

Alors, j’espère que le livre nous parlera des 7 zones érogènes de la femme, qui, comme vous le savez, peuvent varier selon la dame et j’espère aussi qu’à la fin de la lecture, on aura un orgasme virtuel grâce aux aventures du créateur de Sherlock Holmes.

Enfin, moi, de ce côté là, je suis archi-comblée d’orgasmes littéraires avec les récits sur Sherlock Holmes, sans compter tous les super livres que j’ai déjà lu dans ma vie…

Prêtes pour un orgasme, les filles ?? À vos marques, jouissez !

J’ai trouvé le moment culte, mais pas en français… En tout cas, à la fin de l’épisode, la copine de Chandler venait remercier Monica !

ggggg

Oscar Wilde et le nid de vipères : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 4]

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Titre : Oscar Wilde et le nid de vipères

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : 10-18 (2011)

Résumé :
Impeccable dandy à l’élégance excentrique, Oscar Wilde ne manquerait jamais une soirée mondaine en compagnie d’Arthur Conan Doyle.

Surtout si elle est donnée par l’une des femmes les plus en vue de Londres, la duchesse d’Albemarle.

Mais la mort brutale de leur hôtesse entraîne les deux brillants compères dans une enquête au plus près des secrets de la Couronne.

« Un suspense à tout rompre, mais surtout la sensation d’une incroyable familiarité avec Wilde, le mythe ».

9782264051240Critique :
Oscar Wilde au service secret de sa Majesté ! Pas au service secret de la Queen, mais du futur King, alors, remballons la musique de James Bond.

Une fois de plus le mystère a rendez-vous avec les bons mots, l’humour et l’élégance d’Oscar Wilde.

— Avez-vous déjà goûté du sang, Mr. Wilde ? lui ai-je demandé. Du sang frais, du sang qui apparaît encore tiède sur votre langue ? Du sang humain ?
— Non. La carte des vins de mon club est d’une pauvreté désespérante.

476 pages passées avec le dandy célèbre, 476 pages qui se lisent toutes seules, en même pas deux jours (c’est dire que je l’ai dévoré).

Certes, on ne lit pas les enquêtes d’Oscar Wilde pour leur rythme trépidant, mais pour passer un bon moment en compagnie d’un Oscar Wilde enquêtant tel Sherlock Holmes, le tout sous le regard de son Watson à lui, Robert Sherard (mais lui, c’est un Watson assez fade et effacé).

— Vous êtes extraordinaire, Oscar, commenta le prince en riant. Doyle avait raison : vous êtes plus Holmes que Holmes lui-même. Attelez donc votre génie à cette affaire, s’il vous plaît. La duchesse était mon amie. C’est le moins que je puisse faire pour elle désormais.

Ajoutons à cette enquête et à ces morts mystérieuses, les moustaches et le regard parfois courroucé d’un Arthur Conan Doyle et la présence d’un autre écrivain en devenir : Bram Stoker.

Aujourd’hui, il [Wilde] a déclaré : « J’aime les hommes qui ont un avenir et les femmes qui ont un passé ». N’est-ce pas brillant ?

La plume de l’auteur a l’art et la manière de nous plonger dans l’époque (1890, ici) et de nous donner l’impression que l’on voit les protagonistes bouger devant nos yeux. Oui, quand je lis un Oscar Wilde, je suis avec eux, je les vois comme si j’étais au cinéma, sans que l’auteur ait besoin d’en faire des tonnes et sans que son écriture soit bâclée ou sans originalité.

Ce que j’ai aimé aussi, c’est la présentation du récit : Robert Sherard voudrait publier l’histoire, Oscar Wilde est lui épuisé par son incarcération de deux ans dans la prison de Reading, pour homosexualité.

Vu qu’il ne souvient plus très bien de l’affaire, notre Robert lui remet le dossier avec des extraits de ses carnets à lui, de ceux de Doyle, de Stoker, des lettres, des télégrammes. Le lecteur a un point de vue de plusieurs personnages et cela ajoute du piquant car nous ne sommes pas bloqué par un seul narrateur.

Un roman policier historique qui même la fiction à la réalité, qui mélange des personnages ayant réellement existé avec des fictifs, le tout donnant un récit qui a tout d’une affaire d’état ou un complot visant la monarchie.

Une belle bouffée d’air frais dans mes lectures sombres.

— Douter est absolument captivant, Arthur, et croire est très ennuyeux. Être aux aguets, c’est être vivant ; se laisse bercer par la sécurité, c’est commencer à mourir.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine et Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016).

5. Sherlock Holmes : L’Escarboucle Bleue – The Blue Carbuncle

Sherlock Holmes : L’Escarboucle Bleue  – The Blue Carbuncle

SAISON 1 – ÉPISODE 7

  • Producteur : Michael Cox, Stuart Doughty
  • Réalisateur : David Carson
  • Scénariste : Paul Finney
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 7ème épisode tourné
  • Série 1 : 7/7
  • 1ère diffusion : Angleterre : 5 juin 1984 – ITV Network (7ème épisode diffusé); Etats Unis : 25 avril 1985 – WGBH; France : 5 février 1989 – FR3 (7ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 50 sec
  • Distribution :

Jeremy Brett …  Sherlock Holmes
David Burke …  Dr. Watson
Frank Mills …  Peterson
Frank Middlemass …  Henry Baker
Ken Campbell …  James Ryder
Desmond McNamara …  John Horner
Amelda Brown …  Jennie Horner
Brian Miller …  Inspector Bradstreet
Rosalie Williams …  Mrs. Hudson
Rosalind Knight …  Countess of Morcar

Le pitch ? La veille de Noël, Sherlock Holmes est réveillé par Peterson, un commissionnaire, qui lui confie une oie et un chapeau melon cabossé. Il les a ramassés sur le lieu d’une altercation entre ivrognes dans les rues de Londres.

Holmes lui offre l’oie et garde le chapeau melon. En l’examinant, il en déduit une multitude de détails qui stupéfient Watson.

Peu après, Peterson revient bouleversé. Son épouse vient de trouver une pierre bleue scintillante dans le jabot du volatile. Holmes réalise qu’il s’agit de l’Escarboucle bleue, pierre précieuse de valeur inestimable, qui vient d’être dérobée à la comtesse Morcar, à l’Hôtel Cosmopolitan.

La police a déjà un coupable désigné : le plombier John Homer, qui fut condamné par le passé. Mais il jure de s’être amendé et clame son innocence.

Sherlock Holmes retrouve le possesseur du chapeau melon, Mr. Henry Baker, totalement étranger à l’affaire, puis remonte la piste de l’oie et tombe ainsi sur le véritable voleur sur le marché de Covent Garden.

Rien à dire, ils savaient se fouler pour leur intro, à la Granada : au travers d’une pierre précieuse, on voit tous ses possesseurs dans le monde et dans quelles manières ils s’en sont appropriés. Tout n’est que meurtre et vol, bain de sang et violence.

Ensuite, on tombe sur deux membres du personnel qui se pelotent sur le canapé d’une chambre de l’hôtel Cosmopolitan, le tout devant le sapin de Noël. La comtesse de Morcar revient, faut arrêter les cochonneries !

Oh, catastrophe, l’escarboucle bleue de la comtesse a disparue et on arrête le pauvre John Horner, plombier mais ancien voleur reconvertit, qui avait bossé ce jour-là dans la chambre de la comtesse.

Pendant ce temps-là, Watson sort du 221b et un homme y entre, muni d’une oie blanche et morte…

Holmes tiré de son sommeil par sa logeuse, ronchonne, met la main sur une cigarette directement et cherche ensuite des allumettes. Qu’il ne trouve pas, la boite étant vide.

Bon sang, une cigarette à allumer et rien pour le faire !!

Jeremy, dans cet épisode contribua fortement au tournage de la scène de la première cigarette au saut du lit. Fumeur invétéré lui même, Jeremy connaissait les envies de nicotine irrépressibles du petit matin.

Il savait que Holmes, également dépendant du tabac, devait les ressentir lui aussi et il les intégra dans son interprétation.

Holmes était un grand fumeur, mais pour sa première pipe du matin (oups, trivial comme phrase), c’était un peu dégueulasse car elle était composée avec les vieux restes de tabac froid récupérés dans les pipes fumées la veille.

Pipes rangées dans son râtelier près de la cheminée. Heureusement Jeremy n’essaya jamais de montrer ça !!

Ensuite, la scène devient encore plus cocasse avec le détective qui se précipite dans le salon pour trouver une allumette, sa chemise de nuit entrouverte lui battant les jambes, robe de chambre grise passée sur le tout, cherchant fébrilement des allumettes pour allumer sa fichue cigarette.

Le grand détective mourant d’envie de tirer sur sa première cigarette de la journée n’est pas ici à son avantage.

Il sursautera lorsque le commissionnaire Peterson lui adressera la parole, déposant son oie et le chapeau melon sur la table.

Aaah, voir Holmes au saut du lit (mais on ne nous parle pas des petites raideurs du matin), en chemise de nuit (on glisserait bien la main dessous), le voir allongé dans le sofa pendant qu’il écoute Peterson lui expliquer comment il est entré en possession de l’oie et du chapeau melon… C’est tout simplement magnifique !

C’est aussi pour cela que j’ai sélectionné cet épisode – que je visionne toujours avec plaisir – car on pénètre dans la vie quotidienne de nos héros avec force de détails.

Cette volonté de recréer l’intimité en dehors de l’enquête, donne plus de crédibilité aux histoires et rend les personnages plus attachants.

En plus, c’est la période de Noël ! Voir Watson chargé de cadeaux, c’est magique, on rêverait d’un papa Noël tel que lui…

Et puis, aussi bien la nouvelle canonique que l’épisode de la série nous offre l’une des plus belles leçons de déduction de Holmes : le chapeau melon abandonné avec l’oie, lors de la rixe, aux pieds de Peterson.

Lorsque Watson rentre, il lit à voix haute l’article qui relate le vol de l’escarboucle bleue à la Morcar.

Holmes reste silencieux, observant le chapeau avec attention, ce qui rendra le docteur un peu moqueur sur cette étude.

Il n’aurait pas dû…

Humour avec la tête de Holmes qui lui demandera ce qu’il déduit du chapeau : Watson déduit peut de choses ! Juste le nom du proprio, mais là, c’était facile.

A partir de ce vieux melon cabossé, Holmes fait une description détaillée de son propriétaire, son aspect physique, son caractère, ses manies, son mode de vie (dont le fait qu’il n’ait probablement pas le gaz chez lui).

Watson s’esclaffe, moqueur. Notre détective devra lui expliquer le cheminement de son raisonnement infaillible (on passera sur le fait qu’une grosse tête soit le fait d’un homme intelligent, mais à cette époque, on le pensait vraiment).

Moment plus agité avec Peterson qui fait irruption, tremblant et confus : dans le jabot de son oie, il y avait… l’escarboucle bleue !

Voilà un épisode qui allie une enquête au poil, l’humour, les déductions, le jeu des acteurs et leur complicité.

« Watson, marry me, please »

Holmes est un rusé, il arrivera à retrouver le propriétaire du chapeau et de l’oie, tous les détails de ses déductions corroborés par monsieur Henry Baker. Qui est étranger au vol de la pierre.

Néanmoins le docteur ne s’avoue pas si facilement vaincu. Doutant des déductions de son ami et ayant envie de démontrer que Holmes ne peut pas toujours avoir raison, Watson interrogera le proprio du chapeau au sujet du gaz qu’il n’aurait pas fait installer chez lui.

Si Watson voulait piéger son ami et prouver son erreur, il en sera pour ses frais puisque, une fois de plus, Holmes avait raison…

Cette petite compétition intellectuelle est très amusante. Les dialogues sont toujours incisifs et percutants. Watson apparait comme un homme intelligent, fier et résolu, qui finalement éprouve une réelle admiration pour son ami.

Holmes nous prouve aussi qu’il est capable de remonter une piste, de retomber sur ses pieds et de tirer les vers hors du nez des gens qui ne veulent pas parler en rusant un peu.

La manière dont il fait parler le marchand de volailles est tout simplement excellente ! Utiliser le fait que le marchand est un jouer de pari invétéré…

Bref, le détective est au meilleur de sa forme et Brett aussi.

L’atmosphère de Noël contraste avec le côté sordide de l’affaire mais cela donne un petit plus. Je dois même vous avouer que c’est l’épisode préféré de mon homme.

Moi, j’adore voir Holmes ranger la pierre précieuse dans son tiroir, juste au côté du portrait de Irène Adler et prendre un peu le temps avant de refermer le tiroir.

Une fois de plus, Holmes se substituera à la loi, ne dénonçant pas le véritable voleur. Noël est propice au pardon.

Au moment de passer à table à minuit, Watson lui rappelle que Horner, le plombier, est toujours en prison. Abandonnant son verre de vin et la belle table, Holmes se lèvera pour aller prévenir l’inspecteur Bradstreet.

John Horner retrouvera sa femme et ses deux enfants et la vioque retrouvera sa pierre précieuse…

4. Sherlock Holmes : La Ligue des Rouquins – The Red-Headed League

 

Sherlock Holmes : La Ligue des Rouquins – The Red-Headed League

SAISON 1 – ÉPISODE 12

  • Producteur : Michael Cox, Stuart Doughty
  • Réalisateur : John Bruce
  • Scénariste : John Hawkesworth
  • Décorateur : Margaret Coombes
  • Musique : Patrick Gowers
  • 12ème épisode tourné
  • Série 2 : 5/6
  •  1ère diffusion : Angleterre : 22 septembre 1985- ITV Network (12ème épisode diffusé); Etats Unis : 6 mars 1986 – WGBH; France : 12 mars 1989 – FR3 (12ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 40 sec

Jeremy Brett …  Sherlock Holmes
David Burke …  Dr. John Watson
Roger Hammond …  Jabez Wilson
John Labanowski …  Athelney Jones
Tim McInnerny …  Vincent Spaulding/John Clay
Eric Porter …  Moriarty
Reginald Stewart …  Doorman
Malcolm Weaver …  Archie
Richard Wilson …  Duncan Ross

Le pitch ? Une annonce de la Ligue des Rouquins parue dans la presse, retient l’intérêt de Jabez Wilson, qui a une boutique de prêts sur gages dans la City.

Son commis lui a signalé que cette Fondation cherchait à embaucher un homme roux, pour un très haut salaire de 4 livres par semaine.

Malgré la file des postulants, Wilson est tout de suite retenu pour sa perfection capillaire.

Son travail purement nominal consiste à recopier l’intégralité de l’Encyclopedia Britannica à raison de quatre heures par jour, tous les jours sans exception et sans quitter son poste de la journée. Mais deux mois plus tard, Jabez Wilson trouve porte close en allant à son bureau. Son employeur s’est volatilisé et la mystérieuse Ligue semble n’avoir jamais existé.

Il vient se plaindre à Sherlock Holmes d’avoir perdu son emploi, mais le détective soupçonne une affaire beaucoup plus complexe.

PS : cette vidéo est introuvable sur You Tube pour des raison de droits d’auteurs, bref, je ne sais pas vous la mettre en lien vidéo et je l’ai regardée sur un de mes DVD.

Intro : La banque située à la « Saxe Coburg Street » semble attirer l’attention d’un mystérieux homme. Le fourgon marqué d’un « V.R » pour Victoria Regina décharge des colis bien lourds, tandis qu’un des chevaux de l’attelage gratte le sol.

Le mystère est entretenu par un des hommes de l’attelage qui laisse tomber de manière délibérée un papier important sur le sol. Nous ne verrons que les main manucurées de celui qui ouvrira l’enveloppe parlant d’un dépôt de la Banque de France de 60.000.

Sherlock Holmes est en compagnie d’un client d’un roux flamboyant. L’acteur, Roger Hammond, est affublé d’une défroque presque clownesque et nous interprète un Jabez Wilson naïf et roublard, geignard et rapace, obséquieux et irascible, un désopilant personnage de farce.

Oui, « La ligue des rouquins » est un épisode marrant !

Alors que nous découvrons Holmes et son roux de client, Watson entre dans la pièce, s’excusant en découvrant Holmes occupé et il fait demi-tour.

C’est pour ce genre de chose que j’adore Jeremy Brett dans le rôle : Holmes court et saute par-dessus le canapé pour rattraper son ami et hagiographe.

— Oh, sorry Holmes.
No, no, you couldn’t have come at a better time.
I was afraid you were engaged.
I am, very much so. Dr. Watson shares my love of all that is bizarre, but outside the routine of everyday existence.

C’est une anthologie, cette scène du saut au-dessus du canapé ! (sur la vidéo regroupant des moments marrants de la série : c’est à la 1:00).

Si notre détective stupéfie son client avec ses déductions sur son dur labeur, ses travaux d’écriture, son voyage en Chine… une fois qu’il lui a expliqué le chemin de ses déductions, il se faite entendre dire « Je pensais que c’était malin, mais en fait, je vois maintenant que ce n’est rien du tout ».

Une fois la moue de Holmes passée, Jabez Wilson raconte sa mésaventure.

Son commis lui ayant parlé d’une ligue des « rouquins » qui cherchait leur roux, il s’est rendu sur place et a failli se décourager devant l’importance de la file.

Malgré tout, c’est lui qui fut choisi !

Moment très drôle : l’entrevue où Duncan Ross, le « Président de la Ligue des Rouquins », se pâme d’admiration devant la parfaite chevelure rousse de Wilson, si irrésistible que, contrevenant au règlement de la Ligue, il engage le prêteur bien qu’il soit sans enfants.

Duncan Ross est joué par Richard Wilson, qui joue Gaius dans la série « Merlin ».

Sa mission ? Recopier l’intégralité de l’Encyclopedia Britannica à raison de quatre heures par jour, tous les jours, sans exception et sans quitter son poste de la journée. Il est payé, bien entendu…

Alors qu’il énumère les mots qu’il avait déjà fait, ceux en « A », on voit Watson se retenir de rire et Holmes aussi. Ils reprennent leur sérieux afin d’écouter la fin.

Leurs figues plus en détail…

Mais deux mois plus tard, Jabez Wilson a trouvé porte close en allant à son bureau. Son employeur s’est volatilisé et la mystérieuse Ligue semble n’avoir jamais existé.

À la fin de son récit, Watson n’en peut plus, il se marre !

Holmes le sermonne bien d’un « Watson », mais lui même est prêt d’exploser, ce qu’il fait, riant un peu avant de retrouver son sérieux devant un Wilson qui ne trouve pas ça drôle du tout !

Notre brillant détective sait qu’une chose plus grave se cache sous ce qui à l’air d’être une farce coûteuse.

La description de son assistant de Wilson, celui qui bosse pour moitié prix alors qu’il a du talent, le fait tiquer de manière imperceptible.

C’est pour cela que j’aime cette aventure, c’est parce qu’elle comporte une part de mystère : pourquoi demander à un roux de recopier une encyclo et le payer ??

Pour réfléchir, Holmes va fumer… « It is quite a three pipe problem, and I beg that you won’t speak to me for fifty minutes ».

He curled himself up in his chair, with his thin knees drawn up to his hawklike nose, and there he sat with his eyes closed and his black clay pipe thrusting out like the bill of some strange bird.

Anecdote : Sherlock Holmes fumait comme un sapeur : cigarettes, cigares et pipes.

Jeremy Brett, fumeur invétéré lui-même, détestait la pipe. Son frère Patrick, expert en la matière, lui donna des leçons et lui fournit du tabac doux. Mais cela ne devint jamais un plaisir pour lui…

C’est un Holmes bondissant et ayant compris qui réveille un Watson endormi sur le fauteuil avec un livre…

Direction le magasin de Jabez Wilson afin de reconnaître les lieux : Mortimer, le buraliste, le marchand de journaux, le restaurant végétarien (hein Elyon que ça te fait pouffer de rire, ce resto !), la banque Suburbian et le dépôt de voitures McFarlane.

Quelques petits coups de canne devant le magasin de Jabez Wilson et Holmes demanda une rue quelconque à Vincent Spaulding, le commis de Wilson…

Une fois que Holmes avait vu la disposition de lieux et exécuté ce qu’il avait fait, laissant Watson et le téléspectateur (le lecteur aussi) ébahi et médusé, il avait tout compris de l’affaire et savait pourquoi on avait créé la ligue des rouquins et choisi Jabez comme digne représentant à recopier l’encyclopédie Britannique.

Non seulement Holmes est un détective brillant, il connait son Londres par cœur, mais il ne dédaigne pas d’amuser non plus.

Puisqu’il ne sait rien faire de plus maintenant, il propose à Watson d’aller écouter Sarasate qui joue au Saint-James Hall !

Notre détective aimait la musique et le violon et l’acteur a laissé transparaître les moments de purs bonheur qu’il passait à écouter le violoniste.

J’adore cette scène parce que Watson y va de sa voix off en nous parlant de ce grand homme. Holmes, hein, pas le violoniste !!

S’il y aura des moments plus calme avec la planque, ensuite, tout passe à la vitesse supérieure et on termine sur une belle notre finale : Holmes a réussi son enquête.

Rien à redire, Conan Doyle avait inventé une nouvelle bien foutue en partant d’un truc tout bête…

Petite entorse au canon dans cet épisode parce que l’on voit « le professeur » dont on devine qu’il est Moriarty.

Oui, nous aurons la confirmation que c’est le Napoléon du Crime qui était derrière tout cela. On conseillera même à Holmes de ne plus prononcer son nom s’il tient à la vie.

Moriarty est trèèès fâché, mais il le cache à son « homme de main ».

La scène finale est une de mes préférées : après avoir expliqué tout le cheminement de ses déductions à Watson qui achète un livre, se moquant un peu du fait qu’il n’ait pas compris…

Holmes lui avoue ensuite que sa vie n’est qu’une fuite en avant, ce à quoi rétorquera Watson en lui disant qu’il est un bienfaiteur de l’humanité.

Holmes lui dit alors « L’homme n’est rien, l’œuvre c’est tout, comme le disait Gustave Flaubert à George Sand ».

L’accent de Jeremy, dans la V.O est horrible et on a du mal à comprendre si on ne connait pas la phrase avant.

Pourtant, Holmes parlait très bien le français !!

Et on termine avec la sale gueule à Moriarty qui le regarde de loin…

Petite note : Si les producteurs ont inclus Moriarty et fait une grosse entorse au récit canonique, c’est pour préparer le téléspectateur à l’épisode suivant : « Le dernier problème ».

En effet, dans le canon, Doyle avait sorti son Grand Méchant de son chapeau magique, afin d’en finir avec son détective qui lui prenait tout son temps, lui qui ne voulait écrire que des romans historiques.

Mais ici, le réalisateur ne voulait pas prendre le téléspectateur néophyte au dépourvu et il a donc fait inclure Moriarty.

Je n’ai pas regardé l’épisode suivant parce que je déteste « Le dernier problème » qui ne sonne pas vraiment le glas de Holmes, mais celui de David Burke dans le rôle de Watson.

En effet, l’acteur était papa depuis peu et voulait consacrer son temps à sa jeune épouse et à l’enfant. Avant son départ, il suggéra le nom de son remplaçant.

Ce sera Edward Hardwicke, déjà connu au théâtre, qui le remplacera dans « La maison vide », épisode avec le grand retour de Holmes.

Edward Hardwicke reçut l’aval de Granada. Il fut immédiatement adopté par l’équipe. Il s’avéra être le choix idéal pour le deuxième Watson, un partenaire complémentaire et un ami sûr pour Jeremy.

David Burke / Edward Hardwicke

Dès le départ, tous deux se retrouvèrent au diapason sur leur vision du docteur et l’importance de l’amitié.

J’aime bien Edward, il joue un Watson plus mûr pour la saison 2, mais j’ai toujours eu un gros faible pour David Burke et ses petits sourires.

Là aussi le nouveau duo fonctionne à merveille.

Watson reste intelligent, actif et sensible. Edward Hardwicke lui donne un aspect plus mûr et serein, une sorte de sagesse et de bonté profondes.

Tout comme pour le premier épisode de la saison 1 qui avait été tourné en troisième lieu afin que les acteurs et le reste de la troupe trouvent ses marques et soient au top pour l’épisode d’ouverture de saison, ils firent de même pour la saison 2.

Le premier épisode tourné fut « Le Manoir de l’Abbaye », deuxième épisode, afin que le nouveau Watson/Hardwicke trouve ses marque avec Holmes/Brett et qu’ils puissent tourner « La maison vide », l’épisode le plus important de manière professionnelle.

3. Sherlock Holmes : Les Hommes Dansants – The Dancing Men

Sherlock Holmes : Les Hommes Dansants  – The Dancing Men

SAISON 1 – ÉPISODE 2

  • Producteur : Michael Cox, Stuart Doughty
  • Réalisateur : John Bruce
  • Scénariste : Anthony Skene
  • Décorateur : Michael Grimes
  • Musique : Patrick Gowers
  • 5ème épisode tourné
  • Série 1 : 2/7
  • 1ère diffusion : 1 Mai 1984 – ITV Network (Angleterre) (2ème épisode diffusé); 28 Mars 1985 – WGBH (Etats Unis); 22 janvier 1989 – FR3 (France) (5ème épisode diffusé)
  • Durée : 52 min
  • Distribution :

Jeremy Brett …  Sherlock Holmes
David Burke …  Dr. John Watson
Tenniel Evans …  Hilton Cubitt
Betsy Brantley …  Elsie Cubitt
David Ross …  Inspector Martin
Eugene Lipinski …  Abe Slaney
Lorraine Peters …  Mrs. King
Wendy Jane Walker …  Saunders
Paul Jaynes …  Walker

Le pitch ? Mr Hilton Cubitt montre à Sherlock Holmes une série de pictogrammes représentant des petits hommes dansants, trouvés dessinés à la craie en différents endroits de sa propriété du Norfolk.

Sa jeune épouse américaine Elsie, qui lui a demandé de ne pas l’interroger sur son passé, semble en savoir davantage sur ce code énigmatique. Hilton Cubitt est persuadé que ces dessins qui terrorisent Elsie, signifient un grave danger et le mutisme obstiné de son épouse le conforte dans cette idée.

Holmes parvient à déchiffrer cette écriture secrète et, alarmé, il se rend chez les Cubitt. Trop tard pour empêcher un drame !

Comme d’habitude, les premières minutes après le générique montrent les événements qui arrivent à ce qui sera un futur client pour Holmes.

Ici, scènes bucoliques de la campagne, une dame qui se promène dans son jardin.

Et puis, soudain, son regard fixe quelque chose que le téléspectateur ne voit pas, sa respiration s’accélère, elle angoisse, lâche son panier et court à la maison, laissant étonné ce qui semble être son mari, pour s’enfermer dans sa chambre, fermant toutes les tentures et en proie à une peur indescriptible.

Le public est déjà conscient que cet épisode ne sera pas une simple enquête banale, vu comment la femme se cache dans un coin sombre de la chambre.

Le réalisateur nous montre enfin ce que Elsie a vu et qui lui a fait peur : des petits dessins de bonshommes sur un mur. Mais pourquoi avoir peur de ces petits dessins ?

La magie de la télé nous fait ensuite basculer vers le salon du 211b Baker Street. Watson lit et Holmes joue avec son microscope.

Le silence est roi jusqu’à ce que Holmes apostrophe Watson sur le fait qu’il n’investira pas dans les valeurs Sud Africaine, ce qui troue le cul de Watson que l’on puisse entrer ainsi dans sa tête. Il est ébahi.

Holmes aurait-il un pouvoir de « divination » ? Non, il a le pouvoir de déduction, ce qui n’est pas la même chose.

Là où ça devient drôle, c’est que Holmes lui dit qu’il devrait lui faire signer un papier attestant du fait que Watson est totalement interloqué parce qu’il sait que dans 5 minutes, après les explications, son colocataire dira que c’était d’une simplicité absurde.

Watson jure qu’il n’en fera rien et Holmes lui explique le chemin de ses déductions, parlant que c’est le pouce de la main gauche de Watson qui l’a renseigné sur le fait qu’il ne voulait pas investir.

En effet, il y avait de la trace de craie qui atteste qu’il a joué au billard avec Thurston et qu’il lui avait parlé, il y a quelques temps, de ce que cet ami possédait une option sur une propriété en Afrique du Sud pour laquelle il voulait l’y associer.

Puisque le chéquier de Watson est dans le tiroir fermé à clé de Holmes et que le docteur n’a pas demandé la clé, c’est qu’il ne veut pas investir son argent là dedans !

Watson se marre et ajoute que c’était d’une simplicité absurde, ce à quoi Holmes répond avec agacement, qu’un problème une fois expliqué paraît toujours simple, avant de faire « Pom, pom, pom » ce qui ne manque pas d’intriguer Watson.

(L’intégrale du dialogue, en VO).

En effet, il n’a pas d’enquête… et il ne s’est pas tourné vers sa bouteille de cocaïne !  Holmes lui répète que une fois de plus, il voit mais n’observe pas… Watson en déduit qu’il a une enquête !

REDH tumblr_lxb2h0FUMB1qzyfwqUne nouvelle scène de plus assez drôle quand Holmes sort un papier de sa poche et le colle devant son front en faisant « PAF ! »

Voici les deux images que j’ai pu obtenir… L’animée et la statique. Il faut bien entendu supprimer le texte de la seconde.

En effet, Sherlock Holmes vient de recevoir une lettre de Monsieur Hilton Cubitt, du Derbyshire…

Il ne sera pas dit que je ne vous ferai pas voyager dans toute l’Angleterre durant le mois anglais, moi !

Peu de temps après, monsieur Cubitt arrive. C’est un homme assez réservé, amical, et amoureux de sa femme, plus jeune que lui, qu’il a rencontré lors d’un voyage. Il se sont vu, ils se sont plu et se sont pendus en se mariant.

Là, Hilton Cubitt est bien embêté avec ce qui arrive à sa Elsie chérie.

L’homme montre alors à Sherlock Holmes une série de pictogrammes représentant des petits hommes dansants, trouvés dessinés à la craie en différents endroits de sa propriété.

Elsie, sa jeune épouse américaine, lui a demandé avant qu’ils ne disent « oui » de ne jamais l’interroger sur son passé. Son futur mari a accepté et ils furent heureux, bien qu’ils n’eussent pas d’enfants.

Vu le comportement apeuré de son épouse, elle semble en savoir davantage sur ce code plus qu’énigmatique.

Hilton Cubitt est persuadé que ces dessins qui terrorisent Elsie, signifient un grave danger et le mutisme obstiné de son épouse le conforte dans cette idée.

Un tableau noir est installé dans le salon de Baker Street et Sherlock commence à tenter de craquer le code.

À chaque message inscrit dans la propriété, Hilton Cubitt les envoie à Holmes, ce qui lui permet d’avoir matière pour casser le code et déchiffrer le message selon sa technique personnelle.

Petite anecdote : Brett était gaucher et Holmes droitier. Jeremy dû donc « apprendre » à écrire au tableau de la main droite.

Bien que l’acteur fit beaucoup d’effort pour essayer d’écrire avec sa main droite, il n’y arriva jamais…

Finalement, il se résolu à se faire doubler quand on voyait Holmes écrire en gros plan.

Cette enquête est plus tournée vers le mystère avec les messages bizarres laissés un peu partout dans la propriété et l’épouse de Hilton Cubitt qui vit retranchée dans sa chambre.

Épouse qui, rappelons-le pour ceux du dernier rang, vient d’Amérique et qui lui a demandé, le jour de leur mariage, de ne jamais lui poser des questions sur sa vie antérieure.

Souvent chez Conan Doyle, on trouve les thèmes récurrents de l’opposition entre l’Angleterre et l’Amérique, l’Ancien Monde et le Nouveau, la délicatesse et la violence, etc… Cette nouvelle en fait partie.

Malgré ce danger que l’on sent poindre, nous avons droit tout de même à quelques moments exubérants quand Holmes/Brett saute en recevant un nouveau message qui lui permettra d’avancer dans son travail de décodage.

Pour finir, Holmes parvient à déchiffrer cette écriture secrète, et alarmé, se rend chez les Cubitt.

Trop tard, il n’a pu empêcher le drame.

Cubitt a été tué et sa femme, grièvement blessée à tenter de se suicider. Mais il remarque qu’une troisième balle a été tirée.

Alors puisque Sherlock Holmes, bien qu’ayant décodé les messages des « Hommes dansants » à partir de son esprit de déduction, n’a pu empêcher un drame et subit un échec avec la mort de Cubitt, il va aider la police à mettre la main sur le coupable.

Le détective va enquêter, fouiller, observer les traces de pas, interroger le personnel et trouver la réponse afin de faire en sorte que madame Cubitt puisse vivre en veuve et en paix de son passé.

Une fois de plus, Brett donne toutes ses lettres de noblesse à Holmes (mais je ne suis pas partiale).

Bon sang, plus je le regarde, plus je me dis « C’est lui, Holmes » et ceci, je ne l’ai vécu qu’avec Brett !

Lorsqu’il cherche des traces sur le sol, c’est de manière aérienne, il sait aussi jouer avec son regard, celui qui est un peu exaspéré lorsque Watson lui chuchote qu’il devrait proposer à la bonne, Mrs King, de s’asseoir pendant qu’il l’interroge sur les faits, la nuit du meurtre.

Mais Holmes comprend aussi qu’il en apprendra que mieux si la dame est plus à l’aise et il l’invitera à s’asseoir.

La boucle sera bouclée avec le piège tendu au moyen d’un message réalisé dans le code des « hommes dansants » par Holmes pour appréhender la coupable.

On finit avec le clin d’œil de la fin, quand Holmes donne à Watson le message qu’il avait fait envoyer au meurtrier en lui demandant de le lire.

« COME-HERE-AT-ONCE » déchiffre Watson avant de sourire : « Venez ici de suite » fait-il en souriant.

« How absurdly simple » lui répliquera un Holmes sérieux, faisant sourire Watson qui se souvenait du début de l’épisode, heu, de l’aventure.

Anecdotes sur la série :
S’il n’y avait pas eu de l’amitié dans la vie entre Jeremy et David Burke, ça se serait ressentit à l’écran et nous n’aurions pas eu droit à cette relation complice entre Holmes et Watson, ce qui donne un plus à la série, leur connivence permettant des échanges pleins d’humour.

Le dialogue d’intro sur le fait que Holmes balance à Watson qu’il ne va pas investir dans les valeurs Sud Africaines est très drôle et il correspond, à peu de choses près aux premières pages de la nouvelle de Conan Doyle.

Jeremy aimait beaucoup ce passage et c’est à lui qu’on lui doit la scène car l’équipe n’en voulait pas. L’acteur a donc appris son texte durant la pause déjeuner le dernier jour du tournage.

David Burke et lui jouèrent la scène en une seule prise, dans une atmosphère tendue, et réussirent à convaincre le réalisateur. Ouf, on l’a inclue ! On aurait perdu beaucoup sans cette scène.

Jeremy estimait avec Michael Cox que cet épisode était l’un des meilleurs de la saison. La nouvelle était d’ailleurs l’une des préférées de Conan Doyle lui même.

Jeremy Brett et David Burke sont aussi à l’origine de la scène où Watson consulte en cachette la monographie de Holmes et celle où Sherlock Holmes lui laisse la prérogative d’expliquer à sa place, le secret du décodage des hommes dansants.

Jeremy, qui était entretemps devenu un spécialiste « es holmésologie » tenait absolument au respect de l’œuvre doylienne.

Cela le conduisit parfois à des conflits avec les scénaristes et les producteurs quand ils prenaient trop de liberté avec les textes…

À suivre avec « La ligue des rouquins »…

Ci-dessous, une vidéo très marrante regroupant une partie des moments les plus « fun » de la série (faite par Elyon, une vieille connaissance).

CHALLENGE - Embarquez pour Mois anglais

2. Sherlock Holmes : Le ruban moucheté – The Speckled Band

Sherlock Holmes : Le ruban moucheté – The Speckled Band

SAISON 1- ÉPISODE 6

  • Réalisateur : John Bruce
  • Scénariste : Jeremy Paul
  • Décorateur : Michael Grimes
  • Musique : Patrick Gowers
  • 2ème épisode tourné
  • Série 1 : 6/7
  • 1ère diffusion : Angleterre : 29 mai 1984 – ITV Network (5ème épisode diffusé); Etats Unis : 11 avril 1985 – WGBH; France : 1er janvier 1989 – FR3 (2ème épisode diffusé)
  • Durée : 52 min 40 sec
  • Distribution :

Jeremy Brett …  Sherlock Holmes
David Burke …  Dr. John Watson
Jeremy Kemp …  Dr. Grimesby Roylott
Rosalyn Landor …  Helen Stoner
Denise Armon …  Julia Stoner
Rosalie Williams …  Mrs. Hudson
Tim Condren …  Thorne
Stephen Mallatratt …  Percy Armitage

SPEC 9a85c7f09a225485medLe pitch ? Miss Helen Stoner est une jeune femme terrorisée qui vient solliciter l’aide de Sherlock Holmes. Depuis quelques temps, elle se rend compte que les mêmes faits étranges ayant précédé la mort de sa sœur, sont en train de se reproduire à son égard.

Il y a deux ans, son aînée de sept ans Julia sur le point de se marier, est morte mystérieusement, en s’effondrant devant sa chambre hermétiquement close et divagant à propos d’un « ruban moucheté ».

Son beau-père Grimesby Roylott, médecin en Inde chassé à cause de sa violence et dont elle-même subit les sévices, semble menaçant, depuis leur retour en Angleterre et la mort de sa femme.

Il fréquente une bande de gitans et possède des animaux sauvages qui errent la nuit tombée en liberté dans le parc. Au moment où Helen doit prochainement se marier, son beau-père a prétexté des travaux dans sa chambre pour l’obliger à dormir dans celle de Julia.

La nuit, Helen y a entendu les mêmes étranges sifflements dont lui avait parlé sa sœur. Holmes décide de se rendre au manoir de Stoke Moran et s’introduit dans la chambre où a eu lieu le drame, située à côté de celle du médecin.

En l’examinant, il remarque entre elles une minuscule bouche d’aération, un lit scellé, un cordon de sonnette qui ne sonne pas… Il décide de passer la nuit sur place avec Watson. Quel sorte de danger vont-ils devoir affronter ?

L’histoire commence comme celle dans le canon : madame Hudson a été réveillée par une cliente, madame Hudson a réveillé Holmes et Holmes réveille Watson à son tour…

– Tout à fait désolé de vous réveiller, Watson, dit-il, mais c’est le lot de tous, ce matin. Mme Hudson a été réveillée, j’en ai subi le contrecoup, elle m’a réveillé et maintenant à votre tour.
– Qu’est-ce que c’est donc ? Un incendie ?
– Non. Une cliente. Il paraît qu’une jeune dame vient d’arriver dans un état de grande agitation et elle insiste pour me voir. Elle attend en ce moment dans le salon. Or quand de jeunes dames errent par la capitale à cette heure matinale et font sortir de leur lit les gens endormis, je présume qu’elles ont quelque chose de très pressant à leur communiquer. Si cela se trouvait être une affaire intéressante, vous aimeriez, j’en suis sûr, la prendre à son début. Que ce soit ou non le cas, j’ai pensé vous appeler et vous en fournir la possibilité.

Cette aventure, j’avais hâte de la voir dans la série. J’ai dû attendre que les éditions Altaya les ressorte toutes pour voir ENFIN cet épisode que j’avais toujours loupé à la télé.

Dans le canon, cette nouvelle a toujours été ma préférée. Allais-je l’adorer autant en version télé avec mon bel acteur ?

Attente trop longue, doublées d’attentes trop fortes, bref, si je l’adore en écrit, je ne cours pas après l’épisode télé.

J’avais imaginé la cliente de Holmes, Helen Stoner, plus belle, plus sexy, bien que dans le canon Watson précise que bien qu’elle n’ait que 30 ans, ses cheveux étaient striés de gris et qu’elle avait un air épuisé et hagard.

Mais dans ma tête, lors de la lecture, j’avais rangé ces détails dans un coin… faisant de la dame une encore jolie personne.

Pourquoi j’ai bloqué avec cet épisode ? Parce que je rêvais d’un Holmes aussi prévenant avec Helen que dans le canon et que dans l’épisode, il n’en fut rien !

Attention, à la décharge de l’épisode, je dois vous avouer que cela fait des années que je m’étais faite un film sur cette nouvelle. N’est-ce pas ma petite Elyon ?? Mais ceci est une autre histoire que je ne vous raconterai pas.

Anybref, empoisonnée par mes propres films, je m’attendais à tout autre chose et j’avais envie de crier à l’actrice « Mais saute-lui dessus ! Viole-le ! Arrache-lui ses vêtements ! Embrassez-vous fougueusement ».

Voilà le problème d’un esprit pourri par de la fiction et des rêves… D’ailleurs, j’avoue que je ne sais plus lire cette nouvelle sans avoir mon esprit qui bat la campagne.

Cette prévenance envers la cliente, que j’aurais voulu voir transposée à l’écran, n’y était pas et cela m’a grandement déçue. Et puis je n’ai pas aimé Rosalyn Landor dans le rôle d’Helen Stoner.

Par contre, j’adore comment le producteur a imaginé le meublé de Baker Street… bien que la peinture avec les chutes de Reichenbach soit d’un mauvais goût certain…

Pour ceux qui ne sont pas dans mon esprit, cet épisode est excellent, fort oppressant et on est bien loin de l’humour des premiers.

Dans le canon, cette enquête est sombre, violente, mettant à jour la noirceur d’un médecin qui, quand il utilise son art et son intelligence au service du Mal, ça fait des dégâts !

Spectateur ou lecteur, on comprend très vite qu’on est face à un épisode dramatique, mais en tant que téléspectateur, on visualise tout ce qu’il se passe dans l’intro et on tremble pour la jeune fille, qui, bien que je ne l’aime pas, traduit bien de par ses regards ou ses tremblements de voix, l’angoisse qui la saisit.

Holmes aussi, dès le départ, a senti qu’un réel danger de mort pesait sur la jeune fille venue le voir et que ce qu’elle racontait, ce n’était pas du vent (pourtant, il n’a pas vu l’intro, lui).

Jeremy Brett avait l’art de traduire ce sentiment à travers l’intensité soudaine de son regard et la raideur concentrée de son attitude. Du beau travail.

Le Dr Roylott, un des grands méchants créé par Conan Doyle, est un personnage violent et particulièrement abject. Un méchant réussi et l’acteur a le physique de l’emploi avec ses cheveux en bataille et sa bouche dure et méchante.

Dans l’intro, il balance un homme dans la rivière car il voulait que les bohémiens quitte la région. Et ils sont les invités perpétuels du docteur, qu’on se le dise.

Le docteur est aussi assez « violent » avec Helen, sa belle-fille (il a épousé la mère qui était veuve et qui est décédée maintenant), lui empoignant avec force le poignet.

Holmes n’est pas un con ou un homme qui a tendance à sous-estimer le danger, il sait que le docteur est un dangereux prédateur et il est conscient du danger qu’il fait courir à Watson. Il le lui avouera pendant leur nuit de guet, dans l’abri de jardin.

Cette scène est superbe avec ses jeux d’ombres réalisés par les éclairages.

L’atmosphère est tendue comme une corde de violon, et cette intrigue donne l’occasion à Holmes et Watson de partager des moments d’intense complicité face au danger.

Dans cet épisode, puisque Holmes va à la campagne, il portera la grande cape macfarlane et le deerstalker sur son costume noir.

Jeremy, dans le rôle du détective, s’est imprégné de son rôle (au point qu’il dira que Holmes l’épuise, tout comme le personnage avait épuisé Robert Stephens, un autre acteur, mais de film) et lorsqu’il est dans la chambre de la demoiselle, cherchant des indices, il scrute avec attention le moindre détail et la caméra suivra son regard.

Il n’hésitera pas à se coucher au sol pour l’inspecter avec sa loupe.

C’est un Holmes très grave qui mettra en garde la cliente et lui demandera de bien exécuter ses consignes, car il en va de sa vie !

La scène dans la chambre est intense (non, pas de scènes de cul) et si Holmes sauve une vie, il en prendra une autre, bien qu’il ne soit pas responsable qu’indirectement. Cette mort ne lui pèsera pas lourd sur la conscience.

Les « erreurs » commises par Conan Doyle dans le canon seront transposées dans l’épisode télé… mais bon, il faut parfois prendre des largesse avec la réalité, en littérature comme à la télé.

 

1. Sherlock Holmes : Un scandale en Bohème – A scandal in Bohemia

Sherlock Holmes : Un scandale en Bohème – A scandal in Bohemia (Série Granada 1984).

SAISON 1 – ÉPISODE 1

  • Production : Michael Cox, Stuart Doughty
  •  Réalisation : Paul Annett
  •  Scénario : Alexander Baron
  •  Décors : Michael Grimes, Margaret Coombes, Tim Wilding
  •  Musique : Patrick Gowers
  •  3ème épisode tourné
  •  Série 1 : 1/7
  •  1ère diffusion : Angleterre : 24 avril 1984 – ITV Network (1er épisode diffusé)/ Etats Unis : 14 mars 1985 – WGBH/ France : 15 janvier 1989 – FR3 (4ème épisode diffusé)
  • Durée : 52 min.
  • Distributions :

Jeremy Brett …  Sherlock Holmes
David Burke …  Dr. John Watson
Gayle Hunnicutt …  Irene Adler
Wolf Kahler …  Roi de Bohemia
Michael Carter …  Godfrey Norton
Max Faulkner …  John
Tim Pearce …  Cabby
Rosalie Williams …  Mrs. Hudson
Will Tacey …  Clergyman

SCAN 7c1b27f778cf8c69Le pitch ? Une mystérieuse lettre arrivée au 221b, annonce la visite imminente d’un client. Sherlock Holmes reconnaît le roi de Bohème qui est venu sous un faux nom.

Il lui demande d’écarter le scandale qui naîtrait, au moment de ses fiançailles avec une princesse, si révélation était faite de la liaison qu’il eut jadis avec la cantatrice Irène Adler.

Le détective a trois jours jusqu’à la publication des bans, pour récupérer une photographie compromettante.

Le 24 avril 1984, l’épisode pilote de la série Granada faisait découvrir le nouveau Sherlock Holmes aux téléspectateurs anglais.

Rhââ, quel épisode que celui où Holmes se fait damner le pion par la belle Irène Adler.

D’ailleurs, la série commence par nous présenter la belle cantatrice en proie à des cambrioleurs et elle n’a pas peur d’eux. L’arme ne tremble pas. Mais on la sent « fatiguée » de tout cela.

Ensuite, la voix off de Watson nous dit que pour Sherlock Holmes, elle est LA femme

Envoyez le générique ! ♫

La seconde scène d’ouverture est celle qui voit arriver le docteur Watson à Baker Street. De retour, il appréhende l’état dans lequel il va trouver son ami et cela attise la curiosité du téléspectateur.

Après avoir croisé des fiacres qui nous transportent totalement dans l’époque de la reine Victoria, nous rencontrons madame Hudson, la logeuse.

Celle qui n’a en tout et pour tout guère plus que 20 lignes dans le Canon aura un rôle plus important ici. Rosalie Williams, son interprète, lui donnera toutes ses lettres de noblesse.

La pauvre logeuse est obligée de supporter son locataire qui est imprévisible et peut transformer tout l’étage en épais smog à cause d’une expérience de chimie…  Mais c’est presque une mère pour eux.

Rosalie Williams était heureuse de jouer le rôle de madame Hudson et le plaisir était double puisqu’elle retrouvait Jeremy Brett, avec qui elle avait travaillé quand il débutait sa carrière au Manchester’s Library Theatre.

Elle apparaît brièvement à l’écran, mais sa présence dans presque tous les épisodes, apporte une touche de tendresse.

Holmes s’amusera souvent la critiquer et la houspiller, hurlant pour avoir de l’eau chaude ou lui reprochant sa lenteur à débarrasser la table. Mais on sent bien qu’ils s’aiment, ces deux là.

Le réalisateur Paul Annett n’est pas un con, il sait entretenir le suspense et pour cela, il a utilisé un stratagème de mise en scène pour le faire monter tout doucement mais sûrement. Oui, je parle bien du suspense !

La scène où Watson entre dans leur meublé de Baker Street est tout simplement géniale de par sa conception : Holmes est assis devant le feu, fenêtre ouverte, ce qui fait « sourire » le docteur. Prévenant de la santé de son ami, notre docteur va fermer la fenêtre.

« My dear Holmes » commence-t-il pour le sermonner sur la fenêtre ouverte alors que dehors, il fait dégueu et sur le bordel qui règne sur son bureau avant de stopper net car notre brave docteur vient d’apercevoir une seringue dans un tiroir mal refermé.

Cette seringue est une référence à l’addiction de Holmes à une solution à 7% de cocaïne qu’il prenait lorsqu’il n’avait aucune affaire sur le feu.

Le regard de Watson se voile et il prononce cette phrase bien connue des lecteurs « What is it tonight ? Morphine or cocaïne ? » prêt à se sermonner son ami sur cette dangereuse manie.

Holmes lui tourne toujours le dos, il fixe la cheminée où les flammes dansent et ne bronche pas d’un poil. Le réalisateur est un sadique, il voulait faire durer le plaisir du téléspectateur pour qui c’était le tout premier épisode.

Sans nous dévoiler son visage, Holmes lui répond qu’il préconise une solution à 7% de cocaïne.

Soudain, il se retourne brusquement, les yeux fixés sur Watson et le téléspectateur découvre Jérémy Brett dans le rôle, demandant à son ami s’il veut essayer cette fameuse solution.

Les traits sont fins, ciselés, il est joli môme et moi je n’avais qu’une envie, c’est de lui confier ma petite affaire (enfin, pas à cette époque, j’étais mineure d’âge !).

Watson lui fait la leçon sur les innombrables dangers que cette drogue pourrait faire à son brillant cerveau… Pour Holmes, la drogue n’est qu’un stimulant lorsqu’il est à l’arrêt. De plus, ce n’était pas interdit à l’époque.

Ensuite, sa belle voix nous sort cette réplique bien connue : « My mind rebels against stagnation. Give me problems, give me work, give me the most abstruse cryptogram, or the most intricate analysis, and I am in my own proper atmosphere. But I abhor the dull routine of existence. I crave for mental exaltation ».

Traduction : « Mon esprit se rebelle contre la stagnation, confiez moi donc les problèmes les plus complexes, confiez moi les plus obscures cryptogrammes, les plus étranges intrigues à dénouer, je m’y retrouve dans mon propre domaine, mais j’abhorre la triste routine de l’existence. Je ne tire aucune gloire de mes succès, le problème à résoudre, et le plaisir de mettre mes dons à l’épreuve des faits sont ma seule récompense. »

Il nous précise aussi qu’il a créé la profession de détective consultant et qu’il est le seul au monde. Tout à fait canonique, bien que le passage sur sa profession vienne de « Une étude en rouge ».

Un gloussement de Holmes se produit avant qu’il n’avertisse son ami qu’il a fait un mauvais diagnostique (rhôô, le sadique ! Il a joué avec ses pieds) et qu’il a son stimulant : et il nous sort une lettre de sa poche avant de la tendre à Watson pour lui demander ce qu’il en déduit.

Dès le début, la Granada s’était voulue la plus fidèle possible aux textes et à l’univers de Conan Doyle. Et, hormis quelques fois (surtout dans les films et les dernières saisons), elle respecta son deal. Brett était fort regardant aussi, tenant à respecter les textes du canon. Canon qu’il avait lu entièrement avant le tournage !

Bref, les déductions sur l’étrange lettre reçue s’enchaînent et Brett est parfait dans le rôle du détective. Je sais que certains lui reprochent d’en faire trop, mais pour moi, tout est parfaitement dosé : les mimiques, les haussements de sourcils, les gloussements ou les éclats de rire, la gestuelle, la froideur ou la retenue. C’est Holmes !

Les acteurs sont parfaitement à leur place, ils s’entendent bien, surtout Brett avec David Burke (Watson) et cela transparaît à l’écran.

De plus, Michael Cox, le producteur, avait été malin et leur avait fait tourner « Le cycliste solitaire » en premier.

« Un scandale en Bohème » est en fait le troisième épisode tourné. Les acteurs étant rodés, il était plus facile pour eux de trouver leurs marques ainsi qu’aux membres de l’équipe, avant de tourner cet épisode crucial qui ouvrirait la série et sur lequel elle serait jugée.

On pourra juste reprocher aux deux acteurs un trop grand âge

Beaucoup oublient que Sherlock Holmes a commencé très jeune. Si l’on prend 1854 comme année de naissance la plus probable, cela lui faisait 24 ans lors de première enquête en 1878.

Sa collaboration avec John Watson a eu lieu en 1881 ou 1882… Il avait donc entre 27 et 28 ans. En 1904, il se retirait des affaires. La retraite à 50 ans, pas mal.

Jeremy Brett étant né en 1933, il avait déjà 51 ans lors du tournage de la série. David Burke était né, quant à lui, en 1934. Bref, ils n’étaient plus de toute première jeunesse, sans pour autant être de vieux croulant !

La série n’a pas trop mal vieilli et pour moi, c’est toujours un plaisir de me regarder les premières saisons.

Si cet épisode est toujours au top, il possède tout de même quelques grands moments kitch, notamment avec le fameux roi de Bohème qui, pour ne pas être reconnu, porte un loup des plus ridicules. Son costume, sa grosse moustache et sa coiffure genre « je suis en guerre avec mon coiffeur » parachevait le tout.

Revenons à notre série ! Holmes ne se montre pas impressionné pour autant d’avoir un futur king dans son salon. De toute façon, les rois et les reines, ils vont aux chiottes comme tout le monde !

Après avoir démasqué facilement ce futur roi qui pensait être incognito, Holmes lui demande de tout raconter le pourquoi du comment il a besoin de son aide.

Pas à dire, le royal récit de sa rencontre avec la cantatrice qui veut le faire chanter (maintenant qu’il va se marier avec une autre) possède aussi de grands moments de « kitchitude » ainsi que de gros accents de « Sissi » : scènes de bal sirupeuses où les musiciens ont les yeux bandés pour ne pas témoigner de ce qu’ils n’ont pas vu, les deux amants chevauchant dans la campagne, s’embrassant dans la chambre…

LA photo…

Par contre, voire Irène Adler habillée en homme dans des cabarets est un délice car le haut-de-forme lui va à ravir. Une femme libérée et qui n’avait pas peur de porter des costumes masculins.

Le choix de l’actrice était crucial et important et je dois dire que le rôle va comme un gant à Gayle Hunnicutt qui, comme nous expliqua un jour Jeremy Brett, portait un parfum « Bluebell » qui avait beaucoup perturbé Holmes. Ou l’acteur…

Il m’a d’ailleurs semblé le voir reluquer discrètement dans son décolleté lors de la scène où, déguisé en pasteur non conformiste, il fait semblant d’être mal.

Sur quoi tu louches, Sherlock ??

Une autre bonne idée, c’est d’assister au démaquillage de Holmes après son enquête chez miss Adler, déguisé en valet d’écurie : « hirsute, le visage en feu et paraissant ivre, avec des favoris et des vêtements qui ne payent pas de mine ».

Petite anecdote, Brett était tellement bien grimé qu’on ne le reconnu pas sur le plateau de tournage ! Tout comme son personnage, il avait le sens du déguisement et il aimait ça.

Holmes enquête donc chez les employés de la dame, entrant à son service comme valet d’écurie et il me semble que je l’ai vu un peu troublé lorsqu’il entendra le jolie voix de la cantatrice

Il racontera à Watson comment, en suivant la belle et son avoué, Geodfrey Norton, il assistera à leur mariage en cachette, devenant leur témoin involontaire car il en fallait un pour légaliser le mariage à l’église.

La belle Irène le remerciera et lui offrira un souverain en or pour la peine ou comme « little souvenir » (moment intensément romantique dans ma tête) et le détective décidera de l’accrocher à sa chaîne de montre, ce qui laissera Watson perplexe.

Un autre grand moment, c’est lorsque Holmes se déguisera en « un pasteur non conformiste, aimable et un peu naïf. Avec un grand chapeau noir, un pantalon trop ample, une cravate blanche, un sourire plein de sympathie, un regard attentif et un air de curiosité bienveillante » dans le but de récupérer la photo compromettante du futur roi qui avait été assez bête que pour se faire prendre en photo au côté de sa maîtresse.

D’ailleurs, je préciserai aussi que les dessins de Sidney Paget qui illustraient les « Aventures » dans le Strand Magazine ont servi de modèle pour créer les costumes et les déguisements.

À savoir aussi que certaines scènes sont la copie conforme des dessins de Paget : la visite du roi de Bohème au 221b Baker Street, celle où Irène Adler, déguisée en homme souhaite le bonsoir à Holmes sur le pas de sa porte ainsi que celle du mariage.

Dans le but de son enquête, Holmes a engagé des jeunes gens pour se disputer et chahuter assez fort au retour d’Irène et lui, en preux chevalier, il arrivera pour défendre madame Adler et il se fera assommer… seul moyen d’entrer dans la maison !

La scène avec Irène qui lui tamponne le front avec un chiffon humide est toute mignonne mais Holmes détourne la tête pour ne pas qu’elle remarque que le rouge sur son front n’est que de la peinture.

La pauvre femme ne se rend pas compte qu’elle a sur son divan le grand détective tout à fait alerte et non pas un vieux pasteur gentil et assommé.

Mais lors du faux incendie, lorsqu’elle ouvre la cachette afin de prendre le cliché où elle pose avec le futur king of Bohème, là, elle commence à avoir des doutes sur le gentil pasteur et l’incendie… qui n’est qu’un pétard fumigène lancé par Watson.

Holmes jubile dans le fiacre qui le reconduit à Baker Street, il est fier de sa trouvaille, de son plan… Oui, Holmes fut rusé ce soir là, mais le jeune homme qui lui souhaita « Bonne nuit, monsieur Holmes » devant le 221b l’était encore plus que lui !

Irène avait compris… Le lendemain, elle n’était plus là, mais elle laissait une lettre à Holmes et promettait de ne pas envoyer la fameuse photo le jour des fiançailles du roi. Elle aimait et était aimé en retour.

On sent bien aussi dans cet épisode tout le mépris et la froideur de Sherlock Holmes envers ce futur monarque prétentieux.

Lorsque le roi, furax de voir que la photo laissée n’est pas la compromettante, il ordonnera à Holmes de lui donner la lettre, ce à quoi il lui répondra « It is adressed to me ». « C’est adressé à moi »… Alors Sherlock, c’est « Fuck the king ».

Dans cette aventure, Holmes se rend compte aussi qu’il a eu affaire à une femme intelligente et rusée, une femme blessée par un homme qu’elle avait aimé et qui lui avait promis le mariage.

Holmes refusera la chevalière que le roi voulait lui offrir, ne souhaitant que la photographie où Irène était seule.

Il ne serrera pas la main tendue par ce roi qui était tout content que tout cela se termine bien pour son matricule et qu’il puisse se fiancer avec sa princesse de La Tronche En Biais.

Le soir, devant la cheminée, on verra Holmes contempler la photo de la belle puis jouer du violon… Mélancolique Holmes ?

Je me suis un peu étendue sur ce premier épisode, mais les suivants seront plus court.

Si vous ne l’avez jamais vue, je vous signale que cette série vaut le détour pour le soin extrême qui a été apporté à la reconstitution des décors et des costumes : raffinés ET fidèles aux goûts et aux critères sociaux de l’époque.

Au moins, on ne voit pas évoluer Holmes affublé de cette stupide deerstalker et de ce foutu manteau « macfarlane », vêtements adaptés à la campagne mais pas à la ville de Londres.

Dans le canon, il ne les porte qu’à deux reprises, dans HOUN (« Le chien des Baskerville ») et dans SILV (« Flamme d’argent »). Normal, il était à la campagne !

Ici, l’acteur évolue dans un costume sombre et un haut-de-forme qui lui vont à ravir.

De plus, Jeremy était grand et mince, tout comme Holmes : 76 kg pour 1,88m. Holmes mesurait 6 pieds, soit 1,80m mais paraissait encore plus grand en raison de sa minceur.

Pas d’anachronisme avec la pipe calebasse non plus ! Holmes fume des pipes droites (triviale, cette phrase) et d’époque.

Ils ont fait aussi attention aux moindres détails : même les titres des journaux concordent aux évènements de l’époque.

Jeremy Brett avait un peu peur que dès le premier épisode on ne montre tous les « clichés » holmésiens à l’écran : Holmes et la drogue, Holmes jouant du violon, Holmes et « La Femme », Holmes et le célèbre monologue « Mon esprit refuse la stagnation… » (Extrait de la seconde nouvelle de Conan Doyle « Le Signe des Quatre »), Holmes déguisé, etc…

Au final l’histoire se tient bien et esquisse un portrait habile et réussi du détective.

Dès le premier épisode, on en sait déjà un peu plus sur le détective, utilisant comme clichés les véritables infos du canon et évitant les faux « clichés ».

Le scénario reste très proche de l’œuvre originale et on retrouve des dialogues entiers extraits du Canon : le prologue de Watson sur Irene Adler, la célèbre réplique de Holmes : « I am lost without my Boswell » (Sans mon historiographe, je suis un homme perdu), le dialogue sur la cocaïne…

Quand à supposer que Holmes éprouva pour Irène Adler de l’amour, le producteur, Michael Cox, voyait dans cette histoire une relation ambivalente de sexualité refoulée.

Selon lui, on pouvait imaginer que Sherlock Holmes lui vouait un amour platonique.

Une affaire à suivre dans l’article de demain qui continue sur un autre épisode tout aussi mythique pour moi.

L’épisode en V.O de « A scandal in Bohemia » n’étant plus disponible sur You Tube, j’ai inclus quelques clips à la place.

Par contre, il reste toujours la petite vidéo que j’avais réalisée pour illustrer une fanfiction « Holmes/Adler » que j’avais écrite en août 2011 pour un concours sur Fanfic-fr.

Il fallait écrire une histoire sur la musique « A postcard » de Purcell (violon mélancolique) et j’avais pondu « Requiem pour une ombre » (ici, c’est la vidéo, pas mon texte !).

Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, au « Mois anglais III » chez Titine et Lou, au Challenge « Victorien » chez Arieste, au Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et au Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.